Lula ne pourra pas être candidat à l’élection présidentielle 2018. L’icône brésilien dérouté.

« Le PT a présenté l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva comme candidat à la présidence. La publicité a été affichée quelques heures après que le Tribunal électoral suprême (TSE) ait rejeté l’enregistrement de candidature de Lula sur la base du Clean Tab Act, et interdit au PT de faire campagne en faveur de l’ancien président. Le TSE a cependant permis au candidat à la vice-présidence, Fernando Haddad, de faire campagne.» (No rádio, PT apresenta Lula como candidato à Presidência, le journal O Globo, le 1er septembre 2018)

Cette annonce à la radio a été faite par le Parti des Travailleurs du Brésil suite à la décision du Tribunal supérieur électoral. Lula (Inacio Lula da Silva, ex-président du Brésil 2003-2010) : Lula ne pourra pas être candidat à la présidentielle et briguer un troisième mandat.

Lula a été emprisonné en janvier 2018 pour corruption et blanchiment d’argent liés à l’opération « Lava Jato ».  Cette décision du Tribunal supérieur électoral (TSE) a créé à la fois une grande confusion et une polémique au pays en suscitant de vives réactions chez les militants de Lula alors qu’il était favori dans les sondages (39% des Brésiliens auraient voté pour Lula le plaçant à la tête). Cela ouvre la voie au candidat d’extrême-droite, Jair Bolsonaro, qui le secondait en obtenant 19% des votes, suivi de la candidate Marina da Silva (8%). Cette décision va certes modifier le schéma électoral au profit de la droite brésilienne qui semble devenue favorite dans les sondages par l’exclusion du candidat Lula. Ce revers pour les partisans du PT pourrait également provoquer de plus amples manifestations en faveur de la libération de Lula et son droit de se présenter comme candidat à la présidentielle – tout en faisant de l’icône Lula, un « héros » et « martyr ». »

Le PT a l’intention de poursuivre sa lutte pour renverser cette décision (finale) du TSE. Il s’appuie sur un appel lancé par la commission des droits de l’homme de l’Onu en faveur de Luiz Inacio Lula da Silva. Lula devrait pouvoir faire sa campagne électorale de sa prison… »  Un groupe d’avocats et juristes européens demandent au président actuel, Michel temer, de respecter cet appel. Cependant selon le TSE, la candidature est inéligible « en vertu d’une loi qui interdit à toute personne condamnée en appel de se présenter à une élection ».

Michel Temer, lui-même soupçonné de corruption, (1) avait déclaré en janvier 2018 que Lula devrait pouvoir faire sa campagne comme candidat à la présidentielle.

« La meilleure chose pour le Brésil serait que Lula da Silva participe et soit vaincu. »

Le président a estimé que son éventuelle exclusion du concours électoral augmenterait la tension politique et sociale que vit le pays. En outre, il a déclaré que le dirigeant du PT « n’est pas politiquement mort ». Infobae.com, le 29 janvier 2018

Le président brésilien, Michel Temer, en compagnie de Lula.

Par ailleurs, pour la première fois, la Mission observatoire des élections de l’Organisation des États Américains (OEA) a été reçue au Brésil. L’OEA sera présente avant, pendant et après les deux tours des élections pour examiner le financement électoral, l’organisation, la technologie électorale, l’accès au vote pour les personnes à mobilité réduite, les femmes, les noirs et les autochtones. De 50 à 60 observateurs internationaux seront envoyés à travers le pays. Cette organisation qui dit promouvoir la paix et la justice a fait à plusieurs reprises l’objet de vives critiques.(2) On peut se demander quel est l’intérêt de cette organisation de surveiller les élections au pays.

Il est important de rappeler que l’OEA, qui agit au nom de la démocratie seulement quand cela convient aux intérêts des Etats-Unis et des oligarchies locales latino-américaines, n’a rien fait de significatif pour, au moins, atténuer les atrocités de dictateurs tels que Rafael Léonidas Trujillo (République Dominicaine) ou Anastasio Somoza (Nicaragua), s’est tue quand un gouvernement légitime et élu fut renversé au Guatemala moyennant la participation de la CIA (1954), n’a pas bougé d’un pouce quand diverses démocraties sud-américaines ont été démolies dans les années 70 avec l’avènement de sanglantes dictatures militaires (Uruguay, Bolivie, Chili et Argentine), impulsées dans de nombreux cas depuis la Maison Blanche, le Département d’Etat et le Pentagone. Plus récemment, l’organisme panaméricain a été incapable de faire quoi que ce soit pour empêcher un coup d’Etat au Honduras ou pour dénoncer les conspirations parlementaires qui ont eu come conséquences les destitutions des présidents Fernando Lugo, au Paraguay (2012) et Dilma Rousseff, au Brésil (2016). (Editorial de la Jornada, 28 avril 2017, traduit par Le Grand Soir)

L’ex-présidente du Costa Rica (2010-2014), Laura Chinchilla, responsable de la Mission de l »OEA,

en train de tester une urne électronique – Divulgation/TSE Source : La Republica

Ces élections seront suivies de près par Mondialisation.ca.

Micheline Ladouceur

 

Note

(1) Les autorités soupçonnent Michel Temer d’avoir signé, en mai 2017, un décret rallongeant les concessions accordées aux acteurs des ports brésiliens à la seule fin de favoriser l’entreprise spécialisée dans le fret portuaire, Rodimar. La faveur aurait été rétribuée par de généreux pots-de-vin. (Au Brésil, arrestation de proches du président Temer accusés de corruption, Le Monde, le 30 mars 2018)

(2)Celle-ci prétend vouloir « instaurer la paix et la justice parmi les États membres, promouvoir leur solidarité, renforcer leur collaboration et défendre leur souveraineté, leur intégrité territoriale et leur indépendance ». (source)  Cuba avait été exclus de l »OEA en 1962 et en 2017, alors que les USA réclamait le retrait du Venezuela…le Venezuela a manifesté son intention de se retire en 2019 de l’organisation). De plus, la grande majorité de l’OEA représente des pays qui sont gouvernés par la droite.



Articles Par : Micheline Ladouceur

A propos :

Ph.D. en géographie. Spécialiste des questions latino-américaines et brésiliennes. Directrice associée du Centre de recherche sur la Mondialisation, Rédactrice de Mondialisation.ca et des pages en portugais et en italien.

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