L’UE valide la défense paneuropéenne

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Le Conseil des ministres de la défense de l’UE approuve 14 projets de défense paneuropéens. L’UE accentue sa stratégie de défense en faisant participer les Etats-Unis et, donc, l’Otan. Tout se bouscule rapidement. Les nouveaux projets constituent une nouvelle étape pour l’investissement et le développement conjoints en matière de défense, et en particulier dans les domaines de l’air et de l’espace.

Ces projets indiquent, notamment, des systèmes pour la répression dans le domaine civil. Donc, le domaine militaire n’est pas le seul point principal. Et, les technologies les plus modernes sont mises en place.  Les Etats de l’UE devraient être en mesure de mieux réagir aux «guerres hybrides» (invasion de migrants) à l’avenir. L’UE a décidé d’appliquer, avec l’accord de l’Otan de mettre en place la force de réaction rapide.

14 nouveaux projets. Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Union européenne ont salué le projet d’une nouvelle stratégie de défense («Compas stratégique»), rapporte le Frankfurter Allgemeine (FAZ).

«14 nouveaux projets seront ajoutés à la liste des 46 projets existants qui ont été développés dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP) depuis décembre 2017», indique le communiqué de presse du Conseil de l’UE. Il faut rentrer dans les détails techniques de ce communiqué pour saisir l’ampleur de la nouvelle stratégie. Cela concerne le projet de transport aérien stratégique de cargaisons hors gabarit (SATOC) pour le transport de cargaisons hors gabarit et lourdes suivant une approche progressive, un véhicule de surface semi-autonome de taille moyenne (M-SASV) pouvant être utilisé pour les opérations en zone littorale ainsi que pour les groupes opérationnels navals, le projet de systèmes d’aéronefs télépilotés de petite taille de nouvelle génération (NGSR) concernant les drones tactiques à l’usage des unités militaires dans les domaines maritime et aérien ainsi qu’à un double usage (civil / défense), plus précisément par les services répressifs ou par les services d’urgence / de gestion des catastrophes.

La défense des ressources spatiales (DoSA) renforcera l’efficacité opérationnelle de l’UE dans le domaine spatial grâce à une mobilisation judicieuse des ressources spatiales actuelles et futures faisant appel à des fonctions spatiales transversales d’accès, de défense passive et d’efficacité opérationnelle imputable à la formation. Des éléments essentiels pour une escorte européenne (4E) sont prévus pour la zone maritime: futures cargaisons tactiques de taille moyenne (FMTC), systèmes d’aéronefs télépilotés de petite taille de nouvelle génération (NGSR), station d’accueil de giravions pour drones, armes évolutives de petit calibre (SSW) et puissance aérienne pour les systèmes aériens.

Le partenariat militaire de l’UE (EU MilPart) relève du domaine des systèmes terrestres, tandis que le pôle commun pour l’imagerie gouvernementale (CoHGI) relève du spatial. Le projet de modélisation, d’identification et d’évaluation automatisées des dommages en terrain urbain (AMIDA-UT) et les fédérations de centres d’entraînement à la cyberdéfense (CRF) relèvent des systèmes de cyberdéfense et de C4ISR (commandement, contrôle, communications, informatique, renseignement, surveillance et reconnaissance).

La coopération structurée permanente ou CSP est l’un des éléments constitutifs de la politique de défense de l’UE et a été mise en place en 2017 pour donner aux Etats membres de l’UE la possibilité de coopérer plus étroitement dans le domaine de la sécurité et de la défense. Cela permet aux Etats membres qui le souhaitent et qui le peuvent de développer conjointement des capacités de défense, d’investir dans des projets communs et de renforcer l’état de préparation opérationnelle et la contribution de leurs forces armées.

Vers un «hard power» de l’UE. Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, a déclaré le 15 novembre 2021, «l’Europe ne pourra pas survivre avec juste du «soft power», elle doit «avoir du hard power», et précisé que «nous agissons en complément de l’Otan» et réaffirmé, signalant que l’UE était prête à entamer des négociations avec Washington pour permettre aux Etats-Unis de rejoindre les projets de défense et militaro-industriels de l’Union: «Il n’y a pas d’alternative à l’Otan pour la défense collective de l’Europe».

La crise des migrants utilisée comme excuse d’intervention. Josep Borrell a, selon le FAZ présenté la crise à la frontière avec la Biélorussie comme un cas modèle de ce à quoi l’UE devrait répondre à l’avenir: «Nous sommes confrontés à une guerre hybride, avec beaucoup d’espace entre la guerre et la paix, dans laquelle tout peut être transformé en arme». Ainsi, cette crise des migrants à cette frontière tombe bien, au bon moment à pic pour justifier les plans de défense de l’UE avec l’Otan comme surveillant.

Le «Compas stratégique» devrait être achevé d’ici mars de l’année prochaine. Seules la Pologne et la Lituanie ont émis des réserves sur le projet de «force modulaire pouvant aller jusqu’à 5 000 hommes» (force de réaction rapide), qui peut être rapidement délocalisée dans les points chauds. Cette crise migratoire tombe au bon moment pour faire plier les deux pays récalcitrants, surtout qu’actuellement l’Estonie organise un exercice militaire le long de la frontière russe où «les ingénieurs de réserve construiront également des clôtures frontalières temporaires dans les zones frontalières qui ont été précédemment utilisées par le crime organisé pour faciliter la migration illégale».

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a, également, confirmé mardi avant de rencontrer les ministres de la Défense de l’UE que l’Otan a triplé sa force de réaction rapide à 45 000 soldats qui peuvent être déployés rapidement. La création d’une force de réaction rapide de l’Otan avait été décidé en septembre 2014. En 2015, cette force devait comprendre de 3 000 à 5 000 soldats et être prête à intervenir d’ici deux à trois jours. L’Otan a demandé à ce que les Européens dépensent plus d’argent pour la défense et combler les lacunes dans les capacités de l’Alliance. Josep Borrell souligne qu’ il «s’agit de renforcer le pilier européen de l’Otan». La force d’intervention rapide de l’UE est donc un bouche trou de l’Otan et sous le contrôle des Etats-Unis.

Les 25 Etats membres participant à la CSP sont les suivants: l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède.

Olivier Renault



Articles Par : Olivier Renault

A propos :

Olivier Renault, journaliste. Il travaillé, entre autres, pour RUE89, Die Junge Freiheit, des sociétés de production à Berlin et Hambourg pour la télévision allemande...

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