Mumia Abu-Jamal : « Un homme debout » dans le couloir de la mort !

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Mercredi 13 mai 2009

Dans le couloir de la mort. Dans « l’archipel du Goulag ». A quelques kilomètres de l’Etat de Pennsylvannie, dans la prison de Greene, des condamné(e)s à mort par la machine judiciaire américaine attendent leur exécution. Parmi eux, Mumia Abu-Jamal, le célèbre prisonnier enfermé depuis 27 ans. Dans sa cellule située dans le « death row », il vit en sursis, dans l’attente non pas de son exécution mais d’une révision de son procès. Dans cette angoisse quasi permanente, habité par l’espoir d’une réhabilitation et assoiffé de justice, il mène une lutte acharnée pour l’abolition de la peine de mort dans le pays de l’Uncle Sam et de la statut de la Liberté.

Mais qui est Mumia Abu-Jamal ?

Journaliste radio. Ecrivain. Ancien membre des Black Panthers. Cet homme épris de justice, d’égalité et de liberté s’acharnait à défendre les droits des minorités à Philadelphie et à dénoncer les abus policiers, la corruption et le caractère discriminatoire voire raciste du système américain. Il était connu pour être « The Voice of the voiceless » (la Voix des sans voix). Wesley Cook, alias Mumia Abu-Jamal a commencé sa trajectoire militante alors qu’il était encore adolescent. Il était semble-t-il surveillé par le FBI et avait très souvent des démêlés avec les policiers. Sympathisant et défenseur du mouvement alternatif écologiste, MOVE (1970), il avait, dans les années 1980, dénoncé par le biais les émissions qu’il animait pour la station de radio WHYY, la condamnation de neuf membres de MOVE, à la suite de la mort d’un policier lors d’une intervention des forces de police dans un local où se réunissaient les militants de ce groupe. Mumia est alors licencié. Il devient journaliste indépendant. Et pour nourrir sa famille, il travaille comme chauffeur de taxi, la nuit.

Accusé pour un crime qu’il dit ne pas avoir commis

9 décembre 1981. 4 heures du matin. Mumia Abu-Jamal dépose un client dans le quartier sud de Philadelphie. Puis il intervient auprès de son frère qui vient de faire l’objet d’un contrôle par l’officier de police Daniel Faulkner. Une fusillade éclate. Le policier meurt, atteint d’une balle au dos et une autre au visage. Mumia est blessé d’une balle dans la poitrine. Assis sur le trottoir, son revolver de calibre 38 traîne à ses pieds. Il est alors arrêté puis accusé de meurtre du policier blanc. Le 3 juillet 1982, il est condamné à mort. Depuis, il ne cesse de clamer son innocence. En mai 2001, dans un affidavit, Mumia déclare qu’il n’a pas tiré sur le policier. En avril 2001, au cours d’une démarche similaire, son frère affirme ne pas avoir vu Mumia tirer.

Les défenseurs de Mumia contestent plusieurs aspects de l’enquête et du procès

Primo, la contradiction entre le rapport du médecin légiste et la version des policiers. Car si ces derniers affirment que la balle du crime provient du revolver calibre 38, le médecin précise qu’elle est originaire d’un revolver 44.

Secundo, le fait que l’arme n’ait fait l’objet d’aucune vérification afin de déterminer si elle avait été utilisée.

Tertio, le caractère contradictoire des rapports de police, les originaux ayant été dissimulés aux jurys. Certains témoins auraient subi des pressions policières. D’autres ont été écartés, menacés et intimidés. Un témoin oculaire a affirmé avoir vu un homme s’enfuir au moment des faits.

Quatro, la remise en cause du caractère raciste du jugement sur la base que le juge Sabo, aurait déclaré selon l’une des greffières, « je vais les aider à faire griller ce nigger »(nègre). La justice américaine refuse la tenue d’un nouveau procès

L’exécution du prisonnier a été empêchée deux fois. En 1995 et 1999 grâce à une mobilisation internationale.

En décembre 2001, un tribunal fédéral a annulé la condamnation à mort de Mumia sur la base d’un certain nombre d’erreurs dans la procédure de relevé du prononcé de la sentence lors du premier procès. La culpabilité du condamné à mort est cependant maintenue. Cette décision a fait l’objet d’un appel par le bureau du procureur de Philadelphie.

En 2006, l’avocat principal, Me Robert, R. Bryan a remis à la Cour Fédérale du 3e Circuit (Haute Cour), un mémoire contestant l’accusation de son client sur la base de défauts de procédure et du caractère raciste du procès et de la violation de la Constitution des USA.

Le 27 mars 2008, La Cour d’Appel Fédérale a annulé la condamnation à mort de Mumia pour vice de procédure tout en maintenant sa culpabilité et rendant la révision du procès impossible.

En avril 2009, la Cour Suprême a refusé la tenue d’un nouveau procès, et ce malgré la campagne locale et internationale de soutien qui réclame un procès équitable en mettant en avant « le droit de Mumia d’être défendu correctement ».

Malgré l’échec des démarches pour la révision du procès, Mumia Abu-Jamal ne se décourage point. L’espoir anime sa lutte et sa détermination de faire aboutir ses demandes. Et dans une interview récente, accordée à la journaliste américaine d’investigation Amy Goodman, il déclare

« the fight goes on… Without struggle, there is no progress. Without struggle, there’s nothing” (le combat continue… Il n’y a pas de progrès sans lutte. Il n’y a rien sans lutte »


sauvons mumia abu jamal
envoyé par le-jipez. –

En France, la campagne de soutien se poursuit…

Plus de 80 associations françaises et organisations politiques, avec le soutien de l’Association Américaine de soutien à Mumia défendent la cause de Mumia Abu-Jamal.

En 1999, il est citoyen d’honneur de Bobigny (93). En 2003, une démarche similaire est adoptée par la ville de Paris. Depuis 2006, une rue dans la ville de Saint-Denis (93) porte le nom de Mumia.

La ville de Philadelphie a déposé une plainte pénale contre les villes de Paris et de Saint-Denis les accusant « d’apologie de crime ». En novembre 2002, 250 000 signatures ont été remises à la Cour Suprême de Pennsylvania.

« Il est toujours « la Voix des sans voix… »

En décembre 2000, feu Bernard Birsinger, député et maire de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a rendu visite à Mumia Abu-Jamal dans le couloir de la mort. Dans son témoignage, relique de la solidarité et de l’Humanisme, il raconte ce qu’il a vécu et vu : un lieu, « domaine de l’oubli, des enterrés vivants… où il a rencontré un homme humble. Courageux. Un être qui a le sentiment de l’autre, vivant dans une situation qui « surpasse en émotions tout ce que l’on peut dire ».

« Il parle peu de lui, des souffrances qu’il endure. Mumia parle constamment des autres, raconte B. Birsinger. Il est toujours « la voix des sans-voix ». Puis il poursuit, il me demande de parler de ce qui se passe en France. Ses yeux s’illuminent lorsque nous parlons de Frantz Fanon… Il porte beaucoup d’admiration à cet écrivain sur lequel il a rédigé une thèse…

Cet homme est magnifique de courage et d’intelligence. Diminué physiquement, il reste d’une dignité splendide. Quelle liberté de pensée ! Mumia est un homme debout. « Nous ne pouvons pas nous serrer la main, mais j’espère vous recevoir très vite, en France, à Bobigny ».

« Mumia me sourit. Nous ressortons assommés. Emus par la beauté de l’intelligence d’un homme au milieu de ce champ de la dégradation humaine. Conscient de de l’importance de dire, j’ai tenté de partager un peu de la densité de ce moment de ces images que je n’oublierai jamais ». Dans sa lettre ouverte aux Américains pour l’abolition de la peine de mort,

« Mumia est combatif, souvent souriant… »

Pierre Mansart, élu communiste, adjoint P. C. F. au maire de Paris qui a rencontré Mumia Abu-Jamal dans sa prison, « dans une petite pièce blanche aux murs capitonnés… écrit : « Ce qui compte avant tout – me dit Mumia avec lucidité- c’est que la mobilisation se poursuive, ne faiblisse pas. A travers mon cas, c’est tout le système judiciaire qui se trouve ébranlé par cette lutte » Il me dit « L’Amérique est une immense prison pour la communauté noire »

Le cas de Mumia Abu-Jamal ne pose-t-il la problématique de la peine de mort qui continue à être en vigueur dans des Etats américains tels que la Georgie, la Virginie, le Texas, la Pennsylvanie… ? Bien que les chiffres de 2008 montrent un recul de la peine de mort (37 au lieu de 42 en 2007), cette réduction est néanmoins due à un moratoire en attendant que la Cour suprême statue sur le caractère constitutionnel ou non de la méthode d’injection létale, ce qui a permis de réduire les exécutions mais pas les condamnations à mort, selon la Death Penalty Information Center.

Le nouveau président des USA élu sur la base de l’Espoir et du changement, pèsera-t-il de tout son poids pour abolir cette pratique qui avilit et déshumanise au même titre que les flagellations et autres formes de châtiment dégradantes et inhumaines ?

Pour aller plus loin :

Democracynow

Mumia



Articles Par : Nadia Agsous

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