L’incertitude plane sur l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine

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Le projet d’accord commercial de «phase un» entre la Chine et les États-Unis, qui a fait l’objet d’un accord de principe le mois dernier et qui devait être signé lors de la réunion du sommet de la Communauté économique Asie-Pacifique (APEC) des 16 et 17 novembre au Chili, est marqué par l’incertitude quant à ses conditions exactes.

La principale question est de savoir si l’administration Trump fera des concessions sur les tarifs qu’elle a déjà imposés et sur les autres prélèvements envisagés, tandis que des reportages contradictoires sont publiés sur l’état des négociations.

La semaine dernière, Bloomberg a rapporté que les responsables chinois avaient jeté le doute sur la conclusion d’un accord à long terme, même si un accord de «phase un» avait été conclu. Bloomberg a déclaré que les responsables chinois avaient dit qu’ils ne bougeraient pas sur les «questions les plus épineuses», centrées sur les demandes des États-Unis pour une plus grande protection des droits de propriété intellectuelle, et sur les pressions visant à ce que la Chine fasse des changements aux subventions accordées aux entreprises publiques.

Le président américain Donald Trump (à droite) et le président chinois Xi Jinping assistent à une cérémonie de bienvenue au Grand Hall du peuple à Beijing, le jeudi 9 novembre 2017. (AP Photo/Andy Wong)

Les Chinois ont indiqué qu’il fallait au moins prendre certaines mesures sur les tarifs déjà imposés pour qu’un accord intérimaire puisse être signé. Plus tôt cette semaine, le Financial Times a rapporté que la Maison-Blanche, selon «cinq personnes informées sur les discussions», envisageait de réduire à un taux de 15 % les tarifs douaniers sur les produits chinois d’une valeur de 112 milliards de dollars, le 15 septembre.

Mais les États-Unis insistent pour dire que cela doit s’accompagner d’un accord de la part de Pékin selon lequel la Chine doit prendre des mesures pour répondre aux exigences américaines dans les phases ultérieures des négociations. Washington a suspendu l’augmentation tarifaire prévue de 25% à 30 % sur les importations chinoises d’une valeur de 250 milliards de dollars, qui devait entrer en vigueur le 15 octobre. Selon le reportage du Financial Times, le gouvernement américain a également indiqué que l’imposition de tarifs sur des biens de consommation d’une valeur de 156 milliards de dollars, prévue pour le 15 décembre, pourrait être évitée si un accord provisoire était conclu.

Mais jusqu’à présent, Washington n’a accepté de retirer aucune des mesures tarifaires qui ont été effectivement imposées. La position du représentant américain au commerce Robert Lighthizer est que ces mesures doivent être maintenues pour s’assurer que la Chine respecte les conditions imposées par les États-Unis.

Une grande partie de l’incertitude quant à l’état actuel des négociations et à la conclusion d’un accord intérimaire découle du manque de clarté sur ce qui a été décidé au cours des pourparlers entre le président Trump et le négociateur commercial en chef et vice-premier ministre chinois, Liu He, lors des pourparlers tenus à Washington le mois dernier.

Avec un œil qui fixait fermement les marchés boursiers, lesquels auraient fortement chuté si les négociations avaient été rompues, Trump est sorti de la réunion pour déclarer qu’une «première phase substantielle de l’opération» avait été atteinte.

Bloomberg a toutefois signalé plus tard que, derrière des portes closes, l’ambiance était quelque peu différente. «Selon les personnes proches des pourparlers, les parties discutaient encore de la manière de répartir les sujets entre les phases et de ce qu’il fallait annoncer seulement quelques minutes avant que les journalistes ne soient autorisés à entrer dans la salle pour participer à l’annonce».

Trump a dit qu’il pourrait y avoir jusqu’à trois phases. Liu, cependant, a refusé de commenter.

Dans un article publié samedi, Taoran Notes, un blogue reflétant l’opinion officielle chinoise, a déclaré que l’annulation de tous les tarifs douaniers était un problème qui devait être résolu. «L’élimination de tous les tarifs additionnels est une préoccupation centrale qui n’a pas changé et qui ne changera jamais; même s’il y a un accord de phase un, cette préoccupation centrale devrait être prise en compte.»

Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, a déclaré dimanche que les deux parties étaient sur la bonne voie pour signer un accord plus tard ce mois-ci, mais il a admis que le calendrier pourrait différer de quelques semaines. Le conseiller à la Sécurité nationale, Robert O’Brien, a déclaré lundi qu’il était «prudemment optimiste» et que les deux parties étaient «assez proches d’un accord».

Mais la question clé demeure: quelles concessions les États-Unis sont-ils prêts à faire sur les réductions tarifaires? La position centrale de l’administration – soulignée dans la série d’exigences présentées à Pékin en mai 2018 – est que les tarifs douaniers sont l’arme clé dans la volonté de Washington d’amener les entreprises américaines à déplacer leurs chaînes d’approvisionnement hors de Chine et à faire reculer le développement industriel et technologique chinois.

Si Trump est considéré comme faisant trop de concessions à la Chine sur le front tarifaire, il devra faire face aux attaques de sections clés des partis républicain et démocrate, ainsi que de l’appareil militaire et du renseignement, qui considèrent le développement économique et technologique de la Chine comme une menace pour la domination économique et militaire des États-Unis.

Entre-temps, le conflit commercial en cours et l’incertitude quant à son orientation ont des répercussions importantes sur le commerce entre les États-Unis et la Chine et, plus généralement, sur le commerce mondial.

Les chiffres publiés mardi ont montré que les importations américaines en provenance de Chine ont chuté de 4,9 % en septembre, le niveau le plus bas en trois ans, et que les exportations américaines vers la Chine ont chuté de 10 %, leur plus bas niveau en cinq mois.

Cette guerre commerciale touche surtout la région asiatique, où la Corée du Sud, un important centre manufacturier, est parmi les plus durement touchées, avec Hong Kong – déjà en récession –, le Vietnam, Singapour et la Thaïlande.

Le mois dernier, les exportations sud-coréennes ont chuté de 14,7 % par rapport au même mois l’an dernier. Il s’agit de la plus forte baisse en quatre ans et de la onzième baisse mensuelle consécutive. Les exportations de fer et d’acier ont chuté de 9,7 % au cours des dix premiers mois de l’année, et les deux tiers des catégories d’exportations sud-coréennes ont diminué. Les produits électroniques ont baissé de 18 % et les exportations de semi-conducteurs de 32 %.

Selon les analyses des données du Fonds monétaire international effectuées par le Financial Times, près de 100 pays ont vu la valeur de leurs exportations diminuer au cours du premier semestre de cette année, contre 33 l’an dernier.

Le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse ses prévisions de croissance annuelle des exportations de biens et services cette année, en volume, pour les ramener à seulement 1,2 %, contre 3,7 % l’an dernier.

L’industrie automobile mondiale est au centre de ce que le FMI a qualifié de ralentissement mondial «synchronisé», qui est exacerbé par les incertitudes et les problèmes résultant de la guerre commerciale.

«C’est là que le ralentissement mondial se concentre», a déclaré l’économiste en chef de Fitch Ratings, Brian Coulton, au Financial Times. «C’est le secteur le plus important, et pas seulement celui des dommages collatéraux plus larges [de la guerre commerciale].»

Septembre dernier, Herbert Diess, directeur général de Volkswagen, a déclaré au Salon automobile de Francfort que la guerre commerciale «influençait vraiment l’humeur des clients» et pourrait «vraiment perturber l’économie mondiale». Il a dit qu’en raison de la guerre commerciale, le marché de l’automobile en Chine est «fondamentalement en récession… C’est vraiment effrayant pour nous».

Et la situation pourrait s’aggraver, si Trump décidait plus tard ce mois-ci s’il convient d’aller de l’avant avec un tarif de 25 % sur les importations d’automobiles, pour des raisons de «sécurité nationale», dans le cadre d’une pression des États-Unis pour forcer l’Union européenne à ouvrir ses marchés aux exportations des produits agricoles américains.

Nick Beams

 

 

Article paru en anglais, WSWS, le 6 novembre 2019



Articles Par : Nick Beams

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