Moyen-Orient : les USA en panne de stratégie

Narration (PressTV)

La récente tournée du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson dans la région a montré que l’administration Trump poursuit avec obstination sa politique d’iranophobie.

Le chef de la diplomatie américaine s’est chargé alors d’une mission impossible à Riyad d’abord, puis à Doha, en exhortant les pays de la région mais également l’Europe à rejoindre Washington pour contrer ce qu’il a appelé l’influence grandissante de l’Iran dans la région. Ses commentaires irréfléchis sur les Hachd al-Chaabi n’ont pas manqué d’irriter le Premier ministre irakien, Haïder el-Abadi.

Arrivé lundi soir en visite surprise à Bagdad, M. Tillerson s’est vu rétorquer par M. Abadi que les unités du Hachd al-Chaabi étaient composées uniquement d’Irakiens placés sous son contrôle et qui ont combattu le terrorisme, ont défendu leur pays et se sont sacrifiés pour vaincre le groupe terroriste de Daech.

Même si les États-Unis cherchent à marginaliser l’Iran, il paraît peu probable qu’une solution aux conflits irakien et syrien soit trouvée sans l’un des principaux acteurs sur le terrain, à savoir la République islamique d’Iran.

Ce que n’a pas manqué de rappeler lundi dernier le président iranien, Hassan Rohani, qui a souligné que l’Iran était un acteur incontournable dans toute quête de solution sur l’échiquier du Moyen-Orient.

« L’importance de la nation iranienne dans la région est plus forte qu’à tout autre période », a affirmé Hassan Rohani, en réponse à la rhétorique agressive de Donald Trump.

Le président américain Donald Trump a tout récemment annoncé une nouvelle politique ouvertement plus hostile à l’égard de l’Iran, en décertifiant notamment l’accord nucléaire conclu entre l’Iran et le groupe 5+1.

Or, le respect par l’Iran de l’accord nucléaire et sa diplomatie active aussi bien dans la région que dans le monde ont mis au défi le gouvernement américain.

Mercredi, lors d’une cérémonie marquant la promotion des étudiants de l’Académie militaire de l’armée, le Guide de la Révolution islamique est revenu sur la raison de la colère des « puissances occidentales » envers l’Iran :  » Les puissances occidentales sont en colère puisque notre force et notre autorité ne cessent de s’accroître. Dans l’optique de l’Ayatollah Khamenei, les ennemis de l’Ordre islamique voient dans cette montée en puissance des obstacles à leurs propres objectifs. Ils s’opposent à ce poids grandissant de l’Iran dans la région et au-delà sur la scène internationale car il s’agit là de la profondeur stratégique du pays qui s’amplifie ».

PressTV
Est-ce qu’ils s’agit seulement de la colère contre la force et influence iranienne dans le Moyen Orient ? – Ou bien a-t-il d’autres raison pour la politique d’iranophobie intransigeante de M. Trump ?

PK

Évidemment l’Occident, soit les Etats Unis, est en colère, parce que la force iranienne ne disparaît pas. Washington s’accroche à l’Iran comme un ‘pitbull’, et ne cesse pas — c’est comme en Syrie, Libye et Iraq – leur plan est de soumettre des pays stratégiques – qui font partie de leur PNAC – soit le « Plan pour un nouveau siècle américain ».

Mais actuellement, je pense, qu’il y ait une raison particulière, beaucoup plus importante que seulement la ‘colère’ contre une force militaire et stratégique qui ne disparaît pas.

C’est que l’Iran a décidé de vendre ses hydrocarbures – gaz et pétrole – ne plus en dollars mais en Yuan à la Chine et à la Russie. L’Iran est également en train de devenir membre de la SCO – Shanghai Cooperation Organization — donc, se détachant définitivement de l’économie du dollar, de ce système fraudulent qui permets Washington de ‘sanctionner’ à gauche et droite, tous ceux qui ne se soumettent pas à ses ordres.

D’ailleurs, Président Xi a déjà annoncé d’inaugurer avant la fin de cette année une bourse ou contrat d’échange d’hydrocarbure à Shanghai, où le pétrole sera négocié en Yuan convertible en or.

Imaginez-vous ! Quel coup pour le dollar.

Naturellement, l’Iran ayant déjà des contrats établis en Yuan avec la Chine et la Russie, est un grand danger pour l’hégémonie du dollar, soit pour le dollar comme monnaie de réserve au tour du monde.

En fait, comme vous le savez, Saddam Hussein a été assassiné et l’Iraq envahi car il avait annoncé de vendre son pétrole en euro; Gaddafi a été abattu par l’OTAN, initié par Hillary et la France, parce qu’il voulait vendre son pétrole également en euro et or, et il était au point de créer le Dinar d’or, qui devait devenir la monnaie de référence, soit de réserve, pour l’Afrique, ainsi déplaçant en Afrique de l’Ouest et Centrale le franc CFA, largement garantie par la Banque de France et, donc, une monnaie de néo-colonisation de ces pays.

L’Iran avait déjà été menacé en 2007, quand elle voulait introduire la « Tehran Oil Bourse » où les marchands de pétrole aurait pu négocier l’hydrocarbure en d’autre monnaie que le dollar. Comme la menace n’avait pas de résultat, Washington accusait l’Iran de vouloir fabriquer des armes nucléaires et le monde entier l’a cru, ainsi déviant l’attention mondiale d’une autre vérité. Cette accusation fausse menait à 9 ans de négociations, pour une raison ‘bidon’, forcer L’Iran de pratiquement abandonner son enrichissement de l’uranium pour la fabrication de l’énergie nucléaire. Ces négociations ont conclu en ce qui est connu comme « l’Accord Nucléaire » entre Iran les autres 5 partenaires, et la levée de ‘sanctions’.

PressTV
En adressant les ‘alliés’ de Washington en Moyen Orient, mais surtout en Europe, le chef de la diplomatie américaine a annoncé des ‘sanctions dures’ pour ceux qui ne suivent pas la politique anti-Iran de Washington. Qu’en pensez-vous ?

PK
C’est clair, que Trump veut casser cet « Accord nucléaire» à tout prix, pour pouvoir ‘sanctionner’ l’Iran, ou plutôt tous ceux qui ont l’intention de placer des investissements et signer des traités de commerce avec l’Iran. Notamment l’Europe.

Mais l’Europe, notamment l’Allemagne et la France, ayant déjà des engagements pour des milliards d’euros en investissement et contrats de commerce en route, je pense, ne se laisseront pas chanter par les Etats Unis – pour une fois.

De toute façon, l’Iran ayant adopté une économie de résistance depuis quelque temps déjà, soit se détacher de plus en plus son économie du dollar, elle ne souffrira guère de ces sanctions.

Donc, Tehran poursuivra son chemin légitime et comme pays souverain de vendre ses ressources naturelles, gaz et pétrole – dans la monnaie qu’elle veut, et à des clients de son choix.

Ceci s’ajoute aux mêmes mesures prises par la Chine et la Russie déjà depuis trois ans – ce qui signifie un danger mortel pour l’hégémonie du dollar. Car sans les paiements de l’énergie forcés en dollar, la monnaie américaine est moins demandée, et ainsi perd de sa valeur comme devise de réserve.

Washington ne permettra dans aucune circonstance que ceci se passe. Donc, provoquer une guerre contre l’Iran – le plus petit des trois – Chine, Russie et Iran – pourrait également engendrer la Chine et possiblement aussi la Russie, ainsi, les trois ‘grands ennemis’.

Peu importe que contre une telle force les Etats Unis, déjà faible de tant de guerres continues, et avec une économie de dette, n’ont peu de chance de triompher. Mais la stratégie du PNAC, du Pentagone et de tous ceux qui dirigent le gouvernement derrière les coulisses, est de ne jamais ‘perdre’, de ne pas faire des concessions. Plutôt détruire le monde entier que se donner comme vaincu.

Ça, à mon avis, est le grand danger. Car avec l’hégémonie du dollar ils contrôlent le monde entier. Je crains que Washington ne laisse pas tomber cet objectif sans combat.
C’est, donc, pour cela que Tillerson a fait ses faibles menaces à l’Europe depuis Doha, que ne pas suivre Washington dans leur politique contre I‘Iran pourrait leur coûter cher.

Je ne pense pas que l’Europe va obéir. Mais on verra.

PressTV Interview (Skype) – libre transcription
Peter Koenig
27 octobre 2017

« Mondialisation »



Articles Par : Peter Koenig

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