Nouvelle structure de reconnaissance et de frappe C4I de l’armée russe

Région :
Analyses:

Une armée moderne du troisième millénaire est basée sur des systèmes intégrés de reconnaissance-frappe, capable de détecter, de surveiller en permanence l’ennemi afin de déterminer ses faiblesses et le moment optimal pour le détruire.

La seule forme d’assurance dans le combat connue dans les sciences militaires, c’est la détection en temps réel de la localisation des combattants ennemis, de l’état de leur matériel de combat et leurs intentions futures à travers leurs mouvements et leurs manœuvres dans l’espace et dans le temps. Contrairement à d’autres formes de reconnaissance, la reconnaissance aérienne/spatiale a l’avantage de couvrir l’ensemble du théâtre des actions militaires.

En 2014, l’armée russe a achevé la mise en œuvre d’une nouvelles structures de reconnaissance, basée sur le complexe reconnaissance – frappe, conçu pour assurer la projection immédiate des forces, avec le maximum de précision, à des distances de plusieurs centaines ou milliers de kilomètres de là. Grâce à ces structures complexes, la Russie dispose maintenant des systèmes de dernière génération que seuls les américains avaient. Et l’OTAN se rend compte qu’en raison de la nouvelle structure de reconnaissance, l’armée russe maintenant connait parfaitement l’emplacement de toutes ses forces et les moyens des armées des pays de l’OTAN dans le voisinage de la Russie. Elle est capable de détecter en temps réel tout nouveau déploiement de troupes de l’OTAN dans les zones situées le long de ses frontières.

Il convient de rappeler que le succès de toute opération terrestre est impensable sans l’utilisation des drones (UAV ou ) avec caméras thermiques infrarouges ou capteurs divers patrouillant 24 heures sur 24 heures. Ces dix dernières années, les combats dans des zones peuplées dans des guérillas urbaines se sont avérés efficaces, justement à cause de l’utilisation simultanée de drones de reconnaissance, des avions chasseurs-  et des hélicoptères d’.

http://englishrussia.com/2014/01/20/new-uav-for-the-russian-forces/

Les armées modernes, celle de la Fédération de Russie comme celle des Etats-Unis, utilisent un programme complexe, basé sur trois niveaux de collecte et de traitement des données pour la formation d’une image complète de la situation sur le théâtre des opérations terrestres, en plus de l’information recueillie par plus de cent satellites militaires , équipés de capteurs de divers types.

Le premier niveau est assuré par les 4 à 6 mini drones (UAV) de type ZALA 421-08 (Strekoza) dont dispose chaque bataillon des forces terrestres de l’armée russe. Ils sont silencieux, propulsés par un moteur électrique, avec un rayon d’action de 30 km, un plafond de vol de 2 000 m.

 

 

36 autres drones de type Yakovlev Pchela-1 T et Rubej (similaire au RQ-7 Shadow américain) à faible rayon d’action volant à une altitude de 2 500-3 600 m, dépendent des brigades d’infanterie, d’artillerie et aéroportées russes. Tous sont équipées de dispositifs électro-optiques dans le spectre infrarouge et de capteurs capables de distinguer une cible en mouvement, détecter le déplacement de quelques dizaines de centimètres de l’ombre d’un homme à une distance de 700 m. Les drones à court rayon d’action ont une autonomie de 2 à 4 heures, avec un champ de vision complet, mais avec une ouverture et une profondeur faible.

 

 

C’est la raison pour laquelle les brigades de chars russes, qui ont un rythme offensif élevé, disposeront, d’ici à 2015, de quatre  sans pilote Dozor 600, avec un rayon d’action intermédiaire, semblable aux MQ-1 B Predator américains. L’équipement de navigation est de type FLIR et inclut une caméra dans le spectre visible et l’infrarouge, un télémètre laser et un projecteur laser pour diriger les armes. Comme le MQ-1 Predator qui dispose d’un détecteur de mouvement SAR (Synthetic Aperture Radar), le Dozor est équipé de systèmes au niveau des ailes qui peuvent accrocher deux missiles guidés par faisceau laser, deux lanceurs de roquettes non guidées, ou 6 bombes de 20 kg.

Le deuxième niveau de collecte et de traitement des données de recherche est étroitement lié à toutes les unités de terrain, et est composé d’une flotte d’hélicoptères d’appui des forces terrestres de la Russie. Il s’agit plus précisément des hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Mi-24V/Mi-35, Mi-28 et Ka-52 Alligator. Les capteurs de navigation FLIR, la gestion de tir et des données des recherches de l’hélicoptère sont montés dans un carénage spécial MMS sur le nez de l’appareil. L’équipement comprend une caméra pour la vidéo pendant la journée, et pour une empreinte thermique pendant la nuit, un petit radar dans la gamme de fréquences millimétrique, et un émetteur de faisceau avec un télémètre laser pour diriger les armes de haute précision.

 

 

Le troisième niveau de collecte et de traitement des données est la recherche stratégique, représentée par des avions de reconnaissance à long rayon d’action. La Russie détient 17 drones furtifs type Skat similaire au RQ-170 Sentinel américain, utilisé en Afghanistan, avec une altitude maximale de 12 000 m et un rayon d’action de 4 000 km.

 

 

Mais la base reste essentiellement les avions à contrôle ELINT, ayant à bord des équipages spécialisés dans la reconnaissance. La Russie possède une vingtaine d’avions de type Il-20M1, avec un rayon d’action de 6 500 kilomètres, un plafond de 11,800 m, chacun étant capable de patrouiller dans l’air pendant 12 heures sans ravitaillement. Le Il-20M1 a une équipe de 8 spécialistes ELINT avec un radar de grande puissance. Le radar Kvalat-2 permet d’afficher sous forme numérique la carte du terrain, le long de la trajectoire de vol, jusqu’à une distance de 300 km. Dans la mémoire du processeur, est enregistrée une carte à laquelle la carte en cours est comparée automatiquement en détectant l’émergence de nouveaux moyens de combat de l’ennemi ou la modification de ceux déjà connus enregistrés en mémoire.

La reconnaissance par la méthode de « radiolocalisation » se fait par un équipement Romb-4 qui permet de détecter secrètement et d’afficher sur l’écran de l’opérateur l’emplacement de tous les émetteurs au sol en fonctionnement jusqu’à une distance de 500 km. Grâce à la mémoire du processeur, il est possible d’identifier les nouveaux radars de défense AA, les postes de commandement des bataillons, brigades, corps d’armée, ou les changements des emplacements déjà connus. D’autres spécialistes à bord de l’avion opèrent avec des capteurs dans le spectre visible et l’infrarouge en haute résolution. Toutes les informations recueillies sont transmises instantanément grâce à une ligne de données vidéo secrète à un réseau automatisé de gestion C4I de l’état-major tactique. En raison de l’équipement embarqué, le prix d’une Il – 20 M 1 dépasse de plusieurs fois celui d’un avion de cinquième génération F-22.

En outre, l’armée russe utilise, pour la reconnaissance à haute altitude, 42 avions de chasse MiG-25RB spécialement modifiés pour des missions de reconnaissance. Ils volent à 3.470 Vitesse km/h (Mach 3,2) avec un plafond de 24,400 m. La Russie utilise également une escadrille de bombardiers stratégiques (Tu-142/Tu-95 M) qui volent à une vitesse maximale de 920 km/h avec un plafond de 12 000 m.

 

 

La structuration de la reconnaissance aérienne en complexe reconnaissance-frappe est subordonné au système automatisé de haute technologie de type C4I de l’état-major tactique, ce qui intègre les fonctions suivantes : commandement, Contrôle, communications, ordinateurs, informations et interopérabilité. Les systèmes C4I russes correspondent à la dernière génération de microprocesseurs et d’équipements de communication par satellite, intégrant des capteurs de détection et de contrôle. En outre, ces systèmes disposent d’installations de mémoire et de puissants serveurs de dernière génération qui leur sont propres, avec un traitement sécurisé par cryptage numérique sur toute la largeur du spectre de fréquence rendant impossible le brouillage. Le C4I attribue automatiquement la cible repérée aux systèmes de frappe terrestres (artillerie, missiles sol-sol), navales placés sur des navires ou aériens dans les avions de combat, en fonction de leur portée. L’, la Pologne, les Etats baltes et la Roumanie ont des éléments rudimentaires reconnaissance, et ne pourraient même jamais rêver d’avoir un système de reconnaissance-frappe intégrant le C4I.

Bien que l’Ukraine ne dispose pas de structure de reconnaissance comparable à celles de la Russie, les rapports de force entre son armée de terre et celle du Donbass (8/1 numériquement, 20/1 qualitativement) sont en faveur de l’armée ukrainienne, avec une suprématie aérienne absolue, qui n’a pourtant pas pu être exploitée dans la soi-disant opération antiterroriste dirigée contre les séparatistes du Donbass. L’ancienneté des équipements des avions de reconnaissance ukrainiens qui datent des années 50- 60 obligeait ces appareils à voler à la portée des missiles portables de combattants de Novorossia. Ces derniers ont ainsi pu abattre quatre appareils de reconnaissance ukrainiens, ce qui a mis fin aux vols de reconnaissance de l’armée de .

Le  de Julia Timoshenko a fait la chose la plus stupide de ces 23 dernières années, avec le retrait et la suppression, en 2006, de la dernière escadrille ukrainienne de bombardement et de reconnaissance supersonique, dotée d’avions Tu-22 M 3. Les 43 appareils Tu-22 M3 hérités à la suite du démantèlement de l’ex-URSS, étaient capables de voler à 2 000 km/h (Mach 1,88), à 14 500 m d’altitude. Si l’Ukraine s’était vraiment préoccupé de se doter de plateformes aériennes équipées de systèmes de reconnaissance modernes, peut-être que la situation aurait été autre sur le champ de bataille.

Valentin Vasilescu

Article original : Noua structură de cercetare-lovire C4I a armatei ruse

Traduit par Avic – Réseau International



Articles Par : Valentin Vasilescu

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]research.ca