La politique étrangère agressive de Washington est de plus en plus fréquemment présentée par les médias et les milieux politiques comme une réaction défensive au «piratage» et à «l’espionnage en cyberespace» effectués par les adversaires géopolitiques de l’impérialisme américain: la Russie et la Chine.

Pendant des mois, les chaînes de nouvelles ont été submergées d’allégations hystériques selon lesquelles la Russie aurait «piraté» le Comité national démocrate afin d’influencer les résultats de l’élection de 2016. Pendant que les médias de la presse et des réseaux télévisés se prêtaient frénétiquement à des dénonciations de la Russie, les États-Unis et ses alliés de l’OTAN mobilisaient des milliers de soldats et des centaines de chars d’assaut à la frontière de la Russie.

Comme si les accusations de manipulation des élections américaines ne suffisaient pas, les médias des États-Unis et ses homologues internationaux ont affirmé que la Russie s’était ingérée dans des élections en France, en Allemagne et dans d’autres pays éloignés. Avant le tollé actuel concernant le «piratage» des élections, l’administration Obama avait utilisé les allégations de «piratage» et de «vol de propriété intellectuelle» afin de justifier les sanctions économiques et militaires contre la Chine qui ont accompagné son «pivot vers l’Asie».

Chaque fois que le département d’État, la CIA et d’autres «représentants des services de renseignement» anonymes évoquent une autre supposée «cyber» provocation de la part des rivaux géopolitiques de Washington, les journalistes s’empressent de régurgiter ces accusations comme s’il s’agissait de faits, les accompagnant de graphiques superficiels et d’enregistrements d’hommes masqués dans des chambres sombres qui tapent agressivement sur des claviers d’ordinateur.

Mais le discours officiel d’un gouvernement américain bienveillant et bien intentionné qui est attaqué par des hordes de pirates informatiques russes et chinois, des espions, et des «trolls» a été renversé mardi avec la publication par WikiLeaks de plus de 9.000 documents démontrant les méthodes utilisées par la CIA afin d’effectuer des opérations criminelles de cyberespionnage, d’exploitation, de piratage et de désinformation à travers le monde.

Ces documents révèlent que la CIA a le pouvoir d’exploiter et de prendre le contrôle de n’importe quel appareil connecté à Internet, incluant des téléphones cellulaires et des télévisions «intelligentes». Ces outils, employés par une armée de 5.000 pirates informatiques de la CIA, fournissent à l’agence de renseignement les moyens d’espionner pratiquement n’importe qui, à l’intérieur ou non des États-Unis, incluant des gouvernements étrangers, «ami» ou ennemi, ainsi que des organisations internationales telles que les Nations Unies.

Les documents de WikiLeaks exposent les États-Unis comme étant l’«État voyou» et «cybercriminel» numéro un de la planète. Le monstrueux réseau d’espionnage américain, financé par des centaines de milliards de dollars en impôts, utilise des postes diplomatiques pour dissimuler ses activités de ses «alliés», espionner des dirigeants mondiaux, organiser des kidnappings et des assassinats et viser à influencer ou renverser des élections à travers le monde.

Mardi, l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden a réagi aux révélations en se vantant: «Mais il y a des personnes que vous voulez que l’on espionne. Vous voulez que nous ayons le pouvoir d’utiliser le microphone de la télévision pour connaître les intentions de cette personne.»

On ne peut qu’imaginer les hurlements d’indignation que de telles affirmations évoqueraient dans la presse américaine si elles provenaient d’un ancien espion russe. Lors de ses commentaires, Hayden a à peine tenté de dissimuler le fait que les États-Unis mènent une opération d’espionnage et de sabotage politique qui ferait l’envie du président russe Vladimir Poutine ou du président chinois Xi Jinping.

Les documents de WikiLeaks démontrent que les États-Unis tentent de couvrir leurs opérations illicites en lançant de fausses alarmes, indiquant que leurs adversaires géopolitiques, incluant la Russie et la Chine, sont responsables de leurs crimes.

L’expert en cybersécurité Robert Graham a noté dans un blogue, par exemple, qu’«un chercheur dans le domaine des antivirus m’a dit qu’un virus qui avait été attribué aux Russes ou aux Chinois provenait en fait de la CIA, puisqu’il correspond parfaitement à une description faite dans les documents révélés».

Les révélations ont déjà commencé à avoir des répercussions dans le monde. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères allemand Sebastian Fischer a dit mercredi que Berlin prend ces révélations «très au sérieux», ajoutant qu’«il y a de plus en plus de révélations de ce genre». Pendant ce temps, le procureur général de l’Allemagne a lancé une enquête sur le contenu des documents, et un porte-parole a rapporté à Reuters que «Nous déclencherons une enquête si nous voyons des preuves concrètes d’actes criminels ou des coupables précis… Nous examinons la chose de très près.»

Les documents exposent l’utilisation par la CIA du consulat américain à Francfort en Allemagne comme base d’opérations d’espionnage à travers l’Europe, déployant un réseau d’employé des services de renseignement, incluant des agents de la CIA et de la NSA, ainsi que des militaires et des employés du département américain de la Sécurité intérieure. Bon nombre de ces agents ont reçu de fausses identités et des passeports diplomatiques afin de dissimuler leurs opérations des gouvernements allemands et européens.

Mercredi, le gouvernement allemand a répliqué en revenant sur ce qu’avait révélé Edward Snowden en 2013: que «des membres inconnus des services de renseignement américains ont espionné le téléphone cellulaire de la chancelière Angela Merkel», comme l’a déclaré le procureur général de l’Allemagne en 2015.

Les médias américains, fidèles à leur cause propagandiste en tant que bras droit de la CIA et des autres agences de renseignement, sont immédiatement passés à l’action pour minimiser l’importance des révélations et accuser la Russie, sans aucune preuve, d’avoir publié ces documents dans le but de miner les intérêts des États-Unis.

Avec approbation, NPR a cité les déclarations de Hayden: «Je peux vous dire que ces outils ne seraient pas utilisés contre un Américain», pendant que le Washington Post et une panoplie d’experts en sécurité disaient qu’il n’y avait rien à craindre des révélations de ces documents. NPR a cité favorablement un tel «expert», Jan Dawson, qui a déclaré, «Pour la vaste majorité d’entre nous, ceci ne s’applique pas du tout à nous… Tout citoyen respectant la loi n’a pas à s’inquiéter.»

Des déclarations aussi absurdes, concernant un organisme de renseignement dont les révélations de Snowden ont démontré qu’il espionnait les communications privées de millions d’Américains, pour ensuite mentir au public et au Congrès, ont été prises au sérieux par les médias américains.

Un jour seulement après les révélations de WikiLeaks, la machine médiatique mensongère tentait déjà de les présenter comme une conspiration russe contre les États-Unis et accusait WikiLeaks d’agir en tant qu’agent de puissances étrangères. «La Russie pourrait-elle avoir piraté la CIA?» demandait aux nouvelles du soir NBC mercredi, pendant qu’un autre segment était intitulé «Pourrait-il y avoir une taupe [russe] à la CIA?»

Les types d’espionnage et mécanismes de sabotage révélés dans les documents constituent un instrument clé pour la politique étrangère américaine, qui fonctionne à l’encontre des droits démocratiques de tous les peuples de la planète dans l’intérêt de l’impérialisme américain. Toutes les méthodes, qu’il s’agisse d’espionnage, de piratage, de chantage, de meurtre, de torture, ou alors, lorsque nécessaire, de bombardements et d’invasions, sont permises.

Andre Damon

Article paru en anglais, WSWS, le 9 mars 2017

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Voter, pour quoi faire ?

mars 11th, 2017 by Bruno Guigue

Voter le 23 avril, pour quoi faire ? Si les élections servaient vraiment à quelque chose, disait Coluche, il y a longtemps qu’on les aurait interdites. Avant d’aborder les enjeux du futur scrutin, il faut sans doute en passer par cette cure de réalisme. Car, on le sait d’expérience, il n’y a pas grand-chose à espérer des élections, elles ont rarement changé le cours des événements, et elles se résument souvent à un rituel où le peuple s’imagine qu’il a le choix. Cette illusion de la démocratie formelle est entretenue par ceux qui en tirent bénéfice, le simulacre électoral ayant pour principal effet de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

A la limite, le processus électoral pourrait passer pour un acte de souveraineté si les dés du jeu politique n’étaient pas pipés. Il exprimerait la volonté du peuple si cette volonté pouvait se formuler, librement, au terme d’une délibération collective digne de ce nom. On peut toujours rêver qu’il en soit ainsi, mais ce n’est pas le cas. Les médias de masse sont les larbins du capital, le débat démocratique s’apparente aux jeux du cirque et la confrontation des idées est dénaturée par les intrigues politiciennes. Dans ces conditions, la question se pose : faut-il céder, une fois de plus, le 23 avril, au fétichisme du bulletin de vote ?

On dira aussi, à juste titre, que c’est le mouvement populaire, et non le scrutin électoral, qui a arraché les principales avancées collectives qui ont fait de la France un pays doté d’un indice de développement humain élevé. C’est vrai. Sans les grèves massives et les occupations d’usines de 1936 et 1968, la condition des couches populaires serait pire. Sans la démonstration de force de la classe ouvrière organisée, dans ce grand moment fondateur que fut la Libération, nous n’aurions ni sécurité sociale, ni services publics, ni droits des travailleurs.

Or sa puissante volonté de changement, dans ces circonstances historiques, le peuple l’a également manifestée dans les urnes. Avec un PCF à 28%, en 1945, le rapport de forces était favorable. Le patronat collabo rasait les murs, la droite était aux abois, Maurice Thorez était vice-président du conseil et l’ouvrier Ambroise Croizat, ministre communiste, créa la “Sécu”. Présidé par de Gaulle, ce fut le meilleur gouvernement que la France aie connu. Il accomplit les réformes de structure dont le pays avait besoin, ces mêmes réformes qui subissent les assauts des forces réactionnaires depuis un quart de siècle.

En accompagnant le mouvement des masses, il arrive donc que le vote lui donne une traduction politique. On peut toujours vanter les charmes du spontanéisme (il a sa noblesse), on peut dénoncer la mascarade électorale, mais s’abstenir au moment crucial revient à laisser l’adversaire dicter ses conditions. Voter ou ne pas voter, au fond, c’est surtout une affaire de circonstances, de conjoncture politique. La question n’est donc pas : faut-il s’abstenir aux élections ? Elle est plutôt : en s’abstenant le 23 avril, obtiendra-t-on un résultat plus intéressant qu’en allant voter ?

Comme disait Yvon Gattaz, père et prédécesseur de l’actuel président du MEDEF dans les années 70, on ne fait pas la même politique économique et sociale avec un PC à 10% et un PC à 25%. Si nous en doutons parfois, les détenteurs de capitaux, eux, le savent bien. Une élection n’est jamais qu’un moment d’un processus plus vaste, et même si l’essentiel se joue ailleurs, elle contribue à cristalliser un rapport de forces. En appliquant cette maxime patronale à la situation actuelle, on voit bien qu’un vote significatif en faveur de la « France insoumise » ferait peser la balance du bon côté. Car le programme de Jean-Luc Mélenchon, certes, n’a rien de révolutionnaire, sans mouvement social il est voué à l’échec, mais il ouvre des perspectives intéressantes.

A y regarder de près, c’est le seul programme qui entend consolider les défenses immunitaires de ceux qui vivent modestement de leur travail, qu’ils soient ouvriers, employés, artisans, paysans, fonctionnaires, chômeurs ou retraités. Ce n’est pas un programme communiste, loin de là, mais un projet keynésien de gauche, à contenu fortement redistributif, qui associe relance par la demande, investissement public et rétablissement des droits sociaux. Son financement au moyen d’une réforme fiscale audacieuse, à rebours des pratiques libérales, en fait un programme socialement progressiste.

Là où le bât blesse, c’est que ce projet n’est réalisable qu’en dehors de la zone euro, voire de l’UE, et que le candidat ne le dit pas clairement. Selon lui, le plan A consistera à renégocier le contenu des traités européens et on appliquera le plan B (sortie de l’UE) si cette négociation échoue. Or il faudrait parvenir à s’extraire du monde réel pour parier sur le succès d’une telle négociation. Elle supposerait en effet que 26 Etats, subitement, se mettent à satisfaire les demandes françaises. Cette fausse alternative est donc une erreur, car elle brouille le message du candidat et entretient le doute sur ses intentions.

Cette ambiguité est d’autant plus regrettable que Jean-Luc Mélenchon se réclame à juste titre d’un « indépendantisme français » et préconise la rupture de la France avec l’OTAN. Contrairement à MM. Fillon, Macron et Hamon, il prend au sérieux l’héritage gaullien, il milite pour une diplomatie souveraine et stigmatise le suivisme d’un François Hollande qui a mis la France à la remorque des intérêts américains. En refusant de prôner explicitement le Frexit, la « France insoumise », par conséquent, manque de cohérence politique.

Sur ce plan, c’est François Asselineau qui a raison. On ne peut restaurer la souveraineté nationale – condition expresse de la souveraineté populaire – qu’en rompant les amarres avec l’OTAN et avec l’UE. Il faut sortir de l’OTAN, cette machine de guerre dont la raison d’être est de servir les ambitions impérialistes de Washington. Mais il faut aussi rompre avec l’UE, car la fonction de cette instance supranationale est de soustraire la politique économique à la délibération démocratique. Ni plan A, ni plan B. La seule réponse, c’est le Frexit. Et le seul moyen d’y parvenir, c’est le référendum.

Marine Le Pen, dira-t-on, veut aussi restaurer la souveraineté nationale. Mais son programme renoue avec l’ADN droitier du FN dès qu’il s’agit d’expliquer ce qu’on entend faire, une fois au pouvoir, de cette souveraineté rétablie. Son programme n’inclut ni redistribution des revenus, ni nationalisation des banques, ni contrôle des mouvements de capitaux, ni rien qui fâche de près ou de loin les possédants. Le rétablissement du franc ne manque pas de panache, mais ce changement restera purement cosmétique s’il ne s’accompagne de réformes de structure. Mme Le Pen n’en a prévu aucune. Pas plus qu’il ne conteste les hiérarchies sociales, le FN n’entend faire plier les puissances d’argent.

Comme l’expérience l’a montré, le FN prétend défendre les travailleurs, mais il les abandonne en chemin lorsque l’oligarchie s’attaque à leurs droits. Lors des grèves contre la Loi-Travail, Mme Le Pen réclamait l’intervention de la police contre les grévistes. Si elle est élue, le discours à tonalité sociale de Florian Philippot ne résistera pas deux mois. Il est stupide de qualifier ce projet de fasciste. En fait, c’est un projet banalement réactionnaire. On ne peut mener une politique progressiste qu’en sortant de l’UE, c’est vrai. Mais ce n’est pas parce qu’on veut sortir de l’UE qu’on va mener une politique progressiste !

Son discours monomaniaque contre l’immigration, bien sûr, offre au FN une rente de situation électorale. Comme s’il suffisait de mettre fin aux flux migratoires pour créer des emplois, le FN répète cette formule magique comme un mantra. Caresser dans le sens du poil l’islamophobie ou la xénophobie ambiante, toutefois, ne fait pas une politique. On se demande si ses électeurs croient vraiment aux fabuleuses économies que permettrait de réaliser la suppression de la prétendue facture migratoire, tant la ficelle est grosse. Pour séduire l’électorat populaire, en tout cas, le parti a besoin d’entretenir cette mythologie vieille comme le monde.

Du coup, non seulement il oppose les Français entre eux, mais il les berne en leur faisant croire qu’il y a un trésor de guerre, quelque part, dont il suffirait de se saisir. La stratégie du bouc-émissaire, chez Le Pen, est à double emploi. Elle fournit un dérivatif aux hantises et aux frustrations des victimes de la mondialisation. Mais, en même temps, elle masque les incohérences d’un projet qui entend redistribuer aux ouvriers sans toucher aux intérêts des possédants. La mono-causalité immigrée réconcilie tout le monde ! Véritable martingale, elle permettra d’augmenter les salaires tout en baissant les charges, et de financer de nouvelles dépenses régaliennes sans augmenter les impôts sur les riches.

Cette quadrature du cercle lepéniste, au fond, est la figure inversée du cercle carré des eurobéats (Macron, Fillon, Hamon) qui veulent perpétuer à tout prix la tutelle des marchés sur les Etats. Mme Le Pen veut la souveraineté sans la redistribution tout en prétendant le contraire, ce qui est à la fois incohérent et réactionnaire. M. Fillon, lui, ne veut ni la souveraineté ni la redistribution, ce qui est à la fois cohérent et réactionnaire. M. Hamon veut la redistribution mais pas la souveraineté, ce qui est absurde. M. Macron veut tout et son contraire, et d’ailleurs il se moque des programmes. M. Mélenchon veut la redistribution, mais il devra imposer la souveraineté (plan B) pour y parvenir. Car une chose est sûre : les marchés ne lui offriront pas l’opportunité de temporiser.

Bruno Guigue

 

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Sondages, sondeurs et « post-vérité »

mars 11th, 2017 by Jean-Yves Jézéquel

Désormais on en a le cœur net : la mécanique des sondages favorisant infailliblement le camp de l’ordo libéralisme a été enfin déjouée. L’astuce a été dénichée par des Internautes attentifs : les veilleurs du Web ! Le petit jeu est terminé ; c’est la fin de la récréation fasciste d’un monde ayant confisqué à son seul profit tous les moyens de contrôle pour se livrer à la manipulation des peuples abusés dans tous les sens du terme ! Le petit jeu des sondages au service exclusif du triomphe d’un ultra libéralisme dominant le monde, pour un avenir éternel et radieux, est terminé!

Macron, Lepen, Fillon et Cie, c’est terminé! Le seul choix possible entre un candidat formaté à droite ou formaté à gauche pour les intérêts de la même et unique secte utilisant ses masques appropriés en fonction des conjonctures électorales, c’est terminé ! Coup de théâtre dans le monde de l’oligarchie aux abois. Quelque chose lui échappe et c’est de la faute des « réseaux sociaux » qui ont squeezé tout le système de filtrage si soigneusement mis en place depuis au moins l’origine de la République française s’étant consciencieusement abstenue de révolutionner la matrice théocratique, pontificaliste du droit.

C’est fondamentalement la matrice théocratique, pontificaliste du droit qui, en France, empêche radicalement un avènement souhaitable de la démocratie. La France, même depuis la Révolution de 1789, n’a jamais été démocratique : faute d’avoir réalisé cette réforme déterminante des principes fondateurs du droit. La Constitution ne touche pas à cette matrice et c’est là qu’est la faille de l’incohérence lorsqu’on tient par ailleurs le discours politique se référant constamment à la démocratie.

Le projet d’une sixième République à travers la convocation d’une Assemblée Constituante, proposée par Jean Luc Mélenchon dans cette campagne électorale 2017, est certainement ce qu’il y a de plus urgent, de plus nécessaire et de plus fondamental au milieu de tout ce qu’il faut réformer en faveur du peuple souverain dans la France de ce 21ème siècle déjà bien engagé.

A partir de cette Assemblée Constituante, il serait enfin possible d’imaginer une réforme réelle de cette matrice pontificaliste théocratique du droit afin que le citoyen de ce pays ne soit plus confronté d’office à un Etat qui, par le tour de passe-passe d’une laïcité inscrite dans la Constitution, est devenu le Pontife de la société laïque.

C’est également ce qui permettrait efficacement de mettre fin à la monarchie républicaine qui a tout bonnement remplacé la Monarchie de droit divin de « l’Ancien Régime ».

Si l’Etat est le Pontife de la société laïque, alors la Constitution présente de la France ne peut que réclamer une « croyance » de la part des citoyens et non pas une conscience libre et démocratique. Le respect, (actuellement fortement remis en cause), pour l’Etat et la soumission des citoyens à ses Institutions se fait, encore aujourd’hui, non pas à partir du désir démocratique, mais  implicitement, à partir d’une croyance en une « innocence » de l’Etat Pontife qui n’hésite d’ailleurs pas à s’attribuer le rôle divin de la Providence. Le désir des citoyens a été remplacé par l’adhésion en une croyance, celle de « l’innocence » du Pouvoir n’ayant pas son fondement dans la volonté démocratique mais dans un concept théocratique…

Revenons maintenant aux sondages.

Nous avons constaté que la supercherie des sondages en général a été mise en lumière à partir d’un sondage en particulier qui avait été publié dans le Figaro du 8 mars 2017 et qui a attiré l’attention de certains Internautes ayant relevé une manipulation évidente par les détails de l’URL.

Ce sondage posait la question : « Etes-vous favorable à la sortie de l’euro ? »

Une majorité de personnes, c’est-à-dire plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient voté en faveur d’une sortie de l’euro. Mais curieusement, avant la publication du sondage concerné, la question avait été tout bonnement modifiée, bien entendu, sans recommencer le sondage, mais en conservant les dizaines de milliers de réponses qui avaient été données à la toute première question!

Cette fois-ci l’énoncé de l’enquête était mystérieusement devenue : « Craignez-vous les conséquences d’une sortie de l’euro ? » En ces termes, le sens du vote était complétement retourné et voulait dire en réalité exactement l’inverse de ce que les réponses à la première question avaient confirmé.

Il va de soi que les auteurs pariaient sur le fait que personne n’irait fourrer son nez dans le détail de l’URL ! Or, celui-ci contient toujours les mots de la première question posée, tout simplement parce que lorsqu’une page est créée sur Internet, le CMS propose automatiquement un nom qui va refléter le titre de la page nécessaire à garantir une sécurité sur la validité de la page…

Cet URL inchangé était bien :

http://www.lefigaro.fr/actualites/2017/03/08/01001-20170308QCMWWW00200-etes-vous-favorable-a-la-sortie-de-l-euro.php

Pourquoi les auteurs de cette manipulation du sondage n’ont-ils pas pris la précaution de changer également l’URL ?

Parce que, dans ce cas, pour l’ensemble des réseaux sociaux et des gens qui ont voté sur ces réseaux, il aurait été question d’un nouveau sondage, autre, tout à fait différent du premier. La référence au premier sondage aurait également été conservée par les Internautes qui ont répondu au sondage. Les différents moteurs de recherche auraient automatiquement procédé de même. Il était donc indispensable pour le Figaro au service de la cause ultra libérale, de conserver la même URL en espérant que personne ne remarquerait la manipulation!

La conclusion qui s’impose, c’est que les médias entre les mains de nos 10 milliardaires néo-conservateurs et ultra libéraux, ont la possibilité d’altérer après coup des données déterminantes concernant des sondages et l’opinion publique. Ces médias, bien entendu, ne prennent jamais le risque de signer numériquement les contenus publiés. C’est pourquoi il est impossible de les attaquer en justice, parce que les contenus publiés sont « répudiables », n’étant pas signés numériquement.

Seule, la vigilance des Internautes peut faire obstacle et anéantir efficacement cette manipulation exécrable pratiquée par des médias sans scrupules… Les réactions et témoignages écrits sur les pages elles-mêmes constituent le seul moyen de contrer le mensonge en rétablissant la vérité.

L’autre conclusion qu’il est possible de tirer de cette observation, c’est que la vérité objective des faits en soi n’est nullement le souci des grands médias de masse. Désormais il faut parler de la « post-vérité », comme d’un concept absolument légitime et  moralement défendable par les médias au service d’une idéologie totalitaire.

Selon Wikipédia, l’ère post-factuelle représente « une culture au sein de laquelle les leaders orientent les débats vers l’émotion en usant abondamment d’éléments de langage et en ignorant ou en faisant mine d’ignorer les faits et la nécessité d’y soumettre leur argumentation, cela à des fins électorales ».

Le concept est né en 2004, pour les besoins de la « cause », mais une panique s’est emparée des médias « officiels » à l’occasion de l’élection du Hongrois Viktor Orban, du référendum qui a provoqué le Brexit et de l’élection Trump aux USA. Il fallait d’urgence passer à la « post-vérité » pour continuer à contrôler la situation…

Internet avec les réseaux sociaux étaient évidemment mis en accusation et des « Hackers du Kremlin » devenaient les « manipulateurs » en chefs de la situation mondiale virant au cauchemar pour la pensée néo-conservatrice! C’est un comble, mais on n’en est plus à une désinvolture près !

Ainsi, chacun peut comprendre à quel point l’avis du peuple, ou les opinions « populaires » sont partout niées le plus possible ; pourquoi « les décisions sur la construction de l’Union Européenne doivent être prises sans l’avis des peuples » ; pourquoi la démocratie est un cauchemar pour les puissances du monde financier qui veulent régner sans risque et sans partage sur les peuples mis au seul service de leurs profits exorbitants !

Chacun pourra également comprendre comment un Emmanuel Macron, le messie adulé par l’ensemble des médias néoconservateurs, peut miraculeusement se retrouver quasi en tête de tous les sondages de la présidentielle 2017 avec Marine Lepen, cette dernière étant placée volontairement en haut de la liste pour bien signifier à tous le danger contre lequel seul Monsieur Macron peut de facto triompher…

Les sondages disent très ouvertement et depuis le début, qu’il faudra donc se replier massivement sur Macron, comme on s’était replié massivement sur Chirac, pour empêcher Lepen d’accéder à l’Elysée.

Les mêmes sondages s’appliquent à mettre inlassablement Mélenchon, en cinquième position, alors que nous savons par ailleurs le succès colossal de sa campagne et la mobilisation citoyenne massive qu’elle a suscitée. De toute évidence, les chiffres sont fantaisistes, manipulés, truqués, pipés et les Instituts de sondage sont réduits à nous demander de leur faire confiance. C’est dire que nous sommes tous placés dans le monde de la « croyance ». Nous devons « croire » en ce que nous disent les sondages, les sondeurs et cette caste des prédateurs de l’ordo libéralisme qui tient tellement à rester le maître dominateur incontestable et incontesté de ce Nouvel Ordre Mondial.

Un sage disait : « qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ; des yeux pour voir, qu’il voie ; une intelligence pour comprendre, qu’il comprenne ! »

A chacun de tirer les conclusions qui s’imposent à la raison et à la conscience…

Jean-Yves Jézéquel

 

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Si Monsanto a décidé de quitter le Burkina Faso, les sociétés cotonnières maintiennent leur main-mise sur les semences de coton. Des milliers de producteurs de coton burkinabè entrent aujourd’hui en résistance pour reconquérir leur autonomie. Troisième et dernier volet de notre enquête.

Épisode 3, suite de notre série sur la filière du coton OGM au Burkina Faso (voir l’épisode précédent : De la Françafrique à la corruption : les dessous de la filière coton au Burkina Faso).

Les paysans burkinabè ne parlent pas tous négativement de Monsanto et du coton transgénique, mais tous regrettent le monopole des sociétés cotonnières et de l’Union des producteurs sur le business des semences. Les premiers résultats de la thèse du burkinabè Edouard Sanou concernant l’impact socio-économique du coton OGM sur la population agricole, confirme nos impressions [1] : la quasi-totalité des paysans disent n’avoir jamais été consultés ni informés sur l’introduction des OGM tout en déclarant avoir des expériences positives avec ces variétés. Le coton transgénique requiert moins de traitements de pesticides – deux aspersions sur les six nécessaires en conventionnel – et son rendement n’est pas inférieur au coton conventionnel (à lire également, le reportage de Basta ! en 2013 au Burkina Faso).

Pourtant, si rien ne change, les paysans devront continuer à travailler jour après jour sous un soleil de plomb, sans aucune emprise sur la semence. Même une fois Monsanto parti. Avec le maïs, le coton est en effet la seule culture de rente au Burkina Faso : elle permet aux paysans d’épargner pour payer l’école et les soins de santé. Un « luxe » auquel n’ont pas accès ceux qui pratiquent la seule agriculture dite « de subsistance ». « Avec l’argent du coton, je peux envoyer les seize enfants à ma charge à l’école », illustre Bazabo Bognana.

Les paysans obligés de racheter leurs propres graines

Face à des paysans « condamnés » à produire du coton, les entreprises cotonnières se sont appropriées tout un système de multiplication des semences. Traditionnellement, les paysans au Burkina Faso produisent et améliorent eux-mêmes leurs graines pour des cultures comme le maïs, les haricots, le sésame et le sorgho. Mais pour le coton c’est impossible. Les semences ne sont pourtant pas « terminator », c’est à dire impossibles à resemer. Mais les entreprises cotonnières abusent de l’impossibilité à séparer manuellement les graines de la fibre – toutes contenues dans la capsule de la plante – pour le faire elles-mêmes dans leurs usines d’égrenage. Elles commercialisent ensuite le coton sur le marché, et expédient une partie des graines vers des usines d’huile. Le reste est revendu aux agriculteurs comme semences.

« Ils reçoivent les meilleures semences issues de leur production, assure Georges Yameogo de la société burkinabè des fibres textiles (Sofitex). Le processus de la multiplication des semences est sûr et correct, garanti par l’Institut national d’expérimentation et de recherche agricole (INERA). » Mais la séparation industrielle de la fibre et de la graine donne lieu à beaucoup de corruption et d’abus. Certains paysans travaillant dans les usines de la Sofitex concluent un accord avec les chefs de l’usine et reçoivent gratuitement, à la fin de leur période de travail, des semences de bonne qualité.

De plus, contrairement à ce que dit Georges Yameogo, le cycle de reproduction de la semence ne recommence pas chaque année. « Si je reçois des semences de 1ère ou 2ème génération, j’ai de la chance : il y aura beaucoup de graines dans mon coton et le poids par hectare sera bon, détaille Mohamed Traore. Mais souvent je reçois des semences de 3ème, 4ème voire même 5ème génération. Ces semences produisent toujours de la fibre, mais presque plus de graines. Vu que la Sofitex paie mon coton au poids, je suis perdant puisque j’ai travaillé et investi autant que si j’avais eu des bonnes semences. »

Pour Mohamed Traore le coton est devenu le symbole de la lutte paysanne. Avec ses collègues et compagnons, il sensibilise les paysans aux abus de l’union des cotonculteurs et des sociétés cotonnières. © Wouter Elsen

Un paysan de Dédougou, qui souhaite rester anonyme, ajoute : « J’achète un sac de semences OGM à la Sofitex. Une fois les cultures prêtes, l’entreprise vient chercher mon coton et récupère jusqu’à 15 fois le nombre de graines que j’ai semées ! Il est faux de dire que la plupart des semences partent à l’huilerie après la deuxième multiplication. Je connais des gens à l’usine. Ils m’ont dit que les graines sont simplement revendues. » Les paysans se retrouvent obligés de racheter leurs propres semences à des prix excessifs !

La multiplication des semences est un business florissant pour les sociétés cotonnières. En principe, 28 % des recettes des semences OGM vont à Monsanto mais il n’y a pas beaucoup de contrôle. « C’est une question de confiance, souligne Georges Yameogo de Sofitex. On envoie des rapports à Monsanto. Ils peuvent venir faire des prélèvements dans les champs. » Ce que confirme l’ancien employé de Monsanto : « C’est une simple déclaration de leur part. La Sofitex fait ce qu’elle veut, il n’y a aucun contrôle. Des montants énormes partent dans les poches des responsables. »

« La réponse ne se trouve pas chez les bio-ingénieurs mais chez les paysans »

Pour que les paysans se réapproprient cette étape cruciale de la culture du coton, s’attaquer aux seules multinationales ou aux OGM ne suffit pas. Le débat sur les semences transgéniques ne relève pas tant d’une discussion technique ou scientifique que politique. « Pour l’instant, il y a peu de consensus entre agronomes sur la définition des « bonnes semences » , constate Lodewijk van Dycke, doctorant au centre des communications, nouvelles technologies et propriété intellectuelle à Leuven en Belgique. Les bonnes semences dépendent de beaucoup de facteurs : le sol, le climat, l’accès à d’autres technologies, la culture locale, l’enseignement, l’information. »

« Cela dépend également de quel objectif on souhaite atteindre avec ces semences. Voulons-nous produire davantage ? Voulons-nous plutôt des récoltes sûres ? Voulons-nous des cultures qui nourrissent davantage ? Voilà des questions politiques porteuses de valeurs. La réponse à ces questions ne se trouve pas chez les bio-ingénieurs. Elle ne se trouve pas non plus chez Monsanto ou d’autres entreprises parce qu’ils ne recherchent que leur propre intérêt commercial. La réponse se trouve chez les paysans. Nous devons aspirer vers une démocratie plus participative qui accorde de plein droit la parole aux paysans. Ce n’est que par la suite que l’on peut juger le rôle positif ou négatif de Monsanto et de Sofitex, des OGM et d’autres formes de biotechnologie. »

Seul un dialogue démocratique accru avec les paysans permettra de découvrir quelles semences conviennent dans quelles circonstances. Afin de susciter ce dialogue, ce ne sont pas seulement les entreprises et les politiques, mais aussi les chercheurs et ONG qui doivent être associés au débat sur les biotechnologies agricoles. Il est indispensable d’investir dans la formation des paysans, et de pouvoir renforcer leur prises de participations dans les entreprises qui gèrent les semences. L’expérience négative avec les OGM au Burkina Faso a également fait réfléchir l’ancien employé de Monsanto, qui s’oppose à la ligne officielle de l’entreprise : « Ce n’est pas la biotechnologie qui va résoudre la faim dans le monde, c’est le fait de mettre cette technologie à la disposition des agriculteurs, le fait d’avoir un système agricole qui puisse absorber cette technologie. »

Le début d’une lutte paysanne pour se réapproprier leur filière

Les cultivateurs de coton, en réflexion depuis plusieurs mois, sont désormais prêts à se lancer dans la lutte. Soutenus par des structures telles que l’organisation pour la démocratie et la jeunesse (ODJ) ou la coalition contre la vie chère (CCVC), ils arpentent le pays à la rencontre des paysans : « On se réunit tôt le matin, chacun cotise pour le carburant des motos et on visite cinq à six villages par jour, témoigne Mohamed Traore. On parle et on écoute les paysans. »

Les carnets de revendication adressés à l’Union des producteurs et à la Sofitex les aident à élargir la mobilisation : ils exigent que le prix du coton couvre au moins leurs investissements. Ils réclament également des audits des entreprises cotonnières et de l’Union, et veulent l’implication des paysans dans le cycle du coton depuis la semence jusqu’au produit commercial. La combativité de Mohamed et de ses compagnons est contagieuse. Le groupe grandit rapidement et l’indignation est forte. Ce qui est important est que leur vision dépasse leur propre champ de coton. « La meilleure solution, dit Mohamed Traore, c’est de produire notre coton ici, d’égrainer ici et de tisser notre coton ici. Le combat a commencé partout. »

Mien De Graeve, Wouter Elsen, Abdul Razac Napon

Traduction du néerlandais : Jos Mestdagh


Photo de Une : Afin de préserver la qualité et la couleur du coton, celui-ci doit être bien sec. Les femmes qui font la récolte secouent régulièrement le coton afin qu’il puisse bien sécher. © Wouter Elsen

- Premier épisode : Comment le coton OGM de Monsanto s’est transformé en fléau pour les paysans du Burkina Faso

- Deuxième épisode : De la Françafrique à la corruption : les dessous de la filière coton au Burkina Faso

Cette enquête a pu être réalisée grâce au soutien de Journalismfund(Flanders Connecting Continents). Les auteurs remercient chaleureusement les deux jeunes chercheurs, Edouard Idrissa Sanou et Lodewijk van Dycke, pour leurs points de vue précieux et innovants ainsi que pour leurs conseils scientifiques. L’article a été publié initialement en néerlandais sur le site www.mo.be.

 

[1] Thèse réalisée à l’International Plant Biotechnology Outreach/Université de Gand, Belgique.

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Garant de la conformité des lois avec la Constitution, le Conseil constitutionnel est censé rendre des décisions souveraines, imperméables aux tentatives d’influence extérieures comme aux intérêts particuliers. Qu’en est-il dans les faits ? La censure par les Sages, ces dernières années, de nombreuses mesures législatives a priori bénéfiques à l’intérêt général, en matière fiscale ou de transparence des activités des multinationales, commence à attirer l’attention. La proximité de cette instance avec de grands lobbies économiques et l’opacité de son mode de fonctionnement, suscitent la critique. Au point qu’une réforme de ce pilier du système démocratique semble aussi urgente que nécessaire.

Le 21 février, la loi sur le devoir de vigilance des multinationales [1] est définitivement adoptée par les députés français. Elle vise à combler ce qui était jusque-là une lacune béante du droit face à la mondialisation : l’impossibilité de poursuivre une multinationale pour des atteintes graves aux droits humains ou à l’environnement occasionnées par leurs filiales ou leur chaîne de sous-traitance. Cette nouvelle législation suscite déjà un grand intérêt au-delà de nos frontières, et les parlementaires et associations qui l’ont portée en France se préparent à mener la bataille au niveau européen. Proposée dès 2012, elle n’a été définitivement adoptée que quatre ans plus tard, en troisième lecture, l’avant-dernier jour de la législature, au terme d’une laborieuse procédure, et malgré un contre-lobbying acharné des milieux patronaux.

« L’Afep à tous les tournants »

Pour autant, la cause est-elle vraiment entendue ? Un dernier obstacle au moins se profile : le Conseil constitutionnel. Celui-ci a immédiatement été saisi, à la fois par les députés et par les sénateurs de droite, avec une argumentation très similaire. Lors du dernier passage de la proposition de loi devant le Sénat, ces derniers avaient déjà voté une motion d’irrecevabilité au motif que le texte serait contraire à la Constitution : trop large et trop imprécis, trop punitif, trop stigmatisant, ou encore abusant du concept de responsabilité juridique [2]. Un argumentaire qui a été directement élaboré, dès 2013, par le lobby chargé de coordonner l’opposition patronale à la proposition de loi : l’Association française des entreprises privées (Afep), qui regroupe les plus grands groupes français.

« Nous avons trouvé l’Afep à tous les tournants, témoigne un représentant d’ONG. Ils ont mobilisé une armée de juristes pour démonter notre proposition de loi auprès de Bercy. » Ils ont convaincu Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, de refuser une première version de la loi, au motif qu’elle était « aux antipodes des grands principes juridiques qui gouvernent notre pays, y compris constitutionnels » [3]. Puis ils se sont attaqués à la seconde version de la loi, celle qui a été finalement adoptée, toujours sous le même angle. Cette même ligne d’attaque est aujourd’hui portée directement devant le Conseil constitutionnel, présidé depuis février 2016 par Laurent Fabius, qui a succédé à Jean-Louis Debré.

Précédents inquiétants

Les députés et militants associatifs qui ont porté la loi contre vents et marées ne cachent pas leur nervosité. Et on peut les comprendre, à considérer plusieurs décisions récentes du Conseil constitutionnel. Dans les dernières semaines de l’année 2016, les neuf « Sages » – d’éminents juristes mais aussi d’anciens politiques comme Lionel Jospin, Michel Charasse et Valéry Giscard d’Estaing [4] – ont censuré deux dispositions adoptées par les députés pour lutter contre l’évasion fiscale des multinationales. Tout d’abord, l’amendement dit « Google », présenté par le socialiste Yann Galut, qui visait à permettre au fisc de taxer les géants du net pour les profits réalisés en France mais redirigés vers des filiales situées en Irlande ou au Luxembourg. Le Conseil a jugé qu’il portait atteinte au principe d’égalité devant la loi.

Autre mesure censurée : le reporting public pays par pays, qui aurait contraint les multinationales françaises à publier des informations complètes sur leurs filiales, y compris leurs effectifs, leur chiffre d’affaires, leurs bénéfices et les impôts acquittés. La disposition aurait permis de faire toute la lumière sur d’éventuelles manœuvres d’évitement fiscal. Déjà en vigueur pour les banques, elle est actuellement envisagée au niveau européen. Le Conseil constitutionnel a jugé qu’elle était contraire à la « liberté d’entreprendre », au motif qu’elle forçait les firmes françaises à dévoiler des informations stratégiques dont pourraient profiter leurs concurrentes. Un argument que l’on trouvait déjà sous la plume de l’Afep, qui avait déjà mené la fronde des intérêts patronaux.

Au nom de la « liberté d’entreprendre »

C’est en fait l’ensemble du quinquennat qui a été marqué par des censures constitutionnelles ciblant des mesures emblématiques initiées par François Hollande ou par les parlementaires de la majorité. Et tout particulièrement en matière fiscale. Par exemple, la proposition de taxer les très hauts revenus à 75% sur la dernière tranche, retoquée dès décembre 2012. Ou encore la loi Florange de 2014, censée mettre fin aux « licenciements boursiers » en imposant des pénalités aux entreprises qui fermeraient des sites rentables. Le Conseil a censuré cette disposition en l’estimant ici encore contraire « à la liberté d’entreprendre et au droit de propriété », parce que cela aurait privé « l’entreprise de sa capacité d’anticiper des difficultés et de procéder à des arbitrages économiques ».

Le Conseil constitutionnel aurait-il tendance à se poser en gardien des intérêts des entreprises, notamment contre les tentatives de régulation visant à répondre à la nouvelle réalité caractérisée par la financiarisation et la mondialisation des économies ? Une grande partie du droit qui régit aujourd’hui le monde des affaires et ses relations avec le politique date de plusieurs décennies, parfois de plus d’un siècle. Il a donc été conçu pour des conditions économiques et sociales radicalement différentes. Les grands groupes savent en jouer à merveille. Refuser l’évolution nécessaire du droit au nom d’une interprétation extrêmement conservatrice de grands principes constitutionnels revient à leur laisser le champ libre.

Un haut lieu de lobbying

Loin de son image – et de son statut théorique – de juge imperméable aux pressions extérieures, le Conseil constitutionnel est en fait un haut lieu du lobbying. Selon une enquête de Mathilde Mathieu pour Mediapart, celui-ci a pris de plus en plus d’importance. Il se traduit notamment par la pratique des « portes étroites », des contributions informelles envoyées au Conseil pour tenter d’influencer sa décision, qui restent secrètes et ne sont communiquées ni aux parlementaires, ni même au gouvernement. Ces contributions sont commandées à d’éminents professeurs de droit constitutionnel ou à des cabinets d’avocats spécialisés, moyennant rémunération de plusieurs dizaines de milliers d’euros [5], pour défendre le point de vue des entreprises ou d’autres lobbys auprès du Conseil. Selon nos informations, dès le lendemain de la saisine du Conseil sur le devoir de vigilance, le Medef a déjà déposé une porte étroite sur le sujet.

Selon des chiffres fournis par Jean-Louis Debré lui-même lorsqu’il était encore président du Conseil, un total de 47 portes étroites auraient été déposées au cours de l’année 2014. Puis en 2015, on en dénombre 21 sur la seule loi sur le renseignement, et 24 sur la loi Macron. L’Afep est une grande habituée de cette pratique. D’après les maigres informations disponibles, elle y a déjà recouru au début des années 2000 pour faire censurer un projet d’écotaxe, grâce à la plume de Guy Carcassonne, un prestigieux constitutionnaliste rocardien. En 2013, elle lui a à nouveau commandé une « porte étroite » visant à dénoncer le caractère « confiscatoire » de la fiscalité pesant sur les entreprises [6].

En toute opacité

Au-delà de ces notes discrètes, les rencontres informelles entre certains membres du Conseil constitutionnel et des représentants des entreprises semblent également devenues monnaie courante. Dans un livre publié suite à son départ de la rue de Montpensier [7], Jean-Louis Debré évoque ouvertement des rendez-vous réguliers avec le patron du Medef ou des groupes de grands patrons, où sont notamment évoquées les questions de fiscalité. « Nous attendons beaucoup du Conseil, aurait déclaré Pierre Gattaz à l’une de ces occasions. Nous n’avons pas été déçus par vos décisions précédentes. »

Le lobbying auprès du Conseil constitutionnel est moins médiatisé que celui exercé sur les parlementaires, mais il s’avère tout aussi redoutable. Le rapport de forces y est même beaucoup plus inégal qu’à l’Assemblée ou au Sénat : associations ou simples citoyens n’ont tout simplement pas les moyens de se payer l’expertise de constitutionnalistes, et ne bénéficient pas des mêmes voies d’accès privilégiées. Le processus est en outre très peu encadré, d’une opacité quasi-totale [8]. Société civile et parlementaires en sont exclus. Ni les délibérations ni les portes étroites ne sont rendues publiques. Enfin, la pratique des portes étroites est contraire à tous les principes d’un débat contradictoire, puisque le gouvernement n’en a pas connaissance et ne peut donc y répondre.

Le rôle croissant des saisines du Conseil constitutionnel permet aussi toutes les hypocrisies. Le député socialiste Dominique Potier, l’un des fers de lance de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales, a vu quelques jours auparavant une autre de ses propositions de loi, sur l’accaparement des terres, référée au Conseil constitutionnel par soixante parlementaires de l’opposition. Le texte a pourtant été adopté à l’unanimité en séance. Plus dérangeant encore : parlementaires et société civile étant tenus à l’écart du processus, il revient aux seuls représentants de l’exécutif de défendre les lois devant les Sages. Mais certains services ministériels, particulièrement du côté de Bercy, ne sont pas toujours très enthousiastes à défendre des législations initiées par les politiques. De quoi couler une loi, en toute discrétion.

Une nécessaire réformes des procédures

En février 2016, Laurent Fabius remplace Jean-Louis Debré à la présidence du Conseil. Depuis cette date, et pour la première fois depuis longtemps, cinq juges sur neuf ont été choisis par la gauche [9]. Cela ne semble pas avoir changé le rapport de force. Certaines voix s’élèvent cependant pour demander davantage de transparence sur les portes étroites, voire une mise à plat complète de la procédure et des moyens mis à disposition du Conseil, pour évoluer vers un modèle proche de la procédure publique et contradictoire de la Cour suprême américaine. D’autres voudraient un contrôle plus strict des éventuels conflits d’intérêts des membres de la juridiction. En vain.

Récemment, le Conseil constitutionnel a une nouvelle fois montré son conservatisme en matière d’encadrement du lobbying et des conflits d’intérêts. Plusieurs dispositions de la loi Sapin 2 sur la transparence et la lutte contre la corruption n ont ainsi fait les frais : les Sages ont estimé que les hauts fonctionnaires souhaitant passer dans le secteur privé ne devaient pas être obligés de solliciter l’avis de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ; ils se sont également opposé aux sanctions contre les lobbyistes qui ne respecteraient pas les obligations liées aux registres imposant un minimum de transparence de leurs activités à l’Assemblée ou au Sénat ; et ont censuré la disposition prévoyant une aide financière aux lanceurs d’alerte.

Pour les ONG, deux poids deux mesures ?

Certes, les associations et la société civile ont elles aussi la possibilité de faire passer aux membres du Conseil leurs propres « portes étroites » – ce qu’elles font généralement de manière publique. Les associations de défense des migrants l’ont fait pendant la présidence Sarkozy. La Quadrature du Net, French Data Network et la Fédération des fournisseurs d’accès à Internet associatifs y ont procédé pour la loi Renseignement. Plus récemment, plusieurs dizaines de parlementaires ont saisi le Conseil, encouragés par collectif d’associations, pour qu’il se penche sur la constitutionnalité du Ceta, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Canada. Ils accusent celui-ci de porter atteinte aux « conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale », notamment en raison des mécanismes d’arbitrage international investisseurs-États qu’il inclut.

Pour cette saisine inédite, ils ont sollicité trois professeurs de droit constitutionnel. Les associations qui défendent la loi sur le devoir de vigilance réfléchissent à une démarche similaire. Mais rien, dans la procédure actuelle, ne leur garantit que ces contributions seront effectivement lues et prises en compte, et qu’elles ne partiront pas directement à la poubelle. C’est bien pour cela que la signature d’un éminent constitutionnaliste, plus à même d’attirer l’attention des Sages, est si utile, et qu’elle se monnaie si cher.

La justice sociale et fiscale plutôt que les privilèges des multinationales

Principe de légalité, de proportionnalité et de nécessité des peines, principe de clarté de la loi, principe de responsabilité… Les opposants au devoir de vigilance des multinationales ont multiplié les arguments juridiques pour convaincre les parlementaires, et désormais les Sages, de l’inconstitutionnalité de la loi. Mais l’expérience passée montre que c’est sans doute aux arguments économiques que le Conseil constitutionnel est le plus sensible. S’il a censuré le reporting pays par pays et la loi Florange, c’est au nom du droit de propriété, de la liberté d’entreprendre et du secret des affaires.

Officiellement, le rôle du Conseil constitutionnel est de prévenir les atteintes excessives à ces grands principes économiques par le législateur. Mais les Sages disposent d’une grande latitude pour décider du bon équilibre entre intérêts économiques et intérêt général. Ils décident seuls, sans rendre de comptes à personne. Ces dernières années, ils semblent avoir souvent fait primer la défense de l’ordre économique établi, et donc des privilèges des multinationales, sur les objectifs de justice sociale et fiscale. Pourtant, la possibilité de réduire à néant, en quelques semaines, des années d’effort pour faire adopter une loi finit par vider le travail parlementaire de son sens et, en dernière instance, va à l’encontre des principes démocratiques les plus élémentaires.

En ciblant efficacement le Conseil constitutionnel, les lobbys patronaux auraient ainsi réussi à initier en France, à l’abri des regards, la même tendance à la « constitutionnalisation » de l’ordre économique néolibéral que l’on observe dans d’autres pays, comme l’Allemagne, sans même avoir à modifier le texte de la Constitution. Ceux qui cherchent à défendre une vision alternative devraient commencer à y prêter attention.

Olivier Petitjean


Photo : bureau du Président du Conseil constitutionnel

 

[1] Précisément, « Loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre ».

[2] Voir parmi les exemples récents ces tribunes de juristes dans Le Monde et dans Les Échos.

[3] Formulation d’une lettre de Pierre Pringuet, président de l’Afep, à Emmanuel Macron, publiée par Contexte.

[4] Ce dernier siège de droit en tant qu’ancien Président de la République, ce qui porte le nombre de membres du Conseil constitutionnel à dix. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont tous deux renoncé à leur siège.

[5] Entre 20 000 et 100 000, selon l’enquête citée de Mediapart.

[6] Guy Carcassonne est décédé le 27 mai 2013.

[7Ce que je ne pouvais pas dire, Robert Laffont, 2016.

[8] Le contraste est frappant avec la procédure qui gouverne l’examen des Questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), introduite en 2008, qui est beaucoup plus transparente et contradictoire.

[9] Nommés pour neuf ans, les membres du Conseil sont désignés de la manière suivante : trois, dont le président, par l’Élysée, trois par le président de l’Assemblée nationale, et trois par celui du Sénat.

 

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« Maior tristeza da nossa vida, fomos arrumar um lugar que nunca em nossa vida iríamos imaginar para uma filha ou um filho… [o cemitério]. Aqui [imagens dos túmulos], duas meninas amigas, Jennefer e Mariana… Ridículo! A ganância cometeu este crime, o maior massacre do Rio Grande do Sul apagou nossos sonhos aqui na terra, mas nos resta a fé pois sabemos que neste local só está a vestimenta linda, o corpo que um dia pertenceu a anjos lindos e lindas que foram nossos filhos e filhas »

Adherbal Alves Ferreira, 48, comerciante, pai de Jennefer Mendes Ferreira, 22, uma das 242 vítimas fatais da Kiss, em postagem no Facebook há quase 1 ano da tragédia (24.1.2014)

« Nem em guerra se vê tantos corpos como eu vi naquele dia… », comenta Ione Lemos para esta reportagem, hoje superintendente de Assistência Social da Prefeitura de Santa Maria, e à época da tragédia (27 de janeiro 2013) secretária da mesma pasta. Ione começou a trabalhar, incansavelmente, às 4h da manhã daquele dia, só retornando à sua casa quatro dias depois. Apenas no dia da tragédia, morreram 233 pessoas de um total de 242.

Para o delegado santamariense Marcelo Arigony, que investiga o incêndio na boate Kiss, « logo após a tragédia, todos foram heróis, a Prefeitura, os cidadãos, os profissionais da saúde », em entrevista à TV COM (da rede RBS, afiliada à RedTie Globo na região sul do país).

Todos, menos o Corpo de Bombeiros de Santa Maria. Justamente uma das poucas instituições que ainda possuíam credibilidade no Brasil revelaram-se uma grande vergonha nacional, ao menos os Bombeiros de Santa Maria, para potencializar a dor e o inconformismo por uma tragédia que poderia ter sido facilmente evitada.

Os porquês da exclusão dos Bombeiros da lista de heróis pós-tragédia e, se ainda não bastasse, grande causadores dela, veremos a seguir entre todos os detalhes daquela fatídica noite e seus dias subsequentes, não menos calamitosos especialmente quando entra em cena o Poder Público brasileiro.


Por Memória, Verdade e Justiça

Tragédias como a da boate Kiss devem se repetir no Brasil conforme sempre ressaltam os familiares das vítimas. Fatalmente, repetir-se-ão no país do imponderável.

No país das catástrofes onde uma passa por cima da outra e logo nos esquecemos de todas, tenta-se, a fim de evitar a dura autoanálise que implicaria atos de transformação da realidade, culpar ao acaso, aos fenômenos da natureza, aos espíritos do além – à vontade soberana de Deus, dependendo da crença de cada um -, ou até mesmo às próprias vítimas.

Como consequência natural, a pós-tragédia é sempre tão catastrófico quanto a pré-tragédia. Pois neste caso de Santa Maria, a semana pós-tragédia também seguiu à risca essa desgraçada lógica à brasileira do descaso e do excesso da mais descarada corrupção, envolvendo sobretudo saúde pública e justiça.

Daí a urgência em se resgatar nossa memória, construir nossa realidade com base na verdade e cobrar justiça do Poder Público. Está mais que provado que sem pressão popular, nada funciona neste país e mesmo isso, muitas vezes, é insuficiente. Tudo isso em contraposição à mídia brasileira que, como era de se esperar e alegado por este autor desde a fatídica data de 27 de janeiro de 2013 logo ocorreria, esqueceu-se do segundo maior incêndio da história do Brasil – o pior dos últimos 50 anos. E tal observação vale tanto para a mídia tradicional, conservadora, quanto à alternativa. A primeira, velha praticante de sensacionalismo e da venda desavergonhada do produto desgraça, sem a menor piedade.

A cobertura midiática limitou-se aos primeiros dias pós-tragédia. Tudo isso era absolutamente previsível, conforme este autor, nas primeiras horas após o incêndio, havia adiantado que ocorreria nas publicações no Brasil.

Isso tudo porque a tragédia em Santa Maria envolve problemas estruturais dos poderes políticos e empresariais brasileiros, pelos quais a mídia em grave crise financeira é sustentada, o motivo pelo qual ela ainda não faliu completamente.

Assim como no recente julgamento do Mensalão, em que todas as partes envolvidas são culpadas (PT, Justiça, Imprensa e oposição oportunista), neste caso do incêndio da boate Kiss a mídia tratou de fazer com que a sociedade não tenha compreendido absolutamente nada de suas causas e consequências.

Lamenta Paulo de Carvalho, 63, empresário, pai de Rafael Paulo Nunes Carvalho, 32, vendedor, uma das 242 vítimas fatais da Kiss:

Por que [os meios de comunicação] não fazem o mesmo com a tragédia de Santa Maria [em relação à pressão sobre o julgamento do Mensalão]? O que é mais importante para a sociedade, o julgamento midiático do Mensalão onde não se perdeu vidas humanas (pelo menos não diretamente), somente reputação e exposição, ou a tragédia de Santa Maria com 242 jovens mortos e 600 feridos, mostrando o quanto estamos expostos a situações de risco? O quanto ceifou vidas em poucos minutos pela falta de escrúpulo e pela irresponsabilidade, contando com a conivência de poderes públicos?

Isso é muito maior, não há comparação. Somente uma vida humana já deveria ser suficiente para o manifesto da mídia. Dizem que o público é que rege a mídia. Discordo, e muito. Mas também estou muito indignado com a mídia da Internet.

(…) Sem dúvida, houve também muita exploração [midiática[ somente com o intuito de vender publicidade. (…) as revistas sensacionalistas fizeram o que sempre fazem exploraram o fato , só isso. nenhum interesse em justiça ou melhoria das condições das casas de show. O que depois ocorreu é que os jornalistas não são donos das revistas e jornais e TV e simplesmente os donos ignoraram porque não dava mais audiência. o que é muito ruim. pois a mídia deveria ter um papel social mais forte em defesa da sociedade. Se assim procedesse, muitos crimes seriam evitados pela divulgação constante. Se essa mídia tivesse mais consciência social, teria noticiado com mais vigor o que estava para acontecer [a tragédia]

Ariane Floriano, mãe de Rogério Floriano Cardoso, 25, cabo-armeiro do Exército santa-mariense, uma das vítimas fatais da Kiss, tampouco poupa críticas quando o assunto foi a Imprensa brasileira:

No momento que cheguei ao ginásio para o velório coletivo, eu gritava muito e os jornalistas rapidamente se aproximaram: vários colocaram o microfone em minha boca. Sentia como corvos na carniça. Eu gritava, ‘só quero meu filho!’. O tempo para mim parou ali, nem sei quanto tempo fiquei no CDM [Centro Desportivo Municipal]

No mesmo sentido indigna-se a Carina Correa, fundadora do Movimento do Luto à Luta, mãe de Thanise Garcia, 18, estudante de Filosofia na Unifra, entre as vítimas fatais da Kiss. Carina ficara dois meses em estado de choque após a tragédia, sem saber o que havia ocorrido ao certo, parada ao lado das coisas da filha como em estado de coma segundo seu relato, sem se lembrar de nada:

Quando estamos acampados no Ministério Público, ninguém da Imprensa vai… O Jornal Nacional só fez sensacionalismo com os pais em frente aos caixões dos filhos! Quando estivemos agarrados ao caixão dos nossos filhos berrando, todos os jornalistas vieram como urubus!

Indigna-se também com a mídia a ativista pelos direitos dos animais do Grupo Amigo Bicho e odontologista, Denise Zimmerman Darif, 48, moradora da cidade de Guaraciaba-SC, mãe de Thaís Zimmermann Darif, 20, estudante de Medicina Veterinária da Universidade Federal de Santa Maria (UFSM), entre as 242 vítimas fatais:

No início houve um grande assédio da imprensa, nos procurávamos muito, vieram aqui em casa várias vezes para entrevistas, mas notei que quando eu falava de justiça, do governo e fazia algumas cobranças essas nem sempre eram citadas na matéria, quando saía no jornal ou TV…e desgraça dá Ibope…vc bem sabe disso. Com o tempo ninguém mais quer saber, infelizmente nem todas a s pessoas tem a consciência de que poderia ser com um familiar seu…com um filho seu…ninguém está imune…se tem uma coisa que é certa é que todos morrem e que qualquer um pode ser vítima da violência, do descaso, da corrupção…. poucas pessoas da imprensa deram o devido valor à tragédia me parece

Perguntado por que a Imprensa tem sido omissa, responde Sérgio da Silva, 50, pai de Augusto Sergio Krauspenhar da Silva, estudante de Filosofia na UFSM e de Direito no Centro Universitário Franciscano (UNIFRA), outra vítima fatal do incêndio:

Porque a Imprensa é comprada, porque tem interesses políticos por trás dela. Investem nesta cambada, e ficam com o rabo preso. Empresários evitam falar. Jornais e empresários investiram na campanha do prefeito [de Santa Maria, Cezar Schirmer], algo muito sabido na cidade. A mídia deve expor a verdade, não pode se esconder atrás de interesses políticos. Por isso houve manifestações populares em Porto Alegre, jogaram lixo nas dependências da RBS, e em Santa Maria fizeram o mesmo

Mais contido nas palavras porém não menos crítico e indignado em relação à cobertura midiática brasileira sobre a tragédia em sua cidade, o advogado da Associação dos Familiares e Sobreviventes da Tragédia de Santa Maria (AVTSM) diz:

A Imprensa aborda muito superficialmente a questão. O Brasil em geral está minimizando a tragédia. Tratando-o como tragédia, encarando-a como mero acidente

Pois hoje, em tempos de sufocada luta por memória, verdade e justiça, as vozes que menos importam aos donos do poder são as dos pais das vítimas da Kiss. E agora, no dia 27 de janeiro de 2017 quando se completaram quatro anos da tragédia, mais um inevitável Dia das Lágrimas em Santa Maria, a grande mídia mal se lembrou da tragédia de Santa Maria. Nos anos anteriores, apresentou reportagens na cidade repetindo o dia do incêndio e a cobertura no aniversário de um ano do incêndio nos moldes sensacionalistas, baseados unicamente em sofrimento nada construtivo, fazendo todo o possível para registrar e até mesmo, tanto quanto possível, levar muitos às lágrimas (comunicadores que se enquadram perfeitamente no Jornalismo Canalha, livro do jornalista José Arbex Júnior, são mestres na arte de induzir entrevistados) com direito aclose e slow motion a essas lágrimas, vendendo-as « indignadamente », alegre e gananciosamente ao mundo sem discutir as causas e consequências da tragédia a fundo, assim como nunca fez e jamais fará.

E, é claro, para a grande mídia tupiniquim logo se esquecer de todos os que em Santa Maria sofrem, outro velho filme.

Portanto, passados quatro anos do incêndio, há urgência também em se tentar apresentar respostas aos familiares das vítimas que sofrem com a dor da perda e com as inúmeras dúvidas que perduram até hoje (algumas delas trazidas a seguir, bem como na série de reportagens que se inicia em Pravda Brasil sobre este assunto), que amarguram ainda mais a alma do indivíduo em posição de vítima, adiando assim a cicatrização das feridas – se é que serão cicatrizadas algum dia.

Tudo isso especialmente porque, conforme já abordado anteriormente, a mídia conseguiu fazer, uma vez mais altamente atarefada com o velho e envelhecido sensacionalismo e com interesses político-empresariais que a marcam, com que a sociedade não tenha compreendido absolutamente nada da tragédia ocorrida na acolhedora e traumatizada Santa Maria. Consequentemente, não há nenhuma perspectiva de mudanças no que diz respeito à aliança historicamente corrupta entre políticos e empresariado., especialmente envolvendo fiscalização.

Sonhos da Juventude: O Começo do Fim

« Estávamos todos falando dos estudos, dos planos para o futuro e de repente, de uma hora para outra, muitos estavam mortos! », lamentou, desacreditada, uma sobrevivente.

Na boate Kiss, área de 615 metros quadrados, havia segundo testemunhas entre 1.500 (estimativa esta dos Bombeiros, também) e duas mil pessoas (este número máximo, segundo relatos à Polícia) quando o incêndio começou, sendo que a capacidade era de 691 pessoas. Repetia-se na noite de 26 de janeiro de 2013 a comum superlotação na casa que, no momento da tragédia, apenas uma porta de saída, a mesma que servia de entrada, tornaria impossível a evacuação de tanta gente, em tempo tão curto e sem iluminação.

Eram cerca de 3h18 da manhã do dia 27 quando Luciano Augusto Bonilha Leão, coordenador de palco da Banda Gurizada Fandangueira, colocou uma luva acoplada com um artefato pirotécnico, o Sputinik na mão esquerda do sr. Marcelo de Jesus dos Santos, vocalista da banda.

O artefato havia sido adquirido pelo próprio coordenador de palco da banda naquele dia, quem não possuía nenhum treinamento para seu manuseio além de ter comprado, como de costume, fogo de artifício para uso externo, mais de dez vezes mais econômico financeiramente que o de uso interno conforme será abordado com detalhes nas próximas reportagens desta série.

O coordenador Luciano acionou o material à distância por meio de um dispositivo, gerando combustão e fogo estando o teto a cerca de 3 metros de distância do palco, sendo que o Sputinik solta faísca a cerca de 4 metros de altura; o vocalista ergueu o braço com o artefato, começou a pular e, logo, uma faísca atingiu a espuma de isolamento acústico. Segundo relato de sobreviventes da Kiss, quando o vocalista pulava o artefato atingia diretamente o teto.

A Tragédia

Revela a esta reportagem o segurança terceirizado da Kiss, Rodrigo Ruoso:

O fogo se iniciou do tamanho de um prato pequeno, o vocalista Marcelo tentou apagá-lo jogando um copo d’água, não conseguiu apagar e depois nem se preocupou em avisar as pessoas o que ocorria, só pensou em escapar. Então, joguei um extintor de incêndio contra seu peito para que tentasse apagar o fogo, mas o material estava vazio

O segurança Rodrigo, após também tentar usar o extintor, pegou um microfone no palco e avisou às pessoas que havia um incêndio, algo que nem todos ouviram, ele relata, já que a música prosseguiu e impediu a comunicação por alguns instantes após o início do incêndio. Logo no início do fogo as luzes da boate se apagaram por completo, gerando mais pânico ainda nas pessoas.

« O fogo se alastrou com velocidade incrível », diz o segurança que ao sair da boate perdeu os sentidos, tendo sido atendido na Unidade de Pronto Atendimento para logo retornar à frente da boate, e tentar colaborar com o salvamento de vidas. O proprietário da boate, Elissandro Spohr, por sua vez, uma hora após o início do incêndio já se encontraria em sua casa com a companheira, de onde não sairia até ser chamado pela Polícia para depor, dias depois.

De acordo com o delegado Sandro Meinerz, também com exclusividade a esta reportagem, o qual investigou a tragédia junto do dr. Arigony, em alguns segundos o fogo se alastrou por completo pelo teto da casa e, em menos de dois minutos, a densa fumaça preta, altamente tóxica, já tomava conta do local impedindo totalmente a visão dos que não haviam conseguido sair da boate, que era um verdadeiro labirinto segundo seus frequentadores e investigadores. « O caos estava instalado no ambiente superlotado do estabelecimento. O pânico tomou conta dos indivíduos », afirma o Relatório Definitivo da Polícia Civil sobre o Incêndio da Kiss, concluído em 22/3/2013.

Do lado de fora com Spohr no momento do incêndio, o segurança da Kiss, André de Lima, afirma a esta reportagem que quando houve o tumulto, o sócio da boate e outros seguranças no interior da boate, por cerca de um minuto, achavam que se tratava de briga mesmo com pessoas desesperadas na porta querendo sair, gritando « fogo! ».

« Já tinha havido briga um ano antes da tragédia. Seguranças terceirizados na porta de entrada/saída, no interior da Kiss, impediram a evacuação de pessoas no dia do incêndio, por um minuto. Assim que foi notado fogo, a saída foi permitida », relata o segurança André, o que coincide exatamente com o relatado pelo segurança Rodrigo Ruoso. Depoimentos à Polícia nos dias subsequentes à tragédia afirmariam que dois seguranças impediram a saída de frequentadores da boate no início do incêndio entre um e três minutos, exigindo o pagamento das comandas.

Procurada por esta reportagem sobre isto, Denise Darif  conta que no celular de Thaís, após o início do incêndio, estavam registradas duas ligações, muito provavelmente pedindo socorro.

« Será que aqueles malditos seguranças a impediram de sair da boate? Nunca irei saber », lamenta uma das Mães de Santa Maria, e entusiasta defensora da liderança de Adherbal, presidente da AVTSM, por seu senso de justiça e pela prestação de todo tipo de assistência aos familiares de vítimas e sobreviventes. « Este homem brilhante me representa, e apoio o Adherbal para que seja eleito figura do ano no que diz respeito à luta por direitos humanos », afirma a mãe de Thaís referindo-se à votação promovida por uma rádio gaúcha em fins de 2013.

Outro sério obstáculo para a saída das pessoas do interior da Kiss eram os táxis, improvisados em estacionamentos clandestinamente « organizados » pela Prefeitura devido a problemas de concorrência no setor. Os carros estavam estacionados irregularmente imediatamente em frente à Kiss, configurando-se mais barreiras à fuga dos sobreviventes, o que, segundo a segunda e última parte do Relatório Definitivo da Polícia Civil sobre o Incêndio da Kiss, ocasionou maior número de pisoteamentos e mortes dentro da boate. A questão dos táxis também será abordada em um próximo artigo, quando entrarem em cena as complexas e controversas abordagens da liberação de alvarás.

O segurança Rodrigo afirma que « muitos não puderam sair da boate e acabaram morrendo por se ferirem nos guarda-corpos [irregularmente posicionados]. E se o extintor tivesse funcionado, eu teria salvado 242 vidas e hoje nem saberia disso ». Todos os detalhes ouvindo a todas as versões sobre a grave questão dos extintores, dos guarda-corpos e a estrutura da Kiss em geral, serão abordados nas próximas reportagens.

O mesmo segurança também pontua que os que estavam ao fundo da boate, assim como ele mesmo, tiveram mais chances de se salvar devido ao fato de que a fumaça se dirigia à porta de saída/entrada do estabelecimento, intoxicando mais rapidamente a muitos que alis e encontravam. De acordo com a Polícia Civil, o calor na Kiss chegou a 500° C.

Enquanto sobreviventes, familiares de vítimas e outros civis tentavam de tudo para salvar mais pessoas dentro da boate, o sr. Elissandro Spohr, deixou as imediações da boate com a namorada em uma hora, foi à sua casa de onde apenas sairia para depor na Polícia, alguns dias depois.

Já o Corpo de Bombeiros, além de toda a corrupção envolvendo prevenção contra incêndio que será abordada na reportagem sobre alvarás, simplesmente assistiu aos civis tentando salvar as pessoas dentro da boate, e ainda as recomendou que fizesse isso, para não ter que se arriscar em algo que, segundo previsão dos oficiais em frente à boate, estava prestes a desabar.

Os Bombeiros compareceram em número absolutamente insuficiente no local da tragédia, e com total escassez de equipamentos para salvamento, especialmente roupas e máscaras de oxigênio. O baixo número de bombeiros deveu-se ao fato que grande parte da corporação servia à Operação Golfinho fora da cidade, organizada pelo Estado do Rio Grande do Sul, algo contestado duramente por envolvidos na tragédia, inclusive pelo dr. Smaniotto. Já a falta de materiais para contenção e salvamento der vítimas de incêndio envolveu casos de corrupção: verbas municipais ao órgão de competência estadual desviadas, fato que será abordado em uma próxima reportagem desta série.

Sobre a incompetência covarde do Corpo de Bombeiros de Santa Maria no local do incêndio, atestou a mesma segunda parte do Relatório Definitivo da Polícia Civil sobre o Incêndio da Kiss, em absoluta conformidade ao que disseram sobrevivente e pais de vítimas que estiveram em frente à boate da morte durante o incêndio:

Os bombeiros solicitaram a ajuda de civis para que adentrassem na boate Kiss, a fim de salvar feridos, bem como que ajudassem na demolição de paredes.

O sobrevivente Jovani Rosso afirmou à Polícia, segundo o Relatório:

Os bombeiros lhe pediram para entrar e retirar as pessoas do interior da Kiss. Entrava rastejando com sua camiseta molhada sobre nariz e boca. Informou que em um determinado momento pegou a mangueira dos bombeiros e entrou para apagar o fogo. Tentou pegar uma máscara de oxigênio e seu cilindro que estavam na cabine do caminhão. Vestiu, mas um bombeiro mandou que tirasse e guardou novamente os equipamentos no caminhão. Retirou cerca de 15 pessoas de dentro da Kiss e, pelo que lembra, os bombeiros somente auxiliaram no socorro às vítimas, pois não entravam na boate. Ficou auxiliando por cerca de três horas. Ao ser reinquirido, em 11/03/2013, esclareceu que « alguns civis entraram para salvar e acabaram morrendo no interior do prédio; tais civis estavam na Boate, saíram e depois retornaram para salvar as vítimas e também acabaram morrendo; quando eles retornaram para salvar as vítimas e morreram, os Bombeiros já estavam lá, isto é, os Bombeiros não só permitiram, como incentivaram a entrada do declarante e deles, para efetuar salvamentos; dentre aqueles que entraram  para salvar pessoas e acabaram morrendo, o declarante recorda de três, os quais eram seus amigos (…)

O Relatório policial ainda, baseado em testemunhas, aponta que militares emprestavam luvas para civis entrarem na boate, e até a mangueira d’água. Concluiu ainda tal documento:

Os policiais militares que estavam no local não ajudaram em nada, apenas faziam correntes de isolamento. Depois de  muito tempo, os bombeiros iluminaram o local. Os bombeiros sequer ajudaram a quebrar as paredes dos banheiros

O Corpo de Bombeiros foi procurado por esta reportagem, mais especificamente seu comandante Maia, o qual relutou em conceder entrevista até alegar que responderia a perguntas somente através de correio eletrônico. Foi-lhe dito que não se trabalha desta maneira, pois contraria os princípios jornalísticos uma entrevista desta maneira, mas o comandante relutou afirmando que a mídia estava denegrindo a imagem de sua corporação pós-tragédia. Perguntado como a Imprensa fazia isso, Maia limitou-se a uma longa, fraca e forçada risada, sem justificar sua acusação.

Foram-lhe enviadas, finalmente, as questões por correio eletrônico, jamais respondidas por ele. Esta reportagem procurou o chefe dos Bombeiros de Santa Maria após o prazo estipulado por ele para enviar as respostas por telefone, sem ser atendida. Posteriormente, por correio eletrônico, foi encaminhado um protesto por correio eletrônico ao comandante Maia, encaminhado também aos mais diversos políticos de todo o país incluindo os de Santa Maria, órgãos de Imprensa, instituições brasileiras além de envolvidos na tragédia: o bombeiro jamais se manifestou.

Dos 233 mortos daquela noite, assim como os outros nove que foram a óbito nas semanas seguintes, todos por intoxicação com cianeto de 3 a 5 minutos após o início do incêndio, conforme peritos médicos: após perderem os sentidos e desmaiarem, faleceram. Das 233 vítimas iniciais, 90% encontrava-se empilhada no banheiro: segundo a Polícia e os Bombeiros, é altamente provável que, em meio à espessa fumaça preta sem possibilidade de encontrar a única porta de saída, enxergaram a luz dos toaletes imaginando ser a saída. Em um dos banheiros, vítimas tentaram sair pela janela, arrebentada, porém do lado de fora havia madeira, impossível de ser quebrada.

A confirmação de que todas as vítimas, inclusive as nove nas semana posteriores, foram a óbito por intoxicação com cianeto segundo laudos médicos, conforme pode ser lido no laudo enviado com exclusividade a esta reportagem pelo dr. Sandro Luís Meinerz, delegado de Polícia titular da DEFREC de Santa Maria, Terceira Região Policial, envolvendo a necropsia de Fernando Pellin, uma das 242 vítimas do incêndio na boate Kiss (veja o laudo aquihttp://edumontesanti.skyrock.com/61.html / role a tela). Porém, muitos sofreram também queimaduras, incluindo sobreviventes (alguns seriamente queimados), devido ao fogo que, em determinado momento, passou a pingar do teto.

A dra. Solange Garcia, que atuou no tratamento de vítimas da tragédia, confirmaria a esta reportagem tais fatos, o que será abordado mais adiante nesta reportagem, e em uma próxima, especificamente tratando da espuma de poliuretano liberadora do intoxicador gás cianeto ao ser queimada.

A Noite Pós-Tragédia

O professor de Matemárica Walter Cabistani, 49, assessor jurídico da AVTSM e pai de Walter Mello Cabistani, 20, estudante de Direito da UFSM, uma das 242 vítimas fatais da Kiss, indigna-se ao recordar, em entrevista a esta reportagem, a noite da tragédia, especialmente no que diz respeito ao velório do filho: « Jornalistas e políticos não respeitaram o velório e os momentos de dor dos familiares ». Conta ainda que notava que, quando as câmeras focaram o caixão de seu filho no velório coletivo no Centro Desportivo Municipal (CDM), políticos se posicionaram em frente ao caixão do filho.

« Vieram para fazer comoção para o mundo vê-los, usando a tragédia para se promover. Eu disse isso em Brasília [em viagem para exigir prevenção do Estado brasileiro a incêndios, em dezembro de 2013] à senadora Ana Nélia Lemos, que posou de boa senadora ao lado do caixão do meu filho », acrescenta. Em dezembro de 2013, o professor Cabistani foi ao Senado com Adherbal, com o dr. Luiz Fernando Smaniotto e com Sérgio da Silva, a fim de exigir esclarecimento e justiça pela tragédia.

Cabistani relata ainda que o filho quase levou a irmã menor de idade, mas de última hora decidiu não a levar pela responsabilidade perante festa daquela magnitude. Segundo Ariane Floriano, mãe de Rogério Floriano, 25, cabo-armeiro do Exército santamariense e uma das 242 vítimas fatais da Kiss, é fato amplamente sabido na cidade que a entrada de menores de idade era constante naquela boate. Depoimentos de funcionários daKiss à Polícia Civil também confirmam que menores frequentavam a boate, e que ainda consumiam bebidas alcoólicas.

Enquanto famílias choravam as perdas no velório coletivo no CDM, esta reportagem recebeu a informação confidencial de que, na noite da tragédia, reuniam-se em uma sala a portas fechadas os jornalistas William Bonner e Sandra Annenberg, ambos da Rede Globo, o então prefeito Cezar Schirmer (PMDB) e dois secretários da Prefeitura. Questionado pelo apresentador do Jornal Nacional como se dava sua política fiscalizatória na cidade, o ex-prefeito responde: « Aqui, a Prefeitura é muito rígida. Tanto que quando recebi denúncia do Diretório Central dos Estudantes de Santa Maria (DCE), a Casa do Estudante, de que a coisa não estava boa, fechei a boate naquela mesma hora [em 8/1/2013] ».

Porém, o jornalista William Bonner tinha a informação de que o DCE havia sido interditado por ordem do Ministério Público Federal, e que o prefeito só soubera da interdição através dos jornais conforme ele mesmo confirmou a esta reportagem. Assim, o jornalista desmentiu o prefeito e, segundo a fonte desta reportagem, retirou-se aborrecido da sala, em companhia da colega Sandra.

Perguntado sobre a conversa seguida de aborrecimento com jornalistas da Rede Globo na noite do incêndio, dia 27, o prefeito disse que não se lembra do fato, o qual será amplamente discutido na reportagem desta série mais adiante, específica sobre a liberação de alvarás á boate Kiss.

Ainda na noite infame de 27 de janeiro, foi montado um Comando de Gerenciamento de Crise para atender vítimas, criado pela Polícia, pelo Exército e pela Brigada Militar. E também o Centro de Atenção Psicossocial (CAPS) pela Prefeitura, que logo funcionaria 24 horas por seis meses pós-tragédia, e já no próprio ginásio onde se deu o velório coletivo, houve encaminhamentos. Retornaria a funcionar 24 horas por dia, e com 42 profissionais, em 16 de dezembro daquele ano.

Pós-Tragédia: Prefeitura

Afirma com exclusividade a esta reportagem o delegado Sandro Meinerz, que investiga o incêndio, conta:

Logo depois do incêndio, na segunda-feira [dia 28/1], a Policia Civil fez oficio à Prefeitura, a qual recebeu o documento no dia seguinte [29], solicitando verificar a situação de todos os estabelecimentos comerciais para ver as questões de segurança. Todo mundo teve que fazer adequação, porque estava todo mundo errado. Estavam todos reformando estabelecimentos depois disso. O prefeito foi, no mínimo, incompetente como gestor publico

Esta questão será profundamente analisada em outra reportagem da série, tratando especificamente da liberação de alvarás à boate Kiss. Quanto ao amparo às vítimas, há controvérsias entre o que dizem familiares de vítimas, sobreviventes, e as diferentes esferas do Poder Público – Federal, Estadual e Municipal. Além de contradições envolvendo os próprios números oficiais a que teve acesso esta reportagem.

Afirma também a esta reportagem Denise Darif:

Foram tantas promessas de apoio aos familiares, mas nem tudo foi cumprido, para nós que moramos longe de lá, nenhum auxílio foi  dado, nem translado dos corpos, nenhum auxílio funeral, nenhum auxilio médico ou psicológico… tudo por nossa conta. Abandono total!

Conforme a Prefeitura de Santa Maria informou e protocolou (https://drive.google.com/file/d/0Bx73XRqnojS9czQ0V1hNSUg0LTg/view) com exclusividade a esta reportagem, para as despesas pela tragédia não recebeu verbas nem do Estado do Rio Grande do Sul nem do governo federal para funerais, transportes e assistência médica contrariando boatos espalhados na cidade, embora o Ministério da Saúde tenha agido no Hospital Universitário da cidade, instituição federal, em parte colaborado pelo governo do estado e pela própria Prefeitura.

Isso é confirmado pelo documento (https://drive.google.com/file/d/0Bx73XRqnojS9a1NGVWZEWTNRYTg/view) enviado pelo Hospital Universitário de Santa Maria (HUSM), de competência federal, contrariando o que foi dito pelo Ministério da Saúde por meio de sua assessoria de Imprensa, de que o Município recebera verbas federais exclusivas para a tragédia.

Sobre as responsabilidades financeiras municipais, o prefeito santamariense à época afirma:

Arcamos com aquilo que é área de competência da Prefeitura. Pagaram funerais, não sei ao certo número, cerca de oitenta, além dos traslados. Havíamos fechado valor único com serviço funerário. Algumas famílias [cerca de 182, segundo os números implícitos do Prefeito] preferiram serviços funerais diferenciados. Pessoas entraram em contato com outros funerais. Quem se habilitou nos termos da Prefeitura, teve tudo pago.

Já a superintendente de Assistência Social, Ione Lemos, nos apresenta outra versão:

Foram atendidas 28 pessoas através dos serviços funerários conveniados pela Prefeitura. A situação de caos nos impediu  assistir a mais famílias; não dava para sair perguntando nos velórios e nas ruas, « você precisa [de serviço funerário]? »

Segundo Ione, o critério para arcar com as despesas funerais era o poder aquisitivo das famílias.

Diante disso, indigna-se Sérgio da Silva:

Isso porque a dona Ione era a representante da Prefeitura na AVTSM e não sabia quem precisava do dinheiro  do funeral [poderia posteriormente ressarcir famílias necessitadas], e era secretária de Assistência Social do  Município. Culpado sou eu, por votar nessa cambada de incompetentes!

Por sua vez, Walter Cabistani alega:

Houve verba à Prefeitura oriunda de pedágio solidário na cidade de Júlio de Castilhos. A Cruz Vermelha também  ajudou bastante. A Prefeitura deu R$ 200 para vítimas indigentes. A grande maioria das famílias acabou sozinha

Embora os gastos municipais mencionados acima tivessem sido voltados, teoricamente, a pessoas de baixa renda com limite de gastos funerais por vítima de 2,5 mil reais, a minoria das famílias que se enquadrava no quesito estipulado pela Prefeitura, acabou sendo beneficiada: apenas 28 delas.

Muitos não foram localizados nos momentos subsequentes à tragédia e nem souberam dos serviços por falta de comunicação, antecipando-se, assim, aos serviços funerais. « Em uma tragédia daquela dimensão não dá para perguntar, ‘você precisa?' », explica a superintendente Ione Lemos, desde o início da tragédia natural referência a familiares de vítimas e sobreviventes, justificando que havia muita gente em estado calamitoso.

Posteriormente, a Cruz Vermelha abriria uma conta e civis depositariam dinheiro para ajudar famílias excluídas dos benefícios funerários. Se a Cruz Vermelha e cidadãos comuns foram capazes de identificar aquelas pessoas de baixa renda que deveriam arrumar um jeito de superar a pobreza e a dor extrema para enterrar os seus, por que a Prefeitura não conseguiu fazer isso com toda a sua equipe, considerando que as famílias estavam todas concentradas no CDM?

Se não havia preparação para tragédia daquela dimensão, o que é absolutamente aceitável, sem dúvida os agentes municipais foram, no mínimo, incompetentes senão mesmo negligentes, ao não poder localizar famílias que necessitavam de auxílio financeiro. Ou ainda, por que a Prefeitura não ressarciu as famílias posteriormente?

São perguntas, até hoje, sem resposta.

Por outro lado, afirmou o prefeito Schirmer que o Município deu duas casas para famílias pobres envolvidas na tragédia – segundo ele, política social que marca sua gestão em Santa Maria: uma beneficiada com a moradia perdeu o esposo, segurança da boate que, segundo a superintendente Ione « vivia muito precariamente e para piorar, quando faleceu no incêndio da Kiss, roubaram todos os móveis e a casa onde morava deveria ser entregue 20 dias após a tragédia ».

Saúde pública é sempre um macabro caso à parte no Brasil, envolvendo negligência e roubalheira indiscriminada sobre o erário. Pois o trágico cenário tem se repetido no que diz respeito à tragédia em Santa Maria, daí a razão de esta reportagem tratar da questão não apenas no que diz respeito aos dias subsequentes ao incêndio da Kiss, mas ao longo desses quase dois anos pós-tragédia.

Pós-Tragédia: Saúde

Desde o dia da tragédia, sobreviventes e familiares de vítimas em Santa Maria sofrem problemas de saúde e psicológicos tendo, em grande medida, que se ajudar entre si segundo afirmação de todos os envolvidos ouvidos por esta reportagem.

Segue as mesmas críticas o sr. Sérgio da Silva:

Desamparo total por parte das entidades. O Ministério da Saúde por falta de remédio aos sobreviventes. A Prefeitura  por ser responsável pela vinda e entrega dos remédios. O Poder Público esconde-se atrás das leis e de termos técnicos

André Lima, que ganhava mil reais como segurança e porteiro da Kiss, um dos sobreviventes da tragédia, recebe hoje 400 como auxilio doença, não consegue trabalho devido a problemas pulmonares. Está sendo tratado também por depressão e ansiedade excessiva, além de ser diabético. Ficava muito tempo em pé, o que causou problemas em suas pernas. Move ação trabalhista contra a Kiss.

« Consigo alguns remédios na Rede Popular, embora muitos receitados pelo médico não consiga comprar por falta de dinheiro. Na primeira receita não consegui comprar. Estou a ponto de explodir », disse André a esta reportagem, e acrescentou: « Fiz teste para trabalhar em agosto, não fui aprovado, me deu tremedeira. No dia em que eu fazia teste no Bar Museu jogaram coqetel molotov, sobre o que sofre de trauma.

Rodrigo Moura Ruoso, outro sobrevivente de um total de 636, à época do incêndio segurança terceirizado da Kiss, afirma a esta reportagem:

A presidente Dilma veio à cidade, abraçou dois pais de vítimas em frente aos caixões e às câmeras de TV, foi embora e nunca mais se lembrou de nós; vivemos em abandono total até hoje

O dr. Smaniotto, por sua vez, afirma durante as dezenas de horas de conversa muito aberta e exclusiva com esta reportagem:

Seguem ser prestar assistência. Pessoas não conseguem trabalhar por problemas respiratórios.  No exame admissional acabam dispensados por incapacidade pulmonar

Declarou a esta série de reportagens o ex-prefeito Cezar Schirmer:

Remédios não são responsabilidade da prefeitura, nunca recebi nenhuma reclamação oficial. Fizemos Centro Psicossocial, com 42 profissionais hoje. em 16/12 voltará a ser 24h. Nunca recebi, para nada, nenhum centavo. O HUSM, tenho a informação que sim, mas para nada a Prefeitura foi ajudada, nem para o funeral. Não estou me queixando, apenas relatando a verdade. O Globo escreveu que veio dinheiro federal, não veio nada. Caiu do céu a informação de que minha administração recebeu verbas; isso, sim, é politicagem

A Prefeitura de Santa Maria, nas várias horas de entrevista a esta reportagem, defendeu-se, como nem poderia ser diferente, e protocolou parte do que afirmou – uma dessas importantes partes, através deste ofício protocolado pela secretária de Finanças do Município, Ana Beatriz de Barros: https://drive.google.com/file/d/0Bx73XRqnojS9czQ0V1hNSUg0LTg/view.

Tal memorando desfaz os boatos de colaboração financeira do governo federal com o Município de Santa Maria, que tantas dúvidas e controvérsias têm gerado na cidade, especialmente entre envolvidos na tragédia, cuja consequência tem sido acusações levianas contra o prefeito Schirmer, a que pesem todas as falhas e/ou negligência de sua administração no que diz respeito especificamente ao incêndio, o que seguirá sendo investigado profundamente nesta série.

Porém, enquanto a Prefeitura encaminhava o documento, vinha à tona que R$ 15 milhões para a Saúde não estavam sendo utilizados, o que poderia impedir o Município de receber novas verbas da União e do Estado do Rio Grande do Sul, por falta de projetos na área [reportagens aqui (https://claudemirpereira.com.br/2013/11/um-absurdo-prefeitura-tem-r-10-milhoes-para-a-saude-e-nao-usa-quem-diz-um-indignado-secretario/#axzz2pHE8LWUZ), aqui (http://videos.clicrbs.com.br/rs/tvcom/video/20-horas/2014/01/tvcom-horas-desperdicio-milhoes-disponiveis-para-investir-saude-santa-maria-deixam-ser-utilizados-bloco-01-12-2013/57705/) e aqui (http://www.f24.com.br/editorial/brasil/rio-grande-do-sul/01012014-70511-cerca-de-30-do-orcamento-de-saude-nao-foi-executado-em-santa-maria-rs)].

Outros importantes documentos enviados pela Prefeitura santamariense dizem respeito aos centros de atenção 24 horas oferecidos pela Prefeitura de Santa Maria aos envolvidos na tragédia, direta ou indiretamente conforme pode ser visto nos documentos a seguir [1. Prefeitura Municipal de Santa Maria:  https://drive.google.com/file/d/0Bx73XRqnojS9MHF6QVBQUFoyRHM/view, 2. Lei Profissionais da Saúde: https://drive.google.com/file/d/0Bx73XRqnojS9UFVKVWNjOWVzY3M/view] (na imagem, o Centro de Atendimento Psicossocial 24 horas por dia, criado pela Prefeitura, logo após o incêndio).

Em janeiro de 2014, esta reportagem procurou o Ministério da Saúde em Brasília (cuja equipe era a mesma da época do incêndio da Kiss, tendo como ministro Alexandre Padilha), quem afirmou e enviou relatório afirmando fatos bem diferentes sobre o que, até hoje, é motivo de controvérsia na sofrida cidade gaúcha. Talvez porque os valores financeiros iniciais enviados à cidade gaúcha pode, muito bem de acordo com os números finais e todas as evidências, ter sido desviados no meio do caminho, prática peculiar no Brasil.

Nas semanas subsequentes à tragédia, o Ministério da Saúde enviaria a Santa Maria verbas, aquelas destinadas a todas as cidades do Brasil anualmente. Contudo, conforme declaração emitida com exclusividade a esta reportagem, aumentaria em 32,6% as verbas para Santa Maria em 2013. Todos os anos, para todas as cidades, há aumento proporcional, e o aumento para a cidade da tragédia foi significativo. A realidade é que, de qualquer maneira, sua parte o governo federal cumpriu – parcialmente – como a própria Prefeitura – parcialmente. Nisso reside o grande ponto de controvérsia, ou de distorção envolvendo uma suposta ajuda financeira por parte do governo federal, exclusiva ao Município de Santa Maria, a fim de cobrir gastos com a tragédia, o que nunca ocorreu.

O Ministério da Saúde, através de sua assessoria de Imprensa, fez esta declaração – claramente, com uma boa dose de má vontade em tocar no assunto:

O incêndio da boate Kiss em Santa Maria (RS), em 27 de janeiro, mobilizou a Força Nacional do SUS (FN-SUS) para o atendimento aos familiares e vítimas da tragédia. Para isso, o Ministério da Saúde deslocou, para a cidade, membros da FN-SUS e intensificou ações das Unidades de Suporte Avançado do Serviço de Atendimento Móvel de Urgência (SAMU), equipados com respiradores.

Foram abertos 64 leitos de UTI e 36 leitos de Semi-UTIS em Porto Alegre, mobilizando hospitais da rede pública e privada. Para a ação, a FN-SUS mobilizou 66 voluntários entre médicos, enfermeiros, fisioterapeutas, psicólogos e psiquiatras. Por meio da Força, o ministério enviou ao Estado 22 respiradores, sete ambulâncias de UTI do SAMU, 30 ventiladores, 30 oxímetros de pulso, 200 ampolas de imunoglobulina antitetânica, 140 kits de hidroxicobalamina e 15 monitores. Também foram disponibilizados 120 profissionais entre psicólogos e psiquiatras para atendimento a vítimas e familiares.

O Ministério da Saúde continua acompanhando os familiares e as vítimas do incêndio, incluindo ações de busca ativa e formulário de cadastramento realizado pelo Ministério da Saúde e disponibilizado no portal do MS. Nesta terceira fase do trabalho – desenvolvido pelo Ministério da Saúde em parceria com as Secretarias de Saúde do Estado do RS e dos Municípios de Santa Maria e de Porto Alegre, bem como com Hospital Universitário da Universidade Federal de Santa Maria – estão sendo realizados os atendimentos ambulatoriais dos pacientes, familiares e pessoas envolvidas na tragédia.

Os atendimentos ambulatoriais são realizados principalmente nas áreas de neurologia, pneumologia, atenção psicossocial, queimaduras e clínica médica, incluindo exames necessários para seguimento dos pacientes, conforme protocolo clínico específico e gravidade de cada caso. São priorizados os pacientes que foram internados com comprometimento pulmonar e ou queimaduras; as pessoas que tiveram contato com os gases e inalantes (incluindo amigos e familiares das vítimas que precisam de apoio psicológico) e os pacientes que ficaram internados em situação mais grave.

Além do atendimento continuado, o Ministério da Saúde realizou nos dias 09 e 10 de março e 16 e 17 de março, mutirões de atendimento no Hospital Universitário de Santa Maria (HUSM). Durante os mutirões foram realizados 1658 atendimentos, sendo 1309 consultas e 349 exames. Em relação aos números de atendimentos o AcolheSaúde da SMS de Santa Maria, que realiza atendimentos relacionados à saúde mental – realizou no período de fevereiro a julho de 2013, 5.525 atendimentos, destes 127 pessoas encontram-se em acompanhamento. Já o CIAVA/HUSM realizou de fevereiro a agosto de 2013, 24 atendimentos em psicologia, 415 em psiquiatria e 389 em serviço social.

FASES DO TRABALHO

I. Fase de Atendimento Emergencial – Fase definida como primeiro momento de assistência às vítimas no período inicial do incidente, no qual estiveram envolvidos os profissionais e serviços de urgência como SAMU e hospitais de Santa Maria/RS. II. Fase de Atendimento Hospitalar – Período imediato ao atendimento emergencial, caracterizado pela continuidade das ações e assistência dos pacientes internados nos diversos hospitais descritos no Relatório da FN SUS.

III. Fase de Acompanhamento Ambulatorial – Período definido como fase de atendimento ambulatorial por especialidades às vítimas do incidente para acompanhamento por longo período

[Questionado sobre antídoto contra intoxicação por gás cianeto, a hidrioxicobalamina,  inexistir no Brasil, o Ministério da Saúde respondeu o que será exposto mais adiante]

(…)

RECURSOS

· Portaria 700 de 26/04/2013 – Liberação de recursos do Programa Nacional de Reestruturação dos Hospitais Universitários Federais – REHUF, no valor de 702.480,00 para aquisição de equipamentos.

· Portaria 677 de 24/04/2013 – Estabelece recursos no valor de 950.000,00 do bloco de atenção da média e alta complexidade ambulatorial e hospitalar para remuneração de serviços do Hospital Universitário de Santa Maria.

Através dos recursos provenientes das portarias foram contratados 34 novos profissionais de saúde para o Hospital Universitário de Santa Maria: 04 Assistentes Sociais, 02 Enfermeiros, 05 Fisioterapeutas, 01 Fonoaudiólogo, 01 Médico Cirurgião Plástico, 03 Médicos Clínicos, 01 Médico Neurologista, 05 Médicos Psiquiatras, 05 Psicólogos, 04 Técnicos de Enfermagem, 02 Técnicos de Farmácia e 01 Terapeuta ocupacional. TOTAL: 1,6 MILHÃO

Além disso, cabe ressaltar que até o dia 22 de dezembro deste ano, o Ministério da Saúde repassou para o município de Santa Maria R$ 16,5 milhões, ou 32% a mais do que o repassado durante todo o ano de 2012, R$ 12,5 milhões.

Atenciosamente,
Lívia Nascimento
Jornalista

 

ASSESSORIA DE IMPRENSA DO MINISTÉRIO DA SAÚDE Tel.: + 55 61 3315.6246

Portanto, tem razão o ex-prefeito Schirmer quando alega que o Município não recebeu nenhum centavo do governo federal, nem estadual para arcar com gastos pela tragédia, mas que, segundo suas palavras, « caiu do céu em Santa Maria » tal informação. Contudo, a Prefeitura de Santa Maria, frente à maior tragédia da história da cidade, deixou de usar no ano de 2013 nada menos que R$ 15 milhões justamente à Saúde, conforme apontado mais acima, fazendo com que corra o risco de não receber verbas federais nos anos subsequentes por falta de projetos na área.

Sobre saúde pública, contesta a superintendente municipal Ione:

Se apontarem, através de documento, o que falta, reconheceremos. Deveriam fazer isso. Não há mais o que fazer. Se medicamento é de competência dos governos estadual e federal, por que não cobram estes? Se disserem o que falta por parte do Município, atenderemos. Eles têm psicólogos, neurologistas e clínicos gerais por conta da Prefeitura. Têm garantidos passagens de ônibus para irem aos cursos, R$ 2,80 por viagem, ida-e-volta

Como superintendente apoio grupos de mães. Presto atendimento às que se queixam de saúde. Atenção básica não tem faltado. Pego amostras grátis de medicamentos com o vice-prefeito, dr. Farret [José Haidar], que é médico [condenado em dezembro de 2014 pela Justiça local a um ano e nove meses de prisão, por estelionato].

Não procede a justificativa da Prefeitura da cidade, generalizada entre seus funcionários e inclusive pelo próprio prefeito, de que remédios, grande motivo de reclamação na cidade, não são de sua competência: o Sistema Único de Saúde (SUS), de âmbito fdederal no Brasil, prevê, sim, responsabilidade municipal também na provisão de medicamentos à sociedade.

A assessora de Imprensa do Ministério da Saúde, Amanda Costa, afirma com exclusividade a esta reportagem:

Há dois tipos de compras medicamentos por parte dos municípios: a centralizada, no atacado, e a descentralizada. A Prefeitura faz a lista para licitação, e o Ministério da Saúde envia remédio ou dinheiro. Existe o Fundo Nacional de Saúde Municipal, através do qual a verba federal é repassada às secretarias de Saúde estaduais e municipais. Em muitos casos, o repasse se dá pelos governos estaduais, que distribuem aos municípios. A Prefeitura tem compromisso com remédios através do SUS. E no caso da tragédia, o Município teria que fornecer remédios, até porque o Ministério da Saúde os fornece aos Municípios e Estados como já disse. O valor passado pelo Ministério da Saúde ao município de Santa Maria em 2013 pode ser ainda maior que o que consta nesse relatório enviado a você, já que o Estado do Rio Grande do Sul repassou mais verba. Isso, devido à parceria do SUS entre Federação, Estados e Municípios

O dr. Leandro Canavarros, jurista da cidade de Florianópolis, informou a esta reportagem que:

O Sistema Único de Saúde (SUS) é constituído pelo ‘conjunto de ações e serviços de saúde, prestados por órgãos e instituições públicas federais, estaduais e municipais’, conforme disciplina a Lei n. 8080/90 (lei do SUS e lei 8142/90). Portanto, todas as esferas do Poder Público são responsáveis pelo funcionamento do serviço de saúde, sendo que a própria lei determina o repasse federal de verbas aos estados e municípios a serem aplicadas na saúde, sendo que essas são quantificadas de acordo com as características de cada região e necessidades específicas. Dessa forma, apenas a análise pormenorizada das prestações de contas municipais poderia determinar o total aplicado à saúde decorrente de verba federal, estadual ou mesmo a municipal

Em meio a este fogo cruzado das informações e das contrainformações, dois dias antes do recebimento do relatório do Ministério da Saúde, Ogier Rosado, coordenador de Eventos da Prefeitura de Santa Maria e pai de Vinícius Rosado, 26, estudante de Educação Física da Universidade Metodista, uma das 242 vítimas fatais da Kiss, havia trazido a esta reportagem importante informação, confirmada por mais um documento (https://drive.google.com/file/d/0Bx73XRqnojS9ZTBRUlRQZFp1X0U/view) enviado pelo HUSM:

Houve uma reunião entre União, Estado e Município, ficando estabelecida a competência de cada um desta maneira: a União ficaria  com o atendimento médico; o Estado, responsável pelo envio de medicamentos; e o Município, pelo atendimento psicossocial

O Ministério da Saúde ficou de dar ajuda. Os envolvidos na tragédia teriam atendimento diferenciado, sem necessidade de fila. Veio dinheiro ao HUSM mas não houve contratação de profissionais a mais. O HUSM já havia muitos pacientes, e com o passar do tempo, não haveria atendimento diferenciado. Cumprimento não feito.

O acordo que o municípios que tivesses vítimas nunca assumiriam sua parte, não aconteceu. Aqueles que conseguiram comprovar que não tiveram condições, a Prefeitura [de Santa Maria] assumiu. O Município contratou 30 funcionários para atender casos psicossociais. O Estado, quanto aos medicamentos, a princípio liberou, mas hoje todos devem entrar fila comum para a obtenção deles, o que acaba levando três, quatro, cinco, seis meses, assim como no HUSM.

O Ministério da Saúde não cumprira aquilo que deveria fazer. Devem, os evolvidos com a tragédia, entrar na fila do SUS hoje.

Às afirmações do sr. Ogier, que acusou também a AVTSM de inércia e de se preocupar apenas em acusar ao prefeito por motivações politicas, algo completamente infundado segundo investigações desta reportagem, rebate o sr. Adherbal, presidente da AVTSM:

Alguns não sabem nada do que fizemos, e realmente querem desqualificar nosso trabalho. Quanto a filas para atendimentos, sim, existiam, mas após nossa ida a Brasília ao Ministério da Saúde, tudo mudou: hoje o diretor de assistência social da AVTSM, João Luiz Cechin, vai à reunião semanal e outra quinzenal para ver como está essa situação, e cobra os responsáveis quando necessário. Quanto a medicamentos, nós da AVTSM fomos e estamos em direto em contato com a 4ª Coordenadoria, com reuniões quinzenais ».

A 4ª Coordenadoria é onde existe a distribuição dos medicamentos. Lá são feitas reuniões para ver como esta o andamento das medicações e faltas, pois conseguimos detectar onde está as falhas mas só dos que reclamam que agora não há reclamação após o diretor João Luiz ter assumido a assistência social da AVTSM.

A AVTSM, com quase três mil membros entre familiares de vítimas e sobreviventes, presta assistência social ímpar na cidade: apoia 30 famílias em necessidades financeiras e com problemas de saúde, através de cestas básicas e acompanhamento psicológico, e desde 2014 fornece dinheiro a esses familiares e sobreviventes carentes.

A realidade é que, em termos de saúde, há acertos municipais, mas de um modo geral, segundo familiares de vítimas e sobreviventes que necessitam de apoio psicológico e sobretudo de medicamentos, deixa muito a desejar, por parte do Município e sobretudo no que diz respeito às responsabilidades do governo federal. « Abandono total » foi a frase mais ouvida por esta reportagem por parte dos mais diversos envolvidos.

Mais de cem sobreviventes encontravam-se em condições clínicas altamente delicadas. Sobreviventes como os seguranças André de Lima e Rodrigo Ruoso, que possuíam trabalhos formais, passaram a ser beneficiados com auxílio-desemprego, enquanto os que trabalhavam sem registro em carteira perderam o emprego devido a sequelas respiratórias e até por descaso dos empregadores. O segurança André se queixa por não poder consumir todos os remédios que necessita, por falta de dinheiro e por falta nos Postos de Saúde.

Um sobrevivente acabou demitido simplesmente porque, segundo o patrão (que cumpre à risca o vezo popular que diz que de médico e louco todo mundo tem um pouco), « nunca mais voltaria a ter uma vida normal, e os problemas ainda poderiam se agravar ». Por estes também se engaja a AVTSM.

Enfim, o Poder Público, de todos os lados, afirma estar fazendo sua parte conforme visto inclusive nos relatórios enviados: os serviços de saúde realmente têm sido oferecidos. Mas também é identificada diminuição, vertiginosa em muitos casos, da procura de cidadãos por estes serviços públicos, em meio a muitas reclamações enquanto os envolvidos com a tragédia, em grande parte, ajudam-se mutuamente.

O que isso tudo traz em si é a inequívoca evidência de que o atendimento às vítimas, senão em sua totalidade, ao menos parcialmente tem deixado a desejar, ou qualitativa ou quantitativamente – ou em ambos os casos, e em todas as esferas do Poder Público.

Pós-Tragédia: Antídoto

A realidade é que, embora seja assunto proibido na Imprensa brasileira, o Ministério da Saúde atua como outra vergonha nacional à parte quando o assunto é tragédia em Santa Maria, causador direto de algumas vítimas fatais o que será visto a seguir, envolvendo a lamentável questão dos antídotos.

A hidroxicobalamina, antídoto contra cianeto, chegou seis dias depois após a tragédia – exatamente no sábado, 2 de fevereiro de 2013. Tal demora foi fator decisivo para as sete mortes nas semanas subsequentes, segundo a dra. Solange Garcia, toxicologista formada docente pela UFSM.

A dra. Solange faz revelações da mais alta importância a esta reportagem:

Fiquei sabendo que os pacientes não estavam sendo atendidos adequadamente. A dra. Rosa Wolfgang, médica do Centro  Estadual de Vigilância da Saúde do Trabalho, esteve no hospital [Clínicas de Porto Alegre] dois dias depois da tragédia em  Santa Maria. Tentou avisar aos médicos, o que eu também tentava fazer, que o que estava havendo era intoxicação por  cianeto sem os devidos medicamentos. Ela não foi ouvida, mas desdenhada, assim como eu. Os médicos foram advertidos  que os sobreviventes não estavam sendo bem tratados, e que estavam intoxicados com cianeto

Na quarta-feira, 30 de janeiro, a fim de elucidar o caso através de exame de sangue nas pessoas, contatei o Hospital  Universitário de Santa Maria e Clínicas de Porto Alegre. Notei claramente que os médicos estavam muito ocupados  com as entrevistas à Imprensa, e não tinham tempo para mim

Adverti inclusive o chefe do atendimento que, se não fossem tomadas providências, mais pessoas morreriam. Após fortes pressões junto às equipes médicas tanto de Santa Maria quanto de Porto Alegre, os médicos permitiram a coleta de sangue e o envio para minha análise

Após os primeiros laudos dos níveis sanguíneos de cianeto dos sobreviventes, na quarta à tarde iniciei o movimento de sensibilização  para importar antídoto inexistente no Brasil, a hidroxicobalamina. Isso só ocorreu porque me ligaram do gabinete do Planalto na sexta  à tarde. Durante o período que se estendeu de quarta à sexta ao meio dia, houve total descaso do Ministério da Saúde, tão notificado quanto os médicos-chefe de cada casa, Santa Maria e Porto Alegre. Total descaso

Segundo os médicos-chefe do Hospital de Santa Maria e de Porto Alegre, o ministro [da Saúde, Alexandre Padilha] não tinha  interesse em importar antídoto. Havia no Brasil 5mg, mil vezes menos do necessário, 5g. Os sobreviventes não iriam melhorar nunca

Acredito que o ministro achava que o problema era outro. Não havia toxicologista naquele trabalho. Em qualquer tragédia envolvendo agentes tóxicos, teremos novamente a tragédia e o pós-tragédia idêntico ao de Santa Maria. Podemos evitar uma nova pós-tragédia tendo o antídoto adequado. Não temos profissionais no país

Muitas crianças morrem anualmente por inalar cianeto. Não há central de registros no país do número de crianças. Perdura no país o mesmo sistema de 1991, criado para tratar contra animais peçonhentos. Devemos ter um sistema para agentes tóxicos também. As vítimas deveriam ter recebido antídoto imediatamente após a inalação do cianeto. O fato de terem recebido o antídoto uma semana depois, aumentou a sobrevivência de alguns, mas não diminuiu as sequelas O ministro afirmou que participou de uma teleconferência com pesquisadores internacionais demonstrando a importância do medicamento [antídoto] sem mencionar qual foi essa teleconferência na sexta-feira [1/2], uma semana depois da tragédia e após minha insistência na questão, sem ter sido levada em consideração até aquele momento A hidroxicobalamina chegou dos Estados Unidos doada pelo governo daquele país, sábado à tarde.

O governo brasileiro pagou apenas o transporte

Foi uma semana muito difícil. Ninguém me dava ouvidos. Vários pesquisadores da UFRGS que tinham conhecimento na política, ajudaram na conscientização da necessidade de se importar o antídoto. Mas continuamos não tendo…

No incêndio no quartel de Cruz Alta [cidade próxima a Santa Maria, fato ocorrido em 6/5 que deixou dois soldados feridos] com sobreviventes, soldados, foram tratados com o que sobrou dos antídotos de Santa Maria

Tragédias de grandes proporções se repetirão, como a da Kiss. Temos que ter, imediatamente, política nacional de antídotos para evitar novas tragédias. Poderíamos ter importado na quinta, dois dias antes, e termos melhorado a saúde dos sobreviventes

O que ocorreu em Santa Maria foi uma grande tragédia, que sinaliza que muitas coisas precisam ser mudadas no país

Sobre tal antídoto, o Ministério da Saúde à época, procurado em 2014 por esta reportagem, justificou-se da seguinte maneira, vazia, através deste comunicado (parte do exposto mais acima):

HIDROXICOBALAMINA

O Brasil possui o medicamento, mas a apresentação que possui registro na Anvisa tem menor concentração da Vitamina B12.  O Ministério, que já vinha ofertando as melhores opções de tratamento disponíveis para a assistência desses pacientes,  resolveu trazer esse medicamento como forma de ampliar suas ações de assistência

É importante esclarecer que o uso da medicação aos pacientes vítimas do incêndio de Santa Maria dependeu da avaliação e  decisão de cada médico assistencial a partir da condição clínica respiratória e dos parâmetros metabólicos do paciente internado.

A decisão de submeter o paciente ao exame que detecta a exposição do paciente ao cianeto é uma decisão de cada clínica assistencial, a depender também da condição clínica e evolução do paciente internado. Em geral, os pacientes com complicação respiratória e que não apresentaram melhora foram submetidos ao exame para detectar a presença da substância. Em outros, foi optado iniciar o tratamento sem dosagem inicial, apenas com controle posterior.

É preciso esclarecer que de todos os pacientes que chegaram ao hospital, a grande maioria teve evolução favorável durante o processo de acompanhamento e assistência médica. A intoxicação por cianeto não é comum no Brasil, mas a hidroxicobalamina está em fase de estudo pela ANVISA para a liberação no país

Sobre a ausência da hidroxicobalamina, indigna-se repetidas vezes o dr. Smaniotto, do início a fim das inúmeras entrevistas pronta e gentil e prontamente concedidas:

Como se libera, via Anvisa, a comercialização da espuma de poliuretano, se é que foi mesmo liberada, sem haver antídoto contra cianeto em nenhum estado brasileiro? Sendo que a FISPQ [Ficha de Informação de Segurança para Produtos Químicos] informa que a ingestão de cianeto gera colapso cardiorrespiratório

Havia código da FISPQ na embalagem do produto? Uma vez autorizada comercialização do produto, junto da venda deveria ser informado também que libera cianeto se queimado, e o antidoto deveria estar disponível no pais. O fabricante deveria ter averiguado tudo isso. Não há no Brasil políticas de prevenção de catástrofes para este material

A explicação do Ministério da Saúde, conforme exposto mais acima, não foi nada convincente, jamais pontual. Nem se mostrou interessada em aclarar as controvérsias e nem em justificar as reclamações em Santa Maria. Em diversos momentos, os contatos desta reportagem com o Ministério da Saúde foram tensos, um clima desnecessariamente causado pelo referido órgão.

A Anvisa foi procurada por esta reportagem, eximindo-se de responsabilidade, passando-a ao Inmetro, também ouvido. Ambas as respostas serão assunto de uma das próximas publicações desta série, tratando da estrutura da Kiss e, especirfcamente, da espuma de poliuretano liberadora de gás cianeto.

Santa Maria: Dor de Pai e de Mãe

Todos os pais procurados por esta reportagem, disseram que não passam um dia sem se lembrar dos filhos, da tragédia, e chorar. Afirmam que aquele dia não passou, e acreditam que jamais passará.

Carina Correa lamenta, entre muita dor e choro diante deste autor: « Não aceito a morte da minha filha daquela maneira estúpida, como as vitimas dos nazistas na II Guerra Mundial ».

A odontologista Denise Darif relata com exclusividade a esta reportagem como foram os dias pré-tragédia, seus e da filha Thaís:

Cerca de duas semanas antes da tragédia, comecei a ler o livro Colecionador de Lágrimas de Augusto Cury, não conseguia parar de ler, e este mexeu muito comigo; houve momentos do livro que chorei muito como se fosse minha aquela dor, cheguei a comentar com a Thaís sobre o livro… Naqueles mesmos dias, comecei [em Guaraciaba] a sentir uma coisa estranha que me apertava o peito de tanta saudade dela [em Santa Maria], uma coisa sem explicação, visto que tínhamos estado juntas à poucos dias. Ela também me falou por várias vezes que estava com uma saudade absurda… E ela não era de se queixar… Falei prá ela vir prá casa, mas como tinha muitas provas ela achou melhor esperar pelas tão esperadas férias que já tínhamos planejado

No dia 26 fomos [o esposo, Rogério Darif, a filha menor, Giovanna, 6, e a dra. Denise] para Quilombo [SC] comemorar o aniversário do meu cunhado. Foi um dia agradável, meu sogro e sogra também estavam, conversamos muito, mas o assunto principal foi a Thaís. Falei muito dela, até eu mesma estranhei aquela vontade de falar tanto dela. Comentamos as tantas qualidades dela, o tanto que era uma filha querida, amiga, companheira e sempre tão presente na família… Naquele dia ela fez falta, pois sempre nos acompanhava… mal sabíamos nós que nunca mais ela estaria presente em corpo para nenhuma reunião familiar

No final da tarde falamos [Thaís e dra. Denise] por telefone, ela queria saber o telefone do dindo André que estava na praia para dar os parabéns para o afilhadinho Lucca. Este foi o último da família com quem ela falou. Meu irmão ainda comentou depois que ela foi a única pessoa com quem ele quis falar naquele dia

Estranhamente, passei muito mal naquela noite, vomitei muito sem motivo aparente e fui dormir cedo. Minha sogra depois comentou que passou a noite em claro, com uma agonia estranha…. Foram tantos avisos que não soubemos interpretar…

De manhã fomos acordados pelo celular pelo Beto, pai da Isabella que morava com a Thaís e também estava na boate [vítima fatal], avisando do incêndio… Daí por diante se instalou o desespero, tentativas inúteis de entrar em contato pelo celular dela… sem resposta. Neste momento pensei que realmente algo grave havia acontecido pois ela jamais deixaria de nos dar notícia numa situação destas…

Mas enquanto nos dirigíamos para Santa Maria, minha esperança era encontrá-la com vida em algum hospital… Foi um inferno, muitas notícias desencontradas… Algumas de que ela se encontrava em hospitais de cidades vizinhas… Até o momento em que entramos naquele ginásio e a reconhecemos entre os mortos… Daí por diante você sabe ou pode imaginar o nosso desespero…

De minha parte, posso dizer que ainda estamos vivendo porque precisamos criar nossa outra filha, ela não merece sofrer mais do que o óbvio… Mas vivemos numa gangorra violenta. Tem dias muito difíceis de suportar

Rogério Darif, pai de Thaís, conta o quanto a filha era doce e carinhosa através de histórias realmente surpreendentes, especialmente nos dias de hoje. Uma delas, de que a universitária andava sempre de mãos dadas com o pai pelas ruas: « As pessoas pensavam, ‘mas o que essa gatinha está fazendo com esse coroa?’ Ela nem dava bola. Era de uma doçura, de um apego à família, aos amigos… Todos, todos diziam que a Thaís não era deste mundo », emociona-se Rogério Darif.

Thaís havia passado em cinco vestibulares, entre eles o da Universidade Federal de Santa Catarina, e no da UFSM, escolhendo o interior gaúcho por não ter se adaptado à capital catarinense. Thaís era apaixonada pelos animais, quem defendia de todas as maneiras que podia, e por isso escolheu a carreira de Medicina Veterinária: « O sonho dela era aperfeiçoar o Grupo Amigo Bicho, jurou que cuidaria de tantos animais quanto pudessem », relata a dra. Denise.

Paulo de Carvalho indigna-se em várias ocasiões a exemplo de todos os pais, evidentemente, e uma delas se deu quando recorda:

No dia seguinte a tragédia o Jader [Marques, advogado do sr. Spohr] já veio declarando que ‘meu cliente » é inocente, a casa está regular, foi um acidente’, e mais um monte de bobagens. Ele não teve o mínimo respeito pelas vítimas, só pensou em seu cliente. E esse mesmo cliente foi para casa e postou no Facebook ou Twitter, que estava bem, que perdeu o negócio da vida dele mas estava bem, e respondeu aos seus amiguinhos que não se preocupassem, pois iria dormir e ver como faria…

País do Imponderável

As causas do incêndio da Kiss vão muito além de péssima estrutura da boate e da bem conhecida incapacidade organizacional neste país: dizem respeito ao excesso de irresponsabilidade, à ganância, ao descaso com vidas humanas e corrupção indiscriminada. Esta cadeia criminosa envolvendo os donos do poder, políticos, empresariais e midiáticos, seguirá sendo esmiuçada na série de reportagens que aqui se inicia, e ficará totalmente claro nas próximas reportagens o que está por trás da tragédia em Santa Maria, a qual vai muito além de acidente.

Algo que a « Justiça », até agora, não quis enxergar por nada, muito pelo contrário: arquivou processos, reabertos em algumas ocasiões (logo encerrados no calar da noite) apenas por pressão popular na cidade da tragédia. E, não por mera coincidência, a mídia em geral – jornalões, jornalecos e saitecos, alguns destes dois últimos « alternativos » apenas no tamanho nanico e no tendencionismo politiqueiro – não exerce a mínima cobrança sobre o Poder Público e o empresariado que não enxerga nada em seus horizontes que não sejam cifras.

Mídia brasileira serventuária dos podres poderes que a sustentam, a qual jamais praticou a natureza jornalística neste caso do incêndio da Kiss: investigar seria e duradouramente as implicações do segundo incêndio mais mortal da história do Brasil, o mais mortal dos últimos 50 anos no país. E nem sequer tem noticiado, jamais, a pressão popular em Santa Maria, muito pouco as questões jurídicas, quase nada as implicações da tragédia a não ser os mesmos gráficos da boate de sempre envolvendo, rasamente, sua estrutura – posição do palco, da porta de saída, o teto incendiado, as vítimas.

Em sua cobertura da tragédia de Santa Maria, a norte-americana CNN afirmou que o mundo não havia aprendido com os erros do passado. Hoje, o Brasil do jeitinho, da ausência de memória e de mobilização não aprendeu rigorosamente nada, nem se mostra, um ano depois, disposto a aprender com o incêndio de tais proporções.

Enquanto isso em Santa Maria, o novo inquérito com o intuito de apontar pontos desconsiderados no anterior, dois meses após a tragédia, foi concluído em 18 de julho de 2014, indiciando a 22 pessoas. Onze por falsidade ideológica, uma por prevaricação, uma por fraude processual, três por falso testemunho e seis por crime ambiental, sendo três deles funcionários públicos: o ex-secretário e o secretário-adjunto do Meio Ambiente de Santa Maria, e um ex-servidor da pasta (reportagem Polícia Civil Indicia Mais 18 Pessoas por Tragédia na Boate Kiss).

Nenhum culpado está condenado pela « Justiça » brasileira, quatro anos após a tragédia. Neste sentido, indigna-se Paulo de Carvalho:

Não é interessante termos que lutar por algo tão óbvio? Temos que mostrar a juízes e promotores: Olha! A prova esta aqui, na sua frente.

De que mais a justiça precisa? Essa pergunta é crucial. O inquérito policial foi exemplar, levantou e apurou as denúncias em 55 dias, incriminou 28 pessoas, todas pelo inquérito deveriam estar presas e muitas outras apareceriam, fariam uma limpeza na cidade. Mas a Justiça, ah, a justiça… Sempre ela!

Edu Montesanti

edumontesanti.skyrock.com

Ver fotos: http://blogoosfero.cc/luciocabral/bomjardimpe.com/fotos-e-video-do-velorio-da-tragedia-da-boate-kiss-santa-maria-rs

 

 

Documentos da Polícia Civil de Santa Maria - Necropsia e Espuma da Boate da Morte

Documentos da Polícia Civil de Santa Maria - Necropsia e Espuma da Boate da Morte

Documentos da Polícia Civil de Santa Maria - Necropsia e Espuma da Boate da Morte
Documentos da Polícia Civil de Santa Maria - Necropsia e Espuma da Boate da Morte

Edu Montesanti  é autor do livro Mentiras e Crimes da « Guerra ao Terror » (2012). Escreve para a revista Caros Amigos (Brasil), Pravda BrasilPravda Report (Rússia) e Global Research  (Canadá). Escreveu para Truth Out (Estados Unidos), Diário Liberdade (Espanha), Observatório da Imprensa (Brasil) e Nolan Chart (Estados Unidos). É professor de idiomas, tradutor do sítio das Abuelas de Plaza de Mayo (Argentina) e da Revolutionary Association of the Women of Afghanistan. Foi tradutor do sítio da ativista e escritora afegã Malalaï Joya, ex-parlamentar expulsa injustamente do cargo pelos senhores da guerra.  Ex-atleta de futebol – equipe juvenil do São Paulo F.C. campeã paulista de 1991, entre outras com curtas passagens pelo futebol profissional de Paraguai e Argentina -, realizou trabalho voluntário de natação e auxílio em hidroterapia em favor do Centro para a Integração Esportiva do Deficiente Físico (Ciedef), na Academia Companhia Athlética e no Centro Olímpico de Treinamento e Pesquisa de São Paulo, onde realizou curso de Medicina Esportiva. Fez trabalhos evangelísticos com Atletas de Cristo através de palestras e jogos beneficentes em institutos, escolas, igrejas e na extinta Casa de Detenção – Carandiru de São Paulo. Tem sido palestrante sobre Mentiras e Crimes da « Guerra ao Terror » www.edumontesanti.skyrock.com 

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Le processus de militarisation des États-Unis et de la planète s’est intensifié avec les propos tenus par le nouveau président des USA dans les cadres du 1er discours qu’il a prononcé devant les membres du Congrès le 28 février 2017. La campagne présidentielle et la période de transition nous avaient préparé à entendre des déclarations fracassantes sur la gouvernance à venir des États-Unis et sur leurs relations avec le reste du monde. Ce libellé du Chef de la Maison Blanche a été l’objet d’une profusion d’analyses dans le monde. Dans son ensemble, ce discours peut être caractérisé comme étant un énoncé de grands principes, un renforcement significatif du complexe militaro-industriel étasunien qui embrasse terre, ciel et mer, un renforcement qui cherche à assurer une plus forte domination des USA sur le reste de la planète.

Cette domination va nécessiter des USA plus forts et dotés d’une fierté nationale renouvelée. Un renforcement « militarisé » des frontières créera une forteresse bien scellée et placée sur un système de surveillance à toutes épreuves. Une réforme de l’immigration sera l’un de ces ingrédients pour assurer la sécurité nationale, une sécurité menacée par les extrémistes islamistes selon les propos mêmes du Président :

«Notre obligation est de servir, protéger et défendre les citoyens des États-Unis. Des mesures énergiques sont prises pour protéger notre nation contre le terrorisme islamiste radical … Nous ne pouvons pas permettre la formation du terrorisme à l’intérieur de l’Amérique – nous ne pouvons pas permettre à notre nation de devenir un sanctuaire pour les extrémistes.» (« Our obligation is to serve, protect, and defend the citizens of the United States. We are also taking strong measures to protect our Nation from Radical Islamic Terrorism…We cannot allow a beachhead of terrorism to form inside America — we cannot allow our Nation to become a sanctuary for extremists ».)

De nombreux combats seront livrés afin de faire des USA l’eldorado qu’ils ont été dans le passé. Aujourd’hui, l’image de cette  démocratie est fortement ternie par l’insécurité, la violence armée et l’implosion sociale. Cette situation est due au fait que la majorité des Étatsuniens vivent sous le seuil de la pauvreté ou un peu au-dessus et ce en faisant appel à l’aide sociale. Le Président propose de régler les problèmes de l’américain moyen en créant des millions d’emplois bien rémunérés et il fera appel, pour ce faire, à des chantiers gigantesques de construction d’infrastructures et il s’assurera que les entreprises investissent sur le territoire national.

Nous proposons, dans ce bref exposé, de reprendre les paroles du Président afin d’être en mesure de comprendre davantage la portée de ses énoncés. Nous avons retenu, notamment, un renforcement des frontières accompagné par une réforme agressive de l’immigration, une gouvernance dictatoriale avec le slogan cher aux dictatures, la «Loi et l’Ordre»  («Law and Order»), une économie fortement orientée sur l’entreprise américaine avec une obligation d’y investir en priorité.

Le discours du Président Donald Trump se résume par :

– Un renforcement des frontières.

– Une gouvernance dictatoriale.

– Des millions d’emplois bien rémunérés pour la classe moyenne.

– L’abrogation de l’Obama Care.

– Un budget de la Défense le plus élevé de l’histoire du pays. À l’OTAN est adressée une profession de foi

(Note : Les citations du discours en anglais se trouvent dans des encadrés et la traduction est de l’auteur.)

Pour revoir le premier discours du président Trump au Congrès traduit en français, 1er mars 2017 :

http://ici.radio-canada.ca/audio-video/media-7665784/lintegrale-du-discours-dassermentation-de-donald-trump

Également disponible sur Youtube :

1) Un renforcement des frontières terrestres, maritimes et aériennes, lui-même accompagné par une réforme agressive de l’immigration

Un contrôle plus serré des mesures entourant les programmes de l’immigration accompagné par la déportation des illégaux vers le Mexique qualifiée par le Président d’opération militaire va se matérialiser avec le prolongement de la  construction du Mur du Sud. Ces propos ont été martelés par le Président durant la campagne présidentielle. Il a eu même l’audace de proposer que les coûts de la construction de l’ouvrage soient assumés par le Mexique, ce mur désigné par les Mexicains comme étant le Mur de la Honte ou « el Muro de la  Vergüenza » :

« Au même moment, mon administration a répondu aux demandes du peuple américain pour un renforcement de l’immigration et de la sécurité des frontières. En appliquant enfin nos lois sur l’immigration, nous allons augmenter les salaires, aider les chômeurs, économiser des milliards de dollars, et  rendre nos collectivités plus sûres pour tout le monde. Nous voulons que tous les Américains puissent réussir, ce qui ne peut pas se produire dans un environnement marqué par un chaos anarchique. Nous devons rétablir l’intégrité et la primauté du droit à nos frontières. Pour cette raison, nous allons bientôt commencer la construction d’un grand mur le long de notre frontière sud. Il sera lancé et finalisé avant l’échéance  et, une fois terminé, il sera une arme très efficace contre la drogue et le crime ».(1)

2) Une gouvernance dictatoriale : Law and Order – Un slogan cher aux dictatures

 

Le Président Trump a affiché, à cette occasion, le ton et la fermeté d’un dictateur en parlant d’unité et de puissance et en répétant le slogan « Law and Order » comme étant un incontournable dans sa recherche d’une gouvernance renouvelée :

« Je suis ici ce soir pour délivrer un message d’unité et de force, et il est un message livré profondément du fond de  mon cœur … Ce que nous voyons aujourd’hui est le renouveau de l’esprit américain … Nos alliés trouveront que l’Amérique est à nouveau prête à être le leader  des nations … Un nouveau chapitre de l’American Greatness commence maintenant … Toutes les nations du monde – amis ou ennemis – trouveront que l’Amérique est forte, l’Amérique est fière, et l’Amérique est libre ».(2)

3) Des millions d’emplois bien rémunérés pour la classe moyenne donneront des milliards de dollars pour les mieux nantis. Les règles de l’économie de marché continueront de s’appliquer dans un système capitaliste débridé

Le monde du travail est fortement affecté par le chômage :

« Ce soir, comme je décris les prochaines étapes que nous devons franchir  en tant que pays, nous devons honnêtement reconnaître les circonstances dont nous avons héritées. Quatre-vingt-quatre millions d’Américains ne sont pas sur le marché du travail. Plus de 43 millions de personnes vivent aujourd’hui dans la pauvreté, et plus de 43 millions d’Américains sont sur les timbres alimentaires. Plus d’une personne sur cinq dans sa première année de travail ne travaille pas. »(3)

Pour la classe moyenne des millions d’emplois bien rémunérés :

« Pendant trop longtemps, nous avons regardé notre classe moyenne se rétrécir en exportant des emplois et de la richesse vers les pays étrangers … » Depuis mon élection, Ford, Chrysler, General Motors, Sprint, Softbank, Lockheed, Intel, Walmart, et bien d’autres, ont annoncé qu’ils vont investir des milliards de dollars aux États-Unis et vont créer des dizaines de milliers de nouveaux emplois américains … Nous avons ouvert la voie à la construction de Keystone et Dakota Acces Pipelines – créant ainsi des dizaines de milliers d’ emplois – et j’ai publié une nouvelle directive pour que les  nouveaux pipelines américains soient faits avec de  l’acier américain … Nous avons retiré les États-Unis de l’Accord de Partenariat Trans-Pacifique tueur d’emplois … pour lancer notre reconstruction nationale, je vais demander au Congrès d’approuver une loi qui permettra un investissement de $1000000000000  dans les infrastructure des États-Unis, financé par des capitaux publics et privés et créant des millions de nouveaux emplois ».(4)

Cet effort sera guidé par deux principes fondamentaux: Buy American and Hire American.(3)

Par contre que réserve-t-il pour les riches? Des baisses d’impôts pour les entreprises génératrices de millionnaires. La genèse sans fin de la phalange des millionnaires battra son plein, car il réserve pour eux un allègement de leur fardeau fiscal et des autres impositions.

4) L’abrogation de l’Obamacare

Durant la campagne présidentielle il n’a pas cessé de vilipender le système de santé implanté sous l’Administration Obama et il a exprimé avec vigueur sa détermination à y mettre fin le plus rapidement possible :

L’Obamacare s’effondre — et nous devons agir de manière décisive pour protéger tous les Américains. L’action n’est pas un choix — elle est une nécessité. Donc, je fais appel à tous les démocrates et les républicains au Congrès à travailler avec nous pour sauver les Américains de cette implosion catastrophe Obamacare.

Voici les principes qui devraient guider le Congrès pour la création d’un meilleur système de soins de santé pour tous les Américains:

Tout d’abord, nous devons nous assurer que les Américains avec des conditions préexistantes ont accès à une couverture, et que nous avons une transition stable pour les Américains actuellement inscrits dans les échanges de soins de santé.

Deuxièmement, nous devions aider les Américains à se procurer leur couverture, par l’utilisation des crédits d’impôt et des comptes d’épargne-santé élargis — mais il doit être le plan qu’ils veulent, pas le plan forcé sur eux par le gouvernement.

Troisièmement, nous devrions donner à nos grands gouverneurs d’État les ressources et la flexibilité dont ils ont besoin avec Medicaid pour s’assurer que personne ne soit laissé de côté.

Quatrièmement, nous devons mettre en œuvre des réformes juridiques qui protègent les patients et les médecins des coûts inutiles qui font grimper le prix de l’assurance – et contribuent à faire baisser le prix artificiellement élevé des médicaments et à les rabaisser immédiatement.

Enfin, le temps est venu de donner aux Américains la liberté d’acheter une assurance maladie à travers les lignes d’état — créer un marché véritablement concurrentiel national. Cela apportera ainsi des coûts vers le bas et permettra de meilleurs soins. (5)

5) Un budget de la Défense le plus élevé de l’histoire du pays

Le nouveau Président a réservé le dernier élément de son discours pour les vétérans et les forces armées, des soins pour les premiers qui en ont grandement besoin et un budget de la Défense majoré de façon considérable pour les deuxièmes avec une hausse immédiate de 54 milliards de dollars ajoutés à un budget annuel de 600 milliards de dollars et ce afin de rebâtir les forces affaiblies des États-Unis.(6)

Cette hausse du budget de la Défense  serait compensée par des coupes massives dans les budgets des autres agences gouvernementales.

Des porte-avions additionnels pour la Marine

Le Président souhaite que sa marine fasse l’acquisition de 12  porte-avions : « Il a déjà déclaré qu’il souhaitait une marine américaine à 350 navires et sous-marins dans les prochaines années, contre un objectif fixé à 310 navires par l’administration Obama, et un niveau actuel de 274 bateaux (lapresse.ca). En bref, dans l’immédiat, le Président veut faire l’acquisition de 12 unités opérationnelles de porte-avions qui seront ajoutées aux dix unités présentement en service…

Figure 2. L’hélicoptère présidentiel Marine One se pose sur le USS Gerald R. Ford, jeudi, à Newport News, en Virginie.

PHOTO AFP

Source : http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201703/02/01-5074934-trump-veut-12-porte-avions-pour-sa-marine.php 

6). Quelques éléments de la politique étrangère. À l’OTAN est adressée une profession de foi

Le Président qui avait qualifié l’OTAN comme étant une institution obsolète durant la campagne présidentielle est venu, devant les membres du Congrès, apporter son support à cette Alliance militaire et prier instamment les membres de payer leur juste part des coûts engendrés par ses activités à travers la planète:

« Notre politique étrangère exige un engagement direct, robuste et significatif avec le monde. Il correspond au leadership américain sur la base des intérêts de sécurité vitaux que nous partageons avec nos alliés à travers le monde. Nous soutenons fermement l’OTAN, une alliance forgée par le lien de deux guerres mondiales. Elle a détrôné le fascisme et livré une guerre froide qui a vaincu le communisme. Mais nos partenaires doivent respecter leurs obligations financièresEt maintenant, sur la base de nos discussions très fortes et franches, ils commencent à le faire. Nous nous attendons que nos partenaires, que ce soit dans l’OTAN, au Moyen-Orient ou dans le Pacifique, à ce qu’ils assument un rôle direct et significatif dans les deux opérations stratégiques et militaires et qu’ils paient leur juste part des coûts ».(7)

Il a pratiquement ordonné aux membres de l’UE de procéder à une augmentation de leurs dépenses militaires.

Selon Jordan Shilton, « le président Donald Trump devrait dévoiler une vaste escalade de l’implication militaire américaine en Syrie et en Irak, y compris la création éventuelle de « zones sûres » qui nécessiteraient une intervention militaire importante pour les faire respecter ».

Conclusion

Le monde capitaliste est ébranlé. Le pouvoir impérialiste se déchaîne. Les limites de l’acceptable sont poussées à l’extrême. Comment les citoyens américains pourront-ils vivre désormais dans un environnement de grande  turbulence et comment seront-ils dorénavant accueillis à l’étranger? Ils seront davantage considérés comme les plus puissants et ils auront « un accès libre » à toutes les ressources stratégiques avec l’appui inconditionnel des pays amis y compris les pays musulmans « amis ». Les autres, animés par une certaine résistance, devront se soumettre et collaborer. Là se trouve un avertissement sévère et menaçant pour le reste de la planète avec un renforcement du pouvoir impérialiste des États-Unis en neutralisant l’influence grandissante des BRICS en nous éloignant du monde multipolaire.

La réplique du Sénateur Sanders s’est faite en deux temps : Une première décrivant ce que le Président a omis de dire dans son discours et qu’il aurait dû dire étant donné les promesses qu’il avait faites durant la campagne présidentielle et la seconde faisant des commentaires sur les propos qu’il a tenus.

Il a souligné ce qu’il n’a pas dit (des promesses faites durant la campagne présidentielle) et, notamment, les éléments suivants :

–  Aucune mention concernant  la santé et la sécurité sociale, des éléments phares de sa campagne à la Présidence;

–  Pas un mot sur les inégalités sociales les plus fortes observées présentement dans toute l’histoire des États-Unis;

–  Pas un seul mot sur la problématique des changements climatiques et sur les décisions déjà prises dans ce domaine qui vont plutôt accroître la dépendance des USA vis-à-vis des énergies fossiles. La lutte nécessaire contre les changements climatiques – Les changements climatiques sont réels et sont causés par l’homme;

« Quand Trump a dit que nous devons promouvoir l’air pur et l’eau propre, j’ai eu du mal à ne pas rire », écrivait-il. Pourquoi? Sanders a expliqué plus dans sa vidéo Facebook Live sur l’adresse de Trump. « Parce que ce jour-là, il a signé un ordre exécutif annulant les règles du président Obama sur l’eau potable et a nommé l’administrateur de l’EPA le plus anti-environnemental dans l’histoire de notre nation, a déclaré Sanders. Le 28 février, le même jour que son adresse, Trump a déménagé pour se débarrasser d’une règle qui pourrait définir quels petits plans d’eau qui soient soumis à l’autorité fédérale sous la Loi de l’eau propre. Et le chef actuel de l’EPA, Scott Pruitt, a été décrit comme un «adversaire juridique chevronné de l’agence » qui aidera à «démanteler les grandes réglementations sur le changement climatique et l’eau potable (Bernie Sanders).(8)

En somme, le constat général du contenu du discours a été fort bien résumé par Stephen Lendman :

Son discours mardi a porté surtout à rendre les États-Unis plus sûrs pour Wall Street, les profiteurs de guerre et d’autres prédateurs corporatifs. Il a été très court sur ce qui est le plus nécessaire pour servir tous les Américains équitablement et promouvoir la paix mondiale.

Jules Dufour

Pour consulter le texte intégral du discours du Président Donald Trump devant le Congrès le 28 février 2017.

En ligne : http://www.ibtimes.co.uk/full-text-donald-trumps-first-address-congress-1609115

2) Pour écouter la réplique du Sénateur Bernie Sanders.

En ligne :

http://www.journaldequebec.com/2017/03/01/video-bernie-sanders-saute-un-cable-et-repond-a-trump-sur-facebook-apres-son-discours-devant-le-congres

Notes

(1)  « At the same time, my Administration has answered the pleas of the American people for immigration enforcement and border security. By finally enforcing our immigration laws, we will raise wages, help the unemployed, save billions of dollars, and make our communities safer for everyone. We want all Americans to succeed — but that can’t happen in an environment of lawless chaos. We must restore integrity and the rule of law to our borders ». « For that reason, we will soon begin the construction of a great wall along our southern border. It will be started ahead of schedule and, when finished, it will be a very effective weapon against drugs and crime ».

(2)« I am here tonight to deliver a message of unity and strength, and it is a message deeply delivered from my heart…What we are witnessing today is the Renewal of the American Spirit…Our allies will find that America is once again ready to lead… A new chapter of American Greatness is now beginning…All the nations of the world — friend or foe — will find that America is strong, America is proud, and America is free ».

(3)«For too long, we’ve watched our middle class shrink as we’ve exported our jobs and wealth to foreign countries…« Since my election, Ford, Fiat-Chrysler, General Motors, Sprint, Softbank, Lockheed, Intel, Walmart, and many others, have announced that they will invest billions of dollars in the United States and will create tens of thousands of new American jobs…We have cleared the way for the construction of the Keystone and Dakota Access Pipelines — thereby creating tens othousands of jobs — and I’ve issued a new directive that new American pipelines be made with American steel…We have withdrawn the United States from the job-killing Trans-Pacific Partnership…To launch our national rebuilding, I will be asking the Congress to approve legislation that produces a $1 trillion investment in the infrastructure of the United States — financed through both public and private capital — creating millions of new jobs ». This effort will be guided by two core principles: Buy American, and Hire American.»

(4)« Tonight, as I outline the next steps we must take as a country, we must honestly acknowledge the circumstances we inherited. Ninety-four million Americans are out of the labor force. Over 43 million people are now living in poverty, and over 43 million Americans are on food stamps. More than 1 in 5 people in their prime working years are not working ».

(5)Obamacare is collapsing — and we must act decisively to protect all Americans. Action is not a choice — it is a necessity. 

So I am calling on all Democrats and Republicans in the Congress to work with us to save Americans from this imploding Obamacare disaster. Here are the principles that should guide the Congress as we move to create a better healthcare system for all Americans: First, we should ensure that Americans with pre-existing conditions have access to coverage, and that we have a stable transition for Americans currently enrolled in the healthcare exchanges. Secondly, we should help Americans purchase their own coverage, through the use of tax credits and expanded Health Savings Accounts — but it must be the plan they want, not the plan forced on them by the Government. Thirdly, we should give our great State Governors the resources and flexibility they need with Medicaid to make sure no one is left out. Fourthly, we should implement legal reforms that protect patients and doctors from unnecessary costs that drive up the price of insurance — and work to bring down the artificially high price of drugs and bring them down immediately. Finally, the time has come to give Americans the freedom to purchase health insurance across State lines — creating a truly competitive national marketplace that will bring cost way down and provide far better care.

(6) « Finally, to keep America Safe we must provide the men and women of the United States military with the tools they need to prevent war and — if they must — to fight and to win.I am sending the Congress a budget that rebuilds the military, eliminates the Defense sequester, and calls for one of the largest increases in national defense spending in American history. My budget will also increase funding for our veterans.

« Dying industries will come roaring back to life. Heroic veterans will get the care they so desperately need. Our military will be given the resources its brave warriors so richly deserve ». Our veterans have delivered for this Nation — and now we must deliver for them.

The challenges we face as a Nation are great. But our people are even greater. And none are greater or braver than those who fight for America in uniform.

(7)« Our foreign policy calls for a direct, robust and meaningful engagement with the world. It is American leadership based on vital security interests that we share with our allies across the globe. We strongly support NATO, an alliance forged through the bonds of two World Wars that dethroned fascism, and a Cold War that defeated communism. But our partners must meet their financial obligations ».

« And now, based on our very strong and frank discussions, they are beginning to do just that. We expect our partners, whether in NATO, in the Middle East, or the Pacific — to take a direct and meaningful role in both strategic and military operations, and pay their fair share of the cost ».

(8)Traduction google

 

Références

AFP. 2017. Trump veut 12 porte-avions pour sa marine. LA PRESSE.CA. Le 2 mars 2017. En ligne : http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201703/02/01-5074934-trump-veut-12-porte-avions-pour-sa-marine.php

AFP. 2017. États-Unis. Des conservateurs contre la réforme de la santé. Journal Le Devoir, le 8 mars 2017, p. B 5.

BFMTV. 2017. Face au Congrès, le premier discours devant le Congrès sans dérapage. Le 1er mars 2017. En ligne : http://www.bfmtv.com/international/face-au-congres-le-premier-discours-de-donald-trump-sans-derapage-1112549.html

CARTALUCCI, Tony. 2017. Le nouveau conseiller à la sécurité nationale, le général McMaster. Un perroquet du complexe militaro-industriel. Mondialisation.ca, le 2 mars 2017 et New Eastern Outlook, le 22 février 2017. En ligne : http://www.mondialisation.ca/le-nouveau-conseiller-a-la-securite-nationale-le-general-mcmaster-un-perroquet-du-complexe-militaro-industriel/5577686

DUFOUR, Jules. 2006. La recherche de la sécurité par les fortifications, la surveillance des frontières et les murs: une illusion. Le 23 octobre 2006. En ligne :

http://www.mondialisation.ca/la-recherche-de-la-s-curit-par-les-fortifications-la-surveillance-des-fronti-res-et-les-murs-une-illusion/3579

DUFOUR, Jules. 2006. La búsqueda de la seguridad por medio de las fortificaciones, la vigilancia de fronteras y los muros; Una ilusión. Global Research, December 15, 2006. Mondialisation.ca 15 December 2006. En ligne : http://www.globalresearch.ca/la-b-squeda-de-la-seguridad-por-medio-de-las-fortificaciones-la-vigilancia-de-fronteras-y-los-muros-una-ilusi-n/4157

DUFOUR, Jules. 2014. Le réseau mondial des bases militaires US. Les fondements de la terreur des peuples ou les maillons d’un filet qui emprisonne l’humanité. Mondialisation.ca. Le 4 octobre 2007 et le 21 mars 2014. En ligne : http://www.mondialisation.ca/le-reseau-mondial-des-bases-militaires-us/5331393

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Vidéos :

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THE REAL NEWS NETWORK. 2017. Bernie Sanders’ Response To Trump’s Speech To Congress, En ligne : http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=18550

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L’UNICEF a rapporté la semaine dernière qu’un grand nombre de personnes fuyant la guerre et la famine en Afrique subsaharienne transitent par la Libye dans un effort désespéré pour atteindre l’Europe.

Environ 80.000 réfugiés, dont 25.000 enfants, ont quitté les ports libyens pour franchir la Méditerranée et pénétrer dans le sud de l’Europe l’année dernière. Quatre mille d’entre eux ont péri au cours de la traversée.

Trois-cent-vingt autres réfugiés sont morts lors de la tentative de traversée au cours des deux premiers mois de 2017, soit une augmentation de 300% par rapport à la même période en 2016. Environ 16.000 réfugiés africains ont traversé la Méditerranée vers l’Italie depuis la Libye cette année, soit près du double qu’à la même période l’an dernier. Vingt-deux réfugiés d’Afrique subsaharienne ont été tués mardi et 100 blessés lors d’affrontements entre les passeurs le long du littoral méditerranéen de la Libye.

Le Centre de contrôle des déplacements internes (IDMC) a annoncé en janvier qu’il y a 5,5 millions d’Africains actuellement réfugiés dans d’autres pays, et que 11 millions d’Africains sont déplacés dans leur pays d’origine. Selon le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, 18 millions de personnes vivant en Afrique subsaharienne risquent de devenir des réfugiés au cours de la prochaine année.

La vague de réfugiés provient principalement de pays où les États-Unis et leurs alliés européens sont intervenus le plus agressivement. En Afrique, tout comme au Moyen-Orient, des décennies de guerre impérialiste ont détruit des sociétés entières et transformé de larges couches de la population en réfugiés. C’est le facteur le plus important qui sous-tend l’exode de personnes dépossédées qui luttent actuellement pour atteindre les rivages européens.

La Libye, qui a été détruite et plongée dans le chaos par la guerre des États-Unis et de l’OTAN de 2011, est devenue l’épicentre de la crise des réfugiés en Afrique. Les routes de trafic de réfugiés en provenance de l’Afrique subsaharienne convergent vers le pays, qui a un long littoral méditerranéen et pratiquement aucune autorité fonctionnelle. Un nombre croissant de réseaux criminels et de milices extrémistes se spécialisent dans le transport des réfugiés et leur soutirent de l’argent. Alors que la majorité de la société libyenne reste dans le chaos, un système de centres de détention, y compris des camps à but lucratif gérés par des milices, a réussi à s’imposer.

«Il y a des dizaines de prisons illégales sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. Il y en a au moins treize à Tripoli. Elles sont gérées par les puissantes milices armées», a déclaré un responsable de la police libyenne à l’UNICEF, cité dans le rapport de l’organisation, «La Méditerranéeun voyage mortel pour les enfants».

En Ouganda, 120.000 réfugiés sud-soudanais ont traversé la frontière en fuyant la guerre au cours des deux derniers mois seulement. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a rapporté cette semaine que des milliers de Sud-Soudanais fuient le pays chaque jour.

La guerre civile du Soudan du Sud, qui continue depuis 2013 entre factions d’un régime installé par Washington en 2011, cause un effondrement social sans précédent. La violence perturbe mortellement la vie économique, causant la famine et a forcé 1,5 million de personnes à fuir le pays.

La guerre du Soudan du Sud entraîne «la destruction de tout le tissu social dans toutes les régions du pays», selon un rapport secret du secrétaire général des Nations Unies divulgué au Washington Post lundi. Le gouvernement sud-soudanais à Juba interdit à l’aide humanitaire d’atteindre les régions qui en ont besoin, selon le secrétaire humanitaire de l’ONU, Stephen O’Brien.

En janvier, des préparatifs pour des frappes aériennes par les avions de chasse américains F-16 basés à Djibouti ont commencé. Certains avancent que ces frappes pourraient être dirigées contre des cibles au Soudan du Sud.

La guerre dans le nord du Nigeria produit une autre catastrophe humanitaire qui est parmi les pires en Afrique. Des responsables de l’ONU ont rapporté lundi que cinq millions de Nigérians du nord ont besoin de nourriture dans les provinces de Borno, Yobe et Adamawa, et deux millions de Nigérians pourraient mourir de faim durant la prochaine année.

Les États-Unis ont un rôle de plus en plus important dans la guerre nigériane. L’administration Obama a progressivement élargi la présence des troupes américaines dans les pays voisins. En mai 2014, l’administration Obama a envoyé 80 soldats de l’armée de l’air américaine au Tchad, sous prétexte de chercher des écolières nigérianes enlevées par Boko Haram. En mars 2015, une armée tchadienne soutenue par les États-Unis a envahi le nord du Nigeria et s’est emparée de plusieurs villes.

En mai 2015, la Maison-Blanche a autorisé des opérations militaires américaines directes au Nigeria. En octobre 2015, le département américain de la Défense a envoyé 300 soldats au Cameroun, le long de la frontière orientale du Nigeria.

En novembre dernier, le général américain d’AFRICOM, Donald Bolduc, a déclaré au New York Times que le bassin du lac Tchad, là où les frontières du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun se rejoignent, est en train de devenir «l’épicentre de la lutte contre l’Islam militant en Afrique». Selon l’Organisation internationale pour les migrations, 2,6 millions des 30 millions d’habitants du bassin du lac Tchad sont déjà déplacés à cause de la violence militaire.

Bien que présentée comme la faute de «l’islam radical», la crise des réfugiés en Afrique s’est, en réalité, développée à partir de la crise du capitalisme mondial et de l’éruption mondiale du militarisme américain. La transformation de millions d’Africains en réfugiés sans-abri, fuyant pour sauver leur vie, est avant tout la responsabilité de la classe dirigeante américaine et des agressions stratégiques criminelles qu’elle a poursuivies au cours des deux dernières décennies et demie.

Avant les années 1990, l’existence de l’Union soviétique imposait des contraintes aux efforts de l’impérialisme américain pour dominer l’Afrique. La fin de l’URSS supprima un obstacle politique qui empêchait les puissances impérialistes de poursuivre la reconquête militaire de leurs anciennes colonies. Elle a marqué le début d’une nouvelle tentative de rediviser et d’asservir les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Depuis 25 ans, Washington cherche à réorganiser violemment la société et la politique africaines conformément aux intérêts du capitalisme américain. Les élites nationales africaines se sont avidement adaptées à la nouvelle situation et se sont enrichies au milieu de la propagation de la guerre et de la famine. Elles accueillent de plus en plus de soldats des États-Unis et de l’OTAN en Afrique et ont ouvert leur économie à une exploitation illimitée par le capital étranger.

Aujourd’hui, des décennies après l’«indépendance» et la décolonisation de l’Afrique, des milliers de troupes américaines sont stationnées en permanence sur le continent. Les États-Unis maintiennent une infrastructure militaire élaborée dans de vastes régions de l’Afrique, y compris des «bases avancées» et des «positions de sécurité» au Burkina Faso, au Cameroun, en République centrafricaine, au Djibouti, en Éthiopie, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Mali, au Niger, au Sénégal, aux Seychelles, en Somalie, au Soudan du Sud et en Ouganda.

Richard Reeve, le directeur de sécurité d’Oxford Research Group a dit: «AFRICOM, en tant que nouveau commandement, est fondamentalement un laboratoire pour un genre différent de guerre et une manière différente de positionner les forces… Il y a une myriade de «lilly pads» [nénuphars] ou de petites bases d’opérations avancées… vous pouvez donc étaler un petit nombre de forces sur une très grande surface et concentrer ces forces assez rapidement quand c’est nécessaire.»

Cette semaine, des exercices de guerre conjoints américano-africains se déroulent le long de la frontière nigériane, impliquant des milliers de soldats américains et africains, dont des forces du Burkina Faso, de la Tunisie, du Cameroun, de la Mauritanie, du Maroc et du Tchad.

Thomas Gaist

Article paru en anglais, WSWS, le 9 mars 2017

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Violence sexuelle: et si la famille écoutait?

mars 10th, 2017 by Claude Jacqueline Herdhuin

Les conséquences de la violence sexuelle et du viol n’ont pas de limites dans le temps. La victime devra vivre avec ses traces, physiques et psychologiques toute sa vie. Je parle de traces, car il s’agit bien de l’empreinte laissée par l’agresseur, indélébile comme une marque au fer rouge. Cette marque, invisible pour les autres, agit comme un miroir déformant. Un miroir qui empêche la victime de se voir et de voir la vie, telle qu’elle est, et qui la tient enfermée dans sa prison. Survivre à un viol est un combat de chaque minute. Il n’y a plus d’intégrité du corps et le bien-être psychologique a disparu à la minute où l’agresseur a terminé de commettre son acte. Commence alors un long chemin de croix : souvent, la victime ne sait pas vers qui se tourner. Quand elle ose parler, on ne la croit pas. Si, par chance, quelqu’un tient ses dires pour véridiques et l’encourage à porter plainte, elle doit affronter sa honte et le doute des autorités. En effet, quand une victime parle, la première réaction des interlocuteurs est de douter. La victime est menteuse, où c’est de sa faute.

Être violée quand on est adulte est probablement l’expérience la plus destructrice. Cela anéantit à la fois l’intégrité du corps et de son intimité, mais aussi l’image de soi. On devient morcelé. Plus jamais on ne sera la même personne. La honte, fortement alimentée par les propos généralement tenus au sujet des femmes abusées sexuellement, gruge peu à peu la confiance en soi.

Mais qu’en est-il quand on est enfant? Comment survivre à un acte barbare, souvent commis par un proche? Comment comprendre qu’on n’est pas responsable? L’agresseur utilise la force, la violence physique, la séduction ou la manipulation. « C’est un secret. » « Tu es aussi coupable que moi, si tu parles… » Un oncle, un frère aîné, un père. La famille devrait être l’endroit où un enfant se sent le plus en sécurité. Les parents devraient être vigilants et les premières personnes à écouter leur enfant. Pourtant, c’est loin d’être la réalité. Combien de familles ferment les yeux, nient ce qu’elles soupçonnent ou voient? Combien de familles trouvent qu’une fillette est bien difficile! « Elle a mauvais caractère », dit-on pendant les réunions familiales. « Elle est bizarre. »Si, devenue adulte, la victime trouve le courage et la force de parler, la famille a tendance à l’ignorer, à la traiter de menteuse. En agissant de la sorte, la victime est condamnée pour un acte dont elle n’est pas responsable. Condamnée par les personnes qui devraient la protéger. Je pense toujours avec admiration au superbe film Festen, de Thomas Vintenberg. Terrible secret de famille révélé par Christian, abusé ainsi que sa sœur jumelle par son père quand ils étaient enfants. Cette dernière s’est suicidée, seule issue possible pour elle. Ce film montre comment une famille peut être criminelle. Criminelle en cachant un serpent dans son sein. Criminelle en refusant de croire l’enfant victime. Criminelle en faisant comme si tout allait bien.

Des enfants abusés sexuellement se suicident une fois devenus adultes. D’autres, hantés par ce souvenir, passent à côté de leur vie et ne peuvent jamais devenir ce qu’ils auraient pu être. Leurs rêves ont été tués par le viol. Un trou dans le cœur, ils survivent. Ceux qui parlent doivent accepter d’être considérés comme les perturbateurs d’une pseudo-harmonie familiale. Enfin, les victimes sont souvent condamnées à côtoyer leur agresseur, sauf si elles coupent les liens avec leur famille et acceptent tout ce que cela implique. Solitude et incompréhension de l’entourage devant une telle ingratitude.

La famille a un devoir de protection envers ses enfants, même quand ils sont devenus adultes. Parents, oncles, tantes, cousins, cousines, frères et sœurs ne devraient pas ostraciser la victime qui ose parler, mais lui tendre la main et surtout l’écouter. En agissant de la sorte, ils lui redonneront confiance en elle ainsi que sa légitimité d’exciter dans sa famille et dans sa vie.

Claude Jacqueline Herdhuin

Cet article a été publié initialement sur le blogue de l’auteure par le Huffington Post (Canada) le 10 mars 2017.

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Malgré le départ de l’entreprise Monsanto du Burkina Faso, le quotidien des milliers de producteurs de coton burkinabè reste soumis au pouvoir jugé excessif des sociétés cotonnières. Le deuxième volet de cette enquête révèle la manière dont les sociétés cotonnières et l’Union des producteurs de coton du Burkina exercent un contrôle et une domination permanente sur les cultivateurs. Le monopole dont disposent les décideurs burkinabè sur la filière, ainsi que l’héritage de la colonisation française et de sa Compagnie française pour le développement des fibres textiles, donnent encore aujourd’hui aux producteurs le sentiment d’être des serfs modernes.

Épisode 2, suite de notre série sur la filière du coton OGM au Burkina Faso (voir l’épisode précédent : Comment le coton OGM de Monsanto s’est transformé en fléau pour les paysans du Burkina Faso).

L’histoire de l’ingérence française au Burkina Faso est l’un des angles morts de l’histoire du coton. C’est en 1924, à l’instigation de colons français, que les paysans burkinabè commencent à cultiver le coton. En 1949, la France crée la Compagnie française pour le développement des fibres Textiles (CFDT). Le pays veut dynamiser son industrie textile et se libérer de la dépendance cotonnière vis-à-vis des États-Unis. La CFDT assoit alors un quasi-monopole sur le développement et la maîtrise de la filière du coton dans toute l’Afrique subsaharienne francophone.

La France contrôle ainsi la culture du coton depuis la livraison des graines, des engrais et des pesticides jusqu’à l’exportation du produit final. Encore aujourd’hui, 95 % du coton burkinabè est exporté, en très grande partie vers l’Asie, mais la France demeure très présente dans ce commerce notamment via la société de négoce de coton Copaco (groupe Advens, basé à Paris). En 2001, la CFDT a changé de nom pour devenir Dagris (Développement des agro-industries du Sud), puis Geocoton, également filiale du groupe Advens. Quelle que soit sa forme, l’entreprise a toujours pignon sur rue.

La Françafrique déstabilisée par l’arrivée de Monsanto

Lors de son indépendance en 1960, le Burkina Faso tente de reprendre pied dans le secteur du coton [1]. Le gouvernement crée la société para-étatique Sofitex, dont la CFDT conserve 45% du capital. Par ailleurs, lorsque la Banque mondiale et le FMI obligent, dans les années 80, les pays africains à privatiser leurs sociétés d’État, la CFDT s’est empressée d’acheter des parts dans les coopératives de coton. Les trois sociétés régionales de coton du Burkina Faso restent encore aujourd’hui, pour une bonne part, entre des mains françaises [2]. Plus de cinquante ans après l’indépendance du Burkina Faso, la politique de la France continue d’être présentée comme un exemple de collaboration internationale constructive au bénéfice du développement des cultivateurs africains pauvres [3]. L’achat garanti à un prix stable apparait comme une protection intéressante pour beaucoup de paysans qui cultivent leur coton dans des petites fermes familiales. Le revers de la médaille est bien sûr le quasi monopole et la totale dépendance du pays vis-à-vis de l’ancienne tutelle coloniale.

C’est le maintien de cette présence économique qui sert de terreau aux réseaux d’influence de la Françafrique. Le journaliste Cyr Payim Ouedroago l’atteste : « La présence française se maintient dans toutes les anciennes colonies, sous différentes formes : militaire, financière, dans les affaires, le coton, les autres secteurs, la France est partout. Le tissu économique burkinabè est français. » Mais face aux prétentions de Monsanto, la France ne s’est pas trouvée à son aise. Le Cirad [4], un institut de recherche français, a tenté à plusieurs reprises de faire capoter les tractations entre Monsanto et le Burkina Faso, afin de garder la main sur l’échiquier économique.

Les griffes de l’entreprise cotonnière

Les intérêts géopolitiques et l’attachement de la France à ses ex-colonies cotonnières ont fait du coton une filière très spécifique. De prime abord, l’industrie du coton semble être une machine bien huilée, très fière des valeurs de solidarité et de protection sociale. Karim Traore de l’ Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) en parle avec beaucoup de fierté et de conviction : « La force de la filière est son organisation. Nos groupements et notre système de crédit sont très bien structurés. Les paysans sont protégés et encadrés. Ils sont représentés à tous les niveaux, jusqu’au sommet de l’État. »

Photo : Karim Traore, le président de l’UNPCB. © Wouter Elsen

Chaque paysan fait partie d’un Groupement de producteurs de coton (GPC), comptant vingt producteurs liés par une caution solidaire, et supportant collectivement les pertes et éventuelles difficultés. Chaque groupement emprunte aux entreprises cotonnières (Sofitex, Socoma, Fasocoton) pour se fournir en graines, engrais et pesticides. Puis rembourse son emprunt avec la récolte. Les entreprises cotonnières vendent le coton sur le marché mondial, et redistribuent une partie du bénéfice aux paysans. Ces dernières, ainsi que l’UNPCB, contrôlent l’ensemble du processus, comme le faisait naguère la CFDT qui, via sa participation au capital des entreprises cotonnières, tire encore en partie les ficelles.

Le système pose en fait de multiples problèmes, à commencer par la caution solidaire. Mohamed Traore, un paysan burkinabè, explique : « Le système des groupements est d’abord une protection pour les sociétés cotonnières. La Sofitex n’a jamais perdu cinq francs à travers ce système [5]. Le système de crédit est fait pour que le groupement se débrouille avec tous les contretemps et toutes les pertes. »

« Les groupement de producteurs divisent nos familles »

Paul Gbangou, paysan qui a abandonné le coton il y a quelques années, insiste : « Moi, j’ai abandonné le coton à cause des GPC. C’était fatiguant. Tu travailles, tu as une bonne récolte, mais tu souffres parce que les autres n’ont pas travaillé. » Comment expliquer un tel ressentiment ? Au Burkina Faso où les terres sont très pauvres, les engrais sont vus comme un produit nécessaire, mais ils sont aussi très coûteux. Les engrais fournis via les sociétés cotonnières puis les GPC sont souvent détournés vers d’autres cultures.

Les abus sont donc monnaie courante. « On nous avait dit que pour créer un groupe, on pouvait le faire en famille ou entre amis. Mais un ami peut être un traître. Je peux ne pas le connaître à fond. En plus, nous sommes éloignés. Quand on commence la saison, je n’ai pas le temps d’aller voir le champ de mon voisin, il n’a pas le temps de venir voir mon champ. Au moment où tu vas te rendre compte que l’autre n’a pas produit du coton, c’est le moment où l’on va vous demander de faire sortir le coton sur le marché, illustre Mohamed Traore. L’ami doit rembourser son crédit, mais il n’a pas de coton pour le faire. Les autres membres du groupe doivent donc payer pour lui, sinon ils n’auront plus de crédit l’année suivante. » L’amertume se lit sur son visage : « A cause du coton, j’ai envoyé mon beau-frère en prison. Les GPC divisent nos familles. »

« Tu dois faire partie du système, sinon tu ne gagnes rien »

Cette « filière unique » réduit les paysans en ouvriers pour les entreprises cotonnières. Dans la pratique, le système ressemble à du quasi esclavage. Les paysans n’ont pas le choix. Ils n’ont pas de liberté et aucune influence sur leurs conditions de travail ou sur les prix d’achat. Encore moins sur les choix de la qualité du coton. « Certaines années, j’ai essayé de produire en-dehors de la Sofitex, j’ai épargné pour payer mes propres engrais, mais je devais toujours vendre mon coton à la Sofitex. Finalement on n’a pas le choix. Il n’y a pas d’autre société au Burkina Faso qui peut payer le coton. Tu dois faire partie du système, sinon tu ne gagnes rien », raconte Bazabo Bognana, cultivateur de coton à Houndé, à l’ouest du pays.

La Sofitex, société cotonnière, détient un quasi-monopole dans le secteur du coton au Burkina Faso. Elle contrôle toute la filière, des semences, engrais et pesticides, jusqu’au produit final destiné à l’exportation. © Wouter Elsen

L’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) devrait défendre les droits de ces travailleurs. Selon le président Karim Traore, elle le fait brillamment : « Grâce à la hiérarchie, les GPC, les unions départementales, provinciales et finalement nationales, garantissent que le producteur est impliqué jusqu’au plus haut niveau de la filière. » Georges Yameogo, conseiller technique chez Sofitex approuve : « Grâce à notre organisation interprofessionnelle, l’UNPCB et les sociétés cotonnières sont en dialogue permanent. On collabore et on se comprend. »

« Sofitex et le gouvernement se remplissent les poches »

Seuls les paysans membres de la direction de l’union semblent partager leur point de vue. Aucun des autres paysans rencontrés n’ont un avis positif sur l’UNPCB. « Les plus grands ennemis des cultivateurs de coton sont les unions. L’UNPCB n’est pas autonome. Elle a été fabriquée par l’État et elle travaille pour l’État. L’union prend ses décisions sans consulter la base », déplore Mohamed Traore. « L’UNPCB et la Sofitex marchent ensemble. Ils ne travaillent pas pour les intérêts des paysans, ils les exploitent seulement, ce sont les ennemis », confirme Augustin Bahan de Banfora, dans le sud-ouest.

Un ancien employé de Sofitex, qui souhaite rester anonyme, confie : « Sofitex tient l’UNPCB et les producteurs par la gorge. Elle contrôle tout ce que les agriculteurs ou leurs représentants disent. Ceux qui parlent sans autorisation mettent en danger leur avenir. La structure du secteur du coton au Burkina Faso est telle que les paysans sont perdants sur toute la ligne. » Et les autorités publiques ? L’ancien employé de la Sofitex continue : « Un État irresponsable crée des situations irresponsables. Sofitex peut faire ce qu’elle fait parce qu’il n’y a aucun contrôle neutre et indépendant. Un tel contrôle n’existera jamais. Sofitex et le gouvernement sont liés. L’État détient 35 % du capital de Sofitex. Ensemble, ils se remplissent les poches. »

Mien De Graeve, Wouter Elsen, Abdul Razac Napon

Traduction du néerlandais : Jos Mestdagh


Photo de Une : L’égrenage du coton, c’est à dire la séparation de la fibre et la graine, se fait dans les usines de la Sofitex. Via le contrôle de l’égrenage la Sofitex s’assure également du contrôle de la qualité et la vente des semences. © Wouter Elsen

Cette enquête a pu être réalisée grâce au soutien de Journalismfund(Flanders Connecting Continents). Les auteurs remercient chaleureusement les deux jeunes chercheurs, Edouard Idrissa Sanou et Lodewijk van Dycke, pour leurs points de vue précieux et innovants ainsi que pour leurs conseils scientifiques. L’article a été publié initialement en néerlandais sur le site www.mo.be.

 

[1] Ancienne colonie française, la Haute-Volta obtient l’indépendance le 5 août 1960. Le nom actuel du pays, Burkina Faso, date du 4 août 1984, sous la présidence du révolutionnaire Thomas Sankara.

[2] La France détient 34 % des parts de la Sofitex, 51 % de la Socoma et 10 % de Faso Coton via l’UNPCB, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso.

[3] Lire l’article de Olivier Piot, Paris brade le coton subsaharien, paru dans Le Monde diplomatique en septembre 2007.

[4] Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement

[5] Cinq francs équivalent à 0,0075 euro. Rien ne peut être acheté au Burkina Faso avec cette somme. Cette expression est une manière de dire que la Sofitex n’a jamais rien perdu.

 

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Les États-Unis ont commencé l’installation de leur système de missiles antibalistiques Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) en Corée du Sud, provoquant une réaction de colère de la part de la Chine, qui a averti que cela pourrait déclencher une course aux armements nucléaires dans la région. Cette démarche provocatrice va aggraver la situation déjà tendue sur la péninsule coréenne comme les États-Unis et la Corée du Sud participent à d’énormes jeux de guerre annuels.

Deux camions, chacun équipé d’une rampe de lancement THAAD, ont été débarqués à bord d’un avion-cargo C-17 à la base aérienne d’Osan de l’armée américaine, au sud de Séoul, lundi soir. Selon les autorités militaires sud-coréennes, plus d’équipements et de personnel arriveront dans les prochaines semaines. L’installation de la batterie THAAD sera probablement terminée dès le mois de mai ou juin.

Des responsables américains ont exploité l’essai de lancement de quatre missiles balistiques de la Corée du Nord lundi matin comme prétexte pour commencer l’installation du THAAD. Cependant, le dernier feu vert du déploiement du THAAD, approuvé par la Corée du Sud en juillet dernier, a été donné la semaine dernière lorsque le gouvernement sud-coréen a acquis le site prévu dans le cadre d’un accord d’échange de terrains avec le conglomérat Lotte.

Washington insiste également sur le fait que l’installation du THAAD est purement défensive et nécessaire pour contrer l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord. En réalité, le système THAAD a un caractère offensif. Il s’agit d’un élément important d’un système de missiles antibalistiques américain en expansion en Asie qui vise principalement à préparer la guerre nucléaire contre la Chine, et non la Corée du Nord.

L’impérialisme américain, qui compte quelque 4.000 ogives nucléaires, n’a jamais exclu une frappe nucléaire préventive et dépense 1 billion de dollars pour moderniser ses armes nucléaires et ses systèmes de lancement. Ses systèmes de missiles antibalistiques sont conçus pour neutraliser la capacité de n’importe quel ennemi de répliquer en cas d’attaque nucléaire américaine. La Fédération des scientifiques américains estimait que la Chine avait environ 260 ogives nucléaires en 2015.

Le système THAAD est conçu pour intercepter les missiles balistiques entrants à haute altitude. Il est doté d’un puissant système de radar en bande X pour dépister les missiles à longue portée, lié à des intercepteurs montés sur camion conçus pour détruire un missile hostile en vol. En cas de guerre avec la Chine, le système THAAD ne protégerait pas seulement les principales bases militaires américaines en Corée du Sud et au Japon. Son radar en bande X pourrait détecter et suivre les lancements de missiles profondément dans le territoire chinois.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a réitéré mardi l’opposition de Pékin au déploiement du THAAD. Geng a averti que la Chine «prendrait les mesures nécessaires pour défendre nos intérêts de sécurité et les conséquences doivent être assumées par les États-Unis et la Corée du Sud».

La Russie a également condamné l’installation du THAAD. Victor Ozerov, qui préside le Comité fédéral de défense et de sécurité de la Russie, a qualifié le déploiement d’«une autre provocation contre la Russie» visant, sinon à encercler la Russie, «au moins à l’assiéger de l’ouest et de l’est».

Le gouvernement chinois a déjà pris des mesures de rétorsion contre la Corée du Sud, fermant plus de 20 magasins appartenant à Lotte en Chine sous prétexte de violations de la sécurité et a conseillé aux agents de voyages de ne pas vendre des voyages organisés en Corée du Sud aux touristes chinois. Les médias d’État ont suggéré un boycottage plus large des produits sud-coréens et même la rupture des relations diplomatiques avec Séoul.

Selon un commentaire de l’agence de presse officielle Xinhua, le déploiement du THAAD «entraînera une course aux armements dans la région». Suggérant que la Chine élargirait son arsenal nucléaire pour contrer les systèmes de missiles antibalistiques américains, elle a déclaré: «Plus de boucliers antimissiles d’un côté engendrent inévitablement plus de missiles nucléaires de l’autre côté qui peuvent percer ce bouclier.»

L’idée que la Chine puisse étendre son arsenal nucléaire souligne seulement le caractère réactionnaire de la réponse du régime chinois à l’escalade des menaces économiques et militaires du gouvernement Trump. Le Parti communiste chinois représente les intérêts d’une oligarchie ultra riche, pas les travailleurs chinois et les pauvres. Son renforcement militaire et son agitation du nationalisme chinois accroissent le danger de guerre et divisent la classe ouvrière.

Une course aux armements nucléaires entre la Chine et les États-Unis serait profondément déstabilisatrice en Asie et dans le monde. Une expansion de l’arsenal nucléaire chinois pourrait inciter la Corée du Sud et le Japon à développer leurs propres armes nucléaires et à encourager l’Inde à élargir son arsenal nucléaire, exacerbant ainsi les tensions dans toute l’Asie du Sud, en particulier avec le Pakistan.

Le gouvernement Trump a ciblé la Chine, menaçant des mesures de guerre commerciale, une action militaire contre les îlots contrôlés par la Chine dans la mer de Chine méridionale et suggérant qu’il pourrait abandonner la politique «d’une seule Chine» qui est le fondement des relations sino-américaines.

Trump a accusé à plusieurs reprises la Chine de ne pas avoir imposé de sanctions paralysantes à son allié, la Corée du Nord, pour la forcer à abandonner ses armes nucléaires et ses missiles. La Maison-Blanche se penche actuellement sur un examen de la stratégie américaine à l’égard de la Corée du Nord, dont certains détails ont été divulgués aux médias. Ceux-ci parlent de propositions pour des frappes militaires préventives contre la Corée du Nord et des opérations de changement de régime.

La Corée du Nord constitue un prétexte pratique pour le renforcement militaire des États-Unis en Asie du Nord-Est contre la Chine. Le New York Times a rapporté que l’une des options envisagées est le retour des armes nucléaires tactiques en Corée du Sud, qui borde non seulement la Corée du Nord, mais aussi la Chine.

Trump a déjà annoncé qu’il allait réaliser une énorme expansion de l’armée américaine et a tweeté que les États-Unis doivent «renforcer considérablement leur capacité nucléaire». De plus, la stratégie américaine évolue d’une utilisation d’armes nucléaires en dernier recours vers la considération active d’une guerre nucléaire limitée.

La Corée du Nord devient rapidement une dangereuse poudrière mondiale. Un petit incident, soit accidentel, soit calculé, pourrait déclencher un conflit catastrophique sur la péninsule coréenne qui impliquerait des puissances dotées d’armées nucléaires comme la Chine et la Russie.

La seule force sociale capable de stopper la marche vers la guerre mondiale est la classe ouvrière internationale, en construisant un mouvement antiguerre unifié fondé sur des principes socialistes pour mettre fin au capitalisme et à son système d’États-nations dépassé qui est la source de la guerre.

Peter Symonds

Article paru en anglais, WSWS, le 8 mars 2017

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La lutte intense qui fait rage au sein de l’appareil d’État et de l’élite dirigeante aux États-Unis, mettant en jeu des allégations non-prouvées du parti démocrate à propos de piratage russe en faveur de Trump, ainsi que la propre accusation de ce dernier que sa campagne aurait été mise sous écoute par Obama, a été éclipsée par la publication par WikiLeaks d’une série de documents de la CIA.

Les 8.761 documents contenus dans ce que WikiLeaks a qualifié de «plus importante publication de documents confidentiels sur l’agence» ont commencé à mettre à nu un vaste système de surveillance, de piratage informatique et de cyber-guerre dirigé contre le peuple américain et la planète entière.

L’organisation anti-secrets a appelé le premier document «Year Zero» (l’An Zéro) et a fait savoir que d’autres caches de données de la CIA sont encore à découvrir dans le cadre d’un plus grand projet baptisé «Vault 7» (Coffre 7).

Les fichiers ont été pris du Center for Cyber Intelligence (Centre pour le cyber renseignement) de la CIA, un centre de contrôle immense et peu connu qui comprend quelque 5.000 pirates informatiques, agents de la CIA et entrepreneurs privés. Comme ce fut le cas en 2013 avec Edward Snowden lorsqu’il a rendu publics des documents secrets révélant une vaste opération d’espionnage de la National Security Agency (NSA – Agence de sécurité nationale), les documents de la CIA seraient venus d’un ancien pirate de l’agence ou d’un sous-contractant qui était inquiet devant la portée et le but des opérations de cyber-guerre de l’agence.

Les programmes décrits dans les documents indiquent que la CIA, selon WikiLeaks, a développé «plus d’un millier de systèmes de piratage informatique, des trojans, des virus et d’autres armes logicielles malveillantes» lui permettant de prendre le contrôle d’appareils, y compris les iPhones d’Apple, le système d’opération Android de Google (utilisé par 85 pour cent des téléphones intelligents) et des appareils qui tournent sous Microsoft Windows. En piratant ces appareils, la CIA est également capable d’intercepter les informations avant qu’elles soient chiffrées sur des plateformes de médias sociaux comme WhatsApp, Signal, Telegram, Wiebo, Confide et Cloackman.

L’agence aurait stocké des menaces dites «jour zéro» qui peuvent être utilisées pour exploiter des vulnérabilités non identifiées dans un large éventail d’appareils avant que leur fabricant ne soit capable de détecter la faille et de la corriger. Sous le gouvernement Obama, la Maison Blanche était censée avoir établi un «Processus d’équité en matière de vulnérabilités», selon lequel les agences de renseignement informeraient les fabricants de la plupart des vulnérabilités logicielles tout en gardant une partie à elles-mêmes pour exploitation. En partie, cela a été conçu pour empêcher les entreprises américaines de perdre leurs parts de marché à l’étranger. Le vaste arsenal de la CIA prouve que ce programme était un simulacre dès le départ.

L’un des programmes développés par la CIA, au nom de code «Weeping Angel» (Ange pleureur), transforme les téléviseurs intelligents de Samsung en le genre de technologie envisagée par George Orwell en 1984, où la «Police de la Pensée» surveillait les «écrans de téléviseurs» qui servaient à la fois de téléviseurs, diffusant les discours de «Big Brother» (le Grand Frère), et de caméras de sécurité, surveillant chaque mot et geste du spectateur. Cette technique de surveillance place les téléviseurs ciblés dans un «faux mode éteint» lui permettant de transmettre par Internet les conversations ayant lieu dans la salle jusqu’à un serveur caché de la CIA.

WikiLeaks a rapporté qu’une grande quantité d’informations avait été effacée des documents dévoilés, y compris du code informatique pour les cyber-armes réelles ainsi que les identités de «dizaines de milliers de cibles de la CIA et de machines servant aux attaques en Amérique latine, en Europe et aux États-Unis».

L’existence de «cibles» aux États-Unis indique que l’agence est engagée dans un vaste espionnage intérieur en violation de sa charte.

Les documents établissent également que la CIA a développé ces programmes en collaboration avec le MI5, l’agence britannique de renseignements, et qu’elle exploite un centre de cyber-guerre dissimulé dans le consulat américain à Francfort, en Allemagne.

Selon WikiLeaks, une des révélations à glacer le sang fournie par les documents est le fait que, «En octobre 2014, la CIA cherchait également à infecter les systèmes de contrôle utilisés par les voitures et les camions modernes». WikiLeaks note que «le but d’un tel contrôle n’est pas précisé mais elle permettrait à la CIA de pratiquer des assassinats presque indétectables».

Bien que WikiLeaks ne le mentionne pas spécifiquement, c’est le scénario suggéré par beaucoup de gens dans l’accident mortel impliquant une seule voiture à Los Angeles qui a enlevé la vie du journaliste Michael Hastings. Au moment de sa mort, Hastings, qui avait précédemment écrit un article qui a conduit à la destitution du général Stanley McChrystal en tant que commandant suprême américain en Afghanistan, travaillait sur un profil du directeur de la CIA d’Obama, John Brennan. Avant l’accident, Hastings avait informé ses collègues qu’il était sous surveillance gouvernementale et avait demandé à un voisin de lui prêter sa voiture, disant qu’il craignait que son propre véhicule ait été trafiqué.

Un autre élément significatif des révélations contenues dans les documents de WikiLeaks concerne un programme de la CIA appelé «Umbrage» (dans l’Ombre), qui se compose d’une importante «bibliothèque» de logiciels malveillants et de techniques de cyberattaque développées dans d’autres pays, y compris la Russie. L’agence est en mesure d’exploiter ces outils «volés» pour masquer ses propres attaques et en rejeter la responsabilité sur leurs auteurs. L’existence d’un tel programme démontre que la campagne hystérique sur le rôle supposé de la Russie dans le piratage et la fuite des emails du Parti démocrate ne repose sur rien.

Alors que le parti démocrate continue d’attaquer Trump sur la question de ses supposés liens avec la Russie (plutôt que sur sa politique réactionnaire contre les immigrés et toute la classe ouvrière), les révélations de WikiLeaks sur la CIA sont rejetées par des sections des médias comme un autre complot de Moscou.

Dans le même ordre d’idées, le New York Times a publié un long article lundi pour se moquer «des inquiétudes de la Maison Blanche au sujet d’un « État profond » cherchant à miner la présidence Trump» suite à l’accusation de Trump qu’il avait été mis sous écoute pendant la campagne présidentielle.

Une telle expression, selon le Times, pourrait s’appliquer à des pays comme l’Égypte, la Turquie ou le Pakistan, mais pas aux États-Unis parce qu’elle «suggère une nation non démocratique où les normes juridiques et morales sont ignorées».

La réalité est que «l’État profond» est plus massif et plus puissant aux États-Unis que n’importe où dans le monde et il supervise de semblables complexes militaro-policiers dans des pays comme l’Égypte, la Turquie et le Pakistan. En ce qui concerne les «normes juridiques et morales», les dernières révélations sur la CIA, une organisation appelée depuis longtemps Murder, Inc. (Agence du meurtre), offrent un aperçu des méthodes réelles de l’État américain.

La tentative du New York Times de balayer d’un revers de main les inquiétudes concernant les activités et l’influence de l’appareil militaire et de renseignement ne fait qu’établir son propre rôle en tant qu’organe de propagande et instrument idéologique de cet «État profond», qui entretient les liens les plus intimes avec la CIA, le Pentagone et d’autres agences.

Les documents diffusés par WikiLeaks couvrent la période de 2013 à 2016, les dernières années de l’administration Obama, qui a poursuivi les guerres mises en branle sous Bush, organisé une vaste expansion de l’appareil de renseignement américain et lancé un véritable assaut contre les droits démocratiques. On a aussi vu la mise en place d’un programme international de meurtres par drones, la Maison Blanche s’arrogeant le droit d’ordonner le meurtre extrajudiciaire de citoyens américains.

Ce vaste appareil de guerre, de répression et de surveillance de masse a été maintenant confié à l’administration de Donald Trump, un gouvernement de milliardaires, de généraux et de fascistes ouverts qui est déterminé à intensifier la guerre à l’étranger et à mener des attaques sans précédent contre la classe ouvrière aux États-Unis.

Alors que le Parti démocrate réclame un procureur spécial pour faire enquête sur la prétendue «ingérence» russe dans les élections américaines – une revendication visant à soutenir la poussée de guerre américaine contre la Russie et à détourner l’opposition de masse envers Trump vers des canaux réactionnaires – et que Trump demande une enquête sur sa propre supposée mise sous écoute, aucun camp n’a exigé une enquête sur les opérations d’espionnage de la CIA. Les démocrates et les républicains sont tous deux d’accord que de telles mesures policières sont nécessaires pour défendre le système capitaliste en crise contre la menace d’une révolution sociale.

Bill Van Auken

Article paru en anglais, WSWS, le 8 mars 2017

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Les think tanks américains prennent très au sérieux l’idée de faire tomber Bachar Al-assad par tous les moyens possible. Rappelons que beaucoup d’entre eux s’inspirent désormais d’une stratégie mise en place par la CIA en 1983, en pleine guerre entre l’Iran et l’Irak, pour faire tomber Hafez al-Assad, le père de Bachar de Bachar Al-assad

Si vous pensez que la guerre en Syrie date d’il y a seulement six ans, alors vous vous trompez certainement. La révolution a en effet commencé en 2011, mais le plan de guerre avait été élaboré il y a plus de deux décennies par la CIA, service de renseignement américain. Et un document de la CIA rédigé en 1983 le confirme.

Dans un document rédigé le 14 septembre 1983, l’ex agent de la CIA, Graham Fuller, avait insisté sur l’importance de la Syrie pour les intérêts américains au Proche et au Moyen-Orient. Dans ce document, l’agent de la CIA avait déjà élaboré un plan bien déterminé pour abattre le régime syrien, à l’époque dirigée par Hafez Assad, père de Bachar al-Assad.

Graham Fuller écrivait : « les Etats-Unis devraient sérieusement faire monter la pression sur Assad en menant secrètement des attaques militaires simultanées contre la Syrie à partir de trois pays hostiles à la Syrie : l’Irak, Israël et la Turquie ». Dans son plan, l’ex agent de la CIA avait justifié le choix de chacun des trois pays cités.

Graham Fuller estimait en effet que l’Irak pourrait mener des frappes aériennes contre la Syrie avec l’unique but d’ouvrir le gazoduc. Israël pourrait, pendant ce temps, faire monter la pression au niveau de la frontière avec le Liban sans pour autant chercher à déclencher une guerre. La Turquie, quant à elle, pourrait mener des frappes aériennes contre des camps terroristes dans le nord de la Syrie.

Dans le document, l’ex agent de la CIA ajoute : « face à trois fronts agressifs, Assad pourrait probablement être obligé d’abandonner sa politique qui consiste à fermer le gazoduc. Une telle concession pourrait soulager la pression économique qui pèse sur l’Irak et ainsi pousser l’Iran à mettre fin à la guerre ».

Dans le document, Graham Fuller estime que la Syrie entrave deux intérêts clés des Etats-Unis au Moyen-Orient :

  • « le refus de la Syrie de retirer ses troupes du Liban garantit l’occupation israélienne dans le sud ;
  • « la fermeture du gazoduc irakien par la Syrie a été un facteur clé ayant permis de mettre à genoux l’économie irakienne, incitant ainsi l’internationalisation de la guerre dans le Golfe ».

 

Dans le document, l’ex agent de la CIA avait souligné que Hafez al-Assad avait parfaitement bien calculé le jeu de force dans la région et avait compris que ces jeux lui étaient « faiblement » destinés. Pour ce faire, la stratégie de la CIA était claire et précise : les Etats-Unis devraient faire usage de force pour menacer le pouvoir d’Assad.

Le document rédigé en pleine guerre entre l’Iran et l’Irak insistait sur l’importance pour les Etats-Unis de forcer l’Irak à transférer cette guerre vers la Syrie. « Si Israël pourrait faire monter la pression contre la Syrie en même temps avec une initiative irakienne, la pression contre Assad monterait rapidement. Une pression turque pourrait l’accabler psychologiquement », écrit l’ex agent de la CIA.

La stratégie de l’ex agent de la CIA est claire : « le seul but de l’Irak est de demander à la Syrie d’ouvrir le gazoduc ». Graham Fuller estime qu’en faisant cela, l’Irak gagnerait la sympathie de tous les Etats arabes, sauf la Libye du colonel Kadhafi. « Sa cause (la cause de l’Irak) en des termes arabes serait juste », souligne Fuller.

Ce dernier estime en effet que l’ouverture du gazoduc ne réglerait pas tous les problèmes des Etats-Unis au Moyen-Orient. Toutefois, une telle ouverture permettrait de soulager l’Irak financièrement et éviterait le grand risque de fermer le Golf à l’expédition du pétrole. D’après Fuller, cette ouverture est d’autant plus importante qu’elle infligerait un sacré coup aux récentes victoires de la Syrie dans la région, en l’obligeant à céder à la pression des Etats arabes largement unis pour défendre l’Irak.

Pour ce qui est de l’Etat d’Israël, Graham Fuller écrivait en 1983 que l’Etat hébreux ne voulait pas d’une guerre contre la Syrie. Toutefois, Israël pourrait faire monter les tensions avec le Liban voisin pour préoccuper Hafez Assad. « Assad pourrait vouloir faire face à cette menace israélienne de manière isolée », disait Fuller, avant d’ajouter que l’Irak ne posait pas une grave menace pour Israël.

Pour ce qui est du rôle de la Turquie face à la Syrie, Graham Fuller avait souligné la colère turque contre la Syrie pour les raisons suivantes :

  1. Le soutien de la Syrie aux terroristes arméniens
  2. Le soutien de la Soutien aux guérillas kurdes qui combattent en Irak au niveau des frontières turques
  3. Le soutien de la Syrie aux terroristes turcs qui opèrent depuis le nord de la Syrie contre la Turquie

 

Graham Fuller estimait en effet que la Turquie, qui envisageait de mener des frappes aériennes contre des camps terroristes basés dans le nord de la Syrie, n’hésiterait pas à proférer des menaces diplomatiques contre la Syrie. Mais, pour l’ex agent de la CIA, l’Irak était vraiment le cœur de l’affaire.

Dans son document, Graham Fuller avait souligné un détail non moins important. Il avait évoqué en effet l’hypothèse que l’Irak ait peur de se faire piéger par les Etats-Unis qui lui ouvriraient deux fronts (Iran et Syrie) dans l’intention de l’affaiblir. L’Irak, selon Graham, pourrait également craindre de passer pour le pigeon sioniste en s’attaquant unilatéralement à la Syrie.

Pour Graham Fuller, les craintes de l’Irak pourraient néanmoins dissiper si le régime de Saddam Hussein voit que la Turquie et Israël s’attaquent en même temps à la Syrie et voit que les Etats-Unis se dirigeraient vers l’Irak en lui fournissant des renseignements pour l’aider à préparer une attaque contre la Syrie.

A la fin du document, l’ex agent de la CIA avait souligné l’implication de l’Union Soviétique dans ce jeu. Graham Fuller révélait que l’URSS avait en effet plusieurs fois demandé à Assad d’ouvrir le gazoduc pour venir en aide à l’Irak, un pays avec lequel l’URSS avait de bonnes relations. Fuller soulignait que les Russes seraient dans un grand dilemme de voir leurs deux alliés (Syrie et l’Irak) en guerre.

Plus de deux décennies plus tard, cette même stratégie proposée par la CIA est reprise par les think tanks américains. Brookings Institution, think tank américain, dans un mémo datant de 2012 et intitulé : « Sauver la Syrie : évaluer les options pour un changement de régime », remettait le rôle de la Turquie au centre du conflit en Syrie.

Il écrivait : « la participation de la Turquie est vitale pour réussir et Washington devrait encourager les Turcs à jouer un rôle plus important que celui qu’ils ont déjà joué. Bien qu’Ankara ait perdu patience avec Damas, il a pris très peu de mesures concrètes qui auraient fait monter la pression sur Bachar Al-assad (et ainsi contrarier l’Iran) ».

Au même moment, en Israël, des voix se lèvent pour faire tomber Assad en instrumentalisant l’élite syrienne. Les récents déplacements de l’opposition syrienne en Israël pourraient confirmer cette hypothèse.

Dans son mémo, Brookings Institution avait évoqué six options pour faire tomber Bachar Al-Assad :

  1. Option 1 : diplomatie
  2. Option 2 : changement de régime par l’intimidation
  3. Option 3 : armer l’opposition syrienne
  4. Option 4 : libérer la Syrie à travers des frappes aériennes et avec l’aide de l’opposition syrienne
  5. Option 5: changement de régime par l’invasion
  6. Option 6 : une intervention de la communauté internationale : solution Boucles d’or ?

 Cheikh Dieng

Pour lire le document original de Graham Fuller, cliquez ici :Graham Fuller

Pour lire le mémo original de Brookings Institution, cliquez ici :Brooking Institution

 

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La grande peur de la Russie

mars 10th, 2017 by Israel Shamir

Révélation : j’ai rencontré des Russes. J’en ai trouvé une ce matin même sur mon chemin. Elle m’a apporté le café. Il se passe des choses tellement dingues, tellement dangereuses, à Moscou. J’ai bien peur que la CIA et la NSA en aient eu vent, et qu’ils puissent se servir de cette rencontre, même contre vous, cher lecteur. Vous avez pris connaissance d’un article d’Israël Shamir. Saviez-vous qu’il a des contacts russes ?

Je ne suis plus tout jeune, mais c’est la première fois que j’assiste à une telle chasse aux sorcières. En Russie, il y a beaucoup d’étrangers, Européens, Américains, et les Russes se mêlent à eux librement, sans peur. Ils n’ont pas peur, les Russes, de rencontrer l’ambassadeur US, ils en seraient plutôt fiers, quand ils en ont l’occasion. Quand il organise une fête ou  une réception, tout le gratin de Moscou accourt à Spaso-House, la résidence de l’ambassadeur.

Même au temps de Staline, les Russes allaient à ces réceptions, et Mikhaïl Boulgakov en a décrit une comme  le bal de Satan, dans Le Maître et Marguerite. Ces dernières années, toutes les personnalités de l’opposition russe ont rendu visite à l’ambassadeur US, et ont eu des conversations chaleureuses avec lui.

Et pas seulement en Russie. Les câbles du Département d’Etat publiés par Wikileaks font état de centaines de rencontres entre ambassadeurs US et ténors de l’opposition dans le monde entier. Et nulle part on n’a considéré ces rencontres comme une atteinte à la sécurité nationale et une charge rédhibitoire contre un dirigeant de l’opposition.

Peut-être qu’à la lumière de la grande peur des Russes, les nations devraient promulguer des lois pour interdire à toute personne ayant rencontré un ambassadeur US de briguer la moindre responsabilité publique ou candidature électorale. Elles pourraient appeler la chose Loi de Flynn, par esprit de réciprocité.

C’est la classe politique US qui s’est attirée cette menace. Si toute personne ayant rencontré un ambassadeur russe ou un ministre du gouvernement russe, ou encore le président russe (ce qu’à Dieu ne plaise) est impropre à la gouvernance, c’est toute la strate supérieure des politiciens US qui devrait être disqualifiée. L’année dernière, même Jill Stein, la super-woman kacher de la politique US, candidate du Parti Vert à la présidence, avait visité Moscou et avait partagé la table de Poutine, avant de reprendre son vol pour aller réclamer le recomptage des votes dans le Wisconsin.

Les Russes  observent la nouvelle chasse aux sorcières transatlantique avec une certaine surprise. Ils ne savaient pas qu’ils étaient si redoutables, si effrayants. Moi non plus, d’ailleurs. Je peux faire la liste des fautes graves de la Russie à partir d’aujourd’hui jusqu’à Noël prochain : bureaucratie atroce, législation impossible, police fastidieuse, grands écarts dans le niveau de vie, climat infect et mauvaises routes ; mais je ne vois aucune raison pour considérer la Russie comme une menace pour qui que ce soit. Les Russes sont d’accord pour respecter les lois internationales, ils croient à la souveraineté nationale, ils préfèrent ne pas dire aux autres pays comment ils devraient gérer leur vie civique ou faire des affaires. Et ils ne se mêlent pas des affaires des autres Etats, ce qui serait pourtant bienvenu.

Quand en février 2014 Mrs Nuland, qui faisait partie du Département d’Etat à ce moment, (l’auteure du « Fuck l’UE » a heureusement perdu sa place avec l’ascension de Donald Trump) avec l’ambassadeur US Geoffrey Pyatt avait attisé les braises sur la place Maïdan, puis largué quelques milliards sur Kiev, l’ambassadeur russe à Kiev préférait se faire rare. Il était peut-être au golf. Pas une figure de la politique russe n’avait pris la peine de se rendre à Kiev et d’aller parler au peuple. La non-interférence russe dans les affaires ukrainiennes avait été scrupuleuse, comme si l’Ukraine était un Etat lointain d’Amérique latine sans intérêt pour les Russes.

Ce fatal mois de février il y a trois ans, la seule chose qui intéressait les Russes, c’était Sotchi, où se tenaient les Jeux Olympiques. Kiev était en flammes, mais ils discutaient du biathlon. Le biathlon, voyons ! Les gouverneurs des provinces ukrainiennes avaient voulu demander à Moscou si les Russes viendraient pour tirer d’affaire le gouvernement légitime, mais personne n’avait décroché le téléphone.

Le 22 février 2014, lorsque le président Yanoukovitch s’était enfui de Kiev et s’était rendu à Kharkov pour rencontrer les dirigeants de l’Ukraine orientale, les Russes auraient pu établir le gouvernement légitime à Kharkov et pour le moins partager l’Ukraine en deux moitiés, sans difficulté. Mais ils ne s’étaient pas montrés, et n’avaient pas dit qu’ils soutiendraient un tel gouvernement, et le peuple ukrainien s’est résigné au putsch de Kiev.

Si Poutine avait la moindre ressemblance avec l’image incendiaire qu’en donnent les médias occidentaux, l’Ukraine serait une province occidentale de la Russie, comme pendant les quatre siècles précédents, et cela se serait fait en toute légalité, sans un coup de feu.

Mais Poutine n’est pas ce Vlady le Terrible de vos bandes dessinées. Il adore remettre les choses au lendemain, c’est un homme qui ne bougera pas, tant qu’il a le choix. Il ne rentre en action que s’il n’y a pas moyen de retarder l’échéance. Il avait pris la Crimée, ou plutôt accepté la demande des habitants qui voulaient s’unir à la Russie, parce qu’il pensait (à juste titre) que son peuple ne lui pardonnerait pas s’il livrait la presqu’île avec la base principale de la flotte à l’OTAN et s’il mettait la population russe à la merci des gangs de l’Ukraine occidentale férocement anti-russes.

Mon vieil ami israélien et observateur de la Russie, Yakov Kedmi, jadis chef d’un service secret israélien, avait prédit en avril 2014 que l’armée russe s’emparerait de l’Est et du Sud de l’Ukraine avant les élections présidentielles en Ukraine. Je l’avais détrompé, le traitant de rêveur chimérique. Poutine n’en fera rien s’il a la moindre possibilité de se tenir coi, lui disais-je. Et j’avais raison.

Poutine avait agi en Géorgie en 2008 seulement après que ses troupes pour le maintien de la paix avaient été attaquées par les troupes – entraînées par l’OTAN –  du président Saakachvili, qui s’est rendu célèbre pour avoir dit que son armée prendrait Moscou  en une nuit. Et même à ce moment, il n’avait pas pris Tbilissi la capitale, mais ramené ses troupes en arrière. Les provocations telles que la destruction des tombes et monuments russes du temps de la guerre, et la privation de leurs droits de citoyens pour les Russes dans les pays baltes, ne sont pas parvenues à lui forcer la main.

La dernière chose qu’il souhaitait était de se quereller avec les US. Il avait approuvé l’invasion US  de l’Afghanistan  et ouvert son territoire pour le transit des troupes et des armes US. Il avait approuvé les résolutions sur l’Irak avant l’invasion US ; il n’a pris position contre l’invasion qu’assuré du soutien de la France et de l’Allemagne. Il avait été d’accord (plus exactement, il s’était abstenu) pour la résolution voulue par les occidentaux sur la Libye, qui a débouché    sur l’assassinat du colonel Kadhafi. Il avait bradé les bases russes au Viet Nam et à Cuba. Il a retiré ses troupes de Tartous, sa seule base navale en Syrie, et n’est revenu sur le terrain syrien que face à une attaque américaine imminente sur cet Etat souverain, à la demande de son dirigeant légitime.

Les médias occidentaux présentent la Russie comme un féroce Rottweiler, et les Russes ne se reconnaissent pas dans le miroir des médias occidentaux. La Russie est plutôt un Terre-Neuve : une masse solide, pacifique, nullement agressive. Je le sais parce que j’en ai eu, des Terre- Neuve. Même un chat insupportable n’arrive pas à réveiller leur esprit de combat.

Idéologiquement, la Russie de Poutine n’est pas si différente de l’Occident. Le 8 mars, la Journée des femmes, est officiellement férié en Russie, et les femmes russes ont tous les droits de leurs sœurs occidentales, ou ceux dont celles-ci  rêvent. Les millionnaires russes sont libres d’armer les plus grands yachts au monde. Ils paient aussi peu d’impôt que d’autres, juste un impôt sur le revenu de 13%. Même Trump n’arriverait pas à faire mieux. Le communisme est bien mort, et la machine de propagande officielle répète tous les jours que l’époque soviétique était horrible, malgré les souvenirs pleins de tendresse qu’en ont les générations qui l’ont connue. Les communistes n’ont pas accès aux médias, alors qu’ils constituent bel et bien le second plus grand parti en Russie.

Le petit parti d’opposition pro occidental, tout à fait clintonesque et impopulaire, reçoit beaucoup de soutien de la part du gouvernement. Ils sont autorisés à manifester, ils ont une chaîne  de télé et des journaux, tandis que l’opposition anti-occidentale, trumpiste ou communiste, est maintenue à l’écart, avec des médias marginaux, et ne manifeste pas dans les rues.

Les nationalistes blancs, une petite bande, sont envoyés en taule au moindre soupçon de blague antisémite. Un militant d’extrême droite comme Jeremy Bedford Turner (relaxé aux US) aurait été enfermé depuis longtemps, en Russie. Moscou a 92 synagogues pour moins d’un millier de juifs pratiquants, cornaqués par des rabbins Loubavitch américains d’importation. Les meilleures portions de terrain municipal et les plus convoitées sont données aux synagogues et aux centres culturels juifs gratuitement.

L’article 282 du Code Pénal russe est aussi strict que les militants de l’ADL ou du SPLC pourraient en rêver. Une grande partie des articles publiés sur le site http://Unz.com , s’ils paraissaient en Russie, enverrait leurs auteurs à la case prison. La Russie a des millions d’immigrants ; c’est de fait le troisième pays pour le nombre d’immigrants agréés. La majorité est musulmane. Moscou a l’une des plus grandes mosquées au monde. Et la Russie a des accords de dispense de visa avec de nombreux pays musulmans.

Les liens de la Russie avec l’extrême droite relèvent de l’imagination. Elle a son correspondant russe, en la personne  d’Alexandre Douguine, philosophe et disciple d’Heidegger bien connu, et de ses amis. Ils sont bien pires que l’extrême droite occidentale. Douguine est souvent présenté comme le « conseiller de Poutine » mais il n’est jamais parvenu à rencontrer Poutine en tête à tête. Douguine soutient Poutine, mais Poutine ne soutient pas Douguine. Le  philosophe a été chassé de l’Université d’Etat de Moscou, il  atterri dans une chaîne de télévision sur internet, et selon certaines rumeurs, il en aurait été chassé. Ses points de vue sont moins acceptables en Russie que ceux de Steve Bannon aux US.

RT, la chaîne, l’agence de presse et le site russe, est toujours prudente comme la BBC. Récemment une extrémiste d’origine russe, Nina Kouprianova, dont les touits pleins d’esprit sont très suivis, loin d’être la « Voix de Moscou » comme le prétend le Daily Beast, a vu ses articles retirés du site de RT. Son soutien total à Poutine ne lui a été d’aucun secours. Douguine n’est pas un invité fréquent sur RT, ni sur aucune chaîne russe d’importance d’ailleurs.

D’un autre côté, il y a, c’est le côté positif, une liberté d’expression “comme en Occident”, et les attaques contre Poutine et son Premier Ministre Medvedev constituent un sujet routinier dans les médias russes et sur les réseaux sociaux. Un documentaire court de M. Navalny, accusant Medvedev de corruption, vient d’atteindre six millions de vues. Des millions de Russes utilisent Facebook, où Mark Zuckerberg leur apprend ce qui peut se dire dans une société bien élevée et ce qui ne peut pas passer.

Bref, désolé de vous décevoir, la Russie est  formidable, mais n’est pas une ennemie de l’Occident, même pas dans sa version Obama-clintonienne. Elle veut juste faire les choses à son rythme. Elle n’a pas interféré, et ne le souhaite pas, dans vos idées.

Les histoires invraisemblables de hackers russes qui influenceraient le vote des Américains peuvent partir à la corbeille, depuis la publication de Vault 7, une vaste collection des artefacts de la CIA pour le piratage informatique, en particulier la révélation de son système UMBRAGE. La CIA a créé une « empreinte digitale » qui peut être utilisée par les enquêteurs judiciares pour attribuer des attaques multiples et différentes à une seule et même entité.

Wikileaks expliquait : « C’est comme si vous trouviez la même blessure au couteau, sur de multiples victimes de meurtre. Le style unique des blessures crée le soupçon qu’un seul assassin en est le responsable. Aussitôt qu’un meurtre est élucidé, alors, tous les autres sont attribués à la même personne. Le groupe UMBRAGE, avec sa branche « Prise de contrôle à distance », collectionne et entretient une bibliothèque substantielle de techniques d’attaque « volées » à des maliciels produits dans d’autres Etats, y compris la Fédération de Russie. Avec UMBRAGE et les projets liés, la CIA non seulement augmente son nombre total de types d’attaque, mais désoriente aussi les efforts d’attribution en laissant derrière elle les ‘empreintes digitales’ des groupes auxquels ont été volées les techniques d’attaque. »

Et vlan, pour les « empreintes digitales russes » prétendument trouvées dans le courriel du DNC qui aurait fuité avec d’autres révélations liées à Trump ! Certes il ne peut y avoir la moindre preuve sur qui a hacké qui, mais on peut présumer que lorsque certaines preuves finissent par être présentées, elles ont été fabriquées par la CIA.

Voilà qui nous amène au vrai coupable, la communauté du renseignement US. Elle est devenue si puissante qu’elle a décidé de diriger le pays, les US et le monde, tout en conservant les institutions démocratiques comme camouflage.

Ce sont eux, et non pas la timide Russie de Poutine, qui poussent le monde vers l’Armageddon final. Eux qui ont organisé la grande peur de la Russie. Maintenant nous savons que le président Trump est le dernier défenseur de l’ordre démocratique moribond, tandis que ses ennemis dans les médias sont des larbins de la CIA.

Comme personne n’aime être manipulé, je vais vous dire, vous qui votez aux US : vous n’avez pas été manipulés par les Russes. C’est tout le contraire, vous êtes les gens les plus libres au monde, vous avez su profiter de l’occasion unique de sauver votre pays et le monde entier, en danger d’être confisqué par les espions. Le travail est loin d’être fini, et personne ne le fera à votre place, en tout cas sûrement pas le président russe.

Maintenant, armés de cette certitude, vous pouvez soutenir votre président et vous asseoir sur la propagande que produit la CIA. Désormais nous n’avons aucun doute que le président Obama a bien écouté et lu chaque mot prononcé ou écrit par Donal Trump et dans son entourage. Maintenant nous n’avons aucun doute que les médias ne sont rien qu’un outil de piratage dans l’arsenal de la CIA, créé pour prendre le contrôle des ordinateurs les plus précieux au monde : vos esprits et vos cœurs.

Israel Shamir

 

Original en anglais : The Russian Scare, The Unz Review, 9 mars 2017.

Traduction : Maria Poumier

Joindre Israel Shamir : [email protected]

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Algérie : des législatives prérévolutionnaires

mars 9th, 2017 by Cherif Aissat

Sous les impératives et impérieuses nécessités de maintien de la paix en Algérie par l’évitement et l’extinction de toutes les nombreuses et visibles causes pour un ou plusieurs conflits armés ; de la préservation de son intégrité territoriale et du fonctionnement de l’État, les Algériens éliront le 4 mai 2017 les députés qui siègeront à la première assemblée populaire nationale sous la nouvelle et bâtarde [a] constitution votée en mars 2016. Des députés qui ont levé la main pour l’approuver seront candidats pour cette législature pourraient être réélus.*

C’est un Exécutif très nerveux qui ordonne des arrestations tous azimuts et fait dans la théorie du choc ses moyens pour maitriser une Algérie d’Algériens usés par la faiblesse de ses responsables-clé et les menaces qui pèsent sur leurs lendemains.

Avec la série de violations de droits de l’homme, la présidence de la République confirme que la constitution est un texte de soumission à l’ultralibéralisme et en refusant de répondre à la dotation du pays d’un hymne national bilingue [1] et de faire de l’amazighité une force prouve que l’officialisation de tamazight est une fumisterie qu’elle agitera encore pour le 20 avril prochain, anniversaire des événements éponymes de 1980.

Le Spoil System [b] et le wébérisme [b] en Algérie

L’Algérie va, depuis 1830, sur ses deux siècles de colonialisme d’extermination et de sous-développement. Après une révolution mythique et une indépendance gagnée par un peuple, une partie pour être précis, pauvre et brave, en croissance démographique négative, menée par une minorité faite d’utopistes, de génies et de stratèges, les pouvoirs qui se sont succédé ont fait du Spoil System, celui de la cooptation, de la fidélité et de la peur, un mode de gestion et du wébérisme, avec moins la levée de l’impôt et plus la violence [c], de l’État son levier.

La révolution algérienne et son non-dit

Durant ce premier trimestre 2017, dans la double ambiance électorale tant en Algérie qu’en France ; avec un mouvement révisionniste venu de ce dernier pays qui a suivi les déclarations d’un candidat potentiellement futur président de cette République [2], des figures honnies ou emblématiques de la révolution algérienne ont fait l’information chaude des médias des deux pays. En Algérie, la plus exposée est un monument réputé pour sa pureté révolutionnaire : Larbi Ben M’hidi (1923, 1957).

Dans cette conjoncture porteuse de menaces sur l’Algérie, le non-dit du rappel de cette figure est l’absence d’hommes parmi les plus visibles politiquement de cette envergure à même de conduire une révolution pacifique souhaitée par des Algériens qui sont sous le pilon de la pauvreté et du chômage introduits par le FMI et la Banque mondiale, dont l’exécution est surveillée par Français qui profitent pour faire du lobbying de pression pour les industriels de leur pays et comme indicateur : le nombre de constructeurs automobiles et banquiers français qui ont bénéficié des largesses pour leurs IDE avec le démantèlement de la loi 51/49 %.

Si toutes les mesures sont ravageuses, la libéralisation de la santé et la réduction de la taille du peuple algérien en visant sa démographie, et ainsi le remettre dans sa courbe caractéristique durant la guerre de libération sont criminelles.

K. Gosnell, Jonathan dans The politics of frenchness in colonial Algeria, 1930-1954 (University of Rochester Press. 2002. p. 22:  The Demographic of French Algeria (An Imagined Country?)  « [For some advocates of colonialism], [others] believed that French Algeria constituted a body in which only an elite, a select few from settler and indigenous groups, should be full participants.

Ce qui précède brosse une Algérie en situation de pré-révolution, de soulèvement ou d’explosion, qui appelle un rappel du passé.

Hocine Ait Ahmed : la trahison post-mortem

Par son lobbying diplomatique pour la libération de la patrie, son opposition aux différents régimes d’Alger, sa production livresque, la permanence de son activité et sa longévité, Hocine Ait Ahmed (1926, 2015), est, probablement, la figure algérienne la plus connue mondialement [3]

H. Ait Ahmed est un révolutionnaire utopiste ; c’est aussi un théoricien des révolutions et relations internationales qui serait de la trempe de Keneth Waltz (1924, 2013), ancien combattant et ancien professeur dans les universités de Berkeley (Californie) et Columbia (New York). Il serait du même phénomène politique que le canadien Lester B. Pearson (1897, 1972). Ses noblesse et dignité ont fait de lui un politique naïf, non calculateur.

C’est H. Ait Ahmed qui a piloté le Contrat de Rome pour l’arrêt de la guerre civile en 1995. C’est lui aussi qui a introduit le boycott des élections en Algérie. [d]

H. Ait Ahmed a laissé en héritage trois échecs : l’assemblée constituante, l’hymne national et la vérité judiciaire sur l’assassinat de l’un de ses intimes : Ali-André Mecili (1940, 1987), un pionnier des services secrets algériens [e].

Ces trois sujets sont absents du débat politique national général et dans la campagne électorale courante y compris de la part des candidats à la mangeoire de son parti [4].

Un bref syncrétisme de ces éléments d’histoire et conjoncture

Avec des sociogenèses partageant deux siècles de relations tendues et d’influence réciproques, deux républiques, l’algérienne et la française, abusent et usent de l’histoire pour des objectifs opposés : le retour de la domination du colonisateur horripile les Algériens ; pour des objectifs économiques et culturels, les Français veulent remettre son ancienne colonie dans son escarcelle.

Dans un intense défilé, des ministres français font des allers-retours entre Paris et Alger. Dans une indignité protocolaire, un candidat à la présidentielle française a été reçu en chef d’État par l’Exécutif algérien avec des gestes d’une excessive familiarité.

Pendant ce temps, des intellectuels algériens et français tentent de ridiculiser les Algériens. Tous ces mouvements et actions influenceront les résultats électoraux dans les deux pays et par conséquent leurs relations internationales et politiques publiques à travers les pouvoirs législatifs respectifs. Cette influence est visible dans le marchandage cyclique sur les lois relatives aux effets de la guerre d’Algérie à voter par les deux assemblées.

Les équations et les équilibres sont modifiables

La France a des avantages absolus sur l’Algérie : c’est une puissance nucléaire et corruptrice qui a une constitution qui permet à des moins de quarante (40) ans de postuler à la fonction suprême ; l’Algérie en a d’autres : un solde migratoire négatif, les ressources naturelles, ces facteurs de production non mobiles et qui manquent à la France, les pays d’Afrique du Nord, inclus ceux du Sahel peuvent, doivent, ouvrir un front pour un conflit monétaire contre la France et la zone euro en lui opposant une monnaie internationale naturelle commune pour la valorisation des échanges économiques. Le terrain d’affrontement sera le désert et les peuples de ces régions sont prêts à protéger, soutenir leurs armées en les éloignant du politique, en garantissant la paix et la sécurité de leurs familles et des installations économiques, la banque centrale en surévaluant le dinar, les expatriés assureront par solidarité les besoins fondamentaux aux moyens de tontines.

Pour que ce défi soit respectueux des souverainetés populaires et conforme au droit humanitaire international, il faut des lois que voteront leurs assemblées populaires qui intégreront la communauté du destin.

La trahison post-mortem de Hocine Ait Ahmed est évitable

En Algérie, toutes les élections présidentielles et législatives précédentes ont été soient des plébiscites, soient des cauchemars. De la constituante à laquelle a appelé H. Ait Ahmed à la dernière présidentielle, en passant par les législatives de 1992, qui, par l’aveuglement des Janviéristes, ont débouché sur une atroce guerre qui fait saigner des cœurs et torturent des mémoires à ce jour.

Alors que des événements en rapport avec l’histoire nationale ont été célébrés dans une discrétion de honte, la commémoration de la disparition de H. Ait Ahmed a été soumise à un blocus et embargo [f].

Les législatives annoncées pour mai 2017 sont viciées

Le premier vice des législatives est l’inexistence d’un droit de destitution populaire. Les Algériens qui élisent un des leurs sont en droit de le destituer s’il ne livre pas la marchandise ou commet des actes répressibles par l’éthique, la morale et les règles sociales ; les électeurs dotés de rationalité limitée ont droit à la défiance, un levier contre-démocratique.

Soumis à l’austérité, quiconque des candidats promet d’améliorer le bien-être des Algériens, en restant respectueux, est un menteur qui coute cher parce que l’État algérien a cédé la maitrise de ses politiques budgétaire et monétaire au FMI, Banque mondiale et institutions supranationales y compris les informelles.

La bonne foi – aléa moral – qui oblige les députés actuels à refuser à voter les lois d’application, à baisser leurs indemnités à moins de dix millions (10.000.000) de centimes par mois est absente. C’est ce que fera la future assemblée avec tous les salaires sans toucher ceux qui, par engineering comptable ou un tour de passe-passe, seront indexés sur les profits et les porteurs de titres (actions ou obligations).

Pour les droits de l’homme et les libertés civiles politiques, les députés eux-mêmes en sont dépourvus : ils ont voté une constitution dont ils ne connaissent même pas les rédacteurs et une Loi des finances fausse qui a été rectifiée par décret (ordonnance) présidentiel.

Comme quasiment tous les pouvoirs politiques ultralibéraux du monde qui sont sadiques en promettant ceux que veut la clientèle et réalisent ce que veulent leurs donneurs d’ordres ; le pouvoir algérien respecte plus cet axiome : s’il craint une grande abstention c’est qu’il a peur d’une participation massive car la démocratie se définit par 10% de participation avec au moins deux concurrents seulement.

L’autre preuve de sa crainte d’une grosse affluence est la fermeture de l’information et en soumettant la population à de la diversion et des états de choc ; ainsi il libère l’espace pour le marché des voix à ceux qui détiennent la puissance monétaire pour affaiblir ceux qui ont la force populaire.

La prochaine assemblée aura compétence à uniquement lever la main pour approuver tous les projets de loi l’Exécutif, à légiférer sur les cours privés des écoliers, à renforcer les droits de propriété et des investisseurs, à démanteler les assurances, à imposer la règle des 3D pour les institutions financières, à ouvrir tous les marchés de la distribution. Elle fera dans la continuité de la sortante.

Le génie de Hocine Ait Ahmed pour sauver la patrie

L’Algérie a besoin d’un texte fondateur qui ne peut émaner que du peuple qui l’a libérée qui ne peut être que l’œuvre d’une assemblée constituante qui indexera tous les mandats électifs sur l’âge de la majorité civile ou pénale et qui éliminera l’article infamant portant à quarante (40) ans l’âge minimal pour être candidat à la présidentielle et la condition de séjour en Algérie durant plus de cinq (05) ans.

Cet article est une insulte à la mémoire de Hocine Ait Ahmed, Ali Mecili, Krim Belkacem, Mohamed Khider qui ont vécu à l’étranger et qui auraient été interdits de prétendre à la direction du pays qu’ils ont libéré s’ils étaient encore de ce monde.

L’Algérie a aussi besoin d’un hymne national bilingue pour en faire une force de cohésion et elle a besoin de vérité pour panser ses blessures, éteindre les douleurs et expier tous les péchés.

L’assassinat post mortem de Hocine Ait Ahmed est évitable

Sous la condition d’un engagement solennel devant sa tombe et en présence de son peuple de tous les candidats se réclamant de sa révolution à faire de ses trois échecs leurs priorités.

L’engagement doit être accompagné de garanties d’exécution à savoir l’introduction du droit à la défiance populaire dans la représentation parlementaire, la reconnaissance des pétitions locales à partir de cinq mille (2000) voix et l’ouverture d’une plateforme électronique de notation et de classement des députés.

Voter ou boycotter : un dilemme [5]

 

La somme des ai, qui est le nombre de candidats dans (ai, gi) est supérieure à 462. Par la loi, certains candidats seront éliminés et à cause des théorèmes de Von Neumann-Morgenstern, Debreu-Arrow sur les utilités, en plus d’être impossible, la somme des gi que sont les profits espérés, les plus appréciés comme la gratuité de la santé et de l’éducation disparaitraient s’ils sont portés par les candidats éliminés.

Après le dépouillement dans lequel intervient l’administration publique, la somme des ai  dans (ai, gi) est obligatoirement égale à 462, les profits espérés par les électeurs, à cause des mêmes théorèmes, vont changer dans un sens qui sera influencé par « la nature » qui désigne l’administration et les manipulations sur les voix exprimées.

Pour l’anecdote mathématique, un projet de loi peut être bloqué si 231 députés sont pour et 231 sont contre ; donc un nombre pair de députés est une source de blocage pour l’amélioration au sens de Pareto du bien-être social [g].

La loi électorale [6] dit que l’âge minimal pour être candidat est 25 ans. Par effet longitudinal (et non transversal) sur les générations successives, le nombre d’Algériens concernés par les lois votées qui seront exclus croîtra exponentiellement tant que les taux d’accroissement naturel des populations et brut des naissances algériennes sont positifs.

Si dans la future assemblée, trois partis sont dominants avec une majorité permanente de 232 députés et c’est ce qui est attendu, et si les gains espérés par les électeurs portés par les partis minoritaires sont supérieurs à ceux des électeurs de la majorité, la perte sera double : en bien-être et en argent. Tous les députés qui, additionnés, forment la minorité seront payés à être des spectateurs, autrement dit une source de gaspillage financier. Si un député joue l’opposant radical, une panoplie de moyens de persuasion existe. Cette minorité aura un cout financier approximatif de : 230 députes * 40.000.000 cts d’indemnités mensuelles * 60 mois = 552 000 000 000 cts ou 552 milliards de centimes pour toute la législature.

Par le jeu du vote utile, des alliances ponctuelles sont construites, les gains espérés de tous diminueront ; si les alliances ne sont pas respectées dans le futur, les pertes en bien-être seront plus importantes.

Dans le cas idéal, si une loi qui lèse les intérêts de businessmen influents obtient favorable à toute la population obtient le consensus à l’Assemblée, elle risque d’être rejetée pour inconstitutionnalité ou anti-constitutionnalité parce que le texte fondamental a été confectionné pour l’ultralibéralisme qui a exigé de codifier dans le texte fondamental les libertés de marché et la protection de la propriété privée.

Conséquence : sous l’hypothèse que les élections auront lieu à la date prévue, le boycott, l’abstention et la participation n’auront aucun effet sur la légalité de l’assemblée ; la nuance est dans le nombre d’électeurs, les deux premiers phénomènes s’ils sont comptabilisés et s’ils sont majoritaires la dépouilleront de la légitimité populaire qui la disqualifiera pour la souveraineté.

Solution pour ce dilemme : c’est la détérioration des options pour l’amélioration des gains par une participation massive en votant contre tous les candidats, ainsi les Algériens connaitront les courants politiques influents, identifieront l’opposition. Tous les concurrents auront la comptabilité de leur force et cesseront ces logorrhées d’idioties.

En modifiant les équations de la condition d’équilibre, l’État demeurera debout, s’il s’offre une constituante avec un hymne national et ouvrira un front conduit par l’Algérie contre l’Europe de l’euro.

Les dirigeants de l’État ont l’obligation de relancer dans les plus brefs délais le patriotisme en dotant les Algériens de cette force affective qu’est l’appartenance à cette terre amazighe qui est en danger et qui ne sera sauvée que si elle est restituée et confiée à ses hommes et femmes qui la chanteront. Les plus belles funérailles sont celles offertes par le peuple algérien. Offrez-vous ce luxe !

Cherif Aissat

Notes

(*) Dans cette analyse seront utilisés des théories en Politique et administration publiques, les concepts de l’ophélimité de Pareto, des utilités espérées de J. Von Neumann et O. Morgenstern, au vote utile (dilemme du Condorcet), aux stratégies pure et mixte en théorie des jeux et équilibres de J. Nash. Ils seront stylisés avec de la littérature. Les lecteurs sont invités à voir les deux vidéos suivantes, la première est présentée par un post-doctorant en mathématiques spécialiste en théorie des jeux, la seconde est plus explicite, pour mieux identifier la logique de la solution au dilemme des prochaines élections législatives algériennes.

  1. 1.    Nos démocraties divisent | Démocratie 2 : https://www.youtube.com/watch?v=UIQki2ETZhY
  2. 2.    Réformons l’élection présidentielle ! — Science étonnante #35 : https://www.youtube.com/watch?v=ZoGH7d51bvc

[a] Elle est qualifiée telle et le sera aussi longtemps que ses rédacteurs demeureront inconnus.

[b] Le Spoil System est la légitimation politique de la nomination dans les hautes fonctions de l’État que s’octroie le président des USA en désignant environ 5000 fonctionnaires de son choix. Il est défendu par le professeur en sciences politiques Woodrow Wilson (1856, 1924) ancien président des USA. Le wébérisme est un glissement sémantique du rédacteur pour désigner le constructivisme développé par Max Weber (1864, 1920), sociologue qui défend le contraire de Wilson, à savoir l’impersonnalité, la neutralité des fonctionnaires et par extension de la bureaucratie. Wilson et Weber étaient des contemporains qui se respectaient dans les théories politiques mais divergeaient sur la position et la légitimité de la bureaucratie dans le fonctionnement politique.

[c] Pour Max Weber, les deux attributs essentiels de l’État sont sa capacité à lever l’impôt et à exercer la violence légale. Par transposition, certaines organisations terroristes ont ces deux attributs.

[d] Même avec tous les sarcasmes qu’il a soulevés en lançant son premier appel au boycott, Hocine Ait Ahmed a eu le mérite de mettre la majuscule au B avec le sobriquet qu’il a reçu : Ait Boycott et le rédacteur s’excuse pour rappeler cette insolence laquelle est indispensable pour rafraichir les mémoires haineuses et sacraliser la vérité.

[e]. Ali-André Mecili fut un élément du premier service de renseignements du MALG basé en Lybie. Il a déserté l’armée algérienne en sautant d’un camion. Après son assassinat par les services secrets algériens, Hocine Ait Ahmed a écrit : L’affaire Mecili.

[f]. Pour la commémoration du premier anniversaire de sa disparition, une conférence prévue à New-York sur les actions de Hocine n’a pu être organisée. Elle a été transformée en animation vidéo. Hocine Ait Ahmed : Présence de l’Algérie dans l’espace public international. https://www.youtube.com/watch?v=JGNkWLVIVXE

[g] Ce nombre, 462 pourrait être soit une erreur de transcription par la personne qui a saisi cette loi, soit la marque de l’incompétence du législateur ou sans pouvoir fournir d’argument un acte volontaire à dessein non identifié par le rédacteur.

Sources et références bibliographiques

[1] Cherif, Aissat. Officialisation de tamazight. Lettre à la présidence de la République. https://www.youtube.com/watch?v=jmO9VlrUMfk

[2] Cherif, Aissat. Lettre au candidat à la présidentielle francaise : Mr Emmanuel Macron, ces quelques mots. http://www.mondialisation.ca/lettre-au-candidat-a-la-presidentielle-francaise-mr-emmanuel-macron-ces-quelques-mots/5556931

[3] Connelly, Mathew. A diplomatic Revolution: Algeria’s Fight for independence. Google.Books. “State Department officials in Washington and Tripoli began a series of clandestine meetings with Ait Ahmed and Ben Bella. They were particularly impressed with Ait Ahmed, whom they described as “silken in tone and marble-hard in content.””

[4] Hocine, Ait Ahmed. La guerre et l’après-guerre. Édition de Minuit. 1964.

[5] Avinash, Dixit ; Susan, Skeath ; David, Reily.  Games of Strategy. 4.ed. W.W. Norton. Chap. 15. Strategy and Voting. pp. 589-631.  

[6] Conseil du Gouvernement. Loi électorale http://www.joradp.dz/TRV/FElect.pdf

[7] Paul, Krugman ; Maurice, Obstfeld ; Marc, Melitz. Économie internationale.  10.éd. 2015.

 

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Journée du 8 mars : Eloge de la force tranquille

mars 9th, 2017 by Chems Eddine Chitour

«La femme est l’avenir de l’homme.»  Louis Aragon 

«On ne naît pas femme, on le devient.» Simone de Beauvoir

Encore une fois, dans un rituel bien rodé, l’humanité des femmes se rappelle au bon souvenir de l’humanité des hommes et regarde d’une façon désabusée ce non-événement la glorifiant l’espace d’une journée et l’oubliant le reste de l’année. Cet événement, que par un mimétisme ravageur, dont nous avons le secret, nous fait abandonner nos repères identitaires au profit d’un cérémonial créé dans des conditions qui n’ont rien à voir avec la signification profonde de la condition féminine. Faut-il pour autant aller à l’autre bout du curseur et accepter la sentence de Simone de Beauvoir alors que pour Aragon elle serait notre avenir?

L’histoire mille fois répétée et fausse de la genèse du 8 mars 

La manifestation new-yorkaise censée être à l’origine de la Journée internationale des femmes n’a… jamais eu lieu! Retour sur ce mythe démasqué par l’historienne Françoise Picq: «Ses origines reposent en réalité sur un mythe. Françoise Picq, historienne, l’a «démasqué» dès la fin des années 1970:

«À l’époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des ´´groupes femmes´´ du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York.» Or cet événement n’a jamais eu lieu! (…) Car c’est un fait, «c’est en août 1910, à la IIe Conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer», ajoute l’historienne. La date du 8 mars n’est pas avancée, mais le principe est admis: mobiliser les femmes «en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe». La Journée des femmes est donc l’initiative du mouvement socialiste et non du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque. (…) C’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain: en 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée, puis le 8 mars 1917 ont lieu, à Petrograd (…) Une nouvelle tradition est instaurée: le 8 Mars sera dès lors l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes «C’est en 1955, dans L’Humanité, que la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois»,(1)

Journée internationale des femmes 2016: la presse en parle 

Adeline François pour raconter la condition des femmes en ce jour anniversaire a choisi de décrire le calvaire de Nouraisse, 30 ans, Syrienne:

«Voilà deux jours qu’elle n’a pas dormi, elle fait partie de ces rares Syriens qui ont pu passer au compte-gouttes la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Elle a ensuite marché pendant des jours jusque vers le Nord avec sous le bras, ces trois enfants âgés de 2 mois, 6 ans et 9 ans. Son mari n’a pas réussi à quitter Alep. Nouraisse a marché jusqu’à la frontière avec la Serbie. Et là, le mur. Le Parisien-Aujourd’hui en France raconte ce mardi 8 mars le sort de quelque 400 personnes qui se sont retrouvées parquées lundi 7 mars dans la soirée entre deux frontières dont aucune ne veut s’ouvrir. «La Serbie et la Macédoine attendent de savoir ce que vont décider les Européens et les Turcs», des subtilités diplomatiques inaudibles pour ces centaines de réfugiés devenus les otages d’une politique migratoire européenne cacophonique. (… » (2)

« Face à eux, les cordons de policiers serbes, derrière eux les cordons de policiers macédoniens. Les voici donc coincés dans ce «no man’s land» boueux sous des pluies diluviennes. Des bénévoles s’activent pour distribuer des capes, des bonnets et monter quelques tentes. Nouraisse porte son bébé qui crie et elle crie, elle aussi, son désespoir au reporter du Parisien. «En fait, ils veulent qu’on meure, mais si c’est ça on aurait mieux fait de mourir tous ensemble en Syrie», dit-elle. Nouraisse se fiche sans doute pas mal de la date du jour, 8 mars, Journée internationale des droits des femmes.» (2)

L’appel des femmes arabes pour la dignité et l’égalité 

Le mimétisme de l’Occident a amené la femme intellectuelle arabe à se révolter et faire le procès de l’Islam confondant les tyrans arabes et l’instrumentalisation de la religion.

«Le 8 mars 2013 huit femmes, actrices des luttes pour la démocratie, ont lancé un appel pour la dignité et l’égalité dans le Monde arabe: «Nous, femmes arabes impliquées dans les luttes pour la démocratie, la dignité et l’égalité, nous, actrices au premier plan des changements exceptionnels que connaît le Monde arabe, tenons à rappeler à l’opinion publique que les femmes sont en droit de bénéficier au même titre que les hommes du souffle de liberté et de dignité qui gagne cette région du monde. Depuis toujours, les femmes mènent des luttes pour obtenir des acquis, plus ou moins importants selon les pays. Mais ces acquis demeurent en deçà de leurs aspirations et font de leur statut un des plus reculés dans le monde. Les violences demeurent répandues tant dans l’espace public que privé et très peu de mesures sont prises pour mettre fin à ce fléau. Les Codes de la famille ne sont dans la plupart des pays arabes que des textes instituant l’exclusion et la discrimination. (…) Ces lois violent les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales des femmes et des fillettes par l’usage de la polygamie, le mariage des mineures, les inégalités en matière de mariage, de divorce, de tutelle sur les enfants ou encore l’accès à la propriété et à l’héritage. Certaines lois permettent même à la parentèle masculine de tuer des femmes et des filles avec le bénéfice de circonstances atténuantes dans le cadre des crimes d’honneur(…) Nous considérons que si l’égalité ne peut se réaliser sans la démocratie, la pleine jouissance de cette démocratie ne peut se réaliser sans une égalité totale entre les hommes et les femmes. Aucune démocratie en effet ne peut se construire au détriment de la moitié de la société. Ensemble nous avons fait notre présent, ensemble nous construirons un avenir meilleur. Nous exigeons (…) la dénonciation des voix qui s’élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d’une lecture rétrograde des préceptes religieux ainsi que celles qui voudraient leur interdire une participation pleine et entière à une vie digne et respectueuse des droits humains.» (3)

Naturellement pas un mot sur la femme objet en Occident avec une dignité en lambeaux, on constate même une société perverse qui fait que la violence envers les femmes est aussi importante que partout ailleurs. La meilleure preuve  est que les femmes à travail égal ont un salaire inférieur d’environ 20 % que celui des hommes  notamment en France patrie  censée être celle des  droits de l’homme et des femmes …

Cependant cela n’absout nullement les dirigeants des pays musulmans s’aidant sur une lecture littérale des textes religieux confortent les us et coutumes tribales pour asseoir une hégémonie qui ne repose que sur du vent.

Les femmes : les grandes oubliés de la Science

On dit souvent que beaucoup de scientifiques n’ont pas eu de visibilité et de reconnaissance du fait de la misogynie des hommes scientifiques ou pas. Le cas de Agnodice est édifiant  :

« IVe siècle avant J-C. Le monde n’est pas vraiment à la pointe en matière de gynécologie et il n’est pas rare de voir les femmes souffrir en couche. Mourir, pour les moins chanceuses. Les naissances se font dans la douleur et surtout, dans le silence : les Athéniens ayant réclamé l’interdiction de l’exercice de la médecine par les femmes – trop sujettes à pratiquer l’avortement – les futures mères préfèrent se débrouiller seules. Il n’en fallait pas moins pour frustrer Agnodice – jeune fille issue de la haute société athénienne – qui décide de prendre ses cliques et ses claques direction l’Égypte où il est encore possible pour un être humain possédant une 23e paire de chromosomes d’étudier la médecine. Sa formation en poche, Agnodice revient en Grèce et se résout à cacher sa féminité pour exercer sa profession. Dissimulée sous une barbe postiche et derrière le nom de Miltiade, la jeune gynécologue sauve des bébés et des mères à tour de bras. Titillée par ce succès, la jalousie de ses confrères ne tarde pas à se faire ressentir, certains l’accusant même de profiter de sa situation pour séduire ses patientes. Bien décidés à se débarrasser d’Agnodice – même après qu’elle ait enlevé son postiche – maris et médecins furent tentés de l’exécuter. C’était sans compter sur la pression de ses patientes, qui fpermis de l’acquitter et, dans le même élan, de révoquer la loi interdisant les femmes de devenir médecin. D’une pierre deux coups ». (4)

« Si les progrès sont notables, écrit Mathilde Damgé du  journal Le Monde,  reste que les femmes ne représentent que 5,35 % des nobélisés, avec 48 femmes sur 897 lauréats depuis la création du prix en 1901. (…) Parmi celles qui sont restées dans l’ombre du « grand chercheur », citons Clara Haber, épouse de Fritz, qui obtint le prix Nobel de chimie en 1918 pour ses travaux sur l’ammoniac. Première femme à obtenir un doctorat de chimie à l’université de Breslau, elle a contribué aux travaux de son mari, traduisant ses articles en anglais, tout en étant cantonnée à la vie familiale.  C’est aussi le cas de Mileva Maric, brillante étudiante qui rencontra Albert Einstein lors de leurs études à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Des lettres attestent de leurs échanges sur les travaux de physique d’Albert mais elle dut, elle aussi, se consacrer à sa vie de famille jusqu’à leur séparation. L’un des exemples les plus flagrants d’oubli du comité Nobel est celui de Lise Meitner, collaboratrice d’Otto Hahn (prix Nobel de chimie en 1944) et qui joua un rôle majeur dans la découverte de la fission nucléaire. Juive autrichienne, elle dût fuir l’Allemagne nazie en 1938 et refusa ensuite de participer à la construction d’une bombe atomique.(…) La minimisation des contributions des femmes dans les sciences a d’ailleurs été théorisée : c’est l’« effet Matilda », nom donné par une historienne des sciences américaine, Margaret W. Rossiter, au déni et à la minimisation, systématique selon elle, des contributions des femmes à la recherche  (…) ».

Qu’en est-il du 8 mars en Algérie? 

En règle générale, le 8 mars : un jour  qui représente  moins de 0,3% du temps est consacré à la reconnaissance de la femme comme acteur important de la société à la fois au sein de la maison, mais au sein de la société, ce non-événement. Les femmes algériennes ont eu à lutter à la fois sur le plan de la liberté, on les trouve à chaque coin de l’histoire et curieusement la femme algérienne n’a jamais été aussi libre que pendant la Révolution de Novembre. En se battant, en soignant en éduquant en conseillant et en faisant le coup de feu, la femme algérienne a montré qu’elle était de tous les combats et qu’a priori aucun emploi ne peut lui être refusé. C’est donc un autre combat que la femme algérienne mène au quotidien à bas bruit sans m’as-tu-vu, dans l’ombre même si elle a toutes les compétences, c’est à elle en définitive qu’incombe la pérennité d’un ménage. C’est un fait que la société algérienne a profondément évolué en profondeur, mais cependant avec des différences entre l’Algérie profonde où le poids des traditions pesant, l’homme se croit encore investi du droit de tutelle, voire de visibilité sociale de la femme réduite ce faisant à sa plus simple expression du fait de traditions rétrogrades.

Cependant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ces traditions et surtout notre islam millénaire a permis aux Algériennes et Algériens de résister au laminoir identitaire de la colonisation qui voulait faire des Algériens «des poussières d’individus» selon l’expression de Jules Combon gouverneur en Algérie ou encore de pieux chrétiens pour mériter les faveurs du ciel et celles du cardinal Lavigerie pour avoir accès à un minimum de conditions sociales. Par la suite et vers la fin de la guerre de libération, le pouvoir colonial a compris, d’après Frantz Fanon, que pour tenir les Algériens, il fallait s’attaquer à la citadelle constituée par la femme algérienne.

Des opérations d’enlèvement de voile ont été organisées et les voiles ont été brûlés pour symboliser la libération de la femme et sa marche vers la liberté en vain!!! Bien plus tard, du fait d’une culture défaillante, les Algériens et les Algériennes livrés entre les mains d’Internet deviennent des victimes consentantes qui s’enivrent de ces ersatz de liberté que leur offre la Toile et ses perversions.

Nous devons être reconnaissants envers celles et ceux qui ont des siècles durant combattu pour l’Algérie. Comment rendre hommage aux femmes? Doit-on dans un rituel bien rodé attendre le 8 mars de chaque année? Cet être qui peut être notre mère, notre soeur, notre fille ou notre épouse. Rendons-nous justice à cette «proximité» en la ghettoïsant dans une journée comme «un minimum syndical» un tribut à payer pour avoir la paix jusqu’à la prochaine fête? Que fête-t-on réellement? La libération? Est-ce une servitude que la femme doit à l’instar du mythe de Sisyphe affronter au quotidien et «prouver» qu’elle est l’égale de l’homme? Tragique erreur s’il en est! Non! Rien de tout cela. Les femmes algériennes devraient être des exemples à suivre, nul besoin de se référer ailleurs. Rien ne peut remplacer une mère et, qu’à bien des égards, Renier l’instinct maternel a été une étape nécessaire à la «libération» de la femme, mais cette attitude handicapante montre aujourd’hui ses limites: les jeunes mères sont déchirées entre ce qu’elles ressentent et ce que leur vie professionnelle leur impose.

Les Algériennes qui ont marqué l’Histoire 

L’histoire de l’Algérie est jalonnée de battantes. Les Algériennes de coeur, qui ont défendu l’Algérie et qui méritent mille fois d’être à l’honneur, bien que leur modestie et leur grandeur d’âme leur interdisent de faire dans le m’as-tu-vu et d’être aux premières loges pour avoir les faveurs des gouvernants et surtout à mille lieux de l’image que nous nous faisons de nos mères, humbles et discrètes.

Le combat des femmes a donné ses lettres de noblesse à l’histoire de ce pays. Aussi loin que nous plongeons notre regard dans notre histoire, nous trouvons sans difficulté comme exemple de bravoure l’Algérienne. La première héroïne qui nous vient à l’esprit est Tin Hinan la princesse du Hoggar. Tin Hinan est le nom que des traditions orales donnent à l’ancêtre originelle des Touareg nobles du Hoggar.

Lalla Robba, la religieuse berbère , mais aussi la guerrière, est considérée comme la première résistante de l’Algérie antique, Pendant plus de cinq ans (429 à 434), Robba mène parallèlement à son action de religieuse chrétienne , une guerre sans merci contre les Romains jusqu’à son assassinat par les traditeurs. Elle avait 50 ans.

Au septième siècle, une autre héroïne Kahina Dihya ou Damya reine guerrière berbère zénète des Aurès combattit les Omeyyades lors de l’expansion islamique en Afrique du Nord au VIIe siècle.. Fille unique, elle aurait été élue ou nommée par sa tribu après la mort de son père. Vaincue en 693 par Hassan Ibn en N’uman, elle est faite prisonnière, puis décapitée au lieudit Bir El Kahina.

Un autre fait glorieux qui met en scène la femme algérienne est celui du mystère de Fatma Tazoughert (la rouquine?). Nous lisons dans une contribution de Nadhir Sbaâ: guerrière redoutable, elle sacrifia ses deux frères pour exalter le respect de la discipline.» Née dans la montagne de Hitaouine (Merouana,), Fatma «la Rousse», (1544-1641) prêtresse et reine, réussit sous son règne, non seulement à unir plusieurs groupes berbéro-arabes, mais à perpétuer le matriarcat en désignant uniquement des femmes au sein du conseil des sages.

Nous arrivons au XIXe siècle, la figure altière de Lalla Fatma N’Soumer nous interpelle. En effet, lors de la phase de conquête, les troupes coloniales françaises eurent à affronter en Kabylie, une armée dirigée par une femme, Lalla Fatma N’Soumeur. Lalla Fatma N’Soumeur, avec son armée qui comprenait également de nombreuses femmes de la région, dirigeait les combats… Lalla Fatma N’Soumeur mourut en prison en 1863 seulement âgée de 33 ans.

Les héroïnes de la guerre de libération 

Il est impossible de recenser toutes celles qui -surtout modestement- ont contribué à l’Indépendance du pays. Nous prenons le risque de citer quelques-unes qui, outre leur prestigieux combat, se distinguent par leur «invisibilité» estimant qu’elles n’ont fait que leur devoir et n’ont pas à en faire un fonds de commerce. Comme ce sera le cas de Zoulikha Ouddaï qui mourut en héroine après avoir vu la mort de son mari lui aussi tué.

Tarik Hafid nous parle aussi de ces femmes qui ont pris à coeur de libérer le pays.

« Elles s’appellent Aldjia, Mamia, Emilie, Nafissa, Fatima et Isa. Des femmes qui ont fait le choix de s’engager en politique durant la première moitié du XXe siècle. Elles ont participé à l’édification du Mouvement national algérien, Ces femmes avaient pour dénominateur commun l’amour de l’Algérie, la jeunesse et la volonté de démontrer qu’elles sont capables de s’affirmer autant que les hommes en politique. (…) Dans son livre Des Femmes dans la guerre d’Algérie, Danièle Djamila Amrane-Minne explique que durant les années quarante et cinquante, les femmes algériennes «sont absentes de la vie politique». L’auteure cite des statistiques du ministère des Anciens Moudjahidine de 1978: «Sur les 10 949 anciennes combattantes enregistrées, seules 6 ont eu une activité politique avant la guerre.» (…) A part quelques sièges à l’Assemblée constituante (seulement 10 moudjahidate sur les 195), elles n’ont eu accès à aucun poste politique. Aucune n’a réussi à obtenir le statut d’officier de l’Armée nationale populaire.» (6)

La femme  et sa participation au développement du pays.

A des degrés divers, le sort social en terme d’accès aux fonctions,  de la femme algérienne n’a rien à envier  à celui de son équivalente en Occident. Ainsi dans une contribution de Lyes Hallas du Soir d’Algérie  on lit que la femme est relativement présente dans tous les secteurs de la société :

« Pour des tâches similaires, les femmes en Algérie sont rémunérées comme les hommes au moment où partout ailleurs dans le monde les organisations de défense des droits de la femme dénoncent des discriminations en la matière (…) il n’y a aucune contrainte juridique ou autre sinon, les blocages psychologiques des femmes elles-mêmes. (…) Globalement, les personnels féminins en activité dans la Fonction publique étaient, en 2014, de 720 330 agents sur un total de 2 020 172, soit 35%. Le secteur de la santé compte plus de femmes que d’hommes, 138 581 sur un total de 266 525 en 2014, soit 52% de femmes (elles représentent 45% des hospitalo-universitaires). Dans l’éducation nationale, la moitié des effectifs est composée de femmes (297 394 sur un total de 592 831 en 2014). La police a également ses contingents de policières, estimés en 2016 à près de 20 000, soit environ 10% des effectifs de la Sûreté nationale. Dans le secteur de la justice, elles sont 13 644 sur 43 000 agents (30%). Et dans le corps de la magistrature et la diplomatie, les femmes algériennes sont mieux loties que leurs homologues occidentales même si la proportion des hommes est plus importante dans ces corps de métiers » (7)

« On compte aussi poursuit Lyes Hallas, 62 258 agents féminins sur 171 761 dans l’enseignement supérieur, soit 36%, et la proportion est beaucoup plus importante dans le domaine de la recherche scientifique où elles sont près de 40%. Idem dans le secteur des finances où elles sont 28 757 agents sur 83 829 (34%) et l’on a vu une femme accéder au poste de vice-gouverneur de la Banque centrale. Du reste, c’est une question de choix et de mérite. Dans les fonctions politiques, et depuis l’instauration du quota de 30% pour les femmes, les partis trouvent du mal à compléter les listes faute de femmes candidates justement.(..) Certes, il y a moins de femmes dans le secteur économique, ce qui ramène le taux des femmes dans le monde du travail à 19% de l’ensemble des salariés  (…)L’Armée nationale populaire (ANP) compte deux généraux femmes. (…)En février 2017, l’Algérie comptait 275 576 femmes entrepreneures (143 010 gérantes d’entreprises et 132 566 personnes physiques), soit 7,5% de l’ensemble des opérateurs économiques (1,9 million). Elles sont actives notamment dans le commerce de détail, les services et l’artisanat, même s’il existe une petite proportion de femmes qui ont réussi dans l’industrie et le bâtiment. » (7).


 Conclusion 

Où en sommes-nous de cette errance qui nous incite à commémorer les fêtes décidées par les autres dans d’autres contextes?  Qu’on le veuille ou non, la femme représente la force tranquille et le barycentre de la cellule familiale. Ce concept qui tend à disparaitre sous les coups de boutoir d’un néo-libéralisme qui fait fi des solidarités et des modus vivendi familiaux  qui ont sédimenté depuis des millénaires. Le jeune est plus attaché à la toile qu’à ses parents. La télévision puis l’internet puis les réseaux sociaux n’ont de cesse de détricoter les tisses familiaux. A telle  enseigne qu’il est normal de ses débarrasser des petits vieux en les mettant dans des mouroirs au nom de la liberté . Est-ce cela notre dette envers nos mères ?

Doit-on par mimétisme fêter ce 8 mars comme un solde de tout compte annuel de notre reconnaissance envers ces femmes, nos mères, nos filles, nos épouses ou avoir constamment à l’esprit par des preuves au quotidien de notre attachement à ce qu’elles font pour nous? Nous avons besoin de réhabiliter notre référents. Pour cela, il nous faut déconstruire les repères occidentaux et se ressourcer à nos propres valeurs, sinon nous continuerons dans un mimétisme ravageur à singer beaucoup de «valeurs» discutables de l’Occident perpétuant ainsi le mal le plus grand, l’errance qui fait de nos jeunes des apatrides ballotés dans tous les sens, par une doxa occidentale du dépenser  sans penser  pour le plus grand bien du marché !!  Ne persistera en définitive, que le décorum sans épaisseur de cette commémoration hypocrite sous forme d’une grande bouffe rituelle tous les 8 mars, une «zerda» pour utiliser un terme de l’Algérie profonde. Non, nous devons nous réveiller de ce grand sommeil. (8)

Professeur Chems Eddine Chitour 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.Sarc https://lejournal.cnrs.fr/articles/journee-des-femmes-la-veritable-histoire-du-8-mars

2.http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/journee-internationale-des-femmes-2016-la-presse-en-parle-7782250421

3.http://www.lemonde.fr/journee-de-la-femme/article/2012/03/08/l-appel-des-femmes-arabes-pour-la-dignite-et-l-egalite_1653328_1650673.html#C30i0p5hSdcPPvm0.99

4. http://www.vanityfair.fr/actualites/pouvoir/diaporama/femmes-scientifiques-oubliees-par-les-livres-dhistoire-feminisme-celebres/41505#E7dfgCMP0V7efsH5.99

5.Mathilde Damgé  http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/10/09/ces-femmes-oubliees-des-nobel_4786195_4355770.html

6.Tarik Hafid http://www.babzman.com/exrait-revue-babzman-lapport-des-femmes-dans-le-mouvement-national-de-la-revolution-edification-du-mouvement-national-algerien-les-oubliees-de-lhistoire/

7.Lyes Hallas http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/03/08/article.php?sid= 210418&cid=2 

8.Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/ces-femmes-invisibles-qui-ont-marque-lhistoire-de-lalgerie/5326553

 

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/262186-eloge-de-la-force-tranquille.html

 

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Dans une indifférence quasi générale dévoyée par « l’affaire Fillon », se tenait lundi 06 mars dans les ors de Versailles – tout à l’image des conditions de vie des populations européennes – un étrange mini-sommet rassemblant quatre des principaux pays de l’UE : l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie. Avec pour objectif officiel de tenter sortir l’UE de l’impasse et de la morosité qui la traverse depuis des années, particulièrement après les résultats désastreux de la politique d’austérité, suivie du coup de semonce du Brexit et suite à la crise des réfugiés que cette même UE s’est révélée incapable de gérer ; ainsi qu’en prévision d’élections majeures dans divers pays où les poussées d’une extrême-droite anti-européenne et plus forte que jamais se précise de jour en jour.

A première vue, qu’en retenir sinon cette langue de bois habituelle dont se satisfont ces chefs de gouvernements qui n’ont décidément rien compris au ras-le-bol des peuples face à une UE de technocrates qu’ils leur imposent ? Les pistes de relance se réduisent – il fallait s’en douter vu les participants qui se trouvent tous les quatre sur des sièges éjectables – à bien peu de choses, résumées ci-après à travers leurs formules éculées :

Fr. Hollande, (pénétrant) :

– il faut de nouvelles formes de coopérations, pour de nouveaux projets, ce que l’on appelle des coopérations différenciées ;

– quelques pays pourraient aller plus vite et plus loin dans des domaines comme la défense, la zone euro, l’harmonisation fiscale et sociale, la culture, la jeunesse ;

A. Merkel (sagace) :

– il faut avoir le courage que certains pays avancent plus rapidement que d’autres sans se fermer à ceux qui ont pris du retard ;

– mais, il faut pouvoir aller de l’avant ;

P. Gentiloni (perçant) :

– il faut une UE plus intégrée… mais, avec différents niveaux d’intégration ;

M. Rajoy (profond) :

– l’Espagne est disposée à aller plus loin dans l’intégration avec tous ceux qui voudront la poursuivre…

Pour tout observateur, on ne peut qu’être confondu par tant de perspicacité de la part de dirigeants de nations aussi puissantes sur la scène internationale… sans parler de ce que ce genre de sommet coûte aux contribuables.

Sauf qu’à y regarder de près, une chose devrait inquiéter les citoyens de l’UE. En effet, si l’on veut bien se rappeler l’un des éléments à l’origine de la création du « Marché commun », c’est l’immense champ de ruines de l’Europe après la guerre 39-45 et ses 60 millions de morts (après celle de 14-18 qui en avait déjà fait près de 20 millions). Au regard des conflits actuels, ces chiffres sont terrifiants, sans parler du nombre de blessés, mutilés et handicapés à vie. C’est donc dans une perspective de paix du vieux continent traversé par des guerres depuis des siècles, que le projet a pris forme, en signant pour commencer le Traité fondateur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), le 18 avril 1951, entre six pays (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg)… portés à vingt-sept à ce jour.

Or qu’a-t-on entendu lors de ce mini-sommet du lundi 06 septembre 2017 par la bouche de Fr. Hollande qui s’est montré insistant sur le sujet ? La volonté de redynamiser l’UE par une Europe de la Défense (contre qui ?!) : « La situation géopolitique créée par l’élection de Donald Trump qui a multiplié les déclarations de défiance à l’égard de l’UE comme de l’Otan, et les ambitions de la Russie qui entend « s’affirmer comme une puissance », l’exige » a-t-il déclaré.

Ainsi, l’essence même de ce qui a poussé les dirigeants de l’époque à la création d’une union pour la mettre à l’abri de nouveaux conflits dévastateurs comme son territoire en avait connu à deux reprises en quelques dizaines d’années, se solde 65 ans plus tard, au retour d’un projet militaire commun, au nom d’un dynamisme qui manquerait à l’élan européen.

Le « capitaine de pédalo » qui restera sans doute comme l’un des pires présidents français des dernières décennies, signe-là une approche géopolitique des plus accablantes, souhaitant un retour de l’esprit belliciste européen en invitant certains de ses dirigeants – qui têtes baissées suivent déjà les injonctions de l’administration américaine – à dépenser plus d’argent au profit de l’armement plutôt qu’au profit de la paix, du bien-être social et de l’écologie, aussi urgentes l’une que l’autre ! Non content d’avoir mené la France à perdre toute crédibilité sur la scène internationale, Normal 1er persiste à tenter d’entraîner l’UE dans un aventurisme dont il n’aura plus à assumer les conséquences bientôt. Pour un responsable politique de ce niveau, il faut constater combien l’individu semble vraiment dépassé par la charge de sa fonction.

J’en retiens deux choses :

  1. s’il est un secteur dans le monde qui semble ne pas connaître de crise, c’est celui de l’armement dont le lobby doit se réjouir de ces perspectives européennes décidément fascinantes pour leurs prochaines années et les profits qui s’annoncent ;
  2. face à de telles options, il faut que les citoyens qui s’apprêtent à voter bientôt tant au Pays-Bas, qu’en France, puis en Allemagne en automne prochain prennent vraiment le temps de lire les programmes des candidats pour savoir s’ils avalisent ces perspectives des plus alarmantes pour l’avenir, ou s’ils préfèrent choisir ceux qui prônent la paix et la redistribution des richesses de manière plus équitable qu’elle ne l’est aujourd’hui, afin de pacifier les rapports entre les citoyens et les Etats voisins.

 

Daniel Vanhove

08.03.17

Daniel Vanhove est observateur civil et auteur

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A potential wood supplier for one of the world’s largest pulp and paper mills does not have the consent of local communities

A joint investigation report released in English on May 8, 2017 by Indonesian NGOs titled “Local Communities Reject PT. Bangun Rimba Sejahtera, Potential Supplier to APP’s OKI Mill”, details the opposition of local communities to the development of industrial pulpwood plantations on their lands in Banka Belitung, Indonesia. Asia Pulp and Paper (APP) is considering purchasing wood from these plantations as a fiber source for its controversial new mill PT. OKI Pulp and Paper mill, despite the ongoing conflicts. The OKI Pulp and Paper mill is one of the world’s largest and has been criticized over concerns that its high demand for wood fiber will drive new land conflicts, breaking APP’s social and environmental commitments.

The report shows that Asia Pulp & Paper (APP) is currently considering PT. Bangun Rimba Sejahtera (BRS) as a fiber supplier for its OKI mill, despite BRS being rejected by a majority of the communities living within and adjacent to the BRS plantation concession.

“One hundred thousand people could be negatively affected by these plantations,” said Ratno Budi of Walhi Banka Belitung. “A majority of these communities have declared their objection to the plantation and to the presence of BRS on their community lands.”

Communities have organized demonstrations and written letters and petitions to government officials opposing the BRS plantation, as their customary lands, which will be affected, are the primary source of livelihood for most community members. The report shows that communities were not adequately consulted about the project and did not give their consent to the plantation. It also documents how BRS has included police and army in public meetings, with an intimidating effect on local residents.

“APP has made a commitment that any new concessions or fiber used to supply the OKI mill will respect the rights of affected communities to give or withhold their Free, Prior and Informed Consent (FPIC),” said Aidil Fitri, director of HaKi. “If APP brings BRS on as a supplier it would clearly be breaking its own sustainability policies and its promise to respect human rights.”

“There is a lot of concern that the OKI mill will drive more social conflict, peatland drainage and deforestation” said Lafcadio Cortesi of Rainforest Action Network. “This is a test case for APP. Pulp and paper customers and investors will be watching whether APP will be true to its word and avoid suppliers like BRS.”

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The US has begun the installation of its Terminal High Altitude Area Defence (THAAD) anti-ballistic missile system in South Korea, provoking an angry reaction from China, which warned that it could trigger a nuclear arms race in the region. The provocative move will heighten the already tense situation on the Korean Peninsula as the US and South Korea engage in huge annual war games.

Two trucks, each mounted with a THAAD launch pad, were landed aboard a C-17 cargo plane at the US military’s Osan Air Base, south of Seoul, on Monday night. According to South Korean military officials, more equipment and personnel will arrive in the coming weeks. The THAAD battery installation is likely to be completed as early as May or June.

US officials exploited North Korea’s test launch of four ballistic missiles on Monday morning as the pretext for commencing the THAAD installation. However, the final go-ahead for the THAAD deployment, which was agreed by South Korea last July, occurred last week when the South Korean government acquired the planned site in a land swap deal with the conglomerate Lotte.

Washington also insists that the THAAD placement is purely defensive and needed to counter North Korea’s nuclear arsenal. In reality, the THAAD system is offensive in character. It is an important component of an expanding US anti-ballistic missile system in Asia that is primarily aimed at preparing for nuclear war against China, not North Korea.

US imperialism, which has an estimated 4,000 nuclear warheads, has never ruled out a first nuclear strike and is spending $1 trillion to upgrade its nuclear weapons and delivery systems. Its anti-ballistic missile systems are designed to neutralise the ability of any enemy to retaliate in the event of a US nuclear attack. The Federation of American Scientists estimated that China had about 260 nuclear warheads as of 2015.

The THAAD system is designed to intercept incoming ballistic missiles at high altitude. It consists of a powerful X-band radar system to track missiles at long range, linked to truck-mounted interceptors designed to destroy a hostile missile in flight. In the event of war with China, the THAAD system would not only protect key US military bases in South Korea and Japan. Its X-band radar could detect and track missile launches deep inside the Chinese mainland.

Chinese foreign ministry spokesman Geng Shuang yesterday reiterated Beijing’s opposition to the THAAD deployment. Geng warned that China would “take necessary measures to defend our security interests and the consequences will be shouldered by the United States and South Korea.”

Russia also condemned the THAAD installation. Victor Ozerov, who chairs Russia’s Federal Defense and Security Committee, branded the deployment as “another provocation against Russia” aimed, if not at encircling Russia, “then at least to besiege it from the west and the east.”

The Chinese government has already taken retaliatory moves against South Korea, closing more than 20 stores owned by Lotte in China on the pretext of safety violations, and has advised travel agents not to sell South Korean packages to Chinese tourists. The state-owned media has suggested a wider boycott of South Korean goods and even the severing of diplomatic relations with Seoul.

A commentary in the official Xinhua news agency warned that the THAAD deployment “will bring an arms race in the region.” Hinting that China would enlarge its nuclear arsenal to counter the US anti-ballistic missile systems, it declared: “More missile shields on one side inevitably bring more nuclear missiles of the opposing side that can break through the missile shield.”

The suggestion that China could expand its nuclear arsenal only underscores the reactionary character of the Chinese regime’s response to the escalating economic and military threats by the Trump administration. The Chinese Communist Party represents the interests of an ultra-rich oligarchy, not Chinese workers and the poor. Its military build-up and whipping up of Chinese nationalism heightens the danger of war and divides the working class.

A nuclear arms race between China and the United States would be profoundly destabilising in Asia and the world. An expansion of the Chinese nuclear arsenal could prompt South Korea and Japan to develop their own nuclear weapons, and encourage India to enlarge its nuclear arsenal, exacerbating tensions throughout South Asia, particularly with Pakistan.

The Trump administration has targeted China, warning of trade war measures, threatening military action against Chinese-controlled islets in the South China Sea and suggesting it could tear up the “One China” policy that forms the bedrock of US-China relations.

Trump has repeatedly accused China of not imposing crippling sanctions on its ally North Korea to force it to abandon its nuclear weapons and missiles. The White House is currently engaged in a review of US strategy toward North Korea, details of which have been leaked to the media, including proposals for pre-emptive military strikes on North Korea and regime-change operations.

North Korea provides a convenient pretext for the US military build-up in North East Asia against China. The New York Times reported that one option under consideration is the return of tactical nuclear weapons to South Korea—adjacent not only to North Korea, but also China.

Trump has already outlined a huge expansion of the US military and has tweeted that the US has “to greatly strengthen and expand its nuclear capacity.” Moreover, the US strategy is shifting from the use of nuclear weapons as a last resort to the active consideration of a limited nuclear war.

North Korea is rapidly emerging as a dangerous global flashpoint. A small incident, either accidental or calculated, has the potential to trigger a catastrophic conflict on the Korean Peninsula that would draw in nuclear-armed powers such as China and Russia.

The only social force capable of halting the drive to world war is the international working class, through building a unified anti-war movement based on socialist principles to put an end to capitalism and its outmoded nation-state system, which is the source of war.

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Des avocats palestiniens réclament une enquête sur le ministre en charge des services de police alors qu’une étude révèle une augmentation fulgurante des discours anti-arabes diffusés en hébreu sur les réseaux sociaux

Les 1,7 million de citoyens palestiniens d’Israël font face à un raz de marée de propos incitatifs et haineux sur les réseaux sociaux, y compris en provenance de ministres du gouvernement, ont prévenu des dirigeants de la communauté.

Selon ces derniers, le climat politique de plus en plus hostile en Israël alimente la violence de la police et des gangs de rue et a jeté les bases d’une récente série de propositions législatives que de nombreux Palestiniens jugent racistes.

L’alerte est donnée alors qu’un groupe d’avocats palestiniens réclame que le procureur général d’Israël ouvre une enquête sur Gilad Erdan, le ministre de la Sécurité intérieure, pour des allégations d’incitation au racisme.

« Israël a été victime d’un terrorisme incendiaire et je ne laisserai personne balayer ce fait sous le tapis »

– Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure

Adalah, un groupe juridique agissant en faveur de la minorité palestinienne d’Israël, a mis en évidence des propos d’Erdan, qui a accusé les citoyens palestiniens d’avoir commis des actes de « terrorisme incendiaire » en novembre dernier lorsque des feux de forêt ont balayé le pays, bien qu’il n’y ait pas eu de poursuites.

« Israël a été victime d’un terrorisme incendiaire et je ne laisserai personne balayer ce fait sous le tapis, a-t-il écrit sur Facebook en décembre. Pourquoi est-il irréaliste d’imaginer les Arabes tenter de nuire aux juifs ? »

Adalah a soutenu que les propos d’Erdan s’inscrivaient dans une stratégie gouvernementale plus large visant à représenter les citoyens palestiniens, qui constituent environ 20 % de la population d’Israël, comme une « cinquième colonne ».

Bien que d’autres ministres du gouvernement se soient également rendus coupables d’incitation à la haine, les propos d’Erdan ont été particulièrement nuisibles en raison de son rôle de surveillance à la tête de la police, selon le groupe.

D’après Adalah, Erdan a soutenu une culture policière qui traitait déjà les citoyens palestiniens comme un « ennemi de intérieur ».

« Les propos incitatifs d’Erdan sont dangereux parce qu’ils renforcent et approuvent les préjugés existants au sein de la police », a déclaré Nadeem Shehadeh, avocat auprès d’Adalah.

« En conséquence, la police est susceptible d’avoir la gâchette encore plus facile. »

Les inquiétudes concernant les effets des propos incitatifs formulés par des dirigeants politiques ont été soulignées par une enquête publiée le mois dernier, qui a révélé une montée en flèche des abus commis en ligne par des juifs israéliens contre les Palestiniens.

7amleh, une organisation qui défend les droits des Palestiniens sur les réseaux sociaux, a identifié l’année dernière 675 000 publications en hébreu exprimant du racisme ou de la haine envers les Palestiniens – soit une toutes les 46 secondes et plus du double du chiffre de l’année précédente.

« Il y a un niveau terrifiant de propos haineux publiés en ligne par des juifs israéliens, a déclaré Nadim Nashif, directeur de 7amleh. Personne en Israël – que ce soient les responsables politiques, la police, les tribunaux et les sociétés de médias sociaux – n’a affiché un intérêt à l’idée de faire quelque chose. »

« Mais c’est pire que cela. Les responsables politiques alimentent le problème. Il est devenu tout à fait normal en Israël de tenir des propos incitatifs à l’encontre des Palestiniens. Vous en trouvez partout. C’est totalement courant. »

Les recherches ont permis d’identifier plus de 50 000 délinquants récidivistes hébréophones sur les médias sociaux, en particulier sur Facebook, a indiqué Nashif. Les pics d’abus en ligne sont corrélés aux propos incitatifs formulés par les responsables politiques et les médias israéliens, a-t-il ajouté.

Les abus les plus répandus comprenaient des menaces de meurtre, de viol, de brûlure, d’expulsion et d’agression contre les Palestiniens.

Les groupes Adalah et 7amleh ont tous deux indiqué que les propos incitatifs formulés par des juifs israéliens faisaient rarement l’objet d’enquêtes ou de poursuites. En revanche, les Palestiniens en Israël et dans les territoires occupés ont vu leurs comptes clôturés ou ont été arrêtés et emprisonnés pour des activités en ligne moins graves.

7amleh a indiqué que ses recherches ont montré que le plus gros des abus en ligne étaient dirigés contre les principales personnalités politiques palestiniennes d’Israël.

Les cibles les plus courantes étaient Haneen Zoabi, l’une des deux seules femmes palestiniennes au parlement, et Ahmed Tibi, un ancien conseiller de l’ancien chef palestinien Yasser Arafat, a précisé 7amleh. Zoabi et Tibi ont tous deux fait état de menaces de mort régulières.

Selon l’enquête, ces personnes concernées par l’étude ont subi plus d’abus en ligne que le chef de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, Mahmoud Abbas.

« Quand ce sont nous qui sommes visés plutôt que les dirigeants palestiniens dans les territoires occupés, un message clair est envoyé au public [juif], selon lequel nous n’avons pas notre place au parlement et ceux que nous représentons n’ont pas le droit d’être citoyens », a déclaré Zoabi.

Le climat d’incitation a eu des effets très concrets, a déclaré Zoabi : « Cela donne le feu vert à la violence policière. Cela se convertit en fusillades et en morts. »

Elle a expliqué que des dizaines de citoyens palestiniens étaient morts dans des circonstances inexpliquées entre les mains de la police au cours des quinze dernières années.

Zoabi a également souligné que de plus en plus de rapports faisaient état de slogans tels que « Mort aux Arabes ! » entonnés par des gangs dans les villes israéliennes et à Jérusalem, ainsi que d’agressions de plus en plus fréquentes dans la rue.

Les sondages ont montré des niveaux élevés de préjugés raciaux auprès des juifs israéliens. Une enquête réalisée l’année dernière a permis de révéler que 49 % des personnes interrogées ne souhaitaient pas vivre dans le même immeuble qu’un citoyen palestinien.

D’après une autre étude, un nombre semblable de jeunes de 16 et 17 ans refusaient le droit de vote aux citoyens palestiniens.

Selon Adalah, l’incitation à la haine constante exercée par les responsables politiques du gouvernement a rendu possible la rédaction d’une législation toujours plus discriminatoire et antidémocratique.

Shehadeh a noté que les lois récentes ont permis au parlement d’expulser les législateurs de la minorité en raison de leur opinion et ont entravé le travail des groupes de défense des droits de l’homme qui viennent en aide aux Palestiniens.

Zoabi a partagé cet avis. « Chaque semaine, nous voyons l’introduction de nouveaux projets de loi, comme une interdiction de l’appel à la prière des mosquées ou des démarches visant à intensifier les démolitions d’habitations dans les communautés palestiniennes. La culture politique approuve toujours plus la violence par le biais de la législation. »

Nashif a indiqué qu’un tournant dans le développement de l’incitation à la violence pouvait remonter aux propos du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou lors des dernières élections générales, début 2015. Netanyahou avait publié une vidéo sur Facebook dans laquelle il expliquait au public juif qu’il était vital qu’ils aillent voter parce que « les électeurs arabes se rend[aient] en masse vers les bureaux de vote ».

« Quand le Premier ministre s’exprime de la sorte, tout le monde comprend alors qu’il est acceptable de faire de même », a poursuivi Nashif.

L’enquête réalisée par 7amleh a permis de révéler un pic significatif des propos incitatifs et haineux en ligne observé en novembre dernier, lorsque des centaines d’incendies ont éclaté à travers Israël et les territoires occupés, déclenchés par une sécheresse prolongée et des vents violents.

Malgré les conditions météorologiques exceptionnelles, Erdan a poussé les ministres à accuser les Palestiniens, en particulier ceux résidant en Israël, d’être à l’origine des incendies.

Adalah a cité la publication Facebook d’Erdan datant de début décembre. Plusieurs dizaines de citoyens palestiniens ont été arrêtés par la police, mais aucun d’entre eux n’a été inculpé pour « crimes nationalistes » suite aux incendies.

Néanmoins, Netanyahou a continué d’émettre des accusations semblables, déclarant notamment le mois dernier : « Le fait que nous ne puissions pas le prouver [que les incendies étaient terroristes] ne signifie pas que ce n’est pas ce qui s’est passé. »

« Ces déclarations incitatives recueillent beaucoup d’attention de la part des médias et nos recherches montrent que celles-ci ont un impact puissant dans le façonnage des attitudes du public, a déclaré Nashif. Mais lorsqu’elles s’avèrent être fondées sur des mensonges ou de la désinformation, peu de gens le remarquent. »

Adalah a également cité les commentaires d’Erdan qui justifiaient le meurtre de Yacoub Abou al-Qiyan, abattu par la police le mois dernier lors d’une opération de démolition à Umm al-Hiran, une communauté bédouine dans le sud d’Israël.

Une vidéo de la police et un rapport d’autopsie ont révélé qu’Abou al-Qiyan avait perdu le contrôle de sa voiture après avoir reçu des tirs et fait un écart en direction d’un groupe de policiers, tuant l’un d’entre eux.

D’après les médias israéliens, un rapport du ministère de la Justice – devant être publié le mois prochain – n’a trouvéaucune preuve qu’Abou al-Qiyan était en train de perpétrer un attentat ou appartenait à une organisation extrémiste.

Néanmoins, a déclaré Shehadeh, Erdan ainsi que d’autres ministres du gouvernement ont accusé à plusieurs reprises Abou al-Qiyan d’être un terroriste de l’État islamique, sans fournir de preuves.

Quelques heures après les deux décès, Erdan a tweeté : « Le terroriste a tourné brusquement et accéléré rapidement afin de renverser un groupe de policiers. »

Le bureau de Netanyahou a également décrit l’incident comme un « attentat à la voiture-bélier ». Insinuant qu’Abou al-Qiyan faisait partie de la tendance mondiale du terrorisme islamique, Netanyahou a déclaré qu’Israël et le monde « lutt[aient] contre ce phénomène meurtrier ».

Dans sa lettre au procureur général, Adalah a également souligné qu’Erdan avait attribué à plusieurs reprises la responsabilité des événements d’Umm al-Hiran aux législateurs palestiniens qui s’y trouvaient pour protester contre les démolitions. Erdan a ciblé Ayman Odeh, le chef de la Liste unifiée, la coalition palestinienne au parlement.

Il a ainsi déclaré aux médias : « À Ayman Odeh et au reste des membres de la Knesset de la Liste arabe [sic] qui sont venus enflammer les esprits ce matin : vous avez aussi ce sang sur les mains. […] Vous êtes une honte pour l’État d’Israël. »

À Umm al-Hiran, Odeh a lui-même été blessé à deux reprises, notamment à la tête, par des balles à pointe molle tirées par la police.

Nashif a critiqué Facebook, où la plupart des propos haineux en ligne ont été trouvés, et a accusé le réseau social de contribuer au problème.

L’été dernier, Facebook a accepté de réprimer ce qu’Israël a considéré comme des contenus incitatifs provenant de Palestiniens. Paradoxalement, le ministre qui a rencontré les sociétés de technologie était Erdan.

Selon des rapports, dans la première moitié de l’année 2016, un dixième de l’ensemble des restrictions de contenu imposées par Facebook à l’échelle mondiale ont été effectuées à la demande du gouvernement israélien.

Comment résoudre un problème appelé Facebook

Nashif a affirmé qu’aucune mesure n’était prise pour faire face aux propos incitatifs et haineux du public juif.

« Il n’est pas raisonnable qu’un grand nombre de Palestiniens aient vu leurs comptes être clôturés ou aient été arrêtés et emprisonnés pour des propos haineux publiés en ligne, alors que les juifs israéliens peuvent se livrer à des activités identiques voire pires sans qu’il y ait de conséquences », a-t-il déclaré.

Ni le ministère de la Justice, ni le ministère en charge des services de police n’étaient disponibles pour formuler des commentaires.

D’après 7amleh, le pic le plus important en matière d’abus en ligne a suivi l’arrestation en mars dernier du médecin militaire Elor Azaria. Il a été filmé en train d’exécuter un Palestinien grièvement blessé, Abdel Fattah al-Sharif. Il a récemment été condamné à dix-huit mois d’emprisonnement pour homicide.

Plusieurs ministres, dont Netanyahou, ont exprimé leur vif soutien à Azaria.

L’enquête a montré une autre explosion des abus en ligne suite aux attaques lancées en septembre dernier par la ministre de la Culture, Miri Regev, contre deux icônes culturelles palestiniennes.

Regev avait décrit le poète palestinien aujourd’hui décédé Mahmoud Darwich comme le « chef de file de l’industrie palestinienne des mensonges » et accusé un rappeur populaire, Tamer Nafar, de donner « de la légitimité au terrorisme ».

Jonathan Cook

 

Article original en anglais :

Israel_Palestine_Flag1

Palestinians Face Intense Online Hate and Racism from Israelis. “Green Light to Police Violence”

Traduit de l’anglais par MEE

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Au Burkina Faso, les jours de Monsanto sont comptés. La multinationale se retire du pays. L’introduction de son coton OGM en 2009 ne s’y est pas vraiment passée comme prévu : présentée comme une solution miracle aux attaques de ravageurs, la nouvelle variété a surtout fini par ravager la qualité et la réputation du coton burkinabè. Mais le géant agro-chimique n’est pas seul en cause : à l’heure d’établir les responsabilités, les autorités locales sont en première ligne. Enquête en trois parties sur la filière du coton transgénique dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Première étape : comment la firme américaine a réussi à y vendre son coton transgénique.

« Monsanto est parti, mais mes problèmes restent. » Mohamed Traoré est cultivateur de coton dans la région de Houndé, dans le sud-ouest du Burkina Faso. Dans son pays, les yeux sont tournés vers la moins appréciée des multinationales : Monsanto. Quelques semaines après l’annonce d’un possible rachat du géant de la chimie par son concurrent allemand Bayer, le magazine Jeune Afrique, au mois d’octobre 2016, publiait un mail interne de la société, annonçant son départ prochain du Burkina Faso. En cause ? Un gigantesque fiasco agro-industriel qui a fait tanguer toute l’économie agricole du pays. Quelques années après son introduction massive, présentée comme une solution miracle aux difficultés de la filière locale, la variété OGM commercialisée par Monsanto a été à l’origine d’une dégradation dramatique de la qualité du coton burkinabè, dont les propriétés – en particulier la longueur de fibre – étaient jusqu’alors très prisées des pays importateurs de cet « or blanc ».

Importé afin de résister aux attaques des insectes, qui avaient coutume de ravager les cultures du pays, le coton OGM a pour effet secondaire d’entraîner, d’année en année, une réduction progressive de la taille de la fibre. Problème : plus la fibre est longue, plus le travail sur les machines de tissage est efficace. Confronté à cette situation, Monsanto semble avoir opté pour un repli stratégique du pays.

La nouvelle du départ de la multinationale n’est cependant pas encore officiellement confirmée, et les responsables du secteur cotonnier burkinabè déclarent que des tractations sont en cours. Mais plusieurs personnes proches de Monsanto confirment que l’entreprise ne veut plus rester. Les groupes d’action locaux et internationaux anti-OGM s’en réjouissent. Ils comparent cet événement aux manifestations de courageux Burkinabè qui ont chassé le dictateur Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014. Sur les réseaux sociaux, le peuple se congratule d’avoir dit « non » à Monsanto.

De la crise du coton à l’introduction des OGM

Pour comprendre les causes de ce fiasco, il faut revenir en 1996. Toute la région de l’Afrique de l’Ouest est alors touchée par une invasion massive de chenilles s’attaquant aux récoltes. Les pesticides que les pays producteurs ouest-africains utilisent depuis des années sont devenus inefficaces. Le secteur lance alors le « Programme fenêtre » pour un traitement plus pointu et plus différencié dans le temps des plants de coton. Le programme semble efficace mais au bout de deux ans, les cultivateurs de coton burkinabè subissent à nouveau un coup dur. En septembre 1998, un insecte jusque-là inconnu, la mouche blanche, provoque des dégâts sévères alors que les champs sont blancs comme neige.

La panique est totale. Le coton est un secteur très stratégique au Burkina Faso, représentant 4 % du produit national brut et environ deux tiers des revenus d’exportation. Le secteur crée de manière directe et indirecte au moins 25% des emplois du pays. Il se raconte que l’introduction des cotons OGM au Burkina Faso est liée au fait que l’ancien président, Blaise Compaoré, entretenait une relation difficile avec les États-Unis. En 2000, les américains menace le pays de sanctions parce que Compaoré entretenait un trafic illégal d’armes et de diamants pendant la guerre civile au Sierra Leone. Il aurait accepté les OGM de Monsanto en échange de leur silence vis-à-vis de ces trafics.

« Un coton anti-ravageurs, c’était comme un rêve »

Une autre histoire est avancée par le professeur Roger Zangre, responsable à la fin des années 1990 de l’Agence nationale de valorisation des résultats de recherche (ANVARR). « En 1999, je participais avec quelques collègues à une conférence au Cameroun. C’est là-bas que nous avons rencontré Monsanto. La démonstration de leur coton contenant le gène Bt (Bacillus thuringiensis) a été pour nous une vraie révélation. Un coton qui pouvait se défendre contre les ravageurs, pour nous c’était comme un rêve. Nous avons invité Monsanto au Burkina Faso ».

Cyr Payim Ouedraogo, journaliste scientifique, affirme lui aussi que les cotons OGM n’ont pas été imposés au Burkina Faso : « À la base, ce sont les cultivateurs de coton qui ont constaté qu’il existait un sérieux problème. Le gouvernement a demandé aux scientifiques de trouver une solution et celle-ci a été trouvée auprès de Monsanto. Nous n’avons pas pris de décision du jour au lendemain : les Burkinabè ont même voulu être prudents, et ils ont également sollicité la société suisse Syngenta. Mais cette dernière a disparu des négociations, parce que leur produit n’était pas assez performant. Finalement ils ont décidé de travailler avec Monsanto. C’est le business, c’est tout. »

La récolte du coton est très intensive et demande beaucoup de main d’œuvre. Ce sont surtout les femmes qui passent des longues journées dans les champs pendant la récolte. Elles gagnent environ 1 000 FCFA (1,5 euros) par jour. © Wouter Elsen

Le coton OGM a probablement été efficace dans un premier temps. Le secteur du coton était sous pression à cause des invasions successives d’insectes. S’il n’avait rien fait, le gouvernement risquait de faire face à des mouvements sociaux, car de nombreuses familles dépendent du coton pour leur survie. Le secteur génère beaucoup d’emplois secondaires : usines d’égrenage, transport, huileries… et a longtemps constitué la seule activité rapportant des devises étrangères au pays [1]. Sur le rôle des États-Unis, Cyr Payim Ouedraogo explique : « Si cela permettait de calmer un peu les tensions entre Washington et Ouagadougou, pourquoi pas ? »

Contournement de la réglementation, avec l’appui du gouvernement

Une des conditions pour que Monsanto introduise des OGM dans un nouveau pays est le respect du règlement national sur la biosécurité. Encore faut-il que ce règlement existe. Le professeur Roger Zangre de l’ANVARR était aussi président du Comité provisoire de la biosécurité qui, en 2000, commence à rédiger la loi burkinabè sur le sujet.

Le groupe travaille pendant deux ans sur cette réglementation validée début 2003. Zangre maintient que toutes les étapes légales ont été respectées. Le Burkina Faso a-t-il subi des pressions pour accepter les OGM ? « En juillet 2003, Sofitex, qui était à cette époque la seule société cotonnière nationale, a organisé une conférence internationale sur les biotechnologies. Tout le monde était représenté : les entreprises, les chercheurs, les consommateurs, les chefs coutumiers. Quelqu’un dans le public a raconté qu’il était en mission à Dakar et qu’il avait appris là-bas qu’on cultivait du coton OGM au Burkina Faso. Les gens étaient furieux, ils ont posé des questions et devant tout le monde Monsanto a été obligé de reconnaître qu’on était en effet en train de faire des essais en milieu contrôlé. Moi j’étais le président du Comité, mais je n’étais pas informé », raconte-t-il.

Comité de façade

Pourtant Monsanto a bien reçu une autorisation pour réaliser ces essais, un décret présidentiel même. Le journaliste Cyr Payim Ouedraogo tempère : « Les autorités n’ont pas su bien communiquer. Que voulez-vous ? Dans pas mal d’institutions du pays, même aujourd’hui, il n’y a pas de bons communicants. »

Le professeur Zangre a une autre opinion : « À la sortie de la conférence, quelqu’un de Monsanto est venu me demander d’écrire que le Comité était au courant des essais. J’ai refusé, il a insisté. Deux semaines plus tard, j’ai écrit un document que Monsanto n’a pas pu exploiter parce que considéré comme trop superficiel. Depuis, on m’a écarté de la présidence du Comité. » Il semble que ce comité provisoire n’était qu’une opération de façade. Les décisions avaient vraisemblablement déjà été prises au plus haut niveau. Le soi-disant débat démocratique qui aurait dû avoir lieu auparavant a en fait été réalisé en toute hâte par la suite.

Détérioration rapide des plants OGM

Bien que Zangre soit un défenseur des OGM, il est globalement d’accord avec son collègue Didier Zongo, également professeur mais opposant notoire aux OGM, lorsqu’il évoque les énormes bévues réalisées suite à l’introduction du coton OGM.
Pour le professeur Zongo, « le coton OGM est au Burkina Faso le résultat du croisement entre une variété américaine contenant le gène Bt, et une variété locale burkinabè. La caractéristique la plus importante de la variété burkinabè était la fibre longue. La nouvelle variété obtenue après croisement contenait donc le gène Bt et la fibre longue. »

« Tous les chercheurs savent qu’on ne peut pas se contenter de cela. On doit faire des rétro-croisements et à chaque fois sélectionner la plante qui contient les bonnes caractéristiques, c’est-à-dire la fibre longue et le gène Bt [2]. Normalement on doit effectuer jusqu’à sept rétro-croisements afin de fixer à la fois la résistance contre les insectes, que procure le gène Bt, et toutes les caractéristiques de notre variété locale. Dans les faits, la variété commercialisée au Burkina Faso n’était le résultat que de deux rétro-croisements. » La variété a commencé à se détériorer rapidement, alors même que la qualité du coton burkinabè était reconnue comme la meilleure dans le monde du fait de sa fibre exceptionnellement longue. « Cette négligence a fait que notre pays, qui à l’époque n’avait pas d’égal avec d’autres pays cotonniers, a perdu son label de qualité. »

Un ancien employé de Monsanto : « On n’a pas fait ce qu’on aurait dû faire »

Depuis que le Burkina Faso a annoncé un « arrêt provisoire » du coton génétiquement modifié, en avril 2016, Monsanto se refuse à tout commentaire et communiqué officiel. Un ancien employé de la société a pourtant bien voulu parler avec nous. Ses révélations ne sont rien de moins qu’un aveu. « L’analyse sur les rétro-croisements est correcte. On aurait dû continuer. On a commis de grandes erreurs. On n’a pas fait ce qu’on aurait dû faire. »

Il semble que Monsanto ait habilement utilisé le désarroi qui régnait à ce moment-là dans le secteur du coton pour introduire son produit. Le contrat avec Monsanto promettait une solution immédiate aux problèmes des insectes dans les champs de coton, ainsi qu’une augmentation de la production par hectare et du nombre de graines par capsule de coton.

Le coton transgénique a répondu pendant plusieurs années à ces conditions. Mais dans le contrat, rien n’était stipulé sur la longueur de la fibre de coton. Les chercheurs de Monsanto et leurs collègues burkinabè savaient pourtant qu’une négligence dans les rétro-croisements amènerait des problèmes. « Personne n’a réfléchi aux conséquences, confirme l’ancien employé. Il n’y a pas d’excuses pour cela, c’est du laxisme, les acteurs de la filière s’en fichent de l’agriculteur, ils ont un mépris total pour les paysans. C’est pénible mais c’est comme ça. »

« Aucune promesse tenue »

À la question de savoir pourquoi les rétro-croisements n’ont pas été poursuivis alors que le raccourcissement de la fibre est constaté dès 2010, et que tout le monde savait que la solution était là, l’ancien employé de Monsanto répond : « Oui, c’est grave. Pour une entreprise comme Monsanto, le marché dans un pays comme le Burkina Faso n’est pas assez important ; il ne représente pas assez de dollars. Ça ne valait pas la peine d’investir encore plus. »

Chez l’INERA (Institut National d’Expérimentation et de Recherche Agricole), l’institut burkinabè qui a travaillé avec Monsanto, personne n’est habilité à faire un commentaire. Même s’ils l’avaient voulu, les scientifiques burkinabè n’auraient pas pu manipuler cette variété. « Quand on a la technologie de quelqu’un, on ne peut pas l’utiliser et la changer à sa guise. Il y a un contrat qui décrit la collaboration et les implications. C’est du business », explique Cyr Payim Ouedraogo.

La déception chez les scientifiques est grande comme en atteste le professeur Roger Zangre : « Ce qui était essentiel dans le contrat avec Monsanto c’était le renforcement des capacités. On pensait que nos chercheurs allaient apprendre comment isoler des gènes et comment les introduire dans d’autres plantes. On aurait pu être les maîtres de la biotechnologie en Afrique de l’Ouest. Aucune de ces promesses n’a été tenue. »

Mien De Graeve, Wouter Elsen, Abdul Razac Napon

Traduction du néerlandais : Jos Mestdagh


Photo de Une : Mohamed Traore contemple le travail de récolte dans son champ. En ce moment le coton est le seul produit agricole qu’il peut commercialiser. Il en dépend pour pouvoir payer la scolarité de ses enfants. Mais s’il avait le choix, il arrêterait la culture de coton. © Wouter Elsen

Cette enquête a pu être réalisée grâce au soutien de Journalismfund(Flanders Connecting Continents). Les auteurs remercient chaleureusement les deux jeunes chercheurs, Edouard Idrissa Sanou et Lodewijk van Dycke, pour leurs points de vue précieux et innovants ainsi que pour leurs conseils scientifiques. L’article a été publié initialement en néerlandais sur le site www.mo.be.

 

[1] L’exportation de l’or par le Burkina Faso a désormais dépassé celle du coton.

[2] En génétique, un rétro-croisement, aussi appelé « croisement en retour », est le croisement d’un hybride avec l’un de ses parents ou avec un individu similaire sur le plan génétique à l’un de ses parents, de manière à obtenir un descendant ayant une identité génétique plus proche de celle du parent.

 

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Le huit mars ?

mars 8th, 2017 by Maryse Laurence Lewis

Photo : Femmes au Burkina Faso

Pour ceux qui ne le savent pas ou ont tendance à l’oublier, le huit mars, consacré jour international des femmes, est né dans les flammes. Celles de la première guerre mondiale, de la Révolution russe et d’ouvrières immolées. Diverses organisations socialistes, en Amérique et en Europe, proposaient cette journée, en 1909 et 1910. On l’officialisa lors d’un Congrès, en 1911. En mars de la même année, des ouvrières majoritairement immigrantes, tenues sous clé en usine, n’ont pu échapper à un incendie : dans une fabrique de textile, à New-York, 140 d’entre elles sont mortes. On lia définitivement la lutte ouvrière à celle des femmes. Dans les années qui suivirent, plusieurs marches de revendications eurent lieu le 8 mars. C’est une manifestation de travailleuses russes, le 23 février 1917 du calendrier julien, équivalent au 8 mars du calendrier grégorien, qui figea cette date, quelques jours avant le renversement du tsar. Lénine (Vladimir Ilitch Oulianov) en fit un jour officiel en 1921 et l’Organisation des Nations-Unies en 1977.

Ce huit, symbole de l’infini, de Mars, dieu de la guerre, les femmes sont conviées, non pas à célébrer de petites victoires, mais à continuer à lutter. Et surtout, à ne pas oublier ce que leurs ancêtres ont souffert et leurs consoeurs moins favorisées subissent encore.

L’émancipation sera effective lorsque nous n’aurons plus besoin de juger un Comité au fait qu’il soit ou non paritaire en hommes et femmes. Lorsque nous ne parlerons plus de Noirs, de Blancs, de minorités visibles… Lorsque toutes les langues inventeront un genre neutre! Lorsqu’on pèsera les actes d’un gouvernement pour ses réalisations et non au fait qu’il soit dirigé par un autochtone, une femme ou un homme. Dans certains pays, les anovulants ont apporté plus de sécurité aux femmes, l’éducation sexuelle mit fin aux anciennes pratiques qui laissaient les adolescentes dans l’ignorance de ce qui les attendait lors d’un mariage. Dans bien des pays, le mariage forcé a été aboli, mais cette coutume subsiste encore et est fréquemment importée lors d’une immigration. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Dans les pays où les femmes peuvent circuler librement, travailler hors de la maison, bénéficier de garderies, briguer des postes autrefois réservés aux hommes, la libération n’est pas acquise. Cette éducation sexuelle et ces méthodes contraceptives n’ont guère diminué le nombre d’avortements. Des femmes sont encore contraintes à la prostitution. Les nommer « travailleuses du sexe » est un euphémisme hypocrite qui n’enraye pas le fait qu’elles sont exploitées. À tous les coins de rue, elles risquent leur santé et leur vie. Les enfermer dans des maisons particulières ne mettrait pas fin à l’absurdité de cet échange. Nous devrions mettre un terme à une société de consommation, où l’accès à un corps se monnaye. Les femmes sont sorties du monde étroit de leur logis, mais travaillent comme les hommes pour des cadres et des directeurs qui gagnent plus de 200 fois le salaire de leurs employés. Sans aucun risque, puisqu’ils sont couverts par les lois de la faillite et toujours subventionnés par les gouvernements néolibéraux qui leur octroient des reports d’impôts, des bonus, des abris fiscaux.

Les attentats du 15 janvier 2016, au Burkina Faso, ont fait connaître ce pays, si longtemps assujetti aux puissances coloniales. Souhaitons que cet événement morbide fasse rejaillir à la mémoire les tentatives d’un homme, Thomas Sankara, d’offrir à son peuple et aux opprimés du monde une politique qui a instauré la fin des mariages forcés, la fin de l’excision, l’accès à des technologies qui ont facilité la vie des femmes, du moins, au cours de son passage à la présidence, avant qu’un Coup d’État remette en place un vassal disposé à complaire aux néocolonialistes. Je suggère donc aux hommes et aux femmes la lecture d’un recueil rédigé par lui, afin de ne pas oublier l’universalité de cette lutte. Pour qu’il n’y ait plus jamais de bûchers de « sorcières » et d’usines où l’on périt sous les flammes, que l’on soit femme, homme ou enfant…

Maryse Laurence Lewis 

Références :

Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS le journal : « Journée des femmes, la véritable histoire du huit mars », article du 7 mars 2014, par Stéphanie Arc.

Journal Égalité, pour l’émancipation et le progrès social : « Histoire du huit mars », http://katstein.wifeo.com/histoire-du-8-mars.php

 « L’émancipation des femmes et la lutte de libération de l’Afrique », de Thomas Sankara, publié en 2008 aux Éditions Pathfinder.

 

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Comment la dette renforce-t-elle l’oppression des femmes?

mars 8th, 2017 by Christine Vanden Daelen

Photo : Steve Snodgrass (Flickr – CC)

La dette n’est nullement neutre du point de vue du genre. Bien au contraire, elle constitue un obstacle colossal à l’égalité entre les hommes et les femmes à l’échelle mondiale. Les mesures macroéconomiques qui lui sont associées sont sexuées tant dans leurs caractéristiques que dans leurs effets. Partout, elles imposent les pires régressions sociales aux populations les plus fragilisées, les plus pauvres, et donc majoritairement aux femmes. Les plus vulnérables (les mères célibataires, les femmes jeunes, âgées, migrantes, sans emploi, les femmes provenant d’une minorité ethnique, du milieu rural ou encore ayant été victimes de violences) d’entre elles sont les plus pressurisées pour voler au secours des profiteurs de la dette. Tout comme les plans d’ajustement structurel (PAS) appauvrissent et exténuent les femmes du Sud depuis plus de 30 années, les plans d’austérité saignent désormais celles d’Europe. Les mêmes mécanismes découlant d’une même idéologie néolibérale sont partout à l’œuvre. Privatisations, libéralisations, restrictions budgétaires au menu des politiques néolibérales justifiées par la dette sabrent les droits sociaux des femmes, accentuent leur pauvreté, durcissent et aggravent les inégalités entre les sexes et sapent les conquêtes féministes.

Des pertes d’emplois et de revenus nets pour les femmes

Partout sous l’effet de la crise de la dette, le taux de chômage des femmes augmente. En Europe, l’emploi devient de plus en plus inaccessible particulièrement pour les jeunes femmes des pays les plus touchés par la crise de la dette |1|. Dans les pays du Sud, beaucoup de femmes perdent leur emploi suite aux licenciements massifs imposés à la fonction publique par les Institutions financières internationales (IFI) mais pas uniquement… L’application d’autres mesures structurelles des PAS telles que la dévaluation de la monnaie locale, le tout à l’exportation ou encore la libéralisation du commerce mondial, en éloignant les femmes du monde du travail rémunéré ou en les propulsant dans un salariat proche de l’esclavage |2| participent à faire de leur autonomie économique un objectif toujours plus insaisissable |3|.

Lorsqu’elle ne condamne pas directement les femmes au chômage, la crise de la dette lamine leurs revenus. De fait, l’une des principales variables d’ajustement du « système-dette » consiste à réduire salaire et temps de travail des employé-e-s du secteur public composé majoritairement de femmes. Ces diminutions salariales entraînent un tel manque à gagner pour les femmes employées dans le secteur formel (et plus spécifiquement dans la fonction publique) qu’afin de joindre les deux bouts, elles doivent le plus souvent prendre au minimum un second voire un troisième travail mais cette fois-ci souvent dans le secteur informel où règne l’arbitraire et l’exploitation à outrance ou elles se trouvent acculées à alterner, comme en Angleterre, leur temps de travail avec celui de leur conjoint : alors que l’un-e travaille de jour, l’autre travaille de nuit pour éviter de devoir allouer une partie de leurs revenus à la garde des enfants.

Les femmes âgées ne sont pas épargnées par les politiques de la dette, loin de là. Alors qu’elles ont travaillé toute leur vie, elles sont de plus en plus nombreuses à vivre l’enfer d’une vieillesse démunie. Dans les pays où des pensions existent, leur montant est sans cesse diminué tandis que l’âge de la retraite pour les femmes est simultanément retardé |4|. Les retraitées deviennent inexorablement l’un des groupes les plus exposés au risque de pauvreté. En 2015, pas moins de 16 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté en Union européenne |5|. Ce pourcentage grimpe jusqu’à pas moins de 23 % |6| lorsqu’elles vivent seules.

En comprimant constamment les revenus des femmes, PAS et austérité alimentent un indicateur important des inégalités structurelles hommes-femmes : partout sur la planète l’écart salarial augmente. Selon les dernières estimations de l’OIT (2016), les femmes à l’échelle mondiale gagneraient en moyenne 77 % du salaire masculin |7|.

Outre le saccage de l’emploi féminin et la destruction des revenus des femmes, la crise de la dette encourage également la précarisation généralisée de l’emploi féminin. Elle est accentuée par la forte déréglementation du marché du travail et la désagrégation du droit syndical. Pour les femmes, cette remise en cause du droit du travail se solde par un renforcement considérable de leur exploitation. Ainsi, progressivement, le travail précaire, flexible et informel des femmes constitue du Sud au Nord de la planète davantage la norme que l’exception. Or, non seulement ce sont précisément ces emplois-là qui sont les premiers supprimés en cas de licenciement mais en plus, ils ne permettent pas ou peu aux travailleuses d’accéder à la protection qu’offre la législation du travail et la sécurité sociale. En outre, le fait que l’égalité entre les sexes n’apparaisse plus comme une priorité pour les gouvernements encourage les employeurs à recourir en toute impunité à des pratiques illégales comme le licenciement de femmes enceintes ou après leur congé de maternité. Ainsi partout sur la planète, au nom du remboursement de la dette publique, les femmes travaillent plus pour gagner moins dans des conditions de travail fortement dégradées.

Là où elle se manifeste, la crise de la dette est bel et bien synonyme de précarisation financière, physique et psychologique du travail des femmes, d’augmentation de leur pauvreté et de perte d’autonomie financière, élément fondamental de toute réelle émancipation des femmes. De plus, les politiques d’austérité, en pénalisant le droit à l’emploi rémunéré des femmes et en les obligeant rester confinées à la sphère privée pour y endosser leur rôle dit « traditionnel » de mère et/ou d’épouse au foyer, sont de puissantes courroies de réactivation d’une idéologie patriarcale, conservatrice et sexiste.

Les femmes au cœur de la destruction de la protection sociale

Au nom des économies à réaliser pour gérer la « crise de la dette », là où ils subsistent, les budgets de protection sociale connaissent des restrictions draconiennes : diminutions des allocations de chômage, des allocations sociales, des aides aux familles, des allocations de maternité, des prestations aux personnes dépendantes, etc. Ces coupes affectent particulièrement les femmes dans la mesure où, parce qu’elles assument encore le rôle de responsables principales de la famille et sont souvent précaires financièrement, elles sont plus dépendantes des allocations sociales que les hommes.

Politiques familiales et programmes promouvant l’égalité des genres sont des cibles privilégiés des politiques d’austérité. Les services de soins pour les enfants et personnes à charge deviennent de moins en moins abordables, adéquats, accessibles et leur qualité se dégrade. Nombre de femmes se voient dès lors contraintes soit de diminuer leurs heures de travail rémunérées soit de carrément abandonner le marché de l’emploi pour pouvoir prendre en charge leur travail reproductif. Les associations de promotion des femmes se trouvent elles aussi dans l’œil du cyclone des restrictions budgétaires. Leurs subventions ne cessent de diminuer lorsqu’elles ne sont pas tout simplement supprimées.

On constate à quel point le « système-dette » met ainsi en danger les acquis des combats féministes, renforce les stéréotypes existants de l’ « homme gagne-pain » et de la « femme au foyer » et comment il ambitionne de faire porter le prix de la crise principalement aux femmes.


De l’État social à la « Mère sociale »

L’austérité est une attaque en règle contre les services publics : services sociaux, santé, éducation, énergie, transports, infrastructures… Tout y passe ! Tous sont réduits, supprimés, privatisés ou leurs frais d’utilisation augmentent considérablement. Cette mise à mort de l’État social touche en premier lieu et triplement les femmes. Étant majoritaires dans la fonction publique, elles sont les principales victimes des licenciements massifs qui lui sont imposés. Les femmes sont également les premières usagères des services publics. Leur participation au marché du travail dépend de services à l’enfance accessibles, elles ont plus recours aux soins de santé pour elles-mêmes (soins gynécologiques, liés à la grossesse, à la maternité mais aussi à une espérance de vie plus longue,…) ou pour leurs proches, elles utilisent plus les transports publics, etc. Enfin, ce sont elles qui doivent, via une augmentation de leur travail non rémunéré et invisible, assurer les tâches de soins et d’éducation délaissées par la fonction publique. On assiste ainsi à une véritable substitution des rôles et des responsabilités essentielles de l’État vers le privé et donc singulièrement vers les femmes, les empêchant de participer pleinement à toutes les sphères de la vie. Au nom de la dette publique, une translation a lieu : du concept d’ « État social » on passe à celui de « Mère sociale ». Et ce gratuitement, pour réduire les dépenses, rembourser les banquiers et payer la dette : elle n’est pas belle la crise ?

Les dommages causés de par le monde aux droits sexuels et reproductifs des femmes résultent également en grande partie des politiques de la dette. Alors qu’ils permettent aux femmes d’exercer un contrôle sur leurs propres corps et dès lors, sur leur vie, austérité et PAS diminuent les financements des structures permettant de les garantir. Partout, toujours moins de subsides publics sont attribués à la prévention du VIH, aux IVG, aux plannings familiaux, aux services de santé pré et postnataux et aux soins de santé préventifs des femmes. Les maternités et centres de gynécologie sont généralement les premiers services hospitaliers à être supprimés au nom des économies à réaliser pour rembourser la dette. Relevons également que dans les pays où elle a été conquise de hautes luttes, l’autodétermination reproductive des femmes est sans cesse attaquée |8|. Ainsi, en entravant (lorsqu’ils existent) les droits sexuels et reproductifs des femmes, la dette n’annihile pas seulement la liberté des femmes de choisir quel type de vie elles veulent mener et à quel moment mais elle renforce simultanément des courants de pensées réactionnaires pour lesquels les femmes sont avant tout des mères et de préférence des mères au foyer.

Les politiques de la dette mènent à une usure généralisée des femmes. Minées par l’impact psychologique d’une pauvreté s’amplifiant, une santé se dégradant sans cesse sous le poids de trop de labeur et le stress induit par l’obligation d’assumer de multiples rôles, les femmes des classes populaires n’ont plus de temps pour souffler, s’occuper de leur propre personne ou pour participer aux affaires publiques. Cependant, alors qu’elles supportent les pires conséquences de la dette, les femmes sont les véritables créancières au niveau national et international. Elles sont titulaires d’une énorme dette sociale. Sans leur travail gratuit de production, de reproduction et de soins aux personnes, nos sociétés péricliteraient tout simplement ! Ce n’est dès lors nullement un euphémisme que de déclarer que l’illégitimité de la dette est encore plus criante lorsqu’on est une femme. Dette et émancipation des femmes sont parfaitement antinomique. Tout véritable processus émancipatoire implique de lutter contre ce système dette qui, de concert avec le patriarcat, asservit les femmes et les empêche de jouir de leurs droits les plus fondamentaux. C’est pourquoi, partout dans le monde, les mouvements féministes refusent cette logique mortifère, travaillent à renforcer leurs convergences et s’engagent sur le terrain de la lutte contre la dette illégitime, contre les Institutions Financières Internationales et plus largement, contre le système néolibéral.

Christine Vanden Daelen

Notes

|1| En Grèce, en 2016, 55,9 % des femmes de moins de 25 ans sont sans emploi tandis qu’en Espagne, 47 % des jeunes femmes partagent cette réalité. Eurostat, chômage par âge et par sexe.

|2| Suite à ces mesures une nouvelle fraction de travailleuses a intégré le salariat industriel ou agricole dans des conditions de travail détestables et pour des salaires de misère. Nombre d’entre elles n’ont pas eu d’autre choix pour survivre que de rejoindre les usines en zones franches (maquiladoras) où les législations du travail sont suspendues ou inexistantes et règne l’exploitation à outrance, le tout dans un dans un contexte de violence exacerbé contre les femmes.

|3| Pour plus d’informations sur l’impact de ces ajustements structurels sur les revenus des femmes des pays du Sud voir : Christine Vanden Daelen, « La dette, les PAS : analyse des impacts sur la vie des femmes ».

|4| En Autriche, depuis 2014, les femmes, au lieu d’arrêter de travailler à 57 ans doivent attendre leurs 60 ans. De manière similaire, en Italie, depuis 2012, les femmes doivent continuer à trimer jusqu’à leurs 66 ans avant de pouvoir toucher leur retraite. Voir : « Cosaprevede la RiformaFornero ».

|5| Eurostat, Taux de risque de pauvreté par seuil de pauvret, âge et sexe – enquête EU-SILC.

|6| United Nations, « The world’swomen 2015, Trends and statistics ».

|7| OIT (2016), « Les Femmes au Travail, Tendances 2016 ».

|8| En Espagne, en 2014, il a bien failli ne plus exister. Sans les manifestations massives de rue et la solidarité internationale, les femmes de ce pays ne pourraient plus pratiquer l’IVG. Donald Trump signe en janvier 2017 un décret interdisant le financement d’ONG américaines qui soutiennent l’avortement.

Christine Vanden Daelen  Permanente au CADTM Belgique

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En ce 8 mars 2017, deux informations s’entrechoquent :

1/ L’Inspection générale des finances soupçonne un délit de favoritisme concernant l’organisation d’une soirée à Las Vegas en janvier 2016. D’après Le Canard Enchaîné, cette soirée avait alors été organisée par Havas (propriété du groupe Bolloré) sur la demande du cabinet du Ministre Emmanuel Macron. Soirée qui avait coûté la bagatelle de près de 400 000 euros et dont le but était une rencontre entre Macron et des entrepreneurs français. Détail croustillant, Havas est présidée par un des amis personnels de Macron : Yannick Bolloré (fils de Vincent, le « vrai » boss du groupe Bolloré).

2/ Sur France Inter, l’ancien maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, annonce son ralliement à Macron. Lorsqu’il était maire, Delanoë avait mis en place le service Autolib’ de stations de voitures électriques à louer pour de courts trajets. La construction des véhicules ainsi que l’exploitation du réseau avaient été confiées au groupe Bolloré.

Et là, tout se mélange dans ma caboche : délit de favoritisme présumé… Bolloré… Macron… Véhicules électriques… Paris… Euh, ça me rappelle quelque chose : le 15 janvier 2016, Macron (alors Ministre de l’Economie et des Finances), inaugure l’usine Bolloré de fabrication de bus électriques en Bretagne. Ces bus sont présentés comme principalement destinés à la RATP (les transports en commun parisiens), ceci alors qu’aucun appel d’offres n’a encore été lancé.

Mais non, c’est pas possible. Il est si gentil notre frère Emmanuel. S’il est si copain avec la famille Bolloré, c’est qu’ils sont gentils aussi… Alors j’ai repris mes notes. Je me rappelle quand, il y a peu, Macron avait déclaré que le colonialisme avait été un crime contre l’Humanité. Je me souviens d’avoir souligné que le colonialisme avait été une conséquence du capitalisme, que certes l’Afrique n’était plus l’objet d’un colonialisme militaire mais qu’elle était encore victime d’un colonialisme économique que l’on appelle le néocolonialisme.

Alors me reviennent en tête les images du « Complément d’enquête » passé sur France 2 dans lequel on voyait, notamment, un gamin camerounais bosser dans une exploitation Bolloré. Suite à ce reportage, Bolloré a déposé trois plaintes contre France 2 (deux en France et une au Cameroun) entre juillet et décembre 2016. Pourtant ce n’est pas la première fois que des journalistes s’intéressent aux affaires africaines de Bolloré. Ceux qui s’y frottent sont presque toujours traînés en justice. L’affaire la plus emblématique concerne un article du site Bastamag.

Plus de Bolloré, moins de bols de riz…

Le 10 octobre 2012, le site indépendant d’information Bastamag publie un article sur l’accaparement des terres agricoles en Afrique et en Asie. Le groupe Bolloré (via l’entreprise SocFin et ses filiales) y est cité comme le deuxième plus gros investisseur avec 150 000 hectares de plantations d’huile de palme et d’hévéas (pour le caoutchouc), soit l’équivalent de 2 700 exploitations agricoles françaises. Selon l’association Survie, ces chiffres seraient même très en deçà de la réalité.

L’article décrit également les expropriations et les intimidations subies par les populations qui veulent garder leurs terres, ainsi que les conditions catastrophiques des droits humains sur ce type de plantations : travail d’enfants de moins de 14 ans, utilisation de produits cancérigènes, interdiction des syndicats, licenciements arbitraires, maintien de l’ordre par des milices privées, expulsion de 75 villages rien qu’au Libéria…

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces acquisitions sont autant de terres agricoles qui sont remplacées par des plantations à usage industriel, au seul profit des multinationales qui les exploitent. Ce qui a des conséquences dramatiques : augmentation de la sous-alimentation, effet sur le réchauffement climatique, mouvements migratoires.

Bolloré n’est certes pas le seul groupe français mis en cause dans l’article, mais il est décrit comme le plus impitoyable. Symbole du néocolonialisme que subit, surtout, l’Afrique.

A la suite de cet article, le groupe Bolloré avait poursuivi Bastamag en justice (pour diffamation). Débouté de sa plainte en première instance (avril 2016), Bolloré a de nouveau perdu en appel il y a un mois (le 9 février 2017). Il prépare cependant une nouvelle plainte…

Mais si Bolloré est prompt à dégainer devant les tribunaux, il y est aussi parfois attaqué. En 2015, des paysans cambodgiens ont assigné en justice le groupe Bolloré et sa filiale SocFin pour « perte de leurs ressources économiques, destruction de leurs lieux de culte et dégradation de leur environnement ». Et depuis 2014, de nombreux mouvements de protestation contre les pratiques du groupe Bolloré ont vu le jour au Cameroun, au Libéria, en Sierra-Leone ou encore en Côte-d’Ivoire…

De l’info à la propagande ?

Quand on a du mal à contrôler l’information, autant la fabriquer soi-même… C’est peut-être ce que s’est dit Vincent Bolloré en entrant discrètement dans nos téléviseurs en 2005 avec le lancement de la chaîne Direct 8. En 2006, le groupe Bolloré prend 40% du capital de l’institut de sondages CSA (il le possède aujourd’hui à 100%). En 2007, il lance le quotidien Direct Matin, devenu récemment CNews Matin. Depuis, son empire médiatique a pris un essor colossal avec l’acquisition du groupe Canal+ (dont la chaîne d’infos I-Télé, rebaptisée CNews). I-Télé, vous n’avez pas déjà oublié ? La polémique suite à l’embauche de Jean-Marc Morandini qui a provoqué la plus longue grève de l’audiovisuel français depuis 1968. C’était il y a moins de 5 mois… Bilan : I-Télé comptait 120 journalistes dont 100 ont démissionné. Quelques mois auparavant, c’est Canal+ qui avait changé de visage. Exit Yann Barthès, les auteurs des Guignols ou le Zapping. Plus symbolique encore : l’arrêt de « Spécial investigation », seul véritable programme de Canal+ qui proposait des enquêtes sérieuses. A l’origine, Vincent Bolloré avait personnellement interdit la diffusion d’un reportage intitulé « Evasion fiscale, une affaire française » qui traitait de pratiques encourageant la fraude fiscale organisées par le Crédit Mutuel. Or, il existe des liens d’affaires entre le groupe Bolloré et le Crédit Mutuel ainsi que des liens d’amitié entre Vincent Bolloré et Michel Lucas qui dirigeait alors le Crédit Mutuel. C’est en tout cas ce qu’ont révélé trois journalistes de « Spécial investigation » lorsqu’ils ont porté plainte contre Vincent Bolloré pour « entrave à la liberté d’expression », « abus de biens sociaux » et « abus de pouvoir ».

Car pour Vincent Bolloré, la liberté d’expression s’appelle désormais… Cyril Hanouna ! Le célèbre et controversé animateur de « Touche pas à mon poste » (entre autres) est un ami fidèle de Yannick Bolloré. En 2010, ce dernier l’a aidé à financer la création de sa société de production H20 avant de le présenter à son père, Vincent. En 2015, Vincent Bolloré a ainsi acheté pour 250 millions d’euros de programme pour qu’il reste dans le giron de Canal+. De nos jours, les vannes de cour de récré se payent au prix fort, contrairement au journalisme d’investigation…

Et puisqu’on parle de Bolloré et des médias, on se doit de parler d’une information récente passée presque inaperçue. Il y a moins de 2 semaines (le 24 février 2017), le parquet financier de Milan a ouvert une enquête sur Vincent Bolloré. En tant que Président du conseil de surveillance de Vivendi, il est soupçonné de manipulation de marché lors du rachat de près de 30% du capital de Mediaset par Vivendi. En clair, Bolloré aurait provoqué la chute du cours de l’action Mediaset afin d’en racheter un grand nombre à bas prix. Ce type de pratique constitue une fraude qui, si elle est avérée, est sanctionnable de peines de prison ferme (jusqu’à 5 ans) et d’amendes proportionnelles au profit réalisé (elles peuvent aller jusqu’à 10 fois le bénéfice retiré).

Rappelons que Mediaset est l’empire médiatique fondé par Silvio Berlusconi. Omniprésent en Italie et en Espagne, Mediaset est l’un des leaders européens du secteur.

Encore une fois, on s’aperçoit que les soutiens les plus proches de Macron ne sont pas tous des anges. Ce qui en dit long sur Macron lui-même.

De 2017 à 1984…

Et, pour rester dans le thème des « amis » de Macron qui dérangent, petit mot sur Jean-Pierre Jouyet que j’évoquais dans mon article précédent mais dont je n’avais pas détaillé le parcours. Il semble pourtant que c’est nécessaire, car si son nom est connu, beaucoup oublient vite qui est réellement ce personnage pourtant incontournable de la politique française depuis une trentaine d’années.

J’avais déjà dit (cf. Mon article « Macron : le vrai (et vilain) visage du PS » qu’il était l’un des initiateurs des « Gracques », un groupe de pression proche du PS qui avait milité pour un rapprochement entre Ségolène Royal et François Bayrou et dont Macron était très proche. De fait, Jouyet a indéniablement été l’un des mentors de Macron (alors adhérent du PS). Se sont-ils connus à l’ENA ? Certains le prétendent. Est-ce Jouyet qui a présenté Macron à Attali ? Difficile de l’affirmer, c’est peut-être l’inverse. Mais peu importe, Jouyet et Attali ont le même cercle d’amis, à commencer par François Hollande qui a nommé Jouyet à la tête de la Caisse des dépôts et consignations puis président de la Banque publique d’investissement et enfin secrétaire général de la présidence de la République. Tout comme Macron, il fut d’abord proche du PS (notamment en tant que directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin, alors Premier ministre. A ce titre, il contribue à l’entrée de la France dans l’euro. Avant d’être nommé au poste de directeur du Trésor). Il a aussi été président du Club Témoin (club dans lequel ont trouve quelques « éminences » comme Ségolène Royal, François Hollande encore et… Jean-Pierre Mignard, l’avocat multicartes que je citais dans mon article précédent). Tout comme Macron et Attali, Jouyet rejoint Sarkozy suite à la victoire de ce dernier à la Présidentielle de 2007. Il est alors nommé secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes puis prend la tête de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Vous l’aurez compris, de 2007 à aujourd’hui, les trajectoires de Jouyet, Attali et Macron sont parallèles et intimement liées.

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Ce qui est encore plus troublant, c’est la fameuse affaire Jouyet-Fillon. Jusqu’en 2014, les relations entre les deux hommes sont bonnes (Jouyet ayant donc fait partie du gouvernement Fillon). Mais l’affaire Bygmalion éclate (scandale autour des frais de campagne de Sarkozy) et, selon deux journalistes du Monde, Fillon aurait demandé à Jouyet d’accélérer les procédures judiciaires à l’encontre de Sarkozy, ce que Jouyet finit par confirmer. Fillon nie et va même jusqu’à porter plainte contre Jouyet. L’issue du procès, favorable à Jouyet, est décrite comme une mascarade par certains observateurs. Depuis, le torchon brûle entre les deux hommes. Ce qui fait dire à certains que l’affaire Fillon aurait été sortie pile au bon moment pour discréditer le candidat Fillon, sans laisser le temps aux Républicains de préparer un plan de secours qui tienne la route. Et s’il est clair que la cote de Macron a bénéficié de cette affaire par ailleurs surmédiatisée, je ne m’avancerai pas à dire qu’il s’agit d’une opération préméditée dans les coulisses de l’Etat.

Pour être franc, je pensais en avoir fini avec les hommes d’influence qui ont propulsé Macron et je voulais m’attacher à décrypter son programme. Mais, plus je trouve d’informations et plus j’ai l’impression de me retrouver dans une version gore du 1984 de George Orwell… Sauf que la dictature n’est pas ici idéologique mais purement financière, ce qui est bien pire car moins visible et plus difficile à combattre. A moins que nous arrêtions de regarder Hanouna et que nous nous mettions à penser par nous-mêmes avant le 23 avril…

Axel Bader

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Hôtel Rwanda.

mars 8th, 2017 by Keith Harmon Snow

Qu’est ce qui s’est passé au Rwanda en 1994? La version officielle indique qu’un génocide bien calculé a eu lieu à cause de l’animosité profonde entre la tribu majoritaire Hutu au pouvoir et la  tribu minoritaire Tutsi.

Selon cette version au moins 500,000 ou peut être 1,2 millions de Tutsis – et quelques Hutus modérés – ont été sauvagement éliminés dans quelques mois; et la plupart a été tuée avec des machettes.

Les tueurs dans cette version n’étaient autres que les Hutu aguérris issus des Forces Armées Rwandaises (FAR), l’armée hutu, soutenus par la fameuse milice – Les Interahamwe, c’est-à-dire, “ceux qui tuent ensemble” – une milice très inhumaine et de mauvaise augure.

“Pendant un lapse de temps de trois mois cruels, entre avril et juillet 1994”, écrit Samantha Power, une experte britannique en matière de génocide à l’occasion de la commémoration du dixième anniversaire du génocide, “ le Rwanda a fait l’expérience d’un génocide plus efficace que celui qui a été perpétré par les Nazis pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Les tueurs étaient composés de groupes variés: des extrémistes ivres chantant “Le pouvoir hutu, le régime hutu, la puissance hutu”; puis les soldats en uniforme; ensuite les hommes miliciens virtuellement  décidés de liquider tous les “Tutsis Inyenzi”, c’est-à-dire les blattes; et finalement les villageois ordinaires qui n’ont pas contemplé ou calculé de tuer de leur propre gré mais qui se sont décidés à se joindre à la frénésie.” [1]

“Hôtel Rwanda”, un film qui a été décerné plusieurs prix, offre la version hollywoodienne et la toute dernière description du cataclysme. Le film est-il  précis, exact, juste? Le film est traité comme une histoire vraie. Le génocide a-t-il eu lieu au Rwanda comme il est largement et universellement imaginé?  Avec des centaines de milliers de Hutus fuyant le Rwanda en 2005, par peur de répression de la part du gouvernement tutsi actuellement au pouvoir et ses tribunaux des villages pour juger les coupables du génocide, les Gaçaça, désormais opérationnels, une autre lecture sur les événements ne s’avère-t-il pas nécessaire? [2]

Est-ce que Samantha Power, une journaliste qui a été décernée le Prix  Pulitzer, décrit le génocide d’une façon honnête et sans détour? [3]

Est-il possible de croire, comme les preuves le confirment, que le Lt. Général Roméo Dallaire, Commandant des troupes du Maintien de la Paix de l’ONU, aujourd’hui canonisé, était pendant ce temps là un agent de l’armée tutsi? Ou que les fonds destinés à la réalisation du film Hôtel Rwanda ont été donnés par une compagnie avec des intérêts puissants dans le secteur minier au Congo, où l’accès a été assuré par le gouvernement Rwandais (pendant son invasion du Congo)?

Il est évident que plusieurs milliers de gens ont été tués. Ça c’est clair. Il y avait une boucherie des Tutsis de grande envergure.  Mais aussi des Hutus, hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux et vieilles ont été tués. Des viols collectifs ont été perpétrés. Plusieurs actes de génocide ont été commis. Mais s’agissait-il d’un génocide ou d’une guerre civile?

Howard W. French, ancien chef de Bureau de New York Times en Afrique de l’Est et auteur du livre: Africa: A Continent for the Taking (L’Afrique, un continent à la portée de tous), a déclaré à cet effet: “Je crois que cette question est très pertinente mais elle n’est pas encore abordée d’une manière adéquate”. [4]

Howard W. French a travaillé sur le terrain en Afrique Centrale de 1993 à 1999 .  Ses reportages sur l’armée rebelle tutsie du FPR pourchassant et massacrant des centaines de milliers de Hutus au Congo ont été exceptionnels. [5]

“Une minorité d’à peu près 15% [FPR Tutsis] mène un effort déterminé pour s’emparer du pays et le diriger sur base d’un clivage entre les ethnies [Hutu et Tutsi] par la seule force des armes. Et c’est ce que cette minorité a fait depuis des années, Deux présidents ont déjà été assassinés,” a-t-il écrit.

Howard W. French demeure inflexible: “Il n’y a pas d’excuses pour une telle boucherie. Mais ce sont des choses qui mènent en direction d’une guerre civile, comme un descripteur, comme opposé au récit biaisé qui nous a été raconté décrivant ces Tutsis bons et innocents, qui nous rappellent l’État d’Israël, contre les Hutus sauvages qui massacrent froidement les gens main dans la main pendant trois mois.” [6]

Dans le film, alors que les images n’apparaissent pas immédiatement et l’écran demeure encore complètement noir, quelques mots sont d’abord prononcés et les cadres apparaissent. C’est pour que le film “Hôtel Rwanda” induise les spectateurs à se faire une certaine idée de ce qui s’est passé au Rwanda en 1994: ici on a affaire à une histoire du bien contre le mal. Un cri typiquement africain est poussé et entendu, jouant clairement d’annonciateur dans un programme de la Radio Rwandaise, et ce cri, cette voix décrit les Tutsis comme des ‘cockrrrRRROACHES’ – des blattes, des cafards.

La voix est typiquement noire et africaine et le cataclysme, insondable, comme n’importe qui vous le dirait, et l’écran noir… Tout cela souligne les mauvaises et impitoyables ténèbres de l’Afrique. Ce cri, cette voix de terreur est répétée partout à la longueur du film pour hanter les Tutsis innocents mais terrifiés à l’écran, ainsi que les spectateurs poussés à étreigner leurs sièges.

Les bons types sont toujours les Tutsis, les victimes du génocide. Ils ne sont jamais des tueurs dans le film. A la fin du film, une force guérrilla bien vêtue est montrée à l’écran.  Il s’agit des rebelles du FPR. Ils sont dépeints comme des sauveteurs.

Ils sont disciplinés et bien organisés. Ils sécurisent le très propre camp des troupes de l’ONU qui se situe derrière leurs lignes de contrôle ou de front. Dans le film, ils ne tuent ni les infirmiers et les infirmières de la Croix Rouge, ni les enfants laissés orphelins. Ces enfants, ils les aident à la réunification avec leurs familles.

Les Hutus, dans tous les types de versions sur le génocide au Rwanda sont toujours décrits comme des gens très mauvais, et ils sont  TOUS mauvais. Chaque Hutu est un génocidaire – pour utiliser le fameux terme français maintenant anglicisé, pour mieux souligner l’horreur, l’horreur (sic). Les Hutus sont l’incarnation même du diable en personne. Les Tutsis sont les saints. En effet, les Tutsis sont au-delà de toutes reproches, parce qu’ils sont les victimes du génocide.

Dans le film, la femme du directeur d’hôtel porte une croix visible autour de son coup, pour nous rappeler que les Tutsis sont le peuple choisi. Quand le très célèbre héros de l’ONU, le Général Roméo Dallaire, avoue “avoir donné une poignée de main au Diable” – comme l’indique d’ailleurs en occurrence le titre de son propre livre, et puis comme le concurrit ultérieurement son célèbre film documentaire “Donner une Poignée de Main au Diable”-, il s’agit de la main hutue. [7]

C’est ça la pyramide idéologique sur laquelle est basé le film Hôtel Rwanda. Derrière cette idéologie désormais utilisée comme fond de commerce, vous avez affaire à toute une industrie qui prospère le jour au jour.

Dans le film, les Tutsis sont déshumanisés par les Hutus et les medias hutus sont qualifiés de “médias de la haine”, ce qui n’est pas totalement faux dans la vie réelle. Mais le FPR tutsi qui a opéré au Rwanda après 1991, par exemple, a lui aussi déshumanisé les Hutus et sont par conséquent également mauvais. Voici ce que le film omet de nous dire.

Les forces de guérilla tutsie – avant 1970 – étaient les premières à s’autodécrire comme les “Inyenzi”, c’est-à-dire les blattes, les cafards: Elles n’ont pas été comparées aux insectes que tout le monde haït, elles étaient bien formées, bien renfermées (c’est difficile de pénétrer dans les secrets tutsis), constituant des forces militaires bien cordonnées qui attaquaient pendant la nuit et se retiraient pendant le jour. [8]

Le FPR organisait des raids éclairs et tuait avec efficacité. C’était une mauvaise pratique, jamais évoquée ou dénoncée dans le film Hôtel Rwanda, même si cette pratique a également été utilisée contre les Tutsis et a été ensuite imputée aux Tutsis par les médias anti-Tutsi au Rwanda, comme la Radio Mille Collines. Cependant, la Radio Mille Collines et autres plateformes anti-FPR au service du parti du Président Juvenal Habyarimana, le Mouvement National Républicain pour la Démocratie et le Développement (MNRDD) [9] n’étaient pas les seules à inciter aux tueries en masse ou de grande envergure. En effet, la Radio Muhabura, contrôlée par le FPR, propageait et incitait également à la haine ethnique et aux massacres en masse et de grande envergure. Et pourtant, Hollywood qualifie cette guerre d’une “guerre en sens unique” menée par une seule armée, l’impitoyable armée Hutu.

Les Piliers du Film Hôtel Rwanda

Quand Human Rights Watch a décidé de mener des enquêtes sur le génocide, cette organisation de défense de droits de l’homme américaine a envoyé Alison des Forges pour relater et puis écrire l’histoire et le produit du travail de ses longues enquêtes revenait à un grosse thèse sur le génocide au Rwanda intitulé  « Leave None to Tell the Story«  (Épargne personne pour relater ou écrire l’histoire). L’ironie est amassée sur l’ironie, si nous considérons le fait que ceux qui ont survécu le génocide (les rescapés) pour relater l’histoire sont complètement réduits au silence par les rélateurs “autorisés” telle qu’Alison des Forges

“Alison des Forges est une menteuse,” a estimé le journaliste camerounais Charles Onana, auteur du livre “Les Secrets du Génocide Rwandais; Enquêtes sur les Mystères d’un Président”, “The Secrets of the Rwandan Genocide, Investigations on the Mysteries of a President” publié en français en 2001. Onana demeure inflexible: “Elle est une menteuse” [11].

Le général du FPR et président du Rwanda, Paul Kagame a porté plainte contre Charles Onana pour diffamation dans un tribunal français et il a perdu le procès. [12]

Jean-Marie Higiro, ancien directeur du Bureau des Services d’Information Rwandaise (ORINFOR), qui a échappé aux tueries, avec sa famille au début du mois d’avril 1994, a déclaré: “Des Forges avait écrit un livre qui est devenu la Bible du drame rwandais. Tout le monde s’y réfère même si certaines choses qu’elle a écrites peuvent être considérées comme de l’ordre d’une fiction. Je ne crois pas qu’elle est une menteuse de renommée internationale, mais je ne sais pas pourquoi elle n’a mené des enquêtes que sur les abus de droits de l’homme commis par les Hutus et non sur les abus de droits de l’homme commis par le FPR,”

Le film Hôtel Rwanda est basé sur les piliers des reportages sélectifs des agences de droits de l’homme, mais il décolle vraiment à partir du célèbre livre/reportage de Philip Gourevitch, premier expert africain du New Yorker magazine, intuition: “We Regret To Inform You That Tomorrow We Will Be Killed With Our Families” (Nous regrettons de vous informer que demain nous serons tués avec nos familles).

Victoria Brittain, reporter au quotidien britannique, The Guardian, mais qui contribue aussi au magazine rwandais “Nation” sur le génocide au Rwanda, a, dans un article, recommandé le livre de Gourevitch, en ces termes: “Le petit livre de Gourevitch doit être obligatoirement li par les Chefs d’État et les ministres de la défense à travers toute l’Afrique; ainsi que par tous les fonctionnaires de l’ONU impliqués dans des opérations du maintien de la paix et de l’aide humanitaire, à commencer le Secrétaire Général de l’ONU vers le bas, et les supérieurs généraux des congrégations missionnaires aux États-Unis, en France et en Belgique.”

La  Faculté Internationale des Droits universels de l’homme de l’Université américaine a recommandé pendant plusieurs années à ses étudiants et chercheurs de lire et d’étudier profondément le livre de Philip Gourevitch sur le génocide au Rwanda, en préparation aux travaux judiciaires au TPIR. Le professeur Melissa Crow qui donne cours dans cette faculté, avant d’occuper ce poste, a commencé son travail en passant tout une année avec Human Right Watch  (1994-1995); puis elle a travaillé à Kigali, Rwanda, sous le gouvernement du FPR, au bureau du Procureur du TPIR; après quoi elle a été embauchée (employée) par Foley, Hoag et Elliot, une firme d’avocats très influente à Washington et très proche du Conseil d’Amitié Américano-ougandaise qui entretient des liens étroits avec Chevron Texaco, Coca-Cola, la Fondation William Jefferson Clinton et la Fondation Pangea Universelle qui offrent des fonds pour la lutte contre le Sida (Pangea Global Foundation). Ces dernières sont très actives au Rwanda.

Remarquablement, un juge américain de l’immigration basé à St. Paul, Minnesota, a, quant à lui imposé à tous les procureurs et avocats (défendant ou traitant les dossiers sur les cas de requête d’asile politique introduits par les réfugiés rwandais)  la lecture et l’étude obligatoirement du livre de Gourevitch; ce qui constitue un précédent dangereux et irresponsable. [13]

C’est l’Institut américain pour la Paix (United States Institute for Peace), un rejeton du Département d’État américain (remarquez cette appellation tout à fait Orwellienne), qui a mis des fonds  à la disposition de Gourevitch pour la publication de son livre. [14]

Ce que nous ignorons au sujet de Philip Gourevitch c’est le fait que son beau-frère Jamie Rubin, soit le bras droit de Madeleine Albright; et que c’était grâce à son influence, que Gourevitch a pu planter une perspective étroite et limitée sur le Rwanda au sein de l’opinion nationale américaine. [15]

Philip Gourevitch est un ami intime du Président Rwandais Paul Kagame. Je regrette de vous informer que Philip Gourevitch n’est pas un journaliste impartial, indépendamment du fait que beaucoup de gens ont aimé son livre et ont été touchés par ce qu’il a écrit dans son livre, parce qu’il s’est aligné avec un groupe de protagonistes dans le drame rwandais, les Tutsis notamment, et il a relaté son histoire dans un sens unique et il l’a relatée d’une mauvaise façon. [16]

Howard W. French du “Time Magazine” a fait la critique suivante au sujet du livre de Gourevitch:  “Gourevitch commence son récit en présentant les Tutsis comme des victimes saintes et innocentes. (…) Je crois qu’il s’agit ici purement d’une malhonnêteté intellectuelle. C’est un Gourevitch, qui, chaque mois, sortait dans le New Yorker, une image bien détaillée, bien écrite – et si vous ignorez les faits – bien remarquable au sujet du Rwanda, présentant le Rwanda comme l’Israël de l’Afrique Centrale et les Tutsis comme les Juifs de l’Afrique Centrale. Ce sont des choses très remarquables. Je ne suis pas sur le terrain en Afrique Centrale pour voir que la réalité y est très, très différente.” [17]

Le thème du génocide au Rwanda – qu’il soit vrai ou faux – a donné naissance à une industrie qui tourne autour d’un modèle, d’une conspiration simplifiée. L’apparition du film Hôtel Rwanda marque le “coup de grâce” dans un long processus ou les faits, les laides réalités et les sales où les détails de ce qui s’est passé au Rwanda ont été distillés en un récit qui se reproduit dans les médias, dans les films, dans la littérature, dans des colloques et séminaires sur le génocide, dans des ateliers sur la réconciliation; Et cela demeure aujourd’hui le discours prédominant dans les cercles académiques. Le journaliste Quebecor Robin Philpot  l’a qualifié d’un “récit correct et particulier”. [18]

La falsification de la conscience américaine (sic)

Le génocide rwandais est devenu une mythologie: la mythologie du génocide rwandais, ou mieux si vous le voulez, “La Mythologie de l’Holocauste Tutsi”. Mais comme le professeur africain Amos Wilson l’indique, cette mythologie vise tout simplement la “Falsification de la Conscience africaine”.  On ne peut pas comprendre le présent si et seulement si on comprend d’abord le passé.

Pour comprendre la genèse et la croissance de la mythologie sur le génocide rwandais, vous devez d’abord prendre en considération le texte sur lequel le film Hôtel Rwanda est basé.  En effet, il est basé sur le livre “Hôtel Rwanda—The Official Companion Book (Hôtel Rwanda, Le Vad Mecum ou Guide Officiel)”  qui décrit le processus qui consiste à engendrer le vrai récit d’un héro africain à filmer.[19]  Ce livre efface tous les faits fondamentaux à propos du rôle joué par FPR et ses commanditaires dans la grande guerre qui continue de ravager la Région des grands lacs africains, laquelle a causé la mort d’à peu près sept millions de personnes depuis l’offensive initiale du FPR, c’est-à-dire son invasion du Rwanda à partir de l’Ouganda en 1990. [20]

À la place, le livre offre un bref horaire des événements qui accentue ou qui exagère les arguments qui serviraient mieux la prédominante mythologie Hôtel Rwanda, et exclut les faits qui saperaient la mythologie en question. Toute la raison d’être de la guerre brutale et ensanglante pour le contrôle du Rwanda est donc obscurcie.

Octobre 1990: Les guérilleros issus du FPR envahissent le Rwanda à partir de l’Ouganda; le FPR est essentiellement composé de Tutsi. Un cessez-le-feu est signé le 29 mars 1991.  À première vue, cette déclaration emploie le mode définitif pour relater l’action du FPR: LE FPR A ENVAHI… Le FPR a envahi le Rwanda à partir de l’Ouganda. Cependant, le contexte dans lequel le FPR a accédé au pouvoir est effacé. L’infiltration du Rwanda par le FPR a commencé aux environs de 1986 après l’accession de Yoweri Museveni au pouvoir en Ouganda avec le soutien de certaines puissances occidentales bien connues.  Paul Kagame, l’actuel président Rwandais était chargé du Directoire des Services (d’intelligence) Militaires auprès de Museveni, et, a, par après dirigé le FPR. Mais l’invasion du FPR constituait une grosse violation de la charte internationale contre une nation souveraine – un aspect que l’industrie Hôtel Rwanda ignore complètement ou balaye sciemment sous les tapis.

Jamais condamné par “la communauté internationale” la “lutte” du FPR a été soutenue par des agents occidentaux très puissants tout comme par des institutions internationales très puissantes, y compris le FMI et la Banque Mondiale, qui ont entravé le gouvernement d’Habyarimana au Rwanda avec des programmes d’austérité en parfait synchronisation avec l’attaque du FPR. Voilà ce qui a rehaussé la violence alors désormais institutionnalisée et inculquée dans les mentalités à travers le Rwanda. Combiné avec la chute des prix du café au marché mondial, des milliers de cultivateurs Rwandais se sont trouvés dans l’impossibilité de joindre les deux bouts au début des années 1990. Une souffrance infrahumaine jamais vue au Rwanda pendant des décennies commençait à prévaler.

La majorité du peuple rwandais, pris en otage par la propagande des factions rivales – le spectre des intérêts politiques alignés soit pour ou contre le FPR, soit pour ou contre le gouvernement rwandais dirigé par le Président Juvenal Habyarimana – ont trouvé des boucs émissaires moyennant leurs positions dans la société.

Les intérêts économiques ont prédominé dans un environnement ou une firme minorité d’élites contrôlaient de plus en plus la vie et la mort de la majorité.

Le soulèvement, le spectre d’une rébellion et de la violence institutionnalisée ont provoqué l’hostilité parmi les groupes ethniques; et les élites contrôlant les médias, toutes les tendances confondues, ont commencé à user de leurs plateformes pour semer la rivalité ethnique comme le vernis d’un agenda profondément caché: la lutte des classes. Les Hutus ont été déshumanisés aussi fréquemment que les Tutsis.

Jean-Marie Higiro écrit: “Les soi-disant journaux qualifiés de “Pro Opposition” représentaient en fait les intérêts des leaders du MRND [le gouvernement hutu], comme essentiellement mauvais et corrompus. Ils étaient des menteurs, des idiots, des animaux, des assassins sanguinaires et bellicistes. Quelques-uns de ces journaux ont publié des caricatures d’un Président Habyarimana couvert de sang. [21]

Le FPR et la Diaspora Tutsi Rwandaise avaient eux aussi leurs propres publications parmi lesquelles la plus connue c’était le Impuruza, publié aux États-Unis (1984-1994). Les réfugiés tutsis se sont joints à Roger Winter, le directeur du Comité américain pour les réfugiés pour trouver des fonds pouvant aider à financer la production et la publication de Impuruza.

L’éditeur, Alexandre Kimenyi, est un citoyen rwandais d’origine et un professeur à l’Université de l’État de Californie. Pareil à la plus part des publications tutsies, Impuruza circulait clandestinement au Rwanda parmi l’élite Hutu et Tutsi.

Dans la première édition de Impuruza, Festo Habimana, président de l’Association des Banyarwanda de la diaspora aux États-Unis, a écrit: “Nous sommes une nation en exil, un peuple sans leadership, sans direction, sans conduite, ‘les juifs de l’Afrique’ une nation sans état.”

Habimana a sommé tous les réfugiés tutsis à s’unir. “Mais notre succès dépendra entièrement de nos propres efforts et de notre unité, et non de la communauté internationale comme certains le perçoivent… Aussi longtemps que nous sommes éparpillés, sans direction, sans leadership, ‘les affaires, le business comme d’habitude’ constituera toujours la politique des Hutus pour leur part. Nous sommes un peuple très habile, capable et compétent qui jouit des bénédictions abondantes. Qu’attendons-nous? Un génocide?” [22]

C’est ainsi que l’Association des Banyarwandas de la diaspora aux États-Unis, jouissant de l’assistance et du soutien de Roger Winter, a organisé une “Conférence Internationale sur le Status des Réfugiés Banyarwandas [Tutsis]” à Washington DC en 1998. C’est ici où une solution militaire au “Problème Tutsi” a été trouvée. C’est le Comité américain pour les réfugiés qui a apparemment organisé tout le transport et le logement des participants. [23]

Roger Winter est un intime de la USAID, et un allié de longue date de Susan Rice, l’ancienne Secrétaire d’État adjointe pour les affaires africaines (1997-2001), Assistante Spéciale du Président Bill Clinton (1995-1997), un agent du Conseil de Sécurité (1993-1997), et par conséquent et un “vrai poisson dans l’eau” dans cette institution. Roger Winter est aussi un supporteur ferme du “Congressman” (député) Donald Payne, un Républicain. Winter a joué le rôle de porte-parole du FPR et ses alliés et est apparu comme l’invité de plusieurs grandes chaînes de télévision américaines.  Entre autres le PBS et le CNN. Philip Gourevitch et Roger Winter ont entrepris des contacts au profit du FPR auprès des médias américains, particulièrement le Washington Post, le New York Times et le Time magazine. Roger Winter et le “Congressman” (député) Donald Payne continuent à manipuler les affaires africaines: plus notablement leurs exagérations récentes sur le génocide au Darfour, au Soudan, pour lequel Donald Payne a sponsorisé le fameux “Darfur Genocide Accountability Act” – une loi qui oblige les États-Unis à intervenir et mettre fin au génocide au Darfour.

Deuxièmement: le langage de l’Horaire d’octobre 1990 cité ci haut souligne le propos très contradictoire selon lequel le FPR était composé “essentiellement des Tutsis.

Selon la mythologie du génocide, le cataclysme au Rwanda était l’aboutissement des guerres tribales entre les Hutus et les Tutsis, dans une certaine mesure avec l’implication de la France.

Qui étaient les éléments non-tutsis dans un FPR “à prédominance” tutsie? Quelles sont donc les implications?  Étaient-ils des Hutus? Comment les Hutus pouvaient-ils s’aligner ou se battre aux côtés des Tutsis si les Hutus étaient supposés vouloir ou étaient en train d’exterminer TOUS les Tutsis sur base d’un plan bien organisé et bien prémédité? Le terme “Hutu modéré” invite à un conundrum similaire (un problème complexe et difficile à comprendre). Qu’est ce qu’un “Hutu modéré” dans cadre juridique international sur le génocide?

Jean-Marie Higiro le dit mieux: “Les professeurs d’université et les journalistes divisent les Hutus en deux catégories: les modérés d’une part et les extrémistes d’autre part, suivant les mythes de Hollywood. Ils ne suggèrent jamais qu’ils y avaient des Hutus qui n’ont jamais appartenus à l’une ou l’autre de ces deux catégories. Il y a en qui ont été terrifiés par les deux côtés à la fois et qui n’avaient qu’à prendre fuite pour uniquement sauver leurs vies. Les professeurs d’université et les journalistes ne font jamais la même chose (ou la même distinction) avec les Tutsis, et jamais bien sûr avec le FPR, c’est-à-dire, ils n’ont jamais fait une dissociation quelconque même si le FPR était un conglomérat des suprématistes Tutsis, des républicains et des monarchistes. Ces suprématistes sont hautement placés au sein du gouvernement actuel au Rwanda; notamment Tito Rutaremara, l’un des idéologues du FPR ainsi que le Général Ibingira, le boucher de Kibeho.”

La définition même du génocide serait mise en question s’il arrivait qu’il y ait des motifs ou des intérêts politiques, économiques voire même un conflit de classe – comme opposé à un conflit ethnique tel qu’on voudrait nous le faire croire – lesquels intérêts ou motifs qui, en fait étaient derrière des centaines des milliers de morts (soit 1,2 millions) dont la responsabilité avait été sans doute attribuée aux Hutus génocidaires. En fait, une examination profonde du “génocide” au Rwanda soulève justement de telles questions qui dérangent.

Déterminer ce qui constitue un génocide n’est pas une chose toute faite comme si évoquer le génocide rwandais revient à dire: Hutu contre Tutsi, ou bien les listes des Tutsis visés à être tués à l’arme blanche par les Hutus, contre l’absence ou le manque de listes des Hutus visés à être tués à l’arme blanche par les Tutsis, quelle que soit la terreur que le mot  Interahamwe maintenant inspire dans l’âme de toute personne quand on l’entend être prononcé.

Après la fiche d’octobre 1990, l’horaire dans le guide omet toute référence au FPR jusqu’en février comme si les supposés rebelles Tutsis “héroïques” ne faisaient qu’attendre patiemment de l’autre côté de la frontière rwando-ougandaise sans lever un seul doigt contre une seule personne. Et pourtant les massacres ont eu lieu au nord du Rwanda après l’invasion en octobre 1990 ainsi qu’après le cessez-le-feu de 1991; et ces massacres ont été commis par le FPR. Plusieurs milliers de réfugiés ont fui les régions avoisinant la frontière rwando-ougandaise par peur des atrocités récurrentes commises par le FPR.

(En tant qu’auteur de cette critique, je me rappelle bien du sort des touristes traumatisés qui débarquaient d’une petite camionnette pick-up qui venait de traverser la frontière Rwandaise pour aller en Ouganda en 1991. J’étais à Kasinfi, au sud-ouest de l’Ouganda. Un homme rwandais déjà mort s’étalait à côté d’une femme occidentale. Il a été atteint de balles tirées par un tireur embusqué du FPR au moment ou la camionnette empruntait la route vers l’Ouganda. J’ai vu la camionnette stoppée, fouillée par le FPR et le cadavre de l’homme mort pris par le même FPR).

A partir de 1990, les cellules terroristes du FPR ont commencé à infiltrer Kigali, la capitale, et d’autres régions du Rwanda. C’est avec leur arrivée que les atrocités se sont accentués, mais ces atrocités ont été cependant attribuées au gouvernement Habyarimana d’une manière fréquente; y compris les assassinats, les massacres et les disparitions (kidnappings). Au mois de mars 1993, le nombre des personnes intérieurement déplacées (PID) a atteint un million. Le FPR pratiquait la tactique de la terre brûlée. Le FPR ne voulait pas administrer un territoire quelconque ou traiter avec les populations locales. Le FPR a forcement fait déplacer les gens, a bombardé les camps des réfugiés, ces personnes intérieurement déplacées dans leur propre pays, faisant tomber des obus sur ces camps devenus des camps de la mort et a continué sa marche vers Kigali. Le FPR a massacré quelques captifs, les a enterrés dans des fosses communes ou les corps ont été incinérés, et le FPR s’est servi des rescapés comme des porteurs pour transporter les munitions, creuser les tranchées ou préparer leurs repas.

Selon un Rwandais maintenant basé aux États-Unis, avant 1994, la plus part des Tutsis qui avait un boulot au Rwanda contribuait financièrement à la campagne politique et militaire du FPR. Les gens avaient peur de ne pas payer les taxes obligatoires prélevées par l’impitoyable institution militaire qu’était le FPR.

Le Gouvernement Habyarimana a répliqué à la terreur par la terreur, mais la communauté internationale des organisations de droits de l’homme avait déjà pris parti dans cette guerre: le Gouvernement Hutu d’Habyiarimana a été déjà accusé de “génocide” contre les Tutsi au début de  l’année 1993. Les atrocités commises par le FPR ont été par conséquent soit ignorées ou balayées sous le tapis, soit une autre justification a été trouvée à cet effet.

Jean-Marie Higiro a déclaré: “Il y avait beaucoup de massacres commis par le FPR au Rwanda entre 1990 et 1994, mais aucune enquête n’a jamais été menée sur ces massacres. Ils étaient plutôt automatiquement attribués au MRND, le parti d’Habyarimana par la communauté internationale. Nous savons quand même que le FPR a utilisé ce type de stratégie pour ternir l’image de son opposant.” [24]

Jean-Marie Higiro cite aussi Impuruza, une publication d’obédience Tutsi, éditée par le professeur Alexandre Kimenyi, qui a accusé le Gouvernement Habyarimana de commettre un génocide contre les Tutsi, des accusations qui ont été faites bien avant 1993.

Février 1993: Le FPR envahit encore le Rwanda. Les extrémistes Hutu se réfèrent à cette invasion comme une preuve palpable que les Tutsis voulaient bien les éliminer, et ont par conséquent commencé à mobiliser les leurs et à appeler à des mesures d’autodéfense anticipées.

D’abord, le FPR n’a jamais quitté le Rwanda et n’a jamais cessé de massacrer les gens. C’est le journaliste Robin Philpot qui a posé les questions raisonnables que tout le monde évitait de soulever: Comment les citoyens américains réagiraient-ils si des guérilleros canadiens – sous prétexte que leurs parents étaient soit nés aux États Unis, soit y vivaient une fois là-bas – envahiraient les États-Unis à partir de Toronto? Oserons-nous de qualifier les Américains qui condamneraient une telle invasion d’extrémistes? À supposer qu’une poignée de militants islamistes déterminés à envahir les États-Unis soient sur le point de s’emparer du “World Trade Centre” (Centre Internationale de Commerce), le gouvernement américain appellerait-il à des mesures de défense anticipées? Comment qualifieront-nous les assaillants? D’une “armée rebelle”? Extrémistes?  Terroristes?

Robin Philpot écrit: “Est-il normal que dans la quête pour la justice, une partie impliquée dans la guerre soit condamnée pour abus et violations de droits de l’homme, sans que la moralité des agresseurs soit mise en question, c’est-à-dire la moralité de ceux qui ont violé les principes de toutes les chartes de droits que l’humanité ait jamais rédigées? Est-il juste de crier haut et fort au sujet des violations des droits de l’homme par un gouvernement et fermer les yeux au lancement d’une guerre d’agression?” [25]

A l’instar du film même, le guide au film Hôtel Rwanda offre une simplification grossière et déformée des événements qui ont eu lieu au Rwanda.

Hôtel Pentagone

Formé par l’Armée américaine à Fort Leavenworth, Kansas, aux États-Unis, l’ancien soldat du FPR et actuellement Président du Rwanda, Paul Kagame, est un visiteur fréquent au Pentagone, et il n’a pas été le seul officier rwandais entretenant des liens avec l’armée américaine.

Dans le cadre de l’International Military Education Training Program (IMET), du Pentagone, une somme de $769,000 a été dépensée pour former 35 officiers rwandais à l’Institut militaire américain de 1980 à 1992; et une somme de $120,000 a été réservée pour le Rwanda pour l’exercice 1994 et 1995 à la fois.

En outre, le Rwanda a jouit d’une assistance militaire sans précédente de la part des États-Unis jusqu’à 1994, pendant que le plus gros des armes et soutien logistique provenaient des autres États clients des États-Unis (France, Afrique du Sud, Égypte, Ouganda et Zaïre). Le Pentagone a aussi formé une multitude de soldats Rwandais dans le cadre du “Extended-IMET (E-IMET) and Joint Command Exchange and Training (JCET) programs”, y compris un sujet bangladeshi, le Colonel Moen, chef d’Opérations pour la MINUAR, la Mission des Nations Unies au Rwanda, qui était lui aussi un autre gradué de la “U.S. Army Command and General Staff College, Leavenworth, Kansas (USA)”. [26]

A partir de 1993, le FPR continuait à mettre son pied sanguinaire aux portes du Rwanda et la communauté internationale continuait à serrer les vis autour du gouvernement Habyarimana

Toujours vigilent et inflammatoire dans sa publicité sur les abus des droits de l’homme par le Gouvernement – soit manufacturés, soit exagérés or réels – la communauté des organisations de droits de l’homme  continuait à fermer ses yeux sur les atrocités commises par FPR, ses infiltrations terroristes et ses saisis sanglants des terres.

Soutenu par de puissantes factions à partir des États-Unis, de la Grande Bretagne et de la Belgique, le FPR a su bien manipuler et manoeuvrer pour se tailler un chemin, une entrée jusqu’au siège du pouvoir  à Kigali même, où – dans le cadre des Accords de Paix d’Arusha, signés en Tanzanie en 1993 – un bataillon des soldats du FPR était basé dans un site stratégique aux confins du centre de ville. Le FPR a immédiatement fortifié ses défenses sous le regard complice du Lt. Général canadien Roméo Dallaire – actuellement considéré comme un héro – le Commandant issu des Forces canadiennes pour la Mission d’Assistance de l’ONU au Rwanda (MINUAR).

Le Guide au Film Hôtel Rwanda offre seulement un résumé bien soigné, qui, comme la mythologie populaire l’inculque, donne crédit au FPR pour avoir impérativement mit fin au génocide contre les Tutsis.

Mi-juillet 1994: Les forces du FPR tutsies capturent Kigali et le génocide prend fin. “UN MILLION” de Rwandais ont été massacrés pendant une période de 100 jours.

Pendant qu’il est allégué que “presque UN MILLION de Rwandais ont été massacrés pendant ces 100 jours’, une revendication qui est certainement exagéré, il est aussi vrai que le FPR avait tué, bombardé, massacré, assassiné ou torturé plusieurs milliers de personnes, y compris les soldats hutus et tutsis, politiciens, dignitaires du gouvernement et des civiles innocents.

Le Lt. Général Roméo Dallaire, ancien commandant de la MINUAR, a déclaré: “Tous les camps de l’ONU abritaient plusieurs milliers de Rwandais horrifiés. Comment pourrais-je dans la mesure du possible les garder tous en sécurité?”

Cette admission de Dallaire, subséquente aux déclarations antérieures est très perspicace, compte tenu plus spécialement de sa position pro Tutsi.“Nous avons protégé ces citoyens contre une mort certaine aux mains des extrémistes ou du FPR…” Remarquez que dans cette citation, Dallaire confirme ouvertement le rôle du FPR dans les massacres, et son livre décrit à plusieurs reprises les échanges de tirs et de coups de feu entre le FPR et les factions gouvernementales face auxquels il a assisté. [27]

Il n’y avait pas de coups de feu montrés dans le film Hôtel Rwanda, ni aucune de ces guerres qui ont  secoué Kigali avant et après le 6 avril 2004: Il n’y avait que des tueurs Hutu – par inférence ou par insinuation – très cruels, sauvages et violeurs, et les cadavres des gens massacrés par les Hutus à l’aide des machettes, des haches et des houes.

Le FPR employait un contrôle ferme d’information très sophistiqué ainsi que des tactiques d’opérations de guerre psychologiques pratiquées par l’armée américaine: les reporters internationaux étaient encastrés; l’accès aux zones de batailles et à la ligne de front restreint; les preuves des massacres commis par le FPR effacées; ou ces massacres étaient plutôt imputés aux extrémistes hutus, aux miliciens interahamwes ou aux troupes gouvernementales, les Forces armées rwandaises. Le journaliste britannique Nick Gordon dans son reportage, a fait état des crematoriums là où le FPR incinérait les cadavres.

Après le double assassinat présidentiel du 6 avril 1994 dans lequel le Président Rwandais Juvénal Habyarimana et son Homologue Burundais Cyprien Ntwamira ont trouvé la mort dans un accident d’avion qui a essuyé les tirs du FPR, la presse occidentale – y compris Joshua Hammer (Newsweek) et Raymond Bonner, James C. McKinley Jr.et Donatella Lorch (New York Times) – se sont distingués par leur éloge des forces rebelles du FPR, mettant en vedette le “professionnalisme”, la “discipline” et “une maîtrise de soi remarquable”, exercés par les forces d’invasion du FPR. La presse occidentale a tourné le double assassinat présidentiel en un “accident d’avion mystérieux”, ce qui constituait un étouffement de la vérité bonne seulement à mettre à la ferraille. [28]

Chris Black, un avocat au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) basé à Arusha, Tanzanie, écrit: “En conjonction avec l’amassement des troupes par le FPR et ses alliés – y compris l’infiltration de la capitale Kigali même par plus de 10,000 soldats du FPR – les journalistes occidentaux  et les agents de services secrets occidentaux, qui se faisaient passés pour des “agents des organisations de droits de l’homme”, ont lancé une campagne de propagande concertée contre le Gouvernement [d’Habyarimana] et par conséquent contre le peuple hutu, les accusant  des abus et des violations massives des droits de l’homme, sans qu’une seule preuve soit donnée.” [29]

D’après le rapport de septembre 1994 de l’enquêteur du Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés Robert Gersony, le FPR a massacré plus de 30,000 personnes appartenant à l’ethnie hutue pendant une période de deux mois! Gersony a donné un compte rendu détaillé des places, des dates, et de la nature du crime, ainsi que les méthodes utilisées pour tuer et faire disparaître les corps. Ce rapport  de l’ONU a été depuis lors classifié et n’a jamais été rendu public.

Ceux qui aiment aller au cinéma ne peuvent que percevoir – si cela les intéresse – qu’à travers Hôtel Rwanda, ce sont les méthodes de contrôle de l’opinion de la compagnie Metro Goldwyn Meyer (MGM), parent de la fameuse United Artists parent company. [30]

Si le film Hôtel Rwanda n’évoque jamais le vrai rôle joué par les États-Unis au Rwanda, c’est parce que, sans doute et sans surprise, l’actuel directeur du “United Technologies” et le Général américain en retraite, Alexander Haig siègent au comité  directeur du MGM.

La guerre est au coeur des affaires ou du business de “United Technologies” et Al Haig  pourrait dire: “c’est moi qui assume la responsabilité ici”. Al Haig  a servi comme Secrétaire d’État sous Ronald Reagan, lui-même an ancien acteur de Hollywood.

Il y avait d’autres producteurs du film Hôtel Rwanda. Il s’agit d’une compagnie inconnue appelée Kigali Releasing Ltd., et une autre appelée Industrial Corporation of South Africa Ltd. Cette dernière est une actionnaire principale dans Iscor Ltd, son partenaire dans le secteur minier. Rappelons que Iscor Ltd est l’une des compagnies citées dans le Rapport du Panel de l’ONU pour l’Exploitation Illégale des Ressources Naturelles et Minérales de la République Démocratique du Congo de 2002. [30]

L’intervention militaire américaine au Rwanda impliquait entre autres, la formation pour mâter une révolte, les “opérations de guerres psychologiques”  et les tactiques des Forces Spéciales (Special Operations Command oversees Navy Seals, Army Rangers and Delta Force), tous des unités d’élite déployés comme des opérateurs spéciaux dans des opérations couvertes. [31]

Hôtel Rwanda! Voici donc le titre du film. Mais l’hôtel en question dans le film, n’est pas le vrai Hôtel des Milles Collines qu’on trouve au Rwanda aujourd’hui. Les rebelles tutsis du FPR ne se sont pas emparés de Kigali en un seul coup, en une seule journée. Ils étaient déjà dans la capitale d’un bout à l’autre. Ils avaient déjà infiltré Kigali, la capitale, depuis belle lurette. Le FPR avait déjà prix pied à Kigali à travers sa constante supercherie et sa manipulation du “processus de paix”; et avec le soutien de ses maîtres occidentaux, plus spécialement les États-Unis.

Les “rebelles” du FPR étaient mieux formés, mieux équipés, mieux organisés plus que tous les autres miliciens au Rwanda mis ensemble. Le FPR avait par conséquent la capacité de mettre fin aux massacres, comme l’affirme notablement plusieurs sources. Plusieurs sources ont indiqué que les troupes gouvernementales, les Forces armées rwandaises n’avaient pas assez de ressources, de moyens et d’équipement pour se battre contre le FPR tout comme contre les Interahamwe à la fois.

Les professeurs Christian Davenport (de l’Université de Maryland) et Allan Stam (de l’Université de Dartmouth) ont, en 2004, publié leur recherche qui confirme que les massacres ont commencé avec un petit groupe de miliciens hutu bien déterminés et bien dévoués, mais se sont vite cascadés pour toucher un cercle très répandu, qui était constamment en état d’épanouissement, avec, et les communautés hutue et tutsie jouant tous les deux les rôles d’agresseurs et de victimes à la fois.

Leurs équipes de chercheurs ont aussi trouvé que 25,000 personnes ont été tuées (un bilan moins lourd), pas le bilan de 800,000 Tutsis tués tel qu’avancé par le FPR. Ils ont aussi trouvé que pour chaque Tutsi tué, un équivalent de deux Hutus ont été tués en revanche. Cette recherche a détaché une tempête de feu. Les médias ont sauté sur eux pour avoir osé “nier le génocide”.

“Notre recherche suggère que la plus part des victimes, peut-être la majorité même, étaient des Hutus – il n’y avait pas assez de Tutsis au Rwanda à ce moment là pour expliquer un bilan de presque un million de Tutsis tués. Il y a donc quelque chose qui cloche et qui vous pousse à conclure que ce qui s’est passé au Rwanda, c’était des massacres politiquement motivés et non pas vraiment un génocide. Une large diversité d’individus, Hutus et Tutsis confondus, ont recouru au massacre parce qu’ils avaient des comptes politiques, économiques, voire même personnels à régler les uns contre les autres.” [32]

Jean-Marie Higiro, l’ancien directeur de ORINFOR  a déclaré: “Quand vous examinez de près les motivations de la direction ou du leadership des Interahamwe , y compris les jeunes parmi eux, vous remarquerez qu’ils étaient tous motivés par l’argent. Quelques hommes d’affaires hutus donnaient à la fois des prêts ou des contributions financières au profit  des partis politiques fidèles au gouvernement rwandais d’Habyarimana et au FPR tutsi. Ces gens voulaient faire du business. Les gens étaient motivés sur base des intérêts différents et variés.”

Toujours selon Jean-Marie Higiro, “Plusieurs hommes d’affaires hutu et tutsi ont prospéré sous le régime Habyarimana. Ils ont obtenu des contrats lucratifs de la part du gouvernement ainsi que des prêts de banque et soudain, sont devenus riches. Pendant cette période d’incertitude, ils ont donné des contributions financières au FPR Tutsi et au MRND Hutu à la fois, ainsi qu’à d’autres partis d’opposition, toujours spéculant sur l’éventuel gagnant. C’est pourquoi, très peu d’hommes d’affaires hutus, ayant donné des contributions financières au FPR, ont osé re-ouvrir leurs affaires immédiatement après la guerre. C’est pourquoi quelques hommes d’affaires tutsis qui ont soutenu financièrement le FPR, profitant de ce vide, on fait un excellent calcul. Après la guerre, ils ont fait des profits colossaux. [33]

Quelques faits évoqués dans le film sont vrais. Les puissances occidentales ont trahi le peuple rwandais. Pourquoi n’ont-elles pas appliqué les principes de “droits de l’homme” et l’“humanitarisme” dans tout leur vrai sens, lesquels principes qu’ils ne cessent de prêcher tout le temps?

Les blancs ont été rapidement évacués, les noirs abandonnés, y compris la majorité des Africains qui travaillaient pour des agences internationales.

Les Français pro Hutus, ont armé les Hutus et ont réussi à évacuer l’élite hutue à la première occasion qui s’est présentée; mais les États-Unis, la Grande Bretagne et la Belgique quant à eux, sont demeurés pro Tutsi et ont armé les Tutsis.

Il y avait un homme Rwandais du nom de Paul Rusesabagina. Espérons qu’il sera un jour employé à l’Hôtel des Mille Collines. Mais contrairement à ce qui est dit de lui dans le film, Paul Rusesabagina était le manager de l’Hôtel des Diplomates. Les rebelles tutsis du FPR ont été accusés d’avoir assassiné les deux présidents du Rwanda et du Burundi, mais le film tient à nous convaincre que les rebelles tutsis du FPR n’avaient rien à faire avec le double assassinat présidentiel quand tout indique qu’ils portent bel et bien la responsabilité de ce  double assassinat, que ce sont eux qui l’ont perpétré. Ce qui, évidemment et par conséquent a provoqué la mort de plusieurs milliers de Rwandais.

Hôtel Rwanda n’est pas différent d’un roman. En tant qu’un artefact culturel, il est produit par une riche industrie d’amusement en Occident, et pour des riches consommateurs occidentaux, mais concentré sur une culture distante et exotique par rapport à celle des riches consommateurs occidentaux qui connaissent vaguement, très peu ou presque rien des réalités africaines.

Hôtel Rwanda sert donc à consolider les piliers idéologiques de la désinformation qui ont précédé la mythologie du génocide et sur lesquels le film Hôtel Rwanda était érigé.

Selon plusieurs différentes sources bien informées, y compris quelques agents de l’hôtel, le Rwanda n’a pas été abandonné par les puissances occidentales: la Belgique, la France, le Canada, la Grande Bretagne et les États-Unis ont tous été militairement impliqués dans le conflit de 1994. Compte tenu du fait que le gouvernement tutsi actuel au Rwanda jouit de bonnes, intimes et chaleureuses relations avec l’État d’Israël, il est fort vraisemblable que des agents militaires israéliens étaient aussi impliqués. Ces derniers n’étaient pas de simples spectateurs curieux face au génocide, comme Samantha Power et le magazine Atlantic Monthly voudraient bien nous le faire croire, mais des acteurs jouant un rôle sinistre dans un impitoyable embrasement militaire international. Notez que Lockheed Martin [aerospace and defense] Corporation, figure parmi les principaux annonceurs (lisez donateurs) qui fait sa publicité dans Atlantic Monthly.

L’hôtel n’était pas tout de suite en état de siège, comme le film le suggère – un élégant mariage a eu lieu là-bas pendant la dernière bagarre ou bataille pour la conquête de Kigali, et c’était le mariage de la soeur de l’homme d’affaires Tutsi Kamana Claver, qui avait des contrats avec le gouvernement Hutu. Selon un client d’hôtel, de puissants Hutus et Tutsis venaient et sortaient régulièrement.

Quand l’eau a été coupée, forçant les “réfugiés” de l’Hôtel Rwanda à boire l’eau de la piscine, elle n’a pas été coupée par les Hutus génocidaires, comme c’était insinué dans le film. C’était plutôt l’armée tutsie du FPR qui a coupé l’eau et l’électricité à la ville.

Le Général Bizimungu apparaît dans toutes les premières scènes du film, avant le double assassinat présidentiel. Et pourtant quand l’avion a été abattu le 6 avril 1994, le Général Bizimungu était encore un simple Colonel, et se trouvait loin de Kigali.

Selon un client d’hôtel, qui a voulu garder l’anonymat par peur de représailles, Paul Rusesabagina, le héros du film, n’avait aucune influence majeure sur les événements comme le décrit le film.

Georges Rutaganda a témoigné au sujet de Paul Rusesabagina en ces termes: “Paul était un simple homme comme moi face aux Interahamwe. S’il a réussi à sauver quelques Tutsi chez lui, c’est parce qu’il a été plus probablement aidé par quelques amis Interahamwe qui avaient une certaine influence. Paul était aussi vulnérable que moi et ne pouvait jamais entreprendre une action quelconque contre la volonté des milices et beaucoup moins à la volonté de l’armée.

Quand, dans le film, il est décrit comme quelqu’un qui feinte d’appeler le Général Bizimungu au secours, il s’agit d’un mensonge, parce que l’Hôtel des Mille Collines se trouvait sous la juridiction du Colonel Renzaho. Bizimungu vivait aux lignes de front du nord du pays. Il n’est venu à Kigali que quatre jours plus tard après que l’avion présidentiel ait été abattu et je ne l’ai jamais vu à l’hôtel.” [34]

Dans un article intitulé “Paul Rusesabagina n’est pas un Héros”, et publié le 5 novembre 2005, dans le New Times, un quotidien contrôlé par l’actuel gouvernement tutsi au Rwanda, Rutigita Macumu, a écrit: “C’est une preuve accablant que Paul Rusesabagina s’est particulièrement donné du mal pour amener des gens qui étaient alors pourchassés à l’abri de l’Hôtel Mille Collines pour les protéger une fois ramenées à l’hôtel, pour leur procurer de la nourriture et de l’eau quand ils étaient démunis de tout et incapable d’acheter quoi que ce soit; ou inventer des moyens en dehors du commun pour éviter ou se détourner des bandes de tueurs en dehors de l’hôtel. Il est hautement évident qu’il a tout simplement fait son travail, qu’il a tout simplement accompli ses devoirs ou simplement suivi les ordres qui lui a été données par ses patrons de la Sabena de bien tenir l’hôtel et s’occuper de tous les occupants.” [35]

Selon Georges Rutaganda, un vendeur de bière notoire et un ancien assassin des Tutsis dans le film Hôtel Rwanda, Paul Rusesabagina n’était pas désintéressé. C’était un important activiste, membre d’un parti politique national. Le 12 avril 1994, Rusesabagina a été transféré à l’Hôtel des Mille Collines ou il a assumé les fonctions de nouveau manager parce que l’autre hôtel a été évacué par les troupes étrangères.

Hôtel Rwanda décrit Rusesabagina à l’Hôtel des Mille Collines avant le double assassinat présidentiel du 6avril 1994. Rutaganda affirme avoir visité l’hôtel et avoir vu des clients appartenant aux groupes ethniques hutu et tutsi à la fois, y compris Rubangura Vedaste; Mutalikanwa Félicien; Dr Gasasira Jean Baptiste; Kamana Claver; Kajuga Wicklif; Rwigema Celestin; Kamilindi Thomas; et autres.

Rutaganda affirme qu’il y avait très peu de soldats de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR), et puis qu’ils étaient des accessoires pour assurer la sécurité: les gendarmes hutus des Forces armées rwandaises (FAR) opéraient un barrage routier à partir de l’entrée principale de l’hôtel.  Il affirme également que les “réfugiés” dans le convoi de l’ONU,  ayant été forcés de rebrousser chemin à partir du barrage routier”, comportaient la crème de la crème de l’élite de l’ethnie tutsie parmi eux.

“Si les Hutus qui opéraient le barrage routier agissaient sous l’impulsion de la haine ethnique, ou s’ils avaient de mauvaises intentions, l’arrivée des Tutsis dans ce barrage routier aurait représenté une occasion  pour les assassins hutus de tous les liquider, de décapiter tout le monde qui aurait été reconnu comme appartenant au groupe ethnique tutsi. Les familles des anciens ministres, des docteurs, des avocats, des grands hommes d’affaires, des intellectuels étaient parmi eux.”

Si le “génocide” était si bien organisé et calculé, si les Hutus génocidaires étaient tout le temps prêt à attaquer, Rutaganda a donc poussé un argument intéressant: comment les élites tutsiesi ont-elles été à la fois protégées et évacuées par les troupes de la MINUAR et les gendarmes hutus ensemble,?

Bien sur, tous les Hutus sont des assassins, et personne ne peut croire à un génocidaire: Georges Rutaganda a été condamné à une prison à vie par le TPIR. Les affirmations de George Rutaganda peuvent-elles être corroborées?

L’enquêteur du TPIR Phyl Talor, a offert un portrait irrésistible du supposant diable lui-même: “Georges Rutaganda a coopéré avec l’ONU pour sauver  tous ces gens. Il n’a pas incité aux crimes de la haine. Il a appelé au calme et au respect à l’égard de la Croix Rouge.  Il n’a jamais été accusé de viol et d’esclavage sexuel tel qu’il est décrit dans le film, et il n’a jamais fait un commerce de machettes. En effet, Human Rights Watch a identifié en janvier 1994 un homme d’affaires britannique qui a importé plusieurs milliers de machettes au Rwanda.” [36]

Le viol n’a jamais figuré dans l’agenda du TPIR jusqu’au jour ou Hillary Clinton  est arrivée à Arusha et a promis un appât de $600,000 à payer comptant après la première condamnation pour viol.  C’est à partir de ce moment là qu’ils ont décidé d’épingler Georges Rutaganda comme responsable du crime de viol; et c’est pour cette sale besogne que dans le film Hotel Rwanda,  les femmes tutsies ont été ramassées par-ci, par-là pour jouer le rôle des femmes tutsies violées dans la parcelle fictive de Rutaganda pendant le génocide. C’est de là que dérive cet épisode.

Le film offre un fictif Colonel de l’ONU du nom de (Nick Nolte), comme adjoint ou remplaçant du Lt Général Canadien Roméo Dallaire, qui est absent dans le film. (Il apparaît que Dallaire a demandé trop d’argent avant que son nom soit utilisé dans le film ou avant que lui-même soit utilisé comme caractère du film).  Roméo Dallaire, contrairement à ce que l’on prétend, a travaillé, non comme un commandant neutre de l’ONU, mais comme un agent pour l’armée d’invasion tutsie du FPR.

Dallaire, rapporte-t-on, s’est adressé aux commandants militaires hutus pour les convaincre à se plier ou s’adapter à l’air du changement et embrasser le programme du FPR. Dallaire se trouvait rarement à l’hôtel selon les témoins, mais (Nick Nolte) son adjoint ou son remplaçant y était toujours présent.

Dans son livre, Dallaire évoque comment il a passé par l’Hôtel des Mille Collines, mais dans son propre récit des événements de chaque jour et ses va-et-vient à travers la ville de Kigali, méticuleusement détaillés, il raconte par exemple comment du 6 avril 1994 au 10 avril 1994, il a fait une escale à l’Hôtel des Mille Collines rien qu’une seule fois.[37]

Selon Chris Black, un avocat conseil principal au TPIR depuis 2000, les documents de l’ONU portés comme témoignage au TPIR en octobre 2005 prouvent clairement  le Lt. Gen. Roméo Dallaire, commandant en chef de la MINUAR:

était un agent du FPR;

que le crash de l’avion qui a conduit au double assassinat présidentiel a été exécuté avec son assistance;

qu’il a tout fait pour étouffer ou voiler la préparation à l’offensive finale du FPR pour la prise de Kigali avec l’assistance de l’Ouganda, des États-Unis et de la Grande Bretagne;

qu’il a ensuite menti à Jacques-Roger Booh-Booh, son chef hiérarchique à l’ONU au sujet de cette affaire.

Contrairement au caractère gentil, aimable et humanitaire du Colonel Oliver – tel que le présente Nick Nolte dans le film – dans la vie réelle, le Général Dalaire in real-life contrairement à ce que l’on prétend, a organisé la fermeture du piste d’envol de l’ouest de Kigali à la demande du FPR; ce qui a facilité aux troupes du FPR et d’autres de suivre la trajectoire de l’avion présidentiel comme il venait de l’est. Un contingent belge de l’ONU avait sous son contrôle  la superficie de l’aéroport, l’endroit où les missiles ont été lancés ainsi qu’une unité militaire belge. Les troupes de maintien de la paix (qui ont été tuées par la suite) étaient les seules personnes appréhendées par l’armée hutue (venant de l’endroit d’où provenaient les tirs après le crash de l’avion, et formant un corridor autour de l’endroit en question dans le but d’essayer d’appréhender les coupables fuyards).

“C’est dans ce sens qu’il faut essayer de comprendre toutes les actions de Dallaire,” explique l’avocat Chris Black.  “Dallaire admet dans son livre qu’il était très proche de Paul Kagame et qu’il l’admirait beaucoup. Il a aidé Kagame en essayant de couvrir les préparations du FPR à l’offensive finale pour la prise de Kigali en violation des Accords d’Arusha, pendant qu’au même moment il contribuait à la propagande anti-gouvernementale faite par le FPR.

Les Belges étaient aussi activement engagés du côté du FPR et dès que le crash de l’avion a eu lieu, ils ont attaqué les Forces Armées Rwandaises (FAR) ou l’armée gouvernementale ainsi que les positions des gendarmes, se rangeant clairement du côté du FPR. Nous avons des messages de radio interceptés émanant du FPR, évoquant l’aide qu’ils ont demandée de la part des troupes belges et autres. En déclarant que Dallaire était un agent du FPR, ce que je suis en train de réellement déclarer c’est le fait que Dallaire travaillait pour les Américains sous les ordres d’Ottawa” [38]

Le Lt. Général Roméo Dallaire n’était pas un officier de maintien de la paix, il était un stratégiste militaire actif –  un faiseur de guerre.

L’Économie Politique du Génocide

Avant le cataclysme de 1994, le FPR a établi sa base politique en Belgique. Dans le film Hôtel Rwanda, quand les “troupes belges de maintien de la paix” ont été massacrées par les Hutus, les Casques Bleu sont éparpillés par terre devant Colonel Oliver (Nick Nolte), notre héros horrifié – ce qui amène à la fausse déduction selon laquelle les génocidaires’ ont bien calculé le massacre des Belges pour provoquer le retrait des troupes de l’ONU du Rwanda. Voici la pierre d’angle, le pilier central de la théorie ou de l’épopée du génocide: avec les “troupes belges de maintien de la paix” écartées, les Hutus sont passés à une vitesse de croisière, mettant en marche leur machine génocidaire pour annihiler tous les Tutsis. En réalité, les Belges ont été immédiatement massacrés parce qu’ils étaient des complices politiques de l’armée d’invasion du FPR, un groupe de terroristes impitoyables.

Des preuves substantielles inscrites dans les archives du TPIR au sujet des soi-disant procès  dénommés ‘Military I’ et ‘Military II’ (tous les deux commencés en 2005) contredisent la prémisse fondamentale évoquée ci-haut – et la théorie qui est au centre des poursuites judiciaires du TPIR – en démontrant clairement que les officiers hutus  accusés par le TPIR de complicité dans le massacre des Belges ont  en réalité risqué leur vie en essayant de sauver les soldats belges.

La Commission de la Force de l’ONU – établie par le Commandant en chef des Forces de l’ONU, le Général Roméo Dallaire immédiatement après l’attaque contre les troupes belges – est arrivé à la même conclusion. Un témoignage oculaire livré par un observateur militaire de l’ONU, indique que 13 soldats belges ont été tués et non pas 10 comme officiellement annoncé. “Ce point est vraiment intéressant en Belgique, où le gouvernement déclare avoir perdu 10 hommes [au lieu de 13]”, écrit Chris Black.

Alors, la question qui se pose est celle de savoir qui étaient ces trois soldats belges et quelle était leur mission? Hôtel Rwanda n’ose pas soulever de telles questions: évoquer de telles questions reviennent à une hérésie. Mais les États-Unis le savent, le FPR le sait, tous les experts judiciaires, les avocats du TPIR le savent. Tout le monde sait bien que la théorie du génocide s’émietterait sous l’aveu de la vérité.

Selon les avocats du TPIR, les documents de l’ONU prouvent que le Lt. Général Roméo Dallaire savait très bien, du moins à partir de décembre 1993, et probablement bien avant cela, que le FPR, avec le soutien de l’armée ougandaise violait quotidiennement les Accords d’Arusha, en déployant des hommes au Rwanda, du matériel militaires et des armes légères et lourdes. C’est de cette façon que les États-Unis, les Belges et les Canadiens ont soutenu le FPR/FPA à se préparer pour la solution finale au Rwanda, c’est-à-dire la victoire militaire totale sur les Hutus.[40]

“Le FPR s’adonnait aux assassinats des fonctionnaires, des politiciens et des civiles, et essayait de rejeter la responsabilité sur le gouvernement d’Habyarimana”, écrit Chris Black. “Dallaire a soutenu cette campagne en étouffant les faits concernant ces crimes en se rangeant ouvertement du côté du FPR et en corroborant les déclarations propagandistes du FPR contre le gouvernement Hutu d’Habyarimana.” [41]

Ce n’étaient pas les troupes de l’ONU de la MINUAR qui ont gardé l’hôtel mais les Gendarmes (la police militaire), déployés par le gouvernement Hutu. Face à ce fait indiscutable, la mythologie du “génocide” ne peut jamais tenir et pourrait s’effondrer comme de la neige sous le soleil.

Si l’hôtel était rempli de Tutsis visés par les génocidaires, comment se fait-il qu’il a été protégé par les mêmes architectes du supposable génocide?  L’hôtel n’était pas seulement rempli de Tutsis (qui y ont trouvé refuge pour échapper au génocide): il était rempli de puissants Hutus et Tutsis (les Tutsis étaient majoritaires à l’hotel) jouissant des rapports politiques et économiques avec les puissantes factions à l’intérieur tout comme à l’extérieur du Rwanda.

Les questions sur la composition du FPR envahisseur à prédominance tutsie provoquent des questions sur la composition ethnique des miliciens Interahamwe et les relations commerciales qui ont transcendé l’ethnicité. De tels détails sont ignorés par le réductionnisme occidental sur le Rwanda – parce qu’ils contredisent les fictions officielles du Département d’État américain et celles de la bourgeonnante industrie de l’holocauste rwandais.

Les faits suivants sont révélateurs des complexités et des contradictions ethniques au Rwanda, inconsistantes avec le très familier clivage Hutu-Tutsi:  Robert Kajuga, un Tutsi était le Président  de la milice Interahamwe, pourtant réputée comme une milice des génocidaires notoires Hutu; Kamana Claver était un homme d’affaires Tutsi et un fréquent récipient des contrats accordés par le gouvernement Hutu;  Celestin Sebulikoko était un homme d’affaire Tutsi et un supporteur avéré du MRND, le principal parti politique d’obédience Hutu, aujourd’hui porté disparu. Le FPR, croit-on,  l’a fait disparaître et l’on n’a plus ses traces;  un Tutsi qui s’appelait Mpangaza, et qui travaillait pour la firme gouvernementale TRANSINTRA, maniait une puissante mitrailleuse dans un barrage routier établi par les Interahamwe au centre de ville à Kigali en 1994, rapporte-on; c’est un Interahamwe bien connu qui vit paisiblement au Rwanda aujourd’hui; Juvenal Gatorano, était un Tutsi agent fonctionnaire de la Douane sous le Ministère des Finances du Gouvernement Habyarimana. Son fils était toujours vu dans des rassemblements des Interahamwe.

S’il s’avère que tous ces faits sont vrais, ils fourniraient des preuves irrésistibles que ce qui a eu lieu au Rwanda en 1994, n’était pas un génocide coordonné, mais une guerre civile, et une guerre par procuration orchestrée par l’Occident, avec de profondes motivations politiques, économiques et militaires derrière toutes les atrocités qui ont été perpétrées.

Des actes de génocide ont certainement eu lieu, tout comme des crimes contre l’humanité ont été commis, mais “les actes de génocide” ne constituent pas le génocide tel qu’il est défini par la loi internationale sur le génocide. Si le génocide consiste à décimer toute une ethnie entière, pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas aux peuples nomades de Sarawak par exemple? Les Penans de Sarawak, par exemple, sont systématiquement éliminés dans un processus raciste bien calculé qui consiste à décimer leurs forêts, source de leur survie à tel point qu’il n’en reste que 100 Penans de Sarawak aujourd’hui. Là on nous dit qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un “génocide”.

Il y a un autre fait également troublant à évoquer. C’est le fait que les États-unis puissent avoir annihilé chaque dernier citoyen japonais en 1945, mais très peu de gens aujourd’hui qualifient l’annihilation par les bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki comme “génocidaire” dans sa nature  et son intention, ce qui était certainement le cas.

La nature calculée du génocide est soutenue comme la base sur laquelle le génocide au Rwanda a reposé. Elle s’est toujours développée autour des soi-disant “listes” élaborées par les Hutus génocidaires: les listes des Tutsis qui étaient ultérieurement éliminés, parce que d’abord et en premier lieu, ils étaient des Tutsis; de telles listes ont été élaborées prétendument par la machine génocidaire hutue.

Phil Taylor, l’enquêteur de l’ONU observe que “n’importe quelle armée du monde élaborerait et détiendrait les listes de leurs ennemis politiques. Ça ce n’est pas hors du commun. Le Gouvernement Rwandais avait vraisemblablement ses listes, tout comme le FPR avait les leurs. Ils se sont mis tous deux à assassiner leurs ennemis. »

Phil Taylor déplore le fait que le ministère public au TPIR n’ait produit aucune liste – de n’importe quel type – comme preuves ultérieurement utilisées pouvant justifier des inculpations pour génocide Rwandais.

A la suite de l’attaque du 11 septembre contre les deux tours du “World Trade Centre” – Centre International de Commerce – les services secrets de l’armée américaine n’ont-ils pas généré ou élaboré une liste extensive des “ennemis de la nation” – la liste dans laquelle figurent des ennemis dont l’ethnicité a été identifiée comme étant islamique? L’existence de telles listes constitue-t-elle une intention génocidaire de la part de ces services là contre des ennemis islamistes présumés?

“Il y a un manque formidable des preuves documentées d’un plan élaboré par le gouvernement hutu pour commettre le génocide. Il n’y a pas d’ordres, pas de procès-verbaux des réunions ténues, pas de notes, pas de messages de fax, de radio, de télégrammes interceptés, ni aucun autre type de documentation attestant qu’un tel plan existait. En effet, les preuves documentées indiquent justement le contraire.[42]

Les avocats américains du Pentagone ont été littéralement importés au TPIR à commencer par un Contingent de la Défense Général, dirigé par un juge américain et au profit du FPR soutenu par les États-Unis. Mais aussi, le TPIR, depuis son existence, n’a jamais poursuivi ou inculpé un seul soldat Tutsi du FPR ou un seul dirigeant tutsi du FPR. L’ancien Procureur Général Clara Del Ponte a été immédiatement transférée d’Arusha à la Hayes, quand elle a osé vouloir poursuivre les tutsis en justice. [43]

Filip Reyntjens, un historien belge, expert sur le Rwanda et témoin oculaire du génocide en 1994, écrit: “Le TPIR risque de devenir un problème en soi au lieu d’être une solution. Je ne peux plus m’impliquer dans un tel processus.” [44]

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), pareil au Tribunal de la Hayes en Hollande (son équivalent), ne fait que consolider la mythologie populaire sur le génocide au Rwanda en jouant son rôle comme une institution judiciaire internationale, qui, par défaut, doit  être au-dessus de toutes reproches ou préjugés.

Chris Black écrit: “Pendant que le TPIR démonise le leadership hutu et justifie la dictature du FPR maintenant en place au Rwanda, il sert aussi comme un moyen de présenter l’histoire des événements de 1994 au Rwanda, d’une façon complètement fausse, dissimulant la vérité sur l’assassinat de deux Chefs d’État et les massacres de plusieurs milliers des gens innocents par le FPR et ses alliés. [45]

Selon la version du film Hôtel Rwanda, les “génocidaires” hutus accusent le rebelles Tutsi du FPR d’avoir abattu l’avion qui transportaient les deux présidents qui ont trouvé la mort par la suite; et parce que le film démonise chaque Hutu, le spectateur est amené à être convaincu que les Hutus mentent; que les accusations qu’ils portent contre les rebelles tutsis du FPR sont fausses et visent à détourner l’attention de l’opinion internationale de leurs mauvais actes.

Cependant, il y a des preuves bien établies qui corroborent bien que c’était une cellule terroriste du FPR basée à Kigali qui abattu l’avion présidentiel, qui transportait aussi un Général des forces armées rwandaises, une véritable cible pivotante du FPR.

L’ancien Secrétaire Général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali a fait une révélation au journaliste Robin Philpot selon laquelle la Central Intelligence Agency  (CIA) était certainement impliquée.

Une équipe d’avocats espagnols qui ont porté plainte contre Paul Kagame et ses cadres du FPR a conclu qu’ “Aussi tôt que 1997, une équipe des enquêteurs nommé par le TPIR – composé de Michael Hourigan, Alphonse Breau et James Lyons-  a  publié ses rapports, qui étaient jusqu’à ce moment là détenus comme classifiés, mais qui révèlent que l’attaque contre l’avion présidentiel a été  organisée par des stratégistes militaires tutsies du FPR de haut rang qui en étaient les cerveaux moteurs et non pas par les extrémistes hutus, comme on nous le faisait alors croire. Ces révélations ont été corroborées en 2004, par le témoignage remarquable d’Abdul Ruzibiza, membre de l’unité d’un Commando Tutsi du FPR  qui a abattu l’avion présidentiel.” [46]

“Je suis un témoin oculaire de ce qui a eu lieu quand un SA-16 a été tiré parce que j’y étais présent”, écrit Ruzibiza dans son livre nouvellement publié, intitulé: “Rwanda: L’histoire Sécrète (The Secret History of Rwanda). Ruzibiza allègue qu’après l’attaque par missiles contre l’avion, et une fois l’avion abattu, les soldats du FPR qui étaient d’avance mis en état d’alerte, ont été rassemblée pour immédiatement lancer des attaques qui se sont soldées par la chute de Kigali le 4 juillet 1994.” [47]

Il y a une autre déclaration définitive par Paul Mugabe, un ancien officier de l’intelligence de l’ARP Former Intelligence Officer of the RPA, intitulée: Déclaration sur l’attaque de l’avion qui transportait le Président Rwandais Juvenal Habyarimana et son homologue Burundais, le Président Cyprien Ntaryamira le 6 avril 1994.

Paul Mugabe allègue que deux semaines avant le crash de l’avion présidentiel, Paul Kagame, alors Général Major a envoyé James Kabarebe, alors Lieutenant Colonel, d’apporter les engins lance-missiles ou des projectiles SA-7 au détachement de l’APR à Kigali et de donner l’ordre final pour l’attaque contre les Forces armées rwandaises et d’abattre l’avion.

Deux leaders du FPR, les Colonels Kanyarengwe Alexis et Lizinde Theoneste, qui auparavant faisaient membres du Gouvernement Habyarimana avaient donné des informations et des instructions sur les lieux où les missiles devaient être placés. (Le Col. Lizinde Theoneste, qui a par après déserté le FPR, a été  ultérieurement assassiné en 1998 à Nairobi, au Kenya, par les agents du FPR pour dissimuler définitivement le secret qui entoure l’opération de l’attaque par missiles et du crash de l’avion présidentiel. Deux semaines avant le double assassinat présidentiel, douze systèmes d’artillerie ont été apportés de l’Ouganda et délivrés au quartier général du FPR.

D’autres déserteurs du FPR imputent également la responsabilité de l’attaque de l’avion, le Falcon 50, qui transportait les deux présidents Rwandais et Burundais  au FPR.

Lt. Aloys Ruyenzi, un ancien du FPR a déclaré que le plan de l’assassinat a été concocté au cours d’une réunion du FPR au mois de mars 1994: “Le président de la réunion n’était autre que le Général Major Paul Kagame. Les officiers suivants étaient présents: Colonel Kayumba Nyamwasa; Colonel Théoneste Lizinde; Lt. Colonel James Kabarebe; Major Jacob Tumwine; et le Captaine Charles Karamba. J’ai entendu Paul Kagame demander au Colonel Lizinde de donner un compte rendu de ses enquêtes et j’ai vu le Colonel Lizin remettre une carte des lieux sélectionnés pour l’attaque de l’avion à Paul Kagame.” [48]

Le Lt. Aloys Ruyenzi accuse également le Général Paul Kagame et (l’actuel) Général James Kabarebe d’avoir surveillé les massacres des civiles Hutu et Tutsi en personnes, à la fois dans les champs de bataille et dans les crematoriums, installés pour dissimiler les preuves.

Ruyenzi n’est que l’un des déserteurs et son récit des faits est irrésistible. Véritable témoin oculaire, il déclare avoir personnellement vu des hélicoptères de combat bombarder les villages, ainsi que des massacres, des tortures et des exécutions sommaires perpétrées en plein jour. C’était ça la politique du FPR. La plupart des abus de droits de l’homme perpétrés par le régime Kagame ont été documentés par les organisations des droits de l’homme.

“Le Général James Kabarebe était le commandant de l’armée du “génocide en inverse,” a déclaré Howard W. French, faisant référence à la campagne militaire au cours de laquelle plusieurs milliers des réfugiés hutus ont été pourchassés, puis massacrés  par l’APR Tutsi et leurs alliés occidentaux au Congo. [49]

80% de ces réfugiés Rwandais étaient constitués des femmes et des enfants dont 50% avaient l’age de moins de 15 ans. [50]

Ce règne de la terreur génocidaire qui consiste à pourchasser  et massacrer les civiles non-combattants hutus, qu’ils soient hommes, femmes et enfants, était le fer de lance du Front patriotique rwandais (FRP) et des UPDF (signe anglais des Forces de défense du peuple ougandais) (FDPOU), qui étaient les avant-gardes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaire (ADFL), dirigé par Laurent Désiré Kabila, soutenue par le gouvernement et les factions privées venues des États-Unis, de la Grande Bretagne, du Canada et de la Belgique.

C’est un témoin oculaire, qui, choqué par des tas et des tas de crânes qu’on entassait, qui a localisé les fosses communes qui ont été nettoyées d’avance avant l’arrivée d’une mission de l’ONU pour enquêter sur les massacres de plusieurs milliers des civils hutus non armés par la coalition FPR/UPDF/AFDL. [51]

Le contrat-génocide contre les Hutus va bon train jusqu’à ce jour.  Pendant que nous bouclons cette édition, il y a des forces qui sont alignées puis déployées pour exterminer les 40,000 Hutus qui restent encore au Congo: Ils sont tous taxés d’être des “génocidaires” qui ont fui le Rwanda en 1994, même si la plus part des survivants FDLR étaient trop jeunes en 1994 pour participer alors au génocide. [52]

Les agents de la Sabena n’étaient pas surpris et horrifiés d’avoir reçu des coups de téléphones de la part de certains managers d’hôtels au Rwanda, comme décrit dans le film: une semaine avant l’invasion d’octobre du Rwanda par le FPR, la Ligne Aérienne Sabena a transféré son équipage (pilotes, agents de bord) loin de l’Hôtel des Mille Collines et hors de danger au Burundi voisin pour y passer leurs nuits. Cette décision n’a pas été prise au hasard: c’était une action politique bien calculée visant à assurer la vie sauve aux employés de la compagnie face à une guerre imminente.

La Sabena a été bien informée. Une compagnie belge, née après l’ère de l’aviation post-Léopoldienne au Congo, la Sabena était par la suite, utilisée pour le transport des diamants, et probablement du Coltan (columbium-tantalite), hors de Kigali par les élites du FPR, dont Bruxelles servait encore de base.

“La faillite” éventuelle de la Sabena, croit-on, était sciemment orchestrée pour dissimuler ses traces dans l’exploitation illégale des ressources naturelles et minérales de la République démocratique du Congo et pour couvrir ou épargner ses gérants des possibles et éventuelles poursuites judiciaires quelconques dans l’avenir à cause de leur participation au pillage des richesses du Congo.

Que dire de Maurice Tempelsman, cet insaisissable magnat américain, devenu multimilliardaire à cause de l’exploitation des diamants de l’Afrique et ses relations d’affaires avec Bill et Hillary Clinton et les diamants provenant de Kigali?   “Il n’y a jamais eu un seul article publié dans le New York Times sur ce sujet. Je ne pense pas”, a déclaré Howard W. French.

Howard W. French a conféré que Maurice Tempelsman a embauché Lawrence Devlin, an ancien chef de station de la CIA à Kinshasa pendant l’époque du Zaïre Mobutu et continue d’entretenir des liens étroits avec la CIA. Tempelsman siège aussi au conseil d’administration de la Harvard AIDS Institute (Institut d’Harvard pour le Sida) et le African-American Institute – l’Institut Afro-Américain (Donald Payne est également profondément impliqué, tout comme Gayle Smith, un ancien du Conseil National de Sécurité et conseiller de Bill Clinton sur les affaires africaines). Maurice Tempelsman était l’amant de Jacqueline Kennedy Onassis. Il a été également l’amant de Madeleine Albright, dit-on. Maurice Tempelsman était l’un des 99 dignitaires qui a fait partie de la délégation de Bill Clinton pendant son voyage qualifié de “victorieux” en Afrique en 1998. Tempelsman demeure l’un des nombreux  “intouchables” derrière le bourbier en Afrique Centrale. [54]

Pourquoi l’Amérique a-t-elle pesé de tout son poids pour bloquer toutes tentatives d’enquête sur l’attaque de l’avion présidentiel et le double assassinat présidentiel qui a déclenché le cataclysme le 6 avril 1994?

“C’est un scandale très mystérieux”,” a estimé l’écrivain Robin Philpot.

“Quatre rapports ont été produits sur le Rwanda: Le Rapport du Parlement français, le Rapport du sénat belge, Le Rapport de L’ONU produit par Kofi Annan, et enfin le Rapport de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) devenu UA (Union africaine). Les quatre rapports se taisent, ne disent rien sur l’attaque contre l’avion du Président Rwandais. Cela démontre le degré de pouvoir dont disposent les services d’intelligence qui peuvent museler ou réduire les gens au silence.”

Philpot poursuit: “L’enquête de sept ans menée par le juge anti terroriste français Jean-Louis Bruguière demeure la seule exception partielle. Cette enquête a impliqué l’actuel Président Rwandais Paul Kagame et le FPR pour avoir planifié, ordonné et exécuté l’assassinat du 6 avril 1994.” [55]

Chris Black, un avocat au TPIR a déclaré: “Le chef des services secrets du Président Mobutu, Honoré Ngwanda Nzambo, dans son livre publié en France il y a à peine quelques mois  et intitulé” Les Crimes de l’Occident en Afrique, 2005, évoque une réunion entre Habyarimana et Mobutu deux jours avant l’assassinat d’Habyarimana. Le Président hutu s’est confié à son ami Mobutu, lui révélant que lui Habyarimana a été mis en garde par Herman Cohen – alors Secrétaire d’État américain aux affaires africaines – que son corps serait traîné dans la rue et son gouvernement  traduit en justice devant un tribunal international, sauf s’il cédait tout le pouvoir au FPR.

Habyarimana  a reçu les mêmes menaces  de la part des Belges, et le Général canadien Roméo Dallaire a été impliqué dans ces menaces. Habyarimana  a été informé par ses agents qui ont infiltré le camp du FPR à Malindi que son avion serait abattu. Il n’a pas connu la date exacte.” [56]

Le FPR s’est opposé à toute intervention militaire au Rwanda après le 6 avril 1994.

Le FPR connaissait parfaitement la situation militaire de l’armée gouvernementale (leur morale et les munitions dont ils disposaient) et ne voulait pas une intervention militaire quelconque qui essayerait à lui arracher sa victoire. Les donateurs officiels du FPR à Washington, à Washington, à Londres et à Bruxelles ont déclaré à qui voulait les écouter qu’une force internationale quelconque se buterait à une résistance militaire farouche de la part du FPR. Le FPR était la seule force qui avait la capacité de mettre fin aux massacres, mais il ne l’a pas fait.

Chris Black, un avocat au TPIR vérifie que les documents de l’ONU placés dans les archives du TPIR établissent que la Gendarmerie avait fait tout ce qu’elle pouvait avec le peu de ressources dont elle disposait pour restaurer le calme, mais elle n’a pas pu le faire, et que les Forces Armées Rwandaises ne pouvaient pas à la fois, se battre contre le FPR et restaurer le calme parmi les civils.”

La déclaration suivante provient d’un survivant, dont le nom n’est pas cité, qui était à Kigali en avril 1994, où il a perdu sa famille entière à la suite des massacres: quelques membres de sa famille étaient à la fois hutus et tutsis, et il a commencé par déclarer qu’il ne soutenait pas les idéologies qui s’alignent elles-mêmes sur des bases ethniques. L’interview a eu lieu à Bukavu, en RDC en août 2005:

“Plusieurs Hutus ont perdu beaucoup de membres de leur famille dans la partie du Rwanda frontalière avec l’Ouganda après l’invasion de l’APR en 1990. C’est ici où la haine que les Hutus portaient contre les Tutsis a pris ses racines. Les Tutsis continuaient à commettre des crimes pour fragiliser le Gouvernement Habyarimana pourtant forcé de négocier avec le FPR. Chaque famille tutsie avait envoyé un ou deux garçons pour s’enrôler  à l’armée du FPR en Ouganda. Nous connaissions ces garçons – ils avaient l’habitude de dire, ‘OK, au revoir, nous allons en Ouganda’”.

“Les Hutus voyaient tout cela. Chaque jour les Tutsis [RPF] étaient entrain de provoquer et de remonter la barre de la haine de plus en plus haut à leur détriment. Même les Hutus savaient que tous les Tutsis devaient prendre part aux réunions à la fin de chaque mois pour cotiser des fonds pour le compte du FPR. J’écoutais Habyarimana dire chaque jour à la radio: ‘Ne tuez pas les Tutsis. Si vous le faites, c’est vous qui allez tout perdre’. Même pendant que les accords de paix d’Arusha étaient en vigueur [1993], le FPR commençaient déjà à assassiner les intellectuels et les leaders hutus au Rwanda.”

“Ils [FPR] mettaient les bombes dans les places publiques [ce qui revient au terrorisme], aux marchés et aux gares routières, et aux boîtes de nuit – j’ai presque échappé à la mort quand la boîte de nuit que j’ai fréquentée pendant une soirée a été attaquée. Les Tutsis [RPF] savaient bien ce qu’ils faisaient mais les Hutus ne savaient pas ce qui se passait. Le FPR a attendu jusqu’à ce que le fruit soit réellement mûr – quand les Hutus avaient dès lors cultivé une haine profonde contre les Tutsis. C’est alors qu’ils sont passés à l’action – en assassinant le Président Habyarimana.”

“Ils ont assassiné Habyarimana parce qu’ils savaient qu’il était le seul qui pouvait stopper les Hutus à tuer les Tutsis. C’est pourquoi, je dis et je le répète chaque jour: le génocide n’a pas été planifié par les Hutus, il a été planifié par les Tutsis: il a été planifié par le FPR. Même après l’assassinat de mon épouse par les Interahamwe, même après toutes les choses horribles qui me sont arrivées, je crois que les Tutsis ont créé le génocide. Et pour moi, c’était une guerre entre frères: les Hutus avaient une armée et les Tustsis avaient une armée, et la guerre a eu lieu à tous les niveaux.” [57]

Au coeur des ténèbres impitoyables sans coeur et sans état d’âme

La source pour le Guide (vad mecum) “Hotel Rwanda Companion Book” , notamment le chapitre sur l’horaire du génocide est bel et bien tiré du “World Factbook 2004”  (Livre des faits du Monde 2004), produit chaque année par la CIA (le chapitre précédent est rempli de mensonges et apparaît sans attributions). [58]

Il n’est donc pas surprenant que le rôle joué par les États-Unis d’Amérique et d’autres puissances étrangères occidentales ainsi que par les transnationales ait été dissimulé.

La pire des omissions tourne autour de la République démocratique du Congo: la destruction courante et le dépeuplement du Congo reçoivent remarquablement une couverture très minime, très limitée dans la presse occidentale par contraste au Darfour, une région du Soudan voisin, malgré l’évidence manifeste du degré et de la nature des pires atrocités commises contre les populations civiles innocentes au Congo, qui dépassent de loin toute imagination, et qui ont été commises pendant une longue durée, causant des souffrances humaines insupportables et injustifiables.

Après avoir consolidé le pouvoir au Rwanda en 1994, et à la suite des crimes odieux et massifs contre l’humanité qu’il a commis là-bas, le FPR a bombardé et démonté les camps des réfugiés à l’est du Congo (alors Zaïre) pendant l’été de 1996, perpétrant d’autres pires crimes odieux et massifs contre l’humanité ainsi que de pires violations massives de la loi ou de la charte internationale et de la Convention de Genève.

Le nouveau gouvernement FPR n’a jamais vacillé dans sa croisade efficace qui consiste à réveiller l’attention de la communauté internationale sur le génocide courant contre les Tutsis – les Juifs de l’Afrique comme l’a bien titré, l’Economist, une publication de Londres – qui ont été abandonnés par les États-Unis et l’Europe” pour soit disant subir le sort qui leur était réservé: le génocide.

Remarquablement, de telles larmes de crocodile constituent un affront à l’égard du peuple Juif et en particulier à l’égard des victimes et des rescapés de l’Holocauste de la Deuxième Guerre Mondiale.

Le FPR a utilisé le prétexte du “génocide” courant contre les Tutsis comme fond de commerce à plusieurs reprises et pour justifier les pires et hostiles violations de la loi ou de la charte internationale et les droits de l’homme. Le FPR continue d’exécuter, ce qui est clairement reconnu aujourd’hui comme un plan prémédité, avec le soutien logistique complet et la formation aux tactiques militaires de guerre psychologiques dont le FPR jouit de la part du Pentagone et ses compagnies militaires privées étrangères; entre autres Halliburton, Ronco et “Military Professional Resources Incorporated”  – c’est ainsi que la victoire du FPR dans son invasion du Rwanda a été suivie par une autre invasion du territoire souverain du Congo (l’ancien Zaire), le grand voisin du Rwanda de l’Ouest. [59]

Puisant dans son alliance militaire précédente, sa formation et ses bases arrières en Ouganda, le FPR s’est allié avec Museveni et l’UPDF pour marcher sur le Congo et renverser le Président Mobutu Sese Seko, l’ami intime d’Habyarimana et conquérir le très vaste Congo, riche en ressources naturelles et minérales.

“La communauté internationale a refusé de faire pression sur le Rwanda pour créer les conditions de sécurité,” a écrit le professeur rwandais David Newbury en 1996. [60]

Des groupes marginalisés comme le “Rally for the Return of Refugees and Democracy in Rwanda” – Rallie pour le Retour des Réfugiés et de la Démocratie au Rwanda” ont à plusieurs fois fait écho de cette vérité manifeste.

“ La prévalence courante de l’impunité a encouragé les leaders du FPR/APR à perpétrer des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et des actes de génocide au Rwanda et au Congo sans crainte de poursuites judiciaires. Le FPR/APR a consolidé son pouvoir  ainsi que la position de certains éléments criminels riches (les richesses mal acquises) au sein du régime dictatorial dirigé par le FPR.”  [61]

Telle est la donne aujourd’hui. Paul Kagame et James Kabarebe et le gouvernement FPR dominé par les Tutsis au Rwanda continuent de déstabiliser la Région des grands lacs africains, avec des infiltrations de leurs cellules terroristes  à travers tout le Congo envoisinant, comme ils l’ont fait justement au Rwanda (1985 – 1994). Ces “saintetés victimes du génocide” sont soit apaisés ou courtisés, et ils jouissent de l’impunité totale ainsi que de tous les bénéfices dérivant de leur appartenance à un club d’élites.

De la même façon, l’alerte de presse de Human Rights Watch du 1 juillet 2005, par exemple, visant en occurrence le gouvernement congolais, constituait une défense voilée des intérêts rwando-américaines au Congo: elle a été écrite par Alison Des Forges, à partir de Kigali. [62]

Le film Hôtel Rwanda et son livre guide résument nettement toute la mythologie entière du génocide au Rwanda et l’héroïsme inventé de l’actuel président Rwandais Paul Kagame et son Front Patriotique Rwandais (FPR). Les vrais faits profonds, avec peu ou pas d’attention, qui ont été portés, sont les suivants:

{1} l’invasion illégale du Rwanda par le FPR à partir de l’Ouganda en 1990;

{2} son record des crimes de guerre perpétrés de 1990 – 1994;

{3} Le double assassinat par le FPR des deux Président hutu  et burundais le 6 avril 1994;

{4} Le contre génocide massif du FPR des centaines de milliers des réfugiés hutus à l’intérieur du Congo (Zaïre), des réfugiés retournant au Rwanda à partir du Congo, et des Hutus à l’intérieur du Rwanda même;

{5} Les invasions répétées du FPR, ses pillages courants et la dévastation du Congo, avec l’implication et la sanction des autorités du FPR à un plus haut niveau qui vont bon train aujourd’hui;

{6} Et enfin la complicité des institutions occidentales, des individus et des multinationales, tirant tous des bénéfices et profits politiques et économiques accrus au détriment et au dépourvu de l’Afrique et de son peuple.

Qu’est ce qui a motivé Paul Rusesabagina? Il est intéressant de noter que Rusesabagina a largement reçu des éloges et a été financièrement récompensé pour avoir relaté son histoire, et pour sa prise de position, son alignement avec les États-Unis d’Amérique et les officiers militaires au service des agendas politiques et militaires variés. En 2000, le Prix “Immortal Chaplain’s prize” (Le Prix Aumonier Immortel) lui a été décerné (il a reçu le prix avec une poignée de main de la part de Bob Dole, le sénateur américain du Parti Républicain). [63]

“En ce qui concerne Paul Rusesabagina,” écrit Rutigita Macumu dans le quotidien Rwandais The New Times, “son nom est entré dans les annales de l’histoire comme un homme qui a vendu l’âme du Génocide Rwandais pour amasser des médailles, entre autres, le Prix “Enduring Spirit” (Esprit Ferme et Patient) lui a été décerné par Amnistie Internationale, le “Prize for Humnaity (Prix pour l’Humanité), lui a a été décerné par “Immortal Chaplain Foundation”, le “Human Rights Award” (Prix pour les Droits de l’Homme) lui a été décerné par  le “Tigar Center”, le “Freedom Award” (Priz Liberté) lui  a été décerné par le “National Civil Rights Museum”, et maintenant le prestigieux “Presidential Model of Freedom Award” (Modèle Présidentiel du Prix Liberté) de la part d’un président en exercice, nous avons cité le Président Geroge W. Bush.” [64]

En 2004, Paul Rusesabagina a fait un voyage au Darfour, au Soudan, jouissant d’une escorte militaire du Pentagone et en compagnie de son homonyme l’acteur Don Cheadle pour attirer l’attention de l’opinion internationale sur le très populaire et officiellement reconnu “génocide” qui se perpètre là-bas. [65]

Les Forces de défense rwandaises ont été déployées au Darfour, où, à côté des troupes de l’Union africaine et quelques militaires américains.  Ils ont servi comme des guerriers par procuration des États-Unis d’Amérique: ces mêmes troupes rwandaises sont responsables de pires actes de génocide et d’inimaginables crimes contre l’humanité perpétrés au Rwanda et au Congo.[66]

Hôtel Rwanda  représente tout simplement la dernière production ou mise en scène dans une campagne de guerre psychologique prolongée. C’est une oeuvre dangereuse d’agitation et de propagande parce qu’elle fait verser les larmes des yeux des naïfs en Occident et touche les coeurs ouverts et généreux des spectateurs occidentaux.

C’est une oeuvre qui trompe, et quand les spectateurs quittent le cinéma avec des particules du maïs gazeux (pop-corn) et du chocolat enfoncés entre leurs dents, ils croient que désormais grâce au film Hôtel Rwanda, ils savent quelque chose sur ce qui s’est passé au Rwanda. Et bien,  Hôtel Rwanda ne dispose d’aucune chambre de vérité.

Ne nous rendons pas ridicules! Nous tous en tant que spectateurs, nous nous félicitons du fait que des films tels que Hôtel Rwanda nous éduquent. Loin de là! A la place d’être éduqués, nous sommes en train d’être endoctrinés, et les effets insidieux de cet endoctrinement demeurent inappréciables, créent en nous un fausse perception des réalités en Afrique. Hôtel Rwanda exemplifie un réductionnisme simpliste, insouciant qui est universellement manifeste dans toutes les représentations de l’Afrique par l’Occident.

C’est Phil Taylor, un ancien enquêteur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) qui le dit avec courage: “Quiconque a suivi de près les événements de la crise de 1994 au Rwanda, le film très bien vendu,  Hôtel Rwanda représente tout simplement des déclarations propagandistes interrompues par des épisodes d’actions.” [67]

Le racisme et la ségrégation au centre du cataclysme rwandais de 1994 où il y avait des conditions très différentes et des aboutissements très différents quant à jouir d’une vie sauve selon lequel on n’est blanc ou noir, continuent de gangrener la société rwandaise jusqu’à  aujourd’hui.

Le reportage sur le “génocide rwandais” par sa nature même, tourne autour d’un système de ségrégation institutionnalisée. Des blancs très puissants occupant des positions de garde-barrière en Occident tiennent virtuellement le monopole de l’information.

À  leurs côtés, vous trouvez des voix sélectionnées des noirs dont le rôle consiste à valider le discours prédominant, composé par ces mêmes blancs très puissants.

Les experts en questions sont connus: Alison des Forges; Roméo Dallaire; Philip Gourevitch; Victoria Brittain; Samantha Power; Mahmood Mamdani; and tant d’autres.

“Ils croient à tout ce que Alison des Forges dit parce qu’il est blanc, et ils ne me croient pas parce que je suis noir et je ne parle pas très bien l’anglais”, a déclaré Jean-Marie Higiro, ajoutant qu’“elle est l’experte, même si elle ne jouait que le simple rôle d’observatrice et moi le rôle capital de participant.”

Nous ne pouvons pas connaître intimement toutes les épreuves ou toutes les souffrances endurées par Paul Rusesabagina; ou le traumatisme de Roméo Dallaire, ou toutes les peines, afflictions et chagrins endurés par Jean-Marie Higiro, ou la souffrance de tous les autres rescapés du cataclysme rwandais, et nous devons nous mettre à leur place et scruter nos propres âmes. Nous tous, nous expérimentons cette lutte du bien contre le mal au fond de nos âmes.

En effet, il y a une certaine arrogance derrière ces écrits parce que moi je n’étais pas non plus un participant du cataclysme au Rwanda. Mais si je me permets, sans hésitation aucune, de défier “la soit disant vraie histoire, le soi-disant récit le plus correct, le soit disant récit propre”, c’est parce que je suis accablé par l’obscénité de l’injustice manifeste et les machinations de “l’Empire” derrière cette injustice obscène.

Si la vérité a toujours été la première victime de la guerre, alors, nous qui avons la chance d’être des observateurs devons sans cesse travailler pour la ressusciter, pour la faire revivre. En Afrique Centrale, la vérité se mêle avec les âmes des morts, délaissée au milieu des cris non écoutés  de quelques 7 millions de personnes – la plus part d’eux innocents – dont la vie sur cette terre s’est arrêtée dans une horrible conclusion, dénuée de tout sens.

Keith Harmon Snow

Article original en anglais : HOTEL RWANDA, Hollywood and the Holocaust in Central Africa, allthingspass, version corrigée 1er novembre 2007 (première version 1er juillet 2005)

HOTEL RWANDA: Hollywood and the Holocaust in Central Africa

Traduction publiée le 24 juin 2006.

 

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NOTES:

[1] Samantha Power, “Remember the Blood Frenzy of Rwanda,” Los Angeles Times, 4 avril 2004.

[2] En opération au Rwanda depuis mars 2005. Voir, Edras Ndikumana, “Rwanda’s Hutus Flee Genocide Courts,” 19 April 2005; et “Rwandan President asks Fleeing Residents to Return,” Reuters, June 3, 2005.

[3] Samantha Power, A Problem from Hell: America in the Age of Genocide, HarperCollins, 2002.

[4] Entrevue privée: Howard W. French, Northampton MA, USA, 30 mars, 2005.

[5] Howard W. French, “ Zaire Forest Hutu Refugees Near the End of the Road,” New York Times, March 13, 1997; voir aussi Howard W. French, Africa: A Continent for the Taking: The Tragedy and Hope of Africa.

[6] Entrevue privée. Howard W. French, Northampton MA, USA, 30 mars, 2005.

[7] Lt. General Roméo A. Dallaire, Shake Hands with the Devil: The Failure of Humanity in Rwanda, Arrow Books, 2003.

[8] Renée Lemarchand, noted in his authoritative text Rwanda and Burundi (Pall Mall Press, 1970) that “the term Inyenzi is currently used within and outside Rwanda to refer to small-scale Tutsi-led guerrilla units trained and organized outside Rwanda and varying in size from about six to ten men.”

[9] Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (National Republican Movement for Democracy and Development) (MRND).

[10] The Iceberg of the Conflict in Africa of the Great Lakes Region: Lawsuit Against Those Responsible for the Concealed Crimes Against Humanity, International Forum for Truth and Justice in the Great Lakes Region of Africa, www.veritasrwanaforum.org.

[11] Conversation privée: Charles Onana, Paris, France, février 2004.

[12] Les Secrets Du Génocide Rwandais, Enquête Sur les Mystères D’un Président [The Secrets of the Rwandan Genocide, Investigations on the Mysteries of a President], was the subject of President Kagame’s initial law suit that was heard in the 17th chamber of the French High court against Cameroonian Journalist Charles Onana., 2001.

[13]Voir: http://www.immortalchaplains.org/Prize/Ceremony2000/Rusesabagina/rusesabagina.htm.

[14] Voir: http://www.usip.org/peacewatch/1998/1298/profile.html.

[15]  James Rubin:  Wayne Madsen, Genocide and Covert Operations in Africa, 1993-1999, Mellen Press, 1999.

[16] Voir: Pierre-Damien Mvuyekure, « Philip Gourevitch’s Platonic and Conradian Eyes on the Genocide in Rwanda,” in Ishmael Reed’s Konch.

[17] Entrevue privée: Howard W. French, Northampton MA, USA, 30 mars, 2005.

[18] Robin Philpot, Rwanda: Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali (That’s Not How It Happened in Kigali), published in English on-line by the Taylor Report, http://www.taylor-report.com/Rwanda_1994.

 [19] Terry George, Ed., Hotel Rwanda – The Official Companion Book, Newmarket Press, 2005.

[20] The Iceberg of the Conflict in Africa of the Great Lakes Region: Lawsuit Against Those Responsible for the Concealed Crimes Against Humanity, International Forum for Truth and Justice in the Great Lakes Region of Africa, www.veritasrwanaforum.org.

[21] A paper scheduled for publication, Spring 2006, by Jean-Marie Vianney Higiro.

[22] Some of them are: Alliance edited by Alliance National Unity (RANU), an organization that later changed its name into Rwandan Patriotic Front (RPF); Congo Nil, edited in Belgium by Francois Rutanga; Impuruza, edited by Alexander Kimenyi in the United States; Inkotanyi, edited by the RPF; Intego, edited by Jose Kagabo in France; Munyarwanda, edited by the Association of Concerned Banyarwanda in Canada; Avant Garde; Le Patriote; Huguka; and Umulinzi.

[23] Le terme Banyarwanda se réfère à l’ethnie tutsie, et a été le plus souvent utilisé pour décrire les réfugiés tutsis du Congo (Zaïre).

[24] Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement ou National (MRND).

[25] Robin Philpot, Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali, http://www.taylor-report.com/Rwanda_1994.

 [26] Voir US Department of Defense, Foreign Military Sales, Foreign Military Construction Sales, and Military Assistance Facts, (US Doc D1.2, F76, 996) 1997; voir aussi: Lt. Gen. Roméo A. Dallaire, Shake Hands with the Devil: The Failure of Humanity in Rwanda, Arrow Books, 2003: p. 273.

[27] Lt. Gen. Roméo A. Dallaire, Shake Hands with the Devil: The Failure of Humanity in Rwanda, Arrow Books, 2003: pp. 263-265.

[28] Voir, e.g.: {a} “Donatella Lorch: « Rwanda Rebels: Army of Exiles Fights for a Home, » New York Times, 09 June 1994:10; and « Rwanda Rebels’ Victory Attributed To Discipline, » New York Times, 19 July 1994: 6; {b} Raymond Bonner: « How Minority Tutsi Won the War, » New York Times, 06 September 1994:6; and « Rwandan Refugees Flood Zaire as Rebel Forces Gain, » New York Times, 15 July 1994:1; {c} Joshua Hammer, « Rwanda: Situation Is Desperate, » Newsweek, 20 June 1994:44-46; « Darkness Visible, » The New Republic, 09 May 1994:9; and « Why Not Rwanda, » The New Republic, 16 May 1994:7; {d} Editorial, « Double Tragedy in Africa, » New York Times, 10 April1994.

[29] Chris Black, “View From Rwanda: The Dallaire Genocide Fax: A Fabrication,” 01 December 2005, Sanders Research Associates,  www.sandersresearch.com.

[30] “Perception management” est le terme contemporain pour propagande.

[31] Africa Research Bulletin, August 1997.

[32] Voir: the Geno Dynamics Project, www.genodynamics.com.

[33] Conversation privée, Jean-Marie Vianney Higiro, August 2005.

[34] Conversation personnelle, anonyme pour des raisons de sécurité, juillet 2005.

[35] Rutigita Macumu, “Paul Rusesabagina: Not a Hero!” The New Times (Kigali), 15 November 2005,

[36] Frank Smythe, Arming Rwanda, Human Rights Watch, January 1994.

[37] Lt. General Roméo Dallaire, Shake Hands With The Devil, Arrow Books, 2003: pp. 268.

[38] Conversation privée: Chris Black, Barrister, International Criminal Tribunal on Rwanda, October 2005.

[39] Chris Black, “Persecution Not Prosecution,” October 2004, Sanders Research Associates, www.sandersresearch.com .

[40] Chris Black, “View From Rwanda: The Dallaire Genocide Fax: A Fabrication,” 01 December 2005, Sanders Research Associates, www.sandersresearch.com .

[41] Chris Black, “View From Rwanda: The Dallaire Genocide Fax: A Fabrication,” 01 December 2005, Sanders Research Associates, www.sandersresearch.com.

[42] Chris Black, “View From Rwanda: The Dallaire Genocide Fax: A Fabrication,” 01 December 2005, Sanders Research Associates, www.sandersresearch.com .

[43] Voir Ralph G. Kershaw, “Criminal Tribunal for Rwanda: International Justice According to Washington,” Covert Action Quarterly, No. 74, Fall 2002.

[44] Voir: Rory Carroll, “Genocide Tribunals ‘Ignoring Tutsi Crimes,’” Guardian, January 13, 2005.

[45] Chris Black, “Persecution Not Prosecution,” October 2004, Sanders Research Associates, www.sandersresearch.com.

[46] The Iceberg of the Conflict in Africa of the Great Lakes Region: Lawsuit Against those responsible for the Concealed Crimes Against Humanity, The International Forum for Truth and Justice in the Great Lakes Region of Africa, www.veritasrwanaforum.org.

[47] “Kagame Ordered Shooting Down of Habyarimana’s Plane – Ruzibiza,” Hirondelle News Agency (Lausanne), 14 November 2005.

[48] Second Lt Aloys Ruyenzi, Major General Paul Kagame Behind the Shooting Down of Late President Habyarimana’s Plane: An Eye Witness Testimony, Norway, July 5, 2004.

[49] Entrevue privée: Howard W. French, Northampton MA, USA, 30 mars, 2005.

[50] David Newbury, “Convergent Catastrophes in Central Africa,” November 1996, < www.udayton.edu/~rwanda/articles/newbury96.html >.

[51] Entrevue privée: name withheld to protect the witness, Democratic Republic of Congo, août 2005.

[52] Front for the Democratic Liberation of Rwanda (FDLR) forces in eastern Congo number 40,000. See also: keith harmon snow, “OPERATION IRON FIST: UN Launches Largest Ground Troop Operation in DR Congo Peacekeeping; In South Kivu Hills Rwandan Rebels Cornered,” July 17, 2005,  http://www.allthingspass.com .

[53] Entrevue privée: Howard W. French, Northampton MA, USA, 30 mars, 2005.

[54] Voir: Wayne Madsen, Genocide and Covert Operations in Africa, 1993-1999, Mellon Press, 1999.

[55] Robin Philpot, “Second Thoughts on the Hotel Rwanda: Boutros-Ghali: a CIA Role in the 1994 Assassination of Rwanda’s President Habyarimana?,” Counterpunch, 26/27 Feb. 2005, http://www.counterpunch.org/philpot02262005.html .

[56] Conversation privée: Chris Black, Barrister, International Criminal Tribunal on Rwanda (ICTR), October 2005; Herman Cohen is a former US Secretary of State for African affairs who served under the elder George Bush.

[57] Entrevue privée, name withheld, Bukavu, Democratic Republic of Congo, 11 juillet 2005.

[58] Pour plus d’informations voir  www.cia.gov/factbook/goes/sw.html.

[59] On Ronco Company shipping weapons into Rwanda: see testimony by Kathi Austin, Hearing of the House International Relations Committee, July 16, 1997.

[60] David Newbury, “Convergent Catastrophes in Central Africa,” November 1996, www.udayton.edu/~rwanda/articles/newbury96.html.

[61] RDR Calls for the Prosecution of Crimes Against Humanity and Other Violations of the International Law Committed by the Rwandan [RPF/RDF] Army, Rally for the Return of Refugees and Democracy in Rwanda, Press Release, 9/2001, September 2001.

[62] Alison Des Forges, “D.R. Congo: Civilians Killed as Army Factions Clash,” Human Rights Watch, Press Release, July 1, 2005.

[63] Voir:www.immortalchaplains.org/Prize/Ceremony2000/Rusesabagina/rusesabagina.htm

[64] Rutigita Macumu, “Paul Rusesabagina: Not a Hero!” The New Times, (Rwanda State Newspaper) November 15, 2005; http://www.allafrica.com, November 16, 2005.

[65] Voir: Phil Taylor, “Carving Sudan: Hollywood’s Helping Hand,” The Taylor Report, www.taylor-report.com,17 February 2005.

[66] “Rwanda Defense Forces” was the name eventually adopted to rename the formerly named army (Rwanda Patriotic Army) of the Rwanda Patriotic Front.

[67] Phil Taylor, “Hotel Rwanda: No Room for the Truth,” Taylor-Report, January 17, 2005,  http://www.taylor-report.com/articles/index.php?id=11.

Traduit de l’anglais par Antoine Roger Lokongo, révisé par mondialisation.ca.

Il y a 10 ans jour pour jour, alors que j’ai été candidat du Parti Québécois aux élections générales dans le comté de Saint-Henri-Sainte-Anne, j’ai été la cible d’une énorme campagne de salissage médiatique menée par La Presse et soutenue fortement par Radio-Canada en raison, disaient-ils, d’un livre sur le Rwanda que j’avais écrit 4 ans auparavant, Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali.

Le 8 mars, La Presse publie à la une grosse manchette avec photos m’accusant d’être un négationniste – oui j’ai même eu des gens qui m’accusaient de nier le génocide contre les Juifs – et me taxant de tous les maux imaginables, dont celui de banaliser le viol (ils ont choisi de publier l’attaque le 8 mars). Dans les jours qui ont suivi j’ai eu droit à une demande formelle de destitution du premier ministre Jean Charest (lui qui avait vu deux films sur le Rwanda), à pas moins de deux éditoriaux du futur Sénateur André Pratte sommant le chef du PQ, André Boisclair, de me désavouer, à une caricature de Chapleau, à des reportages en boucle de Radio-Canada et de TVA, à des caméras – les trolls de l’époque – qui me suivaient partout dans ma campagne, à un éditorial et à des articles venimeux dans The Gazette, à un éditorial de Gerald Caplan dans le Globe & Mail, à des attaques mesquines d’autres politiciens, dont Christine Saint-Pierre du Parti Libéral et Françoise David de Québec Solidaire, et j’en passe. En effet, ce cirque médiatique a duré près d’une semaine dans une campagne électorale de moins d’un mois.

Dans ce lynchage médiatique, on n’a pas lésiné sur les moyens. 

 

Malgré la virulence des attaques, le chef André Boisclair n’a pas bronché. Le Parti Québécois a fini par se faire battre, mais le comté de Saint-Henri-Sainte-Anne a connu des résultats supérieurs à la moyenne nationale du Parti Québécois, grâce notamment à l’appui des fortes communautés congolaises et rwandaises qui y habitent et qui, elles, savent la vérité sur le Rwanda.

Les dix années qui ont suivi cette campagne ont été riches en révélations et en décisions des tribunaux au sujet du Rwanda. Tellement riches que c’est par dizaines que des gens qui avaient cru, voire appuyé, les ragots racontés par La Presse sont venus s’excuser auprès de moi en disant grosso modo, « Finalement tu avais raison sur le Rwanda » ou encore, « Je me rallie à ta position ».

En revanche, malgré toutes les révélations et toutes les décisions des tribunaux, le régime de Kagame continue à sévir en Afrique centrale, surtout parce qu’il jouit du soutien de puissants pays amis qui ont intérêt à ce qu’il reste au pouvoir pour être le gendarme de la région. Parmi les plus connus de ses amis figurent William et Hilary Clinton et Tony Blair.

Aujourd’hui je tiens à remercier des gens qui sont restés solidaires dans la tempête. Ce sont notamment l’ancien chef du Parti Québécois, André Boisclair; les formidables militantes et militants du PQ de Saint-Henri-Sainte-Anne, dont François Lemay, Philippe Dubeau, Marc-André Payette, Anita et André Beauchamp, feu Clément Citeya, Caroline Bonin, Patrick Giguère et beaucoup d’autres; les formidables communautés rwandaises et congolaises du Québec qui subissent le régime rwandais de Paul Kagame depuis bientôt 23 ans; certains médias dont L’Aut’ Journal, L’Action nationale, CIBL et Le Devoir; certains journalistes, dont Louis Cornellier et Lysiane Gagnon; l’éditeur des Intouchables, Michel Brûlé… Leur solidarité a été remarquable.

Le boomerang de La Presse

Finalement, je dois remercier La Presse qui, par sa grossière campagne, a incité les gens à percer le brouillard entretenu au sujet du Rwanda et à chercher la vérité. Aussi, ce journal a donné une visibilité inouïe au livre Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali, qui, à mon avis, demeure d’actualité. De plus, le pouvoir démesuré de l’empire Desmarais qui publie La Presse m’a incité à écrire un autre petit livre-réplique sur le Rwanda intitulé, Rwanda : crimes, mensonges et étouffement de la vérité mais aussi de publier en 2008 Derrière l’État Desmarais : Power.

Beaucoup d’informations et de documents permettent aujourd’hui de connaître la vérité sur le Rwanda, le Congo et toute la région des Grands lacs africains. En voici quelques uns.

  • Les décisions du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) : après de longs procès déséquilibrés en défaveur des accusés, aucun des accusés n’a été trouvé coupable de planification du génocide.
  • Reconnaissance par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme de la dévastation du Congo par le régime de Paul Kagame ainsi des actes de génocide qu’il y a commis dans ce qu’on appelle le Rapport du Projet Mapping :
  • http://www.friendsofthecongo.org/pdf/mapping_report_fr.pdf
  • Reconnaissance sans équivoque par le chanteur Corneille que ce sont les troupes du FPR dirigés par Paul Kagame qui ont massacré toute sa famille à Kigali en avril 1994, faisant de lui un orphelin, et que ce sont des Hutus, dont un dirigeant du parti gouvernemental qui lui ont sauvé la vie. (La où le soleil disparaît, Autobiographie, XO Éditions 2016)

 Robin Philpot

Pour aller plus loin lire :

paul-kagame-us

Rwanda, déjà 20 ans : une tragédie devenue une fiction impériale utile

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IMAGEN: Edward Snowden, el norteamericano que filtró detalles acerca de los programas de espionaje telefónico y cibernético de la Agencia Nacional de Seguridad (NSA).

“Es muy probable que Obama hubiera utilizado los medios de Inteligencia para el espionaje contra Trump”, dijo el sociólogo norteamericano, profesor James Petras, en su columna de análisis de la coyuntura internacional por Radio Centenario (CX36). “La gran mentira de Obama es que –como sabemos estaba investigando y usando el espionaje para millones de ciudadanos- ahora dice que no utilizaba las mismas tácticas contra Trump”, agregó y recordó que aunque los medios “traten de negar que Obama lo hizo” en 2012 el propio “Obama firmó un Decreto permitiendo el espionaje sin necesidad de ninguna orden judicial”, tal cual lo denunció el ex agente Edward Snowden. En ese marco, Petras dijo dudar de que el Congreso pueda llevar adelante una investigación seria ya que “no puede confiar en las Agencias de Seguridad –excepto en la CIA que tiene ahora nuevo Jefe- pero la Policía Federal (FBI) y la Agencia de Seguridad Nacional, siguen encamisados con Obama”. En otro orden, analizó la situación argentina, el avance estadounidense en territorio sirio, las elecciones francesas y la situación de China. 

María de los Ángeles Balparda: Buenos días Petras. ¿Qué tal? ¿Cómo está? 

James Petras: Buen día, Ángeles. ¿Cómo estás?

MAB: Muy bien, Petras. Esperándote para escucharte sobre temas importantes. Y queríamos comenzar con nuestro continente, con Argentina, donde se ve venir una semana muy agitada que comienza con un paro docente. Dos días de huelga docente que apoyan las cinco centrales. 

JP: Si. Es un paso adelante, porque las condiciones se han empeorado en el último año y no hay ningún respiro.

Creo que esta huelga tiene mucha influencia porque no sólo está incluyendo a los principales sindicatos, sino también a mucha pequeña y mediana industria, comerciantes, estudiantes, están metidos en esta gran marcha.

Y esto debemos ponerlo en un contexto.

(El presidente argentino, Mauricio) Macri tenía algún respaldo en primera instancia por las promesas de rectificar los problemas económicos y sociales. Y en vez de eso ha hecho mucho daño, los índices han tenido una caída brutal y más allá de eso, la economía en su conjunto no tiene ningún indicio decrecimiento ni mucho menos de mejorar la situación.

Creo que en el próximo período vamos a ver  varias cosas. Las primeras huelgas van a inaugurar un tiempo de mayor agitación y confrontaciones. La primera no va a ser la última. Y creo que los sindicatos, los burócratas, que están participando van a ser superados porque no están preparando una lucha continua. Y las elecciones en el otoño (la primavera en Argentina) van a tener muchos problemas, muchos conflictos.

Considero que dentro de un año Macri podría enfrentar un gran levantamiento, porque no tiene ninguna salida y las deudas se están acumulando, los inversionistas no están estimulando la Economía, los capitales de Wall Street cobraron lo que querían y nadie va a volver a Argentina en crisis, con muchos conflictos y una incapacidad del gobierno.

MAB: En Argentina con toda esa problemática que crece también ha habido represión y amenazas de represión.

JP: Es la única solución que tiene Macri, como no tiene soluciones cae el palo.

Eso tiene un efecto boomerang. El primer impacto podría intimidar a algunos sectores, puede asustar a otros, pero tarde o temprano va a provocar una reacción más fuerte. La represión nunca es solución, sino que es una muestra de debilidad política y económica. Uno no puede mandar sentado arriba de palos. En ese sentido creo que la represión va a aumentar la protesta y más allá de protestas, enfrentamientos más profundos e intensos.

MAB: Ayer en los medios argentinos veíamos que en esta semana están citados Cristina Fernández y sus hijos al Juzgado, y encima de toda la tensión que se está generando, están sin fútbol, porque también hay huelga en el futbol.

JP: Es una indicación de la profundidad del descontento. Los jugadores de fútbol están entre los mejores pagados entre los trabajadores, y si los futbolistas están protestando y en huelga, es una indicación de la profundidad de la crisis. Hay que reconocer que muchos futbolistas hace semanas o incluso meses que no cobran.

Entonces, es una falta de la clase capitalista. No hay que olvidar que Macri forma parte de esta élite de dueños del fútbol y es una persona ahora muy desprestigiada entre la clase profesional, que incluye los futbolistas, pero no sólo a los futbolistas, incluye a médicos, profesores y otros sectores que no son exactamente obreros, y estaban entre los profesionales mejores pagados. Y eso significa que está perdiendo el apoyo de la clase media, de la clase media acomodada; y los que quedan con Macri ahora son los de clase alta, los militares y la represión, y eso no es suficiente para mantenerse en el poder por un tiempo extendido.

MAB: Bien. Pasamos al tema Siria. ¿Qué está sucediendo allí?

JP: En Siria, tenemos las últimas noticias que señalan que observadores dicen que los carros armados, los tanques norteamericanos, con la bandera de Estados Unidos ya están entrando en Siria y apoyando a los terroristas, supuestamente luchando contra ISIS. Pero es una situación muy precaria, porque una vez que los tanques norteamericanos entran en Siria hay grandes posibilidades que choquen con el gobierno auténtico y también con los rusos que apoyan a sus aliados., Entonces, es muy peligroso, pero a la vez un indicio de que las fuerzas apoyadas por EEUU no tienen la capacidad de mantenerse y están debilitados Y la entrada norteamericana es casi necesaria para suplementar a los terroristas que han perdido terreno en los últimos seis meses.

MAB: Y no es solo Siria, todo el Medio Oriente están muy agitado.

JP: Si, está muy agitado en el sentido de que en Irak hay una pelea en Mosul.

Pero debemos entender que las fuerzas del terrorismo en Irak han bajado porque los EEUU con el gobierno títere de Irak, abrieron un paso para que los terroristas salgan de Mosul para ir a Siria. Hay miles de terroristas que salieron de Mosul para avanzar en Siria y quedarse luchando contra el gobierno de Bashar Al Asad. Mientras que en Mosul hay resistencias, muy exageradas, por parte de la Casa Blanca y los medios.

Yo creo que es inevitable que Mosul caiga en las fuerzas apoyadas por los EEUU, los kurdos y los demás, pero quiere montar el escenario de una gran pelea contras las fuerzas unidas de los terroristas, pero en realidad han liberado a más de la mitad para que salgan hacia Siria.

MAB: ¿Será por eso que Donald Trump decidió excluir a Irak del decreto migratorio?

JP: Si, sigue esta política. Pero no han encontrado el respaldo judicial. Entonces todo está en el aire. Hay algunas expulsiones, más o menos al rimo que tenía (en el gobierno de Barack) Obama.

Quiero repetir que la salida hacia EEUU siempre era bloqueda y las deportaciones fueron parte de la política de Obama y ahora se sigue aplicando las mismas medidas. No hay diferencia a pesar de que los medios se enfocan en Trump, lo que hace es una continuación de la política migratoria, anti inmigrante, de los gobiernos anteriores.

MAB: ¿Cómo hay que tomar las acusaciones de Trump contra Obama por espionaje? 

JP: Yo creo que es muy grave. Hay indicaciones concretas de que Obama estaba usando la Policía Federal (FBI), la policía clandestina, durante toda su Presidencia, o hay que olvidarse de Edward Snowden, que fue el gran informante de documentos norteamericanos sobre infiltración y espionaje de millones de norteamericanos. Y cómo es que Snowden no aparece ahora en los diarios para confirmar la posibilidad real de que Obama utilizaba la misma táctica con Trump, que utilizaba con todos los ciudadanos.

Creo que es muy probable que Obama hubiera utilizado los medios de Inteligencia para el espionaje contra Trump. Ahora, la gran mentira de Obama –que como sabemos estaba investigando y usando el espionaje para millones de ciudadanos- dice que no utilizaba las mismas tácticas contra Trump. Los medios tratan de negar e inventar ficciones de que Obama no lo hizo, pero en 2012 el señor Obama firmó un documento permitiendo el espionaje sin necesidad de ninguna orden judicial -para investigar en forma silenciosa necesitas de un Juez legalizándolo y permitiéndolo- y no por razones de política. Pero es ahora muy evidente que Obama aplicaba su propio Decreto de 2012 para el espionaje. Creo que la investigación va a salir a partir del Congreso, pero el Congreso no puede confiar en las Agencias de Seguridad –excepto en la CIA que tiene ahora nuevo Jefe- pero la Policía Federal (FBI) y la Agencia de Seguridad Nacional, siguen encamisados con Obama.

Entonces, la investigación va a ser muy conflictiva entre una agencia y la otra.

MAB: Respecto a las relaciones entre Trump y Vladimir Putin. ¿Qué es lo que hay atrás?

JP: Nada. Es común que los representantes de Rusia tengan conversaciones con todos los Senadores involucrados en la política externa. Eso ocurrió en el pasado y ocurrió con los congresistas en los últimos períodos.

Segundo, no es nada de espión aje si los medios de comunicación rusa utilizan información para publicar y educar al público norteamericano, sobre las diferentes tramas que esté utilizando EEUU.

Tercero, debemos reconocer que Trump ganó con el voto de decenas de millones de votantes que no tiene nada que ver con Rusia, sino con el descontento interno.

En fin, no hay ninguna justificación como para involucrar a Rusia como determinante en las elecciones, como factor en las intrigas de la Presidencia norteamericana.

MAB: ¿Hay  algún otro tema al que quieras referirte?

JP: Si, creo que debemos considerar varias cosas.

En particular las elecciones en Francia. Es obvio que François Fillon no va a participar o no va a tener éxito en las elecciones primarias, en la primera vuelta. Lo que va a pasar es que en la segunda vuelta se enfrentarán Emmanuel Macron y Marine Le Pen. Yo creo que la posibilidad es muy alta de que Macron gane a partir de acumular toda la oposición como partidarios, incluso grandes sectores de la burocracia del Partido Socialista. Entonces tiene todo el apoyo de la derecha y del centro del electorado. En todo caso, creo que Le Pen conseguiría hasta un 45% del apoyo del electorado, contra un 55% de Macron. Y tal vez un margen menor. Pero creo que Le Pen va a tener un buen apoyo particularmente en las clases populares y la pequeña burguesía. Mientras que Macron podría combinar el apoyo de la gran burguesía, la pequeña burguesía y algunos sectores atrasados de las clases populares. En todo caso es muy probable que Macron y Le Pen pasen a segunda vuelta. Y creo que Le Pen todavía está sufriendo muy mala publicidad y ataques en el proceso judicial.

Por otro lado, quiero citar algo importante. La prensa burguesa ha dicho cada año, cada mes, que hay una crisis en China, que las clases populares están con mucho desafecto (hacia el gobierno), que China sigue siendo un país atrasado y que en cada momento enfrenta una u otra crisis.

Es totalmente falso.

Y también dicen que China representa un peligro hacia los EEUU.

Los chinos tienen un presupuesto militar que es una quinta parte de lo que gastan los EEUU.

Los EEUU gastan más de 680 mil millones, mientras que China sólo gasta 145.

China es el principal manufacturero de robots en el último tiempo, tiene 25.000 escuelas técnicas para preparar a sus trabajadores bien calificados, China crece a un paso de 6.5% el año pasado y va rumbo a duplicarlo. China no tiene crisis, sus salarios son superiores a los de Argentina, Brasil, Colombia, México, etc.; y en poco tiempo más China va a ser un país que alcance los salarios de Europa y EEUU. Creo que en diez años más podría alcanzarlos y superarlos.

Los trabajadores en China ahora ganan más de 3.60 dólares por hora.

Por tanto, creo que debemos dejar de pensar en china como un país pobre y atrasado e incapaz de superar las contradicciones de la actualidad.

MAB: Petras, te agradecemos mucho por este tiempo. Hasta el lunes.

JP: Un gran abrazo.


James Petras

James Petras: Sociólogo estadounidense conocido por sus estudios sobre el imperialismo, la lucha de clases y los conflictos latinoamericanos.

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Los mexicanos y el PIB de Estados Unidos

mars 8th, 2017 by Mouris Salloum George

Las ondas de la instantaneidad mediática nos estremecen un día sí, y otro también, con el anuncio de que los pronósticos de crecimiento de la economía mexicana para 2017 y 2018 van a la baja.

En el tempestuoso océano de los números relativos, en estas ciencias ocultas los mexicanos del llano difícilmente pueden entender qué es el Producto Interno Bruto (PIB) mexicano. Si éste se presenta en números absolutos, el reto es todavía mayor: La pantalla digital extiende al infinito la línea de ceros y más ceros.

Una cosa dice el ABC de las Cuentas Nacionales: Que el PIB, es la suma de volumen y valor de la producción total de bienes y servicios en un país determinado.

Aquí nos asalta la primera duda existencial. Si el PIB es eso que dicen los expertos: El valor producido por la economía de un país, ¿las remesas que generan y envían a México desde el extranjero los trabajadores transterrados, son componentes del PIB mexicano, o entran en  el balance del PIB del país donde laboran? Para el caso, los Estados Unidos.

No es ociosa esa cuestión, habida cuenta los apuros que pasan nuestros hacendistas para tratar de explicar el desastre de las finanzas públicas, y en general la economía nacional, por la crisis del ingreso petrolero.

¡600 mil millones de dólares al año!

Y entramos al tema: Desde el sexenio de Vicente Fox, que en la gestión de una reforma migratoria ante Washington pedía la enchilada completa, el argumento más socorrido, hasta la fecha, es la contribución que los mexicanos hacen a la economía de los Estados Unidos.

Valen  las negritas, porque estadísticas sobran. Dicen los nuevos  sedicentes defensores de nuestros expatriados, que su aporte al PIB de los Estados Unidos es del 8 por ciento; al PIB del estado de California, hasta del 12 por ciento.

El PIB se mide anualmente. Es una norma. Trasladados aquellos porcentajes a números absolutos, el resultado habla de unos 600 mil millones de dólares al año. Esta es la contribución total de los mexicanos al PIB estadunidense.

Sólo para efectos de ilustración, un dato desagregado: Compatriotas de primera y segunda generación en los Estados Unidos, han creado y administran unas 570 mil empresas pequeñas y medianas propias, cuyas operaciones generan hasta 17 mil millones de dólares al año.

Con independencia de la emigración histórica hacia los Estados Unidos desde el siglo XIX, si se habla de primera y segunda generación podemos entender que en estas categorías se insertan incluso los trabajadores que entran en la codificación de indocumentados, contra los que Donald Trump ha soltado sus mastines.

De acuerdo con el Consejo Nacional de Población, gran parte de la mano de obra mexicana  indocumentada emigró en las últimas tres décadas, casualmente las de implantación del modelo neoliberal y la puesta en marcha el Tratado de Libre Comercio de América del Norte (TLCAN).

La economía mexicana está hoy técnicamente quebrada, pero los mexicanos rinden al PIB de los Estados Unidos 600 mil millones de dólares anuales.

¿Dónde están los parteros de esa monstruosidad? Algunos trotan en los escenarios de la sucesión presidencial de 2018. Ay, impunidad, cuántos crímenes más se cometen en tu nombre.

Mouris Salloum George

Mouris Salloum George: Director del Club de Periodistas de México A.C.

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CIA: Cancelación de la privacidad

mars 8th, 2017 by Editorial La Jornada

Wikileaks inició ayer la divulgación de miles de documentos que detallan los métodos de espionaje electrónico empleados por la Agencia Central de Inteligencia (CIA) para extraer datos de dispositivos como teléfonos móviles y televisores inteligentes, mediante malware, virus y herramientas que permiten a los hackers de la agencia explotar vulnerabilidades de seguridad para burlar el cifrado de aplicaciones de mensajería. De acuerdo con el portal, los documentos, que presuntamente pertenecen al Centro de Inteligencia Cibernética de la agencia estadunidense, constituyen la mayor filtración en la historia de la CIA.

Aunque hasta ahora las autoridades de Estados Unidos no han admitido ni rechazado la autenticidad de la información filtrada, de confirmarse la veracidad de su contenido se trataría de un duro golpe, por una parte, para las agencias de seguridad de esa nación, en momentos en que enfrentan tensiones con el mandatario Donald Trump, debido a lo que éste considera incapacidad para detener filtraciones de información delicada. Por otra parte, se agrava el daño a la confianza de la comunidad internacional en Estados Unidos y se refuerza la extendida percepción de que ese país mantiene una red de vigilancia masiva sobre ciudadanos de todo el mundo, como se dio a conocer en un principio gracias a las divulgaciones del ex asesor de seguridad Edward Snowden sobre las actividades de la Agencia Nacional de Seguridad (NSA).

La variedad y el carácter decididamente invasivo de los métodos de espionaje desarrollados por la CIA –que incluyen, por ejemplo, la capacidad de convertir el televisor de una persona en un micrófono que registra toda su actividad doméstica– representan una destrucción de la privacidad, orwelliana tanto en su naturaleza como en su ejecución. En efecto, la vigilancia desarrollada por la CIA representa una intromisión potencialmente ilimitada en una época en la cual la vida entera de millones de individuos gira en torno a su actividad en línea y cuando la conexión constante a Internet ha dejado de ser una alternativa para convertirse en una necesidad primaria de la vida social, laboral, educativa y política.

Es obligación de las autoridades estadunidenses aclarar el alcance de las intromisiones efectuadas por sus agencias de seguridad, así como poner fin a cualquier posible uso extralegal de sus capacidades tecnológicas. A su vez, los gobiernos del resto del mundo –incluyendo el mexicano– tienen ante sus ciudadanos la responsabilidad de desarrollar y poner en práctica las estrategias necesarias para salvaguardarlos de cualquier violación de su derecho a la intimidad, consagrado en la Declaración Universal de los Derechos Humanos y puesto en entredicho por la existencia de las herramientas de espionaje reveladas por Wikileaks.

La Jornada

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Publicar la verdad sin miedo

mars 8th, 2017 by Julian Assange

En el libro de Proverbios dice que /una casa se construye con sabiduría, y se establece por medio de entendimiento. Sus cuartos se llenan de hermosos tesoros a través del conocimiento/. Pero hay algo más en todo esto.

El siguiente verso es “Los sabios son más poderosos que los fuertes”.El conocimiento es poder.

Tengo el gran honor de dirigirme a ustedes en este aniversario por la muerte de un hombre que ha luchado amplia y aguerridamente contra el imperialismo, el neocolonialismo y otras formas de opresión a los pueblos, especialmente en América Latina.

Chávez tuvo el papel más importante en el escenario global con sus incansables esfuerzos para seguir avanzando en la integración y cooperación regional y construir un mundo multipolar.

Denunció las injusticias tal y como él las veía y en el 2001 fue el único líder que denunció el asesinato de civiles inocentes en Afganistán, cometido por Estados Unidos. “Ustedes no pueden pelear el terrorismo con terrorismo”, indicó Chávez. Poco después de seis meses Estados Unidos apoyó un golpe de estado en su contra que fue revertido cuando cientos de miles de venezolanos tomaron las calles, muchos de ellos con la constitución en sus manos. Como todos nosotros, él no estaba libre de pecado, pero sus virtudes sacudieron la tierra.

Como director de Wikileaks sacamos a la luz los secretos de los poderosos y además construimos una Biblioteca distinta y poderosa, una biblioteca que contiene la información sobre cómo realmente funciona nuestro mundo y sus instituciones, que contiene información que por siglos ha estado solamente en manos de las élites y que ahora –no sin correr riesgos y persecuciones– hemos democratizado y puesto a disposición del pueblo, sin distinción de orientación política o credo.

Es para todos y todas, para que la sociedad de todo el mundo abra los ojos, y con datos irrefutables en la mano, confronte a los poderosos y saque sus propias conclusiones, sin filtros mediáticos, sobre los eventos y decisiones políticas que afectan sus vidas.

El objetivo de Wikileaks, de buscar la verdad en nombre de la humanidad, es hoy más importante que nunca, un objetivo que seguimos buscando a pesar del alto precio que pagamos por ello.

El costo, en mi caso, ha sido alto. He estado perseguido judicialmente y detenido por casi siete años, sin que pese cargo alguno en mi contra.

La persecución se ha extendido a mi familia, a mis hijos, a quienes no he podido ver durante todo este tiempo.

Tanto Naciones Unidas, como numerosas organizaciones de Derechos Humanos y personalidades a nivel mundial han hecho un llamado a Suecia y al Reino Unido para que respeten sus obligaciones internacionales, para que respeten y reconozcan la soberanía del Estado de Ecuador y por tanto reconozcan mi asilo y dejen de bloquear el ejercicio de este derecho humano. Es inconcebible que la actitud imperialista de Reino Unido y de Suecia, en pleno siglo XXI, les permita, con total impunidad, ignorar un acto soberano de un país independiente, Ecuador.

Recuerdo a los presentes que Ecuador pagó y sigue pagando un alto precio al otorgarme el asilo para protegerme de la persecución política por haber expuesto los secretos del imperio. Su embajada en Londres sufrió amenazas de ataque por la policía británica y hasta el día de hoy, es sujeta a niveles de vigilancia que no tienen comparación alguna.

Denegar el salvoconducto para que yo pueda ir a América latina es un acto de imperialismo puro, de países que ocupan altos cargos en Naciones Unidas, y, sin embargo, se rehúsan a reconocer y habilitar el ejercicio de un derecho universal, y lo hacen en total impunidad, burlándose, además, de la soberanía de un país del Sur y de toda la región latinoamericana que respaldó unánimemente mi asilo, constituyendo un grave insulto a la dignidad de nuestros pueblos y al mismo sistema de Naciones Unidas. Hacer esto por años muestra el deterioro y grave retroceso del sistema internacional de protección de derechos humanos para todos.

Ni hablar de mi país, Australia, un sirviente más de los intereses imperialistas, que en siete años no ha abogado por mí ni una sola vez y que además busca criminalizarme para que yo no pueda volver a casa. A pesar de una Resolución firme de la más alta autoridad en temas de Detención Arbitrarias que después de analizar detenidamente mi caso, estableció que mi detención ha sido arbitraria e ilegal y el deber de dejarme en libertad de inmediato e indemnizarme, tanto Suecia como el Reino Unido la ignoran por completo.

Pero a pesar de todo, el imperio no ha logrado silenciarme. Soy libre simplemente porque soy libre de expresarme. Y disfruto de esta libertad gracias al coraje de Ecuador y otros Estados, entre ellos Venezuela, que se han unido para apoyarme. Mi lucha puede convertirse en una historia exitosa para la libertad de expresión y los derechos humanos.

Por lo tanto la concesión de un salvoconducto sería un acto de justicia y dignidad para la región. Permaneceremos fieles a la promesa de publicar la verdad sin miedo o negociaciones bajo la mesa. Seguiremos esforzándonos en nuestro compromiso con la verdad y la justicia social.

La liberación de los pueblos depende de la liberación de la mente de los pueblos. Para ello, necesitamos que esfuerzos revolucionarios pacíficos como el de Wikileaks, florezcan alrededor del mundo. Por esta razón necesitamos detener la persecución contra WikiLeaks y su gente.

Hagámoslo juntos hoy. Mañana puede ser tarde.

Julian Assange

Julian Assange: Fundador de Wikileaks.

Nota del Editor: Mensaje dirigido a Amigos de la Red de Intelectuales, Artistas y Movimientos Sociales por la Humanidad reunidos en Caracas.

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Las marchas que retumban en Argentina

mars 8th, 2017 by Maylín Vidal

Los ecos de las movilizaciones aún se sienten mientras muchos piden poner fecha a una huelga general para protestar por las políticas económicas del Gobierno, el desempleo, los tarifazos y la flexibilización laboral, entre otros reclamos.

La multitud aglomerada el lunes y martes últimos en las calles de Buenos Aires, primero en apoyo a los maestros y después para respaldar la convocatoria de la Confederación General del Trabajo, mostró algo de lo que se avecina si el Gobierno no pone freno a sus políticas neoliberales como mismo han afirmado varias voces sindicales.

Muchos, como los maestros y los trabajadores de la Salud, claman desesperadamente por la apertura de paritarias, como se les conoce aquí a las negociaciones salariales, en busca de un sueldo justo que compense la inflación, que en 2016 cerró con poco más del 40 por ciento.

Se cuentan unos 70 mil en la contundente marcha de los docentes, que retumbó con fuerza. Unas 20 cuadras taponadas con carteles y duras consignas contra el presidente Mauricio Macri.

Los educadores, unidos, paralizaron las jornadas durante 48 horas en el mismo día que debió iniciar el ciclo lectivo en las escuelas públicas, dejando a 12 millones de niños sin clases.

Miles de ellos, con sus tradicionales guardapolvos blancos, dieron una lección pero en las calles, porque, como rezaba uno de los tantos carteles ‘hoy no estamos dejando de enseñar, … estamos enseñándolos a luchar por sus derechos’.

El clima precedido por la protesta de los educadores se fue elevando y la víspera, como se esperaba, otros miles y miles de obreros salieron a manifestarse contra los despidos y suspensiones de los últimos meses, contra los tarifazos y políticas antipopulares.

Pero también por caída de la producción industrial y el aumento indiscriminado de importaciones que afectan al sector.

Ayer las calles del centro porteño eran intransitables mientras cientos de personas se desplazaban hacia el ministerio de Producción, donde se realizó el acto, que terminó a gritos y reclamos a los dirigentes sindicales de la Confederación para que ponga fecha a un paro general ya.

Cansados de la burocracia sindical, los manifestantes fueron duros y reclamaron a los líderes poner día y hora a la huelga.

En tanto el ministro de Producción, Francisco Cabrera, salió a refutar las acusaciones formuladas durante la movilización en una entrevista con el programa Va de vuelta, de la Radio Nacional.

‘El año 2016 se crearon 80 mil empleos registrados, no es cierto que haya destrucción del empleo. Hubo siete por ciento menos de importaciones, por lo tanto es falso que haya una lluvia de importaciones’, aseguró.

‘Estamos parados en una economía dañada que además tuvo un 2016 duro, donde estamos tratando de revertir esta situación… No es el momento de tomar una medida de fuerza es el momento para sentarse y seguir adelante con un diálogo’, consideró.

La protesta social crece mientras los docentes aseguran que seguirán dando la pelea con un plan de lucha y las centrales obreras también.

Maylín Vidal

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South Korea President to be Impeached?

mars 8th, 2017 by Seok Jin-hwan

Massive protests in South Korea are barely covered by the Western media. More than 15 million have demonstrated against president Park who is supported by Washington (M. Ch. GR Editor)

Public opinion poll shows that support for Park’s impeachment has remained above 80% since December 

Over eight in ten South Koreans feel prosecutors should conduct a thorough follow-up investigation of President Park Geun-hye even if she leaves office with a Constitutional Court decision upholding her impeachment, a survey shows. 

Opinion poll on President Park’s impeachment

Findings from a Research Plus survey conducted on Mar. 3-4, commissioned by the Hankyoreh and the Hankyoreh Economy & Society Research Institute (HERI), showed 67.8% of respondents answering that prosecutors should “thoroughly investigate [Park] and arrest her if the conditions are met” when asked what judicial measures should be taken if the Constitutional Court confirms her impeachment. Another 17.6% of respondents answered that “prosecutors should investigate thoroughly, but she should not be arrested.”

Beyond the question of arrest, the results showed an overwhelming 85.4% of respondents calling for a thorough investigation by prosecutors, compared to just 9.5% who said prosecutors should halt their investigation if Park’s impeachment is confirmed.

While politicians are likely to unanimously shift course toward early elections if the Constitutional Court does support the impeachment with its anticipated ruling this week, a majority of South Koreans still would like to see an investigation of the government interference scandal and clear punishments resulting from it.“The high level of interest in the prosecutors’ investigation is set to continue even after the impeachment [ruling],” said Han Gwi-young, head of HERI’s social research center.

“There looks to be a serious possibility that prospective candidates in the presidential election will face a backlash if they suggest exempting President Park from judicial handling,” Han said.

Public support for Park’s impeachment, which stood at nearly 80% when the National Assembly voted it through in December, has repeatedly been found remaining at more or less the same level even as the ruling approach. The latest survey showed 75.7% of respondents agreeing that Park “should be impeached,” while just 18.6% said her impeachment “should be overturned.” Another 5.7% said they were “not sure.”

Support for impeachment outweighed opposition across all regions and age groups. Even respondents who voted for Park in the 2012 presidential election supported impeachment by a 48.1% to 43.5% margin. When asked how they would take a Constitutional Court decision that went against their own feelings, 53.9% of respondents said they would “not accept it,” more than the 39.7% who answered that they would “accept it.” When asked whether they thought the ruling should go ahead even if Park resigns beforehand, 63.4% said the Court’s decision should “continue regardless of her resignation,” while 32.9% said the impeachment trial “should be halted.”

By Seok Jin-hwan, staff reporter

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Tous les jours, le sénateur John McCain de l’Arizona promet que le Sénat américain votera pour approuver l’incorporation du Monténégro en tant que 29e membre de l’alliance atlantique. Bien que peu d’Américains sachent situer cette petite nation des Balkans sur une carte, le Monténégro est devenu un autre point de convergence douteux de la nouvelle confrontation de l’Occident avec la Russie.

À première vue, les arguments en faveur de l’extension du parapluie de l’OTAN sur un pays comptant moins de 2 000 soldats ne sont pas évidents. Il est peu probable que ses sept hélicoptères rendent l’Amérique plus sûre. L’administration Obama, qui a défendu cette adhésion après une longue lignée d’ajouts récents à l’Alliance, l’a justifié en disant que le Monténégro avait fait don de mortiers à la coalition anti-ISIS en Irak et donné 1,2 million de dollars aux opérations de l’OTAN en Afghanistan, sur trois ans.

Cette somme représente moins d’un tiers de ce que les contribuables américains dépensent en Afghanistan, par heure. « Si la survie de l’Occident dépend de l’inclusion du Monténégro dans l’OTAN, nous devrions tous nous planquer dans les bunkers », a déclaré un critique de cette adhésion.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle les faucons de Washington citent simplement l’opposition prévisible de la Russie comme raison première pour soutenir l’adhésion du Monténégro. « Le soutien de l’adhésion du Monténégro n’est pas seulement la bonne chose à faire pour le Sénat, cela envoie aussi un signal clair qu’aucun tiers n’a de droit de veto sur les décisions d’élargissement de l’OTAN », soutient la Heritage Foundation.

Et deux avocats de la School of Advanced International Studies de John Hopkins, dans un texte publié par  Foreign Affairs, ont déclaré récemment que le Monténégro sera un test montrant si le président Trump et le secrétaire d’État Rex Tillerson « continuent de faire des courbettes à leur ami le président russe Vladimir Poutine » et à « s’engager . . . dans un autre Yalta » ou vont plutôt à chercher à défendre « les intérêts fondamentaux des États-Unis ».

Agiter l’épouvantail de Poutine et de Yalta ne fait que détourner l’attention des questions embarrassantes sur la pertinence politique du Monténégro en tant que partenaire – et si ce pays a quelque avantage militaire à offrir.

L’OTAN conditionne ostensiblement l’adhésion de nouveaux membres à des critères stricts, dont « montrer son engagement envers l’État de droit et les droits de l’homme ; établir le contrôle démocratique des forces armées ; et promouvoir la stabilité et le bien-être par la liberté économique, la justice sociale et la responsabilité environnementale ».

Le sous-secrétaire adjoint à la Défense, Michael Carpenter, a assuré au Comité sur les relations extérieures du Sénat, en septembre dernier, que le Monténégro soutenait les « valeurs démocratique, la liberté individuelle et l’État de droit » de l’OTAN. Il a dû louper le rapport de Freedom House, qui note le pays comme étant « partiellement libre » au niveau des droits politiques et des libertés civiles.

L’organisation a cité « des restrictions à la liberté de réunion pacifique » et « des années de harcèlement et de discrimination à l’égard des personnes LGBT ». Elle remarque aussi « des sujets d’inquiétude . . . au niveau de l’indépendance du pouvoir judiciaire et de la radio publique, ainsi que de nombreux cas d’attaques contre les journalistes non traités par la justice. » Le pays souffre d’un « manque de confiance des électeurs dans le processus électoral », a-t-elle ajouté.

Un bastion de la corruption.

En ce qui concerne la « primauté du droit », considérez que le dirigeant du Monténégro depuis près de trente ans, Milo Djukanović, a reçu le prix de la « Personnalité de l’année »du crime organisé et de la corruption par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) [Projet de dénonciation du crime organisé et de la corruption], en 2015, organisation dont les membres comptent plusieurs centaines de journalistes d’investigation qui enquêtent sur la corruption en Europe et en Asie centrale (et qui est en partie financée par l’USAID).

Citant son succès à « créer une atmosphère politique oppressive et une économie étranglée par la corruption et le blanchiment d’argent », l’OCCRP a déclaré que Djukanovic « a construit l’un des paradis les plus accueillants pour le crime organisé au monde, une véritable kleptocratie ».

L’organisation a souligné son rôle allégué dans la contrebande de cigarettes avec les plus réputés des syndicats du crime italiens ; dans le rachat par sa famille d’une ancienne banque d’État qui devint une blanchisserie pour le crime organisé ; dans sa vente controversée de grandes étendues du littoral du pays à de discrets oligarques étrangers ; et son offre de citoyenneté à l’un des plus grands trafiquant de drogue de la région.

Djukanovic sait que l’argent est plus vert à l’ouest du Monténégro qu’à l’est. C’est pourquoi c’est un ardent défenseur de l’adhésion à l’OTAN. (Moins de 40% des Monténégrins la veulent selon un sondage récent – en partie parce que les avions de l’alliance ont bombardé le pays pendant la campagne de l’OTAN contre la Serbie en 1999.) Le président Obama a félicité Djukanovic pour sa volonté de rejoindre l’OTAN lors d’une réception officielle en septembre.

Après les élections nationales d’octobre, Djukanovic a finalement démissionné en tant que premier ministre, mais il reste à la tête du parti au pouvoir. Il a choisi son adjoint, Dusko Markovic, pour le remplacer en tant que Premier ministre du pays.

« Markovic, un ancien chef de la sécurité de l’État, est considéré comme l’un des plus proches confidents de Djukanovi, a rapporté l’OCCRP. L’année dernière, il a été accusé publiquement par l’ancien chef de la police anti-crime organisé du pays d’être impliqué dans la contrebande de cigarettes, mais il n’a jamais été inculpé. »

 Markovic a également été accusé par le responsable d’une commission d’enquête du gouvernement d’obstruer une enquête judiciaire sur le meurtre d’un éminent éditeur de journaux et critique de Djukanovic.

Les médias occidentaux ont largement ignoré ces faits troublants. Au lieu de cela, le peu de couverture qui existe sur le Monténégro se concentre sur la déclaration sensationnelle faite par le gouvernement disant que les Russes ont comploté pour assassiner Djukanovic, au moment des élections d’octobre.

Markovic a récemment déclaré au magazine Time que ses services de sécurité ont, à la dernière minute, découvert une « organisation criminelle » formée par deux agents de renseignement militaires russes, qui avaient prévu le jour des élections « de provoquer des incidents . . . et peut-être aussi un conflit armé » comme prétexte pour prendre le pouvoir.

Le procureur chargé de l’affaire affirme que « les autorités de l’État russe » ont soutenu le complot pour « empêcher le Monténégro de rejoindre l’OTAN ». Il s’engage à inculper les deux prétendus comploteurs russes et 22 autres personnes, dont un groupe de nationalistes serbes. Le ministère des Affaires étrangères russe a qualifié ces allégations de « sans fondement », mais refuse d’extrader tout suspect. Un expert indépendant, citant de nombreuses anomalies dans l’histoire officielle, soutient que l’intrigue était une « opération criminelle » lancée par des nationalistes serbes et russes.

La Russie, qui considère depuis longtemps les Balkans comme étant dans sa sphère d’influence, a des antécédents d’intrusion dans les affaires intérieures du Monténégro. Mais, en l’absence de preuves convaincantes à l’appui du dossier du gouvernement, les étrangers devraient tenir compte de l’observation prudente de Freedom House selon laquelle « le service de renseignement [du Monténégro] a fait l’objet de critiques soutenues de la part d’observateurs internationaux pour son manque de professionnalisme ».

Pourtant, cela ne devrait surprendre personne que les faucons anti-russes n’aient pas laissé des preuves ambiguës les dissuader de demander l’expansion de l’OTAN.

Un éditorial de Wall Street Journal a déclaré que la prétendue tentative de coup d’État « a donné un avant goût des ambitions et des méthodes de la Russie en Europe centrale et orientale » et a conclu avec un appel à accepter la candidature du Monténégro dans l’OTAN : « La sécurité occidentale est mieux assurée lorsque des gouvernements de toute taille sont soutenus face à la pression d’intimidateurs régionaux. L’alternative est de livrer un autre pays à l’emprise de Moscou, et d’aiguiser son appétit pour en prendre encore un autre. »

Le Time a commenté avec encore plus de toupet que « Le coup avorté était un rappel qu’une nouvelle bataille pour l’Europe a commencé. De la Baltique aux Balkans et de la mer Noire à la Grande-Bretagne, Vladimir Poutine cherche à reconstruire l’empire russe plus de 25 ans après la chute de l’Union soviétique. » Les vieilles critiques de Trump envers l’OTAN, avertit le journal, « montrent le risque que les États-Unis puissent accepter l’emprise territoriale de la Russie ».

Ces commentaires incendiaires alimentent l’incendie politique qui ravage l’entourage de Trump, y compris les enquêtes sur les contacts avec les Russes pendant sa campagne électorale, les allégations d’ingérence dans les élections de la part de Moscou et les questions sur les relations d’affaires ou les indiscrétions personnelles qui le rendent vulnérable à Poutine. L’opinion de Trump sur le Monténégro – qui reste encore à déterminer – indiquera s’il reste un critique de l’OTAN ou s’il s’est incliné devant les guerriers de la nouvelle guerre froide.

Jonathan Marshall

 

Article en anglais :

John McCain

Geopolitics of the Balkans: NATO’s Strange Addition of Montenegro

Traduit par Wayan, relu par M pour le Saker Francophone

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Le 2 mars 2017 nous traduisions un communiqué officiel publié par le « Bureau d’information du Conseil militaire de Manbij » [1] :

« Dans le but de protéger les civils, de leur épargner les horreurs de la guerre, le sang et tout ce qu’elle amène comme tragédies. Afin de préserver la sécurité de la ville de Manbij et sa campagne. Afin de couper la route aux convoitises turques d’envahir davantage de territoires syriens. Et conformément à notre engagement de faire tout le possible dans l’intérêt ainsi que la sécurité de notre peuple et de nos proches à Manbij :

Nous, Conseil militaire de la ville de Manbij et de ses environs, annonçons que nous avons convenus avec la partie russe de remettre les villages, situés sur la ligne de contact avec le Bouclier de l’Euphrate et contigus à la région d’Al-Bab sur le front ouest de Manbij, aux forces des gardes-frontières de l’État syrien, lesquelles se chargeront des missions de protection de la ligne séparant les forces du Conseil militaire de Manbij des régions contrôlées par l’Armée turque et le Bouclier de l’Euphrate ». 

Lequel communiqué a été suivi, ce 5 mars, d’une mise au point signée du « Commandement général du Conseil militaire de Manbij » [2] :

« Suite aux récents développements dans la ville de Manbij et de ses environs, à la publication par le Conseil militaire de Manbij d’un communiqué concernant l’autorisation des gardes-frontières à stationner sur la ligne séparant nos forces de celles des mercenaires du Bouclier de l’Euphrate, aux interprétations différentes qui l’ont suivi, à la grande promotion médiatique de l’événement, et à l’émergence de rumeurs tendancieuses cherchant à falsifier la vérité :

Nous, au Conseil militaire de Manbij et de ses environs, réaffirmons que Manbij et sa campagne sont sous l’égide et la protection du Conseil militaire de Manbij et des forces de la Coalition internationale, que nous ne permettrons à aucune autre force d’y entrer, que c’est le Conseil militaire de Manbij et les forces de la Coalition internationale qui se sont entraidés pour libérer la ville du terrorisme de l’organisation Daech, et que ce sont eux qui la protègent actuellement de toute agression perfide.

Et nous affirmons à nos proches que nous tenons toujours notre engagement quant à leur protection et à leur sécurité, le texte de l’accord mentionné est clair et ne concerne que les régions d’Al-Arima [ville à mi-chemin entre Manbij et Al-Bab, distantes d’environ 40 Kms l’une de l’autre, Ndt] et la ligne de front avec le « Bouclier de l’Euphrate ».

Et c’est sur cette base que nous rassurons nos proches de la ville de Manbij et de ses environs. Ils sont sous la protection du Conseil militaire de Manbij et de la Coalition internationale, laquelle a renforcé sa présence dans Manbij et sa campagne après la montée des menaces turques d’occuper la ville ».

Par conséquent, il n’est apparemment plus question de remettre « le front ouest de la ville de Manbij » aux gardes-frontières syriens, mais il n’est pas exclu de remettre d’autres villages évoqués dans le premier communiqué du 2 mars.

Est-ce parce que cette cession du front ouest de Manbij aux gardes-frontières syriens est incompatible avec l’agenda du Président américain Donald Trump déterminé à se réserver la libération de Raqqa ?

Est-ce parce que les avancées spectaculaires de l’Armée syrienne, soutenue par ses alliés, au nord-est d’Alep – et donc, vers le sud de Manbij- en plus de la libération de Palmyre, pourraient lui permettre d’arriver à Raqqa avant les alliés des USA parmi les Kurdes syriens ? [Voir carte ci-jointe].

Question qui s’impose d’elle-même à la lecture de l’article du Washington Post du 4 mars -la veille du 2ème communiqué- annonçant que « le plan de prise de Raqqa, préparé par le Pentagone, prévoit un accroissement sensible des forces américaines en Syrie et se propose de livrer des hélicoptères d’attaque et des pièces d’artillerie aux forces kurdes et aux détachements de l’opposition syrienne » [3].

Et puis ce matin, 7 mars, est apparu un troisième communiqué daté du 6 mars, intitulé textuellement : « Communiqué de l’administration civile démocratique de Manbij le Conseil législatif » [4] :

« Communiqué à l’intention de l’opinion publique suite aux données récentes sur les plans politique et militaire. Nous, en tant que Conseil législatif de Manbij et des ses environs, nions tout ce qui a été publié par les médias et les réseaux sociaux locaux et étrangers parlant de remettre notre ville à quelque partie que ce soit.

Car nous sommes la seule partie  légitime représentant la volonté du peuple et son droit à décider de son sort, et que notre peuple à Manbij, dans toutes ses composantes, se tient derrière le Conseil militaire et loue le rôle joué par les forces de la Coalition internationale, lesquelles ont participé à la bataille de libération de notre peuple des mercenaires de Daech.

Nous promettons à notre peuple de Manbij que nous ne ferons pas de compromissions au détriment du sang de nos martyrs qui se ont sacrifiés pour cette ville, que nous ne gaspillerons pas les acquis de notre peuple, et que nous résisterons à toute ingérence qui toucherait à la liberté et à la dignité de notre peuple. Vive Manbij, libre et fière ».

Il est donc difficile de savoir ce qui se passe autour de Manbij, des rapports contradictoires circulant sur la remise réciproque de villages entre les gardes-frontières syriens et lesdites « Forces Démocratiques Syriennes » [ou FDS regroupant les Conseils militaires kurdes des villes contrôlées par les Unités de protection du peuple, ou YPG] soutenues par la Coalition internationale menée par les États-Unis.

En revanche, ce qui est certain est que les combats s’intensifient des deux côtés, tandis que le Premier ministre turc tempête et déclare que son pays ne s’oppose pas à l’entrée de l’Armée syrienne dans Manbij « contrôlée actuellement par des éléments kurdes » [5], ajoutant que les territoires syriens doivent être contrôlés par des Syriens ! Faut-il croire qu’il a retrouvé le chemin de Damas ?

En effet, comme le résume la carte ci-jointe expliquée, dans la soirée du 6 mars, par l’ex Général de Brigade Charles Abi Nader sur al-Mayadeen TV [6] :

  • Deux routes lient Raqqa à Deir ez-Zor, toutes deux fiefs de Daech -malgré la résistance héroïque des soldats de l’Armée syrienne toujours encerclés dans Deir ez-Zor et qui continuent à repousser les assauts de Daech depuis bientôt trois ans- l’une à l’Est de l’Euphrate, l’autre à l’Ouest [trajet souligné en rouge].
  • La route à l’Est de l’Euphrate est désormais entièrement coupée à Daech au niveau du cercle rouge sur la carte, par l’avancée des FDS jusqu’à la rive Est du fleuve.
  • Ce qui fait que Daech ne peut plus se ravitailler et rejoindre Deir ez-Zor que par le Sud de Raqqa et par la route à l’Ouest de l’Euphrate. Il est donc sous la pression des FDS soutenues par leurs alliés US, au Nord, et sous la pression de l’Armée syrienne soutenue par ses alliés russes et de l’Axe de la résistance dont le Hezbollah, au Sud.

Les USA auraient-ils finalement opté en faveur de leurs alliés kurdes au détriment de leur allié turc, lequel est écarté de leur course vers Raqqa ? Y’aurait-il des désaccords au sein même des FDS, ou bien leur contrat avec les Russes n’était qu’une manœuvre pour que les USA se décident à intervenir plus efficacement, alors qu’ils piétinent sur place depuis des semaines ? Et enfin, cette intervention musclée des Forces US témoigne-t-elle d’une rivalité affirmée ou d’une entente entre les USA et la Russie ?

Aux dernières nouvelles de 18H, heure locale, le porte-parole du Conseil militaire de Manbij aurait déclaré que 5 villages ont été remis à l’Armée syrienne. Cependant le correspondant d’Al-Mayadeen, à Alep, a précisé qu’il n’y a toujours aucune déclaration officielle de la part du Haut commandement militaire syrien. D’après son exposé, nous comprenons que les 5 villages en question sont vides de combattants de tout bord, et situés à l’extrême sud de Manbij ; autrement dit, ne font pas partie du front ouest de la ville de Manbij.

Par conséquent les FDS restent sur la ligne de contact avec les forces hétéroclites du Bouclier de l’Euphrate soutenues par la Turquie -dont le but déclaré est de les déloger de Manbij-, et l’Armée syrienne n’est toujours pas en situation de se positionner sur une zone de séparation autour du front ouest de Manbij comme prévu par le communiqué du 2 mars.

Quel que soit le dénouement, il est cruel de constater que les kurdes de Syrie qui ont délogé Daech de Manbij en Août 2016, au prix de grosses pertes dans leur rang, servent toujours de chair à canon à ceux-là même qui ont fabriqué Daech, foi de M. Trump en personne [7].

Mouna Alno-Nakhal

07/03/2017

 

[1] Communiqué du Bureau d’information du Conseil de Manbij du 2 mars 2017 http://manbijmc.org/archives/205 

[2] Communiqué du Commandement général du Conseil militaire de Manbij du 5 mars 2017

http://manbijmc.org/archives/263

[3] Le Pentagone veut muscler sa présence en Syrie

https://fr.sputniknews.com/international/201703051030331714-pentagone-accroissement-presence-syrie/ 

[4] Communiqué du Conseil législatif de Manbij et de ses environs du 6 mars 2017

http://manbijmc.org/archives/268 

[5] YILDIRIM : la Turquie ne s’oppose pas à l’entrée de l’Armée syrienne dans Menbij

http://www.almayadeen.net/news/politics/53292 

[6] Vidéo / All-Mayadeen TV, 6 mars 2017,18H

https://www.youtube.com/watch?v=Vj84cCr3tgo

[7] Video / Trump accuse Obama d’avoir « créé » Daech

http://www.dailymail.co.uk/video/news/video-1240964/Donald-Trump-Obama-Hillary-Clinton-created-ISIS.html (en anglais)

https://www.crashdebug.fr/international/12207-trump-accuse-obama-d-avoir-cree-le-groupe-etat-islamique (en français)

***

 

 

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Des mouvements tectoniques continuent à se produire dans le paysage politique de l’Ukraine. La semaine dernière, à la suite de l’imposition d’un blocus total contre la Novorossia par les Ukronazis, la Russie a déclaré qu’elle reconnaîtra désormais les documents officiels émis par les autorités de la DNR et de la DLR. Cette semaine, les autorités novorossiennes ont nationalisé toutes les usines importantes du Donbass. En outre, les Novorossiens ont maintenant déclaré que puisque les autorités ukrainiennes ne veulent pas acheter leur charbon et leur anthracite, elles les exporteront désormais vers la Russie. Et juste pour s’assurer qu’ils contrôlent tous leurs arrières, les Novorossiens ont également déclaré qu’à partir de maintenant, seul le rouble russe circulera dans les Républiques populaires de Donetsk et Lougansk.

Pour ne pas être défaits, les Ukronazis ont aussi franchi une étape hautement significative : le Premier ministre ukrainien a déclaré qu’il pense que les forces irrégulières qui font aujourd’hui obstacle au blocus devraient être considérées comme des gardes-frontières officiels (comme pour ceux qui seront bientôt « gardes-frontières », ils ont expliqué que leur poste principal serait nommé « Nachtigall »[rossignol en français, NdT] en l’honneur du bataillon Nachtigall de l’Abwehr nazie).

Résumons tout cela :

  1. Les Urkonazis ferment complètement la frontière non officielle avec la Novorossia.
  2. La Russie reconnaît les documents officiels novorossiens.
  3. La DNR et la LNR nationalisent toute l’industrie ukrainienne dans le Donbass.
  4. Les Ukronazis déclarent que la ligne de contact est maintenant considérée comme une frontière.
  5. Les Novorossiens déclarent que le rouble russe est la seule monnaie légale en Novorossia.
  6. Les Novorossiens exporteront maintenant l’ensemble de leur production de charbon/anthracite en Russie.
  7. Aucune usine en Novorossia ne paiera plus d’impôts à Kiev.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, cela ressemble assurément à ce que la DNR et la LNR coupent leurs derniers liens avec l’Ukraine et que la junte de Kiev semble accepter ce plan.

En réalité, tout cela est beaucoup plus compliqué. Il y a une guerre secrète entre les oligarques ukrainiens Rinat Akhmetov, Igor Kolomoisky et le président Porochenko, et il y a également une guerre pas si secrète que ça entre l’opposition ukrainienne et Porochenko. Il y a aussi beaucoup de questions qui restent sans réponse, y compris comment et si les Novorossiens vendront leur production de charbon et d’anthracite à la Russie (qui n’en a pas vraiment besoin) ou à travers la Russie (éventuellement en dissimulant sa véritable origine). Cette situation pose aussi la question de savoir ce que les banques russes seront en mesure de faire, et voudront faire, pour aider les Novorossiens. Les sommes d’argent impliquées sont immenses et il y a beaucoup d’intérêts, qui souvent s’excluent mutuellement, en concurrence les uns avec les autres. Mais je ne m’intéresse pas à ce niveau en ce moment – ce qui est le plus important à mes yeux est le tableau d’ensemble, et celui-ci dit « Ukraine, au revoir ».

On peut juger de la gravité de ces développements aux efforts carrément herculéens accomplis par les médias grand public occidentaux pour ne pas en faire mention. Même le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Boris Johnson, qui était à Kiev hier, s’est concentré exclusivement sur le concours Eurovision à venir, et pas sur les importants développements qui se déroulent dans le sud-est.

Dans le contexte ukrainien, l’expression « ne jamais dire jamais » est probablement encore plus importante que d’habitude, mais je dirai que si ce que je pense qu’il se passe se produit, c’est-à-dire si le Donbass coupe actuellement de facto ses derniers liens avec l’Ukraine et s’intègre politiquement et économiquement à la Russie, et si la junte de Kiev semble avoir été incapable d’empêcher les volontaires nazis de déclencher la crise avec leur blocus, alors cela signifie potentiellement des choses très importantes :

  1. Les Ukronazis ont renoncé à l’idée de reconquérir la Novorossia.
  2. L’effondrement de l’Ukraine-croupion a commencé.

Le blocus du Donbass a été décidé par un groupe relativement restreint de dirigeants nationalistes qui n’ont jamais demandé ni reçu d’autorisation pour leurs actions de la part de la junte de Kiev. En plus, la junte n’a jamais officiellement approuvé ou soutenu ce mouvement. Mais, et c’est le plus étrange, la junte n’a jamais envoyé aucune sorte de force officielle de police/militaire/de sécurité pour reprendre le contrôle de la situation. Il y avait un groupe d’hommes, armés de bâtons et de battes de baseball, qui ont essayé de faire sortir les cinglés ukronazis de la piste, mais ils ont été rapidement vaincus. Gardez à l’esprit qu’il y a des dizaines de milliers de soldats et de policiers déployés dans le voisinage immédiat de ces unités de volontaires, mais personne, absolument personne n’a fait un geste pour rétablir l’ordre public.

Évidemment, l’idée même d’« ordre public » est largement dépourvue de sens dans un pays occupé par un régime lui-même totalement illégal. En plus, l’« ordre public » n’a aucun sens dans un pays où la force – habituellement sous la forme d’une bande de voyous armés de kalachnikovs – fait loi. Oubliez l’« Europe centrale », pensez « Somalie » et vous serez beaucoup plus près de la vérité.

L’Ukraine est un État failli, politiquement et économiquement. Et, en tant qu’État défaillant, l’Ukraine a un tas de bandes armées et même des forces armées officielles, mais rien qui ressemblerait à l’armée moderne et civilisée dont on a besoin pour l’emporter sur les Novorossiens qui, loin d’être défaillants, constituent un jeune État qui n’a fait que compléter la modernisation de son armée. La différence entre les forces armées ukrainiennes et novorossiennes n’est pas seulement le résultat de l’aide russe, bien qu’elle ait clairement joué un rôle important, mais le fait qu’avoir une force combattante capable a été pour les Novorossiens une question de survie depuis le premier jour, alors que pour la junte cela n’a jamais été une priorité simplement parce qu’il n’y a jamais eu de menace militaire pour son pouvoir. Les comptables à la petite semaine me diront que les forces ukrainiennes sont à peu près deux ou trois fois plus nombreuses, ce qui est tout à fait vrai. C’est également non pertinent. Ce qui compte est de savoir si elles peuvent monter des opérations interarmes modernes et que c’est quelque chose dont l’armée ukrainienne ne semble pas capable.

Ce que nous voyons aujourd’hui, ce n’est pas seulement une armée ukrainienne qui semble avoir renoncé à l’idée de reconquérir la Novorossia, c’est aussi une armée qui semble renoncer à l’idée de maintenir l’unité du pays. En ce moment, cela ne touche que le Donbass, mais très bientôt d’autres régions pourraient le suivre, en particulier le sud (Odessa, Nikolaev, Marioupol) qui, en soi, pourrait être riche et prospère et qui n’a aucunement besoin de dirigeants néo-nazis. Il y a même quelques mouvements séparatistes en Ukraine occidentale qui veulent se débarrasser de tout le « poids » pseudo-ukrainien et construire un État ukrainien « pur » au seul endroit où un tel État a de véritables racines historiques : à la frontière avec la Pologne.

Tout cela pose la question de l’avenir de Porochenko et, ici, votre supposition est aussi bonne que la mienne. La seule chose qui l’a maintenu au pouvoir aussi longtemps est le soutien des États-Unis et de l’Union européenne, mais avec les crises (au pluriel) entourant l’administration Trump et l’incertitude politique en Europe, ce n’est qu’ainsi que Porochenko peut utiliser ses mentors occidentaux comme base de son pouvoir. Tôt ou tard, quelqu’un quelque part en Ukraine (je parie pour Odessa) comprendra que la forme locale du pouvoir est beaucoup plus importante pour lui/elle que ce que les politiciens occidentaux ont à dire. De nouveau, la Somalie est l’exemple à garder à l’esprit : pendant un temps, les puissances occidentales ont aussi eu beaucoup d’influence là-bas, mais seulement jusqu’à ce que le pouvoir soit contesté avec succès, ensuite tout le monde a proclamé la victoire et s’est enfui.

Inutile de le dire, les Accords de Minsk sont plus loin que jamais de leur mise en œuvre. Pour les Anglosionistes, c’est suffisant pour justifier de continuer à accuser la Russie de tout cela. Cela continuera jusqu’à ce que l’Ukraine finisse par imploser jusqu’au point où la véritable négociation portera sur « Qui va payer les dégâts ? ». À ce moment-là, la Russie déclarera probablement qu’elle est prioritairement responsable pour le Donbass, laissant le reste des dégâts aux Européens qui, contrairement aux Américains, n’auront d’autre choix que de payer. Mais c’est encore loin dans le futur. En ce moment, la question est de savoir combien de temps peut durer l’agonie du régime nazi ukrainien.

Alexander Zakharchenko a prédit hier que l’État ukrainien s’effondrerait dans ces 60 prochains jours. Peut-être. Mon sentiment personnel est que cela pourrait prendre un peu plus de temps, en particulier si on considère la dynamique d’un si grand pays. Nous ne devrions jamais non plus écarter une éventuelle attaque ukronazie de grande envergure contre la Novorossia, en raison seulement de l’expression d’une haine aveugle et imbécile. Si cela devait arriver, le but des Novorossiens sera de libérer les parties des régions de Lugansk et de Donetsk encore sous occupation nazie. Cela pourrait être difficile – les Ukrainiens ont fortifié leurs défenses pendant de nombreux mois – mais je m’attends à ce qu’ils réussissent finalement. À ce moment-là, l’Occident accusera de nouveau la Russie (quoi de nouveau ?).

Indépendamment de combien de temps durera cette agonie, il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’elle a commencé et qu’elle est irréversible. Il est en effet tout à fait remarquable que cela ait pris tant de temps pour arriver à cette dernière phase. Il y a de nombreux mois déjà, nous avions beaucoup de petits indices et de signes que les choses ne se passaient pas bien, mais avec la séparation de-facto du Donbass et son intégration progressive dans l’économie russe, nous assistons à une phase qualitativement nouvelle dans le processus de désintégration de l’Ukraine.

P.-S. : Alexander Zakharchenko a annoncé aujourd’hui un blocus total de l’Ukraine par le Donbass. Le résultat pratique sera que la Novorossia cessera totalement de payer des impôts à l’Ukraine occupée par les nazis.

The Saker

Article en anglais :

Map_of_the_Donbass

Donbass Is Breaking Away from an Agonized Ukraine

Traduit par Diane, vérifié par Julie, relu par Michèle pour le Saker francophone

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O Pentágono de Pinotti

mars 7th, 2017 by Manlio Dinucci

A ministra (da defesa) Pinotti tem um sonho: um Pentágono italiano, a saber, uma única estrutura para as cúpulas de todas as forças armadas, uma cópia em miniatura da estadunidense. O sonho está a ponto de se tornar realidade.

A nova estrutura, anuncia a ministra numa entrevista ao “Repubblica”, já está na fase conceitual e uma primeira locação está prevista no orçamento  da Lei de estabilidade. Surgirá na zona aeroportuária de Centocelle, em Roma, onde existe espaço para construir outros edifícios e infraetruturas. Em Centocelle, para onde também foi transferida a Direção geral dos armamentos com seu staff de 1.500 pessoas, já se encontra o Comando operativo da cúpula inter-forças, através do qual o chefe do Estado Maior da Defesa comanda todas as operações das forças armadas. Antes de tudo, aquelas que estão no exterior: a Itália está engajada em 30 missões militares em 20 países, do Kossovo ao Iraque e Afeganistão, da Líbia à Somália e ao Mali. Considerando que em cada uma dessas missões participam componentes de todas as forças armadas, explica a ministra, é necessário um comando único inter-forças com sede em Centocelle.

Assim, está registrado oficialmente, antes mesmo que seja discutido no parlamento, o projeto de lei  sobre a implementação do “Livro Branco para a  segurança internacional e a defesa”, apresentado em 10 de fevereiro pelo Conselho de Ministros. Portanto, já está em curso o golpe branco que, no silêncio geral, subverteu as bases constitucionais da República italiana, reconfigurando-a como potência que intervém militarmente em áreas próximas ao Mar Mediterrâneo – no Norte da África, Oriente Médio e nos Bálcãs – em apoio aos seus próprios “interesses vitais” econômicos e estratégicos; e por toda a parte no mundo onde estão em jogo os interesses do Ocidente representados pela Otan sob comando estadunidense.

Com esse efeito, são necessários novos armamentos. Por exemplo, os dois primeiros aviões Gulfstream 550 modificados, que a Itália acaba de receber de Israel ao preço de cerca de um bilhão de dólares: verdadeiros comandos voadores, dotados da eletrônica mais avançada, para missões de ataque de longo alcance.

Ao mesmo tempo, são necessários profissionais da guerra, capazes de utilizar as novas tecnologias e de combater em países distantes nas condições ambientais as mais variadas. “Nós temos necessidade de soldados jovens – explica a ministra Pinotti – a chave está no recrutamento de pessoas de 19 a 20 anos, para lhes oferecer um importante pacote de formação durante sete anos de suas vidas, incluindo o ensino de línguas e uma profissão. Se eles estiverem no mercado aos 26 ou 27 anos, não será difícil encontrar outro emprego inclusive porque nós nos comprometemos a construir novas oportunidades de trabalho por vias legislativas”.

Numa situação de desemprego e precarização, oferece-se aos jovens um meio de ganhar a vida e ter um emprego seguro: a guerra. E aos profissionais da guerra, sob as ordens do Pentágono italiano, também está confiado no projeto de lei a “salvaguarda das instituições livres” com “deveres específicos em caso de necessidade extraordinária e de urgência”, fórmula vaga que se presta a medidas autoritárias e a estratégias subversivas.

Tudo isso tem um custo. A Itália, anuncia Pinotti, mesmo se não estiver em condições de suportar a despesa para a “defesa” de 2% do PIB como lhe exige a Otan, está aumentando-a: ‘Este ano estamos com 1,18% do PIB, o que equivale a cerca de 23 bilhões de euros”. A ministra nos informa assim  que a Itália gasta para a “defesa” em média 63 milhões de euros por dia, aos quais se acrescentam as despesas com as missões militares e os principais armamentos, inscritos nos orçamentos de outros ministérios.

Em Roma, enquanto se faz um furioso debate político sobre o impacto ambiental do novo estádio, ninguém se preocupa com o impacto social do novo Pentágono tricolor.

Manlio Dinucci

Artigo em italiano :

Pinotti défense

Il Pentagono della Pinotti

Fonte : il manifesto

Tradução de José Reinaldo Carvalho, para Resistência

 

Manlio Dinucci é jornalista e geógrafo

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Une autre semaine de la campagne du gouvernement Trump contre les sans-papiers a provoqué une autre série de cas atroces où des résidents américains de longue date ont été arrachés à leurs familles et emprisonnés ou déportés.

La litanie d’horreurs a été presque entièrement ignorée par les médias nationaux et le Parti démocrate, qui se concentrent sur une bataille féroce au sein de l’État sur la politique étrangère. Ce n’est pas la répression brutale du gouvernement contre les travailleurs immigrés qui fait l’objet de critiques de la part de l’establishment politique contre Trump, mais ses liens supposés avec la Russie.

Mardi, Romulo Avelica-Gonzalez a été arrété par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) après avoir déposé sa fille à l’école à Los Angeles. Deux voitures chargées d’agents de l’ICE ont fait arrêter la voiture que conduisait Avelica, 48 ans, et l’ont arrêté devant sa femme et sa fille de 13 ans. Avelica, père de quatre enfants tous citoyens américains, vit dans le sud de la Californie depuis ses 21 ans et a travaillé de façon constante tout au long de ce temps, 60 ou 70 heures par semaine, dans des restaurants locaux.

Dans un acte flagrant de représailles politiques, Daniela Vargas, 22 ans, a été placée en détention par des agents de l’ICE à Jackson, dans le Mississippi, après avoir quitté une conférence de presse où elle a protesté contre la rétention de son père et de son frère le 15 février. La famille Vargas est venu aux États-Unis depuis l’Argentine en 2001, quand Daniela n’avait que sept ans. En tant qu’enfant, Daniela a été exonérée temporairement de la déportation dans le cadre du programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals – mesure différée pour ceux arrivés lorsqu’ils étaient enfants), mais son exemption a expiré alors qu’elle essayait de trouver les 495 dollars nécessaires pour la prolonger. Son avocat a déclaré qu’elle était dans un centre de rétention de l’ICE en Louisiane et serait traitée suivant son statut de personne ayant dépassé la durée de séjour autorisé par son visa et déportée en Argentine sans audience devant un juge.

Jeudi, Juan Carlos Fomperosa Garcia est allé au bureau de l’ICE à Phoenix, en Arizona, pour se présenter à un rendez-vous pour discuter de sa demande d’asile. Il vit aux États-Unis depuis 20 ans et est le père célibataire de trois enfants citoyens américains. Une heure plus tard, des agents de l’ICE ont déposé un sac avec quelques-uns de ses biens à sa maison, le remettant à sa fille de 23 ans, Yennifer Sanchez. Vendredi matin, Fomperosa Garcia a appelé ses enfants pour leur faire savoir qu’il avait été déporté au Mexique, laissant Sanchez comme seul tuteur légal de son frère de 17 ans et de sa sœur de 14 ans.

Il y a beaucoup d’autres histoires comme celles-ci, dont la plupart ne sont même pas couvertes dans les médias locaux.

Une atmosphère de peur et de terreur saisit les communautés immigrées à travers le pays. La cruauté de ces mesures n’a rien d’un accident ou d’un excès, mais est une caractéristique délibérée et intentionnelle du pogrom anti-immigrés déclenché par les ordonnances du président Trump le 25 janvier. Les agents de la Maison Blanche ont déclaré que le but des ordonnances était de « libérer » les agents du service de l’immigration, c’est-à-dire pour les libérer de toute restriction dans le traitement des milliers de personnes qui ont été raflées ou le seront.

Cette réalité est soulignée par un rapport de Reuters selon lequel le Département de la sécurité intérieure (DHS), qui comprend à la fois l’ICE et le Service de protection des frontières, envisage une proposition visant à séparer systématiquement les femmes et les enfants placés en rétention en traversant illégalement la frontière. Les fonctionnaires du DHS auraient informé les responsables de l’asile de ce plan, dont le but, disaient-ils, était de « décourager les mères de migrer vers les États-Unis avec leurs enfants ».

Cette nouvelle politique permettrait aux agents fédéraux maintenir les mères en rétention indéfiniment, tandis que leurs enfants seraient confiés au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui les placerait dans « le cadre le moins restrictif possible » avec un tuteur légal financé par l’État. La question de savoir si et comment les mères seraient réunies avec leurs enfants, pendant ou après l’expulsion, reste en suspend.

Cette décision aurait deux objectifs principaux : diminuer l’effet d’une ordonnance du tribunal rendue en juillet dernier interdisant la détention prolongée d’enfants, ce qui a forcé l’ICE à libérer la plupart des mères d’enfants des centres de rétention ; et intimider les futurs réfugiés d’Amérique centrale, d’où proviennent la plupart des familles. Le mot sera répandu dans ces pays que les mères qui viennent aux États-Unis perdront les enfants qu’elles essaient de protéger.

Si Trump intensifie grandement l’attaque contre les immigrants, il s’appuie sur l’appareil monstrueux de répression développé par les gouvernements Bush et Obama, en particulier celui d’Obama.

La continuité des mauvais traitements infligés aux immigrants est démontrée dans le procès intenté contre un important entrepreneur pénitentiaire pour l’ICI, la société GEO Group, à Aurora, Colorado, dans la banlieue de Denver. La poursuite affirme que des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de travailler pour 1 dollar par jour ou pour rien du tout, en violation des lois fédérales antiesclavagistes. Le travail forcé, y compris le service alimentaire, le nettoyage et l’entretien à l’installation, a permis à GEO de diriger la prison avec seulement un concierge unique, empochant ainsi d’énormes profits. Dans de nombreux cas, allègue la poursuite, les immigrants ont été contraints de faire les tâches « bénévolement » avec la menace d’être placés en isolement s’ils refusaient.

Le gouvernement fédéral a mis en place ce qui équivaut à des camps d’internement massifs. Il consacre plus de temps à l’ICE et à la Border Patrol (Patrouille frontalière) qu’à tous les autres organismes fédéraux répressifs : plus de 19 milliards de dollars par année. Le nombre de personnes détenues par les autorités d’immigration, plus de 400 000 par an, est supérieur au nombre total de détenus incarcérés par le Bureau fédéral des prisons pour tous les crimes fédéraux. Trump propose d’ajouter encore 10 000 agents de l’ICE et 5000 agents de la Patrouille frontalière à ce qui est déjà une petite armée.

Les méthodes d’État policier infligées aux travailleurs immigrés sont une répétition générale du sort que l’administration Trump et l’élite dirigeante américaine, démocrates et républicains, réservent pour la classe ouvrière dans son ensemble. Le traitement atroce des immigrants est une préparation pour le déploiement à venir de la vaste machine de répression de l’État contre les luttes des travailleurs, à la fois natifs et immigrés, dans la défense de leur emploi, leur niveau de vie et les droits démocratiques.

Les travailleurs aux États-Unis doivent s’opposer à l’agression contre les immigrés du gouvernement Trump – qui est aidé et encouragé par le Parti démocrate – et défendre le droit des travailleurs de tous les coins du monde de vivre et de travailler dans le pays de leur choix avec tous les droits attachés à la citoyenneté et sans crainte de rétention, de déportation ou de répression.

Patrick Martin

Article paru en anglais, WSWS, le 6 mars 2017

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México – En suspenso el recurso contra la Ley Atenco

mars 7th, 2017 by Mouris Salloum George

En 2016, el jefe del Ejecutivo federal vetó una ley del paquete correspondiente al Sistema Nacional Anticorrupción, que sus propios compañeros de partido habían votado afirmativamente y la devolvió al Poder Legislativo para sus enmiendas.

Los mismos legisladores que habían aprobado esa ley, repusieron el proceso y el ordenamiento corregido se promulgó y se publicó.

En términos generales, segmentos de la sociedad civil reconocieron ese acto de rectificación.

Hay ocasiones en que los poderes Ejecutivo y Legislativo pretenden investirse en México con el don de la infalibilidad. Incluso, en el Congreso de la Unión, determinadas iniciativas de ley pasan por procedimientos arbitrarios en que se niega el uso de la tribuna a los opositores para que expongan sus reservas o impugnaciones.

En algunos de esos casos, la Suprema Corte de Justicia de la Nación, procesa y sentencia recursos de controversia constitucional o de acción de inconstitucionalidad, enmendando la plana a los hacedores de leyes.

Frente a esas referencias, parece fuera de orden que la ministra de la Corte, Margarita Luna Ramos ofrezca esta perla retórica: “De veras no entiendo cómo (legisladores) pueden aprobar una ley y después la misma mayoría venir a decir que es inconstitucional. De verdad eso deja muy mal parada la función legislativa”.

Si a los miembros de un poder constitucional se les cuestiona por su voluntad rectificadora, ¿qué pueden esperar los ciudadanos del llano que objetan una ley por la que se sienten afectados?

Antes de entrar en materia retomemos un caso: El Congreso de la Unión  incorporó a los mandatos de la Constitución el derecho a la consulta popular “sobre temas de trascendencia nacional”.

El propio Congreso de la Unión aprobó la Reforma Energética. En las elecciones intermedias de 2015, partidos cuyos legisladores aprobaron esa reforma, solicitaron la consulta popular en esa materia y otros dos temas.

Al llegar a la Corte el asunto, los ministros denegaron ese derecho, sobreponiendo el interés del Estado al de los ciudadanos, sin alegar que “la función legislativa quedó mal parada”, como ahora argumenta su falta de entendimiento la ministra Luna Ramos.

Los Derechos Humanos, cuestión fundamental

El tema en cuestión no es de poca monta: Se trata de la Ley de Seguridad Pública promovida por el gobernador del Estado de México, Eruviel Ávila Villegas. En efecto, la legislatura estatal aprobó dicha iniciativa.

La reacción pública, que etiquetó como Ley Atenco esa legislación obligó a los diputados mexiquenses a recurrir a la acción de inconstitucionalidad para revertirla. Ley Atenco, se le tipificó, recordando la brutal represión contra la población en esa comunidad mexiquense en el sexenio del gobernador Enrique Peña Nieto.

Lo que está de por medio en ese debate, de acuerdo con sus objetores, son los Derechos Humanos, potencialmente amenazados por dicho instrumento jurídico.

Tan es grave el asunto que, de once ministros, cuatro votaron por la admisión del recurso mientras que otros cuatro emitieron su voto en contra. Tres votos quedaron pendientes para continuar el análisis el próximo lunes.

El quid de la cuestión son los Derechos Humanos. Es el caso que, precisamente la Corte, en esa materia ha fijado una posición de avanzada al conciliar sus fallos con base en la Constitución mexicana y la convencionalidad a la que el Estado mexicano se ha suscrito.

El suspenso eventualmente se resolverá el lunes al continuar el pleno la sesión de ayer jueves. No son reacciones glandulares las que pueden imponer el Estado de derecho en circunstancias como las que actualmente atraviesa el país.

Mouris Salloum George

Mouris Salloum George: Director del Club de Periodistas de México A.C.

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Avant le sommet d’hier soir réunissant à Versailles des responsables allemands, italiens, espagnols, et français, François Hollande a accordé une entrevue au Monde et aux autres journaux du groupe Europa (Süddeutsche ZeitungLa Stampa, The Guardian, La Vanguardia, Gazeta Wyborcza). Le président français leur a exposé les perspectives profondément pessimistes qui prédominent dans les milieux bourgeois européens les plus proches de l’Union européenne (UE) et de Berlin.

Hollande a indiqué sans ambiguïté que l’UE est au bord du gouffre, notamment parce qu’une victoire du Front national (FN) aux élections présidentielles françaises d’avril-mai installerait à Paris un gouvernement néo-fasciste qui ferait exploser l’UE. Toutefois, face à cet aveu d’une banqueroute du régime capitaliste français et européen, il n’a rien trouvé d’autre à proposer que de renforcer le militarisme et les mesures d’Etat-policier en Europe.

Interrogé sur une victoire électorale du FN, Hollande a dit :

« La menace existe. L’extrême-droite n’a jamais été aussi haute depuis plus de trente ans ».

Il a ajouté :

« si d’aventure la candidate du Front national l’emportait, elle engagerait immédiatement un processus de sortie de la zone euro, et même de l’Union européenne. C’est l’objectif de tous les populistes, d’où qu’ils soient : quitter l’Europe, se fermer au monde et imaginer un avenir entouré de barrières de toutes sortes et de frontières défendues par des miradors ».

Hollande s’est posé en défenseur de l’UE et de la démocratie. « Mon ultime devoir, c’est de tout faire pour que la France ne puisse pas être convaincue par un tel projet, ni porter une si lourde responsabilité », a déclaré Hollande, qui a pronostiqué :

« Mais la France ne cédera pas. D’abord, parce qu’elle est la France et qu’elle a conscience que le vote du 23 avril et du 7 mai déterminera non seulement le destin de notre pays mais aussi l’avenir-même de la construction européenne ».

Ces prétensions démocratiques sont des mensonges creux. Le danger d’une victoire du FN en France, comme d’autres nationalistes ailleurs en l’Europe, est le produit de la colère populaire contre la politique réactionnaire menée par l’UE et en particulier par le gouvernement PS dirigé par Hollande en France, en matière d’austérité et de guerre.

L’offensive austéritaire poursuivie sans relâche par l’UE depuis le krach de 2008 a saigné la classe ouvrière à blanc, le plus visiblement en Grèce ; Hollande a imposé plus de 100 milliards d’euros de mesure d’austérité en France. La bourgeoisie a réagi à la montée de la colère sociale en renforçant les pouvoirs de police et en incitant les haines antimusulmanes et anti-immigrés afin de diviser les travailleurs.

Avant tout, le PS a imposé puis renouvelé l’état d’urgence face à des attentats en France et en Belgique en 2015-2016. Il a caché puis minimisé l’importance du fait que ces attentats provenaient de réseaux terroristes islamistes instrumentalisés par la France et d’autres puissances de l’OTAN dans leur guerre contre la Syria. Le PS a ensuite imposé une loi sur le renseignement qui permet une surveillance généralisée de la population, et participé à l’hystérie politico-médiatique contre les musulmans qui évoquait une guerre de religion et insistait sur plus de répression policière.

Le PS a non seulement doté l’Etat d’une infrastructure judiciaire et d’espionnage digne d’un régime autoritaire ; sa ruée à droite a ouvert un boulevard au FN, qui a pu se présenter en parti « normal » et, en exploitant la colère sociale avec un discours populiste, se préparer à prendre le pouvoir.

L’idée que les Français rejeteraient un gouvernement FN par amour de l’UE est une fraude politique. L’UE est impopulaire en France, d’abord : dans un sondage l’année dernière, 23 pour cent des sondés ont dit croire que la participation à l’UE bénéficiait à la France. Ensuite, la politique de l’UE sur la guerre et la persécution des immigrés et des réfugiés est de plus en plus difficile à distinguer de celle du FN.

Les propositions que Hollande a faites pour l’UE post-Brexit consistaient en grande partie en l’application à l’échelle européenne des politiques que préconise le FN pour la France. Il voulait développer l’UE en une grande puissance militaire et un appareil policier, fondée sur une prétendue « communauté d’esprit » européenne.

« Ce que demandent les Européens, c’est que l’UE puisse les protéger davantage », a-t-il dit. « Que la souveraineté européenne sécurise leurs frontières, les prémunisse du risque terroriste, et enfin préserve un mode de vie, une culture, une communauté d’esprit. … Aujourd’hui, l’Europe peut se relancer par la défense. A la fois pour assurer sa propre sécurité, mais aussi pour agir dans le monde, pour chercher des solutions aux conflits qui la menacent ».

La montée du FN, comme le Brexit ou l’élection de Trump, reflète l’effondrement des relations et des structures du capitalisme international dévelopées après la Deuxième Guerre mondiale et surtout après la dissolution de l’URSS par la bureaucratie stalinienne en 1991. Après l’élection de Trump, une des fonctions de l’appareil militaire de l’UE serait de rivaliser avec les Etats-Unis, voire à long terme de les menacer directement, et de mener une politique dure contre Londres post-Brexit.

Hollande a souligné à nouveau sa méfiance envers Trump : « Nous connaissons maintenant ses lignes de conduite : l’isolationnisme, le protectionnisme, la fermeture à l’immigration et la fuite en avant budgétaire. Bref l’inquiétude fait face à l’incertitude et l’euphorie des marchés financiers me parait bien prématurée. Quant à sa méconnaissance de ce qu’est l’UE, elle nous oblige à lui démontrer sa cohésion politique, son poids économique et son autonomie stratégique ».

Interrogé sur ce qu’il dirait si le Royaume-Uni voulait garder les avantages de l’UE, Hollande a répondu sèchement :

« Que ce n’est pas possible et qu’il va donc devenir un pays tiers par rapport à l’UE. Tel est le problème du Royaume-Uni : il avait pensé qu’en quittant l’Europe il allait nouer un partenariat stratégique avec les Etats-Unis. Mais il se trouve que l’Amérique se ferme par rapport au monde. Le Royaume-Uni a fait un mauvais choix, au mauvais moment. Je le regrette ».

Les défenseurs de l’UE abandonnent l’idée, répandue à sa fondation en 1992 quand on insistait toujours que l’UE devait empêcher l’éruption d’une Troisième Guerre mondiale en Europe, que l’UE traiterait ses Etats membres de manière égale. Comme le démontre le format à quatre du sommet de Versailles, qui n’a pas publié de déclaration officielle afin de minimiser l’oppositions d’autres Etats membres, Berlin et Paris veulent surmonter la montée des tensions en Europe en isolant les petits pays et en développant une UE « à plusieurs vitesses ».

« Soyons francs : certains Etats membres ne rejoindront jamais la zone euro. Prenons en acte. Et ne les attendons pas pour approfondir l’union économique et monétaire », a déclaré Hollande. « Car à vouloir toujours faire tout à vingt-sept, le risque est de ne rien faire du tout ».

Sur la Russie, finalement, tout en étant assez hostile, Hollande a indiqué de nettes différences avec les fractions du gouvernement américain qui ont adopté une ligne agressiste contre Moscou sous Obama, au point de risquer des affrontements militaires avec la Russie et Syrie et en Ukraine.

La Russie, a dit Hollande, « s’affirme comme une puissance. Elle teste nos résistances et mesure à chaque instant les rapports de force. En même temps, la Russie utilise tous les moyens pour influencer les opinions publiques … Avec une stratégie d’influence, de réseaux, avec des thèses très conservatrices sur le plan des mœurs. C’est aussi la prétention de défendre la chrétienté par rapport à l’Islam. N’exagérons rien mais soyons vigilants ».

Il a ajouté, « On me dit souvent ‘Pourquoi ne dialoguez-vous pas plus souvent avec le président Poutine ?’ Mais je n’ai jamais cessé de dialoguer avec lui ! Avec la chancelière aussi, d’ailleurs. Et c’est bien ».

Dans ce contexte de désintégration et de poussée vers la guerre du capitalisme mondial, les défenseurs de l’UE et aussi l’administration Trump et ses soutiens européens, dont le FN, confrontent les travailleurs en ennemis. La seule voie pour aller de l’avant est la mobilisation et l’unification des travailleurs à travers le monde en lutte contre l’austérité, la guerre, et les mesures d’Etat policier.

Alex Lantier

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Israël aime les guerres

mars 7th, 2017 by Gideon Levy

Il n’y a pas d’autre façon de lire le rapport de la Cour des comptes de l’État sur la guerre de Gaza en 2014 et il n’y a pas de conclusion plus importante à en tirer.

Israël aime les guerres. Il en a besoin. Il ne fait rien pour les empêcher et, parfois, il les provoque. Il n’y a pas d’autre façon de lire le rapport de la Cour des comptes de l’État sur la guerre de Gaza en 2014 et il n’y a pas de conclusion plus importante à en tirer.

Tout le reste – les tunnels, le Conseil national de la sécurité, le cabinet et les services de renseignement –, ce sont des foutaises, rien de plus que des efforts pour nous distraire du principal. Le principal, c’est qu’Israël veut la guerre. Il a rejeté toutes les alternatives, sans même en discuter, sans leur manifester le moindre intérêt, afin de satisfaire sa volonté.

Israël voulait également des guerres, dans le passé. Depuis la guerre de 1948, toutes ses guerres auraient pu être évitées. Elles étaient manifestement des guerres voulues, bien que la plupart n’aient eu aucune utilité et que certaines d’entre elles aient même causé des dégâts irréparables. Tout simplement, Israël les a déclenchées. Parfois, des guerres lui ont été imposées mais, même dans ce cas, elles auraient pu être évitées, comme celle de 1973. Certaines de ces guerres ont mis un terme à la carrière de ceux qui les avaient déclenchées et, pourtant, coup après coup, Israël choisit invariablement la guerre en tant que première option de prédilection. On doute qu’il soit possible de dénicher une explication rationnelle du phénomène, mais le fait est que, chaque fois qu’Israël s’en va en guerre, il reçoit le soutien large, automatique et aveugle de l’opinion publique et des médias. Il n’y a donc pas que le gouvernement et l’armée, qui aiment la guerre. Tout Israël aime la guerre.

La chose est prouvée par le fait que les commissions d’enquête publient des rapports quasi identiques après chaque guerre – le rapport sur la guerre de Gaza est presque un plagiat du rapport de la Commission de Winograd après la deuxième guerre duLiban, en 2006. (« La guerre a été déclenchée à la hâte et de façon irresponsable. ») Une fois qu’on a tout appris et tout oublié, il est clair que quelque chose de fort pousse Israël vers la guerre.

C’est presque de cette façon aussi que cela s’est passé durant l’été de l’opération « Bordure protectrice », alors qu’il n’y avait absolument aucune raison de déclencher cette guerre. Et c’est de cette façon que cela se passera lors de la prochaine guerre qui guette à l’horizon. Quel dommage que l’« alerte rouge » de mardi, dans le sud, ait été une fausse alerte. C’était presque l’occasion de frapper un coup disproportionné sur Gaza, de la façon qu’apprécient tellement le ministre de la Défense Avigdor Liemerman et Israël ; c’était le genre d’incident idéal pour attirer Israël dans une nouvelle guerre.

Son scénario est déjà affiché, ses partisans enthousiastes ne loupent aucune occasion d’y inciter et son histoire est semblable à celle des guerres couvertes par les rapports de la Cour des comptes de l’État. La prochaine guerre fera elle aussi l’objet d’un rapport. Vous et moi et la prochaine guerre, et le prochain rapport.

Il est raisonnable de présumer que la prochaine guerre va éclater à Gaza. Sa justification est déjà toute prête. L’horreur à propos des tunnels, qui a été gonflée dans les proportions grotesques d’une guerre nucléaire mondiale, a été créée dans ce but. Des engins primitifs de combat suffisent pour créer une parfaite justification de la guerre. Et, comme lors de la précédente opération, « Bordure protectrice », personne ne prend le temps de poser la question : Quid de Gaza qui, dans trois ans d’ici, ne sera même plus habitable pour des humains ? Quelle est la réponse que nous attendons de sa part au vu du danger existentiel que courent ses habitants ? Pourquoi se presser ? On a le temps. En attendant, on peut détruire Gaza d’un moment à l’autre.

Gaza gâte Israël avec des guerres de luxe. Israël n’aime rien plus qu’une guerre contre une armée inexistante, contre des gens qui n’ont pas la moindre couverture de zone, pas de blindés, par d’artillerie, rien qu’une armée de gens sans chaussures et de tunnels, ce qui permet à Israël de se lancer dans des histoires grandioses d’héroïsme et de deuil. Des bombardements israéliens contre des gens désarmés, ce que, pour l’une ou l’autre raison, on appelle la guerre, avec un minimum de pertes pour Israëlet un maximum pour les Palestiniens – c’est ainsi que nous aimons nos guerres.

La Cour des comptes de l’État a constaté que le cabinet ne discutait pas d’alternatives à la guerre. Il aurait dû y avoir un cri retentissant d’un bout à l’autre du pays, mais il a été englouti dans l’absurdité de l’histoire des tunnels. Tout enfant de Gaza sait qu’une telle alternative existe, que, si Gaza s’ouvre au monde, ce sera différent. Toutefois, pour cela, de courageux dirigeants israéliens sont nécessaires, mais il n’y en a pas. Des masses entières d’Israéliens sont nécessaires pour dire un « non » sans équivoque aux guerres – mais il n’y en a pas non plus. Pourquoi ? Parce qu’Israëlaime les guerres.

 

Article original : Israel loves wars, Haaretz, 2 mars 2017

Traduction : Jean-Marie Flémal, Pour la Palestine

 

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MEXIQUE – Déclaration du Ve Congrès national indien

mars 7th, 2017 by Congreso Nacional Indígena

Luis Hernández Navarro commençait un article publié dans La Jornada (18 octobre 2016) et dont la traduction française (« MEXIQUE – Les zapatistes, le Congrès national indien et les élections ») a été publiée par AlterInfos – DIAL (9 novembre 2016), en écrivant :

L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et le Congrès national indien (CNI) ont décidé de consulter les peuples et les communautés, concernant la candidature d’une femme indienne à la Présidence de la République pour les élections de 2018. La décision a suscité une énorme polémique. Les uns voient dans cette décision un virage à 180 degrés dans leur ligne d’action. D’autres, leur entrée en politique. Un certain nombre encore, une manœuvre pour la formation d’une coalition anti-Andrés Manuel López Obrador.

Ces trois opinions, en plus d’être erronées, sont discriminatoires. Elles sont basées sur la désinformation et sur un schéma d’analyse qui a pour point de départ : qui n’est pas avec moi est contre moi. Ces points de vue révèlent une méconnaissance de l’histoire et de la trajectoire politique, aussi bien de l’EZLN que des organisations indiennes qui font partie du CNI.

Pour éclairer les prises de position actuelles de l’EZLN et du CNI, rien ne vaut la parole des intéressés. Nous publions donc ici la Déclaration du Ve Congrès national indien diffusée le 1er janvier 2017.


Aux peuples originaires du Mexique
À la société civile du Mexique et du monde
À la Sexta nationale et internationale
Aux médias de communication libres

Frères, sœurs

Voici venu le moment des peuples, celui de nous semer et de nous reconstruire. Voici venu le moment de passer à l’offensive et c’est l’accord qui se dessine dans nos yeux, dans les individus, les communautés, les peuples, dans le Congrès national indien (CNI) ; voici venu le temps que la dignité gouverne ce pays et ce monde et qu’à son passage fleurissent la démocratie, la liberté et la justice.

Nous annonçons que lors de la deuxième étape du Ve CNI, nous avons minutieusement évalué les résultats de la consultation des peuples que nous formons le Congrès national indien, et qui a eu lieu durant les mois d’octobre, novembre et décembre 2016, durant lesquels de toutes les manières, formes et langues qui nous représentent dans la géographie de ce pays, nous avons émis des accords d’assemblées communales, d’ejidos, de collectifs, d’assemblées municipales, intermunicipales et régionales, qui une fois de plus nous amènent à comprendre et assumer avec dignité et révolte la situation que traverse notre pays, notre monde.

Nous saluons les messages de soutien, d’espoir et de solidarité qu’ont fait parvenir intellectuels, collectifs et peuples qui se font l’écho de l’espoir face à notre proposition, que nous avons nommée « Que tremble la terre en ses centres » et que nous avons rendue publique lors de la première étape du Ve CNI. Nous saluons également les voix critiques, nombre d’entre elles avec des arguments fondamentalement racistes, qui reflètent une indignation rageuse et le mépris à la pensée qu’une femme indienne prétende non seulement concourir à l’élection présidentielle, mais proposer de changer réellement, depuis en bas, ce pays endolori.

À eux tous, nous disons qu’en effet la terre a tremblé et nous avec elle, et que nous prétendons secouer la conscience de la nation, qu’en effet nous prétendons que l’indignation, la résistance et la rébellion figurent sur les bulletins électoraux de 2018, mais qu’il n’est pas pour rien au monde dans notre intention d’entrer en compétition avec les partis et toute la classe politique qui nous doit encore beaucoup ; chaque mort, chaque disparu, chaque prisonnier, chaque expulsion, chaque répression et chaque mépris. Ne vous méprenez pas sur nous, nous ne prétendons pas rivaliser avec eux parce que nous ne sommes pas les mêmes, nous ne sommes pas leurs discours mensongers et pervers. Nous sommes la parole collective d’en bas et à gauche, celle qui secoue le monde lorsque la terre tremble avec des épicentres d’autonomie, et qui nous rend si orgueilleusement différents que :

1. Alors que le pays est submergé dans la peur et la terreur qui naissent des milliers de morts et de disparus, dans les municipalités de la montagne et de la côte du Guerrero, nos peuples ont créé les conditions d’une sécurité et d’une justice véritable ; à Santa María Ostula, dans le Michoacán, le peuple nahua s’est uni à d’autres communautés indiennes pour maintenir la sécurité entre les mains des peuples, où l’épicentre de la résistance est l’assemblée communale d’Ostula, garante de l’éthique d’un mouvement qui s’est étendu aux municipalités d’Aquila, Coahuayana, Chinicuila et Coalcomán. Sur le plateau purépecha la communauté de Cherán a démontré que par l’organisation, en sortant les politiciens de leurs structures du mauvais gouvernement et en exerçant ses propres formes de sécurité et de gouvernement, on peut non seulement construire la justice, mais aussi que, comme dans d’autres géographies du pays, seulement à partir d’en bas, et depuis la rébellion se reconstruisent de nouveaux pactes sociaux, autonomes et justes. Et nous ne cessons et ne cesserons pas de construire à partir d’en bas la vérité et la justice niée aux 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, au Guerrero, disparus, aux 3 compagnons étudiants qui ont été assassinés et aux compagnons blessés, tous par le narco-gouvernement mexicain et ses forces répressives. Pendant ce temps, les mauvais gouvernements criminalisent la lutte sociale, la résistance et la rébellion, en persécutant, harcelant, faisant disparaître, emprisonnant et assassinant des hommes et des femmes accomplies qui luttent pour des causes justes.

2. Alors que la destruction gagne tous les coins du pays, sans connaître de limites, éloignant l’appartenance à la terre et au sacré, le peuple Wixárika, avec les comités de défense de la vie et de l’eau de l’altiplano de San Luis Potosi ont démontré qu’il est possible de défendre un territoire, son environnement et équilibres, en se basant sur la reconnaissance que nous ne formons qu’un avec la nature, avec une vision sacrée qui renouvelle chaque jour les liens ancestraux avec la vie, la terre, le soleil et les ancêtres, incluant 7 municipalités sur le territoire sacré cérémonial de Wirikuta dans l’État de San Luis Potosi.

3. Alors que les mauvais gouvernements déforment les politiques de l’État en matière d’éducation en la mettant au service des entreprises capitalistes afin qu’elle cesse d’être un droit, les peuples autochtones créent des écoles primaires, des collèges, des lycées et des universités avec leurs propres systèmes éducatifs, fondés sur la protection de notre terre mère, la défense du territoire, sur la production, les sciences, les arts, sur nos langues et bien que la majorité de ces processus se développe sans soutien d’aucun niveau du mauvais gouvernement, ils sont au service de toutes et tous.

4. Alors que les médias de communication à gages, porte-voix de ceux qui prostituent chacun des mots qu’ils diffusent et qui trompent les peuples des campagnes et des villes en les endormant, font passer pour des délinquants ceux qui pensent et défendent ce qui leur appartient, qu’ils présentent toujours présentés comme des méchants, des vandales, des inadaptés ; alors que ceux qui vivent de l’ignorance et la petitesse sont présentés comme socialement bons, et ceux qui oppriment, répriment, exploitent et spolient sont toujours les bons, ceux qui méritent d’être respectés et de gouverner pour se servir ; pendant ce temps, les peuples ont créé leurs propres médias de communication inventant des formes diverses pour que la conscience ne soit pas obscurcie par les mensonges que les capitalistes imposent, qu’ils utilisent en plus pour renforcer l’organisation d’en bas, d’où naît chaque parole vraie.

5. Alors que la « démocratie » représentative des partis politiques est devenue une façon de moquer la volonté populaire, où les votes s’achètent et se vendent comme une marchandise de plus et se manipulent par la pauvreté dans laquelle les capitalistes maintiennent les sociétés des campagnes et des villes, les peuples autochtones continuent à prendre soin et à renforcer des formes de consensus et des assemblées comme organes de gouvernement où la voix de toutes et tous deviennent des accords profondément démocratiques, incluant des régions entières par le biais d’assemblées discutant les accords d’autres assemblées qui elles-mêmes surgissent à leur tour de la volonté profonde de chaque famille.

6. Alors que les gouvernements imposent leurs décisions au bénéfice d’un petit nombre, supplantant la volonté collective des peuples, criminalisant et réprimant ceux qui s’opposent à leurs projets de mort qu’ils imposent sur le sang de nos peuples, comme pour le Nouvel Aéroport de la Ville de Mexico, feignant de consulter pendant qu’ils imposent la mort, nous, peuples autochtones pratiquons en permanence la consultation préalable, libre et informée à des échelles petites ou grandes.

7. Alors qu’avec leurs privatisations les mauvais gouvernements remettent la souveraineté énergétique du pays aux mains d’intérêts étrangers et que le coût élevé de l’essence révèle le mensonge capitaliste qui n’ouvre la voie qu’aux inégalités et à la réponse rebelle des peuples indiens et non-indiens du Mexique, que les puissants ne pourront ni occulter ni faire taire ; nous, les peuples, faisons front et luttons pour stopper la destruction de nos territoires par le fracking, les parcs éoliens, les mines, les puits de pétrole, les gazoducs et les oléoducs dans des États comme ceux de Veracruz, Sonora et Sinaloa, de Basse Californie, Morelos, Oaxaca, et du Yucatán, ainsi que tout le territoire national.

8. Alors que les mauvais gouvernements imposent une alimentation toxique et transgénique à tous les consommateurs des campagnes et des villes, les peuples mayas maintiennent une lutte infatigable afin d’arrêter la culture d’OGM dans la péninsule du Yucatán et dans tout le pays afin de conserver la richesse génétique ancestrale, qui représente en outre notre vie et organisation collective, et qui est la base de notre spiritualité.

9. Alors que la classe politique ne fait que détruire et promettre, nous, les peuples, construisons non pour gouverner mais pour exister dans l’autonomie et la libre détermination.

Nos résistances et rébellions constituent le pouvoir d’en bas, elles n’offrent ni promesses ni bonnes idées, mais des processus réels de transformation radicale où toutes et tous participent et qui sont tangibles dans les diverses et gigantesques géographies indiennes de cette nation. C’est pourquoi en tant que Congrès national indien, 43 peuples de ce pays réunis en ce Ve Congrès, nous nous sommes DÉCIDÉS ENSEMBLE de nommer un Conseil indien de gouvernement avec pour représentants des femmes et des hommes de chacun des peuples, tribus et nations qui le composent. Et que ce conseil se propose de gouverner ce pays. Et qu’il aura comme voix une femme indienne du CNI, c’est-à-dire qui ait du sang indien et qui connaisse sa culture. Ou encore qu’il aura comme porte-parole une femme indienne du CNI qui sera candidate indépendante à la présidence du Mexique lors des élections de l’année 2018.

C’est pour cela que le CNI, comme Maison de tous les peuples, nous sommes les principes qui configure l’étique de notre lutte et dans laquelle ont une place tous les peuples autochtones de ce pays, ces principes qu’habite le Conseil indien de gouvernement sont :

Obéir et non commander
Représenter et non supplanter
Servir et non se servir
Convaincre et non vaincre
Descendre et non monter
Proposer et non imposer
Construire et non détruire

C’est ce que nous avons inventé et réinventé non par goût, mais comme l’unique manière que nous avons de continuer à exister, c’est-à-dire que ces nouveaux chemins tirés de la mémoire collective de nos propres formes d’organisation sont le produit de la résistance et de la révolte, du faire front chaque jour à la guerre qui n’a jamais cessé et qui n’a jamais pu en finir avec nous. Ces formes nous ont permis, non seulement de tracer la voie pour la reconstitution intégrale des peuples, mais aussi de construire de nouvelles formes civilisatrices, des espoirs collectifs qui deviennent communautaires, municipaux, régionaux, étatiques et qui apportent des réponses précises aux problèmes réels du pays, loin de la classe politique et de sa corruption.

De ce Ve Congrès national indien nous appelons les peuples autochtones de ce pays, les collectifs de la Sexta, les travailleurs et travailleuses, fronts et comités de lutte des campagnes et des villes, la communauté étudiante, intellectuelle, artistique et scientifique, la société civile non organisée et toutes les personnes de cœur à serrer les rangs et à passer à l’offensive, à démonter le pouvoir d’en haut et à nous reconstituer non seulement comme peuples, mais aussi comme pays, d’en bas et à gauche, à nous unir en une seule organisation où la dignité sera notre dernier mot et notre première action. Nous vous appelons à nous organiser et à arrêter cette guerre, à ne pas avoir peur de nous construire et de nous semer sur les ruines laissées par le capitalisme.

C’est ce que nous demande l’humanité et notre mère qui est la terre, nous comprenons là que le temps de la dignité rebelle est venu et nous le concrétiserons en convoquant une assemblée constitutive du Conseil indien de gouvernement pour le Mexique durant le mois de mai 2017. À partir de ce moment-là, nous établirons des ponts en direction des camarades de la société civile, des médias de communication et des peuples autochtones pour faire trembler la terre en ses centres, vaincre la peur et récupérer ce qui revient à l’humanité, à la terre et aux peuples, par la récupération des territoires envahis ou détruits, la présentation des disparus du pays, la liberté de tous les prisonniers et les prisonnières politiques, par la vérité et la justice pour les assassinés, par la dignité des campagnes et des villes. C’est-à-dire, n’en doutez pas, nous mettrons toutes nos forces dans la lutte, car nous savons que nous avons peut-être ici la dernière occasion, en tant que peuples autochtones et en tant que société mexicaine, de changer pacifiquement et radicalement nos propres formes de gouvernement, en faisant de la dignité l’épicentre d’un monde nouveau.

Depuis Oventik, territoire zapatiste, Chiapas, Mexique
Plus jamais un Mexique sans nous
Congrès national indien
Armée zapatiste de libération nationale


  • Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3400.
  • Traduction française publiée sur le site Enlace zapatista le 10 janvier 2017. Traduction revue et modifiée par DIAL.
  • Source (espagnol) : Enlace zapatista, 1er janvier 2017.
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Dans Le Devoir du 3 mars, nous apprenons que « Justin Trudeau sera le conférencier vedette d’un événement qui réunira, au Texas, les principales multinationales des énergies fossiles, dont celles actives dans l’exploitation des sables bitumineux » et que « M. Trudeau  prononcera le discours principal de la conférence CERAWeek, qui se tient du 6 au 10 mars à Houston, au Texas ».[1] Dans ma naïveté, je croyais que M. Trudeau s’était auto-proclamé un leader dans la lutte aux changements climatiques lors de la Conférence de Paris! Quelle déception de voir ses rêves de jeunesse s’évanouir devant la dure réalité!

De façon cynique, on pourrait dire qu’après les belles promesses du leader libéral, puis la belle répartie du « parce que nous sommes en 2015 », le Canada reprend la politique du business as usual. Et pour la transparence, nous aurions droit à l’évolution normale de la politique canadienne puisqu’une conférence avec M. Trudeau ne coûte plus seulement 1 500 $ à chaque participant comme en 2016.[2] Lorsque que M. Trudeau va à « Trumpland », les participants qui souhaitent assister à l’événement durant toute la semaine doivent débourser l’équivalent de 10 300 $ canadiens. Le beau Justin qui a fait de beaux discours au sujet de la transition énergétique et de la réduction des émissions de carbone recevra des dirigeants de l’industrie des hydrocarbures « le prix du leadership mondial en matière d’énergie et d’environnementpour souligner son engagement envers la durabilité énergétique et environnementale ».

Parler de « durabilité énergétique et environnementale » devant les promoteurs des énergies fossiles non renouvelables lesquels, pour la plupart, sont d’ardents climatonégationnistes, faut le faire! Pourtant, le commissaire de l’Union européenne chargé de l’action pour le climat et de l’énergie, M. Miguel Arias Cañete, déclare : « Le Canada et l’UE sont engagés à mettre en vigueur Paris…Désormais, nous avons une tâche commune — nous devons implanter la convention-cadre de Paris. »[3] Diantre! Est-ce que les dirigeants de l’industrie pétrolière lui décerneraient un prix parce qu’il condamne leur industrie au nom de l’environnement?

Cette conférence de M. Trudeau à Houston le mettrait-elle en contradiction avec tous les objectifs de réduction des GES? Comme le dit un rapport que je traduis, il n’y a aucun scénario où une augmentation de la production des sables bitumineux permette d’atteindre les objectifs de Paris. Malgré une action diplomatique positive à Paris, l’approbation d’un pipeline rend ces objectifs impossibles.[4]

M. Trudeau n’a pas approuvé un pipeline, mais trois! Il a approuvé la réfection de la ligne 3 d’Enbridge, celle de TransMountain de Kinder-Morgan sans oublier le gazoduc Pacific NorthWest LNG. Et voilà qu’il se réjouit de l’approbation de Keystone XL! Il est même tout heureux que l’acier pour les tuyaux ne soit pas soumis aux visées protectionnistes de M. Trump; cela s’appelle branler la queue comme un gentil petit chien devant ses patrons qui ont payé une fortune pour venir le voir faire le pitre durant la grand-messe de l’industrie pétrolière![5]

Avec cette conférence, M. Trudeau semble avoir choisi définitivement son camp; ce n’est plus simplement tenter de réconcilier les intérêts disparates des diverses régions du Canada; ce que j’ai appelé jouer avec la patate chaude. Il choisit de poursuivre la politique de M. Harper tout en y mettant un visage plus photogénique. Toutes les belles paroles en faveur de la lutte aux changements climatiques sont les leurres d’un grand parleur qui n’est qu’un petit (très petit) faiseur.

Les actions concrètes de M. Trudeau en faveur de l’industrie pétrolière peuvent se résumer dans ce vers du dramaturge Jean Racine :

« Je perds trop de moments en des discours frivoles :

Il faut des actions, et non pas des paroles. »[6]

Gérard Montpetit

Le 6 mars 2017

Membre du CCCPEM (Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain)

 

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Al pueblo de Cuba:

La Revolución cubana representa un hito fundamental en la historia de la Humanidad, pues cuestiona la legitimidad del capitalismo mundial. En las principales regiones del mundo, la Revolución cubana ha sido fuente de inspiración en la lucha implacable contra la dominación neo-colonial y el imperialismo estadounidense.

Hoy el mundo se encuentra en una encrucijada crítica. En este momento de nuestra historia, la mayoría de los movimientos progresistas « auténticamente » comprometidos con el socialismo han sido destruidos y derrotados por Estados Unidos y la Organización del Tratado de Atlántico Norte (OTAN) a través de guerras, intervenciones militares, campañas de desestabilización, cambios de régimen, golpes de Estado, « golpes « blandos ».

Los movimientos progresistas así como « la Izquierda » en Europa Occidental y Estados Unidos, en gran medida han sido cooptados, financiados regularmente por fundaciones empresariales de élite.

El proyecto socialista en Cuba, sin embargo, prevalece a pesar del bloqueo económico impuesto por Estados Unidos, las operaciones de espionaje de la Agencia Central de Inteligencia (CIA, por sus siglas en inglés) y las triquiñuelas políticas.

Mientras el legado de Fidel Castro viva, no nos hagamos ilusiones, la intención de Washington no se restringirá solamente a la destrucción de la Revolución cubana, sino también buscará borrar la historia del socialismo.

Diseño diabólico elaborado en Washington

Actualmente hay indicios de que los políticos de Washington contemplan un « cambio de régimen » en Cuba. La administración Trump ha sido contundente en este sentido. Las repercusiones se harán sentir en toda América Latina.

Durante la campaña electoral, Trump « se comprometió a revertir la orden ejecutiva del presidente Obama presentada como « La normalización Estados Unidos-Cuba » (una misiva conformada por 12 páginas oficialmente conocida como « PPD-43 »). (The Nation, Octubre 2017). Sin declaración alguna sobre el tema tras su inauguración presidencial, Trump aún no lleva a cabo la medida.

Es importante destacar la decisión de Trump de colocar a la doctora Judy Shelton al frente de la Fundación Nacional para la Democracia (NED, por sus siglas en inglés), un ‘think-tank’ financiado y encaminado a incentivar cambios de régimen. Como ex vicepresidente de la NED, Shelton estuvo « directamente involucrada en legitimar el otorgamiento de préstamos respaldados por Estados Unidos para la subversión en Cuba como parte de un plan que durante décadas ha buscado derrocar al gobierno de La Habana y ampliar la hegemonía estadounidense en la región caribeña ».

En cuanto a « La normalización Estados Unidos-Cuba » pensada por la administración de Trump, no cabe duda de que se trata de un intento de restauración del capitalismo a través de actos de sedición, infiltración, etc., combinados a su vez con la imposición de reformas económicas de tipo neoliberal, incluyendo una « poderosa medicina económica » que sería administrada por el Fondo Monetario Internacional (FMI). El aspecto crucial es cómo es que Cuba y el pueblo cubano, en el contexto actual, van a responder a estas amenazas.

¿Cómo planea Washington llevar a cabo este plan? Fundamentalmente a través de:

1) Medidas que contribuyan a desestabilizar la economía cubana y su sistema monetario.

2) Procedimientos que conduzcan a una eventual incrustación de la economía cubana en el entramado del FMI, el Banco Mundial y la Organización Mundial de Comercio (OMC), incluida una serie de condicionamientos políticos que desmantelen los programas sociales en Cuba, el racionamiento de los bienes de consumo esenciales, etc.

3) Para alcanzar sus objetivos, Washington y sus aliados europeos han concebido durante años diversos mecanismos encubiertos de infiltración y cooptación con el fin de influir en los responsables políticos en el gobierno, los directivos de las empresas del sector público, así como en los intelectuales. En este sentido, Washington depende también de sus socios europeos que mantienen relaciones bilaterales con Cuba.

 

Fidel Castro Ruz y Michel Chossudovsky, Octubre de 2010

Este artículo se va a concentrar, fundamentalmente, en las actividades del ala derecha europea a través de fundaciones implicadas en el financiamiento de grupos de expertos y centros de investigación de origen cubano.

El objetivo es la cooptación de investigadores, académicos e intelectuales. El plan consiste en construir una « nueva normalidad » que abonará el camino para la incrustación del socialismo cubano en la lógica del capitalismo mundial. Mientras se mantiene la narrativa socialista, este proceso pretende en último término socavar la Revolución cubana, abriendo la puerta a la desregulación económica, la inversión extranjera y la privatización. El « visto bueno » de esta « nueva normalidad » entre los intelectuales cubanos es crucial para alcanzar el objetivo de la restauración capitalista.

Antecedentes: El intervencionismo de Estados Unidos

En los últimos años, las modalidades de intervencionismo de Estados Unidos han cambiado radicalmente: El impulso de la política exterior de Estados Unidos consiste en buena medida en la desestabilización de países soberanos a través de un proceso de « cambio de régimen » (también conocido como “revolución de color”). Este último consiste en la desestabilización de la economía local, la manipulación de las elecciones nacionales, la cooptación de intelectuales de izquierda, el soborno de líderes políticos, el financiamiento de los partidos de la oposición, violencia y apuntalamiento de los movimientos de protesta.

En América Latina, las dictaduras militares pro-estadounidenses han sido sustituidas por « democracias » pro-estadounidenses. A su vez, las reformas económicas neoliberales, bajo la dirección del Banco Mundial y el FMI, han servido para empobrecer a la población, produciendo así condiciones que favorecen la protesta, así como las luchas sociales y políticas.

Además del fraude en las elecciones en América Latina y el apuntalamiento de los movimientos de protesta, la cooptación de intelectuales de izquierda es financiada tanto por Estados Unidos, fundaciones europeas y Organizaciones No Gubernamentales (ONG), con fuertes vínculos con los aparatos de inteligencia estadounidense.

La Fundación Nacional para la Democracia (NED) creada en 1983 junto con otras fundaciones con sede en Estados Unidos ha tomado la batuta. Oficialmente, el mandato de la NED consiste en promover la democracia y los derechos humanos en los países en desarrollo.

Pero en realidad, la NED es un brazo no oficial de la CIA. Según el ex presidente de la NED, Carl Gershman:

« Sería terrible para los grupos democráticos de todo el mundo ser vistos como entes subvencionados por la CIA… no hemos tenido la capacidad de hacer esto, y es por eso que se ha creado la Fundación ».

En palabras del primer presidente de la NED, Alan Weinstein: « Mucho de lo que hacemos hoy ya se hacía hace 25 años por la CIA pero de forma encubierta » (The Washington Post, 22 de septiembre de 1991).

El Proyecto NED en Cuba: Intromisión a través de la « puerta trasera »

Mientras que la NED está prohibida en Cuba, no obstante realiza operaciones de financiamiento de modo indirecto -a través de fundaciones y diversas ONG ubicadas en Florida- en un gran número de los denominados « proyectos de la democracia ». Muchos de estos socios (localizados en Estados Unidos), que incluyen la Dirección Democrática Cubana (Directorio), el Instituto Cubano por la Libertad de Expresión y Prensa, y el Observatorio Cubano de Derechos Humanos, tienen vínculos con los servicios de inteligencia estadounidense. Históricamente, la NED ha funcionado a través de socios de la Unión Europea con vínculos bilaterales formales con Cuba.

En relación a Alemania, la Fundación Friedrich Ebert (vinculada al Partido Socialdemócrata), el Hans Böll Stiftung (Partido Verde) y la Hanns Seidel Stiftung (vinculada al ala derecha del Partido Demócrata Cristiano de Baviera (CSU)) mantienen acuerdos con Cuba.

Agente de Estados Unidos: La Fundación Hanns Seidel es un instrumento del ala derecha del partido CSU de Baviera

Este ensayo se centrará principalmente en el papel de la Fundación Hanns Seidel, haciendo referencia específicamente al papel que ha desempeñado en Cuba y Venezuela.

La Hanns Seidel Stiftung (HSS), a través de la derecha Baviera CSU, tiene una relación directa con el gobierno de Angela Merkel que, en muchos aspectos, es considerada un agente al servicio de Estados Unidos Históricamente, las actividades de la HSS han abarcado el apoyo a las políticas intervencionistas puestas en marcha por el ala derecha europea.

Muchas de las actividades de la HSS en los países en desarrollo así como en Europa del Este, se efectúan en colaboración con fundaciones estadounidenses, incluyendo la NED y la Fundación Open Society. La HSS también tiene vínculos con una gran variedad de grupos de pensamiento, incluyendo Chatham House (Instituto Real de Asuntos Internacionales) y el American Enterprise Institute. Es organizadora de conferencias, así como de programas de capacitación en colaboración con la OTAN, la Unión Europea y el gobierno alemán.

La Hanns Seidel Stiftung (HSS) ha intervenido en muchos países, de forma regular lo hace en colaboración con la NED y el Departamento de Estado de Estados Unidos. A principios de la década de 1990 participó en la llamada « revolución naranja » en Ucrania, provocando pobreza masiva y desestabilización de la economía ucraniana.

Más recientemente, la Hanns Seidel (HSS) ha construido fuertes vínculos con el régimen actual de Kiev, en gran parte con el fin de hacer frente a Moscú y llevar adelante la desestabilización de Donbass.

La HSS a través de su oficina de Washington realiza consultas de forma recurrente con el gobierno de Estados Unidos, el Congreso, grupos de expertos, incluidas las principales fundaciones asociadas.

La HSS actúa también en colaboración con fundaciones con sede en Estados Unidos, incluyendo la NED, la Fundación Ford y la Fundación Open Society.

HSS sigue manteniendo estrechos vínculos con el régimen de Kiev el cual, hay que decirlo, está integrado por dos bloques neonazis. La CSU y el HSS tienen vínculos informales con el servicio de inteligencia alemán, la Bundes Nachrichtendienst (BND).

Una de las principales actividades de la Fundación Hanns Seidel ha sido la cooptación de intelectuales de izquierda y académicos. Esto se ha llevado a cabo a través del financiamiento de grupos de pensamiento que están detrás de la toma de decisiones políticas clave así como de los institutos de investigación.

La Fundación Hanns Seidel en Venezuela

Es importante destacar que la Fundación Hanns Seidel (HSS) participó activamente en el financiamiento del candidato opositor Henrique Capriles Radonski en las elecciones de Venezuela el año 2012. Sus actividades se extienden mucho más allá de su apoyo a la candidatura de Capriles. En su informe trimestral, la HSS reconoce abiertamente su inconformidad con el proceso bolivariano. En este sentido, el HSS participó en la organización de una serie de conferencias en contra del gobierno [venezolano], en buena medida con el objetivo de defender el capitalismo de libre mercado (neoliberalismo) y desprestigiar al gobierno de Chávez. La HSS se utilizó también para crear vínculos con los partidos de derecha, incluyendo Copei y Primero Justicia.

Vale la pena señalar que hace más de 40 años, los partidos CDU y CSU (a la que la Fundación Hanns Seidel está afiliada) estaban involucrados en el otorgamiento de apoyos financieros a los protagonistas del golpe militar contra el presidente [de Chile] Salvador Allende. Y como consecuencia del golpe, luego proporcionaron ayuda económica al gobierno militar de Augusto Pinochet.

La HSS aún está involucrada en Venezuela, financiando una serie de proyectos. Su objetivo declarado es la desestabilización del gobierno bolivariano.

La Hanns Seidel, en representación de la CSU de Baviera, está metida además en el escenario político de varios países latinoamericanos como Ecuador, Colombia, Argentina y Bolivia. En Ecuador, la CSU a través la Hanns Seidel está cooperando con la Corporación Autogobierno y Democracia, la Fundación Acción y Desarrollo Comunitario (ACDECOM) y otras organizaciones de este tipo.

La Fundación Hanns Seidel en Cuba

Ahora voy a colocar el foco de atención en Cuba, centrándome en una actividad específica de la Fundación Hanns Seidel en la que yo estuve involucrado personalmente.

En octubre de 2015, fui invitado a participar en un evento internacional del Centro de Investigaciones de Política Internacional (CIPI), un centro de investigación y ‘think-tank’ que está afiliado al Ministerio de Asuntos Exteriores. El tema de la conferencia fue analizar el proceso de transición geopolítica de cara a la normalización de las relaciones diplomáticas entre Cuba y Estados Unidos.

El evento llevaba el título: Transición geopolítica del poder global: Entre la cooperación y el conflicto

El evento fue financiado por la Hanns Seidel Stiftung. Se invitó a estudiosos de Europa Occidental, América Latina, África, Estados Unidos y Canadá.

Pocas semanas después de que acepté participar en el evento organizado por el CIPI, recibí un mensaje de la Fundación Hanns Seidel Stiftung informándome que el evento estaba siendo auspiciado por ellos y que estaban dispuestos a financiar la totalidad de mis gastos, incluyendo honorarios. El mensaje señalaba que iban a estar en contacto conmigo para tratar todos los asuntos relacionados con el contrato. También me pidieron que presentara una « propuesta de servicios » (oferta por mis servicios profesionales).

Yo estaba plenamente consciente de la historia detrás de la HSS, especialmente tenía conocimiento de la forma en que habían intervenido en las elecciones presidenciales de Venezuela de 2012 a favor de Capriles Radonski, con el fin de socavar en último término, a Hugo Chávez.

Me quedé muy sorprendido por el hecho de que la CIPI había solicitado fondos de la HSS. La intención de la HSS (actuando en nombre de la CSU de Baviera, un partido de derecha), en colaboración con sus organizaciones asociadas en Washington no era otro sino borrar del mapa el socialismo de Cuba. Todo esto a través de la cooptación de académicos e intelectuales cubanos para, después, dar paso a un proceso de transformación política de gran calado.

Respondí a la invitación HSS señalando tanto a ellos como a los organizadores del CIPI que yo mismo iba a ocuparme del financiamiento de mis gastos de viaje y alojamiento y que no veía ninguna necesidad de recibir financiamiento de parte de la HSS. Esta decisión generó confusión a lo largo de mi participación en la conferencia.

La conferencia de octubre en el año 2015

Lo que ocurrió: Hubieron muy buenas intervenciones de parte de destacados académicos y científicos cubanos y latinoamericanos sobre una gran variedad de temas de relevancia. Pero había varios hoyos negros en el programa [del evento], relacionados sin lugar a dudas con el hecho de que la HSS, vinculada a la CSU de Baviera, era quien estaba financiando el encuentro y, con ello, conseguido imponer sus propias condiciones.

1. Uno de los paneles de discusión tremendamente importante durante la conferencia fue el que abordó la realidad venezolana, centrándose en el futuro del gobierno bolivariano y su relación histórica con Cuba.

Sorprendentemente, ni un solo participante de Venezuela había sido invitado a la conferencia, con lo cual, se saboteó todo diálogo y debate entre los intelectuales de Cuba y Venezuela.

Todas las ponencias sobre Venezuela fueron de estudiosos de origen cubano.

Sin duda, la HSS había bloqueado la invitación de los intelectuales progresistas venezolanos comprometidos con la revolución bolivariana. El tema de la conferencia (es decir, la transición y la normalización con Estados Unidos) es de importancia crucial tanto para Cuba como para Venezuela.

Debe entenderse que, en el contexto actual, el futuro del socialismo cubano depende en gran medida del mantenimiento y la construcción de [buenas] relaciones entre Cuba y Venezuela en el marco de la revolución bolivariana. Así, la HSS se empeñó en negar diálogo político y debate entre los intelectuales de Cuba y Venezuela. El objetivo de la HSS era torpedear y debilitar la larga relación entre Cuba y el gobierno bolivariano de Venezuela. Irónicamente, nadie entre los organizadores y los participantes cubanos estaba al tanto de las triquiñuelas políticas que la Fundación Hanns Seidel había cometido en Venezuela.

En contraste, el panel de discusión sobre México incluyó cuatro distinguidos académicos de México. Había una delegación numerosa de mexicanos, así como de otros países de América Latina. Pero no se invitó a un solo venezolano.

2. En la sesión de la política exterior de Estados Unidos se incluyó al académico israelí Yossi Mekelberg, asociado con Chatham House, Instituto Real de Asuntos Internacionales (Reino Unido), un grupo de pensamiento de origen británico súper reaccionario, vinculado con el Consejo de Relaciones Exteriores (CFR, por sus siglas en inglés) con sede en Washington.

La ponencia del académico israelí puso de relieve una interpretación sesgada de lo que estaba ocurriendo en Siria y Palestina. La insurgencia terrorista comandada por Estados Unidos en Siria se presentó casualmente como una « guerra civil », los palestinos fueron tachados de terroristas, y el presidente Bashar al Assad fue acusado de matar a su propia gente, de la misma forma que lo han venido acusando los medios de comunicación corporativos de Estados Unidos y el Reino Unido.

De acuerdo con Mekelberg, citado por la revista Newsweek, el ISIS « se parece » a los palestinos:

http://europe.newsweek.com/netanyahu-ramming-atttacks-isis-palestinians-inspired-541097?rm=eu

Los académicos cubanos que participaban en este panel de discusión no se tomaron ni siquiera la molestia de responder o expresar su desacuerdo.

La pregunta es ¿Por qué este individuo (afiliado a la Chatham House, de apoyo del régimen sionista de Tel Aviv) es invitado a la Cuba socialista por un centro de investigación asociado con el Ministerio de Asuntos Exteriores de Cuba?

Históricamente, Cuba ha hecho patente su solidaridad con Palestina, lo mismo con las luchas de los pueblos de Siria e Irak, que actualmente son blancos de actos de agresión militar de parte de Estados Unidos y la OTAN.

¿Por qué no invitar a un experto socialista comprometido de origen palestino a debatir la política exterior de Estados Unidos? ¿O es que haberlo hecho contravenía las condiciones impuestas por el ala derecha de CSU de Baviera a través de la Fundación Hanns Seidel (HSS)?

3. Otro panel de discusión se centró en el tema de Ucrania. Entre los participantes se encontraba el presidente del Instituto Internacional para la Paz con sede en Viena, el profesor Hannes Swoboda, un (ex) miembro del Parlamento Europeo. Swoboda esbozó su apoyo a las operaciones de Estados Unidos y la OTAN en Europa del Este dirigidas en contra de Rusia, así como su respaldo al actual régimen de Kiev (integrado por dos bloques neonazis). Tampoco hubo reacción de parte de los intelectuales cubanos que participaron en esta discusión.

No lo olvidemos, el gobierno cubano ha expresado su solidaridad con el pueblo de Donbass y Crimea. A su vez, la gente de Donbass hizo expresa su solidaridad con Cuba y las enseñanzas de Fidel Castro (Véase más adelante). Pero nada de esto fue uno de los temas a discutir dentro de la conferencia organizada por el CIPI.

En palabras de Fidel Castro:

Cuba, que siempre ha destacado su solidaridad con el pueblo de Ucrania, y en los días difíciles de la tragedia de Chernóbil proporcionado atención médica a muchos niños afectados por la radiación nociva producto del accidente, siempre dispuesta a seguirlo haciendo, no puede dejar de expresar su repudio a la acción del gobierno anti-ruso, anti-ucraniano y pro-imperialista [Kiev]. (14 de julio de 2014)

Hannes Swoboda, invitado a Cuba por el CIPI es, ni más ni menos, un « anti-ruso, anti-ucraniano y pro-imperialista ». Como eurodiputado, inició (junto con otros diputados) las gestiones en el Parlamento Europeo para avalar las incursiones de la OTAN en contra de  Rusia, solicitando apoyo para el régimen ilegítimo Kiev. (Véase abajo)

Reflexiones finales: El legado de Fidel Castro                

Deseo sinceramente que los argumentos esgrimidos en el presente artículo sean puestos a discusión en Cuba. El gobierno cubano tiene por misión proteger los logros de la Revolución. En el contexto actual, esta no es una tarea sencilla. Como se ha señalado en la introducción, Washington tiene la intención no solamente de destruir la Revolución cubana, sino de borrar toda la historia del socialismo.

La intención de las fundaciones occidentales -operando directa o indirectamente, en nombre de Washington- no es otra sino la de producir grietas al interior de la sociedad cubana, a través de la infiltración y la cooptación, cuyo objetivo último es la restauración del capitalismo.

Estos mecanismos también se ven facilitados por el sistema de doble moneda en Cuba, situación que ha permitido a la Hanns Seidel y otras fundaciones europeas realizar pagos a grupos de pensamiento e institutos de investigación de origen cubano en moneda convertible (CUC).

El incremento de la « dolarización » entre los precios de consumo al por menor (expresado en CUC) propicia el empobrecimiento y las desigualdades sociales.

Los cubanos están muy conscientes de la escalada de esta crisis: las personas que obtienen ingresos en pesos convertibles CUC han ganado poder adquisitivo. Por el contrario, aquellos cuyos ingresos están denominados en pesos cubanos no convertibles, se han visto marginados de la economía de consumo en CUC.

La estrategia de amplio espectro ejecutada por Washington es la de poner en marcha medidas que contribuyan a desestabilizar la economía cubana y su sistema monetario, es decir, cualquier acción orientada a reintegrar a Cuba en una economía dolarizada mundial.

Las medidas de Washington contemplan además reintegrar a la economía cubana a la larga en el entramado del FMI, el Banco Mundial y la OMC, incluida la imposición de condicionalidades como parte de las políticas dirigidas hacia el desmantelamiento de los programas sociales de Cuba, el racionamiento de los bienes de consumo esenciales, etc.

Es decisivo poner un alto a todas estas iniciativas. El debate y la discusión sobre los mecanismos de la « normalización capitalista » son cruciales, tanto en Cuba como en el plano internacional.

Es que una narrativa revolucionaria en sí misma no puede soportar el legado de Fidel, a menos que esté respaldada por acciones concretas y políticas diseñadas cuidadosamente.

Los mecanismos de la restauración capitalista así como los distintos modos de interferencia política y de ingeniería social deben abordarse con firmeza y seriedad.

La batalla contra la guerra y el neoliberalismo sigue en pie.

Por la erradicación del neoliberalismo y la militarización que destruye las vidas de las personas,

Por la penalización absoluta de las guerras imperiales impulsadas por Estados Unidos,

Por un mundo de justicia social con una auténtica « responsabilidad de proteger » a los demás seres humanos,

Larga vida a Fidel Castro Ruz

Michel Chossudovsky

Artículo original en inglés:

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To the People of Cuba: Is Washington Preparing a “Soft Coup”? The Co-optation of Cuban Intellectuals, publicado el 6 de marzo de 2017.

Traducido por Ariel Noyola Rodríguez para el Centro de Investigación sobre la Globalización (Global Research).

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Il Pentagono della Pinotti

mars 7th, 2017 by Manlio Dinucci

La ministra Pinotti ha un sogno: un Pentagono italiano, ossia un’unica struttura per i vertici di tutte le forze armate, una copia in miniatura di quello statunitense. Il sogno sta per diventare realtà.

La nuova struttura, annuncia la ministra in un’intervista a Repubblica, è già in fase progettuale ed è previsto un primo stanziamento nel budget della Legge di stabilità. Sorgerà nella zona aeroportuale di Centocelle a Roma, dove c’è spazio per costruire altri edifici e infrastrutture. A Centocelle, dove è stata trasferita anche la Direzione generale degli armamenti con il suo staff di 1500 persone, c’è già il Comando operativo di vertice interforze, attraverso cui il Capo di stato maggiore della Difesa comanda tutte le operazioni delle forze armate. Anzitutto quelle all’estero: l’Italia è impegnata in 30 missioni militari in 20 paesi, dal Kosovo all’Iraq e all’Afghanistan, dalla Libia alla Somalia e al Malì. Dato che in ciascuna partecipano componenti di tutte le forze armate, spiega la ministra, occorre un comando unico interforze con sede a Centocelle.

Viene così attuato, ancor prima che venga discusso in parlamento, il disegno di legge sulla implementazione del «Libro Bianco per la sicurezza internazionale e la difesa», presentato il 10 febbraio dal Consiglio dei ministri. È quindi già in atto il golpe bianco che, nel silenzio generale, sovverte le basi costituzionali della Repubblica italiana, riconfigurandola quale potenza che interviene militarmente  nelle aree prospicienti il Mediterraneo – Nordafrica, Medioriente, Balcani – a sostegno dei propri «interessi vitali» economici e strategici, e ovunque nel mondo siano in gioco gli interessi dell’Occidente rappresentati dalla Nato sotto comando Usa.

Occorrono a tal fine nuovi armamenti. Ad esempio i primi due aerei Gulfstream 550 modificati, che l’Italia ha appena ricevuto da Israele al prezzo di circa un miliardo di dollari: veri e propri comandi volanti, dotati dell’elettronica  più avanzata, per missioni di attacco a lungo raggio.

Occorrono allo stesso tempo professionisti della guerra, capaci di usare le nuove tecnologie e di combattere in lontani paesi nelle più diverse condizioni ambientali. «Abbiamo bisogno di soldati giovani, – spiega la ministra Pinotti – la chiave sta nell’arruolare persone a 19-20 anni, offrirgli un pacchetto formativo importante per sette anni della loro vita, insegnando lingue e professionalità. Se si ritroveranno sul mercato a 26-27 anni non sarà difficile trovare un’altra occupazione anche perché ci impegniamo a costruire nuove opportunità di lavoro con percorsi legislativi».

In una situazione di disoccupazione e precariato, si offre cosi ai giovani il modo per guadagnare e avere un posto sicuro: la guerra. E ai professionisti della guerra, agli ordini del Pentagono italiano, viene affidata nel disegno di legge anche la «salvaguardia delle libere istituzioni» con «compiti specifici in casi di straordinaria necessità ed urgenza», formula vaga che si presta a misure autoritarie e a strategie eversive.

Tutto questo costa. L’Italia, annuncia la Pinotti, anche se non è ancora in grado di portare la spesa  per la «difesa» al 2% del Pil come richiede la Nato, la sta incrementando: «Quest’anno siamo all’1,18% del Pil pari a circa 23 miliardi». La ministra ci informa quindi che l’Italia spende per la «difesa» in media 63 milioni di euro al giorno, cui si aggiungono le spese per le missioni militari e i principali armamenti, iscritte nei budget di altri ministeri.

A Roma, mentre divampa il dibattito politico sull’impatto ambientale del nuovo stadio, nessuno si preoccupa dell’impatto sociale del nuovo Pentagono tricolore.

Manlio Dinucci

 

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Le Pentagone de Pinotti

mars 7th, 2017 by Manlio Dinucci

La ministre (de la défense, ndt) Pinotti a un rêve : un Pentagone italien, à savoir une unique structure pour les sommets de toutes les forces armées, une copie en miniature de l’étasunien. Le rêve est sur le point de devenir réalité.

La nouvelle structure, annonce la ministre dans une interview à Repubblica, est déjà en phase conceptuelle et une première allocation est prévue dans le budget de la Loi de stabilité. Il verra le jour dans la zone aéroportuaire de Centocelle à Rome, où existe l’espace pour construire d’autres édifices et infrastructures. A Centocelle, où a aussi été transférée la Direction générale des armements avec son staff de 1500 personnes, se trouve déjà le Commandement opératif de sommet inter-forces, à travers lequel le Chef d’état-major de la Défense commande toutes les opérations des forces armées. Avant tout celles qui sont à l’étranger : l’Italie est engagée dans 30 missions militaires dans 20 pays, du Kosovo à l’Irak et à l’Afghanistan, de la Libye à la Somalie et au Mali. Etant donné qu’à chacune de ces missions participent des composantes de toutes les forces armées, explique la ministre, il faut un commandement unique inter-forces avec siège à Centocelle.

Ainsi est acté, avant même qu’il ne soit discuté au parlement, le projet de loi sur la mise en oeuvre du « Livre Blanc pour la sécurité internationale et la défense », présenté le 10 février par le Conseil des ministres. Donc est déjà en cours le putsch blanc qui, dans le silence général, subvertit les bases constitutionnelles de la République italienne, en la re-configurant en tant que puissance qui intervient militairement dans les aires donnant sur la Méditerranée -en Afrique du Nord, Moyen-Orient, et Balkans- en soutien à ses propres « intérêts vitaux » économiques et stratégiques ; et partout dans le monde où sont en jeu les intérêts de l’Occident représentés par l’Otan sous commandement étasunien.

A cet effet, il faut de nouveaux armements. Par exemple les deux premiers avions Gulfstream 550 modifiés, que l’Italie vient juste de recevoir d’Israël au prix d’environ un milliard de dollars : véritables commandements volants, dotés de l’électronique la plus avancée, pour des missions d’attaque à longue portée.

Il faut en même temps des professionnels de la guerre, capables d’utiliser les nouvelles technologies et de combattre dans des pays lointains dans les conditions environnementales les plus variées. « Nous avons besoin de soldats jeunes -explique la ministre Pinotti- la clé réside dans l’enrôlement de personnes de 19-20 ans, pour leur offrir un important paquet formatif de sept années de leur vie, enseignant des langues et une professionnalité. S’ils se retrouvent sur le marché à 26-27 ans il ne sera pas difficile de trouver un autre emploi y compris parce que nous nous engageons à construire de nouvelles opportunités de travail avec des parcours législatifs ».

Dans une situation de chômage et précariat, on offre ainsi aux jeunes le moyen de gagner leur vie et d’avoir un emploi sûr : la guerre. Et aux professionnels de la guerre, aux ordres du Pentagone italien, est aussi confiée dans le projet de loi la « sauvegarde des libres institutions » avec des « devoirs spécifiques en cas de nécessité extraordinaire et d’urgence », formule vague qui se prête à des mesures autoritaires et à des stratégies subversives.

Tour cela a un coût. L’Italie, annonce Pinotti, même si elle n’est pas encore en mesure de porter la dépense pour la « défense » à 2% du PIB comme le demande l’Otan, est en train de l’augmenter : « Cette année nous sommes à 1,18% du PIB équivalents à environ 23 milliards ». La ministre nous informe ainsi que l’Italie dépense pour la « défense » en moyenne 63 millions d’euros par jour, auxquels s’ajoutent les dépenses pour les missions militaires et les principaux armements, inscrites dans les budgets d’autres ministères.

À Rome, pendant que fait rage le débat politique sur l’impact environnemental du nouveau stade, personne ne se préoccupe de l’impact social du nouveau Pentagone tricolore.

Manlio Dinucci 

Article en italien :

Pinotti défense

Il Pentagono della Pinotti

Edition de mardi 7 mars 2017 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/il-pentagono-della-ministra-pinotti/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Les pays enclavés du Malawi et de la Zambie sont peu connus du reste du monde, mais ils occupent des positions très stratégiques dans les projets d’interconnectivité continentale et les projections de la guerre hybride. La Zambie est située au centre des couloirs nord-sud et est-ouest, tandis que le Malawi – malgré sa pauvreté et son sous-développement – se trouve encore dans un espace stratégique entre les futurs géants gaziers, la Tanzanie et le Mozambique et la future puissance logistique qu’est la Zambie. En raison de l’histoire partagée du Malawi et de la Zambie comme colonies britanniques séparées et en même temps parties de la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, ainsi que leur statut de pays voisins et sans littoral, il convient de discuter des deux dans le même chapitre de la guerre hybride.

Contrairement à la plupart des examens entrepris précédemment, celui-ci sera comparativement plus court en raison de l’absence relative d’informations détaillées sur ces pays. Cela ne devrait cependant pas être interprété comme un indice de leur moindre importance par rapport aux autres États étudiés jusqu’ici. Le Malawi et la Zambie ne sont peut-être pas au centre des préoccupations régionales, mais la tendance a connecter le continent indique qu’ils joueront un rôle stratégique beaucoup plus important à l’avenir, et cela pour deux raisons. La Zambie sera le lieu de transit essentiel entre les couloirs de transport qui s’entrecroisent, tandis que le Malawi restera toujours le perturbateur vulnérable en Afrique australe qui risquerait de gâcher l’ensemble de l’arrangement régional si sa stabilité était remise en cause. Si ce pays reste relativement stable dans l’avenir, il pourrait jouer le rôle de garant géopolitique en empêchant qu’une explosion d’armes de migration de masse fasse dérailler ces projets multipolaires.

La recherche commencera par examiner la position du Malawi entre la Tanzanie, la Zambie et le Mozambique, avant de décrire certains de ses facteurs nationaux et historiques qui pourraient un jour être exploités pour miner sa stabilité. Ensuite, les travaux traiteront de la Zambie et du rôle crucial d’interconnexion qu’elle joue dans le rapprochement des projets de mobilité nord-sud et est-ouest en Afrique. Comme dans le cas du Malawi, la Zambie est également vulnérable à un important scénario de déstabilisation, même si celui-ci risque d’infliger des dégâts encore plus importants que ceux de son voisin et de réduire sérieusement les projets d’intégration transcontinentaux qui devraient traverser le goulet d’étranglement que représente son territoire.

Donner un sens à la géographie du Malawi

Contradictions régionales

Le Malawi pourrait sembler à beaucoup n’être qu’une bande de terre sur la côte occidentale du lac Malawi / Nyasa (s’ils avaient même une vague idée d’où se trouvait le pays), mais il occupe effectivement une position avantageuse au carrefour de trois États très importants. Comme cela a été expliqué dans l’introduction du chapitre, la Tanzanie et le Mozambique sont deux des géants énergétiques les plus prometteurs au monde, tandis que la Zambie est l’emplacement des réseaux de logistique intercontinentale planifiés. Même si le Malawi n’est directement lié à aucun d’entre eux, il est cependant assez proche pour que toute déstabilisation humanitaire dans le pays puisse provoquer une sortie débilitante d’armes de migration de masse qui pourraient interférer avec la viabilité de ces projets en perturbant l’équilibre intérieur de chaque État.

On s’attend à ce que les défis socio-économiques augmentent sensiblement dans cette nation densément peuplée, car sa population devrait exploser, passant de 16 millions de personnes actuellement à 43 millions en 2050 puis à 87 millions au tournant du prochain siècle. Sa minorité musulmane actuelle, concentrée dans le sud, environ 13% de la population, augmentera proportionnellement à cette situation, évidemment, et pourrait même gagner un certain terrain pendant l’accélération démographique du pays. Cela pourrait encourager une rhétorique irresponsable et branlante au sujet d’un « choc des civilisations », et tous les scénarios de conflit qui en découlent. Si l’on se concentre davantage sur cette question du boom démographique du Malawi, il est absolument impossible de prédire comment le pays pourra rester viable même dans son état déjà profondément appauvri. Il ne faut pas non plus oublier que des problèmes humanitaires naturels pourraient se développer, une famine ou des catastrophes naturelles qui mèneraient à un exode massif des Malawiens chez leurs voisins. Selon les scénarios possibles, il pourrait même y avoir des migrations internes entre les régions du Nord, du Centre et du Sud si la population ne quittait pas directement le pays en masse (ou en était incapable parce que les frontières seraient bloquées).

Cela pourrait perturber l’équilibre entre les trois régions. Actuellement les trois régions sont dominées au Centre par Lilongwe, la capitale et plus grande ville du pays, au Sud par Blantyre, la plaque tournante méridionale et deuxième ville du pays, et au Nord par Mzuzu, troisième plus grande ville du Malawi. Il convient de préciser à ce stade que les régions du Centre et du Sud sont les plus peuplées et que, d’une certaine façon, le Nord est situé en périphérie lointaine de ce pays. De plus, Blantyre est reliée aux ports mozambicains de Beira et de Nacala (comme décrit ci-dessous), alors que la capitale nationale de Lilongwe dépend de son homologue régional du sud pour accéder au commerce qui traverse ces routes. Cet état de choses fait de Blantyre la capitale économique du pays et de Lilongwe sa capitale politico-administrative, et la rivalité entre les deux régions et leurs centres-villes pourrait devenir le principal point de discorde en cas de crises humanitaires ou de politiques futures.

Dépendance au Mozambique

Le Malawi n’est pas stratégique uniquement en raison de son potentiel très réel d’effondrement interne, mais c’est certainement une grande partie de son intérêt pour les acteurs étrangers, soit pour renforcer la stabilité de leurs projets régionaux en aidant l’État soit pour gagner de l’influence en le déstabilisant potentiellement afin d’entraîner le reste de ses voisins dans le processus. S’appuyant sur un point de vue positif et multipolaire, le Malawi pourrait également contribuer activement à la connectivité régionale en raison de son emplacement avantageux entre ces pays, à condition bien sûr que cette possibilité soit identifiée et poursuivie par ses partenaires.

La rivière Shire, dans la partie sud du Malawi, relie le Zambèze et Beira, le deuxième port du Mozambique, tandis que les routes internationales sont adjacentes à ce corridor. L’autre vecteur du Malawi pour le commerce international et l’interaction générale avec le monde extérieur vient par le nord-est et le port mozambicain de Nacala, également relié au pays par les routes. Les deux itinéraires pourraient également desservir du fret ferroviaire, mais le réseau domestique du Mozambique a été détruit pendant la guerre civile et est donc incapable de se relier au système ferroviaire Centre Est du Malawi.

Aujourd’hui, le Malawi est totalement tributaire des corridors de transport du Mozambique dans tous les sens du terme et sa vulnérabilité stratégique a été révélé par les récentes offensives de la RENAMO contre le gouvernement mozambicain. Pour rappeler le chapitre précédent sur ce pays et la carte qui a été incluse dans la recherche, la RENAMO revendique tout le territoire par lequel les marchandises malawites doivent transiter sur leur chemin vers le reste du monde. Cela signifie que l’agent non étatique a vraiment la possibilité de tenir un État tout entier en otage s’il décide de cibler ses camionneurs ou si la situation militaire dans ces provinces devient si critique que la plupart des échanges du Malawi doivent être stoppés en conséquence. En tout état de cause, la dépendance du Malawi à l’égard des réseaux d’infrastructure trans-mozambicains fait indirectement du pays un membre de la communauté économique élargie de l’océan Indien et montre ainsi l’importance primordiale, pour Lilongwe, de cet accès à la haute mer pour son commerce international dominé par l’agriculture.

Différend avec la Tanzanie

Bien que sa frontière nord soit située très près du TAZARA, le Malawi ne veut pas ou ne peut pas en profiter, en raison des problèmes territoriaux qu’elle a avec la Tanzanie. Les deux pays sont engagés dans un différend sur leur frontière internationale sur le lac Malawi / Nyasa. Lilongwe revendique l’intégralité de la partie nord-est du plan d’eau jusqu’au littoral tanzanien, tandis que Dodoma soutient que la frontière internationale devrait être répartie uniformément au milieu. Ce désaccord a pris de plus en plus d’importance ces dernières années après la prospection de gisements de pétrole sous le lit d’eau, ce qui signifie que quiconque a le contrôle de ce territoire en surface récoltera les recettes qui en résultent. Le Malawi est beaucoup plus pauvre que la Tanzanie et a une population plus petite, de seulement 16 millions de personnes. Les bénéfices énergétiques à venir pourraient donc être promis à un usage plus concentré et plus efficace par Lilongwe que par Dodoma, même si cela ne veut pas dire que la Tanzanie devrait être automatiquement écartée de toute recette financière.

La question est encore en cours de négociation, bien que pour la raison expliquée ci-dessus, il soit difficile de comprendre pourquoi le Malawi céderait à aucune des revendications ou accepterait de respecter tout arbitrage international qui le priverait de sa part de cette vache à lait potentielle. Du point de vue inverse, une Tanzanie bien plus puissante a toutes les raisons de continuer à appuyer ses revendications, d’autant plus que le corridor de développement Mtwara financé par la Chine va transformer les rives du lac Malawi / Nyasa de Dodoma en un nouveau centre d’affaires et ainsi accroître l’attractivité de la périphérie pour le centre national. Comme les deux parties restent tenaces dans leurs revendications et que les tensions maritimes internationales sont en train de bouillir, il reste une possibilité que la situation puisse exploser en un conflit armé si l’un des deux côtés s’engageait dans une provocation, qui dans ce contexte, pourrait très probablement être mise en scène par les Tanzaniens comme ils ont tout à y gagner, alors que les Malawiens ont tout à perdre si les deux pays devaient s’affronter. C’est probablement en raison de ces tensions frémissantes que le Malawi ne voit pas la Tanzanie comme un partenaire de transit fiable pour diversifier ses itinéraires commerciaux internationaux en plus des ports mozambicains de Beira et de Nacala influencés potentiellement par la RENAMO. Lilongwe continuera donc probablement à dépendre de son voisin oriental dans un avenir prévisible tant que le différend tanzanien ne sera pas résolu.

Le détour zambien ou le détour par la Zambie ?

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L’opportunité la plus prometteuse que le Malawi a pour atténuer sa dépendance à l’égard du Mozambique est d’étendre son réseau ferroviaire vers la Zambie et l’un des nombreux projets d’infrastructure qui traversent le pays. La première étape dans cette direction a déjà été forgée en 2010 avec la mise en service du chemin de fer Chipata-Mchinji entre les deux États. Jusqu’à présent, le potentiel de cet axe n’a pas été aussi performant que prévu car la plus grande partie du commerce du Malawi est toujours menée par le Mozambique via les ports de Beira et de Nacala. Au lieu d’utiliser le chemin de fer pour diversifier le commerce international du Malawi avec le Mozambique, cela pourrait inversement avoir pour effet d’accroître sa dépendance en raison de la grande stratégie de diversification infra-structurelle de la Zambie.

Lusaka veut se positionner comme le carrefour central du commerce sud-centre africain et, ce faisant, a l’intention d’étendre ses propres réseaux ferroviaires à travers le Malawi et, à partir de là, jusqu’à Nacala. Le problème actuel est que la ligne de chemin de fer pertinente du Mozambique vers ce port n’est plus opérationnelle depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle la Banque africaine de développement a approuvé un prêt à long terme de 300 millions de dollars en février pour la restauration de cette voie. Si l’itinéraire est achevé et si la RENAMO ne se comporte pas comme une force obstructive pour inhiber la viabilité économique du corridor, le chemin de fer ZaMM (Zambie-Malawi-Mozambique) pourrait fonctionner comme une route de la soie complémentaire en s’appariant avec la partie tanzanienne en Zambie et en permettant l’existence d’un terminal secondaire dans l’océan Indien pour la Route trans-africaine du Sud (STAR). Il s’agirait donc de relier Nacala au TAZARA, qui à son tour pourrait être relié à la ligne angolaise de Benguela par l’intermédiaire du chemin de fer du nord-ouest qui pourrait bientôt être construit en Zambie.

ZaMM serait un ajout bienvenue au réseau de projets d’infrastructure transnationaux multipolaires si jamais il devait voir la lumière, bien que ce serait tout à fait ironique pour le Malawi étant donné que ses plans pour un détour zambien loin du Mozambique seraient finalement détournés par le propre détour de la Zambie par le Mozambique et la double dépendance du Malawi à l’égard de son voisin.

Des révolutions colorées et des coups d’États le long du lac Malawi / Côte de Nyasa

Les pressions démographiques, « civilisationnelles » et intra-régionales représentent les scénarios de conflits les plus « naturels » pour le Malawi et, comme mentionné ci-dessus, cela pourrait conduire à une sortie d’armes de migration de masse dans les trois États environnants. Cela dit, il existe aussi deux scénarios de déstabilisation beaucoup plus artificiellement construits susceptibles d’éclater au Malawi à tout moment. Ce sont une révolution de couleur et un coup d’État, qui ont tous deux une histoire récente de tentative de déploiement dans le pays. Les spécificités situationnelles de toute répétition future de tentatives d’imposer ces schémas politiques pourraient changer, mais l’idée générale du changement de régime appuyé par l’étranger resterait la même.

Échec de la révolution de couleur

Le Malawi a été secoué par une tentative ratée de révolution de couleur en juillet 2011 qui a finalement couté la vie à une poignée de personnes et a confirmé que le pays, du fait de son orientation vers la Chine, était sur la liste des cibles de changement de régime de l’Amérique. Avant les événements, le Président Bingu wa Mutharika avait reconnu Pékin comme le gouvernement officiel de la Chine en 2008, après quoi les relations bilatérales ont décollé et les deux ont commencé à se rapprocher. Les investissements chinois sont entrés dans le pays et l’influence de Pékin s’est finalement fait sentir dans l’un des rares coins du monde où la Chine avait été absente au cours des dernières décennies. Le renversement de la politique de Mutharika vers la Chine a été significatif parce que le Malawi avait été auparavant totalement aligné sur les politiques occidentales depuis son indépendance en 1964 et la guerre froide, sous le Président Hastings Banda. Le dirigeant du Malawi a essayé d’imiter l’establishment occidental et il a même parfois débordé ses donneurs d’ordre, par exemple lorsque son pays – le seul pays africain entretenant des relations diplomatiques avec l’Afrique du Sud pendant l’apartheid – a continué à négocier avec Pretoria malgré le fait que la majorité de ses partenaires européens et américains l’ait sanctionné à partir de 1986 et jusqu’à son retrait en 1994. C’est pourquoi la volte-face de Mutharika a tellement surpris, puisqu’il a rompu totalement avec la politique stricte de ses prédécesseurs de reconnaissance de Taïwan.

À la veille de la Révolution de couleur, le gouvernement a expulsé le Haut commissaire du Royaume-Uni en avril 2011, qui avait qualifié le président d’« autocrate », d’« agressif »et d’« intolérant aux critiques » – qualificatifs régulièrement utilisés dans une campagne d’information contre un dirigeant étranger. On ne sera pas trop surpris de découvrir qu’un mouvement de protestation a éclaté quelques mois plus tard, en juillet. Suite aux mesures défensives du gouvernement pour la restauration de l’ordre public, le Royaume Uni et les États-Unis ont suspendu leur aide à ce pays dépendant des pays donateurs en punition du succès de son président à repousser l’opération de changement de régime. Le timing suspect entre les menaces anti-gouvernementales implicites du Royaume Uni et le déclenchement d’une révolution de couleur peu de temps après suffisent à se demander si tout ce gâchis était géré par l’ancien occupant colonial du Malawi, tout comme la coordination étroite entre Londres et Washington pour couper les aides peut laisser penser que les États-Unis pourraient aussi y avoir eu quelque chose à voir. Mutharika n’a pas accusé directement l’un ou l’autre de ces pays d’être derrière cette agitation mortelle, mais il a pointé son doigt début 2012 vers des pays donateurs non identifiés qui travaillaient avec des ONG du pays pour organiser des manifestations contre lui.

« Coup constitutionnel »

Mutharika est décédé subitement en avril 2012 à l’âge de 78 ans, provoquant une brève crise constitutionnelle concernant l’identité de son successeur légal. Par la Constitution, le pouvoir devait être transféré du président au vice-président au moment du décès du premier. Mais la situation est devenue délicate car Mutharika avait désavoué son successeur un an auparavant. Joyce Banda avait affronté Mutharika et avait été renvoyée du parti au pouvoir en 2010, juste un an après qu’il l’eut choisie pour devenir sa co-listière lors des élections de 2009. Banda n’aurait pas soutenu les plans de Bingu pour que son frère et ministre des Affaires étrangères Peter Mutharika lui succède à l’avenir, et ce différend est à l’origine de son renvoi de fait. Le problème, cependant, était que Banda a choisi de ne pas démissionner de son poste et qu’elle est restée obstinément la vice-présidente légale tout au long du reste du mandat de Bingu. Le Parti progressiste démocratique au pouvoir a été fractionné par la controverse et Bingu n’a pas eu assez d’influence au sein de son propre parti pour obtenir son éviction. Par conséquent, quand il est mort brusquement début avril, elle est légalement devenue son successeur, bien qu’il y ait eu une courte période de deux jours où le gouvernement s’est rencontré sans elle et a conspiré pour passer le témoin au frère de Bingu, Peter. L’intrigue n’a pas réussi parce que les militaires n’étaient pas derrière et donc Banda est devenu la première femme présidente du Malawi.

Ce qui est intéressant dans cet épisode, c’est que Banda n’appartenait même pas au parti au pouvoir à ce moment-là, en ayant été expulsée en 2010. Elle a créé son propre « People’s Party » en mai 2011, deux mois avant la révolution de couleur. Cela a évidemment été fait en coordination tactique avec le Royaume-Uni et les États-Unis, qui ont jeté leur poids derrière elle comme ils avaient essayé de renverser Mutharika. Il est révélateur que quelques mois après l’investiture de Banda, les États-Unis aient annulé leur ancienne suspension de l’aide et renouvelé leurs dons au pays, en récompense pour la victoire de leur leader par procuration lors du « coup constitutionnel ». Encore plus curieusement, la revue Forbes, basée aux États-Unis et mondialement connue, a inclus Banda dans la liste des femmes les plus puissantes du monde de 2012 à 2014, lui offrant cette année-là un incroyable classement en 40e position en dépit de l’insignifiance des résultats obtenus dans sa carrière. Il ne faut pas grand-chose pour se rendre compte que ce n’était là qu’une récompense plus personnelle pour la politicienne en échange du retour de l’influence occidentale dans le pays, même si elle n’a jamais été au bout d’un retournement de la reconnaissance de Pékin de son prédécesseur. En dépit de sa « popularité » dans Forbes et du « pouvoir » que l’élite occidentale a soutenu qu’elle avait, Banda a perdu sa première élection en 2014 et a été remplacée par le frère de Bingu, Peter Mutharika, l’empêchant ainsi d’accomplir complètement les politiques envisagées / ordonnées.

Peurs de coup d’État

La présidence de Peter Mutharika a été marquée par un équilibre entre les partenaires traditionnels occidentaux fournissant de l’aide et la Chine, même si cette approche pragmatique à l’égard de Pékin semble avoir déclenché des alarmes dans les capitales occidentales. L’enquête elle-même est toujours en cours, mais le gouvernement affirme avoir déjoué un complot de coup d’État en février de cette année. Selon des informations, l’ambassadeur américain a rencontré le leader de l’opposition, Lazarus Chakwera, lors de sa visite aux États-Unis, et il y a eu un complot de coup d’État qui aurait également été organisé avec d’autres conspirateurs grâce à l’application téléphonique WhatsApp. Les détails précis sur la façon dont les putschistes avaient prévu de prendre le pouvoir n’ayant pas été rendus publics (du moins pas à la connaissance de l’auteur), il est donc difficile de savoir si ce devait être un coup militaire, un coup constitutionnel ou un coup via une révolution de couleur. Dans ce qui pourrait être un événement sans rapport, mais qui pourrait aussi avoir quelque chose à voir avec ce scandale, le président a renvoyé le chef de l’armée fin juillet. Selon un reportage paru dans la presse, c’est parce que le chef du renseignement du pays l’a relié à un coup planifié qui, si c’est vrai, confirmerait que les conspirateurs originaux de février (les États-Unis et leur réseau sur le terrain de représentants politiques et d’ONG) ont renoncé à leur mission de renverser Mutharika.

Tout comme avec son frère Bingu, Peter Mutharika est visé à cause de la décision de son gouvernement de poursuivre les relations de Lilongwe avec Pékin. Banda a été incapable de couper les liens du Malawi avec la Chine parce qu’ils étaient tout simplement trop avantageux pour son pays, comme on l’a vu lorsqu’elle a signé un accord sur la fourniture d’électricité pour 667 millions de dollars avec la banque China’s Export-Import Bank en 2013. On ignore pourquoi elle le ferait sauf à passer pour un modèle de « serpillère »occidentale, mais elle a pu se sentir assez confiante que les États-Unis et le Royaume-Uni ne lui en tiendraient pas rigueur, d’autant plus qu’ils avaient déjà investi pour l’aider à gagner le pouvoir d’abord. Le fait que Banda continue à maintenir les relations du Malawi avec la Chine, alors qu’elle est elle-même un proxy occidental, témoigne de l’importance de la Chine dans le pays depuis moins d’une décennie, depuis que les relations bilatérales ont été établies. Peter, quant à lui, est allé encore plus loin et a récemment accueilli un Forum sur l’investissement entre la Chine et le Malawi où il a invité la Chine à participer à un large éventail de projets dans les domaines de l’agriculture, de l’agro-traitement, de l’énergie, des mines, des TIC, du tourisme, d’industries manufacturières, entre autres. Il a proposé d’ouvrir tout le pays aux  capitaux chinois en échange du développement que cela apporterait et, dans cette optique, il est raisonnable de prédire que les deux derniers complots pro-américains ne seront certainement pas les derniers tentés.

Démystifier la Zambie

Avec la situation stratégique du Malawi et ses vulnérabilités à la guerre hybride, il est maintenant temps de relier la recherche à la Zambie voisine, le pays mystérieux en Afrique Sud-Centrale dont les observateurs occasionnels ne savent absolument rien. Pour donner au lecteur un cours intensif sur les bases de l’importance de la Zambie, il faut commencer par parler de l’ancien président Kenneth Kaunda, l’homme qui est réellement le « père de la nation ». À bien des égards, il était à la Zambie ce que son ami proche et allié Julius Nyerere était à la  Tanzanie, un leader pragmatique, stable, qui a présidé son pays pendant des décennies tout au long de la guerre froide. Tout comme la Tanzanie, la Zambie était un État en première ligne de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et les gouvernements coloniaux subsistant en Angola, au Mozambique et en Rhodésie. Le pays était un sanctuaire pour les groupes rebelles qui combattaient dans ces conflits voisins. Bien qu’il y ait eu plusieurs incursions importantes sur son territoire – surtout lorsque le gouvernement rhodésien y a attaqué certains insurgés à la fin des années 1970– la Zambie n’a jamais été officiellement impliquée dans une guerre conventionnelle (pas même dans la « guerre mondiale africaine » des années 1990 au Congo). Elle est donc demeurée largement intacte, loin des conflits qui ont ravagé l’Afrique au cours du dernier demi-siècle.

Cela mérite d’être commenté plus avant parce que, comme la Tanzanie, il est très inhabituel qu’un État composé d’autant d’identités puisse échapper à des conflits nationaux et internationaux pendant si longtemps alors que ses homologues semblaient inévitablement devoir s’y prendre les pieds. La Zambie compte 73 groupes ethniques et linguistiques à l’intérieur de ses frontières, ce qui la rend moins diversifiée que la Tanzanie, mais encore relativement éclectique selon toute autre norme (en particulier européenne). Les groupes les plus importants sont les Bembas et les Tongas, composant 21% et 13,6% de la population et concentrés principalement dans le nord et le sud. Il est intéressant de constater que l’ancien président Kaunda est né dans le nord de la Zambie, dans la province de Bemba, de parents Tonga venant du Malawi. Ce statut de « minorité d’une minorité » aurait pu jouer un rôle dans la promotion du tribalisme pendant son règne. Son assimilation et son intégration en tant qu‘« outsider » dans la société locale faisaient partie de son éducation personnelle, et cette expérience pourrait être la source de l’influence qu’il a exercée sur une identité nationale inclusive qui mettait l’accent sur le patriotisme d’État plutôt que sur l’affiliation tribale. Cela a également contribué dans une large mesure à ce que Kaunda soit un anti-impérialiste pacifique et un socialiste robuste, deux matrices idéologiques interconnectées qui ont évidemment eu une forte influence sur ses vues. Bien qu’il soit possible pour un partisan de ces idées d’être aussi un tribaliste paroissial, ce n’était pas le cas avec Kaunda, qui a pratiqué ce qu’il a prêché et l’a mis à l’épreuve en forgeant une identité zambienne unifiée.

La stabilité louable de la Zambie est également due à son alliance avec la Tanzanie et à son étroit partenariat avec la Chine. Sous la domination impériale britannique, tous les projets d’infrastructure connexe de la Zambie ont été construits selon une logique « nord-sud », rendant ainsi le pays entièrement dépendant de la Rhodésie (plus tard le Zimbabwe) et de l’apartheid sud-africain pour sa connexion au reste du marché international. C’est devenu une vulnérabilité majeure après l’indépendance du pays en 1964, lorsque Kaunda a pratiqué activement sa politique anti-impérialiste et a commencé à former et accueillir des groupes rebelles de toute la région. Afin de conserver la souplesse stratégique et empêcher la Zambie de permettre à ses voisins de la faire chanter, elle a regardé vers l’est en direction de la Tanzanie, idéologiquement proche, pour une alternative désespérément nécessaire pour un accès au monde. En 1968, le pipeline TAZAMA, qui reliait les deux pays, a été achevé, suivi par le chemin de fer TAZARA financé par la Chine, le long de la même route en 1975. Ensemble, les projets d’infrastructure liés à la Tanzanie ont permis à la Zambie de pratiquer son anti-impérialisme et le chemin de fer a été particulièrement important dans l’exportation des copieux dépôts de cuivre du pays après que le chemin de fer angolais de Benguela est devenu inopérant pendant la guerre civile post-indépendance du pays en 1975. Lusaka a opté pour la diversification de sa dépendance antérieure en termes d’exportation, loin de la Rhodésie. Sans les options de sauvegarde par la Tanzanie pour l’accès aux marchés des produits énergétiques et des produits de base, la Zambie serait restée entièrement dépendante des États impérialistes et de l’apartheid et aurait donc été bridée au niveau de son influence et de son contrôle sur la région dans le temps.

Zigzag à travers l’espace pivot sud-centrafricain

En ce qui concerne les projets d’infrastructure en zigzag à travers la Zambie, il est évident que le pays sert de jonction de connectivité pour l’ensemble du réseau de transport sous-équatorial en cours d’implantation dans toute la région. Pour cette raison, la Zambie peut être décrite comme l’État pivot de ce vaste espace et un objet de convoitise inestimable dans la Nouvelle Guerre froide :

 

La carte ci-dessus représente visuellement l’importance géostratégique de la Zambie en Afrique à travers la perspective de la connectivité de la Route de la Soie. Ce pays est au centre d’une multitude de projets d’infrastructure qui se croisent et il a le potentiel de les relier tous pour forger un système de transit sous-équatorial intégré entres les deux côtes dans cette partie de l’Afrique. En outre, si une voie d’interconnexion devait être établie entre le TAZARA de la Tanzanie et le corridor LAPSSET du Kenya (c’est-à-dire reliant Dar es Salaam et Lamu via Mombasa), il serait concevable de joindre le marché éthiopien de près de 100 millions d’habitants et le chemin de fer Addis-Abeba / Djibouti à cette ligne transcontinentale de transport. En dépit de l’expansion de ce réseau au-delà de l’équateur et dans la Corne de l’Afrique, la matrice ferroviaire sous-équatoriale en intersection dans la Zambie fait de ce pays du Centre-Sud l’un des espaces pivots les plus influents du continent et, une victime toute désignée de la guerre hybride.

Couper le nœud zambien

La Zambie est la composante clé du grand projet transcontinental d’interconnectivité de la Route de la Soie qui prend forme en Afrique sous-équatoriale et lie tous les projets en un tout intégré. Si la Zambie devait être déstabilisée de manière significative, cela risquerait immédiatement de compromettre cette vision multipolaire, soit en la perturbant partiellement ou totalement, soit en permettant à un État tiers (c’est-à-dire aux États-Unis) d’acquérir une influence ou un contrôle sur l’ensemble de la structure. Pour cette raison, il est essentiel pour la Zambie d’adhérer strictement à ses traditionnelles politiques complémentaires d’indépendance et de stabilité, car toute déviation majeure de l’une ou de l’autre pourrait créer des problèmes pour le reste du réseau international qui traverse le pays. Si on évalue les menaces de guerre hybride pesant sur la Zambie, quatre se détachent en particulier, incluant les scénarios général et « conventionnel » et ceux qui sont plus spécifiques et asymétriques.

Il faut garder à l’esprit en tout temps que les États-Unis sont connus pour leur approche progressive et adaptative à la déstabilisation des pays ciblés, et qu’ils ne visent pas toujours à changer de régime strictement parlant. Parfois, on espère seulement que certains événements (quel que soit le contrôle exercé directement par les États-Unis sur eux) peuvent entraîner une pression suffisante pour que le gouvernement visé ajuste ses politiques conformément aux intérêts des États-Unis. D’autres fois, les USA veulent faire plus que renverser le gouvernement et visent réellement un « redémarrage du régime », ou dans ce cas, un reformatage national complet du pays passant d’une république unifiée à une fédération divisée. Quel que soit le résultat final, la motivation est toujours de perturber, de contrôler ou d’influencer les projets multipolaires transnationaux d’infrastructure connexe en question, dans ce cas les cinq qui traversent la Zambie.

Révolution de couleur

Il était évident que la Zambie était menacée d’une révolution de couleur naissante, même avant que l’élection de l’été 2016 n’aboutisse à une courte victoire pour le parti au pouvoir. Le gouvernement a été forcé de fermer le principal journal d’opposition après que celui-ci avait accumulé des millions de dollars en arriérés d’impôts, le propriétaire bafouant évidemment la loi avec l’espoir que le gouvernement n’oserait pas aller contre lui par crainte d’être accusé d’une « répression anti-démocratique »The Post a très mal jugé les autorités et a été fermé un peu plus d’un mois avant les élections du 11 août. Peu de temps après, des affrontements menés par l’opposition ont tué une personne et en ont blessé plusieurs autres, après quoi le gouvernement a temporairement suspendu la campagne afin de permettre aux deux parties de se calmer et de faire baisser les tensions entre elles.

Cela a fonctionné en empêchant une autre éruption de violence pré-électorale, mais cela n’a pas atténué la grogne de l’opposition « anti-gouvernement » qui a fini par éclater à la suite du vote. Hakainde Hichilema, candidat du Parti pour le développement national (UPND), a allégué que le Front patriotique au pouvoir dirigé par le président sortant, Edgar Lungu, avait fraudé le scrutin et avait illégalement réclamé sa victoire. Il a demandéun nouveau comptage. Le gouvernement a refusé de céder à la pression et a insisté sur le fait que Lungu avait légitimement remporté l’élection avec 50,35% des voix, comparativement au 47,67% de Hichilema, ce qui a incité l’UPND à rejeter les chiffres officiels. La situation nationale reste très tendue à cause de cela, et il est possible que certains éléments de l ‘« opposition » puissent planifier une guerre hybride pour les aider à s’emparer du pouvoir.

Conflit tribal régional

Même si le drame actuel est résolu, il n’empêche que le pays est divisé presque également en deux camps politiques distincts pour la deuxième fois en peu d’années. Lors de l’élection extraordinaire de 2015 organisée en réponse à la mort inattendue du président sortant Sata, Lungu a battu Hichilema 48,33% à 46,67% avec une différence de seulement 27 000 voix et a donc eu le droit de finir le mandat de son prédécesseur avant les prochaines élections, qu’il a gagnées avec une marge un peu plus confortable (bien que toujours étroite). La nature géographique de cette division suit la répartition générale nord-sud entre les zones d’influence Bemba et Tonga, indiquant que le tribalisme pourrait être sur le point de devenir un facteur politique palpable.

Même s’il serait totalement déstabilisant pour l’harmonie sociale et politique traditionnelle du pays – et probablement annonciateur d’un conflit violent qui a été jusque-là un élément essentiel de l’histoire de la plupart des nations africaines – ce ne serait pas surprenant, puisque l’opposition a manifesté son intention de politiser l’identité tribale plus tôt cette année lorsque certains de ses plus hauts représentants ont proposé que la Zambie « choisisse des dirigeants sur la base d’une rotation tribale », ce qui équivaut à « exclure les Bembas et d’autres tribus d’accès à la présidence pour des raisons tribales ». Le Front patriotique au pouvoir a immédiatement réprimandé ses rivaux pour avoir flirté avec une idéologie aussi dangereuse et a averti de son côté « scandaleux et aussi éloigné des principes démocratiques établis sur lesquels notre bien-aimée Zambie est construite ».

De manière rétrospective et à en juger par les résultats de la dernière élection, ce scandale a pu être efficace pour renforcer la naissance d’une politique identitaire tribale régionale qui est pernicieusement en train de s’insinuer au premier plan de la politique zambienne. Si cette tendance se confirme, elle catalysera presque certainement un processus centrifuge plus important, accélérant la décadence du patriotisme zambien inclusif de l’ère socialiste pour devenir une dégénérescence post-moderne rapide et progressive en des identités régionalisées − tribalisées et peut-être même localisées − qui pourrait diviser le pays en deux et peut-être même davantage en un mélange multidimensionnel de variables militantes conflictuelles (« stéréotype de la guerre tribale africaine »). De manière plus que probable cependant, l’effet immédiat de la plongée de la Zambie dans des violences intérieures verrait la partie occidentale et méridionale du pays s’associer contre le nord et l’est. Cependant il se pourrait que ce ne soient pas les Bembas et les Tongas qui finissent par entamer une guerre pour le pouvoir politique, mais les Lozi dans le « Barotseland » qui lancent les hostilités pour leur indépendance ou un fédéralisme identitaire.

Séparatisme du « Barotseland » et fédéralisme identitaire

Les Lozis ne représentent que 5,7% environ des 15 millions d’habitants de la Zambie, mais ils sont éparpillés dans la plus grande partie de la vaste province occidentale et avaient un royaume historique représentant environ 44% du territoire entier du pays si l’on inclut leur empreinte pré-coloniale dans les provinces contemporaines du Nord-Ouest et du Sud. La patrie des Lozi du Bartoseland est devenue un protectorat du Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle et a servi de base pour constituer la grande majorité de l’ancienne province du Barotseland-Nord-Ouest de la Rhodésie avant sa fusion avec son homologue de la Rhodésie du Nord-Est en 1911 pour former la Rhodésie, qui deviendra plus tard la Zambie après son indépendance de 1964.

C’est peu avant la libération du pays des Britanniques que la question du Barotseland est revenue sur la scène nationale, puisque toutes les parties ont accepté l’accord du Barotseland cette année-là, ce qui a donné à la région une large autonomie sur ses affaires civiles. Kaunda, cependant, a annulé cet accord en 1969 après un référendum constitutionnel qui a égalisé le statut de chaque province et a donc fini par changer le nom de Barotseland en Province occidentale (son territoire historique dans les provinces modernes du nord et du sud n’a jamais été incorporé administrativement dans son entité homonyme). Le sujet est par la suite resté un non-problème pendant des décennies jusqu’à ces dernières années, lorsque des activistes ont fait mousser une agitation sur ce sujet à plusieurs reprises. Ils ont fini en prison après leurs cascades pour attirer l’attention. Il y a même eu des émeutes dans la capitale régionale de Mungu en 2011 et 2013, mais celles-ci ont été rapidement réprimées par les autorités. Depuis lors, le Barotseland a été un problème frémissant qui menace de remonter à la surface dans le futur et il pourrait recevoir des encouragements de l’étranger en raison des implications géostratégiques.

Bien que le Barotseland n’englobe que la province occidentale, ses revendications historiques s’étendent vers le Nord-Ouest et jusqu’à la frontière de la RDC, ce qui pourrait théoriquement mettre l’entité séparatiste-fédéraliste au milieu du projet de chemin de fer du Nord-ouest vers Benguela en Angola. Cela couperait en son milieu la route sud-africaine trans-africaine (STAR) dite de l’alternative du « détour » par le Congo. La liaison ferroviaire zambienne-angolaise proposée est géopolitiquement beaucoup plus fiable que le couloir du Katanga, en raison de l’instabilité intrinsèque de la RDC et de sa prédisposition à des conflits perturbateurs à grande échelle. De ce fait, l’impossibilité de construire le chemin de fer du Nord-Ouest en raison d’une campagne sécessionniste du Barotseland porterait un gros coup à la sécurité stratégique à long terme du STAR.

De plus, même si un futur conflit dans le Barotseland avec l’Armée de libération de Barotseland nouvellement formée ou avec d’autres groupes n’interfère jamais directement avec le STAR, la configuration politique intérieure qui pourrait en résulter par l’octroi de l’autonomie pour la région ou même un statut fédéral pourrait produire un incontournable effet de contagion qui se répandrait dans tout le pays. Cela pourrait conduire à une déconcentration totale et à l’octroi d’un statut de quasi indépendance, autonomie ou fédéralisme, pour la province du Nord-Ouest. La Zambie donne déjà plus de pouvoir aux gouvernements provinciaux et locaux, conformément à la politique de décentralisation de 2013, et cette initiative pourrait être exploitée par des acteurs tribaux régionaux comme les Barotses ou même les Bembas et les Tongas en cas de catastrophes post-électorales entre eux, afin de favoriser une dévolution du pouvoir à l’échelle nationale qui ferait passer la Zambie d’État unitaire à une série d’États autonomes ou fédérés.

Quoi qu’il en soit, que les séparatistes du Barotseland suscitent ou non l’émergence de ce scénario à l’échelle nationale, ces États identitaires semi-indépendants contrôlant l’interruption, le contrôle et / ou l’influence sur les cinq projets d’infrastructure connexe multipolaires transnationaux distincts qui traversent la Zambie et relient l’ensemble de l’Afrique australe, pourraient désormais créer un cartel cartographique d’opportunités pour les États non régionaux comme les États-Unis pour diviser et régner sur ces corridors de transit vitaux.

Risque ultime : les armes de migration de masse

Il est difficile de prévoir si, ou quand, cela pourrait arriver, mais si une forme quelconque de conflit significatif éclate en RDC, au Malawi, au Zimbabwe, au Mozambique ou peut-être même en Angola ou en Tanzanie, la vague d’armes de migration de masse qui pourrait déferler sur l’État historiquement stable de la Zambie pourrait complètement renverser l’harmonie intérieure qui a régné dans le pays pendant des décennies et pousser le pays au bord de la guerre civile. La tension volontairement « créée » entre les Bembas et les Tongas, sans parler des désirs séparatistes d’un segment des Lozis au Barotseland qui se renforcent, pourrait être enflammée. Chaque groupe identitaire respectif pourrait y voir une précieuse fenêtre d’opportunité pour promouvoir son programme au milieu de la confusion et du désordre que pourrait engendrer un afflux migratoire à grande échelle.

Cela n’implique pas que l’arrivée de milliers de migrants entraînerait instantanément un renversement de l’ordre public dans le pays, mais que cela provoquerait une réaction de division entre les populations locales et entraînerait des pressions budgétaires, administratives et policières imprévues qui pourraient aggraver les tensions institutionnelles existantes. En fonction de l’intensité de l’assaut, cela pourrait rapidement submerger progressivement ces entités, ou au moins contribuer à la perception de la faiblesse de l’État. Les acteurs non étatiques opportunistes et les partis d’« opposition » pourraient être désireux d’en tirer profit. Malgré son emplacement au carrefour de l’Afrique centrale et du Sud, la Zambie n’a pas encore connu d’afflux massif de migrants / réfugiés de ses voisins. Pourtant, elle était beaucoup plus politiquement et socialement capable de cohésion face à une telle éventualité sous la présidence Kauna pendant la Guerre froide. La situation est radicalement différente de nos jours et, comme les élections le montrent clairement, le pays est fortement divisé en deux factions politiques rivales, dont le résultat pourrait être déstabilisé par l’introduction soudaine de cet élément tiers violent et ultra-imprévisible.

 Andrew Korybko

Article en anglais :

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Hybrid Wars in sub-Saharan Africa: The Strategic Position of Malawi and Zambia

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par M pour le Saker Francophone

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici

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Les pourparlers de paix en Syrie ont pour but de mettre fin à une horrible guerre, commencée il y a six ans, mais il s’agit davantage d’une guerre internationale menée sur les champs de bataille de la Syrie, que d’une guerre civile en Syrie elle-même.

Ce fait est souvent ignoré par la presse, mais en vérité, les pourparlers de paix concernent plutôt les puissances étrangères que leurs mandataires qui se tuent entre eux – avec les civils – en Syrie. Ces pourparlers de paix sont internationaux parce que les protagonistes de cette guerre sont internationaux. Et, parce que les principes sont internationaux, les principes qui sont combattus le sont aussi – ils sont si fondamentaux, que le résultat final de ces négociations ne sera pas seulement un genre de nouvelle paix, mais une sorte de nouvelle Constitution pour la Syrie : vraiment une nouvelle nation en Syrie.

Les principales questions qui sont en cours de négociation lors des pourparlers de paix syriens, qui ont repris le 23 février à Genève, sont de nature constitutionnelle : la Syrie doit-elle être régie par la loi de la charia – le Coran –, ou plutôt par une démocratie multiethnique. La charia est soutenue par les États-Unis, la Turquie et les familles royales arabes, qui incluent l’Arabie saoudite, le Qatar, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Oman, qui sont tous des sunnites fondamentalistes. Le parti de la démocratie multiethnique est soutenu par Bashar al-Assad , le leader actuel de la Syrie, la Russie et l’Iran.

Certains partisans de la charia préconisent que la Syrie soit divisée en au moins trois nations, définies ethniquement, qui seraient alors kurdes, sunnites et chiites, dont chacune serait gouvernée uniquement par son appartenance majoritaire, tout comme Israël est gouverné par son ethnie majoritaire, qui dans le cas d’Israël est juive. Un autre exemple récent est l’apartheid en Afrique du Sud, sauf que dans ce cas particulier, c’est la minorité blanche qui a gouverné la majorité des Noirs. Bien sûr, ces lois raciales ont pris fin lorsque les Noirs ont été autorisés à voter.

Issues at Stake in Syria’s Peace Talks

Essentiellement, la polarité contestée dessine l’avenir de la Syrie comme dictature ethnico-religieuse, par opposition à une démocratie multi-ethnique – y compris multi-religieuse.

Tous les sondages effectués auprès du peuple syrien, même pendant la guerre actuelle et même réalisés par des officines de sondages occidentales, montrent une forte préférence des Syriens pour une démocratie multiethnique, entièrement non-sectaire. En outre, lorsqu’ils sont interrogés quant à savoir s’ils croient que cela est encore possible pour la Syrie, une majorité solide répond par l’affirmative. D’une manière générale, ils accusent surtout le gouvernement des États-Unis d’être derrière l’afflux de dizaines de milliers de djihadistes du monde entier en Syrie, pour renverser et remplacer le gouvernement Assad. Peut-être ne blâment-ils pas autant les alliés islamistes américains pour cette invasion par les djihadistes, parce que les Saoud sont musulmans et surtout arabes, comme les Syriens eux-mêmes.

Ces dernières années, les résultats de la principale firme de sondage, WIN / Gallup, peuvent être vus ici : 2014 – 2015 – 2016.

Les Syriens sont la nation la plus laïque de tout le Moyen-Orient. Les efforts des États-Unis et de leurs alliés pour imposer un gouvernement djihadiste n’emportent pas l’adhésion du peuple syrien.

En préparation de la présente série de négociations de paix syriennes parrainée par l’ONU, une conférence préliminaire de paix a eu lieu à Astana au Kazakhstan, où les participants étaient la Russie, l’Iran, la Turquie et la Syrie. Il en est issu une forte déclaration en faveur d’une démocratie multi-ethnique et multi-religieuse, en Syrie. La Russie a également produit, pour examen futur par le peuple syrien, un projet de Constitution de ce type, qui sera discuté et finalement voté par les Syriens.

L’Agence France Presse a signalé, le 12 février – les textes en gras et les liens sont de moi :

L’opposition syrienne a annoncé dimanche sa délégation de 21 membres, dont 10 représentants des rebelles, pour une nouvelle série de pourparlers de paix, parrainés par l’ONU à Genève, prévue pour le 20 février [reportée au 23].

La délégation sera dirigée par Nasr al-Hariri , un membre de la Coalition nationale, remplaçant Assad al-Zoabi, qui a dirigé l’opposition à plusieurs rounds précédents de négociations à Genève l’année dernière.

Le négociateur en chef de la délégation, Mohamed Sabra, a été nommé, c’est un avocat qui faisait partie de l’équipe technique de l’opposition lors des négociations à Genève en 2014.

Il remplace Mohamad Alloush, un rebelle de la puissante faction Army of Islam.

Alloush a servi de négociateur lors de trois séries de pourparlers de paix à Genève, ainsi que lors des négociations dans la capitale kazakhe Astana en janvier, organisées par la Turquie et la Russie.

Ni Allouch, ni l’armée de l’Islam n’ont été inscrites comme membres de la délégation à Genève, bien qu’on ne sache pas si le groupe boycotte les pourparlers ou sera représenté par d’autres délégués.

Aucune raison n’a été donnée pour la décision de remplacer Zoabi ou Allouch.

Allouch avait été choisi par la famille Saoud, et a donc été rejeté par la Russie, l’Iran et la Syrie, lors de la conférence d’Astana. À cette conférence, la Turquie a proposé Sabra, et les autres ont accepté; ce dernier dirige le Parti républicain syrien, parti créé en 2008 simplement pour critiquer Assad, devenu actif uniquement après avoir reçu un financementimportant de la Turquie puis « fondé » publiquement à Istanbul, en 2014, par des membres du Parti de la justice et du développement en Turquie. Donc, maintenant, au lieu que Assad négocie avec un agent de la famille Saoud (Allouch), comme cela avait été le cas lorsque les États-Unis ont mené les préparatifs du processus de paix – processus que le président américain Barack Obama a saboté le 17 septembre 2016, entraînant ainsi son arrêt –, Assad négocie cette fois avec un agent de la famille Erdogan (Sabra), et la Russie, au lieu des États-Unis, mène les préparatifs du processus de paix, actuellement en cours à l’ONU à Genève.

La Coalition nationale a été créée le 12 novembre 2012 par la famille Saoud et son Conseil de coopération du Golfe de toutes les familles royales d’Arabie, qui incluent, en plus de l’Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, Koweït et Oman. Nasr al-Hariri, qui représente ainsi ces familles, dirige la délégation des « groupes d’opposition syriens » au nom desquels négociera le turc Mohamed Sabra. Donc, en fait, Assad négociera face aux représentants de tous les dirigeants des nations sunnites du Moyen-Orient.

En outre« Nasr al-Hariri a sélectionné 21 délégués de l’opposition lors d’une réunion de l’opposition syrienne à Riyad, en prévision des pourparlers », et ainsi tout le processus de sélection des membres de l’opposition syrienne s’est fait sous les yeux vigilants – et avec l’argent – des Saoud.

Magnanime, un représentant de la Coalition Nationale, parlant du fait que Russie avait permis que les groupes d’opposition syriens soient sélectionnés par la Turquie, les Saoud et les autres puissances sunnites du Moyen-Orient, « l’a qualifié de sacrifice que la Russie, qui soutient le régime syrien, a offert à la Turquie dans l’espoir qu’en retour elle obtiendrait des concessions sur la plate-forme dite de Moscou, nommée ainsi d’après les partis syriens qui sont sous l’influence politique du Kremlin ». Ce sont généralement les plus forts partisans d’une Syrie unifiée laïque et démocratique.

Cependant, il a été rapporté le 24 février que « Hariri a répété, dans sa conférence de presse, que la priorité de l’opposition était d’entamer des négociations sur une transition politique avec un organe directeur transitoire, suggérant qu’il ne reviendrait pas sur sa demande que le chef du régime syrien Bashar al-Assad démissionne ». Les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont refusé que la personne majoritairement choisie par les Syriens – la personne qui était préférée par plus de 50% du peuple syrien – Bachar al-Assad, soit admise à se présenter à l’élection présidentielle syrienne. Ils ont refusé d’autoriser la démocratie en Syrie. Ainsi, les puissances sunnites (qui incluent également les États-Unis comme bras militaire principal) sont toujours aussi fermes, dans leur volonté de renverser et de remplacer le gouvernement non-sectaire de la Syrie. Et ils ont tous blâmé la principale nation chiite, l’Iran, pour tous les problèmes : « L’Iran est le principal obstacle à tout type d’accord politique », a déclaré Hariri. Pour eux, c’est vraiment une guerre pour conquérir l’Iran. C’est comme la Guerre de Trente ans de la chrétienté en Europe, dans les années 1600. Mais, bien sûr, c’est aussi ce que Robert F. Kennedy Jr. a, de façon appropriée, appelé « une autre guerre du pipeline en Syrie ». Elle est enracinée à la fois dans la religion et dans l’économie.

Le 24 janvier, à l’issue des pourparlers préparatoires à Astana pour les négociations de paix actuelles à Genève devant mettre fin à la guerre en Syrie, a été publiée une « Déclaration conjointe de l’Iran, de la Russie, et de la Turquie » affirmant que tous :

Réaffirment la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne en tant qu’État multi-ethnique, multi-religieux, non confessionnel et démocratique, comme l’a confirmé le Conseil de sécurité de l’ONU. 

La Russie était la seule de ces trois nations qui a également proposé un projet de Constitution spécifique pour la Syrie d’après-guerre. C’est peut-être parce que la Russie est le seul de ces trois pays dont le gouvernement et la Constitution sont entièrement laïques. Ainsi, l’agent clé de la Turquie lors des pourparlers actuels à Genève, Mohamed Sabra, aurait, selon le journal égyptien Al-Ahram en date du 17 novembre 2016, soit deux mois après que les États-Unis aient mis fin à leur participation au processus de paix en Syrie – notamment critiqué les propositions de la Russie visant à « essayer d’isoler des groupes islamiques qui ne sont pas d’accord avec les principes d’un État démocratique et laïque et les exclure du processus politique. Cela conduira à un réajustement des forces, à changer l’essence du conflit militaire en Syrie et à semer les germes de la guerre civile dans le pays », a déclaré Sabra. En supposant que le principal journal d’Égypte était en train de paraphraser et de traduire exactement ce que le négociateur en chef de l’alliance des États-Unis et des sunnites disait en réalité, la Russie était critiquée pour avoir insisté sur le fait que ce qui suit après la guerre de Syrie doit être entièrement contrôlé par le peuple syrien. Sabra, le négociateur en chef au nom de l’alliance américano-sunnite, s’est effectivement exprimé publiquement là-bas contre l’engagement envers « les principes d’un État démocratique et laïc ».

C’est vraiment approprié : deux fois en une journée, le Secrétaire général de l’ONU a critiqué la position des États-Unis pour leur opposition à la démocratie en Syrie.

Eric Zuesse

 

Article en anglais :

Peace in Syria

Issues at Stake in Syria’s “Peace Talks”

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

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Ce week-end, de larges sections de l’appareil de Les Républicains (LR) ont cherché à éjecter François Fillon de sa position de candidat présidentiel de LR dans le contexte de l’affaire des emplois fictifs suspectés de sa femme, Penelope.

Cette affaire, sortie d’investigations d’allégations de liens corrompus entre Fillon et Moscou dans le sillage du débat sur les sympathies prétendument pro-russes du nouveau président américain, Donald Trump, menace de faire exploser le principal parti de gouvernement de la droite française.

Cette crise internationale déclenche à présent une violente guerre de fractions au sein de LR. Ce soir à 18h, une réunion extraordinaire du Bureau politique de LR doit décider du sort de la campagne de Fillon. Face à un tir nourri d’attaques contre lui par des cadres LR, ainsi qu’à une tentative de monter en urgence une campagne de rechange autour d’un candidat malheureux aux primaires LR, Alain Juppé, Fillon a organisé une manifestation dimanche au Trocadéro, à Paris.

Devant une foule de milliers d’électeurs LR, de soutiens du mouvement Sens Commun lié la Manif pour tous anti-mariage gay, et d’élus LR dans un quartier huppé de Paris, Fillon s’est défendu tout en reconnaissant avoir commis des erreurs pour tenter de parer au discrédit grandissant qui pèse sur sa candidature. « Je vous dois mes excuses, dont celle de devoir défendre mon honneur et celle de mon épouse », a-t-il dit.

Dénonçant « la fuite en canard d’un camp vers un autre » de ses anciens collaborateurs, dont une bonne partie de la direction de sa propre campagne, il a dit : « Mon examen de conscience, je l’ai fait. Aux hommes politiques de mon camp je dirai à présent ceci : il vous revient maintenant de faire le vôtre. Laisserez-vous les passions du moment l’emporter sur les nécessités nationales ? Laisserez-vous les intérêts de factions et de carrière et les arrière-pensées de tous ordres l’emporter sur la grandeur et la cohérence d’un projet adopté par plus de quatre millions d’électeurs ? »

Après l’annonce en soirée que plusieurs dirigeants LR dont Xavier Bertrand, Christian Estrosi, et Valérie Pécresse voulaient le rencontrer pour le forcer à effectuer « une sortie respectueuse », Fillon est aussi passé au journal télévisé de 20h sur France2. Il s’est déclaré meilleur opposant de la candidate frontiste Marine Le Pen, pointant le risque d’un second tour opposant Le Pen à l’ex-ministre de l’Economie PS Emmanuel Macron, et d’une éventuelle victoire du FN dans ce scénario.

Il a également menacé LR de continuer sa campagne malgré une décision négative du Bureau politique de LR aujourd’hui, déclarant que sur sa candidature, « Ce n’est pas le parti qui va décider. Ce n’est pas dans les coulisses qu’on va choisir. … Si les électeurs avaient voulu d’Alain Juppé, ils auraient voté pour lui à la primaire ».

Alors que 71 pour cent des Français, dont 47 pour cent des électeurs LR, voudraient le retrait de Fillon, selon un sondage réalisé pour le Journal du Dimanche, il semble peu probable que cet argument fasse taire à lui seul les critiques de Fillon au sein de LR. Car selon d’autres sondages, Juppé accéderait au second tour et battrait Le Pen s’il était candidat. Juppé a annoncé hier qu’il s’exprimerait ce matin sur la campagne ; Fillon doit également s’entretenir avec lui.

L’équipe de campagne de Fillon subit également la désertion en bloc de son personnel dirigeant. Jeudi, le trésorier Gilles Boyer et le directeur adjoint Sébastien Lecornu ont présenté leur démission. Boyer a fait savoir au site d’informations Médiapart qu’il reprochait à Fillon – qui défend l’état d’urgence, un programme d’austérité profonde avec une privatisation éventuelle des soins médicaux, et des mesures sociales marquées par la droite catholique – d’être à droite des néo-fascistes : « On ne combat pas le FN en tentant d’être plus à droite que lui ».

Le porte parole de Fillon, Thierry Solère, a démissionné vendredi, et dimanche c’était le tour du directeur de campagne, Patrick Stefanini. La victoire n’étant « pas certaine », déclarait Stefanini dans sa lettre de démission à Fillon, « Ta défaite au soir du premier tour ne peut donc plus être exclue. Elle placerait les électeurs de la droite et du centre devant un choix cornélien [voter pour un candidat FN ou proche du PS]. Je me refuse à assumer cette perspective ».

Les commentateurs médiatiques soulignent de plus en plus le danger d’une explosion de LR, dans le cas d’une défaite de LR au premier tour. « Si Fillon ne passe pas le premier tour, la droite parlementaire implosera », a confié l’historien Gilles Richard au Monde.

Il en a rendu responsable la banqueroute de la politique menée par le PS et ses alliés politiques depuis des décennies : « Cette division est la conséquence directe de l’échec de la stratégie sarkozyste ou, dit autrement, de l’essor considérable du FN depuis que Marine Le Pen en a pris la direction … Tout cela est lié au profond changement de la vie politique française depuis les années 1980, quand le PCF s’est effondré et que le PS a renoncé à ‘changer la vie’ pour s’adapter à la ‘mondialisation’ néolibérale ».

Ce qui ressort de la profonde crise déclenchée en France par la campagne présidentielle, c’est avant tout la ruée de toute la classe politique vers un Etat policier par lequel la bourgeoisie répudierait toutes les acquis sociaux accordés aux travailleurs après la Deuxième Guerre mondiale. C’est un processus international, que l’on voit également dans l’élection de Trump aux Etats-Unis, et l’effondrement de l’Union européenne représentée par le Brexit.

Tous les sondages indiquent que le FN serait présent au second tour des présidentielles, ainsi que la faiblesse remarquable des candidats que les partis traditionnels, dont LR, le PS, et le Front de gauche, lui opposent. Vu la profonde désillusion des électeurs non seulement vis-à-vis du PS, qui soutient Macron, mais aussi de LR, il est impossible d’exclure un mouvement soudain de l’opinion qui mettrait Le Pen à l’Elysée et pourrait sceller la fin de l’UE. En effet, cette possibilité obsède manifestement les différentes fractions qui s’affrontent au sein de LR.

Selon un sondage Ipsos qui indique un fort intérêt populaire pour la présidentielle (71 pour cent), la population française est profondément hostile aux partis existants. 84 pour cent des sondés estiment que la classe politique est un frein à l’amélioration du pays, 82 pour cent la trouve corrompue, et 83 pour cent ont déclaré leur désaccord avec les déclarations que le système démocratique français fonctionne bien, ou que leurs idées y sont représentées.

En même temps, comme l’indique le commentaire de Boyer contre les vélléités d’extrême-droite de Fillon, de très larges sections de la classe politique adoptent des positions sur l’état d’urgence ou l’austérité qui sont très proches de celles défendues traditionnellement par le FN. Ceci souligne la banqueroute d’une stratégie qui tenterait de défendre les droits démocratiques en France en votant pour les candidats que finiront par adouber les différentes fractions du PS et de LR.

Philippe de Villiers, un nationaliste traditionnellement proche de la droite de LR mais dont Macron a sollicité le soutien lors d’une visite au Puy du Fou à l’été 2016, se range à présent derrière Le Pen. Il l’a applaudie parce que « Sa main ne tremblera pas lorsqu’il faudra prendre des décisions douloureuses », et parce qu’elle aurait absorbé selon lui les idées de Villiers, de l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, et du polémiste Eric Zemmour.

Jeudi, de Villiers a écrit dans le magazine d’extrême-droite Valeurs actuellesque grâce à leur travail politique, que Le Pen avait adopté, elle était en passe de rallier l’électorat de droite. Selon lui, elle a « compris qu’il fallait faire une campagne identitaire. Marine, qui a lu nos livres [de Buisson, Zemmour, et de Villiers], a capté notre petite musique. Résultat : notre grande circonscription “lectorale” est en train de lâcher Fillon. La droite votera pour elle au deuxième tour, elle peut même gagner ».

Alex Lantier

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L’afflux de migrants ? Un terrain de jeu pour tester de nouvelles technologies, des barrières « intelligentes » aux chiens robots en passant par les drones douaniers. La montée des droites extrêmes en Europe ? Une aubaine pour bâtir murs et barbelés à trois millions d’euros le kilomètre. Les groupes islamistes extrémistes ? Une perspective de « forts taux de croissance ». Ainsi va le business de la sécurité aux frontières, en plein essor depuis une décennie. Enquête sur ce nouveau complexe militaro-industriel de plus en plus influent en Europe.

Île de Lesbos, Grèce. À une portée de fusil des côtes turques, les flots agités de la mer Égée charrient, ce matin, des dizaines de rafiots surchargés d’hommes, de femmes et d’enfants. Trois bonnes centaines rien qu’en une demi-journée. Cris, embrassades, pleurs… Une matinée habituelle sur cette île à l’extrémité est de l’Europe, depuis que les guerres, les régimes autoritaires et l’instabilité qui a suivi les printemps arabes ont jeté des millions d’errants sur les route de l’exode.

Ces deux dernières années, les médias ont scrupuleusement relaté la plus grave crise migratoire que connaît notre continent depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Sous l’angle humain, bien sûr, en couvrant l’odyssée des réfugiés fuyant dictateurs et terroristes. Sous l’angle politique, ensuite, en exposant la difficulté des États de l’Union à agir de concert face à ces afflux massifs. Or, ce phénomène a rarement été traité sous l’angle économique : quel est le coût du renforcement des frontières de l’Union ? Quels industriels se sont révélés les grands gagnants de cette crise ? Les technologies de surveillance qu’ils commercialisent sont-elles même efficaces ?

L’Europe : un marché intérieur des technologies de sécurité

La crise migratoire européenne a révélé l’existence d’une gigantesque industrie de la sécurité des frontières. Elle représentait, en 2016, un marché annuel mondial de 18 milliards de dollars (16,9 milliards d’euros) et devrait totaliser, à l’horizon 2022, la bagatelle de 53 milliards de dollars (49,8 milliards d’euros). De la volonté de décourager l’immigration à la lutte contre les trafics, le terrorisme ou la piraterie, les « menaces » aux frontières sont multiples, et constituent autant de justifications à des dépenses supplémentaires. Une aubaine pour les industriels de la sécurité, américains et israéliens en tête.

La Commission européenne a admis son retard en 2012 dans un « Plan d’action » identifiant le secteur de la sécurité comme particulièrement porteur. Selon Bruxelles, « les entreprises américaines qui dominent le marché demeurent les plus avancées sur le plan technologique ». Il faut donc « établir un marché intérieur européen plus efficace pour les technologies de sécurité » en vue de tirer un meilleur parti, face à la concurrence étrangère, de ce marché en pleine expansion. Ce dernier constitue également, pour la Commission, un axe de relance de l’idéal européen. « Il faut à l’Europe une véritable Union de la sécurité », a martelé Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, devant le Parlement européen en avril 2016.

Le budget de Frontex multiplié par 38

Avec des coûts économiques immédiats pour les contribuables : en renforçant continuellement les moyens d’action de Frontex (l’agence européenne de garde-frontières et garde-côtes), la Commission a fait passer le budget annuel de cette police des frontières de 6,3 millions d’Euros en 2005 à 238,7 millions d’euros en 2016. Plus généralement, les États-membres ont injecté onze milliards d’euros depuis l’an 2000 aux fins de protéger les marges de l’Union [1]. Le résultat le plus flagrant, ce sont les centaines de kilomètres de murs et de barbelés déjà édifiés en bordure de l’espace de Schengen – et en particulier le long de la « Route des Balkans », la voie migratoire qui relie la Grèce à l’ouest de l’Europe.

Mais l’un des premiers murs à avoir été édifiés s’étend sur le versant méridional de l’Europe : la barrière qui materne l’enclave espagnole de Melilla, au Maroc. Depuis 2005, un barrage d’acier et de barbelés, surveillé par 650 agents de la Guardia Civil, serpente le long d’un tracé de onze kilomètres. « Il s’agit d’une triple barrière anti-intrusion. La troisième barrière mesure entre six et sept mètres, elle est inclinée à quinze degrés de façon à décourager quiconque de l’escalader !, explique le Colonel Juan Antonio Rivera, chargé de la visite. Je peux vous dire qu’il y a un “avant” et un “après”, ajoute-t-il. Seules 150 personnes sont passées cette année, contre plus de 2000 auparavant. » Le 17 février, près de 500 personnes ont cependant franchi les barrières qui encerclent l’enclave espagnole voisine de Ceuta.

Barrières anti-migrants : trois millions d’euros au kilomètre

Les autorités communiquent en revanche moins sur les coûts de modernisation de ce dispositif : 33 millions d’euros, soit trois millions d’euros au kilomètre ! Sans compter diverses dépenses de maintenance : un récent rapport du ministère de l’Intérieur espagnol les a évaluées à quatorze millions d’euros depuis 2005, soit 154 000 euros par an et par kilomètre !

Ces dépenses créent d’autant plus le malaise que les routes migratoires ne cessent d’évoluer, rendant souvent les murs obsolètes. Les migrants s’adaptent en effet en permanence au renforcement des contrôles frontaliers. Contrecoup de la fermeture de la route des Balkans suite à l’accord signé en mars 2016 entre l’Europe et la Turquie, l’Italie est ainsi redevenue une porte d’entrée majeure des réfugiés. « Vous ne pouvez pas arrêter les migrants !, confirme Wissam, un jeune réfugié syrien se préparant à traverser la mer Égée depuis la ville turque d’Izmir. Lorsque vous êtes en danger de mort, peu importe que vous empruntiez telle ou telle route, vous voulez simplement atteindre votre but – par tous les moyens. »

Fermer les frontières de l’Europe : 2000 milliards d’euros

Barricader l’Europe de murs ? La solution se révèle dès lors aussi extrême qu’absurde. Étendre l’enceinte de Melilla aux 7700 kilomètres de frontières terrestres de l’espace Schengen coûterait au moins deux mille milliards d’euros, soit l’équivalent du déficit de la dette publique française. Sans compter les 42 000 kilomètres de frontières maritimes et les coûts de maintenance. Un chiffrage sur lequel les partis populistes européens, à commencer par le Front National et sa présidente Marine Le Pen, se sont montrés étrangement silencieux.

Pour pallier les écueils des frontières terrestres, l’Europe a dès lors complété ces dispositifs de frontières d’un nouveau genre : les frontières électroniques. En 2002, l’Europe déployait un véritable « Big Brother des mers » : SIVE, pour « Système intégré de vigilance extérieure ». Le centre de commandement de SIVE se trouve dans la ville andalouse d’Algeciras, à l’ombre du rocher de Gibraltar. Avec ses caméras thermiques, ses capteurs, ses radars et ses satellites, SIVE est la première frontière virtuelle d’Europe, capable de détecter toute tentative d’intrusion à trente kilomètres. « Le dispositif s’étend de la ville de Tarragone, au sud de la Catalogne, jusqu’à la frontière portugaise, et inclut également les îles Canaries », explique Manuel Fuentes, un policier en charge de la surveillance des côtes, en couvant ses écrans de contrôle d’un œil alerte.

Des chiens-robots dotés d’un odorat artificiel

Des centaines de millions d’Euros ont été dépensés pour SIVE. Indra, le groupe d’électronique espagnol chargé d’équiper la Guardia Civil avec ses technologies de surveillance, s’est félicité de la chute de plus de 80% de l’immigration illégale empruntant le détroit de Gibraltar par rapport à l’année 2001 (en une décennie, des centaines de migrants ont également péri aux abords du détroit). Dans le sillage de SIVE, d’autres frontières virtuelles telles que Spationav, en France, le réseau de surveillance finno-suédois SUCFIS ou encore le « Sistema Integrado de Vigilância Comando e Controlo » (SIVICC), le long des côtes portugaises, ont vu le jour. Or, les statistiques compilées par le Conseil de l’Europe [2] démontrent que la majorité des migrants clandestins ont rejoint le continent par la voie aérienne, munis d’un visa, avant de passer dans l’illégalité à l’expiration de leur titre de séjour. À Algeciras, le policier Manuel Fuentes en convient lui-aussi : « Lorsque des gens fuient la famine ou la guerre, peu importent les obstacles que vous mettrez sur leur chemin, ils passeront… »

De nouvelles technologies se profilent pour corriger ces défaillances. L’étude des 321 projets financés, entre 2007 et 2013, sous l’égide du programme de recherche européen FP7-Sécurité est édifiante : ce dernier a promu le développement de chiens-robots dotés d’un odorat artificiel, d’outils d’analyse des comportements suspects, de capteurs de substances chimiques ou encore d’une architecture européenne intégrée de surveillance maritime…

Des drones pour remplacer les douaniers ?

Après les frontières terrestres et électroniques, l’Europe finance également des programmes de frontières aériennes. Ainsi, le programme de recherche Aeroceptor consiste à équiper des drones de surveillance aux frontières d’armes non létales, afin d’« immobiliser des véhicules non coopératifs ». Ses concepteurs n’ont pas souhaité s’exprimer sur la technologie envisagée pour neutraliser les cibles. De même n’ont-ils jamais évoqué les potentielles dérives auxquelles Aeroceptor ouvre la voie : le jour pourrait venir où de tels drones se verraient confiée une autonomie de décision au moment de diriger une arme contre des hommes.

Cette fuite en avant technologique a pourtant peu de chances d’être stoppée, tant les enjeux industriels qui se cristallisent autour des frontières européennes sont considérables. La sécurité des frontières s’affiche clairement comme un nouveau débouché pour les industriels de l’armement. Les budgets de défense des pays membres de l’Union européenne ont stagné voire baissé ces dernières années. En France, les fonds alloués à l’armée ont ainsi chuté de 20% en 25 ans. Or, dans le même temps, les dépenses publiques de sécurité intérieure ont connu un accroissement significatif : le budget hexagonal de sécurité intérieure a atteint plus de douze milliards d’euros en 2016 contre moins de dix milliards en 2003 – soit presque 25% d’augmentation en seulement quinze ans. À l’échelle européenne, le même poste de dépense a, quant à lui, triplé depuis 2010 pour atteindre plus de quatre milliards d’euros en 2016.

« On assiste à un recyclage de toute l’industrie militaire vers le civil »

Les industriels de l’armement ont rapidement saisi les opportunités que représentait cette nouvelle destination des dépenses publiques. « Nos perspectives commerciales avec l’armée française s’avéraient limitées… Nous nous sommes dès lors tournés vers des clients du secteur civil, tels que la police, qui conduit des missions de sécurité similaires. Les projections de croissance y sont considérables, de l’ordre de dix pour cent par an ! », admet un marchand d’armes exposant ses produits à Milipol, l’un des plus grands salons d’armement au monde qui se tient tous les deux ans en région parisienne.

Une lecture des rapports d’activité publiés par l’industriel britannique BAE Systems et l’italien Finmeccanica confirme ce glissement : il y est désormais question de commercialiser des « technologies duales » répondant tant aux besoins de l’armée que des forces de police, et de dégager davantage de « synergies » entre ces deux secteurs naguère cloisonnés. En clair, « on assiste à un recyclage de toute l’industrie militaire vers le civil », explique Claire Rodier, juriste au sein du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Les récentes attaques terroristes, survenues en France, en Allemagne et en Belgique, vont encore amplifier ce phénomène.

Quand les entreprises rédigent les appels d’offres qu’elles remportent

Pour parvenir à leurs fins, les industriels influencent fortement Bruxelles au moyen d’un lobbying aussi discret qu’efficace. Depuis une quinzaine d’années, le monde de l’armement a tout simplement « institutionnalisé » ses méthodes de lobbying. En poussant à la création d’organes officiels au sein de la Commission et en y faisant siéger ses représentants, l’industrie de défense a poursuivi une véritable stratégie de noyautage. Il en va ainsi de l’Agence de défense européenne (EDA), créée en 2004 pour bâtir une Europe de la défense : les principaux lobbies européens de défense, à commencer par la puissante European Organization for Security (EOS, qui regroupe une quarantaine d’entreprises, de l’armement à l’électronique en passant par la cyber-sécurité), se vantent en effet d’avoir été à l’origine de la naissance de cet organisme censé, selon les mots de l’ancien directeur de l’EDA Javier Solana, permettre de « dépenser davantage ensemble » en matière d’armements.

De même pour le FP7-Sécurité : ce programme européen de recherche, doté de 1,4 milliards d’Euros, a été créé en 2004 à l’initiative d’un « Groupe de personnalités » abondamment composé de représentants de l’industrie. Puis en siégeant au sein de des commissions du FP7 entre 2007 et 2013, les industriels ont pu collaborer à l’écriture des appels d’offres… avant d’y répondre.

Les groupes islamistes extrémistes, facteurs de « croissance »

On devine la suite : « Les industriels tels qu’EADS et Thales gagnaient les appels d’offres à l’écriture desquels ils avaient participé ! », dénonce le sociologue autrichien Reinhard Kreissl, qui siégeait alors au sein de l’un de ces groupes d’experts. Il ne faut dès lors pas s’étonner des conclusions d’un rapport sur le fonctionnement du FP7 publié en 2014 à la demande du parlement européen : « La recherche en matière de sécurité a avant tout servi les intérêts de l’industrie plutôt que ceux de la société »dénoncent ses auteurs.

La protection des frontières européennes et la sécurité des cinq cent millions de citoyens qu’elles entourent ne constituent pas, en priorité, un projet politique et sociétal. L’enjeu se révèle avant tout industriel, dans un contexte de compétition économique accrue avec les États-Unis et Israël. Et au-delà de notre continent, c’est le monde entier qui apparaît comme un vaste terrain de jeu. « Des menaces persistantes provenant de groupes islamistes extrémistes vont générer, au cours de la prochaine décennie, de forts taux de croissance sur les marchés du Moyen-Orient et de l’Afrique », prédit déjà le cabinet d’études Strategic Defence Intelligence. Sur ce marché planétaire, les industriels européens peuvent se tailler la part du lion.

Guillaume Pitron

Cette enquête a été réalisée dans le cadre d’un projet associant plusieurs journalistes d’investigation européens, Security for Sale, coordonné par le media néerlandais De Correspondent. Elle a été écrite avec le soutien du Journalism Fund. Voir ici une page en anglais présentant le projet et les articles qui le composent.


Photo : le « centre de situation » de Frontex, à Varsovie / © Frontex

 

[1] Ainsi que l’atteste « The Migrants Files », une enquête diligentée par une équipe de journalistes européens.

[2] [Preventing Illegal Immigration : Juggling Economic Imperatives, Political Risks And Individual Rights, Claude-Valentin Marie, Council of Europe, 2004

 

Macron : le vrai (et vilain) visage du PS

mars 6th, 2017 by Axel Bader

« Comment pouvez-vous titrer ça alors que c’est Hamon qui a gagné la primaire socialiste ? N’avez vous pas entendu Macron lui-même affirmer qu’il n’était ni de droite ni de gauche ? La preuve, il a même le soutien de Bayrou« …  On souffle, on se détend… Mais ça pourrait piquer un peu quand même.

Vendredi dernier, sur France Inter, était reçu Richard Ferrand. Peu de gens le connaissent alors petit rappel : Richard Ferrand est secrétaire général d’En Marche !, le mouvement d’Emmanuel Macron, depuis octobre dernier. Autrement dit, il est le « chef » désigné de ce mouvement. Et il est aussi… membre du PS et député du Finistère. Vous allez me dire : « ok, bon, il partira du PS… » Et bien non ! Car il a été investi par le PS pour être candidat aux prochaines législatives ! Oui, tout comme tout plein d’autres socialistes qui lâchent Hamon les uns après les autres pour afficher leur soutien à Macron tout en continuant à s’afficher PS : Gérard Collomb, le très influent maire de Lyon, Ségolène Royal, Stéphane Travers (un fervent défenseur de la casse du droit du travail), le très en vue Jean-Marie Le Guen qui ne cachait pas sa préférence pour le programme de Macron avant même que ce programme n’ait été dévoilé, ou encore Manuel Valls qui brandit la menace de rejoindre son ancien ministre… Et je pourrais en citer beaucoup d’autres comme mon propre député Jacques Cresta qui a passé le dernier quinquennat à genoux devant Hollande… A ce rythme-là, c’est tout le PS, à part Hamon et deux ou trois lieutenants impopulaires (Myriam El Khomri par exemple) qui rejoindront Macron plus ou moins officiellement.

Une stratégie de longue date

Cela fait au moins un an que le PS sait qu’il ne peut pas, sous sa propre étiquette, garder le pouvoir. Hollande ayant perdu toute crédibilité, il était impératif de trouver un candidat qui ne soit pas directement associé au PS. A ce titre, Macron est idéal. Il n’est plus membre du PS (nb : il l’a été de 2006 à 2009) et, aux yeux du grand public, il est trop neuf en politique pour être catalogué dans tel ou tel parti. De fait, même sa participation au gouvernement de Manuel Valls à un poste pourtant clé (Ministre de l’économie et des finances) est minimisée pour ne pas alerter l’opinion publique…

Il ne faudrait pourtant pas oublier que Macron était dans l’entourage de Hollande dès 2012 en tant que secrétaire général adjoint de l’Elysée. A ce titre, il est l’un des artisans principaux du CICE (crédits d’impôt alloués aux entreprises, sans contrepartie, et proportionnels au nombre de salariés. Les très grandes entreprises étant donc fortement favorisées) et du Pacte de responsabilité qui contient lui aussi des mesures avant tout favorables aux très grandes entreprises, non pas pour encourager les embauches mais, là encore, pour leur permettre d’engranger davantage de bénéfices (dont 80% vont dans la poche des actionnaires). Bref, il est l’un des principaux inspirateurs de la politique économique menée par Hollande pendant 5 ans. Politique dont on connaît le résultat social désastreux : hausse constante du chômage et de la pauvreté, augmentation inquiétante du travail précaire (CDD et temps partiels, aux dépens des CDI qui ne représentent plus que 20% des embauches), conditions de travail dégradées dans les services publics (notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et la sécurité).

Ainsi, Emmanuel Macron n’incarne pas le moindre changement (encore moins une « révolution », malgré le titre de son livre…), mais au contraire la continuité des politiques d’austérité menées par Sarkozy puis Hollande, sous l’autorité de l’Union Européenne. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son programme (enfin dévoilé mais rendu volontairement incompréhensible pour la plupart des gens) vante les bienfaits de l’Europe actuelle, et par conséquent des Traités qui nous astreignent à ces politiques d’austérité.

En marche… arrière !

Et là, vous me dîtes :  « Mais si ce que tu écris est vrai, alors pourquoi Bayrou qui est centre-droit a rejoint Macron ? Et pourquoi Hamon est présenté comme le candidat du PS ?« . Revenons donc à l’élection présidentielle de 2007, lorsque Macron est adhérent du PS. Le jeune Emmanuel est alors proche des « Gracques », un lobby mené par Jean-Pierre Jouyet, un énarque qui a travaillé entre autres avec François Fillon et François Hollande ! Jouyet est également un proche de Macron. En 2007 donc, les « Gracques » font campagne pour une alliance François Bayrou-Ségolène Royal. S’il est difficile de connaître avec précision qui composait ce lobby, on connaît tout de même quelques noms :

– Denis Olivennes : aujourd’hui Président de Lagardère Active, pôle médias du groupe Lagardère : 11 chaînes de télévision, 3 radios (dont Europe1) et 37 journaux (dont Paris Match et le Journal du Dimanche), après une carrière aussi remplie qu’agitée : Cour des Comptes, conseiller de Pierre Bérégovoy (lorsque ce dernier fut Ministre de l’économie et des finances puis Premier ministre avant d’être lourdement mis en cause dans une grosse affaire de corruption et retrouvé mort, tué par l’arme à feu de son garde du corps. L’enquête conclura à un suicide), dirigeant successivement de Air France, Numéricable, Canal+, la Fnac, le Nouvel Observateur, Europe1

– Matthieu Pigasse : homme d’affaires proche de DSK, Fabius, Royal ou encore Valls ; actionnaire, entre autres, du groupe Le Monde (la vente avait d’ailleurs été orchestrée par Macron) et du Huffington Post. Il est aussi l’un des dirigeants de la grande banque d’affaires franco-américaine Lazard. Banque privée  qui, malgré un évident conflit d’intérêts, a supervisé la création de la Banque publique d’investissement (qui n’est en fait pas une vraie banque, elle emprunte aux banques privées et son « étrange » fonctionnement pourrait faire l’objet d’une longue analyse critique – que je ne ferai pas, parce que j’ai pas envie !).

– Bernard Spitz :  président de la Fédération Française de l’Assurance qui regroupe la Fédération française des sociétés d’assurances et le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance. Il préside aussi le pôle international et Europe du MEDEF (lui-même dirigé par Pierre Gattaz, soutien affiché de Macron). Avec un tel CV, on comprend pourquoi le programme de Macron insiste autant sur la baisse des cotisations sociales ou la retraite par points qui délèguent une large partie de notre protection sociale (santé, retraites…) aux assurances privées…

– François Villeroy de Galhau : gouverneur de la Banque de France (nommé par François Hollande), il siège aussi (entre autres) au conseil des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne et à la « commission pour la libération de la croissance française » dirigée par… Jacques Attali ! Oui, le fameux Jacques Attali, conseiller des Présidents Mitterrand, Sarkozy et Hollande. Jacques Attali qui fit entrer Macron dans le « grand monde ». D’abord en le recrutant dans la triste « commission Attali » qui inspira la politique de Sarkozy, puis en le faisant entrer à la banque Rothschild (qui fera de Macron un millionnaire)…

Et voilà comment, en tirant fil par fil, on met à nu le réseau de Macron : les grandes banques privées, les médias, les grandes sociétés d’assurances, le MEDEF, la BCE, les hommes d’influence qui ont conseillé nos dirigeants politiques ces 30 dernières années, et la plupart des plus riches hommes d’affaires français… Car il ne faut pas oublier que le réseau de Macron comprend aussi des gens comme François Pinault (multimilliardaire et propriétaire du groupe Artemis qui contrôle, entre autres, l’hebdomadaire Le Point et de nombreuses marques de luxe comme Yves Saint-Laurent), Vincent Bolloré (patron notamment de Vivendi, du groupe Canal+ ou encore de l’institut de sondages CSA et… fossoyeur de I-Télé devenue CNews), Bernard Arnault (deuxième fortune française, patron de LVMH, propriétaire du journal Les Echos, ami proche de Martin Bouygues lui-même patron entre autres de TF1 et LCI…), Xavier Niel (propriétaire de Free), Patrick Drahi (propriétaire entre autres de SFR ; des journaux Libération, L’Express, L’Expansion, L’Etudiant ; de BFMTV et RMC), Claude Bébéar (fondateur d’Axa, banque et surtout plus gros groupe d’assurances au monde)… N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Bon ok, un petit dernier pour la route, juste histoire de sourire un peu. L’avocat Jean-Pierre Mignard a également rejoint Macron. Vous ne le connaissez pas ? Mais si… L’affaire des « écoutes de l’Elysée », le naufrage du pétrolier Erika, le procès Clearstream ou encore l’affaire Cahuzac sont quelques-uns des nombreux très gros dossiers dans lesquels il est intervenu. Il est également parrain de deux des enfants de François Hollande et avocat « officiel » de Mediapart

Au secours !

Vous l’aurez compris, les soutiens d’Emmanuel Macron ont un tel poids financier, politique et médiatique qu’ils sont à même de faire plier n’importe qui (y compris Bayrou…) et nous avec…

Voici donc l’histoire « en marche »… Hamon (dont l’épouse est certes une des dirigeantes de LVMH mais qui reste l’employée de Bernard Arnault !) est censé faire diversion, piquer des voix à Mélenchon et perdre dès le premier tour (comme n’importe quel candidat labélisé PS). Pour y parvenir, le PS (dont vous aurez désormais compris que le champion est Macron) met au point une stratégie à tiroirs. D’abord, mettre en scène la déconfiture de Hollande et du PS. Hollande abdique. Valls s’avoue vaincu (peu importe que les urnes de la primaire aient été bourrées, les médias comme les cadres du PS l’ont constaté mais personne ne s’en est inquiété…) et on présente le vainqueur comme un « frondeur » à la gauche du PS, un peu écolo, soi-disant proche des idées de Mélenchon. « Frondeur » qui pourtant n’a jamais voté contre les 49.3 de Valls ou contre la loi travail… Ensuite, on invente une polémique : JLM ne voudrait pas d’alliance et serait donc le responsable d’une éventuelle et terrifiante victoire du FN. Enfin, on négocie discrètement des postes aux législatives avec les dirigeants Verts et Communistes. L’idée est donc d’isoler Mélenchon. Coïncidence ou non, Fillon s’embourbe dans le « Penelope-gate ». Les médias ne parlent que de cette affaire, ce qui permet d’éviter de s’intéresser aux programmes des candidats. Cela tombe bien, celui de Macron tombe sur le tard, reste flou, complexe et brouillon. C’est purement volontaire, pour éviter qu’on le comprenne. Car quand on s’y attarde, on en voit toutes les incohérences et les injustices sociales. Derrière ses airs de jeune paroissien, Macron défend une politique des plus féroces. Tu es malade ? Paye ta mutuelle. Tu veux une bonne retraite ? T’avais qu’à épargner. Tu veux une école correcte pour tes enfants ? Va dans le privé. Ton logement est cher ou pas adapté ? Déménage ! Tu as du boulot ? Consomme et tais-toi. Tu es au chômage ? Tais-toi et meurs…

Voilà, vous êtes prévenus… En 2012, François Hollande disait « Mon ennemi n’a pas de nom, il n’a pas de visage. Mon ennemi c’est la finance« . Il avait tort. L’ennemi a de multiples noms, je vous en ai livré un paquet. Et il a un visage, celui d’Emmanuel Macron.

Axel Bader

 

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Sin pruebas, el establishment, es decir, el gobierno oculto de Estados Unidos, acusa al nuevo presidente, Donald Trump, de haberse beneficiado del hackeo ruso al Partido Demócrata y de estar al servicio del Kremlin.
La campaña contra Trump, cuyo equipo la compara con una “cacería de brujas”, le costó el puesto al consejero de Seguridad Nacional, el general Michael Flynn, y acotó el poder del Fiscal General de la Unión Americana, Jeff Sessions, toda vez que le margina de las investigaciones de este caso.

El ataque político, diplomático y sobre, todo, mediático contra Trump se explica de manera muy sencilla: el sucesor de Barack Obama -empleado del establishment- y vencedor de Hillary Clinton -la candidata de ese gobierno oculto- significa pérdidas billonarias para ese Estado Profundo, que lucra con la guerra, con la especulación financiera, con la educación, con la salud, con la alimentación y aun, con las almas de miles de millones de seres humanos.

Trump “echó las cartas”, como se dice coloquialmente, el jueves 22 de julio de 2016, al pronunciar su discurso de aceptación a la candidatura presidencial republicana. En esa ocasión dijo, entre otras, las siguientes:
⦁ “Si quieren escuchar el discurso manido de las empresas, mentiras cuidadosamente elaboradas y los mitos de los medios, la convención de los Demócratas es la semana que viene.”
⦁ “Las grandes empresas, los medios de comunicación de elite y los mayores donantes se han alineado detrás de la campañaa de mi oponente porque saben que ella mantendrá ese sistema amañado.”
⦁ “Le dan dinero porque tienen control absoluto sobre todo lo que hace. Ella es su marioneta y tiran de los hilos. Por eso, el mensaje de Hillary Clinton es que las cosas nunca van a cambiar. ¡Nunca jamás!”
⦁ “Cuando la misma secretaria de Estado amasa millones y millones de dólares intercambiando favores por intereses especiales y poderes extranjeros sé que ha llegado el momento de actuar.”
⦁ “He bajado a la arena política para que los poderosos ya no puedan golpear a la gente que no puede defenderse por sí misma.”
⦁ “Nadie conoce el sistema mejor que yo, por eso soy el único que puede arreglarlo.”

Luego, el 20 de enero pasado, cuando tomó posesión como Presidente de los Estados Unidos, Trump apuntó:
⦁ “La ceremonia de hoy tiene un carácter especial porque no sólo hacemos una transferencia de poder, sino que estamos transfiriendo el poder de Washington hacia ustedes, el pueblo.Por demasiado tiempo, un grupo pequeño en la capital, se ha beneficiado del Gobierno, mientras el pueblo cargaba en sus espaldas los costes.”

Está claro que se trata de un pequeño grupo, si se le compara con el resto del pueblo de los Estados Unidos; sin embargo, es la gente que controla al complejo financiero, militar y mediático radicado, de manera parasitaria, en territorio norteamericano. Uno de los soportes del Estado Profundo es el Consejo de Relaciones Exteriores, cuya sede está en Nueva York, y al que componen menos de siete mil individuos. Otro, es la Comisión Trilateral. Uno más, el Club Bilderberg, que ha sido desenmascarado por el escritor y periodista Daniel Estulin. Otro, excesivamente poderoso, es el que controla a la Reserva Federal de los Estados Unidos.

Motivos concretos de odio contra Trump

1. Su propósito de evitar rencillas y enfrentamientos con las otras dos potencias mundiales: Rusia y China. Desactivar una nueva y artificiosa “guerra fría” significaría dejar de recibir ganancias fabulosas por venta de armas.
2. Su deseo de aniquilar al terrorismo islámico que, según el papa Francisco, no existe. Acabar con él, también afectaría las exportaciones de armas y de sistemas de seguridad en aeropuertos, oficinas públicas, etcétera.
3. Terminar con el “libre comercio” permitiría limitar las inmorales “libertades” de los grandes consorcios trasnacionales que enriquecen a sus pocos dueños, a cambio de empobrecer a la mayoría de la humanidad.
4. Sacar a los narcotraficantes de Estados Unidos redundaría, también, en una cuantiosísima merma a las sucias ganancias de los dueños del sistema neoliberal. Permitiría, luego, iniciar una campaña de prevención y atención de adicciones. Una juventud sin drogas tiene más probabilidades de contribuir a la grandeza nacional que aquella sujeta a la pipeta del narco-estado protector de los “derechos humanos”.

Conclusión

En síntesis: Trump ha osado enfrentarse al oscuro poder de Rockefeller, Soros, Sachs y compañía.

Lo que tiene qué hacer, ahora, el nuevo mandatario norteamericano es demostrar que en ningún momento vulneró la seguridad nacional de los Estados Unidos y, por el contrario,  exhibir a Barack Obama y Hillary Clinton -con pruebas irrefutables- acerca de cómo utilizan la industria de la guerra para enriquecer a sus amos, a costa de la invasión injusta a otras naciones y del sufrimiento humano.

Convencer, también, a los escépticos propio y extraños, que detrás de esa ilegal campaña de filtraciones está la mano de ese grupo de especuladores y belicistas conocido vulgarmente como el de los “Halcones”.

Concluiremos este artículo citando a uno de los medios del establishment, pero radicado en Europa. Hablamos del periódico español El País, que en su edición digital del sábado 4 de marzo de 2017, publicó uno de tantos materiales contra Trump, cargado de adjetivos y insultos. Sin embargo, El País tuvo que reconocer lo siguiente:

Aunque no se ha demostrado que el equipo de Trump tuviera participación en los cibertaques, las indagaciones abiertas por el FBI, los servicios inteligencia, el Senado y la Cámara de Representantes se han erigido en la más seria amenaza contra el presidente.

Jorge Santa Cruz

Jorge Santa Cruz: Periodista mexicano.

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Ucrania: Guerra y bloqueo, igual a caos

mars 6th, 2017 by Antonio Rondón García

Los intentos del presidente ucraniano, Petro Poroshenko, de mantener hoy la campaña bélica en Donbass y de lidiar con radicales y sus bloqueos de regiones sublevadas solo sumaron caos en la república exsoviética.

En los últimos días, la situación cambió vertiginosamente en las autoproclamadas repúblicas de Donetsk y Lugansk. Los radicales ucranianos bloqueaban desde mediados de enero pasado el paso de vagones con antracita extraída en esas regiones.

Las autoridades ucranianas tuvieron la oportunidad desde un principio de suspender el boicot con métodos policiales, y establecer un control sobre las zonas de tránsito entre la región de Donbass (Donetsk y Lugansk) y el resto de Ucrania.

Sin embargo, en el fondo parecían compartir los lemas proferidos por los ultranacionalistas organizadores de los cercos y barricadas montados en las líneas de ferrocarril y en carreteras desde y hacia el Donbass.

La situación cambió, no solo por el hecho de que la falta del carbón y el coque proveniente del territorio rebelde creó una situación difícil a la economía ucraniana, sino porque los gobiernos de las citadas regiones impusieron sus condiciones.

Desde la jefatura de las repúblicas sublevadas se escuchó un ultimátum de que tomarían bajo su control las empresas y minas de carbón en sus territorios, si continuaba el bloqueo. Esa advertencia se materializó el 1 de marzo.

El gobierno ucraniano debió dedicarse a cómo salvar la economía nacional de un colapso energético y a aplicar medidas para evitar el cierre de complejos metalúrgicos.

Pero en Kiev, más bien lo que se produjo fue una fuerte polémica sobre quién podría estar detrás del bloqueo. Los más culpan en primer lugar a Moscú, pues consideran que el Kremlin lo planificó todo para volver a Ucrania dependiente del carbón ruso.

Otros estiman que los propios bloqueadores podrían buscar un beneficio para algunos sectores oligárquicos.

Pero lo que sí parece quedar claro es que con la admisión del bloqueo de los radicales, que causa daños económicos considerables a Ucrania, Poroshenko muestra la fragilidad del poder para canalizar problemas internos con la ultraderecha.

Como afirma el politólogo Mijail Pagrebinki, el Ejecutivo ya dejó pasar la oportunidad de resolver el asunto del bloqueo con el uso de la fuerza policial. Hasta de Occidente le recomiendan negociar con los bloqueadores del Donbas.

Además, las autoridades de Donetsk y Lugansk aseguraron que ahora serían ellos quienes impondrían un bloqueo a Ucrania por al menos 60 días. En ese lapso, las repúblicas buscarán nuevos mercados para sus productos.

Cabe destacar que Ucrania pierde, además del combustible para sus termoeléctricas, las cuales producen una tercera parte de la energía eléctrica, otros nueve mil millones de exportaciones de productos elaborados con el coque obtenido en el Donbass.

Para el filósofo y politólogo Serguei Datsiuk, en esta ocasión no estamos frente a un conflicto del Gobierno con los radicales por el tema de los bloqueos, sino entre el poder y la sociedad.

Las acciones y decisiones de los ultraderechistas cada vez se tornan más peligrosas para el poder en Kiev, que también está imposibilitado de retomar el control de 400 kilómetros de fronteras de Donetsk y Lugansk con Rusia.

Antonio Rondón García

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Avanzar en las reformas para lograr un crecimiento económico de alrededor del 6,5 por ciento este año, es una meta que defiende hoy China pese a los retos presentes y los que están por llegar.

Al presentar el Informe sobre la Labor del Gobierno este domingo, el primer ministro chino, Li Keqiang, dejó claro que esta nación tiene previsto alcanzar este año un crecimiento económico de alrededor del 6,5 por ciento, o más si es posible en la práctica.

El reporte, exteriorizado por Li en la reunión inaugural de la V sesión anual de la XII Asamblea Popular Nacional (APN), deja claro que el objetivo, que se corresponde con las leyes de la economía y la realidad objetiva, es el más bajo en más de 20 años para el gigante asiático, no obstante, el país sigue siendo una de las economías de más rápido crecimiento en todo el mundo.

Aclara el texto que ese designio ayudará tanto a la orientación como a la estabilización de las expectativas y también al reajuste estructural.

A la par, apoyará las acciones para conseguir el propósito de construir una sociedad modestamente acomodada en todos los aspectos para 2020, según el primer ministro.

Durante su alocución de apertura de la sesión, la primera desde que Xi Jinping fue apoyado como núcleo del Comité Central del Partido Comunista de China (PCCh), en octubre pasado, Li pidió trabajar para cumplir las metas de desarrollo.

Ante unos tres mil diputados de la APN, subrayó que el 2017 es un año de crucial importancia para el país, cuando el PCCh celebrará su XIX Congreso Nacional en el segundo semestre para elegir un nuevo liderazgo para los próximos cinco años, periodo en el que se concretará la visión de Xi de una sociedad modestamente acomodada.

De acuerdo con el texto, China mantendrá el alza del IPC (Índice de Precios y Cotizaciones) en torno al tres por ciento, y creará más de 11 millones de puestos de trabajo en las zonas urbanas, con lo que tendrá una tasa de desempleo urbano de máximo 4,5 por ciento.

Por otra parte el país reducirá el consumo de energía por unidad del PIB (Producto Interno Bruto) en al menos un 3,4 por ciento.

El año pasado, el PIB del país alcanzó los 74,4 billones de yuanes (10,8 billones de dólares), para un aumento de un 6,7 por ciento, y contribuyendo con más del 30 por ciento al crecimiento de la economía global.

Igualmente el gobierno creó 13,14 millones de puestos laborales en las zonas urbanas, y además incrementó los ingresos disponibles per cápita en un 6,3 por ciento al tiempo que logró sacar de la pobreza a cerca de 12,4 millones de personas.

Entre los desafíos que encarará esta nación, Li mencionó el disminuido crecimiento económico del mundo y la tendencia al alza del proteccionismo.

Sin embargo enfatizó que tales dificultades serán vencidas, dado que el país cuenta con una sólida base material, abundantes recursos humanos, un mercado enorme y un completo sistema de industrias.

En lo referente a la reforma estructural por el lado de la oferta, prioridad en el desarrollo de China, Li manifestó que los esfuerzos se concentrarán en una variedad de áreas, como racionalizar la administración, reducir impuestos, ampliar el acceso al mercado y disminuir la oferta ineficaz, ampliando, al mismo tiempo, la eficaz.

Asimismo, Beijing continuará profundizando las reformas en la defensa nacional y las fuerzas armadas y se espera que antes que finalice la sesión del máximo legislativo el 15 de marzo, la administración revele el presupuesto para el área militar este año.

Prensa Latina

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Los países del Triángulo Norte de Centroamérica están llamados a convertirse en el parachoques del flujo migratorio hacia Estados Unidos y en particular Guatemala, acorde con la política represiva impulsada por el presidente Donald Trump.

Durante su visita el 21 y 22 de febrero, el secretario de Seguridad Nacional, John Kelly, aseguró que no habría deportaciones masivas de personas oriundas de esta región, más catalogó a la migración de cáncer terrible y negoció tras bambalinas reforzar militarmente la frontera guatemalteca con México.

Incluso, el exjefe del Comando Sur recorrió el Centro de Recepción de Migrantes en la Fuerza Aérea de Guatemala, lo que a juicio de analistas confirmó la presunta intención de su llegada: comprobar la capacidad del país para recibir grandes cantidades de migrantes retornados de manera eventual.

Dos semanas después, trascendió que los ministros de Gobernación de Guatemala, Francisco Rivas; de Justicia y Seguridad Pública de El Salvador, Mauricio Ramírez; y de la Secretaría de Seguridad de Honduras, Julián Pacheco Tinoco, fueron convocados por Kelly a una reunión en Washington.

Rivas confirmó que el encuentro se dará en el mes de junio por iniciativa de Kelly y adelantó que los presidentes y cancilleres del área podrían participar en este, para diseñar acciones integrales con tal de obtener resultados mejores en la lucha contra la violencia y el trasiego de drogas, lo cual permitiría disminuir la migración ilegal.

Pero mientras llega el momento, los gobiernos vértices del Triángulo Norte de Centroamérica articulan planes para atacar ciertas causas que alientan el éxodo de seres humanos y sobre todo de menores de edad.

El 8 de marzo autoridades de Seguridad de Honduras acudirán a un diálogo con Rivas para evaluar posibles operaciones a ejecutar y los aspectos a priorizar en la lucha por desarticular los grupos criminales que actúan en ambas naciones, así como para disminuir el contrabando de mercadería, entre otros temas.

Sin embargo, antes que los vecinos llegará el secretario de Estado adjunto para Narcóticos y Asuntos de Seguridad en Estados Unidos, William Brownfield, quien se reunirá el lunes con el presidente Jimmy Morales.

El retorno de Brownfield, apenas un año después de un intercambio similar con el gobernante en el Palacio Nacional de la Cultura, es asociado a lo dicho en el Informe Anual del Departamento de Estado sobre Control de narcóticos: Informe de Estrategia, Volumen I, Control de Drogas y Químicos.

El documento señala a los tres países de la zona entre los más afectados por el lavado de dinero y aunque reconoce logros a la gestión de Morales, subraya su imposibilidad para construir mecanismos sostenibles de lucha contra el narcotráfico en Guatemala.

Destaca que ello sólo será posible cuando ‘implemente plenamente sus leyes, las reformas a las instituciones policiales y judiciales’, lo cual supone un claro mensaje a las autoridades electas tras la ola de protestas anticorrupción que sacaron de la silla presidencial al exmandatario Otto Pérez Molina (2012-2015).

Previo a esto, Estados Unidos anunció una eventual solicitud de extradición de la exvicepresidenta Roxana Baldetti y del exministro de Gobernación, Mauricio López Bonilla, acusados de narcotráfico por una corte norteamericana pero en prisión preventiva y sujetos a juicio por otros delitos en Guatemala.

Según el canciller guatemalteco, Carlos Raúl Morales, en la región se trabaja por mejorar las condiciones de vida de la población, la seguridad ciudadana y fronteriza, las perspectivas comerciales y el control migratorio.

Mas consultores políticos sugieren repensar la aplicación de un modelo que convirtió al área en una de las más desiguales, violentas y vulnerables ante el cambio climático en el mundo, sobre todo a Guatemala y Honduras.

Para el coordinador del Centro de Estudios de Guatemala, Sandino Asturias, ‘los procesos migratorios masivos hacia Estados Unidos tienen una causa fundamental: el fracaso del modelo económico impuesto hace más de dos décadas’, que redundó en la pobreza, la desigualdad, y la falta de oportunidades, especialmente para las mujeres, juventudes e infantes.

Isabel Soto Mayedo

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Siria: Los objetivos de la lucha por Palmira

mars 6th, 2017 by Pedro García Hernández

Los objetivos de la lucha por Palmira entre el Estado Islámico, Daesh por su acrónimo en árabe, y el Ejército sirio y sus aliados van más allá de una confrontación militar porque significa la sostenibilidad nacional ante una guerra impuesta.

Palmira, cuya ciudadela antigua es Patrimonio de la Humanidad desde 1980, se ubica en medio del vasto desierto sirio fronterizo con Iraq, y a su alrededor geográfico se concentra casi el 45 por ciento de las reservas de gas de esta nación del Levante.

Más de 40 yacimientos están situados en el área noreste de la región, perteneciente a la provincia de Homs y cuya producción en condiciones normales llegaría a nueve millones de metros cúbicos diariamente.

La zona es también punto de tránsito por donde pasan los gaseoductos que transportan gas desde importantes yacimientos en las vecinas provincias de Hasaka y Deir Ezzor, al noreste y el este de Siria.

Los datos señalan que es además, el centro de la extracción o transferencia de casi toda la producción del país, donde se encuentran las más importantes plantas de procesamiento y de energía suministradoras de electricidad y gas para uso doméstico e industrial a las áreas donde vive la mayor parte de la población.

Maher, Shaer y Hayyan están entre los principales puntos geográficos en ese sentido, con pozos y plantas fundamentales con ese fin y fueron los principales objetivos en los ataques del Daesh desde los primeros instantes de la guerra terrorista.

Abu Bakr Al Bagdadi, el escurridizo y máximo cabecilla de ese grupo, lo expresó públicamente y en nombre de Alá pidió ‘consolidar’ el dominio sobre ese vasto territorio para sustentar- como lo lograron hasta no hace mucho- una fuente de financiamiento que les llegó a proporcionar miles de millones de dólares.

La realidad demuestra con creces que la base confesional, la denominada división entre extremistas religiosos y otras creencias más tolerantes, queda en un segundo plano y a pesar de todo el esfuerzo mediático sin precedentes que lanzó el mundo occidental en ese sentido contra Siria.

En medio de una brutal agresión externa que alentó hasta límites incalculables las disensiones internas, el Estado sirio comprendió y racionalizó prioridades y mantuvo la disputa en los terrenos de combate y aplicó estrictas medidas en los controles de combustibles y sus derivados y la generación de electricidad.

Desde el 2012, todo esa desértica región fue y sigue siendo escenario de duros combates y el dominio alterno de las fuerzas leales a Damasco y los extremistas armados y que obligó a la aplicación de nuevas tácticas y estrategias.

A partir de septiembre del 2015, todo empezó a cambiar tras la solicitud legal e institucional del gobierno de Bashar al Assad de apoyo aéreo de Rusia, dirigido esencialmente y sin cortapisas, contra el Daesh y su prepotencia política más que confesional.

Con rapidez y eficiencia, en medio de una realidad geográfica bien difícil desde el punto de vista militar, el apoyo aéreo ruso significó la garantía para el avance de las tropas terrestres del Ejército sirio y el sensible corte a las líneas de suministros del Daesh.

La primera liberación de Palmira en marzo del 2016 por el Ejército sirio y la posterior contraofensiva del Daesh que volvió a ocuparla a fines de ese año, permitió una evaluación de errores de apreciación tácticas y estratégicas, asimilarlos con rapidez y revertir la situación.

Entre diciembre de 2016 y el actual mes de marzo, la coordinación operativa junto a la asesoría rusa e iraní permitió a las fuerzas sirias reconquistar Palmira, con apoyo básicamente y como tropa de choque y avanzada por la Quinta Legión, los combatientes de Hezbolá y los afganos fatimís.

La actual situación permite equilibrar los flancos de defensa en el desierto y la región oriental de la provincia de Homs, mejorar la protección y retoma de los campos de petróleo y gas,tal como se logró en el de Hayyan.

Por primera vez en la vastas extensión desérticas hacia Palmira se emplearon equipos militares de avanzada como los TOS 1 A, Buratino y los helicópteros de ataques MI 28 y Ka 52, además de fuerzas especiales artilleras y de pequeñas unidades del Ejército sirio.

Los resultados de tales acciones están demostrados en la destrucción de 19 tanques, 37 blindados de combate, 98 camionetas con armas pesadas y más de 100 vehículos de otro tipo del Daesh y el establecimiento de una zona segura de operaciones a más de 20 kilómetros al este y sur de Palmira.

Todo ello en aproximadamente dos meses de operaciones, a lo que se suma la aniquilación de más de dos mil puntos de concentración de los terroristas y la recuperación de cerca de mil 700 kilómetros cuadrados de territorio.

Palmira, junto a sus milenarios valores históricos y arqueológicos, es hoy el símbolo de la resistencia y firmeza de un país del Medio Oriente como nunca antes, en defensa de la sobrevivencia de su soberanía e independencia.

Pedro García Hernández

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D’un scandale éthique à l’autre ? La direction de LafargeHolcim a officiellement reconnu avoir contribué au financement de groupes armés en Syrie, alors que l’entreprise s’efforçait de maintenir en opération sa cimenterie dans le pays. Le même jour, la presse suisse annonçait que l’entreprise s’était déjà positionnée pour obtenir le juteux marché de la construction du mur anti-migrants voulu par Trump, à la frontière entre États-Unis et Mexique.

Tout est bon pour les affaires. L’entreprise franco-suisse de ciment LafargeHolcim vient tout juste, ce jeudi 2 mars, de reconnaître avoir financé des groupes armés en Syrie entre 2012 et 2014 pour maintenir en activité une usine dans un pays en pleine guerre. Six mois après les premières révélations du Monde sur les pratiques douteuses des dirigeants de Lafarge dans cette affaire (lire notre article), l’entreprise a concédé que « les mesures prises pour poursuivre l’activité de son usine étaient inacceptables » et que la filiale locale de Lafarge avait « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions ».

Selon Le Monde, ces arrangements ont profité à l’organisation État islamique (ce que ne concède pas explicitement la direction de LafargeHolcim). Le ministère de l’Économie et l’ONG Sherpa ont saisi la justice contre Lafarge, le premier pour violations des sanctions européennes contre le régime de Bachar el-Assad, la seconde pour financement présumé du terrorisme.

En conséquence de ces « erreurs », l’entreprise a décidé de mettre en place un nouveau comité interne d’éthique, d’intégrité et d’évaluation du risque. Celui-ci risque de devoir plancher très rapidement sur un nouveau marché potentiel de LafargeHolcim : celui du mur anti-migrants que Trump veut faire construire à la frontière des États-Unis avec le Mexique. Selon les informations d’un journal suisse, Le Tages-Anzeiger, le fabriquant franco-suisse de ciment serait en effet parmi les entreprises candidates à cet immense marché public : l’érection d’un mur de plus de 3000 kilomètres, sur lequel viendront s’échouer les migrants les plus pauvres d’Amérique latine.

LafargeHolcim a candidaté, via sa filiale Lafarge North America, pour participer à la construction d’un prototype du mur, suite à un appel à intérêts émis le 24 février par le Département américain de la sécurité intérieure. Plus de 220 entreprises auraient répondu. Contactée par le Tages-Anzeiger, la direction de LafargeHolcim n’a pas nié le fait, en précisant qu’il ne s’agit qu’une démarche de routine et que si la firme obtenait finalement le marché, elle ne construirait pas le mur elle-même, mais ne ferait que fournir le ciment au constructeur…

Le PDG d’une autre firme suisse de matériaux de construction, Sika, a créé la polémique dans le pays en affirmant que lui aussi voyait une opportunité commerciale prometteuse dans la construction de ce mur.

Rachel Knaebel


Photo : qbac07 CC

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Lucien Bitterlin, président de l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) fondée en 1967 pour accompagner la politique arabe du général de Gaulle, n’est plus. Gravement malade, lui qui a consacré sa vie à défendre les pays arabes et la cause palestinienne face aux attaques des lobbies pro-israéliens, est décédé sans connaitre les bouleversements survenus ces dernières années dans ces pays, et c’est tant mieux.

En me rendant, le 17 février dernier, à la cérémonie d’hommage organisée au funérarium des Batignolles, à Clichy, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait grand monde, à part sa famille, des proches et quelques personnalités l’ayant côtoyé de près. Mais, pour moi, il allait de soi qu’au moins les ambassadeurs d’Algérie, de Syrie et de l’Autorité palestinienne seraient présents ou représentés. C’était la moindre de obligations pour ces diplomates, bien placés pour savoir ce que leur pays lui doivent.

Une balle de 22 Long Rifle 

J’ai rencontré pour la dernière fois Lucien Bitterlin en 2006, avant qu’il ne tombe malade. C’était au Palais de justice de Paris. Nous venions d’assister au jugement d’un forcené ultra-sioniste qui nous avait adressé une balle de 22 Long Rifle – ainsi qu’à une vingtaine de pro-palestiniens – assortie d’un message menaçant: « La prochaine n’arrivera pas par la poste ! ».

L’individu, dont la cave était pourtant bourrée d’armes et munitions, n’avait été condamné qu’à une peine symbolique : de la prison avec sursis et à verser… un euro de dommages et intérêts à ses victimes. J’avais trouvé Lucien Bitterlin désabusé. Il y avait de quoi, mais n’avait pas voulu faire appel.

« Avec les Arabes… malgré les Arabes » 

Au funérarium des Batignolles, à part sa famille, nous n’étions qu’une quinzaine devant son cercueil. Force m’était de constater que les marques de considération pour les activités de ceux qui les soutiennent n’étouffent pas les régimes arabes. La seule ambassade représentée était celle de l’Autorité palestinienne, d’un peuple qui ne compte heureusement que sur lui-même pour survivre. D’Algérie: pas même un message. De celle de Syrie (à l’Unesco), n’en parlons pas. Une honte… Cela dit, je ne pense pas que l’absence de diplomates arabes à ses obsèques aurait vraiment étonné Lucien Bitterlin. Il savait à quoi s’en tenir quand il disait être « avec les Arabes… malgré les Arabes » !

Le conteur danois Hans Christian Andersen écrivait que « la reconnaissance est la mémoire du cœur ». Pourquoi faudrait-il en attendre de régimes devenus des monstres froids ?

Gilles Munier

Gilles Munier a été membre de l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) dès sa création, puis un de ses permanents dans les années 1970.

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Cet article a été publié initialement par Mondialisation.ca le 14 janvier 2014.

En 2013, le Venezuela a connu un des moments les plus difficiles de son histoire avec le décès du Président Hugo Chavez, le 5 mars. Chavez, leader de grande envergure, fut victime d’un cancer agressif dont il mourut en moins de deux ans. Pendant ses quatorze années au pouvoir, ce Président charismatique (toujours élu démocratiquement et à la grande majorité) s’est confronté à de grands et puissants ennemis : coups d’état, sabotages économiques, interventions électorales, guerre psychologique, financement à coup de millions de dollars à l’opposition du pays par des agences américaines, et des attentats contre sa personne , furent quelques unes des méthodes et des stratégies de déstabilisation auxquelles il dût faire face pendant son mandat.

Il était en tête de liste de la CIA comme cible principale de leurs agressions et les États-Unis amplifièrent de façon significative (ouvertement ou secrètement) leur présence militaire autour du Venezuela durant sa Présidence. Tout cela fit que sa mort brutale et inattendue fit naître beaucoup de soupçons parmi ses partisans et tous ceux qui s’intéressaient à sa vision sociopolitique. Chavez défiait les intérêts des plus puissants et en même temps contrôlait les plus grandes réserves pétrolières de la planète.

La mort de Chavez peut-elle avoir été un assassinat politique ?

Il y a quelques années, cette question aurait fait sourire une grande partie des lecteurs, mais aujourd’hui, avec l’immense quantité de documents publiés par le lanceur d’alerte Wikileaks et l’ex agent de la NSA, Edward Snowden, nous informant sur les graves atteintes aux droits de l’homme et à la souveraineté des pays commises par le Gouvernement des États-Unis, ce ne sont plus seulement les « conspiranoïaques » et les connaisseurs de la politique sale des États-Unis qui se posent des questions de ce genre.

Aujourd’hui le monde sait comment le gouvernement des États-Unis espionne ses amis, ses alliés, ses citoyens et ses ennemis ; personne n’échappe aux yeux et aux oreilles de Washington. On sait aujourd’hui que presque toutes les ambassades des États-Unis dans le monde sont des centres d’espionnage et d’opérations d’intelligence, bafouant ainsi toutes les normes et les règles internationales, sans se soucier des conséquences.

On sait toutes les graves atteintes aux droits de l’homme qui ont été commises par les forces armées américaines en Irak et en Afghanistan, et on sait aussi comment le Gouvernement de Barak Obama a augmenté l’utilisation d’avions sans pilotes (drones) pour assassiner des innocents par télécommande.

On sait aujourd’hui la rage avec laquelle le Gouvernement du premier Afro-étasunien à la Présidence poursuit ceux qui dévoilent des vérités sur les abus de Washington, et plus encore quand ce sont des citoyens étasuniens comme Bradley (Chelsea) Manning, Edward Snowden et Jeremy Hammond. On sait que Washington a utilisé son pouvoir économique pour tenter de neutraliser Wikileaks et geler ses finances, bloquant son accès à Mastercard, Visa et Paypal avec le seul objectif d’étouffer sa voix et d’empêcher sa publication continue de documents qui dévoilaient les basses actions de la Maison Blanche.

Toutes ces révélations ont rendu le public mondial moins sceptique et plus réaliste quand il s’agit de la capacité du Gouvernement américain à réduire ses ennemis au silence, cacher ses erreurs et utiliser tous les moyens possibles pour conserver sa domination.

Hugo Chavez a toujours été un caillou dans la chaussure impériale. Sous-estimé par les analystes et conseillers « d’esprit guerre froide » de Washington, Chavez mit fin à l’influence et à la domination des États-Unis en Amérique Latine en moins d’une décade.

Il a transformé le Venezuela, pays dépendant et soumis à la culture politique américaine en une nation souveraine, libre, indépendante, digne et orgueilleuse de ses racines, de son histoire et de sa culture afro-indo-américaine. Il a repris le contrôle des ressources stratégiques, non seulement du Venezuela mais dans toute l’Amérique Latine, toujours sous le drapeau de la justice sociale.

Il a impulsé l’intégration régionale et la création d’organisations comme l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR), l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA), la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CLAC), entre autres. Sa main ferme face aux agressions des États-Unis fut un exemple et une inspiration pour des millions dans le monde, qui virent avec espoir la révolution au Venezuela et son expansion régionale.

Sans doute beaucoup d’intérêts puissants à Washington et ailleurs, désiraient la disparition physique de Hugo Chavez. Ils essayèrent d’y parvenir avec un coup d’État soutenu par Washington en avril 2002 qui échoua. Quelques mois après, on essaya de le sortir du pouvoir par un très important sabotage économique qui faillit détruire l’industrie pétrolière du pays, mais cela aussi échoua. Un an et demi après, des paramilitaires mercenaires furent envoyés de Colombie pour l’assassiner mais ils furent capturés par les autorités Vénézuéliennes et le complot fut neutralisé. Dans les années qui ont suivi, il y eut de multiples attentats contre sa personne et beaucoup de plans pour déstabiliser son gouvernement, mais aucun ne fonctionna.

Pendant ce temps, la popularité de Chavez ne cessait de grandir et son projet socialiste commençait à se consolider dans le pays.

Les documents de la NSA filtrés par Snowden, ont révélé que le Président Chavez et son gouvernement était sur la liste des six cibles principales de l’espionnage Américain depuis au moins 2007. À peine un an avant, la Maison Blanche avait créé une mission spéciale d’intelligence pour le Venezuela, qui faisait ses rapports directement au directeur national d’intelligence sans passer par la CIA ni aucune des 15 autres agences d’intelligence des États-Unis.

Cette mission spéciale était complètement clandestine et disposait de grands moyens financiers et autres. Il existait seulement deux autres missions de ce style : pour l’Iran et la Corée du Nord. Associer le Venezuela à deux pays ennemis déclarés de Washington est un indicateur du niveau de menace qu’Hugo Chavez représentait pour le Gouvernement des États-Unis.

La maladie

Le cancer dont souffrit Hugo Chavez, et qui causa sa mort si subite était rare. Comme Nicolas Maduro l’a expliqué, son cancer fut inhabituel, sans nom et très agressif. Il n’était pas d’un organe en particulier. Il n’y a pas eu de cas de cancers dans la famille Chavez, il n’y avait aucune prédisposition génétique. Il fut détecté en Juin 2011 et malgré de très forts traitements il mourut en moins de deux ans.

Des documents déclassifiés de l’armée des États-Unis obtenus par Associated Press en 1995 grâce à la Loi d’Accès à l’Information (FOIA) mirent en évidence que depuis 1948, le Pentagone cherchait à mettre au point une arme de radiation pour les assassinats politiques.

Une autre étude des renseignements de l’armée étasunienne en 1969 confirma que l’utilisation clandestine de la radiation en tant qu’arme pouvait causer de graves maladies ou même la mort d’adversaires politiques. En d’autres termes, c’était une méthode d’assassinat qu’ils mettaient activement au point.

On peut facilement imaginer, si Washington faisait des essais de radiation comme arme d’assassinat politique depuis 1948 jusqu’où a pu parvenir cette technologie au 21e siècle.

Assassinat par le biais de l’espionnage

Un câble secret du Département d’État du 31 Janvier 1976 alertait sur les graves effets sur la santé causés par les micro-ondes radioactives utilisées par le KGB pour espionner l’ambassade États États-Unis à Moscou :

« Selon nos médecins experts l’exposition prolongée à des micro-ondes radioactives aux niveaux mesurés à l’ambassade des États-Unis constituent une menace pour la santé ».

Pourtant Washington développa des outils d’espionnage beaucoup plus puissants et avec de plus grandes fréquences de radiation.

Des documents de la NSA, filtrés par Edward Snowden et publiés récemment par le journal Allemand Der Spiegel se référent à un puissant équipement développé par l’agence Américaine, qui émet des radio-ondes continues et à haute fréquence contre une cible pour surveiller et capturer toutes ses communications. D’après un document ultra secret de la NSA, cet équipement, le CTX4000 est une « unité radar portable d’ondes continues (CW). Il peut être utilisé pour illuminer une cible afin de récupérer de l’information en dehors du réseau ».

Le CTX 4000 a la capacité de collecter des signaux qui ne pourraient l’être autrement, ou le seraient très difficilement ainsi que leur traitement. Le document détaille ses capacités : « Rang de fréquence :1-2 GHz ; bande large à 45MHz ; puissance de sortie :jusqu’à 2W, utilisant l’amplificateur interne ; amplificateur externe jusqu’à 1KW ».

Un kilowatt est une forte capacité et quantité d’ondes radioactives. Cette quantité projetée sur une personne pendant une période continue peut causer de graves dommages à sa santé. L’étude de l’Armée des États-Unis en 1969, (mentionnée antérieurement) sur les effets sur la santé de la radiation en tant qu’arme, souligne que l’impact (ou l’évènement désiré, en d’autres termes la mort de la cible) pourrait avoir lieu des années après l’exposition à l’agent radioactif.

Parmi les documents de la NSA publiés par le Spiegel, se trouvent des renseignements sur d’autres formes d’espionnage au travers des téléphones portables, des systèmes Wifi, et des réseaux mobiles qui pourraient aussi avoir de graves effets sur la santé des cibles. Pourtant l’utilisation d’un équipement radar portable qui émet des ondes continues à haute fréquence contre une personne semble être plus encore qu’un mécanisme d’espionnage un instrument d’assassinat.

Hugo Chavez fut la principale cible de la NSA pendant des années. La possibilité que leurs outils d’espionnage aient contribué, sinon causé sa maladie, ne parait plus autant science fiction que ça l’aurait paru en d’autres temps.

 Eva Golinger

 Article original en espagnol : ¿Mató la NSA a Hugo Chávez? publié le 3 janvier 2014

Traduit de l’espagnol par irisinda, publié en français par le site le Grand Soir

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Dans  mon dernier article sur la Syrie j’ai écrit :

Au sud d’Al-Bab, l’armée syrienne avance vers l’Euphrate. Elle va couper la progression des forces turques vers Raqqa et Manbij.

C’est fait. L’avancée des forces d’invasion turques vers le sud est maintenant bloquée. Il leur faudrait affronter l’armée syrienne et ses alliés russes pour avancer sur Raqqa. Il leur faudrait affronter le YPG syro-kurde et ses alliés américains pour avancer vers l’Est.

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les lignes d’approvisionnement entre la Turquie et l’État islamique sont coupées!


Carte par Peto Lucem Pour l’aggrandir cliquer ici

Carte de South FrontPour l’agrandir

Erdogan espère toujours que les États-Unis vont appuyer ses plans pour Raqqa, mais je doute que les militaires américains soient prêts à renoncer à leurs mercenaires kurdes, à la réputation inébranlable, au profit d’une armée turque indisciplinée, désorganisée, et peu pressée de se battre. Erdogan a limogé tous les officiers et sous-officiers qu’il soupçonnait ne pas être à 100% derrière sa prise de pouvoir. Cela lui revient maintenant en pleine figure. Il manque de moyens militaires pour poursuivre ses politiques belliqueuses.

L’année dernière, Erdogan s’était allié à la Russie et à l’Iran après qu’une tentative de coup d’Etat contre lui a échoué. Il se sentait abandonné par les États-Unis à cause de leur réticence à soutenir ses projets en Syrie. Erdogan pense que l’élection de Trump va provoquer un changement dans les politiques américaines. Il a retourné sa veste une fois de plus et s’est allié de nouveau avec les Etats-Unis. C’est la conviction que la politique des États-Unis va évoluer qui explique ses dernières décisions et annonces.

Elijah Magnier dit que ses sources à Damas sont de l’avis d’Erdogan. Elles aussi pensent que Trump va fortement intensifier la guerre en Syrie et qu’il va  soutenir le mouvement turc contre l’Etat syrien.

Mais ce sont les militaires américains qui dirigent la stratégie du cabinet Trump. Le Pentagone ne veut pas d’une grande opération terrestre en Syrie. Le plan qu’il a proposé à Trump est le même que celui qu’il avait conseillé à Obama. Il va coopérer avec les forces kurdes pour vaincre l’Etat islamique à Raqqa. Il est remarquable aussi qu’un directeur du think tank RAND Corp financé par le Pentagone ait plaidé publiquement pour une meilleure coopération avec la Russie en Syrie. L’ancien plan de RAND, celui d’une Syrie décentralisée avec des zones sous «administration internationale» (c’est-à-dire occupées par les États-Unis) n’est probablement plus opérationnel.

Erdogan a récemment annoncé qu’il avait l’intention d’avancer vers Manbij qui est tenu par le YPG. Peu de temps après, des images de soldats américains arborant des drapeaux américains à Manbij ont été publiées sur des réseaux sociaux. Le message était clair: restez loin d’ici ou vous aurez en sérieux problème.

Lundi, des avions de l’armée de l’air irakienne ont attaqué des positions de l’Etat islamique dans l’est de la Syrie. L’attaque a pu être réalisée grâce à la coopération des renseignements syriens et irakiens. Il est plus facile à l’Irak d’atteindre cette zone qu’aux avions syriens stationnés près de la Méditerranée. Cette coopération se poursuivra. Dans l’ouest de l’Irak, les milices intégrées à l’armée irakienne sont prêtes à prendre Tal Afar d’assaut. Cette ville est la dernière grande position de l’Etat islamique dans la région en dehors de Mossoul. Les États-Unis avaient prévu de laisser les combattants de l’Etat islamique s’enfuir de Mossoul et Tal Afar pour se rendre en Syrie et ainsi que de les laisser attaquer les positions du gouvernement syrien à Deir Ezzor. La coopération syro-irakienne les en a empêchés. La tentative américaine de séparer la guerre contre l’Etat islamique en Syrie de la guerre contre l’EI en Irak a échoué. Toute nouvelle tentative d’utiliser l’État islamique pour détruire la Syrie se heurtera à une résistance en Irak où les États-Unis sont de plus en plus engagés. Les commandants américains en Irak vont bientôt s’en rendre compte.

À mon avis, les  déclarations plus belliqueuses de Trump sur la Syrie, sur les zones de sécurité et l’escalade militaire, sont rhétoriques. Il installe des positions qui serviront de base à la négociation avec la Russie et l’Iran. Ce n’est pas la politique qu’il veut mettre en place. Sa vision politique est plus pragmatique. Obama a maintenu l’équilibre entre le jusqu’au-boutisme des faucons, soutenus par la CIA, Hillary Clinton et les néoconservateurs, et la réticence de l’armée à s’engager dans une autre grande guerre. Trump suivra le Pentagone encore plus qu’Obama. Cela ne changera pas. Je ne crois donc pas que Trump se livrera à une escalade belliqueuse. Quelques troupes américaines supplémentaires seront peut-être ajoutées aux forces kurdes qui attaquent Raqqa. Mais aucun mouvement important de la part des forces turques ou israéliennes ne sera toléré. La grande invasion américaine de la Syrie pour les soutenir ne se produira pas.

Pendant ce temps, l’armée syrienne avance vers Palmyre et pourrait bientôt la reprendre à l’Etat islamique. Une nouvelle unité formée par la Russie, le 5e corps, mène la marche, avec succès jusqu’ici. Quand Palmyre sera reprise, l’armée syrienne pourra progresser plus à l’est vers Raqqa et Deir Ezzor.

Erdogan peut encore obtenir une sorte de « zone de sécurité » dans le territoire du nord de la Syrie que ses forces occupent maintenant. Mais Damas soutiendra les forces de guérilla kurdes et arabes contre  une occupation turque. Les forces turques en Syrie vont continuer à avoir beaucoup de problèmes. Erdogan ne bénéficiera pas de l’appui actif des États-Unis pour prendre des terres syriennes. Ses deux retournements d’alliance ont été inutiles et ont considérablement affaibli sa position.

Netanyahou et le lobby israélien veulent aussi une « zone de sécurité ». Celle-ci au sud de la Syrie et sous commandement jordanien. Cela permettrait à Israël d’occuper plus de terre syrienne le long des hauteurs du Golan. Mais les zones situées à côté du Golan et vers Deera sont occupées par Al-Qaïda et des groupes alignés sur l’Etat islamique. Ces groupes représentent un sérieux danger pour le fragile État jordanien. La Jordanie n’a rien à gagner avec cette « zone de sécurité ». De même, l’armée américaine n’aura aucun intérêt à ouvrir une autre boîte de Pandore dans le sud de la Syrie. Comme Erdogan, Netanyahou va probablement se retrouver tout seul avec ses rêves.

Moon of Alabama

 

Article original:

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Syria – Erdogan’s Lost Bet – Trump Likely To Follow A Cautious Strategy

Traduction : Aliocha

 

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