Nouvelles générations d’armements

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C’est peut-être un hasard mais la fin de la « guerre froide », loin d’ouvrir une phase de paix durable, a multiplié la fréquence et les dimensions de « guerres chaudes ». Avec deux transformations décisives dans la conception et la conduite de ce qu’on appelle l’ « art de la guerre ».

 


source de la vidéo: Democracynow.org

En premier lieu, l’époque plurimillénaire des « guerres symétriques », où deux ennemis – deux états- s’affrontent en ayant grosso modo le même type d’armement (avions, blindés, missiles, infanterie, navires, etc). La prépondérance absolue des Etats-Unis en matière de technologie militaire par rapport à n’importe quel autre état, a posé les bases de l’étude et de la « pratique » de la guerre asymétrique. C’est-à-dire de celle où un seul des belligérants dispose de toutes les technologies décisives, et où l’autre – quel qu’il soit –  est obligé de pratiquer des formes de guerre « non orthodoxe », formule qui comprend toutes les formes de guérilla et de résistance populaire, y compris le « terrorisme » (signalons que l’ONU  n’est toujours pas arrivé à donner une définition partagée de ce terme). L’asymétrie conceptuelle n’habille pas que les formes de la guerre, mais aussi  l’image de l’ « ennemi », et les raisons –officielles et « publiques »- pour lesquelles on se bat. Jusqu’à  bouleverser les « limites » qui avaient été fixées comme indépassables au lendemain de la seconde guerre mondiale. En deuxième lieu, on a développé une génération d’armements qui marque une discontinuité drastique avec celles qui ont été construites jusque là.  De la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, de fait, l’humanité a construit des armes « cinétiques », c’est çà dire des engins qui tuent en touchant l’ennemi  avec un « projectile » à qui est appliqué une forme d’énergie cinétique –du bâton à la bombe atomique. Aujourd’hui, des armes à énergie directe sont déjà actives, et les preuves qu’elles ont été utilisées en Irak ou qu’elles le sont en ce moment au Liban, augmentent. Ces armes ne tirent pas des projectiles, mais des faisceaux d’énergie de divers types. Elles peuvent être « létales » ou « non létales », mais la différence n’est qu’une question  de « degré » dans le calibrage de la puissance de « feu ».

L’enquête de Sigfrido Ranucci et Maurizio Torrealta pour Rainews24 (documentaire sur Fallujah, en novembre 2005, ndt) a montré clairement que ces systèmes d’armes sont déjà actifs sur le terrain sous forme « expérimentale ». Ainsi que le rôle exclusif des Etats-Unis et d’Israël dans ce domaine. Même si la Chine et la Russie s’efforcent de garder le pas : la seconde aurait constitué un arsenal discret de e-bombs, des têtes montées sur des missiles conventionnels et capables de produire des ondes électromagnétiques avec des fréquences de 4 à 20 ghz ; suffisantes pour « aveugler » tous les plus grands systèmes informatiques, électriques, téléphoniques, etc., d’une ville.

Un nouveau type d’armes qui, tout comme les armes « classiques », peuvent cependant être déclinées soit en fonction du type d’énergie utilisé, soit en fonction des objectifs. La seule « bonne nouvelle », sur ce front, c’est que dans les armes à énergie directe – quant à leur puissance destructive- on n’entrevoit pas encore l’arme de la « fin du monde », quelque chose de comparable aux engins nucléaires. Ce n’est pas pour ça qu’elles sont « plus bonnes ». Au contraire. Les premières classifications de la nouvelle espèce distinguent : les armes laser (montées sur des dispositifs mobiles terrestres ou aériens) pour la défense antiaérienne et antimissile (fragment du projet « guerre des étoiles »). « Prometteuses » en tant que dispositifs antichars et anti-bunker, les armes au plasma et à impulsions, où on tire un projectile de « matière chargée électriquement, composée d’électrons, protons et neutrons ». Viennent enfin  les armes à micro ondes, largement illustrées par le général Termentini et par Dilucci sur ces mêmes pages (deux autres articles dont une interview à un général de l’armée italienne dans la même rubrique, ndt). Mais pour quel type d’ « ennemi »  ces armes ont-elles été pensées, en majorité ? Les armes au plasma ou celles à micro ondes – si l’on en croit les notices des fabriquants- ont pour objectif la « discipline des foules » (bien entendu : nous aussi). Les micro ondes émises par l’Active Denial System, par exemple, en pénétrant sous la peau jusqu’aux terminaisons nerveuses, provoquent une douleur insupportable, qui obligent n’importe qui à prendre la fuite. Tandis que celles au plasma ont prouvé qu’elles sont en mesure d’étourdir hommes et animaux jusqu’à la paralysie. Le même effet devrait être obtenu, dans les projets Hsv de San Diego, par un laser à rayons ultraviolets en cours d’expérimentation. L’importance de ce type d’armes est en liaison directe avec le caractère antisymétrique de la guerre contemporaine. Les « combattants ennemis » ne peuvent plus être des soldats en uniforme ou retranchés dans des positions fixes (trop facilement identifiables par les nombreux systèmes de pointage montés sur des moyens aériens ou satellitaires) ; ils « doivent » se fondre au milieu de la population, en se concentrant dans les villes au lieu de se disperser sur le territoire. La guerre asymétrique se déroule surtout dans des milieux urbains, où « neutraliser » le combattant ennemi signifie neutraliser cette population.

L’impossibilité pratique – et non programmable même  dans cette nouvelle génération d’armes-  de distinguer le civil du « combattant » porte aussi en elle le déplacement des « limites » de ce qu’on peut faire en guerre. Après Coventry, Dresde, Hiroshima, on était arrivé à reconnaître que le bombardement des villes – par n’importe quel engin- devait être considéré comme un crime de guerre et un acte contre l’humanité. Bagdad, Gaza et Beyrouth nous expliquent que cette limite n’existe plus. Et que « les foules » peuvent être traitées comme de la viande à griller. Comme dans les « guerres coloniales » du début du 19ème. Quelle nouveauté, le post-modernisme…

Edition de dimanche 13 août 2006 de il manifesto

http://www.ilmnaifesto.it/Quotidiano-archivio/13-Agosto-2006/art10.html


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Articles Par : Francesco Piccioni

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