Mandat d’arrêt européen pour 22 agents de la CIA accusés de l’enlèvement d’un imam à Milan

La justice italienne refuse de baisser les bras face à Washington

Un militaire américain accusé d’homicide volontaire, des mandats d’arrêts européens contre vingt-deux agents de la CIA : la justice italienne refuse de baisser les bras face à l’Administration américaine, même si les procédures lancées ont peu de chance d’aboutir.

«Nous allons de l’avant car nous pensons pouvoir mener à terme notre procédure et car nous sommes tenus par la loi de poursuivre l’enquête pénale. Le procès contre ces personnes se fera de toute manière, même si c’est par contumace », a affirmé à l’AFP un magistrat sous couvert d’anonymat. L’action pénale s’impose aux tribunaux dans la péninsule. Un magistrat informé d’un délit a l’obligation d’ouvrir une procédure judiciaire, même si son dossier se résume parfois à un article de journal.

Le parquet de Rome a ainsi pu accuser nommément jeudi le soldat américain Mario Lozano « d’homicide volontaire » pour la mort d’un agent secret italien à Bagdad non grâce à une collaboration des autorités militaires américaines, mais parce qu’une manipulation informatique simple a permis de lire son nom dans les parties censurées du rapport américain sur l’incident. Chef de mission des services secrets italiens en Irak, Nicola Calipari, 51 ans, a été tué le 4 mars dernier par les tirs d’une patrouille américaine dont faisait partie le soldat Lozano alors qu’il se rendait en voiture à l’aéroport de Bagdad avec la journaliste italienne du quotidien Il Manifesto Giuliana Sgrena, prise en otage un mois auparavant et dont il venait d’obtenir la libération. « L’enquête est terminée. Il n’y a pas eu d’accord entre les gouvernements italien et américain sur les conclusions de l’enquête. En ce qui concerne le gouvernement américain, la question est close », a affirmé jeudi le porte-parole du département d’État, Sean McCormack, réagissant à cette inculpation.

De même, la justice italienne a lancé hier des mandats d’arrêt européens contre 22 agents de la CIA soupçonnés d’avoir participé à l’enlèvement en Italie d’un ressortissant égyptien en février 2003. Le parquet de Milan avait auparavant lancé des mandats d’arrêt internationaux et demandé l’extradition des 22 membres de l’agence de renseignements américaine, mais ces deux procédures nécessitent la participation du ministre de la Justice, Roberto Castelli, qui a le pouvoir discrétionnaire de les transmettre ou de refuser de le faire. Le mandat d’arrêt européen est en revanche une procédure qui ne requiert pas l’intervention du ministre de la Justice. Il permet théoriquement l’arrestation des 22 agents de la CIA dès lors qu’ils seraient identifiés en Europe.

L’action pénale de la justice italienne a peu de chances d’aboutir en raison du refus de l’Administration américaine de collaborer. Mais elle relance un débat désagréable pour le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, un des alliés les plus fidèles du président George W. Bush. Le fait qu’aucun militaire américain n’ait été sanctionné pour la mort de Nicola Calipari et l’enlèvement d’une personne sur le territoire italien par une équipe de la CIA embarrassent M. Berlusconi. Le chef du gouvernement italien a affirmé ne jamais avoir été informé de l’opération américaine.

Cet enlèvement nourrit le débat sur les violations des droits de l’homme par la CIA qui aurait utilisé des prisons secrètes dans plusieurs pays en Europe pour détenir et interroger des personnes soupçonnées de liens avec le terrorisme.



Articles Par : Global Research

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