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L’EUROPE ACTUELLE: Crise, chauvinisme et populisme
Par Chems Eddine Chitour
Mondialisation.ca, 29 mai 2014

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 «Les Musulmans n’ont qu’à bien se tenir tranquilles»

Roger Cukierman au quotidien Haaretz à propos du score de Jean-Marie Le Pen en 2002

 

Roger Cukierman, ancien président du Crif espérait que la victoire de Le Pen servirait à réduire l’antisémitisme musulman et le comportement anti-israélien, parce que son score était un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles. Que s’est-il passé ce dimanche? Le parti extrémiste français,, est arrivé en tête avec 25% des voix, suivi de l’Union pour la majorité populaire (UMP) avec 20% des voix et en troisième position par le Parti socialiste au pouvoir depuis 2012 avec seulement 14% des voix. La concrétisation lente et inexorable du refus des immigrés. Les peuples européens ont voté. Tout s’est passé dans la transparence la plus absolue. Il n’y a pas eu de surprise majeure, ce qui était pressenti est arrivé. L’Europe se droitise et révèle, il faut le croire, son fond rocheux de l’intolérance visible en temps de crise.

Les médias ont fait dans la démesure. On a parlé de séisme, de nouvelle donne, même les journaux algériens ont sacrifié en partie au suivisme. En fait, on a exagéré peut-être à dessein l’événement qui a porté Marine Le Pen à la première place. Pour les Arabes et les mélanodermes: rien de nouveau sous le soleil. Que s’est-il passé? Sur 44,6 millions d’électrices et d’électeurs en France, le 25 mai 2014, seulement 43,18% d’entre eux sont allés voter. 4,147212 millions ont fait le choix FN, peut-être xénophobe, anti-euro et peut-être même raciste. Le Front national a fait le plein. En réalité, les 25% annoncés sont à ramener au total des électeurs; ils ne représenteraient alors à peine que 10%. Si on devait les ramener à la population totale de 65 millions, cela ferait à peu près 6%. En clair, six Français sur 100 seraient xénophobes. Ceci sans compter tous les xénophobes «masqués» des autres partis…

Il est vrai que les haines recuites du FN, notamment de Jean-Marie Le Pen, qui dérape régulièrement, sont connus. Les déclarations de Jean-Marie Le Pen sur l’explosion démographique et le virus Ebola qui «pourrait régler ça en trois mois»: «Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois». Je dis que la France doit se préparer à subir le choc, le torrent migratoire, par l’extension continue de la population mondiale». Pour Jean-Luc Mélenchon, «Voilà le vrai visage du FN si Marine Le Pen essaye de changer l’image de son parti, les bases demeurent les mêmes: le négationnisme, le fascisme, la haine.» (1)

La poussée chauviniste perce en Europe

Il semble que les partis d’extrême droite ont fait une percée pour atteindre 130 députés contre 40 en 2009. Le plus en vue est le parti eurosceptique Ukip (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) qui est arrivé en première position avec 27 à 33% des voix. Il refuse de «collaborer» avec Marine Le Pen pour faire un parti. En Autriche, le parti d’extrême droite FPÖ, qui espère constituer un groupe parlementaire avec le FN français, a fait un score «plus qu’honorable». Il a obtenu 20% des voix, soit une hausse de 5% par rapport aux européennes de 2009. L’extrême droite grecque, Aube dorée (XA), a enregistré, elle aussi, une percée électorale. Elle a obtenu environ 10% des voix. Profitant des ravages de la crise économique. Les peuples en veulent à la Commission européenne qui régente leur quotidien: «Le peuple français, déclare Marine Le Pen, doit reprendre les clés de son propre destin et de son avenir. Il ne veut plus que des décisions le concernant soient prises en dehors de la France. Nous devons nous rassembler pour la grandeur de la France. Nous voulons une Europe des peuples, pas des technocrates.» (1)

L’ivresse de puissance des partis vainqueurs

On l’aura compris, ce qui intéresse les partis vainqueurs, c’est le m’as-tu-vu et la volonté de changer le monde avec des «Y a qu’à». L’histoire nous montre que les partis extrêmistes ne sont pas des partis de gouvernement; D’une certaine façon, le pouvoir ne les intéresse pas. Ils ont les avantages de leurs statuts de remueurs des foules, notamment celui de gloser à l’infini sur des thèmes qui n’ont pas de prise directe avec la réalité et d’une certaine façon, le pouvoir lui-même y trouve son compte. Seul le citoyen ne comprend pas bien ce jeu de rôle.

«Cela va même jusqu’à donner l’illusion d’une vie démocratique. Nous le voyons avec les élus FN qui demandent à ce qu’on les respecte puisqu’ils ont les suffrages des Français.

Le journaliste Tugdual Denis écrit à ce propos:  «Extrême droite, fascisme, arc républicain, démocratie: les amis de Marine Le Pen, forts de leur première place aux élections européennes, renvoient certains mots au visage de leurs opposants. Tu me parles meilleur, s’il te plaît. Voilà l’un des messages délivrés hier par les responsables du Front national. Fort de leur 25% de voix obtenus sur le plan national, et de la première place qui va avec, les amis de Marine Le Pen ont choisi de ne plus laisser passer la moindre marque de condescendance ou de brutalité à leur égard. «Vous insultez 25% des Français. Ainsi s’agace Florian Philippot, vainqueur des élections, très en colère à cause de la question que lui pose David Pujadas ce dimanche 25 mai. Le présentateur de France 2 vient d’interroger le conseiller de Marine Le Pen sur une alliance, qu’il rejette bien évidemment, avec les néonazis grecs d’Aube dorée. (…)» (2)

 «Dans ce contexte, le mea culpa de Franz-Olivier Giesbert (FOG pour les intimes) , journaliste, a une valeur symbolique forte, mais comme à leur habitude ces journlistes hurlent avec les loups Prenant une posture de révolté, FOG fait le grand écart, après avoir diabolisé mais pas trop le Front National , on ne sait jamais comme tourne le vent, ne voit il pas qu’il se scandalise  Quel mea culpa? Sur France 2, en fin de soirée, il se confesse: «On fait de l’antifascisme à bon compte sur le dos de Marine Le Pen. Moi-même, je fais partie des connards qui ont diabolisé Le Pen. Vous avez vu le résultat?» «Que le FN fasse 4% ou 25, il reste une force dangereuse», (…) Au lieu de perdre du temps à s’insurger aujourd’hui, il fallait aller voter dimanche! Parce que les électeurs du FN, eux, ils y sont allés. Le FN ne représente pas 25% des Français mais 25% des gens qui ont voté.» (2)

Ce que propose concrètement le Front National

Les principaux points du programme FN sont les suivants: «Sortie de l’euro et de l’espace Schengen, mise en place d’une politique agricole française… Tour d’horizon des principales propositions du FN pour l’Europe. C’est le coeur du projet de Marine Le Pen: la sortie de l’euro. «Il faut rétablir notre monnaie nationale ainsi que les prérogatives de la Banque de France, en concertation avec nos partenaires, afin que nos exportations, notre industrie et l’emploi soient considérablement dynamisés», notent les frontistes. L’opposition au Traité transatlantique est l’un des arguments de campagne du FN. «Machine de guerre ultralibérale, antidémocratique, antiéconomique et antisociale», il n’y a pas de mots assez durs au FN pour qualifier ce traité. Dans leur argumentaire, ce texte, s’il était adopté, signifierait une régression généralisée. «Toutes les normes environnementales, agricoles et alimentaires seraient modifiées au profit de grandes firmes multinationales. Cela signifie que demain, vous et vos familles pourriez manger du boeuf aux hormones, du poulet à la javel, des OGM fabriqués en masse aux Etats-Unis.». Le Front national veut «opposer au libre-échange et à la mondialisation sauvage une mondialisation régulée.» Pour cela, les frontistes veulent mettre en place un «protectionnisme intelligent» grâce à des droits de douane pour «rétablir une juste concurrence avec les pays dont l’avantage concurrentiel est issu du moins-disant-social et des manipulations monétaires». Si la question environnementale n’est quasiment jamais abordée par le FN, la question de la PAC est, elle, un élément fort de son projet. «La Politique agricole commune est le premier facteur de l’affaiblissement de l’agriculture et de l’agroalimentaire de notre pays.» (3)

Sur l’immigration enfin, les solutions du FN sont claires: sortir de l’espace Schengen et revenir aux frontières nationales.» «Stopper Schengen, c’est rompre avec le laxisme de l’Union européenne pour qui la seule réponse à l’immigration clandestine consiste à encourager l’accueil de masse et les régularisations quasi systématiques. A nos yeux, il faut compléter cette mesure de la suppression dans notre droit de la possibilité de régulariser les clandestins», est-il ainsi écrit dans le projet. Par ailleurs, le Front a des exigences drastiques en matière de lutte contre l’immigration: suppression du regroupement familial, réduction en 5 ans de l’immigration légale à 10.000 entrées par an ou encore la suppression du droit du sol.»(3)

En fait , il ne faut pas se le cacher ,c’est là le vrai fond de commerce initial et actuel du Front National, l’émigré de préférence maghrébin et musulman, il peut s’en donner à cœur joie, sans avoir peur de s’attirer les foudres des biens pensants , concernant ces autres sémites qui ne peuvent pas revendiquer le label de sémite, cette marque déposée étant squattée définitivement par justement les communautaristes du CRIF qui sotn sémites quand il s’agit de punir les autres et qui sont européens quand il s’agir d’mémarger au ratelier de l’Europe et  plus largement du monde occidental.

Les raisons de la débâcle des gouvernants au profit des extrêmes

Pour Martial Foucault, directeur du Cevipof, centre de recherches politiques de Sciences-Po interviewé par le journal la Croix: «Les ressorts du vote europhobe ou d’extrême droite, différents d’un pays à l’autre, suggèrent que les élections européennes sont des élections défouloir de l’espace national. Les électeurs ont utilisé cette élection – comme tous les scrutins intermédiaires entre des élections d’importance nationale -, pour envoyer des messages forts à leurs gouvernements. (…) Si l’on regarde les quatre enjeux décisifs pour ces élections – l’immigration, le pouvoir d’achat, le chômage, la crise de la zone euro – ils ont un fort relent national dans la mesure où ils relèvent de la compétence nationale, tout au plus de la compétence partagée.» (4)

Qu’est-ce qui distingue les différents votes extrémistes? Une réalité, ces partis ont en horreur les étrangers  Martial Foucault déclare: «Si le vote extrême en France est le produit d’une détérioration du climat économique et identitaire, on ne peut évoquer la sinistrose économique ou les problèmes identitaires pour l’Autriche ou le Danemark où le taux de chômage est relativement bas et où, comparativement, la situation économique est bonne. La peur de la contagion a poussé les électeurs de ces pays à envoyer un message préventif à leurs dirigeants. La France et la Grande-Bretagne sont deux pays qui ont pour la première fois de leur histoire un parti populiste ou d’extrême droite en tête à une élection et ce largement du fait de la crise ».(4)

Le Front national en France et Ukip au Royaume-Uni, deux partis europhobes, ont mis au coeur de leur campagne la souveraineté monétaire pour le premier et la sortie de l’Europe pour le second. Ces deux partis dénoncent l’Europe des élites qui se construit contre les peuples. (…) À l’exception du parti néonazi Aube dorée en Grèce, ce n’est pas l’extrême droite qui a percé au Sud, mais l’extrême gauche. Sans doute parce que la question migratoire et identitaire n’est pas un enjeu au Portugal, en Espagne. Même en Italie, l’immigration n’est pas conflictuelle. L’enjeu porte sur le partage du fardeau avec l’Europe. (…) En dépit du nombre important d’élus, la création d’un groupe s’annonce difficile au vu des lignes de fractures qui traversent l’extrême droite.» (4)

Langage populiste: Parcours personnel et bien commun

Pour expliquer le ras le bol des peuples et la tentation totalitaire qui les amène à voter pour les extrêmes, le linguiste Alain Bentolila a essayé d’analyser le langage populiste qui amène inexorablement les citoyens à tourner le dos aux promesses non tenues des bonimenteurs politiques. Ecoutons-le: «Aujourd’hui, ce qui démotive, décourage, détourne de l’engagement politique une part considérable de nos concitoyens, c’est la conviction qu’ils n’ont aucune influence réelle sur leur environnement, non plus que sur leur propre destin social. Beaucoup sont persuadés que l’ascenseur social est définitivement en panne, que l’école n’est plus qu’une machine à assurer la reproduction sociale et que seuls le clientélisme et les relations peuvent encore promettre une chance de promotion sociale. (…) » (5)

 « Il nous faut malheureusement constater, poursuit-il   que nous avons progressivement perdu le goût de confronter lucidement nos idées, de mutualiser nos talents, de nous engager dans l’action collective et d’agir pacifiquement sur le monde. Or, ce sont ces vertus qui fondent une identité nationale forte et dynamique. Face à ce désenchantement général, l’action de l’homme ou de la femme politique ne peut se réduire à camoufler les injustices, à maquiller les inégalités tout en acceptant la fatalité du déterminisme social. A droite comme à gauche, tous disent leurs volontés de «libérer les énergies», alors même qu’en réalité, obsédés par le bricolage de leur propre image et uniquement préoccupés par la conservation du pouvoir, ils n’ont pour le peuple qu’indifférence et mépris.» (5)

Le linguiste poursuit en appelant au parler vrai des hommes politiques et dénonce les faiseurs de rois qui éloignent ceux qui ont des voix dissidentes: «Lorsqu’un homme ou une femme politique s’adresse à ses électeurs ce devrait être pour manifester sa volonté de parler à ceux qui ne pensent pas comme lui (ou elle), qui ne partagent pas nécessairement ses convictions et aussi pour leur donner la parole. Bien au contraire, «le staff de com» des ministres et président ont pour tâche essentielle de rassembler artificiellement un public partisan prêt à applaudir aux envolées mille fois répétées, à rire aux plaisanteries éculées, (…) Le discours politique est ainsi aujourd’hui devenu populiste. l’anaphore est devenue triste répétition, la métaphore une image publicitaire ternie.(…) Pourquoi tant de projets, parfois pertinents, très tôt avortés? Pourquoi a-t-on le sentiment que sur notre théâtre d’ombres se succèdent des illusionnistes qui font leurs numéros avant de s’effacer? Cynisme? Incompétence? Frilosité? Pas nécessairement, et pas pour tous(…) Ils font tous la même erreur: ils ont la vanité de penser qu’ils vont pouvoir constater et faire constater, pendant la durée même de l’exercice de leurs responsabilités, les effets tangibles que leurs décisions auront provoquées (…) Ils sont bien trop avides de faire voir et de se faire voir. (5)

La solution ? Travailler dans la durée sans prétendre en retirer les dividendes

Alain Bentolila met en garde contre la tentation de réussir soi même en tant qu’homme politique, une action qui exige du temps: «Quel est le responsable politique écrit-il qui osera investir des moyens humains et financiers importants dans une action discrète dont les fruits ne mûriront que dans des années et que savoureront peut-être d’autres responsables de l’opposition? Lorsque l’on accepte des responsabilités dans la conduite de l’action politique, à quelque niveau que ce soit, il faudrait être capable de s’oublier soi-même; d’accepter le caractère éphémère de sa fonction; d’accepter le caractère limité de sa propre vie; se dire: «Je ne verrai peut-être pas, ni en tant que ministre, ni peut être en tant qu’être humain, les effets de mes décisions, et c’est très bien comme cela!». Croire qu’il est possible de décréter le changement de manière immédiate est pire qu’une bêtise, c’est une faute. Mais pourquoi dans ce monde, où seule compte l’image, où l’on ne voit pas plus loin que le journal télévisé du soir, les ministres, les présidents auraient, eux, la sagesse et l’humilité de vouloir que des enfants bénéficient de leurs efforts alors qu’eux-mêmes ne seront plus?» (5)

Cette belle contribution sur ce que devrait être le sacerdoce de l’homme politique: le bien public commun, l’humilité. Ne pas faire dans l’immédiateté et penser en récolter les résultats à son avantage- pas à celui des citoyens- durant l’exercice de sa fonction. Ce sont les extraordinaires qualités que doit posséder l’homme politique ce qui explique la rareté des véritables hommes politiques! Ce qu’a fait le Front national, les autres partis l’ont fait avant lui notamment quand il s’agit de se défouler sur les variables d’ajustement que sont les mélanodermes et les Arabes. Le français Lambda conditionné vote. «Les promesses, disait Jacques Chirac, n’engagent que ceux qui y croient.» ….

Pourtant, l’adversaire c’est  encore et toujours la finance…comme l’avait observé le président Hollande lors de sa compagne. Résultat des courses, le néo-libéralisme prospère sur la misère des peuples  qui s’étripent et tombent à bras raccourcis- comme le leur martèle, les partis de l’extrême droite- sur les variables d’ajustement coutumières en tant de crises : Les étrangers , les mélanodermes, les arabes.  Ceci étant dit, encore une fois les partis de l’extrême droite ne sont pas des partis de gouvernement. Ils s’épanouissent à la marge du pouvoir et qu’on le veuille ou non l’idéologie raciste, le mythe des races supérieurs, le fond rocheux religieux, ont de beaux jours devant eux. Pendant ce temps là avec une cinétique inexorable le grand marché transatlantique ( Taftat) va écraser les dernières velléités de la vieille Europe à  vouloir être autonome  Ainsi va le Monde…

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Dérapage de Le Pen: la classe politique, dont Valls, s’insurge AFP 21/05/2014

2. Mais-merde-quoi-le- FN réclame-un-changement-de-ton L’Express.fr 26 05 2014

3. Abel Mestre: Quelles-sont-les-propositions-du-FN pour-l’ Europe Le Monde.fr/ 2014/05/26

4. Martial-Foucault. Les-européennes-sont-des-élections-defouloir- la-croix 2014-05-27

5 Alain Bentolila: La tentation du populisme L’Express 27 05 2014.

 

 

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