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“Nous sommes déterminés”
Par Der Spiegel
Mondialisation.ca, 05 juin 2006
Der Spiegel, Altermedia.info (traduit de l’Anglais) 2 juin 2006
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Dans une interview avec DER SPIEGEL, le Président iranien Mhamoud Ahmadinejad discute de l’Holocauste, de l’avenir de l’Etat d’Israël, des fautes faites par les Etats-Unis en Irak et de la querelle nucléaire de Téhéran avec l’Occident.

SPIEGEL : M. le Président, vous êtes un fan de football et vous aimez jouer au foot. Serez-vous assis dans le stade à Nuremberg le 11 juin, quand l’équipe nationale iranienne jouera contre le Mexique en Allemagne?

Ahmadinejad : Ca dépend. Naturellement, je regarderai le match dans tous les cas. Je ne sais pas encore si je serai chez moi devant la télévision ou ailleurs. Ma décision dépend de beaucoup de choses.

SPIEGEL : Par exemple?

Ahmadinejad : De combien de temps je dispose, comment va l’état de diverses relations, si j’en ai envie et nombre d’autres choses.

SPIEGEL : Il y a eu une grande indignation en Allemagne quand on a su que vous pourriez venir au championnat du monde de football. Cela vous a-t-il surpris?

Ahmadinejad : Non, ce n’est pas important. Je ne comprends même pas comment c’est arrivé. Cela n’a pas non plus de signification pour moi. Je ne sais pas a quoi est due toute cette excitation.

SPIEGEL : Cela concerne vos remarques à propos de l’Holocauste. C’était inévitable que le déni du Président iranien de l’assassinat systématique des Juifs par les Allemands déclencherait un scandale.

Ahmadinejad : Je ne saisis pas exactement le lien.

SPIEGEL : D’abord vous faites vos remarques à propos de l’Holocauste. Puis viennent les nouvelles que vous pouvez venir en Allemagne – cela provoque un tumulte. Vous étiez donc surpris après tout?

Ahmadinejad : Non, pas du tout, parce que le réseau du sionisme est très actif autour du monde, également en Europe. Donc je n’ai pas été surpris. Nous nous adressions au peuple allemand. Nous n’avons rien à faire avec les Sionistes.

SPIEGEL : Nier l’Holocauste est punissable en Allemagne. Etes-vous indifférent quand vous êtes face à tant de scandale?

Ahmadinejad : Je sais que DER SPIEGEL est un magazine respecté. Mais je ne sais pas s’il est possible pour vous de publier la vérité à propos de l’Holocauste.Etes-vous autorisés à tout écrire à son propos?

SPIEGEL : Bien sûr que nous avons le droit d’écrire sur les découvertes de la recherche historique des 60 dernières années. A notre avis il n’y a pas de doute que les Allemands – malheureusement – portent la responsabilité du meurtre de 6 millions de Juifs.

Ahmadinejad : Bien, nous avons alors activé une discussion très concrète. Nous posons deux questions très claires. La première est : Est-ce que l’Holocauste a vraiment eu lieu? Vous répondez à cette question par l’affirmative. Donc la seconde question

est : A qui la faute? La réponse doit être trouvée en Europe et non en Palestine. C’est parfaitement clair : Si l’Holocauste a eu lieu en Europe, on doit aussi chercher la réponse en Europe. D’autre part, si l’Holocauste n’a pas eu lieu, pourquoi alors ce régime

d’occupation…

SPIEGEL : … Vous voulez dire l’Etat d’Israël…

Ahmadinejad : est arrivé? Pourquoi les pays européens s’engagent à défendre ce régime? Permettez-moi de prouver un autre point. Nous sommes d’avis que si un événement historique se conforme à la vérité, cette vérité sera révélée des plus clairement s’il y a plus de recherche et plus de discussion dessus.

SPIEGEL : C’est arrivé depuis longtemps en Allemagne.

Ahmadinejad : Nous ne voulons pas confirmer ou nier l’Holocauste. Nous nous opposons à tout type de crime contre tout peuple. Mais nous voulons savoir si ce crime a eu lieu réellement ou non. Si c’est le cas, alors ceux qui en portent la responsabilité doivent

être punis, et non les Palestiniens. Pourquoi la recherche sur un fait qui est arrivé il y a 60 ans n’est pas permise? Après tout, d’autres événements historiques, certains qui se trouvent à plusieurs milliers d’années dans le passé, sont ouverts à la recherche, et même les gouvernements le soutiennent.

SPIEGEL : M. le Président, avec tout mon respect, l’Holocauste est arrivé, il y a eu des camps de concentration, il y a des dossiers sur l’extermination des Juifs, il y a eu une grande quantité de recherche, et il n’y a pas le plus léger doute à propos de l’Holocauste ou à propos du fait – nous le regrettons grandement – que les Allemands en sont responsables. Si nous pouvons maintenant ajouter une remarque : le sort des Palestiniens est une question entièrement différente, et cela nous amène au présent.

Ahmadinejad : Non, non, les racines du conflit palestinien doivent être cherchées dans l’histoire. L’Holocauste et la Palestine sont directement connectés l’un à l’autre. Et si l’Holocauste est réellement arrivé, alors vous devriez permettre à des groupes impartiaux du monde entier de faire des recherches là-dessus. Pourquoi restreignez-vous la recherche à un certain groupe? Bien sûr, je ne veux pas dire vous, mais plutôt les gouvernements européens.

SPIEGEL : Dites-vous encore que l’Holocauste n’est qu’un “mythe?”

Ahmadinejad : Je n’accepterai quelque chose comme vrai que si j’en suis réellement convaincu.

SPIEGEL : Quand bien même qu’aucun érudit occidental n’a de doute à propos de l’Holocauste?

Ahmadinejad : Mais il y a deux avis sur cela en Europe. Un groupe d’érudits ou de personnes, la plupart motivés, disent que l’Holocauste est arrivé. Puis il y a le groupe d’érudits qui représentent l’opinion opposée et ont été emprisonnés par voie de

conséquence en majorité. En conséquence, un groupe impartial doit se réunir pour enquêter et donner une opinion sur ce sujet très important, parce que la clarification de cette question contribuera à la solution de problèmes mondiaux. Sous le prétexte de

l’Holocauste, une très forte polarisation a eu lieu dans le monde et des fronts se sont formés. Il serait donc très bien si un groupe international et impartial regardait la question dans le but de la clarifier une fois pour toutes. Normalement, les gouvernements

promeuvent et soutiennent le travail des chercheurs sur les événements historiques et ne les mettent pas en prison.

SPIEGEL : Qui est supposé en être ? De quels chercheurs voulez-vous parler

Ahmadinejad : Vous connaissez cela mieux que moi ; vous avez la liste. Il y a des gens de Grande-Bretagne, Allemagne,

France et Australie.

SPIEGEL : Vous voulez sans doute dire, par exemple, l’Anglais David Irving, le Germano-Canadien Ernst Zündel, qui est en jugement à Mannheim, et le Français Georges Theil, qui nient tous l’Holocauste.

Ahmadinejad :Le simple fait que mes commentaires aient provoqué des protestations aussi fortes, bien que je ne sois pas européen, et aussi le fait que j’aie été comparé avec certaines personnes de l’histoire de l’Allemagne indiquent combien l’atmosphère pour la recherche est chargée de conflits dans votre pays. Ici en Iran vous n’avez pas à vous en soucier.

SPIEGEL : Bien, nous conduisons ce débat historique avec vous dans un but très opportun. Mettez-vous en question le droit d’Israël à exister?

Ahmadinejad : Regardez, mes vues sont tout à fait claires. Nous disons que si l’Holocauste est arrivé, alors l’Europe doit en tirer les conséquences et ce n’est pas la Palestine qui devrait payer le prix. S’il n’est pas arrivé, alors les Juifs doivent retourner

d’où ils sont venus. Je crois que le peuple allemand aujourd’hui est aussi prisonnier de l’Holocauste. Soixante millions de personnes sont mortes dans la seconde guerre mondiale. Cette guerre fut un crime gigantesque. Nous la condamnons tout entière. Nous

sommes contre tout bain de sang, indépendamment de savoir si un crime fut commis contre un Musulman ou contre un Chrétien ou un Juif. Mais la question est : Pourquoi parmi ces 60 millions de victimes, seuls les Juifs sont le centre de l’attention?

SPIEGEL : Ce n’est pas le cas. Tous les gens pleurent les victimes revendiquées par la seconde guerre mondiale, les Allemands, les Russes, les Polonais et d’autres aussi. Pourtant, nous en tant qu’Allemands ne pouvons nous absoudre d’une culpabilité spéciale, à savoir le meurtre des Juifs. Mais peut-être devrions-nous passer au sujet suivant.

Ahmadinejad : Non, j’ai une question pour vous. Quel genre de rôle la jeunesse d’aujourd’hui a joué dans la seconde guerre mondiale?

SPIEGEL : Aucun.

Ahmadinejad  ourquoi devraient-ils avoir des sentiments de culpabilité envers les Sionistes ? Pourquoi les coûts des Sionistes devraient être payés de leurs poches ? Si des gens ont commis des crimes dans le passé, alors ils auraient été jugés il y a 60

ans. Fin de l’histoire ! Pourquoi le peuple allemand doit être humilié aujourd’hui parce qu’un groupe de gens a commis des crimes au nom des Allemands durant le cours de l’histoire?

SPIEGEL : Le peuple allemand aujourd’hui ne peut rien faire là-dessus. Mais il y a une sorte de honte collective pour ces actes au nom de l’Allemagne par nos pères ou nos grands-pères.

Ahmadinejad : Comment une personne qui n’était pas même vivante à l’époque peut être tenue légalement responsable?

SPIEGEL : Pas légalement mais moralement.

Ahmadinejad : Pourquoi un tel fardeau est-il mis sur le peuple allemand ? Le peuple allemand d’aujourd’hui ne porte pas de culpabilité. Pourquoi le peuple allemand n’est-il pas autorisé à se défendre ? Pourquoi les crimes d’un groupe sont-ils autant accentués, au lieu d’accentuer le grand héritage culturel allemand ?

SPIEGEL : M. le Président, nous sommes bien au fait que l’histoire de l’Allemagne n’est pas faite que des 12 années du Troisième Reich. Néanmoins, nous devons accepter que des crimes horribles aient été commis au nom de l’Allemagne. Nous devons le confesser, et c’est une grande réalisation des Allemands dans l’histoire de l’après-guerre qu’ils aient saisi à bras le corps leur passé.

Ahmadinejad : Etes-vous également préparé à dire ça au peuple allemand ?

SPIEGEL : Oh ! oui, nous le faisons.

Ahmadinejad : Alors permettriez-vous aussi à un groupe impartial de demander au peuple allemand s’il partage votre opinion ? Aucun peuple n’accepte sa propre

humiliation.

SPIEGEL : Toutes les questions sont permises dans notre pays. Mais évidemment il y a des radicaux de droite en Allemagne qui sont non seulement antisémites, mais aussi xénophobes, et nous les considérons effectivement comme une menace.

Ahmadinejad : Laissez-moi vous demander une chose : Combien de temps ça peut encore durer ? Combien de temps pensez-vous que le peuple allemand doive accepter d’être pris en otage par les Sionistes ? Quand cela finira-t-il – dans 20, 50, 1000 ans ?

SPIEGEL : Nous ne pouvons parler que pour nous-mêmes. DER SPIEGEL n’est l’otage de personne ; SPIEGEL ne traite pas qu’avec le passé de l’Allemagne et les crimes de l’Allemagne. Nous ne sommes pas l’allié sans critique d’Israël dans le

conflit palestinien. Mais nous voulons clarifier un point : Nous sommes critiques, nous sommes indépendants, mais nous ne resterons pas sans protester quand le droit existentiel de l’état d’Israël, où vivent beaucoup de survivants de l’Holocauste, est mis en question.

Ahmadinejad : Précisément c’est notre point. Pourquoi devriez-vous vous sentir obligé envers les Sionistes ? S’il y a vraiment eu un Holocauste, Israël doit être localisé en Europe, pas en Palestine.

SPIEGEL : Voulez-vous redéplacer tout un peuple 60 ans après la fin de la guerre ?

Ahmadinejad : Cinq millions de Palestiniens n’ont pas eu de toit durant 60 ans. C’est réellement étonnant : Vous payez des réparations pour l’Holocauste durant 60 ans et devrez continuer à payer pour encore 100 autres années. Pourquoi alors le sort des Palestiniens n’est pas la question ici ?

SPIEGEL : Les Européens soutiennent les Palestiniens de beaucoup de manières. Après tout, nous avons aussi une responsabilité historique d’aider à apporter la paix dans cette région finalement. Mais ne partagez-vous pas cette responsabilité?

Ahmadinejad : Oui, mais l’agression, l’occupation et une répétition de l’Holocauste n’apporteront pas la paix. Ce que nous voulons est une paix acceptable. Cela signifie que nous devons nous attaquer à la racine du problème. Je suis content de noter que vous

êtes des gens honnêtes et admettez que vous êtes obligés de soutenir les Sionistes.

SPIEGEL : Ce n’est pas ce que nous avons dit, M. Le Président.

Ahmadinejad : Vous avez dit Israéliens.

SPIEGEL : M. le Président, nous parlons de l’Holocauste parce que nous voulons parler de l’armement nucléaire possible de l’Iran – ce qui est la raison pour laquelle l’Occident vous voit comme une menace.

Ahmadinejad : Certains groupes à l’Ouest aiment appeler des choses ou des gens une menace. Bien sûr vous êtes libre de rendre votre propre jugement.

Ahmadinejad : Permettez-moi d’encourager une discussion sur la question suivante : Durant combien de temps pensez-vous que le monde puisse être gouverné par la rhétorique d’une poignée de puissances occidentales? Chaque fois qu’elles ont quelque chose

contre quelqu’un, elles commencent à répandre la propagande et les mensonges, la diffamation et le chantage. Combien de temps ça va encore durer?

SPIEGEL : Nous sommes ici pour découvrir la vérité. La tête de l’Etat d’un pays voisin, par exemple, a dit à SPIEGEL : “Ils ont très envie de construire la bombe.” Est-ce vrai ?

Ahmadinejad : Vous voyez, nous menons nos discussions avec vous et les gouvernements européens à un niveau plus élevé entièrement différent. A notre avis, le système légal où une poignée de pays forcent leur volonté sur le reste du monde est discriminatoire et instable. Cent trente neuf pays, y compris vous, sont membres de l’Autorité Internationale de l’Energie

Atomique (IAEA) à Vienne. Les statuts de l’IAEA et le Traité de Non-prolifération Nucléaire comme tous les accords de sécurité garantissent aux pays membres le droit de produire du carburant nucléaire dans des buts pacifiques. C’est le droit légal légitime de tout peuple. Au-delà de ça, cependant, l’IAEA fut aussi établie pour promouvoir le désarmement de ces puissances qui possèdent déjà des armes nucléaires. Et maintenant regardez ce qui arrive aujourd’hui : l’Iran a eu une coopération excellente avec l’IAEA. Nous avons eu plus de 2.000 contrôles de nos usines, et les inspecteurs ont obtenu plus de 1.000 pages de documentation de notre part. Leurs caméras sont installées sur nos centres nucléaires. L’IAEA a souligné dans tous ses rapports qu’il n’y a pas

d’indications d’irrégularités en Iran. C’est un côté de la question.

SPIEGEL : L’IAEA ne partage pas tout à fait votre vision de cette question.

Ahmadinejad : Mais l’autre côté est qu’il y a des pays qui possèdent l’énergie nucléaire et les armes nucléaires. Ils utilisent leurs armes nucléaires pour menacer d’autres peuples. Et ce sont ces puissances qui disent qu’elles s’inquiètent de la déviation de

l’Iran du chemin de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique. Nous disons que ces puissances sont libres de nous surveiller si elles s’inquiètent. Mais ce que disent ces puissances est que les Iraniens ne doivent pas terminer le cycle du carburant

nucléaire parce que la déviation de l’utilisation pacifique peut alors être possible. Ce que nous disons est que ces pays ont dévié depuis longtemps de l’usage pacifique. Ces puissances n’ont pas le droit de nous parler de cette manière. Cet ordre est injuste et

inacceptable.

SPIEGEL : Mais M. le Président, la question clé est : Combien dangereux ce monde deviendra-t-il si plus de pays deviennent des puissances nucléaires – si un pays comme l’Iran, dont le président lance des menaces, construit la bombe

dans une région remplie de crises?

Ahmadinejad : Nous sommes fondamentalement opposés à l’expansion des arsenaux d’armes nucléaires. C’est pourquoi nous avons proposé la formation d’une organisation impartiale et le désarmement des puissances nucléaires. Nous n’avons pas besoin

d’armes. Nous sommes un peuple civilisé, cultivé, et notre histoire montre que nous n’avons jamais attaqué un autre pays.

SPIEGEL : L’Iran n’a pas besoin de la bombe qu’il veut construire?

Ahmadinejad : Il est intéressant de noter que les nations européennes voulaient permettre à la dictature du Shah l’utilisation de la technologie nucléaire. C’était un régime dangereux. Pourtant ces nations voulaient lui fournir la technologie nucléaire. Depuis

que la République Islamique a existé, cependant, ces puissances lui ont été opposées. J’insiste encore une fois, nous n’avons pas besoin d’armes nucléaires. Nous restons sur nos revendications parce que nous sommes honnêtes et agissons légalement. Nous ne sommes pas des fraudeurs. Nous voulons seulement réclamer notre droit légitime. Incidemment, je n’ai jamais menacé quiconque – cela, aussi, est une partie de la machine de propagande que vous avez lancée contre moi.

SPIEGEL : Si c’était le cas, ne devriez-vous pas faire un effort pour vous assurer que personne n’a à avoir peur que vous ne produisiez des armes nucléaires que vous pourriez utiliser contre Israël, déclenchant ainsi peut-être une guerre

mondiale? Vous êtes assis sur une poudrière, M. le Président.

Ahmadinejad : Permettez-moi de dire deux choses. Aucun peuple dans la région n’a peur de nous. Et personne ne devrait instiller la peur dans ces peuples. Nous croyons que si les Etats-Unis et ces deux ou trois pays européens n’interfèrent pas, les peuples dans cette région vivraient pacifiquement ensemble comme ils l’ont fait durant les milliers d’années auparavant. En 1980, ce furent les nations de l’Europe et les Etats-Unis qui encouragèrent Saddam Hussein à nous attaquer. Notre position par rapport à la

Palestine est claire. Nous disons : Permettez à ceux à qui ce pays appartient d’exprimer leur opinion. Que les Juifs, Chrétiens et Musulmans disent ce qu’ils pensent. Les opposants de cette proposition préfèrent la guerre et menacer la région. Pourquoi les

Etats-Unis et ces deux ou trois nations européennes sont-ils opposés à cela? Je crois que ceux qui emprisonnent les chercheurs de l’Holocauste préfèrent la guerre à la paix. Notre position est démocratique et pacifique.

SPIEGEL : Les Palestiniens ont avancé plus loin que vous et reconnaissent Israël comme un fait, tandis que vous désirez toujours le rayer de la carte. Les Palestiniens sont prêts à accepter une solution à deux-états tandis que vous

niez à Israël son droit à l’existence.

Ahmadinejad : Vous vous trompez. Vous avez vu que le peuple palestinien a élu le Hamas dans des élections libres. Nous prétendons que ni vous ni nous ne devrions prétendre parler au nom du peuple palestinien. Les Palestiniens eux-mêmes devraient dire ce qu’ils veulent. En Europe il est coutumier de lancer un référendum sur toute question. Nous devrions aussi donner aux Palestiniens l’opportunité d’exprimer leur opinion.

SPIEGEL : Les Palestiniens ont le droit d’avoir leur propre état, mais de notre point de vue les Israéliens ont naturellement le même droit.

Ahmadinejad : D’où viennent les Israéliens?

SPIEGEL : Bien, si nous essayons de chercher d’où les peuples sont venus, les Européens devraient retourner en Afrique de l’Est d’où tous les humains sont originaires.

Ahmadinejad : Nous ne parlons pas des Européens ; nous parlons des Palestiniens. Les Palestiniens étaient là en Palestine. Maintenant 5 millions d’entre eux sont devenus des réfugiés. N’ont-ils pas le droit de vivre?

SPIEGEL : M. le Président, ne vient-il pas un temps où on devrait accepter que le monde est ce qu’il est et que nous devons accepter le statu quo? La guerre contre l’Irak a mis l’Iran dans une position favorable. Les Etats-Unis ont subi une défaite de facto en Irak. N’est-il pas temps pour l’Iran de devenir une puissance de paix constructive au Moyen-Orient? Ce qui signifierait abandonner ses plans nucléaires et discours enflammés?

Ahmadinejad : Je me demande pourquoi vous adoptez et défendez fanatiquement la position des politiciens européens. Vous êtes un magazine, pas un gouvernement. Dire que nous devrions accepter le monde tel qu’il est signifierait que les vainqueurs de la seconde guerre mondiale resteraient les puissances victorieuses pour 1.000 autres années et que le peuple allemand serait

humilié pour encore 1.000 ans. Pensez-vous que c’est la logique correcte?

SPIEGEL : Non, ce n’est pas la logique juste, et ce n’est pas vrai non plus. Les Allemands ont joué un rôle modeste mais important dans les développements de l’après-guerre. Ils ne se sentent pas comme s’ils avaient été humiliés et

déshonorés depuis 1945. Nous sommes trop sûrs de nous pour ça. Mais aujourd’hui nous voulons parler de la mission actuelle de l’Iran.

Ahmadinejad : Alors nous accepterions que les Palestiniens soient tués tous les jours, qu’ils meurent dans des attentats terroristes, et que les maisons soient détruites. Mais laissez-moi dire quelque chose sur l’Irak. Nous avons toujours favorisé

la paix et la sécurité dans la région. Pendant huit ans, les pays occidentaux ont fourni des armes à Saddam dans la guerre contre nous, y compris des armes chimiques, et lui ont donné un soutien politique. Nous étions contre Saddam et avons souffert gravement à cause de lui, donc nous sommes heureux qu’on l’ait fait tomber. Mais nous n’acceptons pas qu’un pays soit avalé sous le prétexte de vouloir faire tomber Saddam. Plus de 100.000 Irakiens ont perdu leur vie sous la règle des forces d’occupation. Heureusement, les Allemands n’ont pas été impliqués là-dedans. Nous voulons la sécurité en Irak.

SPIEGEL : Mais, M. le Président, qui avale l’Irak ? Les Etats-Unis ont pratiquement perdu cette guerre. En coopérant de manière constructive, l’Iran pourrait aider les Américains à se retirer du pays.

Ahmadinejad : C’est très intéressant : Les Américains occupent le pays, tuent les gens, vendent le pétrole et quand ils ont perdu, ils accusent les autres. Nous avons des liens très proches avec le peuple irakien. Beaucoup de gens des deux côtés de la frontière sont parents. Nous avons vécu côte à côte pendant des milliers d’années. Nos sites de pèlerinage saints sont situés en Irak. Juste comme l’Iran, l’Irak était un centre de civilisation.

SPIEGEL : Q’essayez-vous de dire?

Ahmadinejad : Nous avons toujours dit que nous soutenions le gouvernement de l’Irak élu de façon populaire. Mais à mon avis les Américains font un mauvais travail. Ils nous ont envoyé des messages plusieurs fois nous demandant de l’aide et de la coopération. Ils ont dit que nous devrions parler ensemble à propos de l’Irak. Nous avons accepté publiquement cette offre, bien que notre peuple ne fasse pas confiance aux Américains. Mais l’Amérique a répondu négativement et nous a insultés. Même

maintenant nous contribuons à la sécurité en Irak. Nous tiendrons des entretiens uniquement si les Américains changent leur comportement.

SPIEGEL : Etes-vous content de provoquer les Américains et le reste du monde de temps en temps?

Ahmadinejad : Non. Je n’insulte personne. La lettre que j’ai écrite à M. Bush était polie.

SPIEGEL : Nous ne voulons pas dire insulter, mais provoquer.

Ahmadinejad : Non, nous ne ressentons de l’animosité envers personne. Nous sommes soucieux des soldats américains qui meurent en Irak. Pourquoi doivent-ils mourir là? Cette guerre n’a aucun sens. Pourquoi y a-t-il la guerre quand il y a aussi la raison?

SPIEGEL : Est-ce que votre lettre au président est aussi un geste envers les Américains disant que vous désirez entrer dans des négociations directes?

Ahmadinejad : Nous avons clairement déclaré notre position dans cette lettre sur la manière dont nous voyons les problèmes dans le monde. Certaines puissances ont souillé l’atmosphère politique dans le monde parce qu’elles considèrent les mensonges et la

fraude comme légitimes. A notre avis c’est très mauvais. Nous croyons que tout le monde mérite le respect. Les relations ont été régulées sur la base de la justice. Quand la justice règne, la paix règne. Des conditions injustes ne sont pas soutenables, même si

Ahmadinejad ne les critiquent pas.

SPIEGEL : Cette lettre au président américain inclut un passage sur le 11 sept. 2001. La citation : “Comment une telle opération a pu être planifiée et implémentée sans la coordination avec les services secrets et de sécurité ou sans l’infiltration en profondeur de ces services?” Vos déclarations incluent toujours tant d’insinuations. Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire? Est-ce que la CIA a aidé Mohammed Atta et les autres 18 terroristes à mener ces attentats?

Ahmadinejad : Non. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Nous pensons qu’ils devraient juste dire qui est à blâmer. Ils ne devraient pas utiliser le 11 sept. Comme une excuse pour lancer une attaque militaire contre le Moyen-Orient. Ils devraient traîner en

justice ceux qui sont responsables des attentats. Nous ne sommes pas opposés à ça ; nous avons condamné les attentats. Nous condamnons tout attentat contre des gens innocents.

SPIEGEL : Dans cette lettre vous écrivez aussi que le libéralisme occidental a échoué. Qu’est-ce qui vous fait dire ça?

Ahmadinejad : Vous voyez, par exemple vous avez un millier de définitions du problème palestinien et vous offrez toutes sortes de définitions différentes de la démocratie dans ses diverses formes. Il n’est pas logique qu’un phénomène dépende des opinions de

beaucoup d’individus qui sont libres d’interpréter le phénomène comme ils le souhaitent. Vous ne pouvez résoudre les problèmes du monde de cette manière. Nous avons besoin d’une nouvelle approche. Bien sûr nous voulons que le libre arbitre du peuple règne, mais nous avons besoin de principes soutenables qui jouissent d’une acceptation universelle – comme la justice. L’Iran et l’Ouest sont d’accord sur ça.

SPIEGEL : Quel rôle peut jouer l’Europe dans la résolution du conflit nucléaire, et qu’attendez-vous de l’Allemagne?

Ahmadinejad : Nous avons toujours cultivé de bonnes relations avec l’Europe, particulièrement avec l’Allemagne. Nos deux peuples s’aiment l’un l’autre. Nous sommes impatients d’approfondir cette relation.

L’Europe a fait trois erreurs par rapport à notre peuple. La première erreur fut de soutenir le gouvernement du Shah. Cela a laissé notre peuple déçu et mécontent. Cependant, en offrant l’asile à l’Imam Khomeyni, la France a mérité une position spéciale qui

a été perdue à nouveau plus tard. La deuxième erreur fut de soutenir Saddam dans sa guerre contre nous. La vérité est que notre peuple s’attendait à ce que l’Europe soit de notre côté, pas contre nous. La troisième erreur fut la position de l’Europe sur la

question nucléaire. L’Europe sera la grande perdante et ne réalisera rien. Nous ne voulons pas que ça arrive.

SPIEGEL : Qu’arrivera-t-il maintenant dans le conflit entre l’Ouest et l’Iran?

Ahmadinejad : Nous comprenons la logique des Américains. Le dommage subi comme un résultat de la victoire de la Révolution Islamique. Mais nous sommes déconcertés par la raison pour laquelle certains pays européens nous sont opposés. J’ai envoyé un message sur la question nucléaire, demandant pourquoi les Européens traduisaient les mots des Américains pour nous. Après tout, ils savent que nos actions sont dirigées vers la paix. En étant au côté de l’Iran, les Européens serviraient leurs propres intérêts et les nôtres. Mais ils n’auront que des dommages s’ils s’opposent à nous. Car notre peuple est fort et déterminé. Les Européens risquent de perdre leur position au Moyen-Orient entièrement, et ils ruinent leur réputation dans d’autres parties du monde. Les

autres penseront que les Européens ne sont pas capables de résoudre les problèmes.

SPIEGEL : M. le Président, nous vous remercions de cette interview.

 

Interview conduite par Stefan Aust, Gerhard Spörl et Dieter Bednarz à Téhéran.

 

Traduction : par Persée du forum de On Nous Cache Tout http://www.onnouscachetout.com/

 

Repris de : Wafin Be http://wafin.be/forum/viewtopic.php?t=5174&sid=37decb212fd678b89d4e41b549d03ab7

 

Source : Der Spiegel [en anglais] http://service.spiegel.de/cache/international/0,1518,418660,00.html

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