Conflit du Haut Karabakh

octobre 13th, 2020 by Patricia Lalonde

Seul un accord politique entre les Arméniens et les Azéris, loin des contingences géopolitiques, peut éviter une déflagration dans le Caucase.
Territoire jamais reconnu par les Nations Unies ni par aucun autre Etat dans le monde, le Haut-Karabakh était en proie à ce que l’on appelle en terme diplomatique « un conflit gelé » avant la déflagration du 27 septembre. Un conflit difficile à résoudre puisque le principe d’autodétermination des peuples qui bénéficie aux Arméniens est en contradiction avec le droit international qui lui donne raison aux Azéris.

S’il semble naturel aux défenseurs des droits de l’homme, aux chrétiens d’Orient d’apporter un soutien à l’Arménie, victime du terrible génocide de 1915, que ni la Turquie ni l’Azerbaïdjan n’ont reconnu, il ne serait pas correct de penser que les torts se situent dans un seul camp. L’Azerbaïdjan, n’a jamais accepté que les Arméniens parrainent l’indépendance autoproclamée du Haut Karabakh en 1991. Une guerre meurtrière s’en est suivie avant un cessez le feu en 1994 qui a donné lieu depuis à plusieurs escarmouches sur la ligne de front. 750.000 Azéris ont dû quitter leurs terres et ne pensent qu’à revenir « au pays ».

Les pays frontaliers se sont accommodés depuis de longues années de ce statu quo à commencer par la Russie qui entretient de très bonnes relations avec l’Arménie et y est liée par un accord de défense dans le cadre du l’Organisation du Traité de Sécurité Collective ( OTSC) et qui parallèlement vend des armes aux deux parties, azérie, comme arménienne.

Quant à la République islamique d’Iran qui reste proche de l’Arménie chrétienne, elle conserve de bonnes relations avec l’Azerbaïdjan dont elle partage une large frontière. Ces relations sont indispensables pour contenir d’éventuelles tensions dans la très forte communauté azérie chiite, deuxième ethnie  d’Iran ; et cela malgré un rapprochement de Bakou avec Israël en matière de renseignement et d’équipement militaire.

L’Azerbaïdjan contrairement à son allié turc a su entretenir de bons contacts avec tout son voisinage ainsi qu’avec l’Europe : le partenariat oriental en est un exemple ainsi que sa participation à certaines opérations dirigées par l’OTAN.

Le groupe de Minsk regroupant la France, les Etats Unis et la Russie n’a rien pu ou rien voulu faire pour trouver une solution à ce conflit larvé et hautement inflammable.

Il ne s’agit évidemment pas d’une guerre de religion contrairement à ce que l’engagement de la Turquie auprès de l’Azerbaïdjan pourrait laisser penser. S’il est vrai, en effet, qu’Erdogan cherche à faire oublier ses échecs en Syrie et en Libye en ouvrant un nouveau front dans le Caucase, les autorités azerbaidjanaises cherchent à récupérer les territoires du Haut-Karabagh et ses provinces adjacentes.

L’Azerbaïdjan reste en effet éloigné des calculs politico-religieux du président de l’AKP et de sa volonté d’expansion dans le Caucase. Il suffit de voyager en Azerbaïdjan et pas uniquement à Bakou pour se rendre compte de la tolérance du peuple azéri en matière de religion et de leur attachement à la laïcité. 90% des Azéris sont des musulmans chiites et pratiquent un islam modéré que beaucoup de nos pays européens envieraient : église, synagogue et mosquée se côtoient à Bakou.

Pour les Azéris, Il ne s’agit donc pas d’une guerre pour aider la Turquie dans sa volonté hégémonique dans le Caucase mais d’une guerre dans le cadre du droit international. C’est en cela que le soutien d’Ankara pourrait devenir encombrant.

En effet, l’arrivée de djihadistes de Syrie et de Libye, ayant transité par la Turquie est un très mauvais coup porté à l’Azerbaïdjan et à toute la région. Nous avons vu les effets désastreux d’une telle politique menée par certains pays occidentaux dans les conflits en Syrie, en Libye et au Yémen. Des appels au djihad dans le Caucase ont été lancés. Les Azéris et les Arméniens n’ont aucun intérêt à ce que leur conflit ne devienne un nouveau terrain d’entrainement pour les djihadistes et puisse échapper à tout contrôle d’autant plus que des révoltes dans d’autres anciennes républiques soviétiques comme au Kirghizistan sont en train de déstabiliser la région et pourraient ouvrir la voix aux nombreux groupes islamistes en Asie centrale au Tadjikistan, en Ouzbékistan et bien évidemment en Afghanistan en plein pourparlers avec les Talibans.

Seules des négociations politiques entre Bakou et Erevan loin des considérations géopolitiques pourront empêcher que ce conflit ne dégénère. C’est la tâche que Serguei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe s’est assignée en organisant une rencontre entre ses homologues azéri et arménien et qui a abouti dans un premier temps à un cessez le feu humanitaire qui pourrait paver la voix à de vrais accords politiques.

Patricia Lalonde

Ancienne députée européenne

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Face à la catastrophe économique et au drame social des plans d’ajustement structurel (PAS) imposés aux populations du Sud, dès les années 1990 de nombreuses voix ont dénoncé les promoteurs de ces politiques : le FMI et la Banque mondiale. Au-delà des accusations des ONG et du milieu altermondialiste, la critique s’est étendue là où on ne l’attendait pas, à l’image de Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, qui signait en 2002 un réquisitoire à l’encontre du FMI [1].

Dans la foulée de ces condamnations, la remontée des prix des matières premières à partir de 2003-2004 a permis à une série de pays d’obtenir les devises nécessaires à un remboursement anticipé du FMI, se dégageant partiellement ainsi des catastrophiques conditionnalités adossées aux prêts de cette institution. A cette époque, face à cette crise de légitimité et alors que la pénurie de clients commence à se faisait sentir financièrement, les institutions de Bretton Woods ont multiplié les efforts pour se construire une nouvelle image.

En annonçant, à partir de 1999, l’abandon des PAS tant décriés et la réorientation de son action sur la lutte contre la pauvreté, la Banque mondiale a prétendu s’être parée d’une nouvelle morale.

Quant au FMI, si la crise de la dette au Nord a été une belle opportunité pour se refaire une santé financière à partir de 2008, ses dirigeants en ont aussi profité pour crier à tue-tête le soi-disant renouveau de l’institution. « On ne reconnaît plus le FMI ? De fait, il a changé ! » [2] assurait ainsi Dominique Strauss-Kahn à la télévision française en 2011.

La Banque mondiale s’est aussi targuée de lutter contre le changement climatique.

Mais derrière ces discours… y a-t-il réellement du nouveau dans les institutions de Bretton Woods ?

Il est clair que ce n’est pas le cas. Un exemple pour commencer la démonstration : la banque mondiale continue à subventionner massivement la production de l’électricité à partir de combustibles fossiles.

La fin de l’ajustement structurel pour le FMI ?

En octobre 2014, dans un document intitulé « Réponse du FMI à la crise financière et économique », l’institution affirmait avoir appris de ses erreurs et assurait que depuis la crise financière de 2008, aucun des prêts accordés n’était adossé aux conditions draconiennes utilisées dans le passé. Dès 2009, un centre de recherche en économie a décidé de mettre cette affirmation à l’épreuve des faits [3]. Le résultat est sans appel : sur les 41 pays engagés dans des prêts avec l’institution, 31 menaient des politiques de rigueur budgétaire dans un contexte de récession ou de croissance ralentie.

La situation a empiré à partir de 2010. Selon Isabel Ortiz et Matthew Cummins « une contraction prématurée des dépenses s’est généralisée en 2010 malgré l’urgence d’une aide des pouvoirs publics aux populations vulnérables. » Selon ces auteurs, en 2013, la contraction des dépenses publiques s’est étendue et s’est intensifiée considérablement en touchant 119 pays en termes de PIB. Ils prévoyaient que cela atteindrait 132 pays en 2015.

Lorsqu’un ancien analyste de la Banque mondiale, Mohammed Mossallem, a étudié les conditionnalités adossées aux accords de prêts passés avec la Tunisie, le Maroc, la Jordanie et l’Égypte après 2011, il a retrouvé tous les ingrédients des PAS des années 80

Selon Isabel Ortiz et Matthew Cummins, « En ce qui concerne les mesures d’austérité, l’examen des rapports pays du FMI publiés depuis 2010 indique que les gouvernements envisagent diverses stratégies d’ajustement. Il s’agit notamment de : (i) l’élimination ou la réduction des subventions, y compris aux combustibles, produits alimentaires et intrants agricoles (dans 100 pays), (ii) la réduction et/ou le plafonnement de la masse salariale, y compris des salaires dans l’enseignement, la santé et autres secteurs publics (dans 98 pays), (iii) le rationnement et le ciblage renforcé des filets de protection sociale (dans 80 pays), (iv) la réforme des retraites (dans 86 pays) ; (V) la réforme des systèmes de santé (dans 37 pays), et (vi) la flexibilisation du travail (dans 32 pays). De nombreux gouvernements envisagent également des mesures parallèles pour augmenter les recettes, mesures qui peuvent affecter négativement les populations vulnérables, principalement par l’introduction ou l’élargissement de taxes à la consommation, tels que la taxe à la valeur ajoutée (TVA) sur les produits de base qui affectent de façon disproportionnée les foyers pauvres (dans 94 pays). » https://www.cadtm.org/L-Ere-de-l-Austerite

Le cas des pays du monde arabe paraît emblématique de ce point de vue.

Inquiets de voir ces pays s’éloigner à partir de 2011 du giron néolibéral sous l’effet de soulèvements populaires visant à dégager les dictateurs de la région, le FMI a multiplié les déclarations rassurantes. Dans les rapports suivant le « printemps arabe », l’institution a donc insisté sur la dimension sociale des programmes qu’elle préconisait : « croissance inclusive », politiques sociales pour les plus vulnérables, etc.

Pourtant, lorsqu’un ancien analyste de la Banque mondiale, Mohammed Mossallem, a étudié les conditionnalités adossées aux accords de prêts passés avec la Tunisie, le Maroc, la Jordanie et l’Égypte [4] après 2011, il a retrouvé tous les ingrédients des PAS des années 80 : réduction d’impôt pour le secteur privé, augmentation de l’impôt sur la consommation (l’impôt le plus injuste), libéralisation de l’investissement, diminution des subventions d’État couplée à une augmentation des prix de l’énergie, dérégulation du marché du travail. Quant au contenu des plans d’austérité imposés aux pays de la zone Euro depuis 2010, il s’inscrit dans la droite ligne du traitement infligé aux pays d’Afrique du Nord.

Mea culpa sur l’austérité : remise en question profonde ou larmes de crocodile ?

Ces dernières années cependant, on a vu se multiplier des rapports internes critiquant vivement les politiques du FMI :

  • Janvier 2013 : Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, dévoile que le FMI a très largement sous-estimé l’impact négatif de l’austérité sur la croissance économique. L’erreur dans les calculs est tout sauf anecdotique, puisqu’elle est estimée à environ 300 % [5] !
  • Février 2014 : Après que deux étudiants démolissent une étude réalisée par d’anciens économistes en chef du FMI, qui affirmaient qu’une dette publique supérieure à 90 % du PIB entraînait automatiquement un ralentissement de la croissance économique, des experts du FMI confirment qu’il n’existe pas de seuil critique de la dette publique [6].
  • Juin 2016 : Trois économistes du Fonds sortent un papier intitulé « Le néolibéralisme a-t-il été surestimé ? » dans lequel ils affirment : « au lieu d’apporter la croissance économique, certaines politiques néolibérales ont accru les inégalités, et par la même occasion, compromis toute expansion économique durable ».

Ces nombreuses critiques augurent-elle d’un changement de cap de l’institution ?

Tout d’abord, si les gros titres des journaux donnent l’illusion que les auteurs de ce type de rapports font preuve d’une grande hétérodoxie, une lecture attentive de leurs travaux montre que leurs propos restent relativement mesurés. À titre d’exemple, si l’étude « Le néolibéralisme a-t-il été surestimé ? » apporte des chiffres montrant très bien les limites de ce modèle, elle rappelle aussi qu’il y a « beaucoup de raisons de se réjouir de l’agenda néolibéral » [7]. Il faut aussi souligner que la plupart du temps les documents hétérodoxes et critiques qui sont publiés sur le site du FMI n’engagent que leurs auteurs et pas du tout le FMI en tant qu’institution.

L’intervention du FMI en Grèce à partir de 2010 est emblématique de cette persistance dans l’application de politiques néolibérales qui favorisent le grand capital, renforcent les inégalités sociales et détruisent des conquêtes sociales essentielles

En plus, notons que le jeu de la contradiction n’est pas chose nouvelle au sein des institutions de Bretton Woods. Mais la question est de savoir si cette autocritique aussi limitée soit-elle aboutie ou non à de réels changements dans les orientations de l’institution.

Or l’intervention du FMI en Grèce à partir de 2010 est emblématique de cette persistance dans l’application de politiques néolibérales qui favorisent le grand capital, renforcent les inégalités sociales et détruisent des conquêtes sociales essentielles. Dès 2013, une étude du bureau indépendant d’évaluation du FMI [8] reconnaissait que le premier plan de sauvetage de 2010 s’était soldé par « des échecs notables ». Pourtant, les recettes austéritaires ont continué de plus belle.

En juin 2016, le même bureau « indépendant » produisait un rapport dressant le même constat d’échec de l’action du FMI en Grèce. Mais cette fois, les experts du Fonds vont jusqu’à affirmer que malgré toutes les limites de l’action du FMI, il est « impossible de construire un scénario alternatif ». Le fameux TINA (There Is No Alternative) ne semble donc pas avoir vraiment quitté les couloirs de l’institution !

Début octobre 2020, face à la plus importante crise internationale du capitalisme depuis les années 1930, des chercheurs du FMI annoncent qu’il faut augmenter les dépenses publiques [9]. C’est ce que tous les gouvernements sont en train de faire pour sauver le grand capital et éviter une chute dans l’abîme. L’augmentation des dépenses est financée par une augmentation explosive de la dette publique et nulle part les gouvernants ne prennent des mesures pour mettre à contribution les grosses fortunes et les grandes entreprises.

La réforme démocratique du FMI et de la Banque mondiale … ou la montagne qui accouche d’une souris

Depuis sa création, la structure de la prise de décision au sein du FMI bénéficie aux États-Unis et à ses alliés victorieux au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Profondément inégale, cette répartition du pouvoir qui repose sur la règle « 1 dollar = 1 voix » a été de plus en plus contestée par les pays émergents qui voulaient leur part du gâteau. Pour tenter d’établir un semblant de démocratie, et satisfaire la demande de ces pays en expansion, une réforme sur l’augmentation des quotes-parts [10] et le transfert des droits de vote est finalement entrée en vigueur au début de l’année 2016.

Il n’a jamais été question d’adopter un système qui permette à tous les pays membres d’avoir voix au chapitre mais bien de contenter des « pays émergents » dont le poids économique était devenu trop important pour être ignoré

En réalité, il n’a jamais été question d’adopter un système qui permette à tous les pays membres d’avoir voix au chapitre mais bien de contenter des « pays émergents » dont le poids économique était devenu trop important pour être ignoré. Si les 6 % de droits de vote qui ont été nouvellement répartis sont donc allés vers les BRICS (hors Afrique du Sud), les grands perdants de cette opération sont sans surprise les pays les plus pauvres, pour lesquels le FMI s’est engagé, non sans cynisme, à « préserver » [11] les droits de vote. Le Bangladesh s’est sans doute senti renforcé dans son pouvoir d’action à la vue de cet engagement, lui qui dispose de 0,24 % de droits de vote pour défendre les intérêts de ses 155 millions d’habitants !

Pour leur part, les États-Unis sortent doublement vainqueurs de cette opération. Non seulement ils gardent la mainmise sur la structure, puisqu’en ne cédant que 0,3 % de leurs droits de vote, ils conservent leur précieux droit de veto [12]. De plus, ils restent les maîtres à bord d’un plus gros navire puisque la réforme a également consisté à pratiquement doubler les ressources du Fonds, pour les porter à près de 660 milliards $US.

« Ces réformes vont renforcer la position dominante des États-Unis dans cette institution cruciale tout en fournissant au Fonds une solide assise financière »

Jacob Lew, secrétaire au Trésor américain, 2015.

Pour la Banque mondiale, la dernière réforme d’envergure de ce type a eu lieu en avril 2010, sous la présidence du controversé Robert Zoellick. Outre une augmentation de 86,2 milliards $US du capital de la BIRD, les pays du Sud y ont vu leurs droits de vote être augmentés de 3,13 points de pourcentage, soit 47,19 % du total des voix. En comparaison des 15,44 % des Etats-Unis, c’est bien peu pour ces 135 pays abritant 85 % de la population mondiale [13].

« DSRP », « Doing business », « EBA » … nouveaux noms, mêmes politiques !

À partir de la fin des années 1990, une pluie de critiques est venue s’abattre sur la Banque mondiale. À tel point qu’il devint de plus en plus difficile pour l’institution de promouvoir les PAS qui se trouvaient être au centre de la polémique. Face à cette crise de légitimité, la Banque va multiplier les pirouettes sémantiques sans toucher à la logique néolibérale inscrite dans son ADN.

Parmi ces subterfuges, on trouve notamment l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) qui, via un allègement de dette limité et contrôlé par les IFI, permet – encore aujourd’hui – d’imposer aux pays les plus pauvres des politiques similaires aux plans d’ajustement structurel et à les maintenir dans la spirale de la dette. Par ailleurs, en 2002, très peu de temps après que la Banque a annoncé la fin officielle des PAS, un nouvel outil appelé « Doing Business » (« faire des affaires ») voit le jour… Le hasard fait décidément bien les choses !

Les gouvernements des pays du Sud se vouent une compétition acharnée afin d’offrir au secteur privé les conditions les plus attractives, conscients que la Banque mondiale et les créanciers bilatéraux orientent leurs lignes de prêts également en fonction des résultats obtenus à ce classement

Ce rapport annuel se propose de classer les 189 pays membres de la Banque mondiale selon leur capacité à aménager un bon « climat des affaires » pour les investisseurs en fonction de différents critères : une déréglementation maximale, une fiscalité amicale pour le secteur privé, une législation qui protège le moins possible les droits des travailleurs et qui les met en concurrence les uns avec les autres.

Les gouvernements des pays du Sud se vouent donc une compétition acharnée afin d’offrir au secteur privé les conditions les plus attractives, conscients que la Banque mondiale et les créanciers bilatéraux orientent leurs lignes de prêts également en fonction des résultats obtenus à ce classement. Et la Banque s’en réjouit ! En 2014, elle se félicitait que le « Doing Business » ait inspiré plus d’un quart des 2100 réformes enregistrées depuis sa création [14].

Et elle ne voulait pas s’arrêter en si bon chemin ! À la demande expresse du G8 qui invitait en 2012 à « élaborer un index pour noter les pays sur le climat des affaires dans le secteur agricole » [15], elle a développé l’outil « Enabling the Business of Agriculture » (EBA) [16]. Financé par la fondation Bill et Melinda Gates ainsi que par les gouvernements états-unien, anglais, danois et néerlandais, l’EBA calque sa méthodologie sur celle du « Doing Business ».

En valorisant l’accès aux intrants non-organiques et en poussant à une agriculture sous contrat, l’EBA permet aux grandes multinationales de l’agrobusiness d’étendre encore un peu plus leur influence [17]. La logique prônée par la Banque mondiale va totalement à l’encontre de la réalité et des intérêts de l’agriculture familiale qui concerne pourtant 80 % des exploitations agricoles dans les pays du Sud.

Limité dans un premier temps à un projet pilote qui concernait 10 pays volontaires, le rapport 2016 s’était déjà étendu à 40 pays et l’ambition est bien de couvrir un maximum de pays au plus vite.

À la vue de tous ces nouveaux dispositifs, on a bien du mal à voir en quoi la Banque mondiale serait devenue, comme elle le prétend, une organisation luttant contre la pauvreté.

Les controverses autour du « Doing Business »

Mais là encore, la réalité a vite rattrapé l’institution. Aux accusations multiples en provenance de mouvements sociaux, de syndicats ou encore de professeurs d’universités, se sont ajoutées celles de Paul Romer, alors économiste en chef à la Banque mondiale. En s’appuyant notamment sur la perte de 23 places du Chili alors présidé par la « socialiste » Michelle Bachelet, il dénonçait également le parti pris idéologique (ouvertement néolibéral) dans la méthodologie et la rédaction du rapport. Après avoir été rappelé à l’ordre par le président Jim Yong Kim, il présentait dans la foulée sa démission en janvier 2018. En août 2020, la Banque mondiale elle-même annonce, bien malgré elle, l’interruption de la publication du rapport 2020 après signalement d’« un certain nombre d’irrégularités concernant les modificatifs apportées aux données des rapports Doing Business 2018 et Doing Business 2020, […] publiés respectivement en 2017 et 2019. Ces modifications n’étaient pas cohérentes avec la méthodologie Doing Business » [18].

« La Banque mondiale s’assied sur les droits humains ! »

On pourrait raisonnablement s’attendre à ce qu’une organisation qui prétend lutter contre la pauvreté intègre le respect des droits humains comme un des critères fondamentaux de son action. Pourtant, et bien qu’elle soit officiellement dans l’obligation de respecter les règles du droit international [19], cela fait plus de 76 ans que ces principes ne passent pas le seuil des bureaux feutrés de Washington.

« La Banque mondiale s’assied sur les droits humains. Elle les considère davantage comme une maladie infectieuse que comme des valeurs et obligations universelles. » [20]

Philip Alston, Rapporteur Spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits humains, 2015

Pour « justifier » ce refus, la Banque se cache derrière sa mission qui, se limitant à des considérations économiques, l’empêcherait d’aborder des notions trop politiques. On a du mal à comprendre en quoi cette mission prétendument technique la placerait au-dessus du droit international. Par ailleurs, la Banque mondiale n’a eu aucun problème à trouver des justifications lorsqu’il s’agissait d’intégrer des questions comme la corruption, le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme ou la gouvernance qui ne faisaient initialement pas partie de ses prérogatives.

La Banque mondiale, une zone de non-droit

S’estimant au-dessus des lois, la Banque mondiale n’en finit plus de bafouer les droits fondamentaux des peuples du Sud. Parmi de trop nombreux exemples, citons l’enquête de terrain réalisée dans quatorze pays par le Consortium international pour le journalisme d’investigation (ICIJ) [21], qui révèle que les projets financés par la Banque ont contraint près de 3,4 millions de personnes à quitter leur domicile depuis 2004, parfois avec le recours de policiers armés chargés de les expulser. Loin d’être un cas isolé, les instances onusiennes, nationales et les comités d’experts indépendants ne cessent de confirmer que plusieurs projets financés par la Société financière internationale (SFI), une des instances de la Banque mondiale, se sont traduits par de graves infractions aux droits humains : accaparement des terres, répression, arrestations arbitraires ou meurtres, afin de faire taire les mouvements de protestation contre certains projets financés par la Banque.

Le fiasco scandaleux des « pandemic bonds » émis par la Banque mondiale

En juillet 2020, la Banque mondiale a renoncé à mettre sur les marchés financiers une nouvelle émission de titres « pandémiques » (pandemic bonds dans le jargon des fonds d’investissement et de la presse financière) après que la première ait été critiquée pour sa lenteur à verser l’aide aux nations pauvres souffrant de graves épidémies [22].

Les fonds d’investissements et les banques privées qui ont acheté ces titres en 2017 ont reçu des paiements d’intérêts qui s’élevaient à près de 100 millions de dollars à la fin du mois de février 2020 !!! !

La Banque mondiale a lancé en 2017 son programme de « pandemic bonds » à la suite de l’épidémie d’Ebola de 2014 en Afrique. Pour qu’un pays puisse avoir accès à ce programme pour faire face à une épidémie, il fallait qu’il démontre que l’épidémie avait causé au moins 2500 décès. En 2018, la République démocratique du Congo avait dû attendre que l’épidémie fasse des ravages pour pouvoir recevoir une aide. Cela avait provoqué de fortes critiques.

La Banque mondiale a émis ces titres en 2017 pour un montant de 320 millions de dollars destinée officiellement à aider les pays en développement à faire face à une grave épidémie de maladie infectieuse [23].

Les fonds d’investissements et les banques privées qui ont acheté ces titres en 2017, ont fait de juteux profits car la Banque leur a garanti un rendement à deux chiffres, c’est-à-dire nettement plus de 10 %. Les détenteurs de ces titres parmi lesquels Baillie Gifford qui est un fonds de placement écossais, Amundi (qui est la propriété de la banque française, Crédit Agricole) et Stone Ridge Asset Management société financière newyorkaise, ont reçu des paiements d’intérêts qui s’élevaient à près de 100 millions de dollars à la fin du mois de février 2020 !!!!

À la mi-avril 2020, plus de deux mois après que le virus ait commencé à se propager dans le monde, les conditions pour verser près de 200 millions de dollars ont finalement été remplies. Les 64 pays qui devront se partager la maigre somme de 195 millions de dollars auront droit selon leur taille à une aide qui oscillera entre 1 million et 15 millions de dollars, soit des peanuts. La somme la plus élevée disponible, de 15 millions de dollars, a été allouée au Nigeria et au Pakistan.

Une deuxième version du « Mécanisme de financement d’urgence en cas de pandémie (PEF) », c’est ainsi que la banque désigne les « pandemic bonds » devait être lancée cette année, après que la Banque mondiale ait déclaré, début 2019, qu’elle procédait à des ajustements de la structure avant de commercialiser le nouveau produit en mai 2020 ou aux alentours de cette date. Finalement devant les critiques de plus en plus nombreuses, la Banque mondiale a renoncé à passer à la phase 2.

BM / FMI et la crise de 2020 dans le contexte de la pandémie du coronavirus

Les gouvernements et les grandes institutions multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI et les banques régionales de développement ont instrumentalisé le remboursement de la dette publique pour généraliser des politiques qui ont détérioré les systèmes de santé publique : suppression de postes de travail dans le secteur de la santé, précarisation des contrats de travail, suppression de lits d’hôpitaux, fermeture de postes de santé de proximité, augmentation du coût de la santé tant au niveau des soins que des médicaments, sous-investissements dans les infrastructures et les équipements, privatisation de différents secteurs de la santé, sous-investissement public dans la recherche et le développement de traitements au profit des intérêts de grands groupes privés pharmaceutiques…

Avant même l’éclatement de l’épidémie Covid-19, ces politiques avaient déjà produit d’énormes pertes en vie humaines et, aux quatre coins de la planète, les personnels de santé avaient organisé des protestations.

Si l’on veut se donner les moyens de combattre le coronavirus et, au-delà, d’améliorer la santé et les conditions de vie des populations, il faut adopter des mesures d’urgence.

La suspension immédiate du paiement de la dette et mieux encore son annulation doivent constituer une priorité.

Ni la Banque mondiale ni le FMI n’ont annulé des dettes depuis le début de la pandémie du coronavirus. Ces deux institutions ont multiplié des déclarations qui visaient à donner l’impression qu’elles prenaient des mesures très fortes. C’est entièrement faux

Or ni la Banque mondiale ni le FMI n’ont annulé des dettes depuis le début de la pandémie du coronavirus [24]. Ces deux institutions ont multiplié des déclarations qui visaient à donner l’impression qu’elles prenaient des mesures très fortes. C’est entièrement faux. Le mécanisme mis en place par le FMI, la BM et le G20 ressemble comme deux gouttes d’eau au mécanisme mis en place après le Tsunami qui avait frappé l’Inde, le Sri Lanka, le Bangladesh et l’Indonésie en décembre 2004 [25]. Au lieu d’annulation, les créanciers publics ne font que reporter les échéances. Quant au FMI, il ne met pas fin au remboursement, il ne le suspend même pas. Il a mis en place un fonds spécial qui est alimenté par des pays riches et dans lequel le FMI puise pour se rembourser.

Pire, depuis mars 2020, le FMI a prolongé des accords de prêts qui impliquent la poursuite des mesures structurelles énumérées plus haut.

Quant à la Banque mondiale, depuis mars 2020, elle a reçu plus de remboursements des PED qu’elle n’a octroyé de financement que ce soient sous forme de dons ou de prêts.

Eric Toussaint

 

Ce texte est une version actualisée et augmentée de Émilie Paumard, « Le FMI et la Banque mondiale ont-ils appris de leurs erreurs ? » https://www.cadtm.org/Le-FMI-et-la-Banque-mondiale-ont-ils-appris-de-leurs-erreurs publié le 13 octobre 2017. Milan Rivié a contribué à l’actualisation du texte et Éric Toussaint s’est chargé des recherches complémentaires et de la rédaction finale. Merci à Claude Quémar pour la relecture.

 

Notes :

[1Joseph E. Stiglitz, La Grande Désillusion, Fayard, 2002.

[2Propos tenus sur le plateau de France 2 le 20 février 2011. Cité dans l’article de Christian Chavagneux, « Le FMI a-t-il vraiment changé ? », Alternatives économiques, n°301, avril 2011.

[4Au moment de l’étude de Mohammed Mossallem l’accord de prêts avec l’Égypte n’était pas encore conclu. Le FMI a finalement validé un accord de prêt de 12 milliards de dollars en novembre 2016.

[5Hubert Huertas, « Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique ! », France culture, 9 janvier 2013.

[7Jonathan D. Ostry, Prakash Loungani, and Davide Furceri, “Neoliberalism : Oversold ?”, FMI, juin 2006.

[9Vitor Gaspar, Paolo Mauro, Catherine Pattillo et Raphael Espinoza, « L’investissement public au cœur de la reprise », https://www.imf.org/fr/News/Articles/2020/10/05/blog-public-investment-for-the-recovery , 5 octobre 2020 et FR24 News France, « Le FMI abandonne les préoccupations liées à la dette publique et appelle les gouvernements à investir » https://www.fr24news.com/fr/a/2020/10/le-fmi-abandonne-les-preoccupations-liees-a-la-dette-publique-et-appelle-les-gouvernements-a-investir.html, 5 octobre 2020

[10La quote-part d’un pays membre détermine son engagement financier maximum envers le FMI ainsi que son pouvoir de vote.

[13“La Banque mondiale réforme le pouvoir de vote, obtient une injection de 86 milliards de dollars », 25 avril 2010, https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2010/04/25/world-bank-reforms-voting-power-gets-86-billion-boost

[15« Fact sheet : G-8 action on Food Security and Nutrition ». Communiqué de presse, The White House, 18 mai 2012, cité dans The Oakland Institute, « Les Mythes de la Banque mondiale sur l’Agriculture et le Développement », 2014, p.5

[17Rémi Vilain, « La nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne », CADTM, décembre 2015.

[18« Doing Business — Irrégularités dans les données, Communiqué », 27 août 2020, https://www.banquemondiale.org/fr/news/statement/2020/08/27/doing-business—data-irregularities-statement

[19Le Comité de l’ONU pour les droits économiques, sociaux et culturels a rappelé dans une déclaration officielle datée du 24 juin 2016 que la Banque mondiale comme toute autre organisation internationale doit impérativement respecter la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les principes généraux du droit international et les Pactes de 1966 sur les droits humains. Voir : E/C.12/2016/1 « Public debt, austerity measures and the International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights ». Statement by the Committee on Economic, Social and Cultural Rights.

[22Financial Times, « World Bank ditches second round of pandemic bonds », 5 juillet 2020, https://www.ft.com/content/949adc20-5303-494b-9cf1-4eb4c8b6aa6b (attention accès payant)

[23Voici ce qu’on peut trouver sur le site da Banque mondiale : « Souscrite en juillet 2017, l’assurance comprenait deux catégories d’actifs, chacune composée d’obligations et de swaps. La catégorie A comprenait 225 millions de dollars d’obligations et 50 millions de dollars de swaps, et la catégorie B 95 millions de dollars d’obligations et 55 millions de dollars de swaps. Les obligations ont été émises au titre du Mécanisme mondial d’émission d’obligations de la BIRD, dans le cadre du programme de billets avec capital à risque créé en 2014 en partie pour répercuter les risques de catastrophe sur les marchés des capitaux. »
Source : https://www.banquemondiale.org/fr/topic/pandemics/brief/fact-sheet-pandemic-emergency-financing-facility

[24Milan Rivié, « 6 mois après les annonces officielles d’annulation de la dette des pays du Sud : Où en est-on ? », 17 septembre 2020. Disponible à : https://www.cadtm.org/6-mois-apres-les-annonces-officielles-d-annulation-de-la-dette-des-pays-du-Sud

[25Voir le livre Éric Toussaint et Damien Millet, Les Tsunamis de la dette, éditions Syllepse et CADTM, Paris-Liège, 2005 https://www.cadtm.org/Les-Tsunamis-de-la-dette

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Confucius épousera-t-il Marx?

octobre 13th, 2020 by Pepe Escobar

L’universitaire chinois Lanxin Xiang a écrit un livre intitulé « La Quête de Légitimité dans la Politique Chinoise », qui est sans doute l’effort le plus extraordinaire depuis des décennies pour essayer de résorber la division politico-historique Est-Ouest. Il est impossible, dans une brève chronique, de rendre justice à la pertinence des discussions que ce livre inspire. Nous allons ici mettre en lumière certaines des questions clés – en espérant qu’elles intéresseront un lectorat averti, en particulier dans le Beltway, aujourd’hui convulsé par divers degrés de sinophobie.

Xiang approfondit la contradiction fondamentale : La Chine est largement accusée par l’Occident de manquer de légitimité démocratique, alors même qu’elle connaît depuis quatre décennies un boom économique durable et historique.

Il identifie deux sources principales au problème chinois : « D’une part, il y a le projet de restauration culturelle par lequel le leader chinois Xi Jinping tente de restaurer la « légitimité confucéenne » ou le traditionnel « Mandat du Ciel » ; d’autre part, Xi refuse d’entamer toute réforme politique, car sa priorité absolue est de préserver le système politique existant, c’est-à-dire un système de gouvernement provenant principalement d’une source étrangère, la Russie bolchevique ».

C’est là que le bât blesse : « Les deux objectifs sont totalement incompatibles ».

Xiang soutient que pour la majorité des Chinois – l’appareil et la population en général – ce « système étranger » ne peut être préservé à jamais, surtout maintenant qu’un renouveau culturel se concentre sur le Rêve Chinois.

Inutile d’ajouter que l’érudition en Occident passe complètement à côté de la question – en raison de l’insistance à interpréter la Chine dans le cadre de la science politique occidentale et de « l’historiographie eurocentrique ». Ce que Xiang tente dans son livre, c’est de « naviguer avec précaution dans les pièges conceptuels et logiques créés par les terminologies de l’après-guerre ».

Il met ainsi l’accent sur la déconstruction des « mots-clés maîtres » – un merveilleux concept tout droit sorti de l’idéographie. Les quatre mots-clés sont la légitimité, la république, l’économie et la politique étrangère. Ce volume se concentre sur la légitimité (hefa, en chinois).

Quand la loi est une question de moralité

C’est une joie de suivre comment Xiang démystifie Max Weber – « le penseur original de la question de la légitimité politique ». Weber est fustigé pour son « étude plutôt superficielle du système confucéen ». Il insiste sur le fait que le Confucianisme – qui ne met l’accent que sur l’égalité, l’harmonie, la décence, la vertu et le pacifisme – ne peut pas développer un esprit capitaliste compétitif.

Xiang montre comment, depuis le début de la tradition gréco-romaine, la politique a toujours été une conception spatiale – comme le reflète la polis (une ville ou une ville-État). La conception confucéenne de la politique, en revanche, est « entièrement temporelle, basée sur l’idée dynamique que la légitimité est déterminée par le comportement moral quotidien d’un dirigeant ».

Xiang montre comment hefa contient en fait deux concepts : « approprié » et « loi » – la « loi » donnant la priorité à la moralité.

En Chine, la légitimité d’un dirigeant découle d’un Mandat du Ciel (Tian Ming). Les gouvernants injustes perdent inévitablement le mandat – et le droit de gouverner. Selon Xiang, il s’agit là d’un argument dynamique « fondé sur les actes » plutôt que sur la procédure.

Le Mandat du Ciel est essentiellement « une ancienne croyance chinoise selon laquelle le tian [le paradis, mais pas le paradis chrétien, avec un Dieu omniscient] accorde à l’empereur le droit de régner en fonction de sa qualité morale et de sa capacité à gouverner bien et équitablement ».

La beauté de la chose est que le mandat n’exige pas de lien divin ou d’être issu d’une noble lignée, et n’a pas de limite de temps. Les universitaires chinois ont toujours interprété le mandat comme un moyen de lutter contre les abus de pouvoir.

Le point crucial est que, contrairement à l’Occident, la vision chinoise de l’histoire est cyclique et non linéaire : « La légitimité est en fait un processus sans fin d’auto-ajustement moral ».

Xiang la compare ensuite avec la conception occidentale de la légitimité. Il fait référence à Locke, pour qui la légitimité politique découle du consentement populaire explicite et implicite des gouvernés. La différence est que sans religion institutionnalisée, comme dans le Christianisme, les Chinois ont créé « une conception dynamique de la légitimité par l’autorité séculaire de la volonté générale de la population, arrivant à cette idée sans l’aide d’aucune théorie politique fictive comme les droits divins de l’humanité et le « contrat social ».

Xiang ne peut que nous rappeler que Leibniz a décrit cette conception comme une « théologie natale chinoise », qui n’est pas en contradiction avec les principes fondamentaux du Christianisme.

Xiang explique également que le Mandat du Ciel n’a rien à voir avec la notion d’Empire : « L’acquisition de territoires d’outre-mer pour la réinstallation de la population n’a jamais eu lieu dans l’histoire chinoise, et cela ne contribue guère à renforcer la légitimité du souverain ».

En fin de compte, c’est le Siècle des Lumières, principalement à cause de Montesquieu, qui a commencé à rejeter le Mandat du Ciel comme « rien d’autre qu’une excuse pour le despotisme oriental ». Xiang note comment « les interactions de l’Europe pré-moderne avec le monde non occidental » ont été « délibérément ignorées par les historiens de l’après-guerre ».

Ce qui nous amène à une ironie amère : « Alors que la « légitimité démocratique » moderne en tant que concept ne peut fonctionner qu’avec la délégitimation d’autres types de systèmes politiques, le Mandat du Ciel ne contient jamais un élément de dénigrement d’autres modèles de gouvernance ». Voilà pour la « fin de l’histoire ».

Pourquoi pas de révolution industrielle ?

Xiang pose une question fondamentale : « Le succès de la Chine est-il davantage dû au système économique mondial dirigé par l’Occident ou à ses propres ressources culturelles ? »

Puis il s’emploie à démystifier le mythe selon lequel la croissance économique n’est possible que dans le cadre d’une démocratie libérale occidentale – un héritage, une fois de plus, des Lumières, qui ont statué que le Confucianisme n’était pas à la hauteur de la tâche.

Nous avions déjà le sentiment que ce n’était pas le cas avec l’ascension des tigres de l’Asie de l’Est – Singapour, Hong Kong, Taiwan et la Corée du Sud – dans les années 1980 et 1990. Cela a même poussé un certain nombre de chercheurs en sciences sociales et d’historiens à admettre que le Confucianisme pouvait être un stimulant pour la croissance économique.

Pourtant, ils ne se sont concentrés que sur la surface, les prétendues valeurs « fondamentales » confucéennes de travail acharné et d’économie, affirme Xiang : « La véritable valeur « fondamentale », la vision confucéenne de l’État et de ses relations avec l’économie, est souvent négligée ».

Pratiquement tout le monde en Occident, à l’exception de quelques universitaires non eurocentriques, ignore complètement que la Chine a été la superpuissance économique dominante du monde du XIIe siècle à la deuxième décennie du XIXe siècle.

Xiang nous rappelle qu’une économie de marché – comprenant la propriété privée, la liberté des transactions foncières et une main-d’œuvre mobile hautement spécialisée – a été établie en Chine dès 300 avant J.-C. De plus, « dès la Dynastie Ming, la Chine avait acquis tous les éléments majeurs qui étaient essentiels pour la Révolution Industrielle britannique au 18ème siècle ».

Ce qui nous amène à une énigme historique persistante : pourquoi la Révolution Industrielle n’a-t-elle pas commencé en Chine ?

Xiang retourne la question : « Pourquoi la Chine traditionnelle avait-elle besoin d’une révolution industrielle ? »

Une fois de plus, Xiang nous rappelle que « le modèle économique chinois a eu une grande influence au début des Lumières. La pensée économique confucéenne a été introduite en Europe par les Jésuites, et certaines idées chinoises telles que le principe du laisser-faire ont conduit à la philosophie du libre-échange ».

Xiang montre non seulement que les relations économiques extérieures n’étaient pas importantes pour la politique et l’économie chinoises, mais aussi que « la conception traditionnelle chinoise de l’État va à l’encontre de la logique fondamentale de la révolution industrielle, car sa méthode de production de masse vise à conquérir non seulement le marché intérieur, mais aussi les territoires extérieurs ».

Xiang montre également comment le fondement idéologique pour « La richesse des Nations » d’Adam Smith a commencé à virer vers le libéralisme individualiste alors que « Confucius n’a jamais hésité à prendre position contre l’individualisme, car le rôle de l’économie est d’enrichir les gens dans leur ensemble, et non des individus spécifiques ».

Tout cela conduit au fait que « dans l’économie moderne, la véritable conversation entre l’Occident et la Chine est à peine existante dès le départ, puisque l’Occident de l’après-guerre était extrêmement confiant quant au fait qu’il possédait seul la « vérité universelle » et le secret du développement économique, qui aurait été refusé au reste du monde ».

Un indice supplémentaire peut être obtenu lorsque l’on voit ce que signifie « économie » (jingji) en Chine : Jingji est « un terme abrégé de deux caractères qui ne décrit ni les activités économiques pures ni même les activités commerciales. Il signifie simplement « gérer la vie quotidienne de la société et fournir des ressources suffisantes à l’État ». Dans cette conception, la politique et l’économie ne peuvent jamais être séparées en deux sphères mécaniques. Le corps politique et le corps économique sont organiquement liés ».

Et c’est pourquoi le commerce extérieur, même lorsque la Chine était très active sur l’Ancienne Route de la Soie, « n’a jamais été considéré comme capable de jouer un rôle clé pour la santé de l’économie globale et le bien-être de la population ».

Wu Wei et la main invisible

Xiang doit revenir à l’essentiel : l’Occident n’a pas inventé le marché libre. Le principe du laisser-faire a été conceptualisé pour la première fois par François Quesnay, le précurseur de la « main invisible » d’Adam Smith. Curieusement, Quesnay était connu à l’époque sous le nom de « Confucius européen ».

Dans « Le Despotisme de la Chine » (1767), écrit 9 ans avant « La Richesse des Nations », Quesnay était franchement en faveur du concept méritocratique de donner le pouvoir politique aux savants et faisait l’éloge du système impérial chinois « éclairé ».

Une ironie historique supplémentaire délicieuse est que le laisser-faire, comme nous le rappelle Xiang, a été directement inspiré par le concept taoïste de wu wei – que nous pouvons traduire vaguement par « non-action ».

Xiang note comment « Adam Smith, profondément influencé par Quesnay qu’il avait rencontré à Paris et ayant appris cette philosophie du laisser-faire, a peut-être bien compris le sens du wu wei avec son invention de la « main invisible », suggérant un système économique proactif plutôt que passif, et laissant de côté la dimension théologique chrétienne ».

Xiang passe en revue tout le monde, de Locke et Montesquieu à Stuart Mill, Hegel et la théorie du « système mondial » de Wallerstein, pour arriver à une conclusion surprenante : « La conception de la Chine comme un modèle économique « arriéré » typique était une invention du XXe siècle fondée sur l’imagination de la supériorité culturelle et raciale de l’Occident, plutôt que sur la réalité historique ».

En outre, l’idée de « rétrogradation » n’a en fait pas été établie en Europe avant la Révolution Française : Avant cela, le concept de « révolution » avait toujours conservé une dimension cyclique plutôt que « progressive », c’est-à-dire linéaire et historique. Le sens originel de la révolution (du mot latin revolutio, un « retour en arrière ») ne contient aucun élément de progrès social, car il fait référence à un changement fondamental du pouvoir politique ou des structures organisationnelles qui a lieu lorsque la population se révolte contre les autorités actuelles ».

Confucius épousera-t-il Marx ?

Et cela nous amène à la Chine post-moderne. Xiang souligne à quel point le consensus populaire en Chine est que le Parti Communiste n’est « ni marxiste ni capitaliste, et que sa norme morale a peu à voir avec le système de valeurs de Confucius ». En conséquence, le Mandat du Ciel est « sérieusement endommagé ».

Le problème est que « marier le Marxisme et le Confucianisme est trop dangereux ».

Xiang identifie le défaut fondamental de la répartition des richesses en Chine « dans un système qui garantit un processus structurel de transfert de richesses injuste (et illégal), des personnes qui contribuent à la production de richesses à celles qui ne le font pas ».

Il affirme que « la déviation des valeurs traditionnelles confucéennes explique mieux les racines du problème de la distribution des revenus en Chine que les théories wébériennes qui ont tenté d’établir un lien clair entre la démocratie et la distribution équitable des revenus ».

Que faut-il donc faire ?

Xiang est extrêmement critique sur la façon dont l’Occident a approché la Chine au XIXe siècle, « par la voie de la politique de puissance westphalienne et la démonstration de la violence et de la supériorité militaire occidentale ».

Nous savons tous comment cela s’est retourné contre l’Occident. Cela a conduit à une véritable révolution moderne – et au Maoïsme. Le problème, selon l’interprétation de Xiang, est que la révolution « a transformé la société confucéenne traditionnelle de paix et d’harmonie en un virulent État westphalien ».

Ce n’est donc que par une révolution sociale inspirée d’octobre 1917 que l’État chinois « a entamé le véritable processus de rapprochement avec l’Occident » et ce que nous définissons tous comme une « modernisation ». Que dirait Deng ?

Xiang soutient que le système hybride chinois actuel, « dominé par un organe étranger cancéreux du Bolchevisme Russe, n’est pas viable sans des réformes drastiques pour créer un système républicain pluraliste. Pourtant, ces réformes ne devraient pas être conditionnées à l’élimination des valeurs politiques traditionnelles ».

Le PCC est-il donc capable de fusionner avec succès le Confucianisme et le Marxisme-Léninisme ? De forger une Troisième Voie chinoise unique ? Ce n’est pas seulement le thème majeur des prochains livres de Xiang : c’est une question pour les siècles à venir.

Pepe Escobar

 

 

Article original en anglais :

Will Confucius Marry Marx? The Quest for Legitimacy in Chinese Politics

asiatimes.com

Traduit par Réseau International

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Photo : Le 3 octobre dernier, la ville de Lafayette (en Louisiane) a vu défiler plusieurs centaines de membres lourdement armés de la milice NFAC – « la coalition qui ne déconne pas »… Aux USA, 85 % des américains majeurs détiennent au moins une arme, ce qui n’empêche pas les ventes d’armes de battre des records depuis le début de l’année 2020… Comme rapporté récemment par un média atlantiste mainstream, ils se ruent aujourd’hui sur les armureries pour y faire des stocks d’armes et de munitions en prévisions de futurs troubles…

Au moment où les USA durcissent leur politique extérieure anti-chinoise pour tenter de faire de la Chine leur bouc-émissaire et ainsi faire oublier les innombrables échecs nationaux et internationaux de l’administration Trump, les prochaines élections US risquent d’agir comme un catalyseur supplémentaire de la décomposition économique, politique et sociale du pays. Ce sont aujourd’hui 60 % des américains qui pensent que leur pays est sur le point de sombrer dans la guerre civile, et 50 % d’entre eux ont d’ailleurs commencé à s’y préparer en stockant des produits de première nécessité. Les USA risquent donc de devoir faire face, outre une crise économique sans précédent, à une crise de civilisation qui pourrait revêtir la forme d’affrontements inter-ethniques. En effet, alors que 80 % des électeurs américains estiment que les électeurs du camp opposé n’ont ni la même vision politique, ni les mêmes valeurs que les leurs, révélant la profonde fracture qui traverse la société US, les milices noires d’autodéfense s’affirment et, en cas de contestation des résultats des élections du 3 novembre prochain, les heurts avec celles des suprématistes blancs pourraient donner le coup d’envoi d’une nouvelle Guerre de Sécession, qui s’avérerait inévitablement fatale pour la tête du monstre atlantiste. Aux USA, 85 % des américains majeurs détiennent au moins une arme, ce qui offre certes la meilleure assurance pour les masses populaires que l’ordre bourgeois y réfléchira à deux fois avant de réprimer un mouvement de contestation sociale dans le sang, mais qui présente également d’immenses dangers dans une société fortement polarisée autour de la question raciale, comme le sont les USA aujourd’hui…

Au même moment, la diplomatie chinoise qui proclame depuis plusieurs mois qu’ « une Amérique en panne n’est pas fondée à critiquer la Chine », rend chaque jour les coups au centuple. « Leur « diplomatie du mensonge » discrédite les Etats-Unis », titrait encore aujourd’hui la grande presse chinoise internationale dont voici l’un des derniers articles choc dans son intégralité :

« « Nous mentons, nous trompons et nous volons ». Depuis que Mike Pompeo, qui fut auparavant directeur de la CIA, est devenu secrétaire d’État, la diplomatie américaine a été réduite à une « diplomatie du mensonge ».

Au moment où la 75e Assemblée générale des Nations Unies a été convoquée, les États-Unis ont ouvertement affiché aux yeux de tous leur « diplomatie du mensonge » au forum solennel de l’Assemblée générale des Nations Unies. Le président américain, le secrétaire d’État et les représentants permanents des États-Unis auprès de l’ONU se sont relayés pour discréditer la Chine sur des sujets tels que l’épidémie de COVID-19 et les droits de l’homme à diverses occasions. Cependant, non seulement rien de tout cela n’était valide, mais cela également discrédité une fois de plus la diplomatie américaine.

Si l’on regarde les États-Unis aujourd’hui, la Maison Blanche d’où s’échappe une « fumée toxique » en couverture du magazine Time est une image choquante : les 210 000 vies perdues à cause de l’épidémie de COVID-19 torturent la conscience des politiciens. Les États-Unis sont devenus le pire pays du monde dans la lutte contre l’épidémie, non pas parce que, soi-disant, « la Chine a dissimulé l’épidémie », mais parce que la Maison Blanche a ignoré les informations claires de la Chine et trompé sans raison son peuple. Dès le 3 janvier, la Chine a transmis aux États-Unis des informations sur l’épidémie et des mesures de prévention et de contrôle. Et dès le 4 avril, le « Washington Post » soulignait que la Maison-Blanche connaissait depuis longtemps la gravité de l’épidémie, mais la minimisait : à cette époque, 70 jours avaient été perdus. Depuis la propagation de l’épidémie de COVID-19 aux États-Unis, les politiciens américains ont continué à créer et à intensifier des rumeurs comme sur une chaîne de montage. Le cœur de leurs manœuvres visant à faire « porter le chapeau aux autres » est depuis longtemps connu de chacun.

À un moment où le monde a un besoin urgent d’unité et de coopération, le gouvernement américain actuel s’appuie fréquemment au « mensonge », à la « coercition » et aux « sanctions » par « des moyens diplomatiques ». Non seulement les États-Unis n’assument pas leur responsabilité de grande puissance, mais en plus ils salissent et font également chanter les organisations internationales. À un moment critique de la lutte mondiale contre l’épidémie, les États-Unis se sont retirés de l’Organisation mondiale de la santé et ont actuellement plus de 3 milliards de dollars d’arriérés de cotisations. Le journal scientifique « The Lancet » a souligné le 9 juillet que le retrait des États-Unis de l’OMS est illégal et menacera la santé et la sécurité du monde et du peuple américain. Quoi qu’ils fassent, rien ne marche, mais pour répandre des rumeurs, ils sont les premiers. Les « usines à rumeurs » de Mike Pompeo attirent souvent des clients sous couvert de « sécurité nationale » et de « droits de l’homme ».

L’expression non fondée « il y a un problème de sécurité nationale » a fait subir à TikTok, qui avait un bon élan de développement, des brimades humiliantes sur le marché américain. Les mêmes mensonges ont été utilisés à plusieurs reprises par les États-Unis comme une arme pour s’attaquer à des entreprises et des applications chinoises telles que Huawei, ZTE et WeChat. Mais en fait, les États-Unis eux-mêmes sont à l’origine de la surveillance, du vol et des cyber-attaques dans le monde. Personne, dans le monde, n’a oublié l’incident du « Prism Gate ».

Pour les États-Unis, leur propre « sécurité nationale » est si importante qu’elle doit s’attaquer à une seule société de vidéos courtes pour la maintenir. Dans le même temps, la législation de sécurité nationale anti-sécession de la Chine a été discréditée par le secrétaire d’État américain comme « portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales du peuple de Hong Kong ». Les États-Unis ont également inventé des mensonges sur la question des droits de l’homme au Xinjiang à de nombreuses reprises et ont même adopté une soi-disant charte des droits des Ouïghours. En fait, il n’y a pas eu de cas de terrorisme violent au Xinjiang depuis 40 mois.

De 2010 à 2018, la population ouïghoure du Xinjiang est passée de 10 171 150 personnes à 12 718 400, soit une augmentation de 25,04 %, bien supérieure à l’augmentation de la population Han. Au cours de la période de novembre, le Xinjiang a accueilli plus de 15,35 millions de touristes nationaux, soit une augmentation d’une année sur l’autre de plus de 10%. Les mesures de déradicalisation de la Chine au Xinjiang ont effectivement protégé les droits de survie et de développement des personnes de tous les groupes ethniques du Xinjiang.

Et les États-Unis ? Si on cherche à savoir quel est le pire pays du monde en matière de droits humains, alors ce sont définitivement les États-Unis. Historiquement, le massacre des Indiens aux États-Unis a réduit leur nombre de 5 millions à 250 000. Au cours des dernières décennies, de « J’ai un rêve » à « je ne peux pas respirer », le sang et les larmes des noirs américains n’ont jamais été échangés contre l’égalité des droits. Et en ce moment même, en raison de la politisation de la prévention de l’épidémie, ce sont 210 000 personnes qui ne pourront plus jamais jouir du droit de respirer, ce qui suffit à clouer les États-Unis au pilori de la honte des droits de l’homme.

Les mensonges diplomatiques des États-Unis ne peuvent résister à l’épreuve du temps et à l’épreuve des peuples du monde. Leurs mensonges mettent leur réputation en faillite et humilie le caractère national des États-Unis.

L’ancien président américain Abraham Lincoln a dit un jour, « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps ». Monsieur Pompeo, n’éprouvez-vous aucune honte lorsque vous visitez le Lincoln Memorial ? »

Vincent Gouysse

Cet article a été publié initialement sur le site www.marxisme.fr

 

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Alors que la “crise du Coronavirus” continue à provoquer en Italie aussi des conséquences socio-économiques dévastatrices, une part importante du Fonds de relance (Recovery Fund) est destinée non pas aux secteurs économiques et sociaux les plus touchés, mais aux secteurs les plus avancés de l’industrie de guerre.

Sur la base du Fonds de relance l’Italie devrait recevoir dans les six prochaines années 209 milliards d’euros, dont environ 81 en subventions et 128 en prêts à rembourser avec les intérêts. Dans l’attente, les Ministères italiens de la Défense et du Développement Économique ont présenté une liste de projets de caractère militaire pour un montant d’environ 30 milliards d’euros (Analisi Difesa, Fonds aussi pour la Défense du Recovery Fund, 25-09-2020). Les projets du Ministère de la Défense prévoient de dépenser 5 milliards d’euros du Fonds de Relance pour des applications militaires dans les secteurs cybernétique, communications, espace et intelligence artificielle. Importants les projets relatifs à l’utilisation militaire de la 5G, notamment dans l’espace avec une constellation de 36 satellites et autres. 

Conte et Profumo avec le nouveau Falco Xplorer, le plus grand drone jamais fabriqué par Leonardo

Les projets du Ministère du Développement Économique, relatifs surtout au secteur militaire aérospatial, prévoient une dépense de 25 milliards d’euros du Fonds de Relance. Le Ministère entend investir dans un chasseur de sixième génération (après le F-35 de cinquième génération), le Tempest, défini comme “l’avion de l’avenir”. D’autres investissements concernent la production d’hélicoptères/convertibles militaires de nouvelle génération, en capacité de décoller et atterrir verticalement et de voler à grande vitesse. On investira en même temps dans des drones et des unités navales de nouvelle génération, et dans des technologies sous-marines avancées. 

De gros investissements sont aussi prévus dans le secteur des technologies spatiales  et satellites. Plusieurs de ces technologies, parmi lesquelles les systèmes de communication en 5G, seront à double emploi militaire et civil. Comme certains projets à caractère militaire présentés par les deux dicastères se superposent, le Ministère du Développement Économique a rédigé une nouvelle liste qui permettrait de réduire sa propre dépense à 12,5 milliards d’euros.

Il n’en demeure pas moins qu’on est en train de programmer de dépenser à des fins  militaires entre 17,5 et 30 milliards d’euros tirés du Fonds de Relance, qui devront être remboursés avec les intérêts. Outre ceux-ci plus de 35 milliards sont alloués à des fins militaires par les gouvernements italiens pour la période 2017-2034, en grande partie dans le budget du Ministère du Développement Économique. Ils s’ajoutent au budget du Ministère de la Défense, portant ainsi la dépense militaire italienne à plus de 26 milliards annuels, équivalents à une moyenne de plus de 70 millions d’euros par jour, en argent public soustrait aux dépenses sociales. Chiffre que l’Italie s’est engagée dans l’OTAN à augmenter à une moyenne d’environ 100 millions d’euros par jour, comme le réclament les États-Unis. L’allocation, à cette fin, d’une importante part du Fonds de Relance permettra à l’Italie d’atteindre ce niveau. 

Au premier rang, parmi les industries de guerre qui font pression sur le gouvernement pour qu’il augmente la tranche militaire du Fonds de relance, on trouve la société Leonardo, dont le Ministère du Développement Économique possède 30% de l’actionnariat. Leonardo est intégrée dans le gigantesque complexe militaro-industriel étasunien chapeauté par Lockheed Martin, constructrice du F-35 à la promotion duquel participe cette même Leonardo avec son site de Cameri. Leonardo s’auto-définit comme “protagoniste global en Aérospatial, Défense et Sécurité”, avec la mission de “protéger les citoyens”. Elle montre comment elle conçoit de le faire en utilisant son influence et son pouvoir pour retirer aux citoyens des ressources vitales du Fonds de Relance, pour une accélération ultérieure dans la “relance” de l’industrie guerrière.

Ressources qui seront toujours payées par nous, augmentées des intérêts. Nous paierons ainsi “l’avion de l’avenir”, qui nous protègera en nous assurant un avenir de guerre.

Manlio Dinucci
    

Article original en italien :

Dal Recovery Fund 30 miliardi per il militare

Édition de mardi 13 octobre 2020 d’il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Le département du Trésor américain a publié une annonce concernant de nouvelles mesures contre le procureur général, Ana Julia Guido de Romero, le secrétaire de la présidence, Paul Herbert Oquist et la Coopérative financière d’épargne et de crédit Caja Rural Nacional R.L. (Caruna RL) pour « violation présumée des droits de l’homme dans le pays ».

Les mesures contre le gouvernement Ortega pour ses abus présumés ne viennent pas seulement des États-Unis. Avec 609 voix pour, 21 contre et 64 abstentions, le Parlement européen a adopté vendredi une résolution demandant à l’Union européenne d’introduire de nouvelles sanctions contre Managua.

Parmi les raisons, les députés soulignent les tentatives du Nicaragua d’adopter la loi dite de régulation des agents étrangers, la loi sur la cybercriminalité et une proposition visant à mettre en œuvre la prison à vie pour ce qu’ils appellent les « crimes de haine », que Bruxelles considère comme « inconstitutionnels » et « répressifs ».

Au cours des dernières années, la Maison Blanche a systématisé les sanctions contre les entreprises, les cadres et les hauts fonctionnaires qui ne s’alignent pas sur sa politique, comme le Nicaragua, le Venezuela, l’Iran, Cuba et d’autres. Cet exercice s’est intensifié sous l’administration de Donald Trump.

L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – Accord commercial entre les peuples (ALBA-TCP), alliance qui regroupe plusieurs pays de la Caraïbe dont le Venezuela et Cuba, a rejeté ce type d’agression dans un communiqué.

« L’Alliance rejette la promotion de ce type d’action, qui viole les préceptes fondamentaux de la Charte des Nations unies. Ces mesures coercitives unilatérales sont la preuve du caractère criminel d’un État qui ne respecte pas le droit international et qui cherche à imposer sa volonté par des faits et non par le droit », souligne le cmommunqué de l’ALBA-TCP.

L’Aliiance bolivarienne ratifie la solidarité de ses pays membres avec le gouvernement et le peuple nicaraguayens, et souligne l’engagement du Nicaragua en faveur de la paix et du développement de politiques d’unité nationale par le dialogue.

 

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Mali : le plus dur reste à venir…

octobre 13th, 2020 by Leslie Varenne

La junte au pouvoir à Bamako et le nouveau Premier ministre ont enfin nommé un gouvernement. La tâche qui attend cette nouvelle équipe est titanesque dans un pays où plus rien ne va…

Alors que le Mali fait face à une urgence absolue dans tous les domaines, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) s’est perdu dans des calculs politiciens et des atermoiements. Il a fallu attendre plus d’un mois et demi pour qu’il forme un gouvernement, certes resserré, vingt-cinq ministres, mais cette nouvelle équipe risque de poser plus de problèmes qu’elle n’en résoudra.

Crédit photo : Bamakonews. 

Un gouvernement de combat ?

Premier constat : le CNSP s’est octroyé des postes de choix avec quatre portefeuilles, dont trois éminemment stratégiques : Défense, Sécurité et Administration territoriale. Ce dernier ministère étant celui qui sera en charge d’organiser les futures élections, les militaires démontrent ainsi qu’ils gardent la main sur l’avenir. Les ministres de la Défense et de la Sécurité sont tous deux issus de la Garde nationale, un corps qui n’a pas très bonne presse auprès de la troupe, ce qui pourrait augurer certaines tensions au sein de l’armée. Le ministère de la Réconciliation, lui, a été donné au colonel Ismaël Wagué, qui s’est fait connaître comme porte-parole du CNSP. Cependant, si ce poste est important et prestigieux sur le papier, dans les faits, il n’est pas vraiment capital.

Second constat : les groupes armés du Nord signataires de l’Accord d’Alger obtiennent quatre ministères, deux pour la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et deux pour la Plateforme (groupes pro-Bamako). L’arrivée de la CMA au gouvernement est en soi une excellente nouvelle. Quelques jours avant l’annonce de ces nominations, alors que la Coordination était toujours en négociations avec le CNSP, Mohamed Ould Sidati, le président de cette organisation, déclarait à l’auteur de ces lignes « ce serait une grande avancée pour le Mali, pour le processus de stabilité et pour l’unicité du pays ». Sauf que ce n’est pas aussi simple. D’une part, les ministères obtenus par Mahmoud Ould Mohamed et Mossa Ag Attaher, respectivement 17e et 24e dans l’ordre protocolaire, à l’Agriculture et à la Jeunesse et aux Sports ne sont pas stratégiques, même si l’Agriculture est d’importance pour le Mali. Cela risque d’être interprété par leurs éléments comme de la figuration. D’autre part, cela pose quelques questions : comment ces groupes justifieront-ils de garder leurs armes et donc de continuer à assurer eux-mêmes la sécurité de leurs zones tout en siégeant au gouvernement ? Quelle sera la réaction de leurs troupes sur le terrain ? Quelles seront les relations entre la CMA et la Plateforme, au sein d’une même équipe gouvernementale ? Cela risque d’être fort compliqué à gérer pour les uns comme pour les autres et surtout pour le Président Bah Ndaw et son Premier ministre Moctar Ouane.

Enfin, dernier élément notable, le peu de place laissée au M5, ce mouvement de contestation qui depuis le mois de juin 2020 avait appelé à la démission du Président Ibrahim Boubacar Keïta et sur lequel le CNSP s’était appuyé pour justifier son coup d’État du 18 août dernier. Ce mouvement n’obtient que quatre ministères, dont trois attribués aux proches de l’imam Dicko, ce qui semble acter la rupture entre le religieux et cette coalition de partis politiques et d’associations de la société civile.

Un pays à terre

Pour autant, ceux qui parieraient sur l’affaiblissement ou la mort du M5 auraient tort car c’est la colère populaire qui a porté ce mouvement et non l’inverse. Si ce nouveau gouvernement ne répondait pas aux attentes des Maliens, la contestation pourrait renaître à tout moment sous une forme ou sous une autre. L’embargo de la Cedeao qui vient d’être levé aujourd’hui a pesé lourd sur les flux commerciaux et financiers, d’autant que ces mesures se sont cumulées avec les nombreux problèmes économiques du pays. Cette année, les prévisions de la production de coton, qui est le moteur économique du Mali et plus particulièrement de la région de Sikasso, font état d’une baisse de 50%. À la suite de la chute des cours, le précédent gouvernement avait réduit le prix bord champ, le faisant passer de 275 à 200 francs CFA (0,41 à 0,30 euro). Il est revenu sur sa décision en le portant à 250 CFA (0,38 euro), mais cette mesure a été prise trop tardivement, les agriculteurs ont donc préféré ne pas cultiver. Les inondations survenues pendant la saison des pluies ont compromis également la production de riz. Les conflits dans le Centre réduisent aussi les récoltes de mil.

Côté infrastructures, ce n’est guère mieux. Nombre de routes sont devenues impraticables, celle reliant Gao à Sévaré ne l’est d’ailleurs plus depuis quatre ans. Les fortes précipitations ont également endommagé les pistes. Même dans la capitale, en dehors des grands axes, dans les ruelles des quartiers, voitures et scooters doivent slalomer entre les trous béants. Les deux grands hôpitaux de Bamako sont devenus des mouroirs, il y a eu une épidémie de paludisme dans le nord du pays et les dispensaires sont restés sans médicaments pendant plus d’une dizaine de jours, l’éducation nationale est à terre…

Gagner la guerre ?

Pour parfaire ce funeste tableau, l’insécurité a gagné l’ensemble du pays et sur ce terrain-là aussi les attentes des Maliens sont nombreuses. Les soldats continuent de mourir en opération, aux moins dix ont péri le 4 septembre près de la frontière mauritanienne, quatre sont décédés le 9 près de Niono, au moins trois autres le 23 à Boulkessi. Le 29 septembre à Boni, dans le cercle de Douentza, plus d’une dizaine de militaires sont morts lors d’affrontements terribles avec des terroristes, la vidéo circulant sur les messageries privées montre des djihadistes en sandales en train d’anéantir des hommes pourtant bien équipés. Lors de son premier discours à la nation, le 22 septembre, le colonel Assimi Goïta, aujourd’hui vice-président du Mali, a promis de gagner la guerre contre les groupes terroristes et de reconstruire le pays. Le plus dur reste à faire…

Leslie Varenne

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Les limites du pouvoir chinois

octobre 12th, 2020 by Pepe Escobar

Tout ce qui concerne la relation entre les États-Unis et la Chine dépend du résultat de la prochaine élection présidentielle américaine.

Trump 2.0 pourrait doubler la mise sur le découplage, visant à presser la Chine « maligne » sur un front multiple de Guerre Hybride, à saper l’excédent commercial chinois, à coopter de larges pans d’Asie, tout en insistant sur la caractérisation de la Chine comme le mal incarné.

L’équipe Biden, même si elle ne prétend pas vouloir tomber dans le piège d’une nouvelle Guerre Froide, selon le programme officiel du Parti Démocrate, ne serait que légèrement moins conflictuelle, « sauvant » ostensiblement « l’ordre fondé sur des règles » tout en maintenant les sanctions imposées par Trump.

Très peu d’analystes chinois sont mieux placés que Lanxin Xiang pour étudier l’échiquier géopolitique et géoéconomique : expert des relations entre la Chine, les États-Unis et l’Europe, professeur d’histoire et de relations internationales à l’IHEID de Genève et Directeur du Centre d’Études pour Une Ceinture, Une Route à Shanghai.

Xiang a obtenu son doctorat au SAIS à Johns Hopkins, et est aussi bien respecté aux États-Unis qu’en Chine. Au cours d’un récent webinaire, il a exposé les grandes lignes d’une analyse que l’Occident ignore à ses propres risques et périls.

Xiang a mis l’accent sur la volonté de l’administration Trump de « redéfinir une cible extérieure » : un processus qu’il qualifie de « risqué, dangereux et hautement idéologique ». Non pas à cause de Trump – qui « ne s’intéresse pas aux questions idéologiques » – mais parce que « la politique chinoise a été détournée par les véritables partisans de la Guerre Froide ». L’objectif : « changement de régime ». Mais ce n’était pas le plan initial de Trump ».

Xiang fustige la logique derrière ces partisans de la Guerre Froide : « Nous avons fait une énorme erreur au cours des 40 dernières années ». Il insiste, « c’est absurde, relire l’Histoire et nier toute l’histoire des relations entre les États-Unis et la Chine depuis Nixon ». Et Xiang craint « l’absence de stratégie globale ». Cela crée une énorme incertitude stratégique – et conduit à des erreurs de calcul ».

Pour aggraver le problème, « la Chine n’est pas vraiment sûre de ce que les États-Unis veulent faire ». Parce que cela va bien au-delà de l’endiguement – que Xiang définit comme une « stratégie très bien pensée par George Kennan, le père de la Guerre Froide ». Xiang ne détecte qu’un schéma de « civilisation occidentale contre une culture non caucasienne ». Ce langage est très dangereux. C’est une reprise directe de Samuel Huntington, et montre très peu de place pour le compromis ».

En un mot, c’est la « façon américaine de basculer dans la Guerre Froide ».

Une surprise d’octobre ?

Tout ce qui précède est directement lié à la grande inquiétude de Xiang concernant une éventuelle surprise d’octobre : « Cela pourrait probablement être au sujet de Taïwan. Ou un engagement limité dans la Mer de Chine Méridionale ». Il souligne : « Les militaires chinois sont terriblement inquiets. Une surprise d’octobre comme engagement militaire n’est pas impensable, car Trump pourrait vouloir rétablir une présidence de guerre ».

Interview with Prof. Xiang Lanxin - YouTube

Pour Xiang, « si Biden gagne, le danger d’une Guerre Froide tournant à la guerre chaude sera réduit de façon spectaculaire ». Il est tout à fait conscient des changements dans le consensus bipartite à Washington : « Historiquement, les Républicains ne se soucient pas des droits de l’homme et de l’idéologie. Les Chinois ont toujours préféré traiter avec les Républicains. Ils ne peuvent pas traiter avec les Démocrates – les droits de l’homme, les questions de valeurs. Maintenant, la situation est inversée ».

Xiang, par ailleurs, « a invité un conseiller de haut niveau de Biden à Pékin. Très pragmatique. Pas trop idéologique ». Mais dans le cas d’une éventuelle administration Trump 2.0, tout pourrait changer : « Mon intuition est qu’il sera totalement détendu, il pourrait même inverser complètement la politique vis-à-vis de la Chine. Je n’en serais pas surpris. Il redeviendrait le meilleur ami de Xi Jinping ».

Dans l’état actuel des choses, le problème est « un diplomate en chef qui se comporte comme un propagandiste en chef, profitant d’un président erratique ».

Et c’est pourquoi Xiang n’exclut jamais une invasion de Taïwan par les troupes chinoises. Il joue le scénario d’un gouvernement taïwanais annonçant « Nous sommes indépendants », associé à une visite du Secrétaire d’État : « Cela provoquerait une action militaire limitée, et pourrait se transformer en escalade. Pensez à Sarajevo. Cela m’inquiète. Si Taïwan déclare son indépendance, les Chinois l’envahissent en moins de 24 heures ».

Comment Pékin fait-il une erreur de calcul ?

Contrairement à la plupart des universitaires chinois, Xiang fait preuve d’une franchise rafraîchissante sur les propres lacunes de Pékin : « Plusieurs choses auraient dû être mieux contrôlées. Comme l’abandon du conseil initial de Deng Xiaoping, selon lequel la Chine devrait attendre son heure et faire profil bas. Deng, dans son dernier testament, avait fixé un délai pour cela, au moins 50 ans ».

Le problème est que « la rapidité du développement économique de la Chine a conduit à des calculs hâtifs et prématurés. Et une stratégie mal pensée. La diplomatie du « guerrier loup » est une attitude – et un langage – extrêmement affirmés. La Chine a commencé à contrarier les États-Unis – et même les Européens. C’était une erreur de calcul géostratégique ».

Et cela nous amène à ce que Xiang caractérise comme « la sur-extension de la puissance chinoise : géopolitique et géoconomique ». Il aime citer Paul Kennedy : « Toute grande superpuissance, si elle est trop étendue, devient vulnérable ».

Xiang va même jusqu’à affirmer que l’Initiative Ceinture et Route (BRI) – dont il loue le concept avec enthousiasme – est peut-être surchargée : « Ils pensaient qu’il s’agissait d’un projet purement économique. Mais avec une telle portée mondiale ? »

La BRI est-elle donc un cas de surcharge ou une source de déstabilisation ? Xiang fait remarquer que « les Chinois ne s’intéressent jamais vraiment à la politique intérieure des autres pays. Ils ne sont pas intéressés par l’exportation d’un modèle. Les Chinois n’ont pas de véritable modèle. Un modèle doit être mûr – avec une structure. À moins qu’il ne s’agisse de l’exportation de la culture traditionnelle chinoise ».

Le problème, une fois de plus, est que la Chine pensait qu’il était possible de « se faufiler dans des zones géographiques auxquelles les États-Unis n’ont jamais trop prêté attention, l’Afrique, l’Asie Centrale, sans nécessairement provoquer un recul géopolitique ». Mais c’est de la naïveté ».

Xiang aime à rappeler aux analystes occidentaux que « le modèle d’investissement dans les infrastructures a été inventé par les Européens. Les chemins de fer. Le Transsibérien. Les canaux, comme au Panama. Derrière ces projets, il y a toujours eu une concurrence coloniale. Nous poursuivons des projets similaires – moins le colonialisme ».

Pourtant, « les planificateurs chinois se sont mis la tête dans le sable. Ils n’utilisent jamais ce mot – géopolitique ». D’où ses plaisanteries constantes avec les décideurs chinois : « Vous n’aimez peut-être pas la géopolitique, mais la géopolitique vous aime ».

Demander à Confucius

L’aspect crucial de la « situation post-pandémique », selon Xiang, est d’oublier « ce truc de guerrier-loup ». La Chine pourrait être en mesure de relancer l’économie avant tout le monde. Développer un vaccin vraiment efficace. La Chine ne devrait pas le politiser. Elle devrait montrer une valeur universelle à son sujet, poursuivre le multilatéralisme pour aider le monde, et améliorer son image ».

En ce qui concerne la politique intérieure, Xiang est catégorique : « Au cours de la dernière décennie, l’atmosphère chez nous, sur les questions de minorités, la liberté d’expression, s’est tendue au point de ne pas aider l’image de la Chine en tant que puissance mondiale ».

Comparez cette situation, par exemple, à « l’opinion défavorable sur la Chine » dans une enquête sur les nations de l’Occident industrialisé qui ne comprend que deux Asiatiques : le Japon et la Corée du Sud.

Et cela nous amène à l’ouvrage de Xiang, « La Quête de Légitimité pour les Politiques Chinoises », sans doute l’étude contemporaine la plus importante réalisée par un chercheur chinois capable d’expliquer et de combler le fossé politique entre l’Est et l’Ouest.

Ce livre est une telle percée que ses principales analyses conceptuelles feront l’objet d’une chronique complémentaire.

La principale thèse de Xiang est que « la légitimité dans la philosophie politique de la tradition chinoise est une question dynamique. Transplanter les valeurs politiques occidentales dans le système chinois ne fonctionne pas ».

Pourtant, même si le concept chinois de légitimité est dynamique, souligne Xiang, « le gouvernement chinois est confronté à une crise de légitimité ». Il fait référence à la campagne anti-corruption des quatre dernières années : « La corruption officielle généralisée, qui est un effet secondaire du développement économique, fait ressortir le mauvais côté du système. Il faut rendre hommage à Xi Jinping, qui a compris que si nous laissons cela se poursuivre, le PCC perdra toute légitimité ».

Xiang souligne comment, en Chine, « la légitimité est basée sur le concept de moralité – depuis Confucius. Les Communistes ne peuvent pas échapper à la logique.

Avant Xi, personne n’osait s’attaquer à la corruption. Il a eu le courage de l’éradiquer, il a arrêté des centaines de généraux corrompus. Certains ont même tenté deux ou trois coups d’État ».

Dans le même temps, Xiang est catégoriquement opposé au « durcissement de l’atmosphère » en Chine en matière de liberté d’expression. Il mentionne l’exemple de Singapour sous Lee Kuan Yew, un « système autoritaire éclairé ». Le problème est que « la Chine n’a pas d’État de droit ». Il y a cependant beaucoup d’aspects juridiques. Singapour est une petite ville-État. Comme Hong Kong. Ils viennent de reprendre le système juridique britannique. Cela fonctionne très bien pour cette taille ».

Et cela amène Xiang à citer Aristote : « La démocratie ne peut jamais fonctionner dans les grands pays. Dans les villes-États, elle fonctionne ». Et se rappelant d’Aristote, nous arrivons à Hong Kong : « Hong Kong avait un État de droit – mais jamais une démocratie. Le gouvernement était directement nommé par Londres. C’est comme ça que Hong Kong fonctionnait en réalité – comme une dynamo économique. Les économistes néolibéraux considèrent Hong Kong comme un modèle. C’est un arrangement politique unique. La politique du magnat. Pas de démocratie – même si le gouvernement colonial n’a pas gouverné comme une figure autoritaire. L’économie de marché a été déclenchée. Hong Kong était dirigée par le Jockey Club, HSBC, Jardine Matheson, avec le gouvernement colonial comme coordinateur. Ils ne se sont jamais souciés des gens du bas de l’échelle ».

Xiang note que « l’homme le plus riche de Hong Kong ne paie que 15% de l’impôt sur le revenu. La Chine voulait conserver ce modèle, avec un gouvernement colonial nommé par Pékin. Toujours une politique de magnats. Mais maintenant, il y a une nouvelle génération. Des gens nés après la rétrocession – qui ne connaissent rien de l’histoire coloniale. L’élite chinoise au pouvoir depuis 1997 n’a pas prêté attention à la base et a négligé le sentiment de la jeune génération. Pendant toute une année, les Chinois n’ont rien fait. La loi et l’ordre se sont effondrés. C’est la raison pour laquelle les Chinois du continent ont décidé d’intervenir. C’est l’objet de la nouvelle loi sur la sécurité ».

Et qu’en est-il de l’autre acteur « malveillant » favori du Beltway – la Russie ? « Poutine aimerait avoir une victoire de Trump. Les Chinois aussi, jusqu’à il y a trois mois. La Guerre Froide était un grand triangle stratégique. Après le départ de Nixon en Chine, les États-Unis se sont retrouvés au milieu, manipulant Moscou et Pékin. Maintenant, tout a changé ».

Pepe Escobar

Article original en anglais :

The Limits of Chinese Power. US-China Relations Hinge Upon the 2020 Presidential Election

asiatimes.com

Traduit par Réseau International

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La rumeur veut que les mois encore à venir de 2020 pourraient apporter des changements drastiques et explosifs dans le système financier mondial. Mais de telles rumeurs « apocalyptiques » ont circulé à chaque début d’automne au cours des dernières années. Pourquoi ? Le dollar américain s’affaiblit de plus en plus. Il n’est pas tout à fait en chute libre, mais il reste une une devise importante pour les échanges commerciaux et une monnaie de réserve mondiale clé. Et pour de nombreux économistes, tout ça est difficile à comprendre.

Cependant, il est peu probable que l’effondrement du dollar se produise du jour au lendemain. Cela ne serait pas bon pour l’économie mondiale, car trop de pays dépendent encore du dollar.

Les faits sont là :

1) Les réserves de change de la Chine viennent de passer à l’équivalent de 3 112 milliards de dollars US, dont environ 1 300 milliards libellés en dollars US – et en général, les réserves de change continuent de croître ;

2) à court terme, peut-être d’ici la fin 2021, le yuan ou le renminbi chinois (RMB) pourrait devenir la troisième monnaie de réserve du monde, après le dollar américain et l’euro, dépassant le yen japonais et la livre sterling, selon les données de la CNBC ;

3) selon Morgan Stanley, au moins 10 régulateurs (c’est-à-dire les banques centrales et les institutions similaires de régulation du marché des changes) ont ajouté le yuan à leurs réserves en 2019, portant le total à 70 – et ce chiffre est en augmentation ; et

4) selon la FED, l’économie des États-Unis pourrait perdre plus d’un tiers de son PIB jusqu’à la fin de 2020 ou la mi-2021, tandis que l’économie chinoise devrait croître de 1,3 % (FMI) en 2020, et selon les propres estimations de la Chine jusqu’à 3,5 %.

Compte tenu de l’effondrement de l’économie mondiale lié à la covidéité, et la Chine étant la seule grande économie qui devrait croître cette année, le nombre de détenteurs de réserves de yuans pourrait augmenter de manière drastique d’ici la fin de 2020 et surtout jusqu’en 2021, ce qui suggère que les banques centrales du monde entier réalisent que pour leur stabilité financière, elles doivent augmenter leurs avoirs en yuans de manière significative dans un avenir prévisible. Cela signifie qu’elles devront se défaire d’autres monnaies de réserve, comme le yen japonais, la livre sterling, mais surtout du dollar américain. Par exemple, la Russie a dévalué le dollar, réduisant ses avoirs en dollars de 96 %.

Le ministre russe du Commerce, Denis Mantourov, a appelé ses collègues des BRICS à augmenter leurs échanges en monnaie locale au lieu du dollar américain. Le commerce en monnaies nationales est un aspect essentiel de la coopération de l’alliance des cinq nations qui comprend le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, et c’est un moyen efficace de dédollariser leurs économies.

La Chine et la Russie, ainsi que de nombreux pays de la Coopération de Shanghai (SCO), commercent depuis de nombreuses années déjà dans leur monnaie locale ou en yuan, en particulier dans le cadre d’échanges transfrontaliers, mais ils encouragent également les accords d’échange de devises avec d’autres pays, désireux d’échapper à la main de fer des sanctions des États-Unis.

Dans une interview accordée à MarketWatch, Stephen Roach, senior fellow de l’université de Yale et ancien président de Morgan Stanley Asia, déclare que les coronavirus pourraient provoquer une baisse spectaculaire du dollar américain dans un avenir proche : « À l’ère de la Covid, tout se déroule à la vitesse de l’éclair« . M. Roach a également prédit une baisse du dollar pouvant atteindre 35 % par rapport aux principales devises internationales. Il ajoute que, compte tenu des perspectives économiques actuelles, cela pourrait se produire assez rapidement.

En effet, alors que les économies occidentales ont du mal à se maintenir à flot, la Chine se prépare à lancer une nouvelle monnaie internationale, le RMB numérique, adossé à l’or, éventuellement crypté, comme monnaie de paiement et de réserve internationale, complètement en dehors du système SWIFT dominé par le dollar. La nouvelle monnaie RMP est actuellement testée dans plusieurs villes chinoises avec des résultats positifs.

La Banque populaire de Chine – la Banque centrale de Chine – a récemment révélé qu’elle prévoyait de préparer sa monnaie numérique souveraine à temps pour les Jeux olympiques d’hiver de 2022. Le déploiement international pourrait en fait avoir lieu beaucoup plus tôt, peut-être en 2021, ou plus tôt si les événements monétaires internationaux le justifient. Quoi qu’il en soit, la nouvelle monnaie commerciale pourrait très probablement trouver un attrait étonnant auprès de nombreux pays désireux de se dédollariser et de cesser d’être sous la menace de sanctions de la part de Washington..

Il est clair que toute monnaie ou tout moyen de paiement légal qui deviendra une grande monnaie de réserve et de commerce international doit être soutenu par une économie forte. Le soutien d’une économie forte est tout à fait proportionnel au yuan. L’économie chinoise actuelle, en termes de production réelle – et solide – et de stabilité à long terme, peut facilement être considérée comme la plus importante du monde. Comparer, par exemple, le PIB chinois au PIB américain, c’est comme comparer le jour et la nuit : Le PIB chinois représente plus des deux tiers de la production et de la construction tangibles et solides d’infrastructures, de logements, de transports, d’énergie, etc. ; alors que le PIB américain est presque l’inverse, plus de la moitié est constituée de consommation et d’industries de services. La plupart des productions solides sont externalisées. Cela distingue sans aucun doute le yuan ou le RMB des monnaies fiduciaires, tout comme le dollar et l’euro – qui ne sont soutenus par rien. Autrement dit,, l’économie chinoise et sa monnaie attirent une grande confiance au niveau international.

Malheureusement, ces différences ne sont pas (encore) reflétées par la comptabilité linéaire non distinguée du PIB, mais elles sont reconnues par les observateurs et les analystes économiques internationaux, y compris les trésoriers des nations du monde entier.

Ce sont là de bonnes raisons pour que le nouveau RMB ou yuan numérique se développe rapidement en tant que principal actif commercial et de réserve pour de nombreux pays. Il dépassera très probablement de loin le Bitcoin, souvent annoncé comme le « nouvel or », ou monnaie de réserve.

Non seulement le nombre de pays détenant la monnaie chinoise dans leurs réserves bancaires augmenterait rapidement, mais le montant total des réserves du yuan pourrait monter en flèche plus rapidement que ne le prévoient les analystes, ce qui signalerait clairement la fin de l’hégémonie du dollar américain. Cela pourrait sans aucun doute modifier l’équilibre mondial du pouvoir économique.

« Avec le recul, on peut dire que les deux événements historiques déterminants de 2020 sont la pandémie de coronavirus et la monnaie numérique [de la Chine]« , a déclaré récemment Xu Yuan, chercheur principal au Centre de recherche sur la finance numérique de l’Université de Pékin, dans le South China Morning Post.

Ces développements ne sont pas ignorés par Washington. Les États-Unis ne renonceront pas si facilement à leur hégémonie sur le dollar, ce qui signifie qu’ils contrôleront largement l’économie et les flux financiers mondiaux. Bien que la période du contrôle total de l’économie mondiale par le dollar soit irréversiblement révolue, Washington a l’intention de retarder ce transfert de pouvoir aussi longtemps que possible. Bien qu’une guerre ouverte entre les deux pays ne soit pas exclue, il est plus probable d’assister à une guerre des monnaies.

Conformément à la Grande remise à zéro annoncée par le Forum économique mondial (FEM) et, parallèlement, à la prévision de la Grande Transformation du FMI (voir ceci et cela), une sorte de révolution monétaire pourrait être lancée, en introduisant éventuellement un instrument majeur pour le lancement de la Grande remise à zéro, alias Transformation.

En théorie, Washington pourrait, via le FMI, revenir à une sorte d’étalon-or. Il pourrait devenir un système de devises numérique de type DTS destiné à remplacer le dollar et le yuan / RMB numérique émergent comme monnaie d’échange et de réserve. La composition actuelle du DTS comprend les cinq principales devises internationales, à savoir le dollar américain (41,73%), l’euro (30,93%), le yuan (10,92%), le yen (8,33%) et la livre sterling (8,09%).

Bien que le yuan soit largement sous-évalué, notamment par rapport au dollar américain et à l’euro, le yuan est finalement présent dans le panier de monnaie depuis 2017 et est ainsi devenu un actif international officiel de change et de réserve. Les pondérations respectives dans le panier du DTS ont été fixées pour la dernière fois en 2016 et sont valables 5 ans, ce qui signifie qu’elles devront être renégociées et réajustées en 2021.

Si l’on poursuit avec l’hypothèse du nouvel étalon-or, il se pourrait bien que dans l’hypothétique nouvelle monnaie de type DTS, l’or joue un rôle prépondérant, qui éclipserait la faiblesse du dollar américain. Cependant, comme ce fut le cas avec l’étalon-or de 1944, le département du trésor-FED des États-Unis insisterait pour que la valeur de l’or dans le panier de monnaie soit liée au dollar – ce qui augmenterait de facto de manière disproportionnée le poids respectif du dollar dans le panier.

Si un tel accord hypothétique était accepté par la majorité des pays – les États-Unis ont toujours le seul droit de veto dans les deux institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale – le « DTS » hypothétique basé sur l’or serait un concurrent sérieux au yuan / RMB numérique internationalisé émergent.

Pour éviter une telle situation, une éventuelle guerre des monnaies, la Chine, en tant que détenteur d’importantes réserves d’or directes et indirectes, pourrait envisager de créer un marché de « matières premières aurifères » dont le prix serait fixé en yuan / RMB – et inviter d’autres grands producteurs d’or, comme la Russie, le Venezuela, l’Afrique du Sud et d’autres pays ne se trouvant pas sur l’orbite des États-Unis, à se joindre à elle dans une autre monnaie, c’est-à-dire un marché de l’or libellé en yuan, ou une valeur moyenne pondérée de l’or des trois principaux acteurs du marché alternatif des matières premières aurifères, par exemple.

Cette monnaie alternative libellée en or serait renforcée par la puissance des économies respectives qui la soutiendraient.

En fin de compte – comme cela a déjà été démontré aujourd’hui – la confiance internationale dans les économies respectives et leurs monnaies – qu’elles soient adossées à l’or ou non – déterminera l’issue d’une éventuelle confrontation monétaire. La Chine, déjà engagée dans le commerce transfrontalier en monnaie locale et qui étend les accords de commerce du yuan au niveau international, par exemple avec les mesures de swap de devises en place avec la Russie, l’Iran et le Venezuela, serait bien placée pour briser l’hégémonie des États-Unis sur les devises.

Enfin, l’objectif n’est pas d’avoir une hégémonie pour remplacer une autre puissance dominante, mais d’établir un monde équilibré avec plusieurs pôles régionaux ou centres financiers qui favoriseraient un équilibre monétaire qui accompagnerait progressivement les progrès de l’Initiative Ceinture et Route (ICR, le pont qui enjambe le monde (voir ceci), avec un accès de plus en plus égal aux ressources vitales pour construire pacifiquement une communauté mondiale avec un avenir de partage pour l’humanité.

Peter Koenig

Article original en anglais :

Towards a New Gold Standard? Or a Currency War with China? Publié le 6 octobre 2020.

Traduit par Maya pour Mondialisation

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Cet article a été publié à l’origine sur New Eastern Outlook.

Peter Koenig est un économiste et un analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il donne des conférences dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour des revues en ligne telles que Global Research, ICH, New Eastern Outlook (NEO) et bien d’autres encore. Il est l’auteur de Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed, une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde entier. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essais de la Résistance. Il est associé de recherche au Centre de recherche sur la mondialisation.

Il y a 53 ans, le 9 octobre 1967, mourait en Bolivie Che Guevara, lâchement assassiné sur ordre d’un président bolivien (René Barrientos) et d’un agent de la CIA (Félix Rodríguez). Il avait été blessé à une jambe la veille et fait prisonnier à la suite d’un combat dans la Quebrada del Yuro, un lieu inhospitalier et isolé de la géographie bolivienne.

Mort à 39 ans, « le Che » demeure un demi-siècle après sa disparition une référence. Peu d’hommes auront suscité autant l’admiration et l’adhésion des Cubains de tous les âges. Sa vie, sa conduite et sa pensée en auront fait un modèle à imiter pour des millions de personnes à Cuba et dans le monde, une sorte d’icône mondiale du révolutionnaire conséquent, engagé dans la poursuite de ses idéaux jusqu’au sacrifice ultime.

Che Guevara et l’agent de la CIA, Felix Rodriquez, quelques heures avant l’exécution du Che, le 9 octobre 1967

Né à Rosario, en Argentine, Ernesto Guevara de la Serna est le petit-fils d’un chercheur d’or en Californie et un descendant du dernier vice-roi du Pérou. Sujet à des crises d’asthme, il va, pour conjurer le mal, pratiquer des sports intenses (football, rugby, natation, etc.). En 1951, il entreprend avec son ami Alberto Granado un long périple en Amérique du Sud (10 000 km). Ce voyage aura valeur initiatique : Guevara y fit la découverte de l’injustice, de la discrimination, de la pauvreté, des grandes inégalités, de la maladie. Il y puisera sa foi en la révolution nécessaire. Après avoir complété ses études de médecine à Buenos Aires, il reprendra la route vers le Nord. Au Guatemala, en 1954, il sera témoin du renversement du gouvernement Arbenz au terme d’une opération montée par la CIA.

À Mexico, il rencontre Fidel Castro – leur premier échange dura plus de huit heures – et se joint à l’expédition du Granma. Ayant fait preuve de courage et de détermination dans les combats dans l’Oriente, Che est fait commandant par Fidel. Chargé d’une colonne (la 8 : avec 139 hommes), il s’occupe de former des gradés et des soldats compétents; il crée un périodique, une radio et une école de recrutement en zone libérée. À la tête d’une colonne, il prend la direction de Las Villas, au centre de l’île, une terrible marche de 47 jours [554 km sur une carte] dans des conditions inhumaines (avançant à travers des marais putrides, sous des tirs incessants de l’armée de l’air cubaine). Le 28 décembre 1958, à Santa Clara, il prend d’assaut avec 400 hommes un train blindé de 19 wagons réputé imprenable et symbole de l’offensive gouvernementale.

Après la chute de la dictature, Che, devenu citoyen cubain, est chargé d’organiser les procès pour juger les criminels de l’ancien régime. Cette fonction lui vaudra la haine des familles des condamnés qui avaient été pourtant des assassins et des tortionnaires. Désigné ambassadeur itinérant, il voyage en Afrique, en Asie et en Europe. Les voyages à l’étranger seront désormais une composante essentielle de la mission cubaine du Che. Il se voit aussi confié des responsabilités économiques à titre de président de l’Institut national de la réforme agraire, puis de directeur de la Banque centrale et de ministre de l’Industrie. À partir de 1965, il renoue avec la lutte armée contre l’impérialisme, d’abord au Congo, puis en Bolivie. Il croit à la nécessité de « créer deux, trois, de nombreux Viêt Nam ». Les paysans boliviens n’adhèrent pas à la guérilla. Encerclé par plus de 1 500 militaires encadrés par des conseillers états-uniens, le Che est blessé et capturé dans le canyon du Churo, exécuté le lendemain et son corps, amputé de ses mains, est enterré clandestinement près de la piste de l’aéroport de Vallegrande. Ses restes, retrouvés 30 ans plus tard, reposent avec ceux de ses compagnons dans le mémorial qui lui est consacré à Santa Clara.

Lecteur boulimique, méthodique, discipliné en tout, Guevara prenait d’abondantes notes et consignait ses réflexions dans des carnets. Il a beaucoup écrit: des lettres, des discours, des essais. Il a tenu des journaux de ses voyages, de ses campagnes (à Cuba, au Congo, en Bolivie). Il a écrit sur la guerre, l’économie, le socialisme, la géopolitique. Ses discours dans les forums internationaux et ses entrevues sont d’une clarté et d’une franchise remarquables. On a conservé 431 manuscrits de sa main. Ils figurent au registre « Mémoire du monde » de l’Unesco. Les éditions François Maspéro, son principal éditeur en français, ont publié six tomes de ses œuvres.

Che fut un acteur et un théoricien révolutionnaires. Homme d’action, il était aussi un homme de réflexions. Il appliqua aux réalités sociales de son temps les outils du marxisme, telle l’analyse de classes, l’examen des rapports de forces, les alliances politiques, l’analyse sociale de l’impérialisme. Il avait un sens éthique élevé, au service de l’action révolutionnaire. La révolution le forma. C’est dans la guerre et comme cadre révolutionnaire qu’il développa sa stature de combattant, de dirigeant et de penseur. Alfredo Guevara qui a collaboré avec lui dès 1959 réconcilie les deux facettes de sa personnalité : « il fut toujours disposé à convertir ce qu’il pensait en action, mais en action intelligente. L’homme, au-delà de l’icône, était un intellectuel rigoureux et antidogmatique. »

L’œuvre du Che (en mots et en actes) s’inscrit dans un temps, répond aux défis de son époque. Elle est contextualisée. On le voit bien quand on lit Le socialisme et l’homme à Cuba (1965). Il y a des prémisses dans cet écrit : l’identité entre les dirigeants et les dirigés, entre l’avant-garde et la masse, entre la société civile et la société politique, entre les intérêts personnels et les intérêts collectifs, entre le peuple et la révolution (isolant la réaction), l’accent sur les devoirs ou le conditionnement des droits par les devoirs; la primauté de la défense. Ce sont les défis qui se posent dans la Cuba des années 60.

Mais en même temps, l’œuvre du Che est imprégnée d’une pensée dialectique qui lui permet de transcender son époque. Elle est portée par un souffle émancipateur et moral qui lui donne une valeur universelle dans le temps comme dans l’espace. L’idée d’« homme nouveau » est une utopie, mais une utopie mobilisatrice. Che croyait en l’homme dans toute sa plénitude, dans sa composante physique (travail manuel et sport), intellectuelle (étude), sociale (camaraderie). La solidarité était pour lui une valeur suprême au sein d’une société comme entre les peuples, ce qui explique que sa stature soit internationale, particulièrement dans le tiers monde.

Une jeune fille regarde de chez elle une image du héros révolutionnaire cubain Ernesto « Che » Guevara dans la vieille Havane, Cuba, vendredi 10 juin 2011 (AP Photo/Javier Galeano). Source : ndla.no

Le Che et la mondialisation

Pour les partisans de la mondialisation, il s’agit d’un phénomène universel, irréversible, nécessaire, car fondé sur les structures économiques. C’est un système triomphant contre lequel on ne peut rien. Pour le Che, l’expansion du capitalisme à l’échelle planétaire était un phénomène essentiellement social et politique. Il donnait à ce phénomène un nom tombé en désuétude : l’impérialisme. Pour Che, l’impérialisme était un phénomène historique contradictoire dont l’expansion engendre des conflits nationaux et de classes qui le condamnent. Che a défié l’impérialisme à Cuba, au Congo, en Bolivie. La perspective politique du Che est un appel à l’action pour changer le monde. C’est l’antithèse de la passivité et du fatalisme. L’analyse des rapports sociaux doit partir des unités de travail et remonter aux entités nationales et aux institutions internationales.

Le Che et la conscience

Che a mis en valeur dans l’action révolutionnaire la place centrale de la conscience, de l’organisation disciplinée et de la cohérence idéologique. Il considérait que la subjectivité était un moteur de l’histoire, que la libération des travailleurs dépendait de leur action directe, d’où l’importance qu’il attachait à l’éducation, à la formation idéologique. Il institua à cette fin le travail volontaire. Il défendit avec ardeur la primauté des stimulants moraux alors que d’autres préconisaient le recours aux stimulants matériels.

Le Che et l’internationalisme

Le Che a toujours pensé le changement en termes internationaux. Il eut une stratégie internationaliste. Il échoua cependant au plan tactique, n’ayant pas trouvé les conditions locales propices sur les deux théâtres, le Congo et la Bolivie. Les mouvements actuels qui s’inspirent de Che ont en revanche une maîtrise du local. Ils inversent la relation local/international du Che.

Le Che et l’éthique politique

C’est en mon sens la plus grande contribution du Che : enseigner par l’exemple. Il combattit la distance entre dirigeants et dirigés. Il combattit la bureaucratie, démontrant sa préoccupation pour la démocratisation du pouvoir administratif dans le secteur productif (industriel). Il fut ennemi des privilèges. Menant une vie austère, il partageait la vie matérielle de son entourage. Il était proche des gens, des travailleurs, du peuple. Il mettait l’épaule à la roue, enseignant par l’exemple, payant de sa personne, en première ligne au combat comme au travail, sans égard aux dangers et à l’asthme qui le tenaillait. Il voyait dans le travail productif volontaire une école pour dépasser la coupure entre travail mental et travail manuel. Il participait aux « dimanches rouges ». Les organisations révolutionnaires doivent préfigurer la future société, d’où sa pratique d’instituer des écoles, des ateliers, des dispensaires dans les zones de combat. On a assimilé Oussama ben Laden à Che : jamais Che ne prôna l’assassinat ni l’action terroriste. Il avait un respect pour la vie, celle des ennemis comme celle de ses hommes. Plusieurs organisations reprennent cette vision éthique. Les intellectuels ne commandent plus. Les chefs doivent prendre avis des membres au sein d’assemblées.

Le Che comme militaire

Guevara a consigné son expérience militaire et ses réflexions dans La guerre de guérilla. C’est l’œuvre qui a le plus vieilli et celle qui aboutit à des échecs au Congo et en Bolivie. Guevara ne fut jamais un militariste. Ce sont les circonstances qui en firent un soldat. L’option militaire était une option découlant d’une analyse politique : le caractère non révolutionnaire de la bourgeoisie, la nature illusoire de la voie électoraliste. Ses erreurs de terrain découlaient d’informations déficientes rassemblées par d’autres et d’une transposition à d’autres milieux de leçons tirées de la lutte armée à Cuba. Le foquismo (la théorie du foyer insurrectionnel) avait réussi à Cuba : il échoua en Bolivie.

Pendant ce temps en Bolivie

Il faudra attendre une trentaine d’années pour que des mouvements sociaux paysans, miniers et indigènesentreprennent une marche victorieuse vers le pouvoir. La révolution, cette fois, empruntera la voie électorale. En décembre 2005, Evo Morales, un syndicaliste d’ascendance aymara, est élu président à la tête du Mouvement vers le socialisme (MAS). Il sera réélu jusqu’à ce qu’un coup d’État orchestré par la droite bolivienne et les États-Unis l’oblige à démissionner et à s’exiler.Aujourd’hui nous sommes dans l’attente du retour du MAS au pouvoir et de la défaite des putschistes.

Le souvenir du Che est toujours présent en Bolivie. La présidente usurpatrice a profité de l’anniversaire pour honorer la mémoire des militaires boliviens morts dans les combats contre la guérilla du Che. Elle y est allée d’une mise en garde contre quelque étranger « qu’il soit cubain, vénézuélien, argentin » qui viendrait « créer des problèmes, il trouvera la mort ». Ironie de l’histoire, le sergent Mario Terán Salazar,choisi par tirage au sort pour exécuter l’ordre d’assassiner le Che, non sans quelque hésitation et seulement après avoir absorbé des rasades d’alcool, devait être opéré pour des cataractes en 2006 par des médecins cubains dans le cadre de l’Opération Miracle. Le quotidien cubain Granma devait écrire : « Quatre décennies après que Mario Terán tenta de détruire un rêve et une idée, le Che revient pour gagner une autre bataille. » En douze ans, plus de 700 000 Boliviens ont été traités gratuitement pour des maladies oculaires par des équipes médicales cubaines. Comble d’ingratitude de la part du régime « transitoire » issu du coup d’État, ce sont plus de 600 coopérants cubains qui ont été menacés, puisexpulsés de Bolivie. La nouvelle chancelière se permit même de dénigrer le pays qui lui avait donné sa formation en politique internationale!

Claude Morin

Claude Morin : professeur (retraité) d’histoire de l’Amérique latine, Université de Montréal, et chercheur associé au CRM.

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Après le nazisme… le covidisme.

octobre 11th, 2020 by Dr Pascal Sacré

L’habituel défaut de l’homme

Est de ne pas prévoir l’orage par beau temps.

Machiavel

 

En avril 1945, quiconque entrait à Berlin était frappé par l’étendue des destructions.

En plus de celles effectuées par les bombardiers, les mortiers et les tanks alliés, d’autres résultaient directement de la politique de la « terre brûlée » préconisée par le Führer. 

Dans les derniers jours de la guerre, le psychopathe avait décrété que les vainqueurs ne mettraient pas la main sur le moindre objet de valeur, que l’Allemagne devait être transformée en un désert de ruines et que pas une seule maison ne resterait debout pour abriter l’ennemi.

Naturellement la plupart des Allemands n’étaient pas prêts à faire ce plongeon final dans le néant, en-dehors d’une certaine minorité.

Les habitants dans les rues dévastées étaient des rescapés de la guerre certes, mais aussi et surtout du suicide fanatique d’une nation entière.

Le 8 mai 1945, au fur et à mesure que se précisait la reconstitution historique de l’holocauste et que l’on découvrait ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants envoyés dans les chambres à gaz, et des centaines de milliers d’autres tués d’une balle dans la nuque et enterrés dans des tranchées, comment trouver une explication à cette horreur glaçant l’esprit humain normal ?

Comment des êtres raisonnables, fondamentalement sensibles, avaient-ils pu accepter de mettre à exécution les obsessions diaboliques d’un malade mental et d’une poignée de détraqués à son service ?

Pourquoi des millions de gens s’étaient-ils laissés emmener avec si peu de résistance vers les camps de concentration et les chambres à gaz ?

Par quelles connaissances de la psychologie et de la manipulation des masses Adolf Hitler et ses sbires avaient-il réussi à acquérir un pouvoir aussi absolu ? 

Explorer les ouvrages sur le totalitarisme, le militarisme, la guerre froide, le sectarisme religieux, le racisme, la paranoïa, la psychologie des foules, la modification du comportement et le contrôle des cerveaux ne relève pas, pour ma part, d’une curiosité morbide, mais aide à répondre à cette question torturante.

Comment le peuple allemand, ces dizaines de millions de gens « normaux », ce peuple qui n’était en rien différent d’un autre peuple, en rien différent de nous aujourd’hui, en rien différent de ceux et celles qui habitent autour de nous, avaient pu basculer aussi facilement et rapidement dans l’horreur de masse ? 

Placés dans des circonstances identiques, combien d’entre nous seraient capables des mêmes atrocités [1] ?

À l’heure de l’hystérie covidienne, le « covidisme », de tous ses mensonges tolérés, de toutes ses exagérations officielles, prétextes à toujours plus de règles et d’intrusions des gouvernements dans la liberté citoyenne, avec manipulation de la pensée, trucages des chiffres, agitation mentale et peurs injustifiées entretenues par les médias, nous sommes en droit de frémir, non pas devant cette infection virale, mais devant tout ce qu’elle entraîne comme totalitarisme disproportionné

De toute façon, le totalitarisme est toujours disproportionné. 

Cette fois, l’utilisation non pas d’un terrorisme préfabriqué, mais d’une infection virale somme toute bien moins mortelle que nombre de maladies qui nous accompagnent depuis des décennies sans que cela n’émeuve nos gouvernements, montre combien l’esprit de la plupart des hommes et femmes « normaux » a été chloroformé, à nouveau.

Le processus de basculement est déjà bien avancé.

Car ce totalitarisme pavé de bonnes intentions (sauver des vies pour en réalité en tuer bien davantage) devient de plus en plus évident.

Dans ses rapports de correspondant de guerre à l’époque de la montée du nazisme, en 1933 en Allemagne, le journaliste William L. Shirer [2] dit quelque chose qui devrait tous nous faire réfléchir, aujourd’hui :

« La vitesse et la profondeur des mutations de la société allemande… » furent proprement impressionnante.

Il a pu assister à la façon dont tout un peuple avait cédé à une forme d’hypnose collective, avec prise en otage de ses capacités de réflexion, de ses facultés de discernement.

Lorsque le Führer se montrait au balcon, la foule rassemblée entrait en transe.

Lorsque les présentateurs et conseillers de sécurité parlent de courbes de nouveaux « cas », les populations entrent en transe.

La censure était omniprésente.

N’est-ce pas ce qu’il se passe, aujourd’hui, à propos des centaines, milliers de médecins, professionnels de la santé qui osent contester la propagande gouvernementale à propos du COVID-19 [3] ? 

Des professeurs d’université qui veulent réveiller l’esprit critique sont menacés de renvoi [4], des médecins, menacés de sanctions.

Cette censure permettait au régime nazi de garder le contrôle des esprits. Si on déviait de la ligne permise, plus ou moins visible, on était expulsé, voire pire.

La censure sur les réseaux sociaux ou les sites de vidéo en ligne, toujours en faveur des propagandes gouvernementales, sévit plus que jamais en 2020.

Voici un témoignage directement de la bouche de William L. Shirer, en Allemagne, à l’époque d’Hitler :

« X est venu me voir, écrit-il le 21/09/40. Après que nous eûmes débranché mon téléphone et que nous nous fûmes assurés que personne ne nous écoutait par la fente de la porte, il m’a raconté une histoire « fantastique ». Il dit que la Gestapo a commencé à faire disparaître systématiquement les gens qui souffrent d’aliénation mentale dans le Reich. »

À propos de la persécution des Juifs, Shirer s’étonnait d’entendre minimiser la détermination des nazis, minimisation venant surtout de gens aisés et instruits qui refusaient de voir l’évidence, qui croyaient que l’antisémitisme finirait par passer.

Aujourd’hui, dans la crise d’hystérie covidienne, c’est à nouveau le cas, beaucoup de gens pourtant instruits, aisés, fondamentalement sensibles, raisonnables attendent que tout cela passe, et minimisent la contestation.

La promesse d’un vaccin à la fois efficace et aux effets secondaires maîtrisés est irréaliste [5], en particulier en matière de coronavirus, et pourtant, de nombreuses personnes éduquées, raisonnables en d’autres circonstances sont prêtes à se laisser manipuler. 

À basculer.

N’avons-nous pas assisté, en quelques mois, à une phase de traumatismes répétés d’une bonne partie de la population humaine ?

La peur, l’angoisse, l’anxiété sont maintenus, entretenus, sans que les données médicales réelles ne viennent les justifier, comme cela est souligné par plusieurs médecins, spécialistes, de l’intérieur, pourtant rejetés, ignorés, censurés.

Aujourd’hui, ce qui nous entraîne dans le totalitarisme dont le nazisme et le communisme étaient jusqu’ici les expressions les plus meurtrières, n’est pas un homme en particulier, ni même un groupe précis, mais une clique de gens regroupée autour d’une idéologie mortifère basée sur la corruption et le mensonge, sur le travestissement de la réalité.

Le mensonge est partout et il censure la vérité par tous les moyens dont il dispose, médias, groupes scientifiques achetés ou aveuglés, vérificateurs de faits qui parasitent tout et ne font jamais que discréditer tout ce qui contredit la propagande officielle.

Mais ce qui rend tout cela possible, à nouveau, en 2020 comme dans les années 30 en Allemagne, c’est la sidération de centaines de millions de gens normaux, d’êtres fondamentalement sensibles qui ont sincèrement juré « plus jamais ça » et qui, pourtant, sont prêts à reproduire l’impensable, l’érection d’un nouveau totalitarisme, mondial cette fois.

Comment pensez-vous que les personnes lucides qui refuseront ce qui sera présenté comme un vaccin contre le SRAS-2 seront traitées ?

Seront-elles marquées, rassemblées dans des camps, isolées, stigmatisées, culpabilisées ?

Devront-elles porter un signe distinctif ?

La société totalitaire et ses serviteurs zélés, complices, les empêcheront-ils d’accéder à tout ce qui définit la liberté, la dignité : se rassembler, voyager, s’exprimer, s’embrasser, aimer, être aimé, rire sans masques pour le cacher ?

Le traitement des personnes qui refusent de porter des masques inutiles et néfastes pour la santé à longueur de journée est-il un avant-goût de l’ostracisme aveugle à venir ?

Nous sommes sur cette pente, de plus en plus raide, vers une nouvelle horreur.

Tous les signes le montrent.

Censure, « raisonnement » binaire : oui-non, pour-contre, monopole gouvernementale sur l’histoire qui est racontée aux gens, énorme passivité des gens, paralysie de la capacité à raisonner, débattre par la peur, l’intimidation, la simplification excessive, réductrice et stigmatisation de l’ « autre », celui qui n’est pas d’accord, auquel le système de contrôle refuse même le droit à s’exprimer librement.

Nous n’avons jamais autant baigné dans le mensonge maquillé en vérité.

Il n’est pas trop tard car la transe n’a pas touché tout le monde, au contraire, beaucoup de personnes se sentent de plus en plus dégoûtées par cette orgie de mauvaise foi et de faux-semblants.

Ce n’est pas étonnant que l’espoir nous vienne d’Allemagne, plus précisément de Berlin.

 

Le 29 août 2020, manifestation pour la liberté et pour la paix, Berlin [6].

Une ville qui a connu les deux totalitarismes les plus meurtriers de l’histoire, nazisme puis communisme, ne laissera pas passer le troisième, le covidisme.

Espérons-le.

Soyons tous, chacun à notre tour, des foyers de résistance.

Soyons tous des August Landmesser, l’homme qui, en 1936 à Hambourg, refusa de faire le salut nazi dans une foule en délire [7].

« Le Héros est celui qui relève le gant

Quand toutes les chances sont contre lui. »

Eschyle

Dr Pascal Sacré

 

 

Image en vedette : Un masque avec le drapeau allemand. Source : Pixabay.com

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Notes :

[1]https://www.youtube.com/watch?v=UnSz5YYEc1Y&t=4s , Né en 17 à Leindenstadt Jean Jacques Goldman

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/William_L._Shirer 

[3]https://covidinfos.net/covid19/censure-les-pr-toussaint-toubiana-et-200-autres-scientifiques-universitaires-et-professionnels-de-sante-censures-par-le-jdd-lisez-la-tribune-interdite/2368/ 

[4]https://markcrispinmiller.com/2020/10/nyu-must-affirm-mcms-academic-freedom-petition/   Un professeur d’université menacé de renvoi car il a demandé à ses étudiants de vérifier les études pour et contre les masques (en insistant sur les liens d’intérêts des auteurs !)

[5]https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-coronavirus-dangers-vaccin-elabore-hate-80089/ 

[6]http://www.francesoir.fr/politique-monde/berlin-enorme-foule-de-manifestants-pour-le-discours-historique-de-robert-kennedy-jr  

[7]https://www.lexpress.fr/actualite/monde/l-homme-qui-refusa-de-faire-le-salut-nazi_1080771.html?fbclid=IwAR0i3LjGGK4NH9FY-IlemCs3JFm61N4s0j6Sd189IJQHgN6TD9FUaNwk6tU August Landmesser. Un jour de 1936, dans l’Allemagne d’Adolf Hitler, il refuse de faire le salut nazi, au milieu d’une foule qui lève le bras à l’unisson pour célébrer le départ d’un navire flambant neuf du port de Hambourg. La scène a été immortalisée par un photographe. Elle n’est pas inconnue : elle est exposée au centre de documentation « Topographie de la Terreur », situé dans l’ancien QG de la Gestapo, à Berlin.

Il s’appelle August Landmesser. Un jour de 1936, à Hambourg, il refuse de faire le salut fasciste, au milieu d’une foule qui lève le bras à l’unisson. Il avait des « raisons personnelles de ne pas faire le salut nazi », lit-on sur le site du Washington Post.

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Le bruit circule dans les cercles bien informés que, tout comme sur le chemin de Damas, le Christ est apparu à Saint Paul qui en est tombé de son cheval, les quatre Cavaliers de l’Apocalypse, qui annoncent la fin du monde, sont apparus à nos Élites, dans la lumière du Coronavirus. Elles ont compris le message et se sont réjouies, à l’exception de l’indécrottable Trump qui de toute façon périra en enfer.

Cela fait pas mal de temps qu’elles y travaillent, à la fin du monde occidental, et il est temps que leurs efforts soient récompensés. Il faut être un vieux réactionnaire iconoclaste comme Maffesoli pour oser dire que les Élites (« ceux qui ont le pouvoir de dire et le pouvoir de faire ») sont « en déshérence » et que c’est parce qu’elles ont une peur paranoïaque du peuple, qu’elles gouvernent par la peur. C’est n’importe quoi, nos élites ne songent qu’à nous protéger. Et, loin de paniquer, elles suivent un plan précis. Mais pour le comprendre, il faut remettre les fabuleux évènements que nous vivons actuellement dans leur contexte historique.

Capture d’écran: Macron en visitant une usine. Source : dailysabah.com

Le contexte historique de la Grande Conversion

Autrefois, comme Saint Paul nous suivions Jésus. Il prétendait nous guider vers l’Amour, l’amour agapé, l’amour don de soi. Nous savons désormais que ce n’était que des sornettes pour grenouilles de bénitier, des enfantillages sortis tout droit du Moyen-Age, cette époque obscurantiste qui n’a laissé derrière elle que quelques stupides cathédrales que nous allons pouvoir finir de bruler maintenant que le bienheureux COVID-19 a chassé les touristes.

Aujourd’hui, enfin, nous avons vu la lumière et nous adorons la Nouvelle Sainte Trinité : le PROGRÈS, la SCIENCE et le CAPITAL. Désormais, grâce au Progrès et à Google, nos enfants ont un accès direct à la pornographie. C’est moderne, efficace et rentable.

Nos Nouveaux Bons Dieux, nous promettent, dans leur évangile, d’éradiquer totalement le démon de l’insécurité afin de faire advenir, sur terre, le paradis du Risque Zéro. Il n’a pas été difficile de faire adhérer les peuples à cette perspective, infiniment plus enthousiasmante que celle du paradis après la mort de l’ancien Dieu des Occidentaux, ou du paradis sur terre, appelé liberté, égalité, fraternité, des révolutionnaires des temps passés.

Tout comme l’ancien Dieu de l’Occident avait ses saints et ses anges ou la Révolution ses héros, nos Dieux ont leurs archanges, leurs anges, leurs saints, leurs héros :

Le plus grand de leurs serviteurs est l’archange FINANCE représenté partout et en tous lieux par ses anges gardiens : les banques, les actionnaires, les percepteurs d’impôts, de taxes et d’amendes. Ils procurent à nos Dieux et nos prêtres, l’argent et le sang des sacrifices humains, animaux et végétaux, nécessaires à leur mission. Nous n’avons plus besoin, comme les Incas, que le sang des sacrifices dégouline le long des escaliers des temples pour nous impressionner. Nous sommes civilisés et nous avons compris qu’il n’y avait pas d’alternative. Nous savons que rationaliser les comportements de toutes les créatures terrestres nécessite un contrôle absolu de leurs mouvements et de leurs esprits, et nous nous plions de bonne grâce aux exigences de nos Dieux, sans qui nous serions soumis à tous les aléas de la vie et de la mort, comme nos malheureux ancêtres. C’est avec joie que nous donnons notre argent et notre sang à l’archange FINANCE.

Il y a encore bien sûr quelques réfractaires, mais nos prêtres (qu’on appelle désormais Élites), combattent les hérétiques, avec un courage que leur immortalité ne suffit pas à expliquer. Ce sont des Saints, ou plutôt des Saintes, car la SCIENCE a vaincu le genre, comme elle est en passe de vaincre la maladie et la mort.

Nos Dieux ont créé ex nihilo la SCIENCE ECONOMIQUE qui régit toute notre vie : de la culture à la santé en passant par la politique, les médias, la justice, la police, l’armée, etc. Ce n’est heureusement plus l’évanescente Vertu qui suscite, parmi les Élites chargées de nous protéger, la saine émulation nécessaire. Le Dieu Capital a développé un système bien plus efficace pour s’assure leur loyauté : le chantage, la menace, l’acharnement judiciaire, le meurtre et surtout la corruption directe ou indirecte (pots de vin, postes, prébendes, sinécures, missions, jetons de présence, clientélisme, privilèges de toutes sortes). Dans ce domaine, comme ailleurs, l’ingéniosité de nos Dieux n’a pas de limites.

Le Dieu Capital déploie, comme la déesse indienne Durga, de nombreux bras armés: Big Finance, Big Industrie, Big Pharma, Big Média, Big Armement, Big Energie, Big Dette.

Leur mission est d’éradiquer les quatre Grand Maux archaïques : Paix, Prospérité, Santé et Vérité, ou plutôt, d’en faire de l’or, en les changeant en leur contraire : Guerre, Misère, Maladie et Propagande. L’histoire a appris à nos Saintes Élites que l’Amour, la Paix, la Prospérité, la Santé et la Vérité n’apportent que le malheur aux simples humanoïdes que nous sommes. Comme elles nous l’enseignent, dans l’ancien monde, après la dernière Grande Guerre occidentale, les capitalistes, aveuglés par une idéologie pervertie, ont cru faire le bonheur des peuples en faisant régner la Paix, la Prospérité, la Santé et la Vérité. Eh bien, en 1968, les peuples, furieux, se sont sauvagement révoltés et les ont quasiment assassinés !

Nous fêtons toujours les héros qui ont courageusement combattu ce soulèvement et les rebelles qui, comme Con le Bandit, se sont convertis et sont devenus de grand serviteurs de nos Dieux, montrant l’exemple à ceux d’entre nous qui avaient du mal à voir la lumière. C’est cette première révolte qui a fait comprendre aux bras armés du PROGRÈS, de la SCIENCE et du CAPITAL que tous les efforts qu’ils consentaient en termes de partage des richesses et du pouvoir n’aboutissaient qu’à donner à ces peuples cupides et stupides l’envie d’en réclamer davantage, sans compter que leur irresponsable course au bonheur engendrait la destruction de l’environnement. Ils ont donc ordonné à nos Saintes Élites, lors d’une messe secrète, d’opérer un renversement total des valeurs et des objectifs. En effet, si un cap s’avère mauvais, la sagesse recommande, non pas de le modifier petit à petit jusqu’à trouver la bonne direction, mais de prendre résolument la direction opposée.

Comme l’enseignent encore nos Élites, la Première Illumination issue de la révolte de 1968, à savoir à
la prise de conscience que les peuples préféraient le malheur au bonheur, ne suffit pas, à elle seule, à expliquer l’immense chemin parcouru depuis. C’est la Seconde Illumination, après la révolte des Gilets jaunes de 2018, réprimée dans le sang comme il se doit, qui nous a mis sur le chemin de la Perfection que nous suivons aujoufrd’hui, avec la réalisation que le problème n’était pas le bonheur ou le malheur du peuple, mais le peuple lui-même. Nos Élites n’ont pas eu de mal à nous en convaincre. Il est clair que les peuples occidentaux, et principalement nous les Français, par nos exigences insensées de justice et de liberté, nous sommes la cause du désastre mondial. Et comme dit Brecht, quand un peuple devient toxique, il n’y a plus qu’une solution, en « changer ».

Les Deux Grandes Illuminations sont bien entendu solennellement glorifiées chaque année dans notre liturgie. Alléluia !

Hara-kiri ou l’aboutissement du chemin de Perfection

Lorsque nos Élites nous ont montré à la Sainte Télévision (le seul lien que nous avons désormais avec l’extérieur, afin de protéger nos semblables), les quatre Cavaliers de l’Apocalypse qui leur étaient apparus dans le ciel du Coronavirus, nous avons compris que le moment était venu de nous faire harakiri. Nous sommes tous tombés à genoux. Quelle vision magnifique (nous nous sommes vus à la TV grâce à Big Media qui nous filme en permanence) que ces millions de personnes masquées, agenouillées chez elles à un mètre cinquante les unes des autres, regardant avec reconnaissance, sur leurs écrans, leurs Elites agenouillées elles aussi, mais sans masque, car l’Olympe, où elles résident, est bien ventilé et il n’y a pas de virus !

Nous nous sommes sentis comme les Hébreux qui, après quarante ans passés dans le désert, atteignent enfin la Terre Promise. Nous avons loué nos dieux et nos prêtres de nous avoir si bien préparés à ce moment crucial par quarante ans de renoncements volontaires. Nous pouvons être fiers de nous. En quarante ans, malgré des périodes de doute et de découragement, nous avons réussi à sacrifier, sur l’autel du PROGRÈS, de la SCIENCE et du CAPITAL, notre économie, notre sécurité sociale (retraites, chômage, allocations familiales, santé) nos services publics, notre patrimoine, nos biens communs, nos salaires, nos emplois, nos libertés, nos liens sociaux, notre indépendance, notre souveraineté, notre monnaie, notre défense, notre sécurité, notre éducation, notre culture et notre joie de vivre. Pleins de gratitude, nous attendons avec impatience le signal de nos prêtres, nos Saintes Élites, en nous efforçant de faire le moins de mal possible, pendant qu’elles prennent les dernières mesures pour en finir complètement avec notre civilisation toxique.

Pour ne pas transmettre le virus fantôme et ajouter encore un méfait à tous ceux que nous nous avons déjà commis, nous évitons désormais de respirer (sauf pour consommer des produits taxés, comme les cigarettes ou l’alcool) et de sortir de chez nous (sauf pour ceux qui doivent encore aller travailler). Ceux qui ont encore un commerce, font de leur mieux pour le mettre en faillite, de façon à ce qu’il soit racheté par un des bras armés du Dieu Capital qui en fera meilleur usage qu’eux.

Que nos Dieux soient bénis de pour nous avoir libérés de tout ce que nous possédions, de tout ce que nous étions ! C’était un fardeau trop lourd à porter. Nous sommes prêts pour la Grande Purification. Elle est nécessaire, car malgré quarante ans de prêches progressistes et sociétaux, encore trop d’entre nous doutent. Trop d’entre nous n’ont pas encore entièrement renoncé à ce que, dans l’ancien monde; on appelait des Droits, trop refusent de croire qu’un virus qui ne tue pas est mortel, trop refusent de se faire vacciner avec des vaccins dont le seul effet positif certain sera d’enrichir Big Pharma, trop ne croient pas à la vertu miraculeuse des masques, du confinement, des fermetures de bars, de gymnases, de discothèques. Des milliers d’années de vie sauvage ont rendu trop d’entre nous imperméables au PROGRÈS.

C’est pourquoi nous avons hâte de libérer la terre de notre présence maléfique. Nous ne connaissons pas encore le jour, ni l’heure, du Sacrifice Ultime. Nous attendons, de nuit comme de jour, les anges de la SCIENCE qui viendront nous inoculer le Vaccin de la Vie Eternelle que Big Phama est en train de mettre au point. Alors, dans l’allégresse, nous monterons au ciel en respectant les mesures barrières. Là nous ne craindrons plus rien. La promesse sera accomplie.

Hara-Kiri (Seppuku). source : Flickr

Pour l’histoire nous serons des héros. Des héros dont le sacrifice permettra l’avènement sur terre de la Sécurité Absolue et du Risque Zéro. L’histoire se rappellera aussi de nos Élites. C’est leur adroite instrumentalisation d’une simple épidémie de grippe qui aura permis de faire table rase de l’ancien monde, quand il est devenu clair qu’il résistait toujours au PROGRÈS, à la SCIENCE et au CAPITAL.

Grâce à notre sacrifice, le risque que se lève, d’entre les esclaves consentants de la Propriété Privée des moyens de production et de la Dette, un archange de la Propriété Collective qui envoie les bras armés du Dieu Capital rejoindre Lucifer (et Trump) aux enfers, et que les déesses Partage et Solidarité règnent à nouveau sur le monde, sera complètement éradiqué.

Nos Dieux pourront se consacrer à des peuples plus méritants que nous, des peuples neufs qui n’ont pas besoin de toits, ni de salaires, ni presque de nourriture, et qui n’ont pas encore de dettes. Ces populations, nous n’en doutons pas, seront heureuses et reconnaissantes de servir, comme nous l’avons fait, le PROGRÈS, la SCIENCE et le CAPITAL jusqu’au sacrifice final…

Dominique Muselet

Image en vedette : pixabay.com

Cet article a été publié initialement sur le site salaireavie.fr

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L’Arménie saigne une fois de plus et la Syrie est en flammes. Les amis et les alliés compatissent, mais seuls les Arméniens et les Syriens n’ont plus de mots ni de larmes… Il n’empêche qu’ils continuent à se défendre et à se battre, les premiers contre le trio infernal formé par la Turquie, Israël et l’Azerbaïdjan, après que nombre d’entre eux se soient battus pour la Syrie devenue leur deuxième patrie ; les seconds contre une prétendue communauté internationale, faussement humaniste, qui s’arrange pour faire pleurer dans les chaumières lorsqu’il est trop tard ou lorsqu’elle est convaincue que les victimes serviront ses intérêts ou finiront sous sa botte. 

Qui sait et, dans ce cas, qui se souvient des Syriens arméniens d’Alep qui ont perdu la vie en se battant contre des monstres venus des quatre coins de la planète pour assassiner leurs familles, démolir leurs maisons, voler leurs biens et s’approprier une fois de plus une terre qui les a vus naître et qui est devenue aussi chère à leur cœur que la terre de leurs ancêtres ? Vous voulez des noms ? Missak Kahabian, Grégor Achnakalian, Sarkis Soulakian… des noms qui reposent désormais dans les registres mémoriaux de l’épopée syrienne que ni Erdogan ni ses créatures lobotomisées, glanées en Syrie ou ailleurs, ne pourront ternir. 

Qui sait et, dans ce cas, qui se soucie des 60 à 80 foyers d’incendie, quasi simultanés, en train d’avaler le littoral syrien, ses somptueuses vallées, ses magnifiques forêts et ses récoltes prometteuses de survie et de résistance face aux sanctions occidentales ? Vous voulez une image ? Fermez les yeux et imaginez, à Dieu ne plaise, la Corse en flammes. Parce que c’est cela aussi la Syrie. Mais, pendant que les pelleteuses des suppôts d’Erdogan s’acharnent à voler les trésors archéologiques encore enfouis dans son ventre, vu qu’ils ont déjà dépouillé son corps, voilà qu’il nous faudrait croire que les brûlures infligées à sa peau sont le fait du réchauffement climatique ou de la négligence de ceux qui labourent sa terre avec tout l’amour du monde. Cette même négligence qui a réduit en cendres le port de Beyrouth !? 

Mais ne soyons pas ingrats. Il se dit que le salut est proche pour la Syrie, comme pour l’Arménie. Leurs amis et alliés négocient des trêves et des processus de « solutions politiques » qui obligeraient les agresseurs à prendre un peu de répit. Finalement, ils font ce qu’ils peuvent, étant donné qu’ils seraient dans le collimateur des mêmes ennemis. [NDT]. 

 

***

D’après Moses Khurynatsi [Moïse de Khorène], l’un des historiens arméniens les plus célèbres ayant vécu au Ve siècle et surnommé le Hérodote d’Arménie, les Arméniens sont les descendants de la renaissance de l’humanité après le « Déluge » ; l’Arche de Noé s’étant échouée sur le mont Ararat, Noé se serait dirigé vers Babel en laissant son fils Sem sur les terres d’Arménie. La nation arménienne descendrait donc de Sem fils de Noé. [Plus récemment, certains auteurs ont situé Moïse de Khorène au VIIIe ou au IXe siècle en confirmant que l’histoire commence, comme il se doit, par les trois fils de Noé : les créateurs de l’Arménie étant de la lignée de Japhet, leurs principaux adversaires de la lignée de Cham, celle de Sem restant neutre avec le prophète Abraham comme illustre descendant [*] ; Ndt]. 

À cette conviction sacrée concernant les racines de la nation arménienne puisée dans le Livre de la Genèse de la Torah, correspond une conviction similaire chez les Azéris. L’Azerbaïdjan ne serait pas moins saint et tirerait sa signification d’un souverain d’essence divine que le feu ne peut atteindre, d’après l’une des interprétations de Mahmoud Ismaïlov dans son célèbre ouvrage intitulé : « Une brève histoire de l’Azerbaïdjan ». 

Partant de là, l’on est supposé considérer que certains motifs sous-jacents au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, entrecoupé d’épisodes d’affrontements sanglants, entrent dans un contexte de « saintetés qui se font la guerre » ; voire au-delà, vu que les deux nations s’approprient l’Histoire en prétendant que l’autre nation est issue de la sienne ou qu’elle lui a imposé sa domination. 

Ainsi, dans son « Histoire de l’Arménie », le Père de l’historiographie arménienne, Moses Khurynatsi, dit que le roi des Perses, Archak le grand, a investi son frère Vagharchak roi d’Arménie ; lequel a étendu son règne sur l’Asie, l’ouest de l’Assyrie, la Palestine, l’Azerbaïdjan et les Pays du Caucase. Alors que Mahmoud Ismaïlov dit que l’État d’Atropatina [d’atropatia ou le domaine du feu], établi au quatrième siècle avant JC et de souches azerbaïdjanaises, comprenait l’Arménie ainsi que la Géorgie et que, tout au long des guerres incessantes entre les Arméniens et les Azéris, la région de l’Artsakh connue aujourd’hui sous le nom de Haut-Karabakh a toujours été l’objet de discordes entre les deux nations, mais que les Azéris avaient regagné cette région au Ve siècle après JC. 

Qui peut défaire les foudres engendrées par des saintetés légendaires fixées dans l’Histoire des peuples ? Nul ne le peut. Par conséquent, venons-en au présent et abordons l’actuel conflit arméno-azerbaïdjanais sous deux angles : 

  • celui des partenariats stratégiques avec la Turquie, d’une part ; la Russie et l’Iran, d’autre part ; 
  • celui de l’importante implication de la Turquie en lien avec ses propres stratégies en dehors de ses frontières. 

***

En effet, s’agissant des partenariats stratégiques, dire que la crise arméno-azerbaïdjanaise est un test du partenariat turco-russo-iranien repose sur le fait que ces dix dernières années, ces trois États ont travaillé à construire des relations destinées à neutraliser les désaccords bilatéraux, pour se focaliser sur les foyers de désaccords extérieurs. 

Du côté turco-russe existent nombre de piliers d’un tel partenariat dans les domaines du pétrole, du gaz [Turkish Stream], du nucléaire via les réacteurs russes installés en Turquie, du système russe de missiles S-400, sans compter la volonté affichée de la Turquie d’acheter des chasseurs Su-35 russes pour une valeur de 3 à 4 milliards de dollars ; ce qui la classerait au troisième rang des pays acquéreurs d’armement russe, après la Chine et l’Iran. 

Et alors que la Turquie refuse d’appliquer les sanctions américano-européennes contre la Russie, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a atteint environ 25 milliards de dollars en 2019 d’après le site Russia Today du 05/03/2020 ; ce même site ayant rapporté le 27/08/2019 que le président turc avait déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue russe, Vladimir Poutine, que les deux pays envisageaient de porter le montant de leurs échanges commerciaux à 100 milliards de dollars par an. 

Une telle masse de contrats à long terme entre Moscou et Ankara, à laquelle s’ajoutent les relations troubles de la Turquie avec les États-Unis et l’Union européenne, sont dans l’intérêt de la politique étrangère russe, mais n’éliminent pas les dérobades et les désaccords sur la Syrie, la Libye, la Méditerranéenne orientale, dont les conflits de la Turquie avec Chypre puis la Grèce, et maintenant son implication en Azerbaïdjan. 

Comment la Russie réussira-t-elle à trouver un équilibre entre ce partenariat stratégique avec la Turquie et ses propres intérêts tout aussi stratégiques dans les points chauds qui impliquent les deux pays ?

***

Du côté de l’Iran, la situation semble moins âpre et le partenariat stratégique suit le même cours. La Turquie a ouvertement déclaré son rejet des sanctions occidentales contre l’Iran et Nail Olpak, le chef du Conseil des relations économiques extérieures de Turquie, a exprimé depuis Téhéran une volonté commune d’élever le niveau du commerce bilatéral de 9,5 milliards à 30 milliards de dollars, comme publié par l’agence turque Anadolu le 18/11/ 2019. Ce chiffre avait été préalablement évoqué par le ministre iranien de l’Économie et des Finances parlant des « relations historiques et chaleureuses » entre l’Iran et la Turquie, comme rapporté par Al-Alam TV en langue arabe le 3/10/2019.

Jusqu’ici, la Syrie était quasiment le seul sujet possiblement explosif entre la Turquie et l’Iran. En effet, les deux gouvernements soutiennent le Qatar, s’opposent aux ambitions kurdes et ont des points de convergence sur la situation en Libye vu leur reconnaissance du GNA [Gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj], comme l’a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, à partir d’Ankara, lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu ; conférence diffusée par Sputnik le 16/06/2020. 

Cependant, le nouveau conflit arméno-azerbaïdjanais met le partenariat stratégique entre les deux pays devant une épreuve d’une difficulté rarement atteinte. En effet, la poursuite des affrontements sanglants autour du Haut-Karabakh pourrait alimenter et enflammer le ressentiment nationaliste en Turquie, comme il pourrait s’avérer difficile pour les Azéris iraniens de contenir leurs sentiments à l’égard de leurs coreligionnaires azerbaïdjanais. Quelle sera la solution ? 

***

Quant à l’implication de la Turquie dans la crise arméno-azerbaïdjanaise à un tel niveau de déchaînement, il faut admettre d’emblée que les objectifs qui l’animent ne sont rien d’autre que le pétrole et le gaz. 

Selon l’Institut de statistique turc, le montant des importations en énergie a atteint les 41 milliards de dollars en 2019, comme le rapporte l’agence turque Anadolu dans son édition du 24/08/2020 ; ce qui éreinterait l’économie turque. C’est pourquoi la Turquie s’est rabattue sur la Syrie et a même discuté avec Vladimir Poutine et Donald Trump d’une gestion partagée des champs de pétrole syriens du Gouvernorat de Deir ez-Zor ; information publiée par Russia Today et The voice of America en mars 2020. Par ailleurs, la présence militaire turque en Libye n’a d’autre but que de lui réserver un siège à la table du « dialogue international concernant la gestion du pétrole libyen » lorsque le moment sera venu. 

Entretemps, la Turquie fait tout son possible pour transformer ses ports en portes d’exportation de pétrole et de gaz vers l’Europe ; le gaz russe via le Turkish Stream, le pétrole irakien de Kirkouk via le port de Ceylan, plus d’autres projets portant sur le gaz iranien. Quant à sa présence militaire au Qatar, elle s’inscrit dans le cadre de la consolidation de sa stratégie énergétique dans les régions les plus riches en gisements d’hydrocarbures, tout comme son équipée vers l’Azerbaïdjan, lequel flotte sur du pétrole et du gaz, constitue le dernier maillon de cette stratégie. 

***

Que signifie tout cela ? Cela signifie que la Turquie économiquement dépendante faute de ressources énergétiques aspire à combler cette lacune en nourrissant les crises régionales : la guerre sur la Syrie, l’instabilité en Irak, la déchirure libyenne, le siège du Qatar, le conflit sur le Haut-Karabakh… Des crises qu’elle considère comme autant d’opportunités lui permettant de rectifier les déviations du cours de son histoire il y a cent ans. 

Ainsi, dans un article du 2/10/2020, Ibrahim Karagül, le rédacteur en chef du quotidien Yeni Safak proche d’Erdogan, a commenté les événements au Haut-Karabakh comme suit : « Aujourd’hui, nous voyons partout l’expression de la ‘’pensée géopolitique’’. Nous l’avons d’abord observée dans le nord de l’Irak, puis en Syrie, puis à l’est de la Méditerranée, puis dans la mer Égée et plus récemment dans le Caucase. Nous ne sommes pas les seuls à la voir. Le monde entier la voit, vu que les centres du Système international dessinent la carte du monde depuis des siècles. La Turquie édifie une force au sein de plus vastes frontières dans la région, prend l’initiative et explose le statu quo établi depuis le début du XXe siècle ». 

La Turquie « explose le statu quo établi depuis le début du XXe siècle » ! Oui, mais la plupart des explosions frappent des zones partagées avec deux de ses supposés partenaires : la Russie et l’Iran. Ce qui pose la question de savoir comment réagiront ces partenaires, en particulier dans la zone d’engagement azerbaïdjanaise où se conjuguent plusieurs défis touchant à leur sécurité nationale, à leur espace vital, aux liens entre leurs ethnies, à leurs conflits historiques [Safavide-Ottoman/Tsariste-Ottoman] et aux guerres pour l’énergie. La conjonction de l’ensemble de ces graves défis ne se retrouve pas ailleurs qu’en Azerbaïdjan. 

***

Que faire ? Vladimir Lénine ne siège plus au Kremlin pour répondre à cette question léniniste. S’il était encore vivant et écoutait Léon Trotsky, l’auteur de « la théorie de la révolution permanente », il aurait déclaré une guerre féroce contre la Turquie. Et si son héritier au Kremlin, Vladimir Poutine, écoutait Alexandre Douguine, le théoricien de la Russie impériale orthodoxe, il aurait battu les tambours de la guerre sainte contre les envahisseurs de Constantinople. Mais ce que l’on sait de Poutine indique qu’il est plus pragmatique et plus visionnaire que les philosophes de gauche ou de droite. Par conséquent, compte tenu de sa réaction face au conflit arméno-azerbaïdjanais actuel, laquelle diffère du soutien accordé à l’Arménie par Moscou au début des années 1990 avec, pour conséquences, la défaite de l’Azerbaïdjan et la déclaration d’indépendance du Haut-Karabakh, il semble que la Russie optera pour un équilibre entre les pertes et les profits. 

Autrement dit, si Erevan sort victorieuse, la Russie regagne l’Arménie et rien de plus, mais perd la Turquie ainsi que les partenariats bilatéraux. Et si la guerre dure et s’intensifie, ce sera la porte grande ouverte à de probables interventions internationales dans certaines autres de ces arrière-cours ; interventions qui ne profiteront en aucun cas à la Russie. 

Ce qui s’applique à la Russie, s’applique à l’Iran. Cependant, deux faits lui sont spécifiques : le premier concerne le discours sur le « Grand Azerbaïdjan » que Bakou avait adopté dans les années 90, avant de se rétracter ; le deuxième concerne l’Arménie ayant établi, comme l’Azerbaïdjan, des relations avec Israël, ce qui la dégage d’une préférence pour l’une ou l’autre des deux parties. 

Reste la Turquie et son proverbe bien connu : « le Turc n’a d’autre ami que le Turc ». Par conséquent, aussi importants que soient ses bénéfices en Azerbaïdjan, elle sera quand même la grande perdante si elle perd ses partenariats avec la Russie et l’Iran. 

Partant de là, il est plus probable que la Russie, la Turquie et l’Iran formeront un « trio garant » autour de l’Azerbaïdjan comparable au trio du « processus Astana », censé piloter la solution politique en Syrie. Ainsi, ils pourraient empêcher la détérioration de leurs partenariats, éviter les complications d’une éventuelle ingérence externe, et réexaminer leurs intérêts respectifs afin de trouver une nouvelle carte des zones d’influence respectives. 

Pour autant, le conflit arméno-azerbaidjanais sera-t-il réglé ? Non … il ne le sera pas. 

Le poète arménien Egha Demirdjibachian dit dans l’un de ses poèmes :

Les années passées ont tout pris.

Quant aux années à venir,

Je ne m’attends pas à ce qu’elles amènent quoi que ce soit. 

Toufic Choumane

Écrivain et journaliste libanais 

Source originale : 180 post [Liban]

https://180post.com/archives/13443

(article publié le 07/10/2020)

Introduction et traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

[*][Histoire de l’Arménie] 

***

Dr Fouché anesthésiste réanimateur, La Conception, Marseille

Spécialisé dans les grands brûlés, et l’hématologie, s’est occupé des malades covidiens (COVID-19).

Transcription de la vidéo :

Pas de liens intérêts (a trouvé 450€ sur transparencesanté liés au staff du service, a fermé sa porte aux laboratoires)

Considérations générales sur réa = descente aux enfers pour tous les patients, est faite pour passer épisode aigü et non une maladie chronique en fin de course.

Elle sert à donner du temps pour régler d’autres problèmes

Pas de nouvelles techniques : ce qui a changé c’est qu’en amont, on prend mieux en charge ces maladies graves. On travaille en réseau en réa et post-réa.

Le réa a pris le côté procédural de l’anesthésie : on a codifié, diminué invasivité et hiatrogénie : en priorité ne pas nuire.

Recommandations venues de Paris au début de Covid ; dogme attention ! Virus très transmissible, il faut protéger les soignants, interdit d’utiliser des aérosols, des humidificateurs réchauffeurs dans les respirateurs, pas d’O2 à haut débit : tout ça est très hiatrogène si pas utilisé.

Si on intube dès le départ : très hiatrogène

Erreur de dogme initial : était faux, rapidement à 6l d’O2, il faut intuber (et femmes enceintes 4litres). Au bout de 2 malades : s’aperçoit qu’il y a aggravation

De plus si on intube on garde les gens 2 à 3 semaines : donc engorgement des réas

Réseau réanimateurs : on discuté avec italie, avec Est Nord ; très rapidement, pas intuber, laisser sur oxygénothérapie à haut débit

Réa en tension : au bord rupture en mars, on a doublé le nb de lits (de 5000 on a ajouté 4 600 lits) au prix d’arrêter tout le reste.

Triage : c’est la réalité de réa chaque jour, car réa doit être remplie en permanence sinon on retire des crédits, donc toujours plein, impossible s’adapter à un choc extérieur

Aujourd’hui, on n’est pas en tension

Paca : ce matin sur 500 lits réa, 160 occupés covid dont la moitié sont intubés
59 morts depuis le 19 juillet : pas de quoi s’affoler

On fait peser à la société l’incapacité à gérer des flux entrants et sortant

Dès que la la FiO2 est à 60%, CRP baisse, ferritine baisse , lymphopénie s’amende, plus de virus ; extuber, remettre optiflow, laisser sortir à 8 litres d’O2

Donc il faut penser post réa : permet vidange des lits de réa

Qui a prouvé qu’il faut fermer les restaurants ?

Il faut laisser prescrire les médecins

Utiliser médecine de ville, le privé, réseau soin en ville, hospitalisation à domicile : maladie ambulatoire le plus souvent, 3 litres O2, anticoag, antiviraux à la maison

Communiquer entre médecins de tous les services : les plus de 80 ans en EHPAD avec très lourdes comorbidités sont soignés en service mais pas en réa, avec beaucoup d’O2 (plus que 6litres jusqu’à 15 l), si besoin réa (30%) : optiflow (haut débit), la plupart s’améliorent, il va rester une faible proportion en réa sur long terme, permet de diminuer le flux depuis juin, 534 malades en Paca, 313 sortis vivants, 59 décès, environ 10% de décès en réa : normal, il y a des malades plus graves en réa.

Ce n’est pas Ebola : traiter comme n’importe quel autre malade, il ne faudrait pas sanctuariser les lits covid, si vous notez covid sur la feuille, vous touchez de l’argent!

Qui sont les malades en réa : premier acte, hypertendus, diabétiques, obèses : ce sont des malades graves (obésité pas une dérive progressive de la normalité, à traiter en amont)

3 types de malades

Obèse s’en tire bien

Greffés rénaux et immunodéprimés sévères, posent les plus gros problèmes : restent positifs longtemps en virus, virifère Ct 22 , plus orage inflammatoire, lymphopénie, c’est ce chevauchement des 2 phases qui pose problèmes

Femmes enceintes : se passe bien, un peu d’O2 en péripartum, pas forcément dû au covid

Insuffisants rénaux en phase terminale, variation état de charge selon dialysé ou pas, influence sur hypoxémie : difficile !

Autopsies ont été faites sur malades très graves, ne donnent pas grand chose : capillarite pulmonaire, pas tant problème d’alvéoles, suintement vers interstitium pulmonaire, quand interstitium est trop lourd, ça finit pas effondrer le poumon (un lobe entier) : donc hypoxémie grave

Séquelles sur capillaires ensuite , pas fibrose?

Il ne faut pas remplir d’un côté car ça va finir par ressembler à OAP.

Embolie, OAP, Infection bactérienne, à rechercher quand ça s’aggrave

En ce moment : des obèses, une partie des malades sont covid + mais ne sont pas malades de Covid : à cause de dépistage de masse, ex lymphome médiastinal, tousse un peu, autre aplasie post chimio, étaient à Ct32, ont compté réa covid : 3 patients sur 8 sont dans ce cas

Le plus compliqué, les Idéprimés graves, pas certain qu’ils s’en sortent.

Ça ne peut pas toucher n’importe qui : seuls les très fragiles sont touchés, ceux qui disent le contraire mentent.

Traitement : antibio si surinfection, anticoagulants, mais consommation antithrombine III : à doser et vérifier si héparine efficace ; antiviraux à continuer si déjà en cours selon les équipes.

Mettre O2, si possible sans intuber (car nécessite sédation, hiatrogène), laisser manger en dyspnée
Immunomodulation des sepsis (n’a jamais marché) ; corticoïdes pour les pauvres, ou pour les riches : anti L1, anti L6, mais effet de courte durée. Tocilizumab donne Imodulation sur longue durée mais mauvais choix car dure trop longtemps et quand malade guéri, il subit les effets secondaires : sepsis après !

Il faut soigner aussi les familles : sont angoissés, arrêtent leur travail, etc…

N’ont pas suivi l’interdiction de laisser les gens voir leur famille : toutes les réa de France ont transgressé cette interdiction

Il faut donner crédit à hôpital pour continuer à soigner autres maladies.

Les Big data dépossèdent le médecin de sa capacité herméneutique sur le réel : ne peut plus interpréter les signes, ce qu’il observe.

Les majors des big data ont pouvoir prescriptif sur le réel

Il faut éteindre télé (APHMTélé, Gulli et BFMtélé sont gratuites dans les lits : scandaleux !)

Il faut critiquer le virage numérique : ce sont les humains qui soignent !

Tout l’argent va au virage numérique

l’épistémologie clinique se fait par les cliniciens !

(Transcription par Hélène Banoun)

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Pendant les 17 jours de l’audience d’extradition de Julian Assange à Londres, les procureurs ont réussi à prouver à la fois les crimes et la conspiration. Le coupable, cependant, n’était pas Assange. Au lieu de cela, les contrevenants et les conspirateurs se sont avérés être les gouvernements britannique et américain. Les uns après les autres, les témoins ont décrit en détail les mesures illégales prises pour violer le droit d’Assange à un procès équitable, détruire sa santé, salir le personnage et l’emprisonner à l’isolement pour le reste de sa vie. Les preuves présentées en salle d’audience ont révélé l’illégalité à une échelle sans précédent des services de renseignement, de l’armée, de la police et de la justice des États-Unis et de la Grande-Bretagne pour éliminer Assange. Les gouvernements avaient l’avantage, comme l’homme blanc dont Malcolm X a écrit : « C’est un joueur professionnel ; il a toutes les cartes et les chances de son côté, et il a toujours distribué à notre peuple les cartes du fond du paquet ».

Le jeu de cartes était clairement truqué. Les antagonistes d’Assange marquaient les cartes dès février 2008, lorsque le centre de contre-espionnage de l’armée américaine a entrepris, selon ses propres termes, « d’endommager ou de détruire ce centre de gravité » qu’était WikiLeaks. WikiLeaks, depuis sa création par Assange et ses amis en 2006, attirait des sources du monde entier pour leur confier, de manière sûre et anonyme, des documents exposant les crimes d’État. Ces documents n’étaient pas destinés à un service de renseignement étranger, mais au public. Pour les gouvernements, le public devait être tenu à l’écart de ce qu’ils faisaient derrière des portes closes et dans le ciel de l’Afghanistan et de l’Irak. Pour colmater les fuites, les gouvernements devaient arrêter Assange. Le Pentagone, la CIA, l’Agence de sécurité nationale et le Département d’État ont rapidement suivi l’exemple du Centre de contre-espionnage en créant leurs propres groupes de travail anti-Assange et en faisant appel à l’aide de la Grande-Bretagne, de la Suède et de l’Équateur.

Quelle aventure ! La première « opération secrète » contre Assange a eu lieu le 27 septembre 2010, lorsqu’une valise contenant trois ordinateurs portables, des disques durs et des vêtements a disparu de l’avion qui le transportait de Suède en Allemagne. Les efforts pour récupérer ses affaires, qui comprenaient des communications privilégiées avec son conseiller juridique, ont suscité de vagues excuses de la part de la compagnie aérienne, selon lesquelles elle ne savait rien. Le sort des objets dérobés a été rendu public en 2013, lorsque des informations provenant de ses ordinateurs portables ont été publiées dans les dossiers d’accusation contre la dénonciatrice de l’armée américaine Chelsea Manning. En 2011, des agents du FBI se sont rendus en Islande pour employer un informateur de 18 ans, Sigurdur « Siggi » Thordarson, afin d’espionner WikiLeaks. Lorsque les autorités islandaises ont découvert les activités illégales du FBI, elles ont expulsé les agents du FBI. Thodarson, que le FBI avait payé 5 000 dollars et avait fait le tour du monde en avion, a ensuite avoué avoir volé de l’argent à WikiLeaks et a été condamné pour avoir abusé sexuellement de garçons mineurs.

La surveillance, constante où que se trouve Assange, s’est intensifiée lorsqu’il a obtenu l’asile politique à l’ambassade de l’Équateur à Londres en juin 2012 pour éviter son extradition vers la Suède. Lors d’une de mes visites là-bas, il m’a dit que la vie à l’ambassade, avec des caméras et des micros partout, était comme « le Truman Show ». Les services de renseignement ont observé chacun de ses mouvements et entendu chacun de ses mots. Ils espionnaient les discussions privées avec ses avocats et ses médecins. Si un prêtre avait visité l’Assange, un catholique, ils auraient violé le caractère sacré du confessionnal.

Pendant ce temps, la NSA et son équivalent britannique, le GCHQ, ont suivi les personnes qui se sont connectées au site web de WikiLeaks. Les institutions financières américaines ont tenté de paralyser financièrement WikiLeaks en refusant aux donateurs l’utilisation des cartes de crédit et de PayPal pour soutenir l’organisation. Le conseiller juridique d’Assange n’a pas échappé à l’examen. Son avocat espagnol, le célèbre ancien juge Baltasar Garzón, qui avait poursuivi le général chilien Augusto Pinochet, a été suivi et son ordinateur a été volé dans son bureau à la fin de l’année 2017. J’ai vécu une curieuse expérience en 2019, et je ne suis qu’un journaliste. Deux jours après une de mes rencontres avec Assange à l’ambassade, des cambrioleurs ont pénétré par effraction dans un bureau que je partageais avec deux designers à Londres. Le seul objet manquant était mon ordinateur, les voleurs ayant laissé les ordinateurs de mes collègues de bureau intacts. Il est impossible de prouver qui l’a fait, mais il n’est pas impossible de le deviner.

Les mesures extrêmes prises contre Assange ont atteint leur bassesse historique lorsque Lenín Boltaire Moreno Garcés a remplacé le pro-Assange Rafael Correa à la présidence de l’Equateur le 24 mai 2017. Moreno a employé une entreprise privée espagnole, Undercover Global SL, pour assurer la sécurité de l’ambassade de Londres. D’anciens employés de l’entreprise ont témoigné le dernier jour de l’audience d’Assange qu’ils avaient installé plus de caméras et de microphones, trafiqué les téléphones portables des visiteurs, volé les couches d’un des bébés d’Assange pour prélever son ADN, et discuté de son enlèvement et de son assassinat. Ils ont transmis des vidéos en direct à la CIA des consultations juridiques d’Assange. Quelque chose de similaire est arrivé à Daniel Ellsberg après qu’il ait divulgué les Pentagon Papers au New York Times et au Washington Post en 1971. Les « plombiers » de la Maison Blanche, qui plus tard dévaliseront le siège du Parti Démocrate dans le complexe du Watergate à Washington, ont pénétré dans le bureau du psychiatre d’Ellsberg pour voler ses dossiers médicaux. Le FBI avait mis sur écoute le téléphone d’Ellsberg sans mandat. Le comportement du gouvernement était si scandaleux que le juge William Matthew Byrne a rejeté l’affaire de la loi sur l’espionnage contre Ellsberg « avec préjudice », ce qui signifie que le gouvernement ne pouvait pas faire appel.

Des experts juridiques ont témoigné qu’Assange ne bénéficierait pas d’un procès équitable aux États-Unis, mais à la Cour pénale centrale de Londres, il devenait évident qu’il n’en bénéficierait pas non plus en Grande-Bretagne. Le premier magistrat affecté à son dossier, Emma Arbuthnot, en 2017, s’est avéré avoir un mari et un fils ayant des liens avec des personnes citées pour activités criminelles dans des documents publiés par WikiLeaks. Lorsque les liens supplémentaires de sa famille avec les services de renseignement et les industries de la défense ont été rendus publics, elle s’est retirée de l’affaire pour ce qu’elle a déclaré au magazine Private Eye être une « perception de partialité ». Elle ne s’est pas formellement récusée et n’a pas déclaré de conflit d’intérêt. En tant que premier magistrat de Westminster, elle supervise néanmoins la conduite des magistrats de rang inférieur. L’une d’entre elles est Vanessa Baraitser, qui a présidé l’audience d’Assange. Les documents découverts par le site web Declassified montrent que sur ses 24 précédentes audiences d’extradition, elle a ordonné l’extradition de 23 personnes. Ce n’est pas un mauvais bilan du point de vue de l’accusation, mais les cours d’appel ont par la suite annulé son verdict dans six des 23 cas.

Lorsque l’audience d’Assange s’est tenue le 8 septembre, la défense a demandé un délai supplémentaire pour préparer son dossier. Le gouvernement avait eu dix ans de préparation et avait eu accès à la correspondance des avocats de la défense avec leur client. Les avocats d’Assange n’ont été autorisés à le voir que rarement et en observation à la prison de Belmarsh, un établissement de sécurité maximale dans le sud de Londres pour les prisonniers qui « représentent la plus grande menace pour le public, la police ou la sécurité nationale ». Les documents vitaux ne lui parvenaient pas. Baraitser a rejeté la demande. Elle a également forcé Assange à observer l’audience depuis une cage de verre, généralement réservée aux délinquants violents, au fond de la salle d’audience où il ne pouvait pas s’entretenir avec ses avocats. Des problèmes techniques ont interrompu la transmission du son à Assange, ce qui lui a fait manquer une grande partie des témoignages. Lorsque M. Assange s’est adressé à ses avocats de l’autre côté de la salle, l’accusation a pu entendre ce qu’il disait. Edward Fitzgerald, l’avocat principal d’Assange et l’un des meilleurs de Grande-Bretagne, était sur le ring, les mains liées.

Un témoignage démontrant les handicaps juridiques d’Assange et sa santé défaillante devrait suffire à empêcher son extradition. Lorsque la police a retiré Assange de l’ambassade équatorienne et l’a incarcéré à Belmarsh en avril 2019, elle ne lui a permis d’emporter aucun de ses biens. Il s’agissait non seulement de ses vêtements, mais aussi de ses lunettes de lecture, qui lui ont été refusées pendant plusieurs semaines. Les autorités américaines ont saisi tous ses papiers légaux et autres possessions à l’ambassade sans mandat ni la présence des représentants légaux d’Assange.

La santé mentale d’Assange s’est détériorée pendant son incarcération à Belmarsh. De nombreux psychiatres ont attesté qu’il est au bord du suicide. Le Dr Michael Kopelman, professeur émérite de psychiatrie au King’s College de Londres, a déclaré à la Cour, sur la base de 19 consultations avec M. Assange à Belmarsh, « Je répète encore une fois que je suis aussi certain qu’un psychiatre puisse l’être que, dans l’éventualité d’une extradition imminente, M. Assange trouverait effectivement un moyen de se suicider. Les gardiens de Belmarsh avaient déjà découvert une lame de rasoir dans la cellule de M. Assange. M. Assange a demandé l’absolution catholique, a demandé à rédiger son testament et a appelé la ligne téléphonique de prévention du suicide des Samaritains. Une histoire familiale de suicide est tapie à l’arrière-plan, ce qui rend cette issue plus probable. Sa dépression s’est aggravée pendant plusieurs mois d’isolement dans l’aile médicale de la prison, d’où il a été libéré après que d’autres prisonniers aient protesté contre les mauvais traitements. Les témoignages des docteurs Sandra Crosby et Quinton Deeley, psychiatres de renom, ont confirmé le diagnostic de dépression clinique de Kopelman. Deeley a estimé que le risque qu’Assange se suicide s’il était transféré aux États-Unis était « élevé », notant que « les taux de suicide sont plus élevés chez les personnes autistes ». Le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, a déclaré : « M. Assange a été délibérément exposé, pendant plusieurs années, à des formes persistantes et progressivement graves de peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, dont les effets cumulés ne peuvent être décrits que comme de la torture psychologique ».

La pratique normale ne s’est pas appliquée à M. Assange, qui a reçu un traitement particulier à chaque étape de son incarcération. Lorsqu’il a plaidé coupable pour le délit relativement mineur de violation de la liberté sous caution en avril 2019, le tribunal l’a condamné à 50 semaines à Belmarsh. À cette époque, Jack Shepherd, reconnu coupable d’homicide involontaire dans la mort d’une jeune femme lors d’un incident de bateau à moteur, a été condamné à la moitié de cette peine. Les deux tiers des 797 détenus alors à Belmarsh étaient des délinquants violents, parmi lesquels des terroristes et des membres de gangs condamnés. Les libérés sous caution non violents purgent leur peine dans des prisons de catégorie B ou C moins restrictives, mais Assange n’était pas un prisonnier normal. Lorsqu’il a purgé ses 50 semaines, le magistrat lui a ordonné de rester dans l’environnement difficile de Belmarsh pour la durée de sa procédure d’extradition.

La persécution mesquine d’Assange est allée jusqu’au refus de lui permettre d’utiliser une radio, ce qui est autorisé par le règlement de la prison. Lorsque John Simpson, correspondant chevronné de la BBC, a rendu public ce refus en juin dernier, j’ai envoyé à Assange une radio à transistor. La prison me l’a renvoyée. Je lui ai ensuite envoyé un livre sur la façon de fabriquer une radio et cela aussi est revenu. J’ai demandé à un ami de l’administration pénitentiaire d’intervenir, mais il m’a répondu : « Belmarsh est une loi en soi. » Un ancien otage respecté du Hezbollah dans les années 1980 a alors écrit au gouverneur de Belmarsh pour lui faire remarquer que ses ravisseurs lui avaient donné une radio qu’il a qualifiée de « cadeau du ciel et qui m’a considérablement aidé à surmonter l’épreuve ». Lorsque la prison a donné une radio à Assange le lendemain, c’était soit une coïncidence, soit le fait que les autorités évitaient l’apparence d’une cruauté mesquine plus obscène que celle des ravisseurs libanais.

Un traitement plus particulier a suivi. Lors de l’audience, l’accusation a d’abord déclaré qu’Assange était accusé, en vertu de la loi étasunienne sur l’espionnage de 1917, d’avoir publié des secrets d’État. Lorsque les témoins de la défense ont montré que les actions d’Assange n’étaient pas différentes de celles de tout autre journaliste cultivant leurs sources, les procureurs ont fait marche arrière pour considérer que tout journaliste publiant des documents classifiés pouvait être passible de poursuites. Étant donné qu’Assange a collaboré avec le New York Times, le Guardian, El País et Le Monde, leurs rédacteurs en chef seraient passibles de poursuites. Personne ne croit qu’ils le seront. L’accusation n’a pas expliqué pourquoi un autre éditeur, Crymptome.org, ne faisait pas l’objet d’une enquête alors qu’il avait publié l’énorme collection Cablegate de communications du Département d’État le 1er septembre 2011, un jour avant WikiLeaks.

Non seulement les États-Unis ont choisi d’ignorer les autres éditeurs des documents étasuniens, mais ils ont également appliqué la loi d’une manière unique pour poursuivre leur affaire contre Assange. Les procureurs américains avaient fait une demande en vertu du traité d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni de mars 2003 pour obliger la Grande-Bretagne à livrer Assange. L’article 4(1) du traité, qui ne convient pas au ministère public, stipule que « l’extradition ne sera pas accordée si le délit pour lequel l’extradition est demandée est un délit politique ». Le ministère public et le tribunal ont toutefois cité la législation interne britannique, la loi sur l’extradition de 2003, qui ne mentionne pas l’exclusion politique. Ce tour de passe-passe reflétait la contradiction entre les prétentions américaines d’appliquer la loi sur l’espionnage à Assange, qui est australien, pour des actions entreprises en Islande et au Royaume-Uni, tout en lui refusant la protection d’une loi américaine plus fondamentale, le premier amendement de la Constitution avec sa garantie de liberté d’expression et de la presse. L’accusation peut-elle s’en tirer en choisissant quelles lois britanniques et américaines s’appliquent à Assange et lesquelles ne s’appliquent pas ? Quelle est la marge de manœuvre du ministère public qu’un tribunal peut avaler sans détruire sa propre légitimité ?

La Grande-Bretagne a ratifié d’autres traités internationaux qui empêchent l’envoi d’Assange aux États-Unis. La Convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants exige l’interdiction et la sanction de la torture en droit et en pratique. Elle « interdit également le retour forcé de toute personne dans un pays où elle risquerait d’être torturée ». Les États-Unis l’ont ratifiée en 1994. Deux ans plus tôt, ils avaient ratifié la Convention internationale sur les droits civils et politiques garantissant l’immunité contre la torture, ainsi que les droits à la vie et à la libre expression.

Les États-Unis ont abrogé ces deux traités, comme l’ont montré de nombreux documents publiés par WikiLeaks, bien qu’ils aient force de loi dans les États signataires. Amnesty International a observé en 1998, trois ans avant que les attentats du 11 septembre ne servent de prétexte à la torture, que les États-Unis ont constamment « dilué » les conventions avec « des réserves, des interprétations et des déclarations qui limitent les protections qu’elles exigent ». Elle a ajouté : « L’utilisation cruelle de moyens de contention, entraînant des douleurs, des blessures ou même la mort inutiles, est très répandue dans les prisons américaines. Des prisonniers souffrant de troubles mentaux ont été ligotés, écartelés, sur des planches pendant des périodes prolongées avec des contraintes en quatre points sans autorisation ou supervision médicale appropriée. Les contentions sont délibérément imposées comme une punition, ou utilisées comme une mesure de contrôle de routine plutôt que comme une réponse d’urgence ». Amnesty a également critiqué l’isolement quasi-permanent dans les prisons américaines « supermax » sans stimulation sensorielle qui « peut causer de graves dommages physiques et psychologiques ».

Un précédent britannique récent exigerait le rejet de la demande d’extradition pour des raisons de santé. Le pirate informatique Lauri Love, accusé d’avoir « violé des milliers de systèmes informatiques aux États-Unis et ailleurs », est atteint du syndrome d’Asperger. Une cour d’appel a conclu en 2018 que l’envoyer aux États-Unis pour y être jugé nuirait tellement à sa santé mentale qu’il devrait rester en Grande-Bretagne. Les médecins ont diagnostiqué le syndrome d’Asperger chez Assange, et 117 psychiatres ont signé une lettre ouverte déclarant qu’Assange ne survivrait pas au procès et à l’emprisonnement aux États-Unis.

Un ancien défenseur public étasunien, Yancey Ellis, a décrit pour l’audience de Londres les conditions dans le centre de détention d’Alexandria en Virginie, qui accueillerait Assange avant et pendant son procès. Assange, a-t-il dit, serait confiné « au moins 22 heures dans une cellule » de « la taille d’une place de parking » avec seulement un tapis sur une étagère en béton pour le lit. Joel Stickler, un défenseur étasunien des prisonniers, a témoigné que si Assange était condamné, son traitement à « l’Alcatraz des Rocheuses », autrement connu sous le nom de « U.S. Penitentiary Administrative Facility » à Florence, Colorado, serait pire. Assange serait incarcéré seul au milieu de détenus tels que Ted Kaczynski, le terroriste du marathon de Boston Dzhokhar Tsarnaev, l’agent du FBI devenu espion russe Robert Hanssen, le baron de la drogue mexicain Joaquín « El Chapo » Archivaldo Guzmán Loera et le co-terroriste d’Oklahoma City Terry McNichols. Le régime de la prison est aussi impitoyable que celui de ses prisonniers : vingt-trois heures d’enfermement quotidien dans une cellule en béton avec une fenêtre de quatre pouces de large, six contrôles de lits par jour avec un septième le week-end, une heure d’exercice dans une cage extérieure, des douches qui pulvérisent de l’eau par jets de une minute et des  » descentes  » à la discrétion du personnel de la prison. Il n’y aura pas beaucoup d’autres journalistes et éditeurs dans cette prison.

Les avocats de l’accusation et de la défense ont un mois pour soumettre par écrit leurs conclusions finales à la magistrate Baraitser, qui rendra son verdict le 4 janvier. Un tribunal impartial n’aurait pas d’autre choix que de disculper Assange – mais l’équité n’a jusqu’à présent pas été mise en avant dans les procédures avec les dix ans d’avance de l’accusation sur la défense ; l’incapacité de l’avocat d’Assange, Jennifer Robinson, à s’entretenir avec lui pendant six mois ; et la possession par l’accusation de ses documents confidentiels entre avocat et client et des transcriptions de ses conversations avec ses avocats en violation flagrante de la loi.

Les mauvais traitements infligés à Assange, révélés à la Cour pénale centrale de Londres, ne prendront pas fin s’il est extradé. L’extradition intensifiera sa « punition cruelle et inhabituelle ». L’interdiction de ces châtiments figure à la fois dans le huitième amendement de la Constitution américaine et dans son prédécesseur, la clause dix de la Déclaration des droits [Bill of Rights] de l’Angleterre de 1689. Cette protection fondamentale s’applique à tous en Grande-Bretagne et aux États-Unis depuis des siècles. Une fois de plus, cependant, ils peuvent faire une exception pour Assange.

Charles Glass

Article original en anglais : The Unprecedented And Illegal Campaign to Eliminate Julian Assange,
Assange would never receive a fair trial in the U.S., but he’s not receiving one in Britain either, The Intercept, le 6 octobre 2020.
Version française : Le Grand Soir

L’auteure polonaise Monika Wisniewska suggère que « le vaccin devrait être testé sur les politiciens d’abord. S’ils survivent, le vaccin est sûr. S’ils ne survivent pas, alors le pays est sûr ».

Cela ressemble à une blague, mais ce n’en est pas une. C’est très sérieux. On pourrait ajouter à cette proposition très sensée que le tout premier à être vacciné avec son propre vaccin Moderna modifiant le génome humain, devrait impérativement être le tsar des vaccins, Bill Gates. Mais pas de fabrication spéciale pour M. Gates. Le vrai. Contrôlé par des virologistes, immunologistes et biologistes spécialisés dans l’ADN indépendants et honorables.

Si M. Gates « survit » sans aucun des effets secondaires dévastateurs (ou premiers effets) dont ont souffert les 45 premiers volontaires en bonne santé pour son vaccin (tous ont dû être hospitalisés en raison de graves problèmes de santé), il pourrait commencer à le tester sur une population plus large (actuellement prévu le 4, 000 volontaires sains) – et alors seulement, le vaccin spécial modifiant l’ADN devrait faire l’objet d’une campagne d’information objective, expliquant à la population en général et à ceux qui sont potentiellement intéressés par une modification permanente de leur ADN, ce que signifie et implique la vaccination Covid-19 par l’inoculation Moderna.

Elle ne devrait alors être ouverte qu’à ceux qui veulent volontairement modifier leur génome, en sachant parfaitement que tout effet ultérieur qui pourrait en résulter NE PEUT PAS être corrigé et que les modifications de l’ADN pourraient être transmises aux générations suivantes.

En dehors de cela, les gens du monde entier sont très sceptiques à l’égard de tout vaccin COVID-19. Pour plusieurs raisons. Peut-être d’abord, parce qu’il n’y a pas vraiment besoin de vaccin. Il existe d’autres remèdes bien connus qui peuvent guérir les gens infectés et se sont avérés efficaces pour soigner le nouveau coronavirus, en particulier l’hydroxychloroquine (connue depuis au moins 60 ans et utilisée avec succès pour lutter contre la malaria et récemment utilisée avec autant de succès contre la COVID-19), et le chlorite de sodium (NaCIO), mieux administré selon une formule médicale supervisée. Et il y en a d’autres, comme l’interféron bêta-1a développé par Cuba. La Chine a utilisé l’hydroxychloroquine et l’interféron bêta-1a et des combinaisons de ceux-ci, ainsi que d’autres médicaments non vaccinaux pour combattre et maîtriser rapidement et avec succès le SRAS-2-NoV (COVID-19).

Pourtant, ces deux médicaments très efficaces, l’hydroxychloroquine et le NaCIO, ont été interdits aux États-Unis et dans la plupart des pays de l’Union européenne – sous peine de sanctions pour les médecins qui les utilisent – au profit de vaccins encore inconnus – des vaccins qui promettent de devenir un commerce de plusieurs billions de dollars. Imaginez le monde que nous sommes devenus ! Pas étonnant que les gens deviennent méfiants.

Selon un sondage Axios-Ipsos, publié par RT le 29 septembre 2020, basé sur plus de 1 000 adultes étasuniens participants, plus de 50 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles ne prendraient PAS de vaccin – aucun vaccin COVID-19 – même s’il était payé 100 dollars US ; 44 % ont déclaré qu’elles accepteraient le vaccin si on leur offrait une prime de 100 dollars US. Les raisons sont liées à la méfiance à l’égard des politiciens et des personnes qui encouragent la vaccination « über alles » – et qui ont un intérêt direct.

D’autres raisons sont la vitesse à laquelle le CDC et surtout le Dr Fauci du NIAID / NIH – le co-chef de file de la vaccination – veulent pousser le vaccin sur les gens. Le fait que le CDC et le NIAID / NIH aient des intérêts dans les vaccins n’aide pas non plus, car ils détiennent des centaines de brevets et gagnent des millions grâce aux vaccins. La COVD-19 a servi à politiser fortement l’inoculation, en particulier, mais pas exclusivement, les vaccins COVID-19 – et à générer non seulement une énorme augmentation des profits pour les produits pharmaceutiques et leur actionnaire, mais aussi à leur fournir une aubaine « durable » pour les décennies à venir. Comme la science le sait et nous le dit, les coronavirus ne sont pas prêts  de disparaître – tout comme les virus de la grippe (également identifié comme un type de coronavirus) – et les vaccinations doivent être ainsi répétées chaque année.

C’est la situation que vivent les États-Unis. En Europe, aucune enquête de ce type n’a encore été publiée, à ma connaissance, mais le scepticisme à l’égard des vaccins anticovirus est au moins aussi élevé en Europe qu’aux États-Unis, voire plus élevé. La plupart des opposants au vaccin anticoquelucheux disent qu’ils refuseraient la vaccination jusqu’au bout, ou que s’il n’y avait vraiment pas d’issue, ils préféreraient être vaccinés par un vaccin anticoquelucheux russe, chinois ou cubain, plutôt que par un vaccin occidental. C’est le niveau de confiance qu’il reste aux politiciens occidentaux vus comme des traîtres.

Ce que propose Monika Wisniewska, la vaccination doit être expérimentée d’abord sur les politiciens et en fonction des résultats qui suivent, les gens ensuite pourraient se faire vacciner. Cela pourrait être une solution bien choisie, toujours, mais toujours, à condition que les politiciens se fassent injecter exactement le même vaccin dans le bras que l’ensemble de la population. Et il faut que les vaccins soient dépourvus de toute nanopuce ou autre technologie de numérisation similaire. Comme la confiance dans les politiciens occidentaux est au plus bas, il faudrait que cela soit contrôlé de manière indépendante par des scientifiques réputés qui ne font pas partie du courant dominant.

Peter Koenig

*

Article original en anglais :

“The Vaccine Should be Tested on Politicians First. If They Survive, the Vaccine Is Safe. If They Don’t, Then the Country Is Safe.”

Traduit par Maya pour Mondialisation

L’image en vedette est tirée de Health Impact News

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Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il donne des conférences dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour des revues en ligne telles que Global Research, ICH, New Eastern Outlook (NEO) et bien d’autres encore. Il est l’auteur de Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed, une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde entier. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essais de la Résistance. Il est associé de recherche au Centre de recherche sur la mondialisation.

 

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En mars 2015, Bill Gates a montré l’image d’un virus de la grippe lors d’une conférence TED et dit au public que c’était à quoi ressemblerait la plus grande catastrophe de notre temps. La vraie menace pour la vie, a-t-il dit, ce ne sont pas «les missiles, mais les microbes». Lorsque la « pandémie » de coronavirus a balayé la terre comme un tsunami cinq ans plus tard, il a réutilisé le langage de la guerre, qualifiant la « pandémie » de «guerre mondiale».

«La « pandémie » de coronavirus dresse l’humanité toute entière contre le virus», a-t-il déclaré.

En réalité, la « pandémie » n’est pas une guerre. La « pandémie » est une conséquence de la guerre. Une guerre contre la vie. Le génie mécanique consacré au pillage des ressources a créé l’illusion d’un homme distinct de la nature et de la nature comme une matière première morte et inerte à exploiter. Mais, en fait, nous faisons partie du biome. Et nous faisons partie du virome. Nous sommes le biome et le virome. Lorsque nous faisons la guerre à la biodiversité de nos forêts, de nos fermes et de nos tripes, nous nous faisons la guerre.

L’urgence sanitaire du coronavirus est inséparable de l’urgence sanitaire que constitue l’extinction, de l’urgence sanitaire que constitue la destruction de la biodiversité et de l’urgence sanitaire que constitue la crise climatique. Toutes ces urgences sont liées à une vision du monde mécaniste, militariste et anthropocentrique qui considère les humains comme séparés – et supérieurs aux – autres êtres. Des êtres que nous pouvons posséder, manipuler et contrôler. Toutes ces urgences sont enracinées dans un modèle économique basé sur l’illusion d’une croissance illimitée et sur une cupidité illimitée, qui violent les frontières planétaires et détruisent l’intégrité des écosystèmes et des espèces individuelles.

De nouvelles maladies surviennent parce qu’une agriculture mondialisée, industrialisée et ineffective envahit les habitats, détruit les écosystèmes et manipule les animaux, les plantes et d’autres organismes sans respecter leur intégrité ni leur santé. Tous, à travers le monde, nous nous unissons pour faire face à la propagation d’une maladie comme le coronavirus, que nous avons causée en envahissant les habitats d’autres espèces, manipulé des plantes et des animaux à des fins commerciales et cupides, et pratiqué la monoculture. Alors que nous rasons les forêts, que nous transformons les fermes en monocultures industrielles dont la production est toxique et nulle du point de vue nutritionnel, que notre alimentation se dégrade par la transformation industrielle avec des produits chimiques synthétiques et manipulés génétiquement, alors que nous nous accrochons à l’illusion que la terre et la vie sont des matières premières destinées à être exploitées à des fins lucratives, nous sommes en effet tous unis. Mais au lieu de nous rassembler dans le but de préserver notre santé en protégeant la biodiversité, l’intégrité et l’auto-organisation de tous les êtres vivants, y compris les humains, nous sommes réunis pour faire face à une maladie.

Selon l’Organisation internationale du travail, «1,6 milliard sur un total mondial de 2 milliards de travailleurs de l’économie informelle (représentant les plus vulnérables sur le marché du travail), et une main-d’œuvre mondiale de 3,3 milliards, font face à des difficultés considérables pour gagner leur vie, à cause des mesures de confinement et/ou parce qu’ils travaillent dans les secteurs les plus durement touchés.» Selon le Programme alimentaire mondial, un quart de milliard de personnes supplémentaires seront confrontées à la faim et 300 000 pourraient mourir chaque jour. Ce sont bien là aussi des pandémies qui tuent des gens. On ne peut sauver des vies en tuant des gens.

La santé concerne la vie et les systèmes vivants. Or, il n’y a pas de «vie» dans le modèle de santé que Bill Gates et ses semblables promeuvent et imposent au monde entier. Avec ses alliés de par le monde, il définit d’en haut les problèmes liés à la santé, ainsi que les moyens pour les résoudre.  Il paye pour formuler les problèmes, puis il utilise son influence et son argent pour imposer ses solutions. Et dans le processus, il s’enrichit. Son «financement» aboutit à un effacement de la démocratie et de la biodiversité, de la nature et de la culture. Sa «philanthropie» n’est pas seulement du philanthro-capitalisme. C’est du philanthro-impérialisme.

La pandémie de coronavirus et le confinement ont démontré plus clairement encore comment nous sommes réduits à des objets qu’il faut contrôler, notre corps et notre esprit devenus en quelque sorte de nouvelles colonies à envahir. Les empires créent des colonies, les colonies rassemblent les biens communs des communautés autochtones et les transforment en sources de matières premières à extraire à des fins lucratives. Cette logique linéaire et extractive est incapable de percevoir les relations intimes qui permettent la vie dans la nature. Elle est aveugle à la diversité, aux cycles de renouvellement, aux valeurs de don et de partage, ainsi qu’au pouvoir et au potentiel de l’auto-organisation et de l’entraide. Elle est aveugle au gâchis qu’elle crée et à la violence qu’elle déchaîne. Le confinement prolongé du coronavirus a été une expérience de laboratoire pour un avenir sans humanité.

Le 26 mars 2020, au plus fort de la pandémie de coronavirus et au milieu du confinement, Microsoft a obtenu un brevet de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Le brevet WO 060606 déclare que «l’activité du corps humain associée à une tâche fournie à un utilisateur peut être utilisée dans un processus de minage de crypto-monnaie…»

L’«activité corporelle» que Microsoft souhaite «miner» comprend les radiations émises par le corps humain, les activités cérébrales, la circulation des fluides corporels, la circulation sanguine, l’activité des organes, les mouvements corporels tels que les mouvements oculaires, les mouvements faciaux et les mouvements musculaires, ainsi que toutes autres activités qui peuvent être détectées et représentées par des images, des ondes, des signaux, des textes, des nombres, des degrés ou toute autre information ou donnée.

Le brevet est une revendication de propriété intellectuelle sur notre corps et notre esprit. Dans le colonialisme, les colonisateurs s’attribuent le droit de prendre les terres et les ressources des peuples autochtones, d’éliminer leur culture et leur souveraineté et, dans les cas extrêmes, de les exterminer. Le brevet WO 060606 est une déclaration de Microsoft selon laquelle notre corps et notre esprit sont ses nouvelles colonies. Nous sommes des mines de «matières premières» – les données extraites de notre corps. Plutôt que des êtres souverains, spirituels, conscients et intelligents prenant des décisions, faisant des choix avec sagesse et possédant des valeurs éthiques concernant les impacts de nos actions sur le monde naturel et social dont nous faisons partie et auquel nous sommes inextricablement liés, nous sommes des «utilisateurs». Dans l’empire numérique, un «utilisateur» est un consommateur qui n’a pas le choix.

Mais la vision de Gates ne se borne pas là. En fait, elle est plus sinistre encore – il s’agit de coloniser le cerveau, le corps et l’esprit de nos enfants avant même qu’ils n’aient eu l’occasion de comprendre à quoi ressemblent la liberté et la souveraineté, en commençant par les plus vulnérables.

En mai 2020, le gouverneur Andrew Cuomo de New York a annoncé un partenariat avec la Fondation Gates pour «réinventer l’éducation». Cuomo a qualifié Gates de visionnaire et a fait valoir que la « pandémie » a créé «un moment dans l’histoire où nous pouvons réellement intégrer et faire progresser ces idées (de Gates)… pourquoi tous ces bâtiments, toutes ces bâtiments scolaires, avec la technologie dont vous disposez?»

En fait, Gates tente de démanteler le système d’éducation publique des États-Unis depuis deux décennies. Pour lui, les étudiants sont des mines de données. Les critères qu’il retient sont la fréquentation régulière, l’inscription à l’université et les notes aux épreuves de mathématiques et de lecture, car ils peuvent être facilement quantifiés et exploités. Dans cette réinvention de l’éducation, les enfants seront suivis grâce à des systèmes de surveillance afin de vérifier s’ils sont attentifs, tandis qu’ils seront forcés de suivre les cours à distance, seuls à la maison. Dans cette dystopie, les enfants ne retournent jamais à l’école, n’ont pas la possibilité de jouer, n’ont pas d’amis. C’est un monde sans sociabilité, sans relations, sans amour et sans amitié.

Lorsque je regarde vers l’avenir dans un monde de Gates et des barons de la technologie, je vois une humanité divisée, avec un grand nombre de personnes «à jeter» qui n’ont pas leur place dans le nouvel Empire. Ceux qui seront inclus dans le nouvel Empire ne seront guère plus que des esclaves numériques.

Or, nous pouvons résister. Nous pouvons préparer un autre avenir, améliorer nos démocraties, récupérer nos biens communs, régénérer la terre en tant qu’élément vivant de la Terre, être riches de notre diversité et de notre liberté, dans notre unité et notre interdépendance. C’est un avenir plus sain. Nous devons nous battre pour cela. Nous devons le revendiquer.

Nous sommes au bord d’un précipice, au bord de l’extinction. Laisserons-nous éliminer notre humanité, en tant qu’êtres vivants, conscients, intelligents et autonomes, par une machine avide qui n’a pas de limites et qui est incapable de mettre un terme à sa colonisation et à sa destruction? Ou bien allons-nous arrêter la machine et défendre notre humanité, notre liberté et notre autonomie pour protéger la vie sur terre ?

Vandana Shiva

Ce qui précède est extrait du livre de Vandana Shiva Uneness vs the 1%: Shattering Illusions, Seeding Freedom (Chelsea Green Publishing, août 2020) et est réimprimé avec l’autorisation de l’éditeur.

Le dernier livre de Vandana Shiva est Oneness vs. the 1%: Shattering Illusions, Seeding Freedom (Chelsea Green Publishing).

 

Liens de l’article en anglais:

Bill Gates’ Global Agenda and How We Can Resist His War on Life, Counterpunch, le 24 septembre 2020.

et

Bill Gates’ Global Agenda and How We Can Stop the Machine and Defend Our Humanity, Children’s Health Defense, le 29 septembre 2020.

Traduction en français :

http://lagazetteducitoyen.over-blog.com/2020/10/le-programme-mondial-de-bill-gates-et-comment-nous-pouvons-resister-a-sa-guerre-contre-la-vie.html

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Les élections législatives du 6 décembre 2020 au Venezuela ont des enjeux considérables. Plus qu’une élection de députés, il s’agit de construire un consensus démocratique pour remettre le Venezuela sur les rails institutionnels, sortir de la spirale de violence impulsée par une fraction de l’opposition, et faire front pour stopper le pillage du pays par les puissances occidentales. A n’en point douter, ces élections vont devenir une bataille géopolitique et un terrain fertile aux fakes news. Dans cette série de sept articles, Romain Migus, dresse une radiographie de la situation pré-électorale afin de nous donner des clés pour comprendre les enjeux et mieux appréhender les rapports de force existants. Les 2 Rives

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Les élections législatives du 6 décembre 2020 marqueront l’attachement des vénézuéliens à résoudre de manière souveraine et démocratique la crise politique initié par l’auto-proclamation de Juan Guaido.

Dès juin 2019, des fissures apparaissent dans le bloc d’opposition, et le leader de Guaido commence à être critiqué par des politiciens et (surtout) des médias antichavistes. Des affaires de corruption, de détournement d’argent plombent son entourage et des liens entre Guaido et les cartels de la drogue colombiens sont mis à jour.

Le gouvernement bolivarien, voyant que l’unanimité de façade cache une bataille de chiffonniers va dès cette date s’engager sur le chemin de la concertation démocratique. L’objectif recherché et de renforcer l’institutionnalité de l’État, mais surtout de ramener la paix sociale dans le pays. Il s’agit de tourner la page du putsch permanent pour faire revenir l’opposition dans le giron électoral. Une série de dialogue vont donc avoir lieu qui aboutiront en septembre 2019 au retour des parlementaires chavistes dans l’hémicycle et la mise en œuvre d’un Comité de postulation pour la rénovation des autorités électorales.

Conformément à la loi du Pouvoir électoral –articles 17 à 30– le Comité de Postulation est l’organe législatif chargée de présélectionner les candidats au poste de recteur du Centre Nationale Électoral (CNE), l’organisme chargé d’organiser les élections. Ce mécanisme n’est pas nouveau (à part pour certains « spécialistes médiatiques » du Venezuela). La loi fut approuvée le 5 septembre 2002, et a organisé la vie électorale depuis près de 20 ans sans que personne ne s’en plaigne.

De nouvelles autorités électorales

Dans une interview au site Les 2 Rives, le député vénézuélien Julio Chávez, alors vice-président du Comité de postulation précisait les dessous de ce mécanisme de sélection. La décision d’activer le Comité de Postulation « a été prise à l’Assemblée Nationale lors d’une session ordinaire, c’est-à-dire avec la présence de tous les députés. C’est le processus normal lorsque le mandat d’un recteur du CNE arrive à son terme. Mais tous les recteurs n’étaient pas dans ce cas-là, car certains avait été élus en 2014 pour sept ans. Certains recteurs devaient donc finir leur mandat en 2021. Mais, le Président Maduro a tenu compte du fait que lors des rencontres de dialogue avec l’opposition, le G4 [Les quatre principaux partis d’opposition, NdLR] insistait -et cela paraissait être un point d’honneur- pour rénover toutes les autorités du pouvoir électoral. Et donc, le président Maduro a jugé bon de changer tous les recteurs du CNE, même si certains n’avait pas terminé leurs mandats, pour que l’opposition puisse ainsi revenir dans le chemin constitutionnel ».

L’Assemblée Nationale, bien que celle-ci soit encore en outrage judiciaire a activé les mécanismes légaux pour se préparer à cette tâche. Elle a désigné en septembre 2019 une commission préliminaire de onze députés, sept d’opposition et quatre chavistes. Cette commission devait coordonner la désignation de dix citoyens de la société civile pour les intégrer à leurs travaux, et former ainsi le Comité de Postulation des nouvelles autorités du Pouvoir électoral.

Mais les divisions internes de l’opposition vont faire capoter ces efforts. Le 5 janvier 2020, alors que la présidence de l’Assemblée nationale était remise en jeu, un groupe de députés frondeurs de l’opposition, allié pour la circonstance aux députés chavistes, vont élire un nouveau président du parlement, Luis Parra.

Cette élection déclencha l’ire les députés fidèles à Guaido, qui au prétexte de ne pas reconnaitre cette nouvelle direction, font saboter les avancées du Comité de Postulation.

Cependant, l’État vénézuélien prévoit ce genre de situation. Le jugement 1556 dicté par le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) le 9 juillet 2002 prévoit que lorsqu’un consensus des 2/3 de l’Assemblée Nationale n’est pas trouvé pour nommer les nouveaux recteurs du CNE, c’est le TSJ qui est chargé de trancher et de désigner les nouvelles autorités électorales. De fait, l’imbroglio institutionnel n’est pas une première. En 2003, 2006, 2014 et 2016, le TSJ avait déjà désigné les recteurs du CNE en reprenant les travaux du Comité de Postulation de l’Assemblée Nationale. Autrement dit, la direction de l’organisme électorale qui avait validé la victoire de l’opposition aux élections législatives de 2015 avait, elle aussi, dû être désignée par le pouvoir judiciaire, sans que personne n’y trouve à redire.

Face au sabotage organisé par l’équipe de Guaido, un politicien d’opposition, Felipe Mujica, déposera un recours au TSJ, et celui-ci nommera le 12 juin 2020 de nouvelles autorités électorales. Ce renouvellement est la première des garanties électorales demandée par l’opposition démocratique.

Indira Alfonso, une magistrate vénézuélienne, prend donc les rênes du CNE. Parmi les cinq recteurs de l’organe électorale, on trouve notamment Jose Luis Gutierrez, frère du dirigeant d’opposition Barnabé Gutierrez (Accion Democratica) ainsi Leonardo Morales, nommé vice-président du CNE. Ce dernier est un professeur universitaire membre du parti d’opposition Avanzada Progresista. Le CNE compte donc deux recteurs qui ne cachent pas leur préférence politique pour l’anti-chavisme. Parler d’un supposé contrôle de Maduro sur le CNE est une lubie complètement équivoque. Cette volonté d’équilibre politique pour assurer le pluralisme et la transparence des résultats est la deuxième garantie électorale exigée par l’opposition démocratique.

La construction d’un consensus démocratique accepté par tous les partis

Le nouveau CNE va donc se mettre au travail, et engager l’organisme sur la voie de réformes concertés en vue des élections du 6 décembre 2020. En plus des audits préalables sur les mécanismes de l’élection -audits qui doivent être approuvés par tous les partis politiques sous peine de ne pas réaliser l’élection-, le CNE a intégré plusieurs autres garanties électorales réclamées par l’opposition. Il s’engage, à travers la création d’une nouvelle entité spécialisée, à favoriser un équilibre dans l’accès de toutes les options politiques en compétition aux médias traditionnels et digitaux.

De même, les membres des bureaux de vote seront tirés au sort par un processus supervisé par tous les partis politiques en compétition. Cette mesure est clairement au détriment du Psuv, seul parti politique vénézuélien comptant le nombre de militants suffisant pour assurer une présence dans tous les bureaux de vote. Revenant sur une polémique passée, le CNE décide d’interdire la présence de stands de propagande politique le jour de l’élection. Ces structures ne seront désormais autorisées que lors de la campagne électorale.

Le CNE s’engage, à la demande de l’opposition, à réintroduire le marquage de l’électeur à l’encre indélébile pour éviter que celui-ci ne vote deux fois. Ce système, utilisé lors des processus électoraux au début du siècle, avait été progressivement abandonné pour des moyens technologiques au moins aussi performants. Mais qu’importe. Étant donné que l’opposition est attachée à cette manière de faire, ce sera une nouvelle concession et une garantie électorale de plus. Tout comme la rénovation des listes électorales. Le CNE a procédé à l’inclusion de 251.398 nouveaux électeurs portant le total des inscrits à 20.733.941. Cette rénovation était exigée à la fois par l’Union européenne et l’opposition.

Pour compléter le tableau, l’État vénézuélien s’engage á assurer le transport de tous les électeurs vers leurs bureaux de vote. Cet engagement, que ne garantit aucun gouvernement occidental à ses électeurs, se fait dans un contexte pourtant très particulier. En raison de la pandémie, l’État devra assurer ce transport en le doublant de mesures sanitaires préventives. D’autres part, en raison du blocus criminel que les États-Unis imposent au Venezuela, le carburant est en pénurie constante. Cet mesure, exigé par l’opposition et l’Union européenne, impliquera de détourner une partie de l’essence ou du diesel vers la seule fin électorale. C’est une garantie de plus offerte par le CNE à l’opposition et à ses soutiens internationaux.

Lors des élections à l’Assemblée Constituante en 2017, des groupes de choc de l’opposition avaient empêché l’accès à quelques bureaux de vote, menaçant l’intégrité physique des citoyens qui osèrent se déplacer aux urnes. Afin de préserver la sécurité des électeurs, le CNE avait fermé ces bureaux de vote pour les élections municipales suivantes et réorienter les électeurs inscrits vers d’autres bureaux proches. Pour l’élection du 6 décembre 2020, tous les bureaux de vote ont été rouvert. Une autre garantie exigée par l’opposition et acceptée par le CNE.

D’autre part, l’Assemblée Constituante élue à cette occasion cessera ces fonctions après l’élection législative du 6 décembre 2020. Le mille-feuille institutionnel né des stratégies de confrontation violente de l’opposition prendra donc fin avec l’élection de la nouvelle assemblée législative. Le président de la Constituante, Diosdado Cabello, a fait savoir qu’une nouvelle constitution ne serait pas à l’ordre du jour. Le rôle de l’ANC s’est donc limité à maintenir le fil constitutionnel au milieu d’un conflit des institutions qui aura duré cinq ans. Pour l’opposition, ces deux garantis électorales de plus étaient primordiales pour garantir leur participation aux élections. C’est désormais chose faite.

L’Union européenne avait conditionné la reconnaissance des élections au Venezuela à la libération de certains politiciens emprisonnés pour sédition ou tentative de coup d’État. À la grande surprise de Bruxelles, le président Maduro concéda une grâce présidentielle à 110 personnes inculpées et condamnées pour des motifs liés à la sécurité de l’État. C’était une des garanties fondamentales exigés par l’Union européenne.

Le CNE doit aussi composer avec la conjoncture sanitaire lié à la pandémie de Covid-19. Un protocole sanitaire drastique a été établi pour que l’électeur puisse se déplacer aux urnes sans crainte d’être contaminé par le virus. La rigueur du protocole (distanciation sociale, masque, gel hydro-alcoolique) énoncé par la rectrice principale du CNE, Indira Alonzo, contraste avec la plupart des élections qui ont eu lieu dans la région pendant cette période. Il est aux antipodes de l’absence totale de protection lors du premier tour des élections municipales en France, réalisé pendant le pic de contamination au Covid-19.

Le nouveau CNE va aussi réaliser deux modifications importantes qui auront des répercussions politiques parmi les participants à l’élection. Prenant en compte l’augmentation de la population en vingt ans, il a, d’une part, augmenté de 110 députés le nombres d’élus à l’Assemblée nationale, passant de 167 à 277 députés. D’autre part, il a significativement étendu le nombre d’élus à la proportionnelle.

Au Venezuela, les députés sont élus à la fois nominalement et proportionnellement. La proportion d’élu entre les deux formes d’élection (un nom ou une liste) a été radicalement modifié. Lors des élections législatives de 2010, 60% des députés étaient élus de manière nominale, et 40% à la proportionnelle. En 2015, cette proportion était passé à 70% d’élus nominaux pour 30% à la proportionnelle. Lors des élections du 6 décembre 2020, le CNE a pris la décision de favoriser l’émergence de petits partis politiques en permettant l’élection de 52% des députés à la proportionnelle pour 48% au vote nominal.

Cette décision va conforter les partis de l’opposition démocratique dans leur choix de participer aux élections. Face à l’importante machine électorale du Psuv, le vote à la proportionnelle est un garant de l’équilibre législatif. Ce rééquilibrage va, comme nous le verrons dans la prochaine partie, accroitre les tensions entre la frange démocratique de l’opposition et les factions putschistes. Mais, cela aura aussi une conséquence de l’autre côté de l’échiquier politique. L’alliance entre le parti hégémonique du chavisme, le Psuv, et certains petits partis de la gauche traditionnelle va se heurter à cette nouvelle donne électorale. Nous y reviendrons.

Cette disposition du CNE est le résultat du dialogue entre le gouvernement bolivarien et l’opposition démocratique. Elle permettra sans aucun doute une plus grande pluralité de représentation et une plus ample diversité politique au sein du futur hémicycle.

Toutes les nouvelles garanties électorales avalisées par l’État vénézuélien ont permis de créer un consensus démocratique entre le chavisme et une frange majoritaire au sein de l’opposition. 107 partis politiques de toutes tendances ont donc postulé 14.400 candidats à l’élection législative.

Les États-Unis et leurs vassaux sur le chemin de la guerre

Sûr de la transparence et de la sécurité du système électoral vénézuélien, le président Maduro a donc demandé à l’ONU et à l’Union européenne d’envoyer des observateurs électoraux, bien qu’aucun observateur vénézuélien ni d’aucun pays n’ait jamais été invité à venir superviser les élections en France, en Espagne ou en Allemagne.

Cette demande a pris l’Union européenne à dépourvu. La plupart de ses exigences politiques ayant été acceptées, l’entité supranationale s’est retrouvée au pied du mur. Soit elle se rendait à l’évidence, et acceptait d’envoyer des observateurs reconnaissant ainsi la validité des élections vénézuéliennes. Soit elle servait de supplétif aux États-Unis, engagés dans une guerre hybride contre le Venezuela. Malgré les discours de propagande dont elle abreuve ses citoyens, l’Union européenne choisit le chemin de la guerre et rejeta la demande de Nicolas Maduro.

Le motif invoqué pour ne pas envoyer de mission électorale au Venezuela est une insulte au sens commun. En trois mois, l’Union européenne n’aurait tout simplement pas le temps d’organiser une mission d’observation. Une simple lecture de la Constitution vénézuélienne aurait permis à la superstructure bruxelloise d’anticiper la date des élections législatives. En effet, l’article 192 spécifie que le mandat des députés est de 5 ans. L’Union européenne avait cinq ans pour se préparer à une mission d’observation. Ce prétexte fallacieux cache malheureusement mal la subordination de l’entité supranationale à la politique étrangère de Washington.

La Maison Blanche avait dès le début des négociations exprimé son refus de reconnaitre le résultat de ses élections. Dans le monde imaginaire construit par les États-Unis autour de Juan Guaido, ce dernier n’est « président intérimaire » que parce qu’il occupe le poste de président de l’Assemblée nationale, comme le stipulent les illégaux « Statuts pour une transition démocratique » voté par l’Assemblée Nationale en février 2019 (Chapitre III, paragraphe 14).

Washington a donc déclaré que Juan Guaido demeurerait président intérimaire tant que le président Maduro « usurperait » les fonctions.

Dans le silence médiatique le plus absolu, l’envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela, Elliot Abrams a, le 4 août 2020, désigné Guaido comme président à vie. Ce qui n’a pas manqué de raviver les querelles au sein de l’opposition.

Un mois plus tard, la foudre impériale s’abat sur les nouvelles autorités du CNE. La présidente Indira Alonzo et le recteur Jose Luis Gutierez  sont placés sur les listes noires du département du Trésor au motif qu’ils piétineraient la démocratie vénézuélienne. Au vu de toutes les garanties électorales accordées, c’est le monde à l’envers. Qui plus est, venant d’un pays où le système électoral est notoirement défaillant.

L’adoption de nouvelles garanties électorales qui satisfassent à la fois les chavistes et l’opposition va alors avoir pour conséquence de chambouler complètement les rapports de forces au sein des organisations anti-chavistes.

Romain Migus

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Difficile de voir clair à travers le brouillard du conflit opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan, deux républiques qui faisaient partie de l’URSS. Difficile de comprendre aussi les alliances qui se forment.

Yakov Rabkin, professeur émérite d’histoire de l’Université de Montréal, explique les origines du conflit qui remontent à la période du Tsar avant la révolution d’octobre 1917. Le conflit avait dégénéré un peu avant la chute de l’URSS, mais après la chute la guerre a repris en raison de la résurgence d’un nationalisme ethnique.

Yakov Rabkin décortique les intérêts des pays dans la région, allant de la Russie, puissance régionale, à l’Iran, qui a une frontière commune avec les deux pays, à Israël et à la Turquie.

Il rappelle que les Turcs et les Azéris parlent presque la même langue, ce qui explique en partie l’appui fort de la Turquie à l’Azerbaïdjan. Mais il note aussi que la Turquie fait partie de l’OTAN et qu’il faut tenir compte d’éventuelles visées vers ce pays de la Transcaucasie.

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Lutte contre la COVID-19 et le chômage de masse…

octobre 9th, 2020 by Mondialisation.ca

Sélection d’articles:

Dans une nouvelle déclaration truffée de mensonges, le Guardian trahit à la fois Julian Assange et le journalisme

Par Jonathan Cook, 01 octobre 2020

Dans mon récent article sur les audiences en cours à Old Bailey concernant l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, où il serait presque certainement incarcéré pour le reste de sa vie pour le crime d’avoir fait du journalisme, j’ai formulé deux critiques majeures envers le Guardian.

 

Du Caucase au golfe Persique en passant par la promotion du port de Haïfa… 

Par Mohammad Sadek al-Houssaïni, 02 octobre 2020

L’Étasunien défaillant et en pleine crise vit ses moments les plus critiques en tant que grande puissance lancée dans une guerre ouverte contre l’axe de la Résistance, le front du Refus et même ses amis internationaux sur plusieurs terrains. Il manœuvre ouvertement et sans détours en usant des reliquats de Daech afin de nous distraire de la mission initiale : briser sa base militaire en Palestine occupée. 

 

Immunité anti-COVID-19.

Par Hélène Banoun, 02 octobre 2020

Le faible pourcentage d’individus ayant développé une Covid-19 symptomatique dans la population peut s’expliquer par l’immunité croisée avec les autres coronavirus. Ce phénomène repose sur l’immunité cellulaire. L’immunité humorale (médiée par les anticorps) pourrait par contre être responsable en partie de certains phénomènes immunopathologiques.

 

30 septembre 1991 et 11 septembre 1973: deux coups d’Etat pour un même projet

Par Feguenson Hermogène, 03 octobre 2020

Le 30 septembre 1991, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide, neuf mois après son élection, est démis de ses fonctions suite à un putsch dirigé par le général des Forces armées d’Haïti (FADH), Raoul Cédras. Dix-huit ans auparavant, le 11 septembre 1973, au Chili, c’était le général Augusto Pinochet qui renversait le président élu Salvador Allende, et installait une dictature qui durera 17 ans.

 

Qu’est-ce que la COVID-19?

Sept points essentiels pour comprendre le SRAS-CoV-2 et les tests de dépistage

Par Dr Pascal Sacré, 03 octobre 2020

La maladie COVID-19 est apparue en Europe et sur le continent américain en 2020, suite à l’émergence d’un nouveau virus au départ de Chine en 2019. Ce nouveau virus fait partie de la famille bien connue des coronavirus ayant déjà produit deux épidémies particulièrement sévères, en 2003 et 2012. Ce nouveau virus est appelé SRAS-CoV-2, troisième coronavirus responsable d’un syndrome de détresse respiratoire sévère.

 

Témoin oculaire de l’agonie de Julian Assange

Par John Pilger, 05 octobre 2020

Le journaliste John Pilger a passé les trois dernières semaines à suivre le procès d’extradition de Julian Assange à Old Bailey, à Londres. Il s’est entretenu avec le rédacteur en chef d’Arena Online, Timothy Erik Ström.

 

À Ghedi on prépare la nouvelle base pour les F-35

Par Manlio Dinucci, 06 octobre 2020

Dans l’aéroport militaire de Ghedi (Brescia) sont en train de commencer les travaux pour réaliser la principale base opérationnelle des chasseurs F-35A  de l’Aéronautique italienne armés de bombes nucléaires. La Matarrese Spa de Bari, qui a obtenu l’adjudication avec une offre de 91 millions d’euros, construira un grand hangar pour la maintenance des chasseurs (plus de 6 000m2) et un petit immeuble qui accueillera le commandement et les simulateurs de vol, doté d’un parfait isolement thermo-accoustique “dans le but d’éviter des révélations de conversations”.

 

Le vaccin de Gates propage la polio à travers l’Afrique

Par F. William Engdahl, 06 octobre 2020

Le fondateur de Microsoft, Bill Gates, est devenu le tsar mondial des vaccins, sa fondation dépense des milliards pour la diffusion de nouveaux vaccins dans le monde. Alors que l’on a accordé beaucoup d’attention au rôle de Gates derrière l’OMS corrompue dans la promotion de vaccins radicaux non testés contre le coronavirus, le bilan de la Fondation Gates qui a fait circuler un vaccin oral contre la polio à travers l’Afrique donne une preuve plus sérieuse que tout ce que Gates dit et fait n’a rien à voir avec de la véritable charité humaine.

 

Vidéo – COVID-19, une procédure de tests de dépistage PCR erronée génère des faux positifs: Randy Hillier, député de l’Ontario

Par Randy Hillier, 06 octobre 2020

Randy Hillier, (Lanark-Frontenac-Kingston) a interrogé le Premier ministre [ontarien] sur les inquiétudes soulevées dans le monde entier quant à la fiabilité des tests PCR pour la COVID.

 

ONU / Syrie : Querelle autour du «dossier chimique» et de l’opportunité d’un précieux témoignage… 

Par Dr. Bachar al-Jaafari, 07 octobre 2020

Le 5 octobre courant, s’est tenue, en personne, une énième réunion du Conseil de sécurité sur ledit « dossier chimique syrien ». L’organe de presse en langue française parle d’une séance houleuse [1], la proposition de la Fédération de Russie de faire intervenir le premier Directeur général de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques [OIAC], M. José Bustani, ayant été rejetée par 3 voix pour, 6 voix contre et 6 abstentions. 

 

Combattre le virus : Le chômage de masse n’est pas la solution

Prévenir la réouverture de l’économie nationale contribuera à anéantir les petites et moyennes entreprises (régionales et locales) dans le monde entier

Par Prof Michel Chossudovsky, 07 octobre 2020

Des millions de personnes dans le monde entier sont victimes de la campagne de peur. La panique prévaut. Chaque jour, les médias parlent du « virus mortel » par le biais de la désinformation.  La peur et la panique, associées à des mensonges flagrants, empêchent les gens de comprendre la logique de ces politiques économiques et sociales de grande envergure.

 

France – Le nombre des hospitalisations COVID-19 inclut les cas probables

Par Candice Vacle, 08 octobre 2020

Selon le service-presse de la Direction Générale de la Santé (DGS): « Le nombre d’hospitalisation COVID-19 en France correspond à l’ensemble des cas confirmés (test RT-PCR positif) et des cas probables (symptômes évocateurs + scanner pulmonaire en faveur d’une infection à covid-19) hospitalisés, spécifiquement pris en charge pour la  COVID-19 ou pris en charge pour une autre pathologie. » (1) Les cas probables de COVID-19 hospitalisés sont, donc, inclus dans le nombre d’hospitalisation Le nombre des hospitalisations covid-19 inclut les cas probables COVID-19! 

 

La commission d’enquête extra-parlementaire allemande sur la COVID-19 lance un recours collectif contre les criminels de la Corona

Par Peter Koenig, 09 octobre 2020

L’Allemagne est à nouveau en première ligne dans la lutte contre les mesures relatives au Coronavirus, qui sont dévastatrices, injustifiées, illégales, destructrices pour l’économie, affadissantes pour les personnes et carrément génocidaires. La commission d’enquête extra-parlementaire allemande COVID-19 (en allemand : ACU, acronyme allemand de Ausserparlamentarischer Corona Untersuchungsausschuss)  prévoit de lancer un recours collectif non seulement contre les gouvernements et les fonctionnaires, mais aussi et surtout contre les fabricants du fameux test PCR.

 

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L’Allemagne est à nouveau en première ligne dans la lutte contre les mesures relatives au Coronavirus, qui sont dévastatrices, injustifiées, illégales, destructrices pour l’économie, affadissantes pour les personnes et carrément génocidaires. La commission d’enquête extra-parlementaire allemande COVID-19 (en allemand : ACU, acronyme allemand de Ausserparlamentarischer Corona Untersuchungsausschuss)  prévoit de lancer un recours collectif non seulement contre les gouvernements et les fonctionnaires, mais aussi et surtout contre les fabricants du fameux test PCR. Le PCR – Polymerase Chain Reaction (photo en vedette) – est une technique utilisée pour « amplifier » de petits segments d’ADN qui, selon de réputés virologues du monde entier, est absolument inadapté pour  dépister la COVID-19. En fait, l’Allemagne n’a même pas été autorisée à effectuer de tels tests.

Néanmoins, le test PCR a été et est toujours vanté et promu par l’OMS – et par d’autres institutions sanitaires de premier plan dans le monde occidental, comme le NIAID / NIH et le CDC des États-Unis, ainsi que par des chercheurs du Centre allemand de recherche sur les infections (DZIF) à l’hôpital Charité de Berlin. C’est le Dr Christian Drosten, directeur de l’Institut de virologie de la Charité, qui a fait la promotion de ce test. Le PCR a finalement été adopté par les autorités gouvernementales et sanitaires allemandes qui en ont fait une véritable solution miracle pour tester et compter les « cas » – principalement pour manipuler les statistiques.  Les médias utilisent ensuite le nombre de « cas » pour effrayer la population.

D’autres pays ont suivi des instructions similaires de leurs plus hautes autorités sanitaires et ils ont utilisé les résultats du test PCR avec le même objectif : semer la peur au sein de la population désemparée. Par exemple, les médias ne nous disent jamais que le taux d’erreur de ces tests, les soi-disant « négatifs positifs », peut atteindre 50 %. Cependant, tous les « positifs » sont automatiquement absorbés dans les statistiques des « cas ». Les gens se font souvent tester plusieurs fois et peuvent également être signalés plusieurs fois.

C’est ainsi que les taux de « cas » peuvent être fabriqués et manipulés. La PEUR est le « nom du jeu ». Pour justifier le confinement, les gouvernements doivent davantage serrer la vis en fermant la vie économique des pays.  Cette fermeture provoque d’innombrables faillites et un chômage dans des proportions jamais vues dans l’histoire moderne ainsi que la misère extrême, la famine et le suicide.

Les mesures draconiennes comprennent le port du couvre-visage, la distanciation sociale, le travail à domicile, l’enfermement partiel ou total de la population, c’est-à-dire en séparant délibérément les gens (principe du « séparer [diviser] pour régner »), la discrimination à l’égard des personnes âgées, qui dans leur solitude deviennent déprimées, malades et peuvent ainsi mourir prématurément. Oui, les personnes âgées, en particulier celles qui souffrent de comorbidités, font partie d’un groupe à risque plus élevé, mais comme en réalité c’est le cas chaque année pour la grippesaisonnière (ce qui n’a jamais été un prétexte pour les marginaliser.

C’est le résultat de ces mesures que nous pouvons désormais constater. Et le pire est encore à venir. Cet automne et cet hiver, dans le « Nord global », la combinaison de la grippe et la « COVID-19 » pourrait être encore plus désastreuse en ce qui concerne la manipulation des données officielles et les mesures prises par les gouvernements. Les gouvernements du « Sud global » pourraient également imiter les mesures prises par le « Nord global », bien que le climat plus chaud qui s’annonce puisse suggérer le contraire. Cela se présente comme un jeu dangereux et criminel.  Si nous ne l’arrêtons pas, il ne se terminera pas de sitôt.

Assez de discussion… Écoutez vous-même ce que le Dr Reiner Fuellmich, avocat de l’ACU, a à dire (vidéo de 8 minutes ci-dessous) sur le recours collectif, et comment il pourrait mettre un terme à ces mesures destructrices et les inverser, en dédommageant les personnes lésées et les petites et moyennes entreprises qui n’ont eu d’autre choix que de déclarer faillite et de licencier leurs employés.

Comme l’explique le Dr. Füllmich, ce scénario pourrait se produire avec ce qu’il appelle un BANG, ce si des millions de personnes dans le monde entier se joignent au procès de recours collectif. Étant donné qu’en Allemagne et dans d’autres pays européens, les recours collectifs sont peu connus, notamment parce qu’ils sont compliqués et qu’ils n’ont pas de base juridique similaire à celle des États-Unis, ce recours collectif serait déposé aux États-Unis en représentant la population mondiale.

Peter Koenig

Article original en anglais :

Germany’s Extra-Parliamentary Corona Investigative Commission Launching a Class Action Suit Against Corona Criminalsle 4 octobre 2020

Traduit par Maya pour Mondialisation

*

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Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il donne des conférences dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour des revues en ligne telles que Global Research, ICH, New Eastern Outlook (NEO) et bien d’autres encore. Il est l’auteur de Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed, une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde entier. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essais de la Résistance. Il est associé de recherche au Centre de recherche sur la mondialisation.

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Selon le service-presse de la Direction Générale de la Santé (DGS):

« Le nombre d’hospitalisation COVID-19 en France correspond à l’ensemble des cas confirmés (test RT-PCR positif) et des cas probables (symptômes évocateurs + scanner pulmonaire en faveur d’une infection à covid-19) hospitalisés, spécifiquement pris en charge pour la covid-19 ou pris en charge pour une autre pathologie. » (1)

Les cas probables de COVID-19 hospitalisés sont, donc, inclus dans le nombre d’hospitalisation Le nombre des hospitalisations covid-19 inclut les cas probables COVID-19! 

Reprenons ce que dit la DGS et listons les 5 catégories de patients hospitalisés inclus dans le nombre d’hospitalisation COVID-19. Il y a:

-les cas dont le diagnostic COVID-19 est confirmé, hospitalisés pour le COVID-19; 

-les cas dont le diagnostic COVID-19 est probable, et qui sont hospitalisés pour des symptômes évocateurs du COVID-19;

-les cas dont le diagnostic COVID-19 est probable, et qui sont hospitalisés pour d’autres pathologies que le COVID-19.

-Et, sans doute aussi, même si la DGS ne le dit pas, les cas dont le diagnostic COVID-19 est confirmé et qui sont hospitalisés, à la fois, pour des symptômes COVID-19 et d’autres pathologies;

-et, les cas dont le diagnostic COVID-19 est probable, et qui sont hospitalisés, à la fois, pour d’autres pathologies et des symptômes évocateurs du COVID-19.

Pourquoi ce mélange?

« Une personne confirmée COVID-19 positive requiert, en effet, le même niveau de soin avec des mesures de précautions renforcées, qu’elle vienne pour une symptomatologie COVID-19 ou pour une autre pathologie et qu’elle ait également un test positif, car elle est aussi contaminatrice », dit la DGS. (1)

Il est compréhensible que l’on s’attache aux mêmes mesures de précaution tant pour les patients COVID-19 que pour les patients ayant probablement le COVID-19. Mais, pourquoi la « comptabilité » des hospitalisations COVID-19 ne distingue pas les cas confirmés des cas probables? Ce n’est pas du tout la même chose. 

Premières conclusions: les chiffres des hospitalisations COVID-19 ne sont donc pas exacts; cette « comptabilité » gonfle de manière erronée le nombre des hospitalisations COVID-19; et les citoyens sont inquiétés plus que nécessaire car ils croient que les cas probables sont des cas confirmés.

Cette imprécision crée une sorte de « fraude » aux mots. Dire « hospitalisation COVID-19 », en toute logique, ça n’inclue pas les cas probables. Cette manière de parler ne dit pas la réalité. C’est un problème car on ne peux pas penser correctement la crise du COVID-19 si les mots sont mal utilisés. 

Aucune pédagogie n’est faite de la part du gouvernement, des médias officiels ou de la plupart des médecins pour souligner cette nuance. 

Pourquoi, n’expliquent-ils pas, le fait que parmi les hospitalisations COVID-19, il y a des cas probables? Ignorent-ils, ce fait? Est-ce parce que ça pose des questions sensibles? J’ai pu constater, en posant la question à des médecins, que certains d’entre eux sont parfaitement informés de ce fait et d’autres non. Est-il vraisemblable qu’O. Véran ministre de la Santé ignore, lui aussi, le fait que parmi les hospitalisations COVID-19, il y a des cas probables? 

Première question sensible: s’il y a des patients hospitalisés ayant probablement le COVID-19, cela veut-il dire que les médecins ne savent pas toujours diagnostiquer le COVID-19? Le diagnostic différentiel distinguant les maladies ne leur permet pas toujours de faire un diagnostic, semble-t-il. A ce sujet, rappelons que Pr. Raoult dit qu’il y a 44 % de faux-positifs quand l’IHU reteste les patients qui se sont fait tester ailleurs qu’à l’IHU. De plus, la liste des symptômes possibles du COVID-19 est longue et ressemble à celle d’une grippe. (2) Par exemples: le symptôme COVID19 le plus fréquent, la céphalée, est l’une des « affections du système nerveux les plus répandues » (3); la perte de l’odorat (anosmie), second symptôme le plus fréquent, « est courante dans les infections respiratoires, comme la grippe ou le rhume, qui peut être provoqué par des coronavirus non mortels. » (4)

Autres questions sensibles: s’il y a des patients hospitalisés ayant probablement le covid-19, alors ont-ils partagé leur chambre d’hôpital avec un patient covid-19 confirmé? Est-ce qu’ainsi il y a eu des contaminations du COVID-19 à l’hôpital ? Ces questions se posent, car il manquait de lits dans les hôpitaux lors du pic épidémique du COVID-19 et car 3 400 lits d’hospitalisation complète (réservés à des patients pour une durée généralement supérieure à une journée) ont été fermés en 2019. (5)

Comment sont traités les cas probables COVID-19 hospitalisés: avec des protocoles COVID-19 ou d’autres traitements? Et que nous apprennent les résultats des traitements sur ces patients? 

Dernières questions sensibles: si dans le nombre des hospitalisations COVID-19, il y a des cas probables, n’est-ce pas avouer que parmi les cas de réanimation COVID-19, il y a aussi des cas probables de COVID-19? Et, n’est-ce pas aussi avouer que parmi les décès comptabilisés COVID-19, il y a aussi des cas probables?

D’un coup, ça nous fait comprendre que l’on ne connaît pas, par les chiffres, aussi bien la situation du COVID-19 qu’on nous le dit. D’un coup, on comprend que si parmi les hospitalisations COVID-19 il y a des cas probables, et si le nombre global des hospitalisations COVID-19 est juste, alors la situation du COVID-19 est, sans doute, moins grave que ce que l’on nous dit.

La réalité est peut-être encore plus complexe car parmi les cas confirmés COVID-19, on peut concevoir qu’il y ait des erreurs de diagnostic car, comme dit précédemment, les tests manquent de fiabilité (44% de faux-positifs) et les symptômes ressemblent beaucoup à une grippe. De plus, il y a une sorte de psychose hypnotique du COVID-19 qui influence peut-être l’orientation du diagnostic du médecin. Des erreurs médicales se produisent quotidiennement en France: environ 1232 erreurs médicales par jour (en 2014) et environ 136 décès par jour (en 2013) à cause d’erreurs médicales. Certains des cas confirmés COVID-19 n’ont peut-être pas le COVID-19. (6)(7)

La crise du COVID-19 (à bien distinguer du problème de la maladie COVID-19) peut-elle être solutionnée si ces incertitudes, ou ignorances ne sont pas reconnues et si les mots ne recouvrent pas ce qu’ils disent?

Candice Vacle

Le 7 octobre 2020

 

Image en vedette : pixabay.com

Notes

(1)Mail service-presse de la Direction Générale de la Santé (DGS) le 30 septembre 2020

(2)https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/question-and-answers-hub/q-a-detail/q-a-coronaviruses#:~:text=symptomes

Symptômes les plus fréquents:

fièvre

toux sèche

fatigue

Symptômes moins fréquents:

courbatures

maux de gorge

diarrhée

conjonctivite

maux de tête

perte de l’odorat ou du goût

éruption cutanée, ou décoloration des doigts ou des orteils

Symptômes graves:

difficultés à respirer ou essoufflement

sensation d’oppression ou douleur au niveau de la poitrine

perte d’élocution ou de motricité

(3)https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/headache-disorders

(4)https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-coronavirus-perte-odorat-ne-serait-pas-mauvaise-nouvelle-finalement-81686/

(5)https://mobile.francetvinfo.fr/sante/politique-de-sante/hopital-plus-de-3-400-lits-ont-ete-supprimes-en-2019_4122035.html#xtref=https://t.co&xtref=https://www.francetvinfo.fr/sante/politique-de-sante/hopital-plus-de-3-400-lits-ont-ete-supprimes-en-2019_4122035.html&xtref=acc_dir

(6)ttps://www.lemonde.fr/medecine/article/2016/05/04/morts-liees-aux-erreurs-medicales-des-donnees-peu-fiables_4913152_1650718.html 

« Avec 15 millions d’hospitalisations en France en 2013, le nombre de décès liés aux erreurs médicales pourrait ainsi avoisiner les 50 000, en faisant la troisième cause de mortalité du pays après les cancers et les maladies cardio-vasculaires. »

50 000 divisé par 365 jours fait 136 décès à cause d’erreurs médicales par jour en France.

(7)https://www.20minutes.fr/societe/1502531-20141216-estime-450000-nombre-erreurs-medicales-france-an

« On estime à 450 000 le nombre d’erreurs médicales chaque année dans l’Hexagone. »

450 000 divisé par 365 jours fait 1233,8 nombre d’erreurs médicales par jour en France.

 

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Montréal, le 8 octobre 2020 – D’après un nouveau sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), huit propriétaires de PME sur 10 s’inquiètent des impacts que pourrait avoir la deuxième vague de la COVID-19, surtout l’imposition de fermetures et les restrictions commerciales imposées aux entreprises du pays. La FCEI demande au gouvernement fédéral et aux provinces de faire tout ce qu’ils peuvent pour éviter de nouvelles fermetures et de mettre en place des mesures adéquates et immédiates pour soutenir financièrement les secteurs les plus touchés par les nouvelles restrictions gouvernementales.

 « Que les gouvernements n’aient pas mis sur pied immédiatement toutes les mesures nécessaires pour aider les petites entreprises au début de la pandémie, cela peut se comprendre, déclare Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales à la FCEI. Mais aujourd’hui, après six mois de crise, les gouvernements ne peuvent pas juste dire que l’aide s’en vient. Il faut que les programmes soient prêts. »

 Plus de la moitié (56 %) des propriétaires de PME disent qu’ils auront du mal à survivre à une seconde vague de fermetures et de restrictions. Dans un tel contexte, la FCEI demande aux gouvernements de prendre les mesures suivantes :

  • Permettre aux entreprises de bénéficier immédiatement d’une aide financière pour couvrir leurs coûts fixes (loyer, impôt foncier, taxes municipales, etc.). Le programme de compensation mis en place au Québec peut servir d’exemple.
  • Dégager des fonds considérables pour que le salaire des employés et des contractuels soit couvert, ce qui comprend d’assurer une source de revenus aux propriétaires d’entreprise.
  • Adopter un moratoire sur les expulsions et les saisies de biens des entreprises qui ont dû fermer.
  • Établir des critères pour les fermetures qui sont cohérents et qui ciblent les secteurs les plus à risque, appuyés par des données transparentes relatives aux politiques de santé publique.
  • Revoir et actualiser quotidiennement les mesures de confinement afin d’éviter que des entreprises restent fermées plus longtemps qu’il ne le faut, ne serait-ce que d’un seul jour.
  • Imposer les fermetures de façon équitable pour que les grandes entreprises ne soient pas favorisées par rapport aux petites en raison des exemptions qui leur sont accordées parce qu’elles ont un rayon épicerie ou pharmacie.

Les PME s’inquiètent aussi de l’impact des fermetures sur la confiance et les dépenses des consommateurs. Pendant la première vague, une vaste majorité de petits commerçants ont dû fermer complètement, alors que les grandes surfaces, comme Costco et Walmart, avaient le droit de continuer de vendre toutes sortes de produits sans la moindre restriction parce qu’elles ont un rayon épicerie ou pharmacie. La FCEI exhorte le gouvernement à imposer des critères d’équité pour les fermetures afin que les grandes entreprises ne soient plus favorisées par rapport aux petites.

 « La première vague de fermetures a eu des effets dévastateurs sur les PME, pas seulement parce qu’elles ont dû cesser leurs activités, mais aussi parce que les consommateurs avaient peur de faire leurs achats chez les détaillants, ajoute François Vincent, vice-président Québec à la FCEI. La plupart des entreprises sont à nouveau ouvertes, mais 70 % des PME canadiennes n’ont pas encore retrouvé leur niveau normal des ventes. En même temps, les géants comme Amazon ont réalisé des profits records. Beaucoup de PME attendent la période du magasinage des Fêtes avec impatience. Pour assurer leur survie, il faut que les gouvernements évitent de nouvelles fermetures et que les citoyens privilégient les PME locales dans leur choix de consommation. Ici, l’enjeu est important et c’est maintenant que ça se joue. »

À propos de la FCEI
La FCEI (Fédération canadienne de l’entreprise indépendante) est le plus grand regroupement de PME au pays, comptant 110 000 membres dans tous les secteurs d’activité et toutes les régions. Elle vise à augmenter les chances de succès des PME en défendant leurs intérêts auprès des gouvernements, en leur fournissant des ressources personnalisées et en leur offrant des économies exclusives. Visitez fcei.ca pour en savoir plus.

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Combattre le virus : Le chômage de masse n’est pas la solution

octobre 7th, 2020 by Prof Michel Chossudovsky

Image : Le chômage en Inde atteint un niveau record

Des millions de personnes dans le monde entier sont victimes de la campagne de peur. La panique prévaut. Chaque jour, les médias parlent du « virus mortel » par le biais de la désinformation 

La peur et la panique, associées à des mensonges flagrants, empêchent les gens de comprendre la logique de ces politiques économiques et sociales de grande envergure.

Le 11 mars 2020, l’OMS a déclaré une pandémie mondiale, nécessitant le verrouillage et la fermeture des économies nationales de 193 États membres des Nations unies, avec des conséquences économiques et sociales dévastatrices : chômage, pauvreté, désespoir.

Ces mesures autoritaires imposées à des millions de personnes ont été acceptées sans réserve. L’opinion publique a été amenée à croire que ces mesures étaient une solution pour combattre le « virus tueur ».

La deuxième vague

Et maintenant, sept mois plus tard, une « deuxième vague » de COVID-19 a été annoncée. La solution proposée pour lutter contre le « virus tueur » consiste à prévenir et à retarder la réouverture de l’économie nationale, tout en imposant la distanciation sociale, le port du masque facial, etc.

Inutile de dire qu’au début de cette deuxième vague, l’économie mondiale est déjà dans un état de chaos. Bien que les rapports ne révèlent pas la profondeur et la gravité de cette crise mondiale, les preuves (qui sont encore provisoires et incomplètes) parlent d’elles-mêmes.

L’ « économie réelle » et le « Big Money »

Pourquoi ces politiques de verrouillage de COVID-19 sont-elles le fer de lance de la faillite, de la pauvreté et du chômage ?

Il existe une relation importante entre l' »économie réelle » et le « Big Money », à savoir le pouvoir financier.

Ce qui est en cours est un processus de concentration de la richesse, par lequel e pouvoir financier (c’est-à-dire les créanciers de plusieurs milliards de dollars) est censé s’approprier les actifs réels des entreprises en faillite ainsi que les actifs de l’État.

L' »économie réelle » constitue le « paysage économique » de l’activité économique réelle : actifs productifs, agriculture, industrie, services, infrastructures économiques et sociales, investissements, emploi, etc.

L’économie réelle aux niveaux mondial et national est visée par le confinement et la fermeture de l’activité économique. Les institutions financières Global Money sont les « créanciers » de l’économie réelle.

La fermeture de l’économie mondiale a déclenché un processus d’endettement mondial. Sans précédent dans l’histoire du monde, une dette de plusieurs billions de dollars affecte simultanément les économies nationales de 193 pays.

Dans le cadre de la « nouvelle normalité » de la grande relance mondiale mise en place par le Forum économique mondial (FEM), les créanciers (y compris les milliardaires) finiront par racheter d’importants secteurs de l’économie réelle et par reprendre des entreprises en faillite. Les créanciers chercheront également à acquérir la propriété et/ou le contrôle de la « richesse publique », y compris les actifs sociaux et économiques de l’État, par le biais d’un projet d’endettement massif.

La « Gouvernance mondiale »

Un système de « gouvernance mondiale » contrôlé par de puissants intérêts financiers, dont des fondations d’entreprises et des think tanks de Washington, supervise la prise de décision au niveau national et mondial. David Rockefeller avait défini la gouvernance mondiale comme « la souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers ».

Le scénario de la gouvernance mondiale impose un programme totalitaire d’ingénierie sociale et de conformité économique. Il constitue une extension du cadre politique néolibéral imposé aux pays en développement et aux pays développés. Il consiste à mettre au rancart l' »autodétermination nationale » et à construire un réseau mondial de régimes par procuration pro-américains contrôlés par une « souveraineté supranationale » (gouvernement mondial) composée des principales institutions financières, des milliardaires et de leurs fondations philanthropiques. (Michel Chossudovsky, août 2020)

Dans les sections ci-dessous, nous passons brièvement en revue les impacts dramatiques de la fermeture de l’économie mondiale en nous concentrant sur les faillites, la pauvreté, le chômage, l’apparition de famines et l’éducation. La plupart des chiffres cités ci-dessous proviennent de sources des Nations unies, qui ont tendance à sous-estimer la gravité de la crise mondiale.

La vague de faillites

La vague de faillites déclenchée par la fermeture de l’économie mondiale touche aussi bien les petites et moyennes entreprises (PME) que les grandes sociétés. Les faits démontrent que les petites et moyennes entreprises sont littéralement en train d’être anéanties.

Selon une étude du Centre du commerce international, citée par l’OCDE, concernant les PME dans 132 pays :

deux tiers des micro et petites entreprises déclarent que la crise a fortement affecté leurs activités commerciales, et un cinquième indique le risque de fermeture définitive dans les trois mois. Sur la base de plusieurs enquêtes menées dans divers pays, McKinsey (2020) indique qu’entre 25 et 36 % des petites entreprises pourraient fermer définitivement à la suite des perturbations survenues au cours des quatre premiers mois de la pandémie. (Rapport de l’OCDE, c’est nous qui soulignons)

Aux États-Unis, la procédure de faillite est en cours. Selon un groupe d’universitaires dans une lettre au Congrès :

« nous prévoyons qu’une fraction importante des petites entreprises viables sera obligée de se mettre en liquidation, ce qui entraînera des pertes économiques élevées et irréversibles, ». « Les travailleurs perdront leur emploi même dans des entreprises par ailleurs viables. …

« Une série de défaillances semble presque inévitable. À la fin du premier trimestre de cette année, les entreprises américaines avaient accumulé près de 10 500 milliards de dollars de dettes – de loin le plus gros montant depuis que la Banque de la Réserve fédérale de Saint-Louis a commencé à suivre ce chiffre à la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Une explosion de la dette des entreprises », a déclaré M. Altman (NYT, 16 juin 2020).

En ce qui concerne les petites entreprises aux États-Unis :

près de 90% des petites entreprises ont subi un impact négatif important (51%) ou modéré (38%) de la pandémie; 45% des entreprises ont subi des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement ; 25% des entreprises ont moins de 1 à 2 mois de réserves de trésorerie« . (OCDE)

Les résultats d’une enquête menée auprès de plus de 5 800 petites entreprises aux États-Unis :

… montrent que 43% des entreprises ayant répondu sont déjà temporairement fermées. En moyenne, les entreprises ont réduit leurs effectifs de 40 %. Les trois quarts des répondants indiquent qu’ils disposent de deux mois ou moins de liquidités en réserve. … (OCDE)

Le chômage de masse est désormais mondial

Chômage mondial

Dans un rapport du mois d’août, l’Organisation internationale du travail (OIT) le confirme :

La crise COVID-19 a gravement perturbé les économies et les marchés du travail dans toutes les régions du monde, avec des pertes d’heures de travail estimées à près de 400 millions d’emplois à temps plein au deuxième trimestre 2020, dont la plupart dans les pays émergents et en développement…(OIT, 2020a). …

Parmi les plus vulnérables figurent les 1,6 milliard de travailleurs de l’économie informelle, représentant la moitié de la main-d’œuvre mondiale, qui travaillent dans des secteurs connaissant d’importantes pertes d’emploi ou qui ont vu leurs revenus sérieusement affectés par les fermetures.

La crise COVID-19 touche de manière disproportionnée 1,25 milliard de travailleurs occupant des emplois à risque, en particulier dans les secteurs les plus durement touchés comme le commerce de détail, l’hébergement et la restauration, et l’industrie manufacturière (OIT, 2020b). La plupart de ces travailleurs sont des indépendants, occupant des emplois à faible revenu dans le secteur informel… Les jeunes, par exemple, subissent de multiples chocs, notamment une perturbation de l’éducation et de la formation, de l’emploi et des revenus, en plus de difficultés accrues à trouver un emploi.

L’OIT ne se concentre pas sur les causes politiques du chômage de masse, à savoir les mesures prises par les gouvernements, prétendument en vue de résoudre la pandémie de COVID-19

En outre, l’OIT a tendance à sous-estimer à la fois les niveaux et l’augmentation du chômage.

Le chômage en Amérique latine

En Amérique latine, le taux de chômage moyen était estimé à 8,1 % à la fin de 2019. Selon l’OIT, il pourrait augmenter d’un modeste 4 à 5 points de pourcentage pour atteindre 41 millions de chômeurs.

En chiffres absolus, ces taux impliquent que le nombre de personnes qui cherchent un emploi, mais ne sont pas embauchées est passé de 26 millions avant la pandémie à 41 millions en 2020, comme l’ont annoncé les experts de l’OIT…

Ces estimations de l’OIT et de la Banque mondiale sont trompeuses. Selon la Banque interaméricaine de développement (BID), l’augmentation du chômage pour l’Amérique latine est de l’ordre de 24 millions, avec des pertes d’emplois de l’ordre de 3,6 millions en Colombie, de 7,0 millions au Brésil et de 7,0 millions au Mexique.

Même ces chiffres tendent à sous-estimer l’augmentation spectaculaire du chômage. Et la situation est susceptible d’évoluer dans les mois à venir.

Selon une enquête menée par l’Instituto Nacional de Estadística y Geografía (INEGI), l’augmentation du chômage au Mexique a été de l’ordre de 12,5 millions en avril, c’est-à-dire dans le mois suivant le blocage et la fermeture de l’économie nationale le 11 mars 2020.

Le chômage aux États-Unis

Aux États-Unis, « plus de 30 millions de personnes, soit plus de 15 % de la population active, ont demandé des allocations de chômage… » (CSM, 6 mai 2020)

Rien de comparable à ce qui s’est passé depuis janvier n’est jamais arrivé auparavant aux États-Unis.

Pour la 27e semaine consécutive, plus d’un million d’Étasuniens en âge de travailler ont déposé des demandes d’assurance chômage (UI).

La semaine dernière, 870 000 personnes ont demandé à bénéficier de l’assurance-chômage ordinaire de l’État, et 630 000 autres ont demandé à bénéficier de l’assistance-chômage en cas de pandémie (PUA), le programme fédéral destiné aux travailleurs non éligibles à l’assurance-chômage. (Stephen Lendman, 25 septembre 2020)

Le chômage dans l’Union européenne (UE)

« Le chômage dans l’ensemble de l’Union européenne devrait atteindre 9 % en 2020, à la suite de la pandémie de coronavirus et des mesures de verrouillage appliquées par les gouvernements nationaux ».

Selon les chiffres officiels de l’Union européenne:

La Grèce, l’Espagne et le Portugal … ont de nouveau connu une forte augmentation du chômage des jeunes depuis le début de la pandémie. La Grèce a connu une hausse de 31,7 % en mars à 39,3 % en juin, tandis que l’Espagne et le Portugal ont connu des augmentations similaires, passant respectivement de 33,9 % à 41,7 % et de 20,6 % à 27,4 %.

La flambée de famines

Selon des sources des Nations unies, des famines ont éclaté dans au moins 25 pays en développement. Selon la FAO, le 17 juillet 2020

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) identifient 27 pays qui sont en première ligne des crises alimentaires imminentes provoquées par la COVID-19, car les effets d’entraînement de la pandémie aggravent les facteurs préexistants de la faim.

Aucune région du monde n’est à l’abri, de l’Afghanistan et du Bangladesh en Asie, à Haïti, au Venezuela et en Amérique centrale, à l’Irak, au Liban, au Soudan et à la Syrie au Moyen-Orient, au Burkina Faso, au Cameroun, au Liberia, au Mali, au Niger, au Nigeria, au Mozambique, à la Sierra Leone et au Zimbabwe en Afrique.

L’analyse conjointe de la FAO et du PAM avertit que ces « pays chauds » risquent fort – et dans certains cas voient déjà – une détérioration significative de leur sécurité alimentaire dans les mois à venir, notamment par l’augmentation du nombre de personnes poussées vers la faim aiguë.

La pandémie de la COVID-19 a potentiellement des impacts indirects de grande portée et à multiples facettes sur les sociétés et les économies, qui pourraient durer longtemps après la fin de l’urgence sanitaire. Elles pourraient aggraver les instabilités ou les crises existantes, ou en provoquer de nouvelles avec des répercussions sur la sécurité alimentaire, la nutrition et les moyens de subsistance.

Avec plus de deux milliards de personnes, soit 62 % de l’ensemble des personnes travaillant dans le monde, employées dans l’économie informelle selon les données de l’OIT, des millions de personnes sont confrontées à un risque croissant de la famine. On estime que les revenus des travailleurs informels diminuent de 82 %, l’Afrique et l’Amérique latine étant confrontées à la plus forte baisse (OIT 2020). (FAO, p. 6).

L’insécurité alimentaire aux États-Unis

La nutrition et l’insécurité alimentaire ne se limitent pas aux pays en développement. Aux États-Unis, selon Stephen Lendman :

« Environ un ménage américain sur quatre a connu l’insécurité alimentaire cette année, soit plus de 27 % des ménages avec enfants.

Une étude du Northwestern University Institute for Policy Research estime à près de 30 % le nombre de ménages avec enfants souffrant d’insécurité alimentaire. Les familles afro-américaines sont deux fois plus touchées par l’insécurité alimentaire que leurs homologues « blancs ». Les ménages latinos sont également touchés de manière disproportionnée ».

L’éducation : Les impacts sur nos enfants

Les fondements mêmes de la société civile sont menacés. L’UNICEF estime que 1,6 milliard d’enfants et d’adolescents sont touchés par la fermeture des écoles dans le monde.

« Alors que la pandémie COVID-19 s’est propagée dans le monde entier, une majorité de pays ont annoncé la fermeture temporaire d’écoles, ce qui touche plus de 91 % des élèves dans le monde… Jamais auparavant autant d’enfants n’ont été déscolarisés en même temps… »

Les collèges et les universités sont également paralysés. Les élèves se voient refuser le droit à l’éducation. Alors que l’UNESCO confirme que plus d’un milliard d’étudiants sont touchés, elle n’offre aucune solution concrète ni critique. Le discours officiel imposé par le soi-disant « partenariat privé/public » qui est imposé aux gouvernements nationaux est adopté tel quel.

Des fermetures ont été mises en œuvre dans 132 pays. Voir le diagramme ci-dessous.

cliquez sur la carte pour accéder au rapport de l’UNESCO.

Ne nous faisons pas d’illusions : La vie des gens est en train d’être détruite

Et cela n’est pas dû au virus COVID-19. Il s’agit d’une décision politique prise par des gouvernements corrompus, agissant au nom d’institutions financières dominantes.

La deuxième vague

Et maintenant, l’établissement financier a chargé les gouvernements de mettre en œuvre ce qui équivaut à un deuxième programme de faillite en utilisant le prétexte et la justification que le nombre de cas positifs de COVID-19 a augmenté.

Toutes les formes d’activité sociale sont touchées, y compris les réunions familiales, les mariages et les enterrements, les rassemblements publics, sans parler de la fermeture d’écoles, d’universités, de musées, de manifestations sportives et culturelles. Des mesures de police d’État sont désormais appliquées pour faire respecter la loi. Et les gens acceptent !

Au début de la deuxième vague, le le fait de remettre à plus tard la réouverture de l’économie mondiale contribuera de manière significative à anéantir les petites et moyennes entreprises (régionales et locales) dans le monde entier, tout en précipitant la faillite de secteurs importants de l’économie mondiale, notamment les compagnies aériennes, les chaînes d’hôtels et l’industrie touristique.

La campagne de peur est une fois de plus passée à la vitesse supérieure.

Les statistiques officielles basées sur des estimations erronées et manipulées de cas positifs de COVID-19 dits « confirmés » constituent la base pour justifier ces mesures diaboliques.

On présente le virus comme la menace. Mais le virus n’a pas d’impact direct sur les variables économiques clés.

Il est question d’un enjeu sans précédent : Il s’agit d’un programme néolibéral mondial mené par des gouvernements corrompus au nom du pouvoir financier.

La « nouvelle normalité » et la Grande remise à zéro 

Ne nous faisons pas d’illusions. En raison de la série de faillites, de la destruction du secteur urbain informel, sans parler de la pauvreté extrême et de l’effondrement du pouvoir d’achat, il est peu probable que le chômage de masse soit résolu dans le cadre de la « nouvelle normalité », en particulier compte tenu des politiques néolibérales qui devraient être imposées par les créanciers mondiaux.

Le Forum économique mondial (FEM) appelle maintenant à l’adoption d’une Grande remise à zéro, qui sera gérée par les créanciers mondiaux.

Selon Peter Koenig, la Grande remise à zéro consiste en :

« pelleter plus d’actifs des échelons inférieurs à une petite élite, par l’asservissement de la dette – passer du capitalisme de consommation au capitalisme vert (de consommation) – et tout cela avec un attrait de convivialité envers l’environnement et la population mondiale. …

Selon Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du FEM (3 juin 2020) :

« Le monde doit agir conjointement et rapidement pour réorganiser tous les aspects de nos sociétés et de nos économies, de l’éducation aux contrats sociaux et aux conditions de travail… Chaque pays, des États-Unis à la Chine, doit participer, et chaque industrie, du pétrole et du gaz à la technologie, doit être transformée. En bref, nous avons besoin d’une « Grande remise à zéro » du capitalisme ».

« Vous remarquez que la Grande réinitialisation [remise à zéro vise à maintenir le capitalisme... » (c’est nous qui soulignons)

La campagne de peur est devenue un instrument politique, un mécanisme de subordination au niveau social. Dans tout le pays, au niveau national et international, les gens ont accepté à contrecœur le consensus officiel qui est basé sur un grand mensonge.

Il est regrettable que de nombreux intellectuels progressistes qui comprennent la politique et les rouages du capitalisme mondial aient approuvé le récit officiel sur la COVID-19. La fermeture de l’économie nationale qui conduit à la pauvreté et au chômage de masse est une dérogation aux droits des travailleurs.

Le bon sens nous dit que la fermeture de l’économie mondiale détruit la vie des gens.

Mettre fin à la campagne de peur constitue le premier pas vers le renversement de la tendance.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais :

Combating The Virus: Mass Unemployment is Not the Solution

Le 5 octobre 2020

Traduit par Maya pour Mondialisation.

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COVID-19: La Suède a-t-elle atteint l’immunité collective?

octobre 7th, 2020 by Sebastian Rushworth

Au début du mois d’août, j’ai écrit un article sur mes expériences de travail en tant que médecin urgentiste à Stockholm, en Suède, pendant la pandémie de la Covid-19. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Suède n’est jamais entrée dans un confinement complet.

Au lieu de cela, le pays a imposé un verrouillage partiel qui était presque entièrement volontaire. Il a été recommandé aux personnes occupant un emploi de bureau de travailler à domicile, et les gens en général ont été invités à éviter les transports en commun à moins que cela ne soit nécessaire. Il a été recommandé à ceux qui avaient plus de 70 ans ou qui avaient des conditions sous-jacentes graves de limiter les contacts sociaux.

La seule restriction imposée par le gouvernement depuis le début était une exigence que les gens ne se rassemblent pas en groupes de plus de 50 personnes à la fois. Après qu’il soit devenu clair que la Covid-19 était avant tout dangereuse pour les personnes dans les maisons de retraite, une restriction supplémentaire a été imposée aux visites dans celles-ci. À aucun moment, les gens n’ont été tenus de porter des masques faciaux en public. Les restaurants, cafés, coiffeurs et magasins sont restés ouverts tout au long de la pandémie. Les écoles maternelles et les écoles pour les enfants jusqu’à l’âge de 16 ans sont restées ouvertes, tandis que les écoles pour les enfants de 16 à 19 ans sont passées à l’enseignement à distance.

Mon expérience personnelle est que les gens ont assez bien suivi les restrictions volontaires au début, mais qu’ils sont devenus de plus en plus laxistes avec le temps. À titre d’exemple personnel, ma mère et mes beaux-parents sont restés enfermés chez eux pendant les six premières semaines environ de la pandémie. Après cela, ils ne pouvaient plus supporter d’être loin de leurs petits-enfants.

Dans mon article précédent en août, j’ai mentionné qu’après un pic initial qui a duré environ un mois, de mars à avril, les visites aux urgences en raison de la Covid-19 avaient diminué continuellement et les décès en Suède étaient passés de plus de 100 par jour lord du pic en avril, à environ cinq par jour en août.

Au moment où j’ai écrit cet article en août, je n’avais pas vu un seul patient affecté par la Covid-19 depuis plus d’un mois. J’ai émis l’hypothèse que la Suède avait développé une immunité collective, car la baisse énorme et continue se produisait malgré le fait que la Suède ne prenait pas vraiment de mesures sérieuses pour empêcher la propagation de l’infection.

Alors, comment les choses ont-elles évolué au cours des six semaines qui ont suivi ce premier article ?

Eh bien, dans l’état actuel des choses, je n’ai pas vu un seul patient de la Covid-19  aux urgences depuis plus de deux mois et demi. Les gens sont devenus de plus en plus détendus dans leur comportement, ce qui est notable dans l’augmentation du volume aux urgences. Au plus fort de la pandémie en avril, je voyais environ deux fois moins de patients par quart de veille que d’habitude, probablement parce que beaucoup de gens évitaient d’aller aux urgences de peur d’attraper la Covid-19. Les volumes sont maintenant revenus à la normale.

Quand je m’assois dans le métro sur le chemin du travail, il est plein de monde. Peut-être qu’une personne sur cent choisit de porter un masque facial en public. À Stockholm, la vie est en grande partie revenue à la normale. Si vous regardez les premières pages des tabloïds et de nombreux jours, il n’y a aucune mention de la Covid-19 nulle part. Au moment où j’écris ces lignes, 19 septembre 2020, les premières pages des deux principaux tabloïds de grandes diffusions titrent sur l’arthrite et les pensions. Apparemment, l’arthrite et les pensions sont actuellement plus intéressantes que la Covid-19 en Suède.

Malgré cette attitude détendue, le taux de mortalité a continué de baisser. Quand j’ai écrit le premier article, j’ai dit que la pandémie avait tué moins de 6 000 personnes. Combien de personnes sont mortes maintenant, six semaines plus tard ? En fait, nous sommes toujours à moins de 6 000 morts. En moyenne, une à deux personnes par jour meurent actuellement de la Covid-19 en Suède.

Dans l’hôpital où je travaille, il n’y a pas une seule personne actuellement traitée pour cette maladie. En fait, dans tout Stockholm, un comté de 2,4 millions d’habitants, il n’y a actuellement que 28 personnes traitées pour la Covid-19 dans tous les hôpitaux réunis. Au sommet de la crise, en avril, ce nombre était supérieur à 1 000. Si 28 personnes sont actuellement à l’hôpital, sur 2,4 millions qui vivent à Stockholm, cela signifie que les chances d’avoir un cas de Covid-19 grave qui nécessite un traitement à l’hôpital sont actuellement d’environ un sur 86 000.

Depuis mars, la salle d’urgence où je travaille est divisée en une section «Covid-19» et une section «non Covid-19». Toute personne ayant de la fièvre, de la toux ou des maux de gorge s’est retrouvée dans la section Covid-19, et nous avons été tenus de porter un équipement de protection individuelle complet lorsque nous interagissons avec les patients de cette section. Mercredi dernier, l’hôpital a fermé la section Covid-19. Alors que si peu de vrais cas de Covid-19 passent par les urgences, il n’est plus logique d’avoir une section séparée pour les Covid-19.

Qu’en est-il des quelques restrictions formelles imposées au début de la pandémie ? La restriction sur les visites dans les maisons de retraite sera levée à partir du 1er octobre. Les enfants plus âgés, âgés de 16 à 19 ans, qui étaient engagés en formation à distance pendant une partie du printemps, sont maintenant de retour à l’école, face à face avec leurs professeurs. L’autorité suédoise de la santé publique a recommandé au gouvernement de lever la restriction sur les rassemblements de 50 à 500 personnes.

Dans mon premier article, je me suis engagé dans la spéculation que la raison pour laquelle la Suède semblait développer une immunité collective, malgré le fait que seule une minorité avait des anticorps, était due aux lymphocytes T. Depuis que j’ai écrit cet article, des études sont apparues qui soutiennent cet argument. C’est une bonne chose, car les lymphocytes T ont tendance à durer plus longtemps que les anticorps. En fait, des études sur des personnes infectées par le SRAS-CoV-1 en 2003 ont révélé qu’elles avaient encore des cellules T dix-sept ans après avoir été infectées. Cela suggère que l’immunité est durable et explique probablement pourquoi il n’y a eu qu’une poignée de cas de réinfection par la Covid-19, même si le virus a passé les neuf derniers mois à se répandre autour de la planète, infectant des millions de personnes.

Quant à la poignée de personnes qui auraient été réinfectées. Presque tous ces cas ont été complètement asymptomatiques. Ce n’est pas un signe d’affaiblissement de l’immunité, comme certains le prétendent. En fait, c’est le contraire. Il montre que les personnes développent une immunité fonctionnelle après la première infection, ce qui leur permet de lutter contre la deuxième infection sans jamais développer de symptômes.

Donc, si la Suède a déjà une immunité collective, qu’en est-il des autres pays ? À quel point sont-ils proches de l’immunité collective ? Les endroits qui ont connu beaucoup d’infections de la Covid-19, comme l’Angleterre et l’Italie, ont des courbes de mortalité très similaires à celles de la Suède, en dépit du fait qu’ils se sont confinés. Mon interprétation est qu’ils sont entrés en confinement trop tard pour que cela ait un impact notable sur la propagation de la maladie. Si tel est le cas, ils ont probablement également développé une immunité collective. Ce qui rendrait bizarres les verrouillages en cours dans ces pays .

Et le vaccin ? Arrivera-t-il à temps pour faire une différence ? Comme je l’ai mentionné dans mon premier article, le confinement n’a de sens que si vous êtes prêt à rester confiné jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin efficace. Sinon, vous ne faites que reporter l’inévitable. Au plus tôt, un vaccin sera largement disponible à un moment donné au milieu de l’année prochaine. Combien de gouvernements sont prêts à maintenir leurs populations en confinement d’ici là ? Et si le vaccin n’était efficace qu’à 30% ? Ou 50% ? Les gouvernements décideront-ils que c’est assez pour mettre fin au confinement ? Ou devront-ils rester enfermés jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin efficace à au moins 90% ? Combien d’années cela prendra-t-il ?

Donc, pour conclure : la Covid-19 est terminée en Suède. Nous avons l’immunité collective. Très probablement, de nombreuses autres régions du monde l’ont aussi, y compris l’Angleterre, l’Italie et certaines parties des États-Unis, comme New York.

Et les pays qui ont réussi à contenir la propagation de la maladie, comme l’Allemagne, le Danemark, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, vont devoir rester enfermés pendant au moins une autre année, voire plusieurs années, s’ils ne souhaitent pas laisser se développer l’immunité collective de manière naturelle.

Dr Sebastian Rushworth

 

Article original en anglais : Covid-19: Does Sweden have herd immunity?, le 19 septembre 2020

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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Le 5 octobre courant, s’est tenue, en personne, une énième réunion du Conseil de sécurité sur ledit « dossier chimique syrien ». L’organe de presse en langue française parle d’une séance houleuse [1], la proposition de la Fédération de Russie de faire intervenir le premier Directeur général de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques [OIAC], M. José Bustani, ayant été rejetée par 3 voix pour, 6 voix contre et 6 abstentions. 

Le représentant permanent de la Russie, M. Vassili Nebenzia, qui préside le Conseil pour ce mois d’Octobre, a quand même donné lecture de la déclaration de M. Bustani, suscitant la colère des alliés au sein de l’OTAN, dont la Turquie et la France pour lesquelles les preuves de l’usage d’armes chimiques par le gouvernement syrien seraient « incontestables ». Et ce, en dépit de preuves contraires tout aussi incontestables et de la déclaration de M. Bustani, finalement enregistrée, et dont la vidéo a été publiée par le site « The Grayzone » [2]. 

En résumé, après avoir rappelé qu’il avait été démis de ses fonctions suite à une campagne orchestrée par les États-Unis en 2002 [3] pour avoir tenté de faire respecter la Convention sur l’Interdiction des Armes Chimiques [CIAC], renvoi jugé illégal par le Tribunal administratif de l’Organisation internationale du travail, M. Bustani aborde les préoccupations émanant du cœur même de l’OIAC ; c’est-à-dire, des scientifiques et ingénieurs impliqués dans l’enquête sur l’attaque chimique présumée à Douma, le 7 avril 2018. 

Préoccupations notamment exprimées par un fonctionnaire de l’OIAC en sa présence et devant un panel d’éminentes personnalités invitées par la « Courage Fondation » en Octobre 2019. Il dit textuellement : « l’expert a fourni des preuves irréfutables et documentées d’une conduite hautement discutable et potentiellement frauduleuse dans le cadre du processus d’enquête ». Il ajoute que, par la suite, un groupe d’experts a unanimement exprimé son inquiétude face aux « pratiques inacceptables » dans l’enquête en question et a appelé l’OIAC à permettre aux inspecteurs, qui ont participé à cette enquête sur l’incident de Douma, de faire part de leurs observations devant une instance appropriée des États parties de la Convention sur l’Interdiction des Armes Chimiques [CIAC]. Personnellement troublé, il dit avoir été obligé de faire une déclaration publique appelant au retour de l’OIAC vers une indépendance non discriminatoire et une plus grande transparence. 

En effet, M. Bustani considère que « le travail de l’OIAC doit être transparent car sans transparence, il n’y a pas de confiance ». D’où un appel renouvelé en novembre 2019 par lune lettre ouverte de soutien à la déclaration de la Fondation Courage, signée par nombre de personnalités, dont lui-même, et adressée aux représentants permanents auprès de l’OIAC pour leur demander de prendre des mesures en faveur de plus de transparence, afin de restaurer l’intégrité de l’organisation et ainsi regagner la confiance du public, dont nul ne nie le déclin ; lettre restée sans réponse « derrière un mur impénétrable de silence et d’opacité ». 

Quant à l’obligation de confidentialité, M. Bustani estime que « la transparence et la confidentialité ne s’excluent pas mutuellement, mais que la confidentialité ne peut pas être invoquée comme un écran de fumée devant un comportement incorrect ».  Il conclut sa déclaration par un appel personnel au Directeur général de l’OIAC, M. Fernando Arias, qu’il invite à permettre aux inspecteurs chargés de l’enquête sur l’incident de Douma de lui faire part de leurs préoccupations en personne, vu que dans tous les cas il est impératif que la question soit traitée ouvertement et sans tarder. 

Des propos qui ne contredisent en rien la déclaration de l’envoyé permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, le Docteur Bachar al-Jaafari.

Mouna Alno-Nakhal

***

Monsieur le Président, 

Je commencerai par vous féliciter, ainsi que votre pays ami, pour votre présidence de ce mois-ci du Conseil de sécurité. Nous sommes pleinement confiants en votre bonne gestion de ses travaux et dans le positionnement de la Fédération de Russie fondé sur les principes du droit international et les dispositions de la Charte des Nations Unies. Je vous remercie pour avoir organisé cette séance publique sur ledit « dossier chimique » et je suis d’accord pour dire, comme vous l’avez déclaré il y a quelques jours, que nous n’avons rien à cacher ou à craindre et que nous disposons de nombre d’informations et de vérités relatives à ce dossier que le public doit pouvoir examiner, indépendamment de la vision hostile partisane et des mensonges promus par certains pays occidentaux et les médias qui en dépendent. Je renouvelle aussi le soutien de mon pays à la Fédération de Russie face aux allégations occidentales concernant l’affaire Navalny, précédée par l’affaire Skripal. 

Monsieur le Président, 

Nous sommes reconnaissants aux délégations permanentes de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine pour avoir pris, le 28 septembre dernier, l’initiative d’une session informelle du Conseil de sécurité, conforme à la formule Arria [4], afin de discuter de la mise en application de la résolution 2118 (2013) et du rôle de l’OIAC en la matière. Une session d’une grande importance vu qu’elle a donné à entendre les témoignages et les exposés d’experts, dont M. Ian Henderson, l’un des inspecteurs les plus expérimentés de l’OIAC au sein de laquelle il a travaillé pendant plus de douze ans, s’est rendu en Syrie à plusieurs reprises dans le cadre des missions de cette organisation et fut le Chef de l’équipe ayant participé à l’enquête sur l’incident de Douma ; M. Theodore Postol, Professeur émérite en science, technologie et politique de sécurité nationale au Massachusetts Institute of Technology ; M. Aaron Maté, journaliste indépendant et collaborateur du site internet « The Grayzone » et de l’hebdomadaire « The Nation ». 

En effet, les témoignages et les informations scientifiques documentées fournies par ces experts ont démontré l’extrême politisation imposée par certains gouvernements occidentaux à l’OIAC, afin d’en user comme d’une plate-forme pour  la fabrication d’accusations destinées à justifier d’une part, les agressions contre la Syrie par un seul pays ou par trois pays réunis [allusion à l’attaque tripartite du 14 avril 2018 par les USA, la Grande Bretagne et la France ; NdT] ; d’autre part, à achever ce que les commanditaires n’ont pu réaliser via l’exploitation du terrorisme et son soutien illimité par tous les moyens possibles, ou via la tentative d’étranglement du peuple syrien par des mesures coercitives unilatérales qu’ils se plaisent à désigner par le mot « sanctions ». 

Naturellement et comme le dit le proverbe bien connu,  « On peut emmener le cheval à l’abreuvoir mais on ne peut pas le forcer à boire », les représentants de certains gouvernements occidentaux sont restés sourds aux vérités scientifiques indubitables, juste parce qu’ils sont par principe ancrés dans leurs positions hostiles à l’égard de mon pays et qu’ils cherchent à dissimuler les crimes des organisations terroristes, notamment leur utilisation d’armes chimiques et de gaz toxiques contre des civils. 

Tout comme ils refusent de reconnaître la vérité dûment établie depuis juin 2014, lorsque Madame Sigrid Kaag, Coordinatrice de la mission conjointe chargée du démantèlement des armes chimiques de la Syrie, est venue présenter devant ce Conseil son rapport final affirmant que la Syrie avait respecté tous ses engagements et que son stock de produits chimiques avait été entièrement détruit à bord du cargo américain MV Ray. Par la suite, l’OIAC avait vérifié que les 27 installations syriennes de production de produits chimiques avaient également été détruites et, par conséquent, que la Syrie ne possède plus d’armes chimiques. 

Telle est la vérité sur laquelle devrait se fonder le Conseil et non sur la question posée par mon collègue, l’ambassadeur de France, lorsqu’il demande : « [Le régime prétend avoir détruit ses stocks en 2014], alors d’où viennent les armes chimiques qui ont été utilisées en Syrie depuis ? ». C’est là une question logique dont la réponse toute simple se trouve dans plus de 200 lettres officielles adressées, par nos soins, au Conseil de sécurité depuis la première utilisation d’armes chimiques contre des soldats syriens dans la ville de Khan al-Assal, aux environs d’Alep, en mars 2013. Lesquelles lettres regorgent d’informations détaillées sur ceux qui font passer en contrebande les substances chimiques dans mon pays et les mettent à la disposition des groupes terroristes à Idleb et ailleurs. 

Et bien sûr, votre Excellence Monsieur l’Ambassadeur de la France, la majorité de ces passeurs est liée aux services de renseignement occidentaux, dont les services français, qui travaillent avec des organisations terroristes opérant dans mon pays. Mais il semble que certains ne veulent pas se donner la peine de lire. 

Monsieur le Président, 

Il est regrettable qu’au cours de cette session certaines délégations occidentales aient utilisé des mots et des qualificatifs d’une grande laideur contre d’éminents savants qui ont tenté d’aider ce conseil à atteindre la vérité ; certaines de leurs interventions ayant dépassé les limites de la décence parce qu’ils ne veulent pas la vérité, mais veulent continuer à exploiter le terrorisme, la désinformation et les agressions. 

Il est tout aussi regrettable que l’OIAC qui a remporté le prix Nobel de la paix en 2013, en reconnaissance de son travail de démantèlement des armes chimiques et notamment en aidant le gouvernement syrien à se débarrasser de ses stocks, se soit transformée en un simple outil entre les mains d’une poignée de pays occidentaux destiné à s’en prendre à d’autres pays ; ce qui lui fait perdre une grande partie de sa crédibilité, de son professionnalisme, de sa technicité et nous pousse, en tant qu’États membres, à œuvrer pour rectifier sa déviation afin qu’elle remplisse le rôle attendu. 

Les activités de l’OIAC relatives à mon pays et nombre de ses rapports ont montré que des miracles imaginaires sont toujours possibles et peuvent être fabriqués dans ses laboratoires à La Haye et dans certains centres de renseignement occidentaux, afin de s’en prendre à des États membres des Nations Unies comme ce fut le cas pour Irak, lorsque l’administration américaine s’est appuyée sur des mensonges diffusés et promus au sein de ce même Conseil pour l’envahir, l’occuper, détruire ses institutions et piller ses richesses et ses potentialités. L’avez-vous oublié ?

Autoriserez-vous la promotion de mensonges similaires pour justifier l’agression et la destruction de mon pays et d’autres pays, comme certains ont détruit la Libye ?

Autoriserez-vous que de telles vérités restent enterrées dans les sous-sols des Nations Unies à l’intérieur de boîtes qui ne s’ouvriraient que soixante ans après, comme c’est le cas des rapports de Hans Blix, de Scott Ritter, de la commission spéciale des Nations Unies [UNSCOM] et de l’enquête sur les stocks d’armes de destruction massive  [COCOVINU], garantissant ainsi la non information de plusieurs générations sur des faits liés à l’invasion américano-britannique de l’Irak ?

Et qui sait, certains pourraient aller jusqu’à répéter l’assassinat de l’expert britannique en guerre biologique, David Kelly, l’un des inspecteurs des Nations Unies en Irak qui fut retrouvé mort et prétendument suicidé après avoir informé la BBC britannique que le gouvernement de son pays avait exagéré les capacités militaires de l’Irak et le danger de ses armes biologiques, afin de convaincre le peuple britannique de la nécessité de lancer une guerre contre ce pays. 

Nous appelons tous les États membres de l’OIAC à dénoncer la politisation de sa mission et à travailler à la débarrasser des graves défauts portant atteinte à sa crédibilité, tout comme nous appelons son Directeur général à s’attaquer aux irrégularités constatées et à les corriger, au lieu de céder aux pressions occidentales et aux agendas de gouvernements qui veulent pérenniser le dossier chimique afin d’en user comme carte de pression sur le gouvernement syrien et ses alliés. 

Monsieur le Président,

Mon pays a affirmé à maintes reprises qu’il n’utilisait ni n’utiliserait des armes chimiques et qu’il s’engage à coopérer avec l’OIAC, son Secrétariat technique et son Équipe d’évaluation des déclarations ou IIT, afin de régler les questions en suspens et clore définitivement ce dossier dans les meilleurs délais. 

À cette fin, le 16/09/2020, mon pays a soumis son 82ème rapport mensuel sur les activités liées à la destruction des produits chimiques et de leurs installations de production au Secrétariat technique de l’OIAC. Par ailleurs, l’accord de coopération tripartite entre le gouvernement syrien, les Nations Unies et l’OIAC a été prolongé pour une période de six mois à compter du 30/09/2020. De plus, une 23ème série de consultations a eu lieu du 28/09/2020 au 01/10/2020 entre le gouvernement syrien et l’Équipe d’évaluation des déclarations, laquelle s’est rendue en Syrie et a exécuté la totalité de son programme avec la pleine coopération du gouvernement syrien ; la totalité de son programme, Madame Nakamitsu !

Une coopération syrienne accueillie par une escalade continue de la promotion de mécanismes illégaux adoptés par certains pays occidentaux en violation des dispositions de la CIAC, et par un projet de résolution soumis par l’administration américaine dans le but de promouvoir les mensonges et de les imposer par les pressions et les menaces. Ce qui confirme d’une part, les tentatives de ces pays cherchant à utiliser l’OIAC comme plate-forme destinée à servir leurs agendas belliqueux et expansionnistes ; d’autre part, la duplicité avec laquelle l’administration américaine traite la question des armes chimiques. D’autant plus que les États-Unis, qui font partie de la CIAC, sont le pays qui possède d’énormes stocks d’armes chimiques depuis la Seconde Guerre mondiale et qui refuse de les détruire. 

Et ce qui ajoute encore plus d’hypocrisie à ce scandale c’est que les administrations américaines successives ainsi que leurs alliés au sein de l’OTAN ne mentionnent ni de près ni de loin l’arsenal nucléaire, chimique et biologique d’Israël, resté jusqu’ici en dehors des accords internationaux au sujet de ces armes ; ce qui menace la paix et la sécurité dans notre région et dans le monde. 

En conclusion, Monsieur le Président,

Les collègues ambassadeurs des pays occidentaux s’acharnent à  saper la mémoire de leur belle littérature humaniste, immortalisée par Shakespeare, Jane Austen, Voltaire, Flaubert, Goethe, Brecht, Hemingway, Edgar Allan Poe, Mark Twain… en lui substituant une « littérature du mensonge », vu tout ce qu’ils nous ont donné à entendre comme lectures mensongères et trompeuses, dignes d’un roman jaune mentalement déséquilibré sous l’effet de l’atmosphère pandémique d’un coronavirus dominant les équilibres du monde ces jours-ci. 

Je ne commenterai pas les fausses accusations portées par certains collègues occidentaux contre mon pays au sujet de l’usage d’armes chimiques. Je me contenterai de leur rappeler que c’est plutôt leurs pays qui ont utilisé des armes chimiques, biologiques, nucléaires, et qui possèdent un arsenal de l’ensemble de ces armes suffisant pour détruire les planètes de tout le système solaire. 

Ce sont leurs pays qui imposent des mesures économiques coercitives unilatérales au peuple syrien et à d’autres peuples tout en empêchant la reconstruction de ce que le terrorisme a détruit dans mon pays. 

Ce sont leurs pays qui ont créé Al-Qaïda ainsi que Daech et qui se sont servis des courants islamistes. Je n’ai pas dit islamiques mais « islamistes », ceux-là qui font commerce de la religion afin de mettre à exécution les agendas du choc des civilisations, des cultures et des religions ; lesquels agendas ont détruit l’Irak et la Libye, ont répandu la culture du blocus, des invasions et des menaces, de l’esclavage et de l’occupation. 

Ceux qui ont commis tout cela contre l’humanité ne sont un exemple ni pour nous ni pour d’autres. 

Et, aujourd’hui, celui qui craint le témoignage du premier Directeur de l’OIAC devant ce Conseil a peur de ce qui pourrait être révélé sur la désinformation, les tromperies et le détournement des mécanismes du Conseil de sécurité et de l’OIAC ; le tout pour discréditer mon pays, ainsi que la réputation de la présidence russe, et empêcher la clôture de ce dossier ouvert depuis sept ans et ayant suscité 84 sessions formelles de ce Conseil, sans compter nombre d’autres sessions informelles. 

Merci, Monsieur le Président.

Dr. Bachar al-Jaafari

Envoyé permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

 

 

Original en arabe : Vidéo Alikhbaria Syria / FB 

https://www.facebook.com/Alikhbaria.Sy/videos/341373687203807

Introduction et traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :

[1][Au Conseil de sécurité, une querelle de procédure divise les membres autour des activités de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques] 

https://www.un.org/press/fr/2020/cs14318.doc.htm

[2][ Exclusive: Ex-OPCW chief Jose Bustani reads Syria testimony that US, UK blocked at UN]

https://www.youtube.m/watch?v=ZgIDlgD_txM&feature=youtu.be

[3][JOSE BUSTANI : L’HOMME QUI A DIT NON AUX AMERICAINS !]

https://prochetmoyen-orient.ch/jose-bustani-l-homme-qui-a-dit-non-aux-americains/

[4][Déclaration du Dr Bachar al-Jaafari lors de la session du Conseil de sécurité sous la formule Arria du 28/09/2020]

https://www.youtube.com/watch?v=7oDZB3NIIQk

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Randy Hillier, (Lanark-Frontenac-Kingston) a interrogé le Premier ministre [ontarien] sur les inquiétudes soulevées dans le monde entier quant à la fiabilité des tests PCR pour la COVID.

« Nous savons que les taux élevés de faux positifs sont dus à des CT élevés (seuils de cycle) et les experts canadiens et mondiaux s’accordent à dire qu’il ne devrait pas y avoir plus de 25 cycles. Pourtant, selon le Journal of Virology, les laboratoires de l’Ontario testent les échantillons à 38-45 cycles. Nos tests créent-ils à la fois une fausse compréhension du risque et des faux positifs ? a demandé M. Hillier au Premier ministre.

Répondant au nom du Premier ministre, la ministre de la santé Christine Elliott a semblé reconnaître le problème, et a simplement laissé entendre qu’un test erroné [non fiable] valait mieux que l’absence de test.

 

« Depuis mai, l’Agence de santé publique du Canada ainsi que des virologistes et d’autres médecins du monde entier nous ont mis en garde contre les problèmes liés aux procédures de test PCR », a expliqué M. Hillier.

Les cycles d’amplification sont utilisés pour amplifier un échantillon afin qu’il est plus facile de trouver l’ARN qui identifie la COVID chez une personne. Le seuil, ou cycle d’amplification maximum, appelé « CT », ne doit pas dépasser 25, mais les laboratoires de l’Ontario effectuent des tests entre 38 et 45 cycles. Cela entraîne des faux positifs en raison d’une manipulation incorrecte de l’échantillon.

La ministre Elliott ne veut pas dire quand le gouvernement a pris conscience de ce problème et pourquoi rien n’a encore été fait pour y remédier. Au lieu de s’engager à résoudre le problème avec les procédures de test PCR, la ministre de la santé a plutôt détourné sa réponse en parlant d’autres possibilités de test, dont beaucoup ne sont pas encore approuvées par Santé Canada, ou ne sont pratiquement pas disponibles.

*

Article original en anglais :

Video: Faulty Covid-19 PCR Testing Procedure Triggers False Positives: Ontario MP Randy Hillier

Traduit par Maya pour Mondialisation

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Comment les Chinois ont agrandi la Grande Muraille

octobre 6th, 2020 by Bruno Guigue

Pas un jour sans que la Chine ne figure dans le collimateur de ce que l’Occident prétendument civilisé compte de médias « main stream », de « think tanks » et d’officines de propagande en tous genres. Adopté par une commission de la Chambre des Représentants, un récent rapport du Congrès des États-Unis, par exemple, reprend les accusations habituelles contre la Chine et invite les agences de renseignement à unir leurs efforts pour lutter contre cette nouvelle menace. « Si nous nous inclinons maintenant, nos petits-enfants seront à la merci du Parti communiste chinois, dont les actes constituent le premier défi du monde libre », avait déjà déclaré le secrétaire d’État Mike Pompeo, de son côté, le 24 juillet.

Nos petits-enfants ? Pauvres gosses ! On les a prévenus, au moins, que des hordes de jaunes assoiffés de sang allaient bientôt débarquer pour les dévorer tout crus ? Après avoir exterminé les Ouïghours et revendu leurs organes au rayon boucherie des supermarchés, ils vont faire pareil avec les Américains, c’est sûr. Terrifiante, abominable, cette Chine communiste ! Nouvel empire du Mal, elle étend son emprise démoniaque sur le monde libre. Elle tisse sa toile, méticuleusement, pour prendre au piège de pauvres Occidentaux qui ne demandaient qu’à vivre en paix et en démocratie.

Ainsi va le monde fictif forgé par homo occidentalis pour les besoins de sa cause perdue ! Servie matin, midi et soir, par les rotatives de la désinformation médiatique, la narration dominante impute à la puissance montante tous les fantasmes qui gangrènent le cerveau malade de celui qui voit le sol se dérober sous ses pieds. Quelle blessure narcissique, en effet, de sentir qu’on n’est plus le maître du monde, et que les ex-colonisés ne baissent plus les yeux devant les fiers représentants de la race supérieure ! En 1945, les USA représentaient 50% du PIB mondial, et Washington détenait 70% de l’or du monde. Aujourd’hui, en parité de pouvoir d’achat, les États-Unis sont derrière la Chine et ils croulent sous les dettes.

En un sens, on comprend cette amertume qui taraude les dirigeants de la « nation exceptionnelle » à l’égard de son grand rival. Au début des années 2000, avec Bill Clinton, les petits génies de Washington avaient misé sur l’intégration économique de la Chine en espérant qu’elle précipiterait sa décomposition politique. Soumise à la loi fixée par des multinationales brandissant la bannière étoilée, la Chine devait accomplir la prophétie du néolibéralisme en levant le dernier obstacle à la domination du capital mondialisé. L’inverse a eu lieu : Pékin a utilisé les multinationales pour accélérer sa mue technologique et a ravi à Washington la place de leader de l’économie mondiale. Lénine, pourtant, avait annoncé la couleur : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle on les pendra ».

Au cours de son histoire mouvementée, la République populaire de Chine en a vu d’autres, et elle n’a pas l’intention de renoncer à un système original dont le réglage a nécessité beaucoup d’efforts. Les pseudo-experts occidentaux nous le répètent bien assez : les Chinois font semblant d’être d’accord avec nous, mais en fait ils n’ont pas changé, ils ont conservé leurs entreprises publiques, ils contrôlent les fluctuations de leur monnaie, les banques chinoises obéissent au gouvernement, et ce dernier planifie le développement de l’économie comme au temps de Mao. Bref, c’est affreux, mais tout se passe, en dépit des apparences, comme si les Chinois étaient toujours communistes. Pas faux, et d’ailleurs on voit le résultat.

Alors que la Chine a quasiment éradiqué, sur son territoire, le virus responsable d’une pandémie qui a déjà fait un million de morts au plan mondial, les États-Unis, qui en comptent 205 000, ont récemment appris que leur président et son épouse avaient contracté la maladie. Il est vrai qu’au moment où Xi Jinping paraissait masqué à la télévision chinoise pour appeler à la mobilisation générale contre le « nouveau démon » et engageait une politique dont le succès éclate à la face enfarinée de ses détracteurs occidentaux, Trump et ses homologues persistaient à nier la gravité du phénomène et comptaient sur l’immunité collective pour faire le ménage.

Au fond, ce contraste entre irresponsabilité occidentale et responsabilité chinoise fait penser au scénario de la précédente crise économique. Face au chaos financier provoqué par des années de dérégulation néolibérale et de rapacité boursière, Washington affecta de réguler la finance. Prisonnier de l’oligarchie bancaire, le pouvoir se contenta en fait de creuser le déficit public pour renflouer les banques privées, y compris celles qui étaient responsables, par leur cupidité sans bornes, du marasme général. De son côté, Pékin a fait à peu près le contraire : il a consenti des investissements massifs dans les infrastructures publiques. Ce faisant, il a amélioré les conditions de vie du peuple chinois tout en soutenant la croissance mondiale, sauvée du plongeon auquel la promettait la rapacité de Wall Street.

Qu’il s’agisse de la crise financière de 2008 ou de la crise sanitaire de 2020, le bilan comparatif est donc le même : incurie américaine, efficacité chinoise. Mais encore faut-il faire la part, dans cette incurie, du cynisme de classe. Car l’incapacité de Washington à juguler les effets délétères de la cupidité financière n’était pas fortuite, ni involontaire. Pas plus que son affligeante nullité dans la gestion de la crise sanitaire en cours n’est le fruit du hasard. Après tout, l’oligarchie au pouvoir s’est contentée de suivre son instinct de classe : à quoi bon, en effet, voler au secours de ces perdants, de ces « losers » dont on sait le sort que leur réserve la « morale » capitaliste au paradis de la liberté d’entreprise ?

Dans les deux cas, ce sont les pauvres qui paieront les pots cassés : comme les ménages endettés jusqu’au cou arnaqués par les banques, les victimes pauvres, âgées et souvent afro-américaines d’une pandémie prise à la légère, à leur tour, passeront par pertes et profits d’une politique qui sert d’autres intérêts. Valeurs occidentales contre valeurs chinoises ? Faites la comparaison si vous voulez, mais faites-la vite, au pas de course, pour éviter les mauvaises surprises et les révisions déchirantes. On dira ce qu’on voudra du système chinois, mais il s’avère qu’il s’est préoccupé de la santé publique avec davantage de sérieux que nous, comme il a géré les conséquences de la crise financière avec un sens de l’intérêt général inconnu de nos prétendues démocraties.

Ce double succès devrait donner à réfléchir à ceux qui n’ont pas encore résolu d’enfouir leur tête dans le sable. Un système qui réagit à la crise économique en privilégiant les équipements publics, et qui gère la crise pandémique en privilégiant la santé publique, mérite beaucoup mieux qu’un déluge de poncifs et de calomnies. Cerise sur le gâteau : dans ses dernières prévisions, l’OCDE affirme que la Chine est le seul pays industrialisé à connaître la croissance en 2020 (+1,8%), tous les autres pays se trouvant dans le rouge, et qu’elle aura un taux de 8% en 2021. Sauver, à la fois, l’économie du pays et l’espérance de vie des plus vulnérables, c’est quand même autre chose que laisser crever les vieux et subir une récession sans précédent. Ainsi, de 2008 à 2020, la grande muraille s’est agrandie de deux tours de guet supplémentaires. Mais la cause est entendue : seul un régime abominable est capable d’une telle performance.

Bruno Guigue

Source de l’image : https://pxhere.com/fr/photo/1192521

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Des millions de personnes dans le monde entier sont victimes de la campagne de peur. La panique règne. Jour après jour, l’impact persistant de la désinformation des médias concernant le virus mortel est accablant.

La peur et la panique, associées à des mensonges flagrants, empêchent les gens de comprendre la logique de ces politiques économiques et sociales de grande envergure.

Un réseau international d’avocats a l’intention de lancer une action collective. Le Dr. Reiner Fuellmich, un éminent avocat, présente les détails de ce projet. (vidéo ci-dessous)

Après neuf mois de recherche et d’analyse, nous pouvons confirmer que les données et les concepts ont été manipulés en vue de soutenir la campagne de peur. Les estimations basées sur le test RT-PCR sont dénuées de sens : Le test RT-PCR n’identifie/ne détecte pas le virus Covid-19. Ce qu’il détecte, ce sont des fragments de plusieurs virus.

Confirmé par d’éminents scientifiques ainsi que par des organismes officiels de santé publique, le Covid-19 n’est pas un virus dangereux.

Amplement documentée, la pandémie de COVID-19 a été utilisée comme prétexte pour déclencher un processus mondial de restructuration économique, sociale et politique qui a abouti à une pauvreté de masse et à un chômage mondial. Elle détruit la vie des gens.

Michel Chossudovsky, Global Research, le 5 octobre 2020

*****

Un avocat allemand dénonce la crise du coronavirus, et parle de crime contre l’humanité

Bonjour, je m’appelle Reiner Fuellmich et je suis admis au barreau en Allemagne et en Californie depuis 26 ans.

J’ai pratiqué le droit principalement en tant qu’avocat plaidant contre des sociétés frauduleuses telles que la Deutsche Bank, autrefois l’une des plus grandes banques du monde et des plus respectées, aujourd’hui l’une des organisations criminelles les plus toxiques au monde.

 

Source pour la version française : https://lilianeheldkhawam.com

Okko.tv

En anglais : Video: The Corona Scandal: “Crimes against Humanity”? Corrupt Agenda, International Class Action Lawsuit, le 6 octobre 2020.

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Certains partis, personnalités dits «opposants», sortent brusquement de leur léthargie pour s’exprimer à propos de la nouvelle Constitution proposée à référendum. Alors que certains la formule par quelques superficiels «conseils» désordonnés parfois hors sujet, d’autres par des critiques acerbes, délirantes annonçant une catastrophe en débitant des contrevérités afin de saper le moral des populations paisibles. Certains l’ont fait avant même la publication de la mouture ! Des critiques malhonnêtes sur un travail, de plusieurs semaines, de plusieurs experts constitutionnalistes, académiciens et plus de 3000 contributions de partis, d’associations et de personnalités, qui ont répondu à l’appel du Président pour y contribuer ; en se permettant même de donner des … conseils. Il se trouve que ce sont ceux qui ont refusé de contribuer à son enrichissement qui «battent le tambour» !

Avec eux, aussi parfait que soit le Projet de Constitution (ou autres), il demeure mauvais ou insuffisant tant que l’objectif des détracteurs n’a pas abouti. La partition des «négativistes et oppositionnistes» – refusant paradoxalement et systématiquement tout dans une apparence théâtrale – est connue ! Il s’agit donc plus de slogans politiques stupéfiants que de «propositions » ou «contributions au débat» sérieuses…

Par leurs réactions, il est parfaitement lisible que leur projet reste cette «phase de transition» inconstitutionnelle, sans vote du peuple (que dirigerait un collège de 3 personnes en lieu et place d’un Président de la République élu par le peuple), dont ils souhaitent étrangement et paradoxalement l’assentiment de … l’Armée qui l’a rejeté d’un revers de la main s’en tenant à l’option légale constitutionnelle ! Parions qu’ils seront les premiers à responsabiliser l’Armée pour cette violation en cas d’échec de ce choix ! Ils imposent cela comme volonté des «forces politiques et sociales» représentant la «volonté du peuple», au travers du Hirak ! Une «phase de transition» qui n’a jamais été évoquée ou revendiquée par le « Hirak » (originel) ! Cependant, les peudo-hirak déviants, sans envergures, organisés après, çà et là, par ces mêmes «forces politiques et sociales», s’évertuant à les confondre, trompeusement, avec le véritable Hirak qui avait cessé après avoir obtenu l’essentiel – là oui, sans aucun doute !

Ces «forces politiques et sociales» s’étaient, dit un de leur mentor, «réunis pour œuvrer dans cette direction afin d’aboutir à un accord politique global et inclusif avant les dernières élections présidentielles» ! Ces «forces», en fait, n’ont jamais été significatives ! Il s’agissait donc bien d’une tromperie ! Les quelques partis sans base importante et quelques «associations» ne sont aucunement représentatifs du Hirak ! Tous ont été presque violemment exclus des manifestations y compris les «personnalités» qu’ils représentent ! Nous pensons principalement à ce groupe «Alternative démocratique» appuyés par quelques «personnalités» et d’autres fervents partisans de cette «phase de transition» équivoque et sans projet ! Nous pensons aussi à ce qu’ils sont devenus après leur échec ; un «Pacte pour une alternative démocratique» regroupant sept partis politiques connus pour leur minorité et leur exclusion des manifestations des débuts !
Est-ce «démocratique» de la part de «démocrates» d’imposer (en l’évoquant comme exigence du Peuple) une «phase de transition» sans suffrage populaire ? Curieux ! … De mettre sournoisement au-devant de la scène des «personnalités» inconnues que l’on a flanqué du qualificatif «figures de proues du hirak» dont certains emmargent ou ont emmargé à la NED liée à la CIA ? (voir le récent et foudroyant livre de Ahmed Bensaada; «Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien»)… De faire croire au peuple qu’ils sont leurs représentants aidés pour cela par une certaine presse aux ordres de financiers ?…. D’appeler à la démilitarisation de l’Algérie ? … Faire des «alliances» insolites, de circonstances, avec des islamistes trempés dans le terrorisme ; uniquement dans le but de «faire tomber le pouvoir » tout en visant à réduire et discréditer l’Armée » ? Etc. etc… Si c’est cela leur «démocratie», c’est quoi alors la dictature ?

Leur activisme malsain est devenu plus visible et agressif après la déchéance de ce que l’on appelle la «3issaba» qu’avant ; lorsqu’ils (pour la plupart) étaient dirigeants désignés ou « élus » par quotas dans ce «système» déchu qu’ils feignent aujourd’hui fustiger en le confondant, sournoisement, avec les gouvernants actuels dont ils disent que ce sont les mêmes ou leurs amis ! Ils n’expliquent pas pourquoi et comment cette «3issaba» est, soit en prison, soit poursuivie ou réclamée par la justice ! Ces «forces politiques et sociales» ne se sont pas prononcés, à ce jour, à propos de la pertinence, de la justesse, de la légalité ou l’illégalité de ces poursuites visant les personnalités (civiles ou militaires) jugées, condamnées ou poursuivies) pour principalement «corruption» ! C’est pourtant un événement de grande importance ! Non ?

Donc, leurs avis et recommandations sur la nouvelle Constitution ou leurs consignes de voter «non» ou boycotter ne peuvent qu’être frappés de suspicion si ce n’est pas des arguments pour les citoyens sceptiques et méfiants d’adopter une attitude inverse !

Terminons par ceci,

Un journaliste de leur bord (résidant en Algérie) amateur des expressions «clan du pouvoir», «chasse aux sorcières», «dossier vide» , «pouvoir de fait », «pouvoir réel», «dictature» etc… a produit récemment un commentaire sur son FB, intitulé : «Brisez-moi ce hirak que je ne saurais voir !» paraphrasant Molière dans son «Tartuffe» en remplaçant donc «sein» par «hirak» ; visant l’Armée «pouvoir réel», qui ne voudrait pas voir ce hirak ! Cet auteur se sert hypocritement et faussement, du titre d’une pièce de théâtre sur l’hypocrisie pour convaincre, croit-il, que l’armée était contre le hirak. Si «hypocritement» on n’aime pas le «sein», franchement qui ne l’aime pas ? Selon la «rhétorique» de ce commentateur on peut déduire que réellement l’Armée aime donc le hirak!  Ceux qui ne l’aiment pas sont ceux qui ont vu ce fameux «hirak» leur arracher pacifiquement (avec le soutien de l’Armée) la «vache à traire» (aux gros seins) et qui s’ingénient, quoiqu’il advienne, à faire soulever le peuple (avec l’appui de forces extérieurs hostiles) dans l’objectif caché de réhabiliter leur «système» corrompu déchu,  en lui faisant croire qu’il n’y a pas et n’y aura pas de changement avec la nouvelle Loi fondamentale !

Ils vivent de l’imaginaire et du ridicule !

Amar Djerrad

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À Ghedi on prépare la nouvelle base pour les F-35

octobre 6th, 2020 by Manlio Dinucci

Dans l’aéroport militaire de Ghedi (Brescia) sont en train de commencer les travaux pour réaliser la principale base opérationnelle des chasseurs F-35A  de l’Aéronautique italienne armés de bombes nucléaires. La Matarrese Spa de Bari, qui a obtenu l’adjudication avec une offre de 91 millions d’euros, construira un grand hangar pour la maintenance des chasseurs (plus de 6 000m2) et un petit immeuble qui accueillera le commandement et les simulateurs de vol, doté d’un parfait isolement thermo-accoustique “dans le but d’éviter des révélations de conversations”.

Deux lignes de vol seront réalisées, chacune avec 15 petits hangars à l’intérieur desquels se trouveront les chasseurs prêts au décollage. Ceci confirme ce que nous avions publié il y a trois ans (il manifesto, 28 novembre 2017), à savoir que le projet (lancé par Roberta Pinotti, alors ministre de la Défense) prévoyait le déploiement d’au moins 30 chasseurs F-35A. 

L’aire où seront basés les F-35, clôturée et surveillée, sera séparée du reste de l’aéroport et top secret. La raison en est claire : à côté des nouveaux chasseurs seront basées à Ghedi, dans un dépôt secret qui n’apparaît pas dans l’adjudication, les nouvelles bombes étasuniennes B61-12.

De même que les actuelles B-61 dont sont armés les Tornado PA-200 du 6ème Stormo, les B61-12 seront contrôlées par l’unité spéciale étasunienne (704th Munitions Support Squadron de l’U.S. Air Force), “responsable de la réception, stockage et maintenance des armes de la réserve de guerre USA destinées au 6ème Stormo OTAN de l’Aéronautique italienne”. Cette même unité de l’Aéronautique USA a le devoir de “soutenir directement la mission d’attaque” du 6ème  Stormo.

Des pilotes italiens sont déjà entraînés, dans les bases aériennes de Luke en Arizona et Eglin en Floride, à l’utilisation des F-35A  y compris pour des missions d’attaque nucléaire sous commandement USA. 

Des chasseurs du même type, armés ou en tous cas armables avec les B61-12, sont déployés dans la base d’Amendola (Foggia), où ils ont déjà dépassé les 5 000 heures de vol. En plus de ceux-ci, il y aura les F-35 de l’U.S. Air Force déployés à Aviano avec les B61-12.

Le nouveau chasseur F-35A et la nouvelle bombe nucléaire B61-12 constituent un système d’arme intégré : l’utilisation de l’avion comporte l’usage de la bombe. Le ministre de la Défense Guerini (Pd) a confirmé que l’Italie maintient son engagement à acheter 90 chasseurs F-35, dont 60 de modèle A à capacité nucléaire.

La participation au programme du F-35, en tant que partenaire de second niveau, renforce l’ancrage de l’Italie aux États-Unis. L’industrie guerrière italienne, chapeautée par la société Leonardo qui gère le site des F-35 à Cameri (Novara), se trouve de plus en plus intégrée dans le gigantesque complexe militaro-industriel USA chapeauté par la société Lockheed Martin, la plus grande industrie guerrière du monde, constructrice du F-35.

En même temps l’Italie -État non-nucléaire adhérent au Traité de non-prolifération qui lui interdit d’avoir des armes nucléaires sur son territoire- joue la toujours plus périlleuse fonction de base avancée de la stratégie nucléaire USA/OTAN contre la Russie et d’autres pays.

Sachant que chaque avion peut transporter en soute deux B61-12, rien que les 30 F-35 A de Ghedi auront une capacité d’au moins 60 bombes nucléaires. Selon la Fédération des scientifiques américains, la nouvelle bombe “tactique” B61-12 pour les F-35, que les USA déploieront en Italie et autres pays européens à partir de 2022, étant plus précise et en position rapprochée des objectifs, “aura la même capacité militaire que les bombes stratégiques déployées aux États-Unis”.

Il y a enfin la question, non encore définie, des coûts. Le Service de recherche du Congrès des États-Unis, en mai 2020, estime le prix moyen d’un F-35 à 108 millions de dollars, en précisant cependant que “c’est le prix de l’avion sans moteur”, dont le coût est d’environ 22 millions. Une fois acheté, même à un prix moindre comme le promet pour l‘avenir Lockheed Martin, commence pour le F-35 la dépense pour sa mise à jour continue, pour la formation des équipages et pour son utilisation. Une heure de vol d’un F-35 -documente l’U.S. Air Force- coûte plus de 42 000 dollars. Cela signifie que rien que les 5 000 heures de vol effectuées par les F-35 d’Amendola ont coûté à nos caisses publiques 180 millions d’euros.

Manlio Dinucci

 

Article original en italien :

A Ghedi si prepara la nuova base per gli F-35 nucleari

Édition de mardi 7 octobre 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/a-ghedi-si-prepara-la-nuova-base-per-gli-f-35-nucleari/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Les forces spéciales américaines opèrent secrètement dans près de la moitié de l’Afrique, révèle un nouveau rapport, alors que l’armée US ne cesse de brandir la menace de la Chine et de la Russie

Cette enquête a été réalisée en partenariat avec le Pulitzer Center.

Les forces d’opérations spéciales des États-Unis (SOF) —y compris les Navy SEAL, les Bérets verts de l’armée et les Raiders du corps des Marines— sont les soldats les plus entraînés de l’armée américaine, spécialisés dans la [prétendue] lutte contre le terrorisme, la contre-insurrection et les raids de combat à « action directe », entre autres missions. Leurs opérations sont entourées de secret.

Bien que les commandos américains opèrent sur le continent africain avec l’accord des gouvernements hôtes, les citoyens des pays concernés sont rarement informés de l’étendue des activités américaines —et n’ont pas leur mot à dire sur la manière dont les Américains opèrent dans leur pays, ni même sur les raisons de leur présence. Même les informations de base, comme le lieu et l’étendue des déploiements des troupes d’élite américaines et les combats clandestins des commandos américains sur le continent, ne sont pour la plupart pas rapportées à travers l’Afrique.

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Empreinte des forces spéciales américaines en Afrique

Mais une enquête Mail & Guardian peut, pour la première fois, révéler les pays où opérateurs spéciaux américains ont été actifs sur le continent africain, et offrir des détails exclusifs sur des missions discrètes qui ont été largement tenues secrètes.

En 2019, les forces d’opérations spéciales américaines étaient [officiellement] déployées dans 22 pays africains : Algérie, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, Cap-Vert, Tchad, Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Libye, Madagascar, Mali, Mauritanie , Niger, Nigeria, Sénégal, Somalie, Tanzanie et Tunisie.

Cela représente une part importante de l’activité mondiale des forces d’opérations spéciales américaines : plus de 14% des commandos américains déployés à l’étranger en 2019 ont été envoyés en Afrique, le pourcentage le plus élevé de toutes les régions du monde à l’exception du Moyen-Orient.

Ces chiffres proviennent d’informations fournies au Mail & Guardian (M&G) par le Commandement des Opérations Spéciales et le Commandement Africain (AFRICOM) de l’armée américaine.

Un entretien avec Donald Bolduc, Général de brigade à la retraite et chef du Commandement des opérations spéciales en Afrique (SOCAFRICA) jusqu’en 2017, a permis de mieux comprendre ces opérations. Il a déclaré qu’en 2017, les forces d’opérations spéciales américaines avaient participé à des combats dans 13 pays africains. Les troupes américaines les plus élitistes ont continué d’être actives dans 10 de ces pays —Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Kenya, Libye, Mali, Mauritanie, Niger, Somalie et Tunisie— l’année dernière.

L’empreinte militaire des États-Unis en Afrique est considérable. Des rapports antérieurs ont révélé l’existence d’une série de bases militaires à travers le continent. Les documents de planification AFRICOM 2019 autrefois secrets montrent qu’il y avait 29 bases situées dans 15 pays ou territoires différents, avec les concentrations les plus élevées au Sahel et dans la corne de l’Afrique.

Les activités des opérateurs spéciaux américains sont encore plus secrètes. Leur présence dans les pays africains est rarement reconnue publiquement, que ce soit par les États-Unis ou par les pays hôtes ; les citoyens ne sont pas informés de la présence ou de l’action de ces troupes d’élite sur leur territoire.

L’armée américaine ne sait pas exactement ce que ses forces d’élite font dans chaque pays, mais des opérateurs spéciaux ont depuis longtemps mené des missions allant des raids commando de capture ou de mise à mort aux missions d’entraînement.

Le M&G s’est entretenu avec un large éventail de sources pour combler les vides, notamment des officiers militaires et des diplomates américains, des opérateurs spéciaux américains actifs et retraités, des gouvernements africains et des sources militaires, des bénéficiaires de la formation militaire américaine en Afrique et des témoins civils. Ce qui en ressort est une image globale des activités des forces spéciales américaines en Afrique.

Certaines opérations sont menées sous les auspices des soi-disant programmes de la Section 127e, du nom d’une autorité budgétaire qui permet aux forces d’opérations spéciales américaines d’utiliser des unités militaires locales comme substituts dans les missions de lutte contre le terrorisme. Pour des raisons de sécurité, le Special Operations Command ne publiera pas d’informations sur les programmes de la Section 127e, a déclaré le porte-parole Ken McGraw.

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Cependant, le M&G a confirmé que ces dernières années, les États-Unis ont mené au moins huit programmes au titre de la Section 127e en Afrique, la plupart en Somalie. Ces activités en Somalie ont été menées sous les noms de code Exile Hunter, Kodiak Hunter, Mongoose Hunter, Paladin Hunter et Ultimate Hunter, et impliquaient des commandos américains entraînant et équipant des troupes d’Éthiopie, du Kenya, de Somalie et d’Ouganda dans le cadre de la lutte contre le groupe militant al-Shabab.

Actuellement, les États-Unis mènent deux programmes 127e en Somalie, selon un responsable d’AFRICOM.

Le nombre de missions terrestres effectuées par les commandos américains en Somalie n’a jamais été révélé auparavant, mais les documents de l’US Air Force obtenus par le M&G et corroborés par Bolduc indiquent l’ampleur de ces efforts. Les documents, du 449e Groupe expéditionnaire aérien basé au Camp Lemonnier à Djibouti montrent que les États-Unis et les pays partenaires ont mené plus de 200 missions terrestres contre al-Shabab entre juin 2017 et juin 2018.

Ce nombre n’est pas une anomalie. « C’est à peu près la moyenne, chaque année, pour le temps que j’y étais aussi », a déclaré Bolduc, qui a dirigé le Commandement des opérations spéciales en Afrique d’avril 2015 à juin 2017.

Le Commandement de l’Afrique caractérise les missions avec des forces partenaires comme des missions « de conseil, d’assistance et d’accompagnement » ou « AAA » (Advise, Assist and Accompany), mais ces opérations peuvent être indiscernables du combat. Au cours d’une mission AAA en 2017, par exemple, le Navy SEAL Kyle Milliken, un premier maître de 38 ans, a été tué, et deux autres Américains ont été blessés lors d’un raid sur un camp d’al-Shabab à environ 65 km à l’ouest de Mogadiscio, la capitale de la Somalie.

AFRICOM ne divulgue pas le nombre de missions de conseil, d’assistance et d’accompagnement par pays, mais dans un mail adressé au M&G, le commandement africain a reconnu 70 de ces missions en Afrique de l’Est en 2018, 46 en 2019 et 7 en 2020 début juin.

Parmi les autres efforts axés sur les opérations spéciales qui étaient toujours actifs dans la région en février 2020 figure « Oblique Pillar », une opération qui fournit un soutien par hélicoptère sous contrat privé aux Navy SEAL et aux unités de l’armée nationale somalienne qu’ils conseillent ; « Octave Anchor », une opération psychologique furtive axée sur la Somalie ; et « Rainmaker », un effort de renseignement électromagnétique hautement classifié.

L’Afrique du Nord-Ouest est un autre théâtre majeur des opérations spéciales américaines. Une grande partie du monde, par exemple, a pris connaissance des opérations militaires américaines en Afrique en octobre 2017, après que Daech a tendu une embuscade aux troupes américaines près de Tongo Tongo au Niger, tuant quatre soldats américains dont deux étaient des Bérets verts. Ces troupes appartenaient à l’équipe opérationnelle Détachement-Alpha 3212, une unité de 11 hommes travaillant avec une force nigérienne sous l’égide de l’opération Juniper Shield.

Juniper Shield est le principal effort de lutte contre le terrorisme des États-Unis en Afrique du Nord-Ouest, impliquant 11 pays : Algérie, Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigéria, Sénégal et Tunisie. Sous Juniper Shield, les forces d’opérations spéciales américaines entraînent, conseillent, assistent et accompagnent depuis longtemps les forces partenaires locales menant des missions visant des groupes terroristes, y compris al-Qaïda et ses affiliés, Boko Haram et Daech. L’effort, selon les documents AFRICOM, était en cours depuis février.

Algérie : des forces spéciales américaines présentes dans le Sahara © Le Cri des Peuples

Reportage d’ABC sur une équipe de Bérets verts dans le Sahara algérien (date inconnue, mais antérieure à 2012).

L’autre activité clé dans la région est l’exercice Flintlock, un exercice annuel d’entraînement aux opérations spéciales, mené par le Commandement Africain des Opérations Spéciales, axé sur le renforcement de la capacité des pays d’Afrique de l’Ouest à planifier et à mener des missions de lutte contre le terrorisme. Les pays africains participants étaient le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, le Cap Vert, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Togo.

La Libye a également été au centre des préoccupations. L’année dernière, les États-Unis ont retiré leurs commandos de la Libye alors que la guerre civile éclatait. « En raison de l’agitation accrue […] un contingent de forces américaines soutenant le Commandement américain pour l’Afrique a temporairement déménagé du pays en réponse aux conditions de sécurité sur le terrain», a annoncé l’AFRICOM en avril 2019. Ces troupes ne sont jamais revenues, selon le porte-parole d’AFRICOM, John Manley. Mais cela n’a apparemment pas arrêté les opérations américaines axées sur la Libye.

Selon les documents d’AFRICOM, l’opération Junction Serpent, un effort de surveillance en Libye qui a débuté dans le cadre de la campagne de frappes aériennes de 2016 contre des cibles de Daech dans la ville côtière de Syrte, est toujours active. Sous Junction Serpent, le Commandement Conjoint des Opérations Spéciales ou JSOC, l’organisation secrète qui contrôle l’équipe 6 des Navy SEAL et d’autres unités de mission spéciales, a reçu une autorité spéciale pour développer des informations de ciblage pour les frappes aériennes. Une opération sœur nommée Odyssey Resolve, impliquant des vols de renseignement, de surveillance et de reconnaissance au-dessus de la Libye, était une autre composante de la campagne d’opérations spéciales de frappes aériennes à Syrte et était également en cours depuis février.

Tous les endroits où les commandos américains opèrent en Afrique ne se trouvent pas dans des zones de guerre ou à proximité. Citons par exemple le Botswana, l’une des démocraties les plus établies et les plus pacifiques du continent.

En réponse aux questions du M&G, l’ambassade des États-Unis au Botswana a déclaré que les troupes d’élite américaines avaient participé à l’exercice Upward Minuteman, un événement de formation de trois semaines organisé en juin 2019 à la base aérienne de Thebephatshwa à Molepolole. La formation a impliqué 200 soldats de la Garde nationale de Caroline du Nord et un nombre indéterminé de soldats de la Force de défense du Botswana (BDF). Il comprend tout, de l’entraînement aux armes aux simulations d’assaut aérien et terrestre.

« L’armée américaine entretient une solide relation de coopération bilatérale en matière de sécurité avec le BDF depuis sa création. A ce titre, nous menons une variété d’engagement militaire à militaire qui inclut parfois des forces spéciales. Au cours des dernières années, nous avons mené des échanges d’expertise spécifiques aux forces spéciales en 2017 et 2019 », a déclaré la responsable des affaires publiques de l’ambassade, Ineke Margaret Stoneham.

Les forces armées du Botswana jouissent d’une réputation relativement propre. Ce n’est pas le cas de tous les pays avec lesquels les États-Unis se sont associés. Prenons le Burkina Faso, où des unités d’opérations spéciales américaines ont formé les forces de sécurité burkinabè à la lutte contre les engins explosifs improvisés et les ont conseillées avant les opérations de lutte contre le terrorisme. En juillet, un rapport de Human Rights Watch impliquait des soldats burkinabè dans des massacres dans la ville de Djibo, dans le nord du pays. Et ce n’est pas la première fois que ces forces sont accusées de graves violations des droits de l’homme.

Temi Ibirogba, associée de recherche du Programme Afrique au Centre pour la politique internationale, a averti que la formation, l’équipement et l’assistance aux militaires des nations accusées de violations des droits de l’homme les encourage et leur permet de justifier leurs abus. « Si la nation démocratique la plus puissante du monde soutient votre armée, vous croirez sûrement que les violations des droits de l’homme que vous avez commises sont excusables », a-t-elle déclaré au M&G.

Un porte-parole du département d’État américain a déclaré à M&G : « Les États-Unis sont profondément préoccupés par le nombre croissant d’allégations de violations des droits de l’homme et d’abus perpétrés par les forces de sécurité de l’État au Sahel, y compris celles documentées par Human Rights Watch [lol]. »

Le porte-parole a ajouté : « Nous excluons de l’assistance et de la formation les individus ou unités coupables de violations des droits de l’homme. Nous suivrons donc de près les enquêtes en cours afin de déterminer comment ces allégations affecteront nos obligations légales en vertu de la loi américaine. À ce jour, nous n’avons aucune information indiquant que des individus ou des unités formés ou équipés aux États-Unis ont été impliqués dans l’un des abus signalés. »

Andy Duhon, un ancien officier des forces d’opérations spéciales américaines avec plus d’une décennie d’expérience dans la région du Sahel, a remis en question l’efficacité de l’implication de l’armée américaine en Afrique. Il a déclaré que les États-Unis ne comprennent pas ce que veulent les pays africains et, par conséquent, ne savent pas comment intervenir au mieux.

« Les États-Unis n’en font pas assez. Ils prétendent vouloir aider, mais ils doivent faire un meilleur travail de compréhension des organisations de base, des gouvernements et des militaires, au lieu de simplement envoyer de l’argent pour des programmes de formation et d’équipement à long terme », a déclaré Duhon.

Comfort Ero, directeur du programme Afrique d’International Crisis Group, a déclaré que l’étendue des forces d’opérations spéciales américaines en Afrique illustre la « montée en puissance » de l’armée américaine sur le continent. Même si, a-t-elle ajouté, le message est mitigé : « Il y a une accumulation d’une part et une retenue de l’autre. Il est clair que les États-Unis ne veulent pas être en première ligne. »

Ero a déclaré que le manque de transparence de la part des gouvernements américains et africains sur la présence militaire américaine en Afrique est une source de préoccupation, tout comme la volonté de Washington de travailler avec des gouvernements autoritaires. « Cela alimente cette inquiétude plus large que certains États soient soutenus […] Les États-Unis sont considérés comme légitimant et prolongeant davantage les tendances autoritaires, ou les États [dont les dirigeants] ne sont pas considérés comme ayant une légitimité. »

Nick Turse, Sam Mednick, Amanda Sperber

 

* * *

Article original en anglais : Exclusive: Inside the Secret World of US Commandos in Africa, Mail & Guardian, le 11 août 2020.

Traduit par le Cri des Peuples

Image en vedette : Caputure d’écran d’une vidéo : « Des soldats et des aviateurs de la Garde nationale de Caroline du Nord, du New Jersey et de l’Alabama s’entraînent avec des soldats de la Force de défense du Botswana pour l’exercice Upward Minuteman 2019 à la base aérienne de Thebephatshwa, au Botswana. »

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Témoin oculaire de l’agonie de Julian Assange

octobre 5th, 2020 by John Pilger

Le journaliste John Pilger a passé les trois dernières semaines à suivre le procès d’extradition de Julian Assange à Old Bailey, à Londres. Il s’est entretenu avec le rédacteur en chef d’Arena Online, Timothy Erik Ström :

Q : Après avoir assisté au procès de Julian Assange, pouvez-vous nous décrire l’atmosphère qui règne au tribunal ?

L’atmosphère qui règne actuellement est choquante. Je le dis sans hésitation ; j’ai siégé dans de nombreux tribunaux et j’ai rarement connu une telle corruption de la procédure ; c’est une véritable vengeance. Si l’on met de côté le rituel associé à la « justice britannique », il a parfois évoqué un simulacre de procès stalinien. Une différence est que dans les procès-spectacles, l’accusé se tenait devant le tribunal proprement dit. Dans le procès d’Assange, le défendeur était enfermé derrière une épaisse vitre et devait ramper à genoux jusqu’à une fente dans la vitre, sous la surveillance de son gardien, pour entrer en contact avec ses avocats. Son message, chuchoté à peine audible à travers des masques faciaux, a ensuite été transmis par un post-it le long du tribunal où ses avocats plaidaient contre son extradition vers un enfer américain.

Considérez cette routine quotidienne de Julian Assange, un Australien jugé pour journalisme de vérité. Il a été réveillé à cinq heures dans sa cellule à la prison de Belmarsh, dans la morne banlieue sud de Londres. La première fois que j’ai vu Julian à Belmarsh, après avoir passé une demi-heure de contrôle de « sécurité », y compris le museau d’un chien dans mon derrière, j’ai trouvé une silhouette affreusement mince, assise seule et portant un brassard jaune. Il avait perdu plus de 10 kilos en quelques mois ; ses bras n’avaient plus de muscles. Ses premiers mots ont été : Je crois que je perds la tête.

J’ai essayé de lui assurer que ce n’était pas le cas. Sa résilience et son courage sont formidables, mais il y a une limite. C’était il y a plus d’un an. Au cours des trois dernières semaines, avant l’aube, il a été fouillé, enchaîné et préparé pour être transporté à la Cour pénale centrale, la Old Bailey, dans un camion que sa partenaire, Stella Moris, a décrit comme un cercueil renversé. Il avait une petite fenêtre ; il devait se tenir debout de façon précaire pour regarder dehors. Le camion et ses gardes étaient exploités par Serco, l’une des nombreuses sociétés politiquement liées qui opèrent dans la majeure partie de la Grande-Bretagne de Boris Johnson.

Le voyage vers la Old Bailey durait au moins une heure et demie. C’est un minimum de trois heures passées chaque jour dans un trafic qui avance à une allure d’escargot. Il a été conduit dans sa cage étroite au fond de la cour, puis a levé les yeux, en clignant des yeux, pour essayer de distinguer les visages dans la galerie publique à travers le reflet du verre. Il a vu la silhouette de son père, John Shipton, et moi, et nos poings se sont levés. À travers la vitre, il a tendu la main pour toucher les doigts de Stella, qui est avocate et qui est assise dans la salle.

Nous étions ici pour le summum de ce que le philosophe Guy Debord a appelé la Société du spectacle : un homme qui se bat pour sa vie. Pourtant, son crime est d’avoir accompli un service public héroïque : révéler ce que nous avons le droit de savoir : les mensonges de nos gouvernements et les crimes qu’ils commettent en notre nom. Sa création de WikiLeaks et sa protection des sources à toute épreuve ont révolutionné le journalisme, en le ramenant à la vision de ses idéalistes. La notion de journalisme libre d’Edmund Burke comme un quatrième pouvoir est maintenant un cinquième pouvoir qui met en lumière ceux qui rabaissent le sens même de la démocratie par leur secret criminel. C’est pourquoi sa punition est si sévère.

La partialité pure et simple des tribunaux dans lesquels j’ai siégé cette année et l’année dernière, avec Julian sur le banc des accusés, a entaché toute notion de justice britannique. Lorsque des policiers malhonnêtes l’ont traîné hors de son asile à l’ambassade équatorienne – regardez bien la photo et vous verrez qu’il tient un livre de Gore Vidal dans ses mains ; Assange a un humour politique similaire à celui de Vidal – un juge lui a infligé une peine scandaleuse de 50 semaines dans une prison de haute sécurité pour simple violation de la liberté sous caution.

Pendant des mois, il s’est vu refuser tout exercice physique et a été maintenu à l’isolement, déguisé en « soins de santé ». Il m’a dit un jour qu’il faisait des allers et retours dans sa cellule pour son propre semi-marathon. Dans la cellule voisine, l’occupant a hurlé toute la nuit. Au début, il a été privé de ses lunettes de lecture, abandonnées dans l’ambassade lors de l’arrestation. On lui a refusé les documents juridiques avec lesquels préparer son dossier, ainsi que l’accès à la bibliothèque de la prison et l’utilisation d’un ordinateur portable de base. Les livres qui lui avaient été envoyés par un ami, le journaliste Charles Glass, lui-même survivant de la prise d’otages à Beyrouth, ont été retournés. Il ne pouvait pas appeler ses avocats américains. Il a été constamment médicamenté par les autorités de la prison. Quand je lui ai demandé ce qu’ils lui donnaient, il n’a pas pu me répondre. Le gouverneur de Belmarsh a été décoré de l’Ordre de l’Empire britannique.

A l’Old Bailey, un des témoins médicaux experts, le Dr Kate Humphrey, neuropsychologue clinicienne à l’Imperial College de Londres, a décrit les dégâts : L’intellect de Julian était passé d’un niveau « supérieur, voire très supérieur » à un niveau « nettement inférieur » à ce niveau optimal, au point qu’il avait du mal à absorber l’information et à « fonctionner dans la moyenne inférieure ».

C’est ce que le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, le professeur Nils Melzer, appelle la « torture psychologique », résultat d’un « harcèlement collectif » par les gouvernements et leurs médias. Certaines des preuves médicales d’experts sont si choquantes que je n’ai pas l’intention de les répéter ici. Il suffit de dire qu’Assange est diagnostiqué autiste et atteint du syndrome d’Asperger et que, selon le professeur Michael Kopelman, l’un des plus grands neuropsychiatres du monde, il souffre de « préoccupations suicidaires » et trouvera probablement un moyen de se suicider s’il est extradé vers l’Amérique.

James Lewis QC, le procureur britannique, a passé la majeure partie de son contre-interrogatoire sur le professeur Kopelman à rejeter la maladie mentale et ses dangers comme étant de la « simulation ». Je n’ai jamais entendu, dans un contexte moderne, une vision aussi primitive de la fragilité et de la vulnérabilité de l’homme.

Mon propre point de vue est que si Assange est libéré, il est probable qu’il récupère une partie substantielle de sa vie. Il a une partenaire aimante, des amis et des alliés dévoués et la force innée d’un prisonnier politique avec des principes. Il a également un sens de l’humour malicieux.

Mais on est encore loin du compte. Les moments de collusion entre le juge – ou le magistrat, une Vanessa Baraitser aux allures gothiques, dont on sait peu de choses – et le ministère public agissant pour le régime Trump ont été particulièrement éhontés. Jusqu’à ces derniers jours, les arguments de la défense ont été régulièrement rejetés. Le procureur principal, James Lewis QC, ex SAS et actuellement président de la Cour suprême des Malouines, obtient dans l’ensemble ce qu’il veut, notamment jusqu’à quatre heures pour dénigrer les témoins experts, tandis que l’interrogatoire de la défense est coupé au bout d’une demi-heure. Je ne doute pas que s’il y avait eu un jury, sa liberté serait assurée.

L’artiste dissident Ai Weiwei est venu nous rejoindre un matin dans la galerie publique. Il a fait remarquer qu’en Chine, la décision du juge aurait déjà été prise. Cela a provoqué un sombre amusement ironique. Mon compagnon dans la galerie, l’astucieux chroniqueur et ancien ambassadeur britannique Craig Murray a écrit[lien vers traduction]

Je crains que dans tout Londres, une pluie très forte ne tombe maintenant sur ceux qui, pendant toute une vie, ont travaillé au sein d’institutions de démocratie libérale qui, au moins largement et habituellement, fonctionnaient dans le cadre de la gouvernance de leurs propres principes professés. Dès le premier jour, il m’est apparu clairement que je suis en train de suivre une mascarade. Je ne suis pas du tout choqué que Baraitser pense que seuls les arguments d’ouverture écrits ont une une importance quelconque. Je vous ai rapporté à maintes reprises que, lorsque des décisions doivent être rendues, elle les a présentées au tribunal sous forme pré-écrite, avant d’entendre les arguments qui lui sont présentés.

Je suis convaincu que la décision finale a déjà été prise dans cette affaire avant même que les plaidoiries ne soient entendues.

Le plan du gouvernement américain a toujours été de limiter les informations disponibles au public et de limiter l’accès du public plus large aux informations disponibles. Nous avons ainsi vu les restrictions extrêmes imposées à l’accès physique et vidéo. La complicité des grands médias a fait en sorte que ceux d’entre nous qui savent ce qui se passe sont très peu nombreux dans la population en général.

Il y a peu de comptes rendus des débats. Ce sont : Le blog personnel de Craig Murray, le reportage en direct de Joe Lauria sur Consortium News et le site web du World Socialist. Le blog du journaliste américain Kevin Gosztola, Shadowproof, financé en grande partie par lui-même, a fait plus de reportages sur le procès que la presse et la télévision américaines, y compris CNN, réunies. [de même que l’incontournable… Le Grand Soir – NdT]

En Australie, pays d’origine d’Assange, la « couverture » suit une formule familière établie à l’étranger. Le correspondant londonien du Sydney Morning Herald, Latika Bourke, l’a écrit récemment :

Le tribunal a appris qu’Assange était devenu dépressif pendant les sept années qu’il a passées à l’ambassade équatorienne où il a demandé l’asile politique pour échapper à l’extradition vers la Suède afin de répondre aux accusations de viol et d’agression sexuelle.

Il n’y a pas eu d’accusations de viol et d’agression sexuelle en Suède. La paresse de Latika Bourke n’est pas exceptionnelle. Si le procès Assange est le procès politique du siècle, comme je le crois, son issue ne scellera pas seulement le sort d’un journaliste qui fait son travail, mais intimidera les principes mêmes de la liberté de journalisme et de la liberté d’expression. L’absence d’un compte-rendu sérieux du procès est, à tout le moins, autodestructrice. Les journalistes devraient se demander : qui est le prochain ?

Tout cela est une honte. Il y a dix ans, le Guardian a exploité l’œuvre d’Assange, en a revendiqué les bénéfices et les prix ainsi qu’un lucratif contrat hollywoodien, puis s’est retourné contre lui avec du venin. Tout au long du procès, deux noms ont été cités par l’accusation, celui de David Leigh du Guardian, aujourd’hui à la retraite en tant que « rédacteur des enquêtes », et celui de Luke Harding, le Russophobe et auteur d’un « scoop » fictif du Guardian qui prétend que le conseiller du Trump, Paul Manafort, et un groupe de Russes ont rendu visite à Assange à l’ambassade d’Équateur. Cela ne s’est jamais produit et le Guardian n’a toujours pas présenté d’excuses. Le livre de Harding et Leigh sur Assange – écrit dans le dos de leur sujet – a révélé un mot de passe secret pour un fichier WikiLeaks qu’Assange avait confié à Leigh lors du « partenariat » du Guardian. Il est difficile de comprendre pourquoi la défense n’a pas appelé ce duo.

Assange est cité dans leur livre déclarant, lors d’un dîner dans un restaurant londonien, qu’il se moquait de savoir si les informateurs cités dans les fuites avaient subi un préjudice. Ni Harding ni Leigh n’étaient présents au dîner. John Goetz, un journaliste d’investigation de Der Spiegel, était présent au dîner et a témoigné qu’Assange n’avait rien dit de tel. Incroyablement, le juge Baraitser a empêché Goetz de dire cela au tribunal.

Cependant, la défense a réussi à démontrer dans quelle mesure Assange a cherché à protéger et à expurger les noms dans les dossiers publiés par WikiLeaks et qu’il n’existait aucune preuve crédible de personnes lésées par les fuites. Le grand lanceur d’alerte Daniel Ellsberg a déclaré qu’Assange avait personnellement expurgé 15 000 dossiers. Le célèbre journaliste d’investigation néo-zélandais Nicky Hager, qui a travaillé avec Assange sur les fuites de guerre en Afghanistan et en Irak, a décrit comment Assange a pris « des précautions extraordinaires pour expurger les noms des informateurs ».

Q : Quelles sont les implications du verdict de ce procès pour le journalisme au sens large – est-ce un présage de choses à venir ?

L’ »effet Assange » se fait déjà sentir dans le monde entier. S’ils déplaisent au régime de Washington, les journalistes d’investigation sont passibles de poursuites en vertu de la loi américaine sur l’espionnage de 1917 ; le précédent est frappant. Peu importe où vous êtes. Pour Washington, la nationalité et la souveraineté des autres peuples importaient rarement ; aujourd’hui, elles n’existent plus. La Grande-Bretagne a effectivement cédé sa juridiction au ministère de la justice corrompu de Trump. En Australie, une loi sur la sécurité nationale de l’information promet des procès kafkaïens pour les transgresseurs. L’Australian Broadcasting Corporation [Télévision nationale australienne – NdT] a fait l’objet d’une descente de police et les ordinateurs des journalistes ont été confisqués. Le gouvernement a donné des pouvoirs sans précédent aux agents des services de renseignement, rendant la dénonciation journalistique presque impossible. Le Premier ministre Scott Morrison a déclaré qu’Assange « doit assumer la responsabilité ».

« Le mal », a écrit Hannah Arendt, « vient d’un manque de réflexion. Il défie la pensée car dès que la pensée tente de se confronter au mal et d’examiner les prémisses et les principes dont il est issu, elle est frustrée parce qu’elle n’y trouve rien. C’est la banalité du mal ».

Q : Ayant suivi de près l’histoire de WikiLeaks pendant une décennie, comment cette expérience de témoin oculaire a-t-elle modifié votre compréhension des enjeux du procès d’Assange ?

J’ai longtemps été un critique du journalisme qui n’est que l’écho d’un pouvoir qui n’a pas de comptes à rendre et un défenseur d’un journalisme qui nous éclaire. Pour moi, l’arrivée de WikiLeaks fut donc un évènement passionnant ; j’ai admiré la façon dont Assange considérait le public avec respect, qu’il était prêt à partager son travail avec le « courant dominant » mais pas à rejoindre leur club de complices. Cette attitude, ainsi qu’une jalousie à fleur de peau, lui ont fait des ennemis parmi les surpayés et les sous-doués, incertains quant à leurs prétentions d’indépendance et d’impartialité.

J’admirais la dimension morale de WikiLeaks. Assange a rarement été interrogé à ce sujet, mais une grande partie de son énergie remarquable provient d’un sens moral puissant selon lequel les gouvernements et autres intérêts particuliers ne devraient pas agir derrière des murs de secret. C’est un démocrate. Il l’a expliqué lors d’une de nos premières interviews chez moi en 2010.

Ce qui est en jeu pour le reste d’entre nous l’est depuis longtemps : la liberté de demander des comptes à l’autorité, la liberté de contester, de crier à l’hypocrisie, de manifester sa dissidence. La différence aujourd’hui est que la puissance impériale du monde, les États-Unis, n’a jamais été aussi inquiète de son autorité métastatique qu’elle ne l’est aujourd’hui. Comme une voyou qui s’agite, elle nous précipitera vers une guerre mondiale si nous la laissons faire. Les médias ne reflètent guère cette menace.

WikiLeaks, en revanche, nous a permis d’entrevoir une marche impériale effrénée à travers des sociétés entières – pensez au carnage en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yémen, pour n’en citer que quelques-uns, à la dépossession de 37 millions de personnes et à la mort de 12 millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans la « guerre contre le terrorisme » – la plupart derrière une façade de mensonges.

Julian Assange est une menace pour ces horreurs récurrentes – c’est pourquoi il est persécuté, pourquoi une cour de justice est devenue un instrument d’oppression, pourquoi il devrait être notre conscience collective : pourquoi nous devrions tous être cette menace.

La décision du juge sera connue le 4 janvier.

John Pilger

 

Article original en anglais :

Eyewitness to the Agony of Julian Assange, le 2 octobre 2020

Traduction  par VD pour le Grand Soir

Image en vedette : Snopes.com

C’est ainsi que commence un État policier

octobre 5th, 2020 by Craig Murray

Samedi, une petite veillée pour Julian Assange de 18 personnes, respectant la distanciation sociale, à Piccadilly Circus [Londres] a été interrompue par deux fois plus de policiers et un homme âgé fut arrêté et mis en garde à vue [Il a écopé d’une amende de 200£ – NdT]. Le petit groupe d’activistes organise la veillée chaque semaine. Je venais d’arriver pour les remercier et j’ai été étonné de voir huit fourgons de police et cette action policière tout à fait inutile. Il ne pourrait y avoir d’exemple plus clair de l’utilisation de la « législation Covid » pour réprimer une dissidence politique sans rapport avec le sujet et entièrement pacifique.

J’ai moi-même été interrogé par un policier qui m’a demandé où j’habitais, depuis combien de temps j’étais à Londres et pourquoi, ce que j’avais fait au procès d’Assange et quand je comptais retourner à Édimbourg.

Plus tard dans la soirée, j’ai dîné avec Kristin Hrafnsson, rédacteur en chef de Wikileaks. Je suis rentré à mon hôtel vers 23 heures, j’ai fait mes ablutions et je suis allé me coucher. Juste après minuit, j’ai été réveillé par un martèlement insistant et extrêmement fort à la porte de ma chambre. Je suis sorti nu du lit et je me suis frayé un chemin à tâtons pour entrouvrir la porte. Un homme habillé comme le personnel de l’hôtel (pantalon noir, chemise blanche) m’a demandé quand j’allais partir. J’ai répondu le matin, et j’ai fait remarquer que l’hôtel savait que je partais le lendemain. Pourquoi me demandait-il au milieu de la nuit ? L’homme a répondu : « On m’a demandé de le découvrir ». J’ai fermé la porte et je suis retourné me coucher.

Le lendemain matin, je me suis plaint dans les termes les plus vigoureux, l’hôtel m’a remboursé une nuit d’hébergement. Le responsable de permanence a ajouté « Ce n’était pas notre faute » mais a dit qu’ils ne pouvaient pas m’en dire plus sur les raisons de qui s’était passé.

La personne qui se trouvait à ma porte avait un accent anglais. J’étais à l’hôtel depuis plus de quatre semaines et je pense que je connais tout le personnel qui est en contact avec la clientèle – pas un seul n’a un accent anglais maternel. Je n’avais jamais vu cet homme auparavant. C’était un hôtel quatre étoiles d’une grande chaîne. Je pense que « ne pas faire sortir les clients du lit après minuit pour leur demander à quelle heure ils partent » est une des priorités de la formation du personnel. Je ne peux pas m’empêcher d’associer cette idée à ma rencontre avec la police plus tôt dans la journée et à l’intérêt qu’elle porte à mon retour à Édimbourg, mais il ne semble pas y avoir d’autre but évident que le harcèlement.

L’incident survenu à l’hôtel est peut-être simplement à ranger dans la catégorie des incidents étranges mais inexpliqués. L’arrestation opérée à la veillée pour Assange plus tôt est un exemple de plus de l’extraordinaire censure appliquée par les médias commerciaux et la censure aapliquée par les médias sociaux [censure constatée et confirmée par maints médias et journalistes, dont LGS – NdT]. Nous vivons une époque dangereuse.

Je suis maintenant de retour chez moi, en toute sécurité, à Édimbourg.

Craig Murray

 

Texte original en anglais : How a Police State Starts, craigmurray.org, le 4 octobre 2020.

Traduction par VD pour le Grand Soir

En complément : une autre journaliste qui couvrait l’affaire Assange a été abordée peu après 22h par 3 policiers alors qu’elle était assise dans le lobby de son hôtel . Les policiers lui ont intimé l’ordre de remonter dans sa chambre car elle « violait le couvre-feu »…

 

 

La réunion spéciale du Conseil Européen à Bruxelles le 1er octobre avait à son ordre du jour la Turquie, la Biélorussie, la Russie et la Chine. Les décisions de politique étrangère du sommet – qui réunit les chefs d’État ou de gouvernement de tous les pays de l’UE, le Président du Conseil Européen et le Président de la Commission Européenne – montrent une ligne modérée, qui est globalement conforme à l’approche allemande.

En ce qui concerne la Turquie, la France a fait pression pour que des mesures sévères soient prises afin de « punir » Ankara pour ses récentes actions en Méditerranée Orientale, en Libye et dans le Haut-Karabakh. Mais l’UE s’est abstenue d’imposer des sanctions et propose plutôt d’engager un dialogue constructif avec la Turquie à court et moyen terme, étant donné l’importance cruciale de ce pays pour les intérêts européens.

Il n’est pas surprenant que l’UE soutienne ses États membres, la Grèce et Chypre, dans leurs différends avec la Turquie, mais d’un autre côté, elle a également l’intention de « lancer un programme politique UE-Turquie positif, en mettant l’accent sur la modernisation de l’union douanière et la facilitation des échanges, les contacts interpersonnels, les dialogues de haut niveau, la poursuite de la coopération sur les questions de migration ».

L’UE a proposé un nouveau forum – une Conférence Multilatérale sur la Méditerranée Orientale. Un ordre du jour indicatif a été cité – délimitation maritime, sécurité, énergie, migration et coopération économique. Le forum proposé invitera-t-il des pays extérieurs à la zone UE-Turquie à y participer ?

Une architecture de sécurité pour la Méditerranée Orientale est une idée dont le temps semble venu. S’agit-il d’une nouvelle étape vers l’élaboration d’une identité européenne indépendante de l’alliance transatlantique ? En effet, le Président français Emmanuel Macron, lors d’une visite dans les États baltes en début de semaine, a exhorté l’Europe à rechercher un dialogue avec la Russie afin de renforcer la sécurité du continent plutôt que de s’en remettre principalement à l’alliance militaire de l’OTAN.

L’AP l’a cité lors d’une conférence de presse à Riga : « Notre sécurité collective impose que, compte tenu de la géographie, nous devons discuter avec les Russes ». Macron a soutenu que les Européens devraient pouvoir repenser leur relation avec la Russie malgré les tensions récentes après l’empoisonnement de la figure d’opposition russe Alexeï Navalny.

Cette approche modérée envers Moscou se reflète dans les décisions du sommet européen de jeudi concernant la Biélorussie et l’affaire Navalny. Ainsi, il n’y aura pas de sanctions de l’UE contre le Président Alexandre Loukachenko, pas de gel du projet de gazoduc Nord Stream 2 avec la Russie et plus de jeu de reproches sur l’affaire Navalny.

Sans aucun doute, l’attention maximale est accordée aux perspectives de l’UE sur la Chine. La lettre d’invitation du Président du Conseil Européen, Charles Michel, avant la réunion spéciale des 1er et 2 octobre 2020, avait souligné que la Chine serait en tête de l’ordre du jour :

« Nous utiliserons ensuite notre première session de travail pour un débat sur les relations UE-Chine, après la réunion des dirigeants européens et chinois par vidéoconférence le 14 septembre. Nous voulons travailler avec la Chine pour relever les grands défis mondiaux tels que la pandémie de COVID-19 et le changement climatique. Nous voulons également insister sur une relation économique plus équilibrée et réciproque, garantissant des conditions de concurrence équitables. Et nous continuerons à promouvoir nos valeurs et nos normes ».

Fait significatif, alors même que les dirigeants européens se réunissaient à Bruxelles jeudi, le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo est arrivé au Vatican pour solliciter un soutien en faveur de la stratégie indo-pacifique, mais le Pape a refusé d’accorder une audience à l’évangéliste.

En résumé, le sommet européen s’est tenu sur la voie établie d’un engagement constructif de la Chine dans une relation mutuellement bénéfique, en mettant l’accent sur les liens commerciaux et économiques, tout en enregistrant ses divergences avec Pékin sur les questions des droits de l’homme et en soulignant que la Chine est un partenaire indispensable pour relever les défis mondiaux d’un intérêt vital pour la communauté européenne.

L’UE se démarque de la stratégie indo-pacifique des États-Unis, qu’elle ne considère pas comme une approche réaliste pour relever les défis et saisir les opportunités que représente l’essor de la Chine. Selon l’estimation européenne, il est tout simplement impossible d’essayer d’isoler la Chine et, surtout, l’ascension de la Chine sur la scène mondiale est une réalité géopolitique incontournable qui exige un engagement pour un bénéfice mutuel.

Ainsi, le sommet européen exhorte la Chine à « rééquilibrer les relations économiques et à atteindre la réciprocité », à faire avancer les négociations menant à un « ambitieux » accord global sur les investissements entre l’UE et la Chine et à « tenir les engagements pris précédemment pour s’attaquer aux obstacles à l’accès au marché, progresser dans le domaine de la surcapacité et engager des négociations sur les subventions industrielles à l’Organisation Mondiale du Commerce ».

D’autre part, le sommet européen a fait part de ses « graves préoccupations concernant la situation des droits de l’homme » en Chine, notamment en ce qui concerne Hong Kong et le « traitement des personnes appartenant à des minorités ». Mais tout cela a été regroupé en une seule phrase, ce qui nous rappelle également qu’il n’y a rien de nouveau ici outre des positions déjà déclarées. Clairement, la vie continue.

L’attente générale est qu’une présidence Biden revienne à l’alliance transatlantique comme plate-forme clé pour les stratégies mondiales des États-Unis. Dans cette perspective, Biden peut s’attendre à des négociations difficiles avec les capitales européennes en ce qui concerne les politiques envers la Chine et la Russie, que l’administration Trump a mises entre parenthèses en tant que « puissances révisionnistes ».

L’humeur des Européens a radicalement changé depuis que la pandémie de coronavirus a éclaté. La voie du redressement de l’Europe reste incertaine. La crise est à plusieurs niveaux : politique, économique, financier et sociétal. Dans un moment aussi cataclysmique, l’Europe n’a aucune envie de s’empêtrer dans des projets géopolitiques vis-à-vis de la Russie ou de la Chine.

L’accent est mis sur l’exploitation de la coopération mondiale pour stabiliser l’économie. Le sommet de jeudi « encourage la Chine à assumer une plus grande responsabilité pour faire face aux défis mondiaux » tels que le changement climatique, la biodiversité, la « réponse multilatérale » à la pandémie de Covid-19, l’allégement de la dette, etc.

L’approche européenne aura une influence significative sur les orientations de politique étrangère d’une présidence Biden. Alors que les ministres des affaires étrangères de la « Quadrilatérale » se réunissent au Japon mardi prochain dans ce qui est considéré comme un bond en avant significatif pour une stratégie collective contre la Chine, un nuage d’incertitude apparaît quant à l’efficacité du forum lui-même. Avec l’UE et l’ANASE hors de ce forum, la « Quad » ressemble à la tragédie de Shakespeare « Hamlet sans le Prince ».

M.K. Bhadrakumar

Article original en anglais : Europe marks distance from Indo-Pacific strategy, Indian Punchline, le 2 octobre 2020.

traduit par Réseau International

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Les enjeux de l’échiquier Arménie-Azerbaïdjan

octobre 4th, 2020 by Pepe Escobar

Peu de points chauds géopolitiques sur la planète peuvent rivaliser avec le Caucase : cette intraitable Tour de Babel tribale, depuis toujours carrefour controversé d’empires du Levant et de nomades des steppes eurasiennes. Et il devient encore plus désordonné quand on y ajoute le brouillard de la guerre.

Pour tenter de faire la lumière sur l’actuel affrontement Arménie-Azerbaïdjan, nous allons parcourir les faits de base avec quelques éléments de fond essentiels.

À la fin du mois dernier, Ilham Aliyev, « l’homme fort » de l’Azerbaïdjan, au pouvoir depuis 2003, a lancé une guerre de facto sur le territoire du Haut-Karabakh détenu par l’Arménie.

Lors de l’effondrement de l’URSS, le Haut-Karabagh avait une population mixte composée de Chiites azéris et de Chrétiens arméniens. Pourtant, même avant l’effondrement, l’armée azerbaïdjanaise et les indépendantistes arméniens étaient déjà en guerre (1988-1994), entraînant un triste bilan de 30 000 morts et environ un million de blessés.

La République du Haut-Karabakh a déclaré son indépendance en 1991 : mais cela n’a pas été reconnu par la « communauté internationale ». Finalement, un cessez-le-feu a été décrété en 1994 – le Haut-Karabakh est entré dans la zone grise/no man’s land de « conflit gelé ».

Le problème est qu’en 1993, les Nations Unies avaient approuvé pas moins de quatre résolutions – 822, 853, 874 et 884 – établissant que l’Arménie devait se retirer de ce qui était considéré comme environ 20% du territoire azerbaïdjanais. Ceci est au cœur du raisonnement de Bakou pour lutter contre ce qu’elle qualifie d’armée d’occupation étrangère.

L’interprétation d’Erevan, cependant, est que ces quatre résolutions sont nulles et non avenues parce que le Haut-Karabakh abrite une population à majorité arménienne qui veut faire sécession de l’Azerbaïdjan.

Historiquement, l’Artsakh est l’une des trois anciennes provinces d’Arménie – enracinée au moins au 5ème siècle avant J.-C. et finalement établie en 189 avant J.-C. Les Arméniens, sur la base d’échantillons d’ADN provenant d’os excavés, affirment qu’ils sont installés dans l’Artsakh depuis au moins 4 000 ans.

L’Artsakh – ou Nagorno-Karabakh – a été annexé à l’Azerbaïdjan par Staline en 1923. Cela a préparé le terrain pour qu’une future poudrière explose inévitablement.

Il est important de se rappeler qu’il n’y avait pas d’État-nation « Azerbaïdjan » avant le début des années 1920. Historiquement, l’Azerbaïdjan est un territoire situé au nord de l’Iran. Les Azerbaïdjanais sont très bien intégrés au sein de la République Islamique. La République d’Azerbaïdjan a donc en fait emprunté son nom à ses voisins iraniens. Dans l’histoire ancienne, le territoire de la nouvelle république du 20ème siècle était connu sous le nom d’Atropatene, et Aturpakatan avant l’avènement de l’Islam.

Le bruit des armes reprend au Haut-Karabakh

Comment l’équation a changé

Le principal argument de Bakou est que l’Arménie bloque une nation azerbaïdjanaise contiguë, car un coup d’œil sur la carte nous montre que le sud-ouest de l’Azerbaïdjan est de facto séparé jusqu’à la frontière iranienne.

Et cela nous plonge nécessairement dans un contexte profond. Pour clarifier les choses, il ne pourrait y avoir de guide plus fiable qu’un expert de haut niveau d’un groupe de réflexion caucasien qui m’a fait part de son analyse par e-mail, mais qui insiste sur la mention « sans attribution ». Appelons-le M. C.

M. C note que « pendant des décennies, l’équation est restée la même et les variables de l’équation sont restées les mêmes, plus ou moins. C’était le cas malgré le fait que l’Arménie est une démocratie instable en transition et que l’Azerbaïdjan avait beaucoup plus de continuité au sommet de l’État ».

Nous devrions tous être conscients que « l’Azerbaïdjan a perdu du territoire dès le début de la restauration de son statut d’État, alors qu’il était essentiellement un État en faillite dirigé par des amateurs nationalistes de salon [avant l’arrivée au pouvoir de Heydar Aliyev, le père d’Ilham]. Et l’Arménie était aussi un désastre, mais dans une moindre mesure si l’on tient compte du fait qu’elle bénéficiait d’un fort soutien de la Russie et que l’Azerbaïdjan n’avait personne. À l’époque, la Turquie était encore un État laïque avec une armée qui regardait vers l’Ouest et prenait son adhésion à l’OTAN au sérieux. Depuis lors, l’Azerbaïdjan a développé son économie et augmenté sa population. Il n’a donc cessé de se renforcer. Mais son armée était encore peu performante ».

Cela a lentement commencé à changer en 2020 :

« Fondamentalement, au cours des derniers mois, vous avez constaté une augmentation progressive de l’intensité des violations quasi quotidiennes du cessez-le-feu (les violations quasi quotidiennes ne sont pas nouvelles : elles durent depuis des années). Cela a donc explosé en juillet et il y a eu une guerre de tirs pendant quelques jours. Puis tout le monde s’est calmé à nouveau ».

Pendant tout ce temps, quelque chose d’important se développait en arrière-plan : Le Premier Ministre arménien Nikol Pashinyan, qui est arrivé au pouvoir en mai 2018, et Aliyev ont commencé à parler : « La partie azerbaïdjanaise pensait que cela indiquait que l’Arménie était prête à un compromis (tout a commencé lorsque l’Arménie a connu une sorte de révolution, avec l’arrivée du nouveau Premier Ministre qui a reçu le mandat populaire de faire le ménage sur le plan intérieur). Pour une raison quelconque, cela a fini par ne pas se produire ».

Ce qui s’est passé en fait, c’est la guerre de tirs de juillet.

Le Premier Ministre arménien Nikol Pashinyan

N’oubliez pas le Pipelineistan

Le Premier Ministre arménien Pashinyan pourrait être décrit comme un mondialiste libéral. La majorité de son équipe politique est pro-NATO. Pashinyan a fait feu de tout bois contre l’ancien Président arménien (1998- 2008) Robert Kocharian, qui avant cela était, fait crucial, le Président de facto du Haut-Karabakh.

Kocharian, qui a passé des années en Russie et est proche du Président Poutine, a été accusé d’une tentative obscure de « renversement de l’ordre constitutionnel ». Pashinyan a tenté de le faire emprisonner. Mais plus crucial encore est le fait que Pashinyan a refusé de suivre un plan élaboré par le Ministre russe des Affaires Étrangères Sergeï Lavrov pour régler définitivement le problème de l’Artsakh/Nagorno-Karabakh.

Dans le brouillard de guerre actuel, les choses sont encore plus désastreuses. M. C souligne deux points : « Premièrement, l’Arménie a demandé la protection de l’OTSC et s’est fait gifler, durement et en public ; deuxièmement, l’Arménie a menacé de bombarder les oléoducs et gazoducs en Azerbaïdjan (il y en a plusieurs, ils sont tous parallèles et ils alimentent non seulement la Géorgie et la Turquie mais maintenant les Balkans et l’Italie). En ce qui concerne ce dernier point, l’Azerbaïdjan a dit en gros : si vous faites cela, nous bombarderons votre réacteur nucléaire ».

L’angle du Pipelineistan est en effet crucial : pendant des années, j’ai suivi sur Asia Times ces myriades de feuilletons sur le pétrole et le gaz, en particulier le BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), conçu par Zbigniew Brzezinski pour contourner l’Iran. J’ai même été « arrêté » par un 4X4 de British Petroleum (BP) alors que je suivais l’oléoduc sur une route latérale parallèle partant de l’énorme terminal de Sangachal : cela a prouvé que British Petroleum était en pratique le véritable patron, et non le gouvernement azerbaïdjanais.

En résumé, nous avons maintenant atteint le point où, selon M. C :

« Le bruit du sabre de l’Arménie est devenu plus agressif ». Les raisons, du côté arménien, semblent être essentiellement internes : la mauvaise gestion du Covid-19 (contrairement à l’Azerbaïdjan), et l’état désastreux de l’économie. Ainsi, dit M. C, nous sommes arrivés à un concours de circonstances toxique : L’Arménie a détourné ses problèmes en se montrant dure avec l’Azerbaïdjan, alors que ce dernier en avait tout simplement assez.

Cela concerne toujours la Turquie

Quoi qu’il en soit, si l’on considère le drame Arménie-Azerbaïdjan, le principal facteur de déstabilisation est désormais la Turquie.

M. C note comment, « tout au long de l’été, la qualité des exercices militaires turco-azerbaïdjanais a augmenté (tant avant les événements de juillet que par la suite). L’armée azerbaïdjanaise s’est beaucoup améliorée. De plus, depuis le quatrième trimestre 2019, le Président de l’Azerbaïdjan s’est débarrassé des éléments (perçus comme) pro-russes en position de pouvoir ». Voir, par exemple, ici.

Il n’y a aucun moyen de le confirmer ni avec Moscou ni avec Ankara, mais M. C avance ce que le Président Erdogan a pu dire aux Russes : « Nous entrerons directement en Arménie si a) l’Azerbaïdjan commence à perdre, b) la Russie intervient ou accepte que l’OTSC soit invoquée ou quelque chose de ce genre, ou c) l’Arménie s’en prend aux pipelines. Ce sont toutes des lignes rouges raisonnables pour les Turcs, surtout si l’on tient compte du fait qu’ils n’aiment pas beaucoup les Arméniens et qu’ils considèrent les frères azerbaïdjanais ».

Il est crucial de se rappeler qu’en août, Bakou et Ankara ont organisé deux semaines d’exercices militaires aériens et terrestres communs. Bakou a acheté des drones avancés à la fois de la Turquie et d’Israël. Il n’y a pas de preuve, du moins pas encore, mais Ankara a peut-être engagé jusqu’à 4 000 djihadistes salafistes en Syrie pour se battre – attendez – en faveur de l’Azerbaïdjan à majorité chiite, prouvant une fois de plus que le « djihadisme » consiste à se faire de l’argent rapidement.

Le Centre d’Information Arménien Unifié, ainsi que le média kurde Afrin Post, ont déclaré qu’Ankara a ouvert deux centres de recrutement – dans des écoles africaines – pour les mercenaires. Apparemment, cette mesure a été très populaire car Ankara a réduit les salaires des mercenaires syriens envoyés en Libye.

Il y a un autre aspect qui est très inquiétant, non seulement pour la Russie mais aussi pour l’Asie Centrale. Selon l’ancien Ministre des Affaires Étrangères du Haut-Karabakh, l’Ambassadeur Extraordinaire Arman Melikyan, des mercenaires utilisant des cartes d’identité azéries délivrées à Bakou pourraient être en mesure de s’infiltrer au Daghestan et en Tchétchénie et, via la Mer Caspienne, d’atteindre Atyrau au Kazakhstan, d’où ils peuvent facilement rejoindre l’Ouzbékistan et le Kirghizstan.

C’est le cauchemar ultime de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) – partagée par la Russie, la Chine et les « stans » d’Asie Centrale : une terre – et une mer (Caspienne) – djihadiste, pont du Caucase jusqu’en Asie Centrale, et même jusqu’au Xinjiang.

Quel est l’intérêt de cette guerre ?

Que se passe-t-il ensuite ? Une impasse presque insurmontable, comme l’explique M. C :

  1. « Les pourparlers de paix ne vont nulle part parce que l’Arménie refuse de bouger (de se retirer de l’occupation du Haut-Karabakh plus 7 régions environnantes par phases ou d’un seul coup, avec les garanties habituelles pour les civils, et même les colons – à noter que lorsqu’ils sont entrés au début des années 1990, ils ont nettoyé ces terres de littéralement tous les Azerbaïdjanais, soit entre 700 000 et 1 million de personnes) ».
  2. Aliyev avait l’impression que Pashinyan « était prêt à faire des compromis et a commencé à préparer son peuple, puis il a eu l’air stupide de n’avoir rien fait ».
  3. « La Turquie a clairement fait savoir qu’elle soutiendrait l’Azerbaïdjan sans condition, et a traduit ces paroles en actes ».
  4. « Dans de telles circonstances, la Russie a été surpassée – en ce sens qu’elle a pu arbitrer la confrontation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en aidant à la médiation de pourparlers qui n’ont abouti à rien préservant le statu quo qui en réalité favorisait l’Arménie ».

Et cela nous amène à la question cruciale. Quel est l’intérêt de cette guerre ?

M. C : « Il s’agit soit de conquérir le plus possible avant que la « communauté internationale » [dans ce cas, le Conseil de Sécurité des Nations Unies] n’appelle/exige un cessez-le-feu, soit de le faire pour relancer des pourparlers qui mènent réellement à des progrès. Dans un cas comme dans l’autre, l’Azerbaïdjan finira par gagner et l’Arménie par perdre. On ignore dans quelle mesure et dans quelles circonstances (le statut et la question du Haut-Karabakh sont distincts de ceux des territoires occupés par l’Arménie autour du Haut-Karabakh) : c’est-à-dire sur le champ de bataille ou à la table des négociations ou une combinaison des deux. Quoi qu’il en soit, l’Azerbaïdjan pourra au moins conserver le territoire qu’il a libéré au cours de la bataille. Ce sera le nouveau point de départ. Et je pense que l’Azerbaïdjan ne fera aucun mal aux civils arméniens qui resteront. Ils seront des libérateurs modèles. Et ils prendront le temps de ramener les civils azerbaïdjanais (réfugiés/IDP) dans leurs foyers, en particulier dans les zones qui deviendraient mixtes à la suite du retour ».

Que peut donc faire Moscou dans ces circonstances ? Pas grand-chose, « sauf intervenir en Azerbaïdjan proprement dit, ce qu’ils ne feront pas (il n’y a pas de frontière terrestre entre la Russie et l’Arménie ; ainsi, bien que la Russie ait une base militaire en Arménie avec un ou plusieurs milliers de soldats, elle ne peut pas simplement fournir à l’Arménie des armes et des troupes à volonté, compte tenu de la géographie) ».

Il est essentiel que Moscou privilégie le partenariat stratégique avec l’Arménie – qui est membre de l’Union Économique Eurasiatique (EAEU) – tout en surveillant méticuleusement tous les mouvements de la Turquie, membre de l’OTAN : après tout, ils sont déjà dans des camps opposés en Libye et en Syrie.

Ainsi, pour le moins, Moscou marche sur le fil du rasoir géopolitique. La Russie doit faire preuve de retenue et investir dans un équilibrage soigneusement calibré entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ; elle doit préserver le partenariat stratégique entre la Russie et la Turquie ; et elle doit être attentive à toutes les tactiques américaines possibles de division et de domination.

Au cœur de la guerre d’Erdogan

Donc, au final, ce serait encore une autre guerre d’Erdogan ?

L’incontournable analyse « Suivez l’argent » nous dirait, oui. L’économie turque est un véritable désastre, avec une forte inflation et une monnaie qui se déprécie. Bakou dispose d’une abondance de fonds pétroliers et gaziers qui pourraient devenir facilement disponibles – ce qui s’ajoute au rêve d’Ankara de faire de la Turquie un fournisseur d’énergie.

M. C ajoute que l’ancrage de la Turquie en Azerbaïdjan entraînerait « la création de bases militaires turques à part entière et l’inclusion de l’Azerbaïdjan dans l’orbite d’influence turque (la thèse « deux pays – une nation », dans laquelle la Turquie assume la suprématie) dans le cadre du néo-ottomanisme et du leadership de la Turquie dans le monde turcophone ».

Ajoutez à cela l’angle de l’OTAN, qui est très important. M. C voit essentiellement Erdogan, avec l’aide de Washington, sur le point de faire une poussée de l’OTAN vers l’est tout en établissant ce canal djihadiste immensément dangereux vers la Russie : « Ce n’est pas une aventure locale d’Erdogan. Je comprends que l’Azerbaïdjan est en grande partie un pays d’Islam chiite et cela va compliquer les choses mais ne rendra pas son aventure impossible ».

Ceci est totalement lié à un rapport notoire de RAND Corporation qui détaille explicitement comment « les États-Unis pourraient essayer d’inciter l’Arménie à rompre avec la Russie » et « encourager l’Arménie à entrer pleinement dans l’orbite de l’OTAN ».

Il est plus qu’évident que Moscou observe toutes ces variables avec un soin extrême. Cela se reflète, par exemple, dans la manière dont l’irrépressible porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères, Maria Zakharova, a présenté, en début de semaine, un avertissement diplomatique très sérieux : « La destruction d’un SU-25 arménien par un F-16 turc, comme le prétend le Ministère de la Défense en Arménie, semble compliquer la situation, puisque Moscou, sur la base du traité de Tachkent, est obligé d’offrir une assistance militaire à l’Arménie ».

Il n’est pas étonnant que Bakou et Erevan aient compris le message et nient fermement tout ce qui s’est passé.

Le fait essentiel reste que tant que l’Arménie proprement dite n’est pas attaquée par l’Azerbaïdjan, la Russie n’appliquera pas le traité de l’OTSC et n’interviendra pas. Erdogan sait que c’est sa ligne rouge. Moscou a tout ce qu’il faut pour le mettre dans le pétrin – comme en coupant l’approvisionnement en gaz de la Turquie. Pendant ce temps, Moscou continuera d’aider Erevan en lui fournissant des informations et du matériel – en provenance d’Iran. La diplomatie est la règle, et l’objectif ultime est un nouveau cessez-le-feu.

Attirer la Russie à nouveau

M. C avance la forte possibilité – et j’ai entendu des échos de Bruxelles – que « l’UE et la Russie trouvent une cause commune pour limiter les gains de l’Azerbaïdjan (en grande partie parce qu’Erdogan n’est le favori de personne, non seulement à cause de cela mais à cause de la Méditerranée Orientale, de la Syrie, de la Libye) ».

Cela met en évidence l’importance renouvelée du Conseil de Sécurité des Nations Unies dans l’imposition d’un cessez-le-feu. Le rôle de Washington en ce moment est assez intriguant. Bien sûr, Trump a des choses plus importantes à faire en ce moment. En outre, la diaspora arménienne aux États-Unis est très favorable à la démocratie.

Et puis, pour résumer, il y a la relation Iran-Arménie, qui est très importante. Voici une tentative énergique pour la mettre en perspective.

Comme le souligne M. C, « l’Iran favorise l’Arménie, ce qui est contre-intuitif à première vue. Les Iraniens peuvent donc aider les Russes (en canalisant les approvisionnements), mais d’un autre côté, ils ont de bonnes relations avec la Turquie, notamment dans le domaine de la contrebande de pétrole et de gaz. Et s’ils se montrent trop ouverts dans leur soutien, Trump a un casus belli pour s’impliquer et les Européens n’aiment peut-être pas se retrouver du même côté que les Russes et les Iraniens. Ça se présente mal. Et les Européens détestent avoir l’air mauvais ».

Nous en revenons inévitablement au fait que tout ce drame peut être interprété dans la perspective d’un coup géopolitique de l’OTAN contre la Russie – selon un certain nombre d’analyses circulant à la Douma.

L’Ukraine est un trou noir absolu. La Biélorussie est dans l’impasse. Le Covid-19. Le cirque naval. La « menace » pour le projet Nord Stream-2.

Attirer à nouveau la Russie dans le drame Arménie-Azerbaïdjan, c’est tourner l’attention de Moscou vers le Caucase pour qu’il y ait plus de liberté d’action turque dans les autres théâtres – en Méditerranée Orientale contre la Grèce, en Syrie, en Libye. Ankara – bêtement – est engagée dans des guerres simultanées sur plusieurs fronts, et avec pratiquement aucun allié.

Cela signifie qu’encore plus que l’OTAN, monopoliser l’attention de la Russie dans le Caucase pourrait être profitable à Erdogan lui-même. Comme le souligne M. C, « dans cette situation, le levier/ »atout » du Haut-Karabakh aux mains de la Turquie serait utile pour les négociations avec la Russie ».

Pas de doute : le sultan néo-ottoman ne dort jamais.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Explosive stakes on Armenia-Azerbaijan chessboard, Asia Times, le 3 octobre 2020

Traduit par Réseau International

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Dans la première partie de la brève analyse de ce qui est proposé comme future constitution de l’Algérie ont été traités les articles touchant au droit de propriété pour montrer le crime en dépossession de la nation algérienne de ses richesses naturelles et biens publics. 

Dans cette deuxième partie, sera argumenté la mise à la disposition des intérêts économiques et privés de la France de l’armée algérienne. Malgré tous les scandales auxquels sont mêlés ses colonels et généraux, l’armée algérienne est toujours dépeinte comme la « [d]igne héritière de l’Armée de Libération Nationale » dans le préambule lourd et peu solennel du texte qui sera soumis à référendum le 1er novembre 2020 prochain. [1] 

L’intervention de l’armée algérienne en dehors de son territoire se fait sous certaines conditions parmi lesquelles la mise en œuvre d’un traité de paix en Afrique du Nord, l’action des troupes militaires algériennes avec les armées régulières des autres pays dissociées de toute milice privée ou paramilitaire et sous un commandement militaire unifié composé au prorata des forces engagées dans les opérations liées au conflit à résoudre. 

En plus de mettre fin à un conflit, les objectifs de la participation de l’armée algérienne seront le rétablissement de la paix totale, l’augmentation de sa durée et la réduction des dépenses militaires nationales. 

De quel nombre s’agit-il ? 

Le texte qui sera soumis à référendum confirme que le sous-développement d’un pays vient d’en-haut, de ses décideurs, alors que le désir de liberté vient d’en bas, du peuple. 

Le point 2 de l’article 91 du texte du référendum algérien du 1er novembre 2020 dit : « 2)- [le président] décide de l’envoi des unités de l’Armée Nationale Populaire à l’étranger après approbation à la majorité des deux tiers (2/3) de chaque chambre du Parlement » [2] sans précision du nombre sur lequel sera calculé cette fraction. Cette monumentale bévue dans le texte juridique fondamental confirme que confier la rédaction d’un corpus de lois à uniquement des juristes produira une catastrophe laquelle est une conséquence de l’absence de débats, concertations et de l’incompétence des auteurs. 

Dans les pays développés, en plus d’être peu probable, cela est corrigée avec les excuses publiques de ses rédacteurs en marque de respect du peuple et le référendum décalé ; dans les sous-développés, au lieu d’invalider le processus, elle est soumise à approbation populaire.  La diversion informationnelle, l’absence complète des généraux et ministres pour rassurer la nation, le silence sur l’effondrement monétaire en cours du pays, le gonflement médiatique de la réelle injustice par la détention d’innocents et l’escamotage de tout débat sur ce texte confirment que l’objectif du pouvoir algérien est de faire passer le référendum avec un résultat positif. 

Vote de la constitution, le piège de la guerre, les utilités des Algériens et les vertiges des mathématiciens 

Abordons concrètement cet aspect avec cette très importante hypothèse. Chaque Algérien en âge de voter a son ensemble de préférences individuelles et combinaisons individuelles de préférences classées. 

100 % des électeurs algériens ont voté et ont accepté que ce texte soit leur constitution. 100 % des votants sont contre l’intervention de l’armée algérienne à l’étranger. 80 % des électeurs ont voté pour parce que l’islam est la religion d’État ou 95 % ont voté pour parce qu’ils pensent que la propriété privée est mieux protégée ou 97% ont voté pour parce que l’identité amazighe est niée. Avec ces taux, tous les Algériens se retrouveront avec une constitution qui bannit la gratuité de la santé et autorise l’armée algérienne à l’étranger. 

Sachant que la santé sera contractualisée (privatisée),en allant à l’hôpital (santé publique) pour des soins de santé désormais non fournis, les Algériens malades seront obligés de s’adresser au secteur libéral (privé) qui les fera payer pour des soins non remboursables, alors ils déclencheront à terme des violences sociales. 

Sachant aussi que la subvention pour le blé est supprimée et les autres suivront donc les prix des produits alimentaires de base augmenteront, par l’effet Giffen [3], une inflation en chaine s’installera, par conséquent d’autres violences éclateront. 

Puisque les 100% des votants ont validé le texte avec intervention de l’armée à l’étranger à laquelle ils se sont opposés à 100% ; sur ordre du président de la France sur son « homologue » algérien qui peut être élu en vertu de « la majorité absolue des suffrages exprimés » de l’article 85 avec 0.5% + 1 des voix exprimées, des soldats algériens se retrouvent au Mali, Niger et Libye. En arguant une augmentation de son budget pour le G5 Sahel et la mise à disposition d’une aviation de combats plus importante, le président de la France retirera ses troupes au sol parce que la vie de ses compatriotes vaut plus que celles des Algériens, 

Avec des violences sociales internes et une guerre qui deviendra intra et inter nord-africaine, c’est l’Algérie qui se retrouvera intégralement embrasée le long de ses frontières et sa partition deviendra la solution banale qui sera imposée comme en Yougoslavie, Irak, Soudan et Libye.  

Ce sont les conséquences des utilités dans ces choix ou préférences qui ont donné des vertiges sans solution à des prophètes de la mathématique que sont, entre autres, John Von Neumann, Kurt Gödel et Frank Ramsey. 

L’armée algérienne dans les opérations de maintien de la paix : un aperçu 

L’article 31 du texte proposé à référendum dit : « L’Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue des États Arabes, participer au maintien de la paix.»

Les opérations de maintien et/ou de consolidation de la paix entre dans l’application des Chapitres 6 et 7 de la Charte [4] des Nations Unies. Elles sont mentionnées dans le point 1 de l’article 12 du Chapitre 4 :

Tant que le Conseil de sécurité remplit, à l’égard d’un différend ou d’une situation quelconque, les fonctions qui lui sont attribuées par la présente Charte, l’Assemblée générale ne doit faire aucune recommandation sur ce différend ou cette situation, à moins que le Conseil de sécurité ne le lui demande.

L’un des travaux les plus célèbres pour la paix dans le monde est celui de l’algérien Lakhdar Brahimi. Il porte le nom de Rapport Brahimi qui a été soumis au défunt Secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros Ghali. à qui Le rédacteur de ce papier s’est adressé à Mr L. Brahimi lors de sa tentative avortée pour une transition pacifique en Algérie [5]

Les financements de ces missions sont faits à partir des contributions des États Membres classés dans des catégories ; la A est pour les gros donateurs comme les USA, la G pour les pays comme l’Algérie [6]. Le taux de l’Algérie est de 0.0276 pour 2020-2021 de son revenu national brut (différent du produit national brut). Sa base de calcul est 4668 $ de 2018 (équivalent de 603 152,28 dinars algériens au taux de change du 30 septembre 2020 ou plus de soixante millions de centimes par année et par Algérien) et c’est le revenu national brut par habitant. En contrepartie, les pays participants sont payés proportionnellement au nombre de personnes qu’ils mettent à disposition. Les opérations sont des sources d’entrée de monnaie internationale dans leurs réserves officielles, c’est l’un des motifs qui fait qu’elles soient prisées par les pays sous-développés. 

Si pour la Libye et son conflit en cours, aucune mission n’est en œuvre ; ailleurs dans le monde , 13 opérations onusiennes liées à la paix sont opérationnelles.  Parmi les plus anciennes, il y a celle de Chypre en service depuis 1964 et qui continue toujours. Chez les voisins de l’Algérie, il y a la MINURSO, mission pour le référendum au Sahara Occidental et la MINUSMA pour la stabilisation au Mali dénommée Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali [7]. 

La France et ses atouts en Afrique du Nord.

La France, puissance militaire, repêchée par les USA et le Royaume-Uni ont fait d’elle un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a intégré ses forces militaires du G5 Sahel dans le dispositif de la MINUSMA ce qui lui permet d’être payée par l’ONU. En tant que Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, elle peut le convoquer pour des sessions extraordinaires qui serviront ses intérêts. Avec son droit de véto, elle peut empêcher toute action de dénonciation de ses actions en Afrique du Nord. En intégrant ses forces au sein de la MINUSMA, elle est vue comme une force de paix et non comme force d’occupation, ainsi elle bloquera toute initiative de libération des peuples du Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso et autres pays où elle est présente. Elle influencera les statistiques des victimes pour maintenir la qualification de conflit [10] dans ce qui se passe en Afrique du Nord et non de guerre. C’est exactement, ce qu’elle a fait avec l’Algérie à partir de 1955 quand Hocine Ait Ahmed tentait d’internationaliser la guerre de libération nationale. 

Avec l’appui des décideurs algériens, c’est aussi ce qu’elle a fait durant la guerre civile des années 1990 en Algérie déclenchée par les généraux janviéristes.  

Le président de la France sur tous ses chevaux 

Après l’explosion au port de Beyrouth, le président de la France a été sur tous les fronts pour maintenir sa domination sur le Liban et être présent dans cette zone très riche et déstabilisée. Après le changement de dirigeants au Mali, il est, une autre fois, remonté sur ses chevaux pour s’opposer aux voix qui demandent le départ des forces françaises de l’Afrique du Nord. Trois actions internationales ont dénoncé cette présence : 1) Appel pour la libération de l’Afrique [8], 2) Initiative BRINA pour l’Algérie [9] et la troisième à l’adresse des chefs d’États restera dans discrète pour le moment. 

Pour entrainer l’Algérie dans le désastre du G5 Sahel, le président de la France serait avec une très haute certitude parmi ceux qui ont imposé à l’Algérie de constitutionnaliser l‘intervention de l’armée algérienne à l’étranger laquelle est une garantie au sens de la théorie du contrat. 

Les budgets militaires des pays nord-africains et les conflits  

Avant de présenter les chiffres et quelques-unes de leur interprétation, une question : En acceptant d’intervenir à l’étranger, est-ce que l’Algérie acceptera l’intervention de forces étrangères sur son territoire en cas de conflit armé interne, armé interne internationalisé ? 

Source: Selection et consolidation à partir de  Military expenditure by country, in millions of US$ at current prices and exchange rates, 1949-2019      © SIPRI, 2020. https://www.sipri.org/databases/milex . Consulté le 27 Sept 2020.

Brève lecture du graphique. En plus des options politiques de chacun des pays, la démographie et la surface du territoire,  il y a les facteurs compétences, patriotisme des décideurs militaires et pressions françaises sur les dirigeants de ces pays. Dans le cas du Mali et du Niger, le fiducide (génocide monétaire de la France) à travers le Franc CFA est à estimer. 

À cause du Sahara Occidental et des conflits potentiels aux frontières, l’Algérie et le Maroc se concurrencent en armement. 

Le cas Algérie présente des particularités. Le fournisseur de son armement est la Russie. Les effets ravageurs de la dévaluation du dinar, des programmes du FMI et de la Banque mondiale ont fracassé l’armée algérienne.  

Des informations additionnelles sur la destruction de l‘armée algérienne par les dirigeants algériens sur les ordres du FMI et de la Banque mondiale sont dans notre adresse à son défunt chef d’état-major [11] et [12]. 

Les interventions militaires de l’Algérie dans les conflits internationaux 

À son indépendance et en 1963, avec la rébellion dirigée par Hocine Ait Ahmed, l’Algérie a vécu son premier conflit interne qui s’est éteint avec l’accord sur la démocratisation obtenu . Cet accord a débouché sur un coup d’état, une répression des populations et la détention de Hocine Ait Ahmed. 

Le premier conflit international de l’Algérie a été avec le Maroc en octobre 1963. Les forces armées algériennes ont intervenu dans les conflits internationaux : guerre du Kippour en octobre 1973 et au Sahara Occidental (Amgala) en 1976 après son occupation par le Maroc. 

L’entrée en guerre de l’Algérie et le triomphe du président de la France

Sauf miracle [13] , avec une telle peu probable future constitution marquée par la négation de son amazighité et les quelques problèmes cités, sans sagesse et lucidité des Algériens et de tous les Nord-Africains, l’Algérie entrera en guerre et ce sera la triomphe du président de la France qui a reconquis un territoire libéré par une révolution universelle. 

Et comme le dit une expression kabyle dans le cas d’une vendetta, conflit ou guerre : « Thanina quittera la patrie » et espérons que sa destination sera le Canada. 

Cherif Aissat 

 

Première partie :

Algérie. Révision de la constitution ou la patrie au pied du président de la France. 

 

 

Notes 

[1] Journal Officiel Algérie. Projet de révision de la constitution.  https://www.joradp.dz/FTP/JOO-FR/2020/F2020054.pdf 

[2] id. 

[3] SIMONIN, Jean Pascal. Une interprétation de l’effet Giffen. https://www.persee.fr/doc/reco_0035-2764_1980_num_31_2_408528

[4] ONU. La Charte des Nations Unies et Statut de la Cour internationale de justice. https://www.un.org/fr/charter-united-nations/ 

[5] AISSAT, Chérif. Adresse à Lakhdar Brahimi sur le risque de guerre en Algérie. https://www.youtube.com/watch?v=nSk8acom8w4 

[6] ONU. Taux effectifs de contribution au financement des opérations de maintien de la paix. http://undocs.org/fr/A/73/350/Add.1 

[7] United Nations Peacekeeping. United Nations Multidimensional Integration Stabilization Mission in Mali. https://minusma.unmissions.org/en/resolutions 

[8] Afrique du Nord : pour la dictature des libertés et la libération totale de ses nations. Appel. https://drive.google.com/file/d/16YzMEFG_HJwQiwMSTOzVSeRQvc3pwsne/view?usp=sharing 

[9] Initiative BRINA pour l’Algérie  https://drive.google.com/file/d/13v2M54WX9AKKjuUe-q1erc3g64FR_fIA/view?usp=sharing 

[10] SIPRI. The independent resource on the global security. https://www.sipri.org/node/979 

[11] AISSAT, Cherif. Éviter la grande dérive. Au chef d’état-major de l’armée. https://www.youtube.com/watch?v=HFegJBOyu0c 

[12] AISSAT, Chérif. Au chef d’état-major de l’armée algérienne. https://www.youtube.com/watch?v=iejJx5KHbPA 

[13] AISSAT, Cherif. Centre de Recherche sur la Mondialisation. Sauf miracle, l’Algérie aura sa guerre. https://www.mondialisation.ca/sauf-miracle-la-nation-algerienne-aura-sa-guerre-le-canada-et-les-possibilites-de-paix-en-algerie/5642586 

 

  

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Le modèle commercial du Silverlands Fund consiste à apporter l’agriculture industrielle à l’Afrique. (Crédit photo : Oaklins)

Les flux financiers destinés à l’agriculture sont de plus en plus institutionnalisés – et de plus en plus souvent privés. Bien sûr, les investissements dans l’agriculture existent depuis des temps immémoriaux. Après tout, les agriculteurs investissent tous les jours en améliorant leurs sols, en créant des coopératives, en partageant leurs connaissances avec leurs enfants et en développant les marchés locaux. Mais depuis le milieu des années 2000, les investissements institutionnels dans l’agriculture ont commencé à s’accroître. Avec un nombre de fonds axés sur l’agriculture passé de sept en 2004 à plus de 300 aujourd’hui, l’intérêt de capter les bénéfices de l’agriculture et de l’agrobusiness à l’échelle mondiale est réel – et la Covid-19 ne ralentit pas cette évolution. Qui est impliqué ? Où va l’argent ? Dans quelle mesure ces fonds sont-ils rentables pour les acteurs financiers et les communautés locales ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous nous efforçons d’obtenir des réponses, afin de mieux comprendre les flux de capitaux et quels acteurs influent sur l’évolution de l’agriculture aujourd’hui.

Avant que la crise financière mondiale n’éclate en 2008, il n’y avait qu’une poignée de fonds destinés aux investisseurs désireux de se lancer dans le secteur des terres agricoles et de la production alimentaire. Valoral, un conseiller en placement en Argentine, a dénombré sept fonds de ce type en 20041. GRAIN en a identifié 55 quelques années plus tard2. Selon Preqin, un groupe d’information spécialisé dans les investissements alternatifs basé à Londres, il y en a aujourd’hui plus de 3003.

La plupart de ces fonds sont des fonds de « capital-investissement ». Autrement dit, il s’agit de sommes d’argent injectées dans des entreprises privées qui ne sont pas cotées en bourse (et donc non soumises aux obligations d’information du public). Les fonds de capital-investissement sont gérés par de petites équipes spécialisées et attirent généralement une clientèle très spécifique. Comme ils nécessitent normalement des investissements minimums de millions de dollars, qui sont ensuite bloqués pendant 5 à 15 ans, les investissements de ce type ne sont accessibles qu’aux fonds de pension, aux fonds souverains, aux fonds de dotation, aux family offices (gestion de patrimoine), aux gouvernements, aux banques, aux compagnies d’assurance et aux particuliers fortunés. Cela changera bientôt, puisque les États-Unis ouvrent la porte aux sociétés de capital-investissement pour accéder à l’épargne-retraite des travailleurs, mais pour l’instant, seules ces grandes institutions sont impliquées4.

Le capital-investissement a fleuri dans les années 1980 lorsque les « rachats d’entreprise par endettement » (LBO) et le « capital-risque » sont devenus des stratégies bien connues pour reprendre des entreprises et acheter des startups. Des sociétés d’investissement comme KKR, Carlyle Group et Bain Capital sont devenues légendaires à Wall Street et célèbres sur Main Street pour leurs projets faramineux, leurs méthodes féroces et leurs profits fantastiques.

Aujourd’hui, le secteur du capital-investissement s’est assuré une place solide dans le paysage de l’investissement. En 2019, il se classait au troisième rang des espaces d’investissements institutionnels, avec plus de 4 000 milliards USD sous gestion (voir tableau 1). Ce chiffre est comparable aux 4 500 milliards USD utilisés par les banques mondiales de développement et dépasse de loin les 1 500 milliards USD investis par les fondations philanthropiques américaines et européennes5.

Tableau 1 : Investissements institutionnels (actifs sous gestion, 2019)

Mais la réalité des placements en capital-investissement n’est pas aussi brillante que pourrait le laisser croire la désinformation provenant de Wall Street. GRAIN a examiné son fonctionnement actuel dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture et est parvenu à quelques conclusions importantes.

Les informations sur le capital-investissement ne sont pas faciles à trouver, car les sociétés de capital-investissement ne sont pas tenues de publier de données sur leurs activités6. Mais nous avons pu accéder à des données spécialisées pour avoir un aperçu de la présence de cette branche d’activité dans l’alimentation et l’agriculture. Les données sont incomplètes, mais elles donnent quelques indicateurs clairs (voir encadré : Remarque sur les données).

Remarque sur les données

Début 2020, GRAIN a étudié plus de 300 fonds actifs dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture. Notre point de départ a été une liste de fonds spécifiquement axés sur les « ressources naturelles » selon Preqin, le leader du secteur des données sur les investissements « alternatifs » (tout ce qui ne concerne pas les actions ou les obligations). Les « ressources naturelles » englobent l’énergie, les terres boisées et les terres agricoles. De ce groupe, nous avons sélectionné les fonds investissant spécifiquement dans l’agriculture. Nous avons ajouté à cela un certain nombre de fonds classés dans la catégorie des fonds de « capital-investissement » plus généralistes qui sont apparus au cours de notre recherche en raison des transactions importantes qu’ils ont conclues dans le domaine agricole. Mais nous n’avons pas examiné l’ensemble des fonds de capital-investissement généralistes, car il y en a 3 500. Nous n’avons pas non plus passé au peigne fin les près de 4 000 opérations de rachat ou les 3 700 opérations de capital-risque classées dans « l’alimentation » ou « l’agrobusiness » par Preqin.

Cela signifie que nous sommes restés proches du processus de production : agriculture, élevage et pêche. Cela signifie également que notre ensemble de données n’est pas exhaustif. Il est cependant représentatif des investissements en capital-investissement dans l’agriculture, car nos conclusions correspondent à celles de l’ensemble des rapports de Preqin.

Si notre principale source de données a été la base de données, les publications et le personnel de Preqin Pro, nous nous sommes également appuyés sur AgriInvestor, Pensions & Investments, les sites internet des entreprises et des sources d’information généralistes comme le Financial Times.

Ampleur et domaines d’investissement agricole

Aujourd’hui, au moins 300 fonds de capital-investissement sont spécifiquement orientés vers l’alimentation et l’agriculture7. Un sous-ensemble de ces derniers, géré par 200 gestionnaires de fonds, se concentre sur les terres agricoles en elles-mêmes (acquisition ou exploitation de fermes). D’autres fonds de capital-investissement, avec des portefeuilles diversifiés, font également des achats dans l’alimentation et l’agriculture, mais généralement en aval (transformation, distribution et service). L’évaluation des fonds de terres agricoles par Prequin met en avant un nombre croissant de fonds clôturés au fil des ans, atteignant un premier pic en 2013 et un nouveau en 2019 (voir tableau 2), avec un capital total global levé de 8,4 milliards USD en 2019.

Tableau 2 : Collecte de fonds annuelle non cotée pour l’agriculture et les terres agricoles, 2008-2019

Source : Preqin Ltd8

L’ensemble de données que nous avons étudié, regroupant fonds et gestionnaires de fonds actifs à la fois dans les terres agricoles et dans l’agriculture, représentait près de 300 milliards USD (non exclusivement dédiés à l’agriculture). En termes de ciblage géographique, la plupart des investissements agricoles visaient l’Afrique (56 fonds représentant 105 milliards USD), suivie de l’Amérique du Nord (130 fonds, 104 milliards USD), de l’Asie (111 fonds, 41 milliards USD), de l’Europe (30 fonds, 24 milliards USD), de l’Amérique latine (59 fonds, 16 milliards USD) et de l’Asie de l’Ouest/Afrique du Nord (18 fonds, 3 milliards USD). Ces chiffres nous apprennent que les investissements agricoles par le biais du capital-investissement sont plutôt actifs dans les pays du Sud, une grande partie des fonds aboutissant en Afrique.

Qui est impliqué et qui en retire des bénéfices ?

Comme mentionné précédemment, ces fonds obtiennent des capitaux auprès d’investisseurs institutionnels (voir encadré : Comment fonctionne le système ?) Les travailleurs peuvent détester les sociétés de capital-investissement pour leurs pratiques de rachat brutales, mais près de la moitié de l’argent consacré au capital-investissement dans son ensemble (46%), et à l’investissement dans l’agriculture et les terres agricoles en particulier (44%), provient des fonds de pension des travailleurs. La plupart des fonds de pension liés à l’agriculture ont leur siège en Amérique du Nord et en Europe, le reste étant réparti dans tout un ensemble de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine9. De nombreux fonds de pension investissant dans l’agriculture ou les terres agricoles n’ont pas encore atteint leur niveau d’allocation cible pour cette classe d’actifs, qui tend à se situer autour de 4 à 5%, ce qui signifie qu’ils visent toujours à investir davantage. Que ces fonds concernent des retraités du secteur public ou privé, le fait est que près de la moitié de l’argent investi dans l’agriculture par le biais du capital-investissement est issue de l’épargne-retraite des travailleurs – qu’ils en soient conscients ou non et que leurs intérêts soient bien représentés par ces investissements ou non. Cela indique un déficit potentiellement énorme en matière de responsabilité, car ces investissements manquent clairement de transparence. Mais cela souligne également le fait effrayant que l’épargne-retraite est le plus gros gisement d’argent « à disposition » et qu’elle n’est pas nécessairement gérée dans l’intérêt des travailleurs ou des communautés locales dans lesquelles le capital est déployé.

Les institutions de financement du développement (IFD) gérées par les gouvernements sont un autre acteur majeur10. Les IFD sont des organismes quasi publics qui poursuivent un but lucratif, souvent aux côtés des bureaux de coopération au développement. Plutôt que de distribuer des subventions, les IFD investissent. Et elles sont très actives dans l’agriculture, un domaine ciblé depuis longtemps par l’aide étrangère. On dit souvent que lorsque des IFD souscrivent à un fonds de capital-investissement, cela est considéré comme une « approbation » qui permet à d’autres sources de capitaux de participer. En Afrique, les IFD ont un rôle particulièrement essentiel dans les fonds de capital-investissement, plus encore que dans les fonds de pension. Cela signifie que les IFD ont une lourde responsabilité dans l’évolution des investissements de capital-investissement dans l’agriculture, du moins en Afrique.

Comment fonctionne le capital-investissement ?

Le capital-investissement est organisé différemment aux États-Unis et en Europe, les entreprises des autres régions utilisant l’une ou l’autre configuration. Mais leurs caractéristiques sont similaires.

Une petite équipe d’experts (une « société de capital-investissement » dirigée par des « gestionnaires de fonds » en Europe ou une « société à responsabilité limitée » dirigée par des « commandités » aux États-Unis) concevra un fonds en vue d’investir dans une zone déterminée. Le fonds aura un thème et une stratégie particuliers (par exemple, le financement de démarrage pour les petites et moyennes entreprises en Afrique) et il sera normalement enregistré dans un paradis fiscal comme les îles Caïmans, Maurice, Londres ou le Delaware. Les experts iront ensuite lever des fonds et obtiendront des engagements (également appelés « souscriptions ») auprès d’un certain nombre d’investisseurs, qu’il s’agisse de banques de développement, de fondations ou de fonds de pension. Une fois que la réserve d’argent est engagée, le fonds est « clôturé » et les gestionnaires se mettent au travail pour chercher où investir l’argent. Les investissements peuvent prendre diverses formes. Il peut s’agir de transactions de capital-risque (argent placé dans des entreprises récentes, des startups), d’investissements de développement (par exemple, pour aider une entreprise à s’internationaliser) ou de rachats (avec effet de levier ou non, prise d’une majorité d’actions ou non), pour n’en citer que quelques types. Un fonds se retrouvera normalement avec un « portefeuille » de plusieurs sociétés dans lesquelles il investit, ou de biens fonciers dans le cas des terres agricoles. Les gestionnaires de fonds jouent souvent un rôle actif dans ces entreprises, que ce soit à la présidence du conseil d’administration ou dans la mise en œuvre des changements stratégiques.

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En règle générale, un fonds de capital-investissement a une durée de vie ne dépassant pas 10 ans, ce qui signifie que tous les investissements réalisés par le fonds doivent être liquidés (c’est-à-dire « cédés ») dans ce délai, soit en vendant les sociétés et les actifs que le fonds a acquis ou en les introduisant en bourse. À ce stade, les investisseurs récupéreront le capital investi plus leur part des bénéfices, moins les frais payés aux gestionnaires de fonds. Le fonds peut également entraîner des pertes, amenant les investisseurs à perdre tout ou partie de l’argent qu’ils ont investi.

Des gains pour qui ?

Les fonds de capital-investissement investis dans l’alimentation et l’agriculture versent normalement aux gestionnaires de fonds des « frais de gestion » annuels de 2 % sur le capital total investi, que l’investissement réussisse ou non. Les gestionnaires de fonds prennent également généralement 20 % des bénéfices générés par le fonds, soit transaction par transaction, soit à la fin de la durée de vie du fonds. Étant donné que les gérants du fonds, ou les commandités, n’investissent normalement que 1 à 5 % d’un investissement, le gain pour eux, en termes de risque, est très élevé (voir illustration). À cela s’ajoute un certain nombre de frais cachés qui peuvent être facturés à des fonds ou à des transactions spécifiques, légalement ou non, ainsi que des échappatoires fiscales11. Les commandités peuvent, par exemple, percevoir des honoraires pour siéger aux conseils d’administration des différentes sociétés dans lesquelles le fonds a pris des parts ou facturer des frais de service à ces sociétés12. Puisqu’une proportion notable des personnes les plus riches du monde est liée au capital-investissement, il est raisonnable de déduire que les gérants, ou les commandités, s’en tirent plutôt bien13. Mais pour ceux qui investissent, les commanditaires, c’est une autre histoire. D’après les données que nous avons consultées sur les terres agricoles et l’investissement agricole, les rendements des fonds diffèrent pour les investisseurs. Certains perdent de l’argent, pour beaucoup les pertes avoisinent 8 à 12 % par an, pour certains jusqu’à 40 %. Selon nos calculs, le taux de rendement interne net moyen (c’est-à-dire le retour sur investissement annualisé moins les frais) des fonds investissant dans l’agriculture en 2019, en fonction de la région où va l’investissement, et uniquement pour les cas où les données sont communiquées, était de 14 % en Afrique, 12 % en Asie, 11,6 % en Amérique latine et 9,9 % en Amérique du Nord. (Pour l’Europe et l’Asie occidentale/l’Afrique du Nord, il n’y a pas suffisamment de données.) En comparaison, les rendements nets annualisés médians pour le capital-investissement dans son ensemble seraient de 17 % pour les trois dernières années14.

Mais ces chiffres rapportés par le secteur lui-même sont contestés. À l’heure actuelle, il y a un grand débat sur la question de savoir si, ou dans quelle mesure, des investisseurs comme les fonds de pension ont été « incités » à se lancer dans le capital-investissement sur la base de promesses gonflées, car les rendements ne sont pas beaucoup plus élevés que s’ils avaient investi sur les marchés boursiers. Une étude indépendante portant sur la période 2006-2019 révèle que les rendements sont plutôt de 11 %15. Calpers, l’un des plus grands fonds de pension publics des États-Unis, déclare ouvertement maintenant que leurs rendements, nets de frais, ont été de 10,7 % par an. Cela pourrait être considéré comme comparable à un investissement en bourse par le biais d’un fonds indiciel, sauf que le chiffre ne tient pas compte des frais que Calpers et tous les autres investisseurs en capital-investissement ont versés aux gestionnaires de fonds au cours de la même période, qui représentent la somme exorbitante de 230 milliards USD. Cela représente un énorme transfert de capitaux directement dans les poches d’un petit groupe de gestionnaires de fonds16.

« Avant, nous plantions du riz, des haricots, du maïs, de la citrouille. Mais plus maintenant. Il n’y a plus suffisamment de place à cause des fermes ; nous sommes encerclés », explique Maria de Lurdes Gomes, une mère de 12 enfants qui fait partie d’une communauté Quilombola vivant dans la région de Tocantins, où Pátria est en train d’acheter des terres agricoles. (Crédit photo : Folha de Sao Paolo)

Il faut comparer cela avec la façon dont ces investissements se passent pour les communautés sur le terrain. Pour beaucoup, le seul terme de « capital-investissement » inspire la peur, car de nombreux accords ont conduit à des licenciements de travailleurs dans les entreprises ciblées, au remplacement des équipes de direction, à des entreprises dépouillées de leurs fonds propres et endettées, puis paralysées et fermées. De nombreux exemples de cette situation abondent aux États-Unis, un exemple récent étant la destruction de Toys ‘R Us et de ses 33 000 emplois17. Mais on les trouve également dans d’autres pays, comme l’Inde, comme nous pouvons le voir avec le cas d’Omnivore Partners, dans l’annexe à ce rapport.

Éthique, transparence et réglementation

Le secteur du capital-investissement est soumis à très peu de réglementation ou de contrôle, ce qui est un élément central de son attrait pour les investisseurs (et c’est pourquoi il est souvent présent en offshore). En 2010, les États-Unis ont adopté une législation obligeant les sociétés de capital-investissement gérant plus de 150 millions USD à s’inscrire auprès de la Securities and Exchange Commission, mais la SEC n’a guère exercé de surveillance sur ces sociétés18. En Europe, l’UE a également tenté de s’orienter vers plus de communication et de contrôle, sans faire de vagues, tandis que le Royaume-Uni a promis que le Brexit permettrait d’assouplir la réglementation19. Le Kenya n’a pas de réglementation générale du capital-investissement, tandis que le Brésil, l’Inde et d’autres pays n’ont pas non plus de contrôles stricts20. Au-delà du laxisme des exigences en matière de déclaration et de divulgation, le traitement fiscal à une distance excessive constitue un problème majeur. Les honoraires perçus par les gestionnaires d’investissement sont imposés en tant que revenus, mais les bénéfices sont imposés à un taux beaucoup plus faible en tant que plus-values. Cela incite les gestionnaires à renoncer aux « honoraires » et à les considérer comme des participations aux bénéfices. En outre, de nombreux paiements ne seraient ni enregistrés ni imposés, et la structure de la plupart des fonds, qui passent par plusieurs filiales situées dans des paradis fiscaux offshore, peut faciliter les prix de transfert ou l’évasion fiscale, comme cela est présumé dans le cas des activités de NCH Capital en Ukraine, analysées dans l’annexe au présent rapport. Même lorsque les autorités rattrapent les entreprises, elles ont tendance à régler la question pour un montant convenu sans changer les règles ou les pratiques21.

Pour ce qui est de la responsabilité politique ou sociétale, il n’y en a pratiquement pas. Le secteur aime présenter sa lente adoption des critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » (ESG) et la signature de textes comme les Principes pour l’investissement responsable comme preuves de sa bonne conduite. Mais, comme le montrent clairement leurs investissements dans les terres agricoles, il s’agit de quelque chose de superficiel et intéressé22.

Les travailleurs contrôlent-ils les gestionnaires de leurs fonds de pension ?

GRAIN cherche à attirer l’attention sur le rôle des fonds de pension dans l’accaparement des terres pour la production agricole à l’échelle mondiale depuis 201123. Nous avons même présenté des conclusions et des accusations solides concernant les opérations de TIAA, le plus grand fonds de pension aux États-Unis, qui a adopté l’investissement dans les terres agricoles comme stratégie unique et a entraîné de nombreux autres fonds de pension dans ses investissements, au Brésil24. TIAA a maintenant créé toute une branche, appelée Nuveen, pour gérer son portefeuille de terres agricoles qui couvre également l’Europe, l’Australie et les États-Unis. Nuveen est aujourd’hui le plus grand investisseur mondial dans les terres agricoles.

En effectuant les recherches pour cet article, nous avons été surpris d’apprendre qu’en 2017, l’UAW (United Auto Workers) Retirees Medical Care Trust avait investi 400 millions USD dans des transactions portant sur des terres agricoles au Brésil via Proterra, Black River et Amerra25. L’UAW est un important syndicat américain et le Medical Care Trust gère les prestations de soins de santé de ses retraités. Proterra et Black River sont des sociétés de capital-investissement dédiées aux rachats de terres agricoles qui sont issues de Cargill26. À l’heure actuelle, Proterra dispose d’une énorme somme de 3 milliards USD sous gestion, dont 600 millions USD en « dry powder » (littéralement « poudre sèche », fonds engagés par des investisseurs, mais pas encore investis quelque part). Proterra gère notamment avec l’argent de l’UAW le Black River Agriculture Co-Invest Fund A, qui prend des positions de contrôle dans des exploitations agricoles en Australie et en Amérique latine, pour un rendement net de 14,1 %27. Amerra, pour sa part, est un investisseur sur le marché de la dette privée et du capital-investissement, axé sur l’agriculture, avec 1,8 milliard USD sous gestion. La réputation d’Amerra n’est pas très reluisante. La société, connue pour avoir couru après des actifs en difficulté, une stratégie appelée « investissement vautour », est poursuivie par plusieurs grandes banques pour avoir aidé et encouragé la fraude commise par Transmar, négociant international de cacao28. Elle a également vu récemment ses offres pour des actifs agroalimentaires brésiliens rejetées et a été traduite en justice pour d’autres affaires29. Les actifs en terres agricoles de l’UAW ont peut-être changé depuis 2017, mais la question demeure de savoir si, et dans quelle mesure, ses travailleurs connaissent et exercent un contrôle sur la façon dont leurs fonds sont gérés30.

>En juillet 2020, l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes a publié un commentaire portant sur les explications du gouvernement américain indiquant que le secteur du capital-investissement pouvait désormais avoir accès à l’épargne-retraite individuelle. L’Union exhorte les organisations syndicales à « faire pression pour que les instruments de placement publics, soutenus par les garanties de la banque centrale, soutiennent les emplois durables et la transition vers une économie à faible émission de carbone, et coupent le cordon ombilical reliant l’avenir des travailleurs aux milliardaires des obligations spéculatives. » Étant donné le lien « ombilical » profond entre le capital-investissement, l’accaparement des terres agricoles et le système alimentaire, cet appel ne saurait être plus urgent.

Capitaux privés, problème public

Le capital-investissement n’est qu’une des catégories d’investisseurs qui prennent le contrôle d’actifs dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture – qu’il s’agisse de terres agricoles, de terminaux céréaliers, d’usines de transformation de la viande ou de livraison de nourriture – et transforment la situation des agriculteurs, des pêcheurs et des travailleurs. Mais c’est une classe puissante. Bien que ses opérations soient opaques et à peine prises en compte, le capital-investissement, en tant que secteur, s’est énormément développé depuis la crise financière de 2008 et devient de plus en plus concentré, tout en étant de plus en plus présent dans les pays du Sud31.

Cette tendance s’inscrit dans un processus plus général par lequel le monde de la finance – banques, fonds, compagnies d’assurance, etc. – prend le contrôle de l’économie réelle, notamment des forêts, des bassins hydrographiques et des territoires des populations rurales. C’est ce qu’on appelle la financiarisation. En plus de déraciner les communautés et de s’emparer des ressources pour asseoir un modèle d’agriculture industrielle et orientée vers l’exportation, elle transfère le pouvoir vers des salles de conseil d’administration éloignées, occupées par des personnes sans lien avec l’agriculture, et encore moins préoccupées par les questions locales, et qui sont simplement là pour gagner de l’argent

Les communautés locales, accablées par l’odeur insupportable et la présence constante des mouches attirées par l’élevage porcin de Coexca financé par un fonds de capital-investissement danois au Chili, ont poussé leurs autorités locales à agir. (Crédit photo : Resumen Chile)

Il est déconcertant que les principaux acteurs du secteur du capital-investissement soient les fonds de pension populaires, suivis des institutions gouvernementales de financement du développement. Ils sont responsables, mais il n’y a aucun lien entre eux et les personnes dont ils investissent l’argent, encore moins entre eux et les communautés touchées par ces investissements. Comme le montrent les exemples de la section suivante, cela doit changer, car ils ont trop de pouvoir et trop peu de responsabilités. Dans un monde aux prises avec une crise économique déclenchée par la pandémie de Covid et une crise climatique qui s’intensifie, nous devons mettre sur la table la question de savoir comment mieux soutenir les départs à la retraite des gens et comment démanteler et non renforcer le système alimentaire industriel. Ce faisant, nous pourrions réussir à éliminer complètement le capital-investissement.

Annexe : Études de cas sur le capital-investissement dans l’agrobusiness dans le monde entier

NCH Capital : premier magnat foncier d’Europe de l’Est

La société de capital-investissement NCH Capital, basée à New York, a été fondée en 1993 par deux hommes d’affaires américains, George Rohr et Moris Tabacinic, qui ont pris part à la frénésie de privatisations qui a suivi l’éclatement de l’Union soviétique. Ils ont vu une occasion en or dans les terres agricoles de la région et, à partir de 2005, ils ont créé plusieurs fonds dans l’idée de louer ou d’acheter des fermes à bas prix et de les regrouper en grandes exploitations de type américain pour la culture des céréales et du soja.

NCH a attiré d’importants investissements de fonds de pension américains et européens, de fondations et de fonds de dotation, comme le Harvard University Endowment Fund, le fonds de pension néerlandais PGGM et la fondation du fondateur d’eBay Jeff Skoll. Il a ensuite utilisé ces investissements à travers une structure offshore opaque, allant des îles Caïmans à Chypre, et dans un « réseau de relations de coentreprises » avec des acteurs locaux pour s’emparer de terres agricoles en Ukraine, en Russie et dans d’autres anciennes républiques soviétiques32.

Le soutien le plus important de NCH dans cette entreprise a été la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Entre 2009 et 2014, la BERD a octroyé aux holdings chypriotes de NCH 140 millions USD de prêts à faible taux d’intérêt et, en mai 2013, la BERD a pris une participation directe de 100 millions USD dans l’un des fonds d’acquisition de terres agricoles de NCH33.

Selon une société lettone qui était le principal partenaire de la coentreprise de NCH pour ses opérations agricoles ukrainiennes, NCH a utilisé les prêts à faible taux d’intérêt accordés par la BERD à ses sociétés chypriotes pour prêter à ses activités agricoles en coentreprise à des taux d’intérêt plus élevés3435. NCH a également demandé à ces filiales d’acheter des équipements et des produits auprès de sociétés offshore à des prix gonflés et ensuite de vendre à prix réduit des céréales et d’autres produits à ces sociétés offshore. Dans des affaires qui sont actuellement devant les tribunaux en Lettonie et en Ukraine, le partenaire letton de NCH affirme que le système a permis de siphonner les bénéfices des coentreprises ukrainiennes au profit de l’entité offshore, en faisant disparaître leur part des bénéfices et en permettant ainsi à NCH de se soustraire à l’impôt. Finalement, selon le partenaire letton, NCH les a frauduleusement chassés de l’entreprise et les a forcés à accepter un rachat pour un prix bien inférieur à la valeur de leurs actions. Dans l’ensemble, ils estiment que les actions de NCH leur ont coûté 10 millions USD en pertes de profits36.

Aujourd’hui, NCH affirme avoir cumulé une réserve foncière de 700 000 hectares en Russie et en Ukraine, avec d’autres participations en Roumanie, en Moldavie, au Kazakhstan, en Lettonie et en Bulgarie37. On ne sait pas comment NCH a pu contourner les diverses restrictions à la propriété étrangère des terres agricoles qui existent dans nombre de ces pays. En Moldavie, les enquêtes de RISE Moldova ont révélé que NCH a été en mesure d’exploiter une faille dans l’interdiction du pays sur la propriété étrangère des terres agricoles, en dissimulant les achats de terres par le biais d’une société moldave qui est en fait détenue par une autre société enregistrée en Moldavie, entièrement détenue par l’une des holdings de NCH basées à Chypre38. Cette société moldave a amassé d’énormes superficies de terres agricoles pour NCH en ciblant les agriculteurs âgés, vulnérables et susceptibles de vendre leurs terres à bas prix.

« Ils ont acheté partout […] des vergers et des vignobles. Ils offraient un prix bas, entre 500 et 600 USD par hectare », explique Gheorghe Severin, un agent foncier du village moldave de Văleni. « Les gens, s’ils sont laissés seuls, vieux, sans aide, sans soutien, n’ont d’autre choix que de vendre et beaucoup ont vendu39. »

En Ukraine, NCH a dû louer des terres à de petits agriculteurs en raison d’un moratoire sur la vente des terres agricoles. Mais la situation est en train de changer. Après des années de pressions de la part de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de la BERD, le parlement ukrainien a finalement été contraint, via un plan de secours du FMI pour la Covid, d’adopter un projet de loi de réforme agraire extrêmement impopulaire, qui supprime le moratoire et pourrait finalement ouvrir la porte aux entreprises étrangères qui veulent acquérir des terres agricoles en Ukraine40. NCH a participé activement à ce coup d’État orchestré. C’est une visite du secrétaire américain au Commerce au président ukrainien en 2015 qui a vraiment enclenché le processus de changement de la loi foncière. Au cours de cette visite, les États-Unis ont obtenu un accord de l’Ukraine selon lequel serait mis en œuvre un plan de réforme du FMI qui comprenait une privatisation des terres comme condition pour deux garanties de prêt d’un milliard USD du gouvernement américain41. L’un des rares représentants d’entreprise à avoir accompagné le secrétaire américain au Commerce pour ces réunions de haut niveau n’était autre que le fondateur et directeur général de NCH, George Rohr42.

Tiga Pilar Sejahtera Foods, un important producteur de nouilles appartenant au géant du capital-investissement KKR, possède 60 000 hectares de plantations de palmiers à huile en Indonésie. (Crédit photo : GA Photo/Mohammad Defrizal)

KKR : les barbares à la porte de la ferme

Kolberg Kravis Roberts, la société de Wall Street qui a inventé le rachat par endettement dans les années 1980 et a été immortalisée dans le livre « Barbarians at the gate », est l’un des plus grands groupes de capital-investissement dans le monde. (Les quatre premiers sont appelés les « ABCK » pour Apollo, Bain, Carlyle et KKR.) Elle a conclu quelque 42 transactions dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture pour un montant de 61 milliards USD. Certaines de ces transactions ont été importantes.

  • En 1987, aux États-Unis, KKR a racheté RJR Nabisco pour 25 milliards de dollars, puis l’a retiré de la bourse, l’a démembré et a vendu ses différents éléments comme Del Monte Foods, Chun King et Babe Ruth/Butterfinger, avant de finalement se retirer en 2005. KKR a également acheté et s’est retiré d’autres grandes sociétés alimentaires américaines comme Beatrice Foods.
  • En 2014, KKR a racheté Afriflora Sher, un important producteur mondial de roses enregistré aux Pays-Bas, mais possédant des fermes en Éthiopie, pour 200 millions USD. « Nous voyons l’Afrique comme une destination d’investissement attractive à long terme […] son potentiel est extraordinaire », a déclaré à l’époque le responsable des opérations de KKR en Afrique, Kayode Akinola43. Tout aussi enthousiaste, la Société financière internationale de la Banque mondiale a prêté aux fermes 90 millions d’euros supplémentaires l’année suivante. Fin 2017, KKR a annoncé qu’elle se retirait de Sher et a dissous son équipe d’investissement africaine, car elle « ne pouvait pas trouver suffisamment de grandes entreprises à acheter »44. Malgré l’enthousiasme antérieur d’Akinola, cela a été le seul et unique investissement direct de KKR en Afrique.
  • En Indonésie, depuis 2014, KKR a cumulé une participation importante dans Tiga Pilar Sejahtera Foods (20 % des actifs, 35 % des droits de vote) et Japfa Comfeed (actuellement 8 % des actifs, contre 12 % en 2019). Les deux sont des entreprises leaders du pays sur les marchés de la volaille, du riz, des nouilles et de l’huile de palme. En fait, Japfa est le deuxième plus grand producteur de volailles en Indonésie, avec 100 exploitations appartenant à la société et 9 000 producteurs sous contrat.
  • En Chine, KKR a racheté 70 % de COFCO Meat avant de l’introduire en bourse, 24 % de China Modern Dairy Holdings avant de la vendre à China Mengniu, une participation dans Ma Anshan Modern Farming, aujourd’hui l’une des plus grandes sociétés laitières chinoises détenue par Mengniu, et une participation de 18 % dans le producteur de poulet Fujian Sunner Devt Co, premier fournisseur de volailles pour le secteur chinois de la restauration rapide (KFC, McDonalds). La plupart de ces transactions ont eu lieu entre 2014 et 2017, démontrant le puissant appétit de KKR pour les grandes entreprises de l’agrobusiness. En tant que société de capital-investissement, son objectif n’est pas de rester longtemps dans l’une de ces sociétés, mais d’y entrer, de la restructurer puis de se retirer quelques années plus tard en faisant un bénéfice important.
  • Le KKR Asian Fund III, un fonds de rachat de 8,5 milliards USD qui a récemment investi dans diverses sociétés alimentaires, notamment l’activité de pâtes à tartiner d’Unilever en Indonésie et Arnott’s Biscuits en Australie, enregistre des rendements annuels nets pour ses investisseurs – principalement des fonds de pension et des compagnies d’assurance – de 23,7 %, contre 43,3 % l’an dernier45.

Le géant de Wall Street a également essuyé des échecs notables. Il a tenté de s’emparer de la société espagnole Pescanova, l’une des plus grandes entreprises de pêche au monde, lorsqu’elle a fait faillite en 2013. La même chose s’est produite avec Birds Eye, la plus grande entreprise britannique de poisson congelé, lorsqu’Unilever l’a mise en vente en 2006. Aucune de ces transactions n’a été menée à terme.

Il est à noter que KKR est, directement ou indirectement, investi dans les terres agricoles par le biais de ses participations dans Tiga Pilar Sejahtera Foods (60 000 ha de plantations de palmiers à huile) et Japfa en Indonésie (100 exploitations avicoles, nombre d’hectares inconnu), Fujian Sunner Development Company (300 exploitations avicoles, nombre d’hectares inconnu) en Chine et Sundrop (20 hectares de serres) en Australie. Il convient également de noter que COFCO Meat, Japfa, Modern Dairy et Sunner se classent parmi les sociétés à « haut risque » dans le classement FAIRR des producteurs de protéines, ce qui signifie qu’elles sont parmi les moins performantes en termes de durabilité46.

En mai 2020, KKR a annoncé qu’il développait encore plus son Fonds asiatique III et investissait 1,5 milliard USD dans Reliance Jio, le géant indien des télécommunications dirigé par le milliardaire asiatique Mukesh Ambani. Cela donne à KKR une participation de 2,3 % dans l’entreprise, aux côtés de Facebook (10 %) et de quelques autres nouveaux entrants. Étant donné que Facebook possède Whatsapp, l’une des plateformes grand public les plus puissantes en Inde, Reliance Jio pourrait devenir un hub de logistique et de paiement clé pour la vente au détail et la livraison de produits alimentaires en Inde susceptible de prendre la relève du secteur informel.

Les opérations de Carlyle dans l’agrobusiness

Le groupe Carlyle, l’une des plus grandes sociétés de capital-investissement extrêmement diversifiées dans le monde, a un profil similaire à celui de KKR. Grâce à divers fonds, ainsi qu’à des investissements directs, il s’est attaqué à l’agriculture et l’agrobusiness dans les pays du Sud.

En 2012, par le biais de son premier fonds pour l’Afrique, Carlyle a racheté Export Trading Group, un important négociant en produits agricoles africains, pour 210 millions USD. Remgro et Afirma Capital étaient co-investisseurs. En 2015, Carlyle a revendu sa participation à la direction pour un montant inconnu. (Suite à cela, le japonais Mitsui a acquis 30 % d’ETG pour 265 millions USD.) En 2018, Carlyle a racheté la société sud-africaine Tessara, un fabricant d’emballages alimentaires.

En Asie, Carlyle a été beaucoup plus présent et actif. En 2011, il a directement tenté d’acheter une participation de 200 millions USD dans Garuda Food, l’un des principaux conglomérats alimentaires d’Indonésie, mais il a échoué. En 2017, avec Citic Ltd, il a pris une participation de 80 % dans McDonald’s China. En 2018, il a tenté d’acheter la division des aliments grand public de Kraft Heinz India, mais a ensuite abandonné ce projet. Et en ce moment, il fait une offre concernant Sunrise, un producteur international d’épices, d’huile et de papadums basé en Inde.

Entre 2009 et 2010, Carlyle a pris des participations minoritaires dans la société laitière chinoise Yashili, China Agritech et China Fishery Group. (En 2013, China Fishery Group a racheté Copeinca, un producteur péruvien de farine de poisson.) En Inde, Carlyle a racheté en 2010 l’un des principaux producteurs laitiers du pays, Tirumala Milk Products, pour 23,3 millions USD, qu’il a vendu quatre ans plus tard au géant laitier français Lactalis.

En Arabie saoudite, Carlyle a acheté 42 % des parts du groupe Al Jammaz en 2011. Al Jammaz possède Alamar, l’exploitant en franchise de diverses chaînes de restauration rapide de la région (Dominos Pizza, Wendy’s, Dunkin Donuts). Mais il est également impliqué dans la commercialisation d’intrants agricoles (semences, produits chimiques à usage agricole, irrigation, machines, produits de santé animale et additifs alimentaires) ainsi que dans la culture des dattes en Arabie Saoudite. En 2013, Carlyle a acheté une participation minoritaire dans Nabil, un fabricant de viande basé en Jordanie.

Ces investissements ont été réalisés pour le compte de clients de Carlyle, principalement des fonds de pension américains et européens, des fondations et des compagnies d’assurance.

Helios Investment Partners : un acteur majeur en Afrique

Helios Investment Partners a longtemps prétendu être la plus grande société d’investissement privée axée sur l’Afrique. La taille de ses fonds semblerait étayer ces affirmations. Ses deux derniers fonds, qui consacrent une proportion importante à l’alimentation et à l’agriculture, ont levé chacun plus d’un milliard USD. Pourtant, comme pour la plupart des fonds de capital-investissement axés sur l’Afrique, Helios a reçu une grande partie de son capital de banques de développement comme la Société américaine de promotion des investissements à l’étranger (Overseas Private Investment Corporation – OPIC) ou le Groupe CDC du Royaume-Uni, qui a récemment injecté 100 millions USD dans le Fonds Helios Investors IV47. Selon les termes d’Henry Obi, le directeur de l’exploitation de la société, « Helios ne serait pas ici aujourd’hui sans l’OPIC. Elle nous a donné notre première chance en 2004 et maintenant nous gérons plus de 2 milliards de dollars et nous investissons dans toutes sortes de projets dans toute l’Afrique48.

L’acquisition de l’activité engrais de Louis Dreyfus en Afrique de l’Ouest et la prise de contrôle de la plus grande société de semences hybrides d’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord ont été ses deux principales interventions dans l’agrobusiness africain. Dans les deux cas, Helios s’est associé à d’autres investisseurs. L’activité engrais a été achetée avec Temasek, l’investisseur du fonds souverain de Singapour. Le négociant en matières premières français Louis Dreyfus n’avait guère investi dans cette entreprise tentaculaire, autrefois connue sous le nom de SCPA Sivex International, depuis qu’il l’avait acquise pour 85 millions USD à l’État français dans le cadre d’un processus de privatisation en 201149. Mais à peine six ans plus tard, le Financial Times a rapporté que Louis Dreyfus l’avait vendue à Helios et Temasek pour 200 millions USD50. Les nouveaux propriétaires ont donné à l’entreprise une cure de jouvence et un nouveau nom (Solevo) et souhaitent s’associer à la campagne sur l’autosuffisance en riz du gouvernement de Côte d’Ivoire51.

La société de semences achetée par Helios, Misr Hytech, était auparavant la filiale égyptienne du groupe de sociétés de semences hybrides Proagro, qui a son siège aux États-Unis, mais intervient principalement en Asie de l’Ouest, en Afrique du Nord et en Inde. Dans ce dernier cas, l’accord a été initié par un autre groupe de capital-investissement, Lorax Capital Partners – une société égyptienne créée pour administrer l’Egyptian American Enterprise Fund qui avait été mise en place sous l’administration Obama « pour promouvoir des politiques et des pratiques propices au renforcement du secteur privé en Égypte » à la suite du renversement de l’allié de longue date des États-Unis, Hosni Moubarak. Le Congrès américain a créé ce fonds pour « autonomiser les entrepreneurs égyptiens » et pour investir « en particulier dans les petites et moyennes entreprises » 52. Il est donc étrange qu’elle s’associe à une société de capital-investissement basée au Royaume-Uni pour reprendre une société américaine considérée comme le plus grand producteur de semences hybrides du Moyen-Orient.

En juillet 2020, le groupe canadien de capital-investissement Fairfax, une unité de la caisse de retraite du gouvernement de l’Ontario, a fusionné avec Helios53. La nouvelle entité dispose d’un total de 3,6 milliards USD sous gestion, Helios détenant 45,9 % des actions. Les fonds et les investisseurs Helios antérieurs seront désormais transférés à la nouvelle société qui vise à devenir un acteur plus grand et plus diversifié dans le paysage africain.

SilverStreet Capital : investir dans les fermes africaines, profiter des paradis fiscaux européens

On raconte que Gary Vaughan-Smith a eu l’idée de créer un fonds de capital-investissement pour acheter des terres agricoles en Afrique alors qu’il travaillait dans une société de gestion d’actifs néerlandaise pendant la crise alimentaire et financière de 2007-2008. Constatant à quel point les fonds de pension avaient peur des « actifs réels » qui pourraient les protéger d’un marché boursier en cours d’effondrement, Vaughan-Smith, qui a grandi au Zimbabwe, a vu une opportunité dans les terres agricoles fertiles et bon marché de l’Afrique australe. « Je trouve vraiment enthousiasmant de pouvoir apporter ce type de capital d’investissement en Afrique », a déclaré Vaughan-Smith à un magazine d’investisseurs de fonds de pension54.

La société de capital-investissement que Vaughan-Smith a par la suite mise en place pour diriger cette opération, SilverStreet Capital, a été créée au Royaume-Uni. Son premier fonds, le Silverlands Fund, a été clôturé en 2012 avec 214 millions USD, dont près de la moitié provenant de fonds de pension danois55. Le reste a été fourni par des banques de développement, comme le Groupe CDC pour le Royaume-Uni, l’OPIC pour les États-Unis, le FinnFund pour la Finlande et l’IFU pour le Danemark. L’OPIC et la MIGA de la Banque mondiale ont également apporté leur contribution avec une assurance contre les risques politiques pour couvrir les investissements du fonds.

Le modèle économique du fonds est assez simple. Il vise à amener l’agrobusiness industriel occidental en Afrique en gérant ses propres exploitations à grande échelle, en organisant une production sous contrat avec des agriculteurs locaux et en vendant des semences hybrides et des poussins à des fermes dans des pays comme la Zambie et la Tanzanie. Il le met en œuvre à travers de nombreuses filiales, dont la plupart sont entièrement détenues par le fonds. Avec un si grand nombre de banques de développement à bord, SilverStreet est très sensible aux accusations d’accaparement de terres et publie chaque année des rapports « d’impact et d’ESG » qui regorgent d’exemples de la manière dont le fonds profite aux Africains.

Mais on peut se demander quelle proportion du capital « investi » dans Silverlands parvient réellement jusqu’au continent africain et y reste. Les investisseurs qui se sont engagés dans le Silverlands Fund, enregistré dans le paradis fiscal luxembourgeois, ont accepté de payer à la société de Vaughan-Smith des frais de gestion annuels de 2 % sur le total des engagements dans le fonds, soit environ 4 à 5 millions USD chaque année56. Cela signifie que sur la durée de vie du fonds, soit 10 ans, les gestionnaires du fonds prélèveront entre 40 et 50 millions USD sur la cagnotte totale, prétendument pour payer les frais généraux, les frais d’audit préalable et le suivi. Les sociétés africaines du portefeuille peuvent être une source d’honoraires supplémentaires pour les gestionnaires de fonds. Par exemple, le Silverlands Fund a investi dans une société basée en Afrique du Sud dans laquelle Vaughan-Smith siège au conseil d’administration. En 2019, cette société lui a versé personnellement plus de 14 000 USD en honoraires, tandis qu’un autre dirigeant de SilverStreet qui siège également au conseil d’administration a reçu près de 17 000 USD57.

Il est difficile d’évaluer quelle part de ces frais de gestion reviennent à Vaughan-Smith et ses partenaires parce que les opérations sont gérées par de nombreuses sociétés, la plupart à l’étranger. Les paiements des frais de gestion, par exemple, sont versés à la société luxembourgeoise SilverStreet Management, qui est le commandité du Silverlands Fund. Elle verse ensuite des « honoraires de conseil » à deux autres sociétés : l’une appelée SilverStreet Capital Agricultural Advisors, pour laquelle il n’y a aucune information publique, car elle est basée dans le paradis fiscal opaque de Guernesey, et une autre appelée SilverStreet Capital LLP, basée à Londres. Cette dernière société est détenue à au moins 75 % par Vaughan-Smith et mentionne également sa femme comme administrateur58.

Le Silverlands Fund visait un taux de rendement interne net entre 10 et 20 %, selon une récente présentation de l’entreprise59. Avec 17 % des bénéfices qui reviennent à la société de Vaughan-Smith au titre de la commission de performance, et sans avoir mis plus de quelques milliers de dollars de leur poches dans le capital de départ du fonds, les commandités sont susceptibles de repartir avec peut-être 100 millions USD ou plus60. En revanche, l’entreprise affirme qu’elle a augmenté les revenus des agriculteurs en moyenne d’environ 330 USD par an61.

Bill Gates : le capital-investissement pour lutter contre la pauvreté ?

La Fondation Bill et Melinda Gates est l’une des plus grandes organisation philanthropiques finançant la diffusion du modèle d’agriculture industrielle dans les pays du Sud. C’est l’un des principaux contributeurs à l’Alliance pour une révolution verte en Afrique et elle soutient largement le système international de recherche agricole parapublic. Par le biais du Bill and Melinda Gates Foundation Trust, qui gère la dotation de la fondation, le couple est également investi dans le capital-investissement et prend des positions dans des entreprises agricoles et alimentaires du monde entier62.

En Asie, Gates a investi dans Stellapps, une startup indienne qui est en train de numériser l’énorme industrie laitière du pays. L’entreprise travaille actuellement avec cinq millions de producteurs laitiers locaux en leur offrant des logiciels et des services liés à Internet. En 2018, Gates a contribué à un tour de table de 14 millions USD pour Stellapps, sa toute première participation dans l’agriculture indienne63. Auparavant, en Chine, Gates était impliqué dans le Hony Capital Fund III, qui a mené deux opérations de rachat dans le dynamique secteur des supermarchés de Pékin. En 2009, le fonds a pris une participation de 25 % dans la chaîne de magasins d’alimentation Beijing Merry Mart pour 117 millions USD et une participation de 11 % dans la chaîne de magasins Wumart de la ville pour 213 millions USD64.

En Afrique, Gates a participé à un fonds géré par le groupe Abraaj, basé à Dubaï, un « pionnier » du capital-investissement de 14 milliards USD qui s’est effondré en 2018, couvert de dettes et faisant l’objet d’accusations de fraude. En 2009, le Health in Africa Fund d’Abraaj, qui représente 105 millions USD, a pris une participation de 49 % dans Gallus, une exploitation d’élevage de volailles en Tunisie, dont il s’est retiré cinq ans plus tard65. En 2009, le fonds a également versé 18,7 millions USD pour une participation de 10 % dans Brookside Dairy au Kenya66. Brookside est une entreprise de transformation laitière créée par la famille Kenyatta, très puissante dans le pays, qui a conservé les 90 % restants. Elle contrôle 45 % du marché kenyan du lait conditionné et exporte vers la Tanzanie et l’Ouganda. En 2014, le géant laitier français Danone a acheté une participation de 40 % dans l’entreprise, qui à l’époque avait des projets d’expansion. (Par exemple, en 2016, Brookside a repris Inyange, la plus grande entreprise agroalimentaire du Rwanda, liée au parti du président Paul Kagame67.) Aujourd’hui, Brookside est le plus grand transformateur de produits laitiers en Afrique de l’Est. Il achète quotidiennement du lait à 200 000 agriculteurs et opère dans 12 pays. En 2017, avant de s’effondrer, le fonds d’Abraaj a également investi dans Sonnendal Dairies (Pty) Ltd en Afrique du Sud.

Le Gates Foundation Trust a également investi dans plusieurs fonds gérés par Kuramo Capital Management, un gestionnaire d’investissement basé à New York qui a englouti en 2017 17,5 millions USD dans Feronia, la société controversée de plantations de palmiers à huile en République démocratique du Congo. En fait, depuis juillet 2020, Kuramo est maintenant parti pour prendre le contrôle de Feronia. Bien que l’on ne sache pas si l’argent des Gates est directement lié à cet achat, la fondation entretient une relation étroite avec l’entreprise. Elle s’est récemment engagée dans le Kuramo Africa Opportunity Co-Investment Vehicle III, un compte distinct géré par Kuramo ciblant les investissements dans les ressources naturelles en Afrique subsaharienne68.

Omnivore Partners : déficit de responsabilité en Inde

Dans quelle mesure les investisseurs et les sociétés de capital-investissement sont-ils responsables lorsque les choses tournent mal ? Il faut poser la question aux fournisseurs de produits laitiers et aux salariés locaux de Doodhwala à Bengaluru, en Inde.

Omnivore Partners est un groupe de capital-risque indien qui finance des startups dans toute l’Inde, en particulier dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture. Il se définit comme « un investisseur à ‘impact financier prioritaire’ », cherchant à générer des rendements de capital-risque au taux du marché, tout en ayant un impact positif sur la vie des petits agriculteurs indiens et des communautés rurales69. » En 2018, il a créé un fonds appelé Omnivore Partners Fund 2 qui a clôturé à 100 millions USD. Les participants au fonds comprennent des banques de développement européennes (Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suisse et Royaume-Uni), des filiales du géant de l’assurance AXA et du leader de l’agrochimie BASF, et même la Fondation Rockefeller. Le fonds a investi immédiatement 2,2 millions USD dans une société appelée Doodhwala, le terme hindi pour « livreur de lait ».

Doodhwala est une entreprise basée à Bangaluru créée en 2015 pour lancer un service « disruptif » sur le marché laitier en facilitant la livraison à domicile de lait frais via une plateforme d’abonnement mobile. Les consommateurs paieraient un abonnement via leur téléphone et Doodhwala faciliterait la livraison point-à-point. En 2018, l’entreprise livrait 30 000 litres de lait par jour dans trois grandes villes (Bangalore, Hyderabad et Pune) et espérait atteindre 10 millions d’abonnés d’ici 202170.

En 2019, cependant, toute l’activité a fait faillite. Au début, l’entreprise a pris du retard dans ses paiements aux fournisseurs et aux employés. Ensuite, elle a coupé le téléphone. Désormais, les fondateurs de Doodhwala sont introuvables et des poursuites ont été engagées devant les tribunaux.

À la suite de tout cela, plus de 100 employés et 35 fournisseurs de lait n’ont pas été payés, notamment la fédération laitière du Karnataka (128 000 USD perdus), Erden Creamery (33 300 USD perdus) et Akshay Kalpa (84 000 USD perdus) pour le seul district de Bangalore71. Les clients ont également perdu de l’argent et certains parlent d’escroquerie. Un fournisseur a déclaré que la fraude s’est produite lorsqu’un partenaire d’Omnivore a été nommé au conseil d’administration de Doodhwala72. Et pourtant, les investisseurs du fonds Omnivore en Europe et aux États-Unis envisagent un retour sur investissement net de 25 %73. Sont-ils conscients de la façon dont les choses se sont déroulées pour les personnes envers lesquelles Doodhwala avait des engagements ?

Pátria Investimentos/Blackstone : ouvrir la voie à l’agrobusiness à travers l’Amazonie

Pátria Investimentos est reconnu pour avoir été le pionnier du secteur du capital-investissement au Brésil. Mais ce n’était qu’un petit acteur jusqu’en 2010, lorsque le géant américain du capital-investissement, Blackstone, a pris une participation de 40 % dans l’entreprise. Depuis lors, la société a lancé plusieurs fonds de capital-investissement et a attiré des milliards de dollars d’investissements de la part de banques de développement et d’investisseurs institutionnels canadiens, européens et américains. L’entrée de Blackstone dans la société a également marqué son entrée dans l’agrobusiness, en se concentrant sur la « frontière agricole » du nord-est du Brésil.

En 2015, Pátria a créé le Pátria Brazilian Private Equity Fund III pour financer la construction d’un terminal maritime controversé dans l’État de Pará, conçu pour transporter des produits agricoles des profondeurs de l’Amazonie vers les ports de la côte est74. Le terminal, qui représente la plus grande capacité de chargement et de transport de céréales dans le nord du Brésil, est géré par Hidrovias do Brasil, une société de logistique dans laquelle Pátria, Blackstone, Temasek, le fonds de pension de l’Alberta (Canada), la SFI de la Banque mondiale et la banque nationale brésilienne de développement (BNDEPar) ont tous des participations75. Ce terminal a été lié à la déforestation agressive de l’Amazonie pour l’expansion de l’agrobusiness76.

Dans le sud du Brésil, Hidrovias contrôle 30 % de l’ensemble du transport fluvial sur la voie navigable Paraguay-Paraná77. Cette voie navigable, soutenue par les gouvernements de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay depuis des décennies, est un système complexe de navigation commerciale au service des industries extractivistes de la région, en particulier les mines, le soja et la pâte de bois.Pourtant, elle a été dénoncée dès le début en raison de ses immenses conséquences environnementales, sociales et économiques. Les impacts portent sur l’érosion des sols et des côtes, la perte d’opportunités touristiques, le déclin des populations de poissons, le déplacement de population en raison des inondations, le trafic d’êtres humains, la perte de biodiversité et l’invasion par des espèces exotiques78.

Le manque de considération pour ces impacts et d’autres irrégularités a conduit les tribunaux brésiliens à suspendre les permis d’exploitation de Hidrovias pour trois ports en 201679. En 2017, l’un des silos du port céréalier de Hidrovias dans le district de Miritituba, à Itaituba, a cédé, car sa base d’appui ne pouvait pas supporter le poids, entraînant une autre suspension des activités portuaires80. Malgré ces revers et d’autres, Hidrovias do Brasil a annoncé un bénéfice brut de plus de 100 millions USD en 2019, en hausse de 32 % par rapport à 2018, et ses investisseurs prévoient son introduction en bourse en 20208182.

Après sa prise de participation dans Hidrovias, Pátria a été saisi d’une frénésie d’achats dans le secteur agroalimentaire, achetant plusieurs des derniers marchands indépendants de semences, d’engrais et de pesticides dans le nord-est du Brésil83. Les terres agricoles étaient les suivantes sur la liste. « Nous avons vu que nous étions actifs à différents points de la chaîne de valeur, à savoir les engrais et les voies navigables, et nous avons pensé qu’il y aurait beaucoup de synergies en ce qui concerne le flux d’informations et l’activité d’achat et de vente de terres agricoles », explique le responsable du portefeuille agroalimentaire de Pátria, Antonio Wever84.

Pátria a jusqu’à présent lancé au moins deux fonds agricoles axés sur l’achat de terres agricoles dans la « frontière agricole » du nord-est du Brésil85. Il s’intéresse aux exploitations de taille moyenne ne dépassant pas 5 000 hectares dont les propriétaires sont en difficulté financière ou qui offrent une « marge de transformation » pour passer des pâturages à la production agricole86. Pátria ne publie pas d’informations sur ses fonds agricoles et nous n’avons pu identifier que deux des propriétés qu’il a acquises : l’une dans la partie ouest de l’État de Bahia et l’autre de l’autre côté de la frontière, à Tocantins, où existent de graves conflits fonciers entre les communautés qui ont traditionnellement occupé les terres et les grands exploitants agricoles qui y sont récemment arrivés87. Plus récemment, en août 2020, Pátria a acquis trois exploitations d’agrumes et de céréales couvrant 1 700 hectares dans l’État de São Paulo, par le biais de son rachat de la société brésilienne de services agroalimentaires Qualicitrus88.

Comme la plupart des opérateurs de capital-investissement, Pátria n’envisage pas de rester là longtemps – seulement dix ans. Après cela, il prévoit de vendre aux plus grands exploitants agricoles de la région ou à des entreprises étrangères. « Nous pensons qu’à l’avenir, la restriction imposée aux investisseurs étrangers [pour l’achat de terres] sera modifiée. Peut-être pas dans un an ou deux, mais au cours de la durée de vie du fonds, il est probable que cette restriction sera levée, et nous aurions alors la possibilité de vendre des lots de terrains beaucoup plus importants à de grands investisseurs internationaux », déclare Wever89.

En faisant des paris aussi importants sur la poursuite de l’ouverture de l’Amazonie et du Cerrado à l’agrobusiness, il n’est pas surprenant que Pátria et Blackstone aient été des soutiens si ardents du président brésilien Jair Bolsonaro. Après l’élection de J. Bolsonaro, Pátria a assuré à ses investisseurs que ce gouvernement n’était pas un danger pour la démocratie et qu’il ouvrirait la voie à des « politiques améliorées » 90. Blackstone, quant à lui, bien connu pour ses liens étroits avec les principaux dirigeants du Parti républicain américain comme Donald Trump et Mitch McConnell, était l’un des principaux sponsors d’un gala organisé à New York en 2019 par la Chambre de commerce américano-brésilienne pour faire de Bolsonaro sa « Personnalité de l’année » lors de sa visite aux États-Unis91.

Les faveurs vont dans les deux sens. Le gouvernement de Bolsonaro a fait de Hidrovias un partenaire pour la privatisation et la construction de centaines de kilomètres de la route nationale BR-163 qui permet le transport des produits agricoles de l’Amazonie vers le sud-est et qui a récemment été bloquée par les manifestants de la nation indigène Kayapó qui disent que la route propage la Covid-19 parmi leur peuple92. Il semblerait que Bolsonaro ait également obtenu, lors de sa visite à Riyad en octobre 2019, un investissement majeur du fonds souverain saoudien dans deux des fonds de capital-investissement de Pátria93.

Les IFD du Danemark : capital-investissement et élevage porcin au Chili

Coexca SA est un producteur, transformateur et distributeur de porc chilien créé en 2002. C’est désormais le deuxième producteur de porc du pays, en nombre de porcs abattus, et il produit plus de 50 millions de kilos de viande par an94.

En 2017, le Danish Agribusiness Fund (DAF) a décidé d’investir 12 millions USD dans Coexca, la plus grande transaction jamais conclue dans l’histoire de la production porcine chilienne. Le DAF est un fonds géré par un consortium associant le gouvernement danois et un certain nombre d’investisseurs institutionnels danois. Il investit dans la production, la distribution et la vente de produits alimentaires dans les pays du Sud et est géré par le Fonds d’investissement pour les pays en développement (IFU). L’IFU est une société publique de capital-investissement qui aide les entreprises danoises à investir dans les pays du Sud, avec un rendement brut moyen de 12 %. L’investissement de DAF dans Coexca a été facilité par une société basée à Édimbourg appelée JB Equity Limited, qui prévoyait d’investir 40 millions USD supplémentaires dans Coexca au cours des cinq prochaines années95. « Notre union avec DAF et JB Equity nous permettra de doubler la capacité de production actuelle de porc de Coexca et de créer une nouvelle ferme porcine moderne dans la région du Maule au Chili », a déclaré Guillermo García González, le PDG de Coexca, lors de la signature de l’accord96.

En 2015, l’entreprise a commencé la construction d’une ferme porcine de 1 100 hectares appelée « Criadero San Agustín del Arbolillo », conçue pour élever 10 000 truies par an dans la commune de San Javier, dans la province de Linares de la région du Maule, au Chili.

Depuis le début, cette ferme a créé un conflit intense avec les communautés voisines, décrit par les médias chiliens comme « une lutte de petits contre des géants » 97. Les habitants des villages environnants ont organisé une résistance farouche. Ils ont objecté que la société n’avait pas l’autorisation d’utiliser les terres sur lesquelles elle construisait son exploitation et qu’elle ne respectait pas les obligations légales énoncées dans les différents permis qui lui avaient été accordés concernant le changement d’utilisation des terres, les travaux hydrauliques et les modifications des cours d’eau, entre autres. Ils ont également exprimé des inquiétudes concernant l’utilisation de l’eau, car la ferme devait utiliser cinq millions de litres d’eau par jour, ce qui est plus que la quantité utilisée par la ville voisine de San Javier. Les villageois se sont demandé pourquoi les droits d’accès à l’eau seraient accordés à une ferme industrielle aussi polluante qui épuiserait leurs propres ressources en eau, les laissant dépendants de l’approvisionnement limité en eau permis par les camions municipaux.

Pourtant, malgré ces nombreuses inquiétudes et la résistance locale, grâce au nouveau soutien financier de DAF et de JB Equity, l’entreprise, a pu avancer dans la construction de la ferme en 2017.

Bientôt, les impacts ont été évidents. Les communautés locales, accablées par l’odeur insupportable et la présence constante des mouches attirées par la ferme, ont poussé leurs autorités locales à agir. En octobre 2019, des poursuites ont été intentées contre Coexca pour avoir exploité la ferme porcine de San Javier sans disposer des autorisations environnementales appropriées, et des enquêtes ont commencé sur le système de traitement du lisier de la ferme98. La mobilisation locale contre la ferme fait l’objet d’un film documentaire percutant intitulé « Mal vecino » (« Mauvais voisin ») sorti en 201999.

En février 2020, les villageois ont finalement obtenu une décision du tribunal de Talca établissant que l’entreprise violait le droit des populations à vivre dans un environnement exempt de contamination dans la ville de San Javier100. Quelques mois plus tard, le 10 juin 2020, la Cour suprême a confirmé à l’unanimité le jugement du tribunal de Talca qui avait accepté une plainte déposée par des membres de la communauté contre la société pour mauvaises odeurs provenant de l’élevage porcin et avait partiellement accepté une autre demande déposée par l’Institut national des droits de l’homme contre le ministère de la Santé, le Surintendant de l’Environnement et Coexca SA101.

La cheffe régionale du Maule, Nadia Gutiérrez, a salué la décision de la Cour suprême, selon laquelle Coexca a violé le droit des populations à vivre dans un environnement sain, la qualifiant de « triomphe pour la communauté de San Javier » 102. Cela signifie que l’entreprise doit se conformer aux réglementations environnementales. Est-ce trop demander à un projet de capital-investissement dirigé par le gouvernement danois ?

Selon TLG Partners, le Paraguay offre « un refuge aux investisseurs », mais ce refuge est une catastrophe environnementale, l’élevage de bovins étant l’une des principales causes de la déforestation dans le Chaco paraguayen (Crédit : FJ Capital Partners)

TLG Partners : investir dans le mauvais modèle agricole dans le Cône Sud

TLG Management Partners est une filiale uruguayenne à 100 % de FJ Capital Partners, une société de capital-investissement basée au Royaume-Uni spécialisée dans l’agriculture, l’immobilier et les énergies renouvelables.

TLG investit directement et indirectement dans des terres agricoles « très fertiles » pour une clientèle composée de fonds d’investissement européens, de family offices et de particuliers fortunés. Leur portefeuille comprend 24 exploitations d’élevage et de cultures réparties à travers le Paraguay, l’Uruguay et d’autres zones du Cône Sud de l’Amérique latine, et couvre une superficie de 140 000 hectares au total103.

TLG possède deux exploitations d’élevage dans la région paraguayenne du Chaco représentant au total 30 000 hectares. Les exploitations, gérées pour le compte d’un family office européen, sont devenues opérationnelles en septembre 2019104. TLG affirme que « le Paraguay offre un refuge aux investisseurs » contre « l’instabilité qui affecte l’Amérique du Sud ». Il insiste sur les bas salaires du pays et le régime fiscal du « triple 10 » : 10 % sur les revenus d’entreprise, 10 % sur les revenus des particuliers et 10 % sur la valeur ajoutée105.

Le « refuge » de TLG, cependant, constitue lui aussi une catastrophe environnementale. L’élevage du bétail est l’une des principales causes de déforestation dans le Chaco paraguayen, qui possède un écosystème extrêmement fragile et qui a déjà perdu des millions d’hectares de forêt. En 2017, le gouvernement lui-même prévoyait que 400 000 hectares de forêt seraient perdus chaque année au cours des dix prochaines années en raison de l’expansion des exploitations bovines comme celles de TLG, ainsi qu’à cause de la production agricole106. BASE-IS, une organisation de la société civile paraguayenne rapporte que « ces dernières années, après le déboisement d’une grande partie de la région orientale du Paraguay, l’activité s’est déplacée vers le Chaco, où l’élevage du bétail entraîne des dommages irréversibles tels que la déforestation, la désertification et la salinisation des sols, et menace le patrimoine culturel et l’habitat des peuples autochtones, y compris d’un peuple qui y vit dans un isolement volontaire depuis plus de 2 500 ans » 107.

Des problèmes similaires se posent dans l’Uruguay voisin, où TLG possède huit exploitations couvrant 20 000 hectares de terres consacrées principalement à la production de soja et de riz108. La monoculture du soja, en particulier, est une menace majeure pour les communautés rurales en Uruguay et dans toute la région en raison de l’utilisation massive de produits agrochimiques (principalement du glyphosate), du déplacement des petits agriculteurs, de la concentration et de la diminution de l’accès à la terre et de la déforestation109.

Sembrador Capital de Riesgo : alimenter l’industrie chilienne des fruits d’exportation

Sembrador Capital de Riesgo SA est une société de capital-investissement chilienne qui vise à « combler le fossé entre l’agriculture et les marchés de capitaux ». Elle a été créée en 2004 et dispose de quatre fonds totalisant 75 millions USD investis au Chili et en Colombie110.

Ces fonds ciblent la production de fruits et comprennent Crecimiento Agrícola, Agrodesarrollo, Victus Chile et Victus Colombia, créé récemment, qui vise à reproduire « le modèle chilien » en Colombie111. Au Chili, les fonds sont investis dans des exploitations cultivant des avocats, des noix, des agrumes, des truffes, des cerises, des poires, des raisins, des grenades, des kiwis et des myrtilles sur plus de 1 376 hectares, tandis qu’en Colombie, l’entreprise cherche à cultiver des avocats, des agrumes, des ananas et du cacao.

Sembrador a conclu des alliances stratégiques avec Exportadora Subsole SA, l’un des plus importants exportateurs de fruits du Chili, et Activa, l’un des plus grands groupes de capital-investissement d’Amérique latine, créé par Larraín Vial112. Sembrador tente activement de tirer parti des plus de 56 accords commerciaux du Chili, qui donnent aux investisseurs un accès préférentiel aux marchés étrangers pour les exportations de fruits.

En ce qui concerne les systèmes de production, Sembrador privilégie l’utilisation des « nouvelles technologies disponibles pour l’agriculture de précision, que ce soit dans l’irrigation, le suivi des cultures, la technologie satellitaire ou tout autre moyen technologique ayant un impact sur la gestion des terres ou l’efficacité de la production ». En termes de terres, Sembrador cherche à ouvrir de « nouvelles zones » à l’agriculture dans des « régions non traditionnelles » 113.

La production de fruits au Chili est très majoritairement orientée vers les marchés d’exportation. Elle repose sur de vastes monocultures, une utilisation intensive des produits agrochimiques et l’exploitation des ouvriers, en particulier des travailleurs saisonniers. Déjà en 2007, l’ANAMURI, l’Association nationale des femmes rurales et autochtones du Chili, a dénoncé les conditions de travail des travailleurs saisonniers dans les exploitations fruitières du Chili comme une forme d’esclavage114. Selon l’association, une partie du problème tient à l’absence de contrats de travail ou au recrutement par des sous-traitants. Cela se traduit par des salaires bas, de longues journées de travail et le non-respect des pauses prévues. En fait, l’association calcule que 40 milliards USD de produits agricoles sont exportés chaque année grâce à des ouvriers sous-payés au Chili. La pulvérisation de pesticides se fait sans équipement de sécurité et les conditions de vie rudimentaires des ouvriers de la production fruitière sont marquées par la pollution et l’insalubrité.

En 2018, l’ANAMURI a organisé une marche nationale jusqu’au Parlement chilien pour sensibiliser à ces questions alors qu’une loi était en cours de discussion pour remédier à la situation115. À cette occasion, Francisca « Pancha » Rodriguez, membre de l’ANAMURI, a déclaré : « C’est une lutte très importante. Nous demandons que le problème sanitaire soit réglementé, car les travailleurs sont exposés à une utilisation excessive de produits agrochimiques, les femmes en subissant les conséquences les plus graves, notamment des fausses couches et la naissance d’enfants malformés. De plus, nous constatons que de nouveaux problèmes de santé apparaissent du fait du travail de nettoyage, d’emballage et de conditionnement des raisins, ce qui signifie que les consommateurs sont également exposés à des risques. » Les investisseurs qui participent à des fonds de capital-investissement comme Sembrador – parmi lesquels CORFO, l’agence de développement économique du Chili et la Banque interaméricaine de développement – doivent être tenus pour responsables d’avoir aidé et encouragé un modèle aussi désastreux.

 

Notes :

1Plus précisément, cinq fonds de terres agricoles et deux fonds de capital-investissement. Valoral Advisors, « 2011 Global Food & Agriculture Investment Outlook », octobre 2010, https://www.valoral.com/wp-content/uploads/2011-Global-Food-Agriculture-Investment-Outlook.pdf
2GRAIN, « Les sociétés d’investissement en tête de la course aux terres agricoles à l’étranger », 2009, https://bit.ly/2BWvggq. Dont 33 fonds de terres agricoles, 11 fonds de capital-investissement et six fonds spéculatifs.
4Le 6 juin 2020, le gouvernement américain a précisé que les institutions proposant des comptes d’épargne-retraite individuels (connus sous le nom de plans 401 (k)) pouvaient inclure des participations de capital-investissement dans ces comptes : The Wall Street Journal, « Private equity could be coming to your 401(k) program », Your Money Briefing, 25 juin 2020, https://traffic.megaphone.fm/WSJ1161297107.mp3. L’Union internationale des travailleurs de l’alimentation a publié une critique cinglante de cette décision : IUF, « Trump’s Labor Department clears the way for private equity funds to tap directly into workers’ retirement money », 17 juillet 2020, http://www.iuf.org/w/?q=node/7861
5Sources des données : Foundation Mark pour les fondations américaines (https://foundationmark.com/#/grants) ; Centre européen des fondations (EFC) pour les fondations européennes (https://www.efc.be/knowledge-hub/data-on-the-sector/) ; Sovereign Wealth Fund Institute pour les banques de développement (https://www.swfinstitute.org/fund-rankings/development-bank) et les fonds souverains (https://www.swfinstitute.org/sovereign-wealth-fund-rankings/) ; Willis Towers Watson pour les fonds pension (https://www.thinkingaheadinstitute.org/en/Library/Public/Research-and-Ideas/2019/02/Global-Pension-Asset-Survey-2019) ; Preqin pour les fonds de capital-investissement. (https://www.preqin.com/insights/global-reports/2020-preqin-global-private-equity-venture-capital-report) et pour les fonds spéculatifs (https://www.preqin.com/DownloadInterim.aspx?d=http%3a%2f%2fdocs.preqin.com%2fpresentations%2fGlobals_Event_Presentation_-_Hong_Kong_(FINAL).pptx)
6Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement américain a maintenant proposé d’annuler les modestes réformes que l’administration Obama a faites pour accroître la transparence dans le secteur financier en permettant à tous les fonds spéculatifs, à l’exception des plus grands, d’éviter de déclarer leurs avoirs. Voir Ortenca Aliaj, « Most hedge funds to be allowed to keep equity holdings secret », Financial Times, 11 juillet 2020, https://www.ft.com/content/c68ca89c-3f9b-45f9-8205-6dbea70ed859.
7Preqin, « 202 Preqin global natural resources report », 4 février 2020, https://www.preqin.com/insights/global-reports/2020-preqin-global-natural-resources-report
8Preqin, communication personnelle avec GRAIN, 5 juin 2020.
9Parmi les pays, hors Amérique du Nord et Europe disposant de fonds de pension investis dans l’agriculture et les terres agricoles figurent l’Argentine, l’Australie, le Brésil, Israël, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et la Corée du Sud. Voir la base de données Preqin Ltd et GRAIN, « L’accaparement des terres perpétré par les fonds de pension dans le monde doit cesser », 13 novembre 2018, https://grain.org/e/6060.
10De manière exceptionnelle, en janvier 2020, le géant bancaire américain JPMorgan a créé sa propre IFD.
11Voir Eileen Appelbaum et Rosemary Batt, « Fees, fees and more fees: How private equity abuses its limited partners and US taxpayers », CEPR, 11 mai 2016, https://www.cepr.net/report/private-equity-fees-2016-05/ et Victor Fleischer, « The top 10 private equity loopholes », New York Times, 15 avril 2013, https://dealbook.nytimes.com/2013/04/15/the-top-10-private-equity-loopholes/.
12Une étude de 2016 a révélé que ces frais facturés par les commandités aux entreprises dans lesquelles ils ont investi représentent plus de 6 % du total des capitaux investis par les commandités au nom de leurs investisseurs. Voir Ludovic Phalippou et al, « Private equity portfolio company fees », Saïd Business School WP 2015-22, avril 2016, https://ssrn.com/abstract=2703354.
13Nathan Vardi et Antoine Gara, « How clever new deals and an unknown tax dodge are creating buyout billionaires by the dozen », Forbes, 22 octobre 2019, https://www.forbes.com/sites/nathanvardi/2019/10/22/how-clever-deals-and-an-unknown-tax-dodge-are-creating-buyout-billionaires-by-the-dozen/#514d639d1861
14Preqin, « 2020 Preqin global private equity and venture capital report », juin 2020, https://www.preqin.com/insights/global-reports/2020-preqin-global-private-equity-venture-capital-report.
16Ludovic Phalippou, « An inconvenient fact: Private equity returns & the billionaire factory », SSRN, 15 juin 2020, https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3623820.
17Sarah Anderson, « Toys ‘R Us worker: Wall Street billionaires should not be making money by putting people out of work”, Inequality.org, 9 décembre 2019, https://www.commondreams.org/views/2019/12/09/toys-r-us-worker-wall-street-billionaires-should-not-be-making-money-putting-people.
18Appelbaum et Batt, op cit.
19Voir Carmela Mendoza, « Key themes for Europe PE legislation in 2020 », Private Equity International, 14 janvier 2020, https://www.privateequityinternational.com/key-themes-for-europe-pe-legislation-in-2020/ et Deveboise & Plimpton, « European funds comment: Looking ahead to 2020 in Europe », 10 janvier 2020, https://www.debevoise.com/insights/publications/2020/01/looking-ahead-to-2020-in-europe.
20Voir Shanti Divakaran, « Survey of the Kenyan private equity and venture capital landscape », Banque mondiale, 1er octobre 2018, http://documents1.worldbank.org/curated/en/820451538402840587/pdf/WPS8598.pdf ; Alexei Bonamin et al, « Private equity in Brazil: market and regulatory overview », Thomson Reuters, 1er février 2020, https://uk.practicallaw.thomsonreuters.com/0-504-1335. Il est à noter que la Chine vient d’autoriser les compagnies d’assurance à investir dans le capital-investissement. Voir China Economic Review, « China scraps equity investment restrictions for assurance funds », 16 juillet 2020, https://chinaeconomicreview.com/china-scraps-equity-investment-restrictions-for-insurance-funds/.
21Appelbaum et Batt, op cit.
22Voir GRAIN, « Des investissements responsables dans les terres agricoles ? Les efforts actuels visant à réglementer les accaparements de terres ne font qu’empirer la situation », 22 août 2012, https://grain.org/e/4568 et « Le piège de l’investissement agricole socialement responsable », 14 octobre 2015, https://www.grain.org/e/5309 pour une analyse plus approfondie de cette situation.
23GRAIN, « Les fonds de pension : des acteurs clés dans l’accaparement mondial des terres agricoles », 20 juin 2011, https://grain.org/e/4288 et GRAIN, « L’accaparement des terres perpétré par les fonds de pension dans le monde doit cesser », 13 novembre 2018, https://grain.org/e/6060.
24Rede Social de Justiça e Direitos Humanos, GRAIN, Inter Pares and Solidarity Sweden-Latin America, « Fonds de pension étrangers et accaparement des terres au Brésil », 16 novembre 2015, https://www.grain.org/e/5337, suivi par plusieurs rapports disponibles sur www.grain.org.
25UAW Retiree Medical Benefits Trust, 990 Form for 2017, https://projects.propublica.org/nonprofits/organizations/900424876/201833199349302778/full. Les 400 millions USD peuvent paraître une goutte d’eau dans le fonds fiduciaire pour les soins médicaux de l’UAW qui s’élève à de 57 milliards USD. Mais il s’agit de près d’un tiers (29 %) de leur enveloppe allouée aux ressources naturelles, ce qui représente 2,5 % de leur portefeuille – un niveau d’affectation standard pour les fonds de pension.
26Black River Asset Management était à l’origine la propre société de capital-investissement de Cargill, qui a ensuite pris le nom de Proterra. Proterra est une société indépendante, mais Cargill y conserve une participation.
27Depuis septembre 2019, selon Preqin Ltd.
28Ben Butler, « Macquarie pursues US firm Amerra Capital over $40m ‘fraud’ », The Australian, 25 avril 2019, https://www.theaustralian.com.au/business/financial-services/macquarie-pursues-us-firm-amerra-capital-over-40m-fraud/news-story/367d7bac5831fec3898172298f05e91a.
29Marcelo Teixeira, « Bid by US fund Amerra for Brazil sugar mill fails to win creditor approval », Reuters, 19 novembre 2019, https://www.reuters.com/article/us-brazil-sugar-m-a/bid-by-u-s-fund-amerra-for-brazil-sugar-mill-fails-to-win-creditor-approval-idUSKBN1XT1ZO.
30Le rapport annuel de la fiducie à l’UNPRI (Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies) est peu fiable au sujet de ses terres agricoles. En 2017 et 2018, elle a déclaré détenir des terres agricoles dans son portefeuille. En 2019, elle a déclaré qu’elle n’en avait pas. En 2020, elle déclare à nouveau détenir des terres agricoles.
31Voir les diapositives du chapitre 8 proposées en accompagnement du livre de Ludovic Phalippou, « Private laid bare », sur http://pelaidbare.com/ppt/.
33Les prêts ont été accordés à Trittico Holdings Ltd (2009 et 2014) et ATS Agribusiness (2013). La prise de participation a été réalisée dans NCH Agribusiness Partners II LP, basé aux îles Caïmans.
34Le partenaire de la coentreprise était LU Invest, une société du groupe Agrolats de Lettonie, et la coentreprise ukrainienne avec NCH est LLC Golden Sunrise (Agro).
35Les documents de la BERD indiquent que les prêts devaient être spécifiquement utilisés par les entreprises des îles Caïmans pour financer les opérations agricoles de NCH en Ukraine. Voir https://www.ebrd.com/downloads/board/090325.pdf et http://www.ebrd.com/downloads/board/BDSM1404w.pdf.
36Les informations ci-dessus ont été fournies dans des communications par courrier électronique avec les représentants du groupe Agrolats, au nom du propriétaire de la société Vitauts Paškausks, en juillet 2020. L’affaire a également été rapportée par l’agence de presse lettone Pietiek et The Baltic Course. Voir « Latvijas uzņēmēju ‘izreiderēšana’ Ukrainā: ‘NCH Capital’ pārņēmis varu uzņēmumā, tiesājies pats ar sevi un uzvarējis », Pietiek, 13 juillet 2020, https://pietiek.com/raksti/latvijas_uznemeju_izreideresana_ukraina_nch_capital_parnemis_varu_uznemuma,_tiesajies_pats_ar_sevi_un_uzvarejis et « Chairman of the Board of ‘Agrolats Holding’: Latvian agricultural holding is trying to save its Ukrainian investments from a respectable American investment fund », Baltic Course, 8 juillet 2020, http://www.baltic-course.com/eng/direct_speech/?doc=157205.
37« NCH Capital farmland exit signals broader sales effort in Romania », AgriInvestor, 31 mars 2020, https://www.agriinvestor.com/nch-capital-farmland-exit-signals-broader-sales-effort-in-romania/.
38« ARGAȚII », RISE Moldova, 19 mai 2020, https://farmlandgrab.org/29587.
39Ibid.
40En vertu de la nouvelle loi, les entités étrangères n’ont toujours pas le droit d’acheter des terres agricoles, mais il devient possible pour les entreprises et les particuliers ukrainiens d’acquérir des superficies beaucoup plus grandes, jusqu’à 10 000 ha d’ici 2024, ce qui permet à NCH Capital d’étendre plus facilement son contrôle sur des terres agricoles par le biais de baux, d’opérations de coentreprise et de ses activités bancaires. On parle également d’un référendum sur la propriété étrangère des terres agricoles qui pourrait avoir lieu à une date ultérieure. Voir Oakland Institute, « IMF leverages COVID-19 economic fallout to create a land market in Ukraine despite widespread opposition », 21 mai 2020, https://farmlandgrab.org/29646.
41US Office of Public Affairs, « US Secretary of Commerce Penny Pritzker announces completion of $1 billion loan guarantee to Ukraine », 28 septembre 2016, https://2014-2017.commerce.gov/news/secretary-speeches/2016/09/us-secretary-commerce-penny-pritzker-announces-completion-1-billion.html.
42Ambassade américaine en Ukraine, « US Secretary of Commerce Penny Pritzker to visit Ukraine and Germany », 23 octobre 2015, https://ua.usembassy.gov/u-s-secretary-commerce-penny-pritzker-visit-ukraine-germany/
43« KKR to invest $200m in Ethiopian flower business », Ethioinvest.com, juin 2014, http://ethioinvest.com/news/item/125-http-www-ventures-africa-com-2014-06-kkr-to-invest-200m-in-ethiopian-flower-business.
44Imani Moise, « KKR exits African investment », Wall Street Journal, 20 décembre 2017, https://www.wsj.com/articles/kkr-exits-african-investment-1513774577.
45Les données proviennent de Preqin Ltd.
46« Coller FAIRR protein producer index 2019 », Farm animal investment risk and return initiative, Jeremy Coller Foundation, 2020, https://www.fairr.org/article/coller-fairr-protein-producer-index-2019/.
47« CDC Group pumps $100mln into Helios Investors IV », Agence Ecofin, 7 juillet 2020, https://www.ecofinagency.com/finance/0707-41587-cdc-group-pumps-100mln-into-helios-investors-iv
48« Spotlight on OPIC Impact Award winners: Helios Investment Partners », OPIC Blog, 26 mars 2014, https://www.heliosinvestment.com/uploads/files/Spotlight-on-OPIC-Impact-Award-winners-Helios-Investment-Partners_1.pdf. En 2018, l’OPIC a été remplacé par la Société internationale de financement du développement.
49Voir le rapport de l’Assemblée nationale française, 8 juin 2011, http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/amendements/3406/340601552.pdf.
50« Helios acquires African fertilizer business in $200 million deal », Financial Nigerian, 1er août 2017, http://www.financialnigeria.com/helios-acquires-african-fertilizer-business-in-200-million-deal-news-1397.html
51Voir le site web de la société : https://www.solevogroup.com/fr/accueil/.
52Voir Congrès américain, « HR 2237 – To promote the strengthening of the private sector in Egypt and Tunisia », 112e Congrès (2011-2012), https://www.congress.gov/bill/112th-congress/house-bill/2237/text
53Voir Fairfax, « Proposed strategic transaction between Helios Holdings Limited and Fairfax Africa Holdings Corporation », 10 juillet 2020, https://www.fairfaxafrica.ca/News/Press-Releases/Press-Release-Details/2020/Proposed-Strategic-Transaction-Between-Helios-Holdings-Limited-and-Fairfax-Africa-Holdings-Corporation/default.aspx.
54Loch Adamson, « SilverStreet Fund focuses on agriculture in Africa », Institutional Investor, 28 mai 2010, https://www.institutionalinvestor.com/article/b150qftv679j7c/silverstreet-fund-focuses-on-agriculture-in-africa.
55Voir les états financiers audités 2012 de la SICAR SilverStreet Private Equity Strategies, l’entité détenant les engagements dans les Silverlands Funds, disponibles au registre du commerce luxembourgeois : https://www.lbr.lu/.
56Les « frais externes » annuels du fonds, qui comprennent la participation prioritaire aux bénéfices et de nombreux autres frais tels que les frais de comptabilité et de garde, varient de 4 millions USD à 5,5 millions USD. Voir les comptes annuels de la SICAR SilverStreet Private Equity Strategies disponibles au registre du commerce luxembourgeois : https://www.lbr.lu/.
57Il s’agit de la société Crookes Brothers Limited. Voir ses états financiers pour 2020 à l’adresse : https://www.cbl.co.za/investors/financial-results/.
58Le total des honoraires de conseil payés à SilverStreet Capital Agricultural Advisors et SilverStreet Capital LLP par le premier Silverlands Fund et le Silverlands Fund II de suivi pour 2018 s’élevait à environ 7,6 millions USD.
59Silver Street Capital, « Creating value and a positive impact in African agriculture », juin 2019, https://www.peievents.com/en/wp-content/uploads/2019/06/Day-1-11.30-Wise-Chigudu-ESG-Case-Studies.pdf.
60Voir les statuts et les états financiers audités 2018 de SilverStreet Private Equity Strategies SICAR, disponibles au registre du commerce luxembourgeois : https://www.lbr.lu/. Les statuts indiquent que les commandités ont versé 2 001 USD à titre de capital initial.
61Silverstreet Capital, « 2019 annual impact and ESG Report: The Silverlands funds », https://www.silverstreetcapital.com/s/FINAL-short-2019-Annual-ESG-Review-med-res.pdf.
62La Fondation a 50 milliards USD sous gestion. Sur ce montant, 500 millions USD (1 %) sont liés au capital-investissement, selon Preqin Ltd.
63Louisa Burwood-Taylor, « Gates Foundation invests in dairy tech Stellapps $14m series B, first in India », Agrifunder News, 31 mai 2018, https://agfundernews.com/gates-foundation-invests-in-dairy-tech-stellapps.html
64Les données proviennent de Preqin Ltd.
65« Abraaj Capital quitte le tour de table de l’entreprise Gallus », Agence Ecofin, 7 février 2014, https://www.agenceecofin.com/entreprises/0702-17415-tunisie-abraaj-capital-quitte-le-tour-de-table-de-l-entreprise-gallus.
67Wanjohi Githae, « Brookside takes over Rwanda’s top beverage firm », Daily Nation, 1er octobre 2016, https://www.nation.co.ke/kenya/news/brookside-takes-over-rwanda-s-top-beverage-firm-1244302
68Gates Foundation Trust, « Déclaration de revenus annuelle 2018, formulaire 990-PF: Return of Private Foundation », https://www.gatesfoundation.org/-/media/GFO/Who-We-Are/Financials/2018-BMGFT-Form-990-PF-For-Public-Disclosure.ashx.
69Omnivore, « Impact », https://www.omnivore.vc/impact/.
70Debolina Biswas, « Doodhwala founders reveal how their startup uses technology to disrupt the Indian milk market », Your Story, 14 mai 2019, https://yourstory.com/2019/05/startup-milktech-doodhwala-bengaluru.
71Bhumika Khatri, « Exclusive: Doodhwala vendors file FIR against ‘absconding’ founders for unpaid dues », Inc 42, 17 novembre 2019, https://inc42.com/buzz/exclusive-doodhwala-vendors-file-fir-against-absconding-founders-for-unpaid-dues/ et M. Manjunath, d’Erden Creamery, communication personnelle avec GRAIN, 26 juillet 2020.
72M. Manjunath, d’Erden Creamery, communication personnelle avec GRAIN, 26 juillet 2020. (Le représentant d’Omnivore nie toute responsabilité, même s’il a démissionné du conseil d’administration un mois avant la fermeture de l’entreprise.)
73Selon Preqin Ltd.
74Voir Ryan Grim, « A top financier of Trump and McConnell is a driving force behind Amazon deforestation », The Intercept, 27 août 2019, https://theintercept.com/2019/08/27/amazon-rainforest-fire-blackstone/.
75Pátria détient 55,8 % de Hidrovias. Blackstone détient 40 % de Pátria et possède sa propre participation directe de 9,3 % dans Hidrovias.
76GRAIN et Grupo Carta de Belém, « Clima, terra e soberania: as narrativas climáticas sobre os territórios do sul global », 28 novembre 2019, https://grain.org/e/6370.
78« Atlas del agronegocio transgénico en el Cono Sur », chapitre 9, p. 96, Acción por la Biodiversidad, 2020, http://www.biodiversidadla.org/atlas.
79Maira Heinen, « MPF pede suspensão do licenciamento ambiental de três portos no Pará », 18 février 2016, Agencia Brasil, https://agenciabrasil.ebc.com.br/geral/noticia/2016-02/mpf-pede-suspensao-do-licenciamento-ambiental-de-tres-portos-no-para.
80« Alerta – Terminal de grãos da Hidrovias ameaçado, em Miritituba », O Impacto, 29 octobre 2017, https://oimpacto.com.br/2017/10/20/alerta-terminal-de-graos-da-hidrovias-ameacado-em-miritituba/.
81Hidrovias do Brasil, Relatório da Administração, Diario Oficial Empresarial, 21 février 2020, http://diariooficial.imprensaoficial.com.br/doflash/prototipo/2020/Fevereiro/21/empresarial/pdf/pg_0048.pdf.
82Reuters, « Hidrovias do Brasil adia IPO por deterioração do mercado », 17 mars 2020, https://www.moneytimes.com.br/fast/hidrovias-do-brasil-adia-ipo-por-deterioracao-do-mercado/
83Ces sociétés sont Lavoro Agrocomercial dans le Mato Grosso (2017), Distribuidora Pitangueiras de Produtos Agropecuarios Ltda au Paraná (2018), et plus récemment Central Agrícola à Rondônia (2020) et Produtec à Goiás (2020). Ces différents négociants d’intrants agricoles, ainsi qu’un réseau de négociants d’intrants en Colombie (Grupo Gral), sont regroupés dans sa société holding Terraverde, qui appartient, au moins en partie, au Pátria Brazilian Private Equity Fund V.
84Antonio Wever, s’exprimant dans le cadre d’un panel de discussion à la Chambre de commerce américano-brésilienne : « The agriculture business in Brazil », 23 avril 2018, https://www.youtube.com/watch?v=IAH7MY9Z3SA
85Il s’agit du Pátria Terras Fundo de Inversión en Participaciones-Multiestratégia et du Pátria Terras Internacional – Fundo de Investimento em Participações Multiestratégia, qui possèdent Pátria Terras Agrícola I SA, Pátria Terras Agrícola II SA et Pátria Terras Agrícola III SA.
86Antonio Wever, op cit.
87La ferme Bahia quelque part dans la municipalité de Luís Eduardo Magalhães, tandis que la ferme Tocantins fait partie d’une plus grande zone de terres agricoles de la municipalité de Mateiros appartenant à un groupe d’agriculteurs de São Paulo, qui opèrent sous le nom d’Agricola Rio Galhão SA.
88« Pátria Investimentos acquires Brazilian agribusiness Qualicitrus for an undisclosed amount », LAVCA, 2 août 2020, https://lavca.org/2020/08/02/patrias-lavoro-acquires-brazilian-agribusiness-qualicitrus-em-portugues/ et site web du Grupo Qualicitrus, http://grupoqualicitrus.com.br/institucional/#grupo
89Antonio Wever, op cit.
90« Blackstone’s Pátria: Brazilian democracy is not in danger », PE News, 5 novembre 2018, https://www.penews.com/articles/blackstones-patria-brazilian-democracy-is-not-in-danger-20181105
91« Major US banks & hedge funds sponsoring gala to honor Brazil’s Jair Bolsonaro », Eyes on the Ties, 3 mai 2019, https://news.littlesis.org/2019/05/03/major-u-s-banks-hedge-funds-sponsoring-gala-to-honor-brazils-jair-bolsonaro/.
92Ryan Grim, op cit., et Lucas Landau, « Indigenous protest over COVID-19 continues on Brazilian grain highway », Reuters, 18 août 2020, https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-brazil-indigenous/indigenous-protest-over-covid-19-continues-on-brazilian-grain-highway-idUSKCN25E23J.
93« Em busca de oportunidade, fundo saudita investe em private equity do Pátria », Globo, 2 juillet 2020, https://valor.globo.com/financas/noticia/2020/07/02/em-busca-de-oportunidade-fundo-saudita-investe-em-private-equity-do-patria.ghtml.
94Coexca, « Nuestra empresa », http://coexca.cl/empresa-portada.html. L’entreprise numéro 1 est Agrosuper.
95« Leading Chilean pork producer forms ‘perfect union’ with European agri investors », 22 mai 2017, JBI News, http://www.jbequity.hk/news/220517-coexca-sa/
96Ibid.
97« El Arbolillo resiste a industria porcina COEXCA: defectos y omisiones del proyecto ‘San Agustín del Arbolito’ », Mapu Express, 17 avril 2018, https://www.mapuexpress.org/2018/04/17/el-arbolillo-resiste-a-industria-porcina-coexca-defectos-y-omisiones-del-proyecto-%e2%80%9csan-agustin-del-arbolito%e2%80%9d/
98« Formulan cargos contra Coexca San Javier por operar planta de cerdos sin resolución de calificación ambiental, Cooperativa », 2 octobre 2019, https://www.cooperativa.cl/noticias/pais/region-del-maule/formulan-cargos-contra-coexca-san-javier-por-operar-planta-de-cerdos-sin/2019-10-01/234518.html
99Ricardo Jara Herrera, “Mal Vecino”, bande-annonce, https://www.youtube.com/watch?v=SAw9hKm6HfI
100Corte de Talca establece que empresa faenadora de cerdos Coexca vulnera derecho a vivir en un medio ambiente libre de contaminación en población de San Javier, El Mostrador, 21 février 2020, https://www.elmostrador.cl/dia/2020/02/21/corte-de-talca-establece-que-empresa-faenadora-de-cerdos-coexca-vulnera-derecho-a-vivir-en-un-medio-ambiente-libre-de-contaminacion-de-poblacion-de-san-javier/
101« CS confirmó sentencia que acogió parcialmente protecciones deducida por particulares e INDH contra sociedad por malos olores prevenientes de planta de crianza de cerdos », Diario Constitucional, 10 juin 2020, https://www.diarioconstitucional.cl/noticias/asuntos-de-interes-publico/2020/06/10/cs-confirmo-sentencia-que-acogio-parcialmente-protecciones-deducida-por-particulares-e-indh-contra-sociedad-por-malos-olores-prevenientes-de-planta-de-crianza-de-cerdos/
102« Corte Suprema confirma que empresa de crianza de cerdos Coexca vulnera el derecho a vivir en un medio ambiente libre de contaminación en San Javier », Instituto Nacional de Derechos Humanos, 6 juin 2020, https://www.indh.cl/corte-suprema-confirma-que-empresa-de-crianza-de-cerdos-coexca-vulnera-el-derecho-a-vivir-en-un-medio-ambiente-libre-de-contaminacion-en-san-javier/
103TLG, « Agriculture investment, asset management, and operations in South America », https://tlg-mp.com/
104TLG, « TLG Management Partners is operating 30 000 ha of cattle area in the Chaco region of Paraguay », 17 juin 2020, https://tlg-mp.com/tlg-operates-30000-ha-of-cattle-area-in-the-chaco-region-of-paraguay/. Un family office est une entreprise privée créée pour gérer le patrimoine et les investissements d’une seule famille.
105TLG, « Investing in Paraguay », 7 mai 2020, https://tlg-mp.com/investing-in-paraguay/
106Claudia Merlos, « Ganadería avanzará en el Chaco sobre 4 millones de ha », Última Hora, 18 septembre 2017, https://www.ultimahora.com/ganaderia-avanzara-el-chaco-4-millones-ha-n1108382.html
107BASE-IS, « La deforestación generada por la ganadería promete dejarnos sin bosques en 10 años », Sudamérica Rural, 2 mars 2016, https://www.sudamericarural.org/noticias-paraguay/que-pasa/4484-paraguay-la-deforestacion-generada-por-la-ganaderia-promete-dejarnos-sin-bosques-en-10-anos.
109« Atlas del agronegocio transgénico en el Cono Sur », op cit.
111Sembrador, « Nuestros fondos », http://www.sembrador.cl/nuestros_fondos.asp.
112Sembrador, « Quienes somos? », http://www.sembrador.cl/quienes_somos.asp.
113Sembrador, « Creando valor », http://www.sembrador.cl/creando_valor.asp.
114Trabajo agrícola de Temporada y su impacto en la Salud, Angie Mendoza, Andrés Donoso, Sociedad y Equidad, janvier 2011, https://core.ac.uk/download/pdf/132236619.pdf.
115Guillermo Correa Camiroaga, « Mujeres temporeras marchan hasta el Congreso en Valparaíso para exigir sus derechos », El Desconcierto, 25 août 2018 https://www.eldesconcierto.cl/2018/08/25/mujeres-temporeras-marchan-hasta-el-congreso-en-valparaiso-para-exigir-sus-derechos/.
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Le 2 octobre 2020:

L’accusation voulant que Vladimir Poutine ait commandité la tentative d’assassinat de l’opposant Alexei Navalny ne tient pas la route. Les preuves sont inexistantes.

Il n’y a pas de motif: pourquoi Poutine voudrait éliminer un opposant que recueille au plus 2 % d’appui.

Les présomptions ridicules: que le Novichok ait été mis au point à l’époque de l’URSS n’implique en rien l’État héritier, la Russie, dans un crime commis avec ce produit. Les États-Unis ont breveté 150 produits de guerre ayant la même composition chimique.

Si Poutine et les services russes auraient été en mesure de changer le cours des élections américaines et canadiennes, seraient-ils si incompétents que leurs tentatives d’assassiner les opposants échouent lamentablement et qu’ils laissent un « smoking gun »?

En revanche, il y a un excellent motif pour Washington de chercher un prétexte pour attaquer Poutine et la Russie: le gazoduc Nord Stream 2 en construction, qui permettrait à l’Allemagne de se libérer de sa dépendance du gaz naturel liquéfié américain, plus cher.

Cette chronique passe en revue chacun des sujets et conclut que cette histoire relève davantage de Hollywood que de la vérité.

Remerciements à Stephen Gowans: gowans.blog/

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Qu’est-ce que la COVID-19?

octobre 3rd, 2020 by Dr Pascal Sacré

Introduction

La maladie COVID-19 est apparue en Europe et sur le continent américain en 2020, suite à l’émergence d’un nouveau virus au départ de Chine en 2019.

Ce nouveau virus fait partie de la famille bien connue des coronavirus ayant déjà produit deux épidémies particulièrement sévères, en 2003 et 2012.

Ce nouveau virus est appelé SRAS-CoV-2, troisième coronavirus responsable d’un syndrome de détresse respiratoire sévère.

La gravité de ce syndrome est surtout caractérisée par une hypoxémie, à savoir un manque d’oxygène dans le sang.

Nous avons constaté que cette atteinte pulmonaire sévère ne s’observait que chez un nombre relativement restreint des patients infectés par le SRAS-CoV-2 qui la plupart, sont même asymptomatiques ou seulement atteints d’un syndrome grippal, voire d’un simple rhume.

Pour les malades les plus sévèrement atteints, principalement des gens âgés et/ou fragilisés par une ou des maladies chroniques (insuffisances cardiaque, respiratoire, rénale, diabète, hypertension artérielle, obésité…), la mortalité serait légèrement supérieure à celle de la grippe saisonnière, les chiffres précis devant encore être évalués. Ces chiffres font, encore aujourd’hui, l’objet de controverses, certains scientifiques et médecins soutenant, preuves à l’appui, que la mortalité a été surestimée par les centres de santé officiels.

Il m’est apparu important de préciser plusieurs points en rapport avec ce coronavirus, le SRAS-CoV-2, avec la maladie COVID-19, avec son diagnostic clinique et radiologique, et surtout avec la technique RT-PCR utilisée comme outil de dépistage principal.

Je termine par quelques mots sur le mode de transmission du virus, par aérosols et particules aéroportées, impliquant notamment l’importance de ventiler correctement les espaces clos.

Ce document fera l’objet de fréquentes mises à jour et sera complété progressivement : traitements, hydroxychloroquine, masques, immunité…

I. VIRUS : TAILLE1

1 millimètre (mm) = 1000 micromètres ou microns (μm) = 1 000 000 nanomètres (nm)

 Diamètre d’un cheveu humain : 150 micromètres (μm)

Taille du coronavirus SRAS-CoV-2 : 0,125 μm (125 nm), 1/1200è de cheveu  

Taille du virus de la grippe (Influenzavirus) : 0,08-0,120 μm (80 à 120 nm)

 II. LES CORONAVIRUS2 et le COVID-19

Coronavirus ou CoV = Virus à ARN (acide ribonucléique)

1. ADN et ARN

 L’ADN ou acide désoxyribonucléique

L’acide désoxyribonucléique ou ADN est une macromolécule biologique présente dans toutes les cellules ainsi que chez de nombreux virus. L’ADN contient toute l’information génétique, appelée génome, permettant le développement, le fonctionnement et la reproduction des êtres vivants.

Le génome est composé de gènes composés d’ADN ou d’ARN.

[Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_d%C3%A9soxyribonucl%C3%A9ique ]

  Symbolisons la double hélice d’ADN par une échelle :

 L’ADN est formé de deux brins L’ARN est formé de paires appariées d’un seul des deux brins 

Toutes les cellules contiennent de l’ADN ou de l’ARN, même les virus qui ne sont pas des cellules mais des particules, du matériel génétique (ADN ou ARN) entouré d’une capsule ou nucléocapside.

On ne peut pas dire que de telles particules soient « vivantes », ce sont des paquets d’informations réunies sur un support génique (gènes formant un génome).

  

Les particules virales utilisent les cellules qu’elles infectent (parasitent) pour répliquer (reproduire) leur génome (ADN ou ARN) et se multiplier. 

En faisant cela, elles tuent la cellule hôte et déclenchent une réaction défensive de l’organisme envahi.

Les coronavirus CoV sont des virus à ARN, comme les virus Ebola, Zika, de la rougeole, de la grippe.

Les CoV sont les virus ARN les plus grands.

Le virus de l’herpès (varicelle) est un virus à ADN.

2. Les CoronaVirus ou CoV 

Ils forment une immense famille de virus.

Leur génome (ARN) est très long : plusieurs milliers (30 000) de nucléotides ou bases formant un ARN linéaire simple brin codant pour 7 à 10 protéines.

Ils sont entourés par une capsule de protéines en forme de couronne.

L’Homme peut être infecté par 5 grands types de coronavirus :

  1. HCoV-229E, HCoV-OC43 occasionnant des rhumes banaux et des syndrome grippaux bénins.
  2. SRAS-CoV-1 responsable entre novembre 2002 et juillet 2003 d’une épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).
  3. MERS-CoV responsable d’une épidémie de syndrome respiratoire sévère en 2012, principalement dans la péninsule arabique (départ en Arabie Saoudite) mais aussi en Corée du Sud. MERS pour Middle-East (ou Moyen-Orient) Respiratory Syndrome.
  4. SRAS-CoV-2, très semblable au SRAS-CoV-1, responsable d’une épidémie de syndrome respiratoire sévère ayant évolué en pandémie. Début en 2019. La maladie causée par SARS-CoV-2 s’appelle COVID-19 pour COrona VIrus Disease, apparue en 2019.

Donc, retenons que les coronavirus les plus fréquents chez l’Homme sont banaux et responsables de 30% des rhumes annuels, avec d’autres virus, notamment les rhinovirus.

Retenons également que les coronavirus comme beaucoup de virus ont une capacité d’évolution et d’adaptation importante (mutation), pouvant engendrer l’apparition de variants et de virus plus ou moins pathogènes.

3. SRAS-CoV-1 : Syndrome Respiratoire Aigu Sévère-CoV-1

Premier coronavirus connu à avoir entraîné une maladie grave chez l’Homme.

Épidémie entre novembre 2002 et juillet 2003.

Plus de 8000 cas dans 30 pays (20% des cas chez des soignants).

774 décès soit environ 10% de mortalité.

Transmissibilité (contagiosité) modérée.

Exceptionnelle capacité de mutation et de recombinaison.

Séquençage complet du génome du SRAS-CoV-1 par des équipes de chercheurs américaine et canadienne. 

4. MERS-CoV : Middle-East Respiratory Syndrome-CoV

Deuxième coronavirus connu à avoir entraîné une maladie grave chez l’Homme.

Premiers cas en 2012, en Arabie Saoudite.

Plus de 1500 cas, dans 26 pays, surtout dans la péninsule arabique et la Corée du Sud. 

Plus de 550 décès soit une mortalité très élevée, de 30%.

5. SRAS-CoV-2 : Syndrome respiratoire aigu sévère-CoV-2

Troisième coronavirus connu à avoir entraîné une maladie grave chez l’Homme, maladie appelée COVID-19 pour Corona VIrus Disease, 19 pour l’année de son début, 2019.

La mortalité due au SRAS-CoV-2 (COVID-19), connue au 29-09-20 et précisée sur le site Worldometers, serait de 1 million de décès.

https://www.worldometers.info/coronavirus/? 

[Cf chapitre sur les manipulations de chiffres concernant la mortalité due au COVID-19].

Le SRAS-CoV-2 serait apparu en Chine à la fin du printemps/début de l’été 2019, puis en Europe en octobre 2019.

[Liens : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02930784 

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02886806 ]

Son séquençage génétique est actualisé (en suivant les mutations fréquentes) sur le site web :

https://nextstrain.org/

Il est également suivi attentivement par le laboratoire de l’équipe du professeur Didier Raoult à Marseilles à l’IHU-Méditerranée.

[Lien : https://www.youtube.com/watch?v=Lvb7OSAKbfo ]

6. Traitement

Pas de traitement connu ou reconnu (?).

[Cf chapitre sur chloroquine et hydroxychloroquine].

AUCUN vaccin à ce jour contre les SRAS-CoV (2003) ou les MERS-CoV (2012) !

Pourtant, dans le COVID-19, le monde entier attend un vaccin, ne compte que sur un vaccin si possible dans quelques mois !

Entre 1999 et 2017, les onze plus grands laboratoires du monde ont brassé 1019 milliards d’euros de bénéfices dont 925 milliards (90,7%) ont été distribués à leurs actionnaires. Là-dedans, l’industrie du vaccin, relativement modeste (3% du chiffre d’affaires global en 2009), se présente, avec la montée en puissance des biotechnologies, comme le créneau le plus dynamique (croissance de 24% entre 2011 et 2014). Cette branche de l’industrie pharmaceutique est dominée par quatre groupes (Merck, Sanofi, GSK et Pfizer) totalisant 65% du chiffre d’affaires. Des groupes de pays émergents s’affirment sur les parts de marché restantes : Serum Institute et Biological E (Inde), Institut Butatan et Bio-Manguinos (Brésil), CNBG (Chine)… Aujourd’hui, les spécialistes semblent unanimes pour affirmer que l’enjeu principal est la mise au point d’un vaccin contre le Covid-19.

7. Tableau clinique

A. Période d’incubation (délai entre l’infection et le début des symptômes) :

SRAS-CoV-1 et SRAS-CoV-2 : 2 à 7 jours

MERS-CoV : 5 à 15 jours

C’est au premier jour de symptômes que l’individu est le plus infectant (charge virale la plus élevée et capacité élevée à le projeter par la toux).  Il doit être isolé !

En phase épidémique aigue (mars-avril 2020) excrétion de 700 000 copies d’ARN viral/μl au premier jour de symptômes. Excrétion de 700 000 000 de copies d’ARN viral/μl après quelques jours de symptômes !

B. Diagnostic est avant tout clinique (symptômes) :

a. Symptômes majeurs :

  1. Toux
  2. Dyspnée (difficulté à respirer) avec désaturation du sang en oxygène (O2)
  3. Douleur thoracique
  4. Anosmie (perte de l’odorat)
  5. Dysgueusie (trouble du goût) sans autre cause apparente

b. Symptômes mineurs :

  1. Fièvre
  2. Fatigue
  3. Rhinite ou rhume (nez qui coule)
  4. Mal de gorge (angine)
  5. Mal de tête (céphalée)
  6. Anorexie (perte d’appétit) – amaigrissement
  7. Diarrhée aqueuse (selle liquide) sans autre cause apparente
  8. Confusion aigue (trouble de l’orientation)
  9. Chutes soudaines sans autre cause apparente

À noter qu’une perte de l’odorat et une anomalie du goût peuvent être dues à un déficit en zinc, oligo-élément ou trace jouant un rôle important dans nos défenses immunitaires !

Signes évocateurs de carence en zinc :

– Une agueusie ou une dysgueusie, trouble du goût. Le zinc intervient dans la synthèse de la gustine, protéine indispensable à la perception du goût dans les bourgeons du goût.

– Une anosmie, perte de l’odorat.

Ces signes, seraient, selon certaines études, les 1er signes d’une infection par le coronavirus. Il est donc fort probable que la sur-sollicitation immunitaire entraine une majoration des carences en zinc, engendrant ces symptômes chez certains sujets.

[Liens : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25715353 &

Hiroyuki YANAGISAWA, Zinc Deficiency and Clinical Practice JMAJ 47(8) : 359–364, 2004]

Score clinique. 

Si le score est >/= 2, le COVID-19 est suspecté. On le voit, on y est vite et ces symptômes n’ont rien de spécifique !

Stratégie pour catégoriser la gravité de l’atteinte et orienter au mieux chaque personne en fonction de son état et/ou son évolution possible.

Score EWS pour Early Warning Signs (signes d’alerte précoce) :

La forme sévère (admission en soins intensifs, avec risque de décès) du COVID-19 frappe surtout les personnes faibles, immunodéprimées et/ou atteintes de pathologies chroniques sévères comme le diabète, l’insuffisance rénale, une atteinte pulmonaire chronique, une atteinte cardiaque, une obésité.

Facteurs de risque de forme grave : 

BMI = Body Mass Index = Poids divisé par la taille2

Exemple : Poids 100kg taille 1,70m ➔ BMI = 100/1,72 = 34 Obésité sévère

C. CT-scanner thoracique

Cet examen fournit une imagerie des poumons qui permet de confirmer le diagnostic de COVID-19, par exemple en cas de RT-PCR négative malgré un tableau clinique positif (Score clinique >/= 2)

CT-scanner pulmonaire normal :

 

CT-scanner pulmonaire anormal : Rx Thorax :

ATTENTION, ces images ne sont pas spécifiques d’un COVID-19 !

Elles sont retrouvées dans un ensemble de pathologies pulmonaires regroupées sous le terme générique d’ARDS (Acute Respiratory Distress Syndrome) ou SDRA en français (Syndrome de Détresse Respiratoire Aigüe)

[Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_d%C3%A9tresse_respiratoire_aigu%C3%AB#:~:text=L’ARDS%20Definition%20task%20force,des%20notions%20d’acute%20lung ]

L’ARDS ou SDRA peut être causé par un grand nombre de causes, intra-pulmonaires ou extra-pulmonaires, infectieuses ou non infectieuses.

Causes intra-pulmonaires :

  • Pneumonie bactérienne, virale (grippe, virus respiratoire syncitial ou VRS, SRAS)
  • Pneumopathie chimique (inhalation de liquide digestif) ou par inhalation de fumée
  • Traumatisme thoracique

Causes extra-pulmonaires :

  • Pancréatites (inflammation généralisée du pancréas avec nécrose)
  • Infections extra-pulmonaires avec sepsis (infection) sévère et/ou choc septique
  • Brûlures étendues
  • Choc cardiogénique (défaillance cardiaque de toutes origines)

Etc.

Donc, on le voit, les lésions en verre dépoli sont typiques de l’ARDS (ou SDRA), pas d’une cause en particulier.

On les rencontre en particulier dans les pneumonies infectieuses à germes dits atypiques, tels que Mycoplasma Pneumoniae, Chlamydia Pneumoniae ou Legionella Pneumophila, mais aussi dans des pneumopathies non infectieuses.

Il faut toujours faire un diagnostic différentiel, surtout chez les personnes présentant une ou des comorbidités sévères (diabète, obésité, maladie chronique rénale, pulmonaire, cardiaque…) ce qui est le cas de la plupart des personnes admises en soins intensifs en période COVID.

Le problème est justement de retenir un diagnostic de COVID sans envisager d’autres causes possibles, surtout en cas de RT-PCR négative.

L’ARDS est une pathologie fréquente, depuis sa découverte en 1967 (Ashbaugh DG, Bigelow DB, Petty TL, Levine BE, « Acute respiratory distress in adults », The Lancet, 1967;2:319-323.)

C’est environ 10% des admissions en USI, avec un taux de mortalité de 40-50%.

[Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5537110/ ]

Pourtant, tous les soins intensifs du monde considèrent un diagnostic COVID positif en cas de symptômes respiratoires (score >/= 2) et d’un CT-scanner pulmonaire d’ARDS (de SDRA), même si la PCR est négative et malgré le manque de spécificité des symptômes et du CT-scanner.

Dans cet article suisse paru en 2020 dans la revue Médicale Suisse (RMS), des médecins insistent sur les limites du CT-scanner pulmonaire pour faire le diagnostic de COVID-19 :

« … sa spécificité est limitée, exposant au risque de surdiagnostic. »

[Lien : https://www.revmed.ch/RMS/2020/RMS-N-692/Utilite-du-CT-scan-thoracique-pour-le-diagnostic-et-le-triage-des-patients-suspects-de-COVID-19 ]

D. La PCR ou Polymerase Chain Reaction3

Le frottis oropharyngé ou nasopharyngé avec analyse par PCR est le premier test diagnostique proposé pour confirmer une infection à SARS-CoV-2, virus de la maladie COVID-19.

Technique de biologie moléculaire OU technique d’amplification génique (gènes formés d’acides désoxyribonucléiques-ADN ou ribonucléiques-ARN cf pages 2 & 3)

  La PCR a été mise au point dans les années 80 par Kary Mullis, un chimiste ayant obtenu le prix Nobel de chimie en 1993.

« … ces tests PCR ne peuvent détecter aucun virus »

Il a vraiment dit cela (https://www.weblyf.com/2020/05/coronavirus-the-truth-about-pcr-test-kit-from-the-inventor-and-other-experts/)

Depuis 1992, la technique peut être réalisée en continu, en temps réel, d’où son nom moderne :

RT-PCR : Real Time-Polymerase Chain Reaction ou Réaction de polymérisation en chaîne en temps réel

Cette technique permet de mettre en évidence les traces de quelque chose d’invisible à l’œil nu ou même au microscope.

Elle est surtout utilisée dans le milieu industriel ou en criminologie pour rechercher des traces d’ADN.

En médecine, son champ d’application, outre la recherche, notamment en génétique, est l’infectiologie qui étudie les maladies infectieuses.

En particulier, la PCR peut mettre en évidence des germes ou micro-organismes difficiles à cultiver, tels que certaines bactéries (Mycoplasma, Chlamydiae, Mycobacterium Tuberculosis) et les virus.

C’est la technique de référence pour chercher des traces de virus respiratoires (grippe, SRAS).

La PCR ne met pas en évidence de virus, mais des séquences (bouts) génétiques du virus, ce qui permet d’en déduire la présence.

Cette notion est importante.

Le diagnostic par PCR est une déduction qui peut être entachée d’erreur d’interprétation.

Le SRAS-CoV-2 est un virus ARN avec 30 000 paires de bases (pdb). Il ne faut pas mettre en évidence tout son génome, mais seulement des séquences spécifiques.

Le génome du SRAS-CoV-2 est connu (cf page 5).

Les laboratoires utilisent des amorces géniques spécifiques du SRAS-CoV-2.

Pour rendre un résultat PCR fiable, il faut utiliser au moins 2 à 3 gènes comme amorces.

3 gènes, c’est le mieux et la technique doit être faite pour les 3 gènes.

Comment cela fonctionne-t-il ?

i. Prélèvement de cellules dans les voies respiratoires de la personne. 

Prélever juste dans la gorge, le nez ou la salive montre une sensibilité de détection moindre (risque plus élevé de faux négatif).

La première source d’erreur, un faux négatif, vient de là, un prélèvement mal réalisé.

Ce prélèvement de cellules dans le fond du pharynx, abordé par le nez ou par la bouche, doit être réalisé par un soignant spécialisé et formé. Ce N’EST PAS ANODIN ! Ce prélèvement peut faire saigner, endommager la muqueuse (surface) pharyngée, et/ou nasale si l’abord est par le nez.

 ii. Analyse par RT-PCR4

Cette machine fonctionne à la façon d’une photocopieuse-agrandisseuse.

La technique a la meilleure sensibilité (90%) et la meilleure spécificité (100%), mieux que l’ensemble des autres tests conventionnels pour la détection de pathogènes (tests antigéniques, culture de virus). Les prélèvements salivaires ne répondent pas aux critères d’exigence requis. 

[Lien : To KK &al. Temporal profiles of viral load in posterior oropharyngeal saliva samples and serum antibody responses during infection by SARS-CoV-2 : an observational cohort study. Lancet Infect Dis. 2020 May ;20(5) :565-574.]

Elle utilise plusieurs cycles d’amplification (agrandissement) tout en multipliant la cible par 2 à chaque cycle.

1er cycle : cible x 2

2è cycle : cible x 4

3è cycle : cible x 8

4è cycle : cible x 16

5è cycle : cible x 32

Etc.

Jusque 30 à 40 cycles.

Ct ou Cycle Time ou Cycle Threshold définit le seuil de cycles à partir duquel le laboratoire considère le test PCR comme positif

Plus le Ct seuil utilisé est bas, plus la charge virale est élevée (plus il y a de virus dans les voies respiratoires du sujet)

Plus le Ct seuil utilisé est haut, plus la charge virale est basse (moins il y a de virus dans les voies respiratoires).

La RT-PCR est un test très sensible et en augmentant le Ct (jusque 40, 50), on peut retrouver des traces géniques du virus alors que ça ne correspond plus à un état d’infection ou de contagion !

Connaître le Ct seuil utilisé par le laboratoire est donc indispensable pour interpréter correctement un résultat RT-PCR !

Actuellement, le RT-PCR ne donne qu’un résultat qualitatif : positif ou négatif.

Il faut donner un résultat quantitatif qui reflète seul l’importance réelle de la charge virale.

Au cœur de la phase épidémique aigue (mars-avril 2020), au premier jour de symptômes (toux), l’individu était capable d’excréter jusqu’à 108 (100 000 000) de copies d’ARN viral du SRAS-CoV-2/μl de prélèvement, pendant une durée de 5 jours à 5 semaines, sans corrélation entre la quantité de segments viraux détecté ou la durée de cette détection, et la sévérité de la maladie.

Aujourd’hui (septembre 2020), avec un Ct seuil de 32 cycles, on met en évidence 10 à 15 copies d’ARN viral du SRAS-CoV-2/μl de prélèvement, donc beaucoup moins.

Avec un Ct seuil de 35 cycles (Ct seuil standard des laboratoires en France et pour les CDC européens), cela correspond à 1 copie d’ARN viral du SRAS-CoV-2/μl de prélèvement !

[Liens : Bullard J. et al., 2020,https://covidaba.com/wp-content/uploads/2020/05/Predicting-infectious-SARS-CoV-2-from-diagnostic-samples.pdf

ECDC donne un seuil à 35 https://www.ecdc.europa.eu/en/all-topics-z/coronavirus/threats-and-outbreaks/covid-19/laboratory-support/questions ]

Au-dessus de Ct seuil de 35, il est impossible d’isoler une séquence virale complète.

(Données transmises par Hélène Banoun, https://www.researchgate.net/profile/Helene_Banoun

PhD, Pharmacien biologiste. Ancien Chargé de Recherches INSERM. Ancien Interne des Hôpitaux de Paris et partagées par le biologiste français Pierre Sonigo, spécialiste de biologie moléculaire et de virologie, https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Sonigo)

L’interprétation correcte de la RT-PCR dépend de :

  1. La connaissance du Ct seuil ou du nombre de copies d’ARN viral/μl, reflet de la charge virale
  2. L’état clinique de la personne testée

1 copie d’ARN viral/ml équivaut à 1000 copies d’ARN viral/μl de prélèvement. Attention à l’unité rendue par le laboratoire !

Le premier point donne une indication sur le degré de contagiosité.

Le second point donne une indication sur le degré de gravité.

Un test RT-PCR seul, positif, ne veut absolument rien dire, surtout hors période épidémique, comme aujourd’hui (septembre 2020) ainsi qu’en témoignent le niveau raisonnable d’admissions à l’hôpital, en soins intensifs et de décès.

Baser la médecine sur un seul test, sans le corréler à la clinique, expose au risque de SURDIAGNOSTIC.

Demander aux gens asymptomatiques de faire la queue devant des laboratoires pour faire un test RT-PCR, ou laisser les gens le faire, n’a aucun sens, si ce n’est d’imposer un coût inutile à la société, d’entretenir la peur d’une maladie absente puisque les gens dans ces queues sont asymptomatiques et font pencher dangereusement la balance bénéfices/risques en faveur de ces derniers.

Ce serait comme de demander à tout le monde de faire un électrocardiogramme, même en l’absence de tout symptôme !

Les médecins doivent exiger de connaître le Ct seuil utilisé pour définir un test PCR positif (ou le nombre de copies d’ARN viral/μl de prélèvement) afin d’interpréter correctement le résultat

Tous les laboratoires devraient utiliser les mêmes normes standardisées, le même Ct seuil, si possible un Ct seuil </= 30 et exprimer le résultat en nombre de copies d’ARN viral/μl de prélèvement.

III. VIRUS : DIFFUSION DANS L’ATMOSPHERE et intérêt de ventiler tout espace5

Les virus respiratoires ne sont pas transmis tel quels, à l’unité (virion), mais en groupe, sous la forme de particules plus grosses :

1. Particules G = microGouttelettes qui forment un aérosol : 5 à 150 μm

Transmission via la toux, l’éternuement ou la parole à partir d’une personne infectée

Denses et riches en eau, lourdes, elles restent dans l’air peu de temps et ne sont diffusées que sur de courtes distances : < 1 m, puis tombent au sol rapidement

[Lien : https://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(20)30245-9/fulltext ]

2. Particules A = particules Aéroportées : < 5 μm

Peu denses et pauvres en eau, les particules A sont plus légères, restent en suspension dans l’air et ont une plus grande portée

[Liens : https://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMc2004973?articleTools=true ]

[https://www.nap.edu/catalog/25769/rapid-expert-consultation-on-the-possibility-of-bioaerosol-spread-of-sars-cov-2-for-the-covid-19-pandemic-april-1-2020 ]

Résumé 

Le SRAS-CoV-2 est un virus ARN de 125 nm (0,125 μm), avec +/- 30 000 paires de bases (nucléotides)

Il cause la maladie COVID-19 (COronaVIrusDisease-2019)

Il est projeté par des particules G (aérosols > 5 μm) lourdes sur < 1m et par des particules A (< 5 μm) légères sur de longues distances : intérêt de ventiler les espaces clos !

Le diagnostic est avant tout clinique :

  • Symptômes formant un score clinique, suspicion de COVID-19 si score clinique >/= 2
  • Evaluation de la gravité du COVID-19 par le score d’alerte précoce : EWS (Early Warning Signs)
  • Les symptômes sont peu spécifiques et se rencontrent dans n’importe quelle affection virale (grippe, rhume, SRAS) ou même bactérienne

Diagnostic complété par un CT-scanner pulmonaire : image d’ARDS (ou SDRA-syndrome de détresse respiratoire aigu) : l’image scannographie n’est pas spécifique du COVID-19 !

Diagnostic par la technique de RT-PCR pour Real Time-Polymerase Chain Reaction : examen qualitatif exprimé par le signe positif ou négatif. 

  • Il existe des faux négatifs depuis le prélèvement jusqu’à la dernière amplification par la PCR, car la technique est complexe et soumise à des erreurs potentielles de manipulation. Il n’existe pas ou peu de faux positifs (spécificité élevée). 
  • La RT-PCR met en évidence des morceaux (séquences géniques) du virus SRAS-CoV-2, pas le virus lui-même, et cette recherche se fait à partir d’amorces, à savoir 2 ou (mieux) 3 gènes connus du SRAS-CoV-2.
  • L’aspect quantitatif (charge virale) est donné par le nombre de cycles d’amplification (Ct pour Cycle Time ou Cycle Threshold) utilisé comme seuil de positivité. Plus le seuil (Ct) est bas, plus la charge virale est élevée, plus il y a de virus, plus la personne est malade et/ou contagieuse. Plus le seuil (Ct) est haut, plus la charge virale est basse, moins il y a de virus, moins la personne est malade et/ou contagieuse.
  • En période actuelle (septembre-octobre 2020), il n’y a aucun intérêt à réaliser des RT-PCR chez les personnes asymptomatiques !
  • Aujourd’hui, les seuils de positivité (Ct) des RT-PCR sont trop haut (>/= 35), induisant une « épidémie » de tests positifs qui ne veulent plus rien dire (faux positifs), ni sur le plan épidémiologique, ni sur le plan de la santé publique ! 
  • Les seuils de positivité (CT) des RT-PCR devraient être standardisés pour tous les laboratoires, mentionnés dans les résultats et être inférieurs à 35 (même à 30).

Le CT-scanner pulmonaire et la RT-PCR avec un seuil de positivité (Ct) >/= 35 induisent un SURDIAGNOSTIC dangereux alors que le sujet n’est pas évalué pour voir si avant tout il est malade, seule chose qui compte réellement.

« Pour interpréter le résultat d’une PCR, il est essentiel que les cliniciens et les microbiologistes partagent leurs expériences, afin que les niveaux analytiques et cliniques d’interprétation puissent être combinés » PCR en microbiologie, RMS, 2007

Dr Pascal Sacré

 

Image en vedette : pixabay.com

Notes :

1 Mask Facts : by Association of American Physicians and Surgeons (AAPS) – 1 Juin 2020

   Lien : https://aapsonline.org/mask-facts/

2 Comprendre les coronavirus : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/coronavirus-sars-cov-et-mers-cov

3 PCR en microbiologie : de l’amplification de l’ADN à l’interprétation du résultat (RMS 2007)

[Lien : https://www.revmed.ch/RMS/2007/RMS-106/32181#:~:text=La%20PCR%20permet%20d’obtenir,bornant%2C%20la%20s%C3%A9quence%20%C3%A0%20amplifier. ]

4 https://splf.fr/wp-content/uploads/2020/05/Mise-apoint-sur-la-sensibilite-des-tests-RT-PCR-final.pdf

5 https://academic.oup.com/cid/advance-article/doi/10.1093/cid/ciaa939/5867798

 

Sources – références générales :

Témoignages d’experts sur les limites de la RT-PCR :

1. Jean-François Toussaint : médecin français, professeur de physiologie à l’Université Paris-Descartes, directeur de l’IRMES (Institut de Recherche bioMédicale et d’Epidémiologie du Sport), ancien membre du Haut Conseil de la Santé Publique

https://youtu.be/KE1BGMidZME

2. Pierre Sonigo : Directeur de recherche à l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale en France). Il a travaillé à l’Institut Pasteur en France, il dirige le laboratoire « Génétique des Virus » à Cochin à Paris. Il a participé en 1985 au séquençage du virus du Sida.

https://www.linkedin.com/pulse/diagnostic-du-covid19-comprendre-les-tests-pcr-leur-et-pierre-sonigo/?trackingId=pTYxDkpvRzKHWZwCzxSIag%3D%3D 

3. Violaine Guérin, médecin et membre du collectif Laissons les médecins prescrire. Elle dénonce « un court-circuitage total des médecins généralistes » à cause des nombreux tests qui sont réalisés sur des patients non malades. Entretien du 10/9/2020 :

Covid-19 : « Un nombre de test complètement démesuré par rapport à la réalité de la situation » interview Violaine Guérin 

Vaccins :

1. Les géants de l’industrie des vaccins

2. Coronavirus : la course contre la montre pour trouver un vaccin 16 mars 2020

3. Coronavirus : véritable course contre la montre pour mettre sur le marché un vaccin contre le covid-19

4. Coronavirus : la Commission européenne organise un téléthon mondial pour financer la recherche d’un vaccin

5. Covid-19, pots-de-vin et corruption — Le cartel criminel Big pharma supervise le nouveau vaccin

6. Coronavirus : les dangers d’un vaccin élaboré à la hâte

7. Coronavirus : court-circuiter les étapes vers un vaccin ?

8. Voici pourquoi un chercheur appelle à prendre son temps pour concevoir le vaccin anti-coronavirus

9. Développement d’un vaccin contre le coronavirus : voici ce que font les scientifiques

«Il faut être fidèle à la vérité même quand notre patrie est en cause. Tout citoyen a le devoir de mourir pour sa patrie mais nul n’est tenu de mentir pour elle.» (Montesquieu, penseur français auteur de l’Esprit des Lois)

Un coup d’éclair dans le ciel constantinois, Abdelmadjid Merdaci s’est arrêté de se battre ! Dans l’atmosphère actuelle où l’Algérie traverse des étapes capitales pour son devenir. La voix puissante du professeur Abdelmadjid Merdaci manque à l’Algérie. Il est vrai qu’avec son caractère entier, il pouvait au premier abord paraître clivant. C’est je pense le verdict de celles et ceux qui ne prennent pas le temps, voire la peine de voir ou de sonder plus exactement le fond rocheux de l’homme. C’était – je n’arrive pas à parler de lui au passé – comme on le dit une bonne pâte, le cœur sur la main pas rancunier pour un sou mais avec une immense rage et ce faisant un sacerdoce chevillé au corps celui de convaincre que l’Algérie avec son histoire mérite mieux que ce qu’elle subit.

J’ai souvenance d’avoir avec lui animé une émission sur Canal Algérie, il y a trois ans, où nous avions détricoté, chacun à sa façon, l’errance du pays avec naturellement quelques propositions pour une sortie « par le haut du pays ». Nous parlions à l’époque et bien avant la révolution tranquille du 22 février 2019 de la nécessité d’un changement multidimensionnel. Cette émission brûlot n’eut pas l’heur de plaire aux princes du moment. L’émission passa à la trappe, elle ne fut jamais diffusée. Plusieurs fois par la suite, nous eûmes chacun de son côté eu à nous impliquer par nos écrits dans cette belle révolution tranquille du 22 février 2019.

La dernière rencontre avec le professeur Abdelmadjid Merdaci eut lieu en mai 2019 lors d’une conférence-débat que j’ai animée à la Librairie Media Book de l’Enag. Ce fut une rencontre très riche et j’ai pu alors, une fois de plus, mesurer notre proximité en ce qui concerne la nécessité d’aller à la conquête du futur sans rien abdiquer des fondamentaux de l’Algérie vieille de 3 000 ans d’histoire. Il disait toujours que Cirta – sa ville – était la première capitale de l’Etat algérien sous Massinissa il y a plus de 21 siècles à l’époque où l’Europe – exception faite de la Grèce et de Rome – n’avait pas encore émergé aux temps historiques.

Professeur Merdaci en quelques lignes

Une belle contribution de Nouredine Nesrouche retrace à grands traits mais peut-on le faire pour un penseur, un sociologue, un historien, qui comme l’écrit Sartre à propos des intellectuels, «s’occupait de ce qu’il ne le regardait pas» : « lit on vient de perdre une icône, et l’Algérie l’un de ses fils les plus engagés. (…) Il avait 75 ans. La disparition de Abdelmadjid Merdaci ne laisse personne indifférent. L’universitaire constantinois était aussi agitateur d’idées, très présent sur les terrains de la réflexion et de l’opinion. Touche-à-tout, il faisait partie des rares universitaires qui produisaient dans leur domaine et au-delà. Professeur des universités, titulaire d’un doctorat d’Etat en sociologie et d’un diplôme d’études approfondies en « histoire des civilisations », le Pr Merdaci était enseignant à l’Université de Constantine et auteur prolifique, connu pour ses ouvrages consacrés au Mouvement national, à la politique, à la musique algérienne et à l’histoire de la ville de Constantine.(1)

Naturellement étant non conformiste, ce qui ne plaisait pas au pouvoir, il disait sa «vérité» dépouillée, froide, mais qui tient la route et permet de comprendre les ressorts intimes d’une Révolution avec ses non-dits dont nous vivons certaines répliques encore de nos jours. La révolution aussi grande soit-elle, aussi exceptionnelle soit-elle du fait qu’elle fut, aux dires des spécialistes, une aventure humaine qui a marqué avec la révolution vietnamienne en ce sens qu’elle a poussé les limites de la résilience humaine quand il s’agit d’une cause juste.

Ainsi comme l’écrit Nouredine Nesrouche :

« Dans son dernier essai politique, GPRA, un mandat historique, il tente de rendre justice à cette institution, toujours otage d’un imposant silence d’Etat 60 ans après sa naissance, et invite, en conclusion, à « libérer l’histoire des peurs, des mensonges et des occultations ». Elevé avec ses frères et sœurs au quartier mythique de Rebaïn-Cherif, dans le Vieux Constantine, Abdelmadjid est né en 1945 à Mila où son père, Hadj Ahcène, était en poste comme magistrat musulman ».(1)

«Il vient tôt à la politique et fait partie des opposants au coup d’Etat contre Ben Bella en 1965 dans le cadre de l’ORP et réprimés durement par le régime putschiste. Sa trajectoire universitaire sera toujours doublée de sa trajectoire politique. Assumant l’idéal progressiste, l’universitaire a toujours fait en sorte d’intervenir dans les débats sur les questions nationales, affichant un patriotisme farouche. Pour ce faire, il signe en tant que journaliste dans de nombreuses publications, notamment depuis l’avènement du pluralisme médiatique, et produit des contributions écrites toujours remarquées dans la presse algérienne ».(1) 

L’enthousiasme de Abdelmadjid Merdaci en direction de la révolution tranquille du 22 février 2019

À l’instar de tous les intellectuels engagés, Abdelmadjid Merdaci n’arrêtait pas de porter la bonne parole de la nécessité d’une rupture avec l’ordre ancien. Il n’était pas rare que nous nous croisions au détour des émissions et des médias qui voulaient bien nous écouter à l’instar de TSA, de Maghreb Emergent, de «L’invité de la rédaction» et du forum El Moudjahid. Abdelmadjid Merdaci n’arrêtait pas de plaider pour un changement de paradigme avec un plaidoyer puisé dans sa vaste connaissance de l’histoire du pays mais aussi d’une sorte de «Benchmarking» avec celle des pays qui ont traversé le même «Rubicon»

Comme nous le lisons sur cette contribution du journal l’Expression, le professeur Merdaci ne ménageait pas sa peine : « Media Book a reçu, hier [15/10/2019 ndlr], l’auteur et professeur Abdelmadjid Merdaci qui a présenté, à la librairie Média Book (place Zabana) son ouvrage intitulé Journal de marches – Chroniques d’outre-silence où il propose un regard libre et exigeant sur l’actualité nationale et le Hirak. Il a répondu à la question de savoir : « Suffit-il que les marches se répètent pour banaliser la marche de l’Histoire ? » L’auteur qui ne se satisfait pas de la posture de l’observateur, croisant mémoire militante et approche académique, propose sa vision des événements actuels qui traversent le pays.(2)

L’Histoire, parlons-en !

Pour avoir  moi-même côtoyé à la marge  la tentative pour écrire une histoire de l’Algérie, parmi ceux qui ont de mon point de vue contribué à connaître enfin, l’histoire du pays et non pas une histoire en pointillé, qui regorge de non-dits, le professeur Merdaci en tant qu’intellectuel libre a toujours essayé de comprendre les événements, les contextualiser. Je ne l’ai jamais entendu  porter un jugement de valeur. Il se contentait de rapporter en honnête courtier, l’histoire, toute l’histoire, rien que l’histoire. On comprend qu’il ne fut pas en odeur de sainteté. Il fut intarissable sur pas mal de zones d’ombre et il avait le génie de tenter d’expliquer les faits non pas en les énumérant de façon froide, mais en les décortiquant et quelque part en se faisant l’avocat de tel ou tel homme politique, quand il prend une décision apparemment erratique, car nous ne connaissons pas le contexte dans lequel a eu l’événement.

Constantine , belle et rebelle

Ah ! Constantine  tu viens de perdre un de tes défenseurs intègre et « intellectuellement honnête » ! Constantine  ne laisse personne indifférent. Pour l’aimer il faut connaître son histoire plus de deux fois millénaire, il faut connaître ses vicissitudes ; attaquée mille fois, ressuscitée mille fois de par la détermination de celles et ceux qui lui sont fidèles. Le rocher et son histoire sont toujours là et le seront pour les siècles des siècles. Kateb Yacine, à juste titre a eu cette belle sentence : « On ne présente pas Constantine, Constantine se présente et on salue. »

Tout naturellement, le professeur Merdaci écrira de belles pages sur Constantine  :

« Féru de musique et son premier amour musical, le malouf, il publie aussi le Dictionnaire des musiques et musiciens de Constantine  un outil utile pour les jeunes chercheurs, mais aussi un ouvrage sur le chaâbi, Compagnons de Sidi Gassouma. Contribuant largement à enrichir l’histoire culturelle de sa ville léguée à la postériorité, il écrit aussi Constantine sur scènes – Contribution à l’histoire du théâtre constantinois ; Constantine citadelle de vertige et Tata, une femme dans la ville. La diversité et la consistance de son œuvre ont fait de lui l’intellectuel qu’on regrette aujourd’hui .»(1) 

Conclusion

Que peut-on dire en guise d’oraison ? Abdelmadjid Merdaci était un intellectuel éclectique un «honnête homme» au sens voltairien du terme. Comme toute personne ayant fait ses humanités, il élevait le niveau des débats avec cette quête perpétuelle du débat, de l’échange. Il est vrai que la double décennie du mépris que nous avons subie et qui nous a fait rater notre entrée dans le XXIe siècle ne lui a pas permis de dérouler toute la profondeur de son savoir. Il était comme un pompier chargé d’éteindre le feu de la discorde sociale, en essayant, chaque fois qu’il en avait l’opportunité, d’en appeler aux fondamentaux en faisant appel à la raison.

Le professeur  Abdelmadjid Merdaci  était fasciné par une Algérie unie qui assume son passé, tout son passé avec ses bonnes et mauvaises périodes. Il en appelait à une sorte d’aggiornamento, comme je le comprends, pour enfin, une fois les invariants admis, le projet de société consacré donner une visibilité scientifique, culturelle à l’Algérie. Ceci sans nul doute contribuera à l’épanouissement des Algériennes et des Algériens qui, par un travail assidu, un labeur permanent leur permettra de donner la pleine mesure de leurs talents. Reposez en paix, cher professeur. Nous n’oublierons pas votre éthique d’éveilleur de conscience et votre fidélité à une Algérie débarrassée du carcan des pesanteurs sociologiques qui n’ont plus cours dans un siècle qui ne fait pas de place aux pays installés dans les temps morts.

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Notes :

1.https://www.elwatan.com/edition/culture/le-pr-abdelmadjid-merdaci-enterre-hier-a-constantine-une-icone-intellectuelle-sen-va-19-09-2020

2.http://www.lexpressiondz.com/index.php/chroniques/de-quoi-jme-mele/le-hirak-s-invite-a-l-agora-du-livre-316801

Article de réference Chems Eddine Chitour :

https://www.lesoirdalgerie. com/contribution/abdelmadjid-merdaci-un-apotre-dune-algerie-fascine-par-lavenir-48852

 

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En septembre 2015, une année et demie après son élection à la Papauté, le pape François se présente à la Tribune des Nations Unies pour y livrer un premier message, relié, avant tout, à la protection de l’environnement et des droits fondamentaux des personnes et des peuples.

Dans son intervention, il a eu ces paroles concernant les Nations Unies :

« L’expérience de ces 70 années, au-delà de tous les acquis, montre que la réforme et l’adaptation aux temps sont toujours nécessaires, progressant vers l’objectif ultime d’accorder à tous les peuples, sans exception, une participation et une incidence réelle et équitable dans les décisions », a toutefois déclaré le chef de l’Église catholique, se référant à la nécessité de réformer l’Organisation pour en rendre le fonctionnement plus équitable.

C’est dans ce contexte, qu’il a rappelé « que la limitation du pouvoir est une idée implicite du concept de droit, soulignant qu’aucun individu ou groupe humain ne peut se considérer tout-puissant. » Il s’agit là d’un message clair qui affirme qu’aucune personne ou institution (gouvernements ou autres) ne peut se considérer au-dessus des lois. En langage clair, ceci s’applique à toute forme d’impérialisme qui se situe au-dessus des lois et qui s’impose aux personnes et aux peuples comme s’il en était le maître.

Ces propos, tenus en septembre 2015, n’ont guère ressortis dans les médias et dans les débats politiques de l’époque. Pas plus qu’ils ne ressortent aujourd’hui. À l’époque, l’environnement demeurait le thème central.  Aujourd’hui, avec la pandémie du Covid-19, tout est centré sur ce virus, sans oublier l’environnement qui y occupe encore beaucoup de place.

Message septembre 2020

La participation du Pape à la célébration des 75 ans des Nations Unies s’est réalisée par l’envoi d’un message vidéo au Secrétaire général.

« Thème de prédilection du Saint-Père: la culture du déchet. À son origine, il y voit «un grand manque de respect pour la dignité humaine, une promotion idéologique avec des visions réductionnistes de la personne, une négation de l’universalité de ses droits fondamentaux et un désir de pouvoir et de contrôle absolus qui domine la société moderne d’aujourd’hui. Appelons-le par son nom: c’est aussi un attentat contre l’humanité».

« Pour le Pape, le multilatéralisme est une nécessité absolue. Mais cinq ans après sa visite au Palais de Verre, il constate que les relations internationales sont davantage régies par les déclarations purement nominatives et moins par des actes concrets, principalement en matière environnementale. Il s’inquiète ainsi de la «dangereuse situation de l’Amazonie et de ses peuples indigènes»«Cela nous rappelle que la crise environnementale est indissociablement liée à une crise sociale et que le soin de l’environnement exige une approche intégrale pour combattre la pauvreté et combattre l’exclusion».

 « Dans ce contexte le monde a besoin d’une ONU qui soit un «atelier» pour la paix plus efficace. François appelle les États membres permanents en particulier à agir avec «unité» et «détermination». Il salue ainsi l’adoption par le Conseil de Sécurité d’un cessez-le-feu global durant la pandémie, maisregrette toutefois que les sanctions contre certains États les empêchent toujoursde soutenir correctement leur population. »

Commentaire

Il n’y a pas de doute que son enthousiasme, à son arrivée au Vatican, le 13 mars 2013, fut orienté vers les problèmes politiques et économiques dont sont victimes de nombreux peuples, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient. Dans son Exhortation apostolique Evangelii gaudium, rédigée dans ses premiers mois de son Pontificat,  son langage est clair et les réalités sont identifiées pour ce qu’elles sont, par leurs noms. Sa manière de parler du capitalisme libéral en a fait, pour plusieurs, un pape socialiste. Je vous réfère au débat présenté par l’hebdo « La Vie » à savoir « Le pape François un socialiste? ».

Il est évident que son message a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par les gouvernements émergents de l’Amérique latine de cette époque, tels la Bolivie, le Venezuela, l’Équateur, le Nicaragua et Cuba. Il a également fait grincer des dents de nombreux pays, profondément enracinés dans le capitalisme néolibéral.  Il faut croire que les centres d’influence au sein du Vatican n’étaient pas encore parvenus à l’encadrer. Un pape qui affirme qu’aucune personne, qu’aucune institution, qu’aucun gouvernement ne peut se placer au-dessus des lois, ce qui ressemble beaucoup à ce nous considérons comme impérialisme, n’a pas de quoi plaire à l’oncle Sam dont les caractéristiques correspondent à celles d’un Empire. En 2014, un pacte de coopération entre le Vatican et Washington aurait été signé entre Obama et le pape François visant une collaboration plus étroite pour empêcher le communisme et le socialisme de s’implanter en Amérique latine.

Dans sa seconde intervention qui a suivi celle de 2015, le pape a un message qui ne reprend aucunement  ce qu’il avait dit sur la question du droit des personnes, des institutions et des gouvernements. Il se garde de parler des ingérences de certaines puissances dans les affaires internes d’autres pays, comme c’est le cas de l’interventionnisme de l’oncle Sam en Bolivie, au Venezuela, en Colombie, à Cuba, etc. Il ne condamne pas le ou les pays qui s’associent pour rendre la vie plus difficile à certains autres pays qui se battent pour leur souveraineté et indépendance et leur droit de décider de leur constitution et du régime politique qui répond au mieux à leurs intérêts. Une occasion perdue pour rappeler, à tous les pays, le respect du droit international tel qu’affirmé dans la Charte des Nations Unies. Sur les politiques de sanctions qui affectent profondément les peuples et les gouvernements, il n’a que ces paroles : « je regrette toutefois que les sanctions contre certains États les empêchent toujours de soutenir correctement leur population. »  

LE MOT INTERVENTIONNISME N’APPARAÎT À AUCUN MOMENT DE SON MESSAGE TOUT COMME LA  RÉFÉRENCE À LA CHARTE DES NATIONS UNIES QUE TOUS SE DOIVENT DE RESPECTER.

 LA BOLIVIE, L’ÉQUATEUR ET PARTICULIÈREMENT LE VENEZUELA SONT VICTIMES DE CET INTERVENTIONNISME DONT LE PAPE S’EST GARDÉ DE PARLER. 

On peut toujours se demander pourquoi.

 D’anti-impérialiste et de socialiste (pris dans un sens humaniste et non idéologique) qu’il eut pu être,  on en a fait un bon pape, sensible aux intérêts de Washington et plutôt critique de ceux qui lui résistent. C’est, entre autre,  le cas du président Nicolas Maduro que le Vatican et l’épiscopat vénézuélien ne reconnaissent pas comme président légitime du Venezuela, en dépit du fait que les N.U. et les 2/3 des États du monde le reconnaissent.

Il faut croire que les forces d’influence de Washington, au sein du Vatican, sont parvenus à encadrer ce Pape de manière à en faire un ami plutôt qu’un ennemi. 

Oscar Fortin

Le 2 octobre 2020

PUBLIÉ PAR OSC

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Le 30 septembre 1991, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide, neuf mois après son élection, est démis de ses fonctions suite à un putsch dirigé par le général des Forces armées d’Haïti (FADH), Raoul Cédras. Dix-huit ans auparavant, le 11 septembre 1973, au Chili, c’était le général Augusto Pinochet qui renversait le président élu Salvador Allende, et installait une dictature qui durera 17 ans.

A priori ces deux évènements historiques apparaissent comme n’ayant aucun lien direct. Pourtant, tous deux ont ouvert la voie, dans leurs pays respectifs, à la mise en œuvre du modèle économique néolibéral qui a eu un impact considérable sur la vie des citoyens.

Chili : premier laboratoire du néolibéralisme

En novembre 1970, un président de tendance socialiste, Salvador Allende, arrive au pouvoir. Son programme économique est orienté vers le développementisme (courant de pensée des années 1950 prônant la substitution des importations), et le marxisme. D’où une stratégie d’industrialisation interne à la place de l’exportation des ressources naturelles du pays vers les marchés européen et nord-américain (Naomi Klein). Elle s’accompagne de réformes économiques dont la nationalisation du pétrole et des autres ressources minières du pays. Cela devait permettre à l’État chilien d’avoir assez de moyens pour financer ses programmes sociaux.

Le président élu chilien de l’époque, Salvador Allende

Face à l’agenda politique du nouveau président élu démocratiquement, une opposition constituée de certains acteurs de l’élite économique chilienne, appuyée par la CIA, se mobilise. Bien avant l’investiture du chef d’État, selon un rapport du Sénat américain rendu public en 1973, une conspiration réunissant la CIA, l’opposition chilienne et la compagnie téléphonique ITT (International Téléphone and Telegraph Company) cherchait vainement à manipuler le résultat des élections. Ces acteurs vont changer leur fusil d’épaule.

Le 11 septembre 1973, l’armée chilienne, sous la houlette du général Augusto Pinochet, lance un coup d’État contre le président Allende. La ville de Santiago est assiégée par les militaires qui n’hésitent pas à bombarder le palais présidentiel La Moneda. Le corps sans vie du président élu est retrouvé le même jour. Pinochet prend les rênes du pouvoir. Son programme politique opte pour le néolibéralisme qui prône la déréglementation des échanges commerciaux, la privatisation des entreprises publiques, la réduction des dépenses sociales. Le nouveau chef d’État, entouré d’un groupe d’économistes chiliens formés à l’École de Chicago, sous la direction du prix Nobel économique Milton Friedman, met à exécution ses plans politiques. Communément appelés Los Chicago Boys, ses universitaires, dont le travail est financé alors par la Fondation Ford, vont investir l’administration publique. Des postes clés leur sont octroyés. Un programme de restructuration économique est mis en marche dès le début du mois d’octobre 1973.

Un bilan très lourd

Tant sur le plan social qu’économique, le bilan de la mise en application du modèle économique néolibéral au Chili de Pinochet a été catastrophique. Selon les chiffres de la journaliste canadienne Naomi Klein, plus de « 3 200 personnes furent exécutées ou disparurent, au moins 80 000 furent emprisonnées et 200 000 fuirent le pays pour des raisons politiques ». Le pays est plongé dans un marasme économique avec un taux de chômage qui est passé de 3% à 20% et une régression de 15% des activités économiques durant la première année du coup d’État. Un an après, le taux d’inflation s’élève à 375 % (le plus élevé au monde).

Entre 1973 à 1983, plus de 177 000 Chiliens ont perdu leur emploi dans le seul secteur industriel. En 1975, le régime réduit ses dépenses à 27% suivant les conseils de Milton Friedman. Faisant face à la libéralisation des échanges commerciaux, certaines entreprises chiliennes ferment leurs portes. Des produits importés envahissent le marché local. Entre privatisation des entreprises publiques, déréglementation des échanges commerciaux et réduction des dépenses sociales, la société chilienne danse la valse du néolibéralisme des Chicago Boys et de leur mentor Milton Friedman. Ce que la population refusait auparavant dans un contexte sociopolitique démocratique est rendu possible suite au coup d’État d’Augusto Pinochet. À ce propos, l’économiste Gunder Frank, ancien Chicago Boys, pense que « la force militaire et la terreur politique » constituent les deux éléments qui ont permis à Pinochet de mettre à exécution les recettes néolibérales.

Le coup d’État du 30 septembre 1991 à l’ère du néolibéralisme

Qu’en est-il en Haïti ? Élu sous la bannière du FNCD (Front National pour le Changement et la Démocratie) en décembre 1990, le président Jean-Bertrand Aristide est arrivé au pouvoir dans un contexte politique marqué par la chute annoncée du Bloc de l’Est et la fin de la Guerre froide opposant les États-Unis et l’URSS. Un monde unipolaire, orienté vers le capitalisme dans sa version néolibérale, se dessine. Or le discours politique du nouveau chef d’État haïtien s’inscrit en faux contre ces idées dominantes. Dans son agenda politique, il plaide en faveur de la réforme agraire, l’augmentation du salaire minimum des ouvriers de la sous-traitance et « de la fin de ce qu’ils appelaient le plan mortel- le néolibéralisme » pour paraphraser l’anthropologue américain Mark Schuller, professeur à Nothern Illinois University. Les Forces armées d’Haïti appuyées par la CIA, l’International Republican Institute (IRI) (Glick Schiller cité par Mark Schuller) et l’oligarchie économique locale ne vont pas tarder à freiner le gouvernement haïtien dans son projet de réforme.

Le Président Joseph Nérette et Raoul Cédras

Dans la nuit du 29 au 30 septembre, le général en chef de l’Armée Raoul Cédras renverse le président élu. Peu de temps après, soit le 9 octobre 1991, le juge de la Cour de Cassation Joseph Nérette est nommé Président de la République. Cinq jours après, la chambre des députés ratifie la nomination de Jean-Jacques Honorat comme Premier ministre. Dans les jours suivant le coup d’État, une répression sanglante s’abat sur le pays. Déjà dans son rapport publié en janvier 1992, Amnesty International fait mention de 1500 civils assassinés et plus de 300 arrestations arbitraires.  radio VSN 57 (Volontaire de la Sécurité nationale, la milice de François Duvalier) dresse une liste de partisans du gouvernement déchu à exécuter. Un animateur invite même les « tonton makout à faire leurs boulots ».  […] écrasez-les, bouffez-les, buvez leur sang, dit-il à l’antenne.

Parallèlement, les recettes néolibérales qui avaient été remises en question par le gouvernement de Jean Bertrand Aristide vont refaire surface pendant ce coup d’État. Toutefois, notons qu’une première étape avait déjà été franchie en avril 1986 pendant le règne du CNG (Conseil National du Gouvernement) par le biais du ministre des Finances Leslie Delatour. En moins de deux ans, cet ancien Chicago Boy a ordonné la fermeture de quatre usines de sucre dont la HASCO et la Sucrière des Cayes qui appartenaient à l’État haïtien. Pour la première usine seulement, on a enregistré une perte d’emploi à plein temps évaluée à 3 000. À cela s’ajoutent 20 000 emplois indirects. De plus, Delatour a réduit les tarifs douaniers sur les denrées importées. Ce qui va saper toute la production agricole locale (Mark Schuller). C’est dans ce contexte économique ultralibéral qu’a eu lieu le coup d’État du 30 septembre 1991 qui va avoir des répercussions considérables sur les conditions de vie de la population haïtienne.

Le retour à l’ordre constitutionnel : à quel prix ?

Trois ans après le coup d’État, le 15 octobre 1994, le président haïtien accompagné de plus de 30 000 marines, revient au pays ; la junte militaire jette l’éponge (Mark Shuller). Une amnistie est accordée aux putschistes. C’est le retour à l’ordre constitutionnel, dit-on à l’époque. En contrepartie, le président signe l’accord Governor’s island qui soumet l’économie haïtienne aux diktats des Institutions Financières internationales (IFI), dont le Fonds monétaire international (FMI), la Banque Mondiale (BM) et la Banque interaméricaine de développement (BID). Les prescriptions néolibérales sont imposées au pays. Elles s’articulent autour de la privatisation et de la mise en œuvre des programmes d’ajustements structurels. Dès lors, le modèle économique néolibéral sert d’armature aux documents stratégiques de politique publique. De PURE (Programme d’urgence et de réhabilitation économique 1994-2004) en passant par le CCI (Cadre de Coopération intérimaire) pour arriver au PDNA (Post Disaster Needs Assessment 2010), les IFI et les puissances occidentales dictent leur loi. (Roland Bélizaire)

Dans la foulée, en 1995, le Chicago Boy Leslie Delatour, ancien ministre des Finances du CNG, est nommé gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH). Il va occuper également ce poste durant le premier mandat du président René Préval. La même année de sa nomination, le parlement haïtien ratifie la loi portant sur la réforme des tarifs douaniers sur le riz qui sont passés de 10 % à 3 %. En novembre 1994, quelques semaines seulement après le retour du président Aristide, ils avaient chuté de 50 à 10 % (Roland Bélizaire). À la suite de ces accords signés sous les auspices du FMI, en 1996, le Conseil de modernisation des entreprises publiques (CMEP) voit le jour. Il jette son dévolu sur 9 entreprises publiques dont l’EDH, la TELECO, La Banque populaire haïtienne, l’Huilerie ENAOL, le Ciment d’Haïti et la Minoterie. Un vaste programme de privatisation est mis en marche. En 1998, le gouvernement de René Préval adresse une lettre aux responsables du FMI pour les rassurer de sa volonté de liquider les entreprises publiques (Sophie Perchelet). Il annonce « la mise en place de cadres régulateurs et le début du processus d’appel d’offres pour la privatisation des entreprises publiques sous diverses modalités ». L’opération se fera avec l’assistance de la Banque Mondiale, la Banque interaméricaine de développement et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

Ainsi, de 1980 à nos jours, le modèle économique néolibéral a été imposé à la population haïtienne, d’où le dépérissement de la production locale, la diminution des recettes fiscales et la réduction des dépenses sociales. Entre privatisation, licenciement et fermeture, les 33 entreprises publiques que détenait l’État haïtien jusqu’en 1996 ont été démantelées (Sophie Perchelet). Dans la foulée, l’administration publique se trouve dans l’incapacité de répondre à ses besoins budgétaires. Elle a dû solliciter des prêts auprès des IFI. Entre 1986 et 2007, le montant total du service de la dette atteint 1,03 milliard de dollars (Sophie Perchelet). Ce qui va renforcer davantage la dépendance de l’économie nationale vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux.

De nos jours, le processus de privatisation des entreprises publiques est au ralenti. Cependant, le Fonds Monétaire International, chantre du néolibéralisme, des politiques d’austérité, continue d’influencer l’orientation économique du pays au détriment de la population. Les tentatives d’augmentation du prix des produits pétroliers par l’administration de Jovenel Moïse, sous l’influence du FMI, illustrent bien notre propos.

Bien sûr, la corruption, l’amateurisme, le gaspillage de fonds publics (traits caractéristiques de l’actuelle administration) n’arrangent rien à l’affaire, mais les mesures d’austérité exigées par le Fonds Monétaire International, ne constituent-elles pas un autre facteur décriant l’équipe au pouvoir ? N’assistons-nous pas aujourd’hui à la continuité du néolibéralisme entrepris par l’ancien étudiant de l’École de Chicago, Leslie Delatour ?

Feguenson Hermogène

Références :

http://www.cyberie.qc.ca/jpc/haiti/hasco.html

https://ayibopost.com/video-la-malediction-du-riz-importe-sur-leconomie-haitienne/

https://www.amnesty.org/download/Documents/192000/amr360031992fr.pdf

– Mark Schuller, Cette charité qui tue. Haïti, l’aide internationale et les ONG. Ed. Université d’État d’Haïti. 2015

– Naomi Klein, La stratégie du choc, La montée d’un capitalisme du désastre. Traduction Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Ed LEMEAC/ACTES SUD.

– Roland Bélizaire. Politiques publiques en Haïti : À quand la rupture avec la dépendance. PAPDA. Juillet 2010.

– Sophie Perchelet, Haïti : entre colonisation, dette et domination. 2 siècles de luttes pour la liberté. Ed CADTM, PAPDA. Octobre 2010

 

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Immunité anti-COVID-19.

octobre 2nd, 2020 by Hélène Banoun

Le Covid -19, est immunisant, mais pas de la manière simpliste d’un anticorps.

À propos de l’immunité anti-Covid-19 : immunité cellulaire, immunité humorale (anticorps) et immunité croisée envers coronavirus de rhume banals et SARS-CoV-2

Covid-19 : immunité croisée avec les autres coronavirus, phénomènes immunopathologiques

Résumé : Le faible pourcentage d’individus ayant développé une Covid-19 symptomatique dans la population peut s’expliquer par l’immunité croisée avec les autres coronavirus. Ce phénomène repose sur l’immunité cellulaire. L’immunité humorale (médiée par les anticorps) pourrait par contre être responsable en partie de certains phénomènes immunopathologiques.

La balance entre cette immunité cellulaire bénéfique et ces phénomènes immunopathologiques pourrait expliquer d’une part la faible représentation des enfants parmi les malades et d’autre part la forte létalité chez les personnes âgées.

Pour faire face à une prochaine pandémie il faudrait donc chercher comment on peut d’une part protéger les populations fragiles et d’autre part améliorer l’état immunitaire de la population mondiale d’un point de vue de santé globale.

Ceci n’est pas uniquement un problème sanitaire mais un problème de société et également un problème économique comme celui de l’état du système de santé de la planète.


Évolution du SARS-CoV-2 : mise à jour septembre 2020

Résumé : Dans un article datant de fin juin, j’essayais d’expliquer la perte de virulence apparente du SARS-CoV-2 par l’évolution du virus. Je rapporte ici les nouvelles observations qui viennent confirmer l’atténuation actuelle de la virulence du SARS-CoV-2. Je proposais que l’évolution du SARS-CoV-2 pouvait être mise en relation avec le système immunitaire de son hôte. Cette hypothèse était fondée sur l’étude comparée de l’immunité cellulaire chez les personnes malades sévères de la Covid et chez les pauci ou asypmtomatiques d’une part et d’autre part sur la mise en évidence d’une possible immunité croisée avec les HCoV (coronavirus de rhumes banals). J’essaye ici de recenser les mutations apparues depuis le début de la pandémie : quel rôle pourraient-elles avoir joué dans l’évolution temporelle de la pandémie (que ces mutations puissent ou non être mises en rapport avec le système immunitaire de l’hôte). Des mutations importantes du point de vue évolutif sont apparues dans les gènes codant des protéines qui interagissent avec le système immunitaire de l’hôte. Une des principales mutations (dans la polymérase virale) est logiquement associée à une plus grande fréquence de mutations dans tout le génome. Cette fréquence fluctue au fil du temps et montre un pic au moment où l’épidémie a été la plus active. Ces deux phénomènes liés pourraient donc en partie expliquer l’évolution vers un phénotype bénin du SARS-CoV-2.

Covid-19 et évolution du virus, ce qu’on peut dire fin juin 2020.

 

Dr Hélène Banoun, pharmacienne biologiste

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1er octobre 2020:

Il y a 30 ans, 4000 soldats ougandais, portant l’uniforme ougandais, ont envahit le Rwanda, violant le droit international. Le silence alors était assourdissant, comme il est chaque fois qu’on marque ce triste anniversaire.

Pourtant, cette invasion a changé de manière tragique le cours de l’histoire rwandaise mais aussi de la région des grands lacs africains et du monde. Car c’est là que la tragédie rwandaise a commencé.

Pierre-Clavers Nkinamubanzi trace l’histoire de cette guerre depuis sa planification à Washington en 1988 jusqu’à l’invasion du Zaïre (aujourd’hui la République démocratique du Congo) en passant par la guerre meurtrière livrée à la population rwandaise par ces soldats ougandais devenus par la suite l’Armée patriotique rwandaise, les Accords d’Arusha, l’assassinat de feu le président Habyarimana et la reprise de la guerre par le Front patriotique rwandais.

 

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L’Affaire Navalny: Cui bono ?

octobre 2nd, 2020 by Pierre Van Grunderbeek

Voilà une affaire qui pose énormément de questions et qui n’a aucune réponse claire pour le moment. Nous pouvons tout au plus souligner les incohérences et les similitudes avec d’autres affaires d’empoisonnement. Est-ce une sordide tentative d’assassinat, une simulation ou un banal ennui de santé de l’intéressé monté en épingle ? Une réponse peut peut-être être trouvée en posant la question suivante : cui bono ?

Un parcours agité.

Alexeï Navalny est un avocat déchu et un blogueur russo-ukrainien [i] qui doit sa notoriété à ses accusations virulentes contre la corruption de dirigeants, de fonctionnaires et de l’élite russe en général ainsi qu’à l’organisation de manifestations illégales contre le gouvernement. Son profil est davantage celui d’un dissident que celui d’un opposant politique classique.

Il s’était d’abord lancé dans le business avant d’obtenir en 2010 une bourse américaine pour suivre une formation au Yale World Fellows sur recommandation entre autres de l’ancien champion d’échecs et opposant notoire à Vladimir Poutine, Gary Kasparov.

Il a connu son heure de gloire quand il termina deuxième aux élections pour la mairie de Moscou en 2013 bien qu’il fût encore relativement inconnu. Sa démagogie pouvait alors sembler crédible.

Suite à une plainte contre X de la société française Yves Rocher, il est condamné avec son frère à trois ans et demi de prison avec sursis en 2014 pour détournement de fonds.

En 2017, la Cour européenne des droits de l’homme avait estimée qu’il avait été privé d’un procès équitable.

Il est en procès en permanence soit pour escroquerie soit pour dénonciations calomnieuses depuis plus de 10 ans et il perd presque à chaque coup.

Pour moi, il y a des milliers de Russes qui pourraient être poursuivis pour les mêmes raisons mais il est évident qu’Alexeï Navalny a été particulièrement visé parce qu’il s’était attaché à dénoncer la corruption (parfois injustement) et que lui-même traîne des « casseroles ». L’expression « L’arroseur arrosé » convient très bien dans le cas Navalny.

Suivant la Commission électorale russe, il ne sera pas éligible avant 2028.

Le dernier procès perdu en appel concerne une vidéo mises en ligne sur le site de FBK (sa fondation anti-corruption) avec le témoignage d’une ancienne employée de Moskovsky Shkolnik (une société de repas collectifs pour écoles) qui dénonçait les conditions insalubres dans lesquelles l’entreprise travaillait. La société en question a porté plainte et a gagné son procès vu qu’un contrat avait été résilié à cause de cette accusation. [ii]

Moskovsky Shkolnik. Les employés ont la tête couverte et portent des gants. Les locaux semblent propres. Ici, des enfants visitent les ateliers.

Alexeï Navalny, son associée Lyubov Sobol et FBK ont été condamnés à payer chacun un dédommagement de 29,2 millions de roubles à Moskovky Shkolnik. [iii]

Cette indemnisation a été reprise par Evgueni Prigogine, un (très) proche de Vladimir Poutine.

C’est un détail qui est important et qui a peut-être un rapport avec l’affaire Navalny.

Rappel des faits.

Alexeï Navalny se trouvait le 20 août à Tomsk, en Sibérie occidentale, dans le cadre des élections régionales du 13 septembre.

Il quitte son hôtel avec ses collaborateurs et se rend à l’aéroport pour prendre l’avion pour Moscou. Il boit un thé qu’un de ses proches lui apporte à la cafétéria.

Durant le vol, il est pris d’un malaise dans une des toilettes. Il existe une vidéo où on l’entend gémir.

L’avion interrompt son vol pour débarquer Alexeï Navalny à Omsk, une ville d’un peu plus d’un million d’habitants de Sibérie occidentale.

Il est immédiatement admis à l’Hôpital Clinique régional d’Omsk.

Il est pris en charge par une équipe médicale qui le lendemain déclare ne pas avoir trouvé de trace d’empoisonnement. Les médecins parlent d’un trouble métabolique lié à une hypoglycémie.

Une hypoglycémie est assez facile à traiter mais si le taux de glycémie est tombé très bas, il peut y avoir des complications. Alexeï Navalny est maintenant dans le coma.

Son entourage hurle à la machination et parle d’empoisonnement. Ils veulent un transfert en Allemagne. L’équipe médicale estime que son état ne permet pas un transfert.

Un avion médicalisé envoyé par une ONG allemande arrive à Omsk… 24 heures après son malaise. Qui a payé ce vol ?

Le lendemain, le 22 août, le transfert d’Alexeï Navalny, toujours dans le coma, vers l’Allemagne est autorisé sans doute avec l’accord présidentiel vu qu’il ne peut pas quitter le territoire à cause de ses démêlées judiciaires.

L’avion l’amène à l’hôpital de la Charité de Berlin.

Le 24 août, Berlin annonce, citant des médecins militaires (pourquoi militaires?), qu’Alexeï Navalny a été empoisonné par un neurotoxique de type Novitchok. Tous les médias mainstream s’emballent et demandent des sanctions

Le 6 septembre, il sort du coma.

Le 14 septembre un laboratoire français et un Suédois confirment que des traces d’un agent neurotoxique ont été découvertes dans son sang.

Le 17 septembre, l’équipe d’Alexeï Navalny affirme que des traces de Novitchok ont été trouvées sur une bouteille d’eau récupérée dans sa chambre.

Ici, il y a une bizarrerie. Nous savons qu’Alexeï Navalny est débarqué à Omsk et que le diagnostic de l’hôpital n’a pas décelé de trace d’empoisonnement. Or il faut bien 24 heures pour avoir des résultats d’analyses.

Ses proches ont très vite parlé d’empoisonnement et on a d’abord cru que le thé bu à l’aéroport de Tomsk avait été empoisonné. Il s’était avéré que cette piste n’était pas plausible parce que c’est un proche qui a été chercher le thé et personne ne pouvait savoir à qui il était destiné. Quand la piste du thé s’est révérée fausse, un jour plus tard, quelqu’un de son entourage est retourné à l’hôtel, a récupéré une bouteille d’eau qu’Alexeï Navalny avait bu et l’a amenée en Allemagne pour analyses.

Les Allemands disent y avoir décelé des traces de poison.

Vous pensez vraiment qu’Alexeï Navalny descendrait dans un bouge ou trois jours après son départ, la chambre n’était pas encore faite et que des bouteilles de boisson y traînaient encore et même si c’était le cas, pourquoi un poison censé foudroyer ses victimes mettrait trois heures avant de faire son effet ?

C’est invraisemblable ! C’est une opération d’un amateurisme crasse !

De plus, peut-on imaginer qu’un quidam introduise une bouteille contaminée par un agent chimique militaire en Allemagne sans être inquiété par les services sanitaires du pays et qu’il ne soit pas arrêté ?

Le 22 septembre, il sort de l’hôpital. Il manifeste son désir de rentrer en Russie. Il réclame ses vêtements qui sont restés en Russie.

Il reçoit une fin de non-recevoir. Ses vêtements sont des pièces à conviction. Les enquêteurs russes disent qu’on pourrait contaminer ses vêtements en Allemagne. Ils se tiennent à la déclaration de l’équipe médicale d’Omsk. Quand Alexeï Navalny est arrivé à l’hôpital, il ne présentait pas de trace d’empoisonnement. Ses vêtements non contaminés en sont une preuve.

Que s’est-il passé ?

Comme souvent en ce qui concerne la Russie, la majorité de l’opinion publique est influencée par les clichés datant de la Guerre froide. Les médias peuvent dire à peu près tout et n’importe quoi vu que bien peu de gens consulte les médias russes et que personne n’ira sur place pour enquêter sans préjugé.

Nous n’avons cependant que deux explications possibles.

  • Une officine russe ou quelqu’un a voulu l’éliminer ou a tenté de le faire croire.
  • Il a été victime d’une crise liée à son état de santé ou a volontairement ou accidentellement ingurgité un poison.

Le fait qu’il a été pris d’un malaise réel ou simulé dans l’avion qui le ramenait de Tomsk à Moscou le 20 août dernier est révéré incontestable.

A priori, Alexeï Navalny ne représente pas une menace politique pour Vladimir Poutine. C’est tout au plus une espèce de poil à gratter qui dérange l’élite russe. Je dirais même que sans le dire, Vladimir Poutine est peut-être bienveillant à ces dénonciations pour autant qu’elles soient fondées. Lui-même, il n’est pas en mesures de se confronter à son État profond libéral. Il est très puissant en politique extérieure mais très peu en politique intérieure.

Suite aux dédommagements à payer à Moskovsky Shkolnik, Alexeï Navalny et sa fondation sont complètement ruinés. Pourquoi choisir ce moment pour l’éliminer physiquement en mouillant des Services secrets russes. Si Alexeï Navalny avait été contaminé par un agent neurotoxique militaire, lui et son entourage seraient six pieds sous terre à l’heure actuelle. Des professionnels n’utilisent pas ce genre de produit à dose homéopathique.

En revanche, les victimes des dénonciations d’Alexeï Navalny doivent sans doute mûrir des plans de vengeance depuis longtemps soit pour le faire taire soit pour le punir.

Le problème, c’est qu’il y en a des centaines et trouver un éventuel coupable dans ces conditions, c’est chercher une aiguille dans une botte de foin.

D’un autre côté, si la substance utilisée pour éliminer Alexeï Navalny est vraiment ce que les laboratoires occidentaux prétendent, c’est-à-dire un agent innervant, je ne vois pas comment des non-militaires auraient pu se le procurer.

Il ne faut pas exclure non plus que ses sponsors aient estimé que les actions provocatrices d’Alexeï Navalny mènent l’opposition pro-occidentale dans une impasse. A force de dénoncer l’élite libérale corrompue, il empêche l’émergence d’un candidat libéral crédible capable de se mesurer à Vladimir Poutine en 2024. [iv]

Un produit sophistiqué (qui a fait baisser son taux de glycémie par exemple et qui est donc indécelable) fourni par une agence occidentale aurait pu lui être administré pour qu’il agisse durant le vol de Tomsk à Moscou.

L’atterrissage d’urgence à Omsk n’avait pas été prévu et cela pourrait avoir sauvé la vie d’Alexeï Navalny.

Cela expliquerait la célérité mise pour le sortir de Russie avant que l’hôpital d’Omsk ne décèle la substance en question ou confirme qu’il n’y a pas d’empoisonnement. Il faut savoir que l’hôpital d’Omsk est très moderne et possède un équipement médical récent importé des États-Unis. Il n’aurait pas tardé à trouver la cause du problème.

Un proche serait alors responsable de l’empoisonnement.

C’est évidemment une thèse que les stupides médias occidentaux réfutent vigoureusement au nom du complotisme. Il leur est insoutenable de faire croire à leurs lecteurs que des Services secrets occidentaux seraient capables de coups fourrés. Pourtant, les exemples ne manquent pas : Rainbow Warrior, la fiole de Colin Powell, les couveuses de Koweït, le Plan Fer-à-cheval (Kosovo), le Massacre de Racak, le massacre programmé par Mouammar Kadhafi à Benghazi etc.

A part pour le Rainbow Warrior qui est un cas à part plus ancien, les décideurs de guerre occidentaux se sont toujours servis d’excuses fallacieuses pour convaincre les opinions publiques de la justesse de leurs actions belliqueuses. La CIA ou le MI6 sont parfaitement capables de mener ces actions.

Je ne prends pas position, je dis simplement qu’il ne faut rien exclure.

S’il n’y avait pas eu d’empoisonnement en Russie, ce qui est plausible, ce serait une cause naturelle qui serait responsable du malaise d’Alexeï Navalny.

Une hypoglycémie peut effectivement provoquer de la confusion et une perte de connaissance comme le pense le centre médical d’Omsk. Le hic, c’est qu’une fois le diagnostic posé, la prise de glucide vous rétablit rapidement or Alexeï Navalny a été maintenu dans le coma. C’est le signe qu’il y avait une complication indéterminée comme par exemple un insulinome mais cela demandait des examens approfondis que l’Hôpital d’Omsk n’a pas eu le temps de faire et il faut voir les livres pour en savoir plus.

Quoi qu’il en soit, Alexeï Navalny avait des difficultés respiratoires et était dans le coma quand il a été transféré en Allemagne.

Il n’est pas totalement exclu qu’on lui ait administré ultérieurement une dose inoffensive de poison pour qu’on le décèle dans les analyses sanguines.

Cui bono ?

Alexeï Navalny n’a pas l’envergure pour menacer le pouvoir de Vladimir Poutine. De plus, avec son inéligibilité et ses dédommagements à payer, lui et son association sont sur la paille et ses sponsors rechignent à financer son association. Il n’arrive plus à mobiliser les foules. Il rassemble tout au plus des collégiens en mal de révolution comme tous les jeunes de leur âge.

Vladimir Poutine devrait être vraiment stupide pour ordonner son élimination juste à un moment où tout lui réussit : triomphe à son référendum, vaccin Spoutnik V, régimes ennemis (Ukraine et Pays baltes) en grandes difficultés économiques, renaissances industrielle et militaire de la Russie etc.

Une initiative d’un Service secret (FSB, GRU, SVR) sans l’assentiment du Président est peu plausible et l’accès à des agents neurotoxiques doit être très strictement contrôlé. Officiellement, la Russie ne possède d’ailleurs plus d’agent de type Novitchok.

L’action s’étant déroulée sur le territoire russe, ils auraient eu la possibilité d’utiliser toute une panoplie de moyens pour ne pas rater leur coup.

Aucun de ces services n’a quelque chose à gagner avec la mort d’Alexeï Navalny.

Les élites russes, pro-Poutine et libérales (pro-occidentales), ont vraiment des raisons d’en vouloir à Alexeï Navalny. Ce sont des oligarques très puissants qui peuvent facilement faire appel à des hommes de main pour faire la sale besogne. Ce qui serait alors bizarre, c’est le moyen employé : un agent de type militaire est très dangereux à manipuler. Les responsables auraient au moins dû porter des combinaisons pour disposer ce produit dans l’environnement d’Alexeï Navalny et tout son entourage aurait été contaminé.

Evgueni Prigogine fait partie de ces oligarques souvent visés. Après la fausse accusation d’avoir contaminé par négligence des enfants avec des repas frelatés, une vengeance par empoisonnement serait une explication tentante mais un peu faible vu qu’Alexeï Navalny lui est redevable d’un énorme dédommagement.

Oui, pour ces gens, la mise hors d’état de nuire d’Alexeï Navalny est un soulagement mais ils savaient parfaitement bien qu’il était de toute façon affaibli et ces gens n’ont pas accès au type de produits utilisés suivant l’hôpital de la Charité.

Il faut aussi s’intéresser à l’entourage d’Alexeï Navalny. Les outrances et les démêlées avec la justice ont discrédité le blogueur et son mouvement auprès de l’opinion publique russe. Beaucoup de ses proches sont soutenus par Michaïl Khodorkovski, l’ennemi mortel de Vladimir Poutine, et ils peuvent penser que l’heure d’Alexis Navalny est passée.

Sans lui, son mouvement essayerait de devenir une opposition traditionnelle qui pourrait s’allier aux divers autres partis libéraux pro-occidentaux lors d’élections vu qu’une révolution de couleur est quasi impossible en Russie.

Pour le moment, aucun de ces partis n’est prêt à s’allier à Alexeï Navalny. Beaucoup de ses prises de position sont contraires aux « valeurs européennes » : Crimée, racisme (son slogan : arrêtez de nourrir le Caucase !), immigration etc. Alexeï Navalny est un nationaliste russe qui joue sur le populisme et il faut le savoir. L’opposition libérale ne serait pas mécontente d’en faire une victime sacrificielle et de voir cet électron libre banni de Russie.

Je pense qu’Alexeï Navalny l’a bien compris, d’où son empressement à rentrer en Russie pour reprendre son mouvement en main avant qu’il ne soit trop tard.

Un malaise naturel est aussi plausible. Les analyses de l’hôpital russe n’ont pas décelé d’empoisonnement. Leur laboratoire est équipé d’appareils médicaux américains de dernières générations et il est difficile de croire que tous les médecins russes sont des agents du FSB. [v] C’est mal connaître la Russie que de le croire.

 L’équipement de l’Hôpital Clinique régional de Omsk est manifestement récent.

Pour les autorités russes, c’est un patient qui n’avait pas de trace d’empoisonnement qui est parti en Allemagne et cela suggère que c’est en Allemagne qu’on lui a administré une microdose d’un agent toxique pour qu’on le décèle lors des analyses ou qu’on a directement contaminé les éprouvettes.

Cela pourrait provoquer une grave crise politique entre l’Allemagne (ainsi que l’UE) et la Russie parce qu’il est certain que le laboratoire d’Omsk a gardé des échantillons du sang, d’urines et de salive d’Alexeï Navalny. Le fait que l’Allemagne refuse de donner les résultats de leurs tests et renvoie la Russie vers l’OIAC qui elle-même la renvoie vers l’Allemagne est très bizarre. Il est évident que si les résultats étaient transmis aux Russes, ils seraient immédiatement comparés aux prises de sang russes et s’il y a supercherie, elle serait vite dénoncée.

Une autre anomalie qui peut être comparée à l’affaire Skripal c’est qu’il s’agit d’un empoisonnement démonstratif, c’est-à-dire à faible dose de concentration de poison qui n’est pas destiné à tuer la victime mais qui laisse des traces d’un agent de guerre chimique crée à la fin de l’URSS dans le corps de la victime.

L’usine qui produisait cet agent se trouvait à Chikhany, ville russe à la frontière avec le Kazakhstan et elle a été démantelée par les États-Unis en 1993. Ce pays et certains de ses alliés de l’OTAN ont reçu les formules et elles se trouvent pratiquement sur Internet à l’heure actuelle.

Il est difficile de contester qu’il y ait immédiatement eu des déclarations appelant à stopper la construction de Nord Stream 2. C’est vraiment curieux, parce qu’il est difficile de voir un rapport entre un dissident-opposant malade ou empoisonné et un projet économique rentable pour tout le monde. Ici, il y a un objectif économique et politique étasunien qui est en jeu.

Le bénéfice pour les milieux atlantistes est évident. Un de leur premier objectif, l’arrêt de Nord Stream 2, est sur la sellette et la Russie est globalement à nouveau accusée d’être un État paria à un moment où la crise biélorusse se préparait, que l’Ukraine est au bord de l’effondrement et qu’elle est sur le point d’engranger un succès majeur avec son vaccin contre la COVID-19.

J’exclus un auto-empoisonnement d’Alexeï Navalny. Il me semble dans un état mental normal et il ne prendrait pas le risque d’être contaminé par un agent neurotoxique juste pour nuire aux autorités russes ou pour ne pas payer les réparations à une de ses victimes et ensuite dire qu’il compte rentrer au pays.

Même si c’est une hypothèse peu vraisemblable, on peut aussi penser à un empoisonnement accidentel.

Les conséquences.

Une nouvelle série de sanctions mutuelles vont à nouveau creuser le fossé entre l’Union européenne et la Russie. Personne ne va y gagner quelque-chose mais à mon avis, la Russie est à présent économiquement prête à encaisser un nouveau choc et ripostera durement.

En cas d’arrêt définitif de la construction Nord Stream 2 de par sa propre décision, l’Allemagne sera contrainte de payer de lourds dédommagements à toutes les entreprises concernées par le projet et elle devra subir une lourde augmentation du prix du gaz naturel qui risque de mettre sa reprise économique en difficulté.

Pour la Russie, il y a un deal avec l’Allemagne. Vous nous acheter nos hydrocarbures et nous vous achetons vos voitures. Qu’en sera-t-il de ce deal ?

D’après ce que je lis dans les médias russes, le gouvernement serait prêt à détourner le gaz de Nord Stream 2 vers son marché intérieur. Il faut savoir que les villages de campagne russes ne sont pas encore tous raccordés au gaz naturel et qu’il y a là une opportunité pour améliorer le confort des Russes comme ces derniers le réclament.

On pourra aussi s’attendre à une politique étrangère différente avec le replacement du Ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, par quelqu’un de moins conciliant. On parle de Sergueï Narychkine, le directeur du SVR (Service de renseignements extérieur), d’ailleurs sous sanctions occidentales. Il préconise de nouvelles approches conceptuelles des problèmes d’actualité de la politique de l’État pour faciliter les investissements en Russie.

Xi Jinping et Sergueï Narychkine.

Si les relations entre l’Occident et la Russie se détérioraient encore davantage, le cauchemar d’une politique russe plus offensive visant à écarter les Occidentaux de leurs bastions dans leurs ex-colonies pourrait bien se réaliser.

Un approfondissement des liens stratégiques avec la Chine sera aussi probable. La Chine participe d’ailleurs actuellement aux manœuvres Kavkaz-2020 (environ 80000 soldats) en Russie européenne.

Une autre conséquence de cette affaire est que l’unité se ressoude autour du président dont l’honneur est mis en cause. Les commentaires anti-occidentaux sous des articles traitant du sujet sur Internet recueillent des milliers de pouces verts.

Si les journalistes du mainstrean les voyaient, ils seraient effarés (et effrayés par la violence des commentaires).

Conclusion.

Poser un ultimatum à la Russie a été très maladroit de la part d’Angela Merkel.

C’est aussi paradoxal dans le sens où l’Allemagne dit détenir des preuves de l’empoisonnement d’Alexeï Navalny mais refuse de les partager avec des enquêteurs russes. Trouvez le coupable et punissez-le. Je détiens les preuves et les pièces à conviction mais je ne vous les communiquerai pas.

Cet ultimatum est adressé à Vladimir Poutine qui le prend comme une accusation personnelle de couvrir des responsables d’un empoisonnement. Cela risque plutôt d’empoisonner définitivement les relations entre Angela Merkel et Vladimir Poutine.

La Russie 2020 de Poutine n’est plus la Russie 1992 d’Eltsine. Son PIB dépend de moins en moins des matières premières.

Elle a réussi à mieux diversifier son économie et à relancer son industrie au point de dépasser celui de l’URSS. Son PIB-PPA a dépassé maintenant celui de l’Allemagne et la Russie est devenue la première économie du continent européen.

Tout cela pour dire qu’elle a atteint un niveau suffisant pour ne plus accepter qu’on lui parle sur un ton menaçant.

Il n’y a pas de flagrant délit. Il y a même de nombreux coupables possibles alors il faut raison garder et ne pas accuser sans preuve.

Au stade actuel, ceux qui ont la conviction que des Services secrets russes sont responsables de cet empoisonnement pensent plus avec leurs préjugés qu’avec leur cerveau.

A ce niveau de haine de la Russie, ils considéreraient un Landru comme une victime pour peu qu’il ait manifesté son opposition à Vladimir Poutine.

Quant à Alexeï Navalny, il aurait intérêt à rentrer au pays pour sa propre sécurité mais tous ses biens ainsi que ceux de sa fondation ont été saisis.

Les autorités russes disent qu’il n’y a pas d’objection à son retour. Il devra donc être hébergé par des amis s’il veut rentrer en Russie.

Je pense cependant qu’on essaiera de le convaincre de rester en Allemagne. S’il a vraiment des traces de Novitchok dans son sang maintenant et qu’il n’en avait pas le 22 août, les Russes demanderont des explications à l’Allemagne.

Tôt ou tard, il prendra conscience qu’il n’est qu’une marionnette habilement manipulée.

Alexeï Navalny veut la fin du système russe actuel et il n’a pas tort quand il parle du parti des escrocs et des voleurs quoique tout est plus nuancé mais il n’a pas encore compris que ce ne sera pas lui qui sera le candidat président adoubé par l’élite mondialiste.

Pour beaucoup d’analystes russes et occidentaux, c’est principalement l’arrêt de Nord Steamer 2 qui est l’enjeu de cette tragi-comédie et il est bien tentant de trouver là l’explication de cette affaire.

N’oublions pas que Mike Pompeo a déclaré que tous les moyens pour arrêter Nord Steamer 2 seront utilisés… tous les moyens… [vi]

Pierre Van Grunderbeek

Pour aller plus loin :

Relation Russie-Allemagne, Nord Stream 2 et l’empoisonnement d’Alexei Navalny

Par Peter Koenig, 08 septembre 2020

 

Notes

i Suivant Wikipédia en russe : « En 2013, sur les ondes de la chaîne de télévision ukrainienne Inter, Navalny a déclaré qu’il était moitié russe, moitié ukrainien, soulignant : probablement plus ukrainien en termes de racines et de génétique».

ii Moskovky Shkolnik a été condamné à indemniser les victimes d’une épidémie de dysenterie liée à ses fournitures de repas. Le tribunal a cependant estimé que cette épidémie n’était pas liée à des conditions insalubres comme dénoncées dans la vidéo de FBK et notamment à l’utilisation de produits contaminés par des vers ou à l’utilisation de toilettes pour laver les légumes comme l’ex-employée l’avait déclaré. Elle a ensuite réfuté ses propos et a été condamnée à ne payer qu’un rouble symbolique. Elle dit qu’elle a lu un texte présenté par Navalny et ses acolytes parce qu’elle avait besoin d’argent (qu’elle n’a bien sûr jama­is reçu.)

ivS’en être pris à Dmitri Medvedev par exemple est contre productif pour les élites occidentales. Dmitri Medvedev est euro compatible et se trouve actuellement marginalisé et  n’entre plus en lice pour succéder à Vladimir Poutine.

vL’atterrissage à Omsk était imprévu et ce sont les analystes habituels qui étaient en poste. Peut-on imaginer soit que tous les analystes des hôpitaux sont aux ordres du FSB soit que le FSB avait prévu que l’avion débarquerait Alexeï Navalny à Omsk et a immédiatement pris le contrôle du laboratoire sans que cela ne fuite ?

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Les élections législatives du 6 décembre 2020 au Venezuela ont des enjeux considérables. Plus qu’une élection de députés, il s’agit de construire un consensus démocratique pour remettre le Venezuela sur les rails institutionnels, sortir de la spirale de violence impulsée par une fraction de l’opposition, et faire front pour stopper le pillage du pays par les puissances occidentales. A n’en point douter, ces élections vont devenir une bataille géopolitique et un terrain fertile aux fakes news. Dans cette série de sept articles, Romain Migus, dresse une radiographie de la situation pré-électorale afin de nous donner des clés pour comprendre les enjeux et mieux appréhender les rapports de force existants. Les 2 Rives

La crise politique et institutionelle profonde que traverse le Venezuela ne date pas d’hier. Dès sa victoire aux élections législatives de 2015, l’oppsosition a comencé à élaborer des mécanismes pour renverser le président Maduro. Alternant les moyens pseudos légaux avec des épisodes insurrectionnels, l’anti-chavisme s’est d’emblée écarté d’une situation -inédite- de cohabitation politique pour s’engager sur les voies tortueuses des raccourcis antidémocratiques.

Cette stratégie, qui a eu des effets désastreux sur l’institutionnalité du pays et des conséquences calamiteuses pour la population, a abouti presque logiquement à la tentative de coup d’État institutionnel, mis en place par les États-Unis et leurs alliés puis appliqué par Juan Guaido.

Au lendemain de sa victoire aux législatives en 2015, les quatre grands partis d’opposition (Acción Democratica, Primero Justicia, Un Nuevo Tiempo et Voluntad Popular) tombèrent d’accord pour se partager le perchoir. Une présidence tournante de l’Assemblée Nationale fut mise en place pour donner à chaque parti du G4 le pouvoir de contrôler le pouvoir législatif durant un an.

La lente mise en place de la stratégie états-unienne

En mai 2016, conscient de l’impasse dans laquelle la cohabitation inédite avait plongé le pays, le gouvernement de Nicolas Maduro s’engagea dans un processus de négociation sous la médiation de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, de l’ex-président de la République Dominicaine, Leonel Fernandez et de l’ex-président du Panama, Martin Torrijos.

En janvier 2018, cette série de 150 rencontres tenues en République Dominicaine va aboutir à la rédaction d’un accord portant sur la convocation à une élection présidentielle anticipée ainsi que sur ses garanties électorales.

Mais, alors que la plupart des revendications de l’opposition avait été concédées par le gouvernement bolivarien, les dirigeants antichavistes vont faire volte-face au dernier moment. « Tout était prêt [pour la signature de l’accord] jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles » déclarera Jorge Rodriguez, alors à la tête de la commission de dialogue pour le gouvernement.

« Dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie de l’ancien secrétaire d’État US, Rex Tillerson (…) L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord ». De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé. D’alternative, il n’y en aura point, car les États-Unis ont un agenda propre qui ne passe pas la communion démocratique.

Malgré le torrent de fake news à ce sujet, le Venezuela dispose d’un système électoral extrêmement sûr et démocratique. Dans les jours précédant l’élection, Le Centre National Electoral (CNE), organe recteur du pouvoir électoral, convoque tous les partis politiques participants à l’élection à une série de 14 audits préalables. Ainsi, sont mis à l’épreuve les listes d’électeurs, le logiciel utilisé pour la collecte des données électorales, les machines à voter ainsi que leur mode d’assemblage, le système biométrique de reconnaissance des électeurs, l’encre indélébile, le réseau de transmission des données électorales ainsi que le système de totalisation des données. Des observateurs de chaque parti politique participent à ces différents audits précédant le vote des citoyens. Chaque étape doit être approuvée préalablement par tous les participants pour assurer la plus grande transparence de l’élection. Autrement dit, lorsqu’un parti politique participe à une élection, ses représentants signent les procès-verbaux des audits, et valident ainsi la transparence du système électoral l’élection. La participation à l’élection présidentielle aurait immanquablement ratifié internationalement la victoire du président Maduro. Les USA n’allaient pas se risquer à recevoir un pareil camouflet.

L’opposition radicale prend le pouvoir

Conformément à l’accord entre les partis du G4, le pouvoir législatif est revenu début 2019 au parti Voluntad Popular, dont le leader Leopoldo Lopez a été condamné pour sa responsabilité dans les violences insurrectionnelles de 2014.

Remarqué par les États-Unis depuis ses études à la Kennedy School of Government de l’Université de Harvard, Leopoldo Lopez est un personnage historique de l’antichavisme radical. Il participera activement au coup d’État contre Hugo Chávez en 2002, et à toutes les aventures anti-démocratiques de l’opposition. De manière générale, il fait de la confrontation violente avec le gouvernement bolivarien sa signature politique.

Décrit comme « arrogant, vindicatif et assoiffé de pouvoir » dans des câbles diplomatiques étasuniens, il a été expulsé de plusieurs formations politiques comme Primero Justicia et Un Nuevo Tiempo, avec qui il entretient des rapports tendus. En 2009, il fonde son parti Voluntad Popular qui devient l’organisation principale de l’opposition extrémiste. Celle pour qui le renversement du chavisme justifie tous les moyens utilisés.

Conscient que les divisions de l’opposition ne favorisent pas une victoire par les urnes. Les États-Unis projettent dès 2018 le renversement de Nicolas Maduro, en sachant que leur meilleur allié allait occuper la présidence de l’Assemblée Nationale. D’où la nécessité de faire capoter les accords pré-signés en République Dominicaine.

Pour occuper le perchoir, Lopez va réaliser un choix surprenant. Rodé aux traquenards et aux trahisons politiques, il passera outre la hiérarchie de son parti pour jeter son dévolu sur un muchacho sans grande expérience, élu député de justesse. Le jeune en question possède d’autres « qualités ». A la différence de Leopoldo, il ne fait pas parti de l’oligarchie vénézuélienne -il est donc sacrifiable- et son inexpérience promet de ne pas faire d’ombre à son mentor.  Voluntad Popular présentera donc Juan Guaido à la présidence de l’Assemblée Nationale, et comme figure médiatique du plan macabre qui se prépare alors en coulisse.

L’opération Guaido

Le 5 janvier 2019, le député Guaido assume la présidence du pouvoir législatif. Dans son discours inaugural, il fait déjà état des différentes étapes insurrectionnelles qui vont entacher le pays pendant plusieurs mois. Le 23 janvier, au détour d’une rue, il s’auto-proclame « président par intérim », immédiatement reconnus par les États-Unis, les pays de l’Union européenne (à l’exception de la Grèce, à l’époque) et une poignée de gouvernement de droite de la région.

L’Assemblée nationale devient alors l’épicentre politique d’une guerre institutionnelle. Le pouvoir législatif approuve illégalement des « Statuts pour la transition démocratique ». Selon le chapitre 3, paragraphe 14 de ce document « le président de l’Assemblée Nationale devient le légitime président de la République Bolivarienne du Venezuela ». Détail qui va prendre une importance capitale.

Les États-Unis réitèrent ainsi une stratégie déjà utilisé en Libye et en Syrie : la constitution de pouvoirs parallèles. A la présidence fantoche de Guaido s’ajoute une Cours Suprême parallèle (depuis le Panama), une procureure générale parallèle (depuis la Colombie). Dans les semaines qui suivent, l’opposition essaiera en vain de monter une armée parallèle mais ils se heurteront à la fidélité des forces armées bolivariennes à la Constitution et à leur Commandant en chef, Nicolas Maduro.

Grâce à l’opération Guaido, va s’organiser une opération de pillages des actifs de la République Bolivarienne du Venezuela. Prétextant la reconnaissance de cette présidence parallèle, des entreprises publics vénézuéliennes vont être confisquées, des comptes bancaires de la nation gelés par des banques internationales, des réserves d’or spoliées. Juan Guaido devient le prête-nom d’une entreprise de spoliation des richesses du Venezuela.

Ce pillage organisé se double d’une recrudescence criminelle du blocus mis en place dès décembre 2014. A la demande de Guaido, le Peuple vénézuélien subit de plus en plus les conséquences des mesures coercitives unilatérales des États-Unis. Exclusion des systèmes bancaires et financiers internationaux, impossibilités ou difficultés pour la nation caribéenne de s’approvisionner en aliments, médicaments, pièces de rechange pour l’industrie, combustible, persécution internationale de tous les acheteurs du pétrole vénézuélien. Comme l’avouait l’ancien conseiller à la Sécurité Nationale des États-Unis, John Bolton, lors d’une interview à la chaine Univision : « Ce que les États-Unis font au Venezuela, c’est comme dans Star Wars, lorsque Darth Vador étrangle lentement quelqu’un ».

Parallèlement, six opérations militaires et tentatives de coup d’État vont être lancées contre la Nation vénézuélienne durant l’année 2019. L’opération Gédéon, et le débarquement de mercenaires, au mois de mai 2020, fera encore augmenter les violences d’un cran.

Vers le dénouement de la crise politique au Venezuela ?

La « présidence » virtuelle de Juan Guaido a marqué un aboutissement dans la stratégie de la tension au Venezuela depuis l’élection parlementaire de 2015. L’Assemblée nationale a été, pendant cinq ans, le centre opérationnel où les apprentis sorciers de l’opposition ont concocté toutes sortes de stratagèmes anti-démocratiques : tentative de jugement politique au président Maduro en 2016, épisode insurrectionnel des Guarimbas en 2017, approbation du Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR) dans le but de déclencher une offensive militaire étrangère contre le pays (2019), demande de recrudescence de l’infâme blocus, et tentative de coup d’État institutionnel. Au fur et à mesure de leurs échecs, de nombreux députés de l’opposition ont même franchis un pas supplémentaire prenant part directement à l’organisation des opérations militaires contre l’État vénézuélien.

Les élections législatives du 6 décembre 2020 représentent donc une opportunité historique de fermer démocratiquement un cycle de violences et de confrontations ouvert depuis 2015. Plus qu’un simple choix de députés, ce scrutin parlementaire est la possibilité offerte au Peuple vénézuélien de plébisciter un retour à la normalité constitutionnelle et démocratique. Au-delà de s’exprimer pour un candidat chaviste ou de l’opposition, le citoyen vénézuélien aura la possibilité de sanctionner dans les urnes les errances anti-démocratiques d’une frange minoritaire de l’opposition. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’isoler les éléments putschistes de l’échiquier politique vénézuélien, et réunir la population autour d’un consensus démocratique commun.

D’ores et déjà, plusieurs politiciens d’opposition, et non des moindres -tel que l’ancien candidat à la présidentielle, Henrique Capriles- ont fait connaitre leur intention de légitimer la démocratie électorale et de renforcer l’institutionnalité de l’État vénézuélien. Quel que soit le résultat au soir des résultats, l’État et la démocratie vénézuélienne seront les grands gagnants de cette élection.

Toutefois, cette préoccupation nationale est loin d’être une sinécure. De trop nombreux acteurs s’oppose encore à cette solution pacifique. Leopoldo Lopez, Juan Guaido et leurs partisans, même minoritaires, continuent de s’opposer à une solution par les urnes. Vu les enjeux financiers, il ne pourrait en être autrement. En effet, les membres de cette faction se rétribuent largement du rôle que leur a assigné les États-Unis : détournement de l’argent humanitaire, financement par des fondations étrangères, participation active au pillage des actifs du Venezuela, corruption, racket, liens avec les cartels narco-paramilitaires colombiens. Les membres du Gang de Guaido ne savent que trop bien qu’une défaite électorale les éloignerait pour toujours du magot.

Au niveau international, mettre fin à la présidence virtuelle de Guaido, c’est sonner le glas du pillage dont tirent profits de nombreux pays occidentaux et certaines banques internationales. Les États-Unis ont déjà déclaré qu’ils ne reconnaitriat par le résultat des urnes. Le 4 août 2020, par la voix d’Elliot Abrams, envoyé spécial de Washington pour le Venezuela, les USA passèrent outre les « statuts de transitions » illégaux qui confèrent au président de l’Assemblée Nationale le statut imaginaire de « président intérimaire », et déclarèrent que « cette élection ne changera rien à la condition de Guaido« . L’homme de main de Leopoldo Lopez est donc bombardé « président à vie » par la puissance impériale sans que cela n’émeuve un système médiatique qui, habituellement, s’emballe lorsqu’un politicien progressiste cherche à se faire réélire.

L’Union européenne, qui peine à se démarquer diplomatiquement des États-Unis, adopte une ligne plus ambigüe. Josep Borell, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré le 11 aout 2020, quelques jours après le sacre de Guaido par les États-Unis que « les conditions pour un processus électoral transparent, inclusif, libre et équatif ne sont pas réunies au Venezuela ». Toutefois, l’entité supranationale maintient un canal de négociation avec le gouvernement bolivarien ainsi qu’avec la frange démocratique de l’opposition. L’UE devra donc trancher entre aider le Venezuela à retrouver une normalité institutionnelle et son suivisme dans la politique extérieure des États-Unis.

Le rendez-vous est donc pris pour le 6 décembre 2020. Compte tenu des enjeux, l’élection vénézuélienne ne manquera pas de devenir l’évènement géopolitique (et médiatique) majeur de cette fin d’année.

Romain Migus

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  • Commentaires fermés sur Élections au Venezuela: comprendre les enjeux du scrutin. La lente mise en place de la stratégie états-unienne

L’Étasunien défaillant et en pleine crise vit ses moments les plus critiques en tant que grande puissance lancée dans une guerre ouverte contre l’axe de la Résistance, le front du Refus et même ses amis internationaux sur plusieurs terrains. Il manœuvre ouvertement et sans détours en usant des reliquats de Daech afin de nous distraire de la mission initiale : briser sa base militaire en Palestine occupée. 

Récemment, nous avons reçu un rapport intitulé :

« LES PROCHAINS PLANS ÉTASUNIENS VISANT LA DÉFLAGRATION DE PAYS ARABES ET D’ASIE CENTRALE ».

En voici le contenu : 

« Une source européenne -spécialisée dans le suivi des déplacements d’éléments terroristes au Moyen-Orient, dans les pays d’Asie centrale et en Chine- a fait savoir que dans le cadre des opérations stratégiques visant à achever l’encerclement de la Chine et de la Russie puis de se diriger vers la mer de Chine et de s’y déployer, les services américains concernés ont mis en place un commandement militaire unifié pour l’ensemble desdits « moudjahidines » à la manière de ce qui avait été fait dans les années quatre-vingt du siècle dernier. Les premières étapes de mise en œuvre de cette planification furent les suivantes : 

  1. Confier à la Turquie la charge d’établir des camps d’entraînement pour les éléments de Daech destinés à être transférés vers des pays africains, dont l’Égypte, en superviser la formation et la préparation aux combats, suivre les opérations futures sur le terrain dans plusieurs pays arabes et musulmans. 
  1. Charger le Qatar du financement de toutes les opérations de préparation, d’entraînement et d’armement de ces éléments. 

Missions accomplies par la Turquie et le Qatar avec la création de deux grands camps d’entraînement en territoire libyen hébergeant 2680 individus ainsi préparés. 

  1. Charger l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis du financement et de l’administration de camps d’entraînement situés dans les zones contrôlées par le parti yéménite « Hizb al-Islah », afin d’armer et de conditionner des éléments qui seront déployés dans certains États d’Asie centrale et en Chine occidentale. Ces camps regroupent 3842 éléments de diverses nationalités et sont destinés à être envoyés dans plusieurs directions :
  • 1000 éléments seront transférés, sous supervision étasunienneet saoudienne, en  coopération avec les renseignements pakistanais, vers le Baloutchistan. Ils seront affectés au renforcement des groupes terroristes extrémistes présents dans la région frontalière entre le Pakistan et l’Iran et devront se préparer à mener des opérations militaires à l’intérieur de l’Iran. 
  • 1460 éléments, qui sont des Ouïghours chinois, seront transférés vers la province afghane du Badakhshan, limitrophe de la frontière occidentale de la Chine. Puis 460 d’entre eux seront dirigés vers le sud-est du Tadjikistan [une région appelée Gorno Badakshan au Tadjikistan]. Ils seront déployés dans les montagnes de la province de Morghob, laquelle fait partie de la chaîne des hautes montagnes du Pamir et dont la capitale, Murghab, est à environ 80 Kms de la frontière ouest de la Chine. 

À noter que la tactique étasunienne relative à la Chine, en cours d’application via le recyclage des reliquats de Daech, ne signifie nullement l’abandon de la stratégie du retrait du Moyen-Orient pour se diriger vers l’Est, mais s’inscrit plutôt dans la stratégie visant à affaiblir la Chine par la création de foyers de chaos et de conflits entre les différentes ethnies locales, avant d’entamer des négociations sérieuses avec elle ». 

En transmettant ce rapport tel que, notre objectif est d’éclairer deux évènements majeurs :

  • L’escalade actuelle d’un terrorisme systématique et organisé au nord du Liban.
  • La réouverture d’une vieille blessure, celle du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur la région du Haut-Karabakh.

Concernant le Liban, nous nous devons d’avertir que le but de la manœuvre n’est pas seulement d’épuiser l’armée libanaise maltraitée et de détourner les forces vives ainsi que la Résistance de leur lutte contre les attaques américano-sionistes, mais plutôt de tenter l’ouverture d’un nouveau front sous les auspices de la Turquie d’Erdogan et d’agents locaux bien connus, afin d’achever ce que les Étasuniens ont commencé, (…) en élargissant les zones d’action de groupes terroristes ré-entraînés et chargés de nouvelles missions. 

Le but est le contrôle du port de Tripoli comme base d’appui et de départ vers toute la région ; notamment, vers la région de Homs et la côte syrienne. En sachant qu’en cas d’échec, ils pourraient faire exploser le port de Tripoli, comme cela s’est passé pour le port de Beyrouth.

Des sources  spécialisées dans l’observation de tels processus affirment que cette « attaque étasunienne » est le pendant de l’action menée par la France depuis Beyrouth, via ladite « Initiative française » et la Résidence des Pins, au profit des États-Unis et d’Israël. En effet, en dépit de leurs propres ambitions et de leurs divergences, la France et les États-Unis partagent l’objectif stratégique mené par les Étasuniens au profit d’Israël ; à savoir, promouvoir les ports de Haïfa et d’Ashdod pour qu’ils remplacent tous les ports des Pays du Levant sur la mer Méditerranée. 

D’ailleurs, des préparatifs méticuleux sont en cours afin de relier la péninsule arabique, soit au port de Ashdod via le port saoudien de Yanbu, soit au port de Haïfa via la Jordanie ; le but ultime étant de réussir à contourner le canal de Suez et les détroits de Bab al-Mandeb et d’Ormuz. 

Quant au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan autour de la région du Haut-Karabakh, le but ultime des États-Unis via Erdogan, évidemment, est de renforcer la mobilisation stratégique contre l’Iran, la Russie et la Chine. Ce qui n’exclut pas l’existence d’ambitions propres à la Turquie ; en l’occurrence, sa volonté de relier sa géographie à celle de l’Azerbaïdjan qui penche du côté occidental. Ambition que la Turquie prétend concrétiser en deux étapes : retour à 1994, c’est-à-dire regagner le territoire arménien que Bakou a perdu cette année là, puis l’annexer à l’Azerbaïdjan. 

Or, il est désormais établi que la cellule des opérations qui dirige les conseillers turcs en Azerbaïdjan ainsi que les forces azerbaïdjanaises qui combattent aux frontières de la région du Haut-Karabakh -avec le concours d’environ 4000 mercenaires issus de Daech et de différentes ethnies d’Asie centrale, du Caucase et d’Idleb- est formée par un groupe de généraux israéliens et d’officiers étasuniens. 

L’objectif tactique de ces opérations est de tenter d’attirer les Russes et les Iraniens dans ce conflit régional et, par conséquent, de mesurer la solidité du front eurasien sur lequel Moscou travaille depuis un certain temps pour faire face à l’expansionnisme de l’OTAN ; les manœuvres militaires « Caucase-2020 » d’il y a quelques jours correspondant à une opération de coordination stratégique des plus importantes par la participation de la Chine, de l’Iran, du Pakistan et d’autres pays. 

Il faut noter que parallèlement à la mobilisation contre la Russie, la Chine et l’Iran, se déroule une mobilisation quasi identique dans le cadre du processus dit de « normalisation » initié par le débarquement israélien à Abou Dhabi. Ce qui correspond à une tentative de prise en tenailles de ces trois puissances montantes, au nord en partant de la mer Caspienne [Azerbaïdjan], au sud en partant du golfe Arabo-Persique. 

Mais ce qui manque à l’imagination du cow-boy étasunien est que ces deux espaces au nord et au sud sont considérés comme le ventre mou de tout agresseur ou conquérant étranger, qu’il vienne de la haute mer ou se croit capable de jouer un rôle qui le dépasse, qu’il soit ottoman ou israélien. Et ce, parce qu’il lui manque la profondeur stratégique du plateau iranien résistant à l’occupation, à la subordination et à la soumission depuis des siècles. En tout cas, au moins depuis 1826, lorsque les dernières invasions des tsars russes se sont heurtées au grand réformateur iranien Abu’l-Qasim Farahani Qà’im Maqam, lequel a payé de sa vie cette résistance ayant préservé l’intégrité territoriale de l’Iran jusqu’ici. 

Quant à Téhéran qui fut, en 1943, le lieu de la première rencontre des trois grands alliés sur le chemin de la victoire contre les nazis, Roosevelt, Staline et Churchill, alors que le pays était occupé par les forces soviétiques et britanniques, elle est désormais indépendante, révolutionnaire, musulmane, guidée par des dirigeants d’une grande sagesse et plus capable que jamais de repousser les attaques venues du nord ou du sud. 

Nous n’attendrons pas longtemps pour voir les envahisseurs quitter la région, qu’ils soient ottomans, étasuniens ou mandataires israéliens. 

Nous sommes toujours en vie. Dites Alleluia !

Mohammad Sadek al-Houssaïni 

29/09/2020

Traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Al-Binaa (Liban)

https://www.al-binaa.com/archives/268828

Mohammad Sadek al-Houssaïni est écrivain, journaliste et chercheur. Il a occupé le poste de Secrétaire général du « Forum de dialogue arabo-iranien ». 

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Le renard garde le poulailler et Washington poursuit un éditeur pour avoir exposé ses propres crimes de guerre. Diagnostic de l’incohérence du dossier américain pour l’extradition.

Suivre l’affaire Julian Assange à travers ses différentes étapes, depuis les allégations initiales de la Suèdejusqu’à l’audience d’extradition qui est actuellement en cours devant la Cour pénale centrale de Londres, a été une expérience troublante et très étrange.

Le gouvernement américain n’a pas réussi à présenter un dossier cohérent.

Conscient que les autorités britanniques devraient en théorie refuser d’extrader Assange s’il s’avérait que les poursuites engagées contre lui étaient politiquement motivées et/ou liées au travail légitime d’Assange en tant que journaliste, le gouvernement américain s’est efforcé de présenter une affaire contre Assange qui ne soit pas trop manifestement motivée politiquement ou liée au travail légitime d’Assange en tant que journaliste.

Cela explique l’étrange succession d’un acte d’accusation original suivi de deux actes d’accusation qui le remplacent.

Le premier acte d’accusation du gouvernement américain était basé sur ce qui était supposé être une simple allégation d’interférence informatique, censée être coordonnée dans une sorte de conspiration entre Assange et Chelsea Manning.

Cela a évidemment été fait pour tenter de dissiper l’idée que la demande d’extradition d’Assange était politiquement motivée ou liée au travail légitime d’Assange en tant que journaliste.

Cependant, les avocats aux États-Unis n’ont eu aucune difficulté à souligner les « faits incomplets » de la prétendue conspiration entre Assange et Manning, tandis que les avocats et les journalistes aux États-Unis et ailleurs ont souligné que les faits décrits dans l’acte d’accusation présentaient toutes les caractéristiques d’une action menée par un journaliste pour protéger sa source.

Le résultat a été que le gouvernement américain a remplacé son acte d’accusation par un premier acte d’accusation de substitution, qui cette fois-ci était fondé en grande partie sur la loi de 1917 sur l’espionnage, et était donc plus proche des véritables raisons pour lesquelles l’affaire Assange était portée devant les tribunaux.

Cependant, cela a donné à l’affaire une apparence trop manifestement politique, et elle a donc été remplacée par un second acte d’accusation de substitution, présenté au tribunal et à l’équipe de la défense pratiquement à la veille du procès, qui a cherché à revenir à des allégations strictement criminelles, cette fois-ci de piratage informatique.

De nouveaux problèmes pour un nouvel acte d’accusation

Les allégations du deuxième acte d’accusation de substitution se sont toutefois heurtées à des difficultés majeures, dans la mesure où elles ne semblent pas concerner les États-Unis et ne constituent peut-être même pas de véritables crimes. En outre, elles reposent largement sur les preuves d’un fraudeur connu, dont les « preuves » sont intrinsèquement peu fiables.

Le gouvernement américain n’a pas précisé si les allégations supplémentaires contenues dans le second acte d’accusation de substitution sont destinées à constituer une affaire distincte et autonome. Au départ, il a semblé nier qu’il l’avait fait, puis il a laissé entendre qu’il pourrait le faire, mais il semble maintenant agir comme s’il ne le faisait pas.

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement américain et ses avocats britanniques ont avancé des théories confuses et contradictoires sur la possibilité pour les autorités britanniques d’extrader Assange, même si les poursuites engagées contre lui sont motivées par des raisons politiques, et même si elles sont liées à ses activités journalistiques.

Au départ, ils semblaient soutenir que – contrairement à tous les précédents britanniques et au texte même du traité d’extradition entre les États-Unis et la Grande-Bretagne – la Grande-Bretagne peut en fait extrader Assange vers les États-Unis pour des motifs politiques, car la loi d’habilitation adoptée par le Parlement britannique, qui a fait du traité d’extradition entre les États-Unis et la Grande-Bretagne une partie du droit britannique, ne dit rien sur la question de savoir si des individus peuvent ou non être extradés vers les États-Unis pour des motifs politiques.

Cet argument a bien sûr failli faire admettre que l’affaire Assange est après tout motivée par des raisons politiques.

Cet argument de poids, du moins pour le moment, semble avoir été abandonné. Du moins, on n’en a pas entendu parler pendant toute l’audience en cours. Au lieu de cela, le gouvernement américain et ses avocats britanniques ont fait valoir, face à l’incrédulité d’une série d’experts et de témoins factuels, que l’affaire n’est pas politiquement motivée après tout.

Les mêmes incohérences ont entaché les arguments du gouvernement américain quant à savoir si Assange est accusé ou non en vertu de la loi sur l’espionnage pour des activités liées à son travail de journaliste.

Au départ, la position du gouvernement américain était qu’il ne l’était pas. Cette position était basée sur une théorie – jamais expliquée ou articulée de manière satisfaisante – selon laquelle Assange n’est pas un journaliste, même s’il est accusé d’avoir fait ce que font les journalistes.

Face à un barrage de témoins experts qui ont souligné que les accusations portées contre Assange en vertu de la loi sur l’espionnage se rapportent en fait au travail des journalistes, le gouvernement américain a fait marche arrière à mi-parcours de l’audience.

Il dit maintenant que les accusations portées contre Assange ne concernent pas seulement son travail de journaliste, mais qu’elles peuvent être portées contre tout journaliste qui fait les choses dont Assange est accusé. Le gouvernement américain a même fait valoir que le New York Times aurait été poursuivi avec succès en vertu de la loi sur l’espionnage pour avoir publié les Pentagon Papers, car il s’agissait d’une action fondamentalement identique à celles dont Assange est accusé.

Les implications pour les journalistes de cet étonnant revirement sont vraiment choquantes. Il est stupéfiant que les médias n’en aient pas tenu compte.

Problèmes avec les témoins

Le gouvernement américain a fait preuve du même manque de cohérence dans sa réponse à l’impressionnante liste de témoins experts de la défense.

La manière conventionnelle de répondre à un expert est de faire appel à un autre expert pour exprimer un avis contraire. Le gouvernement américain n’a cependant rien fait de tel sur les questions cruciales du droit américain, en particulier les protections accordées aux journalistes par le premier amendement de la Constitution, ainsi que sur la politique américaine à l’origine de l’accusation d’Assange. Il a probablement eu du mal, voire pas du tout, à trouver des experts sur lesquels on puisse compter pour affirmer le contraire de manière crédible.

Au lieu de cela, armés uniquement de déclarations sous serment de fonctionnaires du ministère américain de la justice, qui ne sont bien sûr pas du tout des experts impartiaux, mais qui font partie de l’équipe juridique du gouvernement américain, les avocats britanniques du gouvernement américain n’avaient plus qu’à soutenir que les experts de la défense n’étaient pas du tout des experts – un argument impossible à faire valoir de manière convaincante à mon avis – et à débattre avec les experts des aspects de la politique et du droit américains – y compris des aspects difficiles de la constitution et de la jurisprudence américaines – sur lesquels les experts sont par définition beaucoup plus compétents que les avocats britanniques.

Le résultat, inévitablement, a été une série d’humiliations, car les avocats ont été à plusieurs reprises pris au dépourvu par les experts en commettant des erreurs de fait et d’interprétation fondamentales sur les points qu’ils cherchaient à défendre.

Sans surprise, les avocats ont tenté de compenser cela en essayant d’intimider et de dénigrer les experts, d’une manière qui n’a fait que mettre en évidence leur propre manque d’expertise dans les domaines concernés par rapport à celle des experts.

Trevor Timm, témoin de la défense et défenseur de la liberté de la presse, en 2014

Étant donné l’effondrement de l’incohérence du dossier du gouvernement américain, il n’est pas surprenant que les avocats britanniques du gouvernement américain tentent maintenant de persuader le juge de ne pas entendre les plaidoiries finales.

Étant donné les changements et les revirements constants de la position du gouvernement américain, préparer et présenter au tribunal une plaidoirie qui serait cohérente et crédible sur le plan interne devrait rapidement devenir un cauchemar. Si les plaidoiries finales ont lieu, comme je l’espère toujours, il sera intéressant de voir avec quels arguments et théories contradictoires les avocats du gouvernement américain finiront par composer.

À première vue, l’affaire du gouvernement américain devrait être proche de l’échec. Il y a même eu un moment de l’audience où l’un des avocats britanniques du gouvernement américain a apparemment admis au juge que la raison du second acte d’accusation de substitution était que le premier acte d’accusation de substitution était « en train d’échouer ».

Si c’est le cas, étant donné que les charges retenues contre Assange sont toujours essentiellement celles du premier acte d’accusation, l’affaire contre Assange devrait être rejetée et la demande d’extradition du gouvernement américain devrait être refusée.

La vérité sous-jacente

Il reste à voir si c’est effectivement ce qui se passe. Toutefois, cela m’amène au fait le plus important, et à la vérité sous-jacente, concernant ce cas extraordinaire.

Il est très facile, lorsqu’on suit les méandres d’un processus juridique aussi complexe, de perdre de vue le véritable enjeu de cette affaire.

En fin de compte, le gouvernement américain ne poursuit pas Julian Assange parce qu’il a aidé Chelsea Manning à prendre certaines mesures avec un ordinateur pour dissimuler son identité, ou parce qu’il a eu des contacts historiques avec des pirates informatiques, ou parce qu’il s’est impliqué dans certaines activités en Islande, ce qui lui a valu de se faire rouler par un fraudeur (et informateur du FBI).

Ce n’est pas non plus parce qu’Assange a reçu et publié du matériel classifié. Aux États-Unis, la réception et la publication par les médias de matériel classifié est presque devenue une activité industrielle.

C’est parce qu’Assange, bien plus que tout autre journaliste depuis la fin de la guerre au Vietnam, a révélé les secrets les plus sombres et les plus terribles du gouvernement américain.

A l’extérieur du tribunal où son fils subit ce que le juge admet maintenant être un procès politique, le père de Julian #Assange, John Shipton, décrit le carnage humain causé par l’Amérique et prononce une vérité inoubliable : « Julian n’a rien fait, ce sont eux qui l’ont fait ».

L’affaire Assange trouve son origine dans la calamiteuse « guerre contre le terrorisme » lancée par l’administration Bush au lendemain des attentats du 11 septembre.

Cette « guerre » a servi de couverture à une série d’agressions militaires violentes, principalement au Moyen-Orient, par les États-Unis et leurs plus proches alliés, en premier lieu la Grande-Bretagne, mais aussi d’autres pays comme l’Arabie Saoudite et la France.

Le résultat a été une succession de guerres dans une série de pays du Moyen-Orient – Afghanistan, Irak, Libye, Syrie et Yémen – menées par les États-Unis et leurs alliés et mandataires, qui ont causé la dévastation de sociétés entières, ainsi que la mort et la dispersion de millions de personnes.

Ce faisant, les États-Unis se sont de plus en plus laissés entraîner dans des pratiques qu’ils condamnaient autrefois, ou du moins qu’ils disaient condamner. Il s’agit notamment de l’ »exécution extrajudiciaire » (c’est-à-dire le meurtre) de personnes – dont des enfants et des citoyens américains – par des frappes de drones, une pratique qui est maintenant devenue courante ; de l’enlèvement de personnes et de leur détention sans procès dans des endroits comme Guantanamo, une pratique qui, malgré les protestations peu convaincantes selon lesquelles les « restitutions extraordinaires » ne se produisent plus, se poursuit presque certainement ; et de la pratique de la torture, autrefois appelée « techniques d’interrogation renforcées », qui se poursuit presque certainement encore et semble même s’être normalisée.

Toutes ces activités violent directement le droit international (et le droit interne américain), y compris les lois sur les crimes de guerre et les droits de l’homme, et ce, de manière fondamentale.

Elle nécessite également, pour mettre en œuvre les politiques qui aboutissent à ces actes illégaux, la création d’un vaste appareil de sécurité nationale, qui n’a pas à rendre de comptes et qui est en fin de compte incompatible avec une société démocratique. Inévitablement, ses activités, qui sont devenues régulièrement illégales, deviennent illégales sur le territoire des États-Unis, ainsi qu’à l’extérieur de celui-ci.

Cela se manifeste de toutes sortes de manières, par exemple par le vaste programme de surveillance de masse, aveugle et illégal, mis au jour par le lanceur d’alerte Edward Snowden, et par l’abus de surveillance systémique de la FISA, mis au jour au cours du « scandale » du Russiagate.

L’une des évolutions récentes les plus alarmantes, tant en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis, montre à quel point l’existence même de l’appareil de sécurité nationale, nécessaire à la mise en œuvre de diverses activités illégales américaines et à la réalisation de ses objectifs de politique étrangère, est devenue incompatible avec une société démocratique.

Il s’agit de la complicité croissante d’une grande partie des médias dans la dissimulation de ses activités illégales. Il est évident que sans cette complicité, ces activités seraient impossibles, tout comme les violations en série du droit international, y compris le droit des crimes de guerre et des droits de l’homme, auxquelles les États-Unis et certains de leurs alliés se livrent désormais couramment.

L’histoire agressive de l’après-guerre des coups d’État et des invasions pour des intérêts géostratégiques et économiques a été occultée par les médias de la classe dirigeante, et a été présentée comme une « propagation de la démocratie », et Julian Assange, presque seul, a brisé ce mensonge. D’où sa présence sur le banc des accusés.

Tout ceci explique la réaction extrême envers Julian Assange, et les tentatives déterminées de le détruire, et de pulvériser sa réputation.

Julian Assange et son organisation WikiLeaks ont fait les choses que le gouvernement américain et son appareil de sécurité nationale craignent le plus et ont travaillé dur pour les empêcher, en exposant la terrible réalité d’une grande partie de ce que le gouvernement américain fait maintenant couramment et est déterminé à dissimuler, et de ce que la plupart des médias aident le gouvernement américain à dissimuler.

Ainsi, dans une série de révélations étonnantes, Julian Assange et WikiLeaks ont exposé dans les soi-disant câbles d’ambassade la conduite extraordinairement manipulatrice de la politique étrangère américaine ; dans le Vault 7, ils ont révélé les instruments que la CIA utilise pour – comme le secrétaire d’État Mike Pompeo a dit « mentir » et « tricher » – et, plus inquiétant encore, en collaboration avec Chelsea Manning, les crimes de guerre et les violations flagrantes des droits de l’homme perpétrés par l’armée américaine pendant la guerre illégale et l’occupation de l’Irak.

C’est un bilan extraordinaire pour un journaliste, et pour une organisation, WikiLeaks, qui n’a été créée qu’en 2006.

Il n’est pas surprenant que la poursuite d’Assange par le gouvernement américain ait été implacable, alors que les médias, dont une grande partie a été complice dans la couverture des crimes, ont préféré détourner le regard.

D’où le côté surréaliste

C’est cette réalité sous-jacente qui donne à l’ensemble de l’affaire qui se déroule actuellement devant la Cour pénale centrale de Londres son caractère surréaliste.

Le fait que le véritable objectif de la poursuite impitoyable du gouvernement américain à l’encontre d’Assange est de l’empêcher de révéler davantage de ses crimes et de le punir pour ceux qu’il a déjà révélés, ne serait-ce que pour dissuader d’autres personnes de faire la même chose, est parfaitement évident pour tout observateur impartial et réaliste. Cependant, l’audience à Londres se déroule comme si ce n’était pas le cas.

Ainsi, l’extraordinaire zigzag du gouvernement américain pour justifier toute cette affaire, car il ne peut admettre la véritable raison pour laquelle l’affaire a été effectivement engagée.

Ainsi, également, les efforts acharnés du gouvernement américain tout au long de l’audience pour empêcher la présentation de preuves de ses crimes qu’Assange a exposés.

Le gouvernement américain s’est vigoureusement opposé à toute tentative de présenter comme preuve l’effroyable vidéo « Collateral Murder », qui montre le meurtre délibéré de civils en Irak par des membres de l’armée américaine. Il s’est également vigoureusement opposé à l’introduction de la preuve d’un témoin de la défense concernant sa propre torture. Ceci malgré le fait que dans les deux cas, la réalité des crimes américains est à peine contestée, et a en fait été pratiquement admise.

Il en résulte une situation paradoxale et bizarre dans laquelle les autorités américaines tentent de monter un dossier contre Assange sur la base d’un mélange confus d’allégations et de faits discordants et contradictoires, tout en ne poursuivant pas ou en ne demandant pas de comptes aux responsables des crimes très graves qu’il a révélés.

En fait, à mesure que le dossier du gouvernement américain s’est dénoué, l’argument s’est de plus en plus limité à la question de savoir si – en exposant les crimes du gouvernement américain – Assange a « de manière irresponsable » mis en danger la sécurité de divers informateurs du gouvernement américain.

Il se trouve que les preuves montrent clairement qu’il ne l’a pas fait. Au cours de l’audience, le tribunal a entendu parler des nombreuses et sérieuses tentatives d’Assange de dissimuler l’identité de ces informateurs, et des actions imprudentes et même peut-être malveillantes d’autres personnes, qui les ont en fait révélées.

Le tribunal a également été informé de l’absence de toute preuve que l’un de ces informateurs a effectivement été préjudicié par une quelconque divulgation de WikiLeaks ou d’Assange. En outre, un témoin expert a soutenu de manière convaincante que la divulgation par un journaliste de l’identité de ces informateurs ne constituerait pas de toute façon un crime au regard du droit américain.

En réponse, les avocats du gouvernement américain se sont fortement appuyés, non pas sur le témoignage d’un témoin réel, mais sur des passages d’un livre de deux journalistes du Guardian connus pour être hostiles à Assange, et qui – en publiant un mot de passe – semblent avoir fait plus pour compromettre l’identité des informateurs qu’Assange ne l’a jamais fait.

Aucun de ces journalistes n’a été appelé à témoigner sous serment sur le contenu de leur livre. Cela les aurait bien sûr exposés à un contre-interrogatoire de la défense sur la véracité du contenu du livre. Compte tenu de l’importance que le gouvernement américain accorde apparemment à ce livre, je trouve étonnant qu’ils n’aient pas été appelés à témoigner.

La qualité surréaliste du traitement de cette question par le gouvernement américain est démontrée par le fait que lorsqu’un témoin réel – le journaliste allemand John Goetz – s’est en fait présenté et a proposé de témoigner sous serment sur une allégation spécifique du livre – réfutant une allégation du livre selon laquelle Assange aurait fait des commentaires lors d’un dîner, auquel Goetz a assisté, qui montraient un mépris imprudent pour la sécurité des informateurs – les avocats du gouvernement américain se sont vigoureusement opposés, et ont pu obtenir du juge que le témoin soit écarté.

Cependant, c’est la disproportion stupéfiante entre l’ampleur des crimes qu’Assange a révélés, et les crimes dont il est accusé – s’il s’agit bien de crimes, et dont il semble de toute façon innocent – qui me frappe.

Assange et WikiLeaks ont mis au jour des crimes de guerre et des violations des droits de l’homme généralisées au cours de guerres illégales menées par le gouvernement américain et ses alliés. Le bilan de ces guerres se chiffre au moins en dizaines de milliers de morts, et plus vraisemblablement en centaines de milliers, voire en millions.

En revanche, pendant toute la durée de l’audience, aucune preuve n’a été produite pour démontrer que les actions d’Assange ont causé un préjudice physique réel à quiconque.

Pourtant, c’est Assange qui se trouve sur le banc des accusés, confronté à des demandes d’extradition vers les États-Unis, où une peine de 175 ans peut l’attendre, alors que les responsables des crimes colossaux qu’il a dévoilés, non seulement sont en liberté, mais font partie de ceux qui tentent de l’emprisonner.

Ce point a été souligné avec force lors de l’audience par l’un des témoins les plus puissants de la défense, Daniel Ellsberg.

Il a également été présenté avec force à Consortium News par l’un de ses lecteurs, qui a souligné à juste titre que les crimes exposés par Assange ont été clairement définis comme des crimes de guerre par le Tribunal de Nuremberg, dont les décisions sont universellement acceptées comme constituant le fondement du droit international en matière de crimes de guerre.

Le Tribunal de Nuremberg a en outre clairement indiqué qu’il existe non seulement un devoir de refuser de participer à de tels crimes, même lorsqu’on en reçu l’ordre, mais qu’aucune sanction ne devrait jamais être imposée pour avoir exposé de tels crimes lorsqu’ils se produisent.

Juges au tribunal militaire international de Nuremberg, 1946. (Wikimedia Commons)

En d’autres termes, ce sont Assange et ses sources, en premier lieu Chelsea Manning, qui sont les défenseurs du droit international, y compris des principes de Nuremberg, et notamment dans l’affaire qui est actuellement en cours, alors que ce sont ceux qui les persécutent, y compris en portant l’affaire en cours contre Assange, qui sont les violateurs du droit international.

C’est le fait le plus important dans cette affaire, et il explique tout.

Assange et Manning ont payé un prix énorme pour leur défense du droit international, et pour les principes de base de la dignité humaine et de l’humanité.

Manning a récemment été détenue pendant de longues périodes en isolement et ses économies ont été confisquées par les autorités américaines, sans autre raison que son refus de témoigner contre Assange.

Assange a été soumis à ce que diverses agences des Nations unies ont qualifié de longues périodes de détention arbitraire et de torture psychologique.

Il continue à se voir refuser la libération sous caution, malgré ses problèmes de santé connus, et est séparé de sa famille.

Il continue à avoir des difficultés à consulter ses avocats en privé et a été exposé à l’indignité – qualifiée dans d’autres affaires par la Cour européenne des droits de l’homme comme une violation des droits de l’homme – d’être maintenu dans des salles d’audience confinées dans une boîte ou une cage en verre.

John Pilger a décrit de façon très détaillée et très vivante, y compris pour Consortium News, les conditions inhumaines auxquelles Assange est quotidiennement exposé. Le fait que ces conditions constituent des violations des droits de l’homme ne devrait nécessiter ni discussion ni explication.

Graffiti à Londres, mars 2020. (duncan c, Flickr, CC BY-NC 2.0)

Conventions internationales

Le fait que ces violations des droits de l’homme violent une série de conventions internationales dont la Grande-Bretagne est signataire, notamment contre la torture et la détention arbitraire, en ce qui concerne le droit à un procès équitable, le droit à la vie privée et à la dignité de la personne, et le droit à une vie de famille, ne devrait pas non plus nécessiter de discussion ou d’explication.

Récemment, un tollé s’est élevé en Grande-Bretagne parce que la législation proposée par le gouvernement britannique, qui lui permettrait de modifier unilatéralement les termes de l’accord de retrait qu’il a conclu l’année dernière avec l’Union européenne, viole le droit international.

Sans contester d’aucune manière l’importance de cette question, qui peut avoir des conséquences importantes pour la paix en Irlande, je trouve franchement irréelles les protestations furieuses de certains journalistes et hommes politiques britanniques, qui affirment que la Grande-Bretagne ne viole jamais le droit international.

S’ils veulent des exemples de violation du droit international par la Grande-Bretagne, ils n’ont pas besoin d’aller chercher plus loin que les faits du cas Assange. Ils pourraient également tirer profit de ce qui a été dit au cours de l’audience en cours à la Cour pénale centrale.

Malgré toutes les difficultés, il n’y a cependant aucune raison de perdre espoir.

Les zigzags extraordinaires que le gouvernement américain a été obligé de faire alors qu’il tente et échoue à monter un dossier cohérent et convaincant contre Julian Assange, montrent que la loi, malgré ses nombreuses failles, reste une défense importante.

Je suis conscient des nombreuses critiques qui ont été faites à l’encontre de Vanessa Baraitser, la juge qui entend l’affaire Assange. Je suis d’accord avec toutes.

Cependant, j’ai l’impression que la patience de Baraitser a été mise à rude épreuve par les changements de position répétés et vertigineux du gouvernement américain. J’ai également l’impression qu’elle a été particulièrement agacée lorsque le gouvernement américain, pour ainsi dire à la veille de l’audience, a présenté au tribunal et à la défense son deuxième acte d’accusation de substitution, qui a du coup rendu absurde le premier.

Cela peut expliquer pourquoi les avocats britanniques du gouvernement américain ont largement mené l’affaire comme si le deuxième acte d’accusation de substitution n’existait pas, en basant leurs arguments principalement sur ce que dit le premier acte d’accusation de substitution, bien que cela ne soit peut-être pas surprenant, et, à la stupéfaction des experts, ils présentent maintenant de plus en plus d’arguments qui n’ont aucun rapport avec un quelconque acte d’accusation.

De plus, et peut-être plus important encore, Baraitser a rejeté les diverses tentatives du gouvernement américain d’exclure en masse les preuves des témoins de la défense, même si elle a imposé une guillotine de 30 minutes à leur interrogatoire en chef (examen direct) par les avocats de la défense.

En résumé, et à mon avis, il y a encore une chance, aussi faible soit-elle, que Baraitser tranche l’affaire en faveur d’Assange.

Si elle ne le fait pas, je pense alors, sur la base de ce qui s’est passé au cours de l’audience, qu’Assange aura de bonnes perspectives en appel.

Ce qui s’est passé à l’extérieur du tribunal, où le résultat reste très incertain et où les perspectives doivent être considérées pour le moins comme problématiques, est plus encourageant que ce qui s’est passé à l’intérieur.

Ma femme, qui a assisté à l’une des audiences la semaine dernière, a vu des pancartes apposées par certains des partisans d’Assange à l’extérieur du tribunal, qui appelaient les usagers de la route à klaxonner pour soutenir Assange. À son grand étonnement, malgré le black-out médiatique qui entoure l’affaire, et malgré la longue campagne de diffamation dont Assange a été victime, une proportion extraordinairement élevée d’usagers de la route (plus d’un quart) l’ont fait.

Cela renforce mon sentiment que le courant d’opinion, du moins en Grande-Bretagne, est en train de changer. La bataille est loin d’être terminée et peut encore être gagnée.

Alexander Mercouris

 

Article original en anglais :

Letter from London: The Surreal US Case Against Assange

Consortiumnews le 28 Sseptembre 2020

Traduction par VD pour Le Grand Soir

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Illustration : la publication du mot de passe dans le livre de David Leigh et Luke Harding

Dans mon récent article sur les audiences en cours à Old Bailey concernant l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, où il serait presque certainement incarcéré pour le reste de sa vie pour le crime d’avoir fait du journalisme, j’ai formulé deux critiques majeures envers le Guardian.

Il y a dix ans, souvenez-vous, le journal travaillait en étroite collaboration avec Assange et Wikileaks pour publier les journaux de guerre irakiens et afghans, qui sont aujourd’hui le motif sur lequel les États-Unis fondent leur argumentation pour enfermer Assange derrière les barreaux dans une prison super-max.

Ma première critique était que le journal avait à peine couvert l’audience, alors qu’il s’agit de l’attaque la plus concertée contre la liberté de la presse de mémoire d’homme. Cette position est incroyablement irresponsable, compte tenu de son propre rôle dans la publication des journaux de guerre. Mais malheureusement, elle n’est pas inexplicable. En fait, elle ne s’explique que trop facilement par ma deuxième critique.

Cette critique s’adressait principalement à deux journalistes de renom du Guardian, l’ancien directeur des enquêtes David Leigh et le journaliste Luke Harding, qui ont écrit ensemble en 2011 un livre qui était le premier exemple de ce qui allait rapidement devenir un genre parmi une partie de l’élite des médias libéraux, plus particulièrement au Guardian, à savoir la diffamation d’Assange.

Dans mon précédent article, j’ai exposé l’animosité bien connue de Leigh et Harding envers Assange – la raison pour laquelle un journaliste d’investigation de haut niveau, Nicky Hager, a déclaré au tribunal de Old Bailey que le livre de 2011 des deux journalistes n’était « pas une source fiable ». C’est en partie parce que M. Assange avait refusé de les laisser écrire sa biographie officielle, ce qui était probablement une source d’argent importante. L’hostilité s’est intensifiée et s’est accrue lorsque M. Assange a découvert que, dans son dos, ils écrivaient une biographie non autorisée alors qu’ils travaillaient à ses côtés.

Mais le malaise s’étendait plus généralement au Guardian qui, comme Leigh et Harding, trahissait à plusieurs reprises des confidences et manœuvrait plutôt contre Wikileaks plutôt que de coopérer avec eux. Assange était particulièrement furieux de découvrir que le journal avait rompu les termes de son contrat écrit avec Wikileaks en partageant secrètement des documents confidentiels avec des personnes extérieures, dont le New York Times.

Le livre de Leigh et Harding se trouve maintenant au cœur de l’affaire américaine pour l’extradition d’Assange vers les États-Unis sous des accusations dites d’ »espionnage ». Ces accusations sont basées sur la publication par Wikileaks de fuites fournies par Chelsea Manning, alors soldat de l’armée, qui ont révélé des crimes de guerre systématiques commis par l’armée américaine.

Inversion de la vérité

Les avocats des États-Unis ont tiré du livre du Guardian les affirmations de Leigh selon lesquelles Assange se montrait dangereusement indifférent à la sécurité des informateurs américains nommés dans les documents publiés par Wikileaks.
L’équipe de défense d’Assange a produit une série de journalistes de renom, et d’autres qui ont travaillé avec Wikileaks, pour contrer les affirmations de Leigh et soutenir qu’il s’agit en fait d’une inversion de la vérité. Assange a fait preuve de méticulosité en retirant les noms des documents. Ce sont eux – les journalistes, dont Leigh – qui ont fait pression sur Assange pour qu’il publie sans prendre toutes les précautions nécessaires.

Bien sûr, aucun de ces journalistes – uniquement Assange – n’est jugé, ce qui révèle clairement qu’il s’agit d’un procès politique visant à faire taire Assange et à neutraliser Wikileaks.

Mais pour étayer leur piètre argument contre M. Assange – à savoir qu’il ne se souciait pas de purger les documents – les États-Unis espèrent démontrer qu’en septembre 2011, longtemps après la publication des journaux irakiens et afghans, Wikileaks a effectivement publié une série de documents – des câbles officiels des États-Unis – qu’Assange n’a pas expurgés.

C’est vrai. Mais cela ne peut nuire à la défense d’Assange que si les États-Unis parviennent à réussir un jeu de diversion – et le Guardian a joué un rôle crucial dans la réussite de cette stratégie. Jusqu’à présent, les États-Unis ont contraint le journal à collaborer dans sa guerre contre Assange et le journalisme – ne serait-ce que par son silence – en faisant effectivement chanter le Guardian avec un secret sombre et profondément embarrassant que le journal préférerait ne pas voir révélé.

En fait, l’histoire derrière la publication par Wikileaks en septembre 2011 de ces documents non expurgés est totalement différente de celle qui est racontée au tribunal et au public. Le Guardian a conspiré en gardant le silence sur la version réelle des événements pour une raison simple – parce que c’est lui, le Guardian, qui a été à l’origine de cette publication.

La trahison d’Assange et le journalisme

Les choses sont cependant devenues beaucoup plus difficiles pour le journal au cours de la procédure d’extradition, car son rôle est de plus en plus examiné – tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la salle d’audience. Le Guardian a été débusqué et a été incité à publier une déclaration en réponse aux critiques.

Il a finalement rompu son silence mais ne l’a pas fait pour clarifier ce qui s’est passé il y a neuf ans. Au contraire, il a aggravé la duperie et s’est enfoncé encore plus dans la trahison d’Assange et de la liberté de la presse.

Le livre du Guardian de février 2011 que les États-Unis ne cessent de citer contenait quelque chose en plus de l’affirmation très controversée et contestée de Leigh selon laquelle Assange avait une attitude imprudente dans l’expurgation des noms. Le livre a également révélé un mot de passe – qu’Assange avait donné à Leigh à la condition stricte qu’il soit gardé secret – pour le fichier contenant les 250 000 câbles cryptés. Le livre du Guardian a ouvert boite de pandore. Une fois qu’il avait révélé le mot de passe confié par Assange, a-t-on appris lors des audiences, il n’y avait plus de retour en arrière possible.

N’importe quel service de sécurité dans le monde pouvait désormais déverrouiller le fichier contenant les câbles. A la fin de l’été, alors qu’ils cherchaient à savoir où se trouvait le fichier, Assange a été contraint de procéder à une opération désespérée pour limiter les dégâts. En septembre 2011, il a publié les câbles non expurgés afin que toute personne qui y serait nommée soit avertie à l’avance et puisse prendre des mesures – avant que des services de sécurité hostiles ne viennent les chercher.

Oui, Assange a publié les câbles non expurgés mais il l’a fait – et y a été contraint – par les actions impardonnables de Leigh et du Guardian.

Mais avant d’examiner le dénit trompeur du journal, nous devons aborder deux autres points.

Premièrement, il est important de se rappeler que les dommages causés ont été intentionnellement et grossièrement exagérés par les États-Unis pour créer un prétexte pour diffamer Assange et, plus tard, pour justifier son extradition et son emprisonnement. En fait, il n’y a aucune preuve qu’un informateur ait jamais été lésé par les publications de Wikileaks – ce qu’a même admis un fonctionnaire américain lors du procès de Manning. Si quelqu’un avait été blessé ou tué, vous pouvez être sûr que les États-Unis le clameraient lors des audiences et fourniraient des détails aux médias.

Deuxièmement, le rédacteur en chef d’un site web américain, Cryptome, a souligné cette semaine lors des audiences qu’il avait déjà publié les câbles non censurés un jour avant Wikileaks. Il a fait remarquer que les forces de l’ordre américaines n’avaient montré aucun intérêt pour sa publication et ne lui avaient jamais demandé de la retirer. L’absence d’intérêt rend explicite ce qui a toujours été implicite : la question n’a jamais vraiment porté sur les documents, expurgés ou non ; il s’est toujours agi de trouver un moyen de faire taire Assange et de neutraliser Wikileaks.

Les tromperies du Guardian

Chaque fois que les États-Unis citent le livre de Leigh et Harding, ils recrutent effectivement le Guardian contre Assange et contre la liberté de la presse. L’épée de Damoclès au-dessus de la tête du Guardian est une menace qui – si le journal ne joue pas le jeu du gouvernement visant à enfermer Assange pour le reste de sa vie – pourrait soit l’embarrasser en divulguant publiquement son rôle, soit faire subir au Guardian un traitement similaire à celui subi par Assange.

Et, chose assez étonnante, compte tenu des enjeux pour Assange et pour le journalisme, le Guardian a joué le jeu – en se taisant. Jusqu’à cette semaine, au moins.

Sous la pression, le Guardian a finalement publié vendredi un compte-rendu court, sommaire et très simpliste des audiences de la semaine dernière, et l’a ensuite utilisé comme une occasion de répondre aux critiques croissantes sur son rôle dans la publication du mot de passe dans le livre de Leigh et Harding.

La déclaration du Guardian dans son rapport sur les audiences d’extradition n’est pas seulement trompeuse à l’extrême, mais elle enfonce Assange en éludant la responsabilité de la publication du mot de passe. Ce qui rend Assange encore plus vulnérable.

Voici ce qu’écrit le journal :

« Le Guardian a clairement fait savoir qu’il s’oppose à l’extradition de Julian Assange. Cependant, il est totalement faux de dire que le livre sur WikiLeaks du Guardian de 2011 a conduit à la publication de dossiers non expurgés du gouvernement américain », a déclaré un porte-parole.

« Le livre contenait un mot de passe dont les auteurs avaient été informés par Julian Assange qu’il était temporaire et qu’il expirerait et serait supprimé en quelques heures ». Le livre ne contenait pas non plus de détails sur la localisation des fichiers. Ni M. Assange ni WikiLeaks n’ont exprimé d’inquiétudes quant à l’atteinte à la sécurité lors de la publication du livre en février 2011. WikiLeaks a publié les fichiers non expurgés en septembre 2011″.

Soulignons les mensonges :

1.L’affirmation selon laquelle le mot de passe était « temporaire » n’est que cela – une affirmation de David Leigh destinée à se déculpabiliser. Il n’y a pas de preuve à l’appui, au-delà de la déclaration de Leigh selon laquelle Assange l’aurait dit. Et l’idée qu’Assange l’aurait dit défie toute raison. Leigh lui-même déclare dans le livre qu’il a dû intimider Assange pour que ce dernier lui donne le mot de passe précisément parce qu’Assange s’inquiétait qu’un néophyte en technologie comme Leigh puisse faire quelque chose de stupide ou d’imprudent. Assange a eu besoin de beaucoup de persuasion avant d’accepter. L’idée qu’il était si préoccupé par la sécurité d’un mot de passe dont la durée de vie serait plus courte que celle d’une éphémère n’est tout simplement pas crédible.

2. Non seulement le mot de passe n’était pas temporaire, mais il était de toute évidence basé sur une formule complexe qu’Assange utilisait pour tous les mots de passe de Wikileaks afin de les rendre impossibles à déchiffrer pour les autres, mais plus faciles à retenir pour lui. En divulguant le mot de passe, Leigh a donné la formule d’Assange et a offert à tous les services de sécurité dans le monde la clé pour déverrouiller d’autres fichiers cryptés. L’affirmation selon laquelle Assange avait laissé entendre à Leigh que le secret du mot de passe n’était pas de la plus haute importance n’est, là encore, tout simplement pas crédible.

3. Mais que Leigh ait pensé ou non que le mot de passe était temporaire n’est pas la question. Leigh, en tant que journaliste d’investigation expérimenté et ne connaissant pas bien le monde de la technologie, avait la responsabilité de vérifier auprès d’Assange que le mot de passe pouvait être publié. Faire autre chose était plus qu’imprudent. C’était un monde dont Leigh ne connaissait absolument rien, après tout.

Mais il y avait une raison pour laquelle Leigh n’a pas vérifié auprès d’Assange : lui et Harding écrivaient le livre dans le dos d’Assange. Leigh avait intentionnellement écarté Assange du processus d’écriture et de publication afin que lui et le Guardian puissent tirer profit de la renommée du fondateur de Wikileak. Tout le but de la manoeuvre était de ne pas consulter Assange.

4. Il est cependant faux de rejeter toute la responsabilité sur Leigh. Il s’agissait d’un projet du Guardian. J’ai travaillé au journal pendant des années. Avant qu’un article ne soit publié, il est examiné par les rédacteurs en chef, les rédacteurs adjoints, les réviseurs, les chefs de rubrique et, si nécessaire, les avocats et l’un des rédacteurs en chef. Un livre du Guardian sur la publication la plus controversée et la plus incendiaire depuis les Pentagon Papers aurait dû être soumis à un examen au moins aussi minutieux, sinon plus.

Alors comment personne dans cette chaîne de contrôle ne s’est-il demandé s’il était logique de publier un mot de passe pour un fichier de documents cryptés ? La réponse est que le Guardian s’était lancé dans une course à la publication fracassante des journaux irakiens et afghans avant tous ses rivaux, y compris le New York Times et Der Spiegel. Il voulait s’approprier le plus de gloire possible dans l’espoir de gagner un Pulitzer. Et il voulait régler ses comptes avec Assange avant que sa version des faits ne soit diffusée dans les livres du New York Times ou du Spiegel. La vanité et l’avidité ont conduit le Guardian à prendre des raccourcis, même si cela signifiait mettre des vies en danger.

5. Il est toutefois inquiétant de constater que le Guardian ne cherche pas seulement à blâmer Assange pour sa propre erreur, mais qu’il raconte un mensonge flagrant sur les circonstances. Sa déclaration affirme : « Aucune inquiétude n’a été exprimée par Assange ou WikiLeaks sur le fait que la sécurité ait été compromise lors de la publication du livre en février 2011. WikiLeaks a publié les fichiers non expurgés en septembre 2011 ».

Il est tout simplement faux de dire qu’Assange et WikiLeaks n’ont exprimé aucune inquiétude. Ils ont exprimé beaucoup d’inquiétudes en privé. Mais ils ne l’ont pas fait publiquement – et pour de très bonnes raisons.

Toute réprimande publique du Guardian pour son horrible erreur aurait attiré l’attention sur le fait que le mot de passe pouvait être facilement retrouvé dans le livre de Leigh. À ce stade, il n’y avait aucun moyen de modifier le mot de passe ou de supprimer le fichier, comme l’a expliqué à l’audience un professeur d’informatique, Christian Grothoff, de l’université de Berne. Il a qualifié Leigh d’ »acteur de mauvaise foi ».

Assange a donc été contraint de limiter les dégâts discrètement, en coulisses, avant que la publication du mot de passe ne soit connue et que le fichier ne soit localisé. Finalement, six mois plus tard, lorsque les indices sont devenus trop nombreux pour passer inaperçus, et que Cryptome a publié le fichier non expurgé sur son site web, Assange n’a eu d’autre choix que de suivre le mouvement.

C’est la véritable histoire, celle que le Guardian n’ose pas raconter. Malgré les efforts des avocats américains et du juge lors des audiences, la vérité commence enfin à émerger. C’est maintenant à nous de faire en sorte que le Guardian ne soit pas autorisé à poursuivre sa collusion dans ce crime contre Assange et les libertés de la presse qu’il représente.

Jonathan Cook

 

Article original en anglais :

The Guardian’s Deceit-riddled New Statement Betrays Both Julian Assange and Journalism, le 28 septembre 2020

Ce papier en anglais a été publié initialement sur le blog de l’auteur :

https://www.jonathan-cook.net/blog/

Traduction par VD pour le Grand Soir

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La sinophobie, les mensonges et la guerre hybride

octobre 1st, 2020 by Pepe Escobar

Il a fallu une minute au Président Trump pour parler du virus lors de la 75ème Assemblée Générale des Nations Unies virtuelle, fustigeant « la nation qui a déclenché ce fléau dans le monde ».

Et puis tout a dégénéré.

Même si Trump prononçait essentiellement un discours de campagne et ne se souciait guère des Nations Unies multilatérales, au moins le tableau était suffisamment clair pour que toute la « communauté internationale », socialement distante, puisse le voir.

Voici la déclaration complète du Président Xi. Et voici la déclaration complète du Président Poutine. Et voici l’échiquier géopolitique, une fois de plus ; c’est la « nation indispensable » contre le partenariat stratégique Russie-Chine.

Comme il a souligné l’importance des Nations Unies, Xi ne pourrait pas être plus explicite sur le fait qu’aucune nation n’a le droit de contrôler le destin des autres : « Encore moins de pouvoir faire ce qu’elle veut et être l’hégémon, le tyran ou le patron du monde ».

La classe dirigeante américaine n’acceptera évidemment pas cet acte de défi. L’éventail complet des techniques de guerre hybride continuera d’être implacablement surchargé contre la Chine, couplé à une sinophobie rampante, alors même qu’il apparaît dans de nombreux quartiers Dr Strangelove que le seul moyen de vraiment « dissuader » la Chine serait la guerre chaude.

Hélas, le Pentagone est débordé – Syrie, Iran, Venezuela, Mer de Chine Méridionale. Et chaque analyste connaît les capacités de cyberguerre de la Chine, ses systèmes de défense aérienne intégrés et ses missiles Dongfeng, tueurs de porte-avions.

Pour mettre les choses en perspective, il est toujours très instructif de comparer les dépenses militaires. L’année dernière, la Chine a dépensé 261 milliards de dollars alors que les États-Unis ont dépensé 732 milliards de dollars (38% du total mondial).

La rhétorique, du moins pour le moment, prévaut. Le principal sujet de conversation, sans cesse martelé, concerne toujours la Chine en tant que menace existentielle pour le « monde libre », même si les myriades de déclinaisons de ce qui était autrefois le « pivot vers l’Asie » d’Obama n’augmentent pas aussi subtilement la fabrication de consentement pour une guerre future.

Ce rapport du Collectif Qiao identifie clairement le processus : « Nous l’appelons Sinophobia, Inc – un complexe industriel de l’information où les financements des États occidentaux, les fabricants d’armes milliardaires et les groupes de réflexion de droite s’unissent et fonctionnent en synchronisation pour inonder les médias de messages selon lesquels la Chine est l’ennemi public numéro un. Armé de fonds publics et de sponsors de l’industrie de l’armement, cette poignée de think tanks influents fixe les termes de la nouvelle guerre froide contre la Chine. Le même écosystème médiatique qui a graissé les rouages de la guerre perpétuelle vers une intervention désastreuse au Moyen-Orient est maintenant occupé à fabriquer le consentement au conflit avec la Chine ».

Ce « tranchant militaire américain »

La diabolisation de la Chine, imprégnée d’un racisme flagrant et d’un anticommunisme enragé, s’affiche à travers une palette complète et multicolore : Hong Kong, le Xinjiang (« camps de concentration »), le Tibet (« travail forcé »), Taïwan, le « virus de la Chine » ; la Ceinture et la Route, le « piège de la dette ».

La guerre commerciale se déroule en parallèle – preuve flagrante de la façon dont le « socialisme à caractéristiques chinoises » bat le capitalisme occidental à son propre jeu de haute technologie. Ainsi, la sanction de plus de 150 entreprises qui fabriquent des puces pour Huawei et ZTE, ou la tentative de ruiner l’entreprise TikTok aux États-Unis (« Mais vous ne pouvez pas la voler et la transformer en bébé américain », comme l’a tweeté le rédacteur en chef du Global Times, Hu Xijin).

Pourtant, SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation), la première entreprise chinoise de fabrication de puces, qui a récemment profité d’une introduction en bourse de 7,5 milliards de dollars à Shanghai, pourrait tôt ou tard prendre de l’avance sur les fabricants de puces américains.

Sur le front militaire, la « pression maximale » sur la rive orientale de la Chine ne faiblit pas – de la relance de la Quadrilatérale à une ruée vers la stratégie indo-pacifique.

Think Tankland joue un rôle essentiel dans la coordination de l’ensemble du processus, via par exemple le Centre d’Études Stratégiques et Internationales, avec des « sociétés et associations commerciales donatrices » mettant en scène des suspects habituels tels que Raytheon, Lockheed Martin, Boeing, General Dynamics et Northrop Grumman.

Nous avons donc ici ce que Ray McGovern décrit brillamment comme le MICIMATT – le complexe Militaire-Industriel-Congressiste-Intelligence-Media-Academie-Think-Tank – comme contrôleurs de Sinophobia Inc.

En supposant qu’il y ait une victoire des Démocrates en novembre, rien ne changera. Le prochain chef du Pentagone sera probablement Michele Flournoy, ancienne Sous-Secrétaire à la Défense pour la politique (2009-2012) et co-fondatrice du Center for a New American Security, qui s’intéresse beaucoup au « défi chinois » et à la « menace nord-coréenne ». Flournoy a pour but de renforcer la « marge de manœuvre de l’armée américaine » en Asie.

Que fait donc la Chine ?

Le premier principe de la politique étrangère chinoise est de promouvoir une « communauté d’avenir partagée pour l’humanité ». C’est écrit dans la constitution, et cela implique que la Guerre Froide 2.0 est une imposition de la part d’acteurs étrangers.

Les trois grandes priorités de la Chine post-Covid-19 sont d’éradiquer enfin la pauvreté, de consolider le vaste marché intérieur et de revenir en force au commerce et aux investissements dans l’ensemble du Sud Global.

La « menace existentielle » de la Chine est également symbolisée par la volonté de mettre en place un système de commerce et d’investissement non occidental, comprenant tout, de la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (AIIB) et du Fonds de la Route de la Soie au commerce contournant le dollar américain.

Un rapport de la Harvard Kennedy School a au moins essayé de comprendre comment la « résilience autoritaire » chinoise fait appel à l’intérieur du pays. Le rapport a découvert que le PCC a en fait bénéficié d’un soutien populaire accru de 2003 à 2016, atteignant le chiffre étonnant de 93%, essentiellement grâce aux programmes de protection sociale et à la lutte contre la corruption.

En revanche, lorsque nous avons un MICCIMAT qui investit dans la guerre perpétuelle – ou « longue guerre » (terminologie du Pentagone depuis 2001) – au lieu de la santé, de l’éducation et de la modernisation des infrastructures, ce qui reste est un classique « noyer le poisson ». La sinophobie est parfaite pour imputer la réponse abyssale au COVID-19, l’extinction des petites entreprises et la nouvelle dépression qui se profile à l’horizon à la « menace existentielle » chinoise.

Tout ce processus n’a rien à voir avec une « défaite morale » et le fait de se plaindre que « nous risquons de perdre la concurrence et de mettre le monde en danger ».

Le monde n’est pas « en danger » parce qu’au moins de vastes pans du Sud Global sont pleinement conscients que « l’ordre international fondé sur des règles » tant vanté n’est rien d’autre qu’un euphémisme assez séduisant pour désigner la Pax Americana – ou l’exceptionnalisme. Ce qui a été conçu par Washington pour l’après-guerre, la guerre froide et le « moment unilatéral » ne s’applique plus.

Bye, bye Mackinder

Comme le Président Poutine l’a dit très clairement à maintes reprises, les États-Unis ne sont plus « capables de conclure un accord ». Quant à « l’ordre international fondé sur des règles », il s’agit au mieux d’un euphémisme pour le capitalisme financier privé à l’échelle mondiale.

Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine a montré très clairement, à maintes reprises, que, contre l’expansion de l’OTAN et de la Quadrilatérale, leur projet repose sur le commerce, le développement et l’intégration diplomatique à l’échelle de l’Eurasie.

Contrairement à ce qui s’est passé du XVIe siècle aux dernières décennies du XXe siècle, l’initiative ne vient plus de l’Occident, mais de l’Asie de l’Est (c’est la beauté de « initiative » incorporée à l’acronyme BRI).

Il s’agit d’entrer dans des corridors et des axes de développement continentaux qui traversent l’Asie du Sud-Est, l’Asie Centrale, l’Océan Indien, l’Asie du Sud-Ouest et la Russie jusqu’en Europe, couplés à une Route Maritime de la Soie qui traverse le pourtour de l’Asie du Sud.

Pour la toute première fois de son histoire millénaire, la Chine est en mesure d’égaler une expansion politique et économique ultra-dynamique, tant par voie terrestre que par voie maritime. Cette expansion va bien au-delà de la courte époque des expéditions maritimes de Zheng He, sous la dynastie Ming, au début du XVe siècle.

Il n’est pas étonnant que l’Occident, et en particulier l’Hégémon, ne puisse tout simplement pas comprendre l’énormité géopolitique de tout cela. Et c’est pourquoi nous avons tant de sinophobie, tant de techniques de guerre hybride déployées pour éteindre la « menace ».

L’Eurasie, dans un passé récent, était soit une colonie occidentale, soit un domaine soviétique. Aujourd’hui, elle est sur le point de se débarrasser enfin des scénarios de Mackinder, Mahan et Spykman, alors que le cœur et la périphérie s’intègrent progressivement et inexorablement, selon leurs propres termes, jusqu’au milieu du XXIe siècle.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Sinophobia, Lies and Hybrid War”: The Nation which Unleashed This Plague…” according to Donald Trump at the UN General Assembly

asiatimes.com

Traduit par Réseau International

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Sélection d’articles :

La ploutocratie occidentale a-t-elle raison de mépriser le peuple?

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Réduire et détourner le langage, vecteur de la pensée, sont les deux mamelles de la propagande. On sait maintenant que lorsqu’un pouvoir brandit un étendard, c’est pour faire tout le contraire. (…) Partout, en Occident, les mots ont remplacé les actes, le réel. Le social qui exigeait des actes concrets a été remplacé par le sociétal qui se satisfait de belles promesses.

 

Dictature sanitaire: qui manipule qui? 

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Des entreprises de renseignement financées par le gouvernement britannique ont formé les dirigeants de l’opposition syrienne, ont diffusé des articles dans les médias de la BBC à Al Jazeera, et ont manipulé un groupe de journalistes. C’est ce qu’une série de documents démontre aujourd’hui. Des documents qui viennent d’être divulgués montrent comment des entreprises du gouvernement britannique ont développé une infrastructure avancée de propagande pour stimuler le soutien en Occident à l’opposition politique et armée de la Syrie.

 

Gazoduc explosif en Méditerranée

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En Méditerranée orientale, dans les fonds de laquelle ont été découverts de grands gisements offshore de gaz naturel, est en cours un âpre contentieux pour la définition des zones économiques exclusives, à l’intérieur desquelles (jusqu’à 200 miles de la côte) chacun des pays riverains a les droits d’exploitation des gisements. Les pays directement impliqués sont Grèce, Turquie, Chypre, Syrie, Liban, Israël, Palestine (dont les gisements, dans les eaux de Gaza, sont aux mains d’Israël), Égypte et Libye. Particulièrement tendue est la confrontation entre Grèce et Turquie, toutes deux membres de l’OTAN.

 

VIDÉO- COVID-19: La deuxième vague, les statistiques sont « fake »

Par Prof Michel Chossudovsky, 29 septembre 2020

 

Covid-19: Le jeu des chiffres: La « deuxième vague » est basée sur des statistiques « fake »

Par Prof Michel Chossudovsky, 29 septembre 2020

« Zones rouges », interdictions de voyager, quarantaines, « listes rouges ». Une « deuxième vague » a été annoncée. La campagne de peur a pris une ampleur démesurée. Des millions de personnes font la queue pour les tests de Covid-19.(…) Cet article se concentre sur le « jeu des chiffres ». Comment les statistiques et les « estimations » sont utilisées par les politiciens pour justifier la fermeture de l’économie nationale et la dérogation aux droits civils fondamentaux.

 

Taux de mortalité COVID-19: « La pire erreur de calcul dans l’histoire de l’humanité »

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Ce mois-ci, le Dr Ronald B. Brown a fait publier un article audacieux dans Disaster Medicine and Public Health Preparedness, intitulé, de façon conservatrice,: Public health lessons learned from biases in coronavirus mortality overestimation (Cambridge University Press)

 

Une nouvelle vague de COVID-fascisme envahit-elle l’Europe?

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Un médecin allemand, co-fondateur de l’ACU – Commission extra-parlementaire allemande d’enquête (sur la COVID), est arrêté  (La scène ressemble à un véritable fait du fascisme tiré du livre de tactique d’Hitler des années 1930…) – et le Parlement suisse prolonge la loi suisse sur l’état d’urgence en matière de COVID-19 jusqu’à la fin 2021.(…)

 

Venezuela: Contes et mécomptes de curieux «défenseurs des droits humains»

Par Maurice Lemoine, 30 septembre 2020

Venezuela : l’enquête de l’ONU accuse les forces de sécurité de 5 094 meurtres depuis 2014 » (France 24, 17 septembre 2020). A compter du 15 septembre, pas un média qui ne titre sur l’information. Légitimement d’ailleurs, car c’en est une, et particulièrement choquante. Bien qu’assez récurrente, si l’on y regarde d’un peu plus près. La mise en cause de la République bolivarienne et de son président Nicolás Maduro sur le thème des « droits humains » ne réapparaît-elle pas en force tous les trois ou six mois ?

 

Deuxième lettre ouverte au Président Macron : Où est l’image satellite du port de Beyrouth?

Par Hassan Hamadé, 01 octobre 2020

Monsieur le Président, Je souhaite commencer par vous féliciter chaleureusement pour votre franchise. Je n’ai pas été déçu que vous soyez allé directement au cœur du sujet, lequel n’a nul besoin de fioritures pour dissimuler sa vérité, vu que cette vérité est la raison directe ayant fait de vous le gagnant de la mission au Liban. J’entends par là : le problème posé par les armes de la Résistance.

 

 

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Monsieur le Président,

Je souhaite commencer par vous féliciter chaleureusement pour votre franchise. Je n’ai pas été déçu que vous soyez allé directement au cœur du sujet, lequel n’a nul besoin de fioritures pour dissimuler sa vérité, vu que cette vérité est la raison directe ayant fait de vous le gagnant de la mission au Liban. J’entends par là : le problème posé par les armes de la Résistance.

Il ne vous a pas fallu longtemps pour avouer ouvertement cette première moitié de ce qui vous intéresse au Liban ; l’autre moitié se résumant à votre obsession de gagner des contrats s’appropriant ce qui reste de la richesse de l’État et du peuple. Des richesses passant du port martyr de Beyrouth à son aéroport menacé du même sort, à l’électricité, à l’eau, au téléphone cellulaire, aux infrastructures et, bien sûr, à ce que la terre et les eaux du Liban contiennent de pétrole et de gaz, là où le géant de l’énergie, la société Total, occupe le devant de la scène. 

Mis à part ces deux préoccupations majeures, votre discours [1] sur la dimension humanitaire, réformatrice et éthique de votre mission au Liban est resté dans les limites de sa fonction de maquillage et d’un semblant d’élégance. Ceux qui attendaient le contraire de votre part ont été désagréablement surpris. C’est leur problème car dans le dictionnaire des États, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. 

Outre les félicitations, il nous faut discuter ensemble, chacun à partir de son camp, de la question de l’affrontement direct avec les forces qui s’opposent à la campagne coloniale destructrice désignée par « printemps arabe ». Pour rappel, Monsieur le Président, cette expression avait déjà été utilisée par les gouvernements français il y a 172 ans, lorsqu’ils avaient affirmé que la création de la sinistre mission « Baudicour » [2] serait le début du printemps des peuples. Mission qui consistait à déraciner les maronites libanais de leurs terres et à les transférer en Algérie. 

Conformément à votre habitude des raccourcis, votre conférence de presse du 27 septembre 2020 est venue confirmer vos déclarations annoncées quelques heures avant votre deuxième visite au Liban, le 1er septembre 2020. C’est ainsi que vous avez ajouté une zone d’ombre encore plus dense dans l’espace des relations libano-françaises ; autrement dit, une nouvelle ambiguïté qui s’ajoute aux précédentes déjà évoquées [3] et qui mène à une lecture différente du devenir des relations entre nos deux pays, loin de la propagande entourant le mythe d’amour et de tendresse pour le Liban. 

Cette fois, vous nous avez rappelés une époque supposée révolue, étant donné qu’aujourd’hui vous nous apparaissez plutôt proche d’un haut-commissaire ; cependant, avec moins de pouvoirs que vos prédécesseurs à ce poste, car leur référence était Paris, tandis que votre véritable référence se situe quelque part dans le « Nouveau Monde ». Cela ne vous est absolument pas étranger. Vous êtes le tenant d’une démarche politique ayant opté pour une France européenne, plutôt que pour une France française et si vous aviez à choisir entre une Europe européenne et une Europe atlantiste, vous opteriez pour une Europe atlantiste. Et je n’irai pas jusqu’à dire, comme certains, que vous iriez jusqu’à préférer l’appartenance aux États-Unis à l’appartenance à l’Europe atlantiste. 

C’est probablement la raison qui fait qu’à aucun moment vous n’avez abordé la question cruciale de la Résistance qui protège autant qu’elle le peut le Liban du monstre raciste sioniste, alors que vous considérez le manque de respect à la mémoire de la Résistance française comme un péché mortel. En effet, la résistance à l’occupation et la défense des patries est par principe une question morale, éthique, légale et humaine, toute proche de la sainteté. Trouvez-vous qu’il est sérieux de parler de la nôtre comme vous l’avez fait ? Pour de nombreux Libanais, votre discours sur la Résistance libanaise est venu comme un coup de poignard en plein cœur. Peut-être que vous ne l’avez pas voulu. Et, peut-être que vous avez écouté plus qu’il ne le faut vos conseillers et vos amis, lesquels n’ont fait que vous impliquer dans un problème pouvant fortement compromettre la relation historique entre nos deux pays dans le présent et le futur. 

Monsieur le Président,

Je n’ai pas été surpris par votre totale indifférence à l’analyse du dossier libanais par le respecté homme d’État français [4], Maurice Couve de Murville. La différence entre vous porte non seulement sur l’époque, l’expérience et la culture, mais aussi sur l’appartenance. Il était dans la fleur de l’âge lorsqu’il a rejoint le Commandant de la France libre, a travaillé à la radio de la Résistance, est resté proche du Général de Gaulle tout au long de sa vie et a été ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre. Ce qui explique qu’il ait tenu à ne pas prendre parti face aux querelles des Libanais et donc à ne pas les encourager à détruire leur pays. Naturellement, à l’époque il n’a pas eu à s’opposer à la résistance naissante qui a expulsé les monstres sionistes de la capitale Beyrouth ; première capitale arabe occupée par l’armée israélienne lorsque le Hezbollah n’était pas encore né. Lequel Hezbollah est néanmoins né de la matrice de cette première résistance triomphante qui a brisé les crocs des monstres sionistes et les a expulsés de Beyrouth que vous avez visité et dans les rues duquel vous vous êtes promené.

Vous êtes censé avoir été informé de ces faits historiques avant d’user d’expressions offensantes contre notre Résistance, abstraction faite de votre position de principe en raison de vos engagements otano-sionistes. C’est là une atteinte à la dignité de la patrie libanaise, laquelle suppose que vous lui présentiez vos excuses. Vous avez parfaitement le droit de haïr la Résistance et de la combattre, mais vous n’avez pas le droit de l’offenser alors que vous traitez du sujet libanais au titre de l’amitié. Imaginez la situation inverse où un Libanais se tiendrait devant vous pour traiter de la sorte la Résistance française. Quelle serait votre réaction ? Je m’attends à ce que vous entriez dans une grande colère ; là aussi, abstraction faite de votre propre opinion sur la Résistance française qui ne concerne que vous. 

Et que dire de vos propos prétendant que la Résistance libanaise sème la terreur en Syrie ? 

Que cela vous plaise ou non, Monsieur le Président, cette Résistance est le fer de lance de la défense territoriale contre le terrorisme, à commencer par les organisations atlantistes de la terreur, c’est-à-dire Daech, le Front al-Nosra, la Brigade Sultan Mourad, la Harakat Nour al-Din al Zenki et l’ensemble de leurs dérivées bénéficiant globalement du parrainage de votre Organisation du traité de l’Atlantique nord [l’OTAN] et du financement puisé dans les caisses des pays du Golfe, occupés par vos armées atlantistes. Plus de 170 000 terroristes venus d’Europe et d’autres pays, amenés par votre organisation au cœur de la géographie syrienne pour la déchirer de l’intérieur, menant ainsi la plus monstrueuse des campagnes coloniales que l’histoire ait connues au cours de ses différentes époques. Organisations qui « font du bon boulot », comme l’a dit un jour l’un de vos ministres des Affaires étrangères ! 

C’est pourquoi vous vous en prenez à la résistance libanaise. C’est peut-être aussi parce qu’elle a énormément contribué à la défense de la présence chrétienne sur la sainte terre syrienne pendant que votre alliance atlantique, laquelle excelle dans la flagellation des peuples et la négation de leurs droits humains les plus élémentaires, travaille jour et nuit à effacer les traces du christianisme de la terre palestinienne du premier révolutionnaire humaniste, Jésus-Christ, et les traces du crime commis le 30 septembre 2000 contre l’enfant Mohammad al-Durah [5], son père, ses frères et ses sœurs. 

Et c’est plus probablement encore, Monsieur le Président, la raison qui vous pousse à voir une contradiction incompréhensible entre la résistance du Hezbollah à Israël et son droit d’être un parti respecté au Liban. Imaginez, là aussi, qu’un Libanais vous dise que toute force française ayant résisté aux nazis perdrait son droit à former un parti politique respecté en France. Serait-ce raisonnable ? Question, évidemment indépendante de votre propre opinion sur le fascisme et le nazisme qui ne concerne que vous.

Tout comme le Christ, le peuple du Christ est persécuté. Le pape Benoît XVI n’a-t-il pas condamné « l’hostilité et les préjugés à l’encontre des chrétiens » en Europe » ? Lisez, Monsieur le président, son message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2011. Cette même année où vous avez inauguré l’orgie sanguinaire via votre printemps arabe. Dans le quatorzième paragraphe de ce terrible message, le penseur Joseph Ratzinger semble considérer que vos discours au monde manquent de sincérité. Contentez-vous de lire ce seul paragraphe, votre excellence, car il est fort probable que vous ne soyez pas intéressé par ce genre de lecture. 

Lors de votre conférence de presse, alors que je vous observais pendant que vous déversiez vos ressentiments, j’ai senti toute la froideur de vos paroles en dépit de la volubilité de votre langage corporel. Vous êtes apparu froid et nullement concerné par la requête libanaise qui vous a été personnellement adressée ; celle de fournir une image satellite [6] de la terrible explosion terrestre engendrée par le crime complexe contre l’existence même du Liban. Vos paroles resteront creuses et sans valeur tant que vous éluderez notre demande destinée à savoir qui a dirigé l’explosion hirochimienne contre le port de Beyrouth, pour favoriser le port de Haïfa en Palestine occupée. 

Nous voulons la vérité ; la vérité pour le Liban. Nous avez-vous entendus, vous qui vous permettez de nous donner des leçons en insultant nos politiciens voleurs, afin de susciter notre amitié et de gagner notre confiance, tout en continuant à vous entendre avec eux et à dissimuler le coupable ? Il en est toujours ainsi : généralisation, hausse du ton, débats creux aboutissant à la dissimulation du coupable. Une technique, cher Président, qui ne trompe que ceux qui croient aux paroles des États. Où sont donc les images satellite ? Et que cache leur non divulgation ? 

Désolé, Monsieur le Président, pour avoir oublié que votre éloquence en matière de transparenc