Malgré les promesses faites aux Etats-Unis, les colonies s’étendent sur la terre arabe.

Une enquête secrète, menée pendant deux ans par les autorités de la défense israélienne, montre qu’il y a eu une construction illégale rampante dans des dizaines de colonies (*), qui dans de nombreux cas concerne des propriétés privées palestiniennes.

L’information apportée par cette étude a été présentée à deux ministres de la Défense : Amir Peretz et son prédécesseur Shaul Mofaz, mais n’a pas été rendue publique et un certain nombre de personnes qui participaient à l’enquête ont dû signer un engagement à ne pas la révéler.

Selon des sources sécuritaires proches des enquêteurs, ce matériel est de la  » dynamite politique et diplomatique. »

Lors de conversations avec Haaretz, ces sources ont affirmé que le rapport n’est pas rendu public afin d’éviter une crise avec le gouvernement des Etats-unis.

Le Brigadier Général Baruch Spiegel, assistant du ministre de la Défense, a pris sa retraite au début du mois. Spiegel était aussi chargé des diverses questions liées aux territoires [1] dont Dov Weisglass, chef du bureau du Premier ministre Ariel Sharon, avait promis par écrit de s’occuper à la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Ces engagements comprenaient la construction de colonies illégales [2], l’amélioration des conditions de vie des civils palestiniens et une surveillance plus grande de la conduite des soldats aux barrages routiers établis par l’armée israélienne.

L’une des tâches de Spiegel était d’actualiser les données sur les activités des colonies. Lors de discussions avec des responsables américains et des ONG comme La paix Maintenant (Peace Now), il est apparu que les responsables de la défense manquaient d’informations mises à jour sur les colonies.

Ce manque provenait d’une absence d’intérêt des responsables de la défense, qui préféraient ne pas savoir ce qui se passait, mais était aussi dû au fait qu’un certain nombre de responsables-clé dans l’Administration civile effaçaient systématiquement des informations dans la base de données, parce qu’ils étaient idéologiquement d’accord avec les colons.

Spiegel et son équipe ont comparé les données disponibles de l’Administration civile avec celles des Américains, et ils ont effectué des dizaines de vols au-dessus des territoires, en utilisant des avions privés très onéreux, pour compléter la base de données.

Les conclusions de l’étude montrent, selon des sources sécuritaires, des différences extrêmes entre les données de l’Administration civile et la réalité sur le terrain. Les données de l’enquête de Spiegel ont servi de base au rapport sur les avant- postes illégaux préparé par l’avocate Talya Sasson , rendu public en mars 2005.

« Tout le monde parle de 107 avant-postes, » affirme une source qui connaît les donnée, « mais ce n’est rien, ça. Ce qui est vraiment important, ce sont les colonies plus anciennes, les « légales ». La construction y continue depuis des années, en violation flagrante de la loi et des règles de bonne gouvernance. »

Il y a trois ans, dans des discussions avec les Américains, Israël a promis que toute nouvelle construction dans les colonies anciennes se ferait à proximité des constructions existantes. L’idée était que la construction se limiterait à répondre aux besoins liés à l’accroissement naturel des colonies, et que l’on mettrait fin à l’expansion non contrôlée sur le territoire.

En pratique, les données montrent qu’Israël n’a pas tenu ses engagements : beaucoup de nouveaux « quartiers » ont été construits à la limite des zones sous juridiction israélienne, ce qui forme un territoire beaucoup plus étendu que ce qui était prévu réellement.

Les données montrent aussi que dans de nombreux cas la construction a été faite sur des terres privées palestiniennes. Dans le plan global, les propriétés palestiniennes étaient en général inclues dans la construction prévue pour plus tard. Cela comportait des propriétés palestiniennes dont l’Etat avait promis l’accès.

Mais, en en prenant prétexte de l’Intifada et de l’argument sécuritaire pour les colons, on a interdit aux fermiers palestiniens d’avoir accès à leurs propriétés, qui ont été annexées par les colonies israéliennes.

Dans de nombreuses colonies, comme Ofra et Mevo Horon, des maisons ont été construites sur des terres privées palestiniennes.

« Les médias se préoccupent des avant-postes, mais combien d’entre eux sont vraiment de grandes colonies comme Migron ? Dans la plupart des cas, il s’agit seulement de quelques mobile homes. L’étude de Spiegel montre la situation réelle dans les colonies elles- et c’est beaucoup plus grave que ce que nous savions jusqu’à maintenant, » selon l’une des sources.

Un haut responsable de la sécurité a exprimé sa crainte que, suite au départ de Spiegel, les données ne seront pas actualisées et seront donc perdues.

« Les responsables de la Défense n’ont pas forcément intérêt à conserver cette information Cela peut créer des problèmes diplomatiques avec les Américains et déclencher un scandale politique. Il n’est pas improbable qu’il y aura des gens qui chercheront à détruire les données, » a-t-il dit.

D’autres sources qualifiées affirment qu’il est nécessaire qu’une source extérieure objective, comme le bureau du Contrôleur de l’Etat (State Comptroller, intervienne sur cette question.

Le bureau du ministre de la Défense a publié une déclaration disant : « le problème est examiné en interne et le travail du personnel sera terminé bientôt et les parties du rapport que l’on peut publier seront disponibles. Le ministre de la Défense en discutera avec le Premier ministre Ehud Olmert. »

Pendant ce temps, la construction s’est intensifiée dans les nouveaux avant-postes. Des sources au conseil Yesha [3] disent que depuis la guerre du Liban, « des officiers qui sont sur le terrain nous sont favorables et font souvent semblant de ne pas voir les mobile homes en place. »

w w w . h a a r e t z . c o m 24/10/2006

Haaretz, Correspondant http://www.haaretz.com/hasen/spages/778767.html

traduction et notes, CL, Afps

[1] terminologie israélienne pour désigner la Palestine occupée

[2] (*).Toutes les colonies sont illégales en terme de droit international, car il s’agit de la présence sur le territoire occupé de la population de l’occupant, ce qui est interdit par les Conventions de Genève. Ce que les Israéliens appellent -de façon délibérément très restrictive- colonies illégales, sont les colonies qui n’ont pas eu le feu vert du gouvernement.

[3] conseil des colons



Articles Par : Amos Harel

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