Nous ne resterons pas les mains dans les poches

Interview à Istanbul du cheikh Raed Salah, surnommé  « le cheikh d’Al Aqsa« , par Michelangelo Cocco, envoyé spécial du manifesto pour le Al-Qads International  forum *

Le « Cheikh de Al Aqsa ». Par son intransigeance dans la défense des lieux sacrés musulmans de Jérusalem, cheikh Raed Salah s’est fait un nom qui, en même temps qu’une série d’arrestations, a fait de lui la personnalité musulmane la plus influente en Israël. Des façons courtoises et un sourire rassurant, Salah a été décrit par le quotidien Yediot Ahronot comme un leader dont l’autorité dépasse les frontières d’Israël, une « étoile montante » de la nouvelle direction arabe. Pendant les négociations de Camp David qui impliquèrent l’ex-président de l’Autorité nationale palestinienne Yasser Arafat  et l’ex-premier ministre israélien Ehud Barak, il déclara que « ce que les Israéliens appellent Mur des lamentations fait partie de la mosquée de Al Aqsa », déchaînant la colère de Tel Aviv.

Aujourd’hui il qualifie de « nouvelle nakba » le transfert  au futur état palestinien –hypothisé par l’Etat juif-  de territoires israéliens peuplés  de Palestiniens en échange des principaux blocs de colonies en Cisjordanie. Nous l’avons interviewé pendant l’Al-Qads International  forum d’Istanbul.

Cheikh Salah, qu’entendez-vous par ce que vous dénoncez  comme « judéisation de Jérusalem » ?

Ce n’est pas une nouveauté, il s’agit d’un projet qui a commencé avec l’occupation de la ville en 1967. Les Israéliens essaient de conquérir non seulement la ville, mais même ses lieux saints. Nos maisons, nos marchés ont déjà fait l’objet de leur conquête. Et, comme si cela n’était pas suffisant, ces dernières années le mur de l’apartheid a causé  l’expulsion de 100 mille jérusalémites. Même les ONG palestiniennes de la ville ont fini dans le collimateur, à qui on a offert « une alternative » : fermer ou déménager hors de Al –Qads.

Quel compromis accepteriez-vous avec les Israéliens sur l’avenir de la ville ?

La ville de Jérusalem est historiquement une ville arabe et musulmane. La seule solution est la fin de l’occupation militaire israélienne. Nous les musulmans, nous ne sommes jamais partis de la haine à l’égard des juifs. Nous considérons la religion juive comme une religion monothéiste, comme le christianisme. Le saint Coran nous oblige à respecter l’accord avec ces  religions. En outre la société palestinienne est une société qui possède  à l’intérieur d’elle-même une diversité  religieuse qui –c’est notre position- doit être préservée. Mais Israël n’épargne pas non plus les lieux saints des chrétiens orthodoxes, sur lesquels il met la main en achetant leurs propriétés. Nous ne permettrons pas que cette situation, maintenue grâce à l’occupation militaire, continue. Notre devoir est de renverser cette occupation et de rendre la ville au monde arabe et musulman. Chaque juif qui acceptera le nouveau statu quo sera le bienvenu.

Quel type d’appuis attendez-vous des pays arabes et musulmans ?

 

Dans cette conférence nous avons eu d’excellents résultats et avons confirmé que le véritable danger  est que Al Qads et la mosquée d’Al Aqsa restent sous contrôle de l’occupant.  Nous avons réaffirmé avec force  qu’il s’agit d’une question concernant tous  les musulmans et c’est cela le message  que la rencontre a confirmé et dont on ne peut pas faire abstraction.

Mais comment pensez-vous vous opposer à une occupation qui dure depuis plus de 40 ans ?

Nous ne resterons pas les mains dans les poches à attendre que cela s’arrête. Nous avons beaucoup de projets et d’initiatives  pour garder nos droits sur la terre et les lieux saints. Nous sommes en train de créer des groupes, des associations pour garder vive l’identité arabe et musulmane de la ville.  Voilà le point d’où il faut partir.

Pendant ces derniers mois on a parlé avec insistance d’échanges territoriaux : les blocs des colonies à Israël,  des parties à majorité arabe de l’actuel Israël aux Palestiniens. Seriez-vous partisan d’une solution de ce genre ?

Pour nous Palestiniens ce serait une seconde nakba, après celle de 1948. La présence des colons est illégale, et ils doivent quitter la Cisjordanie occupée sans aucune condition.  Nous par contre, nous sommes les habitants originaires, les propriétaires de ces maisons. Nous n’avons pas construit notre avenir sur la ruine des autres. Et donc comparer la situation des colons à celle des palestiniens d’Israël est une erreur, cet « échange » nous ne pouvons pas l’accepter.

 

Que pensez-vous que peut produire le prochain « sommet de paix » d’Annapolis ?

 

 Il s’agit d’une grave erreur pour la cause palestinienne, parce que le gouvernement israélien veut mettre la sourdine au droit  à la résistance des Palestiniens, et garder le contrôle sur l’esplanade des mosquées et sur la mosquée d’Al Aqsa. Il veut arrêter, une fois pour toutes, le droit au retour des Palestiniens dans leurs maisons, en le leur refusant. Et garder sa présence  en Cisjordanie, et en contrôler les frontières. Il s’agirait d’un désastre et personne au monde ne pourrait accepter de pareilles conditions et un résultat pareil au sommet.

Edition de dimanche 18 novembre 2007 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/18-Novembre-2007/art38.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

* Al Qads International Forum : « des délégations de 65 pays du monde arabe et musulman et une centaine d’ong se sont réunies  pendant trois jours à Istanbul, pour une conférence organisée par le Waqf turc (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Waqf ) et l’Union des ONG du monde musulman, pour alarmer l’opinion publique internationale, arabe et musulmane contre les risques de cession de l’Autorité palestinienne sur les trois exigences historiques palestiniennes : Jérusalem  comme capitale, droit au retour des réfugiés et  fin de l’occupation militaire ».



Articles Par : Michelangelo Cocco

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