Marcelo Bielsa et l’épopée marseillaise: un bilan factuel

Entraîneur de l’Olympique de Marseille durant la saison 2014-2015, Marcelo Bielsa a offert au championnat de France le plus beau football des vingt dernières années.

Marcelo Bielsa n’est resté qu’un an à la tête de l’Olympique de Marseille mais il a marqué à jamais l’histoire du club. La prouesse est d’autant plus remarquable qu’il n’a remporté aucun titre, se contentant de qualifier l’équipe pour la Ligue Europa en obtenant une quatrième place au terme du championnat. Néanmoins, le natif de Rosario a fait l’unanimité auprès des supporters du club le plus populaire de France, qui se sont identifiés au style de jeu proposé et à la personnalité du charismatique entraîneur argentin.

Arrivée à Marseille

L’arrivée de Marcelo Bielsa à la tête de l’Olympique de Marseille a mis du temps à se concrétiser. Erudit du football, fin analyste, perfectionniste jusqu’à l’obsession, minutieux dans les moindres détails, intransigeant sur les principes, bourreau de travail, l’entraîneur argentin souhaitait prendre en compte tous les paramètres du club ainsi que le potentiel des joueurs avant de donner sa réponse. Ainsi, il a d’abord visionné à plusieurs reprises tous les matchs de Marseille sur les deux saisons précédentes, faisant des fiches techniques sur chaque joueur. Il a également assisté à plusieurs matchs de compétition avant de donner son accord définitif.

Marcelo Bielsa a été séduit par la ville de Marseille. Il a particulièrement apprécié le stade Vélodrome : « L’un des motifs pour lesquels je suis venu travailler ici, c’était pour voir au moins une fois le stade Vélodrome plein. C’est l’un des plus beaux spectacles que peut offrir le sport. […] C’est un stade unique, très joli. Vide, il est majestueux. Plein, il est émouvant ». De leur côté, les habitants de la ville la plus populaire et la plus exubérante de France ne pouvaient qu’apprécier un personnage au caractère fort, surnommé El Loco.

L’officialisation de sa signature a suscité la joie des supporters qui lui ont réservé un accueil chaleureux, digne des plus grands joueurs. Dans l’histoire de l’Olympique de Marseille, aucun entraîneur n’a déclenché une telle passion auprès des fans. Samir Nasri, milieu offensif de Manchester City qui a été formé à Marseille, se souvient de l’engouement extraordinaire généré par l’arrivée de l’Argentin : « Quand Bielsa est arrivé, on avait l’impression d’avoir fait signer Cristiano Ronaldo ». Daniel Bravo, ancien joueur de Marseille, avait également exprimé son enthousiasme : « Un coach comme lui, c’est la meilleure chose qui puisse arriver à l’OM ». Carlos Valderrama, légende du football colombien qui a joué plusieurs années dans le championnat de France, s’était réjoui de l’arrivée du technicien de Rosario, « l’un des meilleurs entraîneurs du monde ». De son côté, Jean-Michel Larqué, ancien international français, a salué « l’arrivée d’un top coach ».

Etat des lieux et effectif

Marcelo Bielsa a pris la tête d’un groupe qui venait de terminer la saison 2013-2014 à une laborieuse 6ème place, pour un total de 60 points. Avec un bilan de 16 victoires, 12 matchs nuls et 10 défaites, l’équipe avait marqué 53 buts et en avait encaissé 40, obtenant une modeste différence de but de +13. Sans fond de jeu, le stade était boudé par les supporters qui aspiraient à un spectacle plus attrayant.

Le technicien argentin a donc repris un groupe à la confiance écornée qui sortait d’une saison difficile. Mais Marcelo Bielsa a dû également surmonter un autre obstacle d’envergure. Alors qu’il avait dressé une liste de douze joueurs à recruter, la présidence du club n’en a recruté… aucun. « J’ai proposé douze options et aucune ne s’est concrétisée. J’ai demandé Manquillo, Isla, Montoya, Coke, Ocampos, Rekik, Tello, Medel, Alerweireld et Stambouli. Et aucun n’est venu », a noté le coach argentin. Pis encore, la direction du club a procédé à la vente de joueurs importants de l’effectif tels que Mathieu Valbuena et Lucas Mendes, a résilié les contrats de Benoît Cheyrou et Morgan Amalfitano et a prêté Jordan Ayew, sans même daigner consulter l’entraîneur. Le constat de Bielsa a été sans appel : « J’ai appris la vente de Lucas Mendes au dernier moment car il partait au Qatar. […] La direction du club m’a menti ».

Valbuena se souvient de cet épisode et de son ultime entretien avec Marcelo Bielsa, la veille de son départ vers le championnat russe : « Bielsa me dit : ‘Je voulais vraiment que tu saches que tous ceux qui disent que tu n’étais pas dans mes plans sont des menteurs. Tu as été le meilleur joueur de l’équipe de France à la Coupe du monde. J’aurais été vraiment fou de ne pas te vouloir dans mon équipe’. Il a eu des mots gentils et m’a souhaité bonne chance pour la suite’ ». L’international français, contraint au départ en raison d’une logique financière adoptée par le club au détriment de l’impératif sportif, a fait part de ses regrets de ne pas avoir pu évoluer sous les ordres du technicien argentin : « J’aurais aimé travailler avec lui. C’est un grand entraîneur avec des méthodes qui peuvent paraître dures, mais on voit bien ce qu’il apporte aux joueurs ».

Par ailleurs, le club a procédé au recrutement de quatre joueurs (Michy Batshuayi, Romain Alessandrini, Abdelaziz Barrada et Matheus Doria) sans daigner solliciter l’avis du natif de Rosario.  « Aucun joueur n’est arrivé sur ma décision », rappelle Bielsa. Le cas de Doria est emblématique. En effet, la présidence a décidé de le recruter dans les ultimes instants du mercato… contre l’avis de l’entraîneur. Bielsa s’était exprimé à ce sujet : « Je me suis opposé à l’arrivée de Doria. […] Pour moi, l’analyse d’un joueur, c’est 20 matchs, pas dans l’urgence. […] Le fait qu’il remplace Lucas Mendes ne fait pas progresser l’équipe. Lucas Mendes est là depuis deux ans et il part, alors qu’il a su s’adapter à l’équipe. […] Un joueur installé dans le foot français contre une grande promesse de 19 ans, avec tout le travail que cela implique, alors que je n’ai même pas pu me prononcer […]. Le président m’avait promis qu’on n’allait pas engager de joueurs étrangers, car l’OM n’a pas la structure suffisante pour évaluer les qualités d’un footballeur qui ne joue pas en France ». Le temps a donné raison à Marcelo Bielsa. En effet, Doria n’a pas disputé la moindre minute de jeu à l’Olympique de Marseille et son prêt au club espagnol de Grenade a été un échec complet.

Attaché aux principes et à la parole donnée, Marcelo Bielsa avait exprimé son mécontentement lors d’une conférence de presse mémorable, fustigeant le comportement de Vincent Labrune, Président du Club, et regrettant les promesses non tenues. Lors de la signature du contrat, l’Olympique de Marseille avait promis un effectif total de 22 joueurs, avec tous les postes doublés et un investissement minimum de 35 millions d’euros pour étoffer le groupe. L’Argentin n’a pu que constater le décalage entre les promesses effectuées et la réalité : «  [Je devais] avoir un groupe de 22 joueurs d’un niveau similaire pour avoir de l’émulation. […]. Le chiffre a ensuite été ramené de 22 à 20. Puis j’ai compris qu’on n’arriverait même pas à 18. Et aujourd’hui nous sommes 16 à peine ». Sa conclusion a été sans appel : « Le bilan de ce marché des transferts est négatif. Je crois que le président m’a fait des promesses qu’il s’avait qu’il n’allait pas tenir. Si tout cela m’avait été dit avec sincérité, je l’aurais accepté, mais dans le cas contraire je ressens un sentiment de rébellion ».

Critiqué par une partie de la presse pour avoir exprimé publiquement son mécontentement, Marcelo Bielsa a vu une légende du football prendre sa défense. En effet, Zinedine Zidane a apporté son soutien à son collègue argentin : « Si j’aurais réagi comme Bielsa ? Oui. Si vous avez défini des axes de travail et des grandes lignes avec votre président et qu’au final, ça ne se passe pas comme prévu, forcément, vous êtes en droit d’avoir des explications ».

Ainsi, Marcelo Bielsa a débuté la saison avec effectif limité et des joueurs qu’il n’avait pas choisis. Le handicap était donc de taille et les observateurs n’ont pas manqué de faire part de leur scepticisme quant aux chances de réussite de l’entraîneur argentin avec un groupe aussi restreint. Eric Di Meco, ancien joueur du club avec lequel il a remporté la Ligue des Champions en 1993, avait signalé le peu de moyens mis à la disposition du technicien : « S’il réussit avec cet effectif-là, ce sera un magicien ! ». Cette opinion était exprimée avant le départ de Valbuena, Mendes, Amalfitano, Cheyrou et Jordan Ayew, lesquels ont considérablement affaibli le groupe. Jean-Michel Larqué, aujourd’hui journaliste sportif, avait également pointé du doigt le niveau des joueurs mis à la disposition de Bielsa : « S’il réussit avec Mendy, Lemina, Imbula, je dis bravo ! Mais aujourd’hui, avec ces joueurs, il a plus de chance de se planter que de réussir ». Daniel Riolo, le commentateur radio le plus populaire de France, avait aussi fait part de ses réserves : « Que peut-il faire avec Dja Djédjé, Mendy ? Une moitié d’équipe semble quand même faible et ce peu importe qui la dirige ». C’est donc dans ces conditions adverses que le technicien argentin devait remplir sa mission.

Jeu offensif et football total

Malgré ce handicap certain, Marcelo Bielsa s’est réfugié dans le travail et, fidèle à sa philosophie de jeu et à ses principes footballistiques, a mis en place une équipe généreuse et courageuse portée vers l’offensive, exerçant un pressing haut et constant, avec des lignes resserrées et des transitions défense/attaque rapides. Les amoureux du football ont été rapidement séduits par le beau jeu proposé par l’Olympique de Marseille. Le premier match officiel de la saison 2014-2014 contre Bastia a débouché sur un spectaculaire résultat final de 3-3. Claude Makelele, ancien international français qui a remporté à deux reprises la Ligue des Champions et qui a joué la finale de la Coupe du monde 2006, alors entraîneur de l’équipe corse, a fait part de son admiration : « On est tombé sur un très bon entraîneur qui a su mettre en place un système qui nous a beaucoup gênés ». Makelele avait alors lancé un avertissement : « Marseille va poser des problèmes à beaucoup d’équipes ».

L’entraîneur bastiais avait vu juste. Après une contre-performance face à Montpellier, l’équipe de Marcelo Bielsa a enchaîné une série de huit victoires consécutives et, grâce à son football « héroïque », a pris la tête du championnat jusqu’à la trêve hivernale, dominant même le puissant Paris-Saint-Germain qatari et ses innombrables stars. L’Olympique de Marseille a occupé la première place durant quatorze journées. Aucune autre équipe n’est restée aussi longtemps à la tête du classement, ni Lyon, ni le Paris-Saint-Germain. Au-delà de ces résultats spectaculaires, le monde du football a été impressionné par les performances collectives de l’équipe de Marcelo Bielsa et séduit par la beauté du jeu, comme le montrent de nombreux témoignages.

Christophe Dugarry, ancien joueur de l’Olympique de Marseille, vainqueur de la Coupe du monde et de l’Euro, a salué la performance extraordinaire du technicien argentin, malgré un effectif limité : « Ce que fait Bielsa est tellement marquant à l’échelle de la Ligue 1 que ça peut faire des émules, car, si on regarde bien, il a certes de bons joueurs mais combien de niveau international ? Trois, peut être quatre. Ce que je retiens des matches aller ? L’OM de Bielsa. Pas seulement pour les résultats. […] Je n’ai jamais vu un entraîneur imprimer aussi vite sa marque à l’équipe. C’est passionnant parce que c’est presque un cas d’école : comment, avec une équipe quasiment inchangée, on peut à ce point la faire jouer aussi différemment et avec un rendu largement supérieur ».

Zinedine Zidane, impressionné par le travail de Marcelo Bielsa, a décidé de réaliser un stage d’observation à Marseille. Son témoignage est instructif : « Bielsa, c’est un passionné. C’est quelqu’un qui arrive à 8h du matin, il part à 8h du soir et il passe quasiment toute sa journée en survêtement. C’est un mec qui adore ça, qui est méticuleux. Ça, on l’a senti ».

Laurent Blanc, ancien international français vainqueur de la Coupe du Monde et de l’Euro et entraîneur du Paris-Saint-Germain avec lequel il a réalisé deux quadruplés consécutifs (championnat, Coupe de France, Coupe de la Ligue et Trophée des champions), a été séduit par le style de jeu proposé par Marcelo Bielsa. Il s’est exprimé à ce sujet et a fait part de son admiration pour son collègue : « C’est un entraîneur qui propose du jeu donc ça ne peut que me plaire. […] Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il a des idées et qu’il ne les renie pas. […] Je pense que sa méthode peut s’adapter à la Ligue 1 et moi j’aimerais bien qu’il reste […]. C’est un très bon entraîneur, c’est un caractère fort. Il a eu des résultats avec Bilbao, il en a avec Marseille. Bravo à lui ».

Willy Sagnol, entraîneur de Bordeaux qui a réalisé une brillante carrière de footballeur, est tombé sous le charme du technicien argentin, dont il loue les qualités : « On ne peut être qu’admiratif de ce qu’il amène en France car aucun autre entraîneur ne l’avait fait avant lui. En tant qu’acteur et amoureux du football, je lui dis merci ».

Hubert Fournier, entraîneur de Lyon, a également salué le travail de Bielsa à la tête de l’Olympique de Marseille : « Il a transformé l’équipe. Il a une partie importante dans le redressement sportif. Et il y a eu aussi une remise en cause individuelle des joueurs cadres de cet effectif à l’image de Gignac, Il a apporté de la rigueur et la volonté de faire travailler tout le monde ».

Daniel Casanova, entraîneur de Toulouse, a également rendu hommage au natif de Rosario saluant sa proposition footballistique généreuse et la transformation du groupe : « Cette équipe ne ressemble plus du tout à ce qu’était l’OM sur les deux dernières années. C’est une équipe qui a des principes et gère très bien tactiquement tous ses matchs. Cette équipe est préparée pour aller loin avec tous les ingrédients nécessaires. La rigueur et la discipline exigées par l’entraîneur est admise et comprise par tous les joueurs ». Il a aussi fait part de son respect pour son homologue sud-américain : « Je le suis depuis très longtemps. C’est quelqu’un qui a su imposer un style plaisant et efficace partout où il est passé, avec une méthodologie très différente de ce qui peut se faire. Moi, je l’ai toujours apprécié sans le connaître personnellement. C’est un entraîneur qui a des idées et qui connaît très bien le football. Il est capable de tirer le meilleur de son équipe, de lui donner un style et d’avoir des résultats ». Casanova le considère comme un modèle : « J’essaie de m’inspirer des bons et il en fait partie. Dans ses idées, dans le jeu qu’il veut faire pratiquer à son équipe, je me retrouve dans beaucoup de ces principes. La possession, la réaction à la perte de la balle, la pression haute : cela fait partie de ma philosophie d’entraîneur et du jeu que je veux pratiquer. Je pense que c’est un grand entraîneur qui a beaucoup d’influence sur de jeunes entraîneurs comme nous. Il y a beaucoup à apprendre du fonctionnement de ses équipes ».

Robert Herbin, légende de l’AS Saint-Etienne qui a remporté quatre titres de champion de France en tant qu’entraîneur, a encensé son collègue argentin et a loué le travail réalisé : « Marcelo Bielsa est en train de transformer en profondeur Marseille, une équipe irrégulière qui ronronnait. C’est un entraîneur exigeant et rigoureux. L’OM est très engagé dans tous les matchs. Avec les mêmes joueurs alignés, le changement est assez extraordinaire. Bielsa place le collectif avant tout. Il a transformé onze joueurs en une équipe ».

René Girard, entraîneur de Lille et membre du staff de l’Equipe de France qui a remporté l’Euro 2000, a livré son sentiment sur l’Argentin : « Bielsa est un grand monsieur du football. Quelqu’un qui connaît bien le foot et qui tire un maximum de son équipe. Une vision différente. C’est l’OM qui mène le peloton de tête, qui fait un championnat remarquable ».

Raymond Domenech, sélectionneur de l’Equipe de France finaliste de la Coupe du monde 2006, a loué l’œuvre de son collègue sud-américain : « Le travail qu’il est en train de faire, et surtout à Marseille, est bon, de par ses résultats. Sa méthode est très claire, il exige beaucoup de ses joueurs. Moi, j’ai eu la chance d’assister à ses entraînements avec ma formation d’entraîneur. C’est quelqu’un qui passe du temps avec ses joueurs, il fait beaucoup de travail individualisé, je pense que c’est une bonne méthode […] Si on regarde ce qu’il fait avec le même effectif que l’année dernière, c’est très fort. C’est admirable ».

Didier Deschamps, ancien joueur et coach de l’Olympique de Marseille et actuel sélectionneur de l’équipe de France, a salué l’action du technicien argentin : « Si l’OM est là où il est actuellement, c’est qu’il le mérite […]. Aujourd’hui, l’OM a un entraîneur de qualité, ça a forcément une influence sur le comportement de l’équipe et les résultats. […] Aujourd’hui, les résultats donnent entièrement raison à Bielsa ».

De son côté, Eric Gerets, ancien entraîneur de Marseille très populaire auprès des supporters, a exprimé son admiration pour son homologue argentin : « Bielsa a un nom fantastique dans le football. J’ai lu et entendu quelques commentaires sur lui, de Guardiola par exemple ou de quelques autres. Tous disent que c’est quelqu’un d’extraordinaire ».

Guy Roux, mythique entraîneur français qui détient le record de nombre de match dirigés dans le championnat de France, a exprimé son admiration pour Marcelo Bielsa : « Cette équipe développe pour l’instant un jeu exceptionnellement bon. Et unique, car aucune autre ne joue comme elle et pas seulement au niveau du rythme, mais surtout lors de la mise en route de la récupération. Les Marseillais apparaissent presque comme irrésistibles. […] [Bielsa] démontre de grandes qualités professionnelles ».

Bernard Lacombe, ancien entraîneur de Lyon et actuel conseiller de son président Jean-Michel Aulas, a salué l’ouvrage du technicien argentin à la tête de l’Olympique de Marseille : «  Je l’ai connu lorsqu’il entraînait Bilbao. Bielsa, c’est un Monsieur. Il a été beaucoup critiqué au début, mais il a ses idées et il n’en déroge pas. Il a fait un travail énorme dans tous les clubs où il est passé. […] La personne la plus influente dans le club, c’est lui ».

Rudy Garcia, entraîneur de l’AS Rome, s’est réjoui de l’arrivée de Marcelo Bielsa dans le championnat de France : « Je suis très heureux de voir ce qu’il fait à Marseille, grâce à toutes ses idées, ses convictions, ses principes ».

Albert Cartier, coach du FC Metz, a salué la vision du football de Marcelo Bielsa et le souffle nouveau qu’il a apporté au championnat de France : « Les vrais compétiteurs se reconnaissent en Bielsa. On a critiqué Monsieur Ancelotti, et je dis bien « Monsieur » pour marquer mon respect. Pour Monsieur Bielsa, c’est la même chose. Ce sont pourtant des gens qui aident le football ! Bielsa va marquer les joueurs de l’OM comme Ancelotti l’a fait avec ceux du PSG. Ce sont deux entraîneurs qui aiment passionnément leur métier. Ils donnent du bonheur aux gens, aux spectateurs ».

Frédéric Antonetti, ancien entraîneur de Rennes, est un grand admirateur de Marcelo Bielsa. Il a fait part de son sentiment : « J’adore l’entraîneur de l’OM, sa communication et ses principes. Il est atypique et apporte énormément au foot français. On l’a vu contre Paris, il accepte que son équipe soit déséquilibrée. Et ce déséquilibre engendre des beaux matches. Qu’il ait des résultats avec cette vision du foot, c’est très bien pour notre L 1 ».

Jean-Pierre Papin, élu joueur du siècle de l’Olympique de Marseille et vainqueur du Ballon d’or, a salué l’apport du technicien argentin et a milité en faveur de son maintien à la tête de l’équipe première : « Il a amené quelque chose de particulier. Avoir un tel entraîneur dans notre championnat, c’est rare. […] Il faut le garder ».

Carlos Mozer, défenseur emblématique du club dans les années 1990, s’est réjoui de l’arrivée du technicien de Rosario dans la cité phocéenne : « J’espère que Marcelo Bielsa restera la saison prochaine, ces progrès lui sont dus ; il a un bon esprit, veut une équipe concentrée, agressive et qui attaque. J’aimerais qu’il permette à l’OM d’aller encore plus haut ».

Eric di Meco, autre figure légendaire du club, n’a pu contenir son admiration face au « jeu vertical, rapide dans la transition et prompt à aller vers le but adverse ». Il s’est même laissé aller à la confidence suivante : « Moi-même, en voyant les montées des deux latéraux, je me disais parfois ‘Qu’est-ce que j’aurais aimé jouer sous ses ordres !’ ».

Enzo Francescoli, légende uruguayenne qui a fait les beaux jours de Marseille dans les années 1990, s’est montré élogieux avec l’Argentin : « Bielsa est un très grand entraîneur, très aimé en Argentine. On en parle souvent avec l’entraîneur de River, Marcelo Gallardo. Il a joué en équipe d’Argentine et il a été sous les ordres de Bielsa. Il en garde de bons souvenirs. C’est un entraîneur qui aime le jeu, qui va de l’avant. Il a fait de grandes choses en Argentine. Très franchement, c’est une bonne opération pour l’OM ».

David Trezeguet, ancien international français d’origine argentine, champion du monde et champion d’Europe, a exprimé son engouement pour son compatriote dont il a salué « le travail extraordinaire […] avec une équipe et des moyens incomparables à ceux du PSG, de Monaco ou de Lyon », louant le mérite du natif de Rosario. « Son jeu suscite l’enthousiasme [et] le public l’adore car c’est un passionné. », a-t-il noté.

Opinion des joueurs du Paris-Saint-Germain

Les joueurs du principal club rival, le Paris-Saint-Germain, ont porté un intérêt tout particulier au travail de Marcelo Bielsa, notamment Silva, Maxwell, Pastore, Matuidi et Aurier. Thiago Silva, capitaine du PSG, a été impressionné par la transformation de l’équipe : « Marseille a les mêmes joueurs que l’an dernier. Il y a surtout le coach qui a bâti une équipe très solide. Je pense qu’il a donné beaucoup de confiance aux joueurs ». 

Maxwell a également salué l’apport du natif de Rosario : « Je savais qu’il était l’homme juste pour changer l’intensité du jeu de Marseille. Il le démontre chaque semaine. Physiquement, l’OM est très fort maintenant, différent de la saison passée. Bielsa travaille beaucoup et développe une tactique particulière. C’est toujours difficile de jouer contre ses équipes. Quand on regarde les matches des Marseillais, que ce soit dans l’intensité, dans l’agressivité, ce ne sont plus les mêmes ». 

L’Argentin Javier Pastore partage ce point de vue : « C’est un grand entraîneur, il a fait de bonnes choses dans toutes les équipes où il est passé. À chaque fois, elles se sont améliorées. C’est encore le cas avec Marseille. Ça va être très dur de battre l’OM cette année ». Il reconnaît son influence sur le championnat de France : « La Ligue 1 n’est pas prête de l’oublier ». Pastore a également exprimé sa considération vis-à-vis de son compatriote : « C’est quelqu’un de très célèbre et de très respecté. Il a de vraies valeurs et a fait un excellent travail dans tous les clubs et sélections par lesquels il est passé. Malheureusement, il ne m’a jamais entraîné. […] Je sais que c’est quelqu’un qui travaille beaucoup, avec un réel souci du détail. C’est un vrai spécialiste. Personnellement, Marcelo Bielsa, je l’admire ».

Le milieu de terrain Blaise Matuidi salue également l’œuvre de Bielsa : « II fait du bon boulot. Il a réussi, avec sa méthode, à changer les joueurs ! Je vois aujourd’hui des Marseillais qui ont retrouvé la plénitude de leur talent ». 

Le latéral Serge Aurier s’est également montré impressionné par l’OM de Bielsa : « J’ai toujours dit que, cette année, c’était l’équipe qu’il fallait suivre. C’est vraiment une équipe qui joue, qui joue, qui joue, avec des joueurs qui multiplient les efforts et qui pratiquent un beau football. On l’a vu ici contre nous. On gagne le match (2-0), mais ils n’ont pas démérité quand même avec les occasions qu’ils ont eues. Ça reste une équipe solide et il faut la prendre au sérieux ».

Unanimité autour du football de Marcelo Bielsa

Même Frédéric Thiriez, Président de la Ligue professionnelle de football, n’a pu s’empêcher d’exprimer son admiration pour l’Argentin, oubliant le traditionnel devoir de réserve exigé par sa fonction : « Bielsa, c’est le talent et le génie à l’état pur ! C’est génial que l’OM se place au premier rang ».

Gérard Gili, ancien joueur et célèbre entraîneur de l’Olympique de Marseille sous l’ère de Bernard Tapie, résume bien l’impact de Bielsa dans la cité phocéenne : « Lui, en trois mois, il fait déjà partie de l’histoire du club ».

La beauté du jeu proposé par Marcelo Bielsa, ses résultats et sa personnalité ont même séduit le monde politique. Patrick Mennuci, député des Bouches-du-Rhône, a apporté son témoignage sur l’aura de l’entraîneur argentin : « J’étais récemment à Tindouf, en Algérie, au fin fond du désert, pour une visite officielle. Les gens m’ont parlé de Bielsa, de l’OM. On m’en parle aussi à l’Assemblée nationale ». 

L’ancien président Nicolas Sarkozy, grand amateur de football et supporter déclaré du Paris-Saint-Germain, a été séduit par le jeu proposé par Marseille. Il a salué la performance de Marcelo Bielsa : « J’aime beaucoup l’OM. J’ai vu le magnifique match contre Lyon. Il y a eu 1-0 grâce à un but superbe de Gourcuff mais il aurait aussi pu y avoir 2-0 pour l’OM. Bielsa, en tant qu’entraîneur, amène une touche d’originalité ».

L’Italie a même récompensé par un prix spécial Marcelo Bielsa pour son « football innovant » lors de la cérémonie des « Bancs d’or » chargée de couronner le meilleur entraîneur du championnat italien. De la même manière, l’UEFA a désigné l’Argentin meilleur technicien du championnat de France pour l’année 2014-2015 et en a expliqué les raisons : « Bielsa, on aime ou on n’aime pas. Nous, on aime, et on aime tout. La glacière, le respect des arbitres, le survêt, le café, le café sur le survêt, l’exigence vis-à-vis des joueurs, la personnalité, l’insouciance de son équipe championne d’automne, tout […]. Bref, ‘Bielsa no se va’ ! ».

Bilan sportif

Durant les six premiers mois de la saison, l’Olympique de Marseille de Marcelo Bielsa a pratiqué le plus beau football d’Europe et a fait honneur au sport le plus populaire au monde. L’Argentin a réussi à démontrer qu’il était possible de rivaliser avec les plus grands, malgré un effectif limité en quantité et en qualité, en adoptant un style de jeu offensif basé sur la générosité, la solidarité et l’esprit de sacrifice. Grâce à sa personnalité et sa capacité de conviction, le natif de Rosario a réussi à insuffler une confiance extraordinaire à des joueurs qui sortaient d’une saison médiocre, comblant de joie et de fierté les supporters du club.

Au niveau des résultats, l’OM de Bielsa a remporté 21 victoires pour 6 matchs nuls et 11 défaites, avec un total de 69 points et un classement à la quatrième place. L’équipe a marqué un total de 76 buts et en a encaissé 42, soit une différence de but de +34. L’Olympique de Marseille n’avait pas marqué autant de buts sur une saison depuis l’année 1971-1972, soit plus de quarante ans. Même durant la glorieuse époque de Bernard Tapie, dans les années 1990, où le club disposait d’un des meilleurs effectifs d’Europe et écrasait le championnat de France, l’équipe n’avait pas atteint un tel nombre de buts. Dans l’histoire de l’Olympique de Marseille, seules les saisons 1947-1949 et 1970-1972 ont été plus prolifiques.

Au niveau individuel, l’attaquant André-Pierre Gignac a terminé la saison avec un total de 21 buts, avec seulement deux penaltys, se classant ainsi que deuxième rang derrière le Lyonnais Alexandre Lacazette qui lui a marqué 27 buts, mais avec huit penaltys à la clé. De son côté, le milieu offensif Dimitri Payet a réalisé un total de 16 passes décisives, terminant la saison comme meilleur passeur du championnat. Tous deux ont souligné l’apport décisif de Marcelo Bielsa dans leurs performances. 

Néanmoins, le classement final ne reflète pas les performances de l’Olympique de Marseille de Marcelo Bielsa. Deux facteurs ont faussé le championnat : l’arbitrage et le Coupe d’Afrique des nations.

Arbitrage

Marcelo Bielsa a toujours adopté une attitude respectueuse vis-à-vis du corps arbitral, se refusant à commenter les décisions et les éventuelles erreurs de jugement de ce dernier. Pascal Garibian, directeur technique national de l’arbitrage français, a salué ce comportement et l’a cité en exemple : « C’est important qu’un coach comme lui fasse passer le message. Cela permet aux joueurs et aux arbitres d’être beaucoup plus sereins et aux joueurs de prendre conscience qu’il est inutile de s’arrêter à des décisions arbitrales même erronées ».

Néanmoins, cette attitude noble à l’égard du corps arbitral n’a pas prémuni l’Olympique de Marseille contre les décisions litigieuses. En effet, l’équipe de Marcelo Bielsa a été victime d’au moins neuf erreurs d’arbitrage flagrantes – dont sept contre Lyon et le PSG qui ont fini le championnat respectivement à la deuxième et à la première place – qui ont sans doute coûté le titre de Champion de France à Marcelo Bielsa.

Les premières décisions discutables remontent au 26 octobre 2014 et au match Lyon-Marseille. A la 27ème minute, le défenseur lyonnais Henri Bedimo ceinture Florian Thauvin dans la surface. Le penalty est indiscutable. Mais l’arbitre en décide autrement et laisse le jeu se poursuivre. A la 78ème minute, Thauvin est une nouvelle fois victime d’une faute dans la zone de vérité de la part de Samuel Umtiti. Le penalty est une nouvelle fois évident. Mais l’arbitre refuse de rendre justice. Le match se solde par une victoire de Lyon 1-0 et Marseille perd injustement trois points cruciaux.

Le 9 novembre 2014 survient le premier choc entre le Paris-Saint-Germain et l’OM. Alors que le PSG menait 1-0, Giannelli Imbula, au duel avec un joueur parisien, est exclu par l’arbitre pour une faute inexistante, laissant ses partenaires à 10 contre 11. A l’issue de la rencontre, Clément Turpin reconnaît son erreur et le carton rouge est annulé la semaine suivante par la commission de discipline. Néanmoins, cette décision a privé l’OM de la possibilité de revenir au score alors que son rival ne menait que par la plus petite des marges. Le match s’est finalement soldé par une victoire 2-0 pour le PSG.

Le 22 février 2015, l’OM affronte l’AS Saint-Etienne au stade Geoffroy-Guichard. L’équipe de Marcelo Bielsa mène 2-1. Alors que la victoire semblait se profile, dans les derniers instants du match, le joueur marseillais Romain Alessandrini est violemment bousculé dans sa propre surface par Théofile Catherine lors d’une phase défensive. Au lieu de signaler la faute, l’arbitre laisse le jeu se poursuivre et l’adversaire en profite pour égaliser, privant l’OM de deux points précieux.

Le 15 mars 2015, l’arbitrage a une nouvelle fois été défavorable à Marseille lors du match retour contre Lyon. A la 80ème minute, Lucas Ocampos marque un but évident. Mais l’arbitre estime que le ballon n’a pas franchi la ligne et refuse d’accorder le but, alors que la vidéo démontre le contraire. Dans la minute suivante, Benoît Bastien décide d’expulser le défenseur marseillais Jérémy Morel pour une faute… inexistante, comme l’illustreront une nouvelle fois les images. Au final, Marseille se contente d’un match nul et se voit privé de l’un de ses meilleurs défenseurs pour le match suivant. Ses deux erreurs cumulées coûtent une nouvelle fois deux points à l’OM.

Le 5 avril 2015, lors du match retour contre le PSG, alors que le score est de 3-2 en faveur du club de la capitale, la frappe d’André-Pierre Gignac est stoppée par la main du défenseur parisien Marquinhos. La faute est une nouvelle fois flagrante mais l’arbitre refuse d’accorder le penalty. A la fin du match, André Ayew exprime son exaspération à l’arbitre de la rencontre au sujet des erreurs multiples qui portent préjudice à l’équipe : « Il y en a marre ». Ruddy Buquet décidé de l’expulser privant Marcelo Bielsa d’un joueur majeur pour la prochaine rencontre cruciale contre Bordeaux. L’OM est injustement privée d’un point.

Le match suivant contre Bordeaux, le 12 avril 2015, sans la présence d’André Ayew, n’a pas été épargné par les erreurs d’arbitrage. Au contraire, elles se sont multipliées. A la 45ème minute, Alessandrini est victime d’une faute dans la surface de réparation mais l’arbitre refuse d’accorder le penalty. En seconde période, un défenseur bordelais détourne du bras une tête de Gignac. Une nouvelle fois, l’arbitre refuse de sanctionner la faute d’un pénalty évident. Le match se solde par une victoire 1-0 pour Bordeaux et prive Marseille de trois points mérités.

Selon les observateurs, aucun autre club du peloton de tête n’a souffert à ce point de décisions arbitrales erronées lors de la saison 2014-2015. Eric Carrière, ancien international français et aujourd’hui consultant, a pointé du doigt les multiples erreurs du corps arbitral tout en saluant l’attitude de l’entraîneur marseillais : « Il faut être classe dans la victoire et dans la défaite, comme Marcelo Bielsa après Lyon par exemple ».

Même le journaliste Pierre Ménès, l’un des plus grands détracteurs de Marcelo Bielsa en France, s’est offusqué de l’arbitrage défavorable à l’Olympique de Marseille. « Chaque match ou presque est frappé d’une erreur d’arbitrage […]. Chapeau à Marcelo Bielsa pour sa réaction après le match [OM-Lyon]. La classe et l’intelligence ».

Ainsi, l’équipe de Marcelo Bielsa a été privée d’un total de 11 points en raison des décisions erronées du corps arbitral. Ainsi, au lieu de terminer la saison à la quatrième place avec 69 points, Marseille aurait dû terminer avec un total de 80 points, au deuxième rang, à seulement deux points du PSG, sacré champion de France. Et cela, sans prendre en compte l’impact négatif de la Coupe d’Afrique des Nations.

Coupe d’Afrique des nations

Un autre facteur a été préjudiciable à l’Olympique de Marseille dans la course au titre. Disposant d’un effectif limité en raison des promesses non tenues par la présidence du club, l’équipe a été fortement diminuée par la Coupe d’Afrique des nations qui a privé Marcelo Bielsa de deux titulaires indiscutables : le milieu offensif André Ayew et le défenseur Nicolas Nkoulou.

Durant leur absence, l’OM a enchaîné les contre-performances avec une défaite à Montpellier 2-1, une défaite à Nice 2-1 et un match nul à Rennes 1-1. A cela s’est ajoutée la longue absence de Nicolas Nkoulou suite à une opération au genou gauche en février 2015, à son retour de la CAN. Durant sa convalescence, Marseille a perdu des points contre Reims (2-2), Saint-Etienne (2-2), Caen (2-3), Paris (2-3) et Bordeaux (1-0). Marcelo Bielsa avait rappelé l’importance de Nkoulou dans le dispositif olympien : « C’est un joueur indispensable par sa présence et pour le rendement qu’il a eu lors des matchs qu’il a disputés. C’est l’un des deux ou trois meilleurs rendements individuels de toute l’équipe. Quand il est avec nous, c’est un avantage ». 

Nul doute que le rendement défensif aurait été meilleur si Lucas Mendes n’avait pas été transféré ou si l’un des défenseurs souhaités par Marcelo Bielsa (Medel, Rekik, Isla, Jara, Alderweireld…) avait intégré l’effectif. De la même manière, la conservation de Mathieu Valbuena, ou le recrutement d’un joueur offensif réclamé par le technicien argentin, aurait pu permettre de compenser l’absence d’André Ayew.

Impact de Marcelo Bielsa sur les finances du club

Marcelo Bielsa, par sa philosophie de jeu et sa personnalité, a contribué au rayonnement de l’Olympique de Marseille en France, en Europe et à travers le monde. Le technicien argentin a été la figure sportive la plus médiatisée de France. Selon une étude réalisée par le cabinet Kantarsport, le natif de Rosario a bénéficié d’une présence médiatique supérieure à celle de Zlatan Ibrahimovic, la star du Paris-Saint-Germain.

Bernard Lama, ancien gardien du PSG et international français ayant remporté la Coupe du Monde 1998, a évoqué l’aura de Marcelo Bielsa, qui a grandement contribué à étendre la renommée du club : « A l’OM, il n’y a qu’une seule vedette, c’est l’entraîneur. […] Sa personnalité écrase le reste ».

Ainsi, Marcelo Bielsa, grâce au jeu proposé, a attiré les diffuseurs Canal+ et Be in Sport qui se sont arraché les matchs. Cela a permis au club d’engranger des droits audiovisuels à hauteur de 43 millions d’euros, établissant un record historique, alors que l’Argentin dirigeait une équipe composée de bons joueurs, mais sans aucune star. Seul le PSG, avec ses innombrables vedettes, a fait mieux obtenant 45,5 millions d’euros, soit à peine 2 millions de plus que l’OM.

De plus, la beauté du jeu a fait le bonheur des supporters, lesquels se sont massivement rendus au stade Vélodrome. Durant toute l’année, presque tous les matchs se sont joués à guichets fermés, permettant à l’Olympique de Marseille d’obtenir revenus liés à la billetterie supérieurs à 30 millions d’euros, une somme deux fois plus importante que la saison précédente. Au niveau du merchandising, la bonne saison réalisée par Marcelo Bielsa a permis au club de prolonger son partenariat avec Intersport pour l’année 2015-2016 avec un contrat revu à la hausse. Jacky Rihouet, PDG du groupe, a accepté d’apporter « une contribution plus forte », en raison du nouveau rayonnement du club.

Par ailleurs, le travail de Marcelo Bielsa a permis de valoriser de nombreux éléments du groupe, lesquels ont été cédés à des tarifs importants permettant au club de réaliser de belles plus-values. Ainsi, Giannelli Imbula a vu sa valeur multipliée par trois en l’espace d’un an. Dimitri Payet a été vendu presque le double de son prix d’acquisition. Tous deux ont été vendus pour une somme globale avoisinant les 40 millions d’euros, renflouant les caisses de l’Olympique de Marseille. De la même manière, de nombreux autres joueurs tels que Gignac, Ayew, Morel et Fanni ont réalisé la meilleure saison de leur carrière sous les ordres de l’Argentin, ce qui leur a permis de signer d’importants contrats avec des clubs séduits par leurs prestations. D’autres, tel que Mario Lemina, ont intégré de prestigieuses institutions telle que la Juventus de Turin. Tous, club et joueurs, ont une dette de gratitude à l’égard du natif de Rosario.

Témoignages des joueurs

Nombreux sont les joueurs ayant travaillé sous les ordres du technicien argentin à lui rendre un vibrant hommage. Tous déclarent que Marcelo Bielsa a changé leur vision du football et leur a permis de réaliser des progrès fulgurants. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs pu rejoindre de grands championnats et intégrer des clubs prestigieux.

Florian Thauvin, jeune milieu offensif transféré en Angleterre, a exprimé sa reconnaissance à Marcelo Bielsa : « C’est une personne qui m’a beaucoup apporté dans le football. (…) Il […] m’a accordé sa confiance en me titularisant à chaque fois. Il m’a appris une culture différente. On travaillait énormément avec lui et c’est une chose qu’on ne fait pas beaucoup en France. Maintenant que je suis à l’étranger, je m’en rends davantage compte. Je veux le remercier pour tout ce qu’il a fait ».

Mario Lemina, jeune milieu de terrain, a réalisé une grande saison sous les ordres du natif de Rosario, au point de susciter l’intérêt de la Juventus de Turin, club le plus titré d’Italie, qui en a fait l’acquisition. Lemina reconnaît que sans son mentor argentin, il n’aurait jamais pu aspirer à une telle carrière : « Bielsa m’a beaucoup fait progresser, surtout sur le plan mental. Il m’a poussé dans mes derniers retranchements et ça m’aide beaucoup aujourd’hui ». Il n’a pas manqué de lui exprimer sa gratitude : « Être entraîné par Marcelo Bielsa m’a permis de progresser. Un coach qui vit pour le football comme lui, on n’en trouve pas partout. Je tiens à le remercier mille fois ».

André-Pierre Gignac, qui a retrouvé l’équipe de France grâce à Marcelo Bielsa, est conscient de son influence : « Ce que j’ai vécu en un an avec Marcelo Bielsa, je ne l’ai jamais connu ça dans ma carrière. Ses méthodes, sa façon de nous parler, ses vidéos, c’était très enrichissant. Il m’a beaucoup fait progresser, et même pour moi qui suis attaquant, j’ai beaucoup appris en termes de pressing, de replacement défensif. J’ai aussi beaucoup progressé dans le jeu de tête. C’était presque une transformation ».

Les jeunes joueurs, à l’image de Bill Tuiloma, ont été les grands bénéficiaires de l’arrivée de Marcelo Bielsa à Marseille. En effet, le technicien argentin, formateur dans l’âme, dispose de cette capacité à tirer le meilleur de chaque élément. L’international néo-zélandais, qui a réalisé ses premiers pas dans l’équipe première sous les ordres de Bielsa, a exprimé sa gratitude à l’égard de son entraîneur : « Marcelo Bielsa organisait de très bonnes séances d’entraînement avec lesquelles j’ai pu progresser dans mon jeu. C’est un coach incroyable qui connaît le football depuis très longtemps. J’ai fait deux apparitions en Ligue 1 avec lui, et j’en suis très fier. C’est un entraîneur unique au monde. Il n’en existe pas deux comme lui ».

Gaël Adonian, qui a également réalisé ses premiers pas avec Bielsa, garde de bons souvenirs de son coach : « Il a fait de très bonnes choses à l’OM. Les supporters ne l’ont pas oublié. Je le vois de loin avec des banderoles à son effigie. Il a forcément laissé une bonne image pour le club au niveau du jeu. Il n’a pas hésité à envoyer des jeunes au feu et c’est toujours positif ».

Michy Batshuayi, jeune attaquant international belge sélectionné pour l’Euro 2016, s’est également exprimé sur Marcelo Bielsa. Il reconnaît avoir réalisé des progrès fulgurants grâce à lui : « L’année passée avec Bielsa, c’est la période où j’ai le plus appris dans ma vie […]. J’ai appris à mieux maîtriser mes appels. Avec Bielsa, j’ai appris dans l’agressivité, la concentration, à être plus professionnel ». 

Jérémy Morel, défenseur latéral en poste à Lyon, se rappelle de l’épopée marseillaise et tisse des éloges à son ancien entraîneur : « Bielsa, c’est lui qui a osé me faire jouer au poste de défenseur central. […] On produisait du jeu et c’était kiffant sur le terrain ».

Giannelli Imbula, milieu relayeur en poste en Angleterre, a exprimé sa gratitude vis-à-vis du coach argentin : « Bielsa ? C’est le meilleur entraîneur que j’ai eu. C’est un entraîneur qui peut faire du bien à beaucoup de clubs ».

Le témoignage de Dimitri Payet, dont la progression sous Marcelo Bielsa lui a permis de devenir un joueur clé de l’équipe de France, est édifiant : « La saison avec Marcelo Bielsa m’a fait grandir, en tant qu’homme et surtout sur le terrain, dans le jeu. Il m’a donné des bases importantes qui me servent encore aujourd’hui. C’est un entraîneur qui a enclenché un déclic chez moi ». Le joueur est conscient d’avoir franchi un cap : « En une saison il m’a énormément apporté. Il m’a repositionné à ce poste de meneur de jeu, et m’a apporté la régularité qui me faisait défaut. Après tout ça, je ne peux que le remercier […]. Grâce à lui, je pense avoir réalisé la meilleure saison de ma carrière. C’est la première fois qu’on me demande autant et que je suis autant décisif ». L’influence de l’entraîneur argentin a été si importante que Payet avait lié son avenir à celui de son coach : « Je fais partie des joueurs qui ont beaucoup appris avec Marcelo Bielsa. Ce qu’il m’a donné en une saison, je sais que cela va me servir jusqu’à la fin de ma carrière mais aussi toute ma vie. Il m’a donné une leçon de football mais aussi une leçon d’homme. Humainement, c’est un sacré personnage. Quand tu as travaillé avec lui, tu ressors différent, c’est certain ».

Après une saison 2015-2016 chaotique, le défenseur central Nicolas Nkoulou n’a pas manqué d’exprimer sa nostalgie de Bielsa. Il se rappelle de l’époque où Marseille offrait du spectacle à l’Europe entière : « On s’éclatait, on prenait du plaisir. On avait pas mal de repères et on avait pris l’habitude de travailler ensemble ».

Steve Mandanda, emblématique capitaine de l’OM, partage la nostalgie de son coéquipier et se souvient avec fierté de la saison passée sous les ordres de Marcelo Bielsa : « Le match qui m’a marqué, peut-être parce que c’est l’un des premiers matches dans le Vélodrome, avec une super ambiance, c’est celui face à Saint-Étienne. On gagne 2-1 mais en première mi-temps, on joue un football magnifique. Le premier but, on fait une action incroyable ».

Le milieu défensif Alexis Romao se souvient de la confiance qu’avait insufflée le coach argentin chez les joueurs, ce qui leur permettait d’aborder tous les matchs avec beaucoup d’ambition. Il se rappelle avec nostalgie de cette époque : « « Avec Bielsa, quand on entrait sur le terrain, on savait qu’on allait gagner ». 

Conclusion

Malgré un effectif limité et non choisi dont des éléments majeurs ont été vendus au mercato sans l’aval de l’entraîneur (Valbuena, Lucas Mendes), malgré les tensions inhérentes au manque de loyauté de la direction du club vis-à-vis du coach avec notamment les promesses de recrutement non tenues, malgré les absences dues à la Coupe d’Afrique des nations non compensées, malgré un arbitrage singulièrement défavorable à l’Olympique de Marseille, malgré les blessures de joueurs-clé, Marcelo Bielsa a réussi à placer le club au centre du débat footballistique grâce à l’extraordinaire jeu offensif proposé à tous les amoureux du ballon rond.

Quelques questions méritent d’être posées afin d’évaluer à sa juste valeur l’œuvre du natif de Rosario à la tête de l’OM. Quel classement aurait obtenu l’équipe si Vincent Labrune avait tenu ses promesses et avait investi 35 millions d’euros pour composer un effectif de 22 joueurs professionnels ? Quelles performances aurait pu réaliser le groupe si le club avait recruté ne serait-ce que trois joueurs de la liste de Bielsa ? Quel niveau aurait atteint l’effectif en termes de résultats et de classement s’il avait bénéficié d’un arbitrage normal ? Indéniablement, Marcelo Bielsa aurait pu lutter jusqu’aux ultimes instants pour le titre de champion de France.

Aucun autre acteur du football n’a touché à ce point le cœur des Marseillais, ni Basile Boli qui a marqué le but victorieux de la finale de la Ligue des Champions en 1993, ni Jean-Pierre Papin, élu Olympien du siècle, ni Didier Drogba et sa fabuleuse épopée en coupe UEFA en 2004. Pour comprendre la ferveur suscitée par Marcelo Bielsa, il est important de considérer son comportement basé sur un engagement total pour sa passion du football, une rectitude morale et une éthique à toute épreuve dans un monde perverti par l’argent et l’hypocrisie. Ainsi au-delà de ses compétences professionnelles indéniables, saluées par l’ensemble des acteurs du monde du football, c’est sa fidélité à ses principes, son anticonformisme et ses qualités humaines qui inspirent le respect et l’affection des supporters.

Salim Lamrani

Université de La Réunion

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. 

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba, parole à la défense !, Paris, Editions Estrella, 2015 avec une préface d’André Chassaigne. 

Contact : [email protected] ; [email protected] 

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



Articles Par : Salim Lamrani

A propos :

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet. Contact : [email protected] ; [email protected] Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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