Mémoire et histoire du Brésil sous les cendres. Des coupes budgétaires drastiques auraient contribué à la destruction du plus ancien musée national du Brésil.

“La communauté scientifique brésilienne est en deuil. Nous avons perdu notre passé, mais aussi notre avenir”, le président de la SBPC (Société brésilienne pour l’avancement de la science), Ildeu de Castro MoreiraHuffington Post (Brésil), le 3 septembre 2018

« Nous avons déjà perdu une partie de la collection. Nous ne pouvons plus perdre notre histoire« , le directeur du Musée national, Alexander Kellner. (A Folha de Sao Paulo)

Un incendie majeur vient de détruire l’un des plus grands patrimoines culturel, historique, scientifique et national à Rio de Janeiro. Les flammes ont ravagé le plus vieux musée du Brésil, le plus grand musée d’histoire naturelle d’Amérique latine, pendant six heures alors que les pompiers manquaient d’eau à proximité. Ce musée situé dans la première capitale du Brésil, Rio de Janeiro, renfermait des trésors de toute une histoire nationale ainsi que des pièces uniques provenant d’un peu partout dans le monde. Le palais impérial avait été mis de l’avant en 1818 par Joao 6 (roi du Portugal et père de Don Pedro qui proclama l’indépendance du Brésil en 1822). Ce musée contenait 20 millions de valeurs inestimables et des milliers de livres. Parmi ces trésors : une collection égyptienne, une autre d’art et d’artéfacts gréco-romains, des collections de paléontologie comprenant le squelette d’un dinosaure trouvé dans la région de Minas Gerais, ainsi que le plus ancien fossile humain découvert au Brésil, connu sous le nom de « Luzía ». Elle représentait une femme noire avec des traits dits négroides qu’on retrouve en Afrique et en Australie. Ce joyau du Musée national « Luzia », est ​​une femme âgée de 12 000 ans, retrouvée dans l’état du Minas Gerais, dans le sud-est du pays. C’est le plus ancien spécimen humain jamais trouvé sur le continent américain.(el Comercio)


Le drame de cet incendie reflète la tragédie d’un pays et un suicide national :

Un pays se meurt un peu quand il détruit sa propre histoire. Cette tragédie de dimanche est une sorte de suicide national, un crime contre notre passé et contre les générations futures.”“C’était une tragédie annoncée”. éditorial, O Globo.

L’institution scientifique la plus ancienne du pays est victime de décennies de négligence. Depuis 2014, les coupes budgétaires successives ont fini par avoir raison des dépenses d’entretien.

La Folha de Sao Paulo a révélé que le palais impérial ne disposait d’aucun système de prévention des incendies…  Il y a quelques mois le Musée national avait signé un contrat d’un montant de 21 millions de Réais (environ 6,87 millions de dollars canadiens) en juin avec la BNDES (Banque nationale pour le développement économique et social) pour la restauration de l’édifice, ce pour commémorer le bicentenaire de sa fondation.(A Folha de Sao Paulo) (Ce montant devait servir entre autres à créer un système de prévention des incendies.) Il s’agit en fait d’une somme dérisoire pour 200 ans d’histoire.

Le ministre de la Culture Sergio Sa Leitao, a reconnu que «la tragédie aurait pu être évitée» et que «les problèmes s’étaient accumulés au fil du temps» pour l’établissement.(Journal de Montréal)

Si le Musée avait été fermé « fautes de ressources pour son entretien  » durant la présidence de Dilma Rousseff en 2015, les coupes budgétaires dans les secteurs de la recherche, de la culture et de la science ont été encore plus drastiques dans les derniers mois, soit pour sous le gouvernement de Michel Temer (2016-2018).  C’est comme si l’économie, particulièrement en temps de crise, pouvait faire fonctionner un pays sans la culture, sans son patrimoine historique et sans la valorisation de son savoir scientifique…

Les « coupeurs de budget », en accord avec les politiques économiques du FMI et de la Banques mondiale, sont-ils des pyromanes ou ont-ils tout simplement perdu la mémoire sans perspective pour l’avenir?

Micheline Ladouceur

 

« Nous avons brûlé la cinquième plus grande collection au monde.

Nous avons brûlé le fossile vieux de 12 000 ans de Luzia, une découverte qui a retracé toutes les recherches sur l’occupation des Amériques.

Nous brûlons des peintures murales de Pompéi.

Nous brûlons le sarcophage de Sha Amum In Su, l’un des seuls au monde qui n’a jamais été ouvert.

Nous brûlons la collection botanique Bertha Lutz.

Nous brûlons le plus grand dinosaure brésilien jamais assemblé avec presque toutes les pièces originales.

Nous avons brûlé Angaturama Limai, le plus grand carnivore brésilien.

Nous brûlons des fossiles de plantes déjà éteintes. Nous brûlons la plus grande collection de météorites d’Amérique latine.

Nous avons brûlé le trône du roi Adandozan, du royaume africain du Dahomey, datant du XVIIIe siècle.

Nous avons brûlé le bâtiment où l’indépendance du Brésil a été signée.

Nous avons brûlé deux bibliothèques. Nous avons brûlé la carrière de 90 chercheurs et autres techniciens.

Ce qui brûle dans le musée fait partie de l’histoire anthropologique de l’humanité. De l’histoire scientifique de l’humanité.

… brûlé les murs du musée… avec des chambres où Dom Pedro II a régné…

C’est incommensurable que nous perdons. Je ravale mes larmes. (…)

Rui da Cruz Jr – Archiviste, employé du musée

Vidéo de l’incendie :

 

Un gigantesque incendie s’est déclaré au Musée national de Rio de Janeiro, dimanche 2 septembre. D’origine encore inconnue, le sinistre a débuté vers 19 h 30, heure locale, dans ce bâtiment d’une superficie de 13 000 m2. A l’aube, il n’avait pas encore été maîtrisé. Si aucune victime n’a été signalée, plus de 20 millions de pièces de valeur, notamment dans les départements antiquité et paléontologie, risquent d’être réduites en cendres. « Luzia », un fossile humain vieux de douze mille ans et le plus ancien découvert au Brésil, figurait par exemple au centre du musée. Selon la direction du musée, le bâtiment était en mauvais état, faute de moyens accordés par les autorités. Comme d’autres établissements culturels et universitaires, il avait notamment subi des coupes budgétaires lors des trois dernières années. Il fêtait cette année ses 200 ans. (Le Monde, le 3 septembre 2018)

Voir les photos sur ce site :

Veja a localização do Museu Nacional, Zona Norte do Rio (Foto: Infográfico: Karina Almeida/G1)

 



Articles Par : Micheline Laouceur

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]