Nouvelle Route de la Soie: Nous sommes tous des acteurs dans une caravane massive et mondiale du développement.

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Des dizaines de pays du Sud ont adopté le modèle de développement chinois au détriment du financement des États-Unis ou de l’UE pour des raisons très simples.

C’est toujours la même histoire : Les chiens de la diabolisation aboient pendant que la caravane de la Nouvelle Route de la Soie passe. Selon une projection du géant anglo-australien des mines et des métaux BHP Billiton, l’Initiative Ceinture et Route (BRI) générera jusqu’à 1,3 billion de dollars US dans une myriade de projets d’ici 2023 – une décennie seulement après son lancement officiel par le président chinois Xi Jinping à Astana (maintenant Nur-Sultan) et Jakarta.

Il est facile d’oublier que la BRI – un projet de connectivité massif, à la fois géostratégique et géoéconomique, maintenant en vigueur dans toute la masse continentale eurasienne, ainsi qu’à cheval sur la mer de Chine du Sud et l’océan Indien jusqu’en Afrique orientale – a moins de six ans et il devrait s’achever en 2049.

Comme je l’ai déjà dit, la BRI est maintenant configurée comme l’authentique Communauté Internationale 2.0 – beaucoup plus représentative que le Groupe des Vingt, pour ne pas mentionner le Groupe des Huit. Avant même le début du Forum Ceinture et Route à Pékin la semaine dernière, 126 États et territoires avaient signé des accords de coopération avec la BRI. Après le forum, il y en a 131, et la Suisse va bientôt s’y joindre. La BRI collabore également avec pas moins de 29 organisations internationales, dont la Banque Mondiale.

Si l’on ne considère que les projets déjà en cours d’exécution, la Banque Mondiale estime que les pays de la BRI ont réduit les délais de livraison jusqu’à 3,2%, et les coûts commerciaux jusqu’à 2,8%.

La principale conclusion du forum de la BRI a été la capacité de Pékin à exécuter une manœuvre géopolitique magistrale de Sun Tzu – réalisant que pour que le plan se déroule plus facilement, il devrait aborder des questions clés sur la viabilité de la dette, la lutte anti-corruption et les processus consultatifs.

Des dizaines de pays du Sud, ainsi que certains pays aspirant au statut de pays développés, ont adopté le modèle chinois d’investissement et de développement plutôt que le financement de Washington ou de Bruxelles pour trois raisons très simples : pas de conditions, pas de camisole de force universelle et pas d’ingérence dans leurs affaires intérieures.

C’est le cas des projets de la BRI axés sur le groupe de la Chine et des pays d’Europe, maintenant appelé 17+1 (la Grèce vient de les rejoindre). La BRI s’est lancée dans la mise en œuvre de la Ligne Express Terre-Mer Chine-Europe, d’Athènes à Hambourg via Skopje et Belgrade – avec un embranchement vers le port méditerranéen de Bar au Montenegro, juste à l’est de l’Italie et puis Budapest, l’ultime point de croisement en Europe de l’Est, et vers le Nord, par la République tchèque jusqu’à Hambourg.

En outre, la Ligne Express Terre-Mer sera reliée au Corridor Pan-Européen ralliant Bari, Bar, Belgrade et Timisoara en Roumanie.

De nouvelles routes de la soie s’étendent de la Chine vers l’Europe, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique

L’ASEAN devient la BRI

L’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est est sans doute le pilier crucial pour assurer le succès futur de la BRI, aux côtés du Corridor Économique Chine-Pakistan (CPEC). Et les 10 dirigeants de l’ASEAN ont tous assisté au forum de la BRI.

La perspective stratégique de Pékin implique le positionnement de la Thaïlande en tant que plaque tournante de l’ASEAN en matière de transport. L’ASEAN doit donc achever la ligne de chemin de fer à grande vitesse de 12 milliards de dollars, d’une longueur de 873 kilomètres, reliant le centre et le nord-est de la Thaïlande à la ligne ferroviaire reliant Kunming à Vientiane, qui devrait être terminée en 2021.

Il s’agit du projet phare du Corridor Économique Chine-Péninsule Indochine de la BRI, reliant le sud de la Chine avec l’Asie du Sud-Est continentale jusqu’à Singapour.

Lors du récent forum de la BRI, la Chine, la Thaïlande et le Laos ont signé un protocole d’accord sur la construction du tronçon entre Nong Khai et Vientiane. Vient ensuite la lourde tâche de renégocier les conditions de construction des 607 km de Bangkok à Nong Khai, du côté thaïlandais du Mékong.

La Malaisie a réussi à renégocier le budget et le tracé de sa liaison ferroviaire avec la côte Est. De plus, la Chine et le Myanmar renégocient actuellement le projet de 3,6 milliards de dollars du barrage Myitsone.

Au moins neuf des 23 projets faisant partie du corridor économique Chine-Myanmar sont en cours de réalisation – dont une zone économique spéciale (ZES) à Kyauk Phyu à l’ouest, le chemin de fer Kyauk Phyu-Kunming et trois zones de coopération frontalière dans les États de Kachin et Shan. Le Myanmar est absolument essentiel pour que la Chine jouisse d’un accès stratégique à l’océan Indien.

Ailleurs dans l’Asie du Sud-Est maritime, le train à grande vitesse Jakarta-Bandung, à 6 milliards de dollars et long de 150 km, est en plein essor, malgré les accusations de non-transparence formulées par le Comité de Coordination des Investissements d’Indonésie. Malgré tout, le deuxième mandat de l’administration de Joko Widowo est appelé à participer à pas moins de 91 milliards de dollars de projets liés à la BRI pour développer quatre corridors économiques différents.

Une chose est commune à ces multiples fronts de négociation de la BRI : le syndrome « perdu dans la traduction ». Imaginez des termes et des contrats englués dans un labyrinthe de références croisées et un marécage trilingue (mandarin, anglais, puis thaï, lao, indonésien, etc.).

Sans parler de l’affrontement au cours des quelques dernières décennies entre la bureaucratie locale et le géant chinois de la construction d’infrastructures ultra-rapidement rationalisé, perfectionné au millimètre près.

Pourtant, Pékin en tire les principales leçons, admettant qu’il est essentiel de renégocier les termes clés, de modifier les accords, d’accorder une attention particulière à la contribution locale et, essentiellement, de permettre plus de transparence.

Les entrepreneurs chinois doivent employer davantage de travailleurs locaux, encourager le transfert de technologie et être très conscients des impacts négatifs sur l’environnement. Il est suggéré qu’un tribunal d’arbitrage international de la BRI – par exemple à Genève neutre – pourrait être créé en plus des tribunaux de la BRI à Shenzhen et Xian, dans un souci de transparence accrue.

Tous à bord pour un voyage sur la Route de la Soie

Montez sur un chameau et rejoignez le groupe

Wang Huiyao, fondateur du Centre pour la Chine et la Mondialisation à Pékin, affirme à juste titre :

« La BRI est devenue un plan de développement mondial – le genre dont le monde a cruellement manqué depuis la crise financière en 2008« .

C’était certainement l’intention d’ailleurs pendant la longue période de gestation qui a précédé la naissance de la BRI en 2013. Le système chinois fonctionne ainsi. Le sommet de la pyramide émet une ligne directrice ou un plan, puis les couches suivantes de la pyramide élaborent leurs propres stratégies de mise en œuvre, ajustant le processus sans arrêt. C’est toujours une variante du célèbre dicton de Little Helmsman Deng Xiaoping « traverser la rivière en sentant les pierres« .

Dans l’état actuel des choses, rien ne prouve que le gouvernement américain s’engagera aux côtés de la BRI, sans parler de « tenter de la façonner pour créer une Asie plus multipolaire », comme le soutient mon ami Parag Khanna. La BRI elle-même – avec d’autres mécanismes tels que l’Union Économique Eurasienne – est déjà en train de configurer une Asie multipolaire. Et personne en Eurasie – à part les fanatiques hindouistes et les suprématistes japonais – ne croit au récit du Pentagone sur la Chine comme étant une menace existentielle.

Il est assez éclairant de prêter attention aux paroles de l’ancien gouverneur de Hong Kong, Tung Chee-hwa, qui semble faire preuve de plus de sagesse à 80 ans maintenant, en tant que président de l’Assemblée populaire consultative chinoise, que lorsqu’il était logé au palais gouvernemental.

Et nous pourrions ensuite voyager dans le temps jusqu’à l’ancienne Route de la Soie – qui, en tant que réseau d’échanges commerciaux et culturels entre l’Est et l’Ouest, était de facto un prototype de la mondialisation.

Nous découvrirons que parmi les voyageurs de l’Ancienne Route de la Soie – et les marchands, messagers, pèlerins – il y avait aussi une équipe hétéroclite de jongleurs, acrobates, musiciens, danseurs et acteurs. Des siècles plus tard, l’histoire frappe à nouveau, et nous sommes tous des acteurs dans une caravane massive et mondiale du développement.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : We’re all actors in the New Silk Road play, The Saker, le 5 mai 2019

Traduit par Réseau International



Articles Par : Pepe Escobar

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