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Liban : La guerre du renseignement après celle des canons…
Par Scarlett Haddad
Mondialisation.ca, 01 novembre 2009
L'Orient Le Jour 22 octobre 2009
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/liban-la-guerre-du-renseignement-apr-s-celle-des-canons/15901

C’est une guerre sous une autre forme qui se déroule entre le Hezbollah et Israël depuis le 14 août 2006, date officielle de la cessation des hostilités entre les deux parties.

Des sources proches du Hezbollah affirment que depuis cette date, qui constitue le début de l’application de la résolution 1701, Israël a commencé à préparer sa guerre de revanche, dont le timing sera choisi en fonction de l’achèvement des préparatifs.

Les mêmes sources ajoutent que la partie non publiée du rapport de la commission israélienne Winograd, sur les défaillances de l’armée de ce pays pendant la guerre de 2006, comporte des révélations sur la supériorité du Hezbollah dans le domaine du renseignement, ce parti ayant réussi, toujours selon les données du rapport, à se procurer les numéros de téléphone privés des officiers israéliens commandant les unités chargées d’opérer au Liban et à écouter leurs communications parvenant ainsi à prévoir les actions militaires.

C’est pourquoi Israël n’a cessé au cours des trois dernières années de chercher à renforcer ses cellules de renseignements au Liban tout en essayant d’infiltrer le Hezbollah.

Les sources du Hezbollah rappellent ainsi qu’Israël a essayé de créer de nouveaux réseaux d’espionnage ou de relancer les cellules dormantes, dans le but de constituer de nouvelles bases de données sur des cibles éventuelles. Mais après le 7 mai 2008, les forces de sécurité, notamment le département des informations au sein des FSI, ont réussi à démanteler plusieurs cellules, portant un coup important aux objectifs israéliens.
Mais cela ne signifie nullement, poursuit la source, qu’Israël a renoncé à ses projets d’agression contre le Liban.

Au contraire, les efforts pour renforcer sa base d’informations sur le Liban et le Hezbollah en particulier se poursuivent, alors que de son côté, le parti islamique fait preuve d’une grande vigilance dans tous les domaines, sachant qu’il constitue une cible permanente pour Israël.

Le Hezbollah estime avoir enregistré plusieurs points en sa faveur ces derniers temps. Il a, selon les sources qui lui sont proches, réussi à éviter le piège de la modification des règles de confrontation au Sud, dans le sens du renforcement et de l’extension des pouvoirs de la Finul , définie pourtant dans le cadre de la résolution 1701 comme une force de soutien à l’armée libanaise.

Il a ainsi neutralisé les tentatives israéliennes de tirer profit de l’explosion de Kherbet Selm puis de celle de Tayr Filsay. Dans les deux cas, le parti a rapidement réagi pour démonter la version israélienne et rappeler que les réelles violations de la résolution 1701 proviennent de l’autre camp, qui n’hésite pas à filmer au Liban et à interpréter à sa guise des documents pris illégalement et qui, en plus, ne donnent aucune preuve d’une activité militaire du Hezbollah.

Reste le dernier incident qui s’est produit samedi soir à Houla, lorsque, sachant que le Hezbollah a découvert les émetteurs enfouis par Israël dans le sol libanais près de la frontière, l’armée israélienne a été contrainte de les faire exploser à distance. Le troisième émetteur n’ayant pas été détruit, c’est l’armée libanaise qui s’en est emparé pour l’examiner. Selon les sources proches du Hezbollah, ces émetteurs étaient destinés à espionner la région du Sud et surtout à tenter de percer le réseau fixe de téléphones du Hezbollah, qui, selon le rapport Winograd, avait réussi à assurer la supériorité de ce parti dans le domaine des renseignements, puisqu’en dépit de tous leurs moyens, les Israéliens n’avaient pas réussi à isoler les différentes unités et à les empêcher de communiquer entre elles ou avec leur commandement. Ces émetteurs seraient liés aux avions d’espionnage israéliens MK (surnommés par les habitants du Sud Oum Kamel) auxquels ils transmettent des informations elles-mêmes retransmises immédiatement aux centres de réception en Israël.

Les sources proches du Hezbollah sont convaincues qu’en décelant ces émetteurs enfouis dans le sol, le Hezbollah a porté un coup dur au réseau technique d’espionnage installé au Sud.

Tout en s’étonnant de la rapidité avec laquelle la porte-parole de la Finul s’est empressée d’affirmer que ces émetteurs avaient été installés avant la guerre de 2006, les responsables du parti, eux, sont catégoriques sur le fait que leur installation serait bien plus récente. Elle s’inscrit dans le cadre de la détermination israélienne à se doter d’informations sur le Hezbollah lui permettant de préparer sa nouvelle attaque contre le Liban ou en tout cas, des assassinats de responsables du parti. Le Hezbollah estime ainsi avoir montré sa rapidité et sa mobilisation, adressant un message clair aux Israéliens qui se résumerait par ce constat : « Nous ne nous laisserons pas faire et nous sommes prêts à tous les affrontements, sécuritaires, militaires et même médiatiques. »

Les sources proches du parti ne se montrent pas très inquiètes de la position de la Finul , estimant que celle-ci tient à conserver de bonnes relations avec la population du Sud et rappelant ce qui s’est passé à Kherbet Selm lorsque le commandement de la Finul a pratiquement présenté des excuses à la population après avoir tenté d’effectuer une perquisition dans une maison du village. Le parti est surtout confiant dans l’attitude de l’armée libanaise qui a récemment tiré sur un MK israélien survolant le ciel libanais, envoyant ainsi un message ferme sur son refus de la violation de la souveraineté libanaise et sur la nécessité d’équiper cette armée en armes antiaériennes pour qu’elle puisse remplir correctement son rôle. De plus, c’est l’armée libanaise qui mène l’enquête officielle sur l’explosion de Tayr Filsay et sur la découverte des équipements d’espionnage installés à Houla. Les sources proches du parti affirment en conclusion que les derniers incidents ont montré que le Hezbollah est prêt à la riposte et qu’Israël n’a pas encore suffisamment de données pour mener une novelle guerre d’envergure contre le Liban…

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