Obama candidat à sa succession : Peut-être un espoir pour les damnés de la terre?

Région :

«Ce qui fut, cela sera; Ce qui s’est fait se refera; Et il n’y a rien de nouveau sous le soleil.»

Ecclésiaste, Livre 1 verset 9.»

Le 4 avril, Obama a annoncé son intention de briguer un second mandat. On lit sur son site: «Même si je suis concentré sur le travail pour lequel vous m’avez élu, et que la course ne sera sans doute pas pleinement lancée avant un an ou plus, nous devons commencer aujourd’hui à jeter les bases de notre campagne», explique Obama. «Nous savons depuis longtemps qu’un changement durable ne s’obtient ni rapidement, ni facilement (…) Mais pendant que mon gouvernement et nos gens à travers le pays se battent pour protéger les progrès que nous avons accomplis – et en réaliser de nouveaux – nous devons aussi commencer à mobiliser pour 2012, bien avant qu’il soit temps pour moi de commencer à faire campagne.» Cette initiative permet à Barack Obama d’entamer sa collecte de fonds qui pourrait réunir le montant sans précédent d’un milliard de dollars.(1)

Le bilan d’Obama

C’est la tradition: aux Etats-Unis les deux premières années sont normalement les plus productives, le Président élu jouissant de capital politique. Avec un Congrès et un Sénat aux mains des Démocrates, Obama a réussi à faire passer la «Health Reform Bill», a injecté 787 milliards de dollars dans l’économie et récemment grâce à l’appui des Républicains a obtenu sa plus belle victoire: un compromis qui, d’un côté revient à injecter 850 milliards de dollars supplémentaires (à travers la prolongation pour 2 ans de réduction d’impôts) et de l’autre permettra de faire rentrer environ 2 trilliards de dollars dans les coffres de l’Etat à partir de 2013. Cela permettrait de réduire le déficit de 10% d’ici 2020. En politique étrangère, Obama s’est rapproché de la Russie en annulant le plan de Bush, qui consistait à installer une défense antimissile en Pologne et en négociant une réduction des arsenaux atomiques de la Russie et des Etats-Unis. Côté Iran, des sanctions ont été votées par le Conseil de sécurité lesquelles, selon les dernières nouvelles, se révélent efficaces ». (2)

 « Le bilan des deux premières années serait globalement positif. Du point de vue de l’énergie, contrairement à George Bush, le 31 mars le président Barack Obama a déclaré que son admiinistration allait réduire d’un tiers les importations de pétrole dans le pays. Les Etats-Unis sont-ils en train de se convertir aux énergies renouvelables? écrit Christian Magdelaine. Peut-être, si l’on en croit deux rapports qui révèlent que la production d’énergies renouvelables ne cesse de croître aux États-Unis. Selon le dernier rapport de la US Energy Information Administration, les énergies renouvelables ont représenté 11% de la production américaine en 2009, supérieure à l’énergie nucléaire. Avec 1210 MW installés d’énergies renouvelables, la capacité totale ajoutée en 2009 atteint 4000 MW. Selon un rapport du ministère de l’Energie américain (DoE), l’énergie éolienne pourrait fournir 20% de l’électricité des Etats-Unis d’ici 2030, contre 3% actuellement, permettant d’éviter 7,6 milliards de tonnes de CO2 sur cette période»(2)

Et la cause du peuple damné de Palestine?

Côté Palestine, Obama fit pression sur Netanyahu mais sans succès. Il y eut aussi l’affaire Goldstone, les Etats-Unis ont tout fait pour amoindrir la portée du Rapport qui n’est toujours pas présenté au Conseil de sécurité. De pseudo-discussions en tergiversations, le gouvernement nord-américain vient, en n’exigeant plus l’arrêt de la colonisation par Israël en Palestine, de porter un mauvais coup à la paix. C’est la négation totale du droit international. Personne ne peut comprendre, écrit Patrick le Hyaric, cette impunité totale dont jouit la direction israélienne de la part de toutes les instances internationales. Accepter la poursuite de la colonisation et la destruction des maisons à Jérusalem-Est revient exactement à renier les résolutions des Nations unies sur les frontières des deux États. C’est accepter ce qu’on ne peut qu’appeler «une occupation» d’un État – Israël – sur un autre État, la Palestine. L’histoire prouve désormais que les États-Unis et d’autres sont des soutiens actifs à la politique des gouvernements israéliens successifs contre la création d’un État palestinien. (…) Tout cela tourne le dos à l’objectif proclamé de M.Obama de faire de «la résolution du conflit israélo-palestinien», l’un des grands objectifs de son mandat».(3)

Le vrai Obama selon Bob Woodward

Connaît-on le vrai Obama? Ce qui permettrait d’expliquer les déceptions de chacun. Bob Woodward du Washington Post, interwiewé par le Nouvel Observateur commentant son ouvrage sur Obama déclare: «Obama est un homme de compromis. En Afghanistan comme au Pakistan, où il mène une guerre clandestine contre le terrorisme, il s’efforce de définir sa propre politique, une politique qui lui permette de démontrer sa fermeté et sa détermination. (…) Ce choix systématique de la voie médiane est peut-être encore plus évident en Libye, dans la mesure où il a décidé d’agir et de ne pas laisser se produire une catastrophe humanitaire annoncée. Et en même temps, il a fait le choix d’une intervention limitée, sans envoyer de troupes au sol. Obama a aussi décrété qu’il n’aurait pas recours à l’armée pour renverser El Gueddafi, ce qui n’exclut pas de faire appel à la CIA et d’exercer des pressions économiques afin de se débarrasser de lui. Son positionnement centriste est parfait. (…) Il n’y a plus d’attentats terroristes, sa politique est sans concession sur les questions de sécurité, mais sans le côté extrémiste de Bush». «Obama est avant tout un juriste et un avocat: il pèse le pour et le contre, et il cherche à trouver l’équilibre idéal qui ménage les différents intérêts en jeu. (….) »

 « (…) Lorsque je l’ai interviewé pour mon livre et que je l’ai interrogé sur le discours qu’il avait fait à Chicago en 2002, où il dénonçait les conséquences de l’invasion de l’Irak, il s’est soudain animé et il m’a dit à quel point il hait la guerre et le chaos qu’elle entraîne. (…) Dans son discours lors de la remise de son prix Nobel de la paix, il a dit que la guerre est parfois nécessaire, mais qu’elle n’est jamais glorieuse. Lisez-le et vous verrez qu’il la considère comme l’expression de la folie humaine. Il n’y a pas de malhonnêteté, d’arrivisme ou de duplicité chez lui. (…) A la différence de Bush, Il n’y a rien de messianique chez Obama: il n’attend pas de Dieu qu’il lui parle et qu’il lui montre la voie à suivre. Dans son discours sur la Libye, Obama a déclaré qu’un massacre à Benghazi serait «une souillure sur la conscience de l’humanité. «Obama est confronté au même problème que tous les présidents américains: il y a une telle concentration de pouvoirs entre ses mains qu’il doit faire face à d’énormes responsabilités personnelles. (…) Le métier de président est écrasant. De plus en plus, le président est amené à tout gérer: il détient un pouvoir incroyable».(4) (5)

   C’est aussi l’avis de Ezra Suleiman interviewé par le journal Marianne2. Ecoutons-le: «Quoi qu’on pense de ses réalisations depuis deux ans, il ne faut pas perdre de vue le fait que la trajectoire d’Obama obéit depuis les débuts à une singularité: il a toujours été un homme de compromis, d’où vient le contraste que vous évoquez. Beaucoup d’Américains regrettent, dans le discours du Caire, des accents de naïveté. Et ils sont convaincus que la politique consistant à tendre la main au monde musulman, y compris à ses franges les plus extrêmes, équivaut à une perte de temps. (…) N’oublions pas qu’aujourd’hui, les États-Unis et Israël, comme d’ailleurs d’autres pays arabes (ainsi que le confirment les révélations de WikiLeaks) partagent le même souci du danger que constitue pour la région un Iran nucléarisé. J’ajouterai par ailleurs, ce qui n’est jamais dit ouvertement, que beaucoup de pays arabes ne sont pas pressés de voir naître un État palestinien. (…) L’ancien président Jimmy Carter conseille aux Palestiniens depuis des années de créer un tel fait accompli. «Quant à sa réélection, je dirais que son bilan comptera peu en regard de l’état de l’économie et surtout du taux de chômage au moment de l’élection. Si ce taux est autour de 7% ou de 7,5%, il a toutes les chances d’être réélu. Si, par contre, le taux de chômage reste au niveau, où il est aujourd’hui, il est peu probable qu’il fasse un deuxième mandat, sauf si le candidat de la droite était quelqu’un comme Sarah Palin!»(6)

L’analyse de David J.Rothkopf semble aussi bien décrire le tempérament de Barack Obama. «Ce qui peut paraître comme un recul voire une faiblesse est due à son tempérament. Plus à l’aise dans le rôle du rhéteur que dans celui de la brute, le président américain préfère laisser à d’autres pays le soin de prendre la direction des opérations. Une crise suffit à redéfinir une présidence, tout comme un séisme peut bouleverser un paysage. Dans le cas du président Obama, ses réactions aux crises de ces derniers mois – en Tunisie, en Egypte, en Libye, à Bahreïn et au Japon – ont révélé un homme prudent allant à contre-courant de certaines idées bien ancrées sur ce que le Monde peut attendre des Etats-Unis et de leur commandant en chef. (…) Aujourd’hui, le monde est confronté à un dirigeant américain qui semble moins enclin ou moins en mesure d’imposer son pays et lui-même en tant qu’acteur dominant dans les affaires planétaires. Il est apparemment, plus à l’aise dans le rôle du rhéteur que dans celui de la brute et préfère travailler au sein de coalitions, voire laisser d’autres pays prendre la direction des opérations, là où, autrefois, Washington aurait eu une présence écrasante (…) Une chose est claire: le président, du fait des circonstances et de son propre tempérament, se comporte moins en tant que prétendu ´´homme le plus puissant du monde´´, et davantage comme le maître de cérémonie du globe»(7)

Obama et les révoltes dans les pays arabes

 Obama donne l’impression de laisser faire les autres et de se mettre en retrait. Comme l’écrit Ross Douthat du New York Times: «Dans sa phase initiale, du moins, notre guerre en Libye répond en apparence au noble idéal d’une ingérence internationale progressiste. Elle a reçu la bénédiction du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle a été approuvée par la Ligue arabe. (…) Enfin, ce n’était pas l’armée de l’air ou les marines qui ont lancé les premières frappes, mais les avions de combat français. (…) Cette façon de faire la guerre présente des avantages évidents. Elle permet de partager avec d’autres pays le fardeau de l’action militaire, renforce nos alliances au lieu de les affaiblir et désamorce l’antiaméricanisme du reste du monde. Surtout, elle encourage les puissances européennes à assumer leur part de responsabilités dans le maintien de l’ordre mondial, plutôt que de rester à l’écart tout en critiquant les Etats-Unis. (…)» (8)

En fait, depuis le début des soulèvements dans le Monde arabe, deux présidents ont été renversés. Les monarques de la région semblent moins facilement détrônables. Washington mise sur eux. Pour Mark Landler, Helene Cooper, du New York Times: «Face à la succession de révoltes au Moyen-Orient, le gouvernement Obama est arrivé à un rude constat: les rois ont de fortes chances de survivre, et les présidents de tomber. Dans la région en ce moment extrêmement mouvante qui s’étend entre le Maroc et l’Iran, deux présidents ont déjà été renversés. (…) Ce phénomène des rois restant sur leur trône influe sur la réaction du gouvernement américain face à la crise: celui-ci a récemment envoyé des diplomates chevronnés offrir des garanties et des conseils aux monarques de la région, y compris ceux qui imposent un régime étouffant. (…) De l’avis général, le but est surtout de veiller aux intérêts des Etats-Unis. Bon nombre de ces monarques ont dirigé des gouvernements tout aussi répressifs que ceux des présidents. Les Américains reconnaissent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de soutenir des pays comme l’Arabie Saoudite et que toutes les situations peuvent changer très vite. (….) Les Etats-Unis espèrent clairement que ces royaumes finiront par devenir des monarchies constitutionnelles(9).

Pourtant les choses ne sont pas aussi simples, on apprend que les révolutions arabes étaient téléguidées par les Etats-Unis. Plusieurs organisations financées par l’Etat américain ont joué un rôle en amont dans les soulèvements du Monde arabe, révèle The New York Times. Parmi celles-ci l’ONG Freedom House, ainsi que l’International Republican Institute et le National Democratic Institute, organisations affiliées aux deux grands partis américains. Si ces organisations n’ont pas déclenché les hostilités contre les autocrates locaux, cela fait plusieurs années qu’elles contribuent au financement et à la formation des militants prodémocratie dans la région, souligne le quotidien américain.(10)

 
Bien avant son investiture et même au début de la première partie de son mandat, toutes les nations à des degrés divers étaient sous le charme d’un discours envoutant, généreux tolérant, ouvert qui nous a changés des huit ans de chape de plomb de George Walker Bush. Force est de constater que la suite fut amère pour les damnés de la terre. La citation tirée de l’Ecclésiaste nous incite à penser que rien de spécifique ne concernera le Monde arabe, même avec un nouveau personnel politique il continuera à mener une existence sans gloire à l’ombre des puissants. Peut-être que si Obama gagnait les élections prochaines, il aurait les coudées plus franches pour faire émerger ses idées de justice et de tolérance et trouver enfin une solution acceptable au problème palestinien. Un peuple qui attend qu’on lui rende justice depuis la déclaration d’un certain Balfour il y a de cela près d’un siècle.

1. Patrick le Hyre.. http://humanite.fr/04_04_2011-obama-lance-sa-campagne-pour-un-deuxi%C3%A8me-mandat-469228  

2. C. Magdelaine. Les énergies renouvelables dépassent le nucléaire aux Etats-Unis 06 avril 2010, / notre-planete.info René Tregouet (www.tregouet.org). Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat wwwrtflash.fr/  

3.Patrick le Hyaric: http://humanite.fr/09_12_2010-le-poignard-d%E2%80%99obama-dans-le-dos-de-la-paix-et-de-l%E2%80%99%C3%A9tat-palestinien-459720

4.Bob Woodward. «Les Guerres d’Obama» Edtions Denoël. 2011

5. http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/04/18/quel-chef-de-guerre-est-obama.html  

6. Ezra Suleiman: «Obama, un authentique progressiste, imbu de pragmatisme» Propos recueillis par Alexis Lacroix Marianne2 30.10.2010

7. David J.Rothkopf. Obama préfère l’ombre à la lumière. The Washington Post 21.03.2011

8. Ross Douthat. Faire la guerre, version Obama The New York Times 24.03.2011

9. Mark Landler, Helene Cooper: «Les petits calculs de la diplomatie américaine» The New York Times 03.03.2011

10. Le rôle joué par Washington. Courrier international 15.04.2011

 

 

Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz



Articles Par : Chems Eddine Chitour

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