Liban – États-Unis Softwar : La criminalisation du Hezbollah

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Sous la Syrie, le Hezbollah. Tel était l’objectif sous-jacent de la stratégie saoudo américaine dans l’épreuve de force contre le pouvoir baasiste en Syrie et de son allié libanais, le Hezbollah.

Cauchemar de l’Occident, bête noire des Saoudiens et des Israéliens, le Hezbollah fait l’objet d’une manœuvre d’étranglement visant à neutraliser la seule structure arabe à tenir tête tout à la fois aux États-Unis, à Israël et à la dynastie wahhabite.

Le seul à constituer une menace directe pour Israël en ce qu’il est seul acteur arabe disposant d’une base opérationnelle limitrophe d’Israël, à l’exception de la Syrie, hors service du fait d’une guerre intestine, et du Hamas, à l’époque en phase d’égarement révolutionnaire dans la foulée de son ralliement aux pétromonarchies du Golfe et l’installation de son quartier général à Doha (Qatar), à 30 km de la base américaine du CENTCOM (Central Command).

Des trois partenaires de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américaine (Iran, Syrie, Hezbollah), l’axe subliminale du mal dans la stratégie atlantiste, le 3me acteur présente le meilleur rendement en terme de rapport qualité prix, la meilleure rentabilité opérationnelle en terme d’efficacité en ce que l’Iran (80 millions d’habitants, puissance du seuil nucléaire et autonome géographiquement) constitue un aléa stratégique pour une attaque occidentale et la Syrie, un aléa politique, pour les multiples répercussions que l’effondrement du pouvoir d’état pourrait entraîner pour son environnement.

L’anéantissement politique ou militaire du Hezbollah figure d’ailleurs dans toutes les démarches de la diplomatie occidentale depuis le début du soulèvement populaire en Syrie. Cela est si vrai que la première proclamation officielle du premier chef de l’opposition syrienne off-shore, l’universitaire franco syrienne Bourhane Ghalioune, a porté sur la première mesure symbolique qu’il prendrait au début de son mandat présidentiel, à savoir la rupture des relations stratégiques avec le Hezbollah et de la relation spéciale de la Syrie avec l’Iran.

La déclaration de Bourhane Ghalioune a plongé dans une profonde consternation ses parrains français en ce qu’elle a révélé prématurément les objectifs sous-jacents de la campagne de Syrie. Cet engagement a été consigné dans le protocole de Doha, la plate-forme politique de l’opposition, signée en Novembre 2012, sous la pression du Qatar qui prévoit en outre de recourir à la négociation politique pour récupérer le plateau du Golan occupé par Israël depuis 1967.
Autrement dit, un enterrement discret du contentieux syro israélien en ce qu’il implique la renonciation à la guerre et la reconnaissance d’Israël, sans préjuger du résultat final des négociations syro-israéliennes. Un schéma identique au processus israélo-palestinien d’Oslo avec ses aléas identiquement dilatoires.

Le Hezbollah Accountability Act

Les puissances majeures de l’OTAN ne sont pas parvenues à réduire la résistance du Hezbollah et la fraction de la population libanaise contestataire à l’ordre hégémonique israélo-américano-saoudien sur le Moyen-Orient, onze ans après l’adoption de la HATA (Hezbollah Accountability Act) par le congrès américain, en 2011 dans la foulée du déclenchement de la guerre de destruction de la Syrie.

Ce revers occidental s’est produit en dépit d’une guerre d’agression israélienne en 2006 contre le fief du Hezbollah, dans le Sud du Liban et la banlieue sud de Beyrouth; en dépit de la guerre de destruction de la Syrie, voie de ravitaillement stratégique de la formation politico militaire chiite; en dépit du blocus économique instauré par les États-Unis contre le Liban et de la présence des principaux alliés des Américains sur les leviers des commandes au Liban, dont voici la ventilation:

  • Le patriarche maronite, Béchara Ar-Rahi, parangon de la neutralité du Liban et de la normalisation feutrée avec Israël par le biais de la théologie. Pour aller plus loin sur le patriarche maronite, cf ces deux liens:
  • Le gouverneur de la Banque Centrale Libanaise, Riad Salamé, ancien gestionnaire du portefeuille du milliardaire libano-saoudien Rafic Hariri au sein de la firme Merrill Lynch Cy, dont plusieurs parquets européens (France, Suisse, Belgique) ont d’ailleurs instruit son procès pour corruption;
  • Le cartel des dirigeants des banques libanaises, en majorité chrétiens, défendu par la technostructure française.
  • Le leadership sunnite inféodé à l’Arabie saoudite, les quatre trois anciens premiers ministres, les milliardaires Saad Hariri, Najib Mikati et Fouad Siniora et Tammam Salam.
  • Enfin le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun qui se rêve Vizir à la place du grand Vizir et les chefs des milices chrétiennes, les Forces Libanaises de Samir Geagea, et Le Parti Phalangiste de Sami Gemayel, -deux formations parmi les plus sanguinaires du Liban–, inconsolables du déclassement des prérogatives constitutionnelles des Maronites qui perçoivent les États-Unis comme une bouée de sauvetage à leurs turpitudes.

Pour mémoire, la criminalisation du Hezbollah s’est faite à l’instigation de Saad Hariri, furieux d’avoir été débarqué sans ménagement de son poste de premier ministre, en 2011, en tandem avec son grand allié Samir Geagea et des parlementaires américains d’origine libanaise, –Nick Rahhal, Charles Boustany et Darrell Issa.

Le HATA (Hezbollah Accountability Act) a été voté sur le modèle de la Syrian Accountability Act, adopté, lui, neuf ans plus tôt, dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak. Ces deux textes législatifs américains (Hata et Syrian Accountability act) ont été adoptés dans le vain espoir de faire pression sur la formation politico-militaire chiite et son allié syrien en vue de les contraindre de se conformer à l’ordre saoudo américain.

Intervenu près d’un an avant la mise sur pied de la coalition de l’opposition syrienne off-shore, sous la houlette franco turque, la pression diplomatique a été aiguillonnée notamment par un autre parlementaire américano-libanais, proche du lobby sioniste aux États-Unis, Anthony Nicy, ainsi que par Walid Farès, ancien cadre dirigeant des milices chrétiennes libanaises durant la guerre civile libanaise (1975-1990) et recyclé aux États-Unis en tant que conseiller auprès de la commission de la lutte anti-terroriste au sein du sénat américain. CF. Le journal libanais Al Akhbar en date 24 juin 2011 http://www.al-akhbar.com/node/15357

Les munitions de la soft war: Les subsides aux ONG de la Société Civile libanaise.

A- La corruption, la dette publique et la confiscation des richesses

Au Liban, la corruption liée à l’endettement a atteint des proportions gigantesques, avec de graves conséquences pour l’État comme pour la société. La dette est la principale source d’enrichissement licite. Le Liban est devenu le troisième pays le plus endetté au monde, avec une dette publique estimée à 80 milliards de dollars en 2018, soit 151 % du PIB. La dette publique en tant que moyen de corrompre les administrations publiques, d’éviter les impôts sur la richesse, d’épuiser les finances publiques et de confisquer la richesse des autres nations est une pratique pluriséculaire.

La colonisation par le biais de prêts était courante au XIXe siècle: des puissances impérialistes telles que la Grande-Bretagne envahirent ainsi des pays tels que l’Égypte lorsque que cette dernière se trouva dans l’impossibilité de payer ses dettes. Au XXme siècle, les institutions financières internationales jouèrent un rôle de premier plan dans l’imposition de conditions d’austérité aux pays du Sud, en contrepartie de l’obtention de prêts.

Les banques privées ont emprunté auprès de la banque centrale pour obtenir de l’argent bon marché et le prêter à des taux plus élevés aux citoyens ordinaires, empochant la différence sans grands investissements productifs. Les banques privées ont emprunté auprès de la banque centrale pour obtenir de l’argent bon marché et le prêter à des taux plus élevés aux citoyens ordinaires, empochant la différence sans grands investissements productifs.

Plus de 700 000 Libanais ont emprunté plus de 20 milliards de dollars, dont plus de la moitié constituent des prêts immobiliers à près de 130 000 familles incapables de trouver des locations abordables. Cela a créé une classe moyenne débitrice, en plus d’un État endetté.

B- La pauvreté au Liban

Le nouveau rapport publié en septembre 2021 par la commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale affiche des chiffres alarmants:
Avant l’éclatement de la crise au mois d’octobre 2019, 30 % de la population libanaise vivait sous le seuil de pauvreté. Ce taux s’est élevé à 50% au mois d’août 2020 pour atteindre 74 % en septembre 2021.

La moitié de la population au Liban n’a pas accès aux médicaments et 33 % des foyers sont privés d’accès aux services de santé. Ces chiffres couvrent l’année 2020 et le début 2021, et prennent donc en compte les conséquences de la crise sanitaire et des confinements successifs.

La situation des réfugiés palestiniens, syriens, irakiens, soudanais s’est également aggravée. 1,5 million de réfugiés syriens, dont 880.000 enregistrés auprès du HCR, vivent au Liban, 257.000 réfugiés palestiniens, et plus de 16.000 réfugiés (enregistrés auprès du HCR) irakiens, somalis et soudanais.

54% des réfugiés syriens sont des enfants. Alors que 55% des réfugiés syriens vivaient dans l’extrême pauvreté au début de l’année 2019, ce taux s’élève aujourd’hui à 90%. Ils disposent de moins de 3,8 dollars par jour. En outre, 80% des réfugiés syriens n’ont pas de carte de résident, ce qui les soumet à des risques d’exploitation.

La première cause directe de cette pauvreté croissante est la perte de valeur de la livre libanaise et l’inflation. Le Liban a enregistré un des taux d’inflation les plus élevés au monde. Entre les étés 2020 et 2021, l’indice des prix à la consommation a connu une hausse de 140 %. La dévaluation de la livre s’élève à 90 % depuis le début de la crise.

Pendant les quatre premiers mois de l’année 2021, 230.000 citoyens libanais ont émigré de manière légale, auxquels il faut ajouter les départs par voie maritime des Libanais syriens vers Chypre. On estime que 40% des médecins et 30% des infirmiers ont quitté le Liban, et le taux de départs est probablement similaire pour les professeurs, les avocats et les entrepreneurs.

René Naba

 

Pour aller plus loin sur ce thème, les précisions de Clothilde Facon
https://www.lesclesdumoyenorient.com/Clothilde-Facon-Le-role-des-ONG-dans-la-societe-libanaise-risque-de-saper-l.html



Articles Par : René Naba

A propos :

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de “L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres” (Golias), “Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français” (Harmattan), “Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), “Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David” (Bachari), “Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l’Association d’amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

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