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Macron: «La Russie est dans l’Europe»
Par Olivier Renault
Mondialisation.ca, 06 février 2020
Observateur continental
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Le président français a de nouveau présenté – ce qui est un exploit – la Russie comme faisant partie de l’Europe.

Jouant sur la sensibilité polonaise vis à vis de la Russie dans un contexte où c’est, selon lui, l’Union européenne qui doit relever le défi de l’Otan en mettant en place sa propre armée, alors que la Pologne mise sur les Etats-Unis pour sa défense et voit toujours la Russie comme étant un danger pour sa souveraineté, Emmanuel Macron se lance en tant que leader européen pour prendre la place d’Angela Merkel sur le terrain «naturel» de l’Allemagne en Europe centrale en privilégiant toujours une normalisation des relations avec la Russie. La France a – c’est ce qui en fait sa force – deux atouts très convoités par la diplomatie allemande, sa force de frappe nucléaire et son siège permanent à l’Onu.

Dans un tweet du 3 février, le président français alors en visite en Pologne a déclaré:

«La France n’est ni pro-russe, ni anti-russe, elle est pro-européenne. Même si elle n’est pas dans l’Union européenne, la Russie est dans l’Europe. Et nous n’avons aucun intérêt à ne pas regarder en face notre relation avec la Russie et à laisser des malentendus».

Dans cette déclaration – ce qui était osé en Pologne – faite devant le président polonais, Andrzej Duda, et Mateusz Morawiecki, le Premier ministre polonais, le président français continue de faire des déclarations favorables envers la Russie. Depuis son discours à la Sorbonne, le chef de l’Etat français a largement avancé ses pions en l’espace de trois ans en incluant le rôle de la Russie dans une volonté de damer le pion à la chancelière sur sa politique de rapprochement avec la Russie. On se souvient d’un passage du 26 septembre 2017 où le président français déclarait qu’«au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun, et d’une doctrine de défense commune pour agir». En 2017, la Russie était assimilée sur la langue du jeune président français aux «puissances autoritaires qui ne défendent pas aujourd’hui nos valeurs». Depuis 2019, la France tend la main à la Russie en tentant de rattraper le retard sur la diplomatie allemande vis à vis de la Russie, voire même à vouloir la dépasser pour prendre la main car l’Allemagne ne cesse pas de réclamer les positions stratégiques de la France. Les demandes allemandes ont, semble-t-il, à partir de 2018, fait revoir à la France sa politique vis-à-vis de la Russie.

Le vice-chancelier Olaf Scholz (SPD) avait préconisé en novembre 2018 que le siège permanent de la France au Conseil de sécurité des Nations unies soit converti «en siège européen commun». La France avait refusé mais répondu vouloir s’engager à ce que l’Allemagne en obtienne un. Dans un entretien de ce 2 février donné au Tagesspiegel,  juste avant le départ d’Emmanuel Macron en Pologne, l’Allemagne est revenue à la charge avec le chef du groupe parlementaire de la CDU, Johann Wadephul, qui a déclaré que la France devait donner à son pays sa dissuasion nucléaire:

«Nous devons envisager de travailler avec la France sur les armes nucléaires. L’Allemagne devrait être prête à participer à cette dissuasion nucléaire avec ses propres capacités et ressources».

Face à l’appétit de Berlin qui se fait de plus en plus insistant, Paris a engagé la vitesse supérieure et s’approche de la Russie tout en tentant de se montrer en leader en Europe centrale quitte à marcher sur «la terre de chasse» de Berlin.

Depuis mai 2019, la France entame un virage pro-russe. Même si le président français a déclaré ne pas être «pro-russe» en Pologne car il ne fallait pas heurter la sensibilité polonaise sur cette question, la France de Macron mène, en fait, une politique pro-russe depuis mai 2019.

En mai 2019, le président français a déclaré que «le Conseil de l’Europe a besoin de la Russie comme la Russie et les Russes ont besoin du Conseil de l’Europe, ce qui suppose que ses droits d’Etat membre soient respectés mais aussi que la Russie remplisse ses obligations à l’égard de l’institution». Avant le G7 de Biarritz en août 2019, il avait jugé «pertinent» que la Russie – qui avait été suspendue en raison de la Crimée- puisse «à terme» rejoindre le G7 qui redeviendrait alors le G8. Le 19 août, il recevait le président russe au fort de Brégançon. A la fin du mois d’août, Emmanuel Macron plaidait devant les ambassadeurs pour une normalisation des relations avec la Russie: «Il faut repenser notre lien avec la Russie car «pousser la Russie loin de l’Europe est une profonde erreur» et «nous sommes en Europe, et si nous ne savons pas à un moment donné faire quelque chose d’utile avec la Russie, nous resterons avec une tension profondément stérile, nous continuerons d’avoir des conflits gelés partout en Europe, à avoir une Europe qui est le théâtre d’une lutte stratégique entre les États-Unis et la Russie, donc à avoir des conséquences de la guerre froide sur notre sol». Toujours au mois d’août, il avait déclaré à la presse que «sa politique de rapprochement avec la Russie se heurtait aux oppositions «des Etats profonds de part et d’autre, à Paris comme à Moscou».

Olivier Renault

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