En 1950, l’Armée des volontaires du peuple chinois envoyée par la République populaire de Chine (RPC) était fermement derrière la Corée du Nord contre l’agression des USA.

L’acte de solidarité de la Chine avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a eu lieu à peine quelques mois après la fondation de la RPC le 1er octobre 1949. 

Truman avait envisagé d’utiliser des armes nucléaires à la fois contre la Chine et la Corée du Nord, comme moyen de supprimer l’Armée des volontaires du peuple chinois (AVPC), qui avait été déployée pour combattre aux côtés des forces nord-coréennes. [Armée des volontaires du peuple chinois, 中國人民志願軍;  Zhōngguó Rénmín Zhìyuàn Jūn].

PVA Poster, 1950

Affiche de l’AVPC, 1950

Il est important de souligner que l’intervention militaire des USA dirigée contre la RPDC faisait partie d’un programme militaire de la Guerre froide d’une plus grande ampleur contre la RPC et l’Union soviétique, dont l’objectif était de miner et de détruire le socialisme. Dès 1945, « le Pentagone avait avancé qu’il faudrait quelques centaines de bombes atomiques pour soumettre la Russie ».

Qui est l’agresseur? Des documents militaires étasuniens ont confirmé que la RPC et la RPDC ont toutes deux été sous la menace d’une guerre nucléaire pendant 67 ans.

L’Union soviétique a mis à l’essai sa première bombe atomique le 29 août 1949. D’après les analystes, la bombe atomique soviétique a influé sur la décision de l’administration Truman de stopper les préparatifs en vue d’une guerre nucléaire contre la Corée du Nord et la Chine. Le projet a été abandonné en juin 1951.

En mars 1949, le président Truman a approuvé la note de service 8/2 du Conseil national de sécurité, qui décrivait toute la péninsule coréenne comme « une région où les principes de la démocratie étaient confrontés à ceux du communisme ». (voir P. K. Rose, Two Strategic Intelligence Mistakes in Korea, 1950, Perceptions and Reality, CIA Library, 14 avril 2007)

La note de service 8/2 du CNS a ouvert la voie à la guérilla menée contre la RPDC en juin 1949 :

« L’enquête dévoile le secret d’une série d’attaques par le Sud contre le Nord. Des chercheurs ont affirmé que des forces sud-coréennes ont attaqué le Nord un an avant que la guerre de Corée n’éclate, une révélation troublante à propos du conflit qui a presque entraîné une guerre mondiale. Plus de 250 maquisards du Sud auraient attaqué des villages le long de la côte est de la Corée du Nord en juin 1949. L’incident a été confirmé par un responsable militaire sud-coréen. (John Gittings, Martin Kettle, The Guardian, 17 janvier 2000)

L’objectif de Washington était d’étendre sa zone d’influence géopolitique sur l’ensemble de la nation coréenne, avec l’intention de prendre tous les territoires coloniaux coréens qui avaient été annexés à l’Empire japonais en 1910. La guerre de Corée était aussi dirigée contre la République populaire de Chine, ce qu’a confirmé le président Truman dans ses déclarations de novembre 1950 (voir la transcription ci-dessous), qui indiquaient sans équivoque que l’utilisation de la bombe atomique était prévue contre la République populaire de Chine.

Selon l’analyste militaire Carl A, Posey, cité dans le Air and Space Magazine :

À la fin novembre [1950], la Chine communiste a commencé à montrer ses cartes. Elle avait déjà envoyé en douce des troupes en Corée du Nord (…)

L’intervention chinoise a confronté les États-Unis à une dure réalité : la menace d’une attaque nucléaire ne suffirait pas pour gagner la guerre. C’était comme si la Chine n’avait pas remarqué la présence, ou pire encore, ne se souciait pas des B-29 basés à Guam capables de larguer des bombes atomiques.

Le président Truman a donc augmenté la mise. Lors d’un point de presse [1950], il a dit aux reporters qu’il prendrait toutes les mesures nécessaires pour gagner en Corée, y compris le recours à des armes nucléaires. Ces armes, a-t-il ajouté, seraient contrôlées par les commandants militaires sur le terrain.

En avril de l’année suivante, Truman a apporté les dernières touches à la guerre nucléaire sur la Corée. Il a autorisé le transport de neuf bombes nucléaires au noyau fissile sous la garde de l’Armée de l’air vers Okinawa. Truman a également autorisé un autre déploiement de B-29 capables de larguer des bombes atomiques à Okinawa. Le Commandement aérien stratégique a aussi formé une équipe de commandement et de contrôle à Tokyo.

Cette recrudescence de diplomatie atomique coïncidait avec la fin du rôle joué par Douglas MacArthur. (…) Truman l’a remplacé par le général Matthew Ridgway, en lui accordant « l’autorité compétente » pour larguer les bombes s’il le jugeait nécessaire.

En octobre, la guerre nucléaire coréenne est parvenue à une sorte d’épilogue. Plusieurs missions de bombardement atomique fictif au moyen de bombes factices ou conventionnelles larguées dans la zone de guerre ont été effectuées dans le cadre de l’opération Hudson Harbor. Qualifiée de « terrifiante » par certains historiens, l’opération Hudson Harbor ne faisait que mettre à l’essai la capacité de frappe nucléaire complexe que le Commandement aérien stratégique déployait déjà au-dessus des villes étasuniennes depuis des années.

La guerre nucléaire coréenne était cependant déjà terminée. En juin 1951, les B‑29 capables de larguer des bombes atomiques sont retournés à leur base, en transportant avec eux leurs armes spéciales. (soulignement ajouté)

La conférence de presse historique que Truman a donnée le 30 novembre 1950 confirme qu’il envisageait de recourir à des armes.

(Extraits ci-dessous, cliquez pour obtenir la transcription intégrale)

LE PRÉSIDENT. Nous allons prendre toutes les mesures nécessaires pour répondre à la situation militaire, comme nous l’avons toujours fait.

[12.] Q. Est-ce que cela comprend la bombe atomique?

LE PRÉSIDENT. Cela comprend toutes les armes à notre disposition.

  1. Monsieur le président, vous avez dit « toutes les armes à notre disposition ». Est-ce que cela signifie que vous envisagez sérieusement d’utiliser la bombe atomique?

LE PRÉSIDENT. Son utilisation a toujours été sérieusement envisagée. Je ne veux pas l’utiliser. C’est une arme terrible, qui ne devrait pas frapper des hommes, des femmes et des enfants innocents qui n’ont rien à voir avec cette agression militaire. C’est ce qui se produit lorsqu’elle est utilisée.3

3Plus tard le même jour, la Maison-Blanche a publié le communiqué de presse suivant :

« Le président veut s’assurer que ses réponses aux questions portant sur l’utilisation de la bombe atomique lors de sa conférence de presse n’ont pas été mal interprétées. Il est naturel que le sujet ait été abordé dès l’ouverture des hostilités en Corée, tout comme l’utilisation de toutes les armes militaires lorsque nos forces armées sont engagées dans un combat.

« Le simple fait de posséder une arme fait en sorte que son utilisation est toujours implicitement envisagée.

« Cependant, nous tenons à souligner qu’en vertu de la loi, seul le président peut autoriser l’utilisation de la bombe atomique, et que cette autorisation n’a pas été accordée. Si jamais pareille autorisation était donnée, le commandant militaire sur le terrain serait responsable de l’utilisation tactique de l’arme.

« Pour résumer, les réponses aux questions lors de la conférence de presse d’aujourd’hui ne changent en rien cette situation. »

  1. Monsieur le président, j’aimerais revenir à cette référence à la bombe atomique. Avons-nous bien compris que l’utilisation de la bombe atomique est sérieusement envisagée?

LE PRÉSIDENT. Elle l’a toujours été. C’est une de nos armes.

  1. Est-ce que cela signifie, Monsieur le Président, qu’elle pourrait être utilisée contre des objectifs militaires ou civils-

LE PRÉSIDENT. C’est une question dont la décision relève des militaires. Ce n’est pas à moi de relayer ce genre de choses. [Il réfute sa déclaration précédente où il disait que la bombe atomique ne serait pas utilisée « contre des civils ».]

  1. Monsieur le président, il vaudrait peut-être mieux que nous soyons autorisés à citer vos propos directement?

LE PRÉSIDENT. Je ne le crois pas. Je ne crois pas que cela soit nécessaire.

  1. Monsieur le président, vous avez dit que cela dépendait de ce que feraient les Nations Unies. Est-ce que cela signifie que nous n’utiliserions pas la bombe atomique sans l’autorisation des Nations Unies?

LE PRÉSIDENT. Non, cela ne signifie pas cela du tout. Les mesures contre la Chine communiste dépendent de ce que font les Nations Unies. L’utilisation des armes sera sous la responsabilité du commandant militaire sur le terrain, comme c’est toujours le cas. [Il laisse entendre que l’utilisation de la bombe atomique est « contre la Chine communiste.]

[15.] Q. Monsieur le président, jusqu’à quel point sommes-nous proches d’une mobilisation générale?

LE PRÉSIDENT. Tout dépend de la façon dont la situation à laquelle nous sommes confrontés va évoluer.

[16.] Q. Monsieur le président, appartient-il aux Nations Unies de décider si la frontière mandchoue sera franchie par des bombardiers ou-

LE PRÉSIDENT. La résolution en préparation aux Nations Unies répondra à cette question.

Q.par des forces armées?  … (soulignement ajouté)

Destruction mutuelle assurée

La doctrine de la destruction mutuelle assurée (MAD) a vu le jour à la suite de l’explosion de la première bombe atomique soviétique en août 1949. Avant cela, les USA comptaient frapper en premier l’Union soviétique, la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

Cependant, quand la guerre de Corée a éclaté en 1950, il n’y avait pas de distinction claire établie entre une arme nucléaire et une arme conventionnelle, ce que confirment les propos de Truman. La doctrine nucléaire de l’administration Truman consistait à utiliser des armes nucléaires dans le cadre d’un théâtre de guerre conventionnelle.

La doctrine de la destruction mutuelle assurée (MAD) qui prévalait pendant la Guerre froide était fondée sur la reconnaissance mutuelle que l’utilisation d’armes nucléaires « par deux parties adverses ou plus causerait l’anéantissement complet de l’attaquant et du défenseur ».

La Chine a été la première à être menacée d’une guerre nucléaire par les USA en 1950, soit un an après la création de la République populaire de Chine. En octobre 1964, soit 14 ans plus tard, la Chine a réalisé sa première explosion atomique d’une bombe de 16 tonnes.

Guerre préventive nucléaire (2002-  )

La doctrine nucléaire a connu une transition importante au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. La doctrine de la destruction mutuelle assurée a été mise au rencart par l’administration Bush Jr. en 2002, pour être remplacée par l’utilisation préventive d’armes nucléaires comme moyen de légitime défense. (« Revue de posture nucléaire » de 2001, adoptée par le Sénat des USA en 2002).

Source de l’image : The New Republic

Les armes nucléaires utilisées par les USA comme première frappe préventive ne sont plus considérées comme des armes provoquant un anéantissement complet. Bien au contraire, l’utilisation préventive d’armes nucléaires est considérée comme un moyen d’assurer la paix et la sécurité dans le monde.

C’est cette doctrine qui prévaut aujourd’hui sous l’administration de Donald Trump lorsqu’il parle de « feu et fureur ». Elle se compare à certains égards au commentaire diabolique de Truman en 1950, lorsqu’il évoquait le recours à la bombe atomique (« comme mesure de légitime défense ») contre la Chine et la Corée du Nord, qui n’étaient pas des États nucléaires à l’époque.

Mais contrairement à l’époque de Truman, les bombes thermonucléaires des USA sont aujourd’hui des centaines de fois plus puissantes (en termes de rendement) que la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945, qui a causé la mort de quelque 100 000 personnes en l’espace de sept secondes.

Les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dont les noms de code étaient « Little Boy » et « Fat Man » respectivement, ont causé une destruction généralisée, rasé les villes et tué entre 90 000 et 166 000 personnes à Hiroshima (dont environ 20 000 étaient des soldats), et entre 39 000 et 80 000 personnes à Nagasaki. Ce sont les deux seules armes nucléaires à avoir été utilisées en temps de guerre. Il est à espérer qu’il en restera ainsi, car les armes nucléaires d’aujourd’hui sont 3 000 fois plus puissantes que la bombe ayant frappé Hiroshima.

Capture d’écran : Popular Mechanics, 10 octobre 2016

Les USA ont déployé plus de 4 000 armes nucléaires…

Pour « rendre l’Amérique à nouveau grande »…

En faisant sauter la planète comme première frappe préventive pour assurer la paix et la sécurité dans le monde.

Mais où est donc passé le mouvement antiguerre?

Michel Chossudovsky

 

Article original en anglais :

America had first Contemplated Nuclear War against both China and North Korea in 1950, publié le 16 octobre 2017 

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

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L’armée israélienne se prépare à l’annexion de la Cisjordanie, et aux réactions palestiniennes, bien que les appels à l’action contre l’État d’occupation risquent de rester vains dans les circonstances actuelles.

Il est, en effet, peu probable que les Palestiniens s’engagent dans des activités contre Israël pour diverses raisons, les principales étant le rejet par l’Autorité palestinienne de la résistance armée (le président Mahmoud Abbas est prêt à contrecarrer les attaques contre l’État colonisateur), la mauvaise situation économique et la crainte du Fatah de voir le Hamas prendre le contrôle de la Cisjordanie.

Le compte à rebours de l’annexion commence début juillet, et les services de sécurité israéliens estiment que si l’annexion a bien lieu, la résistance armée reprendra, tant en Cisjordanie qu’en Israël, et qu’elle pourrait provoquer l’effondrement de l’Autorité palestinienne. Une nouvelle intifada pourrait se déclencher.

L’armée et les services de sécurité israéliens ont évidemment envisagé la possibilité d’une escalade post-annexion, et s’entraînent à faire face aux différents scénarios qui pourraient voir le jour dans les territoires palestiniens occupés. Les Israéliens sont très inquiets des coûts des plans du gouvernement, qu’ils soient financiers et économiques ou en termes de sécurité et d’escalade sur le terrain.

Les experts israéliens en matière de sécurité et d’économie estiment qu’il en coûtera à l’État près de 288 millions de dollars pour faire face à l’opposition palestinienne à l’annexion. Une telle somme, basée sur les dernières données, déstabiliserait l’économie israélienne. En outre, dans le pire des cas, le recrutement des troupes supplémentaires nécessaires sur le terrain coûterait environ 28,8 millions de dollars par bataillon ; chaque bataillon opérationnel coûte 17 millions de dollars par an, plus 11,5 millions de dollars pour les salaires.

Au cours de l’opération Bouclier défensif en 2002, en Cisjordanie seulement, les forces de défense israéliennes avaient recruté cinq divisions, trois régulières et deux de réserve, et chaque réserve comptait 20 à 25 bataillons, coûtant des millions et des millions de dollars. Il faut ajouter à ces dépenses le coût de la police des frontières. Plus l’intifada durera, plus son coût augmentera.

De plus, des millions de dollars seront nécessaires pour moderniser les infrastructures et fournir des armes et des munitions spécifiques aux soldats et aux tireurs d’élite pour les manifestations. Le cauchemar de la sécurité israélienne est que les forces de sécurité palestiniennes se joignent aux opérations contre les colons illégaux et les mouvements de l’armée sur les principales routes de Cisjordanie. Si cela se produisait, les Israéliens seraient obligés, selon les analystes, de mobiliser 10 bataillons de réserve d’ici la fin de 2020, car alors les Palestiniens n’auraient aucune raison d’arrêter leurs opérations contre Israël.

Cependant, ce ne sont pas ces prévisions qui inquiètent le plus les Israéliens qui s’opposent à l’annexion ; tout le projet leur semble néfaste, tant au plan moral et politique qu’au plan sécuritaire. Rien n’est gratuit en politique, et le plan d’annexion va vite devenir un casse-tête pour Israël.

Ce qui les inquiète le plus est qu’elle pourrait susciter une confrontation armée à la frontière nord du Liban et des actions offensives de citoyens palestiniens en Israël même, comme cela s’est produit au début de la seconde Intifada (Al-Aqsa), ce qui en alourdirait encore le prix. Elle pourrait également avoir des conséquences régionales.

Certes, l’AP n’a pas vraiment envie de rompre ses liens avec Israël et ne veut pas perdre son pouvoir politique et économique du fait d’une escalade généralisée. Mais la principale menace pour Israël n’est pas l’AP ; c’est l’opinion publique palestinienne. C’est un véritable défi, et l’AP aura du mal à tenir sa promesse selon laquelle l’arrêt de la collaboration en matière de sécurité avec les autorités d’occupation ne s’accompagnera pas d’une vague d’escalade.

La tension en Cisjordanie, et la mort d’un soldat de la brigade Golani frappé par une pierre dans la ville de Ya’bad, laissent penser que des opérations de résistance armée se préparent, qu’il s’agisse d’escalades organisées ou non. L’attaque a eu lieu pendant une période relativement calme pour Israël, qui a connu très peu d’attaques hostiles, même s’il y a eu quelques jets de pierres et quelques cocktails Molotov. Ces derniers incidents ont envoyé à Israël le message que toute confrontation avec la résistance palestinienne engendrera de nouvelles tensions et de nouveaux problèmes de sécurité.

Le calme relatif qui a régné en Cisjordanie au cours de la dernière décennie soulève d’ailleurs des questions sur la coopération de l’AP avec Israël et sur sa propre stabilité économique. Malgré le statu quo politique avec Israël, l’ère présidentielle d’Abbas, qui dure depuis 2005, a été caractérisée par des crises persistantes : Israël a lancé trois grandes offensives militaires contre Gaza en 2008-2009, 2012 et 2014 ; le « soulèvement au couteau » de 2015 ; la crise de la mosquée Al-Aqsa de 2017 ; le déménagement de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem en 2018 ; et les récents développements dramatiques de « l’accord du siècle » ainsi que la crise du coronavirus.

Les avertissements stratégiques d’Israël ont ponctué ces crises pour les empêcher de dégénérer en un soulèvement armé de l’importance de l’Intifada d’Al-Aqsa de 2000 ou en un troisième soulèvement populaire de l’importance de la Première Intifada de 1987. La menace d’une nouvelle intifada ne s’est pas concrétisée. Cette constatation nous amène à mettre en cause ce qu’on pourrait appeler l’étrange silence et la haine profonde de l’AP à l’égard de la lutte armée contre Israël, ainsi que de sa peur de voir le Hamas se renforcer et prendre le contrôle de la Cisjordanie.

L’absence de toute véritable réponse palestinienne à l’agression israélienne est due en grande partie au fait que le peuple ne fait plus confiance à ses dirigeants. Pour lui, les hauts fonctionnaires de l’AP sont corrompus et sont un obstacle à la renaissance des institutions politiques palestiniennes. Les sondages d’opinion donnent une indication claire de cette défiance, avec plus de 60 % des Palestiniens qui attendent avec impatience le départ de Mahmoud Abbas. L’AP est incapable de mobiliser le soutien du public pour les actions qu’elle promeut et cela explique pourquoi les réactions officielles au projet d’annexion d’Israël sont si inconsistantes.

Adnan Abu Amer

 

Article original en anglais : Why are Palestinian responses to the Israeli annexation plan so limited?Middle East Monitor , le 8 juin 2020.

Traduction : Dominique Muselet pour Chronique de Palestine 

 

Adnan Abu Amer dirige le département des sciences politiques et des médias de l’université Umma Open Education à Gaza, où il donne des cours sur l’histoire de la Cause palestinienne, la sécurité nationale et lsraël. Il est titulaire d’un doctorat en histoire politique de l’université de Damas et a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Cause palestinienne et du conflit israélo-arabe. Il travaille également comme chercheur et traducteur pour des centres de recherche arabes et occidentaux et écrit régulièrement pour des journaux et magazines arabes.

 

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Les États-Unis ont leur propre révolution de couleurs

juin 28th, 2020 by F. William Engdahl

Depuis les années 1980, la révolution de couleurs est le terme utilisé pour décrire une série d’opérations de changement de régime remarquablement efficaces menées par la CIA en utilisant des techniques développées par la RAND Corporation, les ONG « démocratie » et d’autres groupes . Elles ont été utilisées sous une forme rudimentaire pour faire tomber le régime communiste polonais à la fin des années 1980. Ces techniques ont ensuite été affinées et utilisées, avec de généreux pots-de-vin, pour renverser le régime de Gorbatchev en Union soviétique. Pour tous ceux qui ont étudié ces modèles de près, il est clair que les protestations contre les violences policières menées par des organisations amorphes portant des noms tels que Black Lives Matter ou Antifa sont plus que de simples mouvements de contestation spontanés. Des centaines de milliers de jeunes Étasuniens sont utilisés comme un boulet pour renverser non seulement un président étasunien, mais aussi, ce faisant, les structures mêmes de l’ordre constitutionnel étasunien.

Si nous prenons du recul par rapport aux vidéos montrant un policier blanc de Minneapolis enfonçant son genou sur le cou d’un homme noir, George Floyd, et si l’on regarde ce qui s’est passé dans tout le pays depuis lors, il est clair que certaines organisations ou certains groupes étaient bien préparés pour exploiter cet horrible événement pour leur propre finalités.

Les manifestations qui ont eu lieu depuis le 25 mai ont souvent commencé de manière pacifique pour être ensuite reprises par des individus violents bien entraînés. Deux organisations sont apparues régulièrement en relation avec les manifestations violentes : Black Lives Matter et Antifa (États-Unis). Les vidéos montrent des manifestants bien équipés, vêtus de noir et masqués (pas pour le coronavirus, bien sûr), vandalisant des voitures de police, brûlant des postes de police, brisant des vitrines de magasins avec des tuyaux ou des battes de baseball. L’utilisation de Twitter et d’autres médias sociaux pour coordonner les délits de fuite des foules de manifestants est évidente.

Ce qui s’est passé depuis l’événement déclencheur de Minneapolis a été comparé à la vague d’émeutes de protestation dans les ghettos noirs en 1968. J’ai vécu ces événements en 1968 et ce qui se passe aujourd’hui est bien différent. On le compare davantage à la révolutionne couleurs yougoslave qui a renversé Milosevic en 2000.

Gene Sharp : Modèle pour le renversement du régime

En 2000, le Département d’État étasunien, aidé par sa Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy – NED) et par certains agents de la CIA, a commencé à former secrètement un groupe d’étudiants universitaires de Belgrade dirigé par un groupe d’étudiants qui s’appelait Otpor ! (Résistance !). La NED et ses diverses ramifications ont été créés dans les années 1980 par le chef de la CIA Bill Casey comme un outil secret de la CIA pour renverser des régimes spécifiques dans le monde entier sous le couvert d’une ONG de défense des droits de l’homme. En fait, ils reçoivent leur argent du Congrès et de l’USAID.

Dans le cadre de la déstabilisation de la Serbie par le mouvement Otpor! en 2000, la NED et l’ambassadeur étasunien Richard Miles à Belgrade ont sélectionné et formé un groupe de plusieurs dizaines d’étudiants, dirigé par Srđa Popović, en utilisant le manuel « From Dictatorship to Democracy », traduit en serbe, du défunt Gene Sharp et de son Institution Albert Einstein. Dans un post mortem sur les événements en Serbie, le Washington Post a écrit :

« Les consultants financés par les États-Unis ont joué un rôle crucial dans les coulisses de pratiquement toutes les facettes de l’anti-démocratie, en organisant des sondages de suivi, en formant des milliers de militants de l’opposition et en aidant à organiser un décompte des votes parallèles d’une importance vitale. Les contribuables étasuniens ont payé les 5 000 bombes de peinture utilisées par les étudiants militants pour faire des graffitis anti-Milošević sur les murs de toute la Serbie ».

Des escouades de militants formés ont été déployées dans les manifestations pour prendre le contrôle des pâtés de maisons à l’aide d’écrans vidéo intégrés à un « casque intelligent » (intelligence helmet) qui leur donnent une vue d’ensemble instantanée de leur environnement. Des bandes de jeunes convergeant vers des carrefours ciblés en communication constante sur les téléphones portables, allaient alors affronter la police. Le gouvernement étasunien a dépensé quelque 41 millions de dollars pour cette opération. Des groupes d’étudiants ont été secrètement formés aux techniques du manuel Sharp pour organiser des manifestations qui se moquaient de l’autorité de la police représentant le pouvoir, la montrant maladroite et impuissante face aux jeunes manifestants. Des professionnels de la CIA et du Département d’État étasunien les ont guidés dans les coulisses.

Le modèle de Révolution de couleur Optor! a été affiné et déployé en 2004 sous le nom de « Révolution orange » en Ukraine avec le logo et les écharpes de couleur, et en 2003 en Géorgie sous le nom de « Révolution rose ». Plus tard, la secrétaire d’État Hillary Clinton a utilisé ce modèle pour lancer le Printemps arabe. Dans tous les cas, la NED a été impliqué avec d’autres ONG, y compris les Fondations Soros.

Après le renversement de Milosevic, Popovic a créé un centre de formation sur la Révolution des couleurs, CANVAS ( Centre for Applied NonViolent Action and Strategies). Ce centre est une sorte de cabinet de conseil à but lucratif pour la révolution, et était personnellement présent à New York pour travailler avec Antifa pendant l’occupation de Wall Street, où l’argent de Soros a également été rapporté.

Antifa et BLM

Les protestations, émeutes, actions violentes et non-violentes qui ont balayé les États-Unis depuis le 25 mai, y compris une attaque aux portes de la Maison Blanche, commencent à prendre tout leur sens quand on comprend le manuel de la Révolution de couleurs de la CIA.

L’impact des manifestations n’aurait pas été possible sans le soutien d’un réseau de responsables au sein du Parti démocrate, au niveau local et national, au point que le maire démocrate de Seattle a ordonné à la police d’abandonner plusieurs rues au cœur du centre-ville occupées par les manifestants.

Ces dernières années, des fractions importantes du Parti démocrate à travers les États-Unis ont été tranquillement prises en charge par ce que l’on pourrait appeler des candidats de la gauche radicale. Souvent, ils gagnent avec le soutien actif d’organisations telles que Democratic Socialists of America ou Freedom Road Socialist Organizations. À la Chambre des représentants des États-Unis, le quart des nouveaux représentants qui s’expriment avec force autour d’Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY), Rashida Tlaib et Ilhan Omar, représentant de Minneapolis, sont tous membres ou proches des Democratic Socialists of America. Il est clair que sans la sympathie des responsables démocrates dans les villes clés, les manifestations organisés, par exemple,  par Black Lives Matter et Antifa n’auraient pas eu un impact aussi spectaculaire.

Pour mieux comprendre la gravité du mouvement de protestation actuel, nous devrions nous demander qui a versé des millions au BLM. L’Antifa est plus difficile à examiner en raison de sa forme d’organisation explicitement anonyme. Cependant, leur manuel en ligne recommande ouvertement que les « cellules » locales de l’Antifa se joignent aux chapitres du BLM.

OSRF : Suivez l’argent

Le BLM a vu le jour en 2013 lorsque trois amis militants ont créé le hashtag #BlackLivesMatter pour protester contre les allégations de coups de feu tirés sur un adolescent noir non armé, Trayvon Martin, par le gardien d’un quartier hispanique blanc, George Zimmermann. Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi étaient toutes liées et financées par des groupes de façade liés à une organisation appelée Freedom Road Socialist Organization, l’une des quatre plus grandes organisations de gauche radicale aux États-Unis, issue d’un mouvement appelé New Communist Movement qui s’est dissout dans les années quatre-vingt.

Le 12 juin 2020, la page internet de la Freedom Road Socialist Organization déclare :

« Le temps est venu de rejoindre une organisation révolutionnaire ! Rejoindre Freedom Road Socialist Organization… Si vous avez été manifester dans la rue ces dernières semaines, il y a de bonnes chances que vous ayez réfléchi à la différence entre le type de changement que ce système a à offrir et le type de changement dont ce pays a besoin. Le capitalisme est un système qui a échoué et qui prospère grâce à l’exploitation, l’inégalité et l’oppression. L’administration réactionnaire et raciste de Trump a aggravé la pandémie. La crise économique que nous traversons est la pire depuis les années 1930. Le capitalisme monopolistique est un système qui se meurt et nous devons y mettre un terme. Et c’est exactement ce à quoi travaille l’organisation socialiste Freedom Road ».

En bref, les protestations contre le meurtre présumé d’un homme noir par la police dans le Minnesota sont maintenant utilisées pour appeler à une révolution contre le capitalisme. La FRSO chapeaute des dizaines de groupes ambigus, dont Black Lives Matter ou BLM. Ce qui est intéressant dans les racines marxistes-léninistes de la Freedom Road Socialist Organization (FRSO), ce n’est pas tant leur politique de gauche que le financement de leur création par un groupe de fondations bien implantées et exonérées d’impôts.

Alicia Garza, du BLM, est également membre du conseil d’administration ou de la direction de cinq différents groupes de façade de Freedom Road, dont le président du conseil d’administration de Right to the City Alliance pour 2011, le membre du conseil d’administration de l’École de l’unité et de la libération (SOUL), de People Organized to Win Employment Rights (POWER), Forward Together et le directeur des projets spéciaux de la National Domestic Workers Alliance.

L’Alliance pour le droit à la ville (The Right to the City Alliance) a reçu 6,5 millions de dollars entre 2011 et 2014 de plusieurs fondations exonérées d’impôts et très bien établies, dont la Fondation Ford (1,9 million de dollars), les deux principales fondations exonérées d’impôts de George Soros, Open Society, et la Fondation pour la promotion d’une société ouverte (Foundation to Promote Open Society) (1,3 million de dollars). Egalement la Fondation Kellogg (cornflake-tied) pour 250 000 dollars, et curieusement, la Fondation Ben & Jerry’s (crème glacée) pour 30 000 dollars.

Garza a également obtenu d’importantes subventions en tant que directeur exécutif du FRSO, POWER, où l’ancien « tsar des emplois verts » d’Obama, Van Jones, un « communiste » autoproclamé et un « nationaliste noir turbulent », maintenant à CNN, était au conseil d’administration. Alicia Garza a également présidé l’Alliance de la droite pour la ville, un réseau de groupes militants qui s’opposent à l’embourgeoisement des villes. Depuis 2009, ce front a reçu 1,3 million de dollars de la Fondation Ford, ainsi que 600 000 dollars des fondations Soros et encore, Ben & Jerry’s (50 000 dollars). Et l’ÂME de Garza, qui prétend avoir formé 712 « organisateurs » en 2014, lorsqu’elle a cofondé Black Lives Matter, a reçu 210 000 dollars de la Fondation Rockefeller et 255 000 dollars de la Fondation Heinz (ketchup et famille John Kerry), entre autres. Avec le Forward Together du FRSO, Garza a siégé au conseil d’administration d’une « organisation multiraciale qui travaille avec des dirigeants et des organisations communautaires pour transformer la culture et la politique afin de catalyser le changement social ». Elle a officiellement reçu 4 millions de dollars en recettes de 2014 et, de 2012 à 2014, l’organisation a reçu un total de 2,9 millions de dollars de la Fondation Ford (655 000 dollars) et d’autres grandes fondations.

La cofondatrice de BLM, Opal Tometi, née au Nigeria, est également issue du réseau du FRSO. Opal Tometi a dirigé l’Alliance noire pour une immigration juste du FRSO. Curieusement, avec une « équipe » de deux personnes, elle a obtenu de l’argent de grandes fondations, dont la Kellogg Foundation pour 75 000 dollars et les fondations Soros pour 100 000 dollars, et, à nouveau, Ben & Jerry’s (10 000 dollars). Tometi a obtenu 60 000 dollars en 2014 pour diriger le groupe.

L’organisation socialiste Freedom Road, qui appelle désormais ouvertement à une révolution contre le capitalisme à la suite du meurtre de Floyd George, a une autre groupe, The Advancement Project, qui se décrit comme « une organisation de défense des droits civils multiraciaux de la prochaine génération ». Son conseil d’administration comprend un ancien directeur de la sensibilisation des communautés du département étasunien de l’éducation de Barack Obama et un ancien assistant du procureur général pour les droits civils de Bill Clinton. En 2013, l’Advancement Project du FRSO a reçu des millions de la part de grandes fondations étasuniennes exonérées d’impôts, dont Ford (8,5 millions de dollars), Kellogg (3 millions de dollars), la fondation Hewlett du fondateur de l’industrie de la défense HP (2,5 millions de dollars), la fondation Rockefeller (2,5 millions de dollars) et les fondations Soros (8,6 millions de dollars).

Major Money et ActBlue

En 2016, année de l’élection présidentielle où Hillary Clinton affrontait Donald Trump, Black Lives Matter s’était révélé comme un réseau bien organisé. Cette année-là, la Fondation Ford et Borealis Philanthropy ont annoncé la création du Black-Led Movement Fund (BLMF), « une campagne de six ans de mise en commun des donateurs visant à collecter 100 millions de dollars pour la coalition Movement for Black Lives » dont le BLM était un élément central. A cette époque, les fondations Soros avaient déjà accordé quelque 33 millions de dollars de subventions au mouvement Black Lives Matter. Il s’agissait là d’une somme importante pour les fondations.

Le BLMF s’est identifié comme ayant été créé par des fondations de prestige, dont la Ford Foundation, la Kellogg Foundation et les Soros Open Society Foundations. Elles ont décrit leur rôle ainsi :

« La BLMF fournit des subventions, des ressources pour la construction du mouvement et une assistance technique aux organisations qui travaillent à faire avancer le leadership et la vision des jeunes leaders noirs, queers, féministes et immigrants qui façonnent et dirigent une discussion au plan national sur la criminalisation, le maintien de l’ordre et la race aux États-Unis ».

La coalition Movement for Black Lives (M4BL), qui comprend Black Lives Matter, a déjà demandé en 2016 :

« le financement des services de police, des réparations basées sur la race, le droit de vote pour les immigrants illégaux, le désinvestissement des combustibles fossiles, la fin de l’enseignement privé et des écoles à charte, un revenu de base universel et un collège gratuit pour les noirs« .

Notamment, lorsque nous cliquons sur le site web de M4BL, sous leur bouton « donate », nous apprenons que les dons iront à quelque chose appelé ActBlue Charities. ActBlue facilite les dons aux « démocrates et aux progressistes ». en date du 21 mai, ActBlue avait donné 119 millions de dollars à la campagne de Joe Biden.

C’était avant les manifestations mondiales du 25 mai de Black Lives Matter (BLM). Maintenant, de grandes entreprises comme Apple, Disney, Nike et des centaines d’autres pourraient verser des millions de dollars non déclarés à ActBlue sous le nom de Black Lives Matter, des fonds qui peuvent en fait servir à financer l’élection d’un président démocrate, Joe Biden. C’est peut-être la véritable raison pour laquelle la campagne de Biden a été soutenue à ce point par des électeurs noirs. Ce qui est clair, rien qu’à partir de ce compte-rendu du rôle crucial des fondations à gros budget derrière les groupes de protestation comme Black lives Matter, c’est qu’il y a un programme bien plus complexe à la base des protestations qui déstabilisent maintenant les villes à travers les États-Unis. Le rôle des fondations exonérées d’impôts liées aux fortunes des plus grandes sociétés industrielles et financières telles que Rockefeller, Ford, Kellogg, Hewlett et Soros indique qu’il existe un motif bien plus profond et bien plus sinistre pour expliquer les manifestations en cours que le simple scandale spontané ne le suggère.

F. William Engdahl

 

Article original en anglais :

America’s Own Color Revolution

Traduit par Maya pour Mondialisation

L’image en vedette provient de New Eastern Outlook.

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F. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, il est titulaire d’un diplôme en politique de l’université de Princeton et est un auteur à succès sur le pétrole et la géopolitique, exclusivement pour le magazine en ligne « New Eastern Outlook » où cet article a été publié à l’origine. Il est associé de recherche au Centre de recherche sur la mondialisation.

 

 

L’exceptionnalisme haïtien

juin 27th, 2020 by Boaz Anglade

Lorsqu’on qualifie Haïti de pays « exceptionnel », c’est rarement dans le sens positif du terme. Une Haïti exceptionnelle fait souvent référence à un endroit étrange et énigmatique où les théories et pratiques applicables à d’autres sociétés échouent de manière inexplicable.

Dans les études littéraires haïtiennes, ce concept porte un nom : « l’exceptionnalisme haïtien », une expression popularisée par le professeur Michel-Rolph Trouillot dans son brillant essai intitulé « The Odd and the Ordinary ». Dans cet essai, datant de 1990, Trouillot souligne qu’Haïti est beaucoup trop souvent représentée comme un pays grotesquement unique, bizarre, erratique, et donc inexplicable. Dans ce même essai, Trouillot se révolte contre l’exceptionnalisme haïtien et encourage les adeptes des études haïtiennes à outrepasser cette idéologie qu’il a d’ailleurs qualifiée de « fiction » [1].

Selon Trouillot, une telle idéologie non seulement occulte la place d’Haïti dans le monde, mais la propulse aussi au-delà du domaine de l’analyse ou de la comparaison. Il voit également en cette idéologie un bouc émissaire qui atténue la responsabilité des puissances occidentales dans la condition d’Haïti, ce qui révèle une forme de musellement de l’histoire [2].

De plus, dans sa forme la plus répugnante, d’après Trouillot, cette idée impliquerait que le malheur d’Haïti serait dû à une maladie congénitale de l’esprit haïtien qui priverait, par exemple, les dilemmes politiques d’une explication rationnelle et, par défaut, de solutions pratiques.

Considérant l’appel de Trouillot à outrepasser la fiction de l’exceptionnalisme haïtien tel que reconnu dans la littérature, cet essai vise à réinventer à se réapproprier le terme comme moyen d’affirmer la juste place d’Haïti dans l’histoire du monde.

Par « exceptionnalisme haïtien », nous entendons non pas l’idée qu’Haïti est exceptionnellement étrange, incompréhensible et énigmatique, mais plutôt qu’elle occupe une place particulière parmi les nations et est disposée à une « destinée manifeste » qui consiste à s’engager aux côtés des plus vulnérables tout en défendant la liberté des peuples opprimés.

Cette manifestation d’exceptionnalisme positif trouve son double dans l’exceptionnalisme américain, une doctrine qui soutient que les États-Unis incarnent la forme la plus pure de la liberté politique et de la démocratie et incite ainsi ceux-ci à s’octroyer la mission unique de transformer le monde.

Notre idéologie d’une Haïti exceptionnelle ne reflète en aucun cas une telle éthique de supériorité sur les autres nations ; elle tire plutôt ses racines dans une vocation humaniste superlative. Cette vision d’une Haïti exceptionnelle n’est pas nouvelle. Elle a été partagée par des penseurs pionniers tels que le Baron de Vastey, chroniqueur et secrétaire du roi Christophe, qui a vu dans la lutte des esclaves africains une manifestation de la volonté de Dieu lui-même [3]. Dans son livre, Le Système Colonial Dévoilé, il écrit : « Grand Dieu ! Que tes œuvres sont grandes ! C’est du sein d’un troupeau d’esclaves que ta toute-puissance forma les éléments nécessaires pour venger tes divines lois [4]. »

Une histoire aussi exceptionnelle implique nécessairement des responsabilités exceptionnelles. En effet, depuis son indépendance obtenue grâce à la première révolte d’esclaves réussie du monde moderne, Haïti a toujours assumé un rôle de défenseur de la liberté et servi de refuge pour les affligés du monde. Il était même inscrit dans la première constitution datant de 1805 : « celui qui est esclave devient ipso facto libre en foulant le sol haïtien ».

D’ailleurs, en 1815, lorsque Simón Bolívar touche le fond dans sa lutte pour la libération de l’Amérique latine, c’est dans les bras de la jeune république haïtienne qu’il se réfugie ; et du président haïtien Alexandre Pétion, il reçoit alors le soutien nécessaire pour poursuivre son combat contre les troupes espagnoles.

En retour, Pétion ne fait qu’une seule demande : l’abolition de l’esclavage partout où Bolívar commandera. En 1822, le président Boyer embrasse la lutte de libération du peuple grec en jugeant qu’Haïti ne devrait pas y rester indifférent. Il voit en Haïti et la Grèce une longue histoire d’oppression similaire et promet de faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider la cause des Hellènes.

Au début du XXe siècle, face à la montée du nazisme, Haïti a non seulement renié le régime d’Adolf Hitler, mais elle a également ouvert ses portes aux Juifs d’Europe persécutés. Ainsi, même face à ses propres défis, Haïti a toujours assumé sa responsabilité morale en tant que défenseur de la justice et protecteur des opprimés, accomplissant ainsi son destin manifeste.

Aujourd’hui, la discrimination raciale et les inégalités sociales dans le monde continuent de limiter les opportunités pour beaucoup. Aux États-Unis, plus de cinquante ans après la lutte pour les droits civiques, les Afro-Américains se retrouvent à devoir rappeler que « les vies noires comptent ».

Face à ces situations, Haïti ne peut rester indifférente. Elle doit continuer à tout prix à secouer le joug de la servitude et de l’oppression partout où elle le peut et à exprimer son soutien inconditionnel aux opprimés de ce monde.

En conséquence, ce pays « exceptionnel » a besoin de plus d’hommes et de femmes courageux qui croient, en leur âme et conscience, à cette « grandeur haïtienne » et à la mission universelle de ce peuple élu.

Le moment est enfin venu pour nous d’être à la hauteur de notre histoire et de revendiquer notre place parmi les nations.

Il est de notre devoir d’accomplir notre destin manifeste, de continuer à inspirer les nations et de porter haut le flambeau de la liberté des peuples opprimés.

Boaz Anglade

 

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Notes :

[1] Trouillot, M. R. (1990). The Odd and the Ordinary: Haiti, the Caribbean, and the World. Cimarrón: New Perspectives on the Caribbean, 2(3), 3.

[2] Trouillot, M. R. (1995). Silencing the past: Power and the production of history. Beacon Press

[3] Charles, A. (2002). Haitian exceptionalism and Caribbean consciousness. Journal of Caribbean Literatures3(2), 115-130.

[4] Vastey, B. P. V. (1814). Le système colonial dévoilé. Cap-Henry : P. Roux Imprimerie du Roi. Print.

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« Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que j’avais surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner.  (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Ch. 2). »

Ce passage n’est-il pas de circonstance s’agissant de décrire la sidération dans laquelle nous ont placé nos maîtres depuis l’éclosion de la pandémie de coronavirus ?  Et oui, désormais, en l’absence de démocratie et la condition dans laquelle ces gens entendent nous assigner, je pense que le terme maître est bien plus approprié que celui de dirigeant.  Et penser avec les mots appropriés vous permet de retrouver votre souveraineté, loin de l’impuissance à laquelle vous réduit l’usage de la langue de bois.

Tout d’abord, ceux qui me connaissent savent que j’ai le chic pour poser les questions que personne, tout d’abord, n’aurait pensé à se poser, la raison étant que je crois plus à l’observation et à la raison qu’à la propagande, à laquelle je suis pour le moins rétif.  Ainsi, je vais vous demander de remettre en question une proposition que vous tenez plus que probablement pour vraie, ou en tout cas qu’une majorité d’entre vous tient pour vraie…

Nos dirigeants sont des incompétents

Que l’on pourrait traduire par « nos maîtres sont des idiots ».   Mais d’où vient cette étrange idée ?  Ne s’agirait-il pas d’une sorte de pseudo-lapalissade de pure fabrication, une propagande répétée à l’envi par tous les médias à la botte pour précisément instiller l’idée que la seule raison qui pourrait pousser nos maîtres à raboter nos libertés, nous appauvrir toujours plus, mentir en tout temps et en tous lieux serait une supposée incompétence ?

Parce que d’un point de vue strictement logique, il existe nombre d’explications tout aussi valables que celle-ci, et nous le verrons, bien plus crédibles.

1. Dans lequel on casse deux pattes à un canard

Pourquoi nos maîtres seraient-ils plus cons que l’immense majorité d’idiots moutonniers qui leur tiennent lieu de troupeau (moi inclus) ?  Oui, je sais, elle est un peu raide, alors si cela peut vous aider (un peu comme une béquille, en somme) voici la contraposée rédigée en langue de bois garantie 100% bio et disposant du label politiquement correct™.

Nos dirigeants, par leur cursus universitaire et leur expérience sont, de toute évidence, les plus aptes à présider aux destinées la nation.

Vu comme ça, c’est nettement plus digeste, n’est-ce pas, et puis cela évite d’avoir à vous poser la question de votre propre entendement, même si cela vient en contradiction directe avec l’idée que nos maîtres seraient systématiquement incompétents1, hypothèse qui implique d’office l’immunité pénale puisqu’au pire, on ne parlerait que d’erreurs ou de fautes, mais jamais de trahison ou d’agissements criminels.  Responsables mais pas coupables, vous connaissez la chanson.

Ceci constitue la première raison pour laquelle votre subconscient inclinera à tenir pour vraie l’idée que les dirigeants seraient tout simplement incompétents, parce que le contraire impliquerait que l’idiot, c’est vous, et l’idée n’est guère plaisante.  A contrario, l’idée que chacun de nous puisse bien voir que nos maîtres tapent systématiquement à côté de la plaque renforce le sentiment que nous serions plus compétents qu’eux, et donc d’accepter le principe de leur incompétence.   Qu’il est doux de se sentir supérieur !  C’est tellement plus gratifiant que d’avoir à réaliser que nous ne sommes que les dindons de la farce.

2. Biais psychologique

Cela pourra vous sembler étrange, mais il y a au moins une étude réalisée par l’American Psychological Association (APA) sur 1.500 sujets qui montre que des personnes perçues comme malhonnêtes sont plus susceptibles d’être vues comme incompétentes par leurs collègues/relations.  Il est également précisé que ce biais découle de l’idée qu’une personne malhonnête serait d’abord une personne peu sociable.   Au contraire, une personne malhonnête qui serait particulièrement sociable serait perçue comme machiavélique.  Vous comprenez pourquoi vos maîtres ajoutent souvent l’outrage à l’insulte en faisant mine de ne rien comprendre, tel le poudré qui ne rate pas une occasion d’insulter les Français, spécialement quand il est à l’étranger ?  En fait cela renforce la probabilité qu’il soit perçu comme incompétent, plutôt que malveillant.

3. Refus de voir la situation en face

La troisième raison pour laquelle la plupart des gens voient nos maîtres comme incompétents, et probablement la plus importante, est la peur que suscite l’idée qu’on n’a pas affaire à des idiots, mais à des gens malfaisants qui sont parfaitement conscients de leurs actes et qui poursuivent des objectifs n’ayant aucun rapport avec le bien public, quand ils ne vont pas à l’encontre des citoyens eux-mêmes.

C’est une chose d’ouvrir peu à peu les yeux au sortir de la caverne2, c’en est une autre que de réaliser pleinement l’horreur dystopique dans laquelle nous nous trouvons.   L’idée étant hautement anxiogène, beaucoup préféreront retourner se réfugier dans la caverne (l’hyperréalité), et tenteront de se persuader que nos maîtres ne peuvent être aussi malveillants, ils ne peuvent donc être qu’incompétents.

Vous ne pouvez gagner que si vous savez que vous êtes en guerre

Qu’une victoire soit obtenue avant que la situation ne se soit cristallisée, voilà ce que le commun ne comprend pas.

Sun Tzu, l’Art de la guerre.

Eh oui, au risque de vous choquer, je me permets de vous signaler que vous êtes en guerre, ou plus exactement que vos maîtres sont en guerre avec vous (le peuple), et j’entends bien vous convaincre de ceci au-delà du moindre doute.

C’est seulement lorsque vous aurez intégré cette réalité difficile à contempler que vous pourrez percevoir par quels moyens vos maîtres entendent vous asservir.   Et c’est seulement lorsque vous serez capable de nommer votre ennemi et que vous connaîtrez ses plans que vous serez en mesure de le combattre.

La situation n’est pas désespérée et ne le sera jamais parce que nous sommes l’immense majorité et que l’ennemi ne peut l’emporter que par la duplicité et la sournoiserie.  On n’a jamais vu une dictature reposer sur la seule peur, mais seulement des dictatures qui reposaient sur la collaboration d’un certain nombre d’individus, soit qu’ils disposaient d’un faible entendement, soit de sociopathes qui acceptaient consciemment d’être instrumentalisés par le pouvoir en échange de quelques rogatons ou menus avantages.

Les faits, plutôt que la propagande

Vous conviendrez que l’histoire récente, et notamment la pandémie de covid, s’est avérée une tribulation saisissante à l’échelle de l’Occident.  Cela a donné lieu à toutes sortes de dysfonctionnements et d’erreurs…  Mais était-ce bien des erreurs ?  Prenons le cas des masques par exemple.  Vous savez que le gouvernement français a fait détruire son stock stratégique de masques, mais saviez-vous que c’est exactement la même chose pour la Belgique ?  On sait aujourd’hui que le gouvernement français, contrairement à ce qu’il avait prétendu, n’a commandé en réalité que 100 millions de masques, mais savez-vous que c’est tout pareil en Belgique, et que toutes les contradictions, les interdictions, les pénuries, se sont produites systématiquement dans tous les pays touchés ?  Ne distinguez-vous pas le fil rouge ?

De même la France, la Belgique, certains États (démocrates) des États-Unis, l’Angleterre, le Québec ont fait la même « erreur » d’accueillir dans les résidences pour personnes âgées des patients covid, et qu’au contraire ils ont systématiquement empêché que ces malades soient transférés en isolement, voire en réanimation dans des hôpitaux disposant des équipements nécessaires.  La France a même été jusqu’à publier un décret permettant au médecin d’injecter du Rivotril aux patients en détresse respiratoire, ce qui revient à les tuer comme des chiens.  Là, vous ne le voyez toujours pas, le fil rouge ?  Si on avait voulu maximiser la mortalité et accessoirement liquider tous ces petits vieux qui coûtent un pognon de dingue, comme dirait le Poudré, on ne s’y serait pas pris autrement.  Ce sont les faits.

De même on parle dans tous ces pays d’une seconde vague parfaitement hypothétique, en se basant sur strictement aucune donnée scientifique, on parle d’imposer un vaccin alors que la maladie aura très probablement disparu à la fin de l’été, et on veut imposer le port du masque alors que l’épidémie est terminée.

Comment tout ceci pourrait-il être attribué à des erreurs ?  On parle de gouvernements différents de pays se trouvant parfois séparés de plusieurs milliers de kilomètres, et conseillés par des équipes différentes.

S’agissant du confinement, on a constaté rapidement que celui-ci n’avait absolument pas ralenti la progression du virus, mais avait largement accru la mortalité, ne serait-ce qu’en raison du stress induit et de nombre de pathologies nécessitant des soins qui ont été reportés de plus de trois mois.  On le savait, il suffisait de regarder les chiffres de pays n’ayant pas confiné, comme la Hollande, voisine directe de la Belgique.  Et pourtant, tous les pays adeptes du confinement tous azimuts ont persévéré dans l’erreur, mais était-ce bien une erreur ?

Le prix du confinement vient avec la destruction du tissu de l’économie réelle : les indépendants, les petites entreprises, les restaurants, les cafés, le secteur du tourisme.   Mais sachant ce qui précède, était-ce une erreur, ou au contraire était-ce voulu, pour justifier le tsunami économique qui arrive et qui n’a strictement rien à voir avec le virus, mais qui résulte de l’effondrement des marchés les 9 et 12 mars derniers, qui sera suivi par l’effondrement du système économique et monétaire ?

Lors de la Faillite de Lehman  Brothers, en septembre 2008, et qui a marqué le début de la crise bancaire et monétaire de 2009, celle-ci avait un leverage (effet de levier) autour de 37.  Le leverage étant inversement proportionnel au ratio de solvabilité, cela indique que la banque n’était plus solvable, elle n’avait plus de liquidités, et plus aucun moyen de procéder à un margin call (appel de marge), en vendant les meubles, la belle-mère ou l’écran plat du salon.

Aux dernières nouvelles, les banques les plus pourries en Europe sont très largement au-dessus de ce levier, elles sont déjà en état de faillite frauduleuse (pour cause de dissimulation de bilan) mais maintenues artificiellement à flot par l’injection massive de fausse monnaie sur les marchés via le Quantitative Easing.  Il faudrait y ajouter la Monte Paschi di Sienna, qui est une banque systémique italienne, mais celle-là est tellement mourue que plus personne ne prend la peine de faire comme si elle était encore en activité.

Source : revue de presse de Pierre Jovanovic

Parmi les flots tumultueux de la propagande anxiogène autour d’une épidémie qui n’existe plus, vous n’aurez probablement pas lu la déclaration pourtant on-ne-peut plus claire de la directrice générale du FMI :

La « Grande Réinitialisation » (« Great Reset ») sera le thème d’un sommet unique qui aura lieu en janvier 2021, et qui sera convoqué par le Forum Économique Mondial.

La « Grande Réinitialisation” est un engagement à construire conjointement et de manière urgente les bases de notre système économique et social pour un avenir plus juste, plus durable et plus résistant.

Elle exige un nouveau contrat social centré sur la dignité humaine et la justice sociale, et dans lequel le développement économique n’empiète pas sur le progrès de la société.

La crise sanitaire mondiale a mis à nu des ruptures de longue date dans nos économies et nos sociétés, et a créé une crise sociale qui nécessite de toute urgence la création d’emplois décents et significatifs. (…)

Source : Fonds Monétaire International (EN), voir aussi Forum Économique Mondial (FR)

Et si l’on vous parle d’un grand reset, d’une refonte du système monétaire et économique c’est parce qu’à moment-là, celui que nous connaissons sera tombé.  Ils font tout pour ça.

Et là, vous commencez à le voir, le loup ?  Pourquoi croyez-vous que les mondialistes, sous couvert de soi-disant conflits inter-raciaux essaient de semer la guerre civile aussi bien aux États-Unis qu’en France et en Belgique pour ne citer que ceux-là ?  Ne voyez-vous pas que s’agissant de détruire, piller, mettre le feu et déboulonner les statues (effacer notre passé) les autorités sont plus que tolérantes et empêchent les forces de l’ordre de faire leur travail ?  Essayez un peu de faire une manifestation pacifique de 10.000 gilets jaunes en plein Paris ou à Bruxelles, vous allez voir que ce ne sera plus la même limonade !

Ce que la plupart des observateurs n’ont pas encore bien intégré, c’est la raison derrière tout ceci.  Pourquoi imposer le chaos et l’anarchie ?  Eh bien tout simplement pour le remplacer par une dictature mondiale.  Finis les gouvernements fantoches, finis les États souverains, abolies les frontières, vous serez en prise directe avec vos vrais maîtres, ce sera le règne sans partage des multinationales sur les peuples, asservis comme jamais, écrasés dans un système où se rejoindront le pire du communisme et le pire du néolibéralisme.

N’est-il pas piquant de voir nos maîtres tomber les masques précisément au moment où ils veulent nous les faire porter sans aucune justification scientifique, comme simple marque de notre soumission ?  C’est le même genre d’humour cabalistique qu’on retrouve dans l’acronyme RIP qui désigne le Referendum d’Initiative Populaire.

Quand réaliserez vous que ce que vous voyez comme des échecs (politique sociale, développement économique, soins de santé, pensions) ne sont un problème que pour la population dans son ensemble, mais sont source de profit pour nos maîtres et leurs serviteurs zélés ?  Loin d’être un échec c’est pour eux une réussite presque totale aujourd’hui, préparant l’avènement du capitalisme mondialisé dans sa forme la plus dure, appuyé sur une dictature à la manière communiste, pour ne pas dire Orwélienne.

Philippe Huysmans

 

 

Image en vedette : Le Petit Prince de Saint Exupery dessiné sur sur une porte. Source : pxfuel.com

Notes :

  1. C’est le « en même temps » du petit marquis Poudré, concept très Orwéllien s’agissant de propositions systématiquement antagonistes et irréconciliables.   En pratique cela vous fait accepter tout, et son contraire, comme étant des propositions également vraies.
  2. Platon, allégorie de la caverne – https://www.institut-pandore.com/philosophie/caverne-platon/
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Lahouari Addi, la NED et les autres

juin 26th, 2020 by Ahmed Bensaada

Depuis la publication de mon livre, M. Lahouari Addi s’est publiquement exprimé à trois reprises. Et à trois reprises, il s’est comporté en Docteur ès insultes, ce qui en dit long sur le sociologue qui veut instaurer la démocratie et les bonnes manières en Algérie. Car, qu’on se le dise, les diplômes et l’éducation sont deux choses complètement différentes.

Ainsi, après les « doubab » et « sinistre personnage », voilà qu’il récidive, dans un entretien publié par le journal Reporters [1], avec des expressions un peu plus élaborées, du genre : « il ne connaît pas le b.a.ba de la science politique », « Il n’est pas universitaire », « Bensaada n’a aucun argument », « il ne sait pas de quoi il parle », etc.

Ne ratons pas l’invitation : prenons la formule « il ne sait pas de quoi il parle » et essayons de voir à qui elle peut bien s’appliquer en reprenant quelques-unes des déclarations de l’illustrissime et grandissime professeur.

A- La NED

Lahouari Addi : « La NED est un think tank (club de réflexion) créé et financé par le parti républicain à Washington au lendemain de la chute du Mur de Berlin. »

Ah, les « b.a.ba de la science politique »! Autant d’erreurs dans une même phrase est un record inégalable. Ce n’est même pas digne d’un étudiant de première année, alors que dire d’un « professeur »!

1- La NED n’a pas été créée au lendemain de la chute du Mur de Berlin

La chute du mur de Berlin [2] a eu lieu dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989.

Encadrée par le « National Endowment for Democracy Act », la National Endowment for Democracy (NED) a été créée le 18 novembre 1983 [3].  La loi a été entérinée le 22 novembre 1983 [4].

Ainsi, contrairement à ce qu’avance notre professeur, la création de la NED précède de six ans la chute du mur de Berlin!

2- La NED n’est pas un think tank

Selon les informations mentionnées sur le site de la NED : « La National Endowment for Democracy (NED) est une fondation privée à but non lucratif dédiée à la croissance et au renforcement des institutions démocratiques dans le monde. Chaque année, la NED octroie plus de 1600 subventions pour soutenir les projets de groupes non gouvernementaux à l’étranger qui œuvrent pour des objectifs démocratiques dans plus de 90 pays. » [5]

3- La NED n’est pas financée par le parti républicain

Bien qu’elle possède le statut juridique d’une association privée, la NED figure en réalité au budget du Département d’État américain. Et, comme le précise le journaliste du Monde diplomatique Hernando Calvo Ospina, son financement est soumis à l’approbation du Congrès, ce qui permet au gouvernement de se dégager officiellement de toute responsabilité. « La fondation ne saurait être considérée comme une agence ou une émanation du gouvernement des États-Unis », stipule la loi créant la NED [6].

4- La NED n’est pas uniquement reliée au parti républicain

Selon le site de la NED : « Depuis ses débuts, la NED est restée résolument bipartisane. Créée conjointement par les Républicains et les Démocrates, la NED est dirigée par un conseil équilibré entre les deux partis et bénéficie du soutien du Congrès à travers le spectre politique » [7].

D’ailleurs, la NED travaille par l’intermédiaire de quatre organismes distincts et complémentaires qui lui sont affiliés : le Center for International Private Enterprise (CIPE — Chambre de commerce des États-Unis), l’American Center for International Labor Solidarity (ACILS — Centrale syndicale AFL-CIO), mieux connu comme le Solidarity Center, le National Republican Institute (IRI) et le National Democratic Institute (NDI) [8]. Les deux derniers organismes sont respectivement liés au parti républicain et au parti démocrate.

B- L’International Forum for Democratic Studies Research Council

Lahouari Addi : « La NED voulait un débat d’idées et a créé ce Forum et aussi une revue académique Journal of Democracy, dont les articles sont consultables en ligne. J’ai publié trois articles dans cette revue et ils sont consultables en ligne, ils n’ont rien à voir avec l’idéologie de la droite américaine. La NED a mis sur pied aussi un Forum qui réunissait des universitaires de différentes tendances. »

1- Comme expliqué auparavant, la NED est bipartisane et n’est pas exclusivement dédiée à l’idéologie de la droite américaine.

2- Les articles dont parle Lahouari Addi et qui ont été publiés dans la revue de la NED, « Journal of Democracy » sont : « Religion and Modernity in Algeria » (1992), « Algeria’s tragic contradictions » (1996), « The failure of third world nationalism » (1997) [9]. Mais la publication d’études dans cette revue et l’appartenance au Forum de la NED sont deux choses différentes.

Il est important de signaler que de 1997 à 2008, soit pendant douze années, Lahouari Addi a été membre de l’International Forum for Democratic Studies Research Council, le think tank de la NED, comme indiqué dans le document en ligne.

Consulter en ligne la liste des membres de l’International Forum for Democratic Studies Research Council (1996 -2008)

Mais bien avant de faire partie du think tank de la NED, Lahouari Addi a participé à des réunions organisées par ce Forum. Cela est précisé dans le rapport de la NED relatif à l’année 1995 :

« En outre, le Forum parraine des discussions lors de déjeuners avec d’éminents penseurs et des militants démocrates. Au cours de l’année écoulée, le Forum a tenu une série de discussions axées sur le Moyen-Orient avec des universitaires Haleh Esfandiari (sur les femmes en Iran), Lahouari Addi (sur l’Algérie) et Kanan Makiya (sur l’Irak), ainsi qu’une discussion avec Robert S. Leiken (sur la démocratie dans l’hémisphère occidental). Leiken, Esfandiari et Makiya étaient des boursiers du Forum international à l’époque. Le Forum a également prévu des discussions avec Richard Rose (sur les élections russes), Bernard Lewis (sur l’islam et la démocratie) et Hyug Baeg Im (sur la mondialisation économique et la démocratie), qui ont eu lieu en octobre et novembre 1995; Le professeur Im était chercheur invité au Forum. »

Lire en ligne un extrait du rapport 1995 de la NED

On voit donc bien que le Forum favorise les rencontres entre les « penseurs » qu’il recrute et les « activistes » qui sont sur le terrain où la « démocratie » doit être installée.

Cette relation sera très bien illustrée dans les sections suivantes.

Notons au passage qu’en 1995, le Conseil d’administration de la NED comptait dans ses rangs d’illustres noms de la politique américaine. Citons en trois, à titre d’exemple :

– Zbigniew Brzezinski, théoricien stratégique belliciste, conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter

– Paula Dobriansky, qui a été sous-secrétaire d’État à la démocratie et aux affaires internationales (2001-2009) sous George W. Bush, membre du CA de Freedom House et membre fondatrice du think tank néoconservateur « Project for the New American Century » (PNAC) qui a eu une influence considérable sur l’administration Bush fils.

– Paul Wolfowitz, illustre faucon néoconservateur, secrétaire adjoint à la Défense entre 2001 et 2005 dans le gouvernement de George W. Bush, considéré comme un des cinq principaux artisans de l’invasion de l’Irak [10].

3- La NED n’a pas créé le Forum pour le débat d’idées uniquement. Le Forum a une mission bien définie au sein de la NED.

À ce sujet, voici ce qu’on peut lire dans le rapport 2001 de la NED :

« L’International Forum for Democratic Studies a été créé en tant que nouvelle division au sein de la Dotation en avril 1994. Le Forum est devenu un centre de premier plan pour l’analyse et la discussion de la théorie et de la pratique du développement démocratique et un centre d’échange d’informations sur les groupes et les institutions travaillant à maintenir la démocratie dans le monde. Par ses publications, ses conférences et ses réseaux universitaires, le Forum soutient et améliore également le programme de subventions de la NED et le Mouvement mondial pour la démocratie (World Movement for Democracy – WMD).[] Les programmes du Forum international bénéficient des conseils et de l’implication d’un Conseil de recherche composé d’universitaires et d’autres spécialistes de la démocratie du monde entier. »

Lire en ligne l’extrait du rapport NED 2001

Cette mission est encore plus détaillée dans le rapport 2017 de l’International Forum for Democratic Studies intitulé: « From ‘Soft Power’ to ‘Sharp Power’, Rising Authoritarian Influence in the Democratic World » :

« L’International Forum for Democratic Studies de la National Endowment for Democracy (NED) est un important centre d’analyse et de discussion sur la théorie et la pratique de la démocratie dans le monde. Le Forum complète la mission principale de la NED – aider les groupes de la société civile à l’étranger dans leurs efforts pour favoriser et renforcer la démocratie – en reliant la communauté universitaire avec des militants du monde entier. Par ses activités multiformes, le Forum répond aux défis auxquels sont confrontés les pays du monde entier en analysant les opportunités de transition démocratique, de réforme et de consolidation. Le Forum poursuit ses objectifs à travers plusieurs initiatives interdépendantes:

– Publier le Journal of Democracy, la plus importante publication au monde sur la théorie et la pratique de la démocratie;

– Organiser des programmes de bourses pour les militants internationaux de la démocratie, les journalistes et les universitaires;

– Coordonner un réseau mondial de groupes de réflexion; et entreprendre une gamme variée d’initiatives analytiques pour explorer des thèmes critiques liés au développement démocratique »

Lire en ligne l’extrait du rapport IFDS 2017

Comme on peut aisément le constater, il ne s’agit pas uniquement de participer à un anodin débat d’idées, mais de collaborer activement dans la mission principale de la NED, c’est-à-dire l’« exportation » de la démocratie « Made in USA ».

C- La mission de l’International Forum for Democratic Studies

Lahouari Addi : « J’ai été sollicité en raison de mes travaux académiques en compagnie de noms prestigieux comme Lisa Anderson (professeure à Columbia University, connue pour ses travaux sur le monde arabe), Filaly Ansary, directeur de la Fondation Agha Khan de Londres, Abdullahi Ahmed En-Naim, professeur de droit international à Emory University et disciple du réformateur musulman Mahmoud Taha, Saad Eddine Ibrahim, directeur du Centre de Recherche Ibn Khaldoun au Caire, etc. »

À chaque fois qu’il en a l’occasion, notre sociologue national montre qu’il a de bonnes fréquentations, un carnet d’adresses étincelant.

Parmi les noms cités, figure celui de l’Égyptien Saad Eddin Ibrahim qui est le collègue de Lahouari Addi à l’International Forum for Democratic Studies Research Council. Et, tout comme lui, il est sociologue, ancien professeur à l’université américaine du Caire. Saad Eddin Ibrahim est le fondateur du « Ibn Khaldun Center for Development Studies », une ONG égyptienne financée par la NED, comme le montre les rapports de la NED.

Lire en ligne le rapport 2009 – Égypte –  de la NED (exemple)

Saad Eddin Ibrahim a été membre du conseil consultatif du « Project on Middle East Democracy » (POMED) [11], un organisme qui travaille de concert avec Freedom House [12] et qui est financièrement soutenu par la NED et l’Open Society de G. Soros [13].

C’est POMED qui avait décerné un prix, en octobre dernier, à Sofiane Djilali [14]. M. Saad Eddine a lui aussi été honoré, mais par Freedom House, en 2002 [15].

Saad Eddin Ibrahim

L’étude du cas Saad Eddine Ibrahim est très intéressante dans la mesure où elle illustre bien cette contribution à la mission principale de la NED, à savoir « aider les groupes de la société civile à l’étranger dans leurs efforts pour favoriser et renforcer la démocratie en reliant la communauté universitaire avec des militants du monde entier ».

Tout d’abord, signalons que Saad Eddin Ibrahim a été très impliqué dans le « printemps » égyptien [16]. Il a été en contact étroit avec les cyberactivistes ONGistes égyptiens, qui ont été formés par les différents organismes d’« exportation » de la démocratie et qui ont été le fer de lance de la contestation de la place Tahrir [17].

Voici quelques photographies illustrant ces connivences :

Saad Eddin Ibrahim et les jeunes activistes égyptiens

1- Bassem Samir; 2- Sherif Mansour; 3- Saad Eddin Ibrahim; 4- Dalia Ziada; 5- Israa Abdel Fattah

1- Bassem Samir, membre de l’« Egyptian Democratic Academy » (EDA) [18], une ONG largement subventionnée par la NED.

2- Sherif Mansour, responsable des programmes de Freedom House de la région MENA (Middle East and North Africa). Il a été en contact étroit avec Ahmed Maher et Mohamed Adel, deux leaders du « Mouvement du 6 avril » égyptien [19].

3- Saad Eddin Ibrahim, le « collègue » cité par Lahouari Addi.

4- Dalia Ziada, cyberactiviste, membre de l’« Ibn Khaldoun Center for Development Studies » dirigé par Saad Eddin Ibrahim

5- Israa Abdel Fattah, surnommée la « Facebook Girl », cofondatrice avec Ahmed Maher du Mouvement du 6 avril. Avec Bassem Samir, elle est membre de l’ « Egyptian Democratic Academy » (EDA)[20]. Tout comme Saad Eddin Ibrahim, elle a été honorée par Freedom House qui lui a octroyé, en juin 2010, le prix « New Generation » [21].

Israa Abdel Fattah posant avec son prix décerné par Freedom House

1- Sherif Mansour (Freedom House); 2- Mohamed Adel (Mouvement du 6 avril).

Mohamed Adel a reconnu avoir été formé par CANVAS (Serbie) en 2009 en compagnie d’un groupe d’Égyptiens et d’Algériens.

Sherif Mansour (Freedom House) en discussion avec Hillary Clinton

Dalia Ziada et Bill Clinton

Hillary Clinton et Bassem Samir

Les relations entre Saad Eddin Ibrahim, membre de l’International Forum for Democratic Studies Research Council, et les jeunes activistes ONGistes égyptiens donne une idée précise sur le modus operandi de la NED et de ses structures.

En y prêtant attention, on remarque une similitude avec la scène algérienne. Une participation à l’International Forum for Democratic Studies Research Council, des ONG algériennes financées par la NED et des activistes algériens formés par les organismes américains d’«exportation » de la démocratie.

« J’ai été sollicité en raison de mes travaux académiques en compagnie de noms prestigieux » a déclaré Lahouari Addi. J’y ajouterai une petite précision : « des noms prestigieux qui sont rémunérés pour contribuer à la politique américaine d’exportation de la démocratie dans leurs propres pays ».

Avez-vous compris de rôle de la NED, monsieur le professeur?

D- L’histoire du CV de Lahouari Addi

Lahouari Addi : « Ahmed Bensaada n’a jamais lu mon CV et il ne sait pas de quoi il parle. Il ne sait pas comment fonctionnent les institutions de recherche et l’université en Occident. »

Non, M. Addi. J’ai bien lu et étudié vos différents CV. Ceux qui sont publiés sur les sites des institutions où vous avez œuvré. En plus, je les ai téléchargés et archivés, comme j’ai coutume de faire pour tout ouvrage que j’écris au cas où les documents seraient modifiés entre-temps.

Voici un extrait de votre CV institutionnel publié sur le site du laboratoire Triangle (UMR 5206) de l’ENS de Lyon :

 

Lire en ligne le CV institutionnel complet de Lahouari Addi

 

Comme on peut le constater, tous les séjours académiques de Lahouari Addi aux États-Unis y sont mentionnés. Mais il n’y a aucune trace de son appartenance à l’International Forum for Democratic Studies Research Council, le think tank de la NED, où il a été membre de 1997 à 2008.

Alors, M. le grand professeur, vous qui savez parler et qui connaissez le fonctionnement des institutions de recherche et de l’université en Occident, pouvez-vous nous expliquer ce « petit oubli »?

E- À propos des « figures » du Hirak

Lahouari Addi : « Une grande partie des Algériens, pas tous évidemment, s’est reconnue dans l’offre politique de Karim Tabou, Mustapha Bouchachi, Assoul Zoubida, Mohcene Belabbès, Kaddour Chouicha, Fodil Boumala et d’autres encore. »

Que veut dire « Une grande partie des Algériens, pas tous évidemment »? Avez-vous réalisé des sondages pour connaître l’avis des Algériens? Comment se fait-il qu’un professeur aussi « brillant » que vous puisse proférer de telles énormités et décider à la place du peuple algérien?

En plus, je vois que la liste de vos élus s’est allongée par rapport à celle que vous avez décrétée en mars 2019. Et à voir certains nouveaux noms, vous confirmez admirablement bien tout ce que j’ai développé dans mon livre.

Vous prétendez que le Hirak n’a pas de leader, mais vous vous comportez en Grand Manitou de ce mouvement populaire. C’est vous qui décidez de la proportion de la population qui est d’accord avec vous, du type de voie à choisir et des personnes qui doivent conduire le peuple vers la « lumière ». Et tous ceux qui osent vous contredire sont des « doubabs », n’est-ce pas? Et vous prétendez que le Hirak n’a pas de ténors?

Et puis qui sont ces personnes que vous sortez de votre chapeau de magicien à chaque fois? Vous n’avez pas encore compris que ce n’est pas à vous de dire qui doit être quoi ou qui doit faire quoi? Le Hirak vous aurait-il désigné « guide suprême » et on n’est pas au courant?

F- À propos des pour et des anti Hirak

Lahouari Addi : « Ahmed Bensaada montre qu’il est hostile au Hirak et qu’il soutient le régime.»

Le grand Manitou s’est prononcé. C’est lui qui décide qui est pour et qui est contre le Hirak. Par n’importe quel Hirak, son Hirak! L’inquisition, l’excommunication et le takfirisme tous réunis dans les propos de l’immense sociologue.

Mais qui vous a donné le droit de juger les gens? Êtes-vous le gardien d’un temple que vous avez édifié autour de vos ambitions et de vos lubies? C’est vous qui distribuez et tamponnez les cartes d’adhésion au Hirak?

« Soutenir le régime »! Quel argument M. le grand professeur! La reductio ad Hitlerum dans toute sa splendeur!

Mais dites-moi, si je travaille avec le « régime », avec quel régime travaillez-vous lorsque vous vous réunissez pendant douze ans dans les bureaux de la NED? Vous avez une petite idée ou faut-il qu’on vous aide à trouver la réponse?

Lorsque vos travaux [22] sont cités par la RAND corporation [23], avec quel régime travaillez-vous?

Lorsque vous publiez un article intitulé « Algeria’s Army, Algeria’s Agony » [24] (L’armée de l’Algérie, l’agonie de l’Algérie) dans « Foreign Affairs » [25], un des magazines américains les plus influents de la politique étrangère des États-Unis, pour quel régime travaillez-vous?

G- La liberté d’expression selon Lahouari Addi

Lahouari Addi : « Dès que les conditions politiques s’éclairciront dans notre pays, je déposerais plainte contre l’auteur et contre la maison d’édition. »

En plus de la sociologie, Lahouari Addi semble être un spécialiste de la météo politique en Algérie. Lui qui se targue de plaider pour la libération de tous les détenus d’opinion, il veut en mettre d’autres sous les barreaux dès que les éclaircies arriveront. Des tribunaux populaires seront alors organisés pour juger ceux qui n’auront pas la carte d’adhésion au Hirak spécialement tamponnée par le Grand Manitou en personne.

Sachez, M. le sociologue, que l’Algérie nouvelle n’a pas besoin de personnes hautaines, imbues d’elles-mêmes et qui usent de l’insulte au lieu de l’argument. Notre jeunesse s’est révoltée pour que les citoyens se respectent et respectent les idées d’autrui sans les disqualifier lorsqu’ils ne partagent pas leurs opinions. En vous comportant de la sorte, vous n’êtes pas différent de la 3issaba (bande mafieuse) qui a été emportée par le tsunami populaire. Le Hirak est une vraie bénédiction pour notre pays, mais il ne faut pas qu’il soit souillé par les « exportateurs » de la démocratie dont l’agenda n’œuvrent ni pour l’intérêt de notre pays ni pour celui de notre peuple.

Alors, M. Addi, qui de nous deux ne sait pas de quoi il parle ?

Ahmed Bensaada

 

Notes :

[1] Salim Koudil, « Entretien Lahouari Addi « je déposerais plainte contre l’auteur et la maison d’édition », Reporters, 22 juin 2020, https://www.reporters.dz/entretien-lahouari-addi-je-deposerais-plainte-contre-lauteur-et-la-maison-dedition/

[2] Georges de Brulon, « Le jour où le mur est tombé: 9 novembre 1989, la nuit de Berlin », Le Figaro, 8 novembre 2019, https://www.lefigaro.fr/culture/le-jour-ou-le-mur-est-tombe-9-novembre-1989-la-nuit-de-berlin-20191109

[3] Decision, « National Endowment for Democracy », 9 septembre 1992, https://www.gao.gov/assets/510/504435.pdf

[4] National Endowment for Democracy, 20th anniversary », 20 octobre 2003, https://www.govinfo.gov/content/pkg/STATUTE-117/pdf/STATUTE-117-Pg2957.pdf

[5] NED, « About the National Endowment for Democracy »,  https://www.ned.org/about/

[6] Hernando Calvo Ospina, « Quand une respectable fondation prend le relai de la CIA », Le Monde diplomatique, juillet 2007, http://www.elcorreo.eu.org/Quand-une-respectable-fondation-prend-le-relais-de-la-CIA

[7] Voir Réf. 5

[8] National Endowment for Democracy (NED), «Idea to Reality: NED at 30 », http://www.ned.org/about/history

[9] Les résumés des articles de 1996 et 1997 peuvent être lus à l’adresse URL suivante : http://www.readabstracts.com/Political-science/Algerias-tragic-contradictions-The-failure-of-third-world-nationalism.html

L’index du volume de l’année 1992 du « Journal of Democracy » peut être consulté à l’adresse URL suivante : https://muse.jhu.edu/article/225488/pdf

[10] OLJ/AFP, « Dix ans après, les artisans de la guerre en Irak discrédités », L’Orient le Jour, 20 mars 2013, https://www.lorientlejour.com/article/amp/806026/Dix_ans_apres%2C_les_artisans_de_la_guerre_en_Irak_discredites#

[11] The Arab American News, « Egypt sentences opposition activist Saad Eddin Ibrahim », 8 août 2008, https://www.arabamericannews.com/2008/08/08/Egypt-sentences-opposition-activist-Saad-Eddin-Ibrahim/

[12] Freedom House: un autre organisme américain d’« exportation » de la démocratie

[13] Ahmed Bensaada, « Algérie: Youpi! Sofiane Djilali a reçu un prix! », AhmedBensaada.com, 24 octobre 2019, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=503:2019-10-25-00-09-50&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

[14] Ibid.

[15] Freedom House, « Freedom House Annual Report 2002 », https://freedomhouse.org/sites/default/files/inline_images/2002.pdf

[16] Ahmed Bensaada, « Les activistes du ²printemps² arabe et le lobby pro-israélien », AhmedBensaada.com,  25 septembre 2013, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=238:les-activistes-du-l-printemps-r-arabe-et-le-lobby-pro-israelien&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

[17] Pour plus de détails, lire Ahmed Bensaada, « Arabesque$ – Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes », Ed. Investig’Action, Bruxelles (Belgique), 2015 – Ed. ANEP, Alger (Algérie), 2016, chap.4 « Le cas de l’Égypte »

[18] SourceWatch, « Egyptian Democratic Academy », http://www.sourcewatch.org/index.php/Egyptian_Democratic_Academy

[19] Voir réf. 16

[20] SourceWatch, « Egyptian Democratic Academy », http://www.sourcewatch.org/index.php/Egyptian_Democratic_Academy

[21] Journal of Middle Eastern Politics and Policy, « A Conversation with Esraa Abdelfattah and Bassel Adel », 15 avril 2015, https://jmepp.hkspublications.org/2013/04/15/a-conversation-with-esraa-abdelfattah-and-bassel-adel/

[22] Voir, à titre d’exemple : Dalia Dassa Kaye, Frederic Wehrey, Audra K. Grant, Dale Stahl, « More Freedom, Less Terror? Liberalization and Political Violence in the Arab World », RAND Corporation, 2008, https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/monographs/2008/RAND_MG772.pdf

[23] La RAND Corporation est considérée comme le think tank le plus influent des États-Unis. Financée en majorité par le gouvernement américain (essentiellement par le secteur militaire), elle produit des rapports d’analyse politique et de renseignement pour l’armée et les décideurs américains.

[24] https://www.foreignaffairs.com/articles/algeria/1998-07-01/algerias-army-algerias-agony

[25] « Foreign Affairs » est publié par le CFR (Council on Foreign Relations) un des think tanks les plus importants des États-Unis, spécialisé dans la politique étrangère et les affaires internationales. Fondé en 1921, le CFR a compté parmi ses membres des politiciens de premier plan comme Henry Kissinger, Madeleine Albright ou Colin Powell (en tout une douzaine de Ministres des Affaires étrangères), ainsi que des directeurs de la CIA, des banquiers, des juristes, des journalistes et des professeurs.

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Le président français Emmanuel Macron a soutenu la menace d’intervention militaire de l’Égypte. Les élites dirigeantes de ces pays s’opposent clairement à l’intervention turque soutenue par l’Italie en Libye. Cela marque une escalade majeure du découpage impérialiste de la Libye lancé il y a neuf ans par la guerre de l’OTAN en 2011.

L’Afrique fait face à une recrudescence de la pandémie COVID-19. Seulement 98 jours se sont écoulés entre le premier cas signalé et les 100.000 premiers cas, mais il n’a fallu que 18 jours pour que le nombre de cas double et atteigne 200.000. La Libye se situe d’ailleurs entre deux des pays les plus touchés d’Afrique: l’Égypte (avec 57.000 cas) et l’Algérie (12.000). Pourtant, les grandes puissances ne s’emploient pas à envoyer de la nourriture et des fournitures médicales en Afrique. Un continent où maintenant des millions de personnes font également face à la famine en raison de la perturbation de l’agriculture et du commerce par la pandémie. Au contraire, ces pays menacent d’intensifier leur intervention de neuf ans pour en faire une guerre régionale et même mondiale.

Le 21 juin, le dictateur égyptien, le général Abdel Fattah al-Sisi, a menacé d’intervenir en Libye pour défendre les forces du seigneur de guerre Khalifa Haftar contre le gouvernement d’accord national (GNA) soutenu par la Turquie. Lors d’une inspection des troupes sur une base militaire près de la frontière libyenne, il a averti qu’une prise de Syrte, ville stratégique et porte d’entrée de l’industrie pétrolière libyenne, par le GNA constituerait une «ligne rouge».

«Toute intervention directe de l’État égyptien a désormais acquis une légitimité internationale», a déclaré Sisi. Il parlait aux pilotes de l’armée de l’air égyptienne et aux unités des forces spéciales. Il a déclaré: «Soyez prêts à effectuer toute mission, ici à l’intérieur de nos frontières — ou si nécessaire, à l’extérieur de nos frontières.»

Il a fait écho à la rhétorique qu’il a utilisée pour justifier son coup d’État en 2013 contre le président islamiste Mohamed Mursi. Il l’avait suivi par la répression sauvage d’une poussée révolutionnaire de deux ans de la classe ouvrière en Égypte. Sisi a déclaré que l’Égypte interviendrait en Libye en légitime défense contre les «menaces directes» des «milices terroristes et des mercenaires». Il a ajouté: «Si le peuple libyen… nous demandait d’intervenir, ce serait un signal au monde que l’Égypte et la Libye sont un seul pays, un seul intérêt.»

La cible, ont clairement indiqué les responsables égyptiens, est l’intervention turque en Libye, lancée en janvier, pour soutenir l’AGN reconnue par l’ONU contre les forces de Haftar. «L’objectif est la dissuasion: L’Égypte ne veut pas qu’un seul Turc franchisse la ligne de démarcation dans l’est de la Libye», a déclaré Ziad Akl, du Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, au Financial Times de Londres.

Le gouvernement français, qui avec la Russie, les EAU et l’Égypte soutient Haftar en Libye, est rapidement intervenu pour déclarer son soutien au Caire dans la guerre. S’exprimant aux côtés du président tunisien Kaïs Saïed au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, Macron a accusé le gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdoğan de mener «un jeu dangereux» en Libye. Cette accusation intervient peu après un affrontement dangereux entre des navires de guerre français et turcs en Méditerranée.

Avec une hypocrisie effrontée, Macron, qui a contribué à superviser l’armement égyptien, émirati et russe de Haftar, a dénoncé la Turquie pour son intervention dans le pays. Appelant à un «cessez-le-feu», il a exigé «la réunification des institutions libyennes et le lancement de la reconstruction dans l’intérêt de tous les Libyens». Il a poursuivi: «C’est une route difficile qui exige de nous tous de faire preuve de responsabilité, de mettre fin à l’intervention étrangère et de mettre fin aux actions unilatérales de ceux qui espèrent gagner de nouvelles positions grâce à la guerre.»

Macron a ensuite rapidement approuvé la menace de Sisi d’intervenir militairement en Libye, disant qu’il comprenait «l’inquiétude légitime du président (égyptien) Sissi lorsqu’il voit des troupes arriver à sa frontière». C’était encore un autre mensonge. Les troupes de la GNA ne sont pas à la frontière égyptienne, mais dans le centre de la Libye, menaçant d’envahir Syrte et les principaux champs pétrolifères et raffineries repris par la société pétrolière française Total après la guerre de 2011.

Enfin, Macron a répété ses propos de l’automne dernier, reprochant à l’alliance de l’OTAN d’être «en état de mort cérébrale» et incapable de coordonner une action commune entre ses membres. La cible ostensible de sa colère était la Turquie, qui a armé la GNA de drones et l’a aidée à repousser l’attaque de Haftar sur la capitale libyenne, Tripoli. Cependant, le commentaire de Macron était également une attaque à peine voilée contre l’Italie; et contre le reste de l’alliance de l’OTAN aussi, qui a largement refusé jusqu’à présent de prendre publiquement parti dans le conflit inter-impérialiste qui se développe entre la France et l’Italie en Méditerranée.

L’Italie, l’ancienne puissance coloniale en Libye, dont la compagnie pétrolière ENI a repris les champs de pétrole de la GNA dans l’ouest de la Libye, travaille en étroite collaboration avec la Turquie. Le 19 juin, le ministre italien des Affaires étrangères Luigi di Maio s’est rendu à Ankara pour rencontrer son homologue turc, Mevlüt Çavuşoğlu, et discuter de la guerre en Libye. di Maio et Çavuşoğlu ont ensuite tenu une conférence de presse où di Maio a appelé à «la coopération, pas au conflit» entre les États membres de l’OTAN dans la région.

«Nous sommes reconnaissants à l’Italie de ne pas se ranger du côté du général putschiste Khalifa Haftar en Libye, contrairement à de nombreux autres pays», a déclaré Çavuşoğlu. Il a ajouté que l’Italie et la Turquie coopéreraient non seulement pour répondre aux besoins énergétiques de la Libye, mais aussi pour résoudre les conflits turco-grecs croissants concernant les gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale. Ankara a accru ses efforts pour obtenir le soutien de Washington pour sa politique en Libye. Le 8 juin, Erdoğan a appelé le président américain Donald Trump à propos de la Libye, après quoi Çavuşoğlu a déclaré: «Nous avons reçu des instructions [d’Erdoğan] pour travailler ensemble» avec leurs homologues américains.

Ce qui se passe en Libye est le résultat direct de la guerre impérialiste sanglante menée par les puissances de l’OTAN en 2011 contre la Libye, pays riche en pétrole. Terrifiés par les soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière dans les pays voisins, l’Égypte et la Tunisie, avec les puissances de l’OTAN emmenées par la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont lancé une guerre contre la Libye. Ils ont utilisé le prétexte cynique qu’ils intervenaient pour protéger les manifestants libyens du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Armant des milices islamistes et tribales comme mandataires, ils ont bombardé des villes libyennes et, en six mois, ont renversé et détruit le gouvernement libyen.

On a présenté cette opération au public européen et américain comme une guerre pour la démocratie par des pseudo-opérateurs de gauche petite-bourgeoise comme Olivier Besancenot du Nouveau Parti Anticapitaliste français (NPA), qui a exigé que les services de renseignements français arment les Libyens contre Kadhafi. Besancenot s’est fait complètement démasquer par ce qui a suivi comme un larbin de l’impérialisme et un propagandiste des intérêts pétroliers français.

La guerre de l’OTAN a rapidement conduit à la désintégration de la Libye dans une guerre civile entre milices islamistes et tribales rivales. La situation était vaguement supervisée par une succession de gouvernements soutenus par l’ONU ou de chefs de guerre comme Haftar. Les puissances de l’OTAN se sont partagées ce qu’elles pouvaient sauver de l’industrie pétrolière libyenne. Elles ont aussi mis en place des camps de concentration pour les migrants, où ils risquent d’être assassinés, agressés sexuellement et vendus comme esclaves. De plus, au cours des dernières années, les conflits entre les puissances impérialistes pour savoir qui profiterait du viol de la Libye n’ont fait que s’intensifier et devenir plus dangereux.

Les médias européens ont critiqué à plusieurs reprises l’intervention russe pour soutenir le chef de guerre ostensiblement laïque, Haftar. Cela était dans le contexte de l’hostilité du régime russe post-soviétique à toutes les manifestations d’islamisme. Mais c’était aussi dans le contexte de son intervention militaire contre la guerre par procuration de l’OTAN en Syrie. Ce qui est clair c’est que les capitales impérialistes d’Europe se trouvent profondément frustrées par le rôle croissant que jouent la Russie et la Turquie dans la région. Cependant, un voile de silence couvre généralement la rivalité sous-jacente entre les puissances impérialistes de l’OTAN et les sociétés transnationales pour la répartition du butin.

Cette rivalité est brièvement apparue l’année dernière, lorsque la France a retiré son ambassadeur à Rome en signe de protestation et a averti que les relations franco-italiennes étaient à leur point le plus bas depuis l’invasion de la France par l’Italie fasciste en 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale. Si ces divergences ont été aplanies, les conflits au sein de l’OTAN n’ont fait que s’aggraver. Ils sont à l’origine de la conférence sur la Libye qui s’est tenue cet hiver à Berlin et de la récente déclaration d’un général français de haut rang selon laquelle la France doit se préparer à des conflits majeurs, «état contre état».

La voie à suivre est la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière dans un mouvement international contre la guerre. Les appétits néocoloniaux des puissances européennes et des divers mandataires bourgeois du Moyen-Orient par lesquels elles travaillent — en Égypte, en Turquie ou en Libye — sont tous indéfectiblement réactionnaires.

La pandémie de COVID-19 et l’horrible échec des classes dominantes du monde entier à adopter des politiques pour enrayer sa propagation sont une preuve supplémentaire et irréfutable de la nécessité pour les travailleurs du monde entier de reprendre la voie révolutionnaire ouverte par les travailleurs tunisiens et égyptiens il y a une décennie.

Alex Lantier

 

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 24 juin 2020

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Le ministère américain de la Justice a publié hier une nouvelle inculpation contre Julian Assange dans le cadre de la dernière salve d’une campagne de dix ans menée par le gouvernement américain et ses services de renseignement pour détruire le fondateur de WikiLeaks et salir sa réputation.

Le nouvel acte d’accusation ne contient aucune charge supplémentaire par rapport à celles déposées en mai 2019. Les 17 articles de la loi sur l’espionnage qui visent la publication par WikiLeaks de documents divulgués par Chelsea Manning et qui ont révélé des crimes de guerre historiques en Irak et en Afghanistan, et des intrigues diplomatiques mondiales illégales subsistent. Il s’agit de la plus grande attaque contre la liberté de la presse et le premier amendement de la Constitution américaine depuis des décennies qui vise directement le droit de tous les journalistes à publier des documents relatifs à la «sécurité nationale».

L’acte d’accusation contient également une accusation de conspiration en vue de commettre une intrusion informatique. C’est le premier chef d’accusation américain dévoilé contre Assange après que la police britannique l’a sorti de force de l’ambassade de l’Équateur à Londres en avril 2019.

Le matériel supplémentaire ajouté à la section d’introduction du nouvel acte d’accusation est une tentative désespérée de renforcer ce chef d’accusation, et le récit plus large selon lequel Assange est un «hacker», et non un éditeur ou un journaliste.

Son inclusion fait suite au discrédit public de l’allégation d’intrusion informatique, notamment lors de la première semaine des audiences d’extradition britanniques d’Assange en février dernier. Selon l’acte d’accusation, en mars 2010, Manning a demandé à Assange de l’aider à craquer une valeur de hachage, ou un mot de passe. Encore selon l’acte, il lui aurait permis de se connecter au réseau informatique de l’armée américaine de manière anonyme.

Il est maintenant presque universellement reconnu que la valeur de hachage n’a jamais été piratée. De plus, Manning avait déjà rassemblé le matériel qu’elle allait fournir à WikiLeaks. Le but de sa demande, apparemment à moitié faite à la blague, était de naviguer sur Internet et de télécharger de la musique de façon anonyme.

Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, salue ses partisans depuis un balcon de l’ambassade équatorienne à Londres. (AP Photo/Frank Augstein, Dossier)

Le nouvel acte d’accusation montre en outre que la tentative d’extradition d’Assange vers les États-Unis est une sale opération politique de coups fourrés, plutôt qu’une quelconque procédure judiciaire. Il brosse le tableau d’agents américains fouillant des ragots vieux d’une décennie et déterrant les individus les plus douteux de leurs propres services de renseignement pour calomnier Assange. En réalité c’est une tentative pour sauver leur affirmation selon laquelle il est un «hacker», plus d’un an après qu’ils aient publiquement dévoilé les premières accusations portées contre lui.

La quasi-totalité des nouveaux documents est publique, sous une forme ou une autre, depuis six ans ou plus.

Les points quatre à six, par exemple, font référence aux discours d’Assange lors de conventions publiques d’experts en informatique aux Pays-Bas et en Malaisie, en 2009 et 2010. L’acte d’accusation affirme qu’il a encouragé les personnes présentes à utiliser leurs capacités informatiques pour accéder à des documents classifiés. Affirmer qu’une telle déclaration, faite en public, constitue la preuve d’une «conspiration» est risible.

Cependant, l’accusation poursuit le fil conducteur de l’acte d’accusation, qui consiste à chercher à criminaliser les pratiques journalistiques courantes, dont l’acte d’encourager les sources et les sources potentielles à fournir à une organisation médiatique des informations dignes d’intérêt dans l’intérêt du public.

Les sections F et G allèguent également que les associés d’Assange et de WikiLeaks ont encouragé les administrateurs et autres personnes ayant accès aux systèmes informatiques à dénoncer les activités illégales des services de renseignement et les délits des entreprises. Elles sont, une fois de plus, basées sur des déclarations faites lors de rassemblements publics entre 2013 et 2016, dont certaines peuvent être visionnées sur Internet depuis lors.

Il est significatif qu’aucun de ces événements n’ait eu lieu aux États-Unis, mais on les cite comme preuve d’une intention, ou d’une conspiration, de violer les lois américaines. Ceci est conforme à l’affirmation sans précédent de la juridiction extraterritoriale sur laquelle repose l’ensemble de l’acte d’accusation. Le ministère de la Justice soutient essentiellement que les lois nationales américaines s’appliquent à tous les individus et rassemblements dans toutes les parties du monde.

Contrairement au précédent acte d’accusation, le dernier acte d’accusation américain condamne Assange pour le rôle joué par WikiLeaks dans l’aide apportée à Edward Snowden pour qu’il puisse se rendre de Hong Kong en Russie en 2013, où il a obtenu l’asile politique. Snowden est un dénonciateur primé à plusieurs reprises, qui a révélé des opérations de surveillance mondiales illégales menées par l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA).

Le document se plaint que WikiLeaks a fait connaître son rôle dans la défense de Snowden pour montrer son engagement à protéger les dénonciateurs. Cela fait de la nouvelle mise en accusation une nouvelle attaque contre les pratiques journalistiques fondamentales.

Une partie importante des nouveaux éléments de l’acte d’accusation semble être basée sur les témoignages et les informations fournies par deux informateurs reconnus du Bureau fédéral d’enquête américaine (FBI): Sigurdur «Siggi» Thordarson, appelé dans le document «Teenager», et Hector Monségur, connu sous le pseudonyme en ligne «Sabu».

En juin 2019, WikiLeaks a publié une déclaration indiquant que le gouvernement américain pourrait préparer un nouvel acte d’accusation contre Assange, sur la base du témoignage de Thordarson. L’Islandais avait fait savoir sur les médias sociaux qu’il était transporté par ferry vers les États-Unis pour des discussions avec des agences gouvernementales américaines. Dans les interviews de presse qui ont suivi, il a révélé que Monségur était également impliqué. L’avertissement de WikiLeaks est maintenant devenu réalité.

L’acte d’accusation allègue qu’au début de l’année 2010, «Teenager» a fourni à Assange des informations volées dans une banque. Il affirme que le fondateur de WikiLeaks «a demandé à Teenager de commettre une intrusion informatique et de voler des informations supplémentaires. Il s’agit notamment d’enregistrements audio de conversations téléphoniques entre des fonctionnaires du Pays 1 de l’OTAN, dont des membres du parlement…»

Le pays référencé est l’Islande. L’allégation selon laquelle WikiLeaks aurait tenté d’enregistrer subrepticement des conversations parlementaires dans ce pays est en circulation depuis des années. On n’a promulgué l’histoire publiquement qu’après que Thordarson ait commencé à travailler secrètement avec le FBI. Son objectif évident était de mettre en péril les activités de WikiLeaks dans un pays relativement libéral où l’organisation bénéficiait d’un fort soutien populaire.

De plus, Assange n’a jamais été accusé, et encore moins inculpé d’un crime par une agence islandaise. De hauts fonctionnaires du gouvernement, dont le ministre de l’Intérieur de l’époque, Ögmundur Jonasson, ont toutefois déclaré que des opérations de coups fourrés du FBI étaient en cours contre WikiLeaks.

Jonasson a témoigné qu’en juin 2011, il a bloqué un avion rempli d’agents du FBI qui avaient été envoyés pour demander «notre coopération dans ce que j’ai compris comme une opération qui visait à piéger Julian Assange et WikiLeaks». Le coup monté était accompagné d’avertissements concernant un complot qui visait à pirater les infrastructures du gouvernement islandais.

Le nouveau volet de l’acte d’accusation affirme l’existence de liens entre WikiLeaks et les pirates informatiques. La première série de contacts présumés, de décembre 2010 à fin 2011, impliquait «Teenager», c’est-à-dire Thordarson, qui prétend avoir agi sous la direction d’Assange.

Le plus important d’entre eux, à partir de juin 2011, était avec Lulzsec, une affiliation informelle de hackers américains. Le contact supposé entre WikiLeaks et le groupe a de nouveau été négocié par Thordarson. L’acte d’accusation allègue qu’Assange a encouragé Lulzsec à pirater des sociétés de sécurité privées, dont Intelligence Consulting Company, et leur a fourni des scripts pour rechercher les documents recueillis. Il ne prétend pas qu’Assange était impliqué dans l’intrusion informatique.

Le fait que WikiLeaks ait publié du matériel obtenu par Lulzsec est connu depuis des années. En 2012, l’un des pirates informatiques Jeremy Hammond a été arrêté et condamné pour avoir piraté Stratfor, une société privée surnommée la CIA fantôme. WikiLeaks a publié des courriels de l’entreprise montrant qu’elle avait espionné des militants et révélant ses relations étroites avec des agences gouvernementales américaines.

Le caractère douteux de ces allégations est d’autant plus fort à cause du fait que, lorsque Thordarson a pris contact avec Lulzsec pour la première fois, le FBI contrôlait déjà cette société. Monségur («Sabu»), son chef, a été arrêté le 7 juin 2011 et a immédiatement accepté de collaborer avec le gouvernement américain.

Un communiqué de presse du ministère de la Justice qui accompagnait l’acte d’accusation déclare timidement «En 2012, Assange a communiqué directement avec un chef du groupe de piratage LulzSec (qui coopérait alors avec le FBI)…» C’est un euphémisme flagrant. À ce stade, Monségur avait dénoncé frénétiquement ses associés pendant plus de six mois, pour éviter des décennies de prison, et avait accepté de transformer Lulzsec en un service du gouvernement américain servant à piéger ses cibles.

On ne sait pas encore si Thordarson («Teenager») coopérait déjà avec le FBI lorsqu’il a pris contact avec Lulzsec. S’il l’était, les conversations se sont déroulées entre deux agents du FBI qui cherchaient à piéger Assange.

Thordarson s’était insinué dans WikiLeaks comme un volontaire de 17 ans au début de l’année 2010. En août 2011, Thordarson affirme avoir contacté l’ambassade américaine à Reykjavik, proposant de l’aider dans «l’enquête criminelle en cours aux États-Unis» contre Assange.

De son propre aveu, Thordarson a rencontré des agents du FBI à plusieurs reprises à Reykjavik entre 2011 et 2012. Au cours de cette période, les autorités américaines l’ont envoyé par avion au Danemark à trois reprises et aux États-Unis à une occasion, pour des réunions secrètes sur WikiLeaks. Il a remis des disques durs de WikiLeaks et a reçu des milliers de dollars.

Certains collaborateurs de WikiLeaks qui l’ont rencontré ont déclaré que le comportement de Thordarson était étrange dès le début, soulevant la possibilité qu’il avait été envoyé chez WikiLeaks par le FBI.

Igurdur «Siggi» Thordarson en 2019 (Crédit: Facebook)

Quoi qu’il en soit, Thordarson est un individu qui ne pourra jamais être considéré comme un témoin crédible. WikiLeaks prétend qu’il a volé au moins 50.000 dollars à l’organisation.

En 2014, il a plaidé coupable devant un tribunal islandais à 18 chefs d’accusation de fraude, de détournement de fonds et de vol, dont certains sont liés à ses détournements de fonds de WikiLeaks. Les infractions combinées avaient une valeur monétaire estimée à 240.000 dollars américains. On a trouvé Thordarson coupable d’avoir usurpé l’identité d’Assange.

L’année suivante, il a plaidé coupable à une série d’infractions sexuelles, après avoir admis qu’il avait contraint des garçons mineurs à lui faire des actes sexuels. Un psychologue nommé par le tribunal a conclu qu’il était un sociopathe qui souffre d’un «grave trouble de la personnalité antisociale».

Le gouvernement américain a trouvé en Thordarson, un pédophile et escroc condamné, et en Monségur, un ancien petit délinquant devenu indic, les représentants appropriés de sa campagne contre Assange. Les témoignages des deux hommes montrent que la demande d’extradition américaine devrait être rejetée comme une opération criminelle, impliquant des individus qui devraient eux-mêmes être en prison.

Les tribunaux et le gouvernement britanniques ont cependant clairement exprimé leur soutien à la vendetta menée par les États-Unis contre Assange, qui souligne que c’est à la classe ouvrière de faire avancer la lutte pour sa liberté.

Oscar Grenfell

Article paru en anglais, WSWS, le 25 juin 2020

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La défenestration culturelle auto-infligée de ce qui passe pour la Civilisation Occidentale aux États-Unis se poursuit à un rythme effréné. Comme George Orwell l’a décrit dans « 1984 » :

« Chaque disque a été détruit ou falsifié, chaque livre a été réécrit, chaque photo a été repeinte, chaque statue et chaque bâtiment de rue a été renommé, chaque date a été modifiée. Et le processus se poursuit jour après jour et minute après minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe, sauf un présent sans fin… »

Ironiquement, alors même que les Pères Fondateurs des États-Unis sont mis au pilori à travers le prisme des valeurs contemporaines, tous les comportements courants ne sont pas remis en question. Même si les États-Unis traversent une crise dévastatrice dans le domaine de la santé et de l’identité nationale, le gouvernement fédéral continue de peaufiner une législation favorable à Israël et à certains intérêts juifs. La Loi sur l’Éducation « Plus Jamais » (l’Holocauste), par exemple, a été adoptée par la Chambre des Représentants (H.R. 943) par un vote de 395 contre 3, suivi d’un vote unanime au Sénat le 13 mai sur la loi S.2085. Elle contribuera à endoctriner les écoliers sur le récit facilement contestable de la victimisation perpétuelle qui, à son tour, génère des milliards de dollars pour l’État raciste d’Israël, mais elle a été décrite par les partisans du Congrès comme un simple instrument pour soutenir les ressources éducatives déjà existantes au Musée Mémorial de l’Holocauste des États-Unis (USHMM), qui est également financé par les contribuables.

Carolyn Maloney, députée de New York, qui parraine le projet de loi, a déclaré que « la lutte contre la haine et l’intolérance doit toujours être une priorité et je suis heureuse que le Sénat soit d’accord. L’adoption de ce projet de loi à l’unanimité aujourd’hui envoie un message fort que le Congrès est massivement uni dans la lutte contre l’antisémitisme… » et le parrain du projet de loi au Sénat, le Sénateur Jacky Rosen du Nevada, a expliqué comment « …la Loi sur l’Éducation « Plus Jamais » donnera aux écoles les ressources nécessaires pour couvrir l’un des chapitres les plus sombres de notre histoire. Grâce à l’éducation, nous pouvons donner un aperçu du passé, et l’utiliser pour prévenir l’antisémitisme aujourd’hui ».

If Americans Knew a rapporté qu’il y avait 68 textes de loi axés sur la fourniture de biens et de services à Israël en 2019, auxquels s’ajoutent 18 autres, identifiés ici, jusqu’à présent cette année. Le texte de loi le plus connu est le S.3176, « US-Israel Security Assistance Authorization Act of 2020 (pour amender le Foreign Assistance Act de 1961 et la Loi sur le Partenariat Stratégique entre les États-Unis et Israël de 2014 afin d’apporter des améliorations à certaines dispositions en matière de défense et d’assistance à la sécurité et d’autoriser l’affectation de fonds à Israël, et à d’autres fins) », qui est la version de la chambre haute du projet de loi H.R.1837, qui a été adopté en juillet dernier. Le projet de loi S.3176 a été adopté par la commission le 21 mai dernier et doit être soumis à un vote en séance plénière. Le projet de loi du Sénat a été parrainé par Marco Rubio de Floride, un des favoris du lobby israélien et de ses bailleurs de fonds oligarques.

Les projets de loi de la Chambre et du Sénat découlent d’un accord conclu par le président Barack Obama engageant le Trésor étasunien à donner à Israël un minimum de 3,8 milliards de dollars par an pendant les dix prochaines années. La version actuelle de la loi a modifié le texte pour que ces 3,8 milliards de dollars Danegeld soient un minimum, susceptible d’être augmenté selon les circonstances. Le projet de loi fournit également à Israël des équipements militaires supplémentaires, finance plusieurs accords de coproduction et engage Washington à soutenir militairement Israël même si l’État juif commence la guerre.

Parmi les autres projets de loi pro-israéliens, on peut citer la H.R.5595– la « loi anti-boycott d’Israël (pour imposer des interdictions supplémentaires relatives aux boycotts étrangers en vertu de la Loi de Réforme du Contrôle des Exportations de 2018, et à d’autres fins) », qui comprend des sanctions pénales pour cibler les entreprises, les organisations et les individus qui tentent de boycotter ou de perturber les activités commerciales exercées à partir des colonies israéliennes de Cisjordanie. Elle a été rédigée en réponse à la publication d’une base de données des Nations Unies identifiant plus de 100 entreprises israéliennes faisant des affaires dans les colonies israéliennes illégales en terre palestinienne. La S.Res. 570 : « Une résolution s’opposant et condamnant les poursuites potentielles des États-Unis et des ressortissants israéliens par la Cour Pénale Internationale », est une tentative de bloquer toute considération par la cour internationale des crimes de guerre israéliens et étasuniens.

D’autres lois (S.3775 « The United States Israel Military Capability Act » implique le développement et le partage de la technologie militaire même si Israël vole fréquemment ce qui est développé et la H.Res.837 « Réaffirmer la nécessité d’une coopération transatlantique pour combattre l’antisémitisme en Europe » encourage les pays européens à faire plus pour enseigner sur l’holocauste et l’antisémitisme.

Mais les résolutions les plus bizarres qui circulent actuellement dans le circuit du Congrès sont les résolutions S.3722 et H.R.6829 « Pour autoriser le financement d’un programme de coopération bilatérale avec Israël pour le développement de technologies de la santé en mettant l’accent sur la lutte contre le COVID-19 ». Les projets de loi respectifs ont été présentés les 12 et 13 mai et sont maintenant en commission. Le Comité étasunien des Affaires Publiques d’Israël (AIPAC) a fait pression sur le Congrès en jouant la carte de la menace chinoise. La version de la Chambre est donc appelée « Loi sur l’expansion des partenariats médicaux avec Israël pour réduire la dépendance à l’égard de la Chine ».

Ce projet de loi vise à établir un partenariat avec Israël pour développer un vaccin et d’autres réponses médicales au Covid-19. Les coûts seront partagés, mais l’industrie pharmaceutique israélienne commercialisera les produits, ce qui promet d’être extrêmement rentable si l’entreprise réussit.

Et enfin, il y a l’Iran, la bête noire d’Israël. Le 8 juin, les sanctions étasuniennes imposées au réseau maritime iranien sont entrées en vigueur, des mois après avoir été annoncées en décembre suite à des allégations du Département d’État concernant le prétendu soutien iranien à la prolifération des armes de destruction massive. Les industries commerciales et maritimes, et même les gouvernements, risquent désormais de subir des sanctions étasuniennes s’ils font des affaires avec la société Transport Maritime en Iran (IRISL) et/ou sa filiale basée à Shanghai, la E-Sail Shipping Company. Les membres républicains du Congrès considèrent ces nouvelles sanctions comme « les plus sévères jamais imposées ».

Alors, que doit faire le citoyen étasunien moyen face à une avalanche d’actions du Congrès au profit d’Israël alors que les États-Unis traversent leur période la plus difficile depuis la Grande Dépression ? Les groupes de pression israéliens comme l’AIPAC, le Washington Institute for Near East Policy (WINEP) et la Fondation pour la Défense des Démocraties (FDD) disposent de budgets importants, de centaines d’employés et d’un accès complet et immédiat aux bureaux du Congrès. Ils rédigent même la législation qui est ensuite approuvée par la Chambre et le Sénat, et bien qu’ils soient clairement des agents d’Israël, ils ne sont jamais tenus de s’enregistrer en tant que tels en vertu de la Loi sur l’Enregistrement des Agents Étrangers (FARA).

On peut toujours contacter un membre du Congrès et se plaindre, mais c’est généralement une perte de temps. Un homme courageux et un de mes amis, qui a survécu à la brutale attaque israélienne contre l’U.S.S. Liberty en 1967, a écrit à son sénateur pour lui demander pourquoi, alors que la nation est en crise, le Congrès consacre autant de temps et d’argent à Israël. Voici la réponse qu’il a reçue du Sénateur Rick Scott de Floride [photo en vedette]:

« Merci de m’avoir contacté au sujet de notre plus grand allié, Israël. La Floride entretient une relation solide avec Israël depuis de nombreuses générations et j’ai toujours travaillé à l’amélioration des politiques et des investissements entre nos deux pays.

Pendant mon mandat de Gouverneur de Floride, je me suis rendu en Israël à trois reprises. Mes deux premières visites visaient à promouvoir la Floride et à établir des relations commerciales internationales entre Israël et la Floride. Ma troisième visite était pour l’ouverture de l’Ambassade des États-Unis à Jérusalem, que j’ai fortement défendue.

J’ai également signé une loi anti-BDS, obtenu deux millions de dollars pour la sécurité de nos écoles juives et je me suis opposé à l’accord avec l’Iran, un accord irresponsable.

En tant que votre Sénateur des États-Unis, je continuerai de travailler chaque jour pour protéger et soutenir notre plus grand allié et lutter pour prendre des mesures contre ceux qui veulent leur nuire.

Encore une fois, je vous remercie pour votre correspondance perspicace. Je suis fier de représenter chaque citoyen de Floride et j’apprécie le temps que vous avez pris pour faire connaître votre position sur cette question. Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à me contacter ».

Il est clair que le Sénateur Scott prétend être fier de représenter « chaque citoyen » en Floride, mais il considère que certains citoyens sont plus importants que d’autres. Concernant ses missions commerciales, on pourrait être intéressé de savoir quel est réellement l’équilibre des échanges commerciaux et de la création d’emplois entre Israël et la Floride, car ces arrangements sont généralement très orientés pour favoriser les entreprises et les investisseurs israéliens. Par ailleurs, le bon Sénateur se souviendra peut-être que c’est une école publique de Floride qui a récemment fait l’objet d’une fusillade de masse, de sorte que l’argent qu’il a si fièrement donné aux écoles juives pour la sécurité n’a peut-être pas été dépensé judicieusement. Et Scott semble ignorer que les organisations juives reçoivent déjà plus de 90% des subventions discrétionnaires du Département de la Sécurité Intérieure, et qu’elles n’ont donc pas besoin de plus d’argent du contribuable.

Agissant au nom d’un pays étranger, le Sénateur Scott est également prêt à priver la plupart des Étasuniens du Premier Amendement dans son zèle à écraser le mouvement non-violent BDS. Et son rejet de « l’accord avec l’Iran » démontre qu’il ne soutient pas les politiques qui renforcent réellement la sécurité des États-Unis, sans doute par déférence pour les intérêts d’Israël et d’au moins certains de ses électeurs juifs.

Enfin, le Sénateur Scott devrait peut-être se pencher sur les traités que Washington a conclus avec des puissances étrangères. Il n’y a pas de traité de défense avec Israël et l’État juif n’est pas un allié, encore moins « le plus grand allié ». Il s’agit en fait d’un handicap stratégique majeur, impliquant les Étasuniens dans des guerres régionales qui n’ont pas besoin d’être menées et démontrant au monde entier la réalité risible d’une superpuissance militaire et économique qui est conduite à la perdition en temps de crise par un État client impitoyable et irresponsable.

Philip Giraldi

 

Article original en anglais :

Washington Struggles to Manage the Crisis, but Israel Continues to Benefit, le 14 juin 2020.

L’article en anglais a été publié initialement par American Herald Tribune.

Traduit par Réseau international

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Les tensions à Socotra surviennent après que les séparatistes ont déclaré l’autonomie du sud du Yémen, en avril dernier.

Des séparatistes yéménites, financés par les Émirats arabes unis (EAU), ont pris le contrôle samedi de camps militaires et de police dans l’archipel de Socotra, au sud du Yémen, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, ont déclaré des responsables de la sécurité. Comme le révèle l’agence américaine Associated Press (AP), à la fin de la journée, les milices séparatistes avaient mis la main sur la plus grande partie de cette province, éloignée des forces du gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Le Conseil de transition du Sud (STC), un organisme sécessionniste, a également arrêté plusieurs militaires et civils opposés à la présence de milices financées par les Émiratis à Socotra, selon les mêmes responsables. Parmi les personnes arrêtées se trouve notamment le brigadier Abdel-Rahman al-Zafrani, commandant de l’armée de l’air dans la province, ont-ils ajouté sous couvert d’anonymat, sans préciser la cause de ces arrestations.

« Les milices qui font partie du Conseil de transition du Sud étaient les alliés sur le terrain des Émirats arabes unis, autrefois le principal partenaire de coalition de l’Arabie saoudite dans la guerre qui a duré des années contre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran. Le STC brandit le drapeau de l’ancien État communiste du Sud et a poussé à diviser de nouveau le pays en deux, comme cela a été le cas de 1967 à 1990 », rappelle AP.

Carte du Yémen localisant l'île de Socotra, reprise par les séparatistes du Conseil de transition du sud (STC).© Jean Michel CORNU. Source : msn.com

Autonomie du Sud

L’île de Socotra, à quelques encablures du Golfe d’Aden, la « capitale » du sud yéménite, est extrêmement stratégique. Située non loin du détroit de Bab el-Mandeb, elle voit passer un important commerce maritime, dont celui du pétrole. En raison de sa biodiversité — elle abrite quelque 700 espèces uniques au monde –, elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et a été déclarée réserve de biosphère en 2003 par l’agence des Nations unies.

Le gouverneur de Socotra, Ramzi Mahrous, a condamné les attaques séparatistes dans sa province, déclarant depuis sa maison que ses forces riposteraient. Mais sans donner de détails. Vendredi, les séparatistes ont pris le contrôle de plusieurs bâtiments appartenant à l’État, dont le siège du gouverneur, alors qu’ils avançaient vers la capitale de la province, Hadebo. Les combats, comme le note l’agence américaine, ont d’ailleurs été féroces, avec les forces gouvernementales du Yémen, dirigées par le président yéménite en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi.

Les tensions à Socotra surviennent après que les séparatistes ont déclaré l’autonomie du sud du Yémen, en avril dernier, et pris le contrôle de la ville d’Aden. Elles font désormais craindre un nouveau chaos, dans un pays en proie à la guerre depuis plus de 5 ans, entre la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les rebelles Houthis. L’été dernier, les EAU ont toutefois annoncé qu’ils mettaient fin à leur rôle dans ce conflit. Mais les observateurs estiment qu’Abou Dhabi reste active en finançant par exemple le STC.

 

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Ça fait des mois que j’ai envie de partager une histoire avec les jeunes lecteurs de Hong Kong. Aujourd’hui, il semble que ce soit le moment le plus approprié alors que la bataille idéologique entre l’Occident et la Chine fait rage et que, par conséquent, Hong Kong et le monde entier en souffrent.

Je tiens à dire que rien de tout cela n’est nouveau, que l’Occident a déjà déstabilisé tant de pays et de territoires, a fait subir un lavage de cerveau à des dizaines de millions de jeunes.

Je le sais, parce que dans le passé, j’étais l’un d’entre eux. Si je ne l’étais pas, il serait impossible de comprendre ce qui se passe actuellement à Hong Kong.

Je suis né à Leningrad, une belle ville de l’Union soviétique. Aujourd’hui, elle s’appelle Saint-Pétersbourg, et le pays est la Russie. Maman est moitié russe, moitié chinoise, artiste et architecte. Mon enfance a été partagée entre Leningrad et Pilsen, une ville industrielle connue pour sa bière, à l’extrémité occidentale de ce qui était autrefois la Tchécoslovaquie. Mon père était un scientifique nucléaire.

Les deux villes étaient différentes. Toutes deux représentaient quelque chose d’essentiel dans la planification communiste, un système que les propagandistes occidentaux vous ont appris à haïr.

Leningrad est l’une des villes les plus étonnantes du monde, avec certains des plus grands musées, des théâtres d’opéra et de ballet, des espaces publics. Autrefois, c’était la capitale de la Russie.

Plzen est minuscule, avec seulement 180 000 habitants. Mais quand j’étais enfant, elle comptait plusieurs excellentes bibliothèques, des cinémas d’art et d’essai, un opéra, des théâtres d’avant-garde, des galeries d’art, un zoo de recherche, avec des choses qui ne pouvaient pas être, comme je l’ai réalisé plus tard ( lorsqu’il était trop tard), trouvées même dans les villes américaines d’un million d’habitants.

Les deux villes, une grande et une petite, disposaient d’excellents transports publics, de vastes parcs et de forêts à sa périphérie, ainsi que d’élégants cafés. Pilsen disposait d’innombrables installations de tennis, de stades de football, et même de terrains de badminton, gratuits.

La vie était belle, elle avait un sens. Elle était riche. Pas riche en termes d’argent, mais riche sur le plan culturel, intellectuel et de la santé. Être jeune était amusant, avec des connaissances gratuites et facilement accessibles, avec la culture à tous les coins de rue, et des sports pour tous. Le rythme était lent : il y avait beaucoup de temps pour réfléchir, apprendre, analyser.

Mais c’était aussi l’apogée de la guerre froide.

Nous étions jeunes, rebelles et faciles à manipuler. Nous n’étions jamais satisfaits de ce qu’on nous donnait. Nous prenions tout pour acquis. La nuit, nous étions collés à nos récepteurs radio, écoutant la BBC, Voice of America, Radio Free Europe et d’autres services de diffusion visant à discréditer le socialisme et tous les pays qui luttaient contre l’impérialisme occidental.

Les conglomérats industriels socialistes tchèques construisaient, en solidarité, des usines entières, de l’acier aux sucreries, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. Mais nous n’y voyions aucune gloire, car les organes de propagande occidentaux ridiculisaient tout simplement de telles entreprises.

Nos cinémas montraient des chefs-d’œuvre du cinéma italien, français, soviétique, japonais. Mais on nous a dit d’exiger de la camelote en provenance des États-Unis.

L’offre musicale était excellente, du direct à l’enregistrement. En fait, presque toute la musique était disponible, bien qu’avec un certain retard, dans les magasins locaux ou même sur scène. Ce qui n’était pas vendu dans nos magasins était de la camelote nihiliste. Mais c’était précisément ce qu’on nous disait de désirer. Et nous l’avons désiré, et nous l’avons copié avec un respect religieux, sur nos magnétophones. Si quelque chose n’était pas disponible, les médias occidentaux criaient que c’était une violation flagrante de la liberté d’expression.

Ils savaient, et ils savent encore aujourd’hui, comment manipuler les jeunes cerveaux.

À un moment donné, nous nous sommes transformés en jeunes pessimistes, critiquant tout dans nos pays, sans comparaison, sans même un tout petit peu d’objectivité.

Cela vous semble familier ?

On nous disait, et nous le répétions : tout était mauvais en Union soviétique ou en Tchécoslovaquie. Tout à l’Ouest était génial. Oui, c’était comme une religion fondamentaliste ou une folie de masse. Presque personne n’était à l’abri. En fait, nous étions infectés, nous étions malades, transformés en idiots.

Nous utilisions les installations publiques, socialistes, des bibliothèques aux théâtres, en passant par les cafés subventionnés, pour glorifier l’Occident et salir nos propres nations. C’est ainsi que nous avons été endoctrinés, par les stations de radio et de télévision occidentales, et par des publications introduites clandestinement dans les pays.

À cette époque, les sacs à provisions en plastique de l’Occident sont devenus les symboles du statut social ! Vous savez, ces sacs que l’on trouve dans certains supermarchés ou grands magasins bon marché.

Quand j’y pense, quelques décennies plus tard, j’ai du mal à y croire : de jeunes garçons et filles éduqués, marchant fièrement dans les rues, exhibant des sacs à provisions en plastique bon marché, pour lesquels ils ont payé une somme d’argent importante. Parce qu’ils venaient de l’Ouest. Parce qu’ils symbolisaient le consumérisme ! Parce qu’on nous disait que le consumérisme est bon.

On nous disait que nous devions désirer la liberté. Une liberté à l’occidentale.

On nous disait qu’il fallait « lutter pour la liberté ».

À bien des égards, nous étions beaucoup plus libres que l’Occident. Je m’en suis rendu compte quand je suis arrivé à New York et que j’ai vu à quel point les enfants de mon âge étaient mal éduqués, à quel point leur connaissance du monde était superficielle. Comme il y avait peu de culture dans les villes nord-américaines de taille moyenne.

Nous voulions, nous exigions des jeans de marque. Au centre de nos disques, nous désirions des labels de musique occidentale. Il ne s’agissait pas de l’essence ou du message. C’était la forme qui primait sur le fond.

Notre nourriture était plus savoureuse, produite de manière écologique. Mais nous voulions des emballages occidentaux colorés. Nous exigions des produits chimiques.

Nous étions constamment en colère, agités, conflictuels. Nous mettions nos familles en colère.

Nous étions jeunes, mais nous nous sentions vieux.

J’ai publié mon premier recueil de poésie, puis je suis parti, j’ai claqué la porte derrière moi, je suis allé à New York.

Et peu après, je me suis rendu compte que j’avais été dupé !

Voici une version très simplifiée de mon histoire. L’espace est limité.

Mais je suis heureux de pouvoir la partager avec mes lecteurs de Hong Kong, et bien sûr, avec mes jeunes lecteurs de toute la Chine.

Deux merveilleux pays qui étaient ma maison ont été trahis, littéralement vendus pour rien, pour des paires de jeans de marque et des sacs de courses en plastique.

L’Occident a fait la fête ! Des mois après l’effondrement du système socialiste, les deux pays ont littéralement été dépouillés de tout par les entreprises occidentales. Les gens ont perdu leur maison et leur emploi, et l’internationalisme a été découragé. De fières entreprises socialistes ont été privatisées et, dans de nombreux cas, liquidées. Les théâtres et les cinémas d’art et d’essai ont été transformés en marchés de vêtements d’occasion bon marché.

En Russie, l’espérance de vie est tombée au niveau de celle des pays africains subsahariens.

La Tchécoslovaquie a été divisée en deux parties.

Aujourd’hui, des décennies plus tard, la Russie et la Tchécoslovaquie sont à nouveau riches. La Russie possède de nombreux éléments d’un système socialiste à planification centrale.

Mais mes deux pays me manquent, tels qu’ils étaient autrefois, et tous les sondages montrent qu’ils manquent aussi à la majorité des gens qui y vivent. Je me sens également coupable, jour et nuit, de m’être laissé endoctriner, manipuler et, d’une certaine manière, d’avoir trahi.

Après avoir vu le monde, je comprends que ce qui est arrivé à l’Union soviétique et à la Tchécoslovaquie est également arrivé à de nombreuses autres régions du monde.

Et en ce moment, l’Occident vise la Chine, en utilisant Hong Kong.

Chaque fois que je me rends en Chine, chaque fois que je me rends à Hong Kong, je ne cesse de répéter : s’il vous plaît, ne suivez pas notre terrible exemple. Défendez votre nation ! Ne la vendez pas, métaphoriquement, pour quelques sales sacs à provisions en plastique. Ne faites pas quelque chose que vous regretteriez pour le reste de votre vie !

André Vltchek

 

Article original en anglais :

How We Sold the Soviet Union and Czechoslovakia for Plastic Shopping Bags

China Daily le 19 juin 2020

Traduction par VD pour le Grand Soir.

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Le rôle obscur du MI6 [le service d’espionnage britannique, NdT] dans quatre scandales d’infox liés à la Russie au cours des dernières années suggère fortement qu’il est en train d’être instrumentalisé pour devenir le mandataire de la CIA pour empêcher l’Europe de se rapprocher de la Russie une fois que le Nord Stream II sera achevé.

La « nouvelle détente » UE-Russie qui se profile

L’achèvement imminent du gazoduc Nord Stream II entre la Russie et le de facto leader allemand de l’UE est l’un des développements géopolitiques les plus importants du continent aujourd’hui, ce qui conduit à des spéculations crédibles selon lesquelles le bloc entrera inévitablement dans une « Nouvelle Détente » [en français, NdT] avec Moscou avec ou sans le soutien de Washington quelque temps après la fin du projet. Si Trump remporte sa réélection, les États-Unis pourraient très bien « approuver » ce scénario, compte tenu de ses relations récemment revigorées avec le président Poutine, mais même dans ce cas, son « État profond » (bureaucratie militaire, diplomatique et de renseignement permanentes) pourrait encore essayer de déjouer ses plans de rétablissement de la paix. Si Biden gagne, cependant, il est presque certain que les États-Unis feront tout ce qu’ils peuvent pour saper le rapprochement de l’Europe avec la Russie. Quoi qu’il en soit, l’« État profond » est toujours enclin à conserver une influence directe ou indirecte sur les affaires européennes afin d’influencer ce processus au mieux de ses capacités.

La saga Skripal

C’est là que réside la pertinence des relations de la CIA avec le MI6, ce dernier ayant joué un rôle occulte de plus en plus actif dans quatre scandales distincts d’infox liés à la Russie ces dernières années. Ces relations méritent d’être analysées un peu plus en profondeur afin de mieux comprendre l’une des manières les plus probables par lesquelles l’« État profond » américain pourrait tenter de saper les relations UE-Russie, que M. Trump soit ou non réélu. Il convient de rappeler au lecteur la saga Skripal d’il y a plusieurs années, où la Russie était accusée par l’Occident, sans preuve, d’avoir orchestré un complot élaboré pour empoisonner un de ses anciens espions. Cet incident a jeté un nuage noir sur les relations de la Russie avec l’Occident et est largement considéré par ceux qui ne font pas partie des principaux médias comme une opération de renseignement sous faux drapeau visant à ruiner la « Nouvelle Détente » souhaitée par Trump avec le président Poutine par la fabrication d’un incident très médiatisé qu’il lui était impossible d’ignorer et auquel il ne pouvait pas répondre.

Skripal case
La tente médico-légale, couvrant le banc où Sergei Skripal et sa fille Yulia ont été trouvés, est repositionnée par des fonctionnaires en combinaison de protection dans le centre de Salisbury, au Royaume-Uni, le 8 mars 2018

Allégations concernant une base d’espionnage russe dans les Alpes françaises

Ce n’est pas une coïncidence si cette provocation s’est produite au Royaume-Uni puisque le MI6 et la CIA travaillent en étroite collaboration, et que ces deux agences se sont également associées pour inventer la théorie de la conspiration russe qui a depuis été officiellement démystifiée par le gouvernement américain. Néanmoins, ces acteurs de l’« État profond » alliés n’ont pas cessé d’essayer de ruiner les relations entre l’Occident et la Russie, d’où la raison pour laquelle ils ont concocté une autre théorie de conspiration à la fin de l’année dernière, alléguant que des espions russes opéraient à partir d’une base secrète dans les Alpes françaises. La France a été prise pour cible cette fois-ci à la fois parce qu’elle est l’un des leaders du continent mais aussi en raison de son rôle dans le processus de paix de Minsk pour l’Ukraine, déchirée par la guerre civile. Les présidents Macron et Poutine entretiennent également d’excellentes relations entre eux et le dirigeant russe s’est même rendu en France l’été dernier pour montrer à quel point leurs deux pays étaient proches à l’époque précédant le scandale qui a été inventé quelques mois plus tard.

Une provocation à Prague

Mais celle-ci a également échoué, bien qu’une fois de plus, elle se soit avérée ne pas être la dernière d’une série apparemment interminable de tentatives de la CIA et du MI6 pour saper les relations entre la Russie occidentale. La plus récente a eu lieu à Prague après qu’il ait été allégué, sans la moindre preuve, qu’un espion russe était entré dans ce pays d’Europe centrale et s’apprêtait à empoisonner quelques responsables politiques pour se venger de leur décision de démolir un monument de l’époque soviétique datant de la Seconde Guerre mondiale. L’auteur a analysé cet aspect de leur guerre d’information commune contre la Russie dans son article de l’époque sur le scandale de l’assassin russe de la République tchèque, « The Czech Republic’s Russian Assassin Scandal Reeks Of The Skripal Conspiracy« , qui reliait les points stratégiques et expliquait comment cela représentait la dernière phase d’un schéma de provocations de longue date destiné à ruiner les relations de Moscou avec divers pays européens. Il est intéressant de noter que Prague n’était pas non plus un endroit choisi au hasard, tout comme le Royaume-Uni ne l’était pas lorsqu’il s’agissait des Skripals.

La diversion COVID-19

La capitale de la République tchèque est censée être la base des opérations de la CIA et du MI6 en Europe centrale. Elle aurait donc pu servir de lieu approprié pour une nouvelle provocation de l’infoguerre sous faux drapeau contre la Russie, sur le modèle de l’incident de Skripal. Hélas, cette accusation armée contre la Russie n’a pas été reprise comme les autres parce que la pandémie mondiale COVID-19 a distrait la population mondiale, mais il est prévu qu’une prochaine tentative sera faite soit dans ce pays soit ailleurs dans le même but de tenter de ruiner les relations de la Russie avec l’Occident. Quoi qu’il en soit, ce qu’il est important de souligner en ce moment, c’est le rôle du MI6 dans tout cela en tant que « partenaire junior » des États-Unis, qui est plus important que jamais aujourd’hui compte tenu de ce qui a été mentionné au début de cette analyse sur la façon dont l’achèvement imminent du Nord Stream II conduira probablement à un rapprochement entre la Russie et l’UE avec ou sans « l’approbation » des États-Unis (indépendamment du fait que Trump gagne ou non sa réélection).

Nord Stream 2 - map

Les soupçons européens sur l’Amérique

Bien que le Royaume-Uni ne soit plus un membre officiel de l’UE, il entretient toujours des relations très étroites avec le bloc, notamment en termes de partenariats « d’État profond » avec le MI6. Le rôle de la nation insulaire dans chacun des infox sur la Russie mentionnés précédemment suggère fortement qu’elle est préparée à devenir le mandataire de la CIA pour arrêter l’évolution de [l’attitude] de l’Europe vers la Russie  après l’achèvement du Nord Stream II. Le continent est devenu méfiant à l’égard des intentions américaines à son égard depuis l’élection de Trump, qui a vu le Président menacer de mener une guerre commerciale contre les « alliés » transatlantiques de son pays et mettre une pression immense sur les membres de l’OTAN pour qu’ils paient davantage pour leur propre défense. Cela a choqué de nombreux Européens et les a amenés à envisager sérieusement la perspective d’un rapprochement indépendant avec la Russie afin de parvenir à un meilleur « équilibre » entre les deux grandes puissances. Bien que certains pays de l’UE, comme la Pologne, soient opposés à un tel scénario, ils pourraient avoir du mal à le contrebalancer, car ils n’ont ni le pouvoir ni l’influence nécessaires pour le faire.

La CIA « cheval de Troie » dans l’UE

Les États-Unis tentent d’exploiter l’« initiative des trois mers » menée par la Pologne en Europe centrale afin de creuser un fossé entre l’Europe occidentale et la Russie et de faire en sorte que l’Amérique puisse continuer à diviser et à gouverner le continent, mais leur « État profond » complote secrètement avec les Britanniques à cette fin également, nonobstant la fabrication d’autres fausses conspirations contre la Russie, comme celles qui ont été décrites précédemment dans cette analyse. Les Européens ne font peut-être plus autant confiance aux Américains de nos jours qu’auparavant, mais ils font toujours confiance aux Britanniques et sont désireux de maintenir d’excellentes relations avec son « État profond » afin de réduire l’impact pratique du Brexit. Cela fait du MI6 le « cheval de Troie » parfait de la CIA pour saper de l’intérieur l’« État profond » de l’UE, étant donné le respect et la confiance dont cette agence de renseignement britannique jouit toujours sur le continent. Le Royaume-Uni s’efforce également de conserver et même d’étendre son influence en Europe malgré le Brexit, d’où la raison pour laquelle il travaille main dans la main avec les États-Unis de cette manière en faisant monter les enchères contre la Russie.

Encourager un faux drapeau britannique

À l’avenir, les Européens devraient rester en alerte pour toute provocation de l’info-guerre des faux drapeaux contre la Russie, comme l’ont fait plusieurs autres provocations très médiatisées qui ont été examinées dans cette analyse. Il se pourrait que la CIA adopte une approche encore plus discrète lors de la prochaine analyse afin de « tirer les ficelles à distance » en faisant en sorte que le MI6 joue un rôle plus visible en semant le trouble. Cette astucieuse ruse pourrait rendre le prochain récit plus crédible aux yeux des Européens, car ils seraient moins susceptibles de soupçonner qu’il pourrait s’agir d’un énième complot américain maladroit et voué à l’échec.

Dans ce cas, il est important que les « États profonds » des nations européennes et les publics qu’ils représentent « officiellement » se préparent à ce scénario et traitent le MI6 avec la plus grande suspicion s’il joue un rôle quelconque dans ce qui pourrait bientôt arriver. Un moment potentiellement historique pourrait bientôt approcher où le Nord Stream II conduirait à un rapprochement entre l’UE et la Russie qui changerait la donne, c’est pourquoi les mois à venir pourraient être la « parfaite » mais peut-être aussi la dernière occasion pour la CIA de saper ce scénario par l’intermédiaire de son mandataire MI6.

Andrew Korybko

 

Article original en anglais : MI6 Might Become The CIA’s Proxy For Stopping Europe From Moving Towards Russia, Oriental Review, le 5 juin 2020.

Traduit par Michel, relu par Kira pour Le Saker Francophone

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L’Egypte prête à une intervention militaire directe en Libye

juin 26th, 2020 by Mikhail Gamandiy-Egorov

Au moment où la violence en terre libyenne ne faiblit pas, et que cet Etat – tantôt l’un des plus prospères d’Afrique – est devenu une zone d’affrontement entre plusieurs puissances régionales et internationales, rien pour le moment ne semble pouvoir stopper la spirale de cette violence.

La guerre sur le front libyen se poursuit. Récemment, le Gouvernement d’accord national (GAN) – soutenu principalement par la Turquie, le Qatar et l’Italie, a réussi à repousser l’offensive sur Tripoli de l’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Khalifa Haftar et à reprendre plusieurs territoires de l’Ouest libyen – accentuant par la même occasion un peu plus la division entre les territoires sous contrôle du gouvernement tripolitain d’un côté et ceux de l’Est de l’autre.

Le soutien turc au GAN a vraisemblablement permis ces succès, bien que la majorité du territoire libyen reste toujours sous contrôle des forces du maréchal Haftar et de ses alliés.  L’autre fait important à noter dans cet affrontement entre puissances sur le sol libyen n’est autre que les tensions qui s’accentuent entre alliés de l’Otan, notamment entre la France et la Turquie. Poussant par la même occasion le président français à relancer l’idée d’une «mort cérébrale» de l’alliance atlantiste.

Mais face aux récents échecs de l’ANL, ses principaux soutiens internationaux ne prévoient pas de rester les bras croisés. Ainsi, l’Egypte, voisin et justement l’un de ces principaux soutiens, a d’ores et déjà fait comprendre que si la contre-offensive des milices du GAN allaient tenter de prendre la ville de Syrte, Le Caire se garde le droit d’une intervention militaire directe en soutien au gouvernement de l’Est, dont il reconnait la légitimité. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’a d’ailleurs explicitement fait comprendre: «Ce droit est fondé sur la nécessité de protéger les frontières de l’Egypte contre les groupes terroristes, ainsi que d’aider les frères libyens à rétablir la sécurité et la stabilité, à mettre fin aux effusions de sang parmi les Libyens, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest du pays, et également soutenir le cessez-le-feu et le lancement d’un processus politique global sous les auspices de l’ONU».

Entre temps, Aguila Salah Issa, président de la Chambre des représentants, a déclaré que «le peuple libyen demandait officiellement à l’Egypte d’intervenir militairement si cela s’avère nécessaire». Toujours selon lui, ce serait une intervention légitime si les milices soutenues par la Turquie et le GAN franchissaient «la ligne rouge».

En termes de perspectives, si certains experts estiment que l’Egypte rentrera dans un bourbier dans le cas d’un tel engagement militaire, surtout au vu des risques d’un affrontement direct ou semi-direct avec la Turquie. Il n’empêche que Le Caire semble déterminé à agir fermement en cas de besoin et à ne pas permettre la présence de milices salafistes près de ses frontières. Et malgré certaines difficultés auxquelles fait face le pays des Pharaons à l’heure actuelle, que ce soit sur le plan économique ou sanitaire lié à la propagation du Covid-19, il n’empêche que l’Egypte possède une force de frappe indéniable, et un certain nombre d’atouts face à la Turquie. Ne serait-ce qu’une proximité géographique directe avec le sol libyen, lui permettant d’avoir un avantage logistique sur l’adversaire turc. D’autre part, les Forces armées égyptiennes ne sont pas à présenter : principale puissance militaire africaine et du monde arabe, et selon le dernier classement pour 2020 du portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde Global Fire Power, l’Egypte serait désormais la 9ème puissance militaire mondiale (12ème en 2019).

Quant à la discussion sur la légitimité ou non d’une telle intervention, il faudrait probablement noter qu’elle ne serait certainement pas moins légitime que celle des autres pays impliqués dans l’interminable conflit libyen, notamment ceux qui soutiennent le GAN. Et surtout probablement plus légitime que l’agression de l’Otan de 2011 – ayant détruit les bases étatiques d’un Etat qui inspirait de nombreux pays africains lors de l’existence de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le trafic de drogue colonial et l’Empire britannique

juin 25th, 2020 by Prof Michel Chossudovsky

Par sa résolution 42/112 du 7 décembre 1987, l’Assemblée générale des Nations unies a décidé de célébrer le 26 juin la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite des drogues, afin d’exprimer sa détermination à renforcer l’action et la coopération pour atteindre l’objectif d’une société internationale libérée de la toxicomanie.

Sensibiliser ?

Rarement reconnu, le trafic de drogue (« légal ») a été initié par l’Empire britannique. Il y a une continuité. L’étiquette coloniale a été abandonnée. Aujourd’hui, le commerce (« illicite ») de la drogue est une opération de plusieurs milliards de dollars.

Les deux principaux centres de production sont aujourd’hui :

  • L’Afghanistan qui produit environ 90 % de l’offre mondiale d’opium (transformé en héroïne et en produits dérivés). Un programme d’éradication de la drogue a été lancé avec succès en 2000-2001 (avec le soutien des Nations unies). avant l’invasion menée par les États-Unis et l’OTAN en octobre 2001. Depuis l’invasion et l’occupation militaire, selon l’ONUDC, la production d’opium a été multipliée par 50, pour atteindre 9000 tonnes en 2017.
  • La région andine de l’Amérique du Sud (Colombie, Pérou, Bolivie) qui produit de la cocaïne. La Colombie est un narco-État soutenu par les États-Unis.

L’économie de la drogue fait partie intégrante de la construction d’un Empire. Le trafic de drogue est protégé par l’appareil militaire et de renseignement étasuniens.

(Ce sera l’objet de plusieurs articles de Global Research qui seront publiés dans les prochains jours en réponse à l' »observance mondiale de sensibilisation » parrainée par l’ONU le 26 juin 2020).

Le rôle de l’Empire britannique

Historiquement, le trafic de drogue a fait partie intégrante du colonialisme britannique. Il était « légal ».

L’opium produit au Bengale par la Compagnie britannique des Indes orientales (British East India Company -BEIC) était expédié vers le port de Canton, au sud de la Chine.

L’exportation d’opium de l’Inde britannique vers la Chine, financée par l’État, a été sans doute la plus grande et l’opération la plus persistante de trafic de drogue de l’histoire. À son apogée, au milieu du XIXe siècle, elle représentait environ 15 % du revenu colonial total de l’Inde et 31 % des exportations indiennes. Pour approvisionner ce commerce, la Compagnie des Indes orientales (EIC) – et plus tard le gouvernement britannique – a développé un système de culture très réglementé dans lequel plus d’un million d’agriculteurs par an étaient sous contrat pour cultiver du pavot à opium. …

Le système des agences a permis de s’assurer que les agriculteurs ne partagent pas les importants bénéfices du commerce de l’opium. Grâce à leur pouvoir de monopsone, les agences de l’opium ont pu « maintenir le prix de l’opium brut juste à la limite de l’économie. » (Jonathan Lehne, 2011)

Si la part des terres agricoles allouée à l’opium était relativement faible, la production d’opium sous le régime colonial n’en a pas moins contribué à appauvrir la population indienne, à déstabiliser le système agricole et à déclencher de nombreuses famines.

Selon un reportage incisif de la BBC:

« La culture de rente [l’opium] occupait entre un quart et la moitié de l’exploitation d’un paysan. À la fin du XIXe siècle, la culture du pavot a eu un impact sur la vie de quelque 10 millions de personnes dans ce qui est aujourd’hui les États de l’Uttar Pradesh et du Bihar.

Le commerce était géré par la Compagnie des Indes orientales, la puissante multinationale établie pour le commerce avec une charte royale qui lui accordait le monopole des affaires avec l’Asie. Ce commerce d’État a été réalisé en grande partie grâce à deux guerres, qui ont forcé la Chine à ouvrir ses portes à l’opium des Indes britanniques. …

Les objectifs de production stricts fixés par l’Agence de l’opium signifiaient également que les agriculteurs – le cultivateur de pavot typique était un petit paysan – ne pouvaient pas décider de produire ou non de l’opium. Ils étaient obligés de soumettre une partie de leurs terres et de leur travail à la stratégie d’exportation du gouvernement colonial ».

                                                            Usine d’opium et entrepôt d’empilage du BEIC, Patna, années 1850

La Chine et les guerres de l’opium

Lorsque l’empereur chinois Qing Daoguang a ordonné la destruction des stocks d’opium dans le port de Canton (Guangzhou) en 1838, l’Empire britannique a déclaré la guerre à la Chine sous le motif qu’il entravait la « libre circulation » du commerce des marchandises.

Le terme « trafic » s’applique à la Grande-Bretagne. Il a été toléré et soutenu pendant tout le règne de la reine Victoria (1837-1901). En 1838, 1 400 tonnes d’opium par an étaient exportées de l’Inde vers la Chine. Au lendemain de la première guerre de l’opium, le volume de ces envois (qui s’est prolongé jusqu’en 1915) a augmenté de façon spectaculaire.

La « première guerre de l’opium » (1838-1842), qui a représenté un acte d’agression contre la Chine, a été suivie par le traité de Nankin de 1842, qui non seulement a protégé les importations britanniques d’opium en Chine, mais a également accordé des droits extraterritoriaux à la Grande-Bretagne et à d’autres puissances coloniales, ce qui a conduit à la formation des ports ouverts (« Treaty Ports »).

Les revenus massifs du commerce de l’opium ont ensuite été utilisés par la Grande-Bretagne pour financer ses conquêtes coloniales. Aujourd’hui, on l’appellerait le « blanchiment d’argent de la drogue ». La canalisation des revenus de l’opium a également été utilisée pour financer la Banque de Hong Kong Shanghai (HKSB) créée par le BEIC en 1865 au lendemain de la première guerre de l’opium.

En 1855, Sir John Bowring a négocié, au nom du ministère britannique des affaires étrangères, un traité avec le roi Mongkut (Rama IV) du Siam, intitulé « The Anglo-Siamese Treaty of Friendship and Commerce » (avril 1855), qui permettait l’importation libre et sans restriction de l’opium dans le royaume du Siam (Thaïlande).

Alors que le commerce de l’opium de la Grande-Bretagne avec la Chine a été aboli en 1915, le monopole britannique sur le trafic de drogue a continué jusqu’à l’indépendance de l’Inde en 1947. Les sociétés affiliées à la Compagnie britannique des Indes orientales (BEIC), telles que Jardine Matheson, ont joué un rôle important dans le commerce de la drogue.

Racisme, narcotiques et colonialisme

Les historiens se sont concentrés sur la traite triangulaire des esclaves de l’Atlantique : des esclaves d’Afrique exportés par les puissances coloniales vers les Amériques, suivis de marchandises produites dans des plantations utilisant de la main-d’œuvre esclave et exportées vers l’Europe.

Le commerce colonial de la drogue en Grande-Bretagne avait une structure triangulaire similaire. L’opium produit dans les plantations coloniales par les fermiers pauvres du Bengale était exporté vers la Chine, dont les revenus (payés en pièces d’argent) servaient en grande partie à financer l’expansion impériale de la Grande-Bretagne, y compris l’exploitation minière en Australie et en Afrique du Sud.

Aucune compensation n’a été versée aux victimes du trafic de drogue de l’Empire britannique. Les paysans appauvris du Bengale.

Avec la traite des esclaves de l’Atlantique, le trafic de drogue colonial constitue un crime contre l’humanité.

La traite des esclaves et le trafic de drogue sont tous deux alimentés par le racisme. En 1877, Cecil Rhodes met en avant un « projet secret » qui consiste à intégrer les empires britannique et étasunien en un seul Empire anglo-saxon :

« Je soutiens que nous sommes la plus belle race du monde … Il suffit d’imaginer les régions qui sont actuellement habitées par les plus méprisables spécimens d’êtres humains … Pourquoi ne formerions-nous pas une société secrète … pour faire de la race anglo-saxonne un seul Empire …

L’Afrique est toujours prête pour nous ; il est de notre devoir de la prendre. … Il est de notre devoir de saisir toutes les occasions d’acquérir plus de territoire et nous devrions garder constamment sous les yeux cette seule idée que plus de territoire signifie simplement plus de la race anglo-saxonne, plus de la meilleure, de la plus humaine, de la plus honorable race que le monde possède. »

Il y a une continuité entre la « guerre de la drogue » légitime de style colonial menée par l’Empire britannique et les structures actuelles du trafic de drogue : l’Afghanistan sous occupation militaire étasunienne, le narco-État en Amérique latine.

Aujourd’hui, le trafic de drogue est un commerce de plusieurs billions de dollars. Le bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité estime que le blanchiment de l’argent de la drogue et d’autres activités criminelles est de l’ordre de 2 à 5 % du PIB mondial, soit 800 à 3 000 milliards de dollars. L’argent de la drogue est blanchi par le biais du système bancaire mondial.

Rappelez-vous le scandale du crack, révélé en 1996 par le journaliste Gary Webb. Le crack était vendu aux communautés afro-américaines de Los Angeles.

Depuis 2001, la vente au détail d’héroïne et d’opioïdes est de plus en plus « armée » pour lutter contre le racisme, la pauvreté et les inégalités sociales.

Alors que le commerce de la drogue est aujourd’hui source de richesse et d’enrichissement, la toxicomanie, y compris la consommation d’héroïne, d’opioïdes et d’opioïdes synthétiques, a explosé. En 2001, 1 779 Étasuniens ont été tués à la suite d’une overdose d’héroïne. En 2016, la dépendance à l’héroïne a entraîné 15 446 décès.

Ces vies auraient été sauvées si les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN n’avaient pas envahi et occupé l’Afghanistan en 2001.

Michel Chossudovsky

Lire nos prochains articles sur la toxicomanie et le « trafic illicite ».

Article original en anglais :

Colonial Drug Trafficking and the British Empire

Traduit par Maya pour Mondialisation 

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Dans la maladie COVID-19, les tests tentent de répondre aux questions fondamentales suivantes :

Êtes-vous infecté? Êtes-vous contagieux? Avez-vous été infecté? Êtes-vous immunisé (protégé) contre le coronavirus SRAS-CoV-2, et pendant combien de temps?

Vous voulez la réponse vraie, ou bien la réponse donnée par la propagande, les versions officielles gouvernementales et les médias dominants ? 

Je vais vous donner la réponse vraie, médicale : les tests ne répondent à aucune de ces questions, ils ne sont pas fiables, donnent des réponses exagérément simplistes qui pourront être utilisées par les gouvernements pour faire croire aux gens ce qu’ils veulent qu’ils croient.

Il y a deux grands types de tests :

  1. Les tests moléculaires : RT-PCR
  2. Les tests sérologiques : recherche d’anticorps dans le sang

RT-PCR [1]

Dans des cellules prélevées au fond du nez, le RT-PCR recherche des fragments d’ARN viral du SRAS-CoV-2, forme de l’ADN correspondant grâce à l’enzyme Reverse Transcriptase (RT) et amplifie (multiplie) les fragments ARN-ADN trouvés grâce à la technique de polymerase chain reaction (PCR). Par une technique compliquée, donc sujette à de nombreux faux pas, on nous dit que ce test pourrait quantifier la charge virale.

Ce test dont le résultat peut prendre 2 à 7 jours est censé prouver que vous êtes infecté (RT-PCR +) ou non (RT-PCR -) par le coronavirus SRAS-CoV-2 et que vous êtes contagieux ou non.

Ce n’est pas la vérité.

Pourtant, c’est ce qui a guidé toutes les décisions médicales de par le monde pour catégoriser les patients en COVID et NON-COVID, pour isoler les premiers et les confirmer comme COVID-19. 

La présence d’un tableau clinique composé de signes majeurs (dont la toux, la fièvre) et de signes mineurs, avec dans certains cas un scanner thoracique, a fait classer les malades symptomatiques en cas suspects (en attente du résultat RT-PCR) ou confirmés (RT-PCR positif et/ou scanner thoracique évocateur), avec des formes mineures, modérées et sévères.

Cette théorie basée sur des sables mouvants prouve que l’être humain préfère toujours un mensonge logique et rassurant, simpliste, à la vérité plus complexe et plus effrayante.

Beaucoup d’études et d’articles d’experts reconnus dans leur domaine, dont certains issus d’universités prestigieuses, ont montré le manque de fiabilité de la RT-PCR qui peut donner des résultats faussement positifs, faussement négatifs ou être perturbée pas un tas d’éléments à toutes les étapes de sa technique [2].

Quant aux tableaux cliniques et aux images des scanners thoraciques, ils n’ont rien de spécifique et peuvent se rencontrer dans n’importe quelle affection virale ou infectieuse large [3].

Le SRAS-CoV-2 fait partie d’une famille de nombreux virus similaires dont la plupart sont bénins : virus des rhumes.

Il est plus que probable que ce virus spécifique a eu le temps de circuler au sein d’une grande partie de la population avant la fin du mois de mars et les mesures de confinement.

Ces mesures d’isolement strict n’ont pas détruit le virus ou éteint la pandémie. Par contre, elles ont détruit l’économie de nombreux pays ainsi que de nombreuses vies (chômage, solitude, pauvreté, dépression, maladies non prises en charge, anxiété, famine).

« Kerry Pollard, microbiologiste du Commonwealth de Pennsylvanie, effectue une extraction manuelle du coronavirus dans le laboratoire d’extraction du Bureau des laboratoires du ministère de la santé de Pennsylvanie, le vendredi 6 mars 2020. » Source : flickr.com

Les tests sérologiques au secours de la propagande COVID-19 ? [4]

Les tests sérologiques sont faits à partir du sang, 8 ml prélevés dans un tube sec ou bien une simple goutte dans le cas des tests rapides.

Le biologiste y cherche la présence d’anticorps (Ac) ou immunoglobulines (Ig) spécifiques du coronavirus SRAS-CoV-2.

On distingue deux grands types d’anticorps :

  1. IgM : infection récente ou en cours, phase de contagion
  2. IgG : infection plus ancienne, guérison, plus de contagion

Certains tests sérologiques dépistent uniquement les IgG. Des études ont montré que pratiquement tous les sujets qui ont présenté un COVID-19 symptomatique ont produit des anticorps IgG détectables pour autant que le prélèvement sanguin ait été réalisé au minimum 3 semaines après les premiers symptômes [5].

Il existe plusieurs types d’IgG. 

Les IgG S1/S2 sont des anticorps neutralisants, protégeant contre le virus.

Attention, tous les anticorps IgG identifiés ne sont pas protecteurs ou neutralisants, c’est même l’inverse avec le phénomène de facilitation de l’infection via les anticorps (ADE Antibody Dependent Enhancement, comme dans la dengue). Dans ce cas, plutôt que de bloquer la clé (protéine Spike de l’enveloppe virale) qui permet au virus d’entrer dans les cellules cibles (anticorps neutralisants), ces anticorps facilitateurs favorisent la pénétration du virus dans les cellules cibles ! [6-7]

Des tests rapides, comme celui du laboratoire BioLab Sciences [8] basé à Scottsdale en Arizona (USA), permettent une détection d’anticorps rapide, en 10 minutes, avec une spécificité de 98%. Ce sont les dires du laboratoire. Une goute de sang suffit, comme dans les tests de glucose sanguin avec piqûre au bout du doigt.

Il existe plusieurs types de tests rapides, 12 tests autorisés par la FDA rien qu’aux USA (au 1er juin), mais aussi d’autres en Malaisie, en Chine ou en Europe.

Un laboratoire comme celui de Scottsdale en Arizona prétend pouvoir fournir jusqu’à 9 millions de tests par semaine.

Interprétation des résultats du quick-test :

  1. IgM positifs seuls : infection/contact récent (jours), au maximum dans les 4 semaines précédentes
  2. IgM et IgG positifs : infection/contact ayant eu lieu entre 4 et 8 semaines avant
  3. IgG positifs seuls : infection/contact ayant eu lieu il y a plus de 8 semaines

Oui, et alors ?

Que pouvons-nous vraiment conclure à partir de cela ?

Petit retour théorique sur l’immunité humaine pour mieux comprendre [9] :

La défense immunitaire humaine est composée de deux grandes lignes.

  1. Immunité innée ou naturelle
  2. Immunité acquise ou adaptative

A. L’immunité innée n’est pas spécifique, elle est très rapide, intervient en premier en cas d’agression et elle est souvent suffisante. Elle ne repose pas sur la production d’anticorps. Cela veut dire que les anticorps ne sont absolument pas indispensables pour éliminer une infection. Cela veut également dire que l’absence d’anticorps ou qu’un taux faible d’anticorps dans le sang n’exclut pas une infection virale qui aura été prise en charge par l’immunité innée exclusive. Cela est même un signe de bonne santé immunitaire !

B. L’immunité adaptative est spécifique, elle est plus lente, seulement activée dans le cas où l’immunité innée est débordée ou insuffisante et elle est basée, mais pas seulement, sur la production d’anticorps.

Donc, résumer la défense immunitaire d’un individu à sa production d’anticorps est aussi faux et simpliste que de résumer la défense d’un pays à ses forces spéciales. Pourtant, cette pirouette est le dogme principal de l’immunologie, la base sacrée de la vaccinologie.

Que dit la théorie immunitaire orthodoxe ?

Test positif

Elle dit qu’un test sérologique positif (présence d’un taux suffisant d’anticorps spécifiques du coronavirus SRAS-CoV-2 dans le sang) traduit l’existence d’une infection, récente (IgM-jours/semaines) ou ancienne (IgG-semaines/mois).

Elle dit aussi qu’un test positif à IgG (taux suffisant dans le sang) veut dire que la personne est protégée contre une nouvelle infection. 

Ce n’est pourtant pas aussi simple.

Souvenez-vous du SIDA (infection par le VIH ou HIV). Avant le SIDA, toute séroconversion était considérée comme un bon signe, traduisant la réaction adaptée du système immunitaire adaptatif à une infection.

Après le SIDA, la séroconversion (présence d’anticorps anti-HIV) est devenue mauvais signe, posant le diagnostic d’une maladie active : malade séropositif [10].

Test négatif

La théorie orthodoxe dit qu’un test négatif (peu ou pas d’IgG dans le sang) veut dire que la personne n’a pas fait d’infection et n’est pas protégée.

Pourtant, ce n’est pas tout à fait vrai. 

L’absence d’anticorps IgG (ou un taux sérique faible) ne veut pas dire qu’une personne n’a pas été infectée car elle a pu recourir uniquement à son immunité innée (immunité sans anticorps) ou elle a pu recourir à d’autres types d’anticorps comme les Immunoglobulines A (IgA) sécrétées localement dans les muqueuses infectées (muqueuse nasopharyngée).

Les anticorps sont sécrétés par des lymphocytes B activés lors de la réaction immunitaire tardive, adaptative et spécifique. Mais cette immunité adaptative repose également sur d’autres cellules qui ne produisent pas d’anticorps, telles que les lymphocytes T qui constituent également une ligne de défense antivirale et antimicrobienne très importante, non prise en compte par les sérologies sanguines qui ne dosent que les anticorps sériques.

De plus, il y a un concept immunologique important, celui d’immunité croisée [11]. Oui les médecins devraient relire leurs cours d’immunologie !

La famille des coronavirus est une famille nombreuse ! 

Pour la plupart, ces virus sont bénins et engendrent des rhumes chaque année. À force, depuis la petite enfance, une véritable immunité anti-coronavirus s’est développée, facilitant la réaction immunitaire innée contre le SRAS-CoV-2 de sorte que celle-ci, chez un grand nombre de personnes, a pu suffire pour raccourcir la multiplication virale.

La réaction immunitaire adaptative (médiée par anticorps) n’a donc pas eu le temps, chez toutes ces personnes, d’entrer en jeu, donc pas d’anticorps. 

Ce n’est pas mauvais du tout et veut dire, au contraire, que les rhumes précédents ont préparé la personne à bien réagir au SRAS-CoV-2 (immunité croisée efficace).

En résumé, une sérologie négative (taux insuffisant d’anticorps anti-SRAS-CoV-2) N’EXCLUT PAS d’avoir été infecté et N’EXCLUT PAS l’existence d’une immunité protectrice contre une forme grave de COVID-19.

Les seules sérologies à IgG sous-estimeront le véritable taux d’infections guéries et la véritable immunité de la population contre le SRAS-CoV-2 !

Il serait plus intéressant de doser l’ensemble des anticorps anti-coronavirus, et non seulement ceux spécifiques du SRAS-CoV-2.

Hypothèse immunologique pour expliquer des formes graves de COVID-19 :

Des formes sévères (soins intensifs, décès) ont surtout été observées chez les patients âgés (voire très âgés, >/= 80 ans) et/ou avec une maladie chronique ou plus (obésité, diabète, HTA, maladie cardio-vasculaire…).

Ces pathologies chroniques occidentales (de plus en plus mondiales et liées principalement aux régimes alimentaires sucrés associés à une sédentarité excessive) sont devenues tellement habituelles qu’aujourd’hui, dans les hôpitaux, on les banalise à outrance. C’est presque devenu « normal » d’être gros, hypertendu, vite essoufflé, diabétique ou inactif.

Pourtant, il s’agit DU fléau des temps modernes, beaucoup plus que le manque de vaccination ! 

Toutes ces maladies et habitudes de vie dépriment fortement le système immunitaire [12].

a) l’immunité innée, naturelle, a été incapable chez ces personnes d’éliminer le virus ou de ralentir sa multiplication.

b) l’immunité adaptative, spécifique, productrice entre autres d’anticorps de plusieurs types, a pu entraîner la sécrétion d’anticorps ADE, facilitant l’invasion virale au niveau de tissus présentant des récepteurs spécifiques à ces anticorps, engendrant une réaction inflammatoire excessive, exagérée (réponse immunologique Th2) et plus de destruction que de guérison [13] notamment dans les poumons.

Dans ce cas de figure, les taux très élevés d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 ont plutôt traduit une situation mauvaise, synonyme d’infection sévère et de réactions immunitaires délétères !

CONCLUSIONS

Les tests, aussi bien moléculaires de type RT-PCR (diagnostic, contagiosité), que sérologiques avec anticorps IgM-IgG (diagnostic, immunité) sont peu fiables.

Ils ne tiennent pas compte de l’immunité croisée aux autres coronavirus (très similaires au SRAS-CoV-2 mais plus nombreux et bénins) qui a pu, certainement, jouer un grand rôle dans la protection de tout un pan de la population, surtout les jeunes et les individus en relative bonne santé (60 à 85% des gens sont capables d’éliminer les coronavirus en n’utilisant que leur système immunitaire inné, sans développer d’anticorps pour cela).

Beaucoup de gens sont et seront protégés par cette immunité croisée, assurée par tous les coronavirus ambiants que nous respirons sans aucun souci ou à peine (rhume banal) depuis des décennies et sans passer par la case anticorps spécifiques.

De plus, ce n’est pas parce que les anticorps en question disparaissent rapidement [14] ou diminuent très fort dans le sang que l’individu n’a plus de protection immunitaire.

Il existe un grand nombre de lignes de protection (cellules T auxiliaires, cytotoxiques, régulatrices, autres molécules fabriquées par les cellules B, immunité innée…) et tout réduire aux seuls anticorps pour dire que vous êtes protégés ou non est profondément malhonnête, ou stupide.

L’immunité ne repose pas que sur les anticorps, loin de là [15] !

Des patients avec un COVID-19 modéré ont montré des taux faibles d’IgA et d’IgG sériques spécifiques de la protéine Spike du SRAS-CoV-2.

Des patients avec un COVID sévères ont montré des taux élevés d’IgA et d’IgG sériques spécifiques, d’autant plus élevés que la maladie a été sévère [16].

Alors que la théorie immunologique orthodoxe dirait que plus on est malade, plus on fabrique d’Ac pour se protéger, en réalité, le taux élevé d’Ac est en partie responsable de la gravité de la maladie (phénomène ADE).

Le taux élevé d’anticorps, bien loin de traduire une protection, traduit une réaction immunitaire inadéquate (déréglée) conduisant à une réponse immunitaire Th2 (humorale et inflammatoire) plutôt que Th1 (cellulaire). Et ce n’est pas bon.

Pourquoi ? 

En raison du mauvais état de santé global des patients atteints de COVID sévère (une ou plusieurs comorbidités sévères, âge élevé) !

Le plus important est une bonne coordination entre les systèmes immunitaires inné et adaptatif et cela repose sur une bonne santé (alimentaire, physique, mentale).

Un taux bas d’anticorps peut simplement signifier que votre système immunitaire inné a été efficace, et a suffi à vous protéger. C’est bien !

On peut faire dire n’importe quoi aux tests, y compris les tests sérologiques (anticorps) et tout dépendra de l’intention, bienveillante et honnête OU malveillante et malhonnête, de ceux qui vous diront ce qu’ils veulent que vous croyez.

P.S. mes conseils de médecin :

Renforcez votre immunité par une alimentation saine (équilibrée), une activité physique modérée, variée et régulière et une hygiène mentale quotidienne (méditation, autohypnose, sophrologie, respiration, promenade dans la nature sans masques).

Et si vous et vos enfants ont des rhumes, c’est très bien.

Dr Pascal Sacré

Image en vedette : pixabay.com

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Notes :

[1] Tutoriel prélèvement nasopharyngé : Un geste technique, essentiel à la fiabilité du test COVID-19

[2] Les tests: talon d’Achille du château de cartes COVID-19, mondialisation.ca, 28 mai 2020

[3] Utilité du CT-scan thoracique pour le diagnostic et le triage des patients suspects de COVID-19, revue Médicale Suisse RMS 2020, Vol. 16, 955-957. Le rôle du CT dans la prise en charge des malades COVID-19 suspects ou confirmés reste incertain. 

[4] Place des tests sérologiques dans la stratégie de prise en charge de la maladie COVID-19

[5] Le Journal du Médecin, 4 juin 2020, n° 2632

[6] Anticorps facilitants et pathogénèse du COVID 19, Revue Médicale Suisse 25 avril 2020. Cet article permet de mettre en avant la complexité de la réponse immune. Complexité qui nous incite à réfléchir sur la signification de la présence d’anticorps : une sérologie positive dans le temps peut-elle dire qu’il existe une immunité ? De plus, comme on peut le suspecter dans certains cas sévères la réponse immune pourrait jouer un rôle dans la pathogenèse de l’affection.

[7] Molecular Mechanism for Antibody-Dependent Enhancement of Coronavirus Entry

[8] Tests sérologiques rapides : RAPID RESULT COVID-19 TEST KITS

[9] Immunologie approfondie

[10] LE DIAGNOSTIC DE L’INFECTION PAR LE VIH, Le diagnostic est fait grâce à une analyse de sang qui permet de détecter la présence d’anticorps anti-HIV, dès trois semaines après la contamination.

[11] Immunité croisée entre les coronavirus des rhumes et SARS-CoV-2

[12] SARS-CoV-2 specific antibody responses in COVID-19 patients

[13] Antibodies to coronaviruses are higher in older compared with younger adults and binding antibodies are more sensitive than neutralizing antibodies in identifying coronavirus‐associated illnesses

[14] Coronavirus : les anticorps ne resteraient que deux à trois mois dans le sang

[15] Les anticorps ne sont PAS nécessaires pour la protection contre certains virus, article source en anglais : Antibodies are not required for immunity against some viruses

[16]  Systemic and mucosal antibody secretion specific to SARS-CoV-2 during mild versus severe COVID-19

 

Pascal Sacré est diplômé en médecine, en Belgique, depuis 1995. Il a entamé une spécialité en anesthésie-réanimation en 1997, terminée en 2002 et complétée par une spécialisation en soins intensifs (critical care) en 2003. Il travaille en milieu hospitalier depuis cette date, en soins intensifs, avec un passage de 2,5 ans dans un centre pour grands brûlés (l’hopital militaire Reine Astrid HMRA à Bruxelles) entre 2009 et 2011. Depuis 2011, il travaille dans un centre de soins intensifs médico-chirurgical à Charleroi, Belgique. Il est  formé en hypnothérapie en milieu médical depuis 2014 et à ce titre, il est responsable de formations en gestion du stress pour le personnel de son hôpital. Il collabore pour le Centre de recherche sur la Mondialisation depuis 2009.

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Stuttgart: «C’est la guerre»

juin 24th, 2020 by Olivier Renault

L’Allemagne commente les émeutes de Stuttgart de ce week-end. Cinq cents émeutiers ont attaqué le centre de la capitale du Land du Bade-Wurtemberg en s’en prenant à des magasins, rappelant les émeutes récentes des Etats-Unis.

Dans la nuit de dimanche, il y a eu de graves émeutes à Stuttgart. Des dizaines de petits groupes violents ont dévasté le centre-ville. Selon le vice-président de la police, Thomas Berger, les émeutes ont commencé avec le contrôle d’un jeune de 17 ans pour de la drogue vers 23h30. Environ trois cents personnes ont montré leur solidarité envers le jeune. Puis cinq cents personnes ont formé un groupe et attaqué la police. Pour la police, les émeutes n’étaient pas politiquement motivées. «Nous n’avons toujours pas la preuve qu’il existe une motivation politique ou religieuse derrière ces actes», a déclaré lundi à Stuttgart Stefanie Hinz, la chef de la police de l’Etat de Bade-Wurtemberg. Ces jeunes, qui gravitent plutôt sur «les lieux de fêtes et d’événements», se sont rencontrés ces dernières semaines dans ces soirées et ils ont lancé leur action sur les réseaux sociaux. La police a demandé à des témoins d’aider à alimenter l’enquête d’ images et de vidéos.

Les forces de l’ordre ont réussi à arrêter vingt-cinq suspects, dont 12 allemands et 13 étrangers, ont été interpellés. Le journal Die Welt écrit que «19 policiers ont été blessés dans ces émeutes», qu’ «au total 280 policiers ont été déployés la nuit» et «une centaine de fonctionnaires ont été amenés de la région pour contrôler la situation. La chancelière allemande a réagi ce lundi 22 juin à propos des actes de vandalisme et des agressions contre des policiers en déclarant qu’elle «condamne fermement les violences urbaines survenues ce week-end à Stuttgart et qu’elle juge «ignobles» le vandalisme et les agressions contre les policiers.

Un policier allemand, a envoyé un message sonore (identifié comme véridique) à des amis: «Bonjour à tous! Je vous donne une situation dramatique de cette nuit à Stuttgart. Il est maintenant 1h50 (…). Les collègues ont été massivement bombardés de projectiles, de bouteilles, de pierres…. Nous avons appelés les renforts du Land (…). Ce sont des émeutes comme aux Etats-Unis. Les gars, restez à la maison, c’est ce que je peux seulement vous dire. J’espère que cela va sortir dans les média. Je m’étonne qu’il n’y ait pas eu de collègues qui ont été tués car c’est la guerre. On se trouve vraiment cette nuit en guerre. Je suis sans mots pour expliquer la situation. J’espère seulement que la presse va correctement relater les faits. Que des Kanaken1. Les chefs sont dépassés, pour cette raison, je dois me vider ici. Dans l’ensemble, c’est une catastrophe. C’est un miracle que personne n’ait été tué par balle. Je suis depuis assez longtemps dans la police et cela me laisse désemparé. Là, il y a quelque chose qui s’abat sur nous. Je suis véritablement consterné! Sidérant!».

L’AfD de Stuttgart accusant les média de réduire les faits, qualifie la capitale du Bade-Wurtemberg d’être un «califat»: «Bienvenue dans le califat anti-émeute de gauche coloré de Stuttgart où un mélange évident d’antifa, d’ennemis de la police, de divers groupes de migrants et d’une foule qui peut s’emporter à provoquer les pires émeutes et l’horreur. Le matériel vidéo disponible sur Internet est extrêmement informatif». Le Premier ministre du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann (Verts), cité par Die Welt, a annoncé vouloir répondre fermement aux émeutes de Stuttgart: «Nous ne tolérerons pas une telle chose»; «Des jeunes hommes auraient commencé une orgie de violence sans motif»; «La démocratie libérale se révélera défensive». En outre, Winfried Kretschmann a dénoncé, lors d’une visite sur place, des atteintes à la sécurité publique: «A mes yeux, nous avons des atteintes à la sécurité publique et ce sont des crimes les plus graves». 40 magasins ont été endommagés et pillés par des petits groupes. Douze voitures de police ont été démolies.

(1) Kanake est un mot allemand pour les personnes originaires de pays germanophones ayant des racines en Turquie, dans les pays arabes, dans les pays persans ou en Europe du Sud

 Olivier Renault

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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi sur la place de l’Indépendance, dans le centre de Bamako, la capitale malienne, pour exiger la démission immédiate du président soutenu par la France, Ibrahim Boubacar Keïta (connu sous le nom d’IBK). Il s’agissait de la deuxième manifestation de masse pour l’éviction de Keïta ce mois-ci, après que des dizaines de milliers de manifestants étaient descendus dans la rue le 5 juin.

Ces manifestations ont été convoquées par la coalition de l’opposition bourgeoise officielle, qui s’est donné le nom de Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques. Beaucoup de ses figures de proue sont d’anciens membres du gouvernement ou partisans de celui-ci. Mais la revendication, qui se généralise dans la population, pour le départ du gouvernement est motivée par la colère face aux inégalités croissantes, exacerbées par la pandémie de coronavirus, la pénurie de services sociaux et la corruption. Et par le rôle du gouvernement dans les assassinats sectaires et les exécutions extrajudiciaires par les forces de sécurité soutenues par l’occupant français. IBK est devenu président en 2013 et est étroitement associé à l’intervention française dans le pays.

Les manifestants portaient des pancartes où l‘on pouvait lire, « IBK dégage », « la dictature ne passera pas » ainsi que des pancartes exigeant la libération des prisoniers politiques, « plus d’argent pour l’éducation » et « la fin du coronavirus ». Un manifestant, Diawara Issaka, a dit au Monde « On ne devrait pas être là, parce qu’il y a le corona. Le président avait promis un masque à chaque Malien mais personne ici n’en a reçu, c’est un menteur. Donc on vient ici pour contester ce mensonge comme tous les autres. » Des manifestants autour de lui confirment ses propos, ajoutant : « On en a marre. Nous, chefs de famille, ça fait trois mois qu’on n’a pas de salaire. »

La manifestation de Bamako vendredi
Jusqu’à présent, 1 933 cas de coronavirus ont été enregistrés au Mali et 109 décès confirmés.

La police a tiré des gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, qui ont répondu en érigeant des barricades pour empêcher les forces de sécurité d’avancer.

Le gouvernement avait ordonné la réouverture des écoles le 2 juin malgré la pandémie, mais des milliers d’enseignants ont boycotté l’école et refusé de se présenter. Ils ont exigé non seulement des mesures pour les protéger de la pandémie, mais également des augmentations de salaire, officiellement annoncées par le gouvernement il y a quatre ans mais qui n’ont jamais été données. Selon les syndicats d’enseignants, seulement 35 pour cent des écoles publiques ont ouvert le 2 juin.

Le président Keïta a proposé cette semaine de former un gouvernement d’unité nationale comprenant des membres éminents de l’opposition ; il s’est également engagé à fournir les augmentations de salaire promises aux enseignants, afin de désamorcer le mouvement croissant. L’opposition officielle a refusé l’offre de Keita et a réitéré vendredi son appel à sa démission.

Le figure de proue de l’opposition officielle est le religieux islamique Mahmoud Dicko. Dicko a été une figure de proue du régime pendant de nombreuses années. Entre 2008 et 2019, il a dirigé le Haut Conseil islamique malien et a soutenu l’élection de Keïta en 2013. En septembre 2019, il a créé un mouvement d’opposition sur fond d’opposition croissante dans la population à l’occupation française et au gouvernement de Keïta. Adepte de l’islam wahhabite conservateur, il avait également servi d’interlocuteur entre le gouvernement et les forces islamistes insurgées.

Le 9 juin, les médias français ont rapporté que Dicko avait rencontré un groupe de responsables internationaux non identifiés, notamment des représentants des Nations Unies au Mali (MINUSMA), de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et de l’Union africaine.

Le gouvernement français n’a fait aucune déclaration publique en soutien ou en opposition aux manifestations contre Keïta. Mais il ne fait aucun doute qu’elle intervient activement pour assurer la défense continue des intérêts impérialistes français dans cette région sahélienne géo-stratégiquement importante.

La France est intervenue au Mali en janvier 2013, contre les forces séparatistes et islamistes venues de Libye au lendemain de la guerre de changement de régime de l’OTAN dans ce pays, en 2011. Elle y a maintenu plus de 4 000 soldats, portés à plus de 5 100 depuis le début de l’année, dans le cadre d’une coalition internationale qui comprend l’Allemagne, le Canada, les États-Unis et la force dite G5, composée de troupes du Niger, du Tchad, de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Mali.

Le Mali est le troisième plus important producteur d’or d’Afrique après le Ghana (situé au sud du Mali) et l’Afrique du Sud. Il borde également le Niger, où la France a stationné des forces militaires dont des bases de drones, et d’où elle puise la majorité de ses approvisionnements en uranium, nécessaires à la production d’énergie nucléaire en France.

En février, le gouvernement Macron annonça une escalade significative de son intervention, faisant passer le nombre de troupes françaises de son ‘Opération Barkhane’ de 4 500 à 5 100, certaines déployées pour combattre directement aux côtés des troupes du G5.

L’intensification de l’intervention française s’est accompagnée d’une hausse du nombre de massacres ethniques, d’exécutions extrajudiciaires et de crimes de guerre, signalés par des groupes de défense des droits de l’homme. Il est largement admis que les forces du G5 appuyées par la France soutiennent la milice ethnique Dogon dans les massacres de communautés musulmanes peules, au motif qu’on les soupçonne de soutenir les forces islamistes. Le 23 mars 2019, une milice Dogon a massacré 160 villageois peuls, ce qui a déclenché une attaque de représailles tuant au moins 95 personnes.

Un récent rapport d’Amnesty International apporte des preuves que les forces de sécurité du G5 opérant côte à côte avec des soldats français sont coupables d’exécutions extrajudiciaires et de crimes de guerre.

Intitulé «Violations des droits de l’homme par les forces de sécurité au Sahel», ce rapport signale au moins 199 incidents de ce type en seulement trois mois, entre février et avril 2020, immédiatement après l’extension de l’intervention dirigée par la France.

Il cite l’exemple d’une attaque de représailles des forces de sécurité contre toute une ville après le meurtre de 20 soldats par des groupes islamistes le 26 janvier. Des soldats maliens sont intervenus une semaine plus tard, le 3 février, dans la ville de Kogoni-Peuhl, en tuant un berger et en arrêtant deux autres. «Lorsque les soldats sont arrivés, ils ont commencé à tirer. Beaucoup de villageois ont fui, ceux près de la mosquée ont sonné l’alarme et beaucoup d’autres ont fui dans la brousse… » a déclaré un témoin.

Lors d’un autre incident, le 7 février, dans le village de Massabougou, les forces de sécurité ont fouillé des maisons, arrêté 22 personnes et en ont exécuté huit sur place. Selon un témoin, ils étaient « arrivés vers 17 heures, tirant en l’air et arrêtant des villageois. De nombreuses personnes ont fui ou sont restées dans leurs maisons après l’arrivée des soldats. Ils ont fouillé les maisons, exécuté huit villageois de manière extrajudiciaire et emporté les autres avec eux à leur départ. »

Will Morrow

 

Article paru en anglais, WSWS, le 22 juin 2020

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Dans son rapport d’enquête publié le 22 juin aussi sous la forme d’un article, Amnesty International accuse le logiciel Pegasus de la société NSO Group de violer les droits fondamentaux. Une entreprise en charge de réaliser un logiciel pour lutter contre le  Covid-19 a, selon l’organisation internationale, fabriqué un système pour espionner les gens et cibler, par exemple, un journaliste.

Le virus sert, donc, à mettre en place des applications qui n’ont rien à voir pour lutter contre ce dernier. Amnesty International nous en apporte la preuve. De nombreux journalistes soucieux de la qualité de l’information sont réellement indignés et s’inquiètent.

L’organisation humanitaire écrit: «NSO Group, entreprise israélienne commercialisant sa technologie pour combattre la pandémie de Covid-19, a favorisé une intense campagne menée par le Maroc pour espionner le journaliste marocain Omar Radi». Puis dénonce: «Utilisation du logiciel espion de NSO Group pour cibler un journaliste marocain, quelques jours après l’engagement de l’entreprise à respecter les droits humains». Mieux encore, Amnesty déclare que le «NSO Group, entreprise israélienne commercialisant sa technologie pour combattre la pandémie de Covid-19, a favorisé une intense campagne menée par le Maroc pour espionner le journaliste marocain Omar Radi». Et toujours mieux, Amnesty International «soutientactuellement une action en justice intentée en Israël» et explique que le ministère israélien de la Défense travaille avec la société et demande à ce que «le ministère israélien de la Défense annule la licence d’exportation de NSO Group». Amnesty accuse Israël par son ministère de la Défense d’hypothéquer les droits humains: «Il hypothèque les droits humains en laissant l’entreprise exporter ses produits vers des États du monde entier».

Amnesty International explique que «l’organisation a découvert que le téléphone d’Omar Radi avait été la cible de plusieurs attaques au moyen d’une nouvelle technique sophistiquée permettant d’installer de façon invisible Pegasus, logiciel espion produit par NSO Group. Ces attaques se sont produites alors que le journaliste faisait l’objet d’actes de harcèlement multiples de la part des autorités marocaines – l’une d’entre elles notamment a eu lieu quelques jours seulement après que l’entreprise eut affirmé que ses produits ne seraient plus utilisés pour commettre des violations des droits humains – et elles se sont poursuivies au moins jusqu’au mois de janvier 2020».

Tout comme les gens appelés journalistes qui travaillent dans des services liés à des média pour contrôler l’information, Amnesty International demande l’interdiction de ce qu’elle juge mauvais: «Même après que des éléments attestant de l’utilisation de son logiciel espion pour suivre des militantes au Maroc ont été portés à sa connaissance, NSO Group semble avoir choisi de conserver le gouvernement marocain parmi ses clients. Si l’entreprise n’empêche pas l’utilisation de sa technologie pour commettre des atteintes aux droits humains, il devrait lui être interdit de la vendre à des États qui s’en serviront probablement à cette fin». La question est de savoir si une entreprise israélienne va répondre positivement à l’accusation d’Amnesty et si les journalistes des divers services chassant la vérité sur le Net vont pouvoir et aussi attaquer cette entreprise ? Amnesty insiste sur le fait que «l’entreprise en question a rendu possible la surveillance illégale d’Omar Radi, journaliste primé et militant».

Danna Ingleton, directrice adjointe d’Amnesty Tech a déclaré que «les autorités marocaines ont de plus en plus recours à la surveillance numérique pour réprimer l’opposition. Ces pratiques illégales d’espionnage, et le harcèlement généralisé des militantes et des journalistes dans lequel elles s’inscrivent, doivent cesser».

Loin de vouloir prendre la défense d’une société, qui espionne des journalistes ou un «journaliste primé et militant», je me demande si Amnesty International va aussi se pencher sur le travail des nombreux services, remplis de personnes se prétendant journalistes indépendants tout en collaborant pour des structures dont leur métier est de réprimer un média? La question intéressante qu’Amnesty International aurait dû se poser, c’est de savoir pourquoi le Maroc collabore avec une société israélienne? Voilà des enjeux qui intéressent les lecteurs.

Julian Wessel

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Stella Morris, fiancée de Julian Assange et mère de ses deux jeunes enfants, a lancé dimanche soir un appel fort au gouvernement australien pour qu’il garantisse la liberté du fondateur de WikiLeaks et empêche son extradition vers les États-Unis, où il risque la prison à vie pour avoir dénoncé les crimes de guerre américains.

Morris est apparue à l’émission «60 Minutes» de Channel Nine. Ce segment de 24 minutes a fourni un compte-rendu objectif de la détention arbitraire d’Assange pendant dix ans, d’abord à l’ambassade de l’Équateur à Londres où il était un réfugié politique, et depuis avril 2019 dans la prison de haute sécurité de Belmarsh.

Le programme, présenté par Tara Brown, était le premier examen de fond de la situation d’Assange par les médias australiens depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Malgré le fait que le journaliste australien soit persécuté par les gouvernements les plus puissants du monde pour ses activités de publication, les médias d’entreprise ont essentiellement censuré la question d’Assange pendant plus de trois mois. Cela a coïncidé avec le refus du gouvernement australien, de l’opposition travailliste et de tous les partis officiels de défendre le fondateur de WikiLeaks.

Stella Morris à «60 Minutes» (Source:Nine Media)

Morris a averti que l’incarcération d’Assange à Belmarsh, qui, selon elle, a été surnommée le «Guantanamo Bay du Royaume-Uni», exacerbe les problèmes de santé physique et psychologique découlant de sa persécution prolongée.

«Il est très malade et je suis très inquiète pour sa capacité à survivre à cette situation», a-t-elle déclaré. «Maintenant, il est dans la pire prison du Royaume-Uni. C’est une prison de haute sécurité. Un prisonnier sur cinq est un meurtrier. Il ne devrait pas y être. Ce n’est pas un criminel, ce n’est pas une personne dangereuse, c’est un doux penseur intellectuel et un journaliste. Ces gens ne sont pas ceux qui devraient être en prison.»

Morris a déclaré qu’elle était «très inquiète» de la situation d’Assange. Elle n’a pas pu lui rendre visite depuis février, en raison des mesures de confinement du coronavirus. En dépit d’infections généralisées dans tout le système pénitentiaire britannique, y compris à Belmarsh, et de la vulnérabilité d’Assange au virus en raison d’une affection pulmonaire chronique, sa libération sous caution a été refusée.

«Si vous êtes séparé de votre famille et que vous êtes seul dans une petite pièce sombre pendant 23 heures par jour, sans aucun contrôle sur votre environnement, je pense que les gens peuvent imaginer ce que c’est», a déclaré Morris.

Brown a déclaré que dans de telles circonstances, «la plupart des gens deviendraient probablement fous». Morris a répondu: «Je pense que n’importe qui ferait une dépression très grave et il est très déprimé.» «60 Minutes» montre Morris et ses deux jeunes enfants en train de parler avec Assange au téléphone. Le plus âgé des deux demandait à Assange quand il allait rentrer à la maison.

Morris, une avocate de 37 ans, a raconté les circonstances de sa relation avec Assange. Ils étaient devenus proches lorsqu’elle travaillait sur ses affaires juridiques après qu’il eut demandé avec succès l’asile politique à l’ambassade équatorienne.

Lorsque les deux enfants du couple sont nés en 2017 et 2018, le nouveau gouvernement équatorien avait entamé des relations plus étroites avec les États-Unis et était de plus en plus hostile à Assange. UC Global, une société espagnole chargée de gérer la sécurité de l’ambassade, surveillait tous les aspects de la vie d’Assange et transmettait les informations recueillies à l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA).

Lorsqu’elle est tombée enceinte, Morris a informé Assange en écrivant la nouvelle sur un morceau de papier. Ils craignaient que toute conversation sur leur vie personnelle ne soit captée par les appareils d’enregistrement audio placés dans toute l’ambassade par UC Global. Morris a cherché à cacher ses grossesses au personnel de l’ambassade et après la naissance des enfants, un ami d’Assange a prétendu être leur père et les a amenés à l’ambassade.

«Le vrai problème était que je pensais que notre famille serait ciblée par les mêmes personnes qui essayaient de nuire à Julian», a déclaré Morris. L’émission a présenté des clips d’information de hauts responsables du gouvernement américain qui dénonçaient Assange en termes hystériques et demandaient qu’il soit réduit au silence. Morris a noté qu’UC Global avait envisagé de voler la couche d’un de ses enfants pour confirmer sa paternité, et avait même discuté de plans pour tuer Assange ou permettre à des agents américains de le kidnapper.

Morris a fait remarquer qu’il serait difficile pour beaucoup de gens de se rendre compte de l’illégalité qui a caractérisé la persécution d’Assange. «Il y a une criminalité incroyable qui s’est produite afin de rassembler des informations sur les avocats de Julian, et sa famille, et les journalistes qui lui rendaient visite», a-t-elle déclaré. «J’ai été dans un état de peur permanent pendant des années et maintenant ça se déroule lentement.»

De manière significative, le caractère politiquement motivé des allégations d’inconduite sexuelle dirigées contre Assange par la Suède a été clairement mis en évidence dans le programme. Les allégations ont été concoctées par la police et le système judiciaire de ce pays, au milieu d’une campagne américaine frénétique contre la dénonciation par WikiLeaks des crimes de guerre en Irak et en Afghanistan.

Brown a fait remarquer qu’Assange n’avait jamais été accusé d’un crime en Suède, et que l’enquête suédoise avait été abandonnée. Le parlementaire indépendant australien Andrew Wilkie a souligné que des documents avaient montré que le gouvernement britannique avait utilisé les allégations pour faire appliquer la détention arbitraire d’Assange à l’ambassade équatorienne. Les autorités britanniques savaient que les allégations suédoises étaient un écran de fumée pour livrer Assange à ses persécuteurs américains.

Le programme s’est conclu par un appel de Morris au gouvernement australien. Elle a déclaré: «Je veux que les gens comprennent que nous sommes punis en tant que famille. Il n’y a pas que Julian en prison. Les enfants sont privés de leur père. J’ai besoin de Julian et il a besoin de moi.»

Morris a déclaré: «J’aimerais demander [au premier ministre australien] Scott Morrison de faire tout ce qu’il peut pour ramener Julian à sa famille. Si l’Australie n’intervient pas, j’ai très peur que ce tort ne soit pas réparé. C’est un cauchemar».

Brown a déclaré que Morrison, la ministre des Affaires étrangères Marise Payne et Christian Porter ont refusé d’être interviewés.

Cette décision s’inscrit dans la collaboration de dix ans des gouvernements australiens dans la vendetta menée par les États-Unis contre Assange. En commençant par le gouvernement travailliste de Julia Gillard, soutenu par les Verts, ils ont rejeté les appels à la défense du fondateur de WikiLeaks, participant plutôt à la campagne contre lui.

L’hostilité officielle envers Assange est liée au soutien inconditionnel de l’élite dirigeante australienne à l’alliance militaire américaine et à toutes les guerres illégales et préparations militaires de l’impérialisme américain et s’inscrit dans le cadre d’une attaque interne contre les droits démocratiques, y compris les attaques contre la liberté de la presse et les lois augmentant les peines pour les dénonciateurs. Il est facilité par le refus des Verts, des groupes de pseudo-gauche et des syndicats de mener une campagne pour les droits d’Assange.

Cela souligne le fait que la lutte pour la liberté d’Assange et pour la défense de toutes les libertés civiles nécessite la mobilisation de la classe ouvrière. Les protestations internationales de ces dernières semaines contre les violences policières ont démontré la base objective de la construction d’un tel mouvement.

Oscar Grenfell

 

 

Article paru en anglais, WSWS, le 22 juin 2020

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Le violent passage à tabac et l’arrestation de l’infirmière française Farida, 50 ans, qui participait à des manifestations nationales pour réclamer une augmentation des financements hospitaliers mardi après-midi, ont provoqué une indignation justifiée dans le monde entier.

La principale vidéo de l’arrestation et de l’agression de Farida par plusieurs policiers anti-émeute a été vue plus de 2,5 millions de fois. Les faits ont eu lieu aux Invalides, un site touristique populaire du centre-ville de Paris, où une manifestation de milliers de travailleurs de la santé défilait pour exiger une augmentation des salaires, du personnel et du financement des hôpitaux, sur fond de la pandémie de coronavirus qui a tué plus de 29 000 personnes dans le pays.

Farida C, infirmière de 50 ans, battue et arrêtée par la police anti-émeute mardi dernier

Alors que l’infirmière est malmenée par la police et plaide pour son médicament de Ventoline, le groupe de trois policiers lourdement armés peut être vu en train de pousser son visage contre le sol, avant de l’emmener, le visage saignant. Dans un exemple du mode opératoire standard de la police envers les travailleurs, les policiers échangent des propos dans la vidéo pour dire: «Pas de violence, nous sommes filmés».

Plus tard, une autre vidéo montre Farida en train de crier vers ceux qui regardent alors qu’elle est emmenée, et un policier lui couvrir la bouche de sa main pour l’empêcher de parler. On peut entendre un manifestant crier: «Ils l’empêchent de parler! Vous êtes censé être la police, pas la milice [fasciste]! »

Dans une autre vidéo, on voit un policier envoyer son genou dans le visage d’un manifestant qui est déjà coincée et pliée en deux par deux autres agents.

Farida a été détenue mardi soir et une manifestation a été mobilisée via les réseaux sociaux devant le commissariat de police local où elle était détenue. Le hashtag #LiberezFarida est largement partagé sur Twitter.

Alors que la vidéo se diffusait en quelques minutes en ligne, divers commentateurs de droite ont tenté d’affirmer que Farida n’avait porté une blouse blanche à la manifestation que pour se faire passer pour une soignante. Ce mensonge a été rapidement dissipé. Sa fille, journaliste à France24 et à BFM-TV, a retweeté la vidéo avec le commentaire: « Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55. »

Faisant remarquer que sa mère courrait le danger d’être agressée encore plus, ou pire, en garde à vue, citant l’exemple d’Adama Traoré – le jeune français de 24 ans tué par la police en 2016 dont la mort a inspiré des manifestations de masse des deux dernières semaines – elle a ajouté : « On ose me dire au téléphone, évidemment, ‘qu’on ne sait pas ce qui s’est passé avant ces vidéos, mais ayez confiance, si elle n’a rien fait on la relâche’. Oui, comme #AdamaTraore par exemple ? Bien sûr, « ayez confiance ». Elle est actuellement en garde à vue. Rien ne justifie de TOUTE FACON une telle interpellation. Pas quand on est désarmée, pas en blouse, pas quand on fait 1m55, pas face à autant de robocops. Non, non et non.»

Farida a été libéré ce soir-là mais est poursuivie pour « outrage », «rébellion», et « violence » sur personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT. Elle a admis avoir lancé de petits projectiles sur la police anti-émeute lourdement armée avant son arrestation, déclarant qu’elle était en colère face à l’attitude du gouvernement.

Cette agression policière impose de souligner certaines réalités fondamentales de la vie politique et sociale en France et au plan international.

D’abord, cela met par terre la prétention déjà discréditée du gouvernement Macron que la pandémie avait «unifié» tout le pays derrière les travailleurs de première ligne. Une prétention symbolisée par le spectacle écœurant de responsables de partis politiques ayant sabré les budgets de la santé pendant des décennies se joignant aux applaudissements de 20h en l’honneur du personnel soignant. En fait, derrière cette façade d’unité nationale se tiennent des intérêts de classe diamétralement opposés. Au tout premier signe de revendications de ces mêmes travailleurs de la santé pour des ressources accrues dans les hôpitaux, leur permettant de lutter contre la pandémie et de travailler dans des conditions décentes et sûres, la réponse de la classe dirigeante et de ses représentants politiques est la répression pure et simple.

La politique du gouvernement Macron ne vise pas à lutter contre la maladie mais à protéger les intérêts de la grande entreprise française, notamment par une garantie de près de 400 milliards d’euros des dettes des entreprises françaises. Le gouvernement poursuit maintenant une politique de retour au travail qui conduira à une nouvelle propagation meurtrière du virus. Il indique clairement qu’il ne permettra aucune opposition populaire à sa politique. Sa décision d’envoyer des centaines de policiers anti-émeute lourdement armés à une manifestation nationale des personnels soignants ne peut être comprise que dans ce contexte.

Malgré le soutien de masse aux augmentations de salaire des personnels soignants et à l’augmentation du financement des hôpitaux, le gouvernement Macron a déjà annoncé que toute haute de salaire des soignants serait plus que compensée par des coupes budgétaires dans le reste du secteur santé. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré le mois dernier que le gouvernement voulait mettre fin à ce qu’il appelait les «carcans » empêchant les employés de santé de travailler plus longtemps ; ce qui signifie la fin de la semaine de 35 heures. La réduction des dépenses de santé est considérée par la classe dirigeante comme nécessaire pour financer un transfert massif de richesse, puisée dans les services sociaux, vers les plans de sauvetage des riches.

L’arrestation de Farida a également lieu dans le contexte d’un mouvement mondial de travailleurs et de jeunes contre la violence policière, déclenché par le meurtre de George Floyd aux États-Unis. Ces manifestations ont produit un mouvement mondial précisément parce que la violence policière est un phénomène mondial. De la Nouvelle-Zélande à la France en passant par le Brésil, la police exerce la même fonction sociale dans la société capitaliste : la défense des intérêts de la classe dirigeante contre la classe ouvrière.

L’agression de Farida, une travailleuse d’origine maghrébine, est une preuve de plus que ceux qui sont ciblés par la violence policière sont les travailleurs de toutes ethnies et de toutes couleurs de peau. En France, les forces de police visées par les manifestations contre le meurtre d’Adama Traoré ont monté ces deux dernières années une répression de masse contre les manifestations pacifiques des Gilets jaunes et les grèves des travailleurs. Des dizaines d’entre eux ont eu des mains arrachées par des grenades assourdissantes et des yeux crevés par des tirs de balles en caoutchouc. En réponse au mouvement croissant de la classe ouvrière pour l’égalité sociale à l’international, la classe dirigeante de chaque pays organise la violence policière et renforce ses forces de répression.

Will Morrow

 

 

Article paru en anglais, WSWS, le 20 juin 2020

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Venezuela: Le côté sombre des sanctions

juin 24th, 2020 by Jesús A. Rondón

Pour avoir une bonne discussion, nous devons commencer par remettre en question l’idée socialement installée de sanctions pour nous permettre d’identifier ce qu’elles sont en réalité et leur but réel.

Dans le cadre du droit contemporain de l’Occident, parler de sanctions implique que c’est le résultat d’un processus judiciaire qui doit garantir un certain nombre de droits aux accusés. Dans le domaine politique, rien n’est plus éloigné de cet axiome. Ce qu’on appelle sanctions, ce sont en réalité des mesures coercitives unilatérales d’un État contre un autre État, ce qui comprend ses institutions, les personnes qui le représentent et les entreprises stratégiques sous son contrôle ou qui opèrent sur son territoire qu’on suspecte d’être en relations avec celui-ci ou avec une certaine politique qu’il développe.

Ces mesures sont par nature arbitraires et discrétionnaires, elles sont adaptées à une orientation politique conçue par celui qui dirige l’État que nous appellerons l’émetteur et ne sont possibles que parce qu’il sait qu’il a un avantage dans un ou plusieurs domaines comme le domaine géopolitique, économique, militaire ou politique.

Les motivations pour imposer des mesures coercitives unilatérales sont variées mais pendant ces dernières décennies, elles ont été mises en place quand l’État qui les prend est très peu soutenu par les autres États et que son influence sur eux est faible ou qu’atteindre leur but lui coûterait cher. Elles ont aussi été utilisées quand les possibilités de l’opposition politique, économique ou sociale à l’acteur politique qui gouverne une partie ou la totalité de l’État agressé sont limitées sur le terrain que ce soit à cause de ses propres capacités ou à cause du contexte dans lequel elle agit.

La mise en place de mesures coercitives unilatérales est destinée – entre autres buts – à criminaliser l’opposant politique et pour cela, elle est complétée par un récit politique de masse conçu par des entreprises de communication qui évidemment doivent être sous l’influence de l’État émetteur. En résumé, ce sont des mesures politiques qui peuvent avoir une base légale sur le territoire de l’État qui les met en place mais pas en Droit International car elles violent un principe vital : la souveraineté nationale des peuples.

Le but fondamental des mesures coercitives unilatérales est d’affecter la gouvernabilité d’un acteur politique dans un système social déterminé, c’est pourquoi elles sont variées. Il y a les mesures coercitives unilatérales politiques et les mesures coercitives unilatérales économiques qui comprennent les mesures financières et les mesures commerciales. En général, on les met en place de façon échelonnée jusqu’au blocus qui en est la forme supérieure.

En fait, les mesures coercitives unilatérales affectent la gouvernabilité, car elles limitent les capacités de relations des États des pays qui en sont l’objet qui, concrètement, voient baisser leurs rentrées d’argent et en conséquence les conditions de vie de la population qui en est la principale victime.

Dans le cas du Venezuela, les mesures coercitives unilatérales sont principalement mises en place par le gouvernement des États-Unis d’Amérique, secondé par l’Union Européenne et le Canada. De façon marginale, il y a aussi les gouvernements des pays qui forment le « Groupe de Lima » (Colombie, Équateur, Pérou, Brésil et Chili). Le gouvernement états-unien a mis en place ces mesures à partir de 2006, selon Manuel Sutherland (2020:17), et selon Oscar Shemel, déjà plus de 300 actions ont été réalisées qui ont commencé par être politiques et financières pour devenir à présent commerciales, sans oublier les actions diplomatiques et l’ingérence dans les affaires intérieures.

Ces mesures sont condamnées par la population vénézuélienne. L’institut de sondage Hinterlaces a révélé que 81 % des Vénézuéliens condamnent ce qu’on entend par sanctions qui doivent être en fait qualifiées de mesures coercitives unilatérales. Bien qu’une partie de l’opposition au chavisme insiste sur le fait qu’elles doivent continuer, elles montrent leur inefficacité politique et leur incapacité à avancer par leurs propres moyens en plus d’être déconnectées de la perception générale de la population.

Au niveau mondial, beaucoup d’entreprises de communication font partie de l’appareil de propagande au service de cette politique d’agression du Venezuela. Elles arrivent à construire un récit qui criminalise le Gouvernement bolivarien et à insérer dans ce récit des éléments qui les justifient. Pour contrecarrer cette situation, la Chancellerie du Gouvernement bolivarien du Venezuela a mis en place une stratégie de dénonciation des conséquences de ces mesures dans tous les forums mondiaux et montre tout : du coût en manque à gagner jusqu’aux conséquences sur la vie des gens.

Un des aspects du débat est l’ampleur de l’impact des mesures coercitives unilatérales. Ceux qui les mettent en place minimisent leur pouvoir mortel, relativisent l’impact sur ceux qu’elles touchent (le Gouvernement bolivarien, ses représentants et les entreprises avec lesquelles ils ont des relations commerciales) et ne parlent pas des coûts sociaux. Ceux qui n’en sont pas l’objet ont tendance à surévaluer leurs effets et à les utiliser pour justifier beaucoup d’autres problèmes.

Le Centre stratégique latino-américain de géopolitique (CELAG) a émis un rapport qui calcule le coût économique des mesures coercitives unilatérales pour le Venezuela de 2013 à 2017. Il l’estime à 350 milliards de dollars américains, c’est-à-dire au Produit intérieur brut du pays pour environ un an et demi.

En termes sociaux, selon l’expert indépendant en droits de la personne Alfred de Zayas, « on peut dire que jusqu’à présent, plus de 100 000 Vénézuéliens sont morts à cause des mesures coercitives unilatérales, des dizaines de milliers de Vénézuéliens sont morts faute d’avoir accès aux médicaments. »

Manuel Sutherland, dans un rapport réalisé pour Provea intitulé « Impact et nature réelle des sanctions économiques imposées au Venezuela » minimise les conséquences des actions des États-Unis d’Amérique, et conclut que la crise économique existait déjà et que les sanctions ne font que l’aggraver.

Le gouvernement vénézuélien représenté par le Chancelier Jorge Arreaza s’est rendu récemment à la Cour pénale internationale et a présenté une requête contre le Gouvernement des États-Unis d’Amérique. Depuis peu, la campagne « Les sanctions sont un crime » se développe au Venezuela. Elle est destinée à proposer un autre récit que le récit dominant à ce sujet.

Les conséquences des mesures coercitives unilatérales contre le Venezuela principalement mises en place par les États-Unis d’Amérique sont terribles car elles s’expriment chaque jour dans la vie des gens, mais ce ne sont pas les seules. Affirmer ce qui précède ne veut pas dire ne pas prendre en compte les erreurs du gouvernement bolivarien dans la gestion de la crise d’un point de vue historique, mais cela ne dégage pas l’État agresseur de toute responsabilité.

***

Ces mesures coercitives unilatérales ont un côté plus obscur qui est l’existence de tout un réseau dans le système financier international qui, avec une certaine permissivité de ceux qui les prennent, est fait pour percevoir des commissions qui ne pourraient pas être payées en temps normal.

Les mesures coercitives unilatérales créent la situation idéale pour que les entreprises vautours deviennent les opérateurs par excellence et prolifèrent. La conséquence pratique est que le bien que le pays peut vendre, il doit le vendre à bas prix, en dessous du prix du marché. Avec ça, il doit acheter ce dont il a besoin et par contre le payer cher. La perte nette est incroyable. On ne remet pas en question cette pratique ni les entités qui font du profit grâce à elle. Cela nous révèle une autre dimension de cette agression contre notre peuple, une façon de nous voler nos richesses.

Dans cette situation, le travail de contrôle devient plus difficile car beaucoup d’opérations sont faites en toute discrétion et souvent en marge du système institutionnel. Révéler leurs détails permet déjà à l’État émetteur de peaufiner les mesures coercitives qu’il met en place.

A ce propos, nous pouvons évoquer les accords avec le gouvernement iranien pour acheter du carburant ainsi que des pièces détachées pour les raffineries et des additifs pour sa transformation au Venezuela. Ils ont été gardés secrets et une fois rendus publics, le gouvernement des États-Unis d’Amérique a commencé à proférer des menaces contre cette opération. Combien a coûté cette opération ? Comment a-t-elle été payée ? Et d’autres questions. Ils n’ont pas eu et ils n’auront pas de réponse.

Pendant ces derniers mois, on a rendu public le fait qu’il y a des entreprises qui sont en train de mettre en place des accords destinés à échanger du pétrole contre des aliments face aux limitations auxquelles se heurte le gouvernement vénézuélien pour commercialiser sa ressource essentielle. Il n’y a pour l’instant pas de confirmation des porte-parole du Gouvernement bolivarien.

Il faut noter que même des programmes comme le programme « Pétrole contre nourriture » qui sont proposés en tant que mesures humanitaires finissent par succomber à cette logique macabre comme en Irak, en 2003, qui ne fut révélée que grâce aux dénonciations du reporter et écrivain Michael Soussan.

Jesús A. Rondón

Source pour l’article original en espagnol : Venezuela. El lado más oscuro de las sanciones, Resumen Latinoamericano, le 29 mai 2020.

Traduction : Françoise Lopez pour bolivarinfos. Révision par Claude Morin pour Mondialisation.ca

Jesús A. Rondón : sociologue vénézuélien.

L’auteur anime un blogue (http://rondonjesus.blogspot.com/) et un compte Twitter (@JesusRondonVen).

En 2012, un jeune homme éduqué en Occident a pris le pouvoir à Pyongyang ; il a décidé de transformer la Corée du Nord en un pays ordinaire où les gens peuvent mener une vie décente. Il s’appelle Kim Jong-un.

Il a tout donné pour atteindre ses objectifs.

Il a rencontré trois fois Moon Jae-in, président de la Corée du Sud, et trois fois Donald Trump, président des États-Unis.

Il a fait un voyage en train de plusieurs milliers de kilomètres en février 2019 pour se rendre à Hanoi avec l’espoir de la paix ; il a été trahi par Trump, mais il n’a pas abandonné cet espoir ; il a toujours fait confiance à Moon Jae-in ; il a été patient, puis il a été déçu.

Source : commons.wikimedia.org

Ensuite, un groupe de réfugiés nord-coréens en Corée du Sud n’a pas cessé d’envoyer des ballons de propagande anti-Kim Jong-un, insultant la dignité du leader suprême.

Sa sœur, Kim Yo-jong, a fait des déclarations violentes contre Moon Jae-in et la Corée du Sud ; elle a même promis de faire sauter le bâtiment du bureau de liaison conjoint dans la ville de Gaesung, symbole du dialogue de paix Nord-Sud.

La Corée du Nord pourrait redéployer des unités de l’armée, y compris des unités d’artillerie à longue distance, dans la ville de Gaesung et dans la région de Geumgan-san, ce qui permettrait d’éviter une confrontation militaire dans la péninsule coréenne menaçant la Corée du Sud, en particulier la région métropolitaine de Séoul où vivent 50 % des Sud-Coréens.

Cet article commence par l’épisode des tracts de propagande suivi de l’analyse des raisons cachées de la réaction violente de la Corée du Nord par l’intermédiaire de Kim Yo-jong.

Il aborde ensuite la coopération économique Nord-Sud qui est le seul moyen de surmonter la crise  de sécurité nationale actuelle.

Incidence des tracts de propagande

Du 9 avril au 31 mai 2020, un groupe radical de droite de réfugiés nord-coréens a envoyé par air et par mer plus de 10 000 tracts de propagande avec un sac de riz, un billet d’un dollar et beaucoup de sales paroles insultantes contre Kim Jong-un et la Corée du Nord.

Il y a environ 30 000 réfugiés nord-coréens, la plupart sont maintenant des citoyens sud-coréens, et certains reçoivent de l’argent des services de renseignements étasuniens et sud-coréens en inventant des histoires, fabriquées de toutes pièces sur les abus de pouvoir et les violations des droits de l’homme en Corée du Nord.

Quelques groupes radicaux travaillent pour des ONG étasuniennes qui financent l’opération d’envoi de tracts ; cette opération viole certaines lois sud-coréennes existantes et, en particulier, la déclaration de Panmunjom d’avril 2018 ainsi que la déclaration conjointe de Pyongyang de septembre 2018.

Kim Yo-jong, vice-directrice du département du front uni du Parti du travail de Corée (PTC), qui est maintenant considéré comme le commandant en second à Pyongyang, s’en est pris publiquement à la Corée du Sud pour avoir permis le lancement de tracts de propagande anti-Pyongyang.

Cependant, ses déclarations ne se limitent pas à sa colère contre les tracts de propagande; elles reflètent la frustration cumulée de la Corée du Nord face à l’inaction de Séoul et de Washington.

Son accusation était inhabituelle à plusieurs égards.

Premièrement, le ton était très agressif, traitant la Corée du Sud comme un ennemi ; elle coupait tous les canaux de communication directe, y compris les lignes militaires.   De plus, elle a demandé à l’armée de prendre des mesures appropriées contre la Corée du Sud.

Deuxièmement, ses déclarations sont rapportées depuis plusieurs jours dans Ro-DongSinmun, le journal officiel du Parti du Travail.  Cela signifie que toute la population nord-coréenne est informée de ces questions.

Troisièmement, les citoyens ont manifesté dans les rues pendant plusieurs jours et même le chef du restaurant le plus célèbre de Pyongyang a fait une déclaration très dure contre la Corée du Sud. Cela signifie que toute la population nord-coréenne est autorisée à se joindre à la campagne de dénigrement de la Corée du Sud.

Certaines des déclarations de Kim Yo-jong montrent comment les Nord-Coréens se sentent par rapport à la Corée du Sud et aux États-Unis.

« De plus en plus forts chaque jour sont les voix unanimes de tous nos concitoyens qui demandent que l’on règle définitivement nos comptes avec la racaille qui défie le prestige absolu de notre chef suprême représentant notre pays et sa grande dignité et qui fait voler des déchets sur le territoire inviolable de notre pays avec l’aide de ceux qui sont complices d’un tel vandalisme, quel qu’en soit le nombre »

Source : https://koreatimes.co.kr/www/nation/2020/06/103_291151.html

Ce qui semble avoir blessé Kim Yo-jong, ce sont ces expressions que l’on trouve dans les tracts et qui portent atteinte à la dignité et au prestige de Kim Jong-un, dont l’autorité absolue est essentielle pour diriger le pays. De plus, les messages de ces tracts portent également atteinte au prestige de la famille de Kim. Dans le passé, il y avait de nombreux tracts de propagande contre la Corée du Nord, mais ils ont rarement attaqué directement le leader et sa famille.

Kim Yo-jong blâme Moon Jae-in pour des raisons plus sérieuses.

« Si les autorités sud-coréennes ont maintenant la capacité et le courage de faire immédiatement ce qu’elles n’ont pas fait depuis deux ans, pourquoi les relations Nord-Sud sont-elles toujours dans l’impasse comme en ce moment ? »

Source : https://koreatimes.co.kr/www/nation/2020/06/103_291151.html

Cette déclaration montre à quel point la Corée du Nord a compté sur le courage de Moon Jae-in pour concrétiser sa promesse malgré l’opposition de Washington.

Il y a également eu une déclaration du ministre nord-coréen des affaires étrangères, Ri Son-gon :

« La question est de savoir s’il sera nécessaire de continuer à serrer la main à Singapour, car nous voyons qu’il n’y a rien à améliorer dans les faits dans les relations RPDC-USA simplement en maintenant des relations personnelles entre notre direction suprême et le président américain. Jamais plus nous ne fournirons au chef de l’exécutif américain un autre paquet à utiliser pour des réalisations sans recevoir aucun retour. »

Source : https://koreatimes.co.kr/www/nation/2020/06/103_291115.html 

Dans cette déclaration, nous pouvons voir à quel point la Corée du Nord est déçue par l’inaction de Washington malgré les actions sincères de Pyongyang. Mais en même temps, nous voyons que Pyongyang est toujours prêt à avoir un dialogue avec Washington.

Les vraies raisons de la réaction violente de Kim Yo-jong

L’incidence du lancement de brochures est l’une des raisons. Mais la raison la plus importante derrière le coup de fouet du Kim Yo-jong est quelque chose de plus profond ; la vraie raison est l »accumulation de la frustration causée par l’échec du dialogue de paix.

La dernière rencontre entre Kim-Trump et Moon a eu lieu le 30 juin 2019 à la DMZ. Mais aucun résultat significatif n’est ressorti de cette rencontre. Constatant le manque de volonté de Washington de poursuivre le dialogue de paix, Kim Jong-un a clairement indiqué, lors de la réunion de trois jours du Parti des travailleurs de Corée (WPK), fin 2019, que la Corée du Nord devait suivre sa propre voie pour garantir la paix et le développement économique sans dépendre de l’aide extérieure.

 

Kim Jong-un a déclaré :

« Nous pourrions même nous retrouver dans une situation où nous n’aurions pas le choix, mais où nous trouverions le moyen de défendre la souveraineté du pays et les intérêts suprêmes de l’État et de parvenir à la paix et à la stabilité de la péninsule coréenne » (https://www.38north.org/2019/01/12/rfrank010219/).

En fait, la Corée du Nord a fait de son mieux pour être plus autonome.

Kim Jong-un comptait sur le développement de la zone de développement touristique de Wonsan-Kalma, dans laquelle Kim Jong-un déversait la majeure partie des ressources disponibles. Kim Jong-un y a passé beaucoup de temps pour accélérer le projet. Mais le succès de « My Way » de Kim Jong-un dépendait beaucoup de la coopération économique Nord-Sud, comme le stipule la Déclaration de Pyongyang 9.19, signée par Kim Jong-un et Moon Jae-in le 19 septembre 2018.

La Déclaration de Pyongyang 9.19 est la synthèse des trois déclarations suivantes :

  • la Déclaration 6.15 (15 juin 2000), signée par Kim Dae-jung et Kim Jong-il,
  • la Déclaration 10.4 (4 octobre 2007) signée par Rho Moo-hyun et Kim Jong-il
  • et la Déclaration 4.27 de Panmunjom (27 avril 2018) signée par Kim Jong-un et Moon Jae-in

La Déclaration de Pyongyang comprend six sections :

  • Arrêt des activités militaires hostiles dans la DMZ et communication constante à haut niveau.
  • Une coopération économique soutenue, notamment la réouverture du complexe industriel de Gaesung (GIC) et le développement du complexe touristique de Geumgang (GTR). L’accord comprend également la coopération en matière d’épidémies et de santé publique.
  • La coopération humanitaire incluant, en particulier, le regroupement des familles séparées.
  • La réconciliation et la coopération pour la réunification de la Corée, y compris les échanges culturels et sportifs.
  • La dénucléarisation de la péninsule, y compris le démantèlement des sites d’essai des moteurs de missiles de Dongchang-ri et de la plate-forme de lancement sous l’observation d’experts étrangers, ainsi que le démantèlement permanent des installations nucléaires de Yongbyon en échange de l’uranium correspondant.
  • La visite à Séoul de Kim Jong-un.

Ce que Kim Jong-un espérait désespérément obtenir de Washington était la garantie de la non-agression des États-Unis et l’allègement des sanctions.

Mais, depuis la trahison de Trump à Hanoi, la Corée du Nord sait qu’elle ne peut plus faire confiance à Washington.

En 2018, Les dirigeants sud et nord-coréens Moon Jae-in et Kim Jong Un se sont rencontrés pour la troisième fois en un an lors d’un sommet à Pyongyang. Photo : Capture d’écran à partir d’une vidéo de RI.

Cependant, Kim Jong-un pensait qu’il pouvait faire confiance à Moon Jae-in. Après tout, sans cette confiance, les trois sommets de Moon et de Kim n’auraient pas eu lieu.

En outre, Kim Jong-un s’est rendu à Singapour le 12 juin 2018, car Moon Jae-in lui aurait dit que cela valait la peine de rencontrer Trump.

Ainsi, depuis la tromperie de Hanoi, Kim Jong-un s’attendait à ce que Moon ouvre le complexe industriel de Gaesung (GIC) et le Geumgang Tourist Resorts (GTR) ainsi que la connexion des chemins de fer.

En particulier, le GIC et le GTR ne sont pas soumis aux sanctions de l’ONU ; ils ont été fermés par le gouvernement conservateur de Lee Myong-bak et Park Geun-hye.

Malheureusement, Moon a échoué.

La question est donc de savoir pourquoi Moon n’a pas réussi à concrétiser ces projets. Pour trouver la réponse, nous devons commencer par identifier les forces invisibles qui ont empêché Moon de le faire.

Lorsque Moon a pris le pouvoir en 2017, il s’est donné deux missions. La première était l’établissement de la paix dans la péninsule coréenne et la réunification du pays. L’autre était la purification de la culture de corruption vieille de 70 ans créée par les conservateurs pro-japonais.

Pour ce faire, le gouvernement progressiste devait conserver le pouvoir le plus longtemps possible, peut-être 20 ans. Cependant, les forces conservatrices en Corée du Sud sont toujours actives et elles peuvent prendre le pouvoir, si les progressistes adoptent prématurément des politiques pro-Nord.

Avant l’élection du 15 avril 2020, le PD n’avait pas de majorité à l’Assemblée nationale et tous les efforts pour promouvoir la coopération économique Nord-Sud ont été bloqués par les conservateurs, y compris les fonctionnaires conservateurs.

De plus, les conservateurs en Corée du Sud ont été soutenus à la fois par le Japonais Shinzo Abe et par la force étatique profonde de Washington.

Dans cette situation, si Moon va un peu trop loin dans le dialogue Nord-Sud, il ne pourra pas gagner les élections d’avril ; son plan pour la paix et la lutte contre la corruption des conservateurs pourrait être compromis.

Heureusement, le parti de Moon, le DP, a remporté les élections du 15 avril 2020 et détient près des deux tiers des sièges à l’Assemblée nationale. Maintenant, Moon peut se mobiliser pour faire ce qui avait été promis.

La coopération Nord-Sud comme moyen de surmonter la crise politique actuelle

Le complexe industriel de Gaesung a été le meilleur modèle de coopération économique Nord-Sud, dans lequel le Sud fournit les capitaux et la technologie, tandis que le Nord offre des terres et une main-d’œuvre hautement qualifiée et bon marché.

Plus de 100 entreprises sud-coréennes réalisent d’énormes bénéfices et des sommes considérables qui sont versées au Trésor public nord-coréen.

Le modèle GIC sera le cadre de base de la future coopération économique Nord-Sud, le complexe touristique de Geumgang étant l’une des principales sources de revenus pour la Corée du Nord. Le Hyundai Asan est l’investisseur clé. Il sera intégré dans la nouvelle zone touristique colossale de Wonsan-Kalma, qui deviendra l’une des principales attractions touristiques mondiales.

Les liaisons ferroviaires nord-sud sur la côte ouest et la côte est sont d’une grande importance stratégique, car elles marquent le début de l’intégration de la péninsule coréenne dans l’Initiative Ceinture et Route (ICR) et dans les chemins de fer transsibériens.

En d’autres termes, le projet a pour fonction d’intégrer l’économie coréenne dans l’économie de l’Eurasie et de l’UE.

Crise du coronavirus

L’une des raisons de la réaction exceptionnellement dure de la Corée du Nord est la crise du coronavirus.

En effet, la Corée du Nord a complètement fermé en janvier le trafic transfrontalier de personnes et de marchandises, ce qui a conduit à une situation économique désespérée.

La Corée du Nord ne dispose d’aucun système de santé publique adéquat pour faire face à la crise. La Corée du Nord a besoin de la Corée du Sud pour lutter contre le coronavirus.

La crise du coronavirus, combinée à l’inaction de Moon Jae-in et au geste stupide de certains réfugiés nord-coréens, a conduit au geste violent de Kim Yo-jong.

Le président Moon Jae-in a réagi au comportement inhabituellement hostile de la Corée du Nord.

Le président Moon Jae-in a fait la déclaration suivante le 15 juin, qui marquait le 20e anniversaire de la déclaration de 6.15 signée en 2000 par Kim Dae-jung, président de la Corée du Sud, et Kim Jong-il, dirigeant suprême de la Corée du Nord :

« La déclaration de Panmunjom du 27 avril et la déclaration conjointe du 19 septembre à Pyongyang sont des promesses solennelles que le Sud et le Nord doivent tenir fidèlement. C’est un principe ferme qui ne peut être influencé par aucun changement de circonstances. »

« Notre gouvernement fera des efforts incessants pour appliquer les accords que nous avons conclus. Nous poursuivrons nos efforts pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Le Nord et le Sud doivent arrêter leurs tentatives de couper la communication, d’augmenter les tensions et de revenir à une ère de confrontation. Nous espérons que les problèmes inconfortables et difficiles auxquels les deux parties sont confrontées seront résolus par la communication et la coopération. »

(https://www.koreatimes.co.kr/www/nation/2020/06/356_291235.html)

Ces déclarations du président Moon indiquent clairement qu’il respectera les accords par la communication et la coopération.

Il a essayé de mettre en œuvre l’accord, mais il n’a pas été en mesure de le faire, en partie à cause des contraintes politiques internes et en partie à cause du manque de coopération de Washington.

Maintenant, comme nous l’avons vue ci-dessus, les contraintes politiques internes atténuent la victoire écrasante de son parti démocrate aux dernières élections générales d’avril.

Moon Jae-in fera ce qui lui a été promis, mais on ne sait pas très bien dans quelle mesure Washington coopérera avec Moon, étant donné les troubles politiques et sociaux déroutants aux États-Unis.

Il sera peut-être difficile d’obtenir le soutien de Trump, mais Moon devrait pouvoir convaincre Trump de ne pas s’immiscer dans la coopération économique Nord-Sud tant que cette coopération ne viole pas les sanctions.

Conclusion

Il est temps que la Corée du Sud ait davantage son mot à dire dans les relations Nord-Sud, qui sont beaucoup plus importantes pour les Coréens que pour les Étasuniens.

Pour résumer, je voudrais ajouter un mot pour Kim Jong-un et KimYo-jong.

La plupart des Sud-Coréens comprennent la frustration de la Corée du Nord.

Mais n’oublions pas que grâce au dialogue de paix initié par Moon Jae-in et mis en œuvre par Kim Jong-un et Donald Trump, le statut international de Kim Jong-un a été assuré et l’image de la Corée du Nord s’est grandement améliorée.

De plus, la paix est établie depuis 2018 dans la péninsule coréenne.

En ce qui concerne la coopération économique Nord-Sud, on peut se permettre un certain optimisme, étant donné la ferme détermination du gouvernement Moon  à mettre en œuvre la déclaration commune de Pyongyang.

En plus, la domination de l’Assemblée nationale par le Parti démocratique progressiste peut faciliter la politique de coopération inter-coréenne de Moon.

Enfin, la Corée du Nord ne doit pas oublier que les Nord-Coréens et les Sud-Coréens sont un même peuple qui était uni depuis plus de 4 000 ans, mais séparé depuis 75 ans.

Ils ont des drapeaux différents, mais le sang est le même.

La seule façon de résoudre les problèmes est d’unir les efforts du Nord et du Sud dans le cadre d’une coopération internationale.

Professeur Joseph H. Chung

Article original en anglais :

Dark Clouds of Military Tension Over the Korean Peninsula, North Korea Waited, Disappointed and Now Angry, le 19 juin 2020.

Traduit par Maya pour Mondialisation

Le professeur Joseph H. Chung est professeur d’économie et codirecteur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est (OAE) du Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation (CEIM) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est associé de recherche du Centre de recherche sur la mondialisation (CRG)

Sahel: le grand embouteillage

juin 23rd, 2020 by Leslie Varenne

Alors que la situation ne cesse de se détériorer au Sahel, la France se montre curieusement optimiste, tout en priant toujours l’Europe de s’investir dans l’opération Takouba. L’Union africaine, elle, prévoit de déployer 3.000 hommes, pendant que les États-Unis font pression sur l’Otan pour qu’elle intervienne dans la région.

Le 11 juin dernier, l’Élysée publiait un communiqué d’autosatisfaction incompréhensible, compte tenu de la situation dans la bande sahélo-saharienne. Le « Château » déclarait ainsi : « La victoire est possible au Sahel et c’est bien la perception qui est en train de s’installer chez nos partenaires ». Il se félicitait également des « progrès réalisés dans la lutte contre les groupes djihadistes. » Certes, ce contentement soudain intervenait après l’élimination de l’émir d’AQMI, Abdelmalek Droukel, mais, même si sa mort peut être considérée comme une victoire symbolique, elle ne changera pas la nature du conflit. Avant lui, d’autres grandes figures du terrorisme sahélien étaient tombées sous le feu des forces françaises et cela n’avait pas réduit d’un iota les capacités de nuisance de ces groupes.

Des catastrophes en cascade

Et comme s’il s’agissait de doucher l’enthousiasme élyséen, plusieurs événements extrêmement graves se sont produits ces derniers jours. Quelques heures seulement avant la rédaction dudit communiqué, dans la nuit du 10 au 11 juin, le poste de sécurité ivoirien de la ville de Kafolo, à la frontière avec le Burkina Faso, a été attaqué, entraînant la mort d’une dizaine de militaires. Cette intrusion du terrorisme en territoire ivoirien qui, étrangement, n’a pas été revendiquée, est, elle aussi, fort symbolique. Elle signifie que la menace s’étend hors du contexte sahélien, dans un pays du très stratégique golfe de Guinée. Les craintes de voir les attaques terroristes se déployer dans toute l’Afrique de l’Ouest ont été anticipées depuis longtemps, mais entre les prophéties et la réalisation, il y a une marge qui vient d’être franchie.

Le précédent de Grand-Bassam en 2016, revendiqué par AQMI, n’était pas de même nature, c’était un attentat, comme il peut s’en produire partout, y compris en Occident. À Kafolo, en revanche, les assaillants ont attaqué une base militaire, signant ainsi leur implantation dans cette zone. C’est une très mauvaise nouvelle pour la Côte d’Ivoire, mais c’est surtout dramatique pour le Burkina Faso. Le pays des hommes intègres est désormais pris en tenaille au Nord, à l’Est, maintenant à l’Ouest et en partie au Sud. Seule sa frontière avec le Ghana semble encore préservée.

Au Mali, la situation n’est pas meilleure. Le 14 juin à Diabaly, près de la frontière mauritanienne, une colonne de l’armée malienne lourdement armée est tombée dans une embuscade. Lors de cet assaut, revendiqué par la Katiba Macina d’Hamadoun Kouffa, 29 soldats ont été abattus. Les terroristes ont également récupéré du matériel, dont dix véhicules 4×4. Dans la même semaine, un groupe armé a attaqué un convoi de la MINUSMA dans le nord du pays : deux Casques bleus ont été tués et trois humanitaires ont été enlevés dans le cercle de Niono. Pour les « progrès réalisés dans la lutte contre les groupes djihadistes », il faudra encore attendre.

L’entêtement

Pourquoi alors l’Élysée a-t-il jugé opportun de publier un communiqué aussi optimiste ? La France a-t-elle tenté de rassurer ses partenaires européens, qui rechignent toujours à intégrer la Task Force Takouba ? Le 4 juin, devant la commission Défense de l’Assemblée nationale, Florence Parly, ministre des Armées, a déclaré que seuls les Estoniens et les Suédois avaient donné leur accord. Au passage, elle oubliait les Belges, dont la participation est, il est vrai, symbolique : ils enverront seulement trois militaires. Ce n’est tout de même pas très élégant diplomatiquement parlant, d’autant que ce pays a été le premier répondre à l’appel. La Grèce a annoncé le 12 juin dernier vouloir participer au groupe de travail de Takouba, sans préciser les moyens qu’elle mettra dans la corbeille. L’Italie, qui avait prononcé un non ferme dans un premier temps, a accepté de reprendre les discussions.

Florence Parly a annoncé qu’un premier détachement de 150 soldats serait déployé avant la fin de l’été. Pour autant, cette force, une de plus, ne changera pas la donne, comme le montre le déploiement des forces spéciales françaises dans la zone des trois frontières. Elles remportent certes des victoires tactiques, mais ne reprennent pas de terrain et n’empêchent pas les catastrophes en cascades de survenir. L’entêtement de Paris concernant Takouba reste donc incompréhensible, sauf si l’enjeu est moins la stabilisation de la région que de démontrer l’existence de cette « Europe plus forte, unie et solidaire » dont rêve Emmanuel Macron.

Mirage ou réalité ?

Pendant ce temps, l’Union africaine, qui ne veut pas être en reste, a prévu, elle aussi sa force de frappe pour lutter contre le terrorisme et veut mettre sur pied un contingent de 3.000 hommes. Cette annonce a été faite le 27 février dernier par Smaïl Chergui, le commissaire Paix et Sécurité de l’UA. Trois semaines plus tard, une réunion conjointe avec les pays du G5 Sahel et la CEDEAO, s’est tenue pour réfléchir aux modalités pratiques. Depuis, plus rien. Quels pays fourniront les troupes ? Comment seront-elles financées ? Où se déploieront-elles ? Comment se coordonneront-elles avec l’opération française Barkhane, Takouba, la MINUSMA ? Le mystère reste entier et l’utilité d’une force supplémentaire laisse pour le moins sceptique, même si l’UA serait légitime, sinon la plus légitime, à intervenir sur le continent.

L’Otan en embuscade ?

Le Pentagone n’a toujours pas fait savoir ce qu’il comptait faire quant à sa présence dans la région et s’il allait continuer à soutenir l’opération Barkhane. Lors d’une réunion du G5 Sahel le 26 mai, en visioconférence, l’envoyé spécial américain pour le Sahel, Peter Pham, a déclaré que son pays prendrait sa décision fin juillet. Pour autant, les États-Unis ne restent pas inactifs. Sur le plan diplomatique d’abord, en tentant d’imposer leur homme, David Gressly, à la tête de la MINUSMA pour remplacer le Tchadien Annadif Mahamat Saleh. Sur le plan militaire, un article du magazine Foreign Policy révèle que l’administration Trump ferait pression sur l’Otan pour qu’elle « ouvre des discussions sur la menace terroriste au Sahel, en vue d’envisager éventuellement une mission de l’Otan pour soutenir la stabilité régionale. » Toujours selon Foreign Policy, des responsables à Washington auraient indiqué que cette idée n’en était qu’à ses débuts, qu’elle n’était pas figée et qu’elle n’est pas un point majeur à l’ordre du jour, mais qu’une telle mission serait conforme aux demandes de Donald Trump pour que l’Alliance en fasse plus dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Pourtant, cette idée n’est pas nouvelle : cela fait maintenant un an que l’Assemblée parlementaire de l’Otan a enjoint ses États membres à jouer un plus grand rôle en Afrique.

Les armées nationales, Barkhane, Takouba, l’Otan, l’UA ? Un grand embouteillage, mais pour quels résultats ? Comme dit le proverbe :
« au milieu de tant de sages-femmes, le bébé se perd »…

Leslie Varenne

 

Cet article a été publié dans le journal en ligne Sputnik

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La « Réinitialisation mondiale »…

juin 23rd, 2020 by Mondialisation.ca

Sélection d’articles :

La pandémie du coronavirus et la guerre commerciale de Trump contre la Chine: La dépendance des États-Unis à l’égard du « Made in China ». Perturbation potentielle de l’économie étasunienne

Par Prof Michel Chossudovsky, 16 juin 2020

Les États-Unis menacent la Chine de sanctions commerciales depuis plusieurs années. Au début de l’administration Trump, en janvier 2017, Washington n’a pas seulement envisagé des mesures commerciales punitives, mais a également demandé « une enquête sur les pratiques commerciales de la Chine » axée sur les violations présumées des droits de propriété intellectuelle des États-Unis.

 

Nestlé envisage de vendre ses marques d’eau en bouteille aux États-Unis et au Canada – Qu’est-ce qui se cache derrière cette manœuvre ?

Par Franklin Frederick, 17 juin 2020

La semaine dernière, plusieurs articles ont été publiés dans la presse suisse, canadienne et américaine pour informer que Nestlé S.A. envisageait de vendre toutes ses marques d’eau en bouteille aux États-Unis et au Canada. (…) Toutefois, il semble qu’il s’agisse de bien plus qu’une simple décision commerciale : il s’agit plutôt d’une manœuvre visant à protéger de la sensibilisation du public la relation étroite entre Nestlé et le gouvernement suisse.

 

La souveraineté supranationale des États-Unis

Par Philip Giraldi, 17 juin 2020

L’un des aspects les plus inquiétants de la politique étrangère américaine depuis le 11 septembre est l’hypothèse selon laquelle les décisions prises par les États-Unis sont contraignantes pour le reste du monde, comme l’illustre parfaitement l’avertissement du président George W. Bush selon lequel « il y avait un nouveau shérif en ville ». En dehors de la période de guerre, aucune autre nation n’a jamais cherché à empêcher les autres nations de commercer entre elles…

 

Avec de tels protecteurs, plus besoin d’ennemis

Par Michel Raimbaud, 18 juin 2020

Le sinistre printemps 2020 s’estompe, laissant en héritage des multitudes hébétées. Le coronavirus n’a pas seulement suscité d’innombrables vocations de diafoirus et laissé le champ libre aux théoriciens de l’enfermement global ou aux maniaques du couvre-feu. Sa promotion au rang de tragédie du millénaire s’est faite au prix d’un matraquage médiatique insensé qui a incrusté dans les opinions mises en situation, entre autres sornettes, l’idée que le « monde d’avant » était balayé à jamais, le confinement n’étant que l’entracte permettant de changer le décor pour un « monde d’après » reconstruit sur de nouvelles bases.

 

Syrie: Les sanctions de l’Occident sont l’autre visage du terrorisme. 

Par Dr. Bachar al-Jaafari, 18 juin 2020

Ce mercredi 17 juin, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé que les États-Unis imposaient 39 nouvelles sanctions à des personnalités et entités syriennes en vertu du « Caesar Act » [1]. Des sanctions dont il a été beaucoup question la veille, dans le cadre Conseil de sécurité réuni en visioconférence et sous présidence française, tel que nous le rapporte l’organe de presse en langue française [2]. Pour l’équité et plus de précisions… ici la déclaration intégrale de l’envoyé spécial de la Syrie auprès des Nations Unies, le Docteur Bachar al-Jaafari.

 

La « Réinitialisation mondiale » (« Global Reset ») – Désactivée. « L’État profond ».

Par Peter Koenig, 19 juin 2020

Imaginez, vous vivez dans un monde dans lequel on vous dit qu’il est une démocratie – et vous pouvez même le croire – mais en fait votre vie et votre destin sont entre les mains de quelques oligarques ultra-riches, ultra-puissants et ultra-inhumains. Ils peuvent être appelés État profond, ou simplement « la Bête », ou n’importe quoi d’autre d’obscur ou d’introuvable – peu importe. Ils sont inférieurs à 0,0001%. Faute d’une meilleure expression, appelons-les pour l’instant les « individus obscurs ». Ces « individus obscurs » qui prétendent diriger notre monde n’ont jamais été élus…

 

Covid-19 – Entre normativité et subjectivité

Par Vincent Mathieu, 20 juin 2020

En lisant le texte d’Alexandre Klein « Inventer la vie après la Covid-19 », certains aspects m’ont interpellé et j’aimerais apporter quelques idées divergentes, entre autres en ce qui a trait à la normativité. Selon moi, la survenue même de la crise Covid-19 dépend en grande partie de cette question de la norme. Retournons dans le passé brièvement. Un mois avant la déclaration de pandémie H1N1 en 2009, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait modifié son système de catégorisation des pandémies en y supprimant le critère relatif à la virulence (forte mortalité, maladie grave etc.)… La Covid-19 n’aurait effectivement jamais pu être déclarée pandémique sans l’extension normative de 2009 dans la catégorisation des pandémies.

 

Un général français de haut rang annonce les préparatifs de guerres «État contre État»

Par Will Morrow, 22 juin 2020

Le chef des Forces armées françaises, le général Thierry Burkhard, a présenté mercredi un nouveau document de stratégie militaire qui marque le tournant de l’impérialisme français vers des préparatifs de guerres «État contre État» à grande échelle. Présentant le document devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, Burkhard a précisé que le plan, intitulé «Supériorité opérationnelle 2030», préparerait l’armée à des guerres contre non seulement les cibles des interventions néocoloniales françaises au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dans ces 15 dernières années, mais aussi les grandes puissances.

 

L’OTAN à la barre de la politique étrangère italienne

Par Manlio Dinucci, 23 juin 2020

Les ministres de la Défense de l’OTAN (pour l’Italie Lorenzo Guerini, Pd)) réunis en vidéoconférence les 17/18 juin, ont pris une série de “décisions pour renforcer la dissuasion de l’Alliance”. Mais personne en Italie n’en parle, ni dans les médias (réseaux sociaux compris) ni dans le monde politique, où sur tout cela règne un silence multi-partisan. Pourtant ces décisions, dictées fondamentalement par Washington et souscrites pour l’Italie par le ministre Guerini, tracent les lignes conductrices non seulement de notre politique militaire, mais aussi de notre politique étrangère.

 

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Les ministres de la Défense de l’OTAN (pour l’Italie Lorenzo Guerini, Pd)) réunis en vidéoconférence les 17/18 juin, ont pris une série de “décisions pour renforcer la dissuasion de l’Alliance”. Mais personne en Italie n’en parle, ni dans les médias (réseaux sociaux compris) ni dans le monde politique, où sur tout cela règne un silence multi-partisan.

Pourtant ces décisions, dictées fondamentalement par Washington et souscrites pour l’Italie par le ministre Guerini, tracent les lignes conductrices non seulement de notre politique militaire, mais aussi de notre politique étrangère. Avant tout -annonce le secrétaire général Jens Stoltenberg – “l’OTAN est en train de se préparer à une possible seconde vague du Covid-19”, contre lequel elle a déjà mobilisé en Europe plus d’un demi million de soldats.

Stoltenberg ne clarifie pas comment l’OTAN peut prévoir une possible seconde pandémie du virus avec un nouveau confinement. Mais il est clair sur un point : cela “ne signifie pas que d’autres défis aient disparu”. Le plus grand -soulignent les ministres de la Défense- provient du “comportement déstabilisant et dangereux de la Russie”, en particulier de son “irresponsable réthorique nucléaire, visant à intimider et menacer les Alliés OTAN”. Ce faisant ils renversent la réalité, effaçant le fait que c’est l’OTAN, la Guerre froide finie, qui s’est étendue au bord de la Russie avec ses forces et ses bases nucléaires, surtout étasuniennes. On a méthodiquement opéré, sous la régie de Washington, une stratégie visant à créer en Europe des tensions croissantes avec la Russie.

Pour décider de nouvelles mesures militaires contre la Russie les ministres de la Défense se sont réunis dans le Groupe de planification nucléaire, présidé par les États-Unis. On ne sait pas quelles décisions en matière nucléaire a souscrites le ministre Guerini pour le compte de l’Italie. Mais il est clair qu’en participant au Groupe et en hébergeant des armes nucléaires USA (utilisables aussi par notre aéronautique) l’Italie viole de Traité de non-prolifération et rejette le Traité ONU pour l’interdiction des armes nucléaires. Stoltenberg se borne à dire : “Aujourd’hui nous avons décidé de nouvelles étapes pour que la dissuasion nucléaire OTAN en Europe demeure sûre et efficiente”. Parmi ces étapes se trouve sûrement la prochaine arrivée, y compris en Italie, des nouvelles bombes nucléaires USA B61-12. L’autre “défi” croissant, dont ont parlé les ministres de la Défense, est celui concernant la Chine, qui pour la première fois est “au sommet de l’agenda de l’OTAN”. La Chine est le partenaire commercial de nombreux alliés, mais en même temps “elle investit lourdement dans de nouveaux systèmes de missiles qui peuvent atteindre tous les pays OTAN”, explique Stoltenberg. L’OTAN commence ainsi à présenter la Chine comme militairement menaçante. Simultanément elle présente comme dangereux les investissements chinois dans les pays de l’Alliance. Sur ces prémisses les ministres de la Défense ont actualisé les lignes conductrices pour la “résilience nationale”, visant à empêcher que l’énergie, les transports et les télécommunications, notamment la 5G, ne finissent sous “propriété et contrôle étrangers” (lire “chinois”).

Voilà les décisions souscrites par l’Italie à la réunion OTAN des ministres de la Défense. Elles aliènent notre pays à une stratégie d’hostilité croissante envers surtout la Russie et la Chine, en nous exposant à des risques de plus en plus graves et en déstabilisant le  terrain sur lequel reposent les accords économiques mêmes. 

C’est une stratégie à long terme, comme le montre le lancement du projet “OTAN 2030”, fait par le secrétaire général Stoltenberg le 8 juin pour “renforcer l’Alliance militairement et politiquement” en incluant des pays comme l’Australie (déjà invitée à la réunion des ministres de la Défense), la Nouvelle-Zélande, le Japon et d’autres pays asiatiques, dans une fonction clairement anti-chinoise.

Pour le projet de la Grande OTAN Mondiale 2030 a été formé un groupe de 10 conseillers, parmi lesquels Marta Dassù, ancienne conseillère de politique étrangère dans le gouvernement D’Alema avant et pendant la guerre OTAN contre la Yougoslavie, à laquelle l’Italie participa en 1999, sous commandement USA, avec ses bases et ses bombardiers.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

La Nato al timone della politica estera italiana

Édition de mardi 23 juin 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/la-nato-al-timone-della-politica-estera-italiana/ 

Traduit par Marie-Ange Patrizio

Le chef des Forces armées françaises, le général Thierry Burkhard, a présenté mercredi un nouveau document de stratégie militaire qui marque le tournant de l’impérialisme français vers des préparatifs de guerres «État contre État» à grande échelle.

Présentant le document devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, Burkhard a précisé que le plan, intitulé «Supériorité opérationnelle 2030», préparerait l’armée à des guerres contre non seulement les cibles des interventions néocoloniales françaises au Moyen-Orient et en Afrique du Nord dans ces 15 dernières années, mais aussi les grandes puissances.

Tirant une analogie avec la pandémie de coronavirus, Burkhard a déclaré que l’éruption d’une guerre majeure «ne manque que le patient zéro d’une épidémie guerrière». En d’autres termes, les conditions d’une guerre entre grandes puissances existent déjà et n’attendent que l’étincelle nécessaire pour la déclencher.

Capt. Samuel Norton, à droite, commandant du navire d’assaut amphibie USS Nassau et général Thierry Burkhard à gauche. (Wikipedia Commons)

«Le monde évolue assez vite et assez mal», a-t-il dit, pointant le rythme intensifié des conflits et une «remilitarisation sans complexe…Nous imaginions une situation en 2035…Mais en 2020 un certain nombre de cases sont déjà cochées». La France était «à la fin d’un cycle de conflictualité» marqué par les interventions dans le Sahel et en Afghanistan dans lesquelles les forces françaises bénéficiaient d’une supériorité militaire écrasante contre les populations ciblées. L’armée s’attend à de nouveaux conflits «symétriques» et «entre États», conclut Burkhard.

Dans une vidéo interne de l’armée citée par Le Monde, Burkhard a ajouté que «le moindre incident peut dégénérer en escalade militaire non-maîtrisée».

Le Monde, faisant part des déclarations de Burkhard, a cité un responsable anonyme de l’OTAN à Paris pointant une guerre avec la Russie dotée d’armes nucléaires: «Le combat futur avec la Russie ne procédera pas d’une invasion, mais peut-être d’une erreur de calcul qui nous entraînera». La conclusion tirée par le responsable a été que «l’armée de terre française devra se concentrer sur ses capacités de dissuasion», c’est-à-dire ses armes nucléaires, et «toujours se tester et innover sous la pression, développer ses feux et interopérabilité et ses défenses antimissiles…»

La conclusion tirée par Burkhard dans sa présentation de l’état géopolitique du monde a été que la France doit entreprendre un renforcement massif dans chaque domaine de ses forces armées. D’ici 2030, elle doit «endurcir l’armée de terre pour qu’elle soit prête d’emblée à des engagements plus difficiles» et des «chocs», a-t-il dit. Cela ne veut pas dire se préparer à refaire mai 1940», lorsque l’armée française fut battue dans la Seconde Guerre mondiale, «car il faut mieux combiner les effets cyber et informationnels».

Le général et les membres réunis du comité de la défense n’ont pas précisé les implications de cette invocation d’une nouvelle guerre mondiale, qui aujourd’hui se transformerait rapidement en un embrasement nucléaire qui éclipserait dans le nombre de morts les plus de 85 millions de personnes tuées au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le Monde, citant la déclaration de généraux anonymes, a noté que le terme de «masses» était revenu dans le vocabulaire militaire. «Ils ont fait remarquer que le canon César de 155 mm avait tiré plus de 20.000 coups en trois ans en Irak, ou encore qu’il a fallu à la coalition internationale une force de 90.000 soldats pour expulser 15.000 djihadistes de Mossoul. L’armée de terre d’active n’augmentera pas … Mais elle devra puiser des forces plus significatives dans la réserve».

La référence à Mossoul – une ville détruite par la coalition dirigée par les États-Unis en 2017 lors d’une offensive que le général américain James «Mad Dog» Mattis a qualifiée de «guerre d’anéantissement», tuant jusqu’à 40 000 personnes – révèle l’ampleur des crimes en préparation par l’armée française.

Le plan contient de nombreuses références à la nécessité d’augmenter le nombre de soldats via le recrutement de jeunes, se référant au Service national universel (SNU) réintroduit par le président Macron, qui comprend la possibilité de passer son service obligatoire dans l’armée. Sous le titre, «Une ambition Terre pour la jeunesse», il déclare vouloir «Avec l’appui de la réserve, s’investir dans le service national universel (SNU) pour en exploiter toutes les opportunités». Sa réintroduction a été soutenue par l’ensemble de l’establishment politique, y compris la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Avant cette dernière annonce, l’armée française procédait déjà à un renforcement militaire parallèlement à son intervention néocoloniale au Sahel, où 5.000 soldats français sont déployés. En septembre 2019, le budget des forces armées a augmenté de 1,7 milliard d’euros à 37,5 milliards d’euros par an, soit une augmentation de 4,5 pour cent. Néanmoins, Burkhard a déclaré que même cela était insuffisant, se plaignant que l’armée était dirigée par une «mentalité d’entreprise» et déclarant que «l’efficacité signifie un manque de résilience».

En juillet de l’année dernière, le gouvernement Macron a annoncé la création d’un nouveau commandement militaire de l’espace, y compris le déploiement d’une nouvelle génération de satellites équipés de caméras visuelles pour identifier et finalement détruire les satellites des puissances rivales. Cette annonce faisait partie des préparatifs français pour faire la guerre aux grandes puissances, qui dépendent fortement de la technologie des satellites pour leurs opérations.

Le coût de ce programme de renforcement militaire va être extrait de la classe ouvrière en France et à l’étranger, à la fois sous forme de destructions et de décès en conséquence de la réduction des services sociaux pour financer le transfert de ressources à l’armée. Au sein de la classe ouvrière, cependant, il n’y a aucun soutien pour les plans mégalomaniaques de la classe dirigeante pour la domination impérialiste française et les guerres pour les sphères d’influence.

Will Morrow

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Samedi, une réunion en ligne a permis d’obtenir de plus amples informations sur l’opération de surveillance illégale menée contre Julian Assange alors qu’il était réfugié politique à l’ambassade de l’Équateur à Londres.

L’espionnage, clairement orchestré par la Centrale de renseignement américaine (CIA), faisait partie de la chasse aux sorcières qui a abouti à l’arrestation du fondateur de WikiLeaks par la police britannique en avril de l’année dernière. Elle souligne l’illégalité de toute la procédure judiciaire britannique en vue de l’extradition d’Assange vers les États-Unis, où il risque la prison à vie pour avoir révélé les crimes de guerre américains.

L’événement était la dernière réunion «Free the Truth» organisée par l’universitaire britannique Deepa Driver, dans le cadre de la campagne pour la liberté d’Assange. Il s’est tenu en collaboration avec le groupe «Don’t Extradite Assange» et a été diffusé en direct sur «Consortium News».

La réunion a débuté par un message préenregistré de Jennifer Robinson, l’une des avocates d’Assange, qui a fait remarquer que la surveillance des réunions entre le fondateur de WikiLeaks et son équipe juridique constituait une violation du secret professionnel. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, a répété son avertissement selon lequel Assange n’a aucune perspective de procès équitable s’il est envoyé aux États-Unis.

Une discussion entre Assange et l’avocat Geoffrey Robertson, espionnée illégalement par UC Global

Driver, qui présidait la réunion, a exprimé sa «solidarité» envers les manifestations internationales de masse déclenchées par le meurtre brutal de George Floyd par la police américaine. Comme le WSWS l’a noté, les mêmes institutions étatiques qui ont attaqué les manifestants aux États-Unis et dans le monde entier ont été le fer de lance de la tentative de réduire Assange au silence. Assange lui-même a contribué à jeter la lumière sur la violence militaire et d’autres violences étatiques. Cela montre la relation profonde et continue entre l’escalade des attaques contre les droits démocratiques – y compris la liberté de la presse – et les tentatives des gouvernements de réprimer l’opposition sociale et politique croissante.

Le sujet de la réunion a été motivé par les révélations de Max Blumenthal dans un article de Grayzone du mois dernier, détaillant les liens étendus entre ceux qui espionnent Assange et des personnalités proches du gouvernement américain du président Donald Trump et de la CIA.

Lors de la réunion, Blumenthal a exposé ses conclusions, basées en partie sur des documents judiciaires dans une affaire judiciaire espagnole intentée par Assange contre la société de sécurité UC Global. Assange et ses avocats affirment que UC Global, que le gouvernement équatorien avait engagé pour gérer la sécurité de son ambassade à Londres, a conclu un accord secret avec la CIA pour surveiller Assange.

Blumenthal a expliqué que l’accord se constitua en 2016, lorsque le directeur d’UC Global, David Morales, a assisté à une foire de la sécurité à Las Vegas. Morales aurait rencontré des membres de l’équipe de sécurité de Las Vegas Sands, un casino et une station balnéaire appartenant au milliardaire Sheldon Adelson, qui a servi d’intermédiaire aux services de renseignement américains.
Sheldon Adelson en 2010 (Wikimedia Commons)

Adelson est un donateur républicain de premier plan et un partisan de Trump. Des documents mis au jour par Blumenthal indiquent que Las Vegas Sands a déjà servi de façade à des opérations de la CIA. Des agents de renseignements américains utilisaient son casino de Macao pour espionner et piéger des fonctionnaires chinois dès 2010.

Citant des témoignages d’anciens employés d’UC Global, Blumenthal a révélé que Zohar Lahav, un Israélien-américain qui était le meilleur garde du corps d’Adelson, avait recruté Morales. Lahav travaillait sous les ordres de Brian Nagel, un ancien directeur associé des services secrets américains qui a reçu des félicitations officielles de la CIA. Nagel avait auparavant travaillé sur les détails de sécurité des présidents George H. W. Bush et Bill Clinton, ainsi qu’avec des services de protection étrangers, ce qui souligne ses liens avec le gouvernement à haut niveau.

Cette surveillance, qui témoigne du rôle du gouvernement américain dans l’orchestration de l’espionnage, a coïncidé avec la révélation par WikiLeaks des opérations mondiales de piratage effectuées par la CIA au début de l’année 2017. En février de cette année-là, Morales s’est rendu à Alexandria, en Virginie, près du siège de la CIA.

À son retour, il a demandé au personnel d’UC Global d’installer des caméras et des microphones cachés dans l’ambassade, et de recueillir les données de tous les visiteurs d’Assange. Il a ordonné qu’un flux en direct du matériel de surveillance soit mis en place pour «nos amis américains». Cela aurait permis à l’État américain d’espionner les préparatifs d’Assange pour se défendre des accusations d’espionnage de la loi américaine sur l’espionnage auxquelles il est maintenant confronté.

UC Global aurait également été impliqué dans des «mesures actives» qui visaient à détruire Assange.

À titre d’exemple, Blumenthal a expliqué que le 20 décembre 2017, Assange a rencontré Rommy Vallejo, le chef des services de renseignements équatoriens. Ce briefing était la dernière étape d’un plan qui visait à ce qu’Assange quitte l’ambassade le jour de Noël, alors que la présence de la police britannique à l’extérieur du bâtiment avait diminué. Assange devait utiliser les protections contenues dans la Convention de Vienne, en se faisant nommer diplomate de l’Équateur ou d’un gouvernement sympathisant, comme la Serbie ou la Bolivie.

Un jour plus tard, le 21 décembre, le ministère américain de la Justice a lancé un mandat d’arrêt international contre Assange, sabordant le plan dans une démarche clairement basée sur la surveillance de UC Global.

Blumenthal a expliqué: «C’est important de détailler ce qui s’est passé en décembre 2017, car c’était la fin d’un chapitre, où Julian aurait pu effectivement quitter l’ambassade et où cette saga aurait pris fin, mais il ne l’a pas fait. C’était précisément à cause de cette opération d’espionnage».

Max Blumenthal s’exprimant lors de la réunion

Blumenthal a détaillé d’autres opérations, dont la surveillance de Baltasar Garzón, le chef de l’équipe juridique internationale d’Assange. Quelques semaines après que des agents d’UC Global l’aient suivi, le bureau espagnol de Garzón a été cambriolé par trois hommes cagoulés le 18 décembre 2017. Ils semblaient être à la recherche de documents. À peu près au même moment, un fonctionnaire équatorien a été dévalisé sous la menace d’une arme à feu alors qu’il portait des documents relatifs à la tentative d’Assange de quitter l’ambassade.

Morales a discuté avec ses subordonnés des plans de l’ambassade pour que les portes restent ouvertes afin de permettre l’enlèvement d’Assange, et a évoqué la possibilité d’empoisonner le fondateur de WikiLeaks. Lorsque la police espagnole a fait une descente au domicile de Morales l’année dernière, elle a trouvé deux armes de poing sans numéro de série.

Blumenthal a déclaré que Morales s’était décrit comme un «vrai mercenaire», en précisant qu’il exécutait les ordres de ses bailleurs de fonds américains. Ce qui a été révélé était un «réseau criminel mondial, manifestement dirigé par la CIA, qui visait des avocats et des journalistes, et qui minait complètement la liberté d’expression dans le monde entier, tout cela pour détruire un éditeur qui les gênait».

L’ancien diplomate équatorien Fidel Narvaez a déclaré lors de la réunion que «l’important dans l’enquête de Max, c’est que nous arrivions aux plus grands criminels, aux maîtres de toute cette affaire». Adelson était un «poisson de taille moyenne». Mais, les «gros poissons» de l’opération étaient le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui était directeur de la CIA en 2017, et d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement Trump.

Narvaez a noté que l’espionnage d’UC Global a violé les droits, non seulement d’Assange, mais de dizaines d’avocats, de politiciens, de journalistes et de célébrités qui ont visité l’ambassade. La société a également joué un rôle central dans la promulgation de fausses déclarations selon lesquelles Assange était un «invité difficile» et se disputait avec le personnel de l’ambassade.

La journaliste d’investigation italienne Stefania Maurizi a expliqué qu’UC Global avait piraté son propre téléphone portable et ses données professionnelles lorsqu’elle avait tenu des réunions avec Assange à l’ambassade. Elle a placé ses opérations dans le contexte d’une campagne prolongée de l’État américain qui avait commencé en 2008 et qui visait à détruire WikiLeaks en cherchant à l’empêcher de communiquer de manière sécurisée avec ses sources.

Stefania Maurizi s’adressant à l’événement en ligne

Au cours de l’événement, Blumenthal a déclaré que l’un des aspects les plus importants de son enquête était la réponse discrète de la presse bourgeoise. «Aucun journaliste grand public n’a osé toucher à cette histoire», a-t-il expliqué. Cela inclut le New York Times et le Washington Post, dont les propres reporters ont été espionnés par UC Global à l’ambassade. Blumenthal a noté que si le gouvernement russe de Vladimir Poutine avait mené une opération d’espionnage similaire, cela aurait fait la une des journaux.

La complicité des médias dans la persécution d’Assange comprend son silence sur les dangers auxquels il faisait face dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, où il reste détenu bien qu’il n’ait été reconnu coupable d’aucun crime. Les médecins ont averti qu’Assange est particulièrement vulnérable à la pandémie de coronavirus qui balaye les pénitenciers britanniques en raison de ses problèmes médicaux qui découlent précisément de sa persécution qui dure depuis dix ans.

Le journaliste d’investigation John Pilger a rapporté dimanche un autre aspect du traitement brutal d’Assange. Il a tweeté: «Julian Assange est en isolement, il n’a pas droit aux visites. Il a commandé une radio au catalogue de la prison il y a six mois. Un ami lui a également commandé une radio et les autorités l’ont retournée, sans l’ouvrir. Même les otages de Beyrouth Waite, Keenan et McCarthy pouvaient écouter la radio. C’est de la torture».

Oscar Grenfell

 

Article paru en anglais, WSWS, le 15 juin 2020

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Nixon-Trump contre la stratégie de la tension

juin 22nd, 2020 by Pepe Escobar

Nixon 68 revient en force, avec le Président Trump se posant en garant/exécutant de la Loi et l’Ordre.

Ce slogan a assuré son élection à Nixon et a été imaginé par Kevin Phillips, alors expert en « modèles de vote ethniques».

Philips est un cas très intéressant. En 1999, il a été l’auteur d’un livre qui a fait date : « La Guerre des Cousins : Religion, Politique et le Triomphe de l’Anglo-Amérique », où il retrace comment un « petit royaume des Tudor » a fini par établir une hégémonie mondiale.

La division de la communauté anglophone en deux grandes puissances – « une aristocratique, « choisie » et impériale, et une démocratique, « choisie » et manifestement au destin contrôlé », comme Philips l’établit à juste titre – a été accomplie par, quoi d’autre, un triptyque de guerre : la Guerre Civile Anglaise, la Révolution Américaine et la Guerre Civile Américaine.

Aujourd’hui, nous sommes peut-être au seuil d’une quatrième guerre – avec des conséquences imprévisibles et inédites.

Dans l’état actuel des choses, nous nous trouvons face à un conflit à mort de modèles : le MAGA contre un système exclusif contrôlé par la Fed/Wall Street/Silicon Valley.

MAGA – qui est une reprise du rêve américain – ne peut tout simplement pas se réaliser lorsque la société est vicieusement polarisée, que de vastes secteurs de la classe moyenne sont complètement effacés et que l’immigration de masse provient du Sud Global.

En revanche, la Fed, en tant que fonds spéculatif de Wall Street, rencontre le modèle de la Silicon Valley, une concoction extrêmement élitiste des 0,001%, qui dispose d’importantes marges de manœuvre pour prospérer.

Le modèle est basé sur un monopole d’entreprise encore plus rigide ; la prééminence des marchés de capitaux, où un boom de Wall Street est garanti par le rachat de sa propre dette par le gouvernement ; et la vie elle-même régulée par les algorithmes et le Big Data.

C’est le Meilleur des Mondes rêvés par les maîtres techno-financiers de l’univers.

Les malheurs du MAGA de Trump ont été aggravés par une piètre manœuvre géopolitique en tandem avec la Loi et l’Ordre : sa campagne de réélection sera sous le signe de « la Chine, la Chine, la Chine ». En cas de problème, blâmez un ennemi étranger.

Cela vient de l’opportuniste déchu en série Steve Bannon et de son acolyte milliardaire chinois Guo Wengui, ou Miles Guo. Les voici en mode Statue de la Liberté annonçant leur campagne de guerre de l’info sans retenue pour diaboliser le Parti Communiste Chinois (PCC) afin de « libérer le peuple chinois ».

L’argument préféré de Bannon est que si sa guerre de l’info échoue, il y aura une « guerre cinétique ». C’est absurde. Les priorités de Pékin sont ailleurs. Seuls quelques Docteurs Strangelove néoclassiques envisageraient une « guerre cinétique » – comme une frappe nucléaire préventive contre le territoire chinois.

Alastair Crooke a magistralement montré comment le jeu géoéconomique, selon Trump, consiste avant tout à préserver la puissance du dollar américain : « Sa principale préoccupation serait de voir une Europe ombilicalement liée au poids financier et technologique qu’est la Chine. Cela, en soi, présagerait effectivement d’une autre gouvernance financière mondiale ».

Mais il y a aussi le syndrome du Guépard : « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». Arrive le Covid-19 comme un accélérateur de particules, utilisé par les maîtres de l’univers pour modifier un peu les « choses » afin qu’elles restent non seulement comme elles sont, mais que la mainmise du maître sur le monde se resserre.

Le problème est que le Covid-19 se comporte comme un ensemble d’électrons libres – incontrôlables -. Cela signifie que personne, même les Maîtres de l’Univers, n’est capable de peser toutes les conséquences d’une crise financière/sociale aggravée et incontrôlable.

Décortiquer Nixon-Trump

Le Russiagate, aujourd’hui totalement démystifié, s’est en fait révélé être un coup d’État : une non-révolution colorée se transformant en Ukrainegate et en fiasco de l’impeachment. Dans ce jeu de moralité au scénario médiocre et sans preuves avec des nuances de Watergate, Trump a été choisi par les Démocrates pour incarner Nixon.

Grosse erreur. Le Watergate n’a rien à voir avec quelques journalistes audacieux et célèbres d’Hollywood. Le Watergate représentait le complexe industrie-militaire-sécurité-médias qui s’en prenait à Nixon. Deep Throat et d’autres sources provenaient de l’intérieur de l’État Profond. Et ce n’est pas par hasard qu’ils dirigeaient le Washington Post – qui, entre autres rôles, joue à la perfection le rôle de porte-parole de la CIA.

Trump est une toute autre affaire. L’État Profond le garde sous contrôle. Il suffit de regarder le bilan : plus de fonds pour le Pentagone, 1 000 milliards de dollars d’armes nucléaires flambant neuves, des sanctions permanentes contre la Russie, des menaces incessantes aux frontières occidentales de la Russie, des efforts (ratés) pour faire dérailler le Nord Stream 2. Et ce n’est qu’une liste partielle.

Ainsi, du point de vue d’un État Profond, le front géopolitique – l’endiguement de la Russie et de la Chine – est assuré. Sur le plan intérieur, c’est beaucoup plus compliqué.

Bien que Black Lives Matter ne menace pas le système, même de loin, comme les Black Panthers dans les années 60, Trump pense que son propre la Loi & l’Ordre, comme Nixon, prévaudra à nouveau. La clé sera d’attirer le vote des femmes blanches des banlieues. Les sondeurs républicains sont extrêmement optimistes et parlent même d’un « raz-de-marée ».

Il faut cependant comprendre le comportement d’un vecteur supplémentaire crucial : ce que veulent les entreprises américaines.

Lorsque l’on examine qui soutient Black Lives Matter – et les Antifas – on trouve, entre autres, Adidas, Amazon, Airbnb, American Express, Bank of America, BMW, Burger King, Citigroup, Coca Cola, DHL, Disney, eBay, General Motors, Goldman Sachs, Google, IBM, Mastercard, McDonald’s, Microsoft, Netflix, Nike, Pfizer, Procter & Gamble, Sony, Starbucks, Twitter, Verizon, WalMart, Warner Brothers et YouTube.

Ce who’s who suggère un Trump complètement isolé. Mais nous devons ensuite nous pencher sur ce qui importe vraiment, la dynamique de la lutte des classes dans ce qui est en fait un système de castes, comme le soutient Laurence Brahm.

Black Lives Matter, l’organisation et ses ramifications, est essentiellement instrumentalisée par des intérêts commerciaux sélectionnés pour accélérer leur propre priorité : écraser les classes ouvrières américaines dans un état d’anomie perpétuelle, alors qu’une nouvelle économie automatisée se met en place.

Cela peut toujours se produire sous Trump. Mais ce sera plus rapide sans Trump.

Ce qui est fascinant, c’est la façon dont ce scénario de stratégie de tension actuelle est développé comme une révolution de couleur classique de la CIA/NED.

Un grief incontesté et authentique – sur la brutalité policière et le racisme systémique – a été complètement manipulé, arrosé de fonds considérables, infiltré et même utilisé comme arme contre « le régime ».

Le simple fait de contrôler Trump n’est pas suffisant pour l’État Profond – en raison de l’instabilité maximale et du manque de fiabilité de sa personne narcissique démentielle. Ainsi, dans une autre ironie historique inestimable, « Assad doit partir » s’est métastasé en « Trump doit partir ».

Le cadavre au sous-sol

Il ne faut jamais perdre de vue les objectifs fondamentaux de ceux qui contrôlent fermement cette assemblée de pantins achetés et payés au Capitole : toujours privilégier Diviser pour Régner – sur les politiques de classe, de race, d’identité.

Après tout, la majorité de la population est considérée comme sacrifiable. Que les personnes instrumentalisées jouent leur rôle à la perfection, totalement légitimées par les médias traditionnels, aide considérablement. Personne n’entendra Black Lives Matter grassement financé, s’attaquer au véritable cœur du problème : la réinitialisation du projet de néolibéralisme prédateur restauré, à peine débarrassé de son vernis de néofascisme hybride. Le projet est la Grande Réinitialisation qui sera lancée par le Forum Économique Mondial en janvier 2021.

Il sera fascinant de voir comment Trump traitera ce remake du « Summer of Love » du Maidan transposé à la commune de Seattle. L’allusion des cercles de l’équipe Trump est qu’il ne fera rien : une coalition de suprémacistes blancs et de gangs de motards pourrait s’occuper du « problème » le 4 juillet.

Rien de tout cela n’adoucit le fait que Trump se trouve au cœur d’un ouragan de feux croisés : sa réaction désastreuse au Covid-19, les effets dévastateurs à venir de la Nouvelle Grande Dépression et ses insinuations indiquant ce qui pourrait se transformer en loi martiale.

Pourtant, la légendaire maxime hollywoodienne – « personne ne sait rien » – prévaut. Même en se présentant avec un semi-cadavre dans un sous-sol, les Démocrates pourraient gagner en novembre simplement en ne faisant rien. Pourtant, il ne faut jamais sous-estimer Tréflon Trump. L’État Profond peut même se rendre compte qu’il est plus utile qu’ils ne le pensent.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais :

Nixon-Trump vs. the Strategy of Tension

Strategic Culture Foundation, le 18 juin 2010

Traduit par Réseau International

Ce texte est tiré d’une note acheminée le 17 avril dernier à un membre de l’équipe de crise du Premier ministre du Québec François Legault.

La courbe de contamination pour la COVID-19 semble dorénavant sous contrôle.  Y aura-t-il ou n’y aura-t-il pas de seconde vague?  Peut-on dorénavant parler d’immunité collective? et de fin de la pandémie en vue?  Il est trop tôt!

Mais une chose est certaine, il n’est pas trop tôt pour tenter de comprendre pourquoi le Québec s’est classé parmi les pires pays en termes de mortalité par 100 000 habitants.  Au Canada, nous avons le pire bilan.  On est pourtant abasourdis de voir les gestionnaires de la crise satisfait de la mission accomplie.  

Mais bon Dieu, comment est-ce possible?  Près de 5 000 québécois âgés sont morts prématurément dans les derniers mois, et ce serait une réussite.   La faute d’un système négligé?  Un système déficient pour lequel personne ne prendra la moindre responsabilité en serait la cause.  On « flirt » avec le ridicule ici.

Improvisation mixte:

Le premier phénomène curieux auquel nous avons pu assister, c’est celui du premier ministre Legault continuellement obligé d’improviser en conférence de presse.  Incapable d’étayer devant les médias un plan de match crédible autre que la distanciation physique et le lavage des mains pour prendre le contrôle de la situation? La lutte à la pandémie a semblé un vaste exercice de relations publiques, rien de plus. 

Au moment où émerge la crise des CHSLD, on sait que s’annonce une tragédie; et le cafouillage se poursuit.  On assiste à des demandes répétées pour « des bras »; du personnel supplémentaire…  Le personnel médical est frappé par milliers, la maladie fait son oeuvre.  Et on lance des appels désespérés à la population générale, aux médecins spécialistes, puis à l’armée?

Mais le problème à ce moment est beaucoup plus grave que le simple manque de main d’œuvre.  Le problème c’est l’absence criante des mesures les plus élémentaires pour contrôler l’épidémie issue de la pandémie mondiale.  On a l’impression qu’aucun spécialiste en intervention terrain n’a été contacté.  On doit éloigner la menace directe aux intervenants. C’est la priorité absolue dans toute épidémie.   Rien en ce sens n’est mis en oeuvre.  Tous les spécialistes qui interviennent depuis des décennies dans de nombreuses situation d’épidémie le diront.  Dès les premiers signes de contagion, les patients infectés doivent être séparé physiquement des patients non infectés.  Les lamentations du Premier Ministre contre la lenteur de la mobilisation illustre l’impuissance, la manque de préparation et de plans d’intervention sérieux face à la tragédie qui se déploie sous nos yeux.

Lorsqu’on apprend que le gouvernement a refusé l’aide d’une sommité mondiale dans l’intervention en situation d’épidémie, c’est le choc.  Comment concevoir que le Dr Arruda puisse être responsable de la coordination de la santé publique, en même temps que responsable de la réaction en situation de crise dans les CHSLDs.  Pourquoi l’offre du Dr Joanne Liu; ancienne directrice de MSF a-t-elle pris tant de temps à être retenue? Nous avons une personne ressource qui a été au front de la lutte contre des épidémies importantes, qui a l’expérience terrain avec la terrible Ébola…  La première suggestion qu’elle fera, diplomatiquement, sera celle de séparer les patients infectés des patients sains.

Appel à l’armée, les pouvoirs civils débordés:

Mais le moment clé de cette crise, le moment charnière pour révéler le niveau de désorganisation, et l’absence de plan pour réagir à la crise, c’est le 22 avril.  Le jour où le Premier Ministre fait officiellement appel « A l’aide médicale de l’armée ».  Il devient évident que le « war room » de Legault est dépassé par les événements, et ne sait même pas quoi demander au gouvernement fédéral.  C’est la preuve de l’absence d’un plan de contingence qui fait l’inventaire des ressources disponibles et de leur rôle possible. Legault qui demande des « médics » à l’armée???   On rêve là!  Et le Fédéral qui répond avec quelques centaines de militaires qui prendront plusieurs jours à se déployer, en situation de mesures d’urgences, on est dans le délire….

Il y’a plus de 60 000 militaires, et probablement plus de 60 000 autres civiles qui travaillent pour les forces au Canada. La demande de Legault envers l’armée canadienne d’obtenir personnel médical illustre parfaitement l’incompréhension totale du rôle que les ressources humaines, et la puissance logistique de l’institution peuvent jouer!  L’armée grâce à ses équipements est en mesure de stopper net la propagation, mais nos dirigeants ne le réalisent pas.

Puis notre valeureuse équipe de gestion de crise Aruda, McCann et Legault en rajoute en réitérant un appel désespéré aux médecins spécialistes à contribuer à la cause humanitaire des CHSLD; et on ajoute des primes comme si l’argent était une solution mais toujours sans sécurisation des lieux?  On apprendra par la suite que du personnel d’agence et des préposés à statut précaires sans formation ont été des vecteurs de transmission incontrôlés, oeuvrant de Centres en centres, et se déplaçant de zones froides, à zones tièdes, à zones rouges.  Exactement ce que les spécialistes savent qu’il ne faut pas faire!

Sans plan pour contenir la maladie le risque est grand avec les soldats et les médecins, d’étendre la contamination!  Cette chronologie des événements est tragique et démontre le niveau incroyable d’improvisation de dirigeants en place.   On est au cœur de la raison qui explique le nombre élevé de décès dans cette crise au Québec.

Ce que les professionnels de l’humanitaire savaient.

Pourtant, ce qui doit être fait en temps d’épidémies est connu depuis des lustres par les agences internationales, et de nombreux coopérants canadiens qui ont vécu ces crises pourront le confirmer.  Il fallait rapidement:

1- SÉCURISER LES SITES: Une planification adéquat aurait indiqué qu’il fallait isoler la menace! C’est la première chose qu’on vous enseigne dans les formations en sauvetage et en premiers soins.  Si vous n’éloignez pas la menace, vous ne serez plus un aidant, mais une autre victime.  Il fallait donc sortir au plus vite les COVID de nos CHSLDs; il fallait mettre les résidents contaminés dans des cliniques de campagne montées par l’armée. Les militaires peuvent faire ça rapidement, ce sont des experts en logistique.  D’ailleurs c’est le premier geste que la Croix Rouge a posé à Verdun pour contrôler la contamination à l’hôpital LaSalle.  L’initiative a pourtant levée un curieux scepticisme.

2- ZONES ROUGES AUTONOMES: Un tel plan aurait décrit la force logistique de l’armée capable de créer rapidement des installations alternatives de soins autonomes pour les gens infectés.  Des installations physiquement autonomes en termes de transport ambulancier, alimentaire, sanitaire et en unité de décontamination. Il fallait créer une distance urgente entre les patients infectés et les non infectées, une barrière infranchissable pour le virus.  Sortir la contamination des CHSLDs pour faciliter la tâche des intervenants et stopper leur contamination massive.   Les militaires sont les mieux équipés et entraînés en termes de capacité de protection individuelle, et de décontamination.  Pourquoi n’a-t-on jamais eu recours à cette expertise?  Pourquoi l’isolation physique, la première mesure à mettre en place ne s’est-elle jamais matérialisée?  On travaillait à l’aveuglette.

3- DÉCONTAMINATION SYSTÉMATIQUE: Un plan de contingence aurait déterminé la priorité.  Ainsi les militaires pouvaient dès le premier appel de Legault, moment où le nombre de sites et de patients infectés était encore contrôlable, auraient pu créer de véritables barrières sanitaires.  Comme la Croix-Rouge l’a fait on pouvait utiliser des arénas et des tentes de campagnes, ou au besoin des centres communautaires, des hôtels ou d’autres installations pour créer ces sanatoriums temporaires.  Ces mesures sont bien connues, c’est ce qu’on faisait du temps de la terrible tuberculose, entre 1850 et 1950 au Canada.  On parle donc de mesures bien connues et appliquées par les coopérants internationaux, établir des lieux distants des patients sains; munis d’un poste de désinfection à jets pour les intervenants travaillant en zones infectées, les zones rouges.  En plus du transport, les militaires ont la tâche de décontaminer les espaces libérés : on règle les enjeux de trop grande promiscuité, et la contamination par la vétusté des bâtiments.  Puis les médics militaires « test » tous les résidents des bâtiments libérés des patients infectés. Les cas positifs vont immédiatement dans la clinique de campagne, dans les sanatoriums temporaires.  Centre après Centre, la propagation est neutralisée.

Les résident dont les conditions médicales sont trop lourdes sont acheminés dans les zones rouge des hôpitaux qui ont été tragiquement sous utilisées.  L’armée a toutes les capacités logistiques pour mettre en place une telle structure, si le besoin est correctement exprimé.  Ce qui ne fut pas le cas.

Ainsi, les médecins en zones chaudes-rouges travaillent en sécurité, ainsi que les employés en zones froides. Les guéri.e.s retournent dans les chambres désinfectées par l’armée.  Chaque sortie de zones chaude passe par un poste de désinfection active par jet ou rayonnement, de façon à éliminer toute contamination lors de la manipulation des équipements et des protections.  Comment concevoir qu’aucun poste de désinfection actif n’ait été créé tout au long de la crise?  C’est une erreur monumentale qui est aussi une cause de l’étendue de l’infection par les travailleurs de santé.

4- SAUVER DES VIES: Les plus malades sont envoyés dans les zones rouge des hôpitaux pour recevoir des soins plus intensifs.  Heureusement, en milieu hospitalier, ce genre de mesure était en place ce qui a contribué substantiellement à la protection des hôpitaux.   Comment se fait-il que les mesure s de cloisonnement des zones dans les hôpitaux ont été rapidement mis en place, plusieurs semaines avant l’éclosion, et que les CHSLD eux ont été négligés? L’absence de ces mesures élémentaires dans les CHSLD a mené à une aggravation dramatique de la crise, avec un grand nombre CHSLD qui ont atteint plus de 50 % de patients contaminés.  Un véritable fiasco, prévisible causant la mort prématurée de plus de 5 000 québécois, une situation qui pouvait de toutes évidences être évitée.

Bref!

Dès la mi-mars, avec les bonnes mesures d’urgence et un plan adéquat; il était possible bloquer net la propagation du virus dans les bâtiments.  Le travail exemplaire mais un peu tardif de la Croix-Rouge à Verdun aurait dû être un modèle reproduit sur de nombreux lieux, ce qui n’a pas été fait.   Nous savons pourtant depuis longtemps qu’en plus de souffrir de manque de personnel, un grand nombre de nos installations de soins sont vétustes et qu’il y règne souvent une promiscuité inacceptable facilitant la contamination.  Nous savons depuis les sanatoriums de la tuberculose, soit plusieurs décennies qu’il est nécessaire pour stopper une contamination de créer cette distanciation physique entre les résidents infecté et non infectés grâce à un minimum de logistique; ce qui n’a pas été fait!  On le fait maintenant, trop tard!

Qui est responsable d’un tel fiasco?  Bien entendu ceux qui ont permis la corrosion de notre système de santé.  Mais tout aussi les responsables actuels, sont ceux qui ont faillis à écouter le bon sens, et à appliquer les connaissances épidémiologiques et de soins d’urgence les plus élémentaires.

Normand Beaudet

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Michéa et l’impasse libertaire

juin 22nd, 2020 by Bruno Guigue

Dans le panorama des idées contemporaines, l’anarchisme occupe une place singulière. Ultra-minoritaire dans la société, il exerce une influence diffuse dans les sphères universitaires, notamment aux États-Unis, où des auteurs renommés comme Noam Chomsky ou David Graeber ne font pas mystère de leur adhésion à la doctrine. Que cette influence soit intellectuellement bénéfique, qu’elle contribue à mettre en question nombre d’idées reçues, que l’anarchisme constitue à certains égards un antidote respectable au libéral-conservatisme dominant est évident. Son audience s’est également élargie, en Occident, à l’occasion de la crise pandémique, l’État étant suspecté d’enfermer les populations pour asseoir sa domination et d’imposer au pauvre petit individu des restrictions insupportables. Renouant avec les analyses de Foucault, un vent libertaire a soufflé, incriminant une « biopolitique » visant à l’encasernement des corps et à la soumission des esprits, comme si le confinement, Big Brother et la vaccination obligatoire allaient accoucher d’un nouveau régime totalitaire. Ce regain libertaire justifie en tout cas qu’on revienne sur la doctrine, en se demandant si son relatif succès n’a pas son revers de la médaille, susceptible qu’il est, dans le même temps, de générer des illusions préjudiciables dès qu’il s’agit de penser les solutions alternatives. Les questions posées par l’idéologie libertaire risquent alors de demeurer sans réponse, tant il est vrai qu’elle s’interdit, précisément, de formuler les réponses qu’elles attendent.

On se souvient qu’au début du XXe siècle, les seuls moyens d’action légitimes, aux yeux des anarchistes, étaient la grève générale, l’action directe et la reprise individuelle. Instant magique où le prolétariat interrompt le cycle de l’exploitation, la grève générale, en particulier, apparait comme le concentré idéal de la révolution libertaire : portés par leur élan insurrectionnel, les ouvriers se saisissent de l’appareil productif et l’utilisent désormais pour leur propre compte. Or toute la difficulté, cela n’échappera à personne, réside dans le jour d’après. Si la grève générale suspend la production, sa reprise sous l’égide des travailleurs associés est une autre affaire. Elle nécessite une préparation et une coordination des tâches rarement réalisées dans les faits. L’expérience des soviets de 1917, puis celle des conseils ouvriers catalans de 1936 ont tourné court : non parce que les travailleurs étaient incapables de s’organiser, mais parce que les conditions de la guerre civile exigeaient la centralisation du pouvoir. Le problème de la grève générale révolutionnaire, c’est qu’elle surgit à l’occasion d’une crise qui requiert le contraire de ce qu’elle est censée inaugurer : non la libre association des travailleurs, mais la direction centralisée de la lutte. Rêvée à défaut d’être accomplie, la grève générale est condamnée à rester ce « mythe mobilisateur » dont parlait Georges Sorel : efficace pour stimuler la lutte, elle s’avère inapte à la faire aboutir.

Également prônées par l’anarchisme, l’action directe et la reprise individuelle illustrent aussi les limites de la doctrine. L’action directe, c’est l’action des travailleurs contre les exploiteurs, sans intermédiaire, classe contre classe. Les libertaires refusent la politique au motif qu’elle est corrompue par le principe d’autorité, et qu’elle soumet la lutte prolétarienne aux exigences de la lutte pour le pouvoir. Ils acceptent le combat syndical, en revanche, à condition qu’il organise l’autonomie ouvrière et rejette toute forme de compromis de classe. Si l’anarcho-syndicalisme espagnol est le seul mouvement de masse qu’ait engendré l’idéologie libertaire, la guerre civile provoquée par le pronunciamiento franquiste en a scellé le sort. Contraints d’accepter la discipline militaire, les miliciens de la CNT-FAI ont disparu avec la défaite d’une République assassinée par le fascisme et trahie par les socialistes français. Troisième forme d’action privilégiée par les anarchistes, la reprise individuelle vise à reprendre à la bourgeoisie le fruit de ses propres rapines. Justifiant le banditisme au grand cœur, elle s’est illustrée par les aventures rocambolesques de la « bande à Bonnot ». Fuite en avant dans l’action pure, elle marque le rejet de l’action collective au profit d’une révolte brute, elle fait de l’illégalité une fin en soi : le refus de l’ordre lui tient lieu de doctrine et le maniement du pistolet résume sa pratique révolutionnaire.

L’anarchisme contemporain est assurément fort éloigné de ces références qui ont plus d’un siècle et qui témoignent d’une époque révolue. Éclaté en de multiples tendances, le mouvement libertaire est aujourd’hui divisé en deux courants complètement hétérogènes. D’un côté un anarchisme intellectuel, petit-bourgeois, qui jette un regard désabusé sur la politique. De l’autre un anarchisme groupusculaire, dépourvu de toute élaboration doctrinale et ravi d’en découdre avec la police à coups de coktails Molotov. D’un côté Bookchin, Graeber et Michéa ; de l’autre, les Black Blocks, les Autonomes et les Antifas. D’un côté une théorie sans pratique, de l’autre une pratique sans théorie. Des deux côtés, le même rejet de la politique, la même répugnance pour l’État, rendu responsable de tous les maux de l’humanité. Mais si les groupes subversifs prétendent renverser la table, il n’en va pas de même des représentants de cette intelligentsia libertaire qui a ses entrées auprès de la presse bourgeoise. Elle trouve simplement que nous souffrons d’un excès de centralisation, que l’État pèse trop lourdement sur la société, que Big Brother s’insinue dans notre vie privée, et que ce serait tellement mieux si on laissait s’épanouir les initiatives locales.

C’est dans « la lignée d’un socialisme antiautoritaire et attentif aux libertés individuelles » qu’il faut replacer le combat de Proudhon et de tous ceux, dans son sillage, qui « refuseront jusqu’à l’idée même d’un socialisme d’État », écrit Jean-Claude Michéa. Pour l’auteur de Notre ennemi, le capital, un double choix s’offre à ceux qui veulent sortir du capitalisme : d’abord entre le socialisme et la barbarie, puis entre le socialisme d’en bas et le socialisme d’en haut. Dans cette perspective, les impulsions de la base sont créditées d’une vertu révolutionnaire dont le dirigisme étatique est la négation absolue. Le véritable ressort du changement, l’antidote au capitalisme effréné qui ruine la planète, c’est l’auto-organisation à l’échelon local. Communes librement fédérées, coopératives unies par le mutuellisme fourniront son ossature à la société de demain. Comment ces structures locales vont-elles traiter leurs problèmes communs ? Par une coordination qui échappera à la logique du marché, mais en évitant de confier cette tâche à une institution centrale qui pourrait devenir un embryon d’État. Ni marché, ni État, donc, mais une harmonisation spontanée des intérêts, une convergence des initiatives communautaires.

« Cette forme libertaire, ou radicalement démocratique, du socialisme originel » n’est pas opposée dans son principe à toute idée de planification économique. Mais un tel projet, s’il est « indispensable dès lors qu’on rejette l’idée d’une coordination des activités productives par la seule logique du marché », doit toujours « trouver sa source première dans l’autonomie locale et le droit corrélatif des individus à exercer un contrôle direct sur leurs conditions d’existence immédiates ». Il lui appartient ensuite de se déployer « de bas en haut et de la circonférence au centre », selon la formule de Proudhon. Cette organisation fédérale n’a pas vocation à prendre en charge les tâches que les niveaux décentralisés peuvent fort bien accomplir par eux-mêmes. Mais il en va autrement, par exemple, avec l’organisation des transports ou la répartition des matières premières. Autant de tâches pratiques, en effet, qui « soulèvent une multitude de problèmes concrets ayant donné lieu, dans le mouvement anarchiste, à d’inépuisables débats théoriques ». Mais ces problèmes sont « bien moins compliqués à résoudre, si on y réfléchit bien, que ceux qu’engendrent par définition le projet d’une planification intégrale et centralisée de la production planétaire ou, à l’inverse, celui d’un abandon complet de la vie humaine aux seules lois impersonnelles et anonymes du marché dit autorégulé ».

Ainsi Jean-Claude Michéa admet-il que l’exercice de compétences partagées par les communes fédérées n’est pas chose facile. Hormis les tentatives avortées de la Commune en 1871 et de l’anarchisme catalan en 1936, la mise en place d’une organisation unifiée sur la base de l’autonomie communale ne correspond d’ailleurs à aucune expérience historique. En tout cas, la « multitude de problèmes concrets » qu’elle soulève ne s’est jamais posée à l’échelle d’un pays. Quant aux « débats théoriques » au sein du mouvement anarchiste, ils n’ont jamais dépassé le stade de la théorie. Fascinante, également, est la façon dont Michéa conçoit les alternatives concrètes à la fédération proudhonienne des communes libres : soit la planification intégrale de la production planétaire, soit la soumission totale aux lois du marché. Bref, deux configurations parfaitement imaginaires : la première parce que cette planification supposerait un gouvernement mondial dont l’avènement est improbable, la seconde parce qu’il y a des forces qui font déjà barrage à la domination du marché.

On aimerait croire l’auteur lorsqu’il suggère que de telles forces relèvent du fédéralisme d’inspiration proudhonienne, mais est-ce bien sûr ?

« L’autonomie locale, celle qui permet aux habitants d’une localité donnée d’être le moins dépendants possible des décisions arbitraires des pouvoirs centraux ou des cours perpétuellement changeants du marché mondial, ne peut trouver son accomplissement véritable que dans le cadre d’un monde fédéral ».

Mais comment ces localités s’y prendront-elle pour résister à la pression des marchés mondiaux ? Une paisible fédération de villages est-elle de taille à affronter ce monde de brutes ? La faiblesse de la pensée libertaire, c’est qu’elle oppose un déni de réalité à ce qu’elle déteste, et qu’elle croit avoir réglé le problème en regardant ailleurs. Double aveuglement : ce n’est pas parce qu’on croit aux vertus de l’autonomie locale que le monde entier va s’y convertir, ou même laisser prospérer gentiment ceux qui s’y adonnent ; et ce n’est pas parce que l’État est l’instrument de la bourgeoisie qu’il est destiné à le demeurer éternellement. Aveugle au mouvement réel de l’histoire, la pensée libertaire refuse obstinément de voir dans l’État le seul antidote à la toute-puissance du marché. En le rejetant catégoriquement, elle préfère renoncer à la souveraineté et choisir l’impuissance politique.

« L’universel, c’est le local moins les murs » : cette formule de l’écrivain portugais Miguel Torga résume toutes les contradictions de la pensée libertaire. Car entre le local et l’universel, il y a ce que les anarchistes repoussent de leur univers mental : un État qui garantit aux communautés de base le respect de leurs prérogatives. Ils oublient que c’est la Révolution française qui a instauré les libertés locales au détriment des provinces d’ancien régime. Ils ne voient pas que les entreprises autogérées n’auraient jamais vu le jour sans un État fort, que ce soit en Yougoslavie sous Tito ou en Algérie sous Ben Bella ; qu’il n’y aurait pas d’entreprise chinoise comme Huawei, propriété de ses salariés-actionnaires, sans la tutelle d’un État socialiste. Dans les sociétés capitalistes elles-mêmes, les coopératives, mutuelles et associations n’existent qu’à l’ombre de la puissance publique dont elles relaient l’intervention. Tout se passe comme si l’aveuglement au rôle de l’État légitimait une immolation de la souveraineté sur l’autel de l’autonomie. Culte du spontané, idolâtrie du local, superstition du terroir, peu importent les motifs : pour l’anarchisme des intellectuels, le refus de la politique évite le désagrément d’avoir à se compromettre. En attendant, il reste toujours la permaculture, les ZAD et les monnaies locales.

L’anarchisme de Jean-Claude Michéa, comme celui de ses prédécesseurs, fait donc l’impasse sur la reconquête de la souveraineté. Comme le montre l’expérience historique, ce double rejet du national et de l’étatique mène tout droit à la passivité et à l’impuissance : aucune libération nationale, aucune révolution socialiste, aucune politique progressiste n’a jamais vu le jour en s’inspirant de l’anarchisme. Intellectuellement séduisant, il est politiquement inopérant. Pratiquant le grand écart entre la théorie et la pratique, il donne satisfaction à la conscience au prix d’un renoncement à agir. Si cette doctrine ne laisse à ses partisans que le rôle de spectateurs d’une histoire écrite par les autres, c’est qu’au fond ces réalisations ne les intéressent pas. A quoi bon lutter pour l’indépendance nationale, pour le développement du pays, pour construire un État populaire, puisque « l’État c’est le mal » ? Participer à une telle entreprise serait retomber dans l’ornière du « socialisme par en haut », même s’il est massivement soutenu par le peuple ; ce serait cautionner l’avènement d’une nouvelle oligarchie, même si sa politique sert les masses ; ce serait se compromettre avec une histoire équivoque, quand on rêve de transparence. Sauf que toute histoire est équivoque et qu’à condition de rester à l’écart on ne voit pas comment y entrer sans assumer cette part d’ombre qui s’attache à l’action politique.

Bruno Guigue

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Nestlé Waters un colosse aux pieds de plastiques 

juin 22nd, 2020 by Bernard Schmitt

Vittel, le 19 juin 2020

Constat

Par un communiqué de presse du 10 juin 2020 Nestlé annonce une réorientation stratégique concernant ses ventes d’eau en Amérique du Nord.

Il s’agit pour la multinationale de vendre ses marques locales (Poland Spring, Deep Park, Ozarka, Ice Moutain, Arrowhead et Pure Life) afin de pouvoir se concentrer sur ses marques de haut de gamme : San Pellegrino, Acqua Panna et Perrier (marques citées dans l’ordre du communiqué). Pour la multinationale cela conduirait à sacrifier 44% de ses ventes d’eau en Amérique du Nord soit l’équivalent annuel de 3,4 milliards de francs suisses. Au passage les gens de Vittel et Contrexéville apprécieront que leur eau ne fasse pas partie des eaux haut de gamme pour Nestlé !

Nestlé justifie cette réorientation stratégique par l’hostilité des populations d’Amérique du Nord envers le plastique et se soulager ainsi d’un fardeau environnemental tout en s’engageant à atteindre la neutralité carbone pour le groupe d’ici 2025 et en reconstituant les bassins versants d’ici 2025 par reconstitution de 100% de l’eau qu’elle utilise.

Tous ces objectifs semblent pouvoir être contenus dans la déclaration de Mark Schneider, Administrateur délégué de Nestlé :

« La création d’une activité plus ciblée nous permet de suivre de façon plus agressive les tendances de consommation émergentes, telles que l’eau fonctionnelle, tout en redoublant d’efforts sur notre programme de durabilité. Cette stratégie offre la meilleure opportunité de croissance rentable à long terme dans cette catégorie tout en attirant les consommateurs soucieux de l’environnement et de la santé. Nestlé est l’une des entreprises pionnières dans la commercialisation mondiale de l’eau et reste engagée dans l’hydratation saine. Nous travaillons sans relâche pour que les consommateurs puissent profiter de nos boissons d’une manière respectueuse de l’environnement ».

Cette déclaration semble avoir été reprise par M. Ronan Le Fanic, directeur de Nestlé à Vittel, dans son interview par France 3 à l’occasion du magazine Pièces à conviction au cours duquel il déclarait : « nous avons une mission de santé publique, en offrant de l’eau minérale plutôt que des boissons sucrées nous luttons contre le fléau de l’obésité ». Tout en reconnaissant que l’eau était une bien commun. Et puisqu’il est commun, surtout ne pas remettre en cause la priorité aux habitants et en même temps aux industriels ! Un grand moment.

Analyse du Collectif Eau 88 (juin 2020)

Nestlé fait le ménage des situations embarrassantes qui s’accumulent.

Fin septembre 2019 Nestlé annonce qu’en Suisse la multinationale va substituer l’eau Vittel Bonne Source par l’eau Vittel Grande Source pour économiser un peu d’eau de la nappe profonde des GTI menacée d’assèchement (de l’ordre de 300 000 m3 d’ici fin 2021 selon Nestlé sur le million autorisé).

En octobre 2019, le Comité de Bassin de l’Agence de l’Eau Rhin Meuse annonce l’annulation de la solution alternative des pipelines de Valfroicourt, dans les tuyaux depuis 2016, pourtant votée, revotée, applaudie par une Concertation Publique Préalable biaisée en 2018 et 2019, et enfin revotée une dernière fois en mai 2019, soutenue indéfectiblement par les élus du territoire, le conseil départemental et le préfet. Qui peut bien avoir préconisé cette solution, si ce n’est un démineur de situation embarrassante. On oublie simplement au passage de dire que cette décision reporte l’équilibre de la nappe GTI à 2027, alors qu’il devait être acquis en 2015 et que l’essentiel des coûts sera supporté par la population. En admettant que l’équilibre sera obtenu en 2027, qu’en est-il des solutions qui permettront la restauration de la nappe ? Nous n’en voyons que deux : la réalisation d’un pipeline depuis Valfroicourt ou l’arrêt par décision préfectorale des prélèvements de Nestlé dans cette nappe, dernière solution que nous préconisons depuis 4 années. A moins de supprimer l’eau du robinet aux populations locales. On voit bien qu’avec l’abandon des pipelines c’est la fin de la contestation citoyenne qui est attendue. Il est d’ailleurs probable que pour une bonne partie de la population « tout est rentré dans l’ordre ». En fait rien n’est réglé et la contestation va se poursuivre.

Passons à l’Amérique du Nord où notre Collectif a noué de solides liens avec les activistes anti-Nestlé de l’Ontario au Canada et aux Usa.

Les marques que Nestlé entend conserver sont les marques haut de gamme venant d’Italie (Acqua Panna, San Pellegrino) et de France (Perrier). En cédant son portefeuille des marques locales Nestlé entend désamorcer la contestation internationale qui soude nos deux continents depuis fin 2018 et cherche à renvoyer les activistes à des conflits locaux, qu’il faudra donc régler localement.

Par ailleurs en dispersant ses actifs dans des entreprise locales, Nestlé cherche à disperser son emprunte carbone et son emprunte plastique qui font du tort à la multinationale. Une question se pose toutefois : Nestlé dit vouloir vendre ses marques (Brands), mais va-t-elle aussi vendre ses forages ou passer sous la cape de sociétés écrans locales, ce qui au passage a l’avantage de réduire un peu plus l’emploi ? On peut s’interroger au regard du précédent de São Lourenço au Brésil dans le Minas Geraïs il y a 15 ans.

On peut s’interroger sur l’argument de Nestlé affirmant vouloir réduire son emprunte carbone et plastique. La sienne peut être mais globalement celle de l’eau en bouteille c’est tout simplement faux. Raisonnons. Nestlé vend ses marques, la production de bouteilles plastique se poursuit avec d’autres propriétaires. Nestlé se concentre sur ses eaux haut de gamme vers le continent Nord-Américain et accroît donc sa production de bouteilles plastique en accroissant aussi les transports depuis l’Europe. Au total l’emprunte carbone et plastique a augmenté globalement.

Toujours plus fort, Nestlé annonce reconstituer les bassins versants par reconstitution de 100% de l’eau qu’elle prélève. Si l’on s’en tient à Vittel, situation que nous connaissons bien, Nestlé est à l’origine du déficit de 1 milliard de litres d’eau chaque année depuis au moins 50 ans dans la nappe profonde des Grès du Trias Inférieur (GTI). Si l’on arrêtait tout prélèvement dans cette nappe (eau potable de la population, de l’agriculture, des autres industries) il faudrait au moins 50 ans pour reconstituer cette nappe, alors que la pluviométrie diminue et les températures moyennes augmentent. Dans les Vosges, à Vittel l’impact environnemental du changement climatique est ressenti par la population. Certes, si Nestlé n’est pas responsable de ce changement, il l’aggrave sur le secteur de Vittel Contrexéville comme en témoignent l’état de la végétation et la majoration de l’aléa retrait-gonflement de l’argile dans un secteur qui n’est pourtant pas cartographié comme sensible à ce risque. Sans parler de ces communes régulièrement privées d’eau potable en été et pour lesquelles il faut amener de l’eau par camion-citerne.

Quant au plastique personne n’est dupe. Le recyclable, le recyclé, l’éco, le bio sourcé… Et quand bien même à la fin, toujours des microfibres dans notre corps, dans l’eau des ruisseaux, du robinet, des sols, et bien sûr dans la mer (pas que des micro fibres dans le 7ème continent !). Un écocide sans précédent qui nous fait penser que le jour d’après continue sur les artères du jour d’avant. L’explosion du marché de l’eau en bouteille n’a été possible que par le plastique, inventé à Vittel en 1967 et le retour au verre n’est possible que sur des marchés de niche. Les minéraliers sont dans l’impasse.

Alors, vu depuis Vittel ?

Monsieur Hervé Lévis, directeur de Nestlé à Vittel il y a un an, déclarait en cercle restreints qu’il n’y avait pas de perspectives pour Nestlé à Vittel au-delà de 2030. Nos « autorités » nous y conduisent tout doucement (2027…) tout en accroissant le déficit en eau, en empêchant la recharge de la nappe profonde et en acceptant la perte d’emplois. Moins 120 emplois annoncés il y a un an, combien dans les annonces à venir ?

Croître ou disparaître, une belle leçon de darwinisme néo-libéral en cours !

Pour le Collectif Eau 88

Bernard Schmitt

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Le Belliciste dépeint Trump en pacifiste

juin 22nd, 2020 by Pepe Escobar

Un belliciste de carrière devient la coqueluche des libéraux limousine juste parce qu’il ridiculise le Président des États-Unis.

Le spectacle alambiqué qui se déroule actuellement dans les halles sacrées de l’Empire est digne des scénarios les plus déments de la WWE – en effet, tout ce qui concerne Donald Trump doit être compris comme un amoncellement d’intrigues de catch professionnel. Ici, nous avons l’ancien Conseiller à la Sécurité Nationale John Bolton qui joue le rôle de The Undertaker et un Trump qui essaie de prendre le rôle de The Rock.

Pourtant, quand on voit l’image complète en 4K du prétendu leadership du gouvernement américain, plus les extensions du Beltway, embourbé dans un marécage rempli de vipères jouant sur plusieurs tableaux, cela ressemble plus à un combat de chat.

Le conseiller commercial à la Maison Blanche, Peter Navarro – un diaboliseur enragé de la Chine – a en fait donné la meilleure description de ce que John Bolton est en train de faire avec son livre à 2 millions de dollars qui soi-disant nous dit tout : c’est le « porno de la vengeance » du marais de Washington.

Les 592 pages des mémoires de Bolton, qui seront publiées mardi prochain, ont été divulguées à l’avance par Simon & Schuster au New York Times et au Washington Post, et un extrait a été publié par le Wall Street Journal.

Bolton a écrit : « Un Président ne peut pas abuser des pouvoirs légitimes du gouvernement national en définissant son propre intérêt personnel comme synonyme de l’intérêt national, ou en inventant des prétextes pour masquer la poursuite d’un intérêt personnel sous le couvert de l’intérêt national ».

Un hacker du New York Times a écrit : « Bolton a cherché à utiliser ses 17 mois à la Maison Blanche pour atteindre des objectifs politiques qui étaient importants pour lui, comme le retrait des États-Unis d’une série d’accords internationaux qu’il considère comme défectueux, comme l’accord nucléaire iranien, le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire et d’autres ».

Ainsi, un belliciste certifié – son parcours est bien documenté – a le droit de s’en tirer en accomplissant « des objectifs politiques importants pour lui », même s’il accuse le Président de faire coïncider son « intérêt personnel » avec « l’intérêt national ».

Ce qui compte vraiment ici, c’est que le document qui se décrit comme un document de référence semble être l’occasion unique de citer à volonté une source interne dont la fiabilité ne peut tout simplement pas être vérifiée. Que Bolton ne soit pas plus fiable comme source que n’importe quel colporteur du marais de DC ? Tout cela est commodément mis sous le tapis.

Le Washington Post, pour sa part, s’est réjoui du fait qu’il s’agit de « la dissection la plus substantielle et la plus critique du président par un initié de l’administration jusqu’à présent », car il présente Trump comme un commandant en chef « erratique » et « étonnamment mal informé ».

Le Post prend également Bolton au mot, car il décrit Trump comme s’appuyant sur « l’instinct personnel » et jouant pour « la télé-réalité ». Au moins, Bolton semble avoir une vague idée de la prééminence de la WWE – tout comme il se fait une bonne idée de l’évidence : la seule chose qui compte vraiment par-dessus tout pour Trump est la réélection.

Où est la Finlande ?

Seuls ceux qui ont été coincés dans un igloo en Arctique ces dernières années seront stupéfaits de savoir que Trump pense que la Finlande fait partie de la Russie, ignore que le Royaume-Uni est une puissance nucléaire et confond les noms des présidents afghans.

Après tout, il est un miroir fidèle de l’ignorance américaine prédominante du monde en général – alimentée par la « culture » des célébrités.

Il en va de même pour Trump qui trouverait « cool » une invasion du Venezuela – après tout, ce pays « fait vraiment partie des États-Unis » – et qui confie au Président chinois Xi Jinping que les Américains aimeraient qu’il modifie la Constitution américaine afin qu’il puisse exercer plus de deux mandats.

Une fois de plus, le problème est à la source. Éliminons même le fait que Bolton est un écrivain extrêmement médiocre – en supposant que cela n’a pas été écrit par quelqu’un d’autre. Je l’ai interviewé il y a des années à l’un de ses lieux de prédilection : la réunion annuelle de la Commission des Affaires Publiques Américaines et Israéliennes (AIPAC) à Washington.

En personne et de manière relativement détendue – je n’étais pas un journaliste américain, il ne se sentait donc pas menacé – le portrait d’un psychopathe sous des sourires narquois était évident. Son estime de lui était intergalactique.

Ensuite, il y a la question d’une possible trahison. Si Trump a vraiment commis toute cette litanie de « crimes », alors pourquoi Bolton ne les a-t-il pas signalés au Capitole lors du fiasco de l’impeachment par les Démocrates ? Eh bien, encaisser ce contrat de 2 millions de dollars pour le livre.

Passons brièvement en revue certains de ces « crimes » de Trump dévoilés par Bolton.

Les crimes suspects

Lors d’une rencontre individuelle avec Xi lors du sommet du G-20 de juin 2019 au Japon, Bolton écrit : « Puis, de façon étonnante, il a tourné la conversation vers la prochaine élection présidentielle américaine, faisant allusion à la capacité économique de la Chine à influer sur les campagnes en cours, plaidant auprès de Xi pour qu’il gagne. Il a souligné l’importance des agriculteurs et de l’augmentation des achats de soja et de blé par les Chinois dans le résultat des élections. Je publierais bien les mots exacts de Trump, mais le processus de révision de prépublication du gouvernement en a décidé autrement ».

Si c’est vrai, c’est l’art classique du deal de Trump. En tant que « crime », c’est invérifiable.

Au sujet de Xi qui aurait défendu « la construction par la Chine de camps abritant jusqu’à un million de musulmans ouïgours dans le Xinjiang », Bolton écrit : « Selon notre interprète, Trump a dit que Xi devait poursuivre la construction des camps, car il pensait que c’était exactement la bonne chose à faire ».

Quiconque connaît les rituels de la diplomatie chinoise sait que l’idée que le Président chinois « confesserait » à un Président américain les détails de sa politique intérieure dans le Xinjiang ultra-sensible est ridiculement absurde.

Bolton admet au moins la vacuité de la politique de l’administration à l’égard de la Chine : Nous avions un bon slogan, appelant à une région « indo-pacifique libre et ouverte ». Mais un autocollant de pare-chocs n’est pas une stratégie, et nous avons lutté pour éviter d’être aspirés dans le trou noir des questions commerciales entre les États-Unis et la Chine ».

Sur Huawei et ZTE, Bolton se contente de réciter des platitudes non prouvées : « L’objectif le plus important pour les « entreprises » chinoises comme Huawei et ZTE est d’infiltrer les systèmes de télécommunications et de technologie de l’information, notamment la 5G, et de les soumettre au contrôle chinois ».

Sur le fameux quiproquo Washington-Kiev, Bolton écrit que Trump « a dit qu’il n’était pas favorable à l’envoi de quoi que ce soit avant que tous les documents d’enquête russes concernant [Hillary] Clinton et Biden aient été remis ».

Pour le plus grand plaisir de la foule des libéraux, Bolton confirme la logique de l’affaire de mise en accusation menée par les Démocrates ainsi que celle de l’Ukrainegate – même si le Russiagate a maintenant été totalement démystifié.

Rappelant un coup de téléphone de Trump de mai 2019 avec le Président Poutine, où il aurait comparé le « leader de l’opposition » vénézuélienne Juan Guaidó à Hillary Clinton, Bolton qualifie ce coup de téléphone de « brillant étalage de propagande de style soviétique » pour renforcer le soutien à Maduro. Poutine « a largement persuadé Trump ». Oh, ces méchants Soviétiques.

Selon le Washington Post, « En décrivant son expérience à la Maison Blanche sur les questions liées à la Russie, Bolton présente l’image d’un président impulsif, grossier et constamment opposé à la politique américaine visant à décourager l’agression russe et à sanctionner le comportement malveillant de Poutine ».

Une fois de plus : Bolton peut s’en tirer à bon compte tant qu’il présente Trump comme trop faible sur les mantras de l’État Profond « agression russe » et « comportement malveillant ».

Écrivant sur une décision de novembre 2018 de Trump de défendre fermement MbS sur le meurtre du journaliste du Washington Post Jamal Khashoggi, Bolton cite le président affirmant que c’était une tactique de diversion pour anticiper une histoire sur Ivanka Trump utilisant son courriel personnel pour les affaires du gouvernement américain : « Cela va détourner l’attention d’Ivanka. Si je lis la déclaration en personne, cela va prendre le dessus sur l’affaire d’Ivanka ».

Eh bien, Bolton n’écrit rien sur ce qui compte vraiment : les accords louches et de grande envergure au Moyen-Orient de l’école Jared-MbS Whatsapp.

Plus de guerre 

Bolton révèle pleinement son bellicisme lorsqu’il se plaint que Trump a toujours exigé le retrait des troupes – du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Europe : « Je veux me sortir de tout ».

À un moment donné en 2018, en se disputant avec Mattis le Chien Fou, Trump lui a dit que la Russie devrait s’occuper de l’État Islamique/Daesh : « Nous sommes à 7 000 miles mais nous sommes toujours la cible. Ils viendront sur nos côtes. C’est ce qu’ils disent tous. C’est un spectacle d’horreur. À un moment donné, il faut bien qu’on s’en aille ».

Sur l’Afghanistan. Trump : « Cela a été fait par un idiot nommé George Bush ». Par ailleurs, Mattis a surenchéri : « Je vous ai donné ce que vous avez demandé : Une autorité illimitée, aucun obstacle. Vous perdez. Vous vous faites botter le cul. Vous avez échoué ».

Tout ce qui précède est factuellement vrai. Trump ne faisait que suivre ses promesses de campagne. Pourtant, l’État Profond l’a ignoré – non seulement en Afghanistan mais, surtout, en Syrie. Bolton a dû être consterné, et il n’a même pas eu les guerres de son choix – contre l’Iran, le Venezuela et la Corée du Nord.

Un contrat de deux millions de dollars pour un livre adoucit certainement un accord brut de non-guerre. Trump a tweeté que Bolton est un « chiot malade ». En fait, le rôle réel de Bolton n’a été que celui d’un petit fonctionnaire impérial pendant une brève période. L’État Profond obtient toujours ce qu’il veut avec Trump : l’Empire des Bases reste intact ; aucune troupe, aucun entrepreneur ni aucun mercenaire ne part ; et la Russie, la Chine et l’Iran sont consolidés en tant que « menaces » existentielles.

Le « chiot malade » n’est qu’un simple accident de route. Tulsa est la prochaine étape – où Trump, dans un état d’esprit « on m’appelle la brise », se sentira à nouveau libre de se prélasser dans sa propre lumière.

Pour résumer le scénario de la WWE : et si tout cela n’était qu’un kayfabe élaboré ? Comparé à un belliciste déchu, le Président peut maintenant émerger du marais comme un pacifiste modéré, prêt à être embrassé par les masses encore indécises. Alors, qui va massacrer qui ?

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Warmonger paints Trump a peacenik, Asia Times, le 19 juin 2010.

Traduit par Réseau International

La Nausée

juin 22nd, 2020 by Maurice Lemoine

Qui oserait, aujourd’hui, se réclamer de Donald Trump (nous parlons là de tout humain doté de raison) ? Sans aller jusqu’à faire le bilan de trois années de mandat, sa gestion de la pandémie du coronavirus et de la crise raciale qui a suivi la mort de l’Afro-Américain George Floyd en disent long sur le président des Etats-Unis. S’agissant de la crise sanitaire, il y eut d’abord, entre fin janvier et la mi-mars, dénégation, puis minimisation de la gravité de l’épidémie. Avec ses épisodes ubuesques. Quand, le 10 février, en meeting dans le New Hampshire, Trump déclare : « En avril, dès que les températures auront un peu remonté, ce virus disparaîtra. Comme par miracle. » Quand, en pleine réunion à la Maison-Blanche, le 23 avril, il « réfléchit » à haute voix et suggère d’injecter de l’eau de javel dans les poumons malades ou, pourquoi pas, un traitement aux UV ? « Les briefings de Trump mettent activement en danger la santé du public. Boycottez la propagande. Ecoutez les experts. Et s’il vous plaît, ne buvez pas de désinfectant », devra déclarer, soutenu par la communauté scientifique, Robert Reich, un professeur de la prestigieuse université de Berkeley. Entretenant la confusion, le locataire de la Maison-Blanche n’en appelle pas moins ses partisans à manifester pour « libérer » du confinement les Etats – Michigan, Minnesota, Virginie – gérés par des gouverneurs démocrates. Conséquence : une politique aussi incohérente tue les malades plutôt que la maladie. Désormais premier foyer planétaire du coronavirus, les Etats-Unis comptabilisent plus de 117 000 morts à l’heure de la rédaction de ce billet.

Même positionnement aberrant après la mort de George Floyd asphyxié par le policier Derek Chauvin à Minneapolis. La situation provoque un mouvement de colère historique, toutes communautés confondues (sauf celles des chrétiens évangéliques blancs, socle électoral du président). Sans un mot de compassion pour la victime et sa famille, Trump parle de déployer l’armée pour ramener le calme dans les villes que secouent d’importantes manifestations contre les violences policières et la discrimination raciale.

Même des figures du Parti républicain s’opposent désormais à la façon dont le businessman gère le pays. Depuis les colonnes du magazine The Atlantic, son ex-ministre de la Défense, James Mattis, est monté au créneau : « De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n’essaie pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d’essayer. Au lieu de cela, il tente de nous diviser. (…) Nous payons les conséquences de trois années sans adultes aux commandes. » Plus significatif encore : l’actuel titulaire du Pentagone, Mark Esper annonce en conférence de presse son opposition à l’usage de la Loi d’insurrection qui, pour rétablir l’ordre, permettrait d’utiliser l’armée contre les manifestants.

Dans sa logique impérialiste, dans son obsession de détruire le multilatéralisme et le droit international, la grosse patte rugueuse de Trump va jusqu’à menacer de quitter, en lui coupant définitivement les vivres, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et à autoriser des sanctions économiques – son arme favorite contre les pays souverains qui lui déplaisent – envers tout magistrat ou responsable de la Cour pénale internationale (CPI) qui enquêterait sur des militaires américains ou les inculperait « sans le consentement des Etats-Unis » [1]. Est-il nécessaire de développer plus avant ?

Qui (nous parlons-là des personnes responsables) oserait encore soutenir le président brésilien Jair Bolsonaro ? Dès 2016, ce médiocre parlementaire d’extrême droite avait annoncé la couleur : « La carte de visite pour un marginal du MST [Mouvement des sans terre], c’est une cartouche de 7.62. » Nostalgique de la dictature militaire, arrivé au pouvoir grâce au coup d’Etat juridico-parlementaire contre Dilma Rousseff, puis l’emprisonnement arbitraire de Luiz Inácio Lula da Silva, Bolsonaro a nommé un ministre des Affaires étrangères à son image : Ernesto Araujo. Hanté par la « menace communiste », ce dernier voit en Trump « le sauveur de l’Occident ».

Négationniste comme son mentor du Nord face à la pandémie, Bolsonaro la « gère » de la même façon. Ministre de la Santé, le populaire Luiz Henrique Mandetta a été limogé en avril pour avoir prôné la distanciation sociale et exprimé son désaccord avec la politique du gouvernement fédéral. Il a été remplacé par un millionnaire, Carlos Wizard, dépourvu d’une quelconque expérience dans le domaine de la santé.

Pour tenter de cacher la réalité désastreuse du Covid-19 – plus de 44 000 morts désormais – alors que le président continue d’en nier la gravité, les autorités ont tenté de changer la façon de compter les cas de contaminations et de décès. Il a fallu que la Cour suprême intervienne pour les en empêcher. De la même manière, le juge Marcio Santoro Roch avait dû annuler un décret présidentiel publié le 27 mars pour exclure les églises, les temples religieux et les bureaux de loterie des mesures de quarantaine imposées dans certains Etats.

Durant une réunion ministérielle tenue le 22 avril, Bolsonaro, entre insultes et propos venimeux, a demandé à ce que la population soit armée pour éviter qu’une dictature ne s’installe à la tête du pays. Dans le collimateur : les maires et gouverneurs qui adoptent des mesures contraires à ses recommandations dans la lutte contre le fléau sanitaire.

Si la température grimpe en flèche au Brésil, ce n’est toutefois pas uniquement en raison de la pandémie. Car, le 19 avril, à Brasilia, en haranguant des manifestants qui, brisant la quarantaine, s’étaient rassemblés devant la Caserne générale de l’armée, Bolsonaro a légitimé de fait leur demande : une intervention militaire et la mise en œuvre de l’Acte institutionnel n° 5 (AI-5). En 1968, celui-ci avait permis de supprimer de nombreuses garanties constitutionnelles et de fermer le Congrès.

Ces prises de position témoignent de l’embarras de l’extrême droite brésilienne. Un juge de la Cour suprême, Celso de Mello, a en effet autorisé l’ouverture d’une investigation sur les accusations selon lesquelles Bolsonaro a tenté de s’ingérer dans le travail de la Police fédérale à des fins politiques. Il s’agissait pour lui d’en faire remplacer le chef pour éviter des enquêtes concernant ses fils. Par ailleurs, le Tribunal supérieur électoral a ouvert une enquête pour déterminer si, lors de la campagne présidentielle de 2018, le « candidat Bolsonaro » n’a pas utilisé des réseaux illégaux disséminant des « fake news » – ce qui, de fait, remettrait en cause son élection.

Depuis lors, le ton monte contre l’Etat de droit. Le 21 mai, le député fédéral Bia Kicis (PSL-GO), un allié du chef de l’Etat, a suggéré une « intervention militaire constitutionnelle » au cas où l’on continuerait à empêcher celui-ci de gouverner. Alors que les voix se multiplient pour demander sa démission ou une procédure d’ « empeachment »,Bolsonaro a explicitement averti (13 juin) la Cour suprême et le Congrès – où il ne dispose pas d’une majorité – que « les Forces armées n’obéissent pas à des ordres absurdes » et qu’elle n’accepteront pas le résultat d’un éventuel jugement politique destiné à le destituer.

Pour les Brésiliens, le message est clair : en affichant son désir de s’arroger tous les pouvoirs, en s’attaquant délibérément aux corps constitués, Bolsonaro prône rien moins qu’un retour aux méthodes de la dictature militaire du passé.

Qui (nous parlons là des citoyens moyennement informés) se répandrait en félicitations sur la gestion du président colombien Iván Duque ? Signés en 2016 avec la guérilla des Forces armés révolutionnaires de Colombie (FARC) les Accords de paix ont été torpillés. Dans l’impunité la plus totale, toutes les vingt-quatre heures, un dirigeant social ou populaire est assassiné.
Les scandales succèdent aux scandales. On apprend que, en 2019, dans la plus totale illégalité, des membres des services de renseignement de l’armée ont placé sur écoute et espionné 130 personnes – magistrats, opposants, journalistes (dont des reporters du New York Times, du Wall Street Journal et de National Geographic) [2]. On découvre que l’actuelle vice-présidente, Marta Lucía Ramírez, a payé 150 000 dollars de caution en 1997 pour faire remettre en liberté, pendant son jugement, son frère Bernardo Ramírez Blanco, arrêté à Miami pour narcotrafic. Celui-ci fut condamné à une peine minime eu égard aux charges qui pesaient sur lui, mais pendant plus de vingt ans, en Colombie, Marta Lucía Ramírez poursuivit sa carrière politique sans jamais rendre publique cette information.

Devant le tollé provoqué par cette révélation et les demandes de démission provenant d’un certain nombre de sénateurs, le ban et l’arrière-ban de la droite se sont mobilisés pour défendre la « persécutée ». L’intervention la plus remarquée a été celle de Samuel Azout, un « homme d’affaires respectable », ex-Haut conseiller pour la prospérité sociale du président Juan Manuel Santos, quand il a déclaré : « Que celui qui n’a pas un parent ou un ami qui ait été narcotrafiquant lui jette la première pierre [3] ! » Ce qui a au moins le mérité de la clarté.

Il convient de noter à ce propos que, depuis mai dernier, l’époux de la vice-présidente, Álvaro Rincón Muñoz, doit s’expliquer devant la justice pour ses liens d’affaires, dans le secteur immobilier, avec Guillermo León Acevedo, alias « Memo Fantasma », connu pour ses liens avec les paramilitaires et les narcotrafiquants. Et que la Commission d’investigation et d’accusation de la Chambre des représentants a ouvert une enquête préalable contre le président Duque en personne, mis en cause dans le cadre de la « Ñeñepolítica ». Pour mémoire : avant sa mort par assassinat en mai 2019, l’éleveur José Guillermo Hernández Aponte, dit « Ñeñe », lui aussi notoirement proche des mafieux, a révélé des « achats de votes » et une fraude électorale organisés sur la côte caraïbe et dans la Guajira, pour favoriser l’élection de l’actuel chef de l’Etat [4].

Dans ces conditions, faut-il s’étonner de la nomination récente, mais surtout particulièrement cynique, au poste de Coordinateur des victimes du conflit armé, au sein du ministère de l’Intérieur, de Jorge Rodrigo Tovar, fils de l’ex-paramilitaire Rodrigo Tovar Pupo, alias « Jorge 40 » ? Démobilisé en 2006, extradé aux Etats-Unis en mai 2008 pour trafic de drogues, prochainement libéré après douze années d’incarcération, « Jorge 40 », ex-commandant du Bloc Nord des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), est directement responsable de 333 massacres dans les Départements de l’Atlantique, du César, du Magdalena et de la Guajira, avec un solde de 1 573 victimes [5]. Il a été exclu du programme Justice et paix, pourtant particulièrement clément, car clé de voûte de la stratégie du président Uribe vis-à-vis de ses alliés, pour n’avoir rien révélé des actes commis sous ses ordres et son désintérêt total pour leurs victimes.

Un fils ne peut être tenu pour responsable des crimes de son père. Mais, s’est interrogé le député Inti Asprilla (Alliance verte), en phase avec un sentiment largement partagé, « comment va être résolu le conflit d’intérêt : par exemple quand se présenteront à son bureau des victimes de son père [6] » ? Sachant que, publiquement, il défend son géniteur, le considérant comme un « prisonnier politique aux Etats-Unis » et un « héros ».

Dernière polémique en date. L’arrivée dans le pays des cinquante premiers militaires étatsuniens d’une Security Force Assitance Brigade (SFAB) en comportant dans le futur un nombre indéterminé – peut-être jusqu’à 800. Pour une telle incursion d’une force étrangère sur le territoire national, le Sénat colombien aurait dû donner son autorisation. Il n’a pas été consulté. Visée annoncée du déploiement : la lutte contre le narcotrafic (vingt ans après le début du Plan Colombie – 10 milliards de dollars pour le même supposé objectif – signé par les présidents Bill Clinton et Andrés Pastrana !). Avec une particularité relevée, entre autres, par le sénateur Iván Cepeda (Pôle démocratique alternatif ; PDA) : le manuel d’opérations de ces Forces spéciales « mentionne explicitement la fonction de conseiller des milices non gouvernementales et des associés irréguliers ». Faut-il traduire des groupes illégaux ? Si l’on excepte les guérillas encore en activité, par définition écartées d’une telle alliance, il n’en existe que de deux types (étroitement liés) : les paramilitaires (rebaptisés « bandes criminelles émergentes ») et les narcotrafiquants. Pour lutter contre les activités illicites dont ils sont les acteurs principaux ? Plus vraisemblable : avec les yeux tournés vers un certain pays voisin (au hasard : le Venezuela).

Trump, Bolsonaro, Duque [7]… Les défauts, tares et souillures qui ternissent leurs mandats sont unanimement réprouvés, et pas uniquement à gauche. Difficile pour quiconque défend une cause ou entend mettre en scène sa propre respectabilité de revendiquer publiquement l’appui de tels « parrains ». Quand bien même ils seraient votre « boss » (Trump) et vos deux partenaires privilégiés. Face aux humains dotés de raison, aux personnes responsables et autres citoyens moyennement informés évoqués précédemment, la mise en avant d’une telle confrérie se révélerait hautement significative. Et donc contreproductive.

Situation des plus inconfortables pour le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido, leur protégé. Il est en perte de vitesse, chez lui et à l’étranger. De larges factions de l’opposition vénézuélienne ne croient plus en lui. Voire entendent le mettre hors-jeu. Depuis septembre 2019, les secteurs « responsables » de la droite antichaviste négocient avec le gouvernement de l’authentique chef de l’Etat, Nicolás Maduro. Ils préparent ensemble le renouvellement du Conseil national électoral (CNE), en vue d’organiser des élections législatives en cette année 2020. S’ils disposent en s’alliant de la majorité au Parlement, l’opposition modérée et les chavistes, du fait de l’obstruction des radicaux, n’atteignent pas les deux tiers des voix nécessaires à la nomination des nouveaux recteurs du CNE. D’où une situation bloquée. Conformément à ce que stipule la Constitution, c’est donc le Tribunal suprême de justice (TSJ) qui, avec l’aval de la droite modérée, les nommera (le 13 juin). Provoquant qui plus est d’importantes scissions et luttes pour le contrôle des partis traditionnels – Action démocratique, Primero Justicia –, entre les partisans d’une sortie politique et les fous furieux pro-Guaido. Une catastrophe, une défaite politique majeure pour Washington (et ses supplétifs de l’Union européenne), l’extrême droite et le chef d’Etat imaginaire qui, en aucun cas, ne veulent d’un prochain scrutin. Il leur faut « faire tomber » Maduro dans le chaos, la violence et le sang. D’où la contre-offensive lancée depuis plusieurs semaines par Guaido. Mais qui pour se substituer à ses encombrants partenaires, dans le travail de propagande qu’il doit mener ?

Pour le quotidien français Le Monde, et s’agissant de la République bolivarienne, « toutes les compromissions sont sur la table ». Dans son édition datée du vendredi 12 juin, c’est donc lui qui offre une demi-page de « tribune » au protégé de Trump, Bolsonaro et Duque. Titre : « Sauvons le Venezuela ensemble ». Aucune surprise dans le texte, porteur de l’argumentation classique de l’extrême droite « bushiste » « trumpiste » et vénézuélienne depuis 2002. Objectif principal (et, d’une certaine manière, plutôt amusant) : « Nous appelons la communauté internationale à être particulièrement vigilante sur les efforts de Nicolas Maduro pour mettre définitivement fin à la démocratie au Venezuela. Il compte en effet organiser de nouvelles élections législatives cette année. » En lieu et place, l’homme lige de l’Impérialisme et de la réaction préconise un « gouvernement national d’urgence ». Cela ne coûtant rien, il lustre de quelques coups de brosse à reluire appuyés les « pompes » de l’ex-« socialiste » Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères rallié au président de droite Emmanuel Macron. Le Monde, bien entendu fait sa part du travail de sape. Destiné à demeurer imprimé dans l’esprit du lecteur, composé en plus gros, en lettres capitales et en couleur, l’intertitre reprend la plus spectaculaire des accusations de Guaido (et de Trump, son patron [8]) :

« La réalité est la suivante : une narco-dictature s’est saisie des institutions et confisque tous les pouvoirs au Venezuela ». En fin de dernière colonne, comme il se doit, également rédigée par le quotidien, ce qu’on appelle la « note signature » : « Juan Guaido Marquez est reconnu comme “président par intérim” de son pays par les Etats-Unis, la France et plus de cinquante pays ».

 « Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! », réagirait Cyrano de Bergerac devant une telle provocation. « On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton – par exemple, tenez… »

Juan Guaido, devient député en 2015, avec 91 000 voix (sur les 20 millions d’inscrits sur les listes électorales). N’a émis aucune désapprobation, blâme ou critique, quand, le 4 août 2018, une tentative d’assassinat de Maduro à l’aide de deux drones chargés d’explosifs a échoué de peu. Est élu « président par intérim » le 23 février 2019 par l’administration Trump après que, la veille, le vice-président Mike Pence ait appelé l’opposition à descendre dans la rue. Se proclame chef de l’Etat sur un bout de trottoir. Un mois plus tard, se fait aider par des criminels notoires – les narco-paramilitaires colombiens Los Rastrojos (1 500 victimes) – pour passer clandestinement en Colombie [9]. Destitue fin novembre son pseudo ambassadeur dans ce pays, Humberto Calderón Berti, après que celui-ci ait dénoncé d’importantes malversation des fonds de la supposée « aide humanitaire » de la part de l’équipe désignée par Guaido pour l’administrer.

Sans se préoccuper aucunement des souffrances infligées à la population, l’individu réclame et appuie les mesures coercitives unilatérales imposées par les Etats-Unis à son pays, dans le but de le mettre à genou économiquement (dernier épisode en date : le Département des Transports US vient d’infliger une amende de 450 000 dollars à la compagnie aérienne panaméenne COPA pour avoir transporté « illégalement », en leur faisant faire une escale évitant un vol direct, « interdit », 15 000 Vénézuéliens entre les Etats-Unis et leur pays). Guaido pille et laisse piller par la puissance impériale les actifs de l’Etat vénézuélien, dont ceux de sa compagnie pétrolière PDVSA, à l’étranger. Le 30 avril 2019, en compagnie d’un groupe réduit de militaires, il tente un dangereux coup de poker en feignant avoir « pris », à Caracas, la base aérienne de La Carlota, afin de faire basculer et l’armée et la population. Personne ne le suit. Le coup d’Etat échoue. Réussi, il aurait déclenché une tragédie.

Le 16 octobre 2019, Guaido signe un contrat avec Jordan Goudreau, ancien béret vert US et patron d’une compagnie de sécurité privée basée en Floride, Silvercorp [10]. En échange de 212,9 millions de dollars pour une opération durant globalement 495 jours, le mercenaire s’engage à conseiller et assister l’équipe du président élu par Trump, Bolsonaro et Duque « dans la planification et l’exécution d’une opération pour capturer / arrêter / éliminer Nicolás Maduro » (pour les respectables journalistes du Monde ne disposant pas d’un dictionnaire des synonymes, on précisera qu’ « éliminer », dans un tel contexte, signifie « assassiner »).

C’est ce même Goudreau qui encadre, avec deux autres mercenaires américains, l’opération « Gedeón » du 3 mai dernier : une tentative d’incursion de plusieurs dizaines de commandos (essentiellement des déserteurs vénézuéliens) pour s’emparer de Maduro, « éliminer » un certain nombre de dirigeants chavistes et provoquer la confusion – sachant que, à proximité immédiate, dans la Caraïbe, les Etats-Unis ont déployé une flotte navale, dont un porte-avions, susceptible d’intervenir pour des raisons « humanitaires », afin de « sauver des vies », en cas de chaos [11].
Entraînés par les hommes de Goudreau en Colombie, les assaillants y ont bénéficié au moment de leur départ de la collaboration non des Rastrojos, mais, cette fois, d’Elkin Javier López Torres, alias « Doble Rueda », l’un des principaux « capos » du narcotrafic de la région de la Guajira.

Au terme de ce nouvel échec (qui confirme les liens mafieux de sa mouvance), Guaido ne cache pas sa satisfaction lorsqu’il entend Donald Trump déclarer qu’il a « encerclé » le Venezuela à un niveau « que tout le monde ignore » et que « quelque chose arrivera » parce que Washington « ne supporte plus la situation [12] ».

A chacun ses références. Pour l’anti-Bolsonaro, le très respecté ex-président brésilien « Lula » – élu homme politique de l’année 2004, quand il était à la mode (pour de bonnes raisons) par le quotidien… Le Monde –, il y a longtemps que Guaido « devrait être en prison pour les violences meurtrières qu’il a co-organisées et ses tentatives de coup d’Etat [13]  ».

Voilà, somme toute, ce qui aurait pu figurer dans la « note signature »d’un quotidien d’information. Il n’en a rien été. Pourquoi ? La question est moins innocente qu’il y paraît. On ne prétendra pas ici que Le Monde est « à la botte du pouvoir » – ce qui serait particulièrement insultant. Mais on notera tout de même que, par le plus grand des hasards, la tribune de Guaido est parue le jour même où l’ambassadeur d’Emmanuel Macron au Venezuela, Romain Nadal, régulièrement épinglé pour son appui ostentatoire au président fantoche, devait être auditionné par le Sénat.

Maurice Lemoine

 

Notes :

[1L’enquête souhaitée par la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, vise entre autres des exactions qui auraient été commises par des soldats américains ou des agents de la CIA en Afghanistan, pays où les Etats-Unis mènent depuis 2001 la plus longue guerre de leur histoire.

[2Curieusement, Jorge Mario Eastman, ex-vice-ministre de la Défense (sous Andrés Pastrana et Álvaro Uribe), puis secrétaire général de la Présidence de Duque, a également été espionné.

[6 El Tiempo, Bogotá, 19 mai 2020.

[7Plus, évidemment, leurs habituels comparses : le chilien Sebastian Pinera (sauvé de la fureur des mouvements sociaux par l’explosion de la pandémie) ; l’équatorien Lenín Moreno (lequel, trahissant la gauche qui l’a élu, a détruit l’Equateur en deux ans) ; la bolivienne Janine Añez (présidente de facto après le coup d’Etat contre Evo Morales et manœuvrant pour se maintenir au pouvoir en tentant d’empêcher la future élection présidentielle de septembre prochain) ; ainsi que leurs amis conservateurs du Groupe de Lima – Canada, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panamá, Paraguay, Pérou. Sans parler, évidemment, de l’Union européenne.

[8Lire « Maduro mort ou vif » – http://www.medelu.org/Maduro-mort-ou-vif

[9« Venezuela : aux sources de la désinformation » – http://www.medelu.org/Venezuela-aux-sources-de-la-desinformation

[11A ce jour, 79 participants à cette opération ont été arrêtées par les forces de sécurité.

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Émission #LGF au sujet du livre d’Ahmed Bensaada:
« Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ? »
Editions APIC, Alger, 2020

Invité: Ahmed Bensaada
Journalistes: Yasmina Houmad & Christophe Frot
15 juin 2020

Site web de l’invité: www.ahmedbensaada.com

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Covid-19 – Entre normativité et subjectivité

juin 20th, 2020 by Vincent Mathieu

En lisant le texte d’Alexandre Klein « Inventer la vie après la Covid-19 »(1), certains aspects m’ont interpellé et j’aimerais apporter quelques idées divergentes, entre autres en ce qui a trait à la normativité. Selon moi, la survenue même de la crise Covid-19 dépend en grande partie de cette question de la norme. Retournons dans le passé brièvement. Un mois avant la déclaration de pandémie H1N1 en 2009, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait modifié son système de catégorisation des pandémies en y supprimant le critère relatif à la virulence (forte mortalité, maladie grave etc.). Une épidémie contagieuse, mais assez bénigne sur le plan de la létalité générale, pouvait ainsi être considérée pandémique. La pandémie H1N1 a conséquemment permis aux compagnies pharmaceutiques d’écouler des stocks énormes de vaccins et mené à un gaspillage éhonté de fonds publiques. Selon un groupe de médecins québécois,(2) les conflits d’intérêts entre l’OMS et l’industrie pharmaceutique,(3) la « médiatisation indécente » des mortalités et la confusion entre « précaution » et « précipitation » ont causé une « pandémie de la peur » injustifiée scientifiquement. Ces médecins évoquent même l’idée d’une « psychose collective » qui a été très coûteuse en ressources humaines et financières. Dix and plus tard, rebelote!

La Covid-19 n’aurait effectivement jamais pu être déclarée pandémique sans l’extension normative de 2009 dans la catégorisation des pandémies. Après plusieurs semaines d’analyses, la dangerosité de la Covid-19 est même reconnue par plusieurs scientifiques comme similaire à celle de la grippe saisonnière en termes d’ordre de grandeur.(4) À partir de ces données, rien ne justifie la panique inoculée à la population par les directions de santé publique et le corps médiatique. Et rien ne justifie les nouvelles normes sanitaires à la fois contraignantes et incohérentes qui nous ont été et nous sont toujours imposées. La vague de mortalité de nos aînés et des gens en mauvaise santé, exacerbée par les lacunes d’un système de soin déserté et soumis aux standards comptables du néolibéralisme, aurait dû être bien mieux endiguée.(5) Que dire de la validation de l’innocuité des médicaments contre la Covid-19 qui semble dépendre davantage d’intérêts financiers et boursiers que d’analyses scientifiques fiables et intègres?(6) Tout ceci nous force à constater que la réalité qu’on nous impose depuis quelques mois dépend moins d’un aléa de la nature face auquel il faudrait désormais s’adapter que de malhonnêteté et de turpitudes propres à l’hommerie.

La Covid-19 aurait pu être combattue avec beaucoup moins d’agressivité, beaucoup moins d’angoisse et beaucoup moins de dégâts collatéraux. Alors, si comme le propose Alexandre Klein, il faut inventer la vie après la maladie, il est pertinent de se demander de quelle maladie parle-t-on. Si la maladie dont on parle présente les symptômes de conflits d’intérêts, de partialité médiatique et d’influence des pouvoirs d’argent sur nos institutions sociales, ce n’est pas à la vie après la maladie qu’il faut réfléchir, mais à la situation actuelle qui mène gaillardement notre civilisation vers sa chute. Lorsque la dangerosité d’une épidémie virale est exagérée en fonction de normes arbitraires et de spéculations mathématiques et qu’elle est de surcroit accentuée par la corruption et des décisions politiques douteuses, l’heure n’est pas à penser l’invention d’un futur post-covid. L’heure est plutôt à clarifier courageusement un passé et un présent malmenés. En guise de première réflexion, on peut se référer à Molière qui nous a bien montré la vulnérabilité du Malade imaginaire face à la cupidité de certains médecins. Absorbé par sa peur de ne pas être en santé, il se soumet à la bonne parole de la divine médecine jusqu’à dilapider sa fortune et s’en rendre malade. Trois-cent-cinquante ans plus tard, rebelote!

L’humain est vulnérable et de cette vulnérabilité vient sa dépendance aux figures d’autorité. La médecine et toute autre science ont beaucoup à nous apprendre, mais l’admiration portée aux médecins et aux scientifiques, aujourd’hui transformée en idolâtrie païenne, nous amène à croire à n’importe quelle de leur prévision, à n’importe quelle mystique. Les éclairages que la science nous apporte auront toujours leur place dans le débat publique, voire une importance centrale. Mais jamais, dans une démocratie libérale, le scientifique ou quelqu’autre autorité de référence ne devrait avoir quoique ce soit à nous dicter. La science n’est pas pure, la science n’est pas neutre, puisque comme tout autre élément de l’économie capitaliste, la science est une marchandise. Jamais le scientifique ne devrait balayer les consciences et régenter nos existences tel qu’on l’expérimente aujourd’hui. La sacralisation de la parole des experts est selon moi la plus grande menace pour nos sociétés présentes et futures, car cette bonne parole étaye les orientations politiques et économiques des organes étatiques. Et comme toutes les religions qui l’ont précédée, la science se transforme en un outil de légitimation du pouvoir en place. Si le peuple tient toujours à la démocratie et à sa liberté de parole et de choix, les autorités non-élues qui s’arrogent le droit de décréter des normes (qu’elles soient sanitaires ou autres) doivent immédiatement être remises à leur place, c’est-à-dire au même niveau que l’opinion citoyenne. 

Dès l’aube de l’après-guerre, l’historien des civilisations Arnold J. Toynbee disait que la plus grande menace des temps à venir n’était pas les catastrophes naturelles ou tout autre caprice de Dame Nature, mais la folie des êtres humains.(7) Si la crise de la Covid-19 a confronté l’humanité au danger des virus, elle l’a surtout confrontée aux dangers émanant de sa propre folie. La science, en plus d’être subjuguée à des intérêts vénaux et politiques, est désormais intrinsèquement en proie aux impératifs normatifs de la performance quantitative, de la publication à facteur d’impact et de la standardisation de ses procédés. Ainsi, elle est plus que jamais éloignée des nécessités humaines et de ses visées fondamentales. La profession de foi envers la modélisation statistique pour évaluer la propagation et la létalité des épidémies ou la préséance accordée aux essais cliniques randomisés pour évaluer l’efficacité d’une thérapeutique alors que nous sommes en pleine période de crise qui nécessite un soin immédiat et inconditionnel de TOUS les patients, sont des exemples patents des dérives de la science standardisée dont les principes se sont perdus dans la méthode. Si on prend l’exemple des prévisions faites par des épidémiologistes hyperspécialistes de la mathématique des probabilités, on constate que l’on confond la science et la technique et que l’on prend de graves décisions politiques sur la base de modélisations virtuelles qui n’ont souvent rien à voir avec le réel. On nie, par le fétichisme des chiffres, que certains facteurs intangibles ne peuvent être ni réduits à une statistique, ni prévus. En effet, les premiers modèles alarmistes concernant la propagation et la létalité des deux dernières infections virales pandémiques, soit la grippe H1N1 et la Covid-19, se sont tous avérés erronés.(8) Malgré cela, la parole de l’expert scientifique, ce monseigneur contemporain, est bue comme du petit-lait. La deuxième vague annoncée par ce même type de modèle fait maintenant poindre à l’horizon un autre confinement et est perçue comme une prophétie à laquelle les ouailles doivent se soumettre peu importe les conséquences qui en découlent.(9)  

Dans notre monde féru de contrôle normatif, l’autorité nous enjoint à croire en des réalités virtuelles et nous pousse à agir conformément aux normes qu’elle a expertisées pour nous. Les tendances « à la mode », que ce soit les recherches sur les propagations épidémiques ou les changements climatiques,(10) sont toutes soumises au standard de la modélisation statistique et au dictat de la pensée unique. Et face aux logiciels mathématiques désincarnés qui nous modélisent l’avenir, la libre pensée n’est rien d’autre qu’une hérésie à censurer.

Alexandre Klein nous propose d’inventer la vie après la Covid-19 en inscrivant « dans la durée ces nouvelles valeurs qui furent les nôtres au cours des dernières semaines » (confinement discipliné, réactivité des gouvernements, ralentissement du système économique profitable à l’écologie etc.). L’individu sain serait celui qui s’adapte et instaure de nouvelles normes de vie en fonction de la réalité qui s’impose. Le problème est que ces nouvelles normes et valeurs, que ce soit celles qui ressortent de la crise sanitaire ou celles qui nous prescrivent attitudes et comportements à adopter dans la lutte aux changements climatiques, ne viennent pas de l’individu. Elles viennent du monopole de ceux à qui on donne le droit de définir le réel. Cette normativité, loin de tenir compte de la « singularité des rapports qu’entretiennent les individus avec leur milieu », n’est autre que le modelage du sujet inféodé à des forces élitistes. 

Canguilhem, qui voyait dans le malade un « sujet capable d’expression »,(11) a dû se retourner dans sa tombe en voyant le traitement qu’ont reçu nos ainés confinés, isolés, abandonnés et réduits à des objets à qui on disait savoir mieux qu’eux ce qui leur était bénéfique. Canguilhem ne disait-il pas lui-même, concernant la norme, qu’elle menait l’humanité à un retour à la société animale?(12) Si l’on s’appuie sur la pensée de Roland Gori (13) à l’égard de cette idée de Canguilhem, il est malheureux de constater que sous couvert de progrès scientifiques et d’avancées technologiques, notre organisation sociale nous pousse vers le guêpier d’une vie normée, surveillée et contrôlée, enfermant l’individu dans son rôle d’acteur utilitaire de la production systémique. 

Le normatif n’est-il donc pas, dans sa racine et son essence, la perte de subjectivité de l’individu? L’adaptation aux nouvelles normes de vie imposées aux hommes par d’autres hommes ne s’avère-t-elle pas, dans sa finalité, à être le fossoyeur du sujet pensant et résistant?  L’abnégation prescrite à tous dans la lutte au virus et aux changements climatiques, c’est l’ordonnance de se soumettre à un commandement moral constitutif du nouveau lien social. Pour ma part, je ne crois pas que cet humain normalisé respire la santé. Je ne crois pas non plus qu’il incarne le citoyen post-Refus global. Il est plutôt le citoyen de la Grande noirceur qui accepte tout et ne refuse rien, globalement. La normativité qui s’impose désormais à nous, c’est l’éloge du héraut conditionné et du bigot formaté. C’est la domestication de l’être aux volontés et aux passions étouffées.

Une nation sans force identitaire dont les membres sont préoccupés par des enjeux individuels (p. ex. leur santé, leur réputation, leur succès et leurs avoirs matériels) souffre d’insécurité et se laisse diriger. Tel que le souligne Tocqueville, le pouvoir tutélaire prévoit, pourvoit et conduit, allant jusqu’à soulager le peuple du trouble de penser et de la peine de vivre.(14) Ne vivons-nous pas dans cette aliénation qui s’est dévoilée d’autant plus clairement lors des derniers mois? Pour les dissidents et les natures sauvages, la bien-pensance et le politiquement correct s’occupent de les ramener sur le chemin de la norme et de la vérité certifiée. Félix Leclerc nous l’avait d’ailleurs imagé dans son grand génie poétique: Pour philosopher et chanter, apprenez qu’il faut avoir la permission et passer par la liste des approuvés. 

Afin que survivent nos singularités, nos libertés et notre subjectivité, ce n’est pas d’un futur inventé sur la base de mots d’ordre d’experts dont il faut rêver. Il faut plutôt se rapprocher de nos instincts et de nos consciences profanes, édifier notre futur sur le dialogue populaire et le langage de l’humanité, et grandir enracinés à une culture résistante. À moins que les peuples du monde ne se souviennent, la vie après la Covid-19 nous imposera ce pathétique constat. Le conformisme normatif mène l’humanité à l’abandon de son autonomie et de sa dignité de penser. Tels les rhinocéros de Ionesco, nous courons tête baissée vers la technocratie et la servitude machinale. 

Vincent Mathieu, Ph.D.

 

Notes :

1 https://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo-histoire/579457/devoir-de-philo-inventer-la-vie-apres-la-covid-19

2 https://www.ledevoir.com/opinion/idees/290727/pseudo-pandemie-d-a-h1n1-alarmisme-et-gaspillage-de-fonds-publics

3 Voir à ce sujet le documentaire Trust WHO dont on brosse le tableau à l’adresse qui suit: https://www.aljazeera.com/programmes/specialseries/2018/12/trustwho-business-global-health-181205092342434.html

4 Jean-Dominique Michel, Covid-19: Anatomie d’une crise sanitaire, Human Sciences, 2020; https://www.youtube.com/watch?v=-OyxNBZTkWw; https://www.youtube.com/watch?v=T-saAuXaPok; https://doi.org/10.1101/2020.04.05.20054361; https://doi.org/10.1101/2020.04.01.20050542; https://www.thelancet.com/pdfs/journals/laninf/PIIS1473-3099(20)30243-7.pdf; https://breakingviewsnz.blogspot.com/2020/05/yoram-lass-nothing-can-justify-this.html. 

5 Jean-Dominique Michel, Covid-19: Anatomie d’une crise sanitaire, Human Sciences, 2020; https://www.youtube.com/watch?v=4MqArCjrkmI; https://www.researchgate.net/publication/340738912_OCLA_Report_2020-1_Criticism_of_Government_Response_to_COVID-19_in_Canada, DOI: 10.13140/RG.2.2.33512.62725; https://nationalpost.com/news/local-news/covid-19-premier-legault-confirms-31-dead-at-dorval-care-residence/wcm/c1e35de6-ef59-4aa5-9a5a-5c4381ec0780; https://www.journaldemontreal.com/2020/04/23/aines-affames-et-deshydrates; 

6 https://www.illustre.ch/magazine/pharmas-ont-torpille-didier-raoult-lhydroxychloroquine; https://www.youtube.com/watch?v=crbITXQTo24; https://www.youtube.com/watch?v=kjPwdDhnRr8; Entrevue avec Jean-Dominique Michel à l’émission Bien entendu du 8 avril 2020 à ICI Radio-Canada Première: https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/bien-entendu/episodes/460681/rattrapage-du-mercredi-8-avril-2020/6; https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/valeurs-us/gilead-sciences-informations-contradictoires-sur-le-remdesivir-contre-le-covid-19-boursier-ea3a99e1e1421b257799bac0e15f66d99ab2aeb5. 

7 Arnold J. Toynbee, La civilisation à l’épreuve, Gallimard, 1951.

8 https://www.dailymail.co.uk/news/article-8294439/ROSS-CLARK-Neil-Fergusons-lockdown-predictions-dodgy.html; https://www.nola.com/opinions/james_gill/article_51f61b46-90a7-11ea-80b9-c39dc4c4e55d.html.

À noter que l’épidémiologiste Neil Ferguson et son équipe de recherche de l’Imperial College of London, à la source de ces prédictions, sont financés à hauteur de plusieurs millions de dollars annuellement par la Bill and Melinda Gates foundation, fondation dite philanthropique hautement investie dans la recherche sur le développement et la distribution de vaccins. Sources: https://www.businessinsider.com/neil-ferguson-transformed-uk-covid-response-oxford-challenge-imperial-model-2020-4; https://philanthropynewsdigest.org/news/gates-foundation-awards-14.5-million-for-global-healthcare-access. 

Un auteur comme Lionel Astruc a bien montré comment la fondation de Bill et Melinda Gates est surtout une machine à vendre des vaccins plus qu’un vecteur d’entraide humanitaire. Selon Astruc, la fortune de Gates serait passé de 56 milliards à 96 milliards d’euros entre 2011 et 2019. Source: Lionel Astruc, L’art de la fausse générosité, Actes sud, 2019.

Certains voient donc chez Neil Ferguson de possibles conflits d’intérêts, puisque ses prédictions ont été à la base de la panique mondiale généralisée et conséquemment de la course à la fabrication d’un vaccin. Fait à la fois cocasse et révélateur, Ferguson, qui recommandait des règles de confinement strictes au reste de ses compatriotes anglais, a lui-même été pris à les bafouer. Source: https://www.leparisien.fr/societe/royaume-uni-l-epidemiologiste-star-neil-ferguson-demissionne-apres-avoir-bafoue-le-confinement-06-05-2020-8311638.php. 

9 Marc Brisson, conseillé de la Direction de santé publique québécoise et tête dirigeante des projections du « Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses », est lui aussi en partie financé par la Bill and Melinda Gates foundation ainsi que par l’Alliance Globale pour les Vaccins et l’Immunisation (GAVI). Source: http://www.marc-brisson.net/bio-and-cv/short-cv/.  

10 Le faux consensus scientifique à l’égard des changements climatiques anthropiques et leurs impacts est peut-être le dogme le plus dangereux de notre ère moderne. Sans nier l’importance de réfléchir aux défis posés par le climat (et l’écologie dans son ensemble), l’apocalypse annoncée par certains scientifiques et par les filtres médiatiques est aujourd’hui un instrument de conditionnement et de réformes sociales qui amène les peuples à délaisser leurs moeurs ainsi que leur souveraineté relative. La « concertation des efforts » dans la lutte aux changements climatiques n’est que l’euphémisme qui évite de nommer clairement les désirs de « concentration des pouvoirs » d’une oligarchie mondialiste qui répudie toute forme d’auto-détermination nationale. Pour lire des idées divergentes et critiques à l’égard de la théorie des changements climatiques, les lecteurs sont invités à consulter les documents suivants: https://archive.nytimes.com/www.nytimes.com/2009/03/29/magazine/29Dyson-t.html; http://www.lactualitechimique.org/Des-histoires-belges; https://www.climato-realistes.fr/jean-claude-bernier-soutenu-par-vingt-cinq-membres-de-l-academie-des-sciences/; Jérôme Halzan, Mythes et réalités de la science, Kontre Kulture, 2017; Mototaka Nakamura, Confessions of a climate scientist, 2019: https://c-c-netzwerk.ch/images/ccn-blog_articles/717/Confessions-Nakamura.pdf. 

11 Georges Canguilhem, Études d’histoire et de philosophie des sciences, PUF, 1968.

12 Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique, PUF, 1966.

13 Roland Gori, La fabrique des imposteurs, Actes sud, 2015.

14 Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome II, 1840.

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Les oligarques du Mexique et les partis politiques de l’establishment se sont unis dans une alliance secrète pour tenter de renverser le président de gauche López Obrador, avec l’aide des médias, de Washington et de Wall Street. Des documents ayant fait l’objet d’une fuite révèlent leur stratégie sournoise.
Certaines des forces les plus puissantes du Mexique s’unissent dans une campagne pour tenter de renverser le premier président de gauche du pays depuis des décennies, Andrés Manuel López Obrador. Et ils ont apparemment des soutiens à Washington et à Wall Street.

Connu populairement sous le nom d’AMLO, le leader mexicain est un nationaliste progressiste qui a fait campagne sur la promesse de « mettre fin à la nuit noire du néolibéralisme ». Il a depuis mis en œuvre une vision révolutionnaire qu’il appelle la « Quatrième transformation », promettant de lutter contre la pauvreté, la corruption et la violence liée à la drogue – et il s’est de plus en plus heurté aux élites riches de sa nation.

M. López Obrador a également remis en question le consensus en matière de politique étrangère des États-Unis. Son gouvernement a donné refuge au président socialiste élu de Bolivie, Evo Morales, et aux membres du parti politique d’Evo qui ont été exilés après un coup d’État militaire soutenu par l’administration Trump.

AMLO a également tenu une réunion historique avec le président cubain Miguel Díaz-Canel, et a même déclaré que le Mexique serait prêt à briser le blocus unilatéral des Etats-Unis sur le Venezuela et à vendre du pétrole au gouvernement chaviste assiégé.

Ces politiques ont valu à AMLO la colère des oligarques à l’intérieur et à l’extérieur de son pays. Le 18 juin, le gouvernement américain a intensifié sa pression sur le Mexique, ciblant des entreprises et des individus avec des sanctions pour avoir fourni de l’eau au Venezuela, dans le cadre d’un accord humanitaire « pétrole contre nourriture ».

La valeur du peso mexicain a immédiatement chuté de 2 % après l’imposition des sanctions par l’administration Trump.

Ces premières salves de la guerre économique de Washington contre son voisin du sud sont survenues quelques jours après que López Obrador ait donné une conférence de presse explosive, dans laquelle il a révélé que les partis politiques qui avaient dominé la politique mexicaine pendant les décennies avant lui se sont secrètement unifiés dans un complot pour tenter d’évincer le président, des années avant la fin de son mandat démocratique en 2024.

Parmi les forces qui tentent d’évincer AMLO du pouvoir, on trouve les grands réseaux de médias, les grandes entreprises, les gouverneurs et les maires en exercice, les anciens présidents et les chefs d’entreprise influents. Selon un document qui a fait l’objet d’une fuite, ils se font appeler le Bloc d’opposition large (Bloque Opositor Amplio, ou BOA).

Et ils disent avoir dans leur équipe des lobbyistes à Washington, des investisseurs financiers à Wall Street, ainsi que de grandes publications d’information et des journalistes de médias nationaux et étrangers.

Le BOA « Bloque Opositor Amplio » complote pour diaboliser AMLO par une propagande médiatique

Lors d’une conférence de presse tenue le 9 juin, le gouvernement mexicain a publié un document stratégique censé avoir été rédigé par le bloc de la large opposition, intitulé « Sauvons le Mexique » (Rescatemos a México), qui a fait l’objet d’une fuite. L’administration AMLO a déclaré qu’elle ne connaissait pas l’origine de la fuite.

Ces pages consistent en un résumé du « Projet BOA », décrivant ce qu’il appelle un « plan d’action » – un plan de mesures concrètes que l’alliance de l’opposition prendra pour renverser AMLO.

La couverture du document ayant fait l’objet d’une fuite, le résumé du plan du projet BOA, « Sauvons le Mexique »

L’un des points clés de ce plan est le suivant : « Lobbying par la BOA à Washington (Maison Blanche et Capital Hill) pour souligner les dommages que le gouvernement de la [Quatrième transformation] fait aux investisseurs nord-américains ».

La stratégie de lobbying repose en grande partie sur le fait de retourner les États-Unis contre AMLO : « Plus que la comparaison avec le Venezuela », le document indique que « la BOA devrait mettre en évidence la très forte migration massive de Mexicains vers les États-Unis si la crise du chômage et de l’insécurité s’aggrave ».

Puis la BOA ajoute : « Répétez ce récit dans les médias américains et européens. »

La section du plan de la BOA sur le lobbying à Washington et l’utilisation des médias pour faire passer des messages anti-AMLO

Les pages divulguées disent que la BOA a « la presse internationale (USA et Europe) » de son côté, ainsi que « les correspondants étrangers au Mexique ».

Le document nomme même des médias spécifiques, ainsi que des journalistes individuels et des personnes influentes dans les médias sociaux, qui pourraient aider à diffuser leur propagande anti-AMLO. La liste comprend quelques-unes des principales publications d’information au Mexique : Nexos, Proceso, Reforma, El Universal, Milenio, El Financiero et El Economista.

La liste des médias et journalistes sympathisants anti-AMLO dans le document de la BOA

Le « plan d’action » indique clairement que cette puissante alliance d’opposition cherche à utiliser son contrôle étendu sur les médias pour blâmer de manière obsessionnelle AMLO pour « le chômage, la pauvreté, l’insécurité et la corruption » au Mexique.

BOA déclare même sans ambiguïté dans son plan qu’il utilisera « des groupes de réseaux de médias sociaux, des influenceurs et des analystes pour insister sur la destruction de l’économie, des institutions démocratiques et de l’autoritarisme politique du gouvernement des 4T » (en utilisant un acronyme pour le processus de la quatrième transformation).

Il est donc particulièrement ironique que le document de la BOA reconnaisse à contrecœur que le gouvernement de López Obrador « a réussi à atténuer l’impact économique de la crise sanitaire du coronavirus en donnant d’importantes sommes d’argent public aux personnes touchées, par le biais de programmes sociaux ».

Les pages divulguées admettent également qu’AMLO a un taux d’approbation de plus de 50 %, ce qui est inférieur au pic de 86 % de soutien au début de 2019 ou de 72 % à la fin de l’année, mais reste impressionnant pour une région où les dirigeants soutenus par les États-Unis comme le Chilien Sebastián Piñera ou le Colombien Iván Duque ont régulièrement bénéficié de taux d’approbation de 6 % et 24 %, respectivement.

Les partis politiques et les anciens présidents du Mexique s’unissent pour évincer AMLO

Avec le soutien du gouvernement américain et la domination totale des récits médiatiques, le plan du Bloc d’opposition large est d’unir tous les partis politiques de l’establishment mexicain.

Ensemble, ces partis pourraient potentiellement présenter des candidats sous l’égide de la BOA, selon le document. Leur objectif serait, lors des élections législatives de 2021, de mettre fin à la majorité que le parti de gauche d’AMLO, Morena, a obtenue à la Chambre des députés du Mexique.

Après cela, la BOA déclare clairement qu’elle prévoit de bloquer les réformes du corps législatif mexicain, et finalement de destituer le président López Obrador d’ici 2022 – au moins deux ans avant la fin de son mandat.

Il est assez révélateur que le document « Sauvons le Mexique » ne mentionne rien sur les Mexicains moyens de la classe ouvrière et leur participation au processus politique. Il ne reconnaît pas non plus l’existence de syndicats ou d’organisations militantes de base, qui constituent la base du mouvement d’AMLO et de son parti Morena.

Cela n’est pas surprenant, étant donné que l’alliance BOA énumère certaines des figures les plus puissantes de la classe dirigeante mexicaine.

Tous les principaux partis politiques sont inclus : le Parti d’action nationale (PAN), le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), le Mouvement des citoyens (MC) et même l’ancien Parti de la révolution démocratique (PRD) d’AMLO.

La liste des partis politiques figurant dans le document de la BOA

La BOA comprend également le nouveau parti politique México Libre, véhicule de l’ancien président de droite Felipe Calderón, un allié majeur de George W. Bush qui a déclaré une « guerre à la drogue » catastrophique au Mexique, entraînant des dizaines de milliers de morts.

Avec Calderón, la BOA cite l’ancien président Vicente Fox, un autre allié de droite des États-Unis, comme allié de la coalition. Fox a travaillé en étroite collaboration avec l’administration Bush pendant son mandat présidentiel pour isoler les gouvernements de gauche en Amérique latine, et a même tenté de démettre AMLO de ses fonctions de maire de Mexico et de lui interdire de se présenter aux élections présidentielles.

La BOA affirme également qu’elle a le soutien des gouverneurs de 14 États du Mexique, ainsi que des législateurs de l’opposition au Sénat et à la Chambre des députés, des juges du Tribunal électoral du pouvoir judiciaire fédéral (TEPJF) et des fonctionnaires de l’Institut national électoral (INE).

Les investisseurs de Wall Street et les oligarques mexicains soutiennent l’alliance anti-AMLO

Une puissante oligarchie financière, tant nationale qu’étrangère, rejoint l’ensemble de l’establishment politique mexicain dans le bloc d’opposition large.

Avec ses « lobbyistes anti-4T à Washington », le document divulgué indique que la BOA a « des fonds d’investissement de Wall Street » derrière elle.

La BOA ajoute qu’elle est soutenue par des « sociétés liées au T-MEC », en utilisant l’acronyme espagnol du nouvel accord de libre-échange « Accord États-Unis-Mexique-Canada », connu sous le nom de NAFTA 2.0.

Les puissants groupes d’entreprises et sociétés énumérés dans le document de la BOA

Certains des capitalistes les plus riches du Mexique sont associés au BOA. Le document qui a fait l’objet de la fuite mentionne le géant mexicain FEMSA et les oligarques de son groupe associé Monterrey, que le New York Times a décrit comme « une famille soudée d’hommes d’affaires riches et conservateurs ».

Les pages du BOA désignent également comme alliés le puissant Conseil de coordination des entreprises du Mexique (Consejo Coordinador Empresarial) et la Confédération des employeurs de la République mexicaine (Coparmex).

L’opposition nie toute implication dans le BOA, tout en mettant la pression sur AMLO

Dans les jours qui ont suivi la conférence de presse de M. López Obrador exposant le bloc d’opposition large, certaines des personnalités impliquées dans l’alliance, comme Felipe Calderón, ont nié toute implication.

Certaines de ces élites politiques et économiques ont même affirmé que le BOA n’existait pas, cherchant à mettre en doute la révélation scandaleuse du président et l’accusant d’avoir fabriqué le scandale.

Mais leurs efforts s’inscrivent clairement dans une campagne plus large des groupes d’opposition mexicains visant à destituer le président Andrés Manuel López Obrador du pouvoir. À mesure que la quatrième transformation d’AMLO progresse, leurs tactiques de déstabilisation sont devenues de plus en plus extrêmes.

López Obrador lui-même a mis en garde contre la radicalisation de l’opposition de droite. Comme l’a déjà rapporté The Grayzone, le président a fait une référence inquiétante à la menace d’un éventuel coup d’État en novembre 2019.

Faisant référence à l’ancien président du Mexique Francisco Madero, un leader de la révolution mexicaine et un autre homme de gauche qui a été assassiné en 1913, AMLO a tweeté : « Comme les conservateurs et leurs faucons ont tort… Maintenant c’est différent… Un autre coup d’État ne sera pas toléré ».

La prochaine partie de cette série d’enquêtes du Grayzone montrera comment les forces d’extrême droite au Mexique poussent à un coup d’État contre AMLO.

Ben Norton

 

Article original en anglais : Leaked documents reveal right-wing oligarch plot to overthrow Mexico’s AMLO, The GrayZone, le 18 juin 2020.

Traduction « par VD pour le Grand Soir

Ben Norton est journaliste, écrivain et cinéaste. Il est rédacteur en chef adjoint de The Grayzone et producteur du podcast des Moderate Rebels, qu’il co-anime avec le rédacteur en chef Max Blumenthal. Son site web est BenNorton.com et il tweete sur @BenjaminNorton.
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Vingt soldats indiens, plus de 43 soldats chinois ont été tués ou blessés dans une échauffourée à la frontière de l’Inde et de la Chine, dans la région du Ladakh. Les deux pays sont férocement nationalistes et aucun des deux ne cédera de bon gré le moindre pouce de territoire. La seule solution est la négociation. Modi l’entendra-t-il  ou continuera-t-il d’écouter le chant des sirènes des USA – qui, bien sûr, attisent les tensions entre les deux géants asiatiques ?


En ignorant les leçons de la guerre sino-indienne de 1962, Modi a mis son pays sur la voie du désastre

« Ceux qui ne se souviennent pas de l’histoire sont condamnés à la répéter ». Cette célèbre citation du philosophe espagnol George Santayana résonne dans la nouvelle politique du Premier ministre indien Narendra Modi envers la Chine. Modi semble réticent à se souvenir d’une bavure commise par son pays lors de la guerre sino-indienne de 1962.

Modi est condamné à répéter les erreurs commises par le premier ministre de l’époque, Jawaharlal Nehru, sur sa stratégie à l’égard de la Chine, car il s’était trop appuyé sur les conseils de son conseiller stratégique pro-russe, V K Krishna Menon. Modi s’appuie sur Subrahmanyam Jaishankar, son ministre des affaires étrangères, qui croit ardemment qu’une alliance avec les États-Unis peut répondre au mieux aux intérêts stratégiques de l’Inde.

Modi s’est écarté de nombre de traditions et de normes en matière de politique étrangère et de stratégie de l’Inde, lors des élections générales de 2019. Pour obtenir son siège de premier ministre pour un second mandat, il a utilisé les affaires étrangères comme aimant à électeurs. Il a utilisé le nationalisme territorial comme programme électoral en manipulant l’attaque terroriste de Pulwama et la frappe chirurgicale subséquente sur Balakot, au Pakistan. Modi s’est engagé à reprendre le Cachemire administré par le Pakistan pendant les élections.

Malgré des échecs sur tous les fronts dans les affaires intérieures du pays, Modi a réussi à affimer sa popularité avec sa politique étrangère. Il a réussi à dissimuler ses échecs en matière de politique intérieure aux électeurs en les impressionnant par son engagement auprès des dirigeants de superpuissances tels que le président américain Donald Trump, le président chinois Xi Jinping, le dirigeant russe Vladimir Poutine, et d’autres.

Selon la théorie économique, quels que soient les biens et services offerts sur le marché, ils doivent être payés par les consommateurs, ce qui signifie que personne n’obtient quoi que ce soit pour rien. La théorie est représentée par un célèbre dicton : « les repas gratuits n’existent pas ». Cette maxime s’applique également aux relations internationales et à la stratégie.

Chaque accolade et poignée de main avec le chef d’une superpuissance est associée à un prix spécifique. Ces prix sont parfois exprimés en termes monétaires. Modi a payé 43 milliards de dollars US pour le système de défense antimissile S-400 pour une accolade et une poignée de mains avec Poutine. Avec le président français Emmanuel Macron, c’était 30 milliards de dollars pour l’accord Rafale. Pour Poutine et Macron, c’étaient des coûts monétaires explicites, et non des coûts stratégiques. Cependant, Modi a dû payer un prix stratégique élevé dans les cas de Trump et Xi.

Par exemple, Modi a organisé l’événement « Howdy, Modi ! » en fanfare à Houston, au Texas, le 22 septembre 2019, et environ 50 000 personnes d’origine indienne venues de tous les États-Unis y ont participé. La participation de Trump était au centre de l’attraction de l’événement, et il a passé une heure avec Modi.

De même, Trump a participé à un événement auquel ont assisté 125 000 personnes dans le plus grand stade de cricket du monde, dans l’État indien du Gujarat, le 22 février dernier. Modi a fait preuve de chaleur et d’empressement avec Trump, et le président américain a prononcé un discours dans lequel il a présenté le Premier ministre indien comme « un leader exceptionnel… et un homme que je suis fier d’appeler mon véritable ami ».

Mais la participation de Trump à ces événements et son admiration déclarée pour Modi n’étaient pas gratuites. Modi doit payer en jouant le rôle d’allié de confiance et d’ami stratégique des États-Unis.

Trump, un allié digne de confiance ?

La dernière stratégie de sécurité nationale des États-Unis a déclaré qu’elle s’en tenait toujours à la politique « Une seule Chine » et a affirmé catégoriquement que les États-Unis ne cherchent pas de changement de régime en Chine. Cependant, Modi a envoyédeux membres du Parlement indien à la cérémonie d’assermentation virtuelle du président taïwanais.

Ni le président américain lui-même, ni aucun des amis et alliés de l’Inde, y compris les pays de la Quadrilatérale (alliance entre l’Inde, l’Australie, les USA et le Japon), n’ont fait de déclaration en faveur de l’Inde sur l’impasse militaire sino-indienne au Ladakh. Le Ladakh n’a même pas été mentionné dans la déclaration commune publiée après le sommet virtuel très médiatisé entre Modi et son homologue australien Scott Morrison, le 4 juin dernier.

Si une guerre de grande envergure avec la Chine éclate, l’Inde constatera que personne ne la soutient. Les États-Unis étaient déjà en crise avant la pandémie. Leur dette publique représente environ 125 % du produit intérieur brut, et un rapport de Wall Street explique qu’elle pourrait atteindre 2 000 % du PIB.

L’un des plus grands experts mondiaux sur l’Asie, Stephen Roach, avertit qu’un changement de l’équilibre des pouvoirs mondiaux combiné à un déficit budgétaire galopant des États-Unis pourrait bientôt déclencher un krach du dollar.

Les États-Unis eux-mêmes veulent un meilleur accord commercial avec la Chine. Après l’élection présidentielle de novembre, l’accord devrait être conclu. Le calcul de Modi selon lequel l’Inde profiterait des pertes de la Chine à la suite de la pandémie et d’un réalignement de la puissance mondiale semble absurde.

Modi s’attend, à tort, à ce que l’Inde puisse rebondir et se doter rapidement de bons biceps économiques après la pandémie. Il pense que le monde post-pandémique sera témoin d’un réalignement des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Modi espère que les États-Unis, l’Australie et de nombreux pays européens vont dissocier leur économie de celle de la Chine. Ils chercheront à faire de l’Inde un partenaire et un allié. Leurs usines seront délocalisées vers une nouvelle destination, l’Inde.

Cependant, l’Inde est entrée dans la crise du Covid-19 tout récemment. Les experts indiens de la santé publique estiment qu’il pourrait y avoir au total 670 millions d’infections et 500 000 décès d’ici la fin de l’année.

De plus, l’économie devrait décliner. Les consommateurs des exportations indiennes sont les familles à faibles et moyens revenus des économies avancées. Ce sont les plus durement touchés par la pandémie de Covid-19, et une nouvelle chute de la demande effective sera à attendre l’année prochaine.

Avant la pandémie, le commerce extérieur de l’Inde avec l’Union européenne était favorable, et il était également positif avec les États-Unis. Et Modi vise à faire de l’UE et des États-Unis des partenaires commerciaux clés après la délocalisation des entreprises américaines de Chine vers l’Inde.

Mais rien ne garantit que les entreprises américaines vont se tourner vers l’Inde, car moins de 5 % des entreprises ont été délocalisées en Inde après le début de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, en mars 2018. Et même s’ils délocalisent, cela ne garantira pas la croissance économique de l’Inde, car la demande effective de produits indiens sur le marché international ne devrait pas augmenter avant quelques années.

Des économistes comme Michael O’Leary et Carlos Rodriguez estiment qu’une reprise en V des économies avancées est peu probable. La lenteur de la reprise après l’effondrement économique de 2008 suggère une forte probabilité d’une reprise post-pandémique en L dans les économies développées.

Les soupçons chinois

Modi a annoncé le 12 mai le concept d’Atmanirbhar Bharat (une Inde autonome) ainsi qu’un plan de sauvetage économique de plus de 260 milliards de dollars pour stimuler une reprise post-pandémique.

Pékin a perçu que l’intention de Modi était de durcir sa politique sur les investissements étrangers directs en provenance de Chine. L’accueil réservé par l’Inde aux entreprises américaines qui veulent se délocaliser hors de Chine cible sélectivement les investissements chinois.

La Chine veut découpler l’Inde des États-Unis. Elle est très préoccupée par la démarche de l’Inde en raison de la frontière commune de 3 400 kilomètres entre les deux pays. Les stratèges chinois pensent que l’Inde agit comme un substitut des États-Unis pour contenir la Chine dans l’Himalaya et l’océan Indien.

Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Zhao Lijian, sans faire référence à un accord particulier, a répété ses propos du mois dernier : « Nous exhortons la partie indienne à travailler avec nous, à respecter l’important consensus de nos dirigeants, à se conformer aux accords signés et à s’abstenir de toute action unilatérale qui compliquerait la situation ». Il faisait allusion à l’accord et au consensus passés entre Modi et Xi lors de leurs deux sommets informels de Wuhan et Mamallapuram.

Pékin perçoit également que Modi s’est tourné vers les États-Unis, malgré un accord de coopération avec la Chine pour bâtir « le siècle asiatique ». Modi est réticent à voir « l’importance de respecter les sensibilités, les préoccupations et les aspirations de chacun », comme le souligne la déclaration commune publiée après le premier sommet.

Modi et Xi ont convenu de rechercher un règlement équitable, raisonnable et mutuellement acceptable sur la question de la frontière entre l’Inde et la Chine. Cependant, après avoir révoqué l’article 370 de la constitution indienne, l’Inde a publié une nouvelle carte incluant le Cachemire administré par le Pakistan.

Dans un discours enthousiaste à la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement, l’homme de main de Modi, le ministre de l’intérieur Amit Shah a déclaré qu’il reprendrait Aksai Chin, le Ladakh administré par la Chine. Puis Jaishankar s’est envolé pour Pékin et a rassuré la Chine sur le fait que l’Inde n’avait pas l’intention d’étendre son territoire.

La Chine a d’abord compris l’incident comme une question de politique intérieure en Inde. Cependant, après une succession d’événements ultérieurs – changements de politique sur la question de Taïwan, resserrement des investissements chinois en Inde, restructuration de l’Organisation mondiale de la santé, enquête sur le Covid-19, Quad et accord de défense avec l’Australie – les soupçons de Pékin se sont intensifiés.

Les stratèges chinois pensent que Modi a changé d’avis sur son accord concernant « la construction d’un ordre économique mondial ouvert, multipolaire, pluraliste et participatif », qu’il a abandonné le partenariat avec Pékin et qu’il veut amoindrir l’influence de ce dernier dans son arrière-cour et sur la rive indo-pacifique, le tout à la demande des États-Unis.

La Chine veut envoyer un message clair à Modi pour qu’il respecte le consensus et les accords conclus avec Pékin lors des deux sommets informels ou qu’il se prépare à des conséquences pires qu’en 1962, lors de la confrontation militaire au Ladakh.

Si Modi ne parvient pas à remettre sur les rails le consensus et l’accord obtenus lors des deux sommets, la Chine sanctionnera l’Inde encore plus durement qu’en 1962. Alors le destin de Modi sera probablement celui qu’a décrit l’historien russe du XIXe siècle Vassily Klyuchevsky : « L’histoire ne nous enseigne rien, mais elle nous punit quand nous n’avons pas appris ses leçons ».

Bhim Bhurtel

Paru sur Asia Times sous le titre India paying price for Modi’s myopic China strategy

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo : Ladakh, Tashi Kongmaa / Pixabay

Bhim Bhurtel est professeur de relations internationales et diplomatie à l’université Tribhuvan de Katmandou, et d’économie du développement à l’université ouverte du Népal. Il a été le directeur exécutif du Nepal South Asia Center (2009-14), un think tank sur le développement de l’Asie du Sud basé à Katmandou.

 

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Imaginez, vous vivez dans un monde dans lequel on vous dit qu’il est une démocratie – et vous pouvez même le croire – mais en fait votre vie et votre destin sont entre les mains de quelques oligarques ultra-riches, ultra-puissants et ultra-inhumains. Ils peuvent être appelés État profond, ou simplement « la Bête », ou n’importe quoi d’autre d’obscur ou d’introuvable – peu importe. Ils sont inférieurs à 0,0001%.

Faute d’une meilleure expression, appelons-les pour l’instant les « individus obscurs » (“obscure individuals”).

Ces « individus obscurs » qui prétendent diriger notre monde n’ont jamais été élus. Nous n’avons pas besoin de les nommer. Vous découvrirez qui ils sont, et pourquoi ils sont célèbres, et certains d’entre eux totalement invisibles. Ils ont créé des structures, ou des organismes sans aucun format légal. Ils agissent totalement hors de la légalité internationale. Ils sont à l’avant-garde de « la Bête ». Il y a peut-être plusieurs « bêtes » en concurrence. Mais elles ont le même objectif : Un nouvel ordre mondial ou un seul ordre mondial (NWO, ou OWO).

Ces « individus obscurs » dirigent, par exemple, le Forum économique mondial (FEM – représentant la Grande industrie, la Grande finance et de Grande renommée), le Groupe des 7 – G7, le Groupe des 20 – G20 (les dirigeants des nations les plus « fortes » économiquement). Il existe également quelques entités de moindre importance, appelées la Société Bilderberg, le Conseil des relations étrangères (Council on Foreign Relations, CFR), Chatham House et d’autres encore.

Les membres de toutes ces entités se chevauchent. Et même ce front élargi représente moins de 0,001 %. Ils se sont tous superposés à des gouvernements nationaux souverains élus et constitutionnels, et à LA multinationale mondiale, les Nations unies, l’ONU.

En fait, ils ont coopté l’ONU pour faire leur travail. Les directeurs généraux de l’ONU, ainsi que les directeurs généraux des multiples sous-organisations de l’ONU, sont choisis pour la plupart par les États-Unis, avec le consentement de leurs vassaux européens – en fonction du profil politique et psychologique du candidat. Si sa « performance » à la tête de l’ONU ou de l’une de ses sous-organisations échoue, ses jours sont comptés. L’Union européenne, les organisations de Bretton Woods, la Banque mondiale et le FMI, ainsi que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – et – ne vous y méprenez pas – la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, ont également été cooptés ou créés par la ou les « Bête(s) ». Elle n’a pas de pouvoir réel. Uniquement pour s’assurer que la loi est toujours du côté des hors-la-loi.

Outre les principales institutions financières internationales, la Banque mondiale et le FMI, il existe ce que l’on appelle les banques régionales de développement et autres institutions financières similaires, qui contrôlent les pays de leurs régions respectives.

 En fin de compte, c’est l’économie financière ou de la dette qui contrôle tout. Le banditisme néolibéral occidental a créé un système dans lequel la désobéissance politique peut être punie par l’oppression économique ou le vol pur et simple des biens nationaux dans les territoires internationaux. Le dénominateur commun de ce système est le dollar US (toujours) omniprésent.

Les « individus non élues »

La suprématie de ces « individus obscurs » non élus est de plus en plus évidente. Nous, « le Peuple », considérons qu’il est « normal » qu’ils prennent les décisions, et non pas ce que nous appelons – ou étions autrefois fiers d’appeler – nos nations souveraines et nos gouvernements souverainement élus. Ils sont devenus un troupeau de moutons obéissants. « La Bête » a progressivement et tranquillement pris le dessus. Nous n’avons pas remarqué. C’est la tactique du salami : vous le coupez tranche par tranche et quand le salami a disparu, vous vous rendez compte qu’il ne vous reste plus rien, que votre liberté, vos droits civils et humains ont disparu. À ce moment-là, il est trop tard. Le Patriot Act étasunien en est un bon exemple. Il a été préparé bien avant le 11 septembre. Une fois le 11 septembre « arrivé », le Patriot Act a été adopté par le Congrès en un rien de temps – pour la protection future du peuple – les gens l’ont réclamé par peur – et – bingo, le Patriot Act a privé environ 90% de la population étasunienne de sa liberté et de ses droits civils. Pour de bon.

Nous sommes devenus esclaves de « la Bête ». « La Bête » décide de l’essor ou de l’effondrement de nos économies, de qui devrait être endetté, quand et où une pandémie devrait éclater, et des conditions de survie à la pandémie, par exemple le confinement social. Et pour couronner le tout, les instruments que « la Bête » utilise, très astucieusement, sont un minuscule ennemi invisible, appelé virus, et un monstre énorme mais aussi invisible, appelé LA PEUR. Cela nous empêche d’aller dans la rue, de retrouver nos amis, d’aller au théâtre, de faire du sport ou de pique-niquer dans le parc.

Bientôt, « la Bête » décidera qui vivra et qui mourra, littéralement – si nous la laissons faire. Ce n’est peut-être pas si loin. Une autre vague de pandémie et les gens pourraient ainsi supplier, crier et hurler pour obtenir un vaccin, pour sonner le glas et pour le super profit des grandes sociétés pharmaceutiques – et pour atteindre les objectifs des eugénistes qui parcourent ouvertement le monde – voyez ceci. Il est encore temps de dire NON collectivement. Collectivement et solidairement.

Prenez le dernier cas d’imposture flagrante. Comme par hasard, après le passage de la première vague de Covid-19, au moins dans le « Nord global », où se prennent les grandes décisions mondiales, au début du mois de juin 2020, le président non élu du FEM, Klaus Schwab, a annoncé « La grande Réinitialisation » (“The Great Reset”). Profitant de l’effondrement économique – le choc de la crise, comme dans « La doctrine du choc » – M. Schwab, un des leaders de « la Bête », annonce ouvertement ce que le FEM va discuter et décider pour le monde à venir lors de son prochain Forum de Davos en janvier 2021. Pour plus de détails, voir ceci.

Nous, le peuple, accepterons-nous l’ordre du jour des individus du FEM non élus ?

Le FEM se concentrera de manière opportune sur la protection de ce qui reste de la Terre Mère ; évidemment, au centre se trouvera le « Réchauffement climatique », basé sur le CO2 produit par l’humain. L’instrument de cette protection de la nature et de l’humanité sera l’Agenda 2030 des Nations unies – qui équivaut aux Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. Il sera axé sur la manière de reconstruire l’économie mondiale délibérément détruite, tout en respectant les principes (« verts ») des 17 ODD.

Mais attention, tout est relié. Il n’y a pas de coïncidences. Le tristement célèbre Agenda 2021, qui coïncide avec et complète le soi-disant Agenda 2030 des Nations unies, sera dûment inauguré par la déclaration officielle du FEM de « The Great Reset », en janvier 2021. De même, la mise en œuvre de l’agenda de « The Great Reset » a commencé en janvier 2020, avec le déclenchement de la pandémie de coronavirus – prévue depuis des décennies, les derniers événements visibles étant le rapport Rockefeller de 2010 avec son « Lockstep Scenario » (le Scénario du verrouillage), et l’événement 201, du 18 octobre à New York qui a simulé par ordinateur une pandémie de coronavirus, laissant en 18 mois 65 millions de morts et une économie en ruine. Cela a été programmée quelques semaines seulement avant le lancement de la véritable pandémie de COVID-19. Voir COVID-19, We Are Now Living the « Lock Step Scenario », voir en français La farce et l’agenda diabolique d’un «verrouillage universel» et ceci et ceci (et en français ceci).

Les émeutes raciales

Des émeutes raciales, initiées par le mouvement Black Lives Matter (financé par la Fondation Ford et l’Open Society Foundation de Soros), à la suite de l’assassinat brutal de l’Afro-Américain George Floyd par une bande de policiers de Minneapolis se sont répandues comme un feu de brousse en un rien de temps dans plus de 160 villes dans le monde, d’abord aux États-Unis, puis en Europe. Ces émeutes ne sont pas seulement liées à l’agenda de « la Bête », mais elles constituent une déviation bien commode de la catastrophe humaine provoquée par la  pandémie Covid-19. Voir aussi ceci.

Le plan infâme de « la Bête » pour mettre en œuvre ce qui se cache réellement derrière l’Agenda 2030 des Nations unies est l’Agenda ID2020 qui demeure méconnue du grand public. Voir La pandémie du coronavirus COVID-19 : Le vrai danger est « l’Agenda ID2020 ». Cet agenda a été créé et financé par le gourou de la vaccination Bill Gates, tout comme la GAVI (Global Alliance for Vaccines and Immunizations), l’association des grandes entreprises pharmaceutiques – qui a participé à la création des vaccins coronavirus et qui finance avec la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) une part importante du budget de l’OMS

La « Grande réinitialisation » (« Great Reset »), telle qu’annoncée par Klaus Schwab du FEM, est censée être mise en œuvre par l’Agenda ID2020. C’est plus que ce que l’on pourrait croire. L’Agenda ID2020 est même intégré aux SDG, puisque la SDG 16.9 « d’ici 2030, fournira une identité légale [numérique] pour tous, y compris l’enregistrement gratuit des naissances« . Cela s’inscrit parfaitement dans l’objectif global de la SDG 16 : « Promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives pour un développement durable, fournir un accès à la justice pour tous et mettre en place des institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux« .

Suivant la voie officielle de l’Agenda 2030 des Nations unies pour la réalisation des SDG, l’Agenda ID2020 « mise en oeuvre » – qui est actuellement testé sur des écoliers au Bangladesh – fournira des cartes d’identité numérisées, éventuellement sous la forme de nanopuces implantées en même temps que les programmes de vaccination obligatoires, encouragera la numérisation de l’argent et le déploiement des 5G – qui seraient nécessaires pour télécharger et contrôler les données personnelles sur les nanopuces et pour contrôler la population. L’Agenda ID2020 inclura très probablement aussi des « programmes » – par la vaccination ? – de réduction significative de la population mondiale. L’eugénisme est une composante importante du contrôle de la population mondiale future dans le cadre d’un NOW / OWO – voir aussi Georgia Guidestones, mystérieusement construit en 1980.

L’élite dirigeante a utilisé le confinement comme instrument pour mener à bien ce programme. Sa mise en œuvre se heurterait naturellement à des protestations massives, organisées et financées selon les mêmes modalités que les protestations et manifestations du BLM. Il se peut qu’elles ne soient pas pacifiques – et qu’elles ne soient pas planifiées comme telles. En effet, pour contrôler la population aux États-Unis et en Europe, où l’on s’attendrait à la plupart des manifestations de la société civile, une militarisation totale de la population est nécessaire. Cela est en cours de préparation.

Dans son essai « The Big Plantation« , John Steppling rapporte, à partir d’un article de NYT, que

« Depuis 2006, un minimum de 93 763 mitrailleuses, 180 718 cartouches de chargeur, des centaines de silencieux et un nombre inconnu de lance-grenades ont été fournis aux services de police d’État et locaux aux États-Unis. Cela s’ajoute à au moins 533 avions et hélicoptères, et 432 MRAP – véhicules blindés de 9 pieds de haut, de 30 tonnes, protégés contre les embuscades et dotés de tourelles à canon et de plus de 44 900 pièces d’équipement de vision nocturne, régulièrement utilisés lors de raids nocturnes en Afghanistan et en Irak ».

Il ajoute que cette militarisation s’inscrit dans une plus vaste tendance. Depuis la fin des années 1990, environ 89 % des services de police étasuniens desservant des populations de 50 000 personnes ou plus disposaient d’une PPU (unité paramilitaire de police), soit près du double de ce qui existait au milieu des années 1980. Il appelle ces polices militarisées la nouvelle Gestapo.

Même avant la pandémie COVID-19, environ 15 à 20 % de la population se trouvait sur ou sous le seuil de pauvreté aux États-Unis. L’anéantissement économique post-covidien va au moins doubler ce pourcentage – et augmenter proportionnellement le risque de révoltes civiles et d’affrontements avec les autorités – ce qui renforce encore le raisonnement en faveur d’une force de police militarisée.

Le Crypto RMB chinois

Bien entendu, aucun de ces scénarios ne sera présenté au public par le FEM en janvier 2021. Il s’agit de décisions prises à huis clos par les acteurs clés de « la Bête ». Cependant, ce plan grandiose de la « Grande Réinitialisation » (« Great Reset ») ne va pas nécessairement se réaliser. La moitié au moins de la population mondiale et certains des pays les plus puissants, économiquement et militairement – comme la Chine et la Russie – y sont opposés. « Reset » peut-être oui, mais pas dans ces termes occidentaux. En fait, une réinitialisation de ce type est déjà en cours, la Chine étant sur le point de lancer une nouvelle monnaie cryptographique basée sur une chaîne de blocs, le RMB cryptographique, ou yuan. Il ne s’agit pas seulement d’une monnaie forte basée sur une économie solide, elle est également soutenue par l’or.

Alors que le président Trump continue de fustiger la Chine pour ses pratiques commerciales déloyales, pour sa mauvaise gestion de la pandémie de grippe (COVID-19), pour avoir volé des droits de propriété – une campagne sans fin contre la Chine -, pour avoir affirmé que la Chine dépend des États-Unis et que ces derniers vont couper les liens commerciaux avec la Chine – ou les couper complètement – la Chine appelle cela du bluff. La Chine se réoriente discrètement vers les pays de l’ANASE plus le Japon (oui, le Japon !) et la Corée du Sud, où le commerce représente déjà aujourd’hui environ 15 % de l’ensemble des échanges commerciaux de la Chine et devrait doubler au cours des cinq prochaines années.

Malgré le verrouillage et la perturbation des échanges commerciaux, les exportations globales de la Chine se sont rétablies avec une augmentation de 3,2 % en avril (par rapport à avril 2019). Cette performance globale des exportations chinoises s’est néanmoins accompagnée d’une baisse spectaculaire des échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont diminué de 7,9 % en avril (par rapport à avril 2019).

Il est clair que la grande majorité des industries étasuniennes ne pourraient pas survivre sans les chaînes d’approvisionnement chinoises. La dépendance occidentale à l’égard des fournitures médicales chinoises est particulièrement importante. Sans parler de la dépendance de la Chine à l’égard des consommateurs étasuniens. En 2019, la consommation totale des États-Unis, soit environ 70 % du PIB, s’élevait à 13,3 billions de dollars, dont une bonne partie est directement importée de Chine ou dépend des ingrédients provenant de Chine.

Les maîtres du FEM sont confrontés à un véritable dilemme. Leur plan dépend beaucoup de la suprématie du dollar qui continuerait à permettre l’application de sanctions et la confiscation des actifs des pays qui s’opposent à la domination des États-Unis ; une hégémonie du dollar qui permettrait d’imposer les composantes du programme « The Great Reset » (la Grande réinitialisation), comme décrit ci-dessus.

À l’heure actuelle, le dollar est une monnaie fiduciaire, une dette créée de toutes pièces. Il ne bénéficie d’aucun soutien. Par conséquent, sa valeur en tant que monnaie de réserve se dégrade de plus en plus, en particulier vis-à-vis du nouveau crypto-yuan de Chine. Afin de concurrencer le yuan chinois, le gouvernement étasunien devrait s’éloigner de son système monétaire Ponzi, en se séparant du Federal Reserve Act de 1913 et en imprimant sa propre monnaie de l’économie étasunienne et éventuellement de l’or (crypto) – et non pas de la monnaie fiduciaire de la FED, comme c’est le cas aujourd’hui. Cela impliquerait de couper les liens plus que centenaires avec la FED, propriété du clan Rothschild et Cie, et de créer une véritable banque centrale appartenant aux citoyens. Ce n’est pas impossible, mais grandement improbable. Ici, deux « bêtes » pourraient s’affronter, car une puissance mondiale est en jeu.

Pendant ce temps, la Chine, avec sa philosophie de création sans fin, continuerait d’avancer de façon imparable avec son gigantesque plan de développement socio-économique du 21e siècle, l’Initiative ceinture et route (la Nouvelle route de la soie) reliant la Chine au reste du monde avec des infrastructures de transport terrestre et maritime, avec des projets de recherche et industriels communs, des échanges culturels – et surtout, un commerce multinational (multinational trade) avec des caractéristiques « gagnant-gagnant », l’égalité pour tous les partenaires – vers un monde multipolaire, vers un monde avec un avenir commun pour l’humanité.

Aujourd’hui déjà, plus de 120 pays sont associés à l’ICR – et le projet en chantier est libre pour que d’autres pays s’y joignent – et pour défier, démasquer et « désactiver » la Grande réinitialisation (Great Reset) de l’Occident.

Peter Koenig

Article original en anglais :

Conspiracy Theory

The Global Reset – Unplugged. “The Deep State”, publié le 17 juin 2020.

Traduit par Maya pour Mondialisation

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Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il donne des conférences dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour Global Research, ICH, New Eastern Outlook (NEO), RT, Countercurrents, Sputnik, PressTV, The 21st Century, Greanville Post, Defend Democracy Press, The Saker Blog, et d’autres sites Internet. Il est l’auteur de Implosion – Un thriller économique sur la guerre, la destruction de l’environnement et la cupidité des entreprises – une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde entier. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essais de la Résistance. Il est associé de recherche au Centre de recherche sur la mondialisation.

 

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La crise sanitaire que nous traversons a révélé des hôpitaux au bord de l’effondrement, laminés par des cures d’austérité budgétaire à répétition. Après des décennies de délabrement au service de l’enrichissement privé, et au-delà de quelques mesures de façade et autres distribution de médailles en signe de récompense, il semble essentiel de repenser les services publics. Les services de santé doivent notamment faire l’objet d’une attention particulière, car leur capacité à répondre à des crises comme celle du Covid 19 a été fortement amoindrie. Ils constituent autant d’organes vitaux indispensables au bon fonctionnement d’une société équitable et respectueuse de l’humain. 


Les hôpitaux publics souffrent régulièrement de coupes budgétaires au profit de cliniques privées concurrentielles, jusqu’à parfois disparaître complètement. L’Hôtel-Dieu en est un exemple emblématique. Le terme générique « Hôtel-Dieu » s’est imposé à partir de la fin du Moyen Âge pour désigner l’hôpital principal des grandes villes, établissement charitable placé en général près de la cathédrale, fondé et géré par l’évêque pour accueillir tous les indigents, les infortunés, les vieillards impotents et les malades. S’il fût un temps où l’Hôtel-Dieu était là pour soigner, de nos jours son bâtiment sert d’hôtel de luxe, voire de galerie marchande.

L’HÔTEL-DIEU CONVERTI EN COMPLEXE HÔTELIER DE LUXE À LYON ET MARSEILLE

Dans les deuxième et troisième ville de France, Lyon et Marseille, l’Hôtel-Dieu a été reconverti en complexe hôtelier de luxe pour le groupe InterContinental Hotels. À Marseille, le bâtiment construit à la fin du XVIIIe siècle a été acheté par la ville en 2007, avant d’être loué pour 99 ans au géant français de l’immobilier AXA Real Estate Investment Managers, qui a investi 120 millions d’euros pour la réhabilitation. Axa REIM a ensuite confié la gestion de l’hôtel, personnel compris, au groupe InterContinental Hotels Group. Après trois ans de travaux, l’ancien Hôpital-Dieu classé monument historique a cédé la place en juin 2013 à un Hôtel Intercontinental cinq étoiles flambant neuf, avec une vue imprenable sur le Vieux-Port.

Fût un temps, l’Hôtel-Dieu était là pour soigner. De nos jours son bâtiment sert d’hôtel de luxe, voire de galerie marchande.

À Lyon, le prestigieux Hôtel-Dieu, fondé au XIIe siècle en bordure du Rhône, est agrandi au XIXe siècle pour abriter près d’un millier de malades. Le premier hôpital lyonnais va connaître lui aussi une profonde transformation, bien éloignée de ses aspirations premières. En septembre 2009, le maire de Lyon Gérard Collomb présente la feuille de route du projet de réhabilitation. Celui-ci « doit permettre l’accueil d’un hôtel de classe internationale (4 ou 5 étoiles) et des services associés (restaurants, centres de remise en forme et de séminaires), l’installation d’activités commerciales (axées sur le design et la décoration), la prise en compte de surfaces dédiées aux activités tertiaires (avocats, banques, assurances…) »[1]. Définitivement fermé, le bâtiment reste désaffecté de 2010 à 2015, avant d’être complètement réhabilité. À la fin des travaux, cet ensemble ouvre enfin ses portes en juin 2019 et le site du flambant neuf Grand Hôtel Dieu de Lyon, invite alors à la flânerie : « Hier hospice, hôpital ou maternité, il brillait par ses techniques médicales à la pointe. Aujourd’hui, c’est un lieu aux multiples facettes, mais toujours tourné vers l’hospitalité. C’est un Hôtel 5 étoiles, un espace de shopping tendance, un parcours imaginé autour de 4 univers traversant dômes, cours et jardins historiques. »

Hôtel-Dieu de Lyon en 1901 © E. de Rolland & D. Clouzet

LA DISPARITION PROGRAMMÉE DU PLUS ANCIEN HÔPITAL DE FRANCE À PARIS

Situé au cœur de l’île de la Cité, bordant le parvis de Notre-Dame-de-Paris, l’Hôtel-Dieu fondé en 651 par l’évêque parisien Saint Landry, est le plus ancien hôpital encore en activité dans le monde. En mai 2019, un mois à peine après l’incendie de Notre-Dame, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) annonce par la voix de son directeur général Martin Hirsch céder plus d’un tiers de la surface du patrimoine exceptionnel de l’Hôtel-Dieu au privé. Le promoteur immobilier Novaxia récupère ainsi près de 20 000 m² donnant sur le parvis de Notre-Dame, pour un bail de quatre-vingts ans moyennant 241 millions d’euros[2] – un montant qui semble bien faible au regard du prix du mètre carré dans le quartier – pour y installer des commerces, cafés et restaurants, ainsi qu’un incubateur d’entreprises de santé et, sans doute pour faire bonne figure, une maison du handicap et une crèche[3].  « Nous sommes fous de joie, c’est un lieu mythique, le berceau de Paris » s’enthousiasme le président de Novaxia, Joachim Azan, dans le journal Le Monde.

Plusieurs soignants réclament la réquisition de l’espace encore chauffé et vide pour y installer des lits afin de prendre en charge les patients atteints du Covid-19.

Pour sa part, l’hôpital, qui comptait près de 400 lits il y a une dizaine d’années, en est désormais dépourvu. Plusieurs soignants, dont l’urgentiste Christophe Prudhomme, réclament la réquisition de l’espace encore chauffé et vide (puisque les travaux n’ont pas encore démarré) pour y installer des lits afin de prendre en charge les patients atteints du Covid-19. Pendant ce temps, le service des Urgences vient de fermer ses portes le 15 mars dernier pour ouvrir un centre de dépistage Covid-19, alors qu’il existe d’autres espaces hospitaliers pour cela à Paris. Les malades doivent dorénavant s’orienter vers le service des urgences de l’hôpital Cochin.

La Maire de Paris Anne Hidalgo – pourtant membre du jury avalisant le projet de transformation de l’hôpital – semblait avoir entendu l’appel de l’urgentiste Patrick Peilloux, rejoint par plusieurs personnalités politiques, lorsqu’il lançait un cri d’alarme début avril face à la crise sanitaire en cours : « il faudrait ouvrir immédiatement 500 lits de réanimation et soins continus, soit en ouvrant de nouveau l’hôpital des armées du Val de Grace [lui aussi fermé], soit l’Hôtel-Dieu de Paris ». Elle répondait alors : « Des projets sont à l’étude, je les soutiendrai en intégrant si besoin Hôtel-Dieu et le Val de grâce. »[4] Des projets qui tardent pourtant à se concrétiser en pleine crise sanitaire où le personnel soignant mal équipé s’épuise dans des infrastructures souvent saturées.

Jérôme Duval

 

Notes :

[1]« Quel avenir pour l’Hôtel-Dieu de Lyon ? », 23 décembre 2010. http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.pointsdactu.org%2Farticle.php3%3Fid_article%3D1448%23chapitre1

[2]Point d’étape sur le projet Hôtel-Dieu, AP-HP, 16 décembre 2019. https://www.aphp.fr/actualite/point-detape-sur-le-projet-hotel-dieu

[3]Les travaux de rénovation étaient censés démarrer en 2020, pour s’achever en 2025. http://novaxia-dev.fr/realisations/hotel-dieu-espace-parvis/

[4]Voir sur le compte Twitter d’Anne Hidalgo : https://twitter.com/Anne_Hidalgo/status/1245372906877652993

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Ce mercredi 17 juin, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé que les États-Unis imposaient 39 nouvelles sanctions à des personnalités et entités syriennes en vertu du « Caesar Act » [1]. Des sanctions dont il a été beaucoup question la veille, dans le cadre Conseil de sécurité réuni en visioconférence et sous présidence française, tel que nous le rapporte l’organe de presse en langue française [2].

Pour l’équité et plus de précisions, nous traduisons ici la déclaration intégrale de l’envoyé spécial de la Syrie auprès des Nations Unies, le Docteur Bachar al-Jaafari. [NdT].   

_________________________

Merci bien Monsieur le Président et je remercie aussi mon cher ami l’envoyé spécial, Monsieur Geir Pederson, pour sa présence et sa participation (en français). 

Monsieur le Président, 

Lorsque les États-Unis volent ouvertement 200 000 barils de pétrole par jour des champs de pétrole syriens et qu’en plus, ils volent 400 000 tonnes de coton, 5 000 000 de têtes de bétail, mettent le feu à des milliers d’hectares de champs de blé, se vantent de diviser la Syrie et de délibérément affaiblir la valeur de sa monnaie nationale; lorsque les États-Unis imposent des mesures économiques coercitives visant à étouffer le peuple syrien, occupent certaines parties de mon pays et protègent leur partenaire turc occupant d’autres vastes parties de terres syriennes ; et lorsque, néanmoins, ma collègue représentante des États-Unis parle du souci de son administration devant la détérioration des conditions de vie des citoyens syriens en l’attribuant à ce qu’elle qualifie de « régime » ; la question légitime devient : n’est-ce pas là une phase de maladie aigüe et ne sommes-nous pas face à des symptômes de schizophrénie politique ? 

Le 31 mai 2020, mon pays a adressé une plainte officielle au Secrétaire général des Nations Unies et au Président du Conseil de sécurité contre les gouvernements de certains États Membres, au premier rang desquels les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Turquie. 

En effet, tout au long des neuf dernières années, les gouvernements de ces pays ont soutenu, financé et armé des groupes et organisations de terroristes multinationaux de multiples allégeances et de diverses casquettes, ainsi que des milices séparatistes à leurs ordres. De plus, ils ont délibérément mené des agressions militaires unilatérales et tripartites sur mon pays ; occupant certaines parties de son territoire ; commettant des meurtres et des destructions ; procédant à des déplacements et à des changements démographiques ; pillant les richesses naturelles et historiques dont le pétrole, le gaz, les cultures agricoles et les antiquités; brûlant et détruisant tout ce qu’ils n’ont pu voler ; imposant toujours plus de mesures coercitives unilatérales au peuple syrien. 

Ces pratiques et ces graves violations des principes du droit international et des dispositions de la Charte des Nations Unies mettent en évidence une contradiction dans la vision de l’action multilatérale internationale, ainsi qu’un retour aux perspectives de la « Société des Nations » ; laquelle, comme nous le savons tous, a légitimé les agressions et les occupations, se condamnant elle-même à l’échec.

En outre, ces pratiques sont des tentatives flagrantes d’une ingérence destructrice du processus politique « facilité » par les Nations Unies par le biais de son envoyé spécial, dans le but de détourner cette démarche fondée sur le dialogue entre Syriens, sous direction strictement syrienne, vers une alternative censée imposer la volonté et les diktats des trois États occidentaux [USA, Royaume Uni, France] au Conseil de sécurité de l’ONU, au détriment de la souveraineté de la Syrie, de ses ressources, du bien-être et de la sécurité de son peuple.

Monsieur le Président, 

Suite aux déclarations que nous venons d’entendre, je me trouve dans l’obligation de clarifier quelques concepts.

Les politiques de blocus et d’imposition de mesures coercitives unilatérales ont fait et font toujours partie intégrante des politiques aveugles et préjudiciables adoptées par l’Occident et sont l’autre visage du terrorisme. Un terrorisme qui a brisé la vie des Syriens, détruit leurs réalisations, nui à leur monnaie nationale et à leurs moyens de subsistance, entravé les capacités de leurs institutions étatiques à répondre à leurs besoins essentiels ; le tout en dehors de toute préoccupation humanitaire occidentale. Le dernier exemple [de cette indifférence] est l’incendie des cargaisons d’aides humanitaires par certains partis libanais, alors que depuis des années ces cargaisons fournies par le « Programme alimentaire mondial » étaient régulièrement acheminées aux Syriens dans le besoin via le territoire libanais. 

L’administration américaine et l’Union européenne ont torpillé toutes les demandes internationales en faveur de la levée des mesures coercitives unilatérales imposées au peuple syrien, y compris la mission du Secrétaire général et de son envoyé spécial en Syrie. Le renouvellement et l’intensification des effets de ces mesures coercitives unilatérales avec l’entrée en vigueur de ladite « Loi César », décrétée par les États-Unis, traduisent le mépris de l’administration américaine et de l’Union européenne pour tout ce que l’humanité a accumulé dans le domaine des lois internationales, et tentent d’imposer la loi américaine et européenne au Monde. 

La récente intervention de James Jeffrey est une reconnaissance explicite de l’administration américaine de sa responsabilité directe dans les souffrances des Syriens. Une telle déclaration irresponsable souligne, une fois de plus, que cette administration voit la région avec des yeux israéliens, vu qu’il s’agit d’exigences israéliennes déjà anciennes que Jeffrey n’a fait que renouveler, afin de façonner la région de telle sorte qu’elle corresponde à son agenda hégémonique. 

Maintenir la paix et la sécurité internationales, auxquelles les gouvernements des trois pays occidentaux et membres permanents du Conseil de sécurité sont censés être particulièrement intéressés, est incompatible avec le fait qu’avec d’autres gouvernements occidentaux ou instrumentalisés par les occidentaux, ils ferment les yeux sur les pratiques de leur allié au sein de l’OTAN : la Turquie dont ils adoptent et défendent les crimes en Syrie, en Libye et ailleurs. 

Maintenir la paix et la sécurité internationales est également incompatible avec le fait que les États-Unis et la Turquie occupent certaines parties de mon pays, où ils parrainent sans honte aucune le terrorisme ainsi que les milices séparatistes, et où des représentants de leurs gouvernements tiennent des réunions avec les organisations terroristes sur le sol syrien, comme cela a été récemment démontré suite à l’infiltration des ministres turcs de la défense et de l’intérieur dans le gouvernorat d’Idleb. Profitant de la période d’accalmie qui prévaut depuis l’« accord de Moscou », ils ont renforcé la présence des forces d’occupation turques et des groupes terroristes qui leur sont inféodés, tandis que le régime turc cherche toujours à substituer la Livre turque à la Livre syrienne dans les zones qu’il occupe illégalement afin d’imposer leur turquification. 

Ici, les forces d’Erdogan sont donc identiques aux forces d’Israël occupant le Golan syrien et les deux occupations, turque et israélienne, sont complémentaires et travaillent en harmonie avec l’opérateur américain

Enfin, maintenir la paix et la sécurité internationales n’est pas compatible, non plus, avec la détermination des ces trois États occidentaux, membres permanents du Conseil de sécurité, à ne pas éliminer l’organisation terroriste Daech dont ils mobilisent les reliquats en Irak et en Syrie chaque fois que leur intérêt l’exige.

Monsieur le Président,

Dans ma déclaration du 19 mai 2020, j’ai fait référence aux confessions de terroristes de l’organisation Daech capturés par l’Armée arabe syrienne, confessions au cours desquelles ils ont souligné le fait qu’ils avaient été entraînés par les forces d’occupation américaines stationnées dans la région syrienne d’Al-Tanf. Récemment, un terroriste de cette même organisation Daech, Mohammad Houssayn Saoud, a avoué que ce sont les renseignements britanniques qui l’ont forcé, avec d’autres terroristes travaillant pour lui, à collaborer en recueillant des informations sur les institutions et les sites militaires syriens et russes en Syrie. 

Monsieur le Président,

Dans sa plainte officielle, mon pays demande au Secrétaire général et au Conseil de sécurité de mettre un terme aux ingérences hostiles d’États étrangers dans les affaires intérieures de mon pays et d’engager tous les États membres à s’abstenir de toute pratique visant à saper l’indépendance et la poursuite du processus politique, ou à porter atteinte aux intérêts et aux choix du peuple syrien, à la sécurité et à la stabilité de la Syrie ainsi qu’à ses relations régionales et internationales. 

De plus, la Syrie a demandé au Secrétaire général de mandater l’organe juridique compétent de son secrétariat pour la préparation d’un rapport urgent concernant ces lois américaines et européennes imposant un embargo économique sur le peuple syrien et leur conformité à la Charte et aux résolutions du Conseil de sécurité relatives à la Syrie. Ce rapport devrait également souligner l’impact catastrophique de ces mesures sur la vie du peuple syrien.

Mon pays, Mesdames et Messieurs, attend avec intérêt la réponse du Secrétaire général et demande à être informé, dès que possible, des procédures susceptibles d’être adoptées dans le cadre de son mandat et de sa position de facilitateur du processus politique en République arabe syrienne.   

Finalement, Monsieur le Président, nous avons toujours été victimes des règlements de compte occidentaux, ce qui fait que nous sommes de bons lecteurs de l’Histoire. Le problème avec nos ennemis et nos rivaux est que nous la lisons différemment. À cet égard, il conviendra de rappeler ce qu’un sage politicien sociologue a dit un jour : « Seuls les imbéciles défient l’Histoire ».

Pour terminer, j’aimerais dire à mes collègues représentant des pays occidentaux au sein de ce Conseil : lâchez vos pressions sur mon pays, la Syrie. Laissez le peuple syrien respirer. 

Merci, Monsieur le président.

Dr. Bachar al-Jaafari

Envoyé spécial de la Syrie auprès des Nations Unies

16/06/2020

Traduit de l’anglais par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation

Source : The Syrian Mission to the United Nations

https://www.youtube.com/watch?v=HxcVOmE12Aw

Notes : 

[1] Syria Caesar Act Designations – Press Statement – June 17, 2020

https://www.state.gov/syria-caesar-act-designations/

[2] Conseil de sécurité du 16 juin 2020 sur la situation en Syrie 

https://www.un.org/press/fr/2020/sc14215.doc.htm

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Avec de tels protecteurs, plus besoin d’ennemis

juin 18th, 2020 by Michel Raimbaud

Le sinistre printemps 2020 s’estompe, laissant en héritage des multitudes hébétées. Le coronavirus n’a pas seulement suscité d’innombrables vocations de diafoirus et laissé le champ libre aux théoriciens de l’enfermement global ou aux maniaques du couvre-feu. Sa promotion au rang de tragédie du millénaire s’est faite au prix d’un matraquage médiatique insensé qui a incrusté dans les opinions mises en situation, entre autres sornettes, l’idée que le « monde d’avant » était balayé à jamais, le confinement n’étant que l’entracte permettant de changer le décor pour un « monde d’après » reconstruit sur de nouvelles bases. Les occidentalistes ont repris en boucle cette nouvelle version de la « fin de l’Histoire », relayant le pétard mouillé de Fukuyama, l’une des théories messianistes dont sont friands les intellectuels américains, soucieux de recycler sans fin un rêve hégémonique inoxydable.

Après avoir héroïquement résisté à dix ans de guerre planétaire conduite par la mal nommée communauté internationale, ce n’est pas la barbare loi américaine dite Caesar Syria Civilian Protection Act, qui entre aujourd’hui en vigueur, qui va changer la donne sur le terrain. Une loi inique, impossible à appliquer, entrée en vigueur alors que la pandémie Covid-19 n’a pas encore été vaincue et condamnable moralement, humainement et stratégiquement. Une forme de terrorisme économique déclenchée par l’Amérique pour tenter de gagner une guerre déjà perdue. Photo DR

La pandémie ayant gagné rapidement les cinq continents, pour la première fois peut-être l’humanité entière partageait en temps réel un sort commun face à « Un mal qui répand la terreur, Mal que le ciel en sa fureur, Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom). Tous régimes confondus, des dictatures aux grandes démocraties, « ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Confronté à ce péril « universel » et conscient de n’être plus tout à fait le centre de l’univers, l’Empire Atlantique, de droit divin plus égal que les autres, se devait de reprendre les choses en main. Ne sait-on pas depuis longtemps que la fiction peut se substituer à la « réalité observable » à condition d’être projetée sans complexe et renouvelée sans trêve ? En 2005, à un journaliste qui l’interrogeait innocemment, Karl Rove, conseiller de George Debeliou, avait expliqué cyniquement : « Nous les Américains, nous sommes maintenant un Empire, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Pendant que vous étudiez studieusement cette réalité, nous ne perdons pas de temps. Nous agissons et nous créons d’autres réalités nouvelles qu’il vous est loisible d’analyser. (…) Nous sommes les acteurs et les producteurs de l’Histoire. A vous tous, il ne reste qu’à étudier ce que nous créons ». En d’autres termes, l’Histoire est écrite par les vainqueurs ; en contrôler ou fabriquer le récit c’est déjà se poser en vainqueur.

De façon assez inattendue, la pandémie a mis en lumière le basculement en cours de l’ordre international au profit du bloc « eurasien ». Déjà en déclin tangible, économiquement, financièrement, militairement, le camp occidental a perdu le magistère moral qui lui permettait d’imposer sa conception de l’humanitaire, terrain propice aux ingérences et guerres de changement de régime. Grande première, c’est vers Pékin, Moscou et Cuba que se sont tournés les pays frappés par le virus. Les présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, les vrais animateurs du bloc eurasien ne laisseront pas la Loi César étouffer la Syrie, leur alliée historique.

Quinze ans plus tard, habités de cette conviction intime, les nostalgiques de la ci-devant « puissance indispensable » estiment toujours qu’ils peuvent vendre aux opinions leurs slogans éculés en changeant l’enseigne de la boutique. Conçu au sein des lobbies impériaux à la faveur du tohu-bohu covidique, le « Nouvel Ordre Mondial » sanitaire piloté par les fondations et les milliardaires anglo-saxons n’est rien d’autre que la nouvelle mouture de la « communauté internationale » de naguère, manipulée par des marionnettes de l’État profond. Corona ou pas, la volonté hégémonique est toujours là, de même que les mécanismes et outils ad hoc. Pour les opinions occidentales, il n’est pas nécessaire de renouveler les vocables, changer les têtes d’affiche suffit. Quant aux pays résistants, adversaires, cibles et/ou victimes du vieux syndrome de « l’homme blanc », ils ne seront pas dupes, mais on trouve toujours chez eux assez d’adeptes ou d’agents du « rêve américain » pour que le piège à gogos, qui a fait ses preuves, puisse fonctionner. Le but n’est évidemment pas d’apporter liberté ou « démocratie », mais de provoquer la destruction, la déstabilisation, le démantèlement des Etats « préoccupants » ou d’en changer le régime.

Après avoir lutté contre le communisme au temps de la guerre froide, c’est au nom de la « responsabilité de protéger » les peuples que, depuis 1991, l’Empire Atlantique mène des « guerres sans fin » afin d’étendre son emprise sur la planète. L’idée de créer une « loi humanitaire » pour contourner les principes fondamentaux des Nations Unies est née dans le sillage de la guerre du Biafra (1967), et on trouve parmi ses inspirateurs Bernard Kouchner, alors jeune médecin. Il faudra attendre vingt ans avant qu’elle soit théorisée lors d’une conférence sur « la morale et le droit humanitaire » sous forme d’un « droit d’ingérence » que le « monde libre », en 1987, n’est pas en mesure d’imposer. Le concept sera recyclé en « devoir d’ingérence », puis en « responsabilité de protéger » (R2P).

1991 est une date-charnière. Dopés par la chute de l’URSS et la dissolution du bloc communiste, les néoconservateurs estiment que l’heure est venue d’imposer au monde ce qui ne pouvait l’être au temps de la guerre froide, l’ordre américain. Présentée comme une responsabilité subsidiaire de la nouvelle « communauté internationale », réduite en fait aux trois membres permanents occidentaux du Conseil de Sécurité et à quelques pays affinitaires (like-minded countries), la R2P pourra désormais être invoquée sans risque, bien qu’elle aille à l’encontre du droit onusien.

– L’exportation de la démocratie occidentale, une nouvelle forme des guerres coloniales.

C’est tout naturellement que ce « faux pavillon » servira, trente années durant, à donner un semblant de légitimité aux aventures de la « démocratisation », c’est-à-dire aux ingérences illégales visant à déstabiliser les « régimes préoccupants » (regimes of concern), qu’il s’agisse des « Etats Voyous » accusés de soutenir le terrorisme, de détenir des armes de destruction massive et de violer le Droit International, ou des « Etats faillis » soupçonnés de ne pas remplir leur obligation de protection des populations.

Au lendemain du 11 septembre, Debeliou Bush engage le monde dans « une guerre sans fin contre la terreur » à ennemis aléatoires. En février 2004, ce sera le Projet de « Grand Moyen-Orient » prévoyant de réformer, « démocratiser » et surtout « libéraliser » la « ceinture verte musulmane » de la Mauritanie au Pakistan. En fait, il vise à prendre le contrôle des ressources naturelles, à poursuivre l’encerclement de la Russie et à marginaliser le conflit israélo-palestinien. Une fois détruit l’État irakien et l’offensive lancée par Colin Powell contre la Syrie et le Liban, la « démocratisation » consistera à rendre la région plus réceptive aux vœux américains et plus « conciliante envers Israël.

Face au nouvel « ordre » mis en place, nul n’osera objecter que le GPS traceur de « Rogue States », inspiré par les « penseurs » néoconservateurs (Dick Cheney, Paul Wolfowitz, Richard Pearle, DonaldRumsfeld, etc…) ne mène ni à Moscou, Pékin, Bagdad, Téhéran ou Damas, mais plutôt à la Maison-Blanche, à Downing Street, ou vers d’autres peuples élus. La dérive ainsi entamée se traduira par la remise en cause du droit international, de la charte des Nations Unies et du système onusien dans son ensemble, et leur remplacement par une loi de la jungle implacable. C’est avec le plus grand naturel que les « grandes démocraties » assumeront leur nouveau rôle de « grandes voyoucraties », à l’image de leur guide bondieusard et criminel.

Comme le rappelle l’écrivain libanais Maan Bachour, la liste des guerres fomentées et menées, directement ou par procuration, par l’Amérique et ses complices est longue. Si la liste des champs de manœuvre est éclectique ( ex-Yougoslavie, Ukraine, Venezuela, Bolivie, Brésil, etc…), les pays et peuples arabes ou arabo-musulmans sont particulièrement visés : pas moins d’une vingtaine de guerres entre 1954 et 2010 ( y compris la mise à mort de l’Irak entre 1990 et 2003, le harcèlement contre la Syrie et le Liban des années 2000, l’appui illimité à Israël dans l’ethnocide contre le peuple palestinien), suivies de la longue série des « révolutions arabes ».

2011 marquera un tournant pour le « Nouveau Siècle Américain » et un coup d’arrêt partiel aux visées de Washington, ouvrant la voie à une épreuve de force entre l’unilatéralisme américain et les supporters d’un multilatéralisme à venir. En mars 2011, est lancée au Conseil de Sécurité l’opération « humanitaire » qui va détruire l’Etat libyen au nom de la R2P, la Russie et la Chine n’y ayant pas fait obstacle. En octobre, outrées d’avoir été bernées, elles surprendront en usant pour la première fois du véto pour interdire une intervention militaire en Syrie, barrant la route à tout projet basé sur la R2P…

Le projet israélo-américain a survécu à trente ans de messianisme. Malgré les échecs et le coup d’arrêt rappelé précédemment, l’Axe du Bien en est toujours à fomenter et entretenir des guerres de deuxième ou troisième génération, directes ou par procuration, sous couvert de la « responsabilité de protéger » (R2P), sa grande trouvaille. On connaît le bilan effrayant des guerres qui dévastent depuis dix ans le Grand Moyen-Orient. L’escroquerie ne devrait plus tromper personne mais elle ne suscite plus guère de réaction en Occident, abêti par son allégeance à l’atlantisme et au sionisme. Le mensonge est devenu si familier qu’il n’offusque plus. Le mutisme a ses avantages puisqu’il tend à faire oublier la poursuite effrénée des « guerres sans fin » que mènent les tontons flingueurs qui se succèdent à la Maison-Blanche, plus caricaturaux les uns que les autres, mais tous également nocifs. Le gangster à la mèche jaune est plus pittoresque que la moyenne, mais sa brutalité s’inscrit dans une longue lignée. Il vient à point nommé pour ses vassaux qui peuvent se dédouaner à bon compte en le critiquant avec virulence tout en soutenant en douce son errance politique, son aventurisme militaire et son banditisme assumé. Comme si rien ne pouvait plus indigner venant des rives du Potomac.
Dans les capitales des « grandes démocraties » défraîchies par l’engourdissement des mois de confinement, l’heure n’est plus à ergoter sur les faits et méfaits de l’imprésentable Tonton Donald, mais à la solidarité occidentaliste face aux « révisionnistes » modernes et leurs complices. Car l’herbe ne peut pas repousser aussi verte là où le « fléau de Dieu » est passé.

Il est en effet très improbable que la Chine, forte de sa superpuissance incontestable, et la Russie, à nouveau grande puissance militaire et pôle de référence diplomatique et politique, se prêtent au jeu d’un nouvel ordre mondial régi par un Empire manifestement en pleine débâcle.


Les guerres de Syrie, dernier ouvrage paru de Michel Raimbaud

De façon assez inattendue, la pandémie a mis en lumière le basculement en cours de l’ordre international au profit du bloc « eurasien ». Déjà en déclin tangible, économiquement, financièrement, militairement, le camp occidental a perdu le magistère moral qui lui permettait d’imposer sa conception de l’humanitaire, terrain propice aux ingérences et guerres de changement de régime. Grande première, c’est vers Pékin, Moscou et Cuba que se sont tournés les pays frappés par le virus.

Pourtant, rien n’étant décidément nouveau au soleil de l’Occident, le « gouvernement mondial » que cherchent à promouvoir de douteux bienfaiteurs pour lutter contre les pandémies apparaît comme une nouvelle version de la « communauté internationale » dont il a été question précédemment. On y retrouve, bien qu’ils aient dépassé la date de péremption, des stratagèmes toujours consommables. Si le sadisme particulier avec lequel est traitée la Syrie doit susciter l’attention, c’est qu’il est plus que jamais l’objet d’une totale omerta. Mais on a aussi bien des raisons de flairer la volonté d’ingérence dans les « retours de printemps » arabes, les « hirak » du Liban, du Soudan et d’Algérie, où s’agite une « société civile » qui rappelle quelque chose.

Souvenir pour souvenir, qui l’eût dit qui l’eût cru, voilà un revenant venu tout droit du « monde d’avant » et qui semble avoir trouvé sa place dans le « monde d’après » sans heurter les esprits délicats de l’île atlantique : la « Loi Caesar pour la protection de la population civile en Syrie » (Caesar Syria Civilian Protection Act) n’est-elle pas le nom de ce nouvel oukaze qui vise à étouffer le pilier damascène de la résistance au projet israélo-atlantique et à affamer son peuple ainsi que ses voisins (Liban, Iran) et ses alliés. On se demande bien d’ailleurs ce qu’il reste à sanctionner dans un pays assommé depuis dix ans, à un rythme impressionnant, par les mesures coercitives de l’Amérique et l’Union Européenne. Comme le soulignait le représentant permanent de la Syrie auprès des Nations-Unies, Bachar al Jaafari, ces agressions interviennent malgré les appels internationaux à lever les sanctions dans le contexte du Coronavirus, alors que la « loi César » est sur le point d’entrer en vigueur, cette pratique n’étant pas une nouveauté de la part de Washington. Et de rappeler les volets de la deuxième ou troisième vague de l’inlassable bataille menée par l’Amérique et ses alliés (turcs et autres) pour tenter de gagner une guerre déjà perdue, le terrorisme économique des forces d’occupation, l’incendie (par ballons thermiques, par drones…ou par djihadistes interposés) des champs et récoltes, à l’est de l’Euphrate, dans l’oasis de Palmyre et ailleurs, équivalant à des crimes de guerre ou contre l’humanité. Damas ne se fait sans doute pas d’illusion sur le sort de la plainte adressée au Secrétaire Général des Nations-Unies et au Président du Conseil de Sécurité contre les trois occidentaux, la Turquie et « l’entité sioniste », passés d’une guerre par procuration (soutien, armement, financement des groupes terroristes et séparatistes) à une guerre directe d’agression.

Demandant un rapport « urgent et honnête » afin de déterminer si les sanctions sont conformes ou non aux décisions onusiennes, la Syrie « espère » que les Nations-Unies et le Conseil de Sécurité mettront un terme aux interventions américaines et occidentales ainsi qu’aux sanctions économiques unilatérales, tous ces crimes constituant des violations du droit international et une agression contre la souveraineté, la sécurité et l’intégrité de la Syrie.

Quelle idée ! Demande-t-on à des amis qui veulent tant de bien au peuple syrien de mettre fin à leur protection. Autant prier le sinistre James Jeffrey, l’envoyé spécial de Trump pour la Syrie, qui a l’air sérieux comme un Pape, d’ouvrir son panier pour voir ce qu’il a osé y mettre ?

Michel Raimbaud

16 juin 2020

 

Michel Raimbaud a eu une longue carrière de diplomate, à Paris, dans le monde arabe, en Afrique et en Amérique Latine. Il a été ambassadeur et directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Arabisant, il a étudié les problématiques de la zone Afrique du Nord – Moyen Orient.
Conférencier, professeur de relations internationales, Michel Raimbaud a contribué à des revues et ouvrages collectifs. Il est l’auteur de plusieurs livres, notamment Tempête sur le Grand Moyen-Orient, aux Éditions Ellipses

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La souveraineté supranationale des États-Unis

juin 17th, 2020 by Philip Giraldi

L’un des aspects les plus inquiétants de la politique étrangère américaine depuis le 11 septembre est l’hypothèse selon laquelle les décisions prises par les États-Unis sont contraignantes pour le reste du monde, comme l’illustre parfaitement l’avertissement du président George W. Bush selon lequel « il y avait un nouveau shérif en ville ». En dehors de la période de guerre, aucune autre nation n’a jamais cherché à empêcher les autres nations de commercer entre elles, et aucun gouvernement n’a cherché à punir les étrangers en utilisant des sanctions avec l’arrogance cynique démontrée par le secrétaire d’État Mike Pompeo. Les États-Unis cherchent uniquement à pénaliser d’autres pays souverains pour des crimes présumés qui n’ont pas été commis aux États-Unis et qui n’impliquaient pas de citoyens américains, tout en insistant sur le fait que toutes les nations doivent se conformer aux sanctions infligées par Washington. Dans le même temps, il fait preuve de sa propre hypocrisie en revendiquant l’immunité souveraine chaque fois que des étrangers ou même des citoyens américains cherchent à utiliser les tribunaux pour le tenir responsable de ses nombreux crimes.

La prétention des États-Unis d’être le juge, le jury et le bourreau reconnu de la communauté internationale a commencé dans l’environnement de l’après-guerre, lorsque des présidents américains hubristiques ont commencé à se qualifier de « dirigeants du monde libre ». Cette prétention a reçu un soutien législatif et judiciaire avec l’adoption de la loi antiterroriste de 1987 (ATA) telle que modifiée en 1992 et de la législation connexe ultérieure, pour inclure la loi sur la justice contre les commanditaires du terrorisme de 2016 (JASTA). Cet ensemble de lois peut être utilisé pour obtenir des jugements civils contre des terroristes présumés pour des attaques menées partout dans le monde et peut être utilisé pour punir les gouvernements, les organisations internationales et même les entreprises qui sont perçues comme soutenant les terroristes, même indirectement ou sans le savoir. Les plaignants peuvent poursuivre en justice pour des dommages causés à leur « personne, leurs biens ou leur entreprise » et disposent de dix ans pour déposer une plainte.

Parfois, les liens et le niveau de preuve requis par un tribunal américain pour intenter une action sont ténus, et relèvent de la simple  politesse. Actuellement, les poursuites peuvent porter sur la responsabilité secondaire de tiers, y compris les banques et les grandes entreprises, au titre du « soutien matériel » des lois sur le terrorisme. Cela inclut la responsabilité pour « aide et complicité » ainsi que la fourniture de « services » à tout groupe que les États-Unis considèrent comme terroriste, même si l’étiquette de terroriste est douteuse et/ou si ce soutien est involontaire.

La possibilité d’intenter des poursuites devant les tribunaux américains pour obtenir réparation de crimes réels ou imaginaires a conduit à la création d’une culture du droit dans laquelle les avocats représentant une cause particulière cherchent à mettre un adversaire en faillite à la fois par le biais des frais de justice et des dommages-intérêts. Sans surprise, Israël est un grand plaideur contre des entités qu’il désapprouve. Le gouvernement israélien a même créé et soutient une organisation appelée Shurat HaDin, qui décrit sur son site web comment il utilise la loi pour mettre les opposants en faillite.

La Cour fédérale du district sud de Manhattan est devenue le centre d’information pour poursuivre en justice les gouvernements et les individus étrangers, sans qu’il soit nécessaire que la poursuite soit fondée au-delà des accusations de « terrorisme ». En février 2015, un procès intenté par Shurat HaDin a conduit à la condamnation de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine pour leur responsabilité dans les attentats terroristes perpétrés en Israël entre 2000 et 2004. Le jury fédéral de New York a accordé des dommages et intérêts de 218,5 millions de dollars, mais en vertu d’une disposition spéciale de la loi antiterroriste, le montant a automatiquement triplé pour atteindre 655,5 millions de dollars. Shurat HaDin a affirmé avec moralité qu’il s’agissait d’une « terreur en faillite ».

La plus récente victoire juridique d’Israël et de ses amis s’est produite le 1er juin devant un tribunal fédéral du district de Columbia, où la Syrie et l’Iran ont été tenus pour responsables du meurtre de citoyens américains dans des attentats terroristes palestiniens qui ont eu lieu en Israël. Le juge Randolph D. Moss a statué que les Américains blessés et tués dans sept attentats perpétrés par des Palestiniens à l’intérieur de l’État juif pouvaient prétendre à des dommages-intérêts de la part de l’Iran et de la Syrie parce qu’ils avaient fourni un « soutien matériel » aux groupes militants du Hamas et du Djihad islamique palestinien. Le tribunal déterminera à une date ultérieure le montant des dommages réels.

Il convient de noter que le crime présumé a eu lieu dans un pays étranger, Israël, et que l’attribution de la responsabilité provient de sources officielles israéliennes. En outre, il n’y avait aucune preuve réelle que la Syrie et l’Iran étaient d’une manière ou d’une autre activement impliqués dans la planification ou l’autorisation directe des attentats allégués, raison pour laquelle l’expression « soutien matériel », qui est extrêmement élastique, a été utilisée. Dans cette affaire, Damas et Téhéran sont définitivement coupables, comme accusés, d’avoir reconnu les organisations de résistance palestiniennes et d’avoir eu des contacts avec elles, bien qu’il n’ait jamais été affirmé de manière crédible qu’elles aient une quelconque influence sur leurs actions. En fait, la Syrie et l’Iran n’étaient pas représentés dans la procédure, une pratique normale car aucun des deux pays n’a de représentation diplomatique aux États-Unis et les chances d’une audience équitable compte tenu de la législation existante se sont avérées … faibles, disons.

Et l’on peut se demander si la législation peut être utilisée contre Israël, les citoyens américains tués par les Israéliens (Rachel Corrie, Furkan Dogan) pouvant poursuivre le gouvernement de l’État juif pour obtenir des compensations et des dommages et intérêts. Non. Les tribunaux américains ont statué dans des affaires similaires que l’armée et la police israéliennes ne sont pas des organisations terroristes et qu’elles ne soutiennent pas matériellement les terroristes, de sorte que le système judiciaire américain n’est pas compétent pour les juger. Ce résultat ne devrait surprendre personne, car la législation a été conçue pour cibler spécifiquement les musulmans et les groupes musulmans.

En tout état de cause, la décision de justice actuelle, qui pourrait totaliser des centaines de millions de dollars, pourrait s’avérer difficile à appliquer car la Syrie et l’Iran ont tous deux peu d’actifs restants aux États-Unis. Dans des procès similaires antérieurs, notamment en juin 2017, un jury a délibéré pendant une journée avant de rendre un verdict de culpabilité contre deux fondations iraniennes pour violation des sanctions américaines, permettant à un tribunal fédéral d’autoriser le gouvernement américain à saisir un gratte-ciel dans le centre de Manhattan. Il s’agit de la plus grande confiscation civile liée au terrorisme dans l’histoire des États-Unis. Le président du tribunal a décidé de distribuer le produit de la vente du bâtiment, près d’un milliard de dollars, aux familles des victimes du terrorisme, y compris des attentats du 11 septembre. Le tribunal a décidé que l’Iran avait une certaine part de responsabilité dans les attentats du 11 septembre uniquement sur la base de son statut d’État parrain du terrorisme inscrit sur la liste du Département d’État, même si le tribunal n’a pas pu démontrer que l’Iran était d’une quelconque manière directement impliqué.

Un deuxième procès a impliqué la Syrie, jugeant que Damas était responsable du ciblage et du meurtre d’un journaliste américain qui se trouvait dans une zone de guerre active et qui couvrait le bombardement d’une zone de Homs tenue par les rebelles en 2012. Le tribunal a accordé 302,5 millions de dollars à la famille de la journaliste, Marie Colvin. Dans son jugement, le juge Amy Berman Jackson a cité « la politique de violence menée de longue date par la Syrie », qui vise à « intimider les journalistes » et à « réprimer la dissidence ». Un soi-disant groupe de défense des droits de l’homme financé par les États-Unis et d’autres gouvernements, appelé Center for Justice and Accountability, a fondé son argument, comme dans le cas de l’Iran, sur la désignation de Damas comme État soutenant le terrorisme. Le juge a estimé que les preuves présentées étaient « crédibles et convaincantes ».

Un autre cadeau américain à la jurisprudence internationale a été le Magnitsky Act de 2012, fruit de l’enthousiasme de l’administration Barack Obama. Il était basé sur un récit de ce qui s’est passé en Russie sous l’égide de Boris Eltsine et de son successeur nationaliste Vladimir Poutine, colporté par un certain Bill Browder, que beaucoup croient avoir été un acteur majeur dans le pillage de l’ancienne Union soviétique. Browder et ses complices dans les médias ont affirmé que le gouvernement russe avait été complice de l’arrestation, de la torture et du meurtre d’un certain Sergei Magnitsky, un comptable devenu dénonciateur travaillant pour Browder. Presque tous les aspects de l’histoire ont été contestés, mais le Congrès et la Maison Blanche ont complètement adhéré à l’affaire et ont pris des sanctions contre les Russes qui auraient été impliqués, malgré les plaintes de Moscou selon lesquelles les États-Unis n’avaient pas le droit légal de s’immiscer dans les affaires internes concernant un citoyen russe.

Pire encore, la loi Magnitsky a été élargie et est maintenant le Global Magnitsky Human Rights Accountability Act de 2017. Elle est utilisée pour sanctionner et autrement punir les « abuseurs de droits de l’homme » présumés dans d’autres pays et met la barre très bas pour établir la crédibilité d’une accusation. Elle a été utilisée tout récemment dans l’affaire Jamal Khashoggi, dans laquelle les États-Unis ont sanctionné les assassins présumés du journaliste dissident saoudien alors que personne n’avait été arrêté ou condamné pour un quelconque crime.

Le principe établi de longue date selon lequel Washington doit respecter la souveraineté des autres États même lorsqu’il est en désaccord avec leur politique intérieure ou étrangère a été effectivement abandonné. Et, comme si les choses n’allaient pas assez mal, certaines législations récentes garantissent pratiquement que dans un avenir proche, les États-Unis feront encore plus pour s’ingérer dans une grande partie du monde et la déstabiliser. Le Congrès a adopté et le président Trump a signé la loi Elie Wiesel sur la prévention du génocide et des atrocités, qui vise à améliorer la réponse de Washington aux massacres. La prévention des génocides et des massacres fait désormais partie du programme de sécurité nationale américain. Il y aura un groupe de travail sur les atrocités de masse et les agents du département d’État recevront une formation pour les sensibiliser à l’imminence d’un génocide, bien que l’on puisse supposer que le nouveau programme ne s’appliquera pas aux Palestiniens, car l’homonyme de la loi n’a jamais été troublé par leur suppression et leur assassinat par l’État d’Israël.

Philip Giraldi

Article original en anglais :

America’s Supernational Sovereignty

L’article en anglais a été publié initialement par The Unz Review.

Version française :  plumenclume.org

 

Philip M. Giraldi, Ph.D., est un ancien spécialiste de la lutte antiterroriste et officier du renseignement militaire de la CIA; c’est le directeur exécutif du Conseil pour l’intérêt national, une fondation éducative 501(c)3 déductible des impôts (numéro d’identification fédéral #52-1739023) qui cherche une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage basée sur les intérêts. Le site web est https://councilforthenationalinterest.org, l’adresse est P.O. Box 2157, Purcellville VA 20134 et son courriel est [email protected].

 

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Brève réflexion sur le mensonge

juin 17th, 2020 by Jean-Luc Baslé

Une société qui vit dans le mensonge se désagrège dans le temps. Le mensonge est consubstantiel à l’homme. Mais, il ne peut être la règle. Il doit être l’exception. Généralisé, il devient propagande. Qui ment ? L’Etat, les médias, les universités, les entreprises, les associations, en bref : tout le monde. Pourquoi mentir ? Pour obtenir un avantage indu, éviter une sanction, défendre sa réputation, etc. Nous mentons pour toute sorte de raisons, bonnes et mauvaises. Car le mensonge est parfois utile. Jadis, on parlait de « pieux mensonges » pour en souligner l’utilité dans certaines circonstances, avec un brin d’hypocrisie. Ces derniers temps, à la manière de la calomnie dans l’œuvre de Beaumarchais, le mensonge, de petit vent rasant la terre, a enflé et avancé. Rien ne l’arrête désormais et, sous cette arme redoutable, la vérité est tombée, terrassée. Le mensonge est devenu la règle.

Le mensonge d’Etat est le plus gros, le plus cynique et le plus dangereux. Il peut tuer des millions d’hommes, comme en Union soviétique, en Chine et en Europe. La France y a eu aussi recours avec des conséquences, fort heureusement, moins désastreuses. Elle en appelle alors à la raison d’état. Qui peut s’opposer à la raison d’état, à la défense de la patrie ? Personne. Un homme aussi intègre que Charles De Gaulle y a eu recours. Mais voilà, cette raison d’Etat est une notion indéfinie, élastique, malléable à souhait. Entre de mauvaises mains, elle invite le malheur qui subrepticement s’installe.

Dans ce maelstrom qu’est notre société, les médias ont emboîté le pas à l’Etat. Le quatrième pouvoir devient ainsi complice. Alors qu’il s’est battu au cours des siècles pour maintenir son indépendance, ce pouvoir, ou tout au moins une partie de ce pouvoir, s’est progressivement rallié à l’Etat, ces dernières décennies. Il s’est installé dans le mensonge ce qui rend difficile la compréhension de notre monde. Les évènements récents en attestent. La pandémie du coronavirus en est un exemple. Et malheur à qui décrit sa vérité. Il est isolé, ostracisé, accusé de complotisme, voire de populisme. Les prudents s’autocensurent.

Les gens mentent aussi. Internet leur a donné une plateforme inespérée pour exprimer leurs frustrations et leur colère, avec parfois des conséquences désastreuses comme le suicide de cette jeune actrice japonaise, Hana Kimura. Ces excès qui doivent être sanctionnés, ne peuvent être instrumentalisés pour justifier l’instauration de la censure – le corollaire de la propagande.

Le mensonge ne voyage pas seul. Il emmène avec lui la méfiance, le soupçon, la fraude, la prévarication et la mort. C’est pourquoi le huitième commandement du Décalogue, hérité du Code d’Hammurabi, enjoint de ne point mentir. Ainsi, aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps, l’homme a reconnu la nocivité du mensonge. Il ne peut être un mode de gouvernement. En l’oubliant, nos sociétés occidentales se condamnent.

Jean-Luc Baslé

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Une campagne de désinformation vise à justifier l’assassinat de Qassem Soleimani en le dépeignant, ainsi que l’Iran, comme des facilitateurs volontaires d’Al-Qaïda. L’opération de propagande s’est largement appuyée sur un livre de mauvaise qualité, « L’Exil ».

L’assassinat américain de Qassem Soleimani en janvier a déclenché une nouvelle vague de désinformation sur le général de division iranien, les alliés de l’Administration Trump le qualifiant de terroriste mondial tout en dépeignant l’Iran comme le pire État sponsor du terrorisme. Une grande partie de la propagande sur Soleimani concernait sa responsabilité présumée dans le meurtre des troupes américaines en Irak, ainsi que le rôle de l’Iran en Syrie, au Liban et au Yémen.

Qassem Soleimani

Mais un deuxième thème de la campagne de désinformation, qui a été repris par des médias grand public comme le Wall Street Journal et la National Public Radio, est l’affirmation selon laquelle Soleimani a délibérément déclenché la campagne du terroriste d’Al-Qaïda Abu Mousab al-Zarkaoui visant à tuer les Chiites en Irak. Cet élément de l’offensive de propagande a été le résultat de la publication en 2017 de « L’exil », un livre des journalistes britanniques Adrian Levy et Cathy Scott-Clark, qui a donné une nouvelle version de la ligne de propagande américaine bien connue d’une prétendue alliance terroriste iranienne avec Al-Qaïda.

Levy et Scott-Clark ont introduit le thème de la collusion secrète entre les deux adversaires déclarés avec un article paru dans le Sunday Times début 2018, dramatiquement intitulé « Téhéran dans un pacte du diable pour reconstruire Al-Qaïda« . Soleimani, affirmaient-ils, « a d’abord offert l’asile à la famille de Ben Laden et aux chefs militaires d’Al-Qaida », puis a procédé à « la construction d’un complexe résidentiel au cœur d’un centre d’entraînement militaire à Téhéran ».

Mais ces deux affirmations représentaient une distorsion grotesque de la politique iranienne envers les membres d’Al-Qaïda fuyant l’Afghanistan vers l’Iran. Pratiquement toutes les preuves concrètes, y compris un document interne d’Al-Qaïda rédigé en 2007, montrent que l’Iran a accepté d’accueillir un groupe de réfugiés d’Al-Qaïda avec des passeports en règle comprenant des membres de la famille de Ben Laden et certains combattants et cadres militaires de rang moyen et inférieur – mais pas Zarkaoui et d’autres dirigeants militaires d’Al-Qaïda – et ce, uniquement de manière temporaire et en vertu de règles strictes interdisant toute activité politique.

Le fait crucial, que Levy et Scott-Clark ont en outre commodément omis de mentionner, est que les responsables iraniens étaient bien conscients que les dirigeants d’Al-Qaïda, y compris les commandants militaires et leurs troupes, se glissaient également en Iran depuis l’Afghanistan, mais que les forces de sécurité iraniennes ne les avaient pas encore localisés.

Il est donc prudent pour la sécurité iranienne, dans ces circonstances, de surveiller de plus près les arrivées légales et de surveiller tout contact avec les personnes se trouvant illégalement dans le pays.

En outre, le fait d’avoir la famille de Ben Laden et d’autres cadres d’Al-Qaïda sous leur surveillance a donné à l’Iran des atouts de négociation potentiels qu’il pourrait utiliser pour contrer les actions hostiles d’Al-Qaïda et des États-Unis.

Hamid Mir interviewant Oussama Ben Laden – Image thediplomat.com

Les documents d’Al-Qaïda torpillent le récit de la coopération avec l’Iran

L’étude minutieuse de l’énorme quantité de documents internes d’Al-Qaïda publiés par le gouvernement américain en 2017 a encore discrédité l’histoire de la facilitation iranienne du terrorisme d’Al-Qaïda.

Nelly Lahoud, associée de recherche à la New American Foundation et ancienne associée de recherche au West Point Combating Terrorism Center, a traduit et analysé 303 des documents nouvellement disponibles et n’a rien trouvé qui indique une coopération iranienne avec Zarkaoui ou d’autres chefs militaires d’Al-Qaïda, ni même une connaissance de leur localisation avant leur détention en avril 2003.

Lahoud a expliqué lors d’ une conférence de septembre 2018 que toutes les actions des agents d’Al-Qaïda en Iran avaient été « menées de manière clandestine ». Elle a même découvert dans un des documents qu’Al-Qaïda avait considéré la présence clandestine de ces responsables et combattants comme si dangereuse qu’ils avaient reçu des instructions sur la façon de se suicider s’ils étaient pris par les Iraniens.

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Adrian Levy et Cathy Scott-Clark étaient bien conscients que les agents d’Al-Qaïda vivant dans le centre d’entraînement militaire de Téhéran étaient soumis à de sévères contraintes, comme dans une prison. Pendant ce temps, des personnalités de haut rang comme Zarkaoui et Saif al-Adel, le chef du Conseil de la Choura d’Al-Qaïda, étaient loin de Téhéran, planifiant de nouvelles opérations dans la région au milieu de contacts amicaux avec les sunnites. Ces plans comprenaient la campagne de Zarkaoui en Irak, qu’il a commencé à organiser au début de 2002.

Néanmoins, les auteurs ont déclaré :

« Depuis [le centre de formation iranien], Al-Qaïda a organisé, formé et établi des réseaux de financement avec l’aide de l’Iran, coordonné de multiples atrocités terroristes et soutenu le bain de sang contre les Chiites par Al-Qaïda en Irak… ».

L’analyste du  think tank anti-iranien Sadjadpour monte dans le train de la conspiration

Karim Sadjadpour, du Carnegie Endowment for International Peace, une source fiable de propagande anti-iranienne, a répondu quelques jours après l’assassinat de Soleimani par un article dans la section éditoriale du journal de droite, le Wall Street Journal qui a amplifié la campagne de désinformation naissante.

Intitulé « Le sinistre génie de Kassem Soleimani », l’éditorial de Sadjadpour soutenait qu’en mars 2003, avant l’invasion américaine de l’Irak, « les forces de Kassem Soleimani ont libéré de nombreux djihadistes sunnites que l’Iran détenait en captivité, les lâchant ainsi contre les États-Unis ». Il a cité « L’Exil » comme sa source.

Levy et Scott-Clark ont en effet raconté dans le livre que les troupes de Zarkaoui – et Zarkaoui lui-même – ont été rassemblés et enfermés dans la même prison que les membres d’Al-Qaida qui sont entrés avec des passeports en mars 2003. Les auteurs affirment qu’ils ont été libérés dans les jours qui ont suivi. Mais les seules sources qu’ils citent pour étayer leurs affirmations sont deux personnes qu’ils ont interrogées à Amman, en Jordanie, en 2016.

Qui étaient donc ces sources privilégiées ? Les seuls éléments d’identification que Levy et Scott-Clark apportent sont qu’ils étaient « dans le groupe de Zarkaoui à l’époque ». En outre, aucune de ces sources n’est citée pour étayer l’affirmation selon laquelle Zarkaoui a été arrêté puis libéré de prison, et elles ne sont mentionnées que dans une note de bas de page sur le nombre de soldats de Zarkaoui qui avaient été envoyés à la prison.

Sadjadpour a offert sa propre explication – sans la moindre suggestion de preuve à l’appui – des raisons pour lesquelles Soleimani soutiendrait un djihadiste anti-chiite pour tuer ses propres alliés Chiites irakiens. « En ciblant les sanctuaires et les civils chiites, tuant des milliers de compagnons chiites de l’Iran », a-t-il écrit, « Zarkaoui a contribué à radicaliser la majorité chiite irakienne et l’a poussée à se rapprocher de l’Iran – et de Soleimani, qui pouvait lui offrir sa protection ».

Fin janvier, dans l’émission hebdomadaire de la Radio publique nationale US « Throughline », Sadjadpour a fait valoir son argument d’origine douteuse, estimant que Soleimani avait compris comment « utiliser les djihadistes d’Al-Qaïda de Zarkaoui … pour les lâcher en Irak en sachant ce qu’ils allaient faire ».

La BBC fait la promotion de « L’Exil » alors que le récit du livre s’effondre

Dans un documentaire de la BBC diffusé fin avril, intitulé « Iran’s Long Game » (une allusion au prétendu plan de domination à long terme de l’Iran sur l’ensemble du Moyen-Orient), Cathy Scott-Clark a raconté une histoire destinée à prouver que l’Iran avait aidé Zarkaoui : D’autres prisonniers ont « entendu des conversations dans les couloirs »dans lesquelles les autorités iraniennes auraient assuré à Zarkaoui « Vous pouvez faire ce que vous voulez … en Irak. »

Cette histoire n’apparaît pas dans son livre, cependant. Adrian Levy et Scott-Clark ont plutôt rapporté un commentaire d’Abu Hafs al-Mauritani, un conseiller spirituel de Ben Laden, qui a entendu parler de l’arrestation puis de la libération de Zarkaoui par un autre prisonnier qui a écouté aux portes de sa chambre en tapant sur les tuyaux.

Ce récit avait déjà été définitivement contredit bien avant, cependant, dans un récit fourni par Saif al-Adl, le membre le plus haut placé de la direction d’Al-Qaïda en Iran. Al-Adl s’était enfui avec Zarkaoui d’Afghanistan pour franchir illégalement la frontière iranienne fin 2001 ou début 2002 et a été appréhendé en avril 2003 – quelques semaines après les événements présumés décrits dans l’histoire d’al-Mauritani.

Dans un mémoire remis clandestinement au journaliste jordanien Fouad Hussein, que celui-ci a publié en 2005 dans un livre en langue arabe, mais disponible en ligne dans une traduction anglaise, Saif al-Adl a décrit une répression iranienne en mars 2003 qui a capturé 80 % des combattants de Zarkaoui et « nous a désorientés et a fait avorter 75 % de notre plan ».

À cause de cette rafle, al-Adl a écrit : « Il était nécessaire de faire partir Abu-Mus’ab et les frères qui sont restés libres ». Al-Adl a décrit sa dernière rencontre avec Zarkaoui avant son départ, confirmant que Zarkaoui n’avait pas été attrapé avant sa propre arrestation le 23 avril 2003.

Levy et Scott-Clark ont cité les mémoires de Saif al-Adl sur d’autres sujets dans « L’Exil« , mais lorsque cet écrivain a interrogé Scott-Clark sur le témoignage d’al-Adl – qui contredisait le récit qui sous-tendait son livre – Scott-Clark a répondu : « Je connais bien Fuad Hussein. La plupart de ses informations sont de troisième main et ne proviennent pas de bonnes sources ».

Elle n’a cependant pas abordé le fond des souvenirs d’al-Adl sur Zarkaoui. Lorsqu’on lui a demandé dans un courriel de suivi si elle contestait l’authenticité du témoignage de Saif al-Adl, Scott-Clark n’a pas répondu.

Gareth Porter

 

Article original en anglais :

Washington’s Tell Tale of Iranian-Al Qaeda Alliance Based on Questionably Sourced Book ‘The Exile’

The Grayzone 19 mai 2020

Traduit par Michel, relu par jj,  pour le Saker Francophone

 

Gareth Porter est journaliste d’investigation indépendant. Il couvre la politique de sécurité nationale depuis 2005 et a reçu le prix Gellhorn pour le journalisme en 2012. Son dernier livre,The CIA Insider’s Guide to the Iran Crisis, co-écrit avec John Kiriakou, vient de paraître en février.

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La semaine dernière, plusieurs articles ont été publiés dans la presse suisse, canadienne et américaine pour informer que Nestlé S.A. envisageait de vendre toutes ses marques d’eau en bouteille aux États-Unis et au Canada.  Tel qu’écrit dans cet article : Nestlé sharpens water focus on international, premium mineral and functional brands while exploring strategic options for parts of North American business (Nestlé renforce l’accent mis sur les marques minérales et fonctionnelles internationales de qualité supérieure tout en explorant des options stratégiques pour certaines parties de ses activités en Amérique du Nord).

« Le conseil d’administration de Nestlé S.A. a approuvé aujourd’hui une nouvelle orientation stratégique pour son activité Eau. La société va se concentrer sur ses marques internationales emblématiques, ses principales marques d’eau minérale de qualité supérieure, et investir dans une hydratation saine et différenciée, comme des produits d’eau fonctionnels (…) Dans le même temps, le conseil d’administration a conclu que ses marques régionales d’eau de source, son activité d’eau purifiée et le service de livraison de boissons de son unité Nestlé Waters North America ne relèvent pas de cette orientation. En conséquence, la société a décidé d’explorer des options stratégiques, y compris une vente potentielle, pour la majorité des activités de Nestlé Waters en Amérique du Nord (États-Unis et Canada), à l’exclusion de ses marques internationales. Cet examen devrait être achevé au début de l’année 2021″.

Toutefois, il semble qu’il s’agisse de bien plus qu’une simple décision commerciale : il s’agit plutôt d’une manœuvre visant à protéger de la sensibilisation du public la relation étroite entre Nestlé et le gouvernement suisse.

Cette stratégie a déjà été utilisée par Nestlé au Brésil en 2018, lorsque la société a annoncé la vente de toutes ses marques d’eau à une société brésilienne. Depuis plus de 15 ans, des mouvements de citoyens dans la région de Circuito das Águas, dans l’État du Minas Gerais luttaient contre les prélèvements et l’embouteillage de l’eau par Nestlé dans la ville de São Lourenço. En 2006, le mouvement des citoyens a remporté sa première victoire importante : Nestlé a dû arrêter la production de « Pure Life » à São Lourenço. Cette victoire n’a été possible que grâce au fait que le mouvement citoyen a porté son combat en Suisse où plusieurs ONG ont apporté leur soutien à sa campagne. Des articles sur Nestlé à São Lourenço ont été publiés dans la presse suisse française, italienne et allemande, et la télévision suisse italienne a réalisé un court documentaire sur São Lourenço. Cela s’est avéré être un facteur décisif dans la lutte des citoyens contre le géant suisse : la campagne suisse était trop préjudiciable à l’image de Nestlé en Suisse.

En 2018, le Forum mondial de l’Eau – World Water Forum en anglais (WWF) – a eu lieu à Brasilia, capitale du Brésil. Le WWF est l’événement international le plus important sur le calendrier des entreprises privées engagées dans la privatisation de l’eau. En 2018, pour la première fois, le WWF a bénéficié d’un parrainage massif du secteur de l’eau en bouteille : Coca-Cola, Nestlé et AB InBEV. Le « message » du WWF 2018 au Brésil était le suivant : nous voulons votre eau. Nestlé a annoncé qu’elle allait vendre ses marques d’eau embouteillées brésiliennes quelques mois seulement après ce forum de sociétés multinationales. La décision de Nestlé de vendre les marques d’eau qu’elle embouteille au Brésil n’avait aucun sens, à moins qu’elle ne soit destinée à autre chose.

Nestlé était présente au WWF au Brésil dans le pavillon officiel suisse, aux côtés des ONG suisses HELVETAS et Caritas Suisse ainsi que de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC). Bien que la Suisse dispose d’un des meilleurs services publics de l’eau au monde, le gouvernement suisse demande à la DDC de soutenir pleinement la privatisation de l’eau à l’étranger et Nestlé est un partenaire proche de la DDC. Le Water Resources Group (WRG), une initiative lancée par Nestlé, Coca-Cola et Pepsi pour faire pression dans le monde entier en faveur de la privatisation de l’eau, a été financé par la DDC et le directeur de la DDC siège à son « Conseil de Gouvernance » (2030wrg.org)

Plus de 20 ONG, syndicats et mouvements sociaux brésiliens, conscients de cette relation étroite entre la DDC et Nestlé – y compris des organisations indigènes et le Mouvement des Sans Terre – ont envoyé une lettre publique à l’Ambassadeur  Manuel Sager, alors directeur de la DDC, pour demander à la DDC de cesser son soutien aux politiques de privatisation de Nestlé et de s’engager plutôt dans des partenariats public-public, aidant ainsi les pays pauvres à développer leurs propres compagnies publiques des eaux sur le modèle suisse. (La lettre originale en portugais se trouve ICI).

L’ONG suisse MULTIWATCH a traduit cette lettre en allemand et l’a rendue publique sur son site web (voir  ici)  

De plus, Multiwatch a demandé à plusieurs organisations suisses, dont des partis politiques, de soutenir la demande brésilienne. (voir ICI). 

Il est alors apparu clairement que la demande brésilienne pouvait poser des problèmes à la DDC et à son partenariat avec Nestlé. Et c’est dans ce contexte que Nestlé a soudainement annoncé sa décision de vendre toutes ses marques d’eau brésiliennes. Cette décision a été prise afin de protéger l’image de la DDC et d’éviter une autre campagne internationale contre Nestlé au Brésil.

En « vendant » les marques d’eau embouteillée à une entreprise brésilienne, Nestlé a mis à distance les mouvements de citoyens qui luttent contre les prélèvements d’eau et les installations d’embouteillage. Cette manœuvre a permis d’éliminer les « stigmates » de la marque Nestlé auprès des nouveaux propriétaires brésiliens et de protéger l’image de la DDC en Suisse contre une autre campagne internationale qui pourrait nuire à l’image de la DDC.

La « vente » des marques Nestlé n’a rien changé au Brésil. Les opérations d’embouteillage et les dommages environnementaux causés par les installations d’embouteillage de l’eau ont continué après le transfert de Nestlé à la société brésilienne. En fait, le seul changement visible a été l’attention que les médias ont accordée aux efforts des mouvements de citoyens : ils ont moins retenu l’attention de la presse parce que la lutte contre une société transnationale géante comme Nestlé est beaucoup plus intéressante que la lutte contre une entreprise d’embouteillage locale. Il n’a pas été possible de confirmer si la vente a réellement eu lieu ou non, car de telles transactions sont tenues secrètes. Il n’y a eu que l’annonce faite par Nestlé. Et il n’y a eu aucune information dans la presse sur la propriété des sources de Nestlé – d’où provient l’eau – seulement sur les marques d’eau en bouteille.

La situation est aujourd’hui très similaire à ce qui se passe aux États-Unis et au Canada en ce qui concerne Nestlé. Une courte chronologie est nécessaire pour comprendre l’histoire :

En février 2019, une première rencontre internationale entre les mouvements luttant contre la prise d’eau par Nestlé a eu lieu à Vittel, en France, à laquelle ont participé des Canadiens et moi-même de Suisse et du Brésil. En novembre 2019, l’organisation de base canadienne Wellington Water Watchers a organisé l’événement ‘All Eyes on Nestlé’, rassemblant des mouvements de citoyens des États-Unis, du Canada, de la France et du Brésil /Suisse, tous engagés dans la lutte contre Nestlé. Une autre réunion internationale, prévue en mars 2020 en Suisse, a été annulée en raison de la pandémie COVID-19.

Entre-temps, le ministre suisse des affaires étrangères Ignazio Cassis a mis en avant une nouvelle stratégie pour la DDC : un engagement accru du secteur privé – y compris de Nestlé – auprès de l’aide suisse au développement. Un pas important dans cette direction a déjà été franchi par la DDC en octobre 2019 lorsque Christian Frutiger – ancien responsable des affaires publiques de Nestlé – a été nommé vice-directeur de la DDC ! Cette nomination serait passée inaperçue du public suisse s’il n’y avait pas eu une pétition internationale lancée aux États-Unis par Story of Stuff et adressée à Ignazio Cassis pour lui demander de révoquer la nomination de Christian Frutiger. (Voir ici : http://action.storyofstuff.org/sign/nestle-Swiss-agency-water-aid/) La presse suisse s’est saisie de la question et plusieurs articles ont été publiés à ce sujet.

L’ONG politique suisse PUBLIC EYE a ensuite publié un rapport sur le secteur privé et l’aide suisse au développement. Public Eye a eu accès à certains documents officiels qui ont été rendus publics dans ce rapport, y compris un protocole d’accord  – Memorandum of Understanding -MOU – signé en 2017 entre Nestlé et la DDC (voir en anglais ICI).

Dans ce document, les noms des signataires du protocole d’accord au nom de Nestlé et de la DDC ont été masqués, mais un journaliste de BLICK a publié un article le dimanche 7 juin confirmant que c’est Christian Frutiger qui avait signé au nom de Nestlé.

Pour être clair : la DDC et Nestlé se sont mis d’accord sur un protocole d’ accord où il est écrit à la page 3 :

« Nestlé est donc prête à investir des ressources et des connaissances dans les communautés et l’environnement par le biais de partenariats public-privé, à condition que ces investissements créent également des valeurs commerciales à long terme ».

Moins de deux ans plus tard, M. Christian Frutiger, qui a signé ce protocole d’accord au nom de Nestlé, est nommé vice-directeur de la DDC. Sous son contrôle direct se trouve le programme de la DDC sur le changement climatique et…l’eau !!! Les relations incestueuses entre Nestlé et la DDC deviennent un scandale en Suisse et le ministre suisse des affaires étrangères Ignazio Cassis est très critiqué publiquement. 

Certaines organisations canadiennes ont envoyé des lettres à Alliance Sud – une coalition d’ONG suisses – pour faire part de leurs inquiétudes concernant la nomination de Christian Frutiger à la DDC et informer Alliance Sud de certains problèmes avec Nestlé au Canada. (ces lettres peuvent être lues ICI )

C’est dans ce contexte que Nestlé a annoncé qu’elle envisageait de vendre ses marques d’eau embouteillée aux États-Unis et au Canada. Il est très difficile de ne pas voir dans cette annonce une stratégie similaire à celle employée au Brésil pour protéger Nestlé et la DDC en Suisse. Sinon, pourquoi Nestlé envisage-t-elle exactement maintenant la vente des marques d’eau en bouteille ?

Si les marques d’eau embouteillée des États-Unis et du Canada sont vendues à d’autres entreprises – locales ou nationales – Nestlé cesse immédiatement d’être la cible des nombreux groupes communautaires qui luttent pour conserver leurs eaux ou protéger leur environnement – ce problème est transféré aux nouveaux propriétaires. Mieux encore : une campagne internationale s’adressant à Nestlé en Suisse pour ce qui se passe aux États-Unis et au Canada n’est plus possible. Nestlé Suisse peut prétendre qu’elle n’a plus rien à voir avec le problème, comme elle l’a fait au Brésil, même si la ‘vente’ n’est qu’une manœuvre, une fiction construite exactement pour éviter une campagne internationale centrée sur la Suisse. Une telle campagne montrerait également que des schémas se répètent partout où Nestlé prend de l’eau pour ses installations d’embouteillage – les problèmes dans les communautés aux États-Unis, au Canada ou en France sont fondamentalement les mêmes : une conséquence des politiques de Nestlé en matière d’eau décidées aux niveaux supérieurs de l’entreprise.

La DDC, le gouvernement suisse, les partis politiques suisses – de droite à gauche – et les ONG engagées dans la protection de Nestlé en Suisse sont épargnés d’une situation très embarrassante si les organisations de citoyens canadiens et américains ne viennent pas en Suisse pour dénoncer ce que Nestlé fait dans les communautés de ces pays. Nestlé est tout à fait consciente que les mouvements sociaux qui luttent contre Nestlé au Canada et aux États-Unis ont les moyens et le pouvoir de contester cette entreprise dans son pays d’origine, la Suisse. Et bien que la DDC ne fournisse bien sûr pas ‘d’aide au développement’ aux pays du Nord et que, théoriquement, la DDC n’ait rien à voir avec des pays comme la France, le Canada ou les États-Unis, le fait que dans ces démocraties occidentales riches et traditionnelles, des communautés luttent contre Nestlé pour préserver leur environnement et leurs eaux est un avertissement clair sur ce qui se passe lorsque Nestlé – avec le soutien de la DDC – est active dans des pays plus pauvres aux institutions démocratiques beaucoup plus fragiles.

Toutes les mesures possibles devraient être prises, et le seront, afin que les relations étroites de Nestlé avec le gouvernement suisse soient protégées d’un examen plus approfondi par les citoyens suisses. L’image de Nestlé en Suisse est trop précieuse et le partenariat avec le gouvernement suisse trop important pour être mis en péril. C’est la principale raison pour laquelle Nestlé envisage de « vendre » ses marques d’eau en bouteille aux États-Unis et au Canada : pour que tout reste pareil.

                                                                                                   Franklin Frederick

Photo en vedette : Siège de Nestlé à Vevey, Suisse. Source : flickr.com

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Introduction

Les États-Unis menacent la Chine de sanctions commerciales depuis plusieurs années. Au début de l’administration Trump, en janvier 2017, Washington n’a pas seulement envisagé des mesures commerciales punitives, mais a également demandé « une enquête sur les pratiques commerciales de la Chine » axée sur les violations présumées des droits de propriété intellectuelle des États-Unis.

Cette initiative a ensuite été suivie par de nouvelles menaces d' »imposer des droits de douane élevés sur les importations chinoises [aux États-Unis], d’annuler les licences accordées aux entreprises chinoises pour faire des affaires aux États-Unis… ». Et puis en septembre 2019, « l’administration Trump a promulgué des droits de douane sur des importations chinoises d’une valeur d’environ 112 milliards de dollars, »

La compréhension des dimensions géopolitiques et stratégiques est cruciale. Le conflit avec la Chine ne se limite pas au commerce bilatéral. La rhétorique politique du président Trump à l’égard de la Chine est devenue de plus en plus agressive. L’objectif tacite de Washington est de faire dérailler l’initiative « Belt and Road » (BRI) de la Chine qui consiste à développer des relations commerciales avec un grand nombre de pays partenaires dans les principales régions du monde.

L’Initiative ceinture et route (Belt and Road Initiative, BRI) de la Chine, qui repose sur l’intégration économique eurasienne, est considérée par Washington comme un empiètement sur les intérêts hégémoniques des États-Unis.

« Avec le temps, l’IRB pourrait menacer les fondements mêmes de l’hégémonie de Washington après la Seconde Guerre mondiale »,(Thomas P. Cavanna Le Diplomate)

L’hégémonie étasunienne est également associée à la militarisation par les États-Unis de voies navigables stratégiques dans les mers de l’Est et du Sud de la Chine, ainsi qu’à de nombreuses bases militaires étasuniennes situées à proximité de la Chine.

Par une ironie amère, le flot de menaces rhétoriques du président Donald Trump s’est accompagné de négociations commerciales bilatérales apparemment « constructives » qui ont abouti à la signature de la première phase d‘un accord économique et commercial détaillé et complet entre les États-Unis et la Chine à la mi-janvier 2020, au tout début de la pandémie de coronavirus en Chine.

Selon les analystes étasunien, cet accord historique signé le 15 janvier 2020 « marquerait, espérons-le, le début de la fin de la guerre commerciale« .

Mais cela ne s’est pas produit.

Les relations Chine-États-Unis et la pandémie de coronavirus

Deux semaines après la signature de l’accord, l’administration Trump a annoncé la réduction des voyages aériens avec la Chine, qui s’est accompagnée de la perturbation des transports et des relations commerciales avec la Chine, avec des répercussions sur le secteur manufacturier d’exportation de la Chine.

La décision de Trump du 31 janvier 2020 a été prise immédiatement après l’annonce par le directeur général de l’OMS d’une urgence de santé publique de portée internationale (PHEIC) (30 janvier 2020). À bien des égards, il s’agissait d’un acte de « guerre économique » contre la Chine.

Et puis, suite à la décision de Trump, le 31 janvier, de réduire les voyages aériens et les transports vers la Chine, une campagne a été lancée dans les pays occidentaux contre la Chine ainsi que contre les Chinois de souche. The Economist a rapporté que « Le coronavirus répand le racisme contre et parmi les personnes d’origine chinoise ».

« La communauté chinoise de Grande-Bretagne est confrontée au racisme en raison de l’épidémie de coronavirus »

Selon le South China Morning Post (Hong Kong) :

« Les communautés chinoises à l’étranger sont de plus en plus confrontées à des abus et à des discriminations racistes en raison de l’épidémie de coronavirus. Certains Chinois  vivant au Royaume-Uni disent avoir été confrontés à une hostilité croissante en raison du virus mortel originaire de Chine ».

Et ce phénomène s’est produit partout aux États-Unis.

Ville de Chine, San Fransisco

Commerce entre les États-Unis et la Chine. La dépendance des États-Unis à l’égard du « Made in China ».

Alors que la Chine fait l’objet de droits de douane, de restrictions commerciales, sans parler de menaces voilées, ce que l’administration Trump ne parvient pas à comprendre, c’est que les États-Unis dépendent fortement des importations de produits de base en provenance de Chine.

La vérité non dite est que les États-Unis ont une économie d’importation avec une base industrielle et manufacturière faible, fortement dépendante des importations de la RPC. Malgré la domination financière des États-Unis et la puissance du dollar, la structure de l' »économie réelle » étasunienne présente de graves défaillances : elle est marquée par la fermeture d’usines ainsi que par des défaillances au niveau des infrastructures physiques et sociales.

Cette structure économique basée sur les importations a une longue histoire. Elle est le résultat des politiques étasuniennes formulées à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour délocaliser une grande partie de sa base industrielle vers des sites « à bas prix » en Chine, notamment les zones économiques spéciales (ZES) (créées en 1979) et les « zones de développement » ou « zones commerciales spéciales » (établies dans 14 villes côtières désignées en 1984).

Une grande partie de l’industrie manufacturière étasunienne a été délocalisée, suivie par une étape ultérieure de délocalisation de plusieurs secteurs de production de haute technologie.

Haute technologie

Les États-Unis n’ont plus d’hégémonie en matière de production de haute technologie et de propriété intellectuelle. Au cours de la dernière décennie, la Chine a consolidé sa position. La Chine est maintenant en tête dans plusieurs domaines du développement et de la production de haute technologie qui dépendent de la propriété intellectuelle chinoise.

Cela a inévitablement eu des répercussions sur la Silicone Valley de Californie, le berceau autrefois prospère des industries de haute technologie et des laboratoires de recherche.

Une relation contradictoire s’est développée dans laquelle les États-Unis ne dépendent pas seulement des produits manufacturés importés « Made in China », la Chine a dépassé les États-Unis dans plusieurs domaines de la haute technologie, notamment l’industrie des télécommunications et la 5G :

Toutes ces affaires forment un tableau d’ensemble dans lequel Washington et ses alliés suppriment les entreprises de télécommunications chinoises. Huawei est le premier fabricant mondial d’équipements de télécommunications et le deuxième fabricant mondial de téléphones intelligents. Il produit également des puces de haute qualité. Il est pathétique qu’une entreprise de haute technologie aussi complète [Hwawei] soit accusée et minée. Les États-Unis réalisent leurs objectifs politiques par des moyens judiciaires. (Global Times, 17 janvier 2019)

Selon la Wharton Business School (Université de Pennsylvanie, c’est nous qui soulignons) :

« Le secteur technologique chinois a connu une croissance si rapide au cours des deux dernières décennies qu’il pousse les États-Unis à abandonner leur position de longue date au sommet de la chaîne alimentaire numérique. Les progrès réalisés par des entreprises comme Huawei, WeChat, Baidu, Tencent et d’autres aident l’économie chinoise à croître à un rythme sans précédent et influencent l’économie mondiale. La Chine et les États-Unis se battent pour être le leader de la technologie 5G, un combat que les entreprises technologiques chinoises semblent gagner.

Selon l’auteur Rebecca Fanning, « les États-Unis ont besoin d’une politique qui puisse répondre à l’essor technologique de la Chine ». Il semblerait que la « politique » envisagée par Washington exclue la notion d' »acceptation » par les États-Unis de l’avancée de la Chine dans plusieurs secteurs de haute technologie.

« La Chine a des directives gouvernementales descendantes qui la propulsent en avant dans toutes sortes de secteurs technologiques. Le plan « Made in China 2025 » [plan] a défini des périodes où la Chine va devenir leader mondial dans certains secteurs, et les États-Unis n’ont rien de comparable à cela« . (Interview de l’école de Wharton, c’est nous qui soulignons)

Le programme « Made in China 2025 » 中国制造2025, lancé pour la première fois par Pékin en mai 2015, consiste essentiellement à soutenir les secteurs de haute technologie tout en améliorant la base industrielle de la Chine dans le secteur manufacturier. Le programme « Made in China 2025 » met également « l’accent sur la fabrication verte, les véhicules à faible consommation d’énergie et les nouvelles énergies, la fabrication d’équipements haut de gamme, y compris les nouvelles technologies de l’information et la robotique… ». (Global Times, 20 mai 2015)

Fabriqué en Chine : Le commerce de détail aux États-Unis

Imaginez ce qui arriverait si le président Trump décidait du jour au lendemain de réduire considérablement les importations étasuniennes « Made in China ». Ce serait absolument dévastateur, perturbant l’économie de consommation, un chaos économique et financier.

Une grande partie des marchandises exposées dans les centres commerciaux étasuniens, y compris les grandes marques, sont « Made in China ».

Le « Made in China » domine également la production d’une large gamme d’intrants industriels, de machines, de matériaux de construction, d’automobiles, de pièces et d’accessoires, etc. sans parler de la sous-traitance importante des entreprises chinoises pour le compte des conglomérats étasuniens.

Ce que l’administration Trump ne comprend pas, c’est comment le déficit commercial étasunien profite en fin de compte à l’économie des États-Unis. Il contribue à soutenir l’économie de détail étasunienne, il soutient également la croissance du PIB étasunien.

Le « Made in China » est l’épine dorsale du commerce de détail qui soutient de manière indélébile la consommation des ménages dans pratiquement toutes les grandes catégories de produits de base, qu’il s’agisse de vêtements, de chaussures, de matériel informatique, d’appareils électroniques, de jouets, de bijoux, d’articles ménagers, de produits alimentaires, de téléviseurs, de téléphones portables, etc.

Demandez au consommateur étasunien : La liste est longue. « La Chine fabrique 7 téléphones portables sur 10 vendus dans le monde, ainsi que 12 milliards et demi de paires de chaussures » (plus de 60 % de la production mondiale totale). En outre, la Chine produit plus de 90 % des ordinateurs du monde et 45 % des capacités de construction navale (The Atlantic, août 2013) .

Elle est la source de profits et de richesses considérables aux États-Unis. Les biens de consommation importés de l’économie chinoise à faible coût sont souvent vendus au détail à un prix dix fois supérieur à leur prix d’usine. Ce processus crée une « valeur ajoutée » qui entraîne ensuite une augmentation du produit intérieur brut.

Dans un large éventail d’activités économiques, la production n’a pas lieu aux États-Unis. Les producteurs ont renoncé à la production.

Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine contribue à alimenter l’économie de consommation axée sur le profit, qui repose sur les biens de consommation Made in China.

Des études de cas suggèrent que les importations chinoises entraînent une augmentation de la valeur ajoutée aux États-Unis de 8 à 10 fois le prix d’usine des produits de base importés de Chine. Cela signifie qu’une grande partie de la croissance du PIB étasunien est attribuable à la production en dehors des États-Unis, à savoir en Chine. Sans les importations chinoises, la croissance du PIB étasunien serait inévitablement compromise.

Cela signifie qu’en termes d’économie réelle, la Chine est la plus grande économie nationale du monde.

Les décideurs politiques chinois sont pleinement conscients du fait que l’économie étasunienne est fortement dépendante du « Made in China ».

Trump : Le « Tigre de papier ». Comment la crise du coronavirus affecte-t-elle les relations entre les États-Unis et la Chine ?

Avec un marché intérieur de plus de 1,4 milliard de personnes, associé à l’initiative « The Belt and Road » et à un marché d’exportation mondial dynamique, les menaces voilées du président Trump ne sont pas toujours prises au sérieux. Trump est « un tigre de papier ». Selon les mots de Mao Zedong :

« L’impérialisme étasunien est aujourd’hui assez puissant, mais en réalité… il n’y a pas de quoi avoir peur, c’est un tigre de papier. En apparence, un tigre, il est fait de papier, incapable de résister au vent et à la pluie… (US Imperialism is a Paper Tiger, Selected Works, 1951)

La crise du commerce bilatéral

Les importations étasuniennes en provenance de Chine ont considérablement diminué en raison de la pandémie, les répercussions sur le commerce de détail étasunien sont potentiellement dévastatrices. Dans le présent examen, il convient de faire la distinction entre les facteurs suivants :

1) La perturbation des échanges commerciaux largement déclenchée par des facteurs économiques concrets (production, lignes d’approvisionnement, transport international) provoquée par la crise de la couronne. Ce processus de perturbation a été largement amorcé fin janvier début février).

2) La perturbation de nature politique et géopolitique liée en grande partie aux accusations et menaces de l’administration Trump, affirmant que la Chine est responsable de la « propagation du virus ». Ces accusations ont commencé en avril. Au moment où nous écrivons ces lignes, rien ne prouve que les accusations du président Trump aient une incidence sur les chiffres du commerce des matières premières d’avril analysés ci-dessous. En avril, la tendance était à la reprise des échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine.

Perturbation du commerce de matières premières entre les États-Unis et la Chine

Il est difficile d’évaluer les implications de la dernière vague d’accusations « Trump ». Malgré les menaces les plus récentes de Trump, l’accord commercial bilatéral entre les États-Unis et la Chine a été signé le 15 janvier 2020.

Données 2018-2019

Les importations étasuniennes en provenance de Chine étaient de l’ordre de 452,243 milliards de dollars. En revanche, les exportations étasuniennes vers la Chine ont été de l’ordre de 106,627 milliards de dollars, reflétant une baisse significative du commerce bilatéral entre les États-Unis et la Chine par rapport à 2018.

Le déficit commercial des États-Unis avec la Chine en 2019 s’élevait à 345,617 milliards de dollars, un chiffre stupéfiant.

Janvier-avril 2020

Les chiffres mensuels disponibles pour 2020 suggèrent une baisse substantielle des importations (mensuelles) de matières premières étasuniennes en provenance de Chine (par rapport à 2019) : Une baisse de 28,3 % (moyenne sur les trois premiers mois de 2o2o par rapport aux trois premiers mois de 2019), largement imputable à la crise du coronavirus.

Quelles sont les perspectives ? La baisse des importations américaines en provenance de Chine au mois de mars a été de 36,5 % par rapport à mars 2019, ce qui est stupéfiant.

Ce chiffre indique-t-il un effondrement significatif du commerce entre les États-Unis et la Chine ?

Alors que l’économie d’exportation chinoise est en voie de normalisation suite à la pandémie chinoise, les confrontations politiques, y compris les accusations portées contre la Chine par le président Trump, pourraient potentiellement conduire à un « effondrement » du commerce bilatéral entre les États-Unis et la Chine.

En outre, selon les chiffres cités par le Financial Times (largement imputables à la crise financière profonde qui a débuté en février 2020), la valeur des projets d’investissement direct chinois nouvellement annoncés aux États-Unis a chuté d’environ 90 % : 200 millions de dollars au premier trimestre 2020, contre une moyenne de 2 milliards de dollars par trimestre en 2019.

« Les investissements directs chinois aux États-Unis s’élevaient à 5 milliards de dollars, soit une légère baisse par rapport aux 5,4 milliards de dollars de 2018 et un niveau bien inférieur au récent pic de 45 milliards de dollars atteint en 2016, lorsque les entreprises chinoises étaient beaucoup plus libres d’acquérir des contreparties étasuniennes ».

Ce qui est significatif, cependant, c’est que les exportations globales de la Chine (en dollars) en avril ont augmenté de 3,5 % (par rapport à avril 2019), selon les données de l’Administration générale des douanes chinoises publiées début mai. Alors que ces chiffres reflètent une reprise de l’ensemble des exportations chinoises, les exportations chinoises vers les États-Unis ont connu en avril une baisse significative, à savoir 7,9 %.

Une réorientation majeure des exportations chinoises a eu lieu :

Une augmentation globale de 3,5 % des exportations associée à une baisse de 7,9 % des exportations vers les États-Unis, ce qui aura inévitablement un impact préjudiciable sur l’économie étasunienne.

En avril, les exportations vers les États-Unis étaient de l’ordre de 32 060,4 millions (contre 34 798,9 millions en avril 2019). En revanche, pour compenser la baisse des exportations vers les États-Unis, le commerce eurasien de la Chine s’est redressé.

En avril 2020, les importations totales de la Chine ont chuté de 14,2 % par rapport à la même période en 2019. L’excédent commercial de la Chine pour le mois d’avril s’est élevé à un montant stupéfiant de 45,34 milliards de dollars.

La Chine est considérée comme une « menace » par la Maison Blanche de Trump.

Comment les relations entre les États-Unis et la Chine vont-elles évoluer ?

Non seulement le président étasunien blâme la Chine pour la pandémie du coronavirus sans la moindre preuve, mais son nouveau directeur du renseignement national (DNI), le représentant John Ratcliffe, a déclaré sans équivoque lors de l’audition de confirmation du Sénat américain:

« Je considère la Chine comme le plus grand acteur de la menace en ce moment, »

« Regardez par rapport à la COVID-19 et au rôle que joue la Chine ; la course à la 5G ; les questions de cybersécurité : tous les chemins mènent à la Chine », a-t-il déclaré au panel. (c’est nous qui soulignons)

A laquelle la commission du Sénat lui a demandé de donner des précisions :

« s’il allait politiser le processus de renseignement pour satisfaire le président ».

Cette nomination a-t-elle une incidence sur l’avenir des relations entre les États-Unis et la Chine ?

Le 21 mai, Rep Ratcliffe a été nommé directeur du renseignement national (DNI) avec pour mandat de « contrer les menaces des grandes puissances » au nom de la Maison Blanche Trump.

Le directeur du DNI supervise et coordonne 16 organismes de renseignement, dont la CIA, l’Agence de sécurité nationale (NSA) et la division de contre-espionnage du FBI.

Le directeur du DNI a des liens avec la Maison Blanche. Bien que le DNI coordonne les différentes entités d’Intel, il n’est pas une agence de renseignement. Les déclarations du chef du DNI sont plutôt de nature politique. Les déclarations de Ratcliffe seront-elles utilisées pour soutenir la campagne électorale de Trump en 2020 ?

Michel Chossudovsky

Article original en anglais :

The Corona Pandemic and Trump’s Trade War against China: America’s Dependence on “Made in China”. Potential Disruption of the US Economy

Traduit par Maya pour Mondialisation

Michel Chossudovsky est un auteur primé, professeur d’économie (émérite) à l’Université d’Ottawa, fondateur et directeur du Centre de recherche sur la mondialisation (CRG) de Montréal, rédacteur en chef de Global Research. Il a enseigné en tant que professeur invité en Europe occidentale, en Asie du Sud-Est, dans le Pacifique et en Amérique latine. Il a été conseiller économique auprès de gouvernements de pays en développement et a agi comme consultant pour plusieurs organisations internationales. Il est l’auteur de onze livres, dont The Globalization of Poverty and The New World Order (2003), America’s « War on Terrorism » (2005), The Global Economic Crisis, The Great Depression of the Twenty-first Century (2009) (éditeur), Towards a World War III Scenario : Les dangers de la guerre nucléaire (2011), La mondialisation de la guerre, La longue guerre de l’Amérique contre l’humanité (2015). Il contribue à l’Encyclopaedia Britannica. Ses écrits ont été publiés dans plus de vingt langues.

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Une question que vous vous posez peut-être est celle de la différence entre les militants historiques des droits civiques des USA – Malcolm X, Martin Luther King, les Black Panthers, etc – et les organisations antiracistes actuelles. Cet article paru en 2017 et republié par Truthdig à l’occasion des troubles consécutifs au meurtre de George Floyd y apporte une réponse précise.

Que l’on soit américain ou français de droite – même et surtout si l’on est raciste assumé – ou de gauche, la réflexion qu’il propose est fondamentale : à quoi et qui sert le racisme soigneusement entretenu par une certaine droite? À quoi et qui sert son image inversée, l’antiracisme d’une certaine gauche communautariste, dont les excès de sentimentalisme et les affectations de vertu, il faut bien le dire, peuvent agacer l’opinion publique et engendrer des réflexes de rejet ? La clé est dans la citation de Fred Hampton, des Black Panthers, que vous trouverez dans l’article. Hampton a été assassiné par la police pour avoir entretenu la même radicalité que Martin Luther King – également assassiné. Car ce que prônaient ces hommes n’était pas l’antiracisme clivant actuel, mais une doctrine bien autrement dangereuse pour les élites économiques : l’union des peuples de toutes couleurs et ethnies en vue d’une refonte totale de la société capitaliste. Autrement dit, la révolution.


La révolution noire est bien plus qu’une lutte pour les droits des Noirs. Elle oblige l’Amérique à faire face à toutes ses failles interconnectées : le racisme, la pauvreté, le militarisme et le matérialisme. Elle expose des maux qui sont profondément ancrés dans toute la structure de notre société. Elle révèle des défauts systémiques plutôt que superficiels et suggère qu’une reconstruction radicale de la société elle-même est le véritable problème à affronter. – Martin Luther King Jr., 1968

Il n’est pas nécessaire d’être un de ces complotistes qui réduisent chaque signe de protestation populaire à « l’argent de George Soros » pour reconnaître qu’une grande partie de ce qui passe pour de l’activisme populaire et progressiste a été coopté, repris et/ou créé par les entreprises américaines, le « complexe industriel à but non lucratif » financé par les grandes entreprises, et le bon ami de Wall Street, le Parti démocrate depuis longtemps connu par les gauchistes comme « le cimetière des mouvements sociaux ». Cette « corporatisation de l’activisme » (terme de Peter Dauvergne, professeur à l’université de Colombie britannique) est omniprésente dans une grande partie de ce qui passe pour la gauche aux États-Unis aujourd’hui.

Qu’en est-il du groupe racialiste Black Lives Matter, qui a reçu l’année dernière une énorme subvention de 100 millions de dollars de la Fondation Ford ? Sous l’impulsion des meurtres racistes par des agents de sécurité et des policiers de Trayvon Martin, Mike Brown et Eric Garner, BLM a obtenu un soutien sans réserve de la part de l’ensemble du spectre de la gauche libérale où il est presque cité de manière pavolvienne comme un exemple d’activisme populaire noble et radical. C’est une erreur.

J’ai commencé à me demander où se situait BLM sur l’échelle de l’AstroTurf [*] par rapport à la base populaire lorsque j’ai lu un essai publié il y a trois ans dans The Feminist Wire par Alicia Garza, l’une des trois fondatrices noires et lesbiennes de BLM, une femme qui a fait carrière dans le business de l’intérêt public. Dans son « Herstory of the #BlackLivesMatter Movement », Garza a écrit : « Les vies noires. Pas seulement toutes les vies. Les vies noires. S’il vous plaît, ne détournez pas le débat en parlant de l’importance de votre vie aussi. C’est le cas, mais nous avons besoin d’une unité moins édulcorée et d’une solidarité plus active avec nous, les Noirs, pour défendre notre humanité. Notre avenir collectif en dépend ».

Dénonçant l’ « hétéro-patriarcat », Garza a décrit les adaptations de son habile slogan (« black lives matter ») par d’autres – « brown lives matter, migrant lives matter, women’s lives matter, et ainsi de suite » (les mots dédaigneux de Garza) – comme « des vols du travail des femmes noires queer ».

« Peut-être », a-t-elle ajouté, « si nous étions les hommes noirs charismatiques qui rassemblent beaucoup de gens ces jours-ci, l’histoire aurait été différente ».

D’un point de vue gauchiste, cela m’a semblé alarmant. Pourquoi cet attachement agressif, hyper-axé sur l’identité et exclusif à la phrase « la vie compte » (« Life matters ») ? Garza semblait plus intéressée par la valeur de la marque et une identité étroite que par la justice sociale. Voulait-elle qu’on lui paie des droits ? Tout militant populaire sérieux de gauche n’offrirait-il pas avec empressement l’expression accrocheuse « la vie compte » à tous les opprimés et n’espérerait-il pas qu’elle soit largement diffusée dans une société lourdement capitaliste qui a soumis tout et tout le monde à la logique sans âme de la marchandise, du profit et de la valeur d’échange ? Et qui étaient ces « hommes noirs charismatiques qui rassemblent beaucoup de gens ces jours-ci » dont elle parlait ?

Et dans quelle mesure les attaques de Garza contre l’ « hétéro-patriarcat » et les « hommes noirs charismatiques » de la communauté noire au nom de laquelle elle s’exprimait étaient-elles représentatives ? Serait-ce trop patriarcal de ma part, me suis-je demandé, de suggérer qu’un ou deux hommes noirs dotés d’expériences de l’oppression dans le système pénal raciste de la nation devraient peut-être avoir un peu d’espace au sein d’un mouvement axé sur un État policier et carcéral qui cible avant tout les garçons et les hommes noirs ?

J’ai défendu l’expression « les vies noires comptent » contre l’accusation absurde selon laquelle elle serait raciste, mais je ne pouvais pas m’empêcher de m’interroger sur les références de gauche de quiconque s’agace de voir que d’autres voudraient un « débat » (comme l’a dit Garza) sur le fait que leur vie compte aussi. Y a-t-il vraiment quelque chose de mal à ce qu’un ouvrier amérindien marginalisé ou un ex-ouvrier d’usine blanc et pas si « privilégié par la couleur de sa peau », qui luttent contre la maladie et la pauvreté, veuillent entendre que leur vie compte ? Pour toute personne de gauche un tant soit peu sérieuse, y a-t-il quelque chose de mystérieux dans le fait que de nombreux Blancs confrontés à la saisie de leurs biens, à la perte d’un emploi, à des salaires de misère et autres ne s’extasient pas sur l’expression « la vie des Noirs compte » alors qu’ils vivent la même dure réalité quotidienne dans laquelle leur vie n’a pas d’importance dans le contexte du système de profit ?

Mes inquiétudes concernant le service potentiel rendu par BLM à l’élite capitaliste ont été ravivées lorsque j’ai entendu un discours de Patrisse Cullors (autre carriériste vétéran des ONG à but non lucratif), une des fondatrices de BLM avec Garza. Patrisse Cullors s’est exprimée devant des centaines de libéraux de gauche blancs dans le centre-ville d’Iowa City en février. « Nous assistons à l’érosion de la démocratie américaine », a-t-elle déclaré, ajoutant que Donald Trump « est en train de construire un État policier ». En relatant qu’elle était entrée dans une « dépression de deux semaines » après la défaite d’Hillary Clinton face à Trump, Cullors a déclaré qu’elle se demandait si BLM en avait « fait assez pour éduquer les gens sur les différences entre Donald Trump et Hillary Clinton ». Elle a décrit Trump comme un fasciste.

Je pense que Cullors savait certainement que les États-Unis sont sous l’emprise d’une oligarchie d’entreprises dirigée par la finance et qu’ils construisent un État policier militarisé depuis de nombreuses années, sous Barack Obama ainsi que George W. Bush et d’autres. Elle comprenait certainement, je l’espérais, que « l’érosion de la démocratie » et la construction d’un État policier raciste étaient en cours depuis bien avant que Trump ne s’installe à la Maison Blanche. J’avais le sentiment que Cullors savait que les Clinton étaient des racistes toxiques qui ont privé des millions de femmes et d’enfants noirs des aides publiques fédérales, tout en encourageant l’incarcération de masse à caractère racial avec leur horrible loi sur les crimes en trois coups (que Bill Clinton a plus tard admis avoir regretté). [La troisième incarcération envoie en prison à vie, NdT]

Cullors n’a rien dit dans son discours sur le problème de la domination de classe et la situation critique de la classe ouvrière multiraciale, qui comprend les travailleurs blancs. Je me suis dit qu’elle savait qu’une « belliciste néolibérale menteuse » (la description d’Hillary Clinton par le politologue noir de gauche Adolph Reed Jr.) avait perdu contre un « fasciste » à cause de sa proximité avec l’élite de la finance et des grandes entreprises du pays, qui a abandonné la classe ouvrière blanche et multiraciale depuis le néolibéralisme (de 1975 à nos jours). A cause de cette proximité – de nature politique, économique, idéologique et même culturelle – le « Parti d’opposition inauthentique » (selon la description impitoyable des lamentables Démocrates amis du dollar par le défunt théoricien politique Sheldon Wolin) a perdu le vote des classes inférieures et ouvrières et a remis la majorité de l’électorat actif, blanc et ouvrier au Parti républicain, nationaliste blanc. C’est une vieille histoire.

Il n’aurait pas été si difficile de faire valoir ce point à Iowa City, où les électeurs, surtout les jeunes, étaient entièrement acquis à Bernie Sanders, le social-démocrate autoproclamé qui s’est présenté contre la ploutocratie des entreprises et de la finance et qui aurait probablement battu Trump aux élections générales, si les Démocrates amis des grandes entreprises n’avaient pas truqué l’investiture en faveur de Clinton.

Si Cullors reconsidérait sa position sur (et au sein) de la politique des grands partis lors du dernier cycle électoral, je me suis demandé si elle penserait que BLM « en avait fait assez pour éduquer les gens » sur la différence entre une candidate raciste, impérialiste et militante néolibérale comme Hillary et un candidat grosso modo social-démocrate et anti-néolibéral comme Sanders. Et qu’en est-il des partis tiers? BLM a-t-il essayé de parler du programme du Parti vert de Jill Stein-Ajamu Baraka, qui prônait des réformes de bon sens telles qu’un dividende de paix géant pour financer des programmes d’emplois verts qui aideraient à sauver la planète, une assurance maladie digne de ce nom et des programmes massifs de reconstruction sociale dans les ghettos, les barrios et les réserves indiennes du pays ?

Puis je me suis souvenu que le seul candidat à la présidence à avoir vu un de ses événements de campagne interrompus par des militants de BLM était Sanders, le candidat de gauche qui avait le plus à offrir aux noirs américains pauvres et à la classe ouvrière. En ce qui concerne Hillary Clinton, tout ce que les militants de BLM ont trouvé à faire, c’est une réunion « auto-humiliante » en coulisses d’un meeting, où ils l’ont écoutée leur faire la leçon sur la façon de formuler des revendications.

Si vous écoutez les nombreux critiques paranoïaques, nationalistes et de droite de BLM, vous pourriez être amené à penser que le groupe est un agent radical, voire terroriste, de troubles civils destiné à ressusciter l’esprit du Black Panther Party dans une lutte populaire à mort contre chacun de ceux que Martin Luther King Jr. avait appelés « les trois maux liés » : le racisme, les inégalités économiques (le capitalisme) et le militarisme impérialiste.

Les Black Panthers trouveraient ce jugement amusant. « Nous croyons », écrivait en 1969 le ministre de l’Information des Panthers, Eldridge Cleaver, « à la nécessité d’un mouvement révolutionnaire unifié … informé par les principes révolutionnaires du socialisme scientifique. » Formés par de jeunes intellectuels noirs qui avaient lu Marx, Lénine, Mao, W.E.B. Du Bois, Malcom X et Frantz Fanon, les Panthers avaient fusionné le nationalisme noir avec le marxisme dans une opposition militante à tous les maux cités par King, en accord avec sa conclusion selon laquelle la « vraie question à affronter » au-delà des questions « superficielles » était « la reconstruction radicale de la société elle-même ».

La solution, selon les Panthers, était la révolution, une transformation de toute la société, à réaliser en combinant les forces des « prolétariats » noir, brun, jaune, rouge et blanc en opposition à l’empire capitaliste et raciste américain. Cette idée était le « Black Power » mais aussi et, plus largement, le « Power to the People » (« Pouvoir pour le peuple »). Comme l’a expliqué le jeune et légendaire Black Panther de Chicago Fred Hampton dans un discours prononcé en 1969 :

Nous devons faire face à certains faits. Que les masses sont pauvres, que les masses appartiennent à ce que vous appelez la classe inférieure, et quand je parle des masses, je parle des masses blanches, je parle des masses noires, et des masses brunes, et des masses jaunes aussi. Nous devons admettre que certains disent que le feu est le meilleur moyen de combattre le feu, mais nous disons que l’eau est le meilleur moyen d’éteindre le feu. Nous disons qu’on ne combat pas le racisme par le racisme. Nous allons combattre le racisme par la solidarité. Nous disons qu’on ne combat pas le capitalisme en rejetant le capitalisme noir, mais qu’on combat le capitalisme par le socialisme.

Hampton et ses cohortes encourageaient et aidaient les pauvres et les radicaux blancs de la classe ouvrière à organiser des groupes de « nationalistes hillbilly » [littéralement « nationalistes péquenauds blancs », NdT] de gauche comme la Young Patriots Organization (Chicago), Rising Up Angry (Chicago), la October 4th Organization (Philadelphie) et White Lightning (le Bronx). Comme l’ont noté Amy Sonnie et James Tracy dans « Hillbilly Nationalists, Urban Race Rebels, and Black Power », « La coalition arc-en-ciel [originale] initiée par les Panthers a réuni les blancs, les noirs et les Latinos pauvres dans une « avant-garde des dépossédés ».

En plus de leur pratique bien connue de « maintien de l’ordre » avec autodéfense armée des ghettos noirs « occupés », le modèle des Panthers comprenait une approche directe de service à la population qui « touchait des milliers de familles [des quartiers noirs pauvres] chaque jour ». Dans le cadre d’une stratégie appelée « Survie en attendant la révolution », les Panthers Sonnie et Tracy ont écrit qu’ils « ont fourni des services de base dont les gens avaient désespérément besoin, y compris un programme populaire de petits déjeuners gratuits, des tests de dépistage de la drépanocytose, des centres de défense juridique, des cours de littérature et des écoles qui ont enseigné aux enfants la fierté culturelle et l’histoire des Noirs pour la première fois ».

Ce n’est pas sans raison que les Panthers ont fait face à une répression féroce de la part de l’État américain (y compris la froide exécution de Fred Hampton par la police lors d’une descente organisée par le procureur du comté de Cook, Ed Hanrahan, en décembre 1969).

La mention des Black Panthers peut faire hausser les sourcils aux féministes en raison de la réputation d’hyper-virilisme du parti. Cependant, le Combahee River Collective, une coalition dirigée par des femmes noires qui est devenue l’aile gauche du mouvement féministe des années 1970, partageait l’engagement de l’organisation pour une transformation sociale et politique radicale, bien au-delà de la seule égalité raciale. Le manifeste du CRC d’avril 1977 appelait à une « révolution féministe et antiraciste » qui serait aussi « une révolution socialiste ». Il disait que « la libération de tous les peuples opprimés nécessite la destruction des systèmes politico-économiques du capitalisme et de l’impérialisme ainsi que du patriarcat ».

Black Lives Matter – fondé par trois militantes professionnelles des associations à but non lucratif et de la collecte de fonds (Garza, Cullors et Opal Tometi) ayant depuis longtemps des « liens étroits avec des entreprises, des fondations, des universités et des agences gouvernementales » – ne représente aucune menace similaire aux Black Panthers envers l’ordre établi. Ses slogans savamment commercialisés, « Black Lives Matter » et « Hands Up, Don’t Shoot » (« mains en l’air, ne tirez pas »), sont défensifs, de pâles reflets du « Black Power » et du « Power to the People ». BLM n’a que peu, voire pas du tout de relations de service directes avec les communautés noires pauvres au nom desquelles il s’exprime. Il n’appelle pas à une large rébellion populaire contre les structures d’oppression combinées et interconnectées du racisme, du capitalisme, de l’impérialisme et du patriarcat. En décembre, il s’est ouvertement engagé dans la cause du capitalisme noir, s’associant à l’agence de publicité J. Walter Thompson (Fortune 500) pour créer une base de données nationale sur le commerce noir. En février, BLM a marqué le Black History Month (Mois de l’histoire des Noirs) en commercialisant une « carte de débit noire » (la « carte de débit Amir Visa ») avec OneUnited Bank, la plus grande banque américaine détenue par des Noirs. Tout cela et bien d’autres choses encore pourraient surprendre nombre de gauchistes qui ont adopté avec enthousiasme la marque #BLM au nom de la lutte contre la violence raciale policière.

La classe dirigeante américaine, dont le système capitaliste est la sage-femme historique du racisme moderne, n’est pas menacée par le BLM racialiste et capitaliste noir. Mais juste pour s’assurer que la colère des Noirs reste dans des limites politiques sûres, une émanation de la concentration de richesse a accepté l’année dernière de financer somptueusement le groupe, et un nombre important de groupes politiques et de défense des droits dirigés par la classe moyenne noire.

En août 2016, lorsque j’ai appris que BLM avait obtenu 100 millions de dollars de la Fondation Ford et d’autres philanthro-capitalistes d’élite (dont la Fondation Hill-Snowden, la Fondation NoVo, Solidaire, JPMorgan Chase et la Fondation Kellogg), j’ai cru que c’était une « fake news » provenant de la machine à bruit de la droite. L’histoire m’a semblé correspondre trop parfaitement au récit républicain et nationaliste blanc selon lequel les manifestants noirs sont à la solde de la diabolique « élite de gauche libérale ». Elle semblait trop parfaitement synchronisée avec la saison des élections et trop proche des propos racistes et faussement populistes de Trump et Steve Bannon contre les libéraux de gauche.

Mais l’histoire a été vérifiée. La remarquable subvention – une somme d’argent énorme, dépassant toutes les habitudes des fondations – avait été octroyée de façon publique. Le magazine Fortune a écrit que ce don « ferait se redresser n’importe qui s’il le lisait dans un pitch deck ». C’était une déclaration curieuse : Un « pitch deck » est un lieu de présentation pour start-ups à la recherche d’un soutien financier.

Le jour de l’élection présidentielle de l’année dernière, le Huffington Post a publié un article intitulé « Black Lives Matter – A Catalyst for Philanthropic Change »(Black Lives Matter – un catalyseur pour des changements philanthropiques »), rédigé par une ancienne du « complexe industriel à but non lucratif ». L’auteur de l’article, Liora Norwich, a qualifié cette subvention historique d’exemple de « philanthropie pour la justice sociale (PJS, pour les connaisseurs) » et l’a saluée pour « avoir marqué un changement notable et louable, de l’octroi de petites subventions épisodiques vers des investissements à plus long terme soutenant un processus de construction du mouvement via un modèle flexible de dons ». Norwich a répété la déclaration de la Fondation Ford selon laquelle elle et d’autres fondations de la PJS « cherchaient activement à ne pas [selon les termes exacts de la Fondation Ford] « dicter ou dévier le travail en cours ». Norwich a écrit que « ces mêmes bailleurs de fonds semblent également conscients des pièges historiques du soutien des grandes fondations aux mouvements ». Ainsi, ils peuvent essayer d’éviter ce qui s’est passé dans les années 1960 lors du mouvement des droits civiques et dans le dilemme actuel du mouvement environnemental, où le soutien philanthropique a forcé une modération des programmes des mouvements, les rendant moins réceptifs à leurs membres ».

Malgré sa richesse en mises en garde et en réserves (« semblent conscients » et « peuvent essayer »), Norwich a affirmé avec naïveté que la fondation n’avait aucun intérêt à s’assurer que BLM reste inoffensif pour les riches et les blancs. Comme l’a noté le World Socialist Website en octobre :

La Fondation Ford, l’une des plus puissantes fondations privées au monde, étroitement liée à Wall Street et au gouvernement américain, … reçoit la majeure partie de ses fonds de dotation de sociétés privées et de donateurs très riches par le biais de fiducies et de legs. … La Fondation Ford entretient depuis des années des liens étroits avec l’armée et les services de renseignement américains. … Son conseil d’administration est un « who’s who » de puissants acteurs du monde des affaires, dont des PDG et des avocats de Wall Street. … La contribution d’une telle somme [100 millions de dollars] est un don de la classe dirigeante qui permettra à Black Lives Matter de construire une bureaucratie de salariés et de lobbyistes. L’afflux d’argent apportera au mouvement une plus grande influence par le biais de contributions aux campagnes et l’intégrera encore plus étroitement au Parti démocrate et aux médias grand public.

Selon le World Socialist Website, la subvention était un investissement capitaliste dans l’ancien jeu de domination de la classe dirigeante à travers les divisions raciales, une tactique qui a fait ses preuves :

Le don de 100 millions de dollars par une puissante partie de la classe dirigeante équivaut à une reconnaissance des objectifs du mouvement Black Lives Matter considérés comme alignés sur ceux de Wall Street et du gouvernement américain. Dans une interview accordée à Bloomberg News en 2015, l’actuel président de la Fondation Ford, Darren Walker, ancien banquier à UBS, a expliqué la perspective pro-capitaliste qui sous-tend la décision de la fondation de financer le mouvement Black Lives Matter : Les inégalités … tuent les aspirations et les rêves et nous rendent plus cyniques en tant que peuple… Quel genre de Capitalisme voulons-nous avoir en Amérique ?… Le soutien de la fondation à Black Lives Matter est un investissement dans la défense du système de profit. Black Lives Matter dépeint le monde comme divisé selon des lignes raciales, proclamant sur son site web qu’elle « se voit comme faisant partie d’une famille noire globale ».

Il est pertinent de noter que la vénérable fondation de la classe dirigeante Ford avait réagi à l’émeute raciale de 1967 à Detroit (provoquée par la brutalité de la police blanche) en essayant de promouvoir le capitalisme noir à Detroit, il y a un demi-siècle.

Le jugement du World Socialist Website était-il trop sévère ? Peut-être. Il n’est pas nécessaire d’être un racialiste bourgeois pour voir que la nation est divisée selon des critères de race et de classe, après tout. Un examen attentif du programme politique en ligne de BLM/Movement for Black Lives (Mouvement pour les vies noires, M4BL) suggère que les organisations qui la composent se situent à gauche, au sens large, du spectre politique américain. Sous une épaisse couche de politiques communautaires spécifiques aux Noirs, se cache un monument tentaculaire à la politique progressiste, rempli des dernières et meilleures idées libérales et sociales-démocrates pour créer un capitalisme américain plus juste, plus inclusif, plus démocratique et plus durable sur le plan social, économique et racial. Les États-Unis et le monde seraient de meilleurs endroits si la « Vision 4 Black Lives » de M4BL – comprenant des soins de santé universels, la restauration du droit des travailleurs à s’organiser, le financement public des élections, un transfert de ressources du militarisme vers la satisfaction des besoins sociaux, des réparations pour l’esclavage – était mise en œuvre.

Pourtant, les formulations de M4BL trouvables sur le web sont emballées dans le jargon exclusif de la classe professionnelle et politique soutenue par les fondations, remplies de références à l’ « intersectionnalité » et autres expressions de l’élite qui trahissent un manque de présence organique et populaire dans les communautés noires pauvres au nom desquelles BLM parle. Parmi les pauvres noirs ghettoïsés et incarcérés, rares sont ceux qui, sur Internet, se frayent un chemin à travers les idées politiques complexes des professionnels noirs de la classe des coordinateurs qui reçoivent des subventions des grandes fondations bourgeoises, dont peu de donateurs et de responsables de programmes s’intéressent de près ou de loin à la « reconstruction radicale de la société elle-même » de Martin Luther King.

En tant qu’ancien bénéficiaire de subventions de la Fondation pour la justice raciale (j’ai passé des années dans le complexe industriel à but non lucratif), je peux assurer aux lecteurs que l’argent de Ford est assorti d’au moins quatre conditions. D’abord, il ne doit pas y avoir d’appel à une révolution radicale sérieuse et à une solidarité entre les classes populaires de toutes races et ethnies. Ensuite, les idées politiques progressistes doivent être énoncées dans un langage de classe moyenne destiné aux responsables des programmes de la Fondation et du Parti démocrate, et non aux gens de la rue, des projets de logement, des emplois mal payés ou des prisons. Trois, les organisations qui bénéficient des largesses de la Fondation doivent s’inspirer de ceux qui sont déjà au pouvoir, et non de ceux qui sont en marge. Quatre, les groupes recevant de l’argent sous la rubrique ou la marque BLM doivent être (selon les termes du site Black Agenda Report) « dirigés exclusivement par des professionnels formés à l’université et responsables devant des conseils d’administration et des bailleurs de fonds philanthropiques ». Ils ne doivent pas devenir des organisations de masse financièrement redevable à leur base de membres.

L’argent parle plus haut, mais la Fondation Ford ne se contente pas de laisser parler son argent sans supervision et contrôle. La subvention à BLM permet au bailleur de fonds de fournir « des conseils auxiliaires à une confédération de 14 groupes liés à BLM ». L’argent et les « services auxiliaires » ont été coordonnés par le biais du dénommé « Black-Led Movement Fund », supervisé par une société à but lucratif appelée Borealis Philanthropy. Ford et Borealis affirment vouloir « soutenir l’infrastructure, l’innovation et le dynamisme des méthodes d’organisation intersectionelle dirigées par des Noirs ».

Avec l’argent viennent le statut et la célébrité. Comme le font remarquer les journalistes du World Socialist Website Lawrence Porter et Nancy Hanover, « la direction de BLM a été couverte d’honoraires, de récompenses et de primes, tant aux États-Unis qu’au niveau international. Cullors a été élue Femme de l’année pour les Tribuns de la Justice par le magazine Glamour, Plus Grande Dirigeante du monde par le magazine Fortune et a reçu un doctorat honoraire de l’université Clarkson ».

Une ironie de la situation est que cette dépendance à l’argent et à une administration par des élites (néo)libérales liées au Parti Démocrate est handicapante pour les bénéficiaires des subventions octroyées à BLM/M4BL sincères et véritablement engagés. En l’absence de tonnerre révolutionnaire venant de la gauche réelle, les libéraux de gauche/néolibéraux ne vont pas mettre en œuvre bon nombre des réformes qu’ils préconisent, voire aucune.

La révolution ne sera pas financée par la Fondation Ford. Et elle ne sera pas menée par des « carriéristes dans le business de l’intérêt public qui veulent être des acteurs » à travers des accords avec la classe dirigeante.

Paul Street

 

 

Article original en anglais :

What Would the Black Panthers Think of Black Lives Matter?By Paul Street

Truthdig 29 octobre 2017

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo en vedette : Black Panthers, Rogelio A. Galaviz C. Source : Flickr.com

[*] Note de la traduction : « Astroturf », une marque de gazon artificiel, désigne les groupes/actions/campagnes/mouvements faussement populaires et spontanés utilisés à des fins de manipulation des masses. Voir la fiche Wikipedia en français. 

Paul Street est titulaire d’un doctorat en histoire américaine de l’université de Binghamton. Il était vice-président de la Chicago Urban League pour la recherche et la planification. Outre ses contributions régulières à Truthdig et Counterpunch, Street est l’auteur de sept livres.

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De la liberté d’expression au temps béni du Hirak

juin 16th, 2020 by Ahmed Bensaada

Je dois être honnête. Lorsque j’ai écrit mon récent livre « Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ? », je me doutais qu’il allait être bassement critiqué et que son auteur n’allait pas être épargné. Mon expérience avec les activistes printanistes arabes et leur concept unidirectionnel des libertés individuelles, lors de la sortie de « Arabesque américaine» en 2011, m’a appris que le romantisme révolutionnaire était souvent plus fort que la raison. Mais en ces temps-là, cela pouvait se comprendre : pour la première fois dans l’histoire moderne de cette région, des jeunes prenaient d’assaut les rues, bravant les interdits tout en demandant avec véhémence le départ d’autocrates rouillés par le temps et l’usure d’un pouvoir spolié.

Mais près d’une décennie après l’immolation de Feu Mohamed Bouazizi et l’embrasement de la région par cette funeste saison que les Occidentaux nous ont vendu comme un « printemps », j’avais espéré que mon nouvel ouvrage allait être un peu mieux reçu.

Que nenni!

Je n’ai jamais été aussi attaqué que par certains de mes « chers » concitoyens. Et tout y est passé : complotisme, anti-Hirak, pseudo-physique, misère de la pensée, régime, système, médias publics, éthique, ANEP, APS, AUF, Canada, Vietnam, cirage, carrière, magot, coupe-feu, gauche « madkhalie » et j’en passe…

Jamais, Ô grand jamais, je n’aurais pensé que le niveau des critiques de mes contradicteurs soit aussi pitoyable!

En agissant de la sorte, ces gens-là ne comprennent-ils pas qu’ils sont juste en train de confirmer que ce sont eux qui noyautent le Hirak béni pour l’emmener sur les sentiers de la discorde, de la confrontation et du chaos, selon des directives élaborées ailleurs et susurrées dans leurs oreilles?

C’est à se poser de sérieuses questions sur les fondements de la démocratie prônée par ces défenseurs « autoproclamés » du Hirak. Veulent-ils vraiment ériger des potences dans toutes les villes du pays pour pendre haut et court toute voix jugée non conforme à leur pensée unique? Je ne suis pas loin de le croire.

Et elle sera belle, cette Algérie nouvelle!

À tout seigneur, tout honneur, commençons par le professeur Lahouari Addi que j’ai cité dans mon ouvrage. Moins de 24 h après la publication des « bonnes pages » de l’essai, M. Addi écrivit un long texte, sans avoir lu mon livre, car non disponible en dehors de l’Algérie. Il y expliqua ses relations avec un organisme américain d’ « exportation » de la démocratie. Très correcte la démarche si ce n’est un petit hic : il traita l’auteur de l’ouvrage, c’est-à-dire moi, de « doubab » (mouche en arabe).

Texte de Lahouari Addi

Allons, allons, cher professeur, un peu de retenue! Quel exemple donnez-vous à cette belle jeunesse qui a enfanté le Hirak? Respectez votre niveau académique, voyons! Évitez d’utiliser ce genre d’expressions qui peuvent entacher votre respectabilité et nuire à votre rang social.

Pensez-vous que MM. Huntington ou Fukuyama, avec qui vous prenez le thé dans les salons feutrés, auraient utilisé ce vil langage de la plèbe dans une telle situation?

Oh que non! Ils auraient d’abord lu le livre et donné, ensuite, un avis argumenté sur son contenu. Pour ou contre, certes, mais poli et respectueux.

D’autant plus que mon livre ne comporte aucune insulte ni injure à votre encontre ni à l’encontre des autres personnes mentionnées.

Le professeur Addi récidiva quelques jours plus tard en me traitant de « sinistre personnage» dans une émission de Radio Corona Internationale, radio dont il sera question plus tard.

Il ne s’agit donc pas d’une simple incartade, mais d’un comportement bien ancré : l’insulte et l’invective contre toute personne qui dérange le grand professeur dans sa béatitude féconde. Mon ouvrage l’aurait-il brusquement fait descendre de son firmament vers le plancher des vaches?

Une autre célébrité du microcosme « intellectuel » algérois a décidé de s’insurger contre l’auteur du livre : M. Lazhari Labter. Dans un post d’une longueur qui devrait figurer dans le livre Guinness des records, il déblatéra une foultitude de lieux communs…sans piper mot du contenu du livre. Mais qu’est-ce qui a poussé ce gentil monsieur à se fatiguer de la sorte? Des tonnes d’efforts et des litres de sueur pour faire rire toute la blogosphère.

Texte de Lazhari Labter

Regardons ça de près. Il m’accuse d’avoir publié mon livre « Arabesque$ » à l’ANEP, c’est-à-dire une maison d’édition étatique pour démontrer que je suis « payé » par le « pouvoir ». C’est vrai que cette accusation n’est pas originale. Chawki Amari [1] me l’avait servie en 2016 lorsque mon éditeur (privé) de l’époque, M. Amar Ingrachen (Éditions Franz Fanon), avait choisi la librairie de l’ANEP comme lieu du lancement de mon livre « Kamel Daoud, Cologne contre-enquête ».

Mais ce qui est grave dans le cas de M. Labter, c’est que ce monsieur a été embecqué et gavé par l’ANEP puisqu’il a été directeur de ses éditions de 2001 à 2005. Il n’a pas été juste « payé » par le « pouvoir » : il a fait partie du pouvoir lui-même.

Le comble du ridicule? M. Labter vient d’être officiellement nommé par le ministre de l’industrie cinématographique au sein de la commission de lecture du Fonds de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique (Fdatic) [2].

Ce monsieur collabore activement avec le gouvernement actuel alors qu’il me reproche d’être « proche » de ce même gouvernement. Y comprenez-vous quelque chose?

J’utiliserai la même phrase que celle utilisée par Lazhari Labter dans une de ses lettres ouvertes :

« Mais pourquoi as-tu fait ça Lazhari, pourquoi ? » [3]

Lazhari Labter et ses « combats »

M. Labter, militant pour la démocratie, la liberté des droits humains et de la justice sociale? Pour quelle liberté milite-t-il? De celle des censeurs et des coupeurs de langues?

M. Labter, vous êtes un fossoyeur de la liberté d’expression!

Inondé par des commentaires négatifs ― car le peuple n’est pas dupe !― et traîné dans la boue par un youtubeur nommé Rafaa 156 [4], notre grand défenseur des droits humains a été finalement contraint de rendre privé son post concernant mon livre, le retirant de l’espace public.

Ah, la liberté d’expression entre amis! Elle assure un si doux cocooning!

En fait, ce que ne sait pas ce cher M. Labter et beaucoup de mes contradicteurs zélés, c’est que mon livre « Arabesque américaine » a été d’abord publié au Canada en 2011, puis en Algérie par les Éditons Synergie (éditeur privé) en 2012. Après la parution de « Arabesque$ » édité en Belgique en 2015 par Michel Collon (Editions Investig’Action), j’ai d’abord proposé l’édition algérienne à M. Amar Ingrachen (éditeur privé) avant de le soumettre à l’ANEP. M. Ingrachen avait refusé de l’éditer pour des raisons qui le concernent tout en acceptant de publier mon livre sur Kamel Daoud.

De même, bien avant de proposer mon nouveau livre « Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ? » aux Éditions APIC, je l’avais envoyé en premier lieu à M. Ingrachen, fidélité à mon éditeur privé oblige. Je n’en ai même pas soufflé mot à l’ANEP.

Si Amar Ingrachen ―membre du club privé CPP (Café Presse Politique) de Radio M― avait édité ce livre, aurais-je été lynché de la sorte sur la place publique? Et si l’APS avait annoncé la parution de mon livre édité par M. Ingrachen, quelle aurait été la réaction? M’aurait-on accusé de collusion avec des forces cosmiques?

Et parlons-en de ces médias algériens privés libres et démocrates! Aucun journal, aucune télé (même étatique!) ne m’a invité, ni questionné au sujet de mon livre. La plupart d’entre eux ont totalement ignoré sa sortie et aucun n’en a encore fait une quelconque recension!

À qui ce livre fait-il peur? Existe-t-il des sujets tabous alors que notre pays vit des moments critiques?

« Taisez-vous M. Bensaada! »

Pourtant, cet ouvrage a fait le buzz sur les médias sociaux. On en parle, on le critique, on l’attaque, au grand bonheur des claviers qui s’en donnent à cœur joie.

El Watan en a parlé (à deux reprises), mais en mal comme de coutume quand il s’agit d’un ouvrage qui dénonce les collusions avec l’étranger. Et sans en commenter le contenu. Ce journal se sentirait-il concerné?

« Le Hirak cible d’attaques simultanées » [5], « Hirak-Pouvoir : le temps de la surenchère» [6]. Des titres qui suggèrent que mon livre est une attaque contre le Hirak et qu’il a été commandité par le « pouvoir », alors que tous ceux qui l’ont lu honnêtement attestent du sérieux du travail qui y figure.

Mais que peut-on attendre d’un journal qui est capable de faire une aussi horrible et indécente une que celle-ci?

Si les médias faisaient un travail professionnel, des entrevues auraient été réalisées avec moi et, surtout, avec les personnes que je cite dans mon livre. Des débats publics contradictoires auraient été organisés sur les plateaux de télé. Mais non : on tire à boulets rouges sur celui qui a écrit le livre, on le traite de conspirationniste tout en donnant un blanc-seing aux personnes citées dans l’ouvrage. Et cela, même si l’ouvrage contient des références vérifiables et des annexes on ne peut plus explicites.

Le comportement d’El Watan n’est pas nouveau à mon égard. Je me rappelle une anecdote qui date de la première sortie de mon livre « Arabesque américaine » à Montréal, en avril 2011. J’avais dans ce temps un ami, Samir Bendjaafar (pseudo Samir Ben), pigiste à El Watan. Je lui avais remis une copie de l’ouvrage avant même qu’il ne sorte en librairie.

Il en tira un superbe article qui fut publié par El Watan [7] le 20 avril 2011.  Quelques jours plus tard il me proposa une interview sur le même sujet qu’il réalisa et envoya à son journal. N’ayant pas eu de nouvelles de la publication de l’entrevue, je lui ai demandé la raison du retard. Gêné, il me répondit que le directeur du journal, M. Belhouchet en personne, lui avait signifié « qu’il ne voulait plus voir le nom de Bensaada dans son journal ».

Ce même Samir Bendjaafar mène actuellement une sordide campagne de salissage contre ma personne sans, bien sûr, avoir lu le livre puisqu’il n’est vendu qu’en Algérie.

Cher Samir, te rappelles-tu quand tu me traitais de « docteur en physique et récipiendaire d’une multitude de prix d’excellence au Canada » [8]. Te souviens-tu de cette phrase : « []l’auteur montréalais d’origine algérienne Ahmed Bensaada vient de signer un essai très documenté sur le rôle des Etats-Unis dans le vent de révolte qui balaie le monde arabe depuis décembre dernier » [9]?

Qu’est-ce qui a pu bien changer ton comportement depuis? Quelle est la cause de ton hypocrisie? Qu’est-ce qui a métamorphosé tes panégyriques en insultes? Ta fréquentation assidue de Belhouchet et consorts ou la ligne éditoriale otanesque du journal qui te paie et te dicte la marche à suivre?

Cher ami d’antan : tu as tout d’un coup rétréci à mes yeux.

Je me demande ce que pensera l’ombudsman de Radio Canada ―où tu travailles actuellement― de ton comportement contraire à l’éthique journalistique, après le dépôt de ma plainte contre toi. Car, contrairement à tes confrères pseudo-journalistes que je cite dans ce texte, toi tu travailles au Canada, un pays où la déontologie n’est pas un vain mot.

Revenons maintenant au microcosme algérois. Dans sa longue diatribe contre moi (et non contre mon livre), sieur Labter en a profité pour placer un copain et le couvrir d’éloges. Un truc du genre « ton bouquin n’arrive pas à la cheville de ceux de mon ami Belalloufi ». Un peu de pub en plein buzz, ça ne peut être que profitable.

Hocine Belalloufi est une « vieille » connaissance avec qui j’ai eu maille à partir, il y a un peu plus d’une année [10]. À la parution de mon article sur la « printanisation » de l’Algérie [11], il s’est senti dans l’obligation de déclarer que mon texte était « d’une navrante pauvreté » [12], le disqualifiant du revers de la main. Je lui ai alors proposé d’en discuter avec ses amis du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) qui connaissent très bien la National Endowment for Democracy (NED) puisqu’ils sont financés par cet organisme depuis…1997!

Hocine Belalloufi

Je pensais que nos échanges allaient en rester là, mais non. M. Belalloufi a récidivé en joignant sa voix à celle de la meute [13], traitant mon livre « d’enquête policière », oubliant au passage de parler de son contenu. Selon M. Labter, Hocine Belalloufi est « un militant marxiste, politologue et journaliste. Il a juste oublié de préciser qu’il se spécialisait dans les polars.

Au fait, M. Belalloufi, pouvez-vous dire à vos amis que je publierai, dans un proche avenir, d’autres documents concernant les financements étrangers?

Lorsque j’ai entendu parler de Radio Corona International (RCI), je pensais qu’il s’agissait d’une radio spécialisée dans la santé et dédiée à la pandémie du COVID-19. Des amis m’ont finalement expliqué qu’elle avait été créée aux États-Unis par un journaliste « exilé », Abdellah Benadouda, afin de continuer le Hirak sur le cyberespace et donc n’avait rien à voir avec la médecine. Je leur ai alors demandé pourquoi tous les médias mainstream occidentaux en parlaient : Le Monde, Canal +, France 24, RT, RSF, Voice Of America, VaticanNews, CBCNews, El Pais, etc.? Même la Brookings Institution, un des plus anciens think tanks étasuniens s’y est intéressé [14]. Personne n’a pu répondre à cette question.

La sortie de mon livre a suscité l’intérêt de RCI dès les premiers jours. J’avais espéré un traitement plus professionnel que celui que j’ai décrit précédemment (États-Unis et tout le tralala) mais je me suis vite rendu compte que cela allait être pire. Il faut se rendre à l’évidence que même si cette radio est domiciliée outre-Atlantique, certaines personnes qui gravitent autour ne différent pas d’un iota de ceux que j’ai cités auparavant.

Tout d’abord, un chroniqueur nommé Hamdi Baala (un collaborateur de la sulfureuse Al Jazeera, ce qui en dit long sur ses accointances politico-journalistiques) fit un portrait très caricatural de ma personne (lui aussi sans lire mon livre) dont voici quelques exemples: « [] l’approche complotiste et peu sérieuse de l’auteur »; « […] manquements à l’éthique journalistique […] »; « l’écrivain atteint un degré de lâcheté ignoble en s’attaquant à un homme qui ne peut pas se défendre car détenu pour ses positions politiques : Karim Tabbou», etc.

Texte de Hamdi Baala

Il a même essayé de faire rire ses amis facebookiens en racontant une histoire rocambolesque où l’accusé se nommait Ahmed Bensaada. Très drôle!

Chose surprenante, il n’y a aucune mention du contenu de mon livre dans tout son texte. Pire que ça, si ce monsieur l’avait lu, il aurait remarqué ce que j’ai écrit concernant M. Tabbou.

On se demande alors dans quel camp se trouve cette « ignoble lâcheté » qu’il utilise pour me qualifier.

 

 

Ce même chroniqueur a interviewé trois des personnes citées dans mon livre. Ses entrevues ont été diffusées dans l’émission RCI #26, du 9 juin 2020, après une présentation où il traita mon livre de « pamphlet de propagande complotiste ». Aucune question à ses invités sur le contenu du livre mais, en revanche, une étrange insistance sur « Est-ce que vous allez poursuivre l’auteur? ». On avait l’impression que M. Hamdi Baala jubilerait de me voir emprisonné alors que lui et sa radio se vantent de défendre les prisonniers d’opinion.

« Bensaada au cachot! », aurait-il scandé, les veines du cou gonflées.

Après tout ce lynchage médiatico-radiophonique, quelle ne fût ma surprise de recevoir un courriel du dénommé Hamdi Baala en personne. Toute honte bue, il m’appela « MÔSSIEU Bensaada » et m’invita à répondre à ses questions.

Comment peut-on donner la parole à un auteur après l’avoir lynché sur la place publique? Quelle crédibilité ont ces faussaires du journalisme? Où est passée l’éthique journalistique dont ils se targuent et qu’ils prétendent instaurer dans l’Algérie du futur? Comment se fait-il que les personnes citées dans l’ouvrage soient reçues avec tous les honneurs, et que l’auteur soit attaqué sans aucun ménagement?

Avec Radio Corona, les surprises vont crescendo. Dans l’émission RCI#27, en date du 12 juin 2020, le clou du spectacle fût l’apparition d’un clown d’un genre spécial, nommé Kamal Almi (Moh Kam pour les intimes). Pendant neuf minutes, il tenta de faire de l’humour en égrenant un chapelet d’obscénités scatologiques. Il m’a fallu boucher le nez pour achever d’écouter ses logorrhées nauséabondes à mon sujet. Ce n’était plus RCI, mais RKI (Radio Khorti [15] Internationale), pour ne pas dire autre chose qui choquerait mes lecteurs.

Cliquez ici pour écouter l’obscène chronique de Kamal Almi

Outre ses talents clownesques, Kamal Almi est aussi un spécialiste de la prestidigitation. En effet, il écrivit en 2016 :

« Pourtant, les journaux [algériens] continuent à se « vendre » [] à des officines étrangères actives qui ont soit à protéger en Algérie leurs intérêts réels (exemples : France, États-Unis), soit à saboter le pays qui, jadis – « bien jadis » – leur fit outrageusement de l’ombre et, quelque part encore, continue à les tracasser (exemple : Maroc et, par un jeu même pas subtil d’alliances, Israël) » [16].

La main de l’étranger? Et dans les médias algériens? Serais-tu conspirationniste toi aussi, Moh Kam?

Samir Bendjaafar et Kamal Almi

Ces deux personnes de Montréal m’ont bassement attaqué: action concertée ou simple coïncidence?

Je me rappelle qu’en 2010, j’avais lancé un « Appel pour la levée de l’interdiction de SILA (Salon International du Livre d’Alger) infligée à la littérature égyptienne » [17] qui avait eu à l’époque un succès retentissant. La forte mobilisation autour de ma pétition avait permis de forcer la ministre de la Culture de l’époque à revoir sa copie et d’inviter les éditeurs égyptiens. Parmi les premiers signataires, on pouvait lire le nom de Kamal Almi.

De défenseur de la noble littérature à jongleur avec des excréments, quelle décadence!

D’amoureux des belles-lettres à disciple du khorti, quelle déchéance!

Et que dire de cette farce nommée Radio M qui invite maître Bouchachi pendant près d’une heure sans effleurer ne serait-ce qu’un instant le contenu de mon livre [18]? Le comble : quelques secondes avant la fin de l’émission, M. Ihsane El Kadi annonce sarcastiquement que M. Drareni (à qui en passant j’espère une prompte libération) a demandé à Mme Assoul de lui dire de m’inviter. Et tout cela devant le sourire jocondien de M. Bouchachi.

Tweet de Mme Zoubida Assoul

Faudrait-il aussi, M. El Kadi, que je vous écrive pour savoir quel jour votre seigneurie daignera-t-elle me recevoir dans votre « prestigieuse » radio?

La commedia dell’arte dans toute sa splendeur!

La relation « comique » entre Radio Corona Internationale et Radio M

Il serait fastidieux de faire une recension complète des méfaits journalistiques causés par la sortie de mon livre.

Dans une de ses vidéos, Rafaa 156 a donné une très belle image du phénomène : mon ouvrage a agi comme un projecteur de chalutier qui fait sortir toutes les sardines de la mer. Au-delà des informations qui y sont contenues, l’ouvrage a révélé un système médiatique pourri, une 3issaba (bande mafieuse) journalistique aussi néfaste pour l’Algérie que celle qui a été mis hors d’état de nuire par le Hirak.

Il est donc impératif de nettoyer ce secteur pour en enlever les mauvaises herbes, les vendeurs de khorti et les faussaires de l’information.

Il faut se le dire : une Algérie nouvelle ne peut prétendre exister qu’avec des journalistes intègres, des médias honnêtes et une véritable liberté d’expression.

Ahmed Bensaada

 

Notes :

[1] Ahmed Bensaada, « Chawki Amari ou les élucubrations psychédéliques d’un chroniqueur algérien en manque d’inspiration » AhmedBensaada.com, 8 juillet 2016, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=390:2016-07-08-09-27-27&catid=37:societe&Itemid=75

[2] APS, « Cinéma: installation des nouveaux membres de la commission de lecture du Fdatic », 8 juin 2020, http://www.aps.dz/algerie/105931

[3] Lazhari Labter, « Blocage de Radio M et Maghreb Émergeant : lettre de l’écrivain et poète, Lazhari Labter, adressée à Ammar Belhimer », L’Avant-Garde, 18 avril 2020,

https://www.lavantgarde-algerie.com/article/la-lutte/blocage-de-radio-m-et-maghreb-emergeant-lettre-de-lecrivain-et-poete-lazhari-labter-adressee-ammar-belhimer

[4] Rafaa 156, « Lazhari Labtar “Journaliste : un métier qui consiste à expliquer aux autres ce qu’on ne comprend pas soi-même », Youtube, 11 juin 2020,

https://www.youtube.com/watch?v=iheDp43B1NA

[5] Abdelghani Aichoun, « Le hirak cible d’attaques simultanées », El Watan, 9 juin 2020 ,

https://www.elwatan.com/edition/actualite/le-hirak-cible-dattaques-simultanees-09-06-2020

[6] A. Merad, « Hirak-Pouvoir : le temps de la surenchère », El Watan, 11 juin 2020,

https://www.elwatan.com/chronique-de-a-merad/hirak-pouvoir-le-temps-de-la-surenchere-11-06-2020

[7] Samir Ben, « Canada : Parution d’un essai sur le rôle des Etats-Unis dans le printemps arabe », El Watan, 20 avril 2011, http://www.politique-actu.com/actualite/arabesque-americaine-role-etats-unis-dans-revoltes-arabe-ahmed-bensaada/260127/

[8] Ibid

[9] Ibid

[10] Ahmed Bensaada, « Belalloufi, le RAJ et l’importation de la démocratie », AhmedBensaada.com, 2 mai 2019, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=490:2019-05-02-15-00-34&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

[11] Ahmed Bensaada, « Huit ans après : la « printanisation » de l’Algérie », AhmedBensaada.com, 4 avril 2019,

http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=475:2019-04-04-22-50-13&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

[12] Kamel Lakhdar -Chaouche, « L’Occident préfère un régime soumis à ses intérêts », L’Expression, 17 avril 2019,

http://www.lexpressiondz.com/nationale/loccident-prefere-un-regime-soumis-a-ses-interets-314185

[13] Hocine Belalloufi, « A propos des thèses d’Ahmed Bensaada », DzVid, 9 juin 2020, https://www.dzvid.com/2020/06/09/a-propos-des-theses-dahmed-bensaada/

[14] Yahia H. Zoubir et Anna L. Jacobs, « Will Covid-19 reshape Algerias’s political system? », Brookings Institution, 10 mai 2020,

https://www.brookings.edu/opinions/will-covid-19-reshape-algerias-political-system/

[15] Khorti : mensonge grossier en arabe dialectal algérien

[16] Kamal Almi, « El-Watan est-il honnêtement soutenable? », Huffpost, 25 juin 2016, https://algeria-watch.org/?p=65504

[17] Ahmed Bensaada, « Appel pour la levée de l’interdiction de SILA infligée à la littérature égyptienne », AhmedBensaada, 21 août 2010,

http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=95:test&catid=37:societe&Itemid=75

[18] CPP Radio M, « Le Hirak est pressé de reprendre la rue, mais … », Youtube, 10 juin 2020, https://www.youtube.com/watch?v=HaDlXQGuNmY&feature=youtu.be

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Corruption de la science… Facebook encercle l’Afrique

juin 16th, 2020 by Mondialisation.ca

Sélection d’articles :

Le « spectre » d’un monde sino-centrique

Par Prof. Yakov M. Rabkin et Robin Philpot, 11 juin 2020

L’administration Trump, avec l’appui des Démocrates, pîque une colère contre la Chine. Pourquoi Washington, tous partis confondus, est si hanté par l’idée d’un monde économique sino-centrique au point où il lance une nouvelle sorte de guerre froide? Yakov Rabkin, professeur émérite d’histoire de l’Université de Montréal répond à cette question. Et à beaucoup d’autres : Pourquoi la Chine est un acteur plus important que la Russie? Pourquoi la Chine n’est pas une menace pour les « démocraties libérales. »…

 

La corruption de la science. Le scandale de l’étude sur l’hydroxychloroquine. Qui était derrière tout cela? L’intention d’Anthony Fauci de bloquer l’HCQ au nom des grandes entreprises pharmaceutiques

Par Prof Michel Chossudovsky, 12 juin 2020

Le Guardian a révélé le scandale de l’étude sur l’hydroxychloroquine qui avait pour but de bloquer la HCQ comme remède à la COVID-19. « Des dizaines d’articles scientifiques co-rédigés par le directeur général de la société technologique américaine à l’origine du scandale de l’étude sur l’hydroxychloroquine de Lancet sont maintenant en cours d’audit, dont un qui, selon un expert en intégrité scientifique, contient des images qui semblent avoir été manipulées numériquement. L’audit fait suite à une enquête du Guardian ….

 

Et maintenant le « Grand Reset » de l’économie mondiale de Davos. Que se passe-t-il après la pandémie de la Covid-19?

Par F. William Engdahl, 12 juin 2020

Pour ceux qui se demandent ce qui va se passer après que la pandémie de COVID-19 ait pratiquement paralysé l’ensemble de l’économie mondiale, propageant la pire dépression depuis les années 1930, les dirigeants de la première ONG de la mondialisation, le Forum économique mondial de Davos, viennent de dévoiler les grandes lignes de ce à quoi nous pouvons nous attendre. Ces personnes ont décidé d’utiliser cette crise comme une opportunité.

 

Le racisme, une « maladie de l’âme »?

Par Dominique Muselet, 12 juin 2020

C’est en tout cas en ces termes qu’Edouard Philippe a décrit le nouveau fléau qui vient de s’abattre sur lui. A peine remis des ravages du Coronavirus, une maladie du corps qui a balayé sur son passage le peu de crédibilité qu’il restait aux dirigeants français, le voilà qui doit faire face à un tsunami venu des Etats-Unis qui menace d’emporter le dernier rempart, la dernière protection, l’ultime soutien de l’oligarchie française et de ses dévoués serviteurs politiques : la police…

 

Le pire de tous les mondes possibles ? Echo de la dystopie 1984 d’Orwell. Surveillance de masse, État policier, lutte pour la survie…

Par Stephen Lendman, 13 juin 2020

Les dommages à long terme causés par les politiques étasuniennes sur le territoire national et à l’étranger sont très éloignés de la meilleure vision panglossienne du monde possible. Ce qui se passe a des échos de la dystopie d’Orwell de 1984. Les deux ailes droites du parti de guerre étasunienne mènent une guerre sans fin contre des ennemis inventés.

 

Géopolitique commerciale Nord Stream 2: Vers une « guerre tarifaire » entre les États-Unis et l’Allemagne. Washington menace l’Allemagne de sanctions.

Par Lucas Leiroz de Almeida, 13 juin 2020

Les États-Unis continuent de menacer l’Allemagne de sanctions si le pays européen poursuit le projet Nord Stream 2 – un partenariat stratégique avec la Russie visant à construire un grand gazoduc qui faciliterait le flux d’énergie entre la Russie et l’Europe par un itinéraire plus petit et plus rapide. Récemment, les sénateurs étasuniens ont présenté un projet de loi visant à sanctionner toutes les entreprises qui fournissent des certifications, des assurances et des installations portuaires pour le gazoduc prévu, dans le but évident de nuire à toute entreprise intéressée par les avantages du projet.

 

BFM TV and co détestent les Gilets jaunes mais adorent le Comité Adama Traoré

Par Dominique Muselet, 15 juin 2020

Les médias officiels ont atteint, samedi soir, un sommet dans le deux poids deux mesures qui fait leur charme, en se livrant à un de ces grandioses exercices d’équilibriste dont ils ont le secret, dans une débauche d’hypocrisie qui m’a laissée pantoise…(…) D’abord il faut souligner l’intelligence tactique du préfet de Paris, le préfet Lallement, célèbre pour son intrépide répression des Gilets jaunes. Il a quand même à son actif 1 700 blessés, 12 yeux crevés, 4 mains arrachées.

 

Réponses d’une Syrienne à la «Hors-la loi César» de M. Trump et Cie

Par Docteur Reem Arnouk, 15 juin 2020

Les prochains mois risquent d’être encore plus douloureusement vécus par la Syrie et les Syriens. Ladite « Loi César » -ou plus exactement « The Caesar Syria Civilian Protection Act » qui n’a rien d’une loi de protection des civils, mais tout d’une décision hors-la loi cherchant à étrangler le peuple syrien par toutes sortes de sanctions économiques afin qu’il se désolidarise de ses dirigeants- devrait entrer en vigueur le 17 juin prochain. 

 

La Syrie à Seattle: La Commune défie le Régime US

Par Pepe Escobar, 15 juin 2020

Le mariage de l’après-confinement et des protestations contre la mort George Floyd a nourri une bête sauvage encore immunisée contre toute forme de débat civilisé aux États-Unis : la Commune de Seattle. Que sont réellement la Zone Autonome de Capital Hill et la République Populaire ? Les communards sont-ils de simples idiots utiles ? S’agit-il d’une expérimentation d’un Occupy Wall Street affiné ? Pourrait-elle survivre, sur le plan logistique, et être reproduite à New York, L.A. et Washington?

 

Facebook encercle l’Afrique

L’Art de la guerre

Par Manlio Dinucci, 16 juin 2020

… On ne s’étonnera donc pas si, en pleine crise du coronavirus, Facebook lance le projet d’un des plus grands réseaux de câbles sous-marins, le 2Africa : long de 37.000 km (presque la plus grande circonférence de la Terre), il encerclera tout le continent africain, en le reliant au nord à l’Europe et à l’est au Moyen-Orient. Les pays interconnectés seront au départ 23. Partant de Grande-Bretagne, le réseau reliera le Portugal avant de commencer son cercle autour de l’Afrique à travers Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria, Gabon, République du Congo, République démocratique du Congo, Afrique du Sud, Mozambique, Madagascar, Tanzanie, Kenya, Somalie, Djibouti, Soudan, Égypte.

 

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Facebook encercle l’Afrique

juin 16th, 2020 by Manlio Dinucci

De nombreuses industries et sociétés de service sont en train de faire faillite ou de se redimensionner à cause du confinement et de la crise qui s’ensuit. Certains, par contre, ont tiré profit de tout cela. Facebook, Google (propriétaire de YouTube), Microsoft, Apple et Amazon -écrit The New York Times– “sont en train de faire agressivement de nouveaux paris, car la pandémie du coronavirus en a fait des services quasiment essentiels”.

Tous ces “Tech Giants” (Géants de la technologie) sont étasuniens. Facebook -défini non plus comme social network mais comme “écosystème”, dont font partie aussi WhatsApp, Instagram et Messenger- a dépassé les 3 milliards d’utilisateurs mensuels. On ne s’étonnera donc pas si, en pleine crise du coronavirus, Facebook lance le projet d’un des plus grands réseaux de câbles sous-marins, le 2Africa : long de 37.000 km (presque la plus grande circonférence de la Terre), il encerclera tout le continent africain, en le reliant au nord à l’Europe et à l’est au Moyen-Orient. Les pays interconnectés seront au départ 23. Partant de Grande-Bretagne, le réseau reliera le Portugal avant de commencer son cercle autour de l’Afrique à travers Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria, Gabon, République du Congo, République démocratique du Congo, Afrique du Sud, Mozambique, Madagascar, Tanzanie, Kenya, Somalie, Djibouti, Soudan, Égypte. Dans ce dernier tronçon, le réseau sera relié à Oman et à l’Arabie Saoudite. Puis, à travers la Méditerranée, il arrivera en Italie et de là en France et Espagne.


Ce réseau à grande capacité -explique Facebook- constituera “le pilier d’une énorme expansion d’Internet en Afrique : les économies fleurissent quand on a un Internet largement accessible pour les entreprises. Le réseau permettra à des centaines de millions de personnes d’accéder à la large-bande jusqu’à la 5G”. Voilà, en somme, la motivation officielle du projet. Une seule donnée suffit à en douter : en Afrique Sub-saharienne n’ont pas accès à l’électricité environ 600 millions de personnes, équivalant à plus de la moitié de la population. 

À quoi servira alors le réseau à large-bande ? À relier plus étroitement aux maisons mères des multinationales ces élites africaines qui en représentent les intérêts dans les pays les plus riches en matières premières, alors que monte la confrontation avec la Chine qui est en train de renforcer sa présence économique en Afrique. 

Le réseau servira aussi à d’autres objectifs. Il y a deux ans, en mai 2018, Facebook a établi un partenariat avec l’Atlantic Council (Conseil Atlantique), influente “organisation non partisane”, dont le siège est à Washington, qui “fait la promotion du leadership et de l’engagement USA dans le monde, avec ses alliés”. L’objectif spécifique du partenariat est de garantir “l’utilisation correcte de Facebook dans les élections dans le monde entier, en surveillant la désinformation et l’interférence étrangère, en aidant à éduquer les citoyens et la société civile”. Ce qu’est la fiabilité de l’Atlantic Council, particulièrement actif en Afrique, se déduit de la liste officielle des donateurs qui le financent : le Pentagone et l’OTAN, Lockheed Martin et d’autres industries guerrières (y compris l’italien Leonardo), ExxonMobil et d’autres multinationales, Bank of America et d’autres groupes financiers, les Fondations de Rockefeller et Soros. 

Le réseau, qui reliera 16 pays africains à 5 alliés européens de l’OTAN sous commandement USA et à 2 alliés USA au Moyen-Orient, pourra jouer un rôle non seulement économique, mais politique et stratégique.

Le “Laboratoire de recherche digitale juridique” de l’Atlantic Council, à travers Facebook, pourra communiquer chaque jour aux médias et aux personnages politiques africains quelles informations sont “fausses” et lesquelles sont “vraies”. Les informations personnelles et les systèmes de traçage de Facebook pourront être utilisés pour contrôler et frapper les mouvements d’opposition. La large-bande, y compris en 5G, pourra être utilisée par les forces spéciales USA et d’autres dans leurs opérations en Afrique. 

En annonçant le projet, Facebook souligne que l’Afrique est “le continent le moins connecté” et que le problème sera résolu par ses 37.000 km de câbles. Ils pourront être utilisés, cependant, comme version moderne des vieilles chaînes coloniales.

Manlio Dinucci

Article original en anglais :

Facebook accerchia l’Africa

Édition de mardi 16 juin 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/facebook-accerchia-lafrica/ 

Traduit par Marie-Ange Patrizio

Ne laissons pas le virus masquer l’apartheid

juin 16th, 2020 by José Luis Moragues

Par : José Luis Moragues
Par Campagne BDS France Montpellier (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).

Les regards se portent de nos jours vers la Bande de Gaza sont dans l’attente anxieuse des effets catastrophiques d’une extension fulgurante du codiv.19, au sein du mouvement de solidarité à la Palestine, et au-delà.

La population de l’enclave est confrontée depuis bientôt 14 ans à une des modalités les plus meurtrières de l’apartheid israélien: l’enfermement et la privation de la liberté de circulation des humains comme des marchandises.

Des bombardements massifs presque tous les deux ans causant des milliers de mort-e-s et des dizaines de milliers de blessé-e-s dans la population civile confortent le constat d’un génocide progressif. Dans ce contexte il ne fait aucun doute que l’arrivée du virus dans une population épuisée par une crise humanitaire et dont la densité est de 5 400 ha au Km2 (117 en France) ouvre des probabilités effrayantes de catastrophe.

Comment aborder cette situation? Que peut-on attendre d’Israël et de l’Union Européenne ? Que peut le mouvement de solidarité à la Palestine face à une telle situation? Quelles actions de solidarité et avec qui? Aujourd’hui et dans l’après virus ?

Nous ne prétendons pas pouvoir répondre seul.e.s et en une seule fois à toutes ces interrogations mais nous souhaitons ouvrir, localement au moins, le débat sur ces questions qui concernent l’ensemble des mouvements sociaux de la société civile. Nous le ferons à partir des repères fournis par le cadre stratégique de la Campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) sous-direction palestinienne dont BDS France Montpellier est membre via BDS France.

Se dégager de la fascination paralysante de la catastrophe

Essayons d’aborder l’ensemble du problème à la lumière du modèle de décryptage qu‘opère Said Bouamama dans «Le Corona Virus comme analyseur : Autopsie de la vulnérabilité systémique de la mondialisation capitaliste». L’auteur explique qu’entre les «aléas» c’est à dire les éléments extérieurs perturbateurs (ici le virus) et la «catastrophe» (les conséquences du virus) il y a la «vulnérabilité» c’est à dire les conditions qui ont plus ou moins contribué à produire ou non la «catastrophe». Il compare « les effets du cyclone Ivan qui touche Cuba en septembre 2004 et ceux du cyclone  Katrina qui s’abat sur la Floride, la Louisiane et le Mississipi un an après (…) Tous deux de catégories 5 c’est-à-dire avec des vitesses de vent dépassant 249 km/h, les deux cyclones se soldent pourtant par des bilans humains aux antipodes: aucun décès à Cuba ; 1836 morts et 135 disparus aux USA.»

Et l’auteur constate: «Des aléas similaires débouchent ainsi sur des conséquences diamétralement opposées». Ainsi la «vulnérabilité (qui) désigne pour sa part les effets prévisibles d’un aléa sur l’homme dépendant eux-mêmes d’un certain nombre de facteurs: densité de population des zones à risque, capacité de prévention, état des infrastructures permettant de réagir efficacement et rapidement, etc.» va en quelque sorte déterminer la gravité des conséquences des «aléas».

Le centrage médiatique sur la «catastrophe» (ce que font généralement les gouvernements) est destiné à masquer les éléments de vulnérabilité et donc les décisions et choix politiques responsables de la vulnérabilité face aux aléas.

Cerner les causes de la vulnérabilité dans la Bande de Gaza.

L’état des lieux de la «vulnérabilité» de la population de la Bande de Gaza est accablant.

Près de 2,5 millions d’habitant-e-s sur 360 km2 (5 400 ha au Km2). Près de 1,8 millions de réfugié-e-s (près de 80% de la population de la Bande de Gaza) entassé-e-s dans 8 camps. L’ONU prévoyait en 2012 une crise humanitaire pour 2020. Nous y sommes, la crise humanitaire est là.

Après 14 ans de blocus : 44% de chômeurs dont 61% chez les jeunes. 80% de la population dépend d’une aide étrangère. 10% des enfants ont un retard de croissance dû à la malnutrition. Un taux de pauvreté de 53 %, un taux de mortalité infantile de 10,5 décès pour 1 000 naissances vivantes.

97% de l’eau est non potable et les problèmes d’assainissement sont énormes. 800 produits de consommation courante ou destinés aux entreprises selon une liste (changeante) établie par Israël, sont interdits d’entrée à Gaza.

«L’offre de soins de santé est en déclin constant. Selon l’ONG Medical Aid for Palestinians, depuis l’an 2000 « il y a eu une baisse du nombre de lits d’hôpitaux (de 1,8 à 1,58 pour mille), de médecins (1,68 à 1,42 pour mille) et d’infirmières (2,09 à 1,98 pour mille), avec un surpeuplement et une réduction de la qualité des services». L’interdiction imposée par Israël à l’importation de technologies susceptibles d’être «à double usage» a restreint l’achat d’équipements, tels que les scanners à rayons X et les radioscopes médicaux.

Des coupures de courant régulières menacent la vie de milliers de patients qui dépendent d’appareils médicaux, avec parmi eux des bébés dans des incubateurs. Les hôpitaux manquent d’environ 40% des médicaments considérés essentiels, et les quantités de fournitures médicales de base, comme les seringues et la gaze, sont insuffisantes.»

Le bilan des Grandes marches du retour (du 30 mars 2018 à début 2020) est lourd, 301 mort-e-s dont 61 enfants de moins de 16 ans, 27 000 blessé-e-s, 130 amputé-e-s. Déjà les hôpitaux ont eu du mal à faire face à cet afflux de blessé-e-s.

Et les 5000 prisonniers palestiniens …

5.000 prisonniers politiques palestiniens sont détenus par Israël dont 180 mineurs. «Notre inquiétude croissante pour les prisonniers et détenus palestiniens pendant l’évolution de la pandémie de COVID-19 vient de la négligence médicale systématique et quotidienne dans les centres de détention et d’interrogatoire israéliens», a dit mardi Addameer, l’association de défense des droits des prisonniers. L’association mène une campagne internationale pour demander la libération de tous les prisonniers.

Au prétexte de l’épidémie, Israël depuis début mars, multiplie les brimades, renforce l’isolement et viole les droits des prisonniers. Interdictions des visites des familles et des avocats. Refus d’installer des téléphones fixes pour permettre aux prisonniers de parler à leurs familles – comme cela avait été promis auparavant.

Dénoncer les responsabilités criminelles de l’état d’apartheid.

Ceci n’est qu’un aperçu sommaire et incomplet de la situation dans la Bande de Gaza dont la responsabilité incombe entièrement à l’État d’Israël qui dès sa création a provoqué l’exode des réfugiés dans des camps, colonisé et occupé l’enclave, puis imposé depuis 14 ans le blocus, mené des bombardements massifs réguliers, des bombardements ponctuels, des assassinats ciblés, des vols permanents de drones, des arrestations arbitraires etc.

La catastrophe, la Nakba comme disent les Palestiniens, se perpétue depuis 1948. Colonisation de peuplement et nettoyage ethnique dans toute la Palestine dont Jérusalem et génocide progressif dans la Bande de Gaza, sans oublier les Palestiniens de 48 soumis à l’apartheid.

Israël devra de ce fait être tenu pour directement responsable des mort-e-s et des dégâts humains et matériels qui pourraient advenir du fait du Covid.19 dans la Bande de Gaza.

A l’occasion de l’épidémie du corona virus israël s’attaque à toutes les composantes du peuple palestinien

Sans doute l’extrême gravité de ce qui se passe à Gaza en fait un symbole et appelle notre solidarité active. A la fois, en raison de la politique génocidaire menée à l’encontre de sa population mais également en raison de la résistance exemplaire de cette même population. N’a-t-elle pas, après 12 ans de blocus et d’attaques aériennes massives et meurtrières réussi à lancer et maintenir pendant 2 ans, chaque vendredi, les grandes Marches du Retour, pour le Retour des réfugiés et la levée du blocus sous les tirs meurtriers des snippers israélien ? Mais l’attaque de l’occupant est généralisée contre l’ensemble des palestinien.e.s où qu’ils.elles se trouvent.

Dès la création de l’État d’Israël, par un découpage et des assignations géographiques spécifiques doublées de statuts juridiques différents, Israël a fait éclater l’unité du peuple Palestinien. Les palestinien-ne-s de Cisjordanie et de Gaza, de Jérusalem ou d’Israël sont soumis-e-s à des juridictions israéliennes différentes. La puissance stratégique de l’appel BDS Palestinien de 2005, en posant comme objectif l’autodétermination du peuple palestinien fixe comme condition préalable à une réelle autodétermination la satisfaction de trois revendications, chacune répondant au problème majeur de chacune des composantes du peuple palestinien. La fin de la colonisation (Cisjordanie et Gaza), retour des réfugiés dans leurs maisons (de tous-tes les Réfugié-e-s, extérieurs et intérieurs, Résolution. 194-ONU) et égalité absolue pour les palestiniens d’Israël (Palestiniens de 48). Cette stratégie refonde et reconstruit l’unité du peuple palestinien, condition première pour mettre fin à l’apartheid.

Palestinien.ne.s de 1948

Nous manquons (à ce jour) d’informations sur les discriminations et les inégalités subies par les palestiniens d’Israël dans les prises en charge sanitaires face à l’épidémie. Elles sont inévitables au regard de la nature officiellement raciste de l’État d’Israël. La loi fondamentale récemment votée déclarant qu’Israël est l’État nation du peuple juif officialise l’apartheid en faisant des 20% des palestiniens d’Israël des citoyens de seconde catégorie.

Dans le désert du Neguev, à la mi-mars, les autorités israéliennes ont détruit les plantations de centaines d’ha de terres agricoles dans deux communautés bédouines.

Alors que ces mêmes autorités appelaient à réductions d’activités et interdisaient les rassemblements de plus de 10 personnes, la police, une douzaine de tracteurs «protégés par des membres de la Patrouille verte, une force paramilitaire appartenant à l’Autorité foncière israélienne qui se concentre sur les problèmes d’application de la loi dans le Néguev, se sont présentés à la périphérie de Wadi al-Na’am, le matin, avec des tracteurs. Ils ont ensuite détruit systématiquement une grande partie des cultures, retournant du nord au sud une vaste étendue de terre où se trouvaient des stocks de blé et d’orge, utilisés pour nourrir les moutons et les vaches.»

Depuis des dizaines d’années Israël tente chasser les bédouins de leurs terres ancestrales, les confiner dans des «réserves» et de s’emparer de leurs terres.

Des tracteurs arrivent à Tel Arad pour raser les récoltes mercredi 18 mars (MEE/Me’eqel Al Hawashla)

Palestinien.ne.s de Cisjordanie

Par contre nous avons les premiers éléments des réactions israéliennes à l’apparition du virus en Israël où viennent travailler de nombreux ouvriers frontaliers palestiniens, du sabotage des installations palestiniennes de soins et des inquiétudes des réfugiés du camp de Suhafat (Jérusalem-est) quant à l’accès aux soins.

L’épisode d’un ouvrier palestinien fiévreux et très mal, jeté à même le sol par les force de polices israéliennes du côté palestinien d’un check-point israélien à la périphérie du village de Beit Sira, à l’ouest de Ramallah a fait le tour des réseaux sociaux. Sans même attendre les résultats du test qu’il avait passé son patron l’a fait expulser par la police.

3 autres cas identiques ont été signalés et gageons que ce n’est que le début : «C’est le vrai visage de l’occupation israélienne», affirme le jeune homme qui a secouru le malade au sol «Ils nous tuent tous les jours, donc ce n’est pas différent pour eux.» «C’est comme si nous étions leurs esclaves», poursuit-il. «Ils nous utilisent quand ils ont besoin de nous, et quand ils ont fini, ils se débarrassent de nous comme des ordures.»

L’association des droits humains B‘Tselem dénonce l’intervention de l’armée israélienne du 26 mars dans la communauté palestinienne de Khirbet Ibziq, dans le nord de la vallée du Jourdain. Avec bulldozer et deux camions à plateau avec grues, l’armée a confisqué deux tentes destinées à une clinique de campagne contre le virus.

Les soldats ont également confisqué (volé) une cabane en tôle en place depuis plus de deux ans, ainsi qu’un générateur d’électricité et des sacs de sable et de ciment. Quatre palettes de parpaings destinées aux planchers des tentes ont été emportées et quatre autres démolies.

Palestinien.ne.s de Jérusalem

Les Réfugiés du Camp de Suafat, en périphérie de Jérusalem-est ont le statut de résident de Jérusalem et relèvent de la juridiction israélienne. Ils sont très inquiets des barrages et obstacles israéliens dans leur accès aux soins.

«Le camp n’a qu’une clinique, aucun hôpital», détaille à MEE une porte-parole de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme Association for Civil Rights in Israel. Les hôpitaux les plus proches sont tous israéliens.

«Nous payons nos taxes, nous demandons donc aux autorités israéliennes qu’elles s’occupent de nous avec le même soin avec lequel elles s’occupent de n’importe quel autre citoyen israélien. En tant qu’État occupant, Israël a le devoir de nous prendre en charge. Car où peut-on aller ? Vers qui peut-on se tourner ?», déplore Khaled al-Sheikh.

«Nous sommes seuls, nous n’avons aucun appui officiel », insiste-il. Pas de respirateur artificiel, pas de véhicule dédié pour le transport d’éventuels patients infectés par le coronavirus, ni de bâtiment officiel pour placer les cas suspects en quarantaine…

Même scénario dramatique pour les habitants de Kufr Aqab de l’autre côté du mur mais officiellement rattaché à la municipalité de Jérusalem. «Dans cette zone où s’entassent 70 000 Palestiniens, trois personnes infectées ont été éloignées la semaine dernière par les habitants, qui se sont organisés pour qu’elles soient tenues à l’écart du quartier, rapporte Mounir Zgheir, à la tête du comité qui représente les habitants.»

«Israël veut depuis des années se débarrasser de ces zones et de leurs habitants. Israël n’a pas construit la barrière de séparation de cette manière sans raison : il voulait couper ces zones de Jérusalem », poursuit le chercheur. En 2015, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait d’ailleurs évoqué la possibilité de révoquer le statut de résident des habitants de ces quartiers.

Palestinien.ne.s – réfugié-e-s de la Bande De Gaza

Comme toujours Gaza bénéficie d’un régime spécial de répression. Le vendredi 27 mars en soirée trois raids de l’armée de l’air israélienne ont bombardé le nord de la Bande de Gaza où se trouve le camp de réfugiés de Jabalia.

Qu’attendre d’Israël et de l’Union Européenne ?

De la part de l’État israélien et son gouvernement raciste rien de bon, cela est évident. Le pire est déjà là et il ne peut qu’empirer. Les bombardements ci-dessus et les quelques exemples cités en ce début d’épidémie montrent qu’Israël fera tout pour tirer partie de l’épidémie au profit de son nettoyage ethnique et du vol des terres palestiniennes. Quand à l’union européenne, la complicité est flagrante et dans cette période où «sauver le capitalisme» sera sa priorité absolue, il n’y en a rien à attendre non plus.

Mais ce constat ne date pas d’aujourd’hui. C’est ce constat qui a donné jour à l’appel BDS palestinien de 2005, qui constatant la complicité de la «communauté internationale» s’est tourné vers les sociétés civiles de la planète les appelant:

« Nous, représentants de la Société Civile Palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid.

Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos états respectifs pour qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël.

Nous invitons également les Israéliens honnêtes à soutenir cet appel, dans l’intérêt de la justice et d’une véritable paix.

Ces mesures punitives non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :

  • 1. Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de tous les terres Arabes et en démantelant le Mur
  • 2. Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens Arabo-Palestiniens d’Israël à une égalité absolue et
  • 3. Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU

ALLONS-NOUS RÉPONDRE À CET APPEL ? COMMENT AUJOURD’HUI ? COMMENT DANS L’APRÈS VIRUS ET AVEC QUI ?

José Luis Moragues

Pour aller plus loin sur ce thème :

Image en vedette : Des peintres palestiniens dessinent des graffitis pour attirer l’attention sur la pandémie de coronavirus (COVID-19) à Khan Yunis, Gaza, le 28 mars 2020 [Mustafa Hassona/Agence Anadolu].

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La Constitution du Venezuela reconnait cinq pouvoirs indépendants. Aux côtés des pouvoirs exécutif, législatif et Judiciaire, la République Bolivarienne du Venezuela compte aussi le Pouvoir citoyen et le Pouvoir électoral. Ce dernier est chargé d’organiser les élections et de rédiger les lois et les procédures pour arriver à cette fin. Dans le pays d’Hugo Chávez, les élections ne sont donc pas organisées par le pouvoir exécutif en place -comme en France, par exemple- mais par le Centre National Électoral, dirigé par cinq recteurs.

Au cours du dernier trimestre de 2019, le gouvernement bolivarien et l’opposition se sont mis d’accord pour changer les cadres de l’organisme électoral. A commencé un processus que les partisans de Guaido ont fait capoter pour des raisons électoralistes. Le 12 juin 2020, le Tribunal Suprême de Justice du Venezuela a donc nommé de nouvelles autorités, comme le stipule la Constitution.

On pourrait penser, à première vue, qu’il s’agit avant tout de politique intérieure du Venezuela. Ne vous méprenez pas. La nomination des nouveaux recteurs du CNE est la première pierre d’une opération psychologique dont vous allez être les victimes. Juan Guaido et ses sicaires médiatiques ont déjà donné le la. Selon eux, le nouveau CNE est illégitime et en conséquence ils ne participeront pas aux élections et allongerons ad vitam eternam leur mandat de députés. Ce nouveau coup d’État institutionnel se fera avec la complicité des médias dominants toujours prompts à pousser le Venezuela vers la guerre civile.

Pour comprendre la légitimité des nouvelles autorités électorales, nous sommes allés interroger Julio Chávez, député vénézuélien, et vice-président du Comité de Postulation pour la rénovation des autorités électorales, l’organe législatif qui aurait dû sélectionner les nouveaux recteurs du CNE.

Il nous explique le fonctionnement de ce comité et les raisons qui ont poussé les secteurs extrémistes de l’opposition à le saborder. C’est un autre son de cloche, et un puissant antidote aux (futures) campagnes psychologiques et médiatiques dont vous serez la cible.

Romain Migus: Comment a commencé ce processus pour rénover les autorités électorales ?  

Julio Chávez: C’est une décision qui a été prise à l’Assemblée Nationale lors d’une session ordinaire, c’est-à-dire avec la présence de tous les députés. C’est le processus normal lorsque le mandat d’un recteur du Centre National Électoral (CNE) arrive à son terme. Mais tous les recteurs n’étaient pas dans ce cas-là, car certains avait été élus en 2014 pour sept ans. Certains recteurs devaient donc finir leur mandat en 2021. Mais, le Président Maduro a tenu compte du fait que lors des rencontres de dialogue avec l’opposition, le G4 (1) insistait -et cela paraissait être un point d’honneur- pour rénover toutes les autorités du pouvoir électoral. Et donc, le président Maduro a jugé bon de changer tous les recteurs du CNE, même si certains n’avait pas terminé leurs mandats, pour que l’opposition puisse ainsi revenir dans le chemin constitutionnel.

L’Assemblée Nationale, bien que celle-ci soit encore en outrage judiciaire (2), a activé les mécanismes législatifs pour se préparer à cette tâche. L’Assemblée Nationale a désigné en septembre 2019 une commission préliminaire de onze députés, sept d’opposition et quatre du Bloc de la Patrie [NDT : les chavistes]. Cette commission devait coordonner la désignation de dix citoyens de la société civile pour les intégrer à leurs travaux, et former ainsi le Comité de Postulation des nouvelles autorités du Pouvoir électoral. Ce comité était présidé par un député de l’opposition, Angel Medina du Parti Primero Justicia, et j’assumait sa vice-présidence. Le Comité a fonctionné jusqu’en février 2020.

Romain Migus: Pourquoi jusqu’en février ?

Julio Chávez: Nous étions pratiquement d’accord sur le règlement et le fonctionnement de la désignation des autorités électorales, mais, il y a eu clairement un manque de volonté de la part des députés d’opposition. En plus de la situation liée à la pandémie, qui rendait difficile les réunions. Cette attitude est due à une fracture interne de l’opposition survenue lors de l’élection de Luis Parra comme président de l’Assemblée Nationale, le 5 janvier 2020.

Un des députés de l’opposition qui participe au Comité, Franklin Duarte, du Parti COPEI, avait voté pour Luis Parra et avait été élu vice-président de l’Assemblée Nationale. En voyant cela, les autres députés d’opposition présent dans le comité – Angel Medina (Primero Justicia), Stalin Gonzalez (Un Nuevo Tiempo), Luis Aquiles Moreno (Acción Democratica), Piero Maroun (Acción Democratica) y Olivia Lozano (Voluntad Popular) (3) – ont pris le parti de ne plus reconnaitre Franklin Duarte comme légitime.

A partir de cet instant, le président du Comité, le député Medina, n’a plus convoqué aucune réunion, même pas par vidéoconférence, pour reprendre notre chronogramme d’activités et choisir la liste de candidats pour rénover les recteurs du CNE. Cela aurait dû se faire en 28 jours. Compte tenu des restrictions lié à la pandémie, nous aurions pu être prêt en mai 2020.

Mais, étant donné le manque de volonté de l’opposition, notre constitution prévoit que dans le cas où il n’y a pas de consensus à l’Assemblée nationale, c’est au Tribunal Suprême de Justice (TSJ) d’assumer la responsabilité de rénover les autorités électorales. C’est ce qui s’est passé le 12 juin 2020. Mais ce n’est pas une situation inédite au Venezuela (4). En 2014, lorsque le chavisme constituait une majorité à l’Assemblée Nationale, il n’y a pas eu la possibilité de dégager un consensus des deux tiers des députés pour élire certains recteurs du CNE. C’est le TSJ qui a alors nommé les recteurs. Et quelques mois plus tard, ce sont ces mêmes autorités qui ont annoncé et reconnu la victoire de l’opposition aux législatives du 5 décembre 2015.

Romain Migus: Pourquoi avoir eu recours au Tribunal Suprême de Justice?

Julio Chávez: Il faut souligner que ce recours constitutionnel a été introduit par un politicien d’opposition, Felipe Mujica, car en réalité, les secteurs extrémistes de l’opposition ne veulent pas d’élections législatives cette année malgré le fait que les mandats des députés arrivent à terme.

Mais la Loi Organique du Pouvoir électoral stipule que nous devons absolument nommer les recteurs du CNE six mois avant un processus électoral. Le recours au TSJ s’imposait pour pouvoir garantira au peuple vénézuélien le bon déroulement des élections qui doivent se tenir à la fin de l’année.

Romain Migus: Comment analyses-tu la stratégie de l’opposition ?

Julio Chávez: Le Peuple vénézuélien se rend bien compte du niveau de corruption et des nombreux détournements d’argent opérés par Juan Guaido et son entourage. Lorsque le Peuple vénézuélien voit que Juan Guaido fait alliance avec le cartel narcoparamilitaire colombien Los Rastrojos, qu’il demande une intervention militaire contre le Venezuela, qu’il exige que personne ne vende d’essence au Venezuela et que les comptes bancaires de Pdvsa soient gelés, et que l’on nous interdise d’acheter des aliments et des médicaments, comment crois-tu qu’il réagit ? Les partisans de l’opposition qui vivent au Venezuela se sont détournés de Juan Guaido.

L’opposition a complètement perdu la notion minimum de patriotisme. Toutes les enquêtes d’opinion réalisés par leurs propres instituts de sondage reflètent que l’opposition va perdre les élections législatives et que nous allons leur mettre une branlée. Donc, ils se sont dédiés à obstruer et saboter le comité de postulation et la rénovation des autorités électorales. Ils savent que l’élection sera synonyme de défaite, et que le chavisme l’emportera malgré les difficultés actuelles dans lesquelles se trouve le pays. Difficultés dues au blocus des États-Unis.

L’opposition a agi ainsi car ils n’ont pas les possibilités statistiques, mathématiques et électorales de vaincre dans les urnes les forces révolutionnaires. C’est pourquoi ils continuent d’implorer une intervention militaire, comme celle qui est en gestation depuis la Colombie.

Romain Migus: La bataille pour l’opinion a commencé. Les secteurs non démocratiques de l’opposition ont déjà commencé à critiquer la légitimité du nouveau CNE, que les élections législatives ne seront pas légitimes. Juan Guaido a d’ores et déjà annoncé que “face à ce CNE, les mandats actuels des députés seront automatiquement repoussés » ad vitam eternam. Comment vous préparez vous pour affronter cette nouvelle bataille institutionnelle ?

Julio Chávez: Nous, les vénézuéliens et les vénézuéliennes, sommes conscient que nous devons nous habituer à vivre dans une nouvelle normalité. Les États-Unis et les gouvernements de laquais qui les suivent ont décidé, et ont montré que, avec ou sans pandémie, ils vont continuer à tenter de renverser le gouvernement du président Maduro. Du coup, les tentatives de discréditer le nouveau CNE vont s’intensifier. Mais parallèlement à cela, nous continuerons nous aussi à approfondir notre modèle de démocratie. Nous en sommes à la 26ème élection en 20 ans. Mais surtout nous renforçons la démocratie participative. Le Pouvoir populaire se consolide à travers les Conseils communaux et les Communes.  Une partie de l’argent public de la Nation est transférée directement au Pouvoir populaire pour que les citoyens soient coresponsables des politiques publiques, et construisent eux-mêmes des routes, des écoles, des cliniques. Je crois que c’est unique au monde.

Nous lançons dès à présent l’invitation à tous ceux qui veulent nous accompagner lors de l’élection législative de fin d’année. Venez voir la transparence de notre système électoral. Venez participer aux audits que nous faisons à ce système avant, pendant, et après l’élection (5). Comment peut-on nous accuser d’être une dictature ? Face à ces diffamations, nous avons le droit de nous défendre. Face aux calomnies qui viendront, nous répondrons par encore plus de démocratie.

 

 

Notes:

(1) Le G4 sont les principaux partis d’opposition à l’Assemblée Nationale: Acción Democrática, Primero Justicia, Un Nuevo Tiempo, Voluntad Popular. 

(2) L’Assemblée nationale est en situation dite d’outrage judiciaire depuis 2017. Après l’élection des députés en décembre 2015, une plainte avait été déposée par les candidats du PSUV dans l’Etat d’Amazonie pour achat de voix de la part de leurs opposants élus. La justice avait sanctionné par la suite cette fraude et le tribunal du pouvoir électoral a exigé que l’élection à ces trois postes de députés soit refaite. La présidence de l’Assemblée nationale ayant refusé de se plier aux pouvoirs judiciaire et électoral, l’Assemblée nationale a été déclarée en «outrage judiciaire». Les décisions et votes qui émanent du pouvoir législatif sont donc nuls et non avenus tant que la présidence de l’Assemblée nationale n’autorise pas le retour aux urnes dans les trois circonscriptions en question. Précisons que l’opposition détient une majorité absolue de 122 députés sur 167 sièges. Cette assemblée législative en insubordination est donc devenue un pouvoir législatif parallèle.

(3) Nous notons au passage que tous les partis politiques vénézuéliens représentés à l’Assemblée Nationale sont présents dans le Comité très pluraliste. 

(4) Le TSJ a du trancher dans des cas similaires en 2003, 2006, 2009 et 2014 sans que l’opposition n’y trouve alors quelque chose à redire. 

(5) Pour une explication technique du sytème électoral vénézuélien, voir Romain Migus, « Tout comprendre à la nouvelle offensive contre le Venezuela » (chapitre: Un système électoral transparent et démocratique), Venezuela en Vivo, 2019. Disponible en cliquant ici

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Le mariage de l’après-confinement et des protestations contre la mort George Floyd a nourri une bête sauvage encore immunisée contre toute forme de débat civilisé aux États-Unis : la Commune de Seattle.

Que sont réellement la Zone Autonome de Capital Hill et la République Populaire ?

Les communards sont-ils de simples idiots utiles ? S’agit-il d’une expérimentation d’un Occupy Wall Street affiné ? Pourrait-elle survivre, sur le plan logistique, et être reproduite à New York, L.A. et Washington?

Un Président Trump indigné l’a décrite comme un complot de « terroristes domestiques » dans une ville « dirigée par des Démocrates de gauche radicaux ». Il a appelé à « LA LOI ET L’ORDRE » (en majuscules, selon sa Tweetologie).

Des nuances de la Syrie apparaissent visiblement à Seattle. Dans ce scénario, la Commune est une Idlib remixée combattant « les avant-postes anti-insurrectionnels du régime » (en terminologie communarde).

Pour la plupart des factions de la droite américaine, Antifa équivaut à l’État Islamique. George Floyd est considéré non seulement comme un « martyr des Antifas communistes », comme me l’a dit un agent des renseignements, mais aussi comme un simple « criminel et trafiquant de drogue ».

Alors quand les « forces du régime » frapperont-elles – dans ce cas sans couverture aérienne russe ? Après tout, comme l’a dicté le Secrétaire Esper, c’est au Pentagone de « dominer le champ de bataille ».

Mais nous avons un problème. La Zone Autonome de Capital Hill (CHAZ) est soutenue par la ville de Seattle – dirigée par un Démocrate – qui est soutenue par le Gouverneur de l’État de Washington, également démocrate.

Il n’y a aucune chance que l’État de Washington utilise la Garde Nationale pour écraser la CHAZ. Et Trump ne peut pas prendre le contrôle de la Garde Nationale de l’État de Washington sans l’approbation du Gouverneur, même s’il a tweeté « Reprenez votre ville MAINTENANT ». Si vous ne le faites pas, je le ferai. Ce n’est pas un jeu ».

Il est intéressant de constater que la « contre-insurrection » peut être appliquée en Afghanistan et dans les zones tribales ; pour occuper l’Irak ; pour protéger le pillage du pétrole/gaz dans l’est de la Syrie. Mais pas à la maison. Même si 58% des Étasuniens y seraient favorables : pour beaucoup d’entre eux, la Commune peut être aussi mauvaise, sinon pire, que le pillage.

Mais il y a aussi ceux qui s’y opposent fermement. Parmi eux : le « Boucher de Fallujah » le Chien Fou Mattis ; les adeptes de la révolution de couleur, la NED ; Nike ;

JP Morgan ; tout l’establishment du Parti Démocratique ; et pratiquement tout l’establishment de l’Armée étasunienne.

Bienvenue au mouvement « Seulement Occuper les Autres ».

La question demeure : combien de temps « Idlib » pourra-t-elle défier le « régime » ? C’est suffisant pour causer à une « brute » présumée, le Procureur Général Barr, de nombreuses nuits blanches.

Le vrai Black Power

Trump et Barr ont déjà menacé de criminaliser Antifa en tant « qu’organisation terroriste » – alors que Black Lives Matter a peint un poignard jaune sur l’asphalte de la 16ème rue à Washington en direction de la Maison Blanche.

Et cela nous amène à la légitimité générale dont jouit Black Lives Matter. Comment cela est-il possible ? Voici un bon point de départ.

Black Lives Matter, fondée en 2013 par un trio de femmes noires de la classe moyenne, queer, très virulentes contre « l’hétéro-patriarcat », est un produit de ce que Peter Dauvergne, de l’Université de Colombie Britannique, définit comme la « corporatisation de l’activisme ».

Au fil des ans, Black Lives Matter a évolué en tant que marque de marketing, comme Nike (qui soutient pleinement le mouvement). Les protestations généralisées de George Floyd l’ont élevée au statut de nouvelle religion. Pourtant, Black Lives Matter n’a aucun véritable attrait révolutionnaire. Rien à voir avec « Say It Loud, I’m Black and I’m Proud » de James Brown. Ce n’est même pas proche du « Power to the People » de Black Power et des Black Panthers.

L’étalon-or des droits civils, le Dr Martin Luther King, en 1968, a défini de manière concise le cœur – structurel – de la question :

« La révolution noire est bien plus qu’une lutte pour les droits des Noirs. Elle oblige les États-Unis à faire face à toutes ses failles interdépendantes : le racisme, la pauvreté, le militarisme et le matérialisme. Elle expose des maux qui sont profondément enracinés dans toute la structure de notre société. Elle révèle des défauts systémiques plutôt que superficiels et suggère que la reconstruction radicale de la société elle-même est le véritable problème à affronter ».

Les Black Panthers, jeunes intellectuels extrêmement éloquents qui avaient mélangé Marx, Lénine, Mao, W.E.B. Du Bois, Malcolm X et Frantz « Les Damnés de la Terre » Fanon ont porté le diagnostic de MLK à un tout autre niveau.

Comme l’a résumé le Ministre de l’Information des Panthers, Eldridge Cleaver :

« Nous croyons en la nécessité d’un mouvement révolutionnaire unifié … informé par les principes révolutionnaires du socialisme scientifique ».

Cela synthétise les idées de MLK, qui était, de manière cruciale, un partisan de l’indifférence des couleurs.

Fred Hampton, la cible d’un assassinat d’État en décembre 1969, a fait en sorte que la lutte transcende la race :

« Nous devons faire face à certains faits. Que les masses sont pauvres, que les masses appartiennent à ce que vous appelez la classe inférieure, et quand je parle de masses, je parle des masses blanches, je parle des masses noires, des masses métisses, et des masses jaunes aussi. Nous devons admettre que certains disent que le feu est le meilleur moyen de combattre le feu, mais nous disons que l’eau est le meilleur moyen d’éteindre le feu. Nous disons qu’on ne combat pas le racisme par le racisme. Nous allons combattre le racisme par la solidarité. Nous disons qu’on ne combat pas le capitalisme avec pas de capitalisme noir, mais qu’on combat le capitalisme avec le socialisme ».

Donc ce n’est pas seulement une question de race. Ce n’est pas seulement une question de classe. Il s’agit du Pouvoir au peuple qui se bat pour la justice sociale, politique et économique dans un système intrinsèquement inégal. Cela développe l’analyse approfondie de Gerald Horne dans « The Dawning of the Apocalypse », où le XVIe siècle est entièrement disséqué, notamment le « mythe de la création » des États-Unis.

Horne montre comment une invasion sanguinaire des États-Unis a engendré une résistance farouche des Africains et des populations indigènes alliées, affaiblissant l’Espagne impériale et permettant finalement à Londres d’envoyer des colons en Virginie en 1607.

Comparons maintenant cette profondeur d’analyse avec le slogan modéré, presque suppliant, « Black Lives Matter ». On se souvient, une fois de plus, de l’acuité de Malcolm X :

« Nous avions la meilleure organisation que l’homme noir ait jamais eue – les nègres l’ont ruinée ! »

Pour résoudre la question de « Black Lives Matter », il faut, une fois de plus, suivre l’argent.

Black Lives Matter a bénéficié en 2016 d’une énorme subvention de 100 millions de dollars de la Fondation Ford et d’autres piliers du capitalisme philanthropique tels que JPMorgan Chase et la Fondation Kellogg.

La Fondation Ford est très proche de l’État Profond des États-Unis. Le conseil d’administration est composé de PDG et de personnalités de Wall Street. En bref, Black Lives Matter, l’organisation, est aujourd’hui totalement aseptisée, largement intégrée dans la machine du Parti Démocrate, adorée par les médias grand public et ne représente certainement pas une menace pour les 0,001%.

La direction de Black Lives Matter, bien sûr, affirme que cette fois, « c’est différent« . Elaine Brown, la formidable ancienne Présidente des Black Panthers, ne fait pas de détails : Black Lives Matter a une « mentalité des plantations« .

Try to set the night on fire

« Set the Night on Fire » est un livre extraordinairement absorbant co-écrit par Jon Wiener et l’inestimable Mike Davis de « City of Quartz » et « Planet of Slums ».

En cataloguant de manière exhaustive les années 60, nous sommes plongés dans les émeutes de Watts en 1965, le mouvement anti-guerre qui rejoint les Black Panthers pour former un unique Parti Californien pour la Paix et la Liberté, l’unité de la base de l’ethos du Black Power en pleine évolution, le club Che-Lumumba du Parti Communiste – qui deviendra la base politique de la légendaire Angela Davis ; et l’offensive massive du FBI et du LAPD pour détruire les Black Panthers.

Tom Wolfe a notoirement – et vicieusement – qualifié les partisans des Black Panthers à Los Angeles de « radicaux chics ». Elaine Brown remet une fois de plus les pendules à l’heure :

« Nous étions en train de mourir, et tous, les plus forts comme les plus frivoles, nous aidaient à survivre un jour de plus ».

L’une des sections les plus poignantes du livre détaille comment le FBI s’en est pris aux sympathisants des Panthers, dont la sublime Jean Seberg, la star de « Sainte Jeanne » d’Otto Preminger (1957) et de « À bout de souffle » de Godard (1960).

Jean Seberg a contribué anonymement aux Panthers sous le nom de code « Aretha » (oui, comme Franklin). Le COINTELPRO du FBI n’a pas fait dans le détail pour poursuivre Seberg, enrôlant la CIA, les services de renseignements militaires et les services secrets. Elle a été salie comme « actrice blanche sexuellement pervertie » – qui avait eu des liaisons avec des radicaux noirs. Sa carrière à Hollywood a été détruite. Elle a sombré dans une profonde dépression, a accouché d’un enfant mort-né (le bébé n’était pas noir), a émigré et son corps – décomposé – a été retrouvé dans sa voiture à Paris en 1979.

En revanche, des rumeurs académiques ont identifié la foule de convertis à la religion Black Lives Matter comme étant principalement le produit du mariage entre la prise de conscience et l’intersectionnalité – l’ensemble des traits interconnectés qui depuis la naissance privilégie les hommes blancs hétérosexuels, qui tentent maintenant d’expier leur culpabilité.

La génération Z, relâchée en masse des campus universitaires à travers les États-Unis vers le marché du travail, est prisonnière de ce phénomène : en fait, elle est esclave de la politique identitaire – politiquement correcte. Et une fois de plus, elle n’a aucun potentiel révolutionnaire.

Comparez cela aux immenses sacrifices politiques des Black Panthers. Ou lorsque Angela Davis, déjà une icône de la pop, est devenue la plus célèbre prisonnière politique noire de l’histoire des États-Unis. Aretha Franklin, lorsqu’elle s’est portée volontaire pour payer la caution de Davis, l’a illustré de façon célèbre : « J’ai été enfermée pour avoir troublé la paix, et je sais qu’il faut troubler la paix quand on ne peut pas l’obtenir ».

Elaine Brown :

« Je sais ce qu’était le BPP [Black Panther Party]. Je sais les vies que nous avons perdues, la lutte que nous avons menée, les efforts que nous avons déployés, les agressions dont nous avons été victimes de la part de la police et du gouvernement – je sais tout cela. Je ne sais pas ce que fait Black Lives Matter ».

On peut débattre sans fin pour savoir si Black Lives Matter est intrinsèquement raciste et même intrinsèquement violent.

Et on peut aussi se demander si le fait de s’agenouiller, désormais un rituel domestique pratiqué par les politiciens (avec des foulards Kente du Ghana), les policiers et les entreprises, menace vraiment les fondations de l’Empire.

Noam Chomsky s’est déjà aventuré à dire que la vague de protestation n’a jusqu’à présent aucune articulation politique – et a grandement besoin d’une direction stratégique, bien au-delà de la révolte évidente contre la brutalité policière.

Les protestations s’apaisent au moment même où la Commune émerge.

En fonction de son évolution, cela pourrait poser un sérieux problème à Trump/Barr. Le Président ne peut tout simplement pas permettre qu’une révolution de couleur se développe au milieu d’une grande ville étasunienne. En même temps, il est impuissant, en tant qu’autorité fédérale, à dissoudre la Commune.

Ce que la Maison Blanche peut faire, c’est siffler ses propres unités de contre-insurrection, sous la forme de milices suprémacistes blanches armées jusqu’aux dents, pour passer à l’offensive et écraser les lignes de ravitaillement déjà fragiles de la foule prise de conscience-et-intersectionalité.

Après tout, l’occupation a pris le contrôle de zones clés de 60 villes étasuniennes pendant des mois pour se dissoudre soudainement dans l’éther.

De plus, l’État Profond a déjà mis en place de nombreux scénarios de guerre pour faire face à des situations de siège bien plus complexes que la Commune.

Quoi qu’il arrive ensuite, un vecteur clé est immuable. Un état d’insurrection permanente ne profite qu’à la ploutocratie du 0,00001% confortablement installée tandis que la plèbe embrase la nuit.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais :

Syria in Seattle: Commune Defies the U.S. Regime. The Capital Hill Autonomous Zone (CHAZ)

strategic-culture.org, le 12 juin 2020

Traduit par Réseau International

Marx, penseur du racisme systémique

juin 15th, 2020 by Bruno Guigue

Parmi les incongruités lues ici ou là ces derniers temps, figure l’idée qu’il serait scandaleux de se réclamer du marxisme lorsqu’on participe au combat contre le racisme. Au motif que pour Marx le capital n’avait pas de couleur, qu’il défendait la majorité et non les minorités, et que l’essentiel c’est la lutte des classes et non la lutte des races, et autres arguments du même acabit.

Sauf que Marx a parfaitement vu le rapport entre discrimination raciale et oppression de classe, et qu’il a écrit des pages lumineuses sur la question. Il lui a même consacré un chapitre entier du Capital, le chapitre 31 de la Huitième section du Livre I, dans lequel il décrit l’engendrement du capitalisme moderne à partir du régime colonial et de l’esclavage de plantation.

On se contentera d’en citer quelques extraits :

« Les trésors directement extorqués hors de l’Europe par le travail forcé des indigènes réduits en esclavage, par la concussion, le pillage et le meurtre, refluaient à la mère patrie pour y fonctionner comme capital ».

« La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes, la transformation de l’Afrique en un terrain de chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore ».

« Le sort des indigènes était le plus affreux dans les plantations destinées au seul commerce d’exportation, telles que les Indes occidentales, et dans les pays riches et populeux, tels que les Indes orientales et le Mexique, tombés entre les mains d’aventuriers européens âpres à la curée ».

La vérité, on le voit, c’est que Marx a compris que le racisme systémique inhérent à l’esclavagisme marchand était l’acte de naissance du capitalisme moderne ; que ce dernier épouserait bientôt la logique de ce que Samir Amin appellera le « développement inégal » ; qu’une fois les rapports de dépendance entre le Nord et le Sud institués, cette inégalité allait conférer sa véritable structure au système mondial ; qu’entre le centre et la périphérie s’instaurerait une division du travail assignant la seconde au rôle de fournisseur de main d’œuvre et de matières premières à bas prix ; que générant une exploitation en cascade, cette hiérarchisation du monde perpétuerait des rapports d’exploitation dont l’Occident capitaliste tirerait sa prospérité et dont les séquelles sont encore visibles. 

Marx a également écrit de nombreux articles sur le colonialisme britannique aux Indes. Dans un texte publié par le New York Daily Tribune le 22 juillet 1853, il soulignait que la brutalité de la bourgeoisie européenne, aux colonies, pouvait se déchaîner sans entraves : 

« L’hypocrisie profonde et la barbarie inhérente à la civilisation bourgeoise s’étalent sans voile devant nos yeux, en passant de son foyer natal, où elle assume des formes respectables, aux colonies où elle se présente sans voile ».

Loin d’être indifférent à la question raciale, Marx en a perçu le caractère originaire, il a vu qu’elle était indissociable de la genèse du mode de production capitaliste. Il a brossé le portrait d’une domination sans précédent, qui étendit à la terre entière la loi d’airain du capital en renouant avec des pratiques ancestrales d’une violence inouïe. Soumis au fouet, mutilé ou brûlé vif à la moindre tentative de rébellion, l’esclave noir des colonies était la métaphore d’un monde où le racisme d’État justifiait toutes les transgressions. Il représentait la pointe extrême d’un système d’exploitation mondialisé qui transformerait bientôt les travailleurs, quelle que soit leur couleur, en simples marchandises vouées à l’accumulation du profit. 

« Dans le même temps que l’industrie cotonnière introduisait en Angleterre l’esclavage des enfants, aux États-Unis elle transformait le traitement plus ou moins patriarcal des noirs en un système d’exploitation mercantile. En somme, il fallait pour piédestal à l’esclavage dissimulé des salariés en Europe l’esclavage sans phrase dans le Nouveau Monde ».

L’esclavagisme racial existait bien comme tel, et Marx en a tenu compte dans son analyse des rapports sociaux capitalistes. Ce n’est pas un hasard s’il cite l’esclavagisme de plantation aux États-Unis. Il savait que le racisme institué y constituait l’un des fondements de la soi-disant démocratie américaine. C’est pourquoi il a publiquement pris parti pour l’Union contre la Confédération durant la guerre civile, et ce simple fait invalide toute interprétation visant à minorer la question raciale dans sa pensée. Pour Marx, qui savait fort bien que Lincoln défendait les intérêts de la bourgeoisie industrielle du Nord, l’abolition de l’esclavage racial pratiqué dans le Sud était une priorité absolue.

Ce que montre Marx avec brio, c’est que le capital a institué le racisme systémique dès son origine, que c’est un fait de structure incontestable, et qu’il est indépendant des attitudes individuelles. Si Marx ne parle pas de notre époque, il parle bien de ce qui la précède et la sous-tend, tant il est vrai, disait-il, que « la tradition des peuples du passé pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants ». 

Oublier cette leçon, c’est oublier Marx. 

Bruno Guigue

Image en vedette : Art Urbain, Marx représenté dans un graffiti.

Source : Sarh Phelps Gallery, pxfuel.com

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La loi César: comment affectera-t-elle l’Irak? 2/3

juin 15th, 2020 by Elijah J. Magnier

La promulgation de la « loi César », qui prévoit de nouvelles sanctions américaines à l’encontre des « individus, groupes, entreprises et pays qui font affaires avec le gouvernement de Damas », est apparemment dirigée contre la Syrie, mais en réalité elle tente de faire d’une pierre deux coups. Cette « loi » cherche à nuire à l’Iran, à la Syrie, à l’Irak et au Liban, qui sont tous unis sous un même front : l’Axe de la Résistance.

Les sanctions de l’UE et des USA contre la Syrie en vertu de la loi César visent à rompre la connexion qui existe entre Téhéran et le Liban via l’Irak et la Syrie. L’idée, c’est d’absolument empêcher le pouvoir grandissant de l’Axe de la Résistance de proliférer à la suite de ses victoires en Syrie (en empêchant le changement de régime) et en Irak (en récupérant les territoires occupés par Daech), car il représente une menace à la fois pour Israël et les USA. Ajoutons à cela le Yémen et la Palestine, qui n’ont même pas été évoqués!

Le Marjaya estime que les Hachd al-Chaabi « devraient rester et qu’ils sont nécessaires pour lutter contre Daech, mais aussi pour remettre en cause le statut des peshmerga ». La Marjaya est claire : « Pas d’Est ni d’Ouest; c’est l’Irak qui importe avant tout, mais cela s’applique à toutes les forces, pas seulement aux Hachd al-Chaabi. Toutes les forces devraient être sous le commandement du premier ministre. L’influence iranienne et américaine devrait cesser », a déclaré la source à Nadjaf.

La Marjaya souhaiterait que toutes les distinctions accordées au sein des Hachd al-Chaabi cessent pour qu’elles deviennent une véritable puissance au sein des forces de sécurité en poursuivant des objectifs irakiens. Ces objectifs comprennent le retrait des forces US et la fin de l’influence de l’Iran sur les organisations et groupes irakiens.

« Les partis et les dirigeants politiques chiites comme Al-Fateh, Sa’yroon (Moqtada-al-Sadr), Nouri al-Maliki, Haidar Abadi, Sayyed Ammar al-Hakim et Cheikh Qais al-Khaz’ali, occupent tous des sièges au Parlement et sont donc plus forts que la Marjaya lorsqu’il s’agit de voter une résolution. L’influence de Nadjaf est donc limitée et il ne peut que jouer certaines cartes. En fait, nous n’avons pas de feuille de route », de poursuivre la source à Nadjaf.

Les USA ont les liquidités dont l’Irak a besoin, y compris les dépôts de la Banque mondiale. Ils peuvent exprimer leur volonté, mais ne peuvent les imposer à l’Irak. Les USA…

 

Pour lire la suite de l’article voir le blogue de l’auteur: Elijah J. Magnier

 

Traduit de l’anglais par Daniel G. 

 

 

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Les prochains mois risquent d’être encore plus douloureusement vécus par la Syrie et les Syriens. Ladite « Loi César » -ou plus exactement « The Caesar Syria Civilian Protection Act » qui n’a rien d’une loi de protection des civils, mais tout d’une décision hors-la loi cherchant à étrangler le peuple syrien par toutes sortes de sanctions économiques afin qu’il se désolidarise de ses dirigeants- devrait entrer en vigueur le 17 juin prochain. 

Sans aborder les répercussions de cette décision illégitime sur l’ensemble des Pays du Levant, nous avons choisi de traduire les réactions d’une citoyenne syrienne aux déclarations, ce 7 juin, de James Jeffrey, le représentant spécial des États-Unis pour l’engagement en Syrie et l’envoyé spécial de la Coalition internationale contre Daech. Elle nous a parue représentative des Syriens patriotes conscients des dangers qui guettent leur pays. 

Ses réactions viennent confirmer l’idée que ce serait une erreur de céder aux exigences de Washington au moment même où les États-Unis et leurs alliés vivent la tourmente d’un probable déclin économique et où leurs adversaires tendent à s’émanciper de leur hégémonie. Autrement dit, la Syrie ne peut pas aller contre l’Histoire. D’autres options existent. [NdT]. 

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Permettez que je vous présente James Jeffrey l’Américain

C’est ce Monsieur tout sec qui s’enorgueillit de ce qui nous afflige. 

Il est fier de l’effondrement de notre monnaie face au dollar Us. 

Il se vante du blocus qui nous est imposé et de la famine qui nous attend. 

Il vole ouvertement notre pétrole vu que son président aux cheveux oranges a publiquement déclaré : « Nous occupons la Syrie, j’aime le pétrole, nous le garderons » ! [*]

Il fait brûler notre blé afin de nous priver de ce qui est le plus élémentaire pour que nous restions en vie. 

Il soutient les séparatistes kurdes et nous coupe de la région nord-est de notre Syrie. 

Il laisse les « daechiens » s’échapper des prisons pour qu’ils nous découpent en morceaux. 

Pourquoi ? 

Pour protéger Israël désormais plus faible qu’une toile d’araignée, en dépit des injections répétées de dollars et de toutes sortes d’armement. 

Pour mettre à genoux l’axe de la Résistance, dont l’Iran, lequel a asséné un sacré coup à sa vaniteuse hégémonie et qui vient d’approvisionner le Venezuela en pétrole et en aides humanitaires. 

Contre quoi ? 

Contre les promesses de ses sordides négociations : « Expulsez la Résistance, éjectez l’Iran et nous vous promettons la survie du régime ainsi que la levée des sanctions ». 

Les sanctions ne sont donc pas liées au fameux « César » [et à ses photos de prétendues tortures infligées à des civils syriens ; NdT], ni aux droits de l’homme, ni aux droits des terroristes confinés à Idleb. Non. Les sanctions de ladite « Loi César » sont liées à nos relations avec la Résistance : « Expulsez la Résistance, inclinez-vous devant le Seigneur sioniste et vous garderez vos postes et vos prérogatives ». 

Quant aux droits de l’homme, connaît-il seulement le sens du mot « humain » pour parler de ses droits ? 

Plutôt les coups de couteaux que l’allégeance aux États-Unis

À votre avis mes frères syriens, devrions-nous céder aux exigences nouvelles, mais en réalité anciennes, de laisser tomber la Résistance afin de regagner l’amitié des Américains et faire lever le blocus contre la Syrie ? 

Imaginons que nous ayons rompu nos relations avec la Résistance libanaise et la Résistance palestinienne, que nous ayons poussé à la sortie les amis iraniens ayant combattu le terrorisme à nos côtés et versé leur sang sur notre terre, qu’une nouvelle page ait été ouverte avec l’Amérique, que l’économie se soit améliorée, que le peuple se soit enfin reposé, et que nous ayons repris les relations diplomatiques avec les pays de l’axe pétrodollar. Que se passerait-il ? Autrement dit, que gagnerions-nous de l’amitié de l’Amérique et de l’Occident ? Pour répondre, revenons sur l’expérience de deux grands pays arabes : l’Irak et la Libye. 

L’Irak de Saddam était l’allié de l’Iran du Shah. Lorsque la Révolution islamique a pris le pouvoir en Iran (1979), rien n’a changé du côté iranien. Mais en raison de son amitié avec Saddam, l’Amérique humiliée lui a ordonné de mener la guerre contre le nouvel Iran. Une guerre qui a duré huit longues années mes amis. Une guerre qui a détruit le vivant et l’inerte dans les deux pays ; l’Irak ayant perdu son armée, ses capitaux et son armement. Puis, deux ans plus tard, l’ami américain lui a inspiré l’idée lumineuse d’occuper le Koweït (1990). Suite à quoi elle a lancé sa guerre contre l’Irak, l’a détruit et assiégé pendant 12 ans, avant de l’occuper (2003) et de l’achever pour de bon. C’est ainsi que l’Irak, le meilleur ami de l’Amérique, est aujourd’hui détruit, divisé, dépouillé de ses richesses. L’ami américain ne lui a laissé ni or, ni pétrole, ni vestiges historiques, ni trésors archéologiques. Et, en plus de lui avoir tant volé, il l’a remis entre les mains de Daech pour qu’il l’anéantisse au fil de ses épées. Quant à Saddam, l’ami de l’Amérique, l’allié de l’Occident, le chéri de Rumsfeld, il a fini pendu par une nuit sans lune.

La Libye de Kadhafi entrée en grâce et en amitié a consenti plusieurs millions de dollars d’indemnisation pour les victimes du vol de la Pan Am 103, des contrats pétroliers mirobolants avec l’Europe, des financements de campagne de candidats à la présidentielle française, etc. Puis, boom ! L’Occident, dirigé par l’Amérique, l’a récompensée par les bombardements et les destructions. Donc, la même récompense que l’Irak a reçue de la part de l’ami américain : pillage des richesses, occupation, division. Ils ont même fini par lui ramener Daech et le sort du Colonel Kadhafi fut encore plus laid et plus humiliant que celui de Saddam. 

Quelles conclusions en tirez-vous les amis ? Qu’est-ce qui coûterait plus cher : rester dans l’axe de la Résistance et subir le blocus, ou courir après l’amitié et le soutien empoisonné de l’Amérique ? Je dirai : plutôt les coups de couteaux que l’allégeance aux États-Unis ! 

Au nom de Dieu, de la Syrie et de la Résistance

Deux petits mots avant de vous quitter pour aller à mon travail.

Deux petits mots aux Syriens expatriés, abstraction faite de ceux qui se sont révélés plus fidèles et plus loyaux que nombre de Syriens traîtres et corrompus. Deux petits mots à ces seuls Syriens dont j’ai lu les propos d’hier, louant et remerciant Dieu pour leur avoir épargné de continuer à vivre avec nous, en Syrie ; l’un d’entre eux allant jusqu’à déclarer : « Je cracherai au visage de quiconque oserait parler en termes tendres et nostalgiques de la Patrie ». 

Deux petits mots valables aussi pour les Syriens de l’intérieur qui ont exprimé leur ardent désir d’expatriation, prétendant avec ironie qu’au cas où des États étrangers ouvraient leur porte, l’aéroport de Damas serait bondé de Syriens fuyant l’enfer, les prix élevés, la corruption, etc.

À ceux-là seulement, et je souligne mille fois le mot « seulement », je dis : mes chers bienheureux qui louaient votre Dieu pour ne plus avoir à vivre avec nous, en Syrie, que Dieu vous comble de ses bienfaits jusqu’à pleinement vous satisfaire et à complètement nous oublier. Oui, jusqu’à nous oublier. Oubliez-nous ! 

Nous sommes fatigués de la corruption, de la flambée des prix, des commerçants malhonnêtes, des responsables corrompus… mais, malgré tout, malgré les lamentations facebookiennes et le sentiment général d’une oppression vertigineuse du Dollar Us, nous sommes contents d’être là où nous sommes. 

Tels les poissons, nous ne pouvons pas vivre en dehors de l’eau de Syrie. 

Tels les arbres, nous mourrions si nos racines étaient arrachées du sol de Syrie. 

Nous sommes ainsi faits, mes frères. 

Nous sommes attachés à cette terre. 

Nous ne pouvons pas vivre sans notre mer, sans nos montagnes, sans nos oliviers, sans l’eau de Damas, les bienfaits de Sweida, le savon d’Alep et la beauté de Homs. 

Nous ne le pouvons pas. 

Nous ne pouvons pas vivre sans sentir l’odeur de cette Terre. 

Quant à moi, il n’est pas impossible que je décède officiellement au bout de trois nuits passées loin de Syrie. 

Lorsque nous discutons de la situation économique, nous parlons sous l’effet de notre immense douleur et de notre profonde colère. Cependant, en dépit de la noirceur de cette situation, nous sommes prêts à manger de la terre pour ne pas quitter notre pays. Aussi, je jure par le Tout-Puissant qu’en 2014 à Alep, lorsque les terroristes nous ont coupé l’eau de notre Euphrate, nous avons bu les eaux de pluie collectées sur nos balcons. Nous ne sommes pas partis. Nous n’avons pas quitté Alep. Cette eau n’était-elle pas l’eau de notre ciel syrien ? Et cette terre n’est-elle pas notre terre syrienne encore plus douce que le miel à nos cœurs ?

Vous louez Dieu parce que vous ne vivez plus en Syrie ? Libre à vous de dire ce que bon vous semble. Cela prouve que s’il restait une infime probabilité de votre retour parmi nous, elle est désormais morte et enterrée. Libre à vous, mais aussi libre à nous. 

Libre à nous d’aimer intensément notre mère : la Syrie. Cette mère qui nous a enfantés, a veillé à nous éduquer, à nous nourrir et qui encaisse aujourd’hui les coups du moment. Devrions-nous l’abandonner ? Devrions-nous la quitter ? Une personne digne de ce mot peut-elle ressentir de la répulsion à l’égard de sa mère appauvrie et fatiguée ? Ou bien se précipiterait-elle à ses pieds afin de lui demander pardon pour la moindre grogne à son égard ? 

Enfant, j’étais profondément attachée à l’Église, au Christ et à la Vierge Marie. Ma foi en Dieu était forte et enracinée en mon âme. Maintenant, à mes yeux, Dieu est la Syrie, le Christ est chaque soldat de notre Armée, vivant, martyr ou blessé, et la Vierge est chaque mère syrienne ayant donné naissance à des héros qui protègent leur patrie. 

Telle est ma foi. Je m’y tiendrai jusqu’à mon dernier souffle, comme je m’y suis tenue à Alep quand il n’y avait plus qu’une seule rue me séparant du couteau des égorgeurs du « Front al-Nosra » ; comme je m’y tiens encore à Damas alors qu’entre ma Livre syrienne et le Dollar Us, le facteur multiplicateur est rendu à 2000. 

Aujourd’hui, je me couche et me lève en disant : « Au nom de Dieu, de la Syrie et de la Résistance ».

Que Dieu vous bénisse où que vous soyez, en sachant que c’est là un discours que vous ne pouvez comprendre à moins d’être aussi amoureux que nous le sommes de notre Syrie. Amoureux au point qu’un grain de sa Terre vaut les trésors du Monde…

Docteur Reem Arnouk

Médecin gynécologue (Syrie)

 

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation

Source : Facebook

[*] U.S. Is ‘Keeping the Oil’ – Trump on Syria

https://www.youtube.com/watch?v=MIyNMzqHHGQ

Juin 2020

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Les médias officiels ont atteint, samedi soir, un sommet dans le deux poids deux mesures qui fait leur charme, en se livrant à un de ces grandioses exercices d’équilibriste dont ils ont le secret, dans une débauche d’hypocrisie qui m’a laissée pantoise…

J’ai ouvert la TV vers 16 heures pour voir où en était la manifestation interdite-mais-tolérée de ce 13 juin, et j’ai zappé d’une chaîne d’information officielle à une autre, essayant de glaner quelque éclair de vérité au hasard d’un direct. Il n’y a que dans les directs, impossibles à contrôler totalement, qu’on peut échapper à l’épaisse propagande déversée à longueur de journée par les médias pour défendre et protéger l’élite, c’est-à-dire les riches qui monopolisent les leviers de commande et tiennent les cordons de la bourse contenant l’argent qu’ils nous extorquent pour financer leurs privilèges, leurs carrières, leurs guerres, leur propagande et augmenter leurs patrimoines déjà exorbitants.

Contrairement à l’une des blagues que nous répètent –sans rire – les économistes à la solde du MEDEF, les riches ne fuient pas la France à cause des impôts dont, en réalité, ils sont largement exemptés. Une rare étude indépendante vient de le démontrer. Nous le savions déjà, nous qui payons plus que de raison, mais à qui il ne servirait à rien de se délocaliser à l’étranger, car partout les gens ordinaires sont accablés d’impôts.

Selon cette étude :

« C’est en France que les riches sont les plus riches … En 20 ans, de 1997 à 2017, le niveau de vie annuel des 10 % les plus riches a progressé de 11 664 euros constants. Certes, il s’est stabilisé dans les années 2010 mais grâce aux mesures d’Emmanuel Macron, on peut espérer qu’ils aient remonté la pente… Au fil de deux décennies, les écarts se sont creusés avec les plus pauvres : aujourd’hui en France, les 10 % les plus riches reçoivent un quart de l’ensemble des revenus après impôts. »

Ça, c’est juste les salaires, il faut y ajouter les patrimoines :

« Les 10 % les plus fortunés possèdent près de la moitié – 46 % – de l’ensemble des patrimoines des ménages. »

Mais revenons à la manifestation organisée par le Comité Vérité et Justice pour Adama Traoré.

D’abord il faut souligner l’intelligence tactique du préfet de Paris, le préfet Lallement, célèbre pour son intrépide répression des Gilets jaunes. Il a quand même à son actif 1 700 blessés, 12 yeux crevés, 4 mains arrachées. Ça ne vaut pas Thiers et sa répression de la Commune de Paris, mais c’était une autre époque. En tout cas, c’est mieux que la Chine à Hong Kong. Le préfet Lallement a imaginé un dispositif ingénieux, en lien avec son ministre de tutelle, Christophe Castaner, célèbre, lui, pour avoir affirmé, envers et contre toutes les preuves visuelles, qu’il n’y avait pas de violences policières contre les Gilets jaunes. Il était alors à plat ventre devant la police, comme il l’est maintenant devant le Comité de soutien d’Adama Traoré. Pardon, là, c’est un genou à terre.

Auteur de la photo : Hervé Germain. Source : Mon gilet jaune (photo Radia Nova), le 12 janvier 2029

Vendredi, le préfet Lallement a annoncé que la manifestation interdite au titre de la loi d’urgence sanitaire serait tolérée au titre de l’émotion, et il a ordonné par décret aux commerçants, qui venaient juste de rouvrir après le confinement qui les avaient privés de recettes pendant deux mois, de fermer leurs établissements sur le parcours prévu par le Comité.

Le préfet Lallemand. Source : La voix du Nord; archives Mathieu CHAMPEAU / AFP

Et samedi, il a laissé 15 000 personnes ( ce sont ses chiffres) s’agglutiner sur la place de la République avant de les nasser pour les empêcher d’emprunter le parcours prévu. Comme d’habitude, sur les plateaux, tout le monde a prétendu que, non, les manifestants n’étaient pas nassés. Mais nous, on va en manif, et on sait que c’est seulement au bout de 2 ou 3 heures que la police commence à relâcher les manifestants au compte-goutte, sinon, bien sûr ils iraient faire leur parcours.

Bref, après les discours et plusieurs heures de nassage, il a commencé à y avoir des échauffourées, comme on pouvait s’y attendre, le préfet en tête. D’ailleurs il était prêt. Armé de Twitter, il a géré la manifestation de main de maître, depuis son quartier général, comme les officiers étasuniens larguent des drones sur les mariages afghans. Il nous a informés, par Twitter, que la manif statique était finie, que les manifestants devaient se disperser dans le calme et que les commerces abusivement fermés pouvaient rouvrir.

Au lieu d’obtempérer, un groupe de manifestants a attaqué un peloton de CRS caché derrière des barrières anti-émeutes, pour le plus grand bonheur des médias et de Macron, qui pourra ainsi donner un ton à la fois martial (transformation de l’état d’urgence en liberté surveillée) et vertueux (plus anti-raciste que moi, tu meurs !) à l’allocution solennelle (plus le monologue est creux, plus son nom est grandiloquent) qu’il nous prépare pour dimanche soir.

Attention, nous ont averti les médias, il ne s’agissait que d’un tout petit groupe qui n’avait rien à voir avec les manifestants du Comité de soutien d’Adama Traoré qui levaient le poing de manière tout à fait pacifique à l’autre bout de la place. C’était un groupe composé uniquement de Gilets jaunes (il suffit qu’il y en ait un dans un rayon de 10 mètres pour que ce soit sa faute), de membres de l’ultra-gauche (bizarrement on n’a pas entendu le terme Black bloc sans doute trop violent dans le contexte), et selon les plateaux et les tendances politiques de l’extrême-droite.

Les médias n’étaient pas aussi nuancés lorsqu’ils commentaient les méfaits des soi-disant ultra-jaunes qui marchaient encagés comme des bêtes derrière un double ou triple cordon de CRS, avant d’être sauvagement attaqués à coup de matraque, de LBD et de canons à eau et d’être emmenés par dizaines dans des fourgons de police, pour être jugés en comparution immédiate et condamnés à de la prison ou des amendes exorbitantes, comme dans les films de Costa-Gavras sur des dictatures d’Amérique latine.

À propos d’extrême-droite, les médias sont pudiquement passés sur les injures antisémites hurlées par des manifestants aux Identitaires qui avaient déployé une banderole contre le racisme anti-blanc. Je m’attendais à ce qu’ils en accusent les Gilets jaunes qui étaient tous des antisémites, vous vous rappelez ? Mais non, ils ont préféré botter en touche.

Je regardais les images de la manif et je me grattais la tête. Il manquait quelque chose, mais quoi ? Ah oui, les canons à eau, les blindés de la gendarmerie, les LBD, les agents provocateurs. Les CRS n’avaient que des gaz lacrymogènes à leur disposition et, le moins qu’on puisse dire, est qu’ils n’en ont pas abusé. Pareil pour les arrestations : 26 personnes (dont 12 Identitaires) dans une manifestation illégale de 15 000 personnes et pas une seule amende. Quand on pense aux canons à eau et aux pluies de gaz et de balles en caoutchouc qui ont accueilli les manifestations tout aussi pacifiques et légitimes des Gilets jaunes, on s’inquiète vraiment pour eux. Perdraient-ils la main ?

Mais non, apprend-on sur par la bouche de Dominique Rizet, consultant justice police de BFM TV et orfèvre de la langue de bois au service du pouvoir en place, c’est parce que : « c’est la démocratie de permettre la manifestation » illégale, je le rappelle. Mais quand les Gilets jaunes manifestaient en toute légalité, là, c’était la démocratie de les réprimer sauvagement, les tabasser, leur arracher des yeux et des mains et les mettre en garde à vue parce qu’ils avaient un masque (oui, ceux qui sont obligatoires aujourd’hui !) dans leur voiture…

Vendredi c’était la démocratie de laisser la manif illégale aller de la place de la République à l’Opéra, en privant les commerçants de leur gagne-pain ; samedi, c’était la démocratie, de la maintenir statique parce que, dans entre-temps, le préfet s’était avisé que les policiers, furieux du soupçon avéré de racisme que faisait peser sur eux Castaner, risquaient de ne pas donner le meilleur d’eux-mêmes dans l’exercice de leur fonction ; et bientôt, ce sera la démocratie, d’inscrire l’état d’urgence sanitaire dans la loi… On connait la musique !

Pourquoi les médias sont-ils en extase devant le comité de soutien à Adama Traoré ?

Il y a évidemment la fascination qu’opère la rédemption sur le commun des mortels. Voilà une famille dont les mauvaises langues prétendent qu’elle est composée d’un père, de quatre mères et de 17 enfants, dont 5 seraient des délinquants qui feraient régner la terreur dans certains quartiers, et qui, tout à coup, frappée par la tragédie, se convertit à ce qu’il y a de plus beau au monde aux yeux de médias, puisque ça nous vient des Etats-Unis, l’empire voyou du bien, et que ça arrange le gouvernement qui veut faire oublier sa gestion calamiteuse de la crise sanitaire et la cure de précarité qu’il nous concocte, je veux bien sûr parler de l’antiracisme. Une cause qui semble même avoir dépassé en beauté, en vertu, en urgence, et même en popularité, l’antisémitisme. Ce n’était pas gagné !

Loin de moi, l’idée de me moquer de la rédemption, de l’antiracisme ou de l’antisémitisme, encore plus loin de moi l’idée de nier la douleur de perdre un être cher et la grandeur du combat pour la justice et la vérité.

C’est juste que tous les ingrédients sont réunis pour que les médias s’emballent. Et quand les médias s’emballent, tout devient possible. On a vu comment, aidés par la science, ils ont terrorisé toute la planète avec la pandémie du coronavirus, au point de nous faire tous enfermer pendant deux mois, de décourager les familles de renvoyer leurs enfants à l’école, de causer la faillite de centaines de petites entreprises et commerces, d’appauvrir toujours plus la population.

Le seul obstacle à leur adhésion totale et inconditionnelle, c’est la police. Hélas, la police ne partage pas leur engouement pour la famille Traoré, ni leur foi du charbonnier dans sa rédemption. La police est méfiante par nature et le récent lâchage de son ministre l’a rendue plus méfiance encore. De plus, ce ne sont pas les simples policiers qui ont décidé de la militarisation de la police sous l’égide d’Israël qui a acquis, en plus de 50 ans de répression barbare des Palestiniens, une expertise reconnue par tous les pouvoirs policiers dans le domaine de la guerre contre son propre peuple. Ils n’ont pas non plus décidé de la nouvelle doctrine du maintien de l’ordre. On comprend qu’ils n’aient pas envie de servir de boucs émissaires à ce pouvoir en perdition.

Les médias qui ont soutenue aveuglément la police malgré toutes les exactions qu’elle a commises, avec la bénédiction de sa hiérarchie et de la justice, contre les gilets jaunes et dans les banlieues, ne peuvent pas se permettre de se fâcher avec elle. La sécurité est leur fonds de commerce et il y a une marge entre jouer avec le feu de la délinquance et se priver de ses sources dans la police. Que feraient-ils de leurs innombrables consultants justice police?

Heureusement, les médias sont passés maîtres dans l’art de dire une chose et son contraire, de soutenir tous les camps (sauf les gilets jaunes), de ménager la chèvre et le chou, de critiquer, dénoncer, reprocher, mais pas trop, quitte à nier la réalité, à l’instar de la Macronie qui, fidèle à sa doctrine du en même temps, a choisi de « laisser manifester mais pas trop» comme l’explique avec un demi-sourire un policier du syndicat Unité SGP.

Et donc, les présentateurs tentent de se maintenir sur le fil du rasoir et de ne contrarier ni Assa Traoré, ni la police. Vont-ils faire un faux-pas ? Le suspense est grand. « Tout de même, on a envie d’avoir une police irréprochable », entend-on avec stupeur un commentateur de BFM TV dire à un syndicaliste de la police. Comment la police n’est pas irréprochable ? BFM TV ne nous a-t-il pas toujours affirmé que les Gilets jaunes étaient les seuls responsables de leurs malheurs ?

Si seulement les médias étaient aussi irréprochables qu’ils demandent à la police de l’être !

Sur le coup de 19 heures, juste au moment où on avait enfin trouvé sur les plateaux un bouc émissaire qui mettait tout le monde d’accord, la police, le comité Traoré et les médias, à savoir la justice, sa lenteur, ses ratés et son deux poids deux mesures, le Juge des référés du Conseil d’état, ayant sans doute pris en pitié les pouvoirs en place et leurs porte-paroles médiatiques, a fait cesser le suspense, en décidant de suspendre l’interdiction générale absolue de manifester sur la voie publique. Ouf, il était temps. Ça devenait vraiment casse-gueule ! Même Macron aurait eu du mal à expliquer, pendant son allocution solennelle(enregistrée et retransmise) de dimanche soir, pourquoi on ne pouvait pas se réunir à 10 pour un mariage mais qu’on pouvait se réunir à 15 000 pour une manif de soutien à Adama Traoré.

La seconde raison pour laquelle les médias adorent la famille Traoré et haïssent les Gilets jaunes, c’est parce que la famille Traoré, qui demande un procès équitable au nom de l’antiracisme en se réclamant de Black Lives matter, ne menace pas le pouvoir en place.

Ce n’est pas un mouvement social, à la différence des Gilets jaunes, comme Yves Veyrier l’a très bien dit sur LCI : « Un mouvement social a des revendications sur les salaires, les retraites, le chômage, là, non ».

Ainsi que nous l’explique Paul Street dans un article tout à fait passionnant intitulé : Qu’est-ce que les Black Panthers penseraient de Black Lives Matter ? :

« Black Lives Matter – fondé par trois militantes professionnelles des associations à but non lucratif et de la collecte de fonds (Garza, Cullors et Opal Tometi) ayant depuis longtemps des « liens étroits avec des entreprises, des fondations, des universités et des agences gouvernementales » – ne représente aucune menace similaire aux Black Panthers envers l’ordre établi … Il n’appelle pas à une large rébellion populaire contre les structures d’oppression combinées et interconnectées du racisme, du capitalisme, de l’impérialisme et du patriarcat. »

Qu’est-ce que les Black Panthers penseraient de Black Lives Matter ?

La réponse à la question posée dans le titre nous intéresse tous, Américains comme Français.

D’ailleurs, en août 2016, BLM a « obtenu 100 millions de dollars de la Fondation Ford et d’autres philanthro-capitalistes d’élite (dont la Fondation Hill-Snowden, la Fondation NoVo, Solidaire, JPMorgan Chase et la Fondation Kellogg) ». Dis-moi qui te finance et je te dirai qui tu es…

Croyez-vous vraiment que BFM TV, Castaner, les démocrates étasuniens et tous les progressistes occidentaux qui peuplent les allées du pouvoir encenseraient les manifestants comme ils le font et leur déclareraient allégeance en pliant le genou devant eux, si leur mouvement était véritablement révolutionnaire, au lieu de n’être qu’un mouvement « progressiste, rempli des dernières et meilleures idées libérales et sociales-démocrates pour créer un capitalisme américain plus juste, plus inclusif, plus démocratique et plus durable sur le plan social, économique et racial. »

Rien à voir avec les black panthers, comme l’explique encore Paul Street : « Nous croyons », écrivait en 1969 le ministre de l’Information des Panthers, Eldridge Cleaver, « à la nécessité d’un mouvement révolutionnaire unifié … informé par les principes révolutionnaires du socialisme scientifique. » Formés par de jeunes intellectuels noirs qui avaient lu Marx, Lénine, Mao, W.E.B. Du Bois, Malcom X et Frantz Fanon, les Panthers avaient fusionné le nationalisme noir avec le marxisme dans une opposition militante à tous les maux cités par King, en accord avec sa conclusion selon laquelle la « vraie question à affronter » au-delà des questions « superficielles » était « la reconstruction radicale de la société elle-même ».

La solution, selon les Panthers, était la révolution, une transformation de toute la société, à réaliser en combinant les forces des « prolétariats » noir, brun, jaune, rouge et blanc en opposition à l’empire capitaliste et raciste américain. Cette idée était le « Black Power » mais aussi et, plus largement, le « Power to the People » (« Pouvoir pour le peuple »). Comme l’a expliqué le jeune et légendaire Black Panther de Chicago Fred Hampton dans un discours prononcé en 1969 :

Nous devons faire face à certains faits. Que les masses sont pauvres, que les masses appartiennent à ce que vous appelez la classe inférieure, et quand je parle des masses, je parle des masses blanches, je parle des masses noires, et des masses brunes, et des masses jaunes aussi. Nous devons admettre que certains disent que le feu est le meilleur moyen de combattre le feu, mais nous disons que l’eau est le meilleur moyen d’éteindre le feu. Nous disons qu’on ne combat pas le racisme par le racisme. Nous allons combattre le racisme par la solidarité. Nous disons qu’on ne combat pas le capitalisme en rejetant le capitalisme noir, mais qu’on combat le capitalisme par le socialisme. »

Les Panthers, comme les Gilets jaunes, comme les Communards, comme tous ceux qui remettent en cause les fondements du capitalisme et le pouvoir de la bourgeoisie, ont fait, font et feront toujours face à une répression féroce, c’est même à cela qu’on les reconnait.

Dominique Muselet

 

Cet article a été publié initialement sur le site salaireavie.fr

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Le Professeur Sergey Karaganov est officieusement connu dans les cercles influents de la politique étrangère comme le « Kissinger russe » – avec l’avantage supplémentaire de ne pas avoir à porter l’étiquette de « criminel de guerre » du Vietnam et du Cambodge au Chili et au-delà.

Karaganov est le doyen de la Faculté d’Économie Mondiale et d’Affaires Internationales de l’École Supérieure d’Économie de l’Université Nationale de Recherche. Il est également le Président honoraire du Présidium du Conseil de la Politique Étrangère et de Défense de la Russie.

En décembre 2018, j’ai eu le plaisir d’être reçu au bureau de Karaganov à Moscou pour une conversation en tête-à-têteportant essentiellement sur la Grande Eurasie – la voie russe pour l’intégration eurasiatique.

Maintenant, Karaganov a élargi ses principales idées pour un véhicule Atlantiste made in Italy plus distingué pour ses cartes que pour ses « analyses » prévisibles directement issues d’un communiqué de presse de l’OTAN.

Même en notant, à juste titre, que l’UE est une « institution profondément inefficace » sur un lent chemin vers la dissolution – et c’est un euphémisme – Karaganov observe que les relations Russie-UE sont en voie de normalisation relative.

C’est un sujet qui est activement discuté dans les couloirs de Bruxelles depuis des mois maintenant. Ce n’est pas exactement le programme envisagé par l’État Profond américain – ou l’administration Trump, d’ailleurs. Le degré d’exaspération suscité par les bouffonneries de l’équipe Trump est sans précédent.

Pourtant, comme le reconnaît Karaganov : « Les démocraties occidentales ne savent pas comment exister sans ennemi ». Cela décrit bien la routine des platitudes du Secrétaire Général de l’OTAN Stoltenberg sur la « menace » russe.

Alors même que le commerce de la Russie avec l’Asie équivaut désormais à celui avec l’UE, une nouvelle « menace » est apparue en Europe : la Chine.

Une Alliance Interparlementaire contre la Chine vient d’être inventée la semaine dernière comme nouvelle plateforme de diabolisation, rassemblant des représentants du Japon, du Canada, de l’Australie, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la Norvège et de la Suède ainsi que des membres du Parlement Européen.

La Chine, « dirigée par le Parti Communiste Chinois », doit être considérée comme une « menace » pour les « valeurs occidentales » – la même vieille triade de démocratie, de droits de l’homme et de néolibéralisme. La paranoïa incarnée dans la double « menace » Russie-Chine n’est rien d’autre qu’une illustration graphique de l’affrontement principal du Grand Échiquier : l’OTAN contre l’intégration eurasiatique.

« Le Kissinger russe » : Président du Conseil de Politique Étrangère et de Défense Sergey Karaganov.

Une grande puissance asiatique

Karaganov décompose le partenariat stratégique crucial entre la Russie et la Chine en une formule facilement assimilable : Autant Pékin trouve un soutien fort avec la puissance stratégique de la Russie comme contrepoids aux États-Unis, autant Moscou peut compter sur la puissance économique de la Chine.

Il rappelle le fait crucial que lorsque la pression occidentale sur la Russie était à son apogée après le Maidan et le référendum en Crimée, « Pékin a offert à Moscou un crédit pratiquement illimité, mais la Russie a décidé de braver la situation par elle-même ».

L’un des avantages conséquents est que la Russie et la Chine ont abandonné leur concurrence en Asie Centrale – ce que j’ai pu constater par moi-même lors de mes voyages à la fin de l’année dernière.

Cela ne signifie pas que la concurrence a été éliminée. Des conversations avec d’autres analystes russes révèlent que la crainte d’une puissance chinoise excessive est toujours présente, en particulier lorsqu’il s’agit des relations de la Chine avec des États plus faibles et non souverains. Mais le fond du problème, pour un praticien de la realpolitik aussi brillant que Karaganov, est que le « pivot vers l’Est » et l’entente stratégique avec la Chine ont favorisé la Russie dans le Grand Échiquier.

Karaganov comprend parfaitement l’ADN de la Russie en tant que grande puissance asiatique – prenant en considération tout, de la politique autoritaire aux richesses naturelles de la Sibérie.

La Russie, dit-il, est « proche de la Chine en termes d’histoire commune malgré l’énorme distance culturelle qui les sépare. Jusqu’au XVe siècle, elles étaient toutes deux sous l’empire de Gengis Khan, le plus grand de l’histoire. Si la Chine a assimilé les Mongols, la Russie a fini par les expulser, mais en deux siècles et demi de soumission, elle a intégré de nombreux traits asiatiques ».

Karaganov considère Kissinger et Brzezinski comme des « stratèges lucides », et déplore que même s’ils ont suggéré le contraire, « la classe politique américaine » a inauguré une « nouvelle Guerre Froide » contre la Chine. Il décompose l’objectif de Washington comme étant de jouer une « dernière bataille » en profitant des bases avancées que les États-Unis dominent toujours dans ce que Wallerstein définirait comme notre système mondial en effondrement.

Le nouveau mouvement des non-alignés

Karaganov est très pointu sur la tendance à l’indépendance de la Russie – toujours en s’opposant farouchement à « quiconque recherchait une hégémonie mondiale ou régionale : des descendants de Gengis Khan à Charles XII de Suède, de Napoléon à Hitler. Dans les domaines militaire et politique, la Russie est autosuffisante. Pas dans les domaines économique, technologique et cyber, où elle a besoin de marchés et de partenaires extérieurs, qu’elle cherchera et trouvera ».

Le résultat est que le rêve de rapprochement Russie-UE reste bien vivant, mais sous « l’optique eurasiatique ».

C’est là qu’intervient le concept de Grande Eurasie, comme j’en ai discuté avec Karaganov lors de notre rencontre : « un partenariat multilatéral intégré, officiellement soutenu par Pékin, fondé sur un système égalitaire de liens économiques, politiques et culturels entre divers États », la Chine jouant le rôle de primus inter pares. Et cela inclut « une partie significative de l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, c’est-à-dire l’Europe ».

C’est ce que semble indiquer l’évolution du Grand Échiquier. Karaganov – à juste titre – identifie l’Europe Occidentale et du Nord comme attirée par le « pôle américain », tandis que l’Europe méridionale et orientale est « inclinée vers le projet eurasiatique ».

Le rôle de la Russie, dans ce cadre, sera « d’équilibrer les deux puissances hégémoniques possibles », en tant que « garant d’une nouvelle union des nations non alignées ». Cela laisse entrevoir une nouvelle configuration très intéressante du Mouvement des Pays Non-Alignés.

Voici donc la Russie comme l’un des partisans d’un nouveau partenariat multilatéral et multi-vectoriel, passant enfin d’un statut de « périphérie de l’Europe ou de l’Asie » à « l’un des centres fondamentaux de l’Eurasie du Nord ». Un travail en – constant – progrès.

Le Président yougoslave Marshal Josip Broz, plus connu sous le nom de Tito (D, 1892-1980) plaisante avec le Président égyptien Gamal Abdel Nasser (G) et le Premier Ministre indien Jawaharlal Nehru (C) en juillet 1956 sur l’île de Brioni lors d’un sommet du Mouvement des Pays Non-Alignés.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Russia aiming to realize Greater Eurasia dream, Asia Times, le 12 juin 2020.

Traduit par Réseau International

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À la mi-juin, les sanctions américaines contre la Syrie vont s’intensifier, avec la promulgation de la « loi César », qui vise à « poursuivre les individus, les groupes, les entreprises et les pays qui ont des échanges avec le gouvernement de Damas ». Cette loi, prétendument nommée en l’honneur d’un officier de l’armée syrienne qui a fait sortir clandestinement des milliers de photos d’actes de torture infligés par l’armée syrienne dans les prisons, est destinée à empêcher les entreprises et les pays d’avoir des relations diplomatiques avec la Syrie et de contribuer à la reconstruction, aux investissements et à la fourniture de pièces détachées pour les secteurs de l’énergie et de l’aviation en Syrie. Les sanctions touchent également la banque centrale syrienne, en gelant les avoirs des personnes qui transigent avec la Syrie et en invalidant leur visa pour les États-Unis. Qui respectera cette loi et quelles en sont ses conséquences pour la Syrie, le Liban et les pays voisins de la Syrie?

La torture est une pratique courante dans de nombreux pays dans le monde. La Syrie a pratiqué la torture (Maher Arar) pour le compte des USA et de l’administration Bush. Au moins 54 pays  (du Moyen-Orient et de l’Afrique, mais aussi des pays occidentaux comme l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Canada, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, la Grèce, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, l’Espagne, la Suède, le Royaume-Uni et d’autres) ont soutenu les « extraditions extraordinaires » des USA en 2001 et les détentions secrètes sous le président Barack Obama. Washington n’a donc aucune autorité morale pour invoquer l’opposition à la torture comme fondement de sa politique.

Au cours des dernières décennies, les USA se sont taillé toute une réputation en autorisant des formes horribles de torture, en dépouillant des personnes de leurs droits les plus fondamentaux et, de manière générale, en violant les droits de la personne au mépris de la Convention de Genève et surtout de la Convention des Nations Unies contre la torture de 1984. James Mitchell, un psychiatre sous contrat avec la CIA qui a contribué à la rédaction et à la mise en application des « techniques d’interrogation améliorées », a révélé plusieurs méthodes approuvées par l’administration américaine pour torturer des prisonniers placés en détention dans des « sites noirs » en dehors des USA, toutes illégales mais autorisées officiellement. Les images de torture dans les prisons d’Abu Ghraib ont montré au monde entier que les USA ont eu recours à la torture et à des méthodes d’interrogatoire illégales contre les détenus en Irak.

Les nouvelles sanctions des USA contre la Syrie prévues dans la loi César (Ceasar Syria Civilian Protection Act) ne peuvent donc pas signaler de manière plausible que les USA se soucient des valeurs humaines et s’opposent à l’abus de pouvoir. En outre, l’adhésion de l’administration américaine à sa propre constitution est sérieusement mise en doute lorsqu’on voit la réaction des forces de sécurité contre les manifestants aux USA en réponse à la discrimination raciale généralisée et aux violences policières à caractère raciste.

Dans les années 1990, les USA ont imposé des sanctions contre l’Irak (pétrole contre nourriture) qui ont tué des centaines de milliers de citoyens irakiens, sans que le régime de Saddam Hussein et son entourage en soient affectés. Par conséquent, on peut dire qu’en règle générale, les sanctions américaines affectent principalement la population et non les dirigeants.

Les USA ne se rendent pas compte qu’ils ont cessé d’être la seule superpuissance au monde, notamment au Moyen-Orient. La Russie a réalisé ce que bon nombre croyaient impossible en s’immisçant au Levant afin de rester en Syrie et d’affronter l’OTAN à la frontière. La Chine s’est également frayé un chemin au Moyen-Orient en tant que superpuissance économique montante, principalement en Irak  et en Syrie. L’Iran a déjà une forte présence et de puissants alliés au Liban, en Syrie, en Irak et en Palestine. La Russie, la Chine et l’Iran, ainsi que la Syrie, jouent un rôle de premier plan pour mettre fin à l’hégémonie américaine dans cette partie du monde.

À Beyrouth, le gouvernement  ne peut adopter la loi César, s’y plier et fermer ses portes à la Syrie. Les seuls postes-frontière terrestres du Liban traversent en Syrie, Israël étant considéré comme un ennemi. Tout plan économique national visant à revitaliser l’important secteur agricole local en exportant des produits vers la Syrie, l’Irak ou d’autres pays du Golfe échouerait si la loi César entrait en vigueur. Toute industrie régénérée ou tout échange commercial avec les pays du Moyen-Orient doit franchir la « porte syrienne ». Le gouvernement libanais actuel risque également de tomber s’il applique les sanctions américaines. Washington ne fournit aucun appui financier à l’économie libanaise en crise et n’a nullement l’intention d’offrir l’aide immédiate nécessaire pour la relever. Les USA, comme c’est devenu la norme, cherchent à imposer des sanctions et des conditions aux pays qu’ils ciblent, mais offrent peu en retour aux autres pays que cela affecte. Dans le cas du Liban, son déficit budgétaire frôle les 100 milliards de dollars après des décennies de corruption et de mauvaise gestion.

Le gouvernement du premier ministre Hassan Diab est, en théorie, un gouvernement technocratique  et apolitique. Il ne voit pas les USA comme un ennemi, mais il ne suivra pas nécessairement les diktats américains, puisqu’il est proche de l’« Alliance du 8 mars » dont les membres qui ont le plus de poids ne sont pas amis des USA. Par conséquent, la seule solution pour ce gouvernement ou tout autre qui suivra consiste à se tourner vers l’est, c’est-à-dire vers la Chine, la Russie et l’Iran. Les USA vont probablement perdre le Liban, puisque ses alliés de l’« Alliance du 14 mars » sont devenus sans voix et impuissants.

Il ne fait aucun doute que le parti chrétien  au sein du groupe politique du « 8 mars » sera pris à parti et affecté par les sanctions des USA. Ce groupe possède des relations internationales à entretenir et à surveiller ainsi que des comptes bancaires à l’étranger. Quoi qu’il en soit, la loi César ne peut s’appliquer au Liban, peu importe les conséquences de la violation de ses dispositions.

Pour sa part, l’Iran est déjà soumis à une « pression maximale » et à des sanctions sévères qui augmentent année après année depuis  la victoire de la révolution islamique en 1979, parce qu’il ose rejeter l’hégémonie des USA. Il n’a donc aucune considération pour la loi César américaine. De plus, l’Iran voit d’un assez bon œil que les USA bloquent  la réouverture des ambassades des pays du Golfe en Syrie, qui n’oseront pas aller contre la volonté des USA. Les sociétés commerciales du Golfe  ne sont donc plus sur place comme concurrents qui se partageraient les contrats de reconstruction avec l’Iran pour des projets dans les secteurs de l’industrie, du commerce et de l’énergie. L’Iran a déjà défié les sanctions des USA et de l’UE contre la Syrie en envoyant des pétroliers à Damas. De plus, Téhéran a envoyé cinq pétroliers au Venezuela, un autre pays qui souffre de dures sanctions américaines. Les pays du Golfe et les pays européens – alliés des USA – perdent ainsi une occasion de revenir en Syrie, de participer à sa reconstruction et de reprendre pied au Levant.

Quant à la Russie, elle vient de signer un accord avec le gouvernement syrien pour agrandir son aéroport militaire et ses bases navales à Tartous, Hassaké et Hmeimim. Elle fournit aussi à la Syrie du matériel militaire moderne et répond aux besoins de l’armée syrienne pour qu’elle atteigne sa pleine puissance. Elle a fourni à la Syrie des escadrons de chasseurs MiG-29 modernisés ce mois-ci, qui se voulait un message clair aux USA en réponse à leurs sanctions découlant de la loi César.

Pour ce qui est de la Chine, elle est maintenant dans une situation de « guerre froide » à cause des USA qui accusent Pékin d’être responsable de l’éclosion de COVID-19. Les USA ne veulent pas que Pékin entre sur le marché européen, notamment afin d’empêcher l’Europe d’adopter le réseau et la technologie 5G de la Chine. L’administration américaine pousse également Israël  à réduire ses échanges commerciaux avec la Chine et à annuler ses contrats avec ce pays qui s’élèvent à un milliard de dollars, afin d’éviter de « nuire aux relations avec les USA ». En outre, les relations entre l’Irak et les USA ont pris un sérieux coup lorsque l’ancien premier ministre Adel Abdel Mahdi a conclu avec la Chine l’accord « pétrole contre reconstruction », d’une valeur de 20 milliards de dollars. La Chine, qui est déjà engagée dans différents projets en Syrie, ne respectera probablement pas la loi César.

Pour en revenir à la Syrie, elle n’acceptera jamais la famine et ne cédera pas au siège économique des USA. Le président Bachar al-Assad reconstruit les zones libérées sous contrôle des forces gouvernementales. Il reconstruit les infrastructures utilisées par la population syrienne présente dans la patrie, à l’exclusion des zones abandonnées par les réfugiés qui ont fui le pays et qui seront nombreux à ne pas revenir. Le gouvernement syrien ne souffre pas de l’absence des cinq à sept millions de réfugiés à Idlib, dans les camps de réfugiés hors du contrôle du gouvernement et dans les pays limitrophes. Ces réfugiés sont financés et pris en charge par la communauté internationale et les Nations Unies. Cela soulage le gouvernement central d’un fardeau financier considérable.

Par conséquent, la Syrie n’a pas besoin de reconstruire des maisons pour les réfugiés et de leur fournir du pétrole, de l’électricité, des écoles, des infrastructures et des subventions tant que les pays occidentaux souhaiteront qu’ils restent en dehors de la Syrie. La communauté internationale veut que ces réfugiés restent hors du contrôle du gouvernement central et met tout en oeuvre pour empêcher leur retour, de façon à pouvoir rejeter une future élection présidentielle que Bachar al-Assad va sûrement remporter.

Le président Assad collaborera avec l’Iran, la Russie et la Chine pour combler ses besoins. L’Iran a défié les sanctions américano-européennes en envoyant des pétroliers en Syrie qui ont passé par le détroit de Gibraltar à deux reprises. L’Iran construit des usines de fabrication de médicaments en Syrie et s’affaire à d’autres projets de concert avec la Russie et la Chine. La Syrie se tourne vers l’est et non vers l’ouest, car c’est la seule option qui lui reste. C’est le rêve de longue date de l’Axe de la Résistance. Le Liban, la Syrie et l’Irak se tournent vers l’Asie pour contrecarrer les sanctions américaines et européennes qui pèsent contre eux et leurs alliés au Moyen-Orient. En imposant de nouvelles sanctions étouffantes à la Syrie, les USA aident le Levant à sortir de la sphère d’influence et de la présence américaines.

L’Iran, la Russie, la Chine et la Syrie s’unissent en tant qu’alliés dans le cadre d’un projet intégré contre l’hégémonie des USA. La domination d’un État sur un autre n’a pas sa place dans ce concert de nations, où la solidarité est nécessaire pour aider la Syrie, par exemple, à se relever en tant que pays sain et fiable capable d’affronter les USA. Leur force s’accroît à mesure que la faiblesse des USA devient plus apparente, à un moment où le président Donald Trump lutte sur le plan intérieur et où son influence dans le monde s’affaiblit. Washington impose unilatéralement des sanctions aux pays et aux populations, en forçant certains de ses alliés à suivre, ce qui les amène à envisager sérieusement la possibilité de se détacher de ce « cordon ombilical » qui les étrangle.

La loi de César des USA vise à soumettre et à réprimer la nation et le peuple syriens, comme Washington a tenté de le faire avec l’Iran et le Venezuela, mais en échouant lamentablement jusqu’ici. Cette politique ne peut plus être efficace, car l’alliance russo-chinoise-iranienne est devenue importante pour de nombreux pays du Moyen-Orient. L’influence de cette alliance s’étend maintenant à la mer des Caraïbes. La loi de César se retournera contre ses architectes : « celui qui prépare le poison finira par l’avaler ».

Elijah J. Magnier

 

Traduit de l’anglais par Daniel G.

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Les États-Unis continuent de menacer l’Allemagne de sanctions si le pays européen poursuit le projet Nord Stream 2 – un partenariat stratégique avec la Russie visant à construire un grand gazoduc qui faciliterait le flux d’énergie entre la Russie et l’Europe par un itinéraire plus petit et plus rapide. Récemment, les sénateurs étasuniens ont présenté un projet de loi visant à sanctionner toutes les entreprises qui fournissent des certifications, des assurances et des installations portuaires pour le gazoduc prévu, dans le but évident de nuire à toute entreprise intéressée par les avantages du projet.

Il s’agit d’une tactique courante et bien connue du gouvernement étasuniens, qui a traditionnellement fait un usage intensif de mécanismes coercitifs et d’application de la loi pour atteindre ses objectifs sur la scène internationale. La sanction est un mécanisme qui, en raison des bonnes coutumes de la loi, ne devrait être appliqué qu’en dernier recours, pour sauvegarder un bien juridique qui a été violé. Malheureusement, au cours des dernières décennies, Washington a fait un usage absolu de ce mécanisme, l’appliquant sans discernement pour simplement poursuivre ses propres intérêts.

Cependant, l’Allemagne n’est pas prête à se soumettre passivement aux exigences étasuniennes. Le pays européen entend riposter à l’attaque de Washington en appliquant des sanctions tarifaires strictes au gaz étasunien, dans le but non seulement de réagir à la provocation étasunienne, mais aussi de protéger le secteur énergétique allemand contre la consommation forcée du produit étasunien. De la commission de l’économie et de l’énergie du Bundestag, Klaus Ernst a déclaré dans une récente entrevue que « si la pression étasunienne sur le projet de gazoduc ne cesse pas, nous devons envisager des mesures sérieuses pour nous protéger – par exemple, il pourrait y avoir des tarifs punitifs pour le gaz étasunien ».

Une éventuelle guerre tarifaire entre l’Allemagne et les États-Unis sur la question du gaz commence déjà à se profiler à l’horizon. De plus en plus, les intérêts européens et étasuniens s’affrontent et l’alliance qui a façonné le bloc géopolitique occidental au cours des dernières décennies avance dans son processus de déclin. À la fin de l’année dernière, la guerre tarifaire autour du gaz avait déjà commencé, avec l’approbation par Washington de sanctions contre les personnes et les entreprises impliquées dans le Nord Stream 2. À l’époque, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, avait fermement rejeté toute intervention étrangère dans l’Union européenne, déclarant que de telles mesures violaient tous les principes élémentaires du droit européen et étaient donc inadmissibles.

Au début, seule la gauche allemande a soutenu les représailles avec des tarifs sur le gaz étasunien, étant une cause menée par le parti de gauche allemand « Die Linke ». Aujourd’hui, cependant, la cause a acquis une profonde dimension politique et populaire, avec un fort soutien des classes ouvrières. Le haut degré d’intervention étasunienne dans la souveraineté européenne a mobilisé une coalition parlementaire contre l’imposition du gaz étasunien dans l’UE par Washington. Cela a encouragé l’Union européenne à porter un regard davantage critique et d’affronter les USA  face à l’imposition du gaz étasunien.

La raison pour laquelle les États-Unis veulent ruiner le Nord Stream est très claire : les avantages de l’accord rapprochent la Russie et l’Europe, en mettant fin à la dépendance du gaz naturel russe à l’égard de la route ukrainienne et en créant un flux de transport plus continu, plus sûr et moins cher. La crainte des Étasuniens va bien au-delà de la simple question économique ou énergétique. Ce que Washington veut vraiment éviter, c’est l’établissement de liens étroits entre Moscou et Berlin (ou toute autre puissance européenne), qui pourrait changer à jamais la configuration géopolitique du monde moderne. Cependant, la construction de Nord Stream 2, alimenté par une alliance d’entreprises de Russie, d’Allemagne, d’Autriche, de France et des Pays-Bas, a été suspendue en décembre 2019, après que Washington ait menacé de sanctions économiques contre la société suisse Allseas qui a réalisé les travaux.

Au milieu d’une Europe qui reprend progressivement sa routine, sortant lentement de la quarantaine collective, la discussion sur la question de l’énergie sera certainement la plus puissante, puisqu’elle est un thème central de la stratégie nationale allemande. En outre, le projet a déjà été retardé de manière absurde, puisque, dans les premiers moments, des discussions et des tensions de nature politique ont laissé la participation allemande à Nord Stream 2 incertaine et ; après que la participation ait été décidée, les sanctions étasuniennes et la pandémie ont de nouveau entravé l’avancement du projet, qui ne peut être repris et finalisé de manière définitive jusqu’à présent.

En fait, si l’Allemagne applique des sanctions contre les États-Unis, il s’agira d’un véritable acte de souveraineté et d’une rupture dans la géopolitique mondiale, où Berlin, visant à satisfaire ses intérêts et ses besoins nationaux, rejettera l’ambition étasunienne d’être une « puissance policière mondiale », contribuant ainsi à un avenir multipolaire. Il est certain que nous sommes à un moment de l’histoire de l’Occident où les États-Unis et l’UE auront des intérêts et des objectifs de plus en plus différents, avec des situations de confrontation multiples.

Lucas Leiroz De Almeida

Article original en anglais :

Nord Stream 2 Trade Geopolitics: Towards a US-Germany “Tariff War”. Washington Threatens Germany with Sanctions

Traduit par Maya pour Mondialisation

L’article en anglais a été publié initialement par InfoBrics.

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Lucas Leiroz est chercheur en droit international à l’Université fédérale de Rio de Janeiro.

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