La bataille d’Alep se termine. La Syrie va remporter la guerre contre les Takfiris soutenus par l’étranger, tout comme l’Irak. Il faut donc que les instigateurs et les commanditaires de la guerre trouvent autre chose pour atteindre leurs objectifs.

Voilà une carte du chaudron Alep-Est il y a deux jours :

 

Carte par @MapNefFor – Agrandir

 

Voilà la carte de ce matin :

 

Carte par @MapDefFor – Agrandir

 

Depuis ce matin, une autre partie de la zone tenue par les «rebelles» au sud-est du chaudron, le quartier du Sheik Sa’ed, a été libérée par les forces gouvernementales syriennes.

On pense que toute la zone tenue par les «rebelles» d’al-Qaïda sera libérée et nettoyée des Takfiris ce week-end. Les miliciens qui y sont encore ont le choix entre partir ou être – inévitablement – tués.

Comparez ces cartes à la (grande) carte que nous avons postée dans notre dernier article sur Alep. Au total, les quelque 90% de la superficie détenue par les «rebelles» il y a deux semaines sont maintenant revenus dans les mains du gouvernement. Toutes les zones tenues par les «rebelles» au nord et au nord-est de la Citadelle d’Alep, qui hier encore étaient détenues par les Takfiris alignés sur al-Qaïda, sont maintenant aux mains du gouvernement syrien. La dernière avancée résulte de la reddition d’un groupe de «rebelles» locaux aux forces gouvernementales syriennes. Pour la première fois depuis 5 ans, l’entrée principale de la Citadelle est accessible depuis Alep-Ouest qui est tenue par le gouvernement.

Au total, il y avait là 28 700 civils qui ont quitté les zones précédemment «rebelles». C’est un chiffre un peu plus élevé que notre estimation d’un maximum de 25 000 civils dans Alep-Est, mais beaucoup moins que les 250 000300 000500 000 ou 1 000 000 de civils brandis par les Nations Unies et les médias de l’opposition.

Après avoir remporté la bataille d’Alep, le gouvernement syrien disposera de quelque 35 000 soldats, prêts à libérer les autres régions de la Syrie encore détenues par des Takfiris payés par l’étranger. C’est une force assez importante et expérimentée et on peut s’attendre à ce que les opérations nécessaires pour libérer toute la Syrie soit terminées dans quelques mois.

En Irak, les forces gouvernementales combattent les derniers restes d’État islamique qui détiennent la ville de Mossoul, dans un siège comparable à celui d’Alep. Mais la lutte à Mossoul est plus difficile, parce qu’il y a encore au moins un million de civils dans la ville et que les combattants ISIS là-bas sont des fanatiques, qui n’hésitent pas à envoyer des centaines d’écoliers en kamikazes contre les forces irakiennes qui approchent. Si la résistance se maintient à ce niveau, il faudra sans doute des mois pour reprendre toute la ville.

Heureusement pour la Syrie, la ville de Mossoul est maintenant complètement encerclée. Le plan original des États-Unis était de laisser ouverte la zone occidentale de Mossoul, afin que les combattants d’ISIS puissent s’échapper vers la Syrie. Le Premier ministre irakien Abadi a empêché cela, en envoyant des Forces de mobilisation populaires fermer la zone occidentale.

Les États-Unis avaient déjà préparé le terrain pour que les troupes d’ISIS en retraite prennent la ville de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, où les combattants d’ISIS sont assiégés par des troupes gouvernementales syriennes. Ils auraient ainsi instauré la «principauté salafiste» qu’ils veulent créer depuis au moins 2012. Le mouvement irakien pour fermer Mossoul, soutenu par l’Iran et la Russie, a réussi à empêcher cela.

Le projet de remettre des zones de l’est de la Syrie et de l’ouest de l’Irak à un «ISIS modéré» a échoué, mais les habituels «experts» encadrés, comme Michael Weiss et Hassan Hassan, plaident maintenant pour que les États-Unis occupent toute la zone et y installent des bases militaires américaines permanentes, pour contrôler l’est de la Syrie et l’ouest de l’Irak, riches en pétrole. Les forces spéciales américaines, qui travaillent avec des unités de YPG kurdes dans le nord-est de la Syrie, ont déjà construit plusieurs petits aérodromes.

Voilà ce qu’écrivent ces impénitents suppôts de guerre :

Transformer ces territoires en solides ancrages dans la région donnera aux États-Unis une capacité de collecte de renseignements absolument nécessaire dans la Jazira ou la Haute Mésopotamie, qui englobera la plaine aride qui s’étend au nord-ouest de l’Irak, au nord-est de la Syrie et au sud-est de la Turquie.

[…]

Garder les contingents des forces américaines dans la région constituera un moyen de dissuasion efficace, qui permettra de défendre des combattants anti-ISIS fiables et compétents et de dissuader le régime Assad de toute velléité de reconquête.

Haute Mésopotamie, al Jazera, env. 80 avant JC – Carte via Wikimedia

Une telle entité américaine d’occupation dans la Jazira :

  • Empêcherait tout trafic de l’Iran chiite et de l’Irak avec les zones syriennes et libanaises de la côte méditerranéenne. Le soi-disant croissant chiite serait coupé par une entité contrôlée par les États-Unis, composée majoritairement de peuples sunnites.
  • Créerait un espace pour le pipeline de gaz naturel que veut l’entité Qatar-Turquie-Europe, tout en empêchant la construction d’un éventuel pipeline de gaz naturel Iran-Méditerranée-Europe à travers la même zone.
  • Réaliserait une autre étape du plan Yinon, qui appelle au morcellement de tous les États arabes en entités plus petites, pour sécuriser le royaume d’Israël.

Attendez-vous à entendre les «experts» de think tanks, achetés au prix fort, bientôt affirmer qu’il faut confier cette nouvelle «mission» complètement démente aux forces américaines.

Le président élu, Donald Trump, a répété hier qu’il ne ferait rien de la sorte :

Trump a promis de rendre l’armée plus forte qu’elle l’a jamais été, mais il a dit que, sous son commandement, le pays «cesserait de courir renverser des régimes étrangers dont nous ne savons rien».

«Il faut mettre fin à ce cycle destructeur d’interventions et de chaos», a-t-il dit.

On peut espérer que Trump s’en tiendra à cette position raisonnable et renoncera à toute ingérence dans les affaires des peuples du Moyen-Orient et d’ailleurs.

 

Article original en anglais : As Regime Change By Takifiris Fails – GCC Lobbyists Call For U.S. Occupation of Upper Mesopotamia, Moon of Alabama, 7 décembre 2016.

Traduction : Dominique Muselet

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Le parlement polonais (Sejm) a approuvé mi-novembre la création d’une armée de 53.000 hommes pour assurer la défense du territoire (WOT). Le parlement a donc donné le feu vert à un projet appuyé par le ministre de la Défense d’extrême-droite, Antoni Macierewicz.

Le ministère de la Défense contrôlera directement la nouvelle unité militaire. Celle-ci doit soutenir l’armée polonaise contre la Russie en cas de guerre et réprimer l’opposition sociale et politique intérieure. Le Sejm a explicitement rejeté des motions soumises par l’opposition, demandant que la WOT soit apolitique et ne soit pas déployée contre les Polonais.

Macierewicz avait annoncé cet été son intention de mettre en place une milice calquée sur le modèle de la garde nationale américaine. Le Sejm vient à présent de voter ce projet à la majorité absolue. D’ici 2019, cette force comprendra 53.000 personnes. Les premières unités seront en place à l’est du pays avant la fin de l’année. D’ici 2019, le gouvernement projette de dépenser 3,6 milliards de zloty (environ 800 millions d’euros) pour la WOT. La rémunération mensuelle des miliciens sera d’environ 500 zloty (120 euros).

Dans une interview télévisée Macierewicz a déclaré : « Ces unités sont le moyen le plus efficace d’étendre la force de nos forces armées et de ses capacités de défense. C’est également la meilleure réponse pour faire face aux dangers d’une guerre hybride comme celle que nous avons connue après l’agression russe au sujet de la Crimée ».

Chacune des 16 provinces polonaises doit créer une unité de défense regroupant entre 3.000 et 5.000 hommes. Les unités seront recrutées parmi des volontaires, qui bénéficieront d’une formation aux frais de l’Etat. La plupart seront stationnées dans l’est, à Podlaskie, Lublin et des Basses Carpates (Podkarpackie) près de l’Ukraine et de la Biélorussie. L’est de la Pologne est la partie la plus pauvre et économiquement la plus arriérée du pays et comprend de larges zones forestières. Grâce à la catastrophe sociale engendrée par la restauration du capitalisme, les forces fascistes et le PiS (parti Droit et Justice) ont pu en faire leur bastion.

Le vote du Sejm en faveur de la WOT a une portée très large et s’oriente ouvertement vers le nationalisme d’extrême-droite. Selon le texte voté, la WOT est responsable des « missions anti-crise, anti-sabotage, antiterrorisme et anti-désinformation, afin de défendre la sécurité de la population civile et le patrimoine du peuple polonais. » Le ministère de la Défense est habilité à définir une crise, le sabotage, une attaque terroriste ou la désinformation comme bon lui semble.

Devant un comité parlementaire, les politiciens du PiS qui est au pouvoir ont expliqué en amont du vote que la WOT avait pour objectif de « renforcer les fondements patriotiques et chrétiens de la Pologne et des forces armées ». Le « patriotisme et la foi des soldats polonais » sont selon eux « la meilleure garantie de notre sécurité ».

Ce faisant, ils en appellent aux forces d’extrême-droite de rejoindre la WOT. Plusieurs dirigeants d’extrême-droite ou de milices citoyennes ont déjà indiqué vouloir encourager leurs membres à rejoindre la WOT.

Depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, le PiS a à plusieurs reprises renforcé les forces d’extrême-droite et antisémites en Pologne. Il coopère étroitement avec l’église catholique, qui entretient des liens historiques très étroits avec le fascisme. Le ministre de la Défense Macierewicz, qui a un passé fasciste et antisémite, a joué un rôle crucial dans la promotion des forces d’extrême-droite et de leur intégration dans l’appareil d’Etat.

La création d’une milice ultra-droite en Pologne jouit aussi d’un soutien international. Dans un document publié en juillet, le think tank américain Atlantic Council a proposé de faire de la Pologne un rempart contre la Russie. Il voulait notamment renforcer l’armée régulière, dont les effectifs passeraient de 100.000 à 150.000 hommes, et élargir des forces paramilitaires sous contrôle gouvernemental. Selon les auteurs du document, les divers groupes paramilitaires, dont certains groupes privés, comptent d’ores et déjà environ 400.000 hommes.

Selon le magazine Polityka, l’organisation paramilitaire Stowarzyszenie Jednostka Strzelecka 2039, basée à Cracovie, avait participé aux exercices « Anaconda » de l’OTAN. Un certain nombre de ces unités ont maintenant l’intention de rejoindre la WOT. D’autres organisations d’extrême-droite et fascistes, dont Falanga et Zmiana, comptent participer à la WOT.

La WOT ressemble aux organisations paramilitaires en Ukraine qui non seulement ont combattu les séparatistes pro-russes dans l’est du pays, mais sont aussi intervenus contre l’opposition populaire à travers le pays. Des organisations paramilitaires d’extrême-droite qui ont joué un rôle de premier plan lors du renversement du président ukrainien Victor Ianoukovitch en février 2014, s’étaient entraînées en Pologne. A présent, il s’agit de créer et de former des forces d’extrême-droite en Pologne même.

L’opposition libérale critique la création de la milice d’un point de vue bourgeois de droite. Une profonde inquiétude a été suscitée du fait que la milice ne sera pas sous contrôle de l’état-major de l’armée, mais du ministère de la Défense. La vice-présidente du parti d’opposition Nowoczesna, Katarzyna Lubnauer, a traité la WOT d’« armée privée » de Macierewicz.

Une opposition s’est fait jour au sein de l’armée polonaise contre la politique de Macierewicz. Au début de l’année, plusieurs généraux haut placés ont démissionné pour protester contre les réformes militaires de Macierewicz en critiquant le gouvernement dans la presse.

Le général Janusz Bronowith s’en est pris publiquement au ministre et à ses réformes. Dans une interview accordée au magazine Polityka, il a averti que la politique du PiS pourrait entraîner la Pologne dans une catastrophe comme celle de 1939. En guise de protestation contre la politique de Macierewicz, Bronowicz avait démissionné au début de l’année.

Le journal libéral Newsweek Polska a exprimé dans une rubrique la crainte que le ministère de la Défense puisse déployer la WOT contre l’opposition libérale. Cette préoccupation n’est pas sans fondement. De violentes agressions contre des membres du Comité de Défense de la Démocratie (KOD) commises par des forces d’extrême-droite furent assez ouvertement encouragées par le PiS.

De plus, l’opposition ne souhaite pas perdre son influence sur la direction de l’armée. Plusieurs généraux et officiers à la direction de l’armée soutiennent toujours l’opposition libérale sur le plan intérieur et extérieur.

Toutefois,les libéraux n’ont pas d’objection à formuler contre le renforcement des forces armées contre la Russie, ou contre la classe ouvrière à l’intérieur du pays. Certains ont exprimé la crainte que des organisations fascistes qui cherchent à rejoindre la WOT n’adoptent une position antiaméricaine en préconisant une alliance plus étroite avec le Kremlin.

D’autres affirment que le budget prévu ne suffirait pas à mettre en place des unités bien équipées d’ici 2019. Selon eux, le gouvernement polonais, tout comme les autres Etats de l’OTAN, devrait donc concentrer ses ressources sur les forces armées.

Bogdan Klich, l’ancien ministre de la Défense du gouvernement PO (Plate-forme civique) de Donald Tusk, s’est plaint en disant : « La majorité des Etats de l’OTAN investissent dans le potentiel des forces existantes, et non dans la création d’une force de défense territoriale. La priorité budgétaire devrait revenir à l’achat de nouvelles technologies pour mener des guerres modernes ».

Clara Weiss

Article original, WSWS, paru le 6 décembre 2016

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«Si tu ne peux pas distribuer de la nourriture, distribue au moins des bonnes paroles.» Proverbe africain

Un forum d’investissement et d’affaires du 3 au 5 décembre s’est tenu à Alger, le but étant de dynamiser la coopération économique au sein du continent. Mis à part quelques petites anomalies, le forum s’est déroulé dans de bonnes conditions, notamment par la présence de 200 exposants qui ont eu l’opportunité d’exposer leurs productions. L’opportunité a été donnée aux 200 opérateurs algériens de faire connaître leurs produits à leurs homologues africains en vue de conclure d’éventuels marchés ou même des partenariats, parallèlement, six panels ont traité de six thématiques: les visions économiques stratégiques des pays africains. l’énergie, le financement des investissements, les infrastructures et les TIC ainsi que l’agriculture et l’agroalimentaire.

La réalité des échanges inter-africains

Cependant, force est de constater que les échanges inter-africains n’excèdent pas le taux de 10% des échanges commerciaux globaux du continent contre plus de 80% pour les échanges inter-européens et 60% en Asie, a-t-il été observé. Une contribution du journal El Watan fait le point de la réalité inter-africaine et algéro-africaine:

«Les exportations algériennes vers l’Afrique, hors pays du Maghreb, ne dépassent guère les 42 millions de dollars sur les neuf premiers mois de l’année en cours. L’Algérie n’exporte, bon an mal an, que pour à peine quelque deux milliards de dollars annuellement. Bien que géographiquement proche et commercialement accessible, le marché africain n’en capte que quelques flux marginaux, alors qu’il offre, plus que n’importe où ailleurs, d’indéniables niches de compétitivité pour la production algérienne exportable. Ainsi, selon le dernier bilan du commerce extérieur diffusé par le Centre national d’informatique et de statistiques douanières (Cnis), la valeur globale des exportations algériennes vers l’Afrique, hors pays du Maghreb, ne dépasse guère les 42 millions de dollars sur les neuf premiers mois de l’année en cours, contre 70 millions à la même période de l’année écoulée, soit à peine près de 0,25% de l’ensemble des flux des exportations du pays vers le reste du monde ».

« Au volet des importations poursuit l’auteur de l’article, la valeur des échanges avec l’Afrique reste également des plus faibles, soit de quelque 187 millions de dollars entre janvier et septembre derniers, contre 288 millions de dollars durant les neuf premiers mois de 2015. Tel que classé par régions économiques avec lesquelles l’Algérie commerce à travers le monde, le continent africain arrive en bas de liste, tant à l’exportation qu’à l’importation, loin derrière les pays de l’Union européenne (UE). Peu intégré économiquement, l’espace africain demeure donc des plus opportuns à explorer pour l’Algérie, d’autant que les économies du continent présentent nombre de complémentarités et, par conséquent, tant d’opportunités à l’exportation et même à l’investissement.» (1)

Les conditions de la réussite dans la pénétration du marché africain

« Il faut être réaliste, écrit le professeur Mebtoul, commercer en Afrique cela suppose l’émergence d’entreprises algériennes compétitives en termes de coût-qualité, en termes d’avantages comparatifs mondiaux, car en 2016 parlant de l’économie de la connaissance: «Une enquête, écrit-il, menée en 2012 par l’UA/Nepad dans 19 pays africains, montre que seuls le Malawi, l’Ouganda et l’Afrique du Sud investissent plus de 1% de leur PIB dans la recherche-développement (R-D), contre de 0,2% à 0,5% pour les autres. Le rapport précité de l’Unesco souligne que l’Afrique ne consacre que 0,3% du PIB en moyenne à la R-D. C’est sept fois moins que l’investissement réalisé dans les pays industrialisés.(…)» (2)

Le professeur Mebtoul donne la recette d’une réussite des exportations algériennes, il insiste particulièrement sur le savoir et la nécessité de mettre en avant les élites scientifiques: à«Afin que les opérateurs algériens puissent pénétrer le marché africain, l’Algérie devra remplir sept conditions par des stratégies d’adaptation. Premièrement, tenir compte de la rivalité du couple Etats-Unis/Europe -Chine pour le contrôle économique de ce continent vital. Deuxièmement: combien l’Algérie possède d’entreprises compétitives publiques et privées avec un taux d’intégration minimal de 40/50%, selon les normes internationales et des laboratoires de recherche/développement.

Troisièmement, une révolution culturelle: il ne peut y avoir une économie diversifiée sans le primat de l’économie de la connaissance. Quatrièmement, sans maitrise des nouvelles technologies, il ne faut pas s’attendre à asseoir une économie diversifiée (..) l’investissement le plus sûr est dans les institutions démocratiques et le savoir.. Cinquièmement, étant plus facile d’importer que de produire, il s’agira de débureaucratiser l’administration, pour une information fiable en temps réel. Sixièmement, il faudra au préalable des supports logistiques et bancaires (combien de banques algériennes en Afrique). Septièmement, la pénétration du marché africain suppose un partenariat gagnant-gagnant avec les grandes firmes qui contrôlent le marché mondial et un renforcement de l’appareil productif interne, supposant l’émergence d’entreprises algériennes compétitives en termes de coût-qualité. (…)» (2)

«Lorsque, poursuit le professeur Mebtoul, les ministres et les walis déplieront un tapis rouge devant les chercheurs et les intellectuels de renom, en les recevant au perron, comme le font les grands dirigeants du monde développé et ceux des pays émergents, nous aurons une lueur d’espoir pour un développement durable en Algérie. L’Algérie a besoin d’une vision stratégique, de cohérence, de visibilité, d’un discours de vérité et de leadership. L’Algérie doit profiter de sa relative aisance financière, bien utiliser ses réserves de changes en transformant cette richesse virtuelle en richesses réelles, de libérer toutes les énergies créatrices, et donc de réaliser la transition difficile vers une économie hors hydrocarbures dont la transition énergétique.» (2)

L’Algérie a contribué à la formation  des élites africaines  

De par ma formation d’universitaire et pour avoir géré, j’ai donné un avis complémentaire en mettant en avant l’aspect formation inexistant dans ces contacts avec l’Afrique. Dans une interview à L’Expression, au journaliste Salim Benalia, j’avais déclaré: «Cet évènement offre à l’Algérie l’occasion de sortir de son cocon ancien et qui la faisait se confiner dans ses propres préoccupations. Ce forum indique que l’Algérie a, désormais, un savoir-faire exportable. L’Algérie a perdu beaucoup d’avantages sur le terrain africain et d’autres en ont profité, elle ne fait donc que reconquérir une place sur le continent et qui lui est légitime. C’est le moment pour notre pays de faire preuve d’une agressivité économique, technique et technologique.» (3)

J’avais ensuite parlé dans cette interview  de ce que l’Algérie avait fait pour l’Afrique: «L’Algérie doit à ce titre mettre en valeur ce qu’elle a déjà fait pour l’Afrique. Et ce qu’elle a fait est très important. Notre pays est l’un des premiers à avoir compris, du temps de feu Houari Boumediene, la nécessité d’un co-développement par le développement du transport et de l’ouverture de la transsaharienne laquelle doit être parachevée, surtout qu’elle constitue une véritable artère dans «le corps de l’Afrique.» Elle permettrait assurément le développement de tout ce qui est transport des marchandises et des hommes. L’Algérie a dans ce cadre fait sa part. C’est aux autres pays limitrophes de continuer C’est dans le même ordre que l’Algérie par la suite a proposé l’installation d’un gazoduc de 4000 km à partir du Nigeria. Il peut irriguer toute la région de l’Est, mais également toutes les régions algériennes, notamment en matière de distribution de gaz et de développement de l’agro-industrie.» (3)

Quelques chiffres et les possibilités du futur

L’Algérie, qui a déjà contribué au développement des élites  l’Afrique, mais aussi par une aide financière sans contre-partie est en droit d’attendre un retour d’ascenseur par une diplomatie économiquement «volontariste et pugnace» où elle ne lâchera plus rien. Pour rappel, l’Algérie a effacé la dette pour près d’un milliard de dollars, qu’avons-nous eu en échange? Elle a formé, depuis 1962, au moins 30.000 cadres étrangers dont beaucoup d’africains de haut niveau. Où sont-ils? Sur les 1,5 million de diplômés qui sont sortis des universités algériennes. Ils sont plus de 200 Africains, notamment des Tunisiens, Maliens, Nigériens, à avoir été formés à l’Ecole polytechnique d’Alger dans les années 1960, 1970 et 1980.

L’Algérie dispose d’un vivier de compétences établies aussi bien dans le domaine économique technologique qu’universitaire à la fin des années 1980, l’Algérie avait mis en place un service de la coopération avec même un statut pour le coopérant algérien. Je me souviens avoir piloté avec feu le ministre Belkaïd, ministre de l’Enseignement supérieur le projet d’une implantation d’une université technologique dédiée notamment aux sciences du pétrole. C’était à la demande de la Libye, l’université devait être érigée à Sebha. Il était prévu qu’un staff d’une vingtaine d’experts professeurs avec un recteur devait lancer l’enseignement. Il n’y eut pas de suite de notre part.

Les nouvelles missions de la coopération algérienne en direction de l’Afrique

Rien n’interdit de revoir fondamentalement notre coopération dans le domaine culturel, scientifique et technologique avec un principe directeur: «Rien ne doit être gratuit.» La notion de retour sur investissement devrait être notre préoccupation permanente. Pour cela il me semble qu’un état des lieux sans complaisance devra être fait. Il est souhaitable d’établir un annuaire de toutes ces compétences que l’Algérie a formées pour pouvoir le valoriser à distance. Nos diplomates devraient d’ailleurs changer totalement de logiciel, il faut qu’ils soient des diplomates de l’économie, de la technologie et du savoir. La diplomatie de papa a vécu. C’est une diplomatie du Web 3.0. Le diplomate du XXe siècle doit être aussi un scientifique qui devrait maîtriser le Dow Jones, les marchés, les mouvements du Brent et la philosophie des marchés émergents.

Ils devraient endosser le costume de voyageur de commerce pour aller vendre la destination Algérie, à la fois sur le plan touristique, économique et technologique. L’université de Tamanrasset devrait se muer en un barycentre du savoir en Afrique et de l’économie de la connaissance et des nouvelles technologies. Ce pôle universitaire gagnerait à s’attribuer toutes ces nouvelles missions pour un rayonnement régional réussi. Il est temps d’optimiser les ressources de chaque pays et faire en sorte que l’on ne doit compter que sur nous-mêmes. Ce rendez-vous d’Alger nous donne la possibilité de lancer les jalons d’une future politique inter-africaine. La coopération avec les pays africains, même s’il faut passer par le troc. C’est la seule voie qui peut mener les pays africains vers les rives de l’autosatisfaction.

La voie à suivre :  l’économie de la connaissance

Nous savons que l’économie de la connaissance est peut être le plus sûr  moyen de sortir du sous développement.  Idriss Aberkane brillant physicien écrit : « Dans un système où la croissance économique, basée sur la consommation des matières premières finies montre des limites évidentes, quelles sont les alternatives ? Et si nous basions la croissance sur la connaissance qui, elle, est infinie ?   La République de Corée exporte davantage que la Fédération de Russie, avec trois fois moins d’habitants et 171 fois moins de territoire : Tout à l’économie de la connaissance, à laquelle elle a dédié un temps un ministère entier. Son industrialisation a été une des plus rapides au monde et, de 1995 à 2015, le volume de ses exports aura été multiplié par cinq ! » (4)

Plus modestement, l’Algérie dispose  des centaines d’experts et de professeurs de prestige qui sont sous-utilisés Le moment est venu de les faire participer au développement de l’Algérie et même au développement de la coopération scientifique et technique de l’Algérie dans le cadre du service de la coopération de l’Algérie, qui disposerait ce faisant d’un vivier de compétences algériennes et expatriées quel que soit l’âge pour aller porter la vraie voix de l’Algérie.

A titre d’exemple, le professeur Mohamed El-Hachemi, président de la prestigieuse Ryesron University de Toronto, est venu récemment en Algérie et a affirmé sa disponibilité à aider le pays. Sa quête pour une université du futur. Plus de 145 langues sont parlées au sein de son campus puisque 60% de ses étudiants sont issus de diverses nationalités. Le professeur El-Hachemi a évoqué l’innovation et l’économie du savoir qui sont placées au coeur de la philosophie de son établissement. Ses centres de recherche et d’innovation sont à l’origine de la création de centaines de start-up et entreprises.

Enfin, toujours dans le même domaine l’Algérie pourrait s’attaquer au domaine des savoirs universels en mettant en oeuvre une université virtuelle avec des cours en ligne ouverts non seulement aux étudiants algériens et étrangers en Algérie, mais aussi aux pays avec lesquels nous développons une coopération. Le rôle de l’enseignement supérieur et de la culture dans l’image de marque de l’Algérie en direction de l’Afrique. Il fut une époque où le ministère de l’Enseignement supérieur tenait un annuaire des diplômés étrangers, notamment africains en Algérie.

Ces étudiants, futurs cadres dans leurs pays étaient bien pris en charge sur le plan matériel et pédagogique. Il est arrivé même qu’une cérémonie à leur intention soit organisée à la fin de l’année. Il est de la plus haute importance de réhabiliter ces bonnes dispositions tout à fait naturelles dans les pays développés. Ces diplômés partis, on perd leurs traces. Beaucoup d’entre eux deviennent des cadres supérieurs, voire accèdent à des postes politiques. Les ambassades devraient pouvoir garder le contact avec ces personnes-ressources, les inviter lors des cérémonies et même les faire inviter par les universités où elles ont fait leurs études. C’est à ces conditions.

De plus, s’agissant du ministère des Affaires étrangères, nos ambassades devraient développer des services de veille technologique à l’instar de tous les pays développés pour notamment, relayer l’information et les savoirs de notre élite expatriée vers l’Algérie.  Dans le même ordre, le ministère de la Culture a un rôle à jouer en organisant en direction des étudiants étrangers des circuits touristiques. Ces étudiants seront les futurs cadres dans leurs pays, s’ils ont gardé un bon souvenir du pays, ils reviendront même en touristes. Cependant, du fait d’une absence totale de coordination, chose entendue à la radio des Algériens vantent dans un média national les vertus paradisiaques de passer le réveillon dans un pays voisin! Pays où semble -t-il les Algériens auraient dépensé plus d’un milliard de dollars, soit 50% de nos exportations hors hydrocarbures.

Dans ces conditions on peut être étonné de l’absence de stands bien structurés vantant intelligemment la destination touristique Algérie. C’était l’occasion unique, nous avions 2000 invités. C’est donc à une synergie globale et un engagement patriotique multidimensionnel que j’appelle. Chacun à son niveau devrait pouvoir faire preuve de discernement et, en l’occurrence, il n’y a pas de petites économies, tout est bon à prendre. C’est à ces conditions que l’Algérie redeviendra ce qu’elle était et qu’elle arrivera graduellement à garder son rang dans un monde où ceux qui jaillissent du néant pensent – à tort- être là pour mille ans, alors que l’on sait que seule la compétence permettra à cette Algérie de devenir une Algérie du savoir, de l’éthique, bref, il nous faudra nous réapproprier la valeur travail que nous avions perdue.

Ce proverbe africain  cité plus haut, nous pouvons le mettre à profit , à défaut de distribuer de l’argent , l’Algérie pourrait faire profiter les pays africaines de son savoir  car c’est le seul viatique pérenne, où il n’a pas de corruption , le seul transfert possible est celui de la connaissance en chacun des candidats au savoir. Cette coopération winn-winn sera mutuellement profitable et montrera enfin que nous pouvons nous passer dans une certaine mesure des aides plus qu’intéressées des anciennes puissances coloniales  qui continuent à nous exploiter à distance avec il faut le regretter des dirigeants – en mal de légitimité et adoubés par l’extérieur- qui n’ont pas déprogrammé le logiciel de la soumission intellectuelle au magister occidental et colonial au lieu de lui substituer celui du compter sur soi. Il y  a 2150 ans le grand aguellid  (Roi) amazigh clamait déjà l’Afrique aux Africains devant les velléités coloniales de l’Empire romain !

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.http://www.elwatan.com/economie/l-afrique-en-parent-pauvre-03-12-2016-334156_111.php

2.http://lemaghrebdz.com/?page=detail_actualite&rubrique=Contribution&id=80615

3.Salim Benalia http://www.lexpressiondz.com/actualite/255613-l-algerie-a-beaucoup-fait-pour-l-afrique.html

4.https://idrissaberkane.org/index.php/2016/11/24/highlights-economie-de-la-connaissance-une-revolution-en-marche/

Article de reference:

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/255761-l-algerie-s-imposera-par-le-savoir.html

 

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Le Grand Soir a publié plusieurs dizaines d’articles ces dernières années pour alerter les lecteurs sur la partialité militante droitière du correspondant du Monde en Amérique latine, Paulo Paranagua.

Avec un journaliste pareil, les oppositions politiques aux gouvernements de gauche latino-américains n’ont pas besoin de représentants en Europe.

Ici, par exemple,  https://www.legrandsoir.info/En-France-l-obsession-de-Paranagua-Fidel-… Paranagua nous indiquait que la popularité du dirigeant de la Révolution Cubaine Fidel Castro est au plus bas niveau par rapport à celle des dirigeants politiques de la région.

Ici, Maurice Lemoine interpellait le médiateur du Monde sur une série de mensonges de Paranagua : https://www.legrandsoir.info/courrier-au-mediateur-du-monde-concernant… 

Vous lirez ci-dessous une nouvelle interpellation du Médiateur du Monde, étayée par un tableau.

LGS


Monsieur le médiateur,

L’ère de la « société globale de l’information » dans laquelle nous nous trouvons confère aux médias une énorme responsabilité : c’est en effet avec les éléments qu’ils diffusent que l’énorme majorité de la population se forge -parfois sans en avoir conscience- une représentation du monde qui l’entoure.

Le rôle des journalistes et qui plus est encore d’un journal influent comme Le Monde, est fondamental, aussi j’attire votre attention sur le traitement médiatique accordé à la mort du leader historique [1] de la révolution cubaine, Fidel Castro.

Evidemment, en tant que franco-latino engagé [2] , connaisseur de la complexité de la région latino-américaine et de sa spécificité historique de condition d’arrière-cour de l’impérialisme états-unien, conscient des positions de votre journal en matière d’analyse de l’actualité mondiale (détenu à plus de 60% par la société Le Monde libre… tout un programme [3]), et tenant compte du fait que votre journaliste chargé du suivi de l’Amérique latine, Paulo A. Paranagua, n’a d’autre mission que de mener une campagne contre la gauche latino-américaine [4], il était difficile de s’attendre à un traitement médiatique impartial suite à un évènement d’une telle ampleur.

Mais venons-en aux faits.

Voici un récapitulatif des articles publiés sur le site internet du Monde (http://www.lemonde.fr/) durant les jours qui ont suivi la mort de Fidel Castro, jusqu’au 29 novembre (date de la publication de l’article de l’envoyée spéciale du journal à Cuba, Annick Cojean), classés par catégorie.

* Le texte de Marcel Niedergang, nous explique le journal, a été écrit peu avant la mort de l’auteur (1922-2001, grand reporter en Amérique latine entré au Monde en 1952) et « mis à jour », sûrement par le nouveau responsable de l’Amérique latine, M. Paranagua.

De l’article dépourvu totalement d’intérêt journalistique (Pas de « bonjour » ou de « bonne journée » pour lancer les JT de l’après-Fidel à Cuba, Big Browser, 29/11) au reportage plutôt honnête et objectif de l’envoyée spéciale à La Havane (A Cuba : « Fidel Castro a disparu, son âme est immortelle », Annick Cojean, 29/11), en passant évidemment pas les habituelles analyses hostiles de Paulo Paranagua (5 articles à charge du responsable du bureau Amérique latine) dont on devine l’amertume jusque dans l’édito 26 novembre (Cuba et Castro, une histoire d’espoir et de désespérance), il est difficile de ne pas remarquer un léger problème d’objectivité à l’heure d’ouvrir vos colonnes à des spécialistes extérieurs au journal.

En effet, trouvez-vous normal que la totalité de vos invités soient des personnes ayant une vision négative de la figure de Fidel Castro ?

Est-il juste de donner la parole à deux exilés anticastristes (Zoé Valdès et Jacobo Machover) sans aussi donner l’opportunité à des pro-castristes d’exprimer leur point de vue ?

Ne faut-il pas aussi permettre à un universitaire plutôt bienveillant envers la révolution cubaine de décrire aux lecteurs du Monde ses réussites, puisque vous laissez Mme Renée Fregosi détruire l’image de celle-ci dans une tribune où débordent sévérité venimeuse et mauvaise foi ? Faut-il rappeler qu’elle est porteuse d’une haine bien connue du « castro-chavisme », qu’elle traine sans ambages des salles de classes de l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine de Paris aux plateaux télés ? Ne serait-il pas honnête de contrebalancer cette analyse à charge du bilan de Fidel Castro avec, par exemple, le point de vue d’un Salim Lamrani, maître de conférences spécialiste des relations cubano-étatsuniennes et auteur de plusieurs ouvrages géopolitiques sur « l’île du crocodile » ?

Puisque Le Monde offre un espace à Michel Benasayag [5], libertaire et donc forcément peu enclin à parler en bien d’un homme qui resta à la tête de son pays pendant plusieurs décennies, pourquoi ne pas aussi proposer aux lecteurs de votre journal l’opinion – par exemple – d’Ignacio Ramonet, sans doute l’un des plus importants connaisseurs français de l’Amérique latine et auteur d’une Biographie à deux voix de Fidel Castro, résultat de « plusieurs semaines d’intenses conversations » avec le Comandante ?

Il est affligeant de constater que la TOTALITE de vos invités se rangent à des degrés plus ou moins différents du côté de l’anticastrisme, ce qui, outre le fait de pouvoir s’assimiler à de la propagande, marque un manquement sévère à la charte d’éthique et de déontologie du Monde [6], qui stipule :

« La vocation des titres du groupe Le Monde est de fournir, sur tout support, une information de qualité, précise, vérifiée et équilibrée. Les journalistes doivent porter un regard critique sur l’information et faire écho au pluralisme des opinions. »

Il apparaît clairement que ni l’équilibre ni le pluralisme des opinions n’ont été respectées, ce qui n’est pas acceptable pour un grand journal comme Le Monde. Aussi, j’espère que vous saurez vous rendre compte qu’une rectification est nécessaire afin d’offrir à vos lecteurs une vision balancée sur une figure historique – que l’on apprécie son héritage ou non – de la taille de Fidel Castro.

Et sinon, l’Histoire absoudra-t-elle Le Monde ?

Luis Alberto Reygada

[email protected]
Twitter : @la_reygada

NOTES :

[1] J’en profite pour vous indiquer au passage que l’expression « lider maximo », employée par votre rédaction – et reprise par la totalité des médias “mainstream” français – est complètement hors de propos, puisque personne à Cuba n’utilise cette expression. Elle ne fait que dénoter une méconnaissance de la réalité cubaine, ou bien une volonté tromper le lecteur en associant à Fidel Castro un titre à connotation dictatoriale.

[2] Et l’engagement n’est pas synonyme de cécité, au contraire, j’ai au moins la conscience des valeurs que je défends contrairement à beaucoup de journalistes qui, formés dans le moule de la pensée unique, promeuvent une idéologie sans même parfois s’en rendre compte, ce qui à terme est bien plus pernicieux pour la société.

[3] A titre de rappel : l’expression monde libre « est d’un usage fréquent pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide. Elle est le plus souvent utilisée pour désigner les États-Unis et leurs alliés, par opposition pendant la Seconde Guerre mondiale aux puissances de l’Axe, puis pendant la guerre froide à l’Union soviétique et au monde communiste. Cette expression trouve essentiellement sa source dans la tradition politique des États-Unis qui est largement construite sur l’idée de la supériorité intrinsèque des principes de liberté et de démocratie qui la régissent. Elle a un fort contenu idéologique, puisqu’elle affirme de facto la supériorité des démocraties occidentales sur les autres idéologies ou régimes politiques, qualifiés de monde de l’esclavage, ou de monde de la tyrannie, ou de monde totalitaire. » Source : Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Monde_libre

[4] Le journaliste Paulo Paranagua, dont l’allégeance aux intérêts la politique étrangère des Etats-Unis a été dénoncé à de nombreuses reprises par des spécialistes de l’Amérique latine ou même des hommes politiques, est difficilement dissociable des programmes de la CIA destinées à influencer les médias dans le monde entier, comme l’Opération Mockingbird révélée par une commission sénatoriale dans le courant de l’affaire du scandale du Watergate. A ce sujet, le journaliste d’investigation du Washington Post Carl Bernstein, prix Pullitzer en 1973, révéla en 1977 dans l’article « La CIA et les médias » [http://carlbernstein.com/magazine_cia_and_media.php] que plus de 400 journalistes étaient en relations plus ou moins étroites avec l’agence de renseignement nord-américaine.

[5] Faut-il aussi rappeler que Miguel Benasayag est un ancien compagnon de luttes de Paulo Paranagua ? C’est bien aimable à ce dernier d’avoir pensé à trouver un espace dans Le Monde pour son ami lui aussi « très critique ­vis-à-vis du régime castriste » (le contraire nous aurait étonnés).

[6] La charte d’éthique et de déontologie du groupe Le Monde : http://abonnes.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/11/03/la-chart…

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Quand les Normands ont sauvé la France de l’occupation US

décembre 9th, 2016 by Ginette Bléry

Il y a une foule d’ouvrages sur le Débarquement mais, à côté de la bataille militaire, se jouait aussi la reconquête du pouvoir politique. Un aspect qui a donné lieu à moins de publications et qui a été même été quasiment ignoré en ce qui concerne l’action des réseaux normands pour éviter que l’armée de libération ne se transforme en armée d’occupation comme les Etats-Unis avaient prévu de le faire. Yves Loir a mené une étude approfondie basée sur la  consultation des archives militaires américaines à Washington et il conte en 30 pages cette incroyable histoire dans un numéro spécial N° 58 de « Culture normande »

Dès le début de l’année 1941, quelques mois avant leur entrée en guerre contre le Japon et l’Allemagne, les Etats-Unis programment la création d’écoles spécialisées dans la formation de cadres territoriaux destinés à prendre en main le moment venu dans les futurs territoires « occupés » ou « libérés » l’administration française. L’année suivante en mai 1942 , une « Ecole de Gouvernement militaire » ouvre ainsi à Charlottesville (Virginie) tandis qu’un service spécialisé de l’Armée US est mis en place pour planifier cette future occupation civilo-militaire: le C.A.D (Civil Affairs Division). Plus tard, les Normands dénommèrent le dispositif américain destiné à les mettre sous tutelle, du sigle A.M.G.O.T (Allied Military Government of Occuped Territories) par analogie avec le dispositif mis en place sous cette appellation en Italie occupée en 1943 par l’Armée américaine et poursuivant un objectif similaire. L’Armée US qui a tout prévu a même fait imprimer des billets de banque « français » sur le modèle du dollar (cf.photo) des timbres et autres documents administratifs…

Pour bien saisir les enjeux de cette affaire il convient de se reporter deux années en arrière.

En 1940 le Général de Gaulle, s’inscrivant dans la continuité de la Constitution de la IIIème République en vigueur en France à ce moment là, avait prévu de rétablir après la future libération du territoire national, les institutions républicaines abolies en juillet 1940 par le Maréchal Pétain. De 1941 à 1943, à Londres tout d’abord, puis à Alger où s’est établi le Gouvernement provisoire du Général de Gaulle en Juin 1943, des organes de réflexion se sont livrés à des études pour planifier ce rétablissement de la légalité républicaine. D’une façon parallèle en France les organisations de résistance se livrent à un travail de réflexion similaire. Au cours de l’année 1943, les réflexions et études des uns et des autres aboutissent à la conclusion qu’il convient de mettre en place en France occupée l’armature d’une administration territoriale clandestine destinée à remplacer le moment venu celle du Gouvernement de Vichy dirigé par Pierre Laval en 1943-1944.

En Normandie la mise place de cette administration « parallèle » clandestine est entamée dès octobre 1943, avec la désignation des préfets des 5 départements normands par Michel Debré alors dirigeant d’un important mouvement de Résistance national. Quelques mois plus tard, après la création de la fonction de « Commissaire Régional de la République » par le Général de Gaulle, le titulaire de cette fonction pour la Normandie est désigné toujours par Michel Debré en la personne de Henri Bourdeau de Fontenay habitant Louviers et responsable d’un mouvement de résistance.

Simultanément se met en place dans chaque département normand un « Comité départemental deLibération » clandestin lui aussi, devant aider à l’installation des nouvelles autorités libres. Ainsi au moment où les opérations militaires commencent le 6 Juin 1944, un dispositif administratif clandestin est en place en Normandie composé d’ une autorité régionale, le Commissaire de la République Bourdeau de Fontenay entouré de cinq  préfets et de cinq Comités de libération destiné à remplacer l’administration du Gouvernement de Vichy, d’une part, et mettre en échec les projets américains de gouvernement militaire. Après le Débarquement, les Américains au fur et à mesure de leur avancée sont confrontés au choc des réalités et rencontrent, au moment où ils tentent de s’attribuer la direction des administrations, des Normands qui ont déjà pris les rênes du pouvoir.

Le 14 Juin 1944 ce choc des réalités va prendre la forme de l’accueil triomphal réservé par les Normands à Bayeux au Général de Gaulle après qu’il ait débarqué à Courseulles.Venant s’ajouter à cet événement, l’efficacité des nouvelles autorités libres, l’appui qu’elles reçurent des populations comptèrent pour beaucoup dans la mise en échec des plans américains. C’est de très mauvaise grâce que le Président américain Roosevelt, après qu’il ait tenté de s’y opposer, finit par admettre cette situation. Il n’en continuera pas moins jusqu’à sa mort, survenue en avril 1945, à manifester son hostilité au Général de Gaulle qui s’employait au milieu de mille difficultés à restaurer le statut de la France dans le concert des nations.

Le rétablissement de la souveraineté française en Normandie après l’installation d’une administration française libre constitua une étape capitale vers le retour de la légalité républicaine en France.

Yves Loir nous entraîne sur le terrain, montre la vie des réseaux normands, cite les hommes, l’action est suivie très en profondeur notamment dans la Manche ou à Cherbourg : la Marine qui avait continué à dépendre de Vichy mais s’était ralliée à De Gaulle, a joué un rôle déterminant dans la transition politique.

Ginette Bléry

Culture Normande

 

 

Le numéro de « Culture Normande » peut être acquis pour 15 euros (frais de port inclus) en envoyant un chèque à : ODIN -87 rue de la République- 76940 – La Mailleraye sur Seine – Tel. 09 84 48 22 07.

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HRW a ignoré la répression des régimes proches de Washington et rejeté les critiques –notamment de la part de prix Nobel– sur ses conflits d’intérêts.

Les organisations de défense des Droits de l’Homme sont supposées défendre des principes universels tels que l’état de droit ou la liberté face à la répression d’Etat. Mais lorsqu’elles ont leur siège aux Etats-Unis et se rapprochent de son gouvernement, elles se retrouvent parfois alignées avec la politique extérieure de ce pays. Cette situation entache leur crédibilité et peut causer du tort à la cause des droits de l’homme.

De récents événements en Amérique latine ont remis cette question sous le feu des projecteurs. Le 29 août, le sénat brésilien a démis de ses fonctions la présidente élue, Dilma Roussef, bien que le procureur fédéral en charge du dossier ait déterminé que les procédures comptables pour lesquelles elle était mise en cause ne constituaient pas un délit. De plus, des transcriptions d’appels téléphoniques réalisés entre des hommes politiques responsables du processus de destitution qui ont fuité [dans la presse] ont révélé comment ils essayaient de se débarrasser de Dilma afin de se protéger pour éviter des enquêtes les mettant en cause dans des affaires de corruption.

Michel Temer, qui est d’ores et déjà exclu de la prochaine élection présidentielle pour cause de violation des règles de financement de campagne, a remplacé une présidente élue qui n’avait commis aucun délit. Tout dans son procès était de nature politique – et maintenant le nouveau gouvernement tente de mettre en place un programme de droite qui avait pourtant était rejeté lors des trois dernières élections présidentielles.

Une partie de ce programme politique de droite implique une étroite alliance avec les Etats-Unis et sa stratégie de Guerre froide de « endiguement » et de « refoulement » par rapport aux gouvernements latino-américains de gauche. Et c’est à ce moment que Human Rights Watch, l’organisation de défense des Droits de l’homme la plus importante basée aux Etats-Unis – et tout particulièrement sa division Amériques – entre en jeux. HRW s’est bien abstenue d’émettre la moindre critique sur le processus d’impeachment[contre la présidente Dilma Roussef]… mais il y a pire : le directeur exécutif de la division « Amériques » de l’organisation, José Miguel Vivanco, a été cité par les médias brésiliens – le jour où le Sénat a voté l’évincement définitif de la présidente– déclarant que les Brésiliens « devraient être fiers de l’exemple qu’ils sont en train de donner au monde ». Il a aussi loué « l’indépendance du système judiciaire » brésilien. Pourtant, Sergio Moro, le juge chargé d’enquêter sur les affaires politiques de corruption, a été loin d’être indépendant. Il a dû s’excuser en mars pour avoir fait fuiter des écoutes entre l’ancien président Lula da Silva et Dilma à la presse ; Lula et son avocat ; et entre la femme de Lula et leurs enfants.

Il se trouve que Vivanco a aussi approuvé la persécution politique de l’ex-presidente argentine Christina Fernandez Kirchner, tout en faisant l’éloge de son remplaçant, le candidat de droite et soutenu par les Etats-Unis, Mauricio Macri. « Une institution gagne en crédibilité lorsqu’elle est capable de faire face à quiconque », a-t-il déclaré en faisant référence à l’actuelle poursuite judiciaire de Fernandez. Les enquêtes pour corruption de n’importe quel membre d’un gouvernement, incluant un ex-président, peuvent évidemment être parfaitement légitimes, mais dans le cas de l’ex-présidente argentine, de son ancien ministre des finances et de l’ancien responsable de la Banque centrale, ils ont été inculpés pour des actes que n’importe quel économiste pourrait considérer comme de simples activités propres à une banque centrale. Il s’agit clairement d’une tentative d’évacuer du champ politique une ex-presidente de gauche qui, avec son mari et prédécesseur, Néstor Kirchner, ont présidé à une énorme amélioration en matière de niveau de vie [de la population] sur une période de 12 ans. Ce type de répression politique devrait plutôt sérieusement préoccuper les organisations de défense des droits de l’homme, mais pas un mot n’a été dit à ce sujet à Washington.

Bien entendu, le comportement de Vivanco s’aligne au centimètre près sur la politique étrangère des Etats-Unis dans la région ; par exemple l’administration Obama a clairement manifesté son soutien au coup d’Etat au Brésil. Le 5 août, le Secrétaire d’Etat John Kerry s’est réuni avec le ministre des affaires étrangères par interim brésilien et a donné une conférence de presse à ses côtés en évoquant l’avenir positif des relations entre les deux pays. En faisant des déclarations communes et en agissant comme s’il s’agissait déjà de l’actuel gouvernement du Brésil, alors que le Sénat brésilien n’avait pas encore décidé du sort de la présidente élue, Kerry a clairement montré quelle était la position du gouvernement des Etats-Unis. Le Département d’Etat avait déjà lancé un signal similaire en mai, seulement trois jours après que la chambre basse brésilienne eut voté la destitution de Dilma.

Et le président Obama a clairement montré sa préférence pour le nouveau gouvernement de droite d’argentine : son administration a levé son opposition aux prêts des organismes multilatéraux qu’il avait imposée au gouvernement précédent, ce qui contribua évidemment à l’époque aux problèmes de balance des paiements du pays.

Lorsqu’il fut demandé à Vivanco pourquoi HRW n’avait émis aucune déclaration au sujet de la destitution en cours au Brésil, il répondit :

Nous ne nous impliquons pas en critiquant des procédures de destitution ou d’autres affaires politiques locales, à moins qu’elles représentent une menace significative pour les droits de l’homme et l’État de droit. C’est pourquoi, par exemple, nous avons dénoncé le coup d’État qui a évincé le président du Honduras Manuel Zelaya en 2009, tout comme celui qui a brièvement évincé le président Hugo Chavez en 2002. Mais la situation au Brésil est différente. Que l’on soit d’accord avec le résultat ou non, il s’agit là d’un processus politique en cours dans un pays qui possède un système judiciaire indépendant et capable de déterminer si les lois appliquées dans ce processus sont respectées.

Mais le processus de destitution a soulevé de sérieuses questions au sujet de l’indépendance du pouvoir judiciaire brésilien, tout comme de l’Etat de droit, comme cela a été déjà relevé auparavant dans ce texte mais aussi par d’autres journalistes. Et il est nécessaire de rappeler que lorsque les militaires du Honduras ont renversé le président Zelaya, le Département des Amériques de l’ONG Human Rights Watch a très peu agi. Elle a posté quelques déclarations sur son site internet durant les mois qui ont suivi le coup d’État, mais ce ne fut clairement que pour la forme. HRW a accès aux plus importants médias étasuniens, en tant que porteur d’opinion et de pourvoyeur d’information, et peut facilement placer des éditoriaux ou des articles d’opinions efficaces et avec une grande visibilité lorsqu’elle décide d’en faire l’effort. Cependant, durant le mois qui a suivi le coup d’État au Honduras, on ne trouva aucune trace de HRW dans les médias. Et contrairement à l’OEA, l’ONU et le reste du monde, l’ONG n’a jamais appelé au rétablissement du président élu démocratiquement. Pendant ce temps, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a manœuvré avec succès pour empêcher Zelaya de retrouver son poste (ce qu’elle a admis dans son livre publié en 2014).

Bien qu’elle dénonce parfois les violations aux droits de l’homme commises par des gouvernements pro-EU, la Division « Amériques » de HRW a d’autre part ignoré ou s’est peu préoccupé des terribles crimes commis en collaboration avec le gouvernement des Etats-Unis dans cet hémisphère. Quelques-uns des pires exemples incluent le renversement du gouvernement élu d’Haïti en 2004, suite à quoi des milliers de personnes ont été tuées et des membres du gouvernement constitutionnel emprisonnés.

L’Organisation des Etats Américains a aussi ses antécédents en matière de droits de l’homme – cette organisation a même joué un rôle non négligeable dans la destitution du président élu haïtien en 2004 et a annulé les résultats électoraux de 2010 dans ce même pays sur l’ordre de Washington. Mais la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme a émis un communiqué en septembre exprimant ses préoccupations au sujet de la destitution de [la présidente] Dilma, et le Secrétaire général de l’OEA –un ardent allié des Etats-Unis – a publié une dénonciation détaillée, dans des termes beaucoup plus forts, lors du lancement de la procédure de destitution. Tout cela marque un fort contraste par rapport aux déclarations de Vivanco au nom de la Division des Amériques de HRW.

HRW a rejeté sommairement et de façon répétée ou bien simplement ignoré des critiques honnêtes et rigoureusement documentées au sujets de ses conflits d’intérêts. Ceci inclut des lettres de lauréats au Prix Nobels, des anciens représentants de haut-niveau de l’ONU, et des universitaires demandant à HRW « d’exclure les personnes qui ont élaboré ou exécuté la politique étrangère des Etats-Unis des équipes de travail de l’ONG, des conseillers ou des administrateurs », ou même d’interdire à « ceux qui portent une responsabilité directe en matière de violation des droits de l’homme » de participer aux conseils d’administration d’organisations indépendantes comme HRW.

Les Gouvernements qui violent les droits de l’homme – et ceci inclut à peu près tous les gouvernements du monde – attaquent fréquemment les organisations de droits de l’homme occidentales ou leurs alliés locaux (parfois soutenus financièrement par les Etats-Unis) en les accusant d’être des instruments des gouvernements occidentaux. Ceci leur permet de déprécier la lutte légitime en faveur des droits de l’homme et même d’obtenir un soutien nationaliste dans le cas des gouvernements autoritaires, ou bien pour des violences commises par des gouvernements démocratiques. Il est donc de vitale importance que les organisations de défense des droits de l’homme respectent strictement leurs principes fondamentaux et défendent les droits de l’homme indépendamment des objectifs de la politique étrangères des Etats-Unis.

Mark Weisbrot

Article original en anglais :  Is Human Rights Watch Too Closely Aligned With US Foreign Policy? The Nation, 23 septembre 2016.

Traduit par Luis Alberto Reygada pour Le Grand Soir.

Mark Weisbrot : Co-directeur du Center for Economic and Policy Research, Washington, Etats-Unis (http://cepr.net/) et président de Just Foreign Policy.

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Voice of America, qui a débuté ses émissions en 1942, est un service multimédias international financé par le gouvernement des Etats-Unis à travers le Broadcasting Board of Governors. La VOA diffuse environ 1 500 heures de nouvelles, d’informations, de programmes culturels et éducationnels chaque semaine, à l’intention de quelque 125 millions d’auditeurs, de téléspectateurs et de lecteurs. Lors de cet entretien avec l’universitaire Salim Lamrani*, VOA évoque le rôle de Cuba en Afrique, le pouvoir de Fidel Castro, la relation avec les Etats-Unis et la question des droits de l’homme.

Vidéo de l’entrevue : http://www.voaafrique.com/a/3619259.html

Voice of America : Salim Lamrani, pourquoi une telle implication de Cuba en Afrique ? Les Cubains cherchaient-il ou cherchent-t-il à exploiter les ressources naturelles dont regorgent le continent ?

Salim Lamrani : Je crois qu’il faut rappeler les trois facettes qui caractérisent le personnage de Fidel Castro. C’est d’abord l’architecte de la souveraineté nationale qui a réussi à faire de Cuba une nation indépendante. C’est ensuite un réformateur social qui a mis au centre de son projet de société l’être humain en universalisant l’accès à la santé, à l’éducation, à la culture, au sport, aux loisirs. C’est enfin – et c’est là sa troisième caractéristique – un internationaliste qui a toujours tendu une main fraternelle aux peuples du Sud et notamment aux peuples qui luttaient pour leur émancipation. C’est ce qui explique l’intervention de Cuba en Afrique.

Cuba a joué un rôle déterminant dans la libération de l’Afrique australe. Il convient de rappeler ce que disait Nelson Mandela lors de son voyage à Cuba : « Quel autre pays pourrait prétendre à plus d’altruisme que celui que Cuba a appliqué dans ses relations avec l’Afrique ? ». Je crois que cette citation de Nelson Mandela répond en quelque sorte à votre question.

Contrairement aux autres nations qui sont intervenues en Afrique pour piller les richesses de ce continent, le seul pays qui est intervenu pour défendre le droit des Africains à l’autodétermination, à la dignité et à la liberté, c’est la nation cubaine, c’est le peuple cubain et c’est Fidel Castro.

Je crois que c’est ce qui explique la popularité de ce personnage non seulement en Afrique, mais également en Amérique latine et en Asie. Fidel Castro est perçu comme étant l’archétype du combattant contre l’oppression. Il est perçu comme étant le vecteur d’un message universel d’émancipation.

VOA : Oui, mais c’est quand même un personnage controversé, Salim Lamrani, – je m’excuse de vous interrompre – parce qu’en Occident nombreux se disent indignés par la pluie d’éloges après la mort de Fidel Castro. Pour eux, il était l’un des derniers dictateurs communistes de la planète qui s’était agrippé au pouvoir pendant près de cinquante ans, un homme qui a fait régner la terreur sur son île et qui est accusé d’avoir soumis les 11 millions de Cuba à la pauvreté collective.

SL : Aucun dirigeant au monde ne peut rester 30 ans à la tête d’un pays – puisque Fidel Castro a été Président de la République de 1976 à 2006 – dans un contexte d’hostilité, de guerre larvée avec les Etats-Unis sans un soutien majoritaire du peuple.

La diplomatie étasunienne installée à Cuba a été très lucide à ce sujet. Je fais référence à un mémorandum de 2009 rédigé par Jonathan Farrar, qui était chef de la Section d’intérêts des Etats-Unis à La Havane, dans lequel il dit que « ce serait une erreur de sous-estimer le soutien dont dispose le gouvernement particulièrement auprès des communautés populaires et des étudiants ». Je crois qu’il faut rappeler cette réalité.

Pour ce qui est de la pauvreté – vous avez parlé de la pauvreté – je regrette mais les institutions internationales contredisent votre point de vue. Selon l’UNICEF, le seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde à avoir éliminé la malnutrition infantile, c’est Cuba.

VOA : Nous nous souvenons de cette poignée de mains historique entre les présidents Barack Obama et Raúl Castro en décembre 2013. C’était à Soweto lors de la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela, le signe qu’une page était en train de se tourner. Effectivement, un an plus tard, le rapprochement était annoncé. La mort de Fidel Castro va-t-elle rapprocher davantage Cuba et les Etats-Unis, d’après-vous ?

SL : Tout dépend, en définitive, des Etats-Unis parce qu’il faut rappeler que le conflit entre Washington et La Havane est asymétrique. Il y a, d’une part, une puissance, les Etats-Unis, qui impose des sanctions à Cuba. L’agression et l’hostilité sont unilatérales. Ce sont les Etats-Unis qui occupent de manière illégale et illégitime une partie du territoire souverain de Cuba (Guantanamo). Ce sont les Etats-Unis qui exigent un changement de régime.

Je crois que le Président Barack Obama a fait un constat très lucide lorsqu’il a accepté de dialoguer avec La Havane. Il s’est rendu compte que la politique d’hostilité était anachronique car elle remonte à la Guerre froide. Elle est cruelle parce que les sanctions économiques affectent les catégories les plus vulnérables de la population. En outre, elle est inefficace puisqu’au lieu d’isoler Cuba sur la scène internationale, elle a isolé les Etats-Unis. Même les alliés les plus fidèles des Etats-Unis exigent une levée des sanctions économiques, qui constituent le principal obstacle au développement du pays.

Je crois qu’il faudra poser la question au prochain président des Etats-Unis. Souhaite-t-il entretenir des relations cordiales et pacifiques avec Cuba ou souhaite-t-il revenir à une politique de confrontation et d’hostilité ?

VOA : Il y a eu cette mise en garde de Donald Trump. Il a menacé de mettre fin au rapprochement historique avec Cuba si La Havane ne donnait pas plus de contreparties en matière de droits de l’homme et d’ouverture économique. Qu’en est-il de l’ouverture économique de Cuba ?

 SL : Un petit mot rapidement sur la question des droits de l’homme. Je crois que le Président Donald Trump qui exige des changements au niveau de la situation des droits de l’homme à Cuba serait inspiré de lire le dernier rapport d’Amnesty International sur Cuba et de le comparer avec celui sur les Etats-Unis. En comparant les deux rapports, on se rend compte que le plus mauvais élève n’est pas celui que l’on croit. Donald Trump et les Etats-Unis ne disposent pas de la légitimité nécessaire pour disserter sur la question des droits de l’homme.

Pour ce qui est du modèle économique, il faut rappeler que Cuba est une nation souveraine. Il revient donc aux Cubains de décider de leur système politique, de leur modèle social et de leur modèle économique. Ce n’est pas à Donald Trump ni aux Etats-Unis d’imposer un modèle et de parler d’économie de marché. Selon le Droit international, depuis le Congrès de Westphalie de 1648, il y a une égalité souveraine entre les Etats. Il y a un principe qui s’appelle la non-ingérence dans les affaires internes. Je crois donc que le système économique ne doit pas être imposé par une puissance étrangère.

 

* Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet.

Contact : [email protected] ; [email protected]

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ALEP, UN TOURNANT MAJEUR DE LA GUERRE, UNE LOURDE DÉFAITE DE L’OPPOSITION DJIHADISTE ET DE SES PARRAINS OCCIDENTAUX, UN CAMOUFLET MAGISTRAL POUR LA FRANCE.

La Syrie et ses alliés ont infligé une lourde défaite à leurs adversaires dans la guerre déclenchée contre ce pays il y a six ans, en reprenant le contrôle de la vieille ville d’Alep, un tournant majeur de la guerre, la première étape vers la mise en échec du plan de partition de la zone, attribué aux Occidentaux.

A 48 heures d’une conférence internationale des «pays refusant la guerre totale» en Syrie, cette percée militaire a constitué un camouflet magistral pour la France, organisatrice de cette rencontre.

La chute d’Alep Est, l’ancien bastion des djihadistes, a obéi à un scénario identique à celui observé pour la chute de Yabroud, le verrou de Damas à 80 km au nord-est de la capitale, le 15 mars 2014, le jour même du rattachement de la Crimée à la Russie par référendum. Elle a rendu sans objet la conférence Paris et sans voix le chœur des islamophilistes qui s’esbaudient depuis six ans sur les lucarnes nationales, faisant étalage de leur fausse science, en même temps que de leur imposture.

VERS UNE RÉDUCTION DE LA VOILURE DE LA FRANCE

Sur fond d’éradication populaire des principaux responsables français de la guerre de Syrie (Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, Laurent Fabius, Manuel Valls), la défaite d’Alep, au delà la défaite de Syrie, se range parmi les défaites majeures qui ont jalonné l’histoire militaire et diplomatique française depuis deux siècles. Très exactement depuis Waterloo, en 1815, en passant par Fachoda, l’expédition du Mexique, Sedan (1880), la capitulation devant l’Allemagne nazie au terme de 39 jours de combat, en juin 1940, enfin Dien Bien Phu, 1954, l’expdition de Suez (1956)et l’Algérie (1962).

Un tel palmarès explique la relégation diplomatique dont la France est l’objet, que l’historien Marcel Gauchet a diagnostiqué dans un verdict sans appel: «En juin 1940, la France a brutalement cessé d’être une grande puissance».

Dans la foulée de sa déconfiture de Syrie, la France, nolens volens, est conduite à réduire sa voilure. Faute de s’être donnée les moyens de sa politique, la voilà réduite à la politique de ses moyens.

LES PLANS DE BATAILLE DU HEZBOLLAH DANS LA GUERRE DE SYRIE ENSEIGNÉS DANS LES ACADÉMIES MILITAIRES RUSSES.

La reconquête d’Alep par les forces gouvernementales syriennes a signé le retour dans le giron du pouvoir central du «pays utile» représenté par les cinq grandes villes syriennes de Syrie (Damas, Alep, Homs, Hama, Lattaquieh).

Revers stratégique et psychologique majeur pour l’opposition djihadiste, cette victoire retentissante du pouvoir baasiste et de ses alliés internationaux et régionaux (Russie Iran Hezbollah) pourrait modifier l’issue du conflit.

L’ancien prisonnier politique syrien, Michel Kilo, transfuge communiste vers les pétromonarchies, le constatera sans ambages: «L’Arabie saoudite est un pays qui ne connait ni la démocratie, ni les Droits de l’Homme. Un pays à qui fait défaut le sens de l’arabité et de l’Islam. L’Arabie et les autres pétromonarchies du Golfe souhaitent la destruction de la Syrie et non l’instauration de la démocratie dans ce pays», proclamera l’ancien commensal du Prince Bandar Ben Sultan, le comandant en chef des djihadistes durant la première phase de la guerre de Syrie.

«Al Bab» (La Porte), à trente km à l’Est d’Alep pourrait constituer la prochaine étape de l’offensive gouvernementale en vue de verrouiller l’accès à la capitale économique de la Syrie et figer la progression des forces kurdes et turques dans la zone frontalière, prélude à l’effondrement djihadiste en Syrie. La poursuite de l’offensive gouvernementale en direction de ses derniers bastions, particulièrement Idlib, et Raqqa, porterait le coup de grâce au plan de démembrement du pays et de sa mise sous tutelle atlantiste.

S’inspirant du précédent de Benghazi dans l’affaire libyenne, Alep, au regard des stratèges turcs et occidentaux, devait servir de tête de pont tant pour l’aide humanitaire que pour le déferlement et le ravitaillement militaire des djihadistes pour une désagrégation du régime par une guerre d’usure.

De l’aveu même des Russes, un des grands artisans de ce retournement est le Hezbollah, promu désormais au rang de stratège.

Sur le rôle du Hezbollah et de l’Iran en Syrie

La guerre de Syrie a consacré le Hezbollah au rang de stratège et propulsé la formation chiite comme interlocuteur direct du commandement militaire russe dont les plans de bataille menés depuis cinq ans dans ce pays font désormais objet d’un enseignement dans les académies militaires russes.

«A l’avant garde du combat, le Ayatollah est parvenu à neutraliser rapidement les effets de la percée opérée par les djihadistes, le 28 octobre 2016, à la faveur de la trêve humanitaire dans le secteur ouest de la métropole économique de Syrie et à colmater les brèches notamment dans la secteur abritant les postes névralgiques de l’armée syrienne, l’Académie militaire et la Cité Assad, rapporte le journal libanais «Al Akhbar» dont la version arabe du récit se trouve sur ce lien à l’intention des locuteurs arabophones.

Le Hezbollah, qui a eu à déplorer la perte en Syrie de plusieurs dirigeants du premier rang, –notamment Mohammad Badredddine, le chef de la branche militaire du Hezbollah, Jihad Moughniyeh, le fils du fondateur de la branche militaire du Hezbollah, Imad Moughniyeh, Samir Kintar, l’ancien doyen des prisonniers politiques arabes en Israël ainsi que le commandant de sa défense balistique anti aérienne–, est parvenu à anticiper la riposte djihadiste.

Déjouant leur offensive menée à l’aide de douze camions chargés d’explosifs, le Hezbollah a implosé le détachement adverse constitué par des assaillants de «Jaych Al Fatah» et de groupuscules qui lui sont alliés, menant une bataille de rue, nettoyant immeuble après immeuble jusqu’à refouler les survivants hors de la zone des combats, ajoute le quotidien beyrouthin.

Au des résultats de la bataille et face à l’habileté manœuvrière tactique et stratégique dont les chefs militaires du Hezbollah ont fait preuve sur le théâtre des opérations à Alep, tant face à la «grande épopée du 28 octobre, que dans l’opération dite «La conquête Abou Omar Saraqbeh» qu’auparavant dans le secteur de Dera’a (sud de Syrie), lors du déferlement djihadiste dans la bataille de «Cheikh Miskine», le commandement militaire russe a demandé, à la mi novembre 2016, une rencontre directe avec le commandement du Hezbollah pour lui réclamer ses plans de bataille pour y être enseigné dans les académies militaires de Russie, poursuit le journal.

Le commandant Abou Omar Saraqeb dirigeait la plus importante coalition de rebelles et djihadistes en Syrie, à l’origine de la conquête de Jisr Al Choughour. L’annonce de sa mort a été faite sur Twitter par son groupe le Front Fateh al-Cham, anciennement Jabhat An Nosra qui a renoncé il y a quelques mois à son rattachement à Al-Qaïda. Le groupe fait partie de la coalition internationale anti djihadiste dirigée par les États-Unis.

La rencontre militaire Russie Hezbollah de la mi novembre est la première du genre entre ces deux partenaires de la guerre de Syrie. Jusque là, les échanges entre les deux parties se faisaient dans le cadre de la concertation quadripartite régulière se tenant au sein des PC commun de Bagdad (Russie, Iran, Syrie, Hezbollah) ou au sein des cellules d’opérations conjointes en Syrie même sur le champ de bataille.

Depuis l’intervention militaire russe en Syrie, le 1er septembre 2015, le Hezbollah avait pris soin d’éviter le contact direct avec la hiérarchie militaire russe en raison de leurs divergences sur leur approche respective du conflit israélo-arabe.

Lors de la visite de Dimitri Medvedev en Israël, fin novembre 2026, le président russe soulevé auprès de ses interlocuteurs israéliens leurs divergences à propos de l’Iran et du Hezbollah, spécifiant: Le Hezbollah n’est pas une organisation terroriste et l’Iran n’est pas notre. Les deux (Iran et Hezbollah) sont nos partenaires dans la guerre de Syrie».

La bataille pour la reconquête d’Alep a ainsi conféré au Hezbollah un statut de stratège et non plus de simple exécutant de la stratégie iranienne, un acteur majeur sur le plan militaire face à Israël et en Syrie.

SUR LE PLAN MILITAIRE: HEMEIMINE ET TARTOUS, S.400 TRIUMPH, MISSILES AUTO MOTEUR BOURK ET CANONS PANTSYR.

La Russie dispose de deux bases en Syrie, la base aérienne à Hemeimine, au sud-est de la ville de Lattaquieh et l’importante base navale de Tartous. Le dispositif de défense comporte des missiles de croisière K. 300P montées sur camion avec radar et pouvant porter jusqu’à 300 kms, des batteries de missiles S.400 TRIUMPH, basées à Hemeimine dont le rayon d’action couvre l’ensemble de la Méditerranée orientale (Syrie, Turquie, Chypre, Liban Israël), assurant la protection de fait non seulement de l’espace aérien de la Syrie, mais également la zone de déploiement du Hezbollah dans le sud Liban.
Son rayon d’action est de 20 à 400 km en surface pour 3 à 300 km d’altitude.

En superposition à la task force navale articulée autour du porte-avions «Amiral Kouznetsov», ce dispositif est complété par un système anti missiles auto moteur BOURK, l’un des moyens de défense aérienne de moyenne portée le plus efficace au monde. La ligne de défense immédiate est assurée depuis Hemeimine par un système de canons PANTSYR. La Russie a en outre doté l’armée syrienne d’un système de défense anti aérienne S. 200 VE.

LA CHINE, PERCÉE STRATÉGIQUE MAJEURE EN MÉDITERRANÉE: TARTOUS (SYRIE) ET CHERCHELL (ALGÉRIE)

En 2016, la Chine a fait son entrée sur le plan militaire en Syrie, percée stratégique majeure de l’Empire du Milieu en Méditerranée, obtenant l’aménagement d’une plate forme navale opérationnelle pour la marine chinoise dans le périmètre de la base russe de Tartous.

Soucieuse de soulager la trésorerie russe et de soutenir l’effort de guerre syrien, la Chine a octroyé une aide militaire de 7 milliards de dollars à la Syrie dont les forces combattent dans la bataille d’Alep, les djihadistes Ouïghours, (chinois musulmans), où près de 3.500 familles, soit près de dix mille personnes, sont implantés à Alep Est.

Les Ouïghours, de mémoire d’observateur, ne sont jamais morts pour la Palestine, pas un. Mais nombreux l’ont été contre la Syrie, dans un dévoiement sectaire de leur idéologie.

Les Ouïghours djihadistes sont originaires de la province de Xingjiang, à l’extrême-ouest de la Chine, frontalière de huit pays (Mongolie, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Afghanistan, Tadjikistan, Pakistan et Inde).

Au regard de la Chine, la Syrie sert de réceptacle au terrorisme mondial, y compris pour l’intérieur chinois.

Bon nombre d’Ouïghours combattent en Syrie, sous la bannière du «Mouvement Islamique du Turkménistan de l’EST», une organisation séparatiste de lutte armée dont l’objectif est l’établissement d’un «État Ouïghour Islamique» au Xinjiang.

Les combattants Ouïghours ont reçu l’aide des services de renseignements turcs pour leur transfert vers la Syrie, via la Turquie. Ce fait a généré une tension entre les services de renseignements turcs et chinois en ce que la Chine s’inquiète du rôle des Turcs dans le soutien aux combattants Ouïghours en Syrie, rôle qui pourrait augurer d »un soutien turc aux combats au Xinjiang.

Pour aller plus loin sur la connexion truque avec les Ouïghours :

La Chine qui dispose déjà de facilités portuaires pour sa flotte opérant en Méditerranée, notamment à la grande base navale algérienne de Mers El Kébir, envisage de prolonger son effort en obtenant de nouvelles facilités pour sa flotte à Cherchell. La ville sur la côte méditerranéenne, abrite l’académie militaire interarmes, la plus grande académie militaire interarmes d’Afrique.

Aux extrémités du Mare Nostrum, une ligne médiane va ainsi d’Alger au port grec du Pirée, la place forte chinoise pour le commerce européen, avec les places fortes navales chinoises à Tartous et Cherchell. Une ligne perçue par l’ensemble de la planète comme la nouvelle ligne de démarcation des nouveaux rapports de forces mondiaux. Une ligne tracée à l’encre de Chine. Une encre indélébile. A quelques encablures du Colosse de Rhodes.

Hic Rhodus Hic Salta: Le passage du Rubicon se fera aussi par la Méditerranée occidentale, l’Afrique du Nord, le Maghreb, le ponant du Monde arabe, l’ancienne Ifriqiya de l’époque romaine.

Sur la stratégie chinoise en Méditerranée, notamment les rapports Chine Algérie :

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Le nouveau président élu, Donald Trump, n’a pas attendu son entrée en fonction pour bouleverser des décennies de protocole diplomatique en acceptant un appel téléphonique vendredi dernier de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. La conversation fut la première entre les dirigeants des deux pays depuis 1979, quand les États-Unis ont mis fin aux relations diplomatiques avec Taïwan dans le cadre de leur politique d’« une seule Chine », qui reconnaît Pékin comme le seul gouvernement légitime de toute la Chine.

Un article du Washington Post de dimanche réfute les suggestions des médias selon lesquelles la décision de Trump de prendre l’appel était une erreur ou une faute. Il s’agissait plutôt « du produit de mois de préparatifs et de délibérations discrètes entre les conseillers de Trump au sujet d’une nouvelle stratégie d’engagement avec Taïwan », et reflète « l’avis de conseillers intransigeants qui pressent Trump de prendre dès le début une position dure avec la Chine ».

La décision de prendre l’appel téléphonique de Tsai, qui, officiellement, voulait féliciter Trump pour sa victoire électorale, fut une provocation délibérée et calculée destinée à préparer le terrain pour une confrontation agressive avec la Chine sur tous les terrains, diplomatique, économique et militaire.

Trump a précisé qu’il y a plus d’enjeu qu’un simple appel téléphonique dans un tweet dimanche : « La Chine nous a-t-elle demandé s’il était OK de dévaluer leur monnaie (rendant difficile la concurrence de nos entreprises) (Les États-Unis ne les taxent pas) ou de construire un complexe militaire massif au milieu de la mer de Chine méridionale ? Je ne crois pas ! »

Trump a fustigé la Chine au cours de la campagne électorale, menaçant de la déclarer officiellement comme manipulatrice de devises et d’imposer des droits de douane de 45 pour cent sur les importations chinoises. Il ‘avait cependant fait que quelques références à la mer de Chine méridionale, où l’administration Obama a alimenté les tensions afin d’accroître la pression sur la Chine, en envoyant des navires de guerre à trois reprises dans la limite territoriale des îles contrôlées par la Chine.

En faisant entendre que son administration pourrait forger des relations plus étroites avec Taïwan et revenir sur la politique d’« une seule Chine », Trump enflamme imprudemment l’une des poudrières les plus dangereuses et volatiles du monde et risque le conflit avec la Chine. Pékin, qui considère Taïwan comme une province renégate, a déclaré qu’il partirait en guerre pour empêcher un gouvernement taïwanais de déclarer son indépendance officielle.

Le Washington Post a souligné que des personnalités clés de l’équipe de transition de Trump et de l’administration entrante ont des liens étroits avec Taïwan, dont le chef d’état-major désigné par Trump, Reince Priebus. Il aurait visité Taïwan avec une délégation républicaine en 2011 et de nouveau en octobre 2015, rencontrant Tsai avant qu’elle ne soit élue présidente cette année. Le ministre taïwanais des Affaires étrangères David Lee a qualifié Priebus d’ami et a salué sa désignation comme une « bonne nouvelle » pour l’île.

Le Post a également fait remarquer que les alliés de Trump avaient inséré une clause de soutien à Taïwan dans la plate-forme électorale du Parti républicain, citant ce pays « avec qui nous partageons les valeurs de la démocratie, des droits de l’Homme, une économie de marché libre et l’État de droit ». La plate-forme est ouvertement hostile à Beijing, déclarant que « le comportement de la Chine a rendu nuls les termes optimiste de notre dernière plate-forme concernant nos relations futures avec la Chine ».

En se rapprochant de Taïwan, Trump menace la politique d’« Une seule Chine » mise en place par le président Richard Nixon et le secrétaire d’État Henry Kissinger. Le voyage de Nixon à Pékin en 1972 coïncidait avec un signe décisif du déclin historique de l’impérialisme américain – la fin de la convertibilité dollar-or en août 1971, qui avait été la pierre angulaire de l’ordre économique d’après-guerre.

En reconnaissant Pékin et en retirant son soutien à Taipei, le gouvernement Nixon avait obtenu la collaboration du régime du Parti communiste chinois dans les efforts de Washington pour miner l’Union soviétique. L’alliance de facto de la Chine avec Washington a été le prélude au processus de restauration capitaliste qui s’est accéléré après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, conduisant à des investissements impérialistes massifs et à la transformation de la Chine, sur la base d’une main-d’œuvre extrêmement bon marché, en faisant le plus grand centre de production au monde.

L’expansion de la Chine, devenue la deuxième économie du monde, et le déclin relatif des États-Unis ont déchiré leur partenariat. Ne pouvant plus maintenir leur hégémonie par des moyens économiques, les États-Unis ont de plus en plus souvent recours aux moyens militaires depuis la fin de l’Union soviétique. Les guerres menées par les États-Unis pendant un quart de siècle évoluent maintenant en des confrontations avec des puissances nucléaires, la Chine et la Russie, qui seront intensifiées sous Trump.

Un commentaire remarquable publié sur le site de Foreign Policy le 7 novembre intitulé « La vision de Donald Trump de paix par la force pour l’Asie-Pacifique » définit une politique de confrontation à l’égard de la Chine non seulement à Taïwan, mais à travers toute la région. Loin d’adopter une position isolationniste, Trump a l’intention de doubler la mise sur le « pivot » agressif de l’administration Obama vers l’Asie.

Ce commentaire, écrit par Alexander Grey et Peter Navarro, qualifié par la Poste de « l’un des principaux conseillers économiques et asiatiques de Trump », est férocement critique du « pivot » d’Obama qui lui semblait prometteur mais n’a pas eu les résultats qu’il attendait. Le pivot, déclare-t-il, s’est avéré être un cas imprudent d’effets d’annonces avec peu de moyens derrière, cela a conduit à plus, et non à moins, d’agression et d’instabilité dans la région ».

Navarro et Grey fustigent l’administration Obama pour avoir réduit les forces armées américaines, en particulier la Marine, « invitant ainsi l’agression chinoise dans les mers de l’Est et du Sud de la Chine ». Ils attaquent également la « politique ratée de « patience stratégique » avec la Corée du Nord », déclarant que cette politique « n’a rien produit d’autre qu’une instabilité et un danger accrus ». Leur commentaire salue Taïwan comme un « phare de la démocratie en Asie » et déclare que son traitement par Obama a été « tout aussi flagrant ».

En réalité, le « pivot » d’Obama a été un changement marqué dans la politique étrangère et stratégique de l’administration Bush, qui s’est concentrée sur le Moyen-Orient à l’exclusion virtuelle de l’Asie-Pacifique. L’administration Obama s’est engagée dans un effort global pour isoler la Chine, la saper économiquement et l’encercler militairement. Cela a inclus des provocations militaires en mer de Chine méridionale, un refus de négocier avec la Corée du Nord et la vente de 1,8 milliard de dollars d’armes l’année dernière à Taïwan.

Le cœur de la prétendue « paix par la force » de Trump, évoquant la politique provocatrice et agressive du président Reagan à l’égard de l’Union soviétique, est une expansion militaire massive accompagnée d’un renforcement des alliances et des partenariats stratégiques en Asie ainsi que des mesures de guerre commerciale contre la Chine. Trump a promis d’étendre la marine américaine de 274 navires à 350 afin de maintenir la suprématie militaire sur la Chine dans l’Asie-Pacifique.

Cette orientation est soulignée par le choix par Trump comme secrétaire général à la Défense de Mad Dog (Chien enragé) Mattis, qui a appelé au renforcement de la puissance navale américaine et au déploiement de matériel militaire plus avancé en Asie pour contrer la prétendue « agression » de Beijing. Mattis a récemment déclaré que les efforts pour maintenir des relations positives avec la Chine « doivent être suivi en parallèle par une politique pour construire le contrepoids si la Chine continue à étendre son intimidation en mer de Chine méridionale et ailleurs ».

La politique de Trump dans la région Asie-Pacifique de « paix par la force » est une stratégie non pas de paix, mais de guerre. Avec sa conversation téléphonique avec la présidente taïwanaise, Trump a démenti les efforts des médias et de l’establishment politique pour minimiser les dangers posés par son élection.

Son gouvernement sera d’un nationalisme et d’un militarisme extrêmes, utilisant tous les moyens possibles pour « rendre sa grandeur à l’Amérique » aux dépens de ses rivaux, en particulier la Chine. La Fortress America de Trump est le prélude à une nouvelle éruption de l’impérialisme américain. À moins qu’elle ne soit empêchée par l’intervention révolutionnaire de la classe ouvrière internationale, elle conduit inexorablement à la guerre mondiale.

Peter Symonds

 

Article paru en anglais, WSWS, le 6 décembre 2016

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Les troupes syriennes ont poursuivi leur avancée dans l’est d’Alep lundi, poursuivant la déroute des groupes « rebelles » soutenus par les États-Unis. Les informations indiquent que les troupes syriennes et les milices chiites, y compris des forces de l’Iran et du Hezbollah libanais, contrôlent maintenant les deux tiers de la zone autrefois détenue par les forces islamistes opposées au président syrien Bachar al-Assad.

La tentative de Washington de s’appuyer par procuration sur ces forces islamistes pour mener à bien son opération de changement de régime en Syrie est en déconfiture. Tandis que le secrétaire d’État John Kerry s’agitait la semaine dernière pour trouver un accord permettant le retrait des combattants d’al-Nosra de la ville en échange d’un accord de la part d’Assad et de la Russie pour laisser les rebelles dits modérés en place, le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov a exigé lundi que tous les combattants « rebelles » quittent la ville.

« Ces groupes armés qui refusent de quitter l’est d’Alep seront considérés comme des terroristes », a déclaré Lavrov. « Nous les traiterons comme tels, comme des terroristes, comme des extrémistes, et nous appuierons une opération de l’armée syrienne contre ces escadrons criminels ».

Le New York Times a rapporté que les responsables américains ont refusé de confirmer si les pourparlers avec la Russie allaient commencer à Genève dans les prochains jours sur le retrait des « rebelles ». Indiquant un sentiment d’aggravation de la crise à mesure que l’ampleur de la défaite « rebelle » devient une évidence, le Times a noté que la nouvelle exigence de Lavrov semblait avoir pris les responsables américains au dépourvu.

Les événements sur le terrain s’orientent rapidement dans la direction d’une victoire du gouvernement à Alep. Alors que les reportages dimanche indiquaient que les forces alignées derrières le gouvernement contrôlaient 50 pour cent de l’est d’Alep, de nouvelles avancées ont été signalées lundi. Les zones tenues par les rebelles ont été divisées en enclaves au cours de l’offensive de trois semaines qui a été accompagnée par des bombardements intenses sur la zone par des avions russes et syriens.

Selon les dernières estimations, ces attaques ont coûté la vie à 320 civils, dont une quarantaine d’enfants. Les « rebelles », quant à eux, ont poursuivi leur bombardement aveugle de l’ouest d’Alep, tenue par le gouvernement, tuant 69 personnes pendant la même période.

Les agences d’aide humanitaire indiquent que 31 000 civils ont fui le territoire « rebelle ».

Lundi, un hôpital de campagne établi à la hâte pour soigner les civils fuyant les combats a été bombardé par les forces anti-Assad. Deux infirmières russes ont été tuées dans l’attaque. Au total, huit décès ont été signalés dans des zones contrôlées par le gouvernement. Deux frappes aériennes dans la province d’Idlib, probablement menées par des avions syriens ou russes, ont tué des dizaines de personnes.

En espérant exploiter l’avantage et rejeter toutes les forces « rebelles » hors d’Alep, la Russie et la Chine, ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU lundi. Cette résolution, déposée par l’Espagne, l’Égypte et la Nouvelle-Zélande avec le soutien des États-Unis, aurait mis en place un cessez-le-feu immédiat de sept jours.

Le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, a déclaré que la résolution était une « provocation », soulignant que tous les précédents cessez-le-feu avaient été utilisés par les « rebelles », dominés par les affiliés du Front al-Nosra, lui-même une branche d’Al-Qaïda, à se regrouper et se ravitailler en armes auprès des États-Unis et des pays du Golfe. Cela fut le résultat du bref cessez-le-feu convenu entre la Russie et les États-Unis en septembre. La trêve fut rompue lorsque les avions américains ont bombardé les positions de l’armée syrienne moins d’une semaine après son entrée en vigueur.

Comme on pouvait s’y attendre, les États-Unis et leurs alliés ont répondu au vote de Moscou et de Pékin en dénonçant la Russie et la Syrie pour des violations des droits de l’homme. L’attaché de presse de la Maison Blanche, Josh Earnest, a déclaré que les attaques syriennes et russes étaient « honteuses ».

Le niveau d’hypocrisie dans de telles déclarations est à couper le souffle. L’objectif principal de Moscou est de consolider le régime d’Assad, son allié le plus important au Moyen-Orient, et préserver sa seule base militaire en dehors de l’ancienne Union soviétique. Mais les pertes humaines causées par les attaques syriennes et russes font pâle figure à côté des atrocités commises par l’impérialisme américain.

Les États-Unis jouent un rôle décisif dans l’offensive brutale menée sur la ville de Mossoul, dans le nord de l’Irak, où plus de 1,5 million de civils sont pris au piège dans des attaques soutenues contre des zones résidentielles. Les politiciens américains et les médias ont cherché à préparer l’opinion publique à un grand nombre de victimes civiles à Mossoul en faisant porter toute la responsabilité aux combattants de l’État islamique. Mais l’offensive de l’armée irakienne, des Peshmerga kurdes et d’autres milices a coûté la vie à nombre inconnu de civils, a fait fuir des dizaines de milliers de personnes et perturbé l’approvisionnement en eau et en électricité des quartiers Est de Mossoul. On a également signalé des atrocités sectaires commises contre la population sunnite locale.

Les États-Unis portent en premier lieu la responsabilité de la violence qui a englouti l’Irak et la Syrie en coûtant la vie à des millions de personnes. Non seulement Washington a-t-il fomenté la guerre civile de 2011 avec l’objectif de changer le régime à Damas, mais il a mené une guerre quasi-ininterrompue dans la région pendant deux décennies, dans le but de consolider son hégémonie sur cette région riche en énergie.

La nomination par le président nouvellement élu Donald Trump d’un cabinet ministériel dominé par d’anciens généraux et des partisans agressifs du militarisme américain démontre que cette politique ne sera que renforcée sous le nouveau gouvernement.

Si Trump n’a pas encore présenté une stratégie pour la Syrie, ses choix du général à la retraite James Mattis pour la position de secrétaire à la défense et de Michael Flynn comme conseiller à la Sécurité nationale indiquent un changement de politique. Tous deux ont critiqué la dépendance d’Obama à l’égard des groupes « rebelles » et Mattis a demandé une résolution du Congrès autorisant le déploiement de troupes terrestres américaines si nécessaire contre l’État islamique, qui contrôle encore une partie importante de la Syrie.

La défaite des forces islamistes soutenues par les États-Unis à Alep encourage les puissances impérialistes européennes à proposer une solution alternative au conflit. Un reportage publié dans le Times de Londres suggère que la débâcle de la politique américaine en Syrie a incité l’Union européenne à proposer sa propre initiative. Selon le Times, la responsable de la Politique étrangère de l’UE Federica Mogherini a proposé lors d’une réunion avec les forces d’opposition syriennes il y a deux semaines que Bruxelles pourrait accepter qu’Assad reste au pouvoir s’il accepte d’accorder le contrôle de certaines régions du pays aux « rebelles ». Bruxelles fournirait une aide financière pour faciliter un tel arrangement, aurait expliqué Mogherini. The Times a suggéré que cela faisait partie d’un effort de la dernière chance pour assurer l’influence occidentale sur la Syrie au terme de la guerre civile.

« Ce que Mogherini voulait faire, c’était de présenter un plan de l’UE disant ; voilà comment résoudre le conflit », a déclaré une source proche de l’opposition syrienne. « […] En échange, si tous les intéressés sont d’accord et tout le monde fait ce que l’UE dit, il y aura un énorme pot d’argent ».

Cela ne fait que souligner le caractère de plus en plus explosif de la crise syrienne qui aggrave les rivalités entre les puissances impérialistes qui cherchent à poursuivre leurs intérêts géostratégiques avec une hostilité toujours plus ouverte. Les principaux politiciens européens ont réagi à l’élection de Trump le mois dernier en insistant sur l’idée que l’Europe devrait agir avec une plus grande indépendance vis-à-vis des États-Unis et même s’y opposer dans les domaines où leurs intérêts se heurtent.

Les diplomates européens ont confirmé les grandes lignes des propositions rapportées par le Times. Avec la stratégie des États-Unis de soutenir une insurrection islamiste contre Assad apparemment vouée à l’échec, l’UE met en avant un plan pour la partition sectaire de la Syrie selon des frontières régionales, avec des gouvernements en concurrence soutenus par le capital européen.

Jordan Shilton

Article paru en anglais, WSWS, le 6 décembre 2016

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Voice of America, que empezó sus programas en 1942, es un servicio multimedia financiado por el Gobierno de Estados Unidos a través del Broadcasting Board of Governors. VOA difunde alrededor de 1.500 horas de noticias, informaciones, programas culturales y educativos cada semana, para más de 125 millones de auditores, telespectadores y lectores. En esta entrevista con el académico francés Salim Lamrani, VOA evoca el papel de Cuba en África, el poder de Fidel Castro, la relación con Estados Unidos y la cuestión de los derechos humanos.

Voice of America: Salim Lamrani, ¿por qué semejante implicación de Cuba en África? ¿Acaso los cubanos buscaban explotar los recursos naturales del continente?

Salim Lamrani: Creo que conviene recordar las tres facetas que caracterizan al personaje de Fidel Castro. Primero es el arquitecto de la soberanía nacional que logró hacer de Cuba una nación independiente. Luego es el reformador social que ubicó en el centro de su proyecto de sociedad al ser humano universalizando el acceso a la salud, a la educación, a la cultura, al deporte, a la recreación. Por fin –y ésta es su tercera característica– es un internacionalista que siempre extendió una mano fraterna a los pueblos del Sur y particularmente a los pueblos que luchaban por su emancipación. Ello explica la intervención de Cuba en África.

Cuba desempeñó un papel fundamental en la liberación del África austral. Conviene recordar lo que dijo Nelson Mandela cuando viajó a Cuba: “¿Qué otro país puede mostrar una historia de mayor desinterés que la que ha exhibido Cuba en sus relaciones con África?”. Creo que esta cita de Nelson Mandela responde de alguna forma a su pregunta.

Contrariamente a las demás naciones que intervinieron en África para saquear las riquezas del continente, el único país que intervino para defender el derecho de los africanos a la autodeterminación, a la dignidad y a la libertad, es la nación cubana, es el pueblo cubano y es Fidel Castro.

Creo que ello explica la popularidad de este personaje no sólo en África, sino también en América Latina y en Asia. Fidel Castro es visto como el arquetipo del combatiente contra la opresión.

VOA: Sí, pero es un personaje controvertido, Salim Lamrani –disculpe que lo interrumpa– porque en Occidente muchos se muestran indignados por la lluvia de elogios tras la muerte de Fidel Castro. Para ellos era uno de los últimos dictadores comunistas del planeta que se aferró al poder durante cerca de cincuenta años, un hombre que hizo reinar el terror en su isla y que es acusado de haber sometido a los 11 millones de cubanos a la pobreza colectiva.

SL: Ningún dirigente en el mundo puede quedarse 30 años a la cabeza de un país –ya que Fidel Castro fue Presidente de la República de 1976 a 2006– en un contexto de hostilidad, de guerra larvada con Estados Unidos, sin un apoyo mayoritario del pueblo.

La diplomacia estadounidense instalada en Cuba ha mostrado mucha lucidez al respecto. Me refiero a un memorándum de 2009 que redactó Jonathan Farrar, entonces Jefe de la Sección de Intereses Norteamericanos en La Habana, en el cual dice que “sería un error subestimar el apoyo del cual dispone el Gobierno, particularmente entre las comunidades populares y los estudiantes”. Creo que conviene recordar esta realidad.

En cuanto a la pobreza –usted habló de pobreza– las instituciones internacionales contradicen su punto de vista. Según la UNICEF, el único país de América Latina y del Tercer Mundo en erradicar la desnutrición infantil es Cuba.

VOA: Recordamos el apretón de manos histórico entre los presidentes Barack Obama y Raúl Castro en diciembre de 2013. Era en Soweto durante la ceremonia de homenaje a Nelson Mandela; una señal de que se escribía otra página. En efecto, un año más tarde, se anunció el acercamiento. Según usted ¿acaso la muerte de Fidel Castro acercará aún más a Cuba y Estados Unidos?

SL: En definitiva todo depende de Estados Unidos porque conviene recordar que el conflicto entre Washington y La Habana es asimétrico. Por una parte hay una potencia, Estados Unidos, que impone sanciones a Cuba. La agresión y la hostilidad son unilaterales. Es Estados Unidos el que ocupa de modo ilegal e ilegítimo una parte del territorio soberano de Cuba (Guantánamo). Es Estados Unidos el que exige un cambio de régimen.

Creo que el Presidente Barack Obama hizo una constatación muy lúcida cuando aceptó dialogar con La Habana. Se dio cuenta de que la política de hostilidad era anacrónica pues se remonta a la Guerra Fría. Es cruel, ya que las sanciones económicas afectan a las categorías más vulnerables de la población. Además es ineficiente ya que en vez de aislar a Cuba en la escena internacional, ha aislado a Estados Unidos. Incluso los más fieles aliados de Estados Unidos exigen un levantamiento de las sanciones económicas, que constituyen el principal obstáculo al desarrollo del país.

Entonces creo que habrá que preguntar al próximo presidente de Estados Unidos si desea mantener relaciones cordiales y pacíficas con Cuba o si desea volver a una política de confrontación y hostilidad.

VOA: Hubo una advertencia de Donald Trump. Amenazó con poner fin al acercamiento histórico con Cuba si La Habana no daba más contrapartidas en términos de derechos humanos y de apertura económica. ¿Cómo va la apertura económica de Cuba?

SL: Permítame una palabra sobre la cuestión de los derechos humanos. Creo que el presidente Donald Trump, quien exige cambios a nivel de la situación de los derechos humanos en Cuba, debería leer el último informe de Amnistía Internacional sobre Cuba y compararlo con el de Estados Unidos. Cuando uno compara los dos informes se da cuenta de que el peor alumno no es quien uno piensa. Donald Trump y Estados Unidos no tienen la legitimidad necesaria para disertar sobre la cuestión de los derechos humanos.

En cuanto al modelo económico, conviene recordar que Cuba es una nación soberana. Les toca entonces a los cubanos decidir su sistema político, su modelo social y su modelo económico. No le toca a Donald Trump ni a Estados Unidos imponer un modelo y hablar de economía de mercado. Según el Derecho Internacional, desde el Congreso de Westfalia de 1648, hay una igualdad soberana entre los Estados. Hay un principio que se llama la no injerencia en los asuntos internos. Creo entonces que el sistema económico no debe ser impuesto por una potencia extranjera.

 

Doctor en Estudios Ibéricos y Latinoamericanos de la Universidad Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani es profesor titular de la Universidad de La Reunión y periodista, especialista de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos. Su último libro se titula Cuba, ¡palabra a la defensa!, Hondarribia, Editorial Hiru, 2016.

http://www.tiendaeditorialhiru.com/informe/336-cuba-palabra-a-la-defensa.html

Contacto: [email protected] ; [email protected]

Página Facebook: https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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« Los servicios de inteligencia de EE. UU., Inglaterra e Israel han creado Al Qaeda y todos estos grupos yihadistas », desvela Michel Chossudovsky, economista y escritor canadiense, en Entrevista, de RT. Según el director del Centro de Investigación sobre la Globalización, si la verdad sobre el terrorismo se mostrara al público, los líderes occidentales perderían su legitimidad. También nos habla sobre su relación con Fidel Castro y sobre qué planes tiene Washington para América Latina.

El profesor emérito y economista canadiense Michel Chossudovsky repasa la actualidad geopolítica en esta entrevista con RT.

Comienza hablando del recientemente fallecido Fidel Castro, con el que se reunió hace relativamente poco para sostener una charla informal « sobre el peligro de una tercera Guerra Mundial y el posible uso de armas nucleares ». Este profesor recuerda a Fidel como « un ser excepcional » cuyo legado « aún vive ».

Donald Trump en el poder

Sobre el reciente proceso electoral en Estados Unidos, Chossudovsky considera que a pesar de la victoria de Donald J. Trump, hay continuidad con respecto a la política de Obama, con algún matiz interesante: »La retórica es distinta, pero hay continuidad con el planteamiento neoconservador. La política doméstica sigue siendo tremendamente reaccionaria, racista, etcétera. Pero a su vez hay diferencias fundamentales en política exterior: existe la posibilidad de un dialogo con Moscú o una solución en la guerra del medio oriente ».

Por otra parte, considera que « Hillary es tremendamente peligrosa. Habla claramente del uso de armas nucleares…si ella fuese presidenta, podría llevar a la Humanidad a la tercera guerra mundial. No tiene un pensamiento político coherente. Es por eso que mucha gente ha votado por Trump ».

Estados Unidos y el Estado Islámico

« No es cierto que Estados Unidos y la coalición hagan la guerra contra el Estado Islámico. Ellos han creado Al Qaeda y todas estas entidades yihadistas; son creaciones de los servicios de inteligencia de Estados Unidos, Gran Bretaña e Israel. Está bien documentado que Al Qaeda es una creación de la CIA, e ISIS es también una creación de la CIA ». Con esta franqueza se refiere el profesor Chossudovsky a la cuestión bélica en Oriente Medio.

« EEUU dice -continúa este economista y escritor- que en 2014  inició una campaña militar de bombardeos aéreos para eliminar al Estado Islámico, pero lo podrían haber hecho desde el primer día, en media hora. Cualquier experto militar lo puede confirmar. Lo que han hecho en realidad es, usando el pretexto de la lucha contra el terrorismo, destruir las infraestructuras de Siria e Irak ». Concluye su interesante exposición del tema señalando que « no es cierto que ellos la estén llevando a cabo. Es el pueblo Sirio, con la ayuda de sus aliados, Irán y Rusia, quien la está llevando a cabo ».

Influencias en América Latina

Chossudovsky señala en este apartado que « Washington no acepta gobiernos nacionales que representan intereses nacionales », y lo explica argumentando que para Estados Unidos « los gobiernos tienen que tener el aval de Washington y de Wall Street ». Por otra parte, considera que la población en algunos países de América Latina « está manipulada en algunas de sus protestas (…). La oposición en Venezuela, por ejemplo, está financiada por entidades extranjeras ». Como reflexión final, en este sentido, apunta que « vivimos un periodo en nuestra historia en el que las elites financieras ayudan a grupos opositores ».

Recomendamos que vean y disfruten la entrevista completa con este economista y profesor emérito.

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Barack Obama a reconnu que son pays était impliqué dans l’apparition du groupe État islamique. Cette idée a déjà été énoncée par le président syrien Bachar el-Assad et d’autres hommes politiques, y compris le successeur d’Obama Donald Trump.

Le président sortant des États-Unis Barack Obama estime que dans la lutte contre le groupe terroriste État islamique, les autorités américaines n’ont pas répété les erreurs commises en 2003 lors de l’invasion de l’Irak.

« Quand nous avons réfléchi à notre réponse (aux actions de l’EI, ndlr), nous avons refusé de répéter certaines erreurs commises lors de l’invasion de 2003 (de l’Irak par l’armée américaine) qui avaient contribué à donner naissance à l’organisation devenue État islamique », a déclaré Barack Obama dans son discours sur la lutte contre le terrorisme prononcé mardi 6 décembre en Floride et dont le texte intégral a été publié sur le site de la Maison Blanche Medium.com. M. Obama a expliqué qu’au lieu de recourir à leurs propres forces dans la lutte contre Daech, les États-Unis ont mis l’accent sur le soutien des formations locales et ont créé une coalition internationale réunissant environ 70 pays.

© AP PHOTO/ MAYA ALLERUZZO

Daech interdirait à ses terroristes d’attaquer les avions de la coalition

En résultat, plus de 16 000 raids aériens ont été menés contre les terroristes, ces derniers ont perdu plus de la moitié des territoires contrôlés, leur moral est en berne et la population locale leur tourne le dos. Barack Obama constate que les terroristes affirment combattre au nom de l’islam, tout en appelant à ne pas assimiler la lutte contre le terrorisme à la lutte contre une religion concrète.

« Si nous agissons comme si c’était une guerre entre les États-Unis et l’islam, non seulement nous allons perdre davantage d’Américains dans des attaques terroristes, mais aussi nous perdrons de vue les principes que nous prétendons défendre », a-t-il signalé en s’adressant apparemment au président élu Donald Trump qui entrera en fonction en janvier 2017.

© SPUTNIK.

Obama reconnaît le rôle des États-Unis dans l’apparition de l’EI et met en garde Trump

Rappelons, au passage, que lors de sa campagne électorale, Donald Trump s’en est pris violemment aux musulmans et que les attaques xénophobes se sont multipliées au lendemain de sa victoire électorale. Il est à noter que précédemment, Donald Trump avait plusieurs fois accusé Barack Obama d’avoir créé Daech.

© FLICKR/ INSTAPINCH

Trump force le Pentagone à réviser sa stratégie face à Daech

« Daech tient en estime Obama. Celui-ci est le fondateur de Daech. Il a créé Daech », a-t-il déclaré, ajoutant que l’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton était sa cofondatrice. Mme Clinton, pour sa part, a qualifié Donald Trump de « meilleur recruteur de Daech » suite à ses propos sur l’intention d’interdire aux musulmans l’entrée des États-Unis. En octobre, le président syrien Bachar el-Assad a signalé dans une interview accordée au quotidien russe Komsomolskaïa pravda que « Daech avait été créé en Irak sous la supervision américaine » et que « les Américains avaient joué un rôle, direct ou indirect, dans la création de Daech ». Il y a deux ans, en novembre 2014, le parlementaire russe Alekseï Pouchkov a accusé les États-Unis de connivence dans la création de Daech.

« Daech n’est pas issu du néant, il est le résultat de l’activité consciente et finalisée de plusieurs États du Golfe, complices des États-Unis, et des États-Unis eux-mêmes, qui ont financé tous ceux qui étaient animés par l’idée de renverser Bachar el-Assad », a déclaré le parlementaire russe.

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Iminência de III Guerra Mundial com Ataques Nucleares

décembre 7th, 2016 by Edu Montesanti

A imprensa ocidental tem omitido a iminência de uma III Guerra Mundial, sob sério risco de ataques com bombas nucleares. E isso não se dá por acaso: a desinformação é a velha estratégia do Império de turno, agonizante, a fim de distrair a atenção do público para a essência da « política externa » (eufemismo para crimes internacionais) de Tio Sam, baseada na expansão coercitivo-expansionista.

Por exemplo, a OTAN, que desde o teórico fim da Guerra Fria quando ruiu o Muro de Berlim em 1989, deveria ter deixado de existir então. Contudo, ela segue crescendo e avançando: chegou às fronteiras russas, contrariando o acordo entre Estados Unidos e Rússia à época, de que a Aliança do Norte não avançaria sequer uma polegada além da fronteira da Alemanha reunificada – em contrapartida, os russos retiraram suas 260 mil tropas da ex-Alemanha Oriental. E para que a OTAN siga existindo, além de contar com a desinformação das sociedades globais, apoia-se nos perpétuos inimigos criados pateticamente pelos porões do poder de Washington, vendidos pelos seus porta-vozes da grande mídia de imbecilização em massa.

Embora a mídia predominante oculte este fato, os tomadores de decisão em Washington e na Europa ocidental têm conversado sobre as possibilidades de ataques nucleares à Rússia e ao Irã. Não descartam o mesmo em relação a China. As motivações são as mesmos que levaram a todas as guerras ao longo da história: econômicas e geoestratégicas.

As consequências de uma III Guerra Mundial explicam o porquê das intenções de promovê-la: alteraria drasticamente a ordem mundial, o sistema financeiro e os processos de globalização atuais, com o colapso do formato atual das Nações Unidas. Tudo isso atenderia aos interesses dos donos ocultos do poder mundial, tal como o magnata norte-americano David Rockefeller, a quem é atribuída esta frase a fim de ampliar seu domínio global que se valeria de políticas de linha dura e do cerceamento ainda maior das liberdades civis: « Estamos à beira de uma transformação global. Tudo o que precisamos é de uma grande crise, e as nações aceitarão a Nova Ordem Mundial ».

Não apenas o capitalismo respinga suas últimas gotas de sangue diante de um mundo que, a contragosto dos Estados Unidos, caminha inevitavelmente para a multipolaridade, como também as sociedades globais estão cada vez mais interligadas e, apesar da agressiva e crescente vigilância por parte dos poderes estatais e empresas privadas, despertam para realidades que não interessam aos usurpadores do poder cuja situação, se não for modificada rapidamente, levará inevitavelmente a uma rebelião a nível global. A única maneira de evitar isso, é o cerceamento das liberdades civis, e a única justificativa que os poucos tomadores de decisão global encontrariam para isso, seria através de um enorme caos – o terror internacional, desta forma que se apresenta, já está saturado como escusa: é necessário que se vá além.

A nova Guerra Fria provocada a todo custo pelos Estados Unidos contra a Rússia, a fim de perpetuar inimigos e justificar a aplicação de recursos no complexo militar-industrial e o consequente domínio global, está mais que evidente. E mais perigosa que a do século passado por dois motivos tão simples quanto claros: na Guerra Fria do século XXI, havia limites diante de duas superpotências que nunca desejaram o confronto; e à época, o Império norte-americano não agonizava como ocorre agora, o que o torna, como estamos vendo, mais agressivo.

Os Estados Unidos têm tentado de tudo para levar o mundo a um confronto, especialmente contra a Rússia na Ucrânia, nos Estados bálticos e na Síria. Não conseguiu porque a Rússia, magnífica do ponto de vista estratégico e moral, tem insistido na via diplomática. Outro motivo: os Estados Unidos têm plena consciência de que, sem determinadas parcerias, será arrasado pelas forças russas que hoje possuem o mesmo moral e as mesmas vantagens, territoriais e logísticas, de quando venceram sozinhos os nazistas no final da II Guerra Mundial.

Quem não se lembra das seguintes afirmações do fracassado xerife do mundo, Barack Obama, em setembro de 2013? “Podemos atacar [a Síria] quando quisermos. Eu decidi que os Estados Unidos devem tomar ação militar contra alvos do regime sírio”. Os russos, então, surpreenderam o mundo e modificaram as relações internacionais que vinham prevalecendo desde os anos de 1990 em que os norte-americanos impunham suas ordens. O mundo está se tornando multipolar, e esta é uma forte razão pela qual o Bulletin of the Atomic Scientists divulgou, em setembro deste ano, que o Doomsday Clock (Cronômetro do Dia do Juízo) aponta para o índice mais grave desde 1953. Risco igual, apenas em 1984. « A probabilidade de catástrofe global é muito alta, e as ações necessárias para reduzir os riscos de desastre devem ser tomadas muito em breve. Essa probabilidade não foi reduzida. O cronômetro marca. O perigo global perturba. Os líderes sábios devem agir imediatamente », diz o indicador.

E a grande hipocrisia de Washington neste caso, o fato de que Israel possua armas nucleares sob vistas grossas dos políticos norte-americanos (sustentados exatamente pelo lobby sionista, da indústria armamentista e petrolífera), evidencia quem apresenta o grande risco que a humanidade, como nunca antes, corre. Esta é uma guerra também da informação, e por isso mesmo os membros da União Europeia, fantoches dos Estados Unidos, consideraram recentemente os meios de comunicação russos inimigos cuja « ameaça » é equivalente a de terroristas do Estado Islamita. « Poucos sabem que a mídia ‘alternativa’ dos Estados Unidos não é tão alternativa assim », disse este ano evin Ryan, após conceder entrevista sobre as contradições dos ataques de 11 de setembro de 2001, publicadas tanto em Pravda Brasil quanto Pravda Report (em inglês), porém censuradas para republicação em meio « alternativo » norte-americano. Que diremos, pois, da mídia predominante?

A busca pela paz também envolve lutas. Se não houver luta contra os tiranos, a batalha praticamente invencível será pela sobrevivência da espécie humana e do próprio planeta diante de políticos insanos, tomados pela patologia do poder.

Edu Montesanti

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Trois évènements majeurs en sont les signes avant-coureurs :

1. La Chambre des représentants vote une zone de non-survol en Syrie.

2.  Le Congrès approuve la livraison, à l’opposition syrienne, des missiles surface-air.

3. La volte-face de Washington sur les propositions visant à faciliter le départ des terroristes d’Alep.

Dans les trois cas, ces initiatives de Washington vont tout droit vers une confrontation inévitable en Syrie où la Russie joue un rôle majeur dans la lutte contre le terrorisme et dans sa lutte pour le respect du droit international du peuple syrien à disposer de son propre destin. Sa présence en Syrie répond à une demande de l’État syrien et sa lutte contre le terrorisme vise toutes les forces armées illégitimes qui s’attaquent aux populations et aux fondements de l’État de droit.Regardons de près ce que peut représenter  chacune de ces trois décisions.

Ce que nous voyons dans la première mesure c’est l’initiative d’un gouvernement étranger, les États-Unis, qui s’octroie l’autorité de décider des zones de l’espace aérien syrien à interdire, tout particulièrement aux forces aériennes de l’armée syrienne tout comme aux forces armées aériennes russes.  Cette mise en scène comporte tous les ingrédients pour que le gouvernement syrien avec ses missiles sol-air assure sa pleine autorité sur la totalité de son espace aérien. La Russie n’aura d’autres choix, en tant qu’alliée indéfectible de l’État syrien, d’assurer la protection de ce même espace aérien.

La seconde mesure porte sur la livraison à « l’opposition armée syrienne » de missiles surface-air.  Imaginons un seul instant qu’un gouvernement étranger ait fourni ouvertement et sans soucis du droit international des armements lourds aux Forces armées révolutionnaires de Colombie, FARC-EP, pour les aider à renverser le gouvernement légitime de Colombie. C’eut été un geste dénoncé avec force par la communauté internationale et les États-Unis n’auraient pas hésité un instant à intervenir pour mettre un terme à pareilles livraisons d’armes. Pourtant, ce qu’ils font en Syrie est exactement de même nature. Ils arment et financent une opposition pour qu’elle déstabilise le gouvernement légitime de Bachar al-Assad. D’ailleurs, cette opposition armée, comme nous l’avons vu dans un article antérieur, se fond avec les terroristes qui poursuivent les mêmes objectifs.

La troisième décision, celle de la volte-face, fut une surprise tout à fait inattendue de la part du partenaire russe. De fait, après plusieurs heures de discussions, lors d’une rencontre à Rome, Kerry, le Secrétaire d’États des États-Unis, et Lavrov, le ministre des Affaires extérieures de Russie, en étaient venus à une proposition sur laquelle les deux parties se disaient d’accord pour résoudre la sortie  des terroristes d’Alep, toujours soumis à des attaques, sans cesse plus menaçantes et efficaces de l’armée syrienne et de ses alliés. Cette proposition devait être discutée à Genève, samedi, le 3 décembre.

« Récemment, Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain John Kerry s’étaient mis d’accord pour une rencontre à Genève sur la Syrie. Selon le ministre russe des Affaires étrangères, John Kerry lui avait demandé de soutenir un document qui correspondait à la vision de la Russie. » (Sputnik News, 6 décembre 2016)

À peine quelques jours avant cette rencontre à Genève, Sergueï Lavrov apprend ce changement de cap de la part de son partenaire étasunien. Suite à cette volte-face. Sergueï Lavrov  eut ce commentaire qui en dit long sur la présente situation.

«  Nous avons compris qu’il est impossible de discuter sérieusement avec nos partenaires américains  ». (Sputnik News, 6 décembre 2016)

Une telle phrase, comprise dans le contexte de cette autre fameuse phrase de Poutine à Valdaï, en octobre 2015, a de quoi nous interpeller:

« Il y a 50 ans déjà, à Leningrad, la rue m’a appris une règle : si la bagarre s’avère inévitable, il faut frapper le premier. »

L’élection de Trump, la mise au grand jour des liens entre Washington et les terroristes, la fin d’un mandat désastreux, les victoires de la Russie et du gouvernement de Bachar al-Assad sur les terroristes, tout cela et bien d’autres choses, ouvrent la porte à bien des imprévus à très court terme.

Oscar Fortin
Le 6 décembre 2016

 

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Finalmente, el Gobierno ruso y la Organización de Países Exportadores de Petróleo (OPEP) llegaron a un arreglo en Viena (Austria), el pasado 30 de noviembre, para disminuir la producción de petróleo en 1,2 millones de barriles diarios, un volumen que representa aproximadamente 2% de la producción mundial. Se trata, sin lugar a dudas, de un acuerdo histórico, es la primera vez que la OPEP se anima a reducir la oferta de crudo desde 2008.

Muy pocos creyeron realmente que la OPEP lograría construir un consenso. La prensa occidental ha venido insistiendo una y otra vez que la OPEP se ha convertido en un cartel de tipo burocrático, sin relevancia alguna en la determinación de los precios. Sucede que cuando los precios del oro negro precipitaron de nuevo su caída, desde el mes de junio de 2014, Arabia Saudita se opuso a establecer un acuerdo con el resto de los integrantes de la OPEP a fin de forzar un incremento de las cotizaciones.

El principal objetivo de Riad consistía, en aquel entonces, en llevar a la quiebra a las empresas de gas y petróleo de esquisto (‘shale’) de Estados Unidos para, de esta manera, conservar su preponderancia en el mercado petrolero mundial. De este modo, la guerra de precios impulsada por Arabia Saudita contra Estados Unidos terminó por socavar dramáticamente la obtención de ganancias de las empresas petroleras. En simultáneo, la desaceleración de la economía mundial, así como la reducción de la demanda de combustibles fósiles de parte de China y otros países del Sudeste asiático, ensombrecieron todavía más las perspectivas de los beneficios.

En consecuencia, los precios del petróleo en su variedad tanto Brent como West Texas Intermediate (WTI) sufrieron una profunda caída de aproximadamente 50% a lo largo de los últimos dos años; en parte por la debilidad del panorama económico mundial, y en parte por la especulación financiera de los grandes bancos de inversión en el mercado de derivados. Durante varias jornadas, los precios incluso llegaron a rozar los 30 dólares.

Frente a crisis presupuestarias de gran magnitud, no hubo una respuesta oportuna de parte de los grandes países productores de petróleo, como Arabia Saudita. De hecho, aunque las finanzas de Arabia Saudita también sufrieron una embestida tremenda por efecto de la deflación (caída de precios) del oro negro, la Casa Saud se resistió en todo momento a abandonar la guerra de precios en contra de Washington.

Las empresas petroleras de Estados Unidos por su parte, se lanzaron de lleno a la batalla de precios a través de nuevos incrementos de sus niveles producción, con lo cual, acentuaron el desplome de los precios de los hidrocarburos. En Estados Unidos, además, la caída de los precios de la energía ha venido socavando la tasa de inflación, que hasta la fecha continúa por debajo del 2%, la tasa objetivo del banco central.

Esta situación ha provocado la quiebra de empresas norteamericanas, el cierre de decenas de pozos petroleros y la cancelación de proyectos de inversión en territorio estadounidense. Pero Arabia Saudita tampoco resultó ilesa. Las finanzas públicas de la Casa Saud se encuentran hoy en un serio predicamento. Riad ha decidido llevar a cabo la privatización parcial de Saudi Aramco, así como fuertes recortes de gasto público, provocando un enorme descontento entre su población.

La estrategia saudita orientada a disminuir la dependencia de su economía de la venta de petróleo tomará varios años; por esa razón, en esta difícil coyuntura el Rey saudita no tuvo otra opción que sumarse a la voluntad del resto de países de la OPEP y Moscú de disminuir el nivel de producción de crudo para favorecer un aumento de los precios.

La rivalidad entre Arabia Saudita e Irán fue uno de los principales obstáculos para llegar a  un arreglo. La Casa Saud había rechazado reducir su producción si Teherán no hacía lo mismo. Frente a ello, el Gobierno iraní respondió que no iba a reducir su producción, sino por el contrario, luego de alcanzar un acuerdo con el Grupo 5+1 (Estados Unidos, Rusia, China, Reino Unido y Francia, además de Alemania), esperaba por lo menos conseguir el nivel de producción previo a la imposición de sanciones. Finalmente, Arabia Saudita accedió a disminuir su producción mientras que, por el momento, Teherán no hará recortes.

El porvenir de las cotizaciones del mercado petrolero mundial está lleno de incertidumbre. La OPEP no es la misma hoy que hace 40 años, cuando llevó a cabo dos embargos petroleros durante la década de1970. Aunque la influencia de la OPEP resulta aplastante, pues posee la mayoría de las reservas petroleras mundiales, hoy juegan otros factores; el hecho de que la mayor parte de las operaciones de compra-venta de petróleo se sigan realizando en dólares, así como las operaciones especulativas de los bancos de inversión, dotan a Estados Unidos de un gran poder de influencia en la determinación de los precios.

Pese a todo, persiste la esperanza de que el acuerdo entre Rusia y la OPEP, que se pondrá en vigor a partir de 1º de enero 2017, favorezca un incremento de las cotizaciones; sin lugar a dudas, conseguir un precio por barril de petróleo entre 60 y 65 dólares será un gran alivio para los países productores en momentos de crisis para la economía mundial, pues ya un precio por encima de 100 dólares es prácticamente imposible de alcanzar en el corto plazo.

La respuesta de parte de las empresas estadounidenses será decisiva en cuanto a la evolución de las cotizaciones. Frente al acuerdo alcanzado en Viena, Washington bien puede permanecer en la inercia, o bien, aumentar el nivel de producción para contrapesar los esfuerzos realizados entre Rusia y la OPEP…

Ariel Noyola Rodríguez

Ariel Noyola Rodríguez : Economista egresado de la Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM).

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Les attentats «djihadistes»comme management de la terreur …

décembre 6th, 2016 by Mondialisation.ca

Sélection d’articles: 29 novembre au 6 décembre 2016

terrorists-usa

Les attentats « djihadistes » : un management de la terreur justifiant la militarisation de l’Europe pour le contrôle de la Russie et l’advenir du TAFTA/TTIP

Par Jean-Yves Jézéquel, 29 novembre 2016

Castro Révolution cubaine

Lorsque Fidel assume sa propre défense, les marionnettes de notre monde ont de quoi rougir

Par Oscar Fortin, 29 novembre 2016

Nabil Antaki

Des civils qui tentaient de fuir Alep-Est ont été abattus par les terroristes

Par Nabil Antaki, 29 novembre 2016

TPP

La Chine prend le relais des États-Unis

Par Ariel Noyola Rodríguez, 30 novembre 2016

Defend the Sacred

Standing Rock, la plus grande mobilisation autochtone depuis plus d’un siècle

Par Silvia Arana, 30 novembre 2016

Fidel colombe

Fidel Castro : Une légende dans le Panthéon des hommes illustres

Par Chems Eddine Chitour, 30 novembre 2016

GILL-Petapan

Les peuples autochtones du Canada se soulèvent contre le colonialisme et Areva

Par Coordination anti-nucléaire Sud-Est, 01 décembre

Ahmed_Bensaada

Barack Obama, le prix Nobel de l’hypocrisie

Par Ahmed Bensaada, 01 décembre 2016

allemagne.cologne

Verdict de Cologne : Vive la vérité!

Par Chems Eddine Chitour, 01 décembre 2016

Rwanda rapport

Rapport sur les financements du génocide au Rwanda : première expérience d’audit

Par Pierre Galand et Renaud Duterme, 01 décembre 2016

une_cuba_lun

Entre Fidel Castro et la dictature des marchés

Par Bruno Adrie, 02 décembre 2016

Alep libérée

Alep libérée ? La « bonne nouvelle » épouvantable pour les dirigeants français.

Par Mouna Alno-Nakhal, 02 décembre 2016

jsoc

Obama étend la portée mondiale des escadrons de la mort des Forces d’opérations spéciales des États-Unis

Par Patrick Martin, 03 décembre 2016

La Havane

Salim Lamrani : « Les Cubains répondent avec intelligence aux nouvelles réalités  »

Par Salim Lamrani et Cathy Dos Santos, 03 décembre

construction pipeline

L’oléoduc TransMountain de Kinder Morgan: Victoire pour les pressions du lobby de l’industrie pétrolière

Par Gérard Montpetit, 04 décembre 2016

featurePipeline

L’eau, un problème concernant les droits de l’homme à Standing Rock

Par Marjorie Cohn, 04 décembre 2016

Jaafari

Alep libérée ? La « bonne nouvelle » épouvantable pour les dirigeants français. (2ème partie)

Par Dr. Bachar al-Jaafari, 05 décembre 2016

war on terror

La « guerre au terrorisme » par l’Occident est en même temps une guerre contre la vérité

Par Dr. Paul Craig Roberts, 05 décembre 2016

Alep 3

La grande tricherie mise à découvert à Alep

Par Oscar Fortin, 05 décembre 2016

kouchner-somalie

L’Humanitaire dans tous ses états : Ses faits, ses bienfaits et ses méfaits 1/4

Par René Naba, 05 décembre 2016

Renzi

Non à la « réforme » belliciste de la Constitution italienne

Par Manlio Dinucci, 06 décembre 2016

Ukraine monnaie

Quand le président ukrainien finance la guerre avec l’argent du FMI (Vidéo)

Par Sputnik, 06 décembre 2016

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L’ancien président des Verts autrichiens, Alexander van der Bellen, a remporté hier l’élection présidentielle face à son rival, Norbert Hofer, du parti d’extrême-droite FPÖ (Parti de la Liberté, Freiheitliche Partei Österreichs).

Van der Bellen, 72 ans, obtiendrait selon les premières estimations 53,4 pour cent des votes contre 46,6 pour cent pour Hofer. Les prévisions prennent en compte les 700 000 votes par correspondance dont le décompte n’a lieu qu’aujourd’hui.

L’avance de van der Bellen est bien plus importante qu’en mai lorsqu’il avait gagné le second tour des élections pour accéder à la plus haute fonction de l’État avec tout juste 50,4 pour cent des voix. Le FPÖ avait réussi à contester les résultats électoraux pour irrégularités. Une nouvelle date prévue le 2 octobre fut reportée pour cause de colle défectueuse sur les enveloppes de vote par correspondance et par crainte d’une nouvelle contestation juridique.

Cette fois-ci, Hofer a reconnu sa défaite une demi-heure après la fermeture des bureaux de vote et félicita van der Bellen pour sa victoire.

Van der Bellen a profité à la fois d’une participation en hausse de 2 pour cent, pour atteindre 75 pour cent, ainsi que d’un mouvement des électeurs pour empêcher l’élection du premier chef d’État d’extrême-droite en Europe depuis 1945.

Les jeunes gens des villes ont particulièrement voté pour van der Bellen. À Vienne, la capitale, où vit presque un Autrichien sur cinq, il a recueilli 65 pour cent des voix, 1,5 pour cent de plus qu’au premier tour. De nombreux électeurs qui s’étaient abstenus la dernière fois ont validé leur bulletin de vote en faveur de van der Bellen afin de faire barrage au candidat d’extrême-droite.

L’élection autrichienne était considérée comme un test pour savoir si l’élection de Donald Trump aux États-Unis donnerait un nouvel élan à l’extrême-droite européenne. En Autriche du moins, le contraire semble s’être produit vu que 30 pour cent des électeurs de van der Bellen ont déclaré avoir voté pour lui dans le but d’empêcher un tel virage à droite.

D’influents politiciens européens ont exprimé leur soulagement suite aux résultats des élections. Bien qu’étant un petit pays, l’atmosphère politique régnant en Autriche est considérée comme une indication de l’éventuelle destinée de partis tels le Front national de Marine Le Pen en France qui sont contre l’Union européenne et prônent des stratégies nationalistes tout en se servant d’un discours populiste comme moyen de faire appel à la détresse sociale que ces huit années de crise économique et de mesures d’austérité ont créée.

Le dirigeant des sociaux-démocrates allemands, Sigmar Gabriel, a écrit sur Twitter, « La raison a prévalu, quel soulagement pour moi ».

Le premier ministre Manuel Valls, qui pourrait être le candidat présidentiel du Parti socialiste, a écrit, « Le populisme n’est pas le sort inévitable de l’Europe ».

Hofer dirige un parti dont les origines remontent au mouvement nazi autrichien. Il promeut des positions d’extrême-droite et très nationalistes malgré les efforts qu’il entreprend pour se dépeindre comme un politicien bourgeois modéré. Il est membre de la fraternité « Marko Germania », une organisation qui décrit l’Autriche d’après-guerre comme étant une « fiction anhistorique ». Il a toujours porté un bleuet à son revers, le signe de reconnaissance des nazis en Autriche lorsqu’ils furent interdits dans les années 1930.

La constitution confère au président autrichien, qui ne dispose principalement que de pouvoirs représentatifs, le pouvoir de révoquer le gouvernement. Hofer, contrairement à ses prédécesseurs, avait menacé durant la campagne de limoger l’actuelle coalition gouvernementale, qui rassemble les sociaux-démocrates (SPÖ) et les conservateurs du Parti populaire autrichien (Österreichische Volkspartei, ÖVP), en occasionnant des élections générales.

Hofer et le dirigeant du FPÖ, Heinz-Christian Strache, ont attisé durant la campagne électorale la haine contre les réfugiés et s’en sont pris à l’UE. Hofer a remercié les divers gouvernements de droite d’avoir fermé la route des Balkans aux réfugiés, réclamé la rapide déportation d’Autriche des réfugiés et exigé l’exclusion de travailleurs étrangers du système de protection sociale.

Van der Bellen a bénéficié de l’hostilité publique à l’encontre de telles mesures et ne mérite aucun soutien politique. Sa victoire électorale ne signifie nullement la fin des attaques perpétrées contre les réfugiés ou la population laborieuse. Il y a quelques jours à peine, il avait déclaré que l’Autriche n’accepterait pas de migrants économiques.

Le plus important pour les élites dirigeantes européennes c’est que van de Bellen est un farouche défenseur de l’UE et de sa politique d’austérité. Il fut en effet en premier lieu soutenu par le patronat autrichien et européen ainsi que par les élites politiques parce qu’ils escomptaient que leur offensive contre la classe ouvrière serait plus facilement mise en œuvre sous son égide.

C’est la raison pour laquelle l’élection de van der Bellen ne résoudra aucun des problèmes qui ont entraîné la montée du FPÖ. Il a pu se présenter contre Hofer comme le soi-disant candidat du « centre politique » parce que les candidats des sociaux-démocrates et de l’ÖVP, partis qui avaient occupé la fonction de président au cours de ces dernières 70 ans, avaient été éliminés dès le premier tour.

Les deux partis sont largement détestés pour leur bilan de mise en place d’attaques sociales. Tous deux sont profondément divisés. Une vaste partie de l’ÖVP avait soutenu l’élection de Hofer. Il existe aussi un solide groupe au sein du ÖVP qui est en faveur de la dissolution de l’actuelle coalition et de nouvelles élections. De plus, le soutien du président du parti, Reinhold Mitterlehner est en baisse. Un nombre croissant de figures de premier plan appuient le ministre des Affaires étrangères autrichien Sebastian Kurz qui est notoirement connu pour ses conceptions de droite.

Pour sa part, sous le chancelier Christian Kern, le SPÖ s’est déplacé de plus en plus rapidement vers la droite. Quelques jours seulement avant les élections présidentielles, le parti avait clairement montré qu’il était prêt à collaborer avec le FPÖ et même à former une coalition. Kern avait déclaré que le SPÖ voyait la possibilité de « discuter avec la direction du parti » du FPÖ et avait exprimé son admiration pour Strache et ses efforts « en vue de promouvoir l’Autriche ».

Van der Bellen lui-même avait salué le potentiel de coopération entre le SPÖ et le FPÖ. Et de manière plus importante, la poursuite de l’austérité de la part de la coalition gouvernementale sous sa présidence ne servira finalement qu’à renforcer l’extrême-droite. Il y a une forte probabilité que les prochaines élections parlementaires auront lieu avant la date prévue d’octobre 2018. Dans un article intitulé « Après les élections c’est aussi avant les élections », le journal Standard, dont le siège est à Vienne, a indiqué, « le gouvernement fédéral ne peut pas survivre. Les deux partenaires de la coalition, le SPÖ et l’ÖVP, se préparent à toute éventualité ».

Le FPÖ est actuellement le parti qui arrive en tête dans les sondages avec environ 30 pour cent des voix, et qui nommera vraisemblablement le chancelier après une élection.

Markus Salzmann

Article original, WSWS, paru le 5 décembre 2016

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Le Premier ministre italien Matteo Renzi a annoncé sa démission hier après que les électeurs avaient infligé une défaite humiliante à son référendum sur des amendements constitutionnels modifiant les lois électorales pour renforcer considérablement les pouvoirs du Premier ministre.

Avec un taux de participation plus élevé que prévu de 68 pour cent, les amendements proposés par Renzi ont été rejetés par 59 à 41 pour cent des votants.

Vers 12h30, Renzi est apparu à la télévision nationale italienne pour concéder la défaite. Il a reconnu l’importance décisive du vote contre lui. « J’accepte la pleine responsabilité » pour l’échec du référendum, a-t-il dit dans une brève allocution, ajoutant qu’il irait lundi au palais du Quirinal (palais présidentiel) pour présenter sa démission au président italien Sergio Mattarella.

Le résultat du vote reflète une profonde opposition au gouvernement du Parti démocratique (PD) de Renzi et aux politiques d’austérité de l’Union européenne (UE) adoptées en Italie depuis le krach de Wall Street en 2008.

Les amendements constitutionnels proposés étaient réactionnaires sans équivoque. Un vote « oui » aurait transformé le Sénat en un organisme non élu, privé de ses pouvoirs de destituer le Premier ministre. La Chambre des députés aurait pu alors nommer un premier ministre, gouvernant sans opposition significative de la part de la législature et fonctionnant comme un homme fort autoritaire.

Le référendum a été perçu comme une dernière chance pour les banques et l’UE pour s’attaquer à la crise bancaire italienne dans le cadre de l’UE et de l’euro. Les banques italiennes font face à un énorme montant de 360 milliards d’euros de prêts douteux, alors que le tissu économique et industriel italien s’est effondré sur fond d’austérité et de chômage de masse. On parle de plus en plus d’un bail-in bancaire, imposé par les règles de l’UE, où les banques en difficulté récupéreraient leurs pertes en prenant de l’argent auprès de leurs déposants ou des petits épargnants qui ont investi leurs fonds dans des obligations bancaires italiennes.

Une victoire au référendum aurait permis à Renzi d’agir sans pitié pour attaquer l’opposition de la classe ouvrière aux réductions sociales, aux faillites d’entreprises et à d’autres attaques comme le bail-in que l’élite dirigeante italienne prépare.

Ce vote est également une répudiation de l’UE, dont la Commission est intervenue via son président, Jean-Claude Juncker, pour approuver le référendum de Renzi et le féliciter d’avoir imposé les « bonnes réformes ».

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, qui a joué un rôle de premier plan dans la conception des mesures d’austérité dans le sud de l’Europe, avait également approuvé le référendum de Renzi : « Si je pouvais voter, je voterais pour lui, bien qu’il soit d’un autre camp politique. Je lui souhaite du succès ».

Le vote référendaire italien souligne la crise profonde des institutions du capitalisme européen et mondial, un mois après que l’élection de Donald Trump en tant que président américain a stupéfié le monde et secoué l’élite politique européenne.

Chez les masses de travailleurs et de jeunes à travers l’Europe, il y a une colère et une désillusion politique profondes envers l’UE et leurs gouvernements nationaux. Le vote référendaire en Italie a eu lieu six mois seulement après que la Grande-Bretagne a voté pour quitter l’UE, défiant l’appel du gouvernement conservateur à rester dans l’UE. Maintenant, une économie européenne majeure de plus, qui de plus et à la différence de la Grande-Bretagne est au cœur de la monnaie commune, a voté contre l’UE et contre un gouvernement pro-UE.

Le danger principal auquel est confrontée la classe ouvrière est cependant le fait que l’opposition au référendum italien ait été jusqu’ici monopolisée principalement par les forces qui lancent des appels nationalistes agressifs.

Le président italien Sergio Mattarella devrait recevoir la démission de Renzi aujourd’hui. Il est peu probable que Mattarella invite Renzi à reconsidérer sa décision compte tenu des résultats du référendum.

Le président consultera ensuite divers dirigeants institutionnels et des partis pour déterminer si un nouveau gouvernement majoritaire peut être formé. Cela reste toutefois incertain, malgré une majorité du PD à la Chambre des députés. L’un des problèmes est la crise qui a éclaté au sein du PD ces derniers mois.

Des fissures à l’intérieur du PD se voyaient clairement avant le vote. L’ex-stalinien et ancien Premier ministre Massimo D’Alema s’est opposé à l’amendement constitutionnel de Renzi. Ses différences, cependant, sont purement tactiques, c’est-à-dire qu’elles portent sur comment contenir le mécontentement social et mettre en œuvre plus efficacement des mesures contre la classe ouvrière.

Il se peut que Mattarella nomme un nouveau Premier ministre du Parti démocratique. Cependant, une telle démarche risque de provoquer des bouleversements sociaux suite à une série de gouvernements impopulaires, technocratiques et non élus mis en place au cours des cinq dernières années. Leur programme commun a consisté à attaquer les travailleurs au profit des banques et des grands groupes.

Si une majorité n’est pas atteinte après les consultations de Mattarella, le président pourrait ordonner la dissolution de la Chambre et du Sénat et déclencher des élections anticipées. C’est ce que la plupart des partis d’opposition exigent, car ils surfent sur la victoire du « non » et cherchent à l’exploiter pour faire avancer leurs agendas réactionnaires.

L’absence d’une véritable opposition de gauche au PD a permis aux forces de droite de se poser de manière démagogique et fausse en défenseurs des opprimés et des exploités.

Beppe Grillo, chef de file du Mouvement 5 Étoiles (M5S), a publié une déclaration où il exultait : « La démocratie a gagné […] Les Italiens doivent être appelés à de nouvelles élections le plus tôt possible ». Afin de ne pas retarder une nouvelle législature et un nouveau gouvernement, Grillo a prétendu qu’il retirerait ses critiques de la loi électorale actuelle (Italicum) pour éviter « la mise en place d’un gouvernement technocratique style Monti ». M5S devrait gagner le plus dans des élections anticipées. S’il remportait 40 pour cent des voix, il gagnerait 54 pour cent des sièges de la Chambre.

Giorgia Meloni, dirigeante du parti fascisant Fratelli d’Italia, a mélangé des demandes similaires avec une rhétorique populiste : « Il faut de nouvelles élections dans très peu de temps […] Les Italiens veulent un gouvernement qui ne soit pas le résultat de négociations en coulisses avec les grandes entreprises mais le produit d’une consultation populaire. Le 4 gouvernement non choisi par les Italiens n’est pas acceptable ».

De même, le chef de la Lega Nord chauvine, Matteo Salvini, s’est vanté d’une « victoire contre les puissances en place dans les trois quarts du monde. Pas de gouvernements dociles, des élections tout de suite » .

Renato Brunetta, de Forza Italia, a adopté un ton plus conciliant : « Le PD a la majorité parlementaire et a le devoir de former un nouveau gouvernement, mais sans Renzi ».

La pseudo-gauche a également célébré le vote « non », mais seulement pour s’assurer de garder le contrôle de l’opposition populaire et entraver une mobilisation indépendante de la classe ouvrière.

Critiquant Renzi de manière hypocrite pour sa politique anti-ouvrière après avoir appuyé sa désignation comme premier ministre, le dirigeant du parti Sinistra, Ecologia e Libertà (la Gauche l’écologie et la Liberté), Nichi Vendola, a signalé sa volonté de canaliser l’opposition dans le cul-de-sac de la fausse « gauche » : « La poussée propulsive du renzisme s’est épuisée. Aujourd’hui, c’est un grand jour pour que la gauche recommence ».

Il faut noter que la vulnérabilité des banques italiennes est au centre des préoccupations des marchés internationaux. Un « non » témoigne de l’échec d’une tentative de mise en œuvre d’une politique stricte de restructuration visant à éliminer les petites banques et, finalement, à attaquer la position sociale de la classe ouvrière.

Monte dei Paschi di Siena (MPS), la banque la plus ancienne du monde, est en grand danger. Le Qatar et les investisseurs américains ont annoncé qu’ils attendaient les résultats du référendum avant de s’engager à être en des « investisseurs de référence », une démarche qui garantirait une injection de capitaux de 1,5 milliard d’euros. Un effondrement de MPS a le potentiel de provoquer une crise plus large dans le système bancaire italien ainsi que dans toute la zone euro.

Alex Lantier et Mark Wells

Article paru en anglais, WSWS, le 5 décembre 2016

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Hollande s’en va : Anaphore en 2012, sortie théâtrale en 2016

décembre 6th, 2016 by Chems Eddine Chitour

« Les Technocrates, c’est les mecs que, quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont  fini  de répondre, tu comprend plus la question que t’as posée ».  Coluche

Cette boutade de Coluche est là pour illustrer comment le citoyen lambda se fait embobiner par les sondages savants qui peuvent se contredire sans ciller. Ainsi une surprise à la taille de ce qui se passe dans le monde en contradiction totale avec les prévisions des boules de cristal des instituts de sondage dont on s’aperçoit  qu’ils se trompent régulièrement. Leurs sondages n’ayant selon toute vraisemblance non pas qu’ils ne respectent pas les règles  de la statistique, mais comme on sait on peut tout faire dire à des sondages surtout  si les questions on posées avec un arrière plan qui doit amener le sondé à répondre dans le sens voulu. Malgré cela nous avons eu le Brexit, nous avons eu l’élection de Trump, nous avons eu l’élection dans la primaire de droite  en France de Fillon chef de file d’une  droite avec la mentalité des croisades ; Le dernier jeu de massacre a été la sortie spectaculaire de Hollande qui a réussi à tromper tout le monde Plus malin que tous les autres  Hollande quitte un navire de la gauche qui coule conseillé  le dit-on par Ségolène sa compagne de 30 ans et ses enfants  Derrière le pseudo  « renoncement » de Hollande  il y a  peut être une forte odeur de coup d’État de palais, soft en apparence, mais d’une extrême brutalité dans son aboutissement. 

Hollande, Fillon, Trump, Brexit : l’année des séismes politiques

 « En quelques mois,  écrit le journaliste Gregory Rozieres quatre événements politiques improbables se sont imposés alors que ni les sondeurs, ni les analystes, ni les journalistes ne les avaient vu venir. C’est un séisme politique majeur. Pour la première fois de l’histoire de la Ve République, le président sortant, François Hollande, a renoncé à briguer un second mandat.    Une annonce qui a pris l’écrasante majorité des analystes, éditorialistes politiques et sondeurs par surprise. (…) Mi-octobre, François Fillon stagnait encore sous les 15% d’intentions de vote dans les enquêtes d’opinion.   Des retournements de situation imprévus jusqu’à la dernière minute, c’est ce qu’on également vécu les Américains et les Britanniques en 2016, avec l’élection de Donald Trump et le Brexit.  (…) Quatre séismes qui nous rappellent à tous qu’aujourd’hui plus que jamais, en politique plus qu’ailleurs, et particulièrement dans nos démocraties occidentales en crise, rien n’est jamais écrit à l’avance ».

On peut y ajouter deux autres nouvelles d’abord le triomphe  aux élections de l’écologiste Alexander Van der Bellen  qui s’est battu pour une Autriche pro-européenne »,   l’ancien patron des Verts autrichiens, qui veut aussi défendre les « valeurs d’égalité, de liberté, de solidarité ». face à l’extrême droite, malgré un deuxième tour des élections  du fait de l’annulation des précédentes. Ensuite  le séisme politique- en plus des multiples séismes qu’a connu l’Italie-  avec la démission de Matteo  Renzi désavoué  par un vote défavorable à plus de 60 %

La non-candidature de Hollande est elle prévisible ?

Apparemment pas ! Hollande a toujours lié son éventuel second mandat à l’inversion du courbe du chômage.  De plus dans son discours de Valmy, on pouvait comprendre qu’il allait annoncer sa candidature.    Lors d’une interview le 18 juin 2015,   Alimuddin Usmani   a interviewé Alain Soral qui  avait prédit que Hollande ne se représenterait pas  et il nous apprend que la combine des primaires est de couper la route à Marine le  Pen qui n’aura pas  de chance s’il y avait une gauche unie nous l’ écoutons :

«  Oui, mais je pense qu’il ne se représentera pas. Il suffit de regarder les sondages qui disent que les gens de gauche veulent Valls à des proportions de 45 contre 14. Hollande c’est « one shot », c’est le mec qui a été élu par défaut, parce que les gens voulaient virer Sarkozy (…) Les gens voulaient sanctionner Sarkozy ; maintenant en France on ne vote plus pour, on vote contre. Hollande   a un bilan catastrophique, je ne vois pas pourquoi il se représenterait. Se représenter c’est prendre le risque que Marine soit au deuxième tour. (…) À gauche comme à droite, ils sont de toute façon tous dans une logique de primaire, comme aux États-Unis, pour éviter justement la multiplication des petits candidats qui pourraient amener un candidat du Front national au deuxième tour avec moins de 20% des voix.  Le but maintenant c’est que le seuil qualificatif soit à 27 ou à 28%, c’est pour cela qu’il y a des primaires. (..)Tout est fait pour qu’il n’y ait plus de petits candidats. Les 500 signatures sont révélées au public. S’il y a des primaires à gauche et à droite, il y aura peu de candidats dissidents. Du temps de Le Pen père, il avait accédé au deuxième tour avec 16,86% ». (2)

Bilan d’un quinquennat  de catastrophe

Le changement  c’est maintenant ! Il n’a pas eu lieu dans la bonne direction :

« Si un léger mieux se fait effectivement sentir  écrit Marc Landré, depuis quelques mois tant sur l’emploi que sur le chômage, il est insuffisant pour effacer le début catastrophique du quinquennat pour les Français qui ont voulu croire,   Effectivement, en cette fin 2016, à quelques encablures de la présidentielle de 2017, «(…) ça va mieux» pour reprendre la formule du président de la République. L’emploi, comme le chômage, est bien orienté et ne l’a même jamais été autant. (…) Côté pile, la France a créé 210.000 emplois sur les six derniers trimestres et le nombre de chômeurs a déjà reculé de 107.700 sur un an donnant réalité à l’inversion de la courbe annoncée par Hollande (…) Côté face, seuls 30.200 emplois ont été créés depuis le début du quinquennat. (…) Donc, si l’inversion de la courbe du chômage -annoncée dès le mois de juillet 2012 pour la fin 2013- a bien fini par se réaliser, elle est arrivée bien trop tardivement et n’efface pas le bilan que laissera le président à son successeur. Et c’est cette ardoise, les 600.000 chômeurs  … Une ardoise, il ne faut pas l’oublier, que Manuel Valls devra toutefois assumer à sa place s’il se déclare, comme il a prévu de le faire, candidat à la succession de François Hollande. ».(3)

La politique étrangère de la France sous le règne de la Gauche

Dans quel état laissera-t-il la France ? après   s’être occupé a faire des guerres   sans lendemain et des ingérences   au nom  des prétendues luttes contre le terrorisme réussissant même à mobiliser la droite toujours forte avec les faibles son quinquennat se termine dans le chaos Epaulé par Laurent Fabius qui le moins qu’on puisse dire n’est pas un ami des Arabes.

René Naba  en parle : « L’esbroufe aura été son mode opératoire. De même que le mépris et la morgue, ses deux plus implacables ennemis. En trois ans de parade au Quai d’Orsay, Laurent Fabius aura poussé les travers français à leurs expressions les plus extrêmes. Donné toute la mesure de ses faux talents, un mélange de malveillance, de bonne conscience, d’outrecuidance, de morgue et de mauvaise foi   (…) » (4) 

Les rodomontades  pour punir la Syrie

Toujours fidèle au discours des races supérieures qui sont là pour dicter la norme et pour punir Hollande piaffait d’impatience pour aller en découdre en Syrie . Lâché par Obama et David  Cameron  Hollande mangea son chapeau en faisant marche arrière  en éteignant les réacteurs de ses avions qui étaient prêts à aller semer la mort et la désolation en Syrie comme l’avait fait son prédécesseur en Syrie. Pas folle la guêpe, Hollande refreina son désir d’en découdre- mais sous la protection de l’Empire,  d’autant que Assad l’attendait de pied ferme .:

« Caramélisé écrit Naba,  sur le plan international par la défection de ses deux alliés atlantistes, les États-Unis et le Royaume Uni,  en contre pied de l‘aîné corrézien passé à la postérité pour sa gestuelle gaulliste de Chirac d’Irak,  , le cadet socialiste de Tulle, à dix ans de distance, s’est laissé happé par la tourmente d’un «anus horribilis», Scipion l’Africain du Mali, en janvier 2013, Général Flamby en Syrie, à l’automne de la même année, une performance qui sonnait prématurément son crépuscule diplomatique.  (…)  En fait Laurent Fabius avait été déjà carbonisé en direct par ses amis américains incommodés par son rôle de «bad cop» tant dans les négociations sur le nucléaire iranien que sur un éventuel règlement politique en Syrie. (…) Bachar Al-Assad «ne mérite pas d’être sur terre». (…) Le plus capé des socialistes, réputé pour ces somnolences dans les forums internationaux, passera ainsi dans l’histoire comme «le petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations sur le nucléaire iranien». (4)

L’amour et l’allégeance pour Israël

On se souvient que Le gouvernement Ayrault avait satisfait les Français d’Israël  De plus Le  tropisme socialiste à l’égard d’Israël est connu : La France   écrit Eyal Sivan  de Rue 89 est gagnée par le sionisme,    Quelque soit en effet,  les gouvernants en France, ils ont une peur panique de déplaire à Israël au point d’en rajouter pour être dans les  bons papiers des leaders israéliens à qui rien ne peut être refusé. En Juin 2012 Hollande donne sa bénédiction à  Netanyahou dans l’assassinat des ghazouis :

«  Israël qui détient la bombe atomique a le droit de se défendre contre les tire boulettes » Parlant de François Hollande  René Naba ajoute  (…)   Accueilli en grande pompe par Benyamin Netanyahou, dès son atterrissage à Tel-Aviv, François Hollande entendait visiblement faire honneur au «tapis rouge»   Au point de le clamer, en hébreu dans le texte: «Je resterai toujours un ami d’Israël» Une déclaration qu’aucun des présidents français n‘avait osé faire auparavant, pas même Nicolas Sarkozy, qui passait jusqu’à présent comme le plus philo-sioniste   (…)   «Parmi les grands perdants de la mondialisation, parmi les grands perdants de l’Européanisation», selon l’expression de Marcel Gauchet   la France de François Hollande figure aussi parmi les grands perdants en Syrie et, indice patent de la déflagration mentale des socialistes français, les meilleurs alliés des Saoudiens et néoconservateurs américains, des néo conservateurs israéliens ». (4)

Pour René Naba  : (…) la relève est désormais pleinement assurée par Manuel Valls, un sarkozyste de gauche, (…) Manuel Valls, lié de son propre aveu, «de manière éternelle à la communauté juive et à Israël», stigmatise le boycott d’Israël, mais non la phagocytose de la Palestine ou sa rétention des recettes d’exportation des produits de Cisjordanie .  (…) L’homme qui avait mené deux batailles au Mali et en Syrie, a renoncé à livrer bataille sur le plan intérieur pour défendre son bilan. Pour un foudre de guerre sur la scène internationale, qui avait eu le plus grand mal à se retenir de bombarder la Syrie en 2013, ce renoncement a retenti comme une capitulation en rase campagne. Une implosion en plein vol.«L’Homme d’état de l’année 2016» aura eu un triomphe météorique,   Engagé sur deux théâtres d’opérations extérieurs (Syrie-Mali) et sur le front intérieur du chômage, ce vaudeville consternant a plombé durablement sa mandature présidentielle et sinistré le parti socialiste, faisant du socialo-motoriste, le plus impopulaire président de la Ve République.. Sur fond d’un paysage dévasté par une considérable destruction de l’emploi industriel, de l’ordre de 1,4 millions d’emplois en 25 ans, – 407 usines fermés en deux ans, 190 usines en 2015 et 217 en 2014, l’armée française est  désormais équipée d’armes allemandes et de rangers allemands (…)  Plutôt que d’initier une politique de la demande et de la relance de la consommation par l’augmentation du pouvoir d’achat, l’ennemi de la haute finance s’est révélé un zélé passeur de plats du grand patronat. En 2015 et 2016, les entreprises françaises ont été les plus gros payeurs de dividendes d’Europe sur fond de casse sociale. » (4)

A n’en point douter la politique extérieure de la France sera plus que jamais imprévisible . Les terroristes d’Alep rendent les armes  et Le porte-avions français, Charles de Gaulle, rentre au bercail     Entre  Hollande qui a perdu  le feu sacré, et un Vals qui se pose en sauveur. Les terroristes se rendent Assad est toujours en poste 200.000 morts plus tard des millions de réfugiés 35 milliards de dollars de dégât voilà le solde de tout compte de trois dirigeants occidentaux qui ont les mains pleines de sang. L’histoire jugera

La trahison des valeurs de la Gauche

Pour expliquer la  débâcle de la Gauche René Naba procède à  l’archéologie de la trahison de la Gauche  sa certitude de dicter la norme et de punir les récalcitrants :

« De François Mitterrand à Lionel Jospin, à Harlem Désir et Jean Christophe Cambadélis, en passant par le socialo motoriste Hollande, le charisme du leadership socialiste s’est considérablement dégradé. Le PS souffre d’absence de clarté dans son positionnement. D’une locomotive.  (…) Dans sa démarche vis-à-vis de la Syrie,  François Hollande, nous a chuchoté le quotidien Le Monde (…)   est hanté par le précédent de la Tchécoslovaquie et le sort des Sudètes (1938) qu’Hitler absorba sans crier gare   (…) Le premier drame du XXIe siècle est non la Syrie, comme le soutient François Hollande, mais l’Irak tant par son antériorité que par son ampleur. L’Irak où s’est refusé à s’enliser Jacques Chirac et non la Syrie ou se sont laissés embourbés Nicolas Sarkozy et François Hollande, deux philo-sionistes atlantistes patentés.  (…) Quatre millions d‘exilés, sans la moindre assistance humanitaire. De l’Uranium appauvri, arme de destruction massive prohibée par le droit international, abondamment utilisé contre biens et personnes par «le plus vieil allié de la France» et son nouveau partenaire dans l’équipée syrienne.   (…) De l’expédition de Suez contre Nasser, en 1956, ordonnée par Guy Mollet, aux ratonnades d’Alger par Robert Lacoste (1955-1958), au caillassage de Lionel Jospin à Bir Zeit pour avoir traité de «terroriste» le Hezbollah libanais, l’unique formation politico-militaire du monde arabe à avoir infligé un double revers militaire à Israël (2000-2006) ». (4)

Le gouvernement de Hollande encense des criminels et rejette Chomsky

On apprend que la France ( l’Assemblée Nationale a annulé la cérémonie de remise  à Noam Chomsky   une distinction scientifique  , à Paris.

« Est-ce parce que la prestigieuse institution craignait de recevoir un hôte qui a l’habitude d’être très critique avec le monde politique ?». (5)

Pour comprendre la grande dérive du Parti Socialiste illustrons cela par quelques évènements qui montre la compromission inexorable de la France de Hollande qui fait mieux que Sarkozy dans son tropisme atlantiste et sioniste  Sur le site Antineocons nous lisons :

« (…)  Lors d’un dîner officiel à Jérusalem, François Hollande accompagné du chef d’Etat Israélien Benyamin Netanyahou a entonné un « chant d’amour pour Israël ». Pourtant Benjamin Netanyahou est un criminel de guerre. En 2014, le bilan de l’opération militaire israélienne « Bordure Protectrice » (Protective Edge) à Gaza a dépassé celui de l’opération « Plomb durci » (Cast Lead) en 2009. Plus de 1500 Palestiniens ont trouvé la mort. Parmi les victimes figurent 550 enfants. Selon Amnesty International, en 2015/2016, en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, les forces israéliennes ont tué  des civils palestiniens hors de toute légalité,  La torture et autres mauvais traitements sont restés courants et ont été commis en toute impunité ». (5)

« (…) François Hollande a remis, le vendredi 4 mars 2016, la Légion d’honneur au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Nayef, qui est également ministre de l’intérieur. Dès lors, un prince saoudien est décoré de la plus haute distinction honorifique française alors même que la plupart des spécialistes s’accordent à dire que l’Arabie Saoudite est le premier sponsor du salafisme wahhabite à l’origine de l’endoctrinement des jihadistes qui terrorisent la Libye, la Syrie, l’Irak et maintenant l’Europe. Pour rappel : l’Arabie saoudite est un pays pratiquant la peine de mort  (…) »  (5)

« En septembre 2016, François Hollande s’est dit « très honoré » de recevoir un prix des mains d’Henry Kissinger. Par ailleurs, François Hollande déclara « Docteur Kissinger, adolescent je suivais vos initiatives pour la paix au Viêt Nam ». Il est absolument sidérant que le président d’un gouvernement dit « socialiste » accepte de recevoir un prix d’un criminel de guerre avéré, et qu’ensuite il puisse tenir de tels propos. Rappelons qu’en pleine guerre du Viêt Nam, Henry Kissinger fut secrétaire d’État (ministre des affaires étrangères) du gouvernement républicain de Richard Nixon. Selon le CACCF américain (Combined Action Combat Casualty Filel) l’intervention américaine en Asie du Sud-Est a causé des millions de morts. (…) Par ailleurs, le coup d’état le 11 septembre 1973 qui renversa le président socialiste démocratiquement élu Salvador Allende fut fomenté par la CIA, Kissinger et Nixon.

On peut donc conclure que la France « OTANisée » de François Hollande est plus encline à honorer des criminels internationaux qu’un intellectuel socialiste libertaire comme Noam Chomsky. (…) » (5)

«  Souvenez-vous du slogan conclut l’auteur de l’article :  « Le changement, c’est maintenant ! » proféré pendant la campagne électorale de François Hollande en 2012. Cinq ans plus tard, nous pouvons constater qu’en plus d’avoir parachevé le triste bilan de Nicolas Sarkozy en matière de politique étrangère, François Hollande à totalement droitisé le Parti socialiste sur le plan économique et social » (5) 

Candidature de Manuel Vals : Le candidat du sionisme

Manuel  Vals est depuis longtemps dans les starting block  et attend son heure , d’autant que dit-on il a poussé Hollande vers la sortie, même s’il lui jure fidélité un peu comme Brutus vis-à-vis de César. Comme l’écrit Alain Soral cité plus haut Valls a été choisi par le CRIF, qui est effectivement la convergence de tout ça.   C’est donc la haute finance internationale qui décide et les médias, ce qui veut dire la même chose. Les partis, ça n’existe plus. Ils le savent eux-mêmes car ils sont vidés de leur base militante. Le PS perd 30% de ses adhérents tous les deux ans et c’est pareil pour l’UMP. Il y a une énorme hémorragie. Ce n’est donc pas là que ça se joue.

« Selon toute vraisemblance le terrain est préparé pour que Vals sorte vainqueur de  la primaire de la gauche c’est pour cela que premier secrétaire du parti socialiste fait le forcing pour demander aux socialistes de toute obédience d’accepter la primaires  Il se murmure maintenant que Manuel Valls va déclarer sa candidature à la primaire du parti socialiste. Pourtant les bilans de Manuel Valls et de François Hollande sont bien difficilement dissociables et une primaire qui opposerait Arnaud Montebourg et Manuel Valls serait sans aucun doute tout aussi fratricide pour le parti socialiste ».  (2)

La décision historique du chef de l’Etat de ne pas se présenter à l’élection présidentielle ouvre une période d’incertitude à gauche. C’est la saison des testaments politiques.  Cette décision est tout à la fois l’aveu d’un terrible échec, car après cinq années au pouvoir, François Hollande est dans l’incapacité de se représenter, faute de popularité auprès des Français, de soutiens dans sa majorité et de crédibilité dans sa pratique du pouvoir. Un saut dans l’inconnu enfin, car s’ouvre à gauche une grande période d’incertitude, durant laquelle le premier ministre, Manuel Valls, est pressenti pour prendre la relève, sans que cela s’impose comme une évidence. Tous les regards se tournent logiquement vers le premier ministre.

Depuis la sortie du livre « Un président ne devrait pas dire ça… »  Lhomme, il est persuadé qu’il fera un meilleur candidat face à la droite et à l’extrême droite que son aîné. (…) Après avoir écarté le voisin du dessus, Manuel Valls va donc devoir se méfier des ambitions qui se manifestent dans les étages inférieurs. Car certains à gauche verraient bien la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, reprendre le flambeau de 2007.   La ligne de départ est pourtant déjà bien garnie   (…) Pour Manuel Valls, le coup de pouce – ou de boutoir – pourrait bien venir… de l’Elysée.   Pour Manuel Valls, c’est à double tranchant. La bénédiction présidentielle lui donnerait une légitimité. Mais elle rappellerait également son immense responsabilité dans le bilan de ce quinquennat » (6)

La France aura un deuxième émigré cette fois çi de la première génération comme président  A moins que l’extrémiste de droite présentable qu’est Fillon raflera la mise. Il y aura alors un bras de fer entre le courant sioniste et les relais du CRIF qui misent sur Vals et l’Eglise et ses croisés qui préfèrent  Fillon. Hollande a été élu sur un malentendu celui du rejet de Sarkosy. Son anaphore  de 2012 en  une tirade d’une quinzaine  de résolution : Moi président , mon pire ennemi est la Finance,.. qui avait fait rêvé les naïfs électeurs s’est transformé en une sortie théâtrale d’une contre anaphore du reniement : « Moi  président, j’ai fait une politique de droite extrême, moi président j’ai attisé les tensions entre  français, moi président j’ai renié les valeurs de la Gauche.. moi président j’ai préféré  donner raison à Netanyahu qu’aux  enfants palestiniens de Gaza.. Moi président j’ai fermé la porte au petit Aylan qui en est mort en échouant au pied de l’Europe

«Je veux,  disiez vous, que notre victoire soit belle, soit grande, qu’elle soit sans rancune et sans rancoeur, sans revanche. Une victoire qui nous élève, nous redresse, nous renforce, une victoire de la confiance, du bonheur, de la fierté. Je veux une victoire qui permette de réunir, de réconcilier, de rassembler. Je veux que dans 3 jours, quand vous vous rassemblerez ici, je l’espère, parce que vous aurez appris le nom du prochain président de la République, que vous vous disiez «Nous avons gagné pour le progrès, la justice, la jeunesse, la dignité, mais mieux que cela, pour la République, pour la France, pour la belle idée que nous nous faisons de l’humanité,  car (…) c’est nous qui portons l’espérance.»

Où sont vos belles envolées monsieur Hollande ? Où  est cette espérance que vous avez martelée ? Votre sortie théâtrale pathétique  avec l’anaphore trahie, est le seul viatique qui restera de votre passage à la magistrature suprême.

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/2016/12/hollande-fillon-trump-brexit-l-annee-des-seismes-politiques.html?

2.http://www.egaliteetreconciliation.fr/Juillet-2015-Alain-Soral-annonce-la-non-candidature-de-Hollande-et-la-deroute-de-Sarkozy-42880.html

3.http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/2016/12/02/29001-20161202ARTFIG00092-pourquoi-le-bilan-catastrophique-de-hollande-sur-le-chomage-l-a-oblige-a-ne-pas-se-representer.php

4.René Naba http://www.mondialisation.ca/francois-hollande-la-capitulation-en-rase-campagne-du-foudre-de-guerre-de-syrie/5559997

5.https://anticons.wordpress.com/2016/12/04/le-gouvernement-de-hollande-encense-des-criminels-et-rejette-chomsky/

6.http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/12/02/la-defection-de-francois-hollande-va-t-elle-profiter-a-manuel valls_5041910_4854003.html#aEbyAk7XAJFHT2Al.99

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/255514-anaphore-en-2012-sortie-theatrale-en-2016.html

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No alla «riforma» bellicista

décembre 6th, 2016 by Manlio Dinucci

La maggioranza degli italiani, sfidando i poteri forti schierati con Renzi, ha sventato il suo piano di riforma anticostituzionale. Ma perché ciò possa aprire una nuova via al paese, occorre un altro fondamentale No: quello alla «riforma»  bellicista che ha scardinato l’Articolo 11, uno dei pilastri basilari della nostra Costituzione. Le scelte economiche e politiche interne, tipo quelle del governo Renzi bocciate dalla maggioraza degli italiani, sono infatti indissolubilmente legate a quelle di politica estera e militare. Le une sono funzionali alle altre. Quando giustamente ci si propone di aumentare la spesa sociale, non si può ignorare che l’Italia brucia nella spesa militare 55 milioni di euro al giorno (cifra fornita dalla Nato, in realtà più alta). Quando giustamente si chiede che i cittadini abbiano voce nella politica interna, non si può ignorare che essi non hanno alcuna voce nella politica estera, che continua ad essere orientata verso la guerra.

Mentre era in corso la campagna referendaria, è passato sotto quasi totale silenzio l’annuncio fatto agli inizi di novembre dall’ammiraglio Backer della U.S. Navy: «La stazione terrestre del Muos a Niscemi, che copre gran parte dell’Europa e dell’Africa, è operativa».

Realizzata dalla General Dymanics – gigante Usa dell’industria bellica, con fatturato annuo di 30 miliardi di dollari – quella di Niscemi è una delle quattro stazioni terrestri Muos (le altre sono in Virginia, nelle Hawaii e in Australia). Tramite i satelliti della Lockheed Martin – altro gigante Usa dell’industria bellica con 45 miliardi di fatturato – il Muos collega alla rete di comando del Pentagono sottomarini e navi da guerra, cacciabombardieri e droni, veicoli militari e reparti terrestri in movimento, in qualsiasi parte del mondo si trovino. L’entrata in operatività della stazione Muos di Niscemi potenzia la funzione dell’Italia quale trampolino di lancio delle operazioni militari Usa/Nato verso Sud e verso Est, nel momento in cui gli Usa si preparano a installare sul nostro territorio le nuove bombe nucleari B61-12. Passato sotto quasi totale silenzio, durante la campagna referendaria, anche il «piano per la difesa europea» presentato da Federica Mogherini: esso prevede l’impiego di gruppi di battaglia, dispiegabili entro dieci giorni fino a 6 mila km dall’Europa. Il maggiore, di cui l’Italia è «nazione guida», ha effettuato, nella seconda metà di novembre, l’esercitazione «European Wind 2016» in provincia di Udine. Vi hanno partecipato 1500 soldati di Italia, Austria, Croazia, Slovenia e Ungheria, con un centinaio di mezzi blindati e molti elicotteri.

Il gruppo di battaglia a guida italiana, di cui è stata certificata la piena capacità operativa, è pronto ad essere dispiegato già da gennaio in «aree di crisi» soprattutto nell’Europa orientale. A scanso di equivoci con Washington, la Mogherini ha precisato che ciò «non significa creare un esercito europeo, ma avere più cooperazione per una difesa più efficace in piena complementarietà con la Nato», in altre parole che la Ue vuole accrescere la sua forza militare restando sotto comando Usa nella Nato (di cui sono membri 22 dei 28 paesi dell’Unione).

Intanto, il segretario generale della Nato Stoltenberg  ringrazia il neo-eletto presidente Trump per «aver sollevato la questione della spesa per la difesa», precisando che «nonostante i progressi compiuti nella ripartizione del carico, c’è ancora molto da fare». In altre parole, i paesi europei della Nato dovranno addossarsi una spesa militare molto maggiore. I 55 milioni di euro, che paghiamo ogni giorno per il militare, presto aumenteranno. Ma su questo non c’è referendum.

Manlio Dinucci

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Dans une interview accordée à la chaîne RT, l’ancien député ukrainien Alexandre Onichtchenko se prononce sur les énormes schémas de corruption mis en place par le président ukrainien Piotr Porochenko pour asseoir son pouvoir et faire une belle figure devant les investisseurs occidentaux.

Alexandre Onichtchenko, ancien député ukrainien en fuite :

Accusé de dilapidations de biens publics et de haute trahison dans son pays natal, l’ancien député ukrainien Alexandr Onichtchenko réfugié à Londres compte désormais sur l’aide des autorités américaines pour traduire en justice le président ukrainien Piotr Porochenko. En cause: les énormes schémas de corruption que le chef d’État ukrainien aurait échafaudés afin de faire fléchir les parlementaires en sa faveur et promouvoir ainsi ses intérêts politiques. À en croire le député en fuite, Piotr Porochenko n’hésiterait pas à recourir à des pots-de-vin pour renforcer ses positions au sein du gouvernement: « Il réglait avec de l’argent toutes les questions importantes mises au vote, telles que la nomination du procureur général, les remaniements aux postes clés des services de renseignement et la nomination des juges. Je faisais alors partie de son équipe et la plupart de ces questions-là, il les réglait avec mon concours. En fin de compte, quand j’ai décidé d’en finir avec cette activité, il a lancé des poursuites judiciaires à mon encontre. »

© AFP 2016 VASILY MAXIMOV

Déçu par la corruption, Mikhaïl Saakachvili jette l’éponge

Pour faire fléchir les députés trop réticents, poursuit M. Onichtchenko, le président ukrainien fait appel au procureur général qui est capable fabriquer au besoin un dossier compromettant contre les personnes concernées. En outre, « le procureur général, épaulé par le président, lance des poursuites contre des entreprises pour leur extorquer de l’argent. La banque nationale a fait fermer au cours des dernières années au moins une centaine de banques commerciales. Ils tuent le business par peur que quelqu’un d’autre puisse faire de l’argent et financer l’opposition interne lors des prochaines élections », a précisé l’ancien député. Concernant les tranches d’aide financière accordées à l’Ukraine par le Fonds monétaire internationale (FMI), M. Onichtchenko affirme que le Chef d’État ukrainien s’en serait principalement servi pour mener la guerre à l’est de l’Ukraine: « La plupart de l’argent est allé à la guerre, une guerre que Piotr Porochenko a tout intérêt à poursuivre. Tous les contrats relatifs à la guerre sont remplis par des entreprises proches du président. Pour eux (le président et son-entourage, ndlr), ce n’est qu’un business. » Rappelons au passage que l’ancien député a déjà saisi le Département de la Justice des États-Unis dans l’espoir de traduire en justice le président ukrainien.

© SPUTNIK.

Travaux de construction US à Kiev: corruption ou espionnage?

« Le président Porochenko et son entourage ne s’y attendaient pas. Ils croyaient sans doute que je me rendrais en Russie et n’attendaient que le moment opportun pour me déclarer « ennemi public numéro un ». Ils ne s’attendaient pas à ce que je me rende en Europe. Or, les autorités américaines ont établi un contact avec moi quand je suis arrivé à Londres et je leur ai transmis des informations concernant la corruption aux hauts échelons du pouvoir ukrainien. Maintenant, c’est à leur de décider de son sort (Piotr Porochenko, ndlr) », a-t-il souligné. A la lumière de ces « révélations », l’ancien député espère que l’Europe cessera d’apporter son soutien financier à l’Ukraine, ce dernier ne servant selon lui qu’à aggraver la corruption sévissant dans le pays. Suivez Sputnik sur Telegram pour ne jamais manquer les actualités les plus importantes grâce à nos sélections du matin et du soir. Pour recevoir les actualités de notre chaîne, il suffit de télécharger l’application Telegram sur n’importe quel smartphone, tablette ou ordinateur puis cliquer sur le lien et appuyer sur « Join »

 

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La majorité des Italiens, défiant les pouvoirs forts rangés au côté de Renzi, a déjoué son plan de réforme anticonstitutionnelle. Mais pour que cela puisse ouvrir une voie nouvelle au pays, il faut un autre Non fondamental : celui contre la « réforme » belliciste qui a démoli l’Article 11, un des piliers fondamentaux de notre Constitution. Les choix économiques et politiques intérieurs, comme ceux du gouvernement Renzi rejetés par la majorité des Italiens, sont en fait indissolublement liés à ceux de la politique extérieure et militaire. Les uns sont fonctionnels aux autres. Quand à juste titre on nous propose d’augmenter la dépense sociale, on ne peut pas ignorer que l’Italie brûle dans la dépense militaire 55 millions d’euros par jour (chiffre fourni par l’Otan, en réalité plus élevé). Quand à juste titre on demande que les citoyens aient leur mot à dire dans la politique intérieure, on ne peut pas ignorer qu’ils n’ont aucun mot à dire en politique extérieure, qui continue à être orientée vers la guerre.

Pendant que la campagne référendaire suivait son cours, est passée sous silence quasi total l’annonce faite au début de novembre par l’amiral Backer de la U.S. Navy : « La station terrestre du Muos à Niscemi, qui couvre une grande partie de l’Europe et de l’Afrique, est opérationnelle ».

Réalisée par General Dynamics -géant étasunien de l’industrie guerrière, avec un chiffre d’affaires annuel de 30 milliards de dollars- la station de Niscemi (Sicile) est une des quatre stations terrestres Muos (les autres sont en Virginie, aux Iles Hawaï et en Australie). Par l’intermédiaire des satellites de Lockheed Martin -autre géant étasunien de l’industrie guerrière avec 45 milliards de chiffre d’affaires- le Muos relie au réseau de commandement du Pentagone des sous-marins et navires de guerre, chasseurs-bombardiers et drones, véhicules militaires et détachements terrestres en mouvement, dans n’importe quelle partie du monde où ils se trouvent.

L’entrée en opérationnalité de la station Muos de Niscemi potentialise la fonction de l’Italie comme tremplin de lancement des opérations militaires USA/Otan vers le Sud et vers l’Est, au moment où les USA se préparent à installer sur notre territoire les nouvelles bombes nucléaires B61-12. Passé sous silence quasi total aussi, pendant la campagne référendaire, le « plan pour la défense européenne » présenté par Federica Mogherini : il prévoit l’emploi de groupes de bataille, capables d’être déployés en dix jours jusqu’à 6 mille kilomètres de l’Europe. Le plus grand de ces groupes, dont l’Italie est « nation guide », a effectué, dans la seconde moitié du mois de novembre, l’exercice « European Wind 2016 » dans la province de Udine (Frioul). Y ont participé 1500 soldats d’Italie, Autriche, Croatie, Slovénie et Hongrie. Le groupe de bataille sous guide italienne, dont a été certifiée la pleine capacité opérationnelle, est prêt à être déployé dès janvier dans des « aires de crise » surtout en Europe orientale. Pour éviter toute équivoque avec Washington, Mogherini a précisé que cela « ne signifie pas créer une armée européenne mais avoir plus de coopération pour une défense plus efficace en pleine complémentarité avec l’Otan » : en d’autres termes que l’Ue veut accroître sa force militaire en restant sous commandement USA dans l’Otan (dont sont membres 22 des 28 pays de l’Union).

Pendant ce temps, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg remercie le président néo-élu Trump pour « avoir soulevé la question de la dépense pour la défense », en précisant que « malgré les progrès accomplis dans la répartition de la charge, il y a encore beaucoup à faire ».

En d’autres termes, les pays européens de l’Otan devront endosser une dépense militaire beaucoup plus grande. Les 55 millions d’euros, que nous payons chaque jour pour le militaire, augmenteront bientôt. Mais là-dessus il n’y a pas de référendum.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 6 décembre de il manifesto

Rubrique publiée sous le titre : « Le référendum que personne ne fait jamais ». Le titre original est conservé pour la version française, à la demande de l’auteur.

Renzi

No alla «riforma» bellicista

 

source originale : http://ilmanifesto.info/il-referendum-che-nessuno-fa-mai/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Note pour la version française :

Pour la France, dépense militaire estimée à un peu plus de 109 millions d’euros par jour en 2016.

ART. 11 :L’Italie répudie la guerre en tant qu’instrument d’atteinte à la liberté des autres peuples et comme mode de solution des conflits inter- nationaux; elle consent, dans des conditions de réciprocité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires à un ordre qui assure la paix et la justice entre les Nations; elle aide et favorise les organisations internationales poursuivant ce but ». 

Photo : le chef du gouvernement italien Matteo Renzi (qui vient d’annoncer sa démission suite à l’échec de sa réforme, un « Non » au référendum)

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La Corne de l’Afrique occupe la deuxième position géostratégique la plus globale sur le continent derrière l’Afrique du Nord, à cheval sur la mer Rouge, commercialement vitale, et fournissant un accès international à l’économie de l’Éthiopie qui connaît la croissance la plus rapide au monde. En ce sens, les États côtiers acquièrent une double importance maritime et continentale à travers laquelle leurs territoires peuvent être utilisés simultanément pour exercer une influence le long des voies navigables et à l’intérieur de cette zone régionale. En outre, en ce qui concerne la mer Rouge, cette mer occupe un rôle crucial dans la grande stratégie de la Chine, car elle constitue la voie géographique la plus facile pour le transit des marchandises entre les pays d’Asie de l’Est et l’UE.

Ce transit devrait grandir avec l’achèvement de la Route de la soie des Balkans dans quelques années. En raison de l’importance qu’elle accorde à la stratégie One Belt One Road et au besoin qu’elle a de maintenir et de renforcer ses marchés outre-mer – en particulier celui grand et toujours prometteur de l’UE – afin de soutenir sa stabilité intérieure et sa croissance à long terme, la Chine a logiquement intérêt à préserver la stabilité dans la Corne de l’Afrique afin de garantir sa ligne de communication maritime (SLOC) vers l’Europe. Pour des raisons analogues, elle veut aussi exploiter l’économie alliée éthiopienne et l’aider à maximiser son potentiel afin d’y acquérir une présence stratégique qui lui permettra d’ancrer sa présence dans un hinterland riche en ressources à l’intérieur du continent.

Il ne faut donc pas s’étonner que la Corne de l’Afrique soit au centre de l’attention militaire internationale, comme en témoigne l’article précédent de cette recherche qui a décrit la vaste gamme de bases militaires étrangères non africaines à Djibouti, la récente présence du CCG en Érythrée et les plans turcs et émirati pour la construction d’une base en Somalie. Tout naturellement et conformément à ses intérêts évidents, la Chine ouvre sa première base militaire d’outre-mer à Djibouti afin de profiter du double rôle du pays dans l’exercice de l’influence maritime et continentale. Il est facile de voir comment et pourquoi le petit État côtier peut être utilisé par Pékin pour montrer ses muscles maritimes, mais il est moins évident de comprendre comment il envisage de le faire en direction du continent. Il est donc important de rappeler le chemin de fer Éthiopie-Djibouti que la Chine construit entre la ville côtière et la capitale intérieure, étant donné que ce projet d’infrastructure à grande échelle servira de cordon ombilical entre les économies chinoise et éthiopienne pour permettre à cette dernière d’accéder de manière fiable au marché mondial en général. Par ailleurs, la vision conjoncturelle que la Chine poursuit est complétée par le projet LAPSSET originaire du Kenya, au financement duquel la Chine contribue également, qui prévoit finalement de relier Addis-Abeba au port de Lamu par le rail. Il suffit de le dire. L’achèvement des chemins de fer transnationaux et l’installation militaire basée à Djibouti incitera la Chine à devenir le pays le plus influent de la région de la Corne de l’Afrique, même si cette réalité apparemment inévitable sera contestée par les États-unis qui utiliseront des méthodes de guerre hybride.

Cette partie de l’article s’efforce donc d’expliquer toutes les façons dont les États-Unis pourraient appliquer cette stratégie de guerre hybride afin de contrecarrer de manière concevable les grands desseins de la Chine dans la région de la Corne de l’Afrique. Je commence par offrir un aperçu général des relations régionales, qui définit le contexte, puis je vous présente une analyse plus approfondie. Après avoir établi l’état des choses et fourni une solide compréhension des interactions entre les pays examinés et les autres, la deuxième partie du travail se penche ensuite sur un résumé des situations stratégiques de ces États, en se concentrant principalement sur leurs déterminants les plus influents. Enfin, la dernière partie de l’étude régionale examine les scénarios de guerre hybride les plus réalistes que les États-Unis pourraient provoquer contre les intérêts de la Chine dans la Corne de l’Afrique.

Relations épineuses dans la corne

Les quatre États qui occupent la région de la Corne de l’Afrique – l’Érythrée, l’Éthiopie, Djibouti et la Somalie – n’ont pas tous des relations parfaites les uns avec les autres, les problèmes les plus évidents étant entre l’Érythrée et la Somalie d’un côté et l’Éthiopie de l’autre.

Éthiopie-Érythrée

horn-e

Pour expliquer la raison derrière les relations insondables entre ces deux États, il est nécessaire de commencer par parler de la guerre sécessionniste sanglante de l’Érythrée contre l’Éthiopie qui n’a pris fin qu’en 1993. Les racines du conflit sont nombreuses, mais elles peuvent être résumées comme suit. Elles ont commencé pendant la période impériale quand le royaume d’Italie avait annexé l’Érythrée, la détachant du grand état-civilisation qu’était l’Abyssinie en 1890. Cela a donné du sens à sa séparation identitaire de l’Éthiopie et a planté les graines du conflit futur lorsque les deux entités ont été réunifiées après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’abolition unilatérale par Addis-Abeba, en 1962, de la Fédération de l’Éthiopie et de l’Érythrée, âgée de dix ans, a déclenché la guerre séparatiste qui a éclaté au cours des dernières décennies, et même après l’indépendance, les deux pays se sont opposés fortement laissant penser qu’une guerre pourrait éclater de nouveau dans le futur .

Cela s’est passé de 1998 à 2000 et, malgré la fin de ce qui a été décrit comme une impasse, cette guerre a tué plus de cent mille personnes et sapé le potentiel de développement économique de ces deux pays dramatiquement appauvris. Dans les années qui ont suivi, l’Éthiopie et l’Érythrée sont restées des ennemis féroces, les deux parties s’accusant régulièrement d’essayer de subvertir la stabilité et de soutenir diverses forces anti-gouvernementales. Comme dans les années qui ont suivi immédiatement l’indépendance, il existe toujours la possibilité très réelle aujourd’hui que les deux pays reprennent la guerre l’un contre l’autre à un moment donné, et cette atmosphère de tension militaire accrue est le facteur inter-État le plus déstabilisant dans la Corne de l’Afrique. En fait, on dira plus tard que cette situation est exploitée par les puissances hors-région au sein du CCG comme moyen d’acquérir un effet de levier sur l’Éthiopie et pousser l’Érythrée à instaurer un nouveau cycle de violence débilitante.

Éthiopie-Somalie

Bien qu’elles ne soient pas aussi mauvaises que ses liens avec l’Érythrée, les relations de l’Éthiopie avec la Somalie sont objectivement assez faibles. Certes, à la surface des choses, il y a une interaction positive et pragmatique entre les deux États au niveau gouvernemental, mais le principal problème entre eux a toujours été l’idée séduisante de «la Grande Somalie» qui a captivé certains Somaliens des deux côtés de la frontière et même conduit à la guerre de l’Ogaden en 1977-1978. Ce conflit est la dernière tentative conventionnelle de créer «lGrande Somalie». C’est aussi le seul moment où les Soviétiques et les Américains ont changé de camp lors d’une guerre par procuration. La question portait sur le statut des Somaliens dans une région peu peuplée de l’Est de Éthiopie, qui s’est maintenant révélée être riche en gisements de pétrole et de gaz naturel. Addis Abeba [capitale de l’Éthiopie, NdT] prétend que cela fait partie intégrante du territoire éthiopien peuplé d’indigènes dans un pays multi-ethnique. Tandis que Mogadiscio et les nationalistes somaliens affirment que c’est une région occupée dont le peuple doit être uni à son État-nation homonyme. Alors que la Somalie n’a pas de moyens réalistes de pouvoir jamais tenter une nouvelle fois de reprendre militairement l’Ogaden dans un avenir prévisible, l’appel du nationalisme somalien est dangereux pour l’Éthiopie et peut facilement être utilisé par les États-Unis et d’autres pour déstabiliser le second pays le plus peuplé d’Afrique.

L’intervention antiterroriste de l’Éthiopie en Somalie en 2006, qui visait à renverser l’Union extrémiste des tribunaux islamiques (ICU) qui avait pris le contrôle de la plus grande partie du pays, complique encore plus les choses. Couverte et aidée par les USA, l’Éthiopie a envahi son voisin et a réussi à expulser la milice de la capitale, mais son occupation subséquente du pays durant trois ans a suscité beaucoup d’hostilité contre elle et a entraîné une montée du nationalisme somalien. À son tour, Al Shabaab, un groupe terroriste lié à al-Qaida et à Daesh qui a vu le jour à partir de l’aile des jeunes de l’ICU, mélangeait un sentiment anti-éthiopien, un nationalisme somalien et un extrémisme islamique créant un cocktail mortel de haine qui a fait de ce groupe, l’un des plus redoutés de toute l’Afrique. L’incapacité du gouvernement somalien à lutter de manière appropriée contre Al Shabaab et la sympathie que les Somaliens – en particulier les jeunes – ressentent à l’égard du message dévoyé de l’organisation, en font une menace régionale majeure qui a le potentiel réel de provoquer activement le chaos à l’intérieur de la partie somalienne de l’Éthiopie – appelée auparavant Ogaden. En réponse, les autorités ont été contraintes de mettre en place des mesures de sécurité sévères en tant que précaution antiterroriste à toute tentative similaire de Daesh de créer un «État islamique» transnational territorialement administré dans la région, ce qui a eu pour effet involontaire d’accroître l‘ire de certains habitants somaliens en produisant, cycliquement, le type d’attitudes anti-gouvernementales qu’Addis-Abeba cherchait justement à éviter.

Éthiopie-Djibouti

Peut-être que la relation la plus fructueuse et la plus positive dans la région est celle entre l’Éthiopie et son voisin djiboutien du nord. Démographiquement et géographiquement incompatibles, les deux sont intrinsèquement liés l’un à l’autre en raison des circonstances régionales. L’Éthiopie a perdu tout son territoire côtier avec l’indépendance de l’Érythrée, devenant par là même un État enclavé. Les tensions entre elle et son ancienne province ont empêché toute possibilité de coopération économique pragmatique. De même, en raison de l’instabilité anarchique et de la menace terroriste en Somalie, l’Éthiopie n’a pas été en mesure d’utiliser son territoire pour s’assurer un accès fiable à la mer – bien qu’elle ait fait quelques pas positifs dans cette direction avec l’autonomie autoproclamée, et l’indépendance de facto, de l’État de Somaliland par le port de Berbera.

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Pour une grande part, le potentiel économique de l’Éthiopie est resté enfermé dans l’intérieur de la Corne de l’Afrique, incapable d’atteindre les marchés mondiaux, mais l’initiative visionnaire et proactive de la Chine pour construire le chemin de fer Éthiopie-Djibouti a changé tout cela. Le projet a essentiellement transformé Djibouti en goulot qui contrôle le flux de richesses économiques de la bouteille éthiopienne, ce qui en fait littéralement un goulot d’étranglement autorisant, ou pas, le développement du potentiel économique important de son voisin du sud.

Dans le même ordre d’idées, cependant, cette percée dans le développement d’infrastructure signifie que ce petit pays revêt une importance disproportionnée pour l’Éthiopie et peut être utilisé indirectement comme moyen de déstabiliser l’économie beaucoup plus vaste et en expansion de l’ancienne Abyssinie. Les troubles intérieurs tels que les troubles de révolution de couleur ou le possible séparatisme des Afars à Djibouti pourraient perturber l’accès au chemin de fer et couper indéfiniment l’Éthiopie et ses partenaires les uns des autres. Cela rendrait le pays totalement dépendant du couloir LAPSSET au sud qui traverse un territoire peuplé d’Oromos qui pourrait rapidement devenir une cible alléchante pour les bandes rebelles et terroristes affiliées à des groupes ethniques. Dans cette optique, il devient encore plus évident que la Chine a choisi Djibouti comme emplacement de sa première base militaire d’outre-mer, puisqu’il est beaucoup plus facile d’exercer une influence positive sur la petite Djibouti dans la sauvegarde de la viabilité de son investissement ferroviaire que de le faire au Kenya ou ailleurs. En plus, il y a bien sûr l’avantage maritime supplémentaire d’être situé sur la mer Rouge. Pour protéger son chemin de fer, la Chine pourrait, de façon prévisible, soit faire usage directement de son armée, comme elle l’a laissé entendre dans son tout premier livre blanc de 2015 sur la stratégie militaire afin de protéger ses intérêts à l’ étranger, soit laisser des entreprises de sécurité privées (PMC) le faire indirectement à sa place.

En définitive, la stabilité djiboutienne est absolument essentielle à la sécurité stratégique de l’Éthiopie, et c’est pour cette raison que les relations bilatérales sont extraordinairement proches et que cela restera valable dans un avenir prévisible. Djibouti bénéficie de cette relation en tirant profit de son statut d’État de transit pour faciliter l’accès à l’économie éthiopienne, et à partir de celle-ci, de sorte qu’il a également intérêt à protéger le chemin de fer. Par conséquent, on s’attend à ce qu’il utilise ses forces militaires pour protéger la ligne en cas de troubles intérieurs, appliquant probablement la formation acquise auprès de leurs homologues chinois à l’intérieur du pays et probablement même sous la supervision de conseillers chinois. En fonctionnant comme le lien essentiel de l’Éthiopie avec le monde extérieur, Djibouti pourrait également être ciblé par l’Érythrée ou par des groupes terroristes basés en Somalie comme un moyen de compenser indirectement l’hégémonie régionale – un facteur qui doit évidemment être pris en considération.

Érythrée-Djibouti

En référence à la précédente, l’Érythrée n’a pas de relation positive avec Djibouti et a effectivement mené une brève guerre frontalière avec son voisin en 2008. Conformément à l’accord de l’ONU, le Qatar a déployé ses troupes dans les deux pays pour agir comme médiateur du conflit et est resté dans la région depuis 2010, présentant un autre facteur d’instabilité vis-à-vis de l’Éthiopie qui sera discuté plus loin. Pour continuer avec l’état des relations bilatérales entre les deux pays côtiers, il est intéressant de mentionner également que l’Érythrée a effectivement eu des problèmes avec tous ses voisins, y compris le Soudan et le Yémen – ce dernier via le conflit des îles Hanish –, qui pris ensemble démontre le modèle spécifique du comportement érythréen. Par conséquent, le conflit de 2008 avec Djibouti ne doit pas être considéré isolément, mais plutôt comme la continuation d’une politique érythréenne de longue date qui recourt régulièrement à des moyens militants pour atteindre ses objectifs. Il ne faut pas oublier que le Qatar et l’Érythrée pourraient conspirer ensemble pour soutenir les attaques d’Al Shabaab à Djibouti afin d’infliger des dommages stratégiques à l’Éthiopie. En effet, non seulement l’État du Golfe est lié de façon convaincante à l’organisation terroriste, mais l’Érythrée est actuellement sous sanctions du Conseil de sécurité pour l’avoir prétendument aidée dans le passé – bien que les dernières découvertes indiquent que cette relation n’existe peut-être plus. Par conséquent, les relations de l’Érythrée avec Djibouti doivent absolument être vues à travers le prisme de sa guerre régionale par procuration avec l’Éthiopie, qui conceptualise l’État voisin entre eux comme un champ de bataille potentiellement asymétrique.

Djibouti-Somalie

De l’autre côté, les relations de Djibouti avec la Somalie sont chaleureuses et amicales, bien que Mogadiscio n’a pas un contrôle de facto sur la région limitrophe avec l’indépendance autonome et autoproclamée du Somaliland. Bien qu’il n’y a rien de substantiel à mentionner à cet égard, il est intéressant de relever la menace latente que pourrait représenter le nationalisme somalien militant non étatique pour Djibouti – y compris la version perverse adoptée par Al Shabaab. Le pays est principalement peuplé par le clan Issa, qui est considéré comme un sous-ensemble des Somaliens et les place ainsi dans le cadre de la «Grande Somalie». Bien que cet idéal ait pu avoir une certaine influence dans le passé durant la Guerre froide et dans les années qui ont précédé et immédiatement suivi l’indépendance de l’ancien Somaliland français, il n’a plus beaucoup d’attraits pour Djibouti après que la Somalie est devenue un État failli en 1991. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir des gens qui sont encore attirés par la version romancée de cette idéologie. Mais ce qui est le plus menaçant, ce n’est pas la possibilité que les Djiboutiens soutiennent passivement ou par sympathie les slogans de la «Grande Somalie», mais que Al Shabaab et d’autres groupes terroristes ciblent violemment les nationaux et les projets d’infrastructures du pays pour appuyer ostensiblement cette vision.

Le déploiement varié de tant de forces militaires internationales non africaines à Djibouti rend peu probable que les terroristes réussissent à infliger des dommages à long terme au pays ou au chemin de fer Éthiopie-Djibouti, mais leur idéologie extrémiste et leur volonté de mourir pour leur cause les rend très dangereux et conduit à l’impossibilité d’ignorer ce scénario. Cependant, la région relativement mieux contrôlée et plus étroitement administrée du Somaliland sert d’obstacle en bloquant les mouvements directs d’Al Shabaab vers Djibouti, bien qu’il soit bien sûr possible que l’organisation infiltre sa cible côtière par des moyens plus conventionnels, en s’introduisant dans ce port mondialement célèbre sous une couverture appropriée, au lieu de passer illégalement à travers la frontière internationale. En tout état de cause, le seul facteur pertinent des affaires djibouto-somaliennes qui soit applicable à notre recherche sur la guerre hybride est Al Shabaab et l’idéologie de la «Grande Somalie», qui ne sont pas promues au niveau de l’État mais qui peuvent entraîner de graves problèmes pour le pays ciblé. Pour cette raison, l’axe Djibouti-Somalie est le facteur le moins important dans l’arrangement politique régional de la Corne de l’Afrique, du moins au niveau officiel, bien qu’il puisse potentiellement devenir un problème majeur de déstabilisation à l’avenir chez certains acteurs non-étatiques.

Érythrée-Somalie

Tout comme ses vues sur Djibouti, l’Érythrée a également la même mentalité de champ de bataille vis-à-vis de la Somalie. Si les soupçons du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’appui de l’Érythrée à Al Shabaab sont dignes de confiance, alors il est clair qu’Asmara utilise tout simplement l’outil qu’il a sous la main pour déstabiliser Addis-Abeba. Que ce soit imprudent ou justifié en fonction de sa disposition politique, il est clair que la haine brûlante de l’Érythrée pour l’Éthiopie a étendu le conflit par procuration entre elles, de leur frontière commune jusqu’à la frontière somalienne, engloutissant ainsi la région dans la tourmente et transformant leur seule rivalité en facteur le plus important des déstabilisations géopolitiques de la Corne de l’Afrique. Il est probable que les dirigeants érythréens ne soient plus aussi proches d’Al Shabaab qu’on les soupçonnait de l’être auparavant, en partie en raison de l’augmentation de la stigmatisation et de la prise de conscience internationale de cette relation, mais cela n’empêche pas qu’Asmara ait joué un rôle clé dans le développement précoce du groupe et par conséquent rende ce pays responsable, dans une certaine mesure, de l’existence actuelle de l’organisation et de la montée de la violence.

En conséquence, la seule façon logique de voir les relations érythréo-somaliennes est à travers le prisme de la guerre érythréenne-éthiopienne par procuration, élargie dans la région, et de l’avantage relatif que chaque acteur tire de la stabilité ou de l’insécurité de la Somalie. Cela étant, on peut soutenir que l’Érythrée profite davantage de l’instabilité de la Somalie et de la prévalence d’acteurs non étatiques militants – y compris les terroristes affiliés à l’Islam et les «nationalistes de la Grande Somalie» – que si la normalité revenait dans ce pays. L’arrivée de la stabilité empêcherait le territoire somalien d’être de nouveau utilisé par l’Érythrée comme tremplin asymétrique contre l’Éthiopie, ce qui limiterait la flexibilité stratégique d’Asmara face à son rival le plus grand et le mieux équipé. Depuis que la Somalie s’est progressivement stabilisée au cours des deux dernières années, la stratégie de l’Érythrée pourrait passer de la collaboration avec des groupes terroristes à la mise en place de son nouveau partenariat militaire non officiel avec le CCG pour entrer en concurrence avec l’indépendance autonome et autoproclamée du Somaliland. La fusion stratégique des capacités de l’Érythrée et du CCG sur la frontière nord-est de l’Éthiopie pourrait entraîner une déstabilisation plus concertée dans le futur, qu’il s’agisse d’un terrorisme islamique, d’une «Grande Somalie» ou d’une forme mélangée de ceux-ci.

Andrew Korybko

Article original en anglais : Hybrid Wars 8. In The Horn Of Africa (IIA), Oriental Review, 25 novembre 2016.

Traduit par Hervé, vérifié par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

Andrew Korybko est un commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Spoutnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime(2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

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Prologue: Les enjeux stratégiques et médiatiques de l’ingérence humanitaire.

Douze ans après l’invasion américaine de l’Irak, Tony Blair, premier ministre britannique de l’époque, et qualifié en son temps de «caniche anglais de Bush Jr» a présenté ses excuses pour ses erreurs d’appréciation des conséquences de cette intervention anglo-américaine, notamment les faux renseignements justificatifs de cette guerre, l’éradication du parti Baas et de l’armée irakienne ainsi que sur sa responsabilité indirecte dans la création de Daech. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/10/25/tony-blair-presente-des-excuses-pour-l-invasion-de-l-irak_4796477_3218.htm

Signe des temps: L’ouvrage le plus recherché de la bibliothèque des Nations-Unies est une thèse sur «l’Immunité des Chefs d’état et des représentants de l’état face aux cimes de guerre» (Immunity of Heads of State and State Officials for International Crime), de Ramona Pedretti-Nijhoff – My Book Editions.

Toute la question est de savoir si l’ouvrage a été consulté par des responsables en vue d’organiser leur défense pour échapper à la justice, ou par des activistes désireux de poursuivre des criminels de guerre. La bibliothèque Dag Hammarskjöld, du nom de l’ancien secrétaire général de l’ONU dont l’avion a été abattu en 1961, alors qu’il effectuait une mission de conciliation au Congo, héberge la totalité de la production onusienne, qu’elle met à la disposition des délégations accréditées auprès de l’organisation internationale. En septembre 2015, le bâtiment l’abritant a été fermé au public pour une durée indéterminée en raison de sa trop grande exposition aux risques d’attentat. Quel drôle de hasard.

Retour sur ce sujet porteur de grandes controverses

Le dilemme humanitaire réside dans l’ambiguïté du terme et dans le fait que les grandes puissances sont souvent perçues pyromanes et non comme des pompiers, en fait des pompiers pyromanes; ce qui tend à accréditer l’idée que l’humanitaire sert d’alibi à des équipées impériales. A l’aune des Médias, le débat est biaisé par le monopole du récit médiatique et le rôle prescripteur de l’Occident exercé par cinq siècles d’hégémonie absolue sur la planète et par le fait que le droit international est un droit des rapports des forces sous habillage juridique.

La notion d’ingérence humanitaire a évolué en fonction de l’évolution de la notion de souveraineté et de l’évolution de la configuration stratégique internationale. Elle se nourrit de présupposés idéologiques empruntant à la notion du discours du dominant et la notion de lanceur d’alerte et masque des enjeux stratégiques et médiatiques.

1 ère idée force : Les grandes puissances, des «Pompiers pyromanes»

Le dilemme humanitaire réside dans l’ambiguïté du terme, dans le fait que les grandes puissances sont souvent perçues pyromanes et non comme des pompiers, en fait des pompiers pyromanes ; Ce qui tend à accréditer l’idée que l’humanitaire sert d’alibi à des équipées impériales. Au terme d’un demi-siècle d’intervention humanitaire, force est de constater que l’ingérence a toujours été une action dirigée depuis le nord vers les pays du sud, tant il paraît peu vraisemblable que les états puissants soient la cible d’une action d’ingérence.

Déjà lors de la conquête de l’Amérique, ce n’est pas au nom de la modernisation, mais au nom de la christianisation, que les conquérants européens s’exprimaient, mettant l’accent sur «les bienfaits apportés par les Espagnols aux contrées sauvages», notamment le fait que les Espagnols ont supprimé les pratiques barbares telles que les sacrifices humains, le cannibalisme, la polygamie, apportant , en contrepartie, le christianisme, le costume européen et les outils.

2me idée force : L’ingérence humanitaire un substitut à la défaillance interne

Par ailleurs l’ingérence humanitaire sur le plan international se substitue à la défaillance interne, dont elle constitue un cache misère (Resto du Cœur, compagnon d’Emmaüs, Armée du salut, «une Chorba pour tous» constituent, ce que le philosophe Jankélévitch, qualifie de «bonne conscience chronique de la mauvaise conscience». L’humanitaire permet aux dirigeants du monde d’assurer un gardiennage des populations, un conditionnement à l’aide des populations les plus démunies, et donne une bonne conscience à l’opinion publique des pays donateurs. L’humanitaire un excellent instrument d’ouverture du marché (Haïti scientologie) dans la mesure où les assistés sont contraints à acheter les produits manufacturés des pays donateurs.
3eme idée force : L’ingérence humanitaire débouche sur une impunité

L’ingérence humanitaire débouche ainsi sur une impunité humanitaire au prétexte que celui qui apporte l’aide ne peut faire que du bien, quand bien même l’objectif atteint est contraire à l’objectif initialement souhaité.

La notion d’ingérence humanitaire a évolué en fonction de l’évolution de la notion de souveraineté et de l’évolution de la configuration stratégique internationale.

Elle se nourrit de présupposés idéologiques empruntant à la notion du discours du dominant et la notion de lanceur d’alerte et masque des enjeux stratégiques et médiatiques.

A l’aune des Médias, le débat est biaisé par le monopole du récit médiatique et le rôle prescripteur de l’Occident exercé par cinq siècles d’hégémonie absolue sur la planète et par le fait que le droit international est un droit des rapports des forces sous habillage juridique

Cinquante ans se sont écoulés depuis la première mise en œuvre du principe de l’ingérence humanitaire (Biafra juillet 1967-janvier 1970). Le délai paraît largement suffisant pour dresser un premier bilan. De dégager les lignes des forces et des faiblesses de la notion d’ «l’ingérence humanitaire», particulièrement en 2015, alors que cinq grandes opérations militaires à prétention humanitaire-, la guerre de l’OTAN en la Libye, l’opération Serval au Mali et Sangaris en République Centre Afrique, ainsi que la guerre en Syrie et la guerre de la coalition internationale contre une excroissance pétromonarchique Daech, avec le soutien des pétromonarchies les plus répressives de la planète se sont déroulées simultanément sur fond d’une controverse entre partisans et adversaires de ces interventions quant à leur bien-fondé juridique et leur opportunité politique.

Avec leur argumentaire rituel à savoir si l’ingérence humanitaire est une immixtion de type coloniale ou para-coloniale ou une intervention forcée par l’urgence humanitaire de la situation.

Le Droit international, c’est un peu du droit et beaucoup d’international, ce qui signifie que le droit dans cette matière est tributaire de l’environnement international.

Contrairement au droit privé interne, où une querelle de voisinage se règle par une paire de gifle, alors qu’en droit international, les conflits risquent de se régler parfois par les bombes atomiques (crise des missiles soviétiques à Cuba). C’est dire si les enjeux sont sensiblement différents et leurs conséquences aussi.

A ce titre la notion d’ingérence humanitaire au sein d’un ETAT par définition souverain, constitue pour beaucoup de juriste une singularité. En quoi est-ce une singularité? Précisément parce que l’État est souverain.

Il détient, sur le plan interne, le monopole de la violence organisée, en même temps que des pouvoirs régaliens (monopole de battre la monnaie, de rendre la justice, d’engager l’État sur le plan international, de déclarer la guerre et de signer la paix. Il n’en est pas de même sur le plan international, où l’état est soumis aux traités internationaux et aux conventions qui s’imposent à lui et limite sa souveraineté.

L’ingérence humanitaire, dans cette perspective, apparaît comme une atteinte déguisée ou manifeste au principe de souveraineté. Mais pour certains juristes, il s’agit d’une atteinte dans la nature des choses, dans la mesure où elle s’exerce à l’encontre d’un État qui a souscrit volontairement à un traité international, en l’occurrence la charte des Nations unies, particulièrement la déclaration universelle des Droit de l’homme de 1948 qui fait que la légalité internationale s’impose à légalité interne et partant à la souveraineté de l’État.

La notion d’ingérence humanitaire, une notion antique

Dans sa magistrale « Histoire de la guerre du Péloponnèse », Thucydide décrit en effet comment Athènes intervient dans les cités qui ne lui font pas allégeance pour y imposer (ou rétablir) des régimes démocratiques tandis que sa grande rivale Sparte en faisait de même avec une préférence pour les régimes aristocratiques. La réalité est que chacun de ces deux cités-états s’employait à installer des gouvernants à sa dévotion, dans le but final pour les deux cités rivales d’instaurer son hégémonie sur l’ensemble des cités grecques. Thucydide démontre, magistralement, que dans les rapports entre cités (États), il n’est question ni de droit ni de justice mais uniquement de rapports de force.

La démission de l’ONU face aux violations systématiques de sa propre Charte par les États-Unis et ses alliés européens est une illustration moderne de ce constat. Thucydide avait pour ambition de réaliser une œuvre intemporelle qui montrerait que tant que les hommes seront ce qu’ils sont les conflits obéiraient aux mêmes mécanismes. Vingt-quatre siècles plus tard, les hommes n’ont pas changé. 2. 400 ans après Thucydide, il est étonnant que l’on relève autant de monde pour débattre du bien-fondé de l’instauration de la démocratie, de la protection des peuples (sans oublier la libération des femmes) par les armes. À force de bombardements, la démocratie fera peut-être son chemin…

L’évolution de la notion de souveraineté des États

L’état souverain, acteur majeur et unique de l‘ordre international, est passé désormais, avec l’ordre supranational (SDN, ONU) au statut d’acteur principal, mains non exclusif de l’ordre international. Les infléchissements proviennent de notions dérivées, le fardeau de l’homme blanc, la Mission civilisatrice de l’Occident.

Le grand jeu afghan et le Grand Moyen Orient. Les premières altérations au principe de souveraineté sont intervenues avec la création d’organisations supranationales (CICR, SDN) et plus contraignantes comme en témoigne le Chapitre VII de la charte des Nations Unies).. A cet égard, le CICR constitue la première amputation de la notion de souveraineté pour des motifs humanitaires. La belligérance est contenue par des considérations humanitaires. La convention de Genève sur les prisonniers de guerre se substitue au prince de «Malheurs aux vaincus».

Historique de l’évolution de la notion de souveraineté des États: la distinction entre guerre juste et guerre injuste.

La notion d’ingérence humanitaire est ancienne. Elle résulte d’une conjonction de contributions d’auteurs religieux ou laïcs, mystiques ou profanes.
L’idée de l’intervention humanitaire trouve ses sources dans le concept de «guerre juste» développé, en premier lieu, par Saint Augustin au IV siècle qui la définissait comme une guerre pour sanctionner l’injustice …et accessoirement pour diffuser la chrétienté. Cette idée sera reprise par Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), Francisco de Vittoria (1480-1546), Francisco Suarez (1548-1617) qui défendent l’idée que pour le bonheur de la société et de l’individu l’existence de la paix et la liberté est incontestable.

Les théoriciens de la Guerre Juste considèrent que la nature de l’homme permet une coopération et que l’homme ne fait pas la guerre juste pour ses propres intérêts mais aussi contre les injustices. La guerre juste est définie comme la guerre contre une attaque injuste par les moyens proportionnés avec le but visé en déterminant l’agresseur par les valeurs morales. Le premier objectif de la guerre juste est de sauver les victimes et établir la paix qui va assurer la justice.

Dans son ouvrage Le Droit de la Guerre et la Paix Hugo Grotius (1583-1645) évoque un droit accordé à la société humaine pour intervenir dans le cas où un tyran ferait subir à ses sujets un traitement que nul n’est autorisé à faire. De ces idées l’intervention d’humanité est née au 19e siècle, ce qui est l’intervention d’un État à un autre État pour protéger ces propres citoyens qui habitent dans cet État. Vattel (Le droit des gens ou principes de la loi naturelle appliquées à la conduite et aux affaires des nations et des souverains (Washington Carnegie 1916, Livre II, Chapitre IV, paragraphe 56, page 298) proclame que «toute puissance étrangère est en droit de soutenir un peuple opprimé qui lui demandera assistance».

La notion d’ingérence humanitaire est donc ancienne. Elle reprend et élargit la notion d’intervention d’humanité qui, au XIX me, siècle autorisait déjà une grande puissance à agir dans le but de protéger ses ressortissants ou des minorités (religieuses par exemple) qui seraient menacées : La France au Liban 1860.C – La conjonction de deux notions de «guerre juste» et de «Droit des gens», matrice du concept de l’ingérence humanitaire. Concept de «guerre juste». Cf. «Le Droit de la Guerre et la Paix Hugo Grotius (1583-1645), concept de «Droit des gens». Cf. Vattel (Le droit des gens ou principes de la loi naturelle appliquées à la conduite et aux affaires des nations et des souverains» 1901.

L’idée de l’intervention humanitaire a évolué en fonction de l’évolution de la configuration stratégique internationale.

La fin de la bipolarité américano-soviétique (1980) a libéré l’ingérence humanitaire des contraintes du veto des grandes puissances. Deux types d’intervention avant 1990 (Biafra, Bangladesh) et après 1990 (Irak, Somalie, Ex Yougoslavie).

Le Droit international public est un Droit des rapports des forces. Il donne un habillage juridique aux rapports de forces, en les codifiant, en les enrobant de considérations morales.
Les grands principes moraux universels obéissent rarement à des motivations altruistes. Elles répondent plus souvent à des considérations égoïstes. L’histoire l’enseigne, l’expérience le prouve: Il en va du principe de l’intervention humanitaire, que des autres grands principes généraux tels que la Liberté du commerce et de l’industrie, la liberté de navigation ou la libre circulation de l’information, voire même la libre circulation des personnes et des biens.

Cela valu dans le passé, cela vaut aussi pour le présent et sans doute pour le futur, en dépit de la Mondialisation heureuse, du «village planétaire», autant de notions forgées comme des leurres, des appâts pour la réceptivité des idées, la perméabilisation des esprits à ces idées.
Terme complexe qui englobe un faisceau de situations, notion controversé, notions larvaires dont les précurseurs sont pour l’exemple Robin Hood et Mère Teresa, (Inde), sœur Emmanuelle (Égypte) … de particulier à particulier dans l’ordre interne intra étatique)

Les principales interventions humanitaires

Les exemples d’intervention humanitaire peuvent être classifiés selon la conjoncture mondiale qui affecte l’application du principe. En fait il existe une classification de trois périodes.

Première période (1960-1990), période de la guerre froide.

Les interventions se basent sur les concepts de décolonisations, d’autodétermination, de souveraineté. Les interventions humanitaires sont «indirectes» car la motivation humanitaire est secondaire.

Le Biafra, l’intervention fondatrice, le cas de l’inde au Pakistan (1971-1972), Le cas de la Tanzanie en Ouganda (1979-1980). Le Pakistan a été créé par la division de l’Inde en deux en 1947. Il a été divisé ainsi, les deux provinces, sans continuité territoriale, étaient séparées par l’immensité de l’Inde.

Le Pakistan occidental, la patrie de Mohammad Ali Jinnah, le fondateur du Pakistan moderne, monopolisait le pouvoir et les richesses, ainsi que les relations avec les pétromonarchies du Golfe. En réaction, la partie orientale (Dacca), défavorisée économiquement et socialement s’est rapprochée de l’Inde, sous la houlette du Cheikh Mujibbur Rahman, chef de la Ligue Awami League. L’intervention du pouvoir central, à Rawalpindi-Islamabad, contre sa province rebelle a conduit l‘Inde, en réponse à l’afflux des réfugiés, à une intervention militaire dans l’est du Pakistan et à la proclamation de l’Indépendance de ce qui sera le Bangladesh.

Avant l’intervention, l’ONU soulignait l’importance du respect de l’intégrité territoriale du Pakistan. Mais la conjoncture de guerre froide a empêché le Conseil de Sécurité de prendre une décision qui sanctionne ou approuve l’intervention puisque la Chine et les États-Unis soutenaient le Pakistan, alors que la Russie soutenait l’Inde. La justification de l’intervention par l’Inde était le flux de réfugiés, mais non pas la violation des droits de l’homme. L’Inde a évoqué devant l’Assemblée Générale de l’ONU les «graves violations de ses droits» dont souffrait le peuple bengali et que le but du gouvernement indien était de les sauver. L’intervention n’était pas principalement motivée par des raisons humanitaires, mais la mention même des droits de l’homme comme justification, a constitué un tournant dans l’argumentaire du discours international.

L’intervention de la Tanzanie en Ouganda en 1979 se base sur une région de la Tanzanie, Kagera. Idi Amin Dada, sous-officier de l’armée, prend le pouvoir en Ouganda par un coup d’état en 1971 et renverse Milton Obote, démocratiquement élu. Idi Amine Dada, par ses excès, sera accusé de la responsabilité de la mort ou la disparition de 300.000 personnes en 8 ans, selon Amnesty International.

Pis, en 1978, l’Ouganda annexe Kagera sous la prétexte que cette région est historiquement liée à l’Ouganda. Les forces de Tanzanie repoussent les ougandais et franchissent la frontière pour renverser Idi Amin. L’Ouganda porte l’affaire devant le Conseil de Sécurité, mais sa démarche est rejetée en raison de la position isolée de Tanzanie du jeu géopolitique de la communauté internationale.

Les arguments de la Tanzanie sur l’existence des violations de droits de l’homme en Ouganda ne sont pas pris en compte par la communauté internationale, alors que cette intervention remplissait tous les critères de l’intervention humanitaire.
Ces exemples d’interventions humanitaires dites «indirecte» montrent que pendant la guerre froide l’intervention pour des objectifs humanitaires est toujours accompagnée d’objectifs militaires ou géostratégiques. A l’époque, l’argument majeur était «la légitime défense» et non l’intervention humanitaire.

Deuxième période

Avec la fin de Guerre Froide, La suprématie du système occidental promeut les thèmes de «démocratie» et «protection des droits de l’homme», alors que, parallèlement, les zones de confrontation de deux superpuissances de la Guerre Froide, se transforment en zones de conflits ethniques, religieux, nationalistes, conduisant à des interventions humanitaires. Les interventions disposent un caractère humanitaire «directe» sous l’influence de la démocratie libérale et de la montée de l’importance des droits individuels.

L’humanitaire couvre en fait de vastes manipulations : Théorie du combat des chiens et de la désorientation informative»

Le premier exemple d’intervention humanitaire directe est apparu après la Guerre de Golfe de 1991 avec l’occupation du Koweït par l’Irak. Pour la première fois, au nom du droit d’ingérence humanitaire, plusieurs États occidentaux sont intervenus au Kurdistan irakien en avril 1991 après l’évocation par le Conseil de sécurité d’une «menace contre la paix et la sécurité internationales» (résolution 688 du Conseil de sécurité).
L’Irak est une mosaïque humaine, propice à toutes les manipulations, dès lors que les circonstances s’y prêtent. La minorité kurde au nord du pays, et les chiites du Sud sont encouragés par la défaite de Saddam Hussein à se révolter. Leur répression violente par l’armée irakienne est considérée comme une grave violation des droits de l’homme pouvant avoir des conséquences internationales. Le 5 Avril 1991 le Conseil de Sécurité approuve la résolution 688 qui fait référence au problème de réfugiés en tant que menace à la paix et la sécurité plaçant ce problème humanitaire dans le cadre du Chapitre VII de la Charte de l’ONU.

Dans la résolution les membres du Conseil demande à l’Irak de mettre fin à la répression, d’assurer le respect des droits de l’homme et de permettre l’accès des organisations internationales humanitaires en Irak. La résolution ne fait pas de référence à une opération armée, mais pour la première fois reconnaît que les violations des droits de l’homme dans un pays menace la sécurité et la paix internationale.

La Somalie : Autres exemples d’interventions humanitaires de cette période, «Restore Hope», menée en Somalie à partir de la fin 1992 (résolution 794). En 1991 le nord du pays déclare son indépendance, déclenchant une guerre civile et une grande famine. La médiatisation du conflit conduit l’ONU à prendre une décision d’embargo sur les livraisons d’armes et d’équipement militaire à la Somalie. En Somalie et non en Éthiopie en ce que l’Éthiopie, pays africain non musulman, assume un rôle de gendarme dans la corne de l’Afrique.

Rwanda, l’opération Turquoise menée par la France au Rwanda en 1994,Le Massacre des Tutsis et les Hutus à la suite de la destruction en vol de l’avion du président de l’époque Juvénal Habyarimana, sur fond de rivalités entre l’Ouganda anglophone et la France. La résolution 872 du Conseil de Sécurité constitue une mission onusienne, UNAMIR, au Rwanda pour la mise en place de l’accord de la paix, pour établir un gouvernement transitoire et pour la démilitarisation des milices. La protection des droits de l’homme n’était pas la première motivation annoncée. Dans cette affaire, il y a eu cafouillage de l’ONU.

Dans la foulée du massacre de dix soldats belges qui avaient le rôle central dans les opérations, le Conseil de Sécurité adopte une résolution de réduit le nombre des soldats onusiens à 270 personnes. Cette décision a soulevé l’indignation de l’opinion publique internationale et contraint l’ONU à envoyer 5.500 soldats au Rwanda. Devant le retard de l’ONU, la France a pris l’initiative de l’Opération Turquoise pour prévenir un massacre inter tribal et sans doute préserver ses intérêts dans la zone. Le massacre a quand même eu lieu. Le seul résultat du génocide du Rwanda est la fondation du Tribunal Pénal Internationale pour le Rwanda. Ou encore les interventions armées en Bosnie-Herzégovine en 1994-1995, au Liberia, en Sierra Leone, en Albanie en 1997 ou l’envoi d’une force d’intervention de l’OTAN.

Kosovo-Yougoslavie

Au Kosovo en 1999, des opérations qui révèlent la complexité d’interventions autant militaires qu’humanitaires. La décomposition de la Yougoslavie, dans la foulée de la dislocation du bloc soviétique, et de la disparition de son chef fédérateur Josip Broz Tito, a déclenché un phénomène de scissiparité au sein des composantes de la fédération.

Une lutte à mort s’engage alors entre le président Slobodan Milosevic, partisan de la grande Serbie, et se ses rivaux, le Président de la République de la Bosnie-Herzégovine, Alija Izetbegovic. L’ONU enverra des Casques Bleus en vertu de la résolution 743 du Conseil de sécurité. Mais l’existence de l’UNPROFOR n’a pas pu empêcher l’épuration ethnique menée par les Serbes contre les musulmans de Bosnie.

L’Otan, sous le feu vert de l’Onu, interviendra après le massacre de Srebrenica en votant la résolution 770 autorisant l’usage de force en Bosnie. La défaite des Serbes a été sanctionnée par les Accords de Dayton (le 21 Novembre 1995), prévoyant la fondation d’un État multiethnique et l’établissement de la paix à l’aide de déploiement d’une force de paix multinationale, l’IFOR.

En plus, un Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie a été créé pour faire comparaître et juger les responsables des crimes de guerre et crimes contre l’humanité sur les territoires de l’ex-Yougoslavie depuis 1991.

La fin de la guerre froide a, en effet, libéré l’ONU des contraintes de la bipolarité (veto soviétique ou américain, ou même français dans le cas de l’Algérie), déblayant la voie à la multiplication des opérations internationales sous l’égide de l’ONU, avec des mesures coercitives prévues par le Chapitre VII de la charte.

Avec une prolifération d’ONG de plus en plus spécialisées (Action contre la faim, Amnesty International, Médecins sans frontières, Reporters sans frontières, avocats sans frontières, dentistes sans frontières etc….) et l’infiltration des services de renseignements dans ces nouvelles structures sous couvert d’humanitarisme.

René Naba

Pour aller plus loin: le portrait de Bernard Kouchner
http://www.renenaba.com/requiem-pour-lingerence-humanitaire-mediatique/

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La grande tricherie mise à découvert à Alep

décembre 5th, 2016 by Oscar Fortin

Lorsque les terroristes se révèlent être des mercenaires à la solde de la coalition internationale, la lutte contre les terroristes prend un tout autre sens.

Déjà, certains milieux, à l’affût d’informations de sources crédibles, avaient dénoncé des liens directs de Washington et de la Coalition internationale avec les terroristes. Ces informations, prises au sérieux par beaucoup d’autres intervenants, avaient amplement circulé sur le Net, mais de là à convaincre le grand public qu’il en était bien ainsi, ce n’était pas encore chose faite.

Ce qui se passe présentement à Alep, ville de 1 693 603 habitants, met à découvert cette grande mise en scène d’une coalition internationale qui se proclame contre le terrorisme tout en l’alimentant, le soutenant et l’orientant militairement.

Les derniers évènements de la confrontation des forces gouvernementales syriennes et de ses alliés contre ces terroristes qui utilisent la population locale comme bouclier humain mettent en évidence ces liens étroits qui existent entre ces terroristes et Washington.

De fait, pendant que l’armée arabe syrienne et ses alliés combattent fermement ces terroristes, Washington et la presse qui en est l’écho transforment ces combats contre ces terroristes en combats contre les civils et le peuple syrien. Voici ce qu’écrit le journaliste- analyste, Bill Van Auken, sous le titre Le New York Times exprime la fureur de Washington sur la débâcle en Syrie.

« Les troupes syriennes, soutenues par les combattants du Hezbollah du Liban et les milices chiites d’Irak, ont réussi à envahir près de la moitié de la partie orientale d’Alep, que les « rebelles », une coalition des milices dominée par la filiale syrienne d’Al-Qaïda, le Front al-Nosra, avait tenue pendant plus de quatre ans. »

La consolidation du contrôle gouvernemental sur l’ensemble d’Alep, désormais presque universellement reconnue comme inévitable, priverait ces forces, soutenues par les Américains de leur dernier bastion urbain, et placerait tous les principaux centres de population de la Syrie sous le contrôle du gouvernement.

Pour le Times, c’est vraiment un choc. Depuis que le président Barack Obama a déclaré en 2011 que« Assad doit partir », et que la CIA et le Pentagone, travaillant avec les dictatures monarchiques les plus réactionnaires au Moyen-Orient – Arabie Saoudite, Qatar, Émirats Arabes Unis – afin de fournir des armes et de l’argent pour soutenir les mercenaires djihadistes, le Times, « le journal de référence » des États-Unis, a fonctionné comme le principal propagandiste pour un changement de régime en Syrie.

À Alep-Est, tandis que les combattants islamistes reculent, les civils-otages peuvent enfin fuir les violents combats et rejoindre des camps d’accueil… mis en place par le «régime». Cherchez l’erreur. Mais les médias meanstream, eux, persistent.

Autant les médias se portaient à la défense de ces pauvres civils, cibles perpétuelles des attaques des forces armées gouvernementales, autant leur libération et hébergement dans des milieux sécurisés par ce même gouvernement est passé sous-silence. Ce sont plutôt ces pauvres terroristes qui les préoccupent, lesquels doivent laisser la place aux forces légitimes du gouvernement syrien. Tout indique que Assad, contrairement à ce dont les forces de la coalition internationale rêvaient, ne partira pas. Tout indique également que le peuple, enfin libéré de ces terroristes, dans cette région d’Alep, s’en réjouit pleinement.

Le vent vient de tourner et ces terroristes qui faisaient la pluie et le beau temps dans cette partie d’Alep, se retrouvent pris au piège d’une coalition internationale de l’armée gouvernementale syrienne qui avance d’un pas ferme vers la reprise des espaces occupées par ces terroristes. Ce qui devient une bonne nouvelle pour ceux qui souhaitent la libération de cette partie d’Alep, sous contrôle des terroristes, devient une mauvaise nouvelle pour ceux qui se présentent pour les défenseurs des populations civiles tout en soutenant ces terroristes confrontés à une défaite inévitable. Une fois que nous savons que ces terroristes sont des leurs au service de la cause visant le départ du président Bachar Al Assad, nous pouvons comprendre qu’ils souhaitent les sauver de l’extermination qui les attend.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le représentant des Nations Unies, Staffan de Mistura, qui exhorte les combattants d’Al-Nosra à quitter au plus vite Alep. Il faut également comprendre dans ce même contexte les dernières propositions de Washington présentées à la Russie pour faciliter l’évacuation des terroristes d’Alep.

« «Jusqu’à maintenant, tous les pourparlers entre la Russie et les Etats-Unis sur la Syrie butaient contre l’intention des Américains de mettre en œuvre des dispositions qui auraient pu faire sortir les combattants du Front al-Cham qui contrôle les combattants dans la partie non-libérée d’Alep-est. Pourtant, les propositions faites par Kerry maintenant sont conformes aux approches des experts russes», a déclaré Sergueï Lavrov à Rome le 3 décembre après la rencontre avec son homologue américain. »

Ce n’est toutefois pas chose faite, puisqu’on annonce à l’instant même des attaques de la population civile avec des lance-roquettes de la part de la dénommée armée libre, soutenue et financée par Washington.

« L’Armée syrienne libre (ASL, opposition) a attaqué aux lance-roquettes multiples le quartier de Salah-al-Din à Alep, a annoncé dimanche le Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie. »

Vladimir Poutine, dans sa récente intervention devant les parlementaires russes a dénoncé avec force l’usage que font certains états des groupements terroristes pour atteindre leurs objectifs de changement de régime.

« La Russie s’oppose catégoriquement à l’utilisation d’organisations terroristes par des États pour atteindre leurs buts politiques, idéologiques et autres. Moscou condamne le terrorisme sous toutes ses formes et croit que l’acte terroriste ne peut être justifié par des motifs idéologiques, politiques, religieux, raciaux, ni par n’importe quels autres. »

Si Barack Obama se plaint de la désinformation, il ne peut que s’en prendre à lui-même qui l’alimente par des mensonges toujours de plus en plus gros. Il est au cœur d’un immense système fondé sur le mensonge et qu’il entretient à travers sa présidence.


 

La guerre pour la vérité fait lever les boucliers de la censure qui ne cesse de se multiplier dans les médias, dans les agences gouvernementales, dans les réseaux sociaux. Tout récemment, l’Union Européenne a émis une résolution visant à limiter l’accès des réseaux à l’information russe.

Ce que nous reprochions à l’ex URSS est ce que l’Occident applique au niveau de l’information, c’est à dire la censure la plus stricte.

Oscar Fortin | 4 décembre 2016

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La « guerre au terrorisme » est en même temps la guerre à la vérité. Depuis quinze ans – depuis le 11/9/2001 et les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein et ses « liens avec al-Qaïda », les « armes nucléaires » iraniennes, l’usage de « gaz de combat » par Assad », les « mensonges » sans fin concernant Kadhafi, l’invasion de l’Ukraine par les Russes –, pour donner suite à leurs ordres du jour, les directions des soi-disant démocraties occidentales jugent essentiel de s’aligner résolument sur des mensonges. Les régimes occidentaux tentent à présent de discréditer ceux qui contestent leurs contrevérités.

Traités de pourvoyeurs de « fausses nouvelles », les services de presse russes sont attaqués par l’UE et la pressetituée occidentale. Restant fidèle aux ordres de son maître à Washington, l’UE est allée jusqu’à adopter une résolution contre tout média russe déviant de la ligne washingtonienne. Selon le Président russe Poutine, cette résolution est un « signe visible de la dégradation de la notion de démocratie dans la société occidentale. »

Comme l’avait prédit George Orwell, pour les régimes « démocratiques » occidentaux, dire la vérité est désormais un acte hostile. Venant de faire son apparition, un tout nouveau site web, propornot.com, fait le procès d’une liste de 200 sites Internet dont les informations et des opinions diffèrent de celles des médias de la pressetituée, qui favorisent l’ordre du jour des régimes de l’Ouest. Qui finance propornot.com,  la CIA, la National Endowment for Democracy, George Soros ?

Je suis fier de dire que paulcraigroberts.org est sur la liste.

Ce que nous voyons ici, c’est l’adoption par l’Ouest de la manière sioniste d’Israël de traiter les critiques. Quiconque s’oppose au traitement cruel et inhumain des Palestiniens par Israël, est fait passer pour un diabolique « antisémite ». À l’Ouest, ceux qui sont en désaccord avec les politiques meurtrières et téméraires officielles, sont fait passer pour de  diaboliques « agents russes ». Le président élu des États-Unis lui-même, a été qualifié d’« agent russe ».

Visant à faire passer ceux qui disent la vérité pour des propagandistes, cette magouille a des effets contre-productifs. Le discrédit des diseurs de vérités fournit un catalogue des sites Internet où l’on peut trouver de l’information fiable, et les lecteurs s’y précipitent en foule. De plus, la tentative de discréditer les diseurs de vérités montre que, ne supportant pas la vérité et les opinions diverses, les régimes occidentaux et leur pressetituée s’emploient à obliger les gens de prendre leurs mensonges intéressés pour des vérités.

Les régimes et les médias de l’Ouest n’ayant de toute évidence aucun respect à l’égard de la vérité, comment l’Occident peut-il être démocratique ?

Le rôle assigné à la pressetituée Washington Post est de promouvoir le narration mise en avant par Washington, selon lequel les médias alternatifs sont constitués d’agents russes. Craig Timberg, un compère du Washington Post qui semble dépourvu d’intégrité ou d’intelligence, et peut-être les deux, est l’auteur de la fausses information selon laquelle « deux équipes de chercheurs indépendants » – dont aucune n’est identifiée – ont constaté que les Russes exploitent ma crédulité, et celle de : CounterPunch, professeur Michel Chossudosky de Global Researh, Ron Paul, Lew Rockwell, Justin Raimondo et de 194 autres sites, dans le but d’aider « un candidat insurgé » (Trump) à « revendiquer la Maison Blanche ».

Notez le qualificatif employé pour Trump : « candidat insurgé ». Il vous dit tout ce que vous devez savoir.

Vous pouvez lire ici ce qui passe pour un « reportage sérieux » de la pressetituée Washington Post. Voyez aussi: http://www.alternet.org/media/washington-post-promotes-shadowy-website-accuses-200-publications-russian-propaganda-plants

Glenn Greenwald, du site The Intercept, qui a évité d’une façon ou d’une autre d’être inclus dans les 200, vide ici son sacà propos de Timberg et du Washington Post.

Les régimes occidentaux sont à court de faux-fuyants. Depuis le régime Clinton, l’accumulation de crimes de guerre commis par les régimes occidentaux dépasse ceux de l’Allemagne nazie. Des millions de Musulmans ont été massacrés, désorganisés et dépossédés dans sept pays. Pas un seul criminel de guerre occidental n’a été tenu responsable.

Le méprisable Washington Post est un excellent apologiste pour ces criminels de guerre. La presse écrite et les médias télévisés occidentaux sont si fortement impliqués dans les pires crimes de guerre de l’histoire de l’humanité, que si jamais la justice arrivait à passer, la pressetituée sera au banc des accusés avec les Clinton, George W. Bush, Dick Cheney, Obama et leurs néocons agents secrets ou hommes de main, en fonction des besoins.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

Les coûts de la « War on terror »

The War on Truth. Western Governments Attempt to Discredit Truth-tellers who Challenge their Lies

Traduction : Petrus Lombard, Réseau International

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Les Démocrates libéraux britanniques (Lib Dems) ont remporté jeudi l’élection partielle de Richmond Park contre un Candidat conservateur qui avait remporté les élections en 2015 avec 23 000 voix d’avance sur le deuxième, dans l’une de ses circonscriptions les plus fidèles.

L’élection partielle dans cette circonscription du Grand Londres a été provoquée par la démission du député conservateur Zac Goldsmith au sujet du projet du gouvernement de construire une troisième piste à l’aéroport de Heathrow. Cependant, suite au référendum de juin sur le Brexit, l’enjeu de l’élection était de savoir si le Royaume-Uni allait rester ou quitter l’Union européenne.

Les Lib Dems, qui ont maintenant neuf députés, ont remporté le siège en faisant campagne contre le Brexit. Ils se sont engagés à voter contre toute démarche de la Première ministre conservatrice Theresa May pour déclencher l’article 50, ce qui commencerait le processus de sortie de l’UE, si le Parlement pouvait finalement voter sur la question.

La candidate des Lib Dems, Sarah Olney, a remporté un peu moins de 50 pour cent du total des voix. Le candidat du Parti travailliste, Christian Wolmar, a été à la troisième place, remportant seulement 1515 voix (3,67 pour cent) et a perdu sa caution électorale. Un grand nombre des électeurs, des conservateurs et des travaillistes, ont décidé de voter pour Olney.

Goldsmith est un fervent partisan du Brexit. Les conservateurs ne lui ont pas opposé un candidat, et ont appelé par contre à voter pour lui. Le parti d’extrême droite UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni) a soutenu Goldsmith aussi.

La perte du siège réduit la majorité parlementaire du gouvernement conservateur à seulement 13 députés.

Les Lib Dems et d’autres forces pro-UE ont sauté sur le résultat comme une preuve de la nécessité de construire une « alliance progressiste » partisane de l’UE, ou au moins de la poursuite de l’adhésion au marché unique. Dans son discours d’acceptation, Olney a déclaré : « Notre message est clair : nous ne voulons pas d’un Brexit dur (une sortie de l’UE sans nouvel accord commercial). Nous ne voulons pas sortir du marché unique”.

Le dirigeant des Lib Dems Tim Farrow a déclaré : « Près d’un tiers des électeurs conservateurs de la dernière élection qui ont voté pour quitter l’UE en juin ont voté hier pour les Libéraux Démocrates », ajoutant qu’« il s’agissait de gens qui essaient de dire à Theresa May nous n’ aimons pas la version extrême du Brexit, en dehors du marché unique, où vous nous emmenez ».

Le Parti Vert s’est abstenu à l’élection, afin de soutenir Olney. Caroline Lucas, la seule députée des Verts, a déclaré vendredi « L’alliance régressive a été vaincue et le gouvernement a subi un coup de massue contre sur son projet de Brexit dur ».

Le vote a une importance accrue compte tenu de l’audience de quatre jours à la Cour suprême qui commencera à partir de lundi prochain, où le gouvernement contestera la décision du mois dernier de la Haute Cour, selon laquelle la première ministre ne peut pas contourner le Parlement et utiliser les pouvoirs de la Prérogative royale pour déclencher l’Article 50.

Cependant, on peut difficilement dire que Richmond Park était une circonscription baromètre en ce qui concerne l’humeur nationale sur le Brexit. Le référendum de juin a enregistré une victoire étroite pour le mouvement Leave à l’échelle nationale, avec 52 pour cent de vote pour la sortie et 48 pour cent pour rester. Mais les arrondissements de Londres ont voté à 59 pour cent en faveur de rester. Richmond Park, une circonscription aisée avec la deuxième plus forte concentration de professionnels indépendants plutôt âgés et riches du Royaume-Uni, a voté massivement en faveur de rester par une majorité de 72 pour cent.

Les forces pro-Brexit ont répondu aux affirmations pro-UE des Lib Dems en disant qu’ils avaient gagné le siège sur un taux de participation de seulement 53 pour cent, une baisse de 23 pour cent par rapport à l’élection législative dans une circonscription qui serait naturellement favorable à leur ligne. La prochaine élection partielle, qui se tiendra le 8 décembre dans la circonscription de Sleaford et North Hykeham dans le Lincolnshire, au Nord de l’Angleterre, montrerait un résultat pro-Brexit, ont-ils insisté.

L’élection partielle de Sleaford et North Hykeham a été motivée par la démission du député conservateur Stephen Phillips, un opposant à la décision de Premier ministre May de contourner le parlement en déclenchant l’article 50 pour la sortie de l’UE, qui avait remporté la circonscription par une marge de plus 24 000 voix.

Quelle que soit l’interprétation des chiffres, ce qui importe est le fait que la politique britannique subit une refonte sur la base du soutien à un programme pro- ou anti-UE. L’aggravation de la crise économique post-Brexit, alimentée par l’incertitude politique accrue résultant de la victoire disputée de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, est en train de refaçonner les loyautés politiques de manière à transgresser les lignes des partis. Chaque événement est exploité pour justifier la position politique des deux camps qui s’opposent âprement au sein de l’élite dirigeante.

Un porte-parole conservateur a répondu avec l’affirmation agressive, « Ce résultat [Richmond Park] ne change rien. Le gouvernement reste déterminé à quitter l’Union européenne et à déclencher l’article 50 d’ici la fin du mois de mars de l’année prochaine ».

Bien que cela enchante le noyau dur substantiel pro-Brexit de 80 députés et la base plus large du parti, cela aliénera davantage son aile pro-UE. La députée conservatrice Anna Soubry, une partisane fervente du camp Remain (rester dans l’UE), a écrit un tweet que le résultat de Richmond était « fabuleux », ajoutant : «[Les] politiciens ignorent les partisans de Remain à leur péril et vous pouvez mettre au rebut le hard Brexit ».

Les fissures au sujet de l’Europe qui déchirent les Tories (conservateurs) ont également une influence sur le Labour, où l’aile Blairiste résolument pro-UE intensifie ses efforts pour renverser le chef du parti Jeremy Corbyn et refondre le parti comme principal véhicule politique pour empêcher le Brexit. Avant la campagne électorale de Richmond, trois députés travaillistes de premier rang, Lisa Nandy, Jonathan Reynolds et Clive Lewis, ont écrit un article demandant au Labour de ne pas présenter un candidat à l’élection afin de « mettre l’intérêt national avant tout ». L’article a dénoncé Goldsmith comme un « partisan du hard Brexit » et déclaré que « le vote contre lui ne doit pas être divisé ». Avec un clin d’œil à la formation d’un parti partisan du mouvement pro-UE, il a ajouté : « Dans ce prochain Parlement, les progressistes auront besoin de chaque vote qu’ils peuvent obtenir ».

Le résultat de Richmond sera utilisé pour exercer une pression supplémentaire sur Corbyn.

Les retombées du référendum de juin ont été utilisées par les Blairistes pour lancer une tentative de pustch contre Corbyn en forçant une élection en vue de le remplacer à la tête du parti au prétexte qu’il n’était que « peu enthousiaste » quant à l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE.

Même après avoir vaincu ces agissements, grâce à un large soutien populaire, Corbyn a continué avec ses capitulations envers la droite, illustrées récemment par sa décision de ne pas appuyer une motion parlementaire appelant à une enquête sur les mensonges de l’ancien Premier ministre Tony Blair justifiant la guerre illégale contre l’Irak.

En l’espace de quelques heures après la défaite de la motion du Parti national écossais, grâce à la lâcheté de Corbyn, Blair annonçait la formation d’un nouveau groupe de pression politique sur une « plate-forme conçue pour établir un nouveau programme politique pour le centre ». Il a ajouté que, « Son axe sera en partie évidemment centré sur le débat européen ».

En appelant à un boycott actif, le Parti de l’égalité socialiste avait insisté pendant la campagne référendaire que les factions pro – et anti-UE de l’élite dirigeante sont toutes réactionnaires.

Les partisans du Brexit fondent leur stratégie sur les calculs selon lesquels l’Union européenne est à l’agonie et que l’impérialisme britannique doit être libéré de toute contrainte sur sa capacité d’exploiter les marchés mondiaux. C’est sur cette base que le gouvernement de Theresa May sollicite en rampant l’approbation de Trump, un partisan du Brexit, tout en faisant des efforts concertés pour développer des liens économiques plus étroits avec la Chine et l’Inde.

Le Parti de l’égalité socialiste a insisté sur le fait que le camp de Remain, qui représente les intérêts des escrocs financiers de la City de Londres, se préoccupe uniquement de l’accès au marché unique et adopte volontiers la rhétorique anti-immigration des partisans du Brexit, en exigeant des restriction ou la fin de la libre circulation des citoyens de l’UE vers le Royaume-Uni. Dans leur approbation de l’UE, ils glorifient l’institution haïe par des millions de travailleurs à travers le continent en raison de son imposition continue de l’austérité.

Robert Stevens

Article original anglais, WSWS, paru le 2 décembre 2016

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La pauvreté augmente en Europe

décembre 5th, 2016 by Elizabeth Zimmermann

Les résultats de l’étude « Social Justice Index 2016 » ont été publiés la semaine dernière par le cercle de réflexion allemand Bertelsmann-Stiftung. Il s’agit d’une étude annuelle sur les conditions sociales en Europe qui est réalisée depuis plusieurs années. Les résultats dressent un réquisitoire accablant contre la politique d’austérité qui est imposée par l’Union européenne (UE) sous la direction de l’Allemagne depuis la crise financière mondiale de 2008 et ce malgré une opposition largement répandue.

Selon cette étude, un citoyen sur quatre est touché par la pauvreté ou l’exclusion sociale. Cela représente au total 118 millions de personnes. Le pourcentage de gens qui sont pauvres bien que travaillant à plein temps est passé en 2015 à 7,8 pour cent, une augmentation de 0,6 pour cent par rapport à 2013. Cela indique qu’un nombre croissant de gens sont employés dans le secteur à bas salaire.

Il en va de même pour l’Allemagne qui arrive en septième place du Social Justice Index, bien qu’étant la plus grande puissance économique. Le pourcentage de ceux qui vivent dans la pauvreté en Allemagne bien que travaillant à plein temps est passé de 5,1 pour cent en 2009 à 7,1 pour cent en 2015, un effet du massif secteur à bas salaire qui est apparu suite aux réformes de l’Agenda 2010 et de la mise en place des lois Hartz [réforme de l’assurance chômage] sous le gouvernement SPD-Verts de Gerhard Schröder et de Joschka Fischer.

La montée des « travailleurs pauvres », c’est-à-dire de ceux qui sont incapables de vivre de leur travail, et le risque d’un soulèvement social sont les préoccupations qui tracassent les auteurs de l’étude. C’est ainsi que le président de la Fondation Bertelsmann, Art de Geus, a remarqué, « Un pourcentage croissant de gens ne pouvant vivre de leur travail de manière permanente sape la légitimité de notre ordre économique et social ».

Alors que les auteurs de l’étude s’efforcent d’identifier quelques légères améliorations – telles la baisse du taux de chômage officiel de 10,4 pour cent en 2014 à 9,6 pour cent l’année suivante et une hausse du taux d’emploi de 64,8 à 65,8 pour cent dans l’UE, les chiffres relevés sur le chômage et la pauvreté dénotent une autre tendance.

Dans un bref résumé des résultats, l’étude constate, « Justice sociale en Europe en 2016 : les améliorations reposent sur des bases fragiles ».

Le risque de pauvreté dans l’UE demeure élevé. En 2015, tout comme en 2008, le chiffre était de 23,7 pour cent. La situation des enfants et des jeunes est tout particulièrement critique, notamment en Europe méridionale. L’étude affirme, « Toutefois, sept ans après l’éclatement de la crise économique mondiale, les chances de participation des jeunes gens dans la plupart des pays européens – à quelques exceptions près – se sont substantiellement détériorées par rapport à avant la crise ».

Parmi les 28 États de l’UE, la Grèce reste au bas de l’échelle du Social Justice Index. L’écart entre la Roumanie (classée 27) et la Bulgarie (classée 26) s’est en fait creusé.

Mais même la situation sociale dans les pays d’Europe du Nord, en Suède, en Finlande et au Danemark, qui se situent en première, deuxième et troisième place respectivement, s’est dégradée. « Comparés aux conditions des années 2007-08, ces pays ont enregistré des reculs en matière de justice sociale », précise l’étude.

Le fossé entre l’Europe du Nord et du Sud continue d’être énorme. Cela tient essentiellement aux chiffres horriblement élevés de la pauvreté en Grèce et en Espagne. En Espagne, le taux de pauvreté est de 28,6 pour cent, et en Grèce il est de 35,7 pour cent. Le pourcentage des enfants et des jeunes affectés par la pauvreté dans ces pays est même encore plus élevé.

L’étude accorde une attention toute particulièrement au taux élevé du chômage des jeunes. 4,6 millions de jeunes gens sont chômeurs dans l’UE. En 2015, 20,4 pour cent des jeunes gens n’avaient pas d’emploi, une augmentation de près de 5 pour cent depuis 2008.

Les enfants et les jeunes gens sont également le plus durement touchés par la pauvreté et l’exclusion sociale. C’est valable pour 25 millions d’enfants et de jeunes de moins de 18 ans. « Dans la grande majorité des États de l’UE, les chances des enfants et des jeunes gens se sont – parfois considérablement – détériorées, indique l’étude. « La situation dans les pays en crise d’Europe méridionale, l’Italie, la Grèce et l’Espagne, tout comme les pays d’Europe du Sud-Est, la Bulgarie et la Roumanie, continue de rester très critique », poursuit-elle.

La Roumanie arrive en tête des pourcentages concernant les enfants de moins de 18 ans vivant dans la pauvreté avec 45,8 pour cent, suivies par la Bulgarie avec 43,7 pour cent, la Grèce (37,8 pour cent) et la Hongrie (36,1 pour cent). Mais le taux est aussi très élevé en Espagne (34,4 pour cent), en Italie (33,5 pour cent), en Grande-Bretagne (30,3 pour cent) et au Portugal (29,6 pour cent). En Grèce, le pourcentage d’enfants souffrant de privations matérielles a presque triplé depuis 2007. Il est passé de 9,7 pour cent à 25,7 pour cent en raison des diktats d’austérité imposés par la troïka, la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).

L’étude révèle, « La privation matérielle signifie que les personnes touchées subissent de graves privations et ne sont plus en mesure de pourvoir financièrement aux besoins élémentaires de la vie quotidienne (c’est-à-dire un appartement convenablement chauffé ou le téléphone) ». Ceci signifie souvent aussi que les familles ne peuvent plus se procurer la nourriture et les médicaments adéquats.

Dans les pays les plus durement affectés par la crise de l’euro, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et le Portugal, le nombre d’enfants souffrant de la pauvreté ou de l’exclusion sociale a augmenté de 1,1 million depuis 2008.

Une autre partie de l’étude met l’accent sur les « NEET » (jeunes sans emploi, éducation ou formation). Ce sont des jeunes gens âgés de 20 à 24 ans qui n’ont pas d’emploi et ne suivent ni études ni formation. Au sein de l’UE, le taux moyen est de 17,3 pour cent par rapport à 15 pour cent en 2008. L’Italie (31,1 pour cent) et l’Espagne (22,8 pour cent) affichent des taux très supérieurs à la moyenne de l’UE.

Le nombre total de jeunes gens touchés par le chômage en Espagne et en Grèce s’élève à près de 50 pour cent. En Italie, il est encore de 40,3 pour cent malgré une légère baisse.

Le nombre élevé de chômeurs et de jeunes démunis et sans perspective d’avenir constitue un réquisitoire accablant contre la politique d’austérité poursuivie des années durant par l’UE. Les gouvernements européens, indépendamment des partis qui les forment, ne connaissent pas d’autre politique que celle de faire passer le fardeau de la crise économique sur les épaules des travailleurs. Les centaines de milliards d’euros utilisés pour renflouer les banques et les entreprises ont été recouvrés par la destruction des emplois, la diminution des salaires et la réduction drastique des prestations sociales. Pour ce faire, le gouvernement de la pseudo-gauche Syriza en Grèce a procédé d’une manière particulièrement brutale.

L’étude de la Fondation Bertelsmann a documenté les niveaux de pauvreté au sein de l’UE mais ne dit mot sur ses causes et ceux qui en portent la responsabilité politique. Au lieu de cela, elle en appelle à la Commission de l’UE et aux gouvernements des pays de l’UE afin d’assurer une plus grande justice sociale. Cependant, rien ne pourrait être plus illusoire que d’escompter des gouvernements capitalistes d’Europe l’application d’une politique plus sociale. Les grandes lignes de leur politique est le renforcement de l’appareil d’État à l’intérieur et à l’extérieur du pays et les préparatifs de nouvelles guerres. C’est ainsi qu’ils réagissent aux tensions sociales et à la colère face à l’inégalité sociale.

Elisabeth Zimmermann

 

Article original, WSWS, paru le 29 novembre 2016

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Salim Lamrani es un estudioso de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos. Explica las razones del prestigio de Fidel Castro y de la importancia del líder de la revolución en una sociedad en mutación.

Estudioso de Cuba, usted acaba de publicar un libro sobre Fidel Castro (1). ¿Sería posible caracterizar la trayectoria de este hombre, de quien hasta sus detractores reconocen la estatura?

Salim Lamrani: En mi opinión, tres facetas caracterizan al personaje de Fidel Castro. Primero es el arquitecto de la soberanía nacional que realizó el sueño del Apóstol y Héroe Nacional José Martí de una Cuba independiente y que devolvió su dignidad al pueblo de la isla. Luego es el reformador social que defendió la causa de los humildes creando una de las sociedades menos injustas del Tercer Mundo. Por otra parte es el internacionalista que extendió una mano generosa a los pueblos necesitados y que ubicó la solidaridad y la integración en el centro de la política exterior de Cuba.

¿Cómo se explica su prestigio en Cuba y en el mundo?

SL: Fidel Castro es un personaje controvertido en Occidente porque los medios presentan de él una imagen caricatural. En cambio es plebiscitado por los pueblos de América Latina y del Tercer Mundo que lo consideran un símbolo de resistencia a la opresión y un defensor de la aspiración de los países del Sur a la independencia, a la soberanía y a la autodeterminación. Es un rebelde mítico que entró en vida en el Panteón de los grandes libertadores del continente americano. El antiguo guerrillero de la Sierra Maestra vio su prestigio superar las fronteras continentales para convertirse en el arquetipo del antimperialismo del siglo XX y el vector de un mensaje universal de emancipación.

Los medios occidentales no han logrado entender la importancia histórica de Fidel Castro en el mundo. Desde Martí ningún otro personaje ha simbolizado con tanta fuerza las aspiraciones del pueblo cubano a la soberanía nacional, a la independencia económica y a la justicia social. Fidel Castro es un símbolo de orgullo, de dignidad, de resistencia y de lealtad a los principios. El líder histórico de la Revolución Cubana tomó las armas para defender a los oprimidos y reivindicó sus derechos a una vida decente.

Cuando se retiró de la vida política en 2006, muchos comentaristas predijeron el fin de la Revolución Cubana y estimaron que ésta no sobreviviría a la ausencia de Fidel Castro. ¿Cuál es la realidad diez años después?

SL: El error que cometen muchos observadores es pensar que el proceso revolucionario cubano descansa en los hombros de un solo hombre, Fidel Castro. Ahora bien, la Revolución ha sido edificada por varias generaciones de cubanos. Hoy día, las instituciones son fuertes en Cuba y muchos cuadros han tomado el relevo tras el retiro progresivo de la generación histórica. Ningún cataclismo ocurrió en Cuba tras el retiro de Fidel Castro en 2006 porque el pueblo de la isla tiene una gran conciencia política y está apegado a su independencia, su sistema político y su modelo social.

Cuando se anunció el fallecimiento de Fidel Castro, un inmenso sentimiento de tristeza invadió a los cubanos porque perdieron a su guía moral, a su brújula política, el que siempre estuvo en primera línea para defender el derecho de su pueblo a la autodeterminación. Fidel Castro deja como legado una idea justa y generosa: la de una lucha continua por la dignidad de los desheredados, de un reparto más equitativo de las riquezas y de una solidaridad inquebrantable con los pueblos que luchan por una vida mejor.

¿Qué espacio ocupaba Fidel Castro en la sociedad cubana en plena mutación desde que se retiró del poder?

SL: Fidel Castro se definió como un “soldado de las ideas”. Era de alguna forma el padre espiritual del pueblo cubano, el sabio a quien se consultaba para las decisiones estratégicas por su inmensa experiencia. Fidel Castro fue hasta su último aliento un observador atento de la sociedad cubana y del mundo y expresó una gran preocupación frente al cambio climático y a la amenaza nuclear.

¿Qué pensaba de la normalización de las relaciones con Estados Unidos?

SL: Conviene recordar la verdad histórica. Desde el triunfo de la Revolución cubana en 1959, Fidel Castro expresó su deseo de mantener relaciones cordiales y apaciguadas con Estados Unidos por razones de principios y por consideraciones pragmáticas. A cambio Washington debía respetar tres principios fundamentales y no negociables: la igualdad soberana entre los Estados, la reciprocidad y la no injerencia en los asuntos internos.

Mientras Cuba extendió un ramo de olivo a su vecino, Washington respondió imponiendo sanciones económicas implacables que infligen todavía intolerables sufrimientos al pueblo cubano. Luego el presidente Kennedy organizó la invasión de Bahía de Cochinos en 1961 y amenazó a la isla de desintegración nuclear durante la crisis de los misiles en 1961. La CIA multiplicó los atentados terroristas contra Cuba que costaron la vida a 3.478 personas e infligieron secuelas permanentes a otras 2.099. Desde 1959 Estados Unidos lleva una guerra política, diplomática y mediática continua contra Cuba.

Es entonces necesario recordar que el conflicto que opone Washington a La Habana es asimétrico, pues la hostilidad es unilateral. Son los Estados Unidos los que imponen sanciones a Cuba, los que ocupan ilegalmente una parte del territorio cubano (Guantánamo), los que financian a una oposición interna en Cuba y los que buscan conseguir un cambio de régimen.

Barack Obama reconoció que la política de Estados Unidos hacia Cuba era obsoleta e injusta y decidió establecer un diálogo con Raúl Castro. Fidel Castro, quien obró tanto por la paz en el mundo, desde luego estaba a favor de la resolución pacífica del diferendo que opone Washington a La Habana, aunque no se hacía ilusiones sobre las verdaderas intenciones del vecino del norte.

Raúl Castro anunció que no se volvería a presentar a su cargo en 2018, lo que significa en definitiva el fin de la “generación histórica”. ¿Cómo se considera este cambio político?

SL: Los cubanos saben desde hace varios años que Raúl Castro pondrá término de modo definitivo a su carrera política en 2018. Tienen entonces que hacer frente a tres retos de primera magnitud: el cambio generacional a la cabeza del país, la actual reforma del modelo económico y la nueva relación con Estados Unidos. Pero la Historia ha demostrado que los cubanos siempre responden con inteligencia a las nuevas realidades y que están apegados al zócalo de valores que cimientan la Revolución Cubana.

Desde 2009 la isla está involucrada en un proceso de reformas económicas estructurales ¿Acaso entran en contradicción con los ideales que han prevalecido hasta ahora y que Fidel Castro defendió hasta su muerte?

SL: Fidel Castro brindó su apoyo total al proceso de actualización del modelo económico en Cuba porque era necesario. “Revolución es cambiar todo lo que debe ser cambiado”, dijo en su famosa definición del concepto enunciada el 1 de mayo de 2000. No hay ninguna renuncia a los ideales del socialismo. El Estado mantiene el control de los medios de producción y de los sectores estratégicos. El nuevo modelo económico, aunque introduce algunos mecanismos de mercado, sigue basado en la planificación socialista a todos los niveles y la empresa de Estado socialista es la forma principal en la economía nacional. El país se abre a las inversiones extranjeras –con el objetivo de atraer los capitales indispensables para el desarrollo de la nación– mediante empresas mixtas, en las que el Estado cubano dispone siempre de una mayoría de al menos el 51%.

Así, el nuevo modelo económico cubano, basado en la planificación, una política de precios centralizada, la prohibición de concentración de riqueza, un salario mínimo y un salario máximo y la protección de todas las categorías de la población, particularmente de las más vulnerables (no hubo despidos masivos), es indudablemente socialista. Pero se adapta a su época basándose en la filosofía de José Martí, héroe nacional cubano, según el cual “el primer deber del hombre es ser un hombre de su tiempo”. Tiene como objetivo alcanzar una mayor eficiencia económica, luchar contra la burocracia y la corrupción, preservar las conquistas sociales de la Revolución Cubana, reforzar la República Social y mejorar el bienestar material y espiritual de todos los cubanos.

 

Texto em francés :

La Havane

Salim Lamrani : « Les Cubains répondent avec intelligence aux nouvelles réalités  »

(1)  Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016.

Fuente original: http://www.humanite.fr/salim-lamrani-les-cubains-repondent-avec-intelligence-aux-nouvelles-realites-627287

 *Doctor en Estudios Ibéricos y Latinoamericanos de la Universidad Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani es profesor titular de la Universidad de La Reunión y periodista, especialista de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos. Su último libro se titula Cuba, ¡palabra a la defensa!, Hondarribia, Editorial Hiru, 2016.

http://www.tiendaeditorialhiru.com/informe/336-cuba-palabra-a-la-defensa.html

Contacto: [email protected] ; [email protected]

Página Facebook: https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

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Pour mémoire : Intervention du délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, lors de la réunion du Conseil de sécurité, ce 30 novembre 2016, suite à la demande urgente du ministre français des Affaires étrangères [1] ; [NdT].

___________________________________________

Merci Monsieur le Président,

Si vous le permettez, je ferai une remarque avant de vous donner lecture de mon communiqué.

Aujourd’hui, les invités chargés de présenter leur évaluation de ce qui se passe à Alep sont intervenus depuis Genève, Londres et Amman [MM. S. O’Brien, S. de Mistura, G. Cappelaere ; NdT], sans qu’aucun délégué ou représentant de l’ONU basé en Syrie n’intervienne sur l’écran; participation pourtant prouvée efficace lors de la session précédente grâce à Madame Elizabeth Hoff, représentante de l’OMS résidant à Damas, qui nous a fourni nombre d’explications [2].

Par conséquent, c’est là une lacune dangereuse et un spectacle étrange qui en rappelle un autre, celui de trois États membres de ce Conseil travaillant sur un projet de résolution d’ordre humanitaire sans consultation ou coordination avec la délégation du Gouvernement de la République arabe syrienne. Ce qui nous donne à voir, ici même, un deuxième spectacle surréaliste, tel celui décrit dans le roman « 1984 » de George Orwell, que vous connaissez certainement.

Monsieur le Président,

Une fois de plus, les représentants et les employeurs de l’organisation Front al-Nosra et des groupes terroristes affiliés se précipitent pour demander une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, avec l’intention de leur porter secours en leur offrant un soutien moral et politique, suite aux victoires remportées par l’Armée arabe syrienne et ses alliés dans leur lutte contre le terrorisme sévissant en Syrie, que ce terrorisme soit modéré ou génétiquement modifié en modéré.

Aussi, je voudrais assurer à ces représentants, ici présents, d’Abou Mohammad al-Joulani, le demi-frère d’Abou Bakr al-Baghdadi, chef de Daech, que leur obstination à faire commerce du sang syrien et des souffrances du peuple syrien, en réduisant ce qui se passe en Syrie à un problème strictement humanitaire, ne saurait dissuader le Gouvernement de la République arabe syrienne de remplir son devoir constitutionnel et légitime consistant à lutter contre le terrorisme et à sauver les Syriens des agissements calamiteux de ces groupes terroristes, avec l’aide de ses alliés, dans le respect du droit international et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité relatives à ce sujet, comme c’est le cas pour tout État membre et souverain de cette organisation internationale.

À ce propos, j’aimerais rapporter à ceux-là qui font commerce du sang syrien un extrait d’une lettre rédigée par les enfants de Syrie et remise, hier, à la représentante de l’UNICEF à Damas, puisqu’il semble que le Directeur régional de cette organisation, toujours présent parmi nous [par vidéoconférence ; NdT], n’en a pas entendu parler. Une lettre de protestation contre les attaques des groupes terroristes par engins explosifs et roquettes ciblant les écoles d’Alep. Je cite :

« Nous voulons nous rendre dans nos écoles sans la crainte d’une voiture piégée. Nous voulons jouer sans que les projectiles et les bombes nous surprennent. Nous voulons vivre en paix, en sécurité et dans la joie. Le sang de nos camarades tombés en martyrs n’aura pas coulé en vain. Il est le phare de la victoire proche sur les forces de la terreur et de l’obscurité ».

Voici cette lettre des enfants d’Alep à l’UNICEF. Je la confie aux bons soins de M. Cappelaere [Directeur régional basé à Amman ; NdT].

Monsieur le Président,

Les représentants du Front al-Nosra à l’intérieur et à l’extérieur du Conseil de sécurité n’entendront pas les paroles de ces enfants, comme ils n’entendront pas les récits et témoignages terrifiants de dizaines de milliers de nos concitoyens sauvés ces derniers jours par l’Armée arabe syrienne et ses alliés, sur les pratiques du Front al-Nosra et des groupes affiliés, à Alep, tout au long des quatre années passées.

Des souffrances et des tragédies épouvantables et sans fin, allant de la vente de l’aide humanitaire et du pain à des prix hors de leurs moyens, à la mobilisation armée de leurs  enfants, à la mise en captivité de leurs femmes, à leur utilisation comme boucliers humains. Des histoires vraies observées par les opinions publiques du monde entier, 24h sur 24, sans aucun rapport avec les romans des « Mille et une nuits » que certains se plaisent à raconter dans les couloirs de ce Conseil.

J’en profite pour dire à ma collègue américaine que Daech, le Front al-Nosra et tous ces terroristes qui capturent les femmes, les vendent au marché des esclaves à un prix fixé par une liste établie en fonction de leur âge. Dans une telle situation, il semble que mes collègues féminines au sein de ce Conseil risquent, malheureusement, d’être vendues pour seulement 40 dollars. Une femme capturée par ceux-là est vendue 40 dollars seulement… 40 dollars !

La libération de plus de 80 000 habitants d’Alep, dont des dizaines de milliers d’enfants, n’a jamais fait partie des plans des ministères des Affaires étrangères français, américain et britannique, lesquels ont prétendu vouloir défendre ces civils.

L’invitation de leurs gouvernements à imposer des sanctions à la Russie et à la Syrie suite à la libération de nos concitoyens prouve, encore une fois, que ces civils syriens ont été utilisés par les parrains du terrorisme pour protéger les terroristes de toutes les couleurs et exercer un chantage politique sordide.

Aujourd’hui même, des dizaines de civils ayant tenté de sortir de l’est vers l’ouest d’Alep, c’est-à-dire, de fuir des régions contrôlées par les terroristes vers celles contrôlées par l’Armée syrienne, ont été abattus par des terroristes qualifiés d’opposants modérés ou génétiquement modifiés en modérés, chéris par les délégations des États-Unis, de la Grande Bretagne et de la France.

Monsieur le Président,

Un éléphant est présent dans la salle et personne ne veut le voir. MM. De Mistura et O’Brien ont dit que des « groupes armés non étatiques » -ils n’ont pas prononcé le mot « terroristes » préférant parler de groupes armés non étatiques- ont empêché les civils de sortir de l’est d’Alep. Ils sont là, devant nous. Demandez-leur si j’ai mal compris.

Ils ont dit que des « groupes armés non étatiques » [2] ont empêché les civils de sortir de l’est d’Alep, ce qui signifie que ces groupes terroristes prennent les civils comme boucliers humains !

Le théâtre de l’absurde, joué aujourd’hui par certains devant ce Conseil à travers des déclarations trompeuses compatibles avec le chantage et les pratiques destructrices adoptés par leurs gouvernements, ne saurait occulter la lumière du soleil et le fait que nos concitoyens de certains quartiers est d’Alep ont repris espoir dans la vie depuis leur libération par l’Armée syrienne et ses alliés qui leur ont offert tous les moyens d’une subsistance décente en leur assurant abris, nourritures, soins médicaux, d’où un sentiment de sécurité et de stabilité après des souffrances endurées depuis plus de quatre années.

Ce théâtre de l’absurde, avec ses héros parmi les représentants du Front al-Nosra au sein de ce conseil, n’a pas réussi à défigurer la victoire militaire ayant abouti à la libération des civils d’Alep du terrorisme, tout comme il n’a pas réussi à ternir l’image du comportement humain du Gouvernement syrien et de l’aide humanitaire apportée par la Syrie à ces civils arrachés à leurs griffes, en coopération avec les alliés et les amis.

Dans ce but, le Gouvernement syrien a demandé aujourd’hui au bureau du Représentant des Nations Unies, basé à Damas, de contribuer aux efforts de secours déployés par le gouvernement syrien afin d’atténuer les souffrances de dizaines de milliers d’Alepins, en mettant à profit le contenu des entrepôts de l’ONU à Alep et toute autre assistance susceptible de répondre aux besoins essentiels des citoyens. J’ajoute que les autorités syriennes ont autorisé le Représentant de L’ONU à se rendre à Alep. Il y sera ce jeudi. Nous verrons ce que l’OCHA [Office for the Coordination of Humanitarian Affairs] pourra accomplir.

À ce sujet, je loue les efforts et les réalisations de la Russie fédérale dont le soutien ne se limite pas à aider la Syrie dans la guerre contre le terrorisme, mais s’étend de manière significative aux divers domaines du travail humanitaire et de secours avec, récemment, des instructions données par le Président Poutine aux ministères russes de la Défense et des Situations d’urgence afin de déployer des hôpitaux mobiles en Syrie et fournir des soins médicaux aux habitants d’Alep et de ses environs.

Je confirme qu’il s’agit de véritables hôpitaux de campagne, non de studios fabriquant des épopées héroïques pour les terroristes des dénommés « Casques blancs », groupe fondé par l’officier du renseignement britannique, James le Mesurier, dont le patronyme suggère une origine française, tel qu’il en est de l’identité de ceux qui ont invité à la tenue de cette séance.

Il est temps que ce théâtre de l’absurde mette fin à ces pratiques ayant mené à la propagation du danger terroriste comme jamais auparavant, et à une panique planétaire depuis qu’il s’est propagé partout dans le monde.

Les États responsables feraient mieux de réaliser qu’il ne leur sera pas possible d’utiliser le terrorisme comme outil de transformation d’Alep en une autre « Kandahar », ce qu’ils ne verront jamais, même pas dans leurs rêves ou leurs cauchemars.

Monsieur le Président,

Il est regrettable que cette légèreté politique ne se limite pas aux seuls gouvernements des pays membres de l’ONU, mais se trouve également pratiquée par les hauts fonctionnaires du Secrétariat général, lesquels ont décrit le destin des dizaines de milliers de civils, sauvés par l’Armée syrienne et ses alliés des griffes du terrorisme, de « destin inconnu et insécure », comme s’ils appelaient à donner un coup de main aux terroristes et leur envoyaient un message après l’autre : « Continuez, nous nous chargeons de vous blanchir au Conseil de sécurité ! ».

Monsieur le Président,

C’est désormais une réalité et un danger que certains ont abandonné leurs responsabilités dans la lutte contre le terrorisme et le maintien de la paix et de la sécurité internationales, jusqu’à transformer ce Conseil en une tribune de chantage et de polarisation politique quant à la gestion de la guerre terroriste imposée à la Syrie, au point qu’ils ont bloqué l’inscription d’organisations terroristes sur la liste spécialement établie à cet effet ; le blocage le plus récent , comme vous le savez, étant dû au refus des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne,  d’inscrire ladite « Armée de Mohammad » et « Ahrar al-Cham » sur cette liste.

Un abandon des responsabilités qu’ils ont poussé jusqu’à la non application des résolutions du Conseil de sécurité, notamment la résolution 2253 (2015) [censée asphyxier le terrorisme, NdT] en fermant les yeux sur les agissements des États qui soutiennent le terrorisme financièrement et médiatiquement sans aucune limite, prononcent des « fatwas » takfiristes-jihadistes-wahhabites, accordent des facilités logistiques et ouvrent leurs frontières aux armes et aux combattants terroristes étrangers.

Autant d’offres accordées par le régime des Al-Saoud, père spirituel du terrorisme international ; le régime d’Erdogan, vrai parrain de l’organisation terroriste mondiale « Frères Musulmans », lequel s’imagine toujours en Sultan de son temps ; le régime qatari des Al-Thani, financier et parrain principal du Front al-Nosra et dont le ministre des Affaires étrangères a assuré avant-hier à l’Agence Reuters que le Qatar continuerait à soutenir les terroristes en Syrie, même si la future administration américaine cessait de les soutenir.

Nous terminerons évidemment par le régime de « Hasballah XIV ». Celui qui saura qui je désigne ainsi, aura une récompense.

Monsieur le Président,

Entre dans ce contexte le rôle destructeur joué par Israël de par le soutien accordé  aux organisations terroristes, particulièrement au Front al-Nosra, dans la zone de désengagement et autour de la ville de Daraa. Ici, je fais référence à l’agression israélienne d’hier, tard dans la nuit. Agression qu’aucun des présentateurs de la situation en Syrie n’a évoquée aujourd’hui.

Une agression israélienne tard dans la nuit d’hier sur Al-Saboura, située dans la banlieue ouest de Damas, par deux missiles air-sol lancés à partir de l’espace aérien libanais. Une tentative désespérée de la part de l’entité occupante israélienne dans le but de relever le moral des organisations terroristes takfiristes, effondrées pour avoir subi de lourdes pertes dans plusieurs régions, notamment dans la région ouest de Damas.

Je renouvelle mon appel aux cœurs tendres de ce Conseil, qui s’apitoient sur les terroristes modérés ou génétiquement modifiés en modérés, pour qu’ils ramènent leurs déchets ensauvagés expédiés chez nous ces cinq dernières années, afin qu’ils en prennent soin et, s’ils le souhaitent, qu’ils leur réservent des « zones d’administration autonome » dans leurs villes, en Europe, aux États-Unis ou ailleurs.

Si vous tenez tant au Front al-Nosra, emmenez ses éléments chez vous. Donnez-leur des permis d’entrée et de séjour. Ils seront de bons terroristes dans vos pays !

Pour conclure, Monsieur le Président,

Le Gouvernement syrien demeure engagé dans sa politique reposant, à la fois, sur la priorité de la lutte contre le terrorisme étant donné qu’il est la principale menace pour la sécurité et la stabilité de différentes régions du pays, et sur la recherche d’une solution politique fondée sur le dialogue entre Syriens, sous direction syrienne, sans ingérences étrangères, sans conditions préalables.

Par conséquent, le Gouvernement syrien est toujours dans l’attente d’une invitation de l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, pour la reprise du dialogue qu’il a interrompu depuis mai 2016.

Merci, Monsieur le Président

Dr Bachar al-Jaafari

30/11/2016

Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

 

Source : web.tv.un.org ; version originale en arabe.

https://www.youtube.com/watch?v=65NFLRkgIik

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Alep libérée ? La « bonne nouvelle » épouvantable pour les dirigeants français [1ère partie]

http://www.mondialisation.ca/alep-liberee-la-bonne-nouvelle-epouvantable-pour-les-dirigeants-francais/5559990

[2] M. Rosselli, représentant de l’Uruguay, à propos des « groupes armés non étatiques » : Conseil de sécurité 7817, séance du 21 novembre 2016

http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=S/PV.7817 

Extrait [page 10] : 

« Nous sommes pareillement horrifiés par les observations de M.O’Brien, qui nous a parlé de groupes armés non étatiques qui bombardent aveuglément et de la même manière écoles et zones résidentielles. Peut-être, durant la prochaine réunion d’informations, M.O’Brien voudra-t-il bien les appeler autrement.

Un groupe armé non étatique qui bombarde des écoles et des quartiers résidentiels n’est pas un groupe armé non étatique, mais un groupe terroriste, et c’est ainsi qu’il faut l’identifier, car la barbarie ne fait aucune distinction qui mérite le pardon. Ceux qui commettent de tels actes sont aussi des terroristes ».

 

***

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Les premiers signaux définitifs semblent indiquer que les politiques étrangères américaines sont destinées à subir un changement historique sous la présidence de Donald Trump. Russia Today l’a confirmévendredi en citant une «source proche» (sans mentionner la nationalité). Le média spécule que Trump a nommé le Lt. gen. à la retraite Michael Flynn comme conseiller de sécurité nationale dans l’administration entrante. Fait intéressant, le premier rapport faisant autorité est originaire de Moscou.

Le rapport de Russia Today a rendu compte de Flynn d’une façon plutôt amicale, notant sa forte défense d’une détente avec la Russie. Fait intéressant, parmi ceux qui ont appelé Trump hier à son Quartier général de transition, il y a Henry Kissinger.

Pourquoi la nomination de Flynn est-elle si importante ? Tout d’abord, Trump a confiance en lui et Flynn dans son nouveau poste supervisera l’ensemble des services de renseignement américains, le Pentagone et assurera la coordination de la sécurité nationale et des politiques étrangères. C’est une position extrêmement influente, en plus et au-delà du contrôle parlementaire.

Il est donc important de noter que les contacts passés de Flynn avec les responsables du Kremlin – il existe une photo de lui à table lors d’un dîner, assis à côté du président Vladimir Poutine –, ses liens avec Gazprom, le Léviathan du gaz russe, et sa conviction que les États-Unis et la Russie devraient collaborer au lieu de rivaliser, etc., prennent une grande importance.

Trump déstabilise l’establishment de politique étrangère et de sécurité des États-Unis. Il est concevable qu’il utilisera le général dur du Pentagone pour amener les gens de l’establishment à se soumettre à la nouvelle trajectoire de la politique étrangère. Si quelqu’un peut le faire, c’est Flynn.

L’inquiétude croissante est évidente, même au niveau du président Barack Obama. Jeudi, dans un acte audacieux, Obama a donné quelques conseils publics à Trump, à partir d’un podium à l’étranger, en Allemagne, Angela Merkel l’écoutant avec des signes d’approbation, sur l’opportunité du président élu suite à ses rodomontades. Certains extraits sont présentés ici, ne serait-ce que pour mettre en évidence la bataille épique qui se profile sur les politiques étrangères américaines. Obama a déclaré :

«En ce qui concerne la Russie, ma principale approche a été constante depuis mon arrivée au pouvoir. La Russie est un pays important. C’est une superpuissance militaire. Elle a une influence dans la région et dans le monde entier. Et pour que nous puissions résoudre les nombreux problèmes importants dans le monde, il est dans notre intérêt de travailler avec la Russie et d’obtenir sa coopération […] J’ai donc cherché une relation constructive avec la Russie, mais j’ai également été réaliste en reconnaissant qu’il y a des différences significatives dans la façon dont la Russie voit le monde et la nôtre, les Occidentaux.

Et ainsi de suite, sur des questions comme l’Ukraine, la Syrie, nous avons eu des différences très importantes. Et j’espère que le président nouvellement élu adoptera une approche aussi constructive, en trouvant des domaines où nous pourrons coopérer avec la Russie, où nos valeurs et nos intérêts s’alignent, mais j’espère aussi que le président élu sera également prêt à affronter la Russie si elle s’écarte de nos valeurs et des normes internationales.

Je ne m’attends pas à ce que le président élu suive exactement notre plan ou notre approche, mais j’espère qu’il ne prendra pas simplement une approche de realpolitik en suggérant que, si nous nous accordons avec la Russie sur certaines affaires, même si cela fait du mal aux gens, même si cela viole les normes internationales, ou même si cela rend des pays plus petits vulnérables ou crée des problèmes à long terme dans des régions comme la Syrie – nous ne ferions que ce qui est opportun dans le contexte à ce moment-là. Et c’est une chose sur laquelle je pense que nous apprendrons plus lorsque le président élu aura constitué son équipe.»

Obama s’est ensuite lancé dans une tirade contre Poutine, disant qu’il y avait une preuve très claire de son engagement dans une cyberattaque contre les États-Unis et qu’il avait personnellement «livré un message très clair et puissant» au dirigeant russe l’informant que «nous le surveillons attentivement et nous répondrons de façon appropriée si et quand nous verrons cela se produire».

De retour à Washington, ironiquement, le plus fort allié d’Obama, en s’opposant à la détente avec la Russie, n’est autre que le sénateur républicain John McCain. L’aversion viscérale vis-à-vis de la Russie – et de Poutine en particulier – au sein de l’establishment de Washington se dégage de la propre déclaration de McCain au début de la semaine.

Pourquoi une telle crainte morbide ? McCain, bien sûr, est le principal porte-parole du complexe militaro-industriel en Amérique. Beaucoup d’entreprises de fabrication d’armes haut de gamme sont basées en Arizona, l’état que McCain représente au sénat. Le Saker, l’analyste militaire basé aux États-Unis, donne une explication satisfaisante de pourquoi il y a une telle panique à Washington :

«Flynn a des connexions avec Gazprom, il est bien aimé à Moscou, et sera un lien pour les sociétés américaines d’énergie et peut-être quelques co-entreprises dans le développement du gaz et dans l’industrie du pipeline. Plusieurs amis de Trump viennent de l’industrie du gaz et du pétrole […] L’Arctique, la Méditerranée orientale, la mer de Chine méridionale et d’autres grandes zones de développement ont d’énormes nouveaux champs à forer et exploiter.»

L’intérêt principal de la politique étrangère de Trump sera de rendre l’Amérique riche à nouveau. Le développement eurasien a déjà attiré Trump vers le projet chinois de Route de la soie (OBOR) – Une Ceinture, une Route – et vers la banque chinoise d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Il est probable que la Nouvelle Route de la Soie dans l’Union économique eurasienne ne se fera pas sans une importante participation américaine.

M.K. Bhadrakumar

Article original en anglais : Trump Signals a Hisotric Détente With Russia, Indian Punchline, 19 novembre 2016

Traduit et édité par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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Alors que des milliers d’indigènes de la tribu des Sioux, d’autres tribus amérindiennes et leurs alliés continuent à protester contre le gazoduc Dakota Access, les médias de masse continuent de se concentrer presque exclusivement sur l’élection présidentielle. La plupart des médias ont ignoré l’attaque vicieuse de la semaine dernière contre les Protecteurs de l’Eau, comme ils s’appellent eux-mêmes.

La construction du gazoduc violerait le droit humain à l’eau, le droit des peuples autochtones de pratiquer leurs traditions culturelles et plusieurs lois fédérales.

 

Le 27 octobre, plus de 100 policiers de sept États différents et de la garde nationale du Dakota du Nord, revêtus de leur protection anti-émeute et portant des fusils automatiques, sont arrivés dans des tanks, des Humvees et un camion de police blindé. Ils ont défendu Energy Transfer Partners (ETP), la compagnie qui investit dans le gazoduc, et ont arrêté 142 Protecteurs de l’Eau. Cela porte le total de personnes arrêtées, depuis août, à plus de 400. Plus de 40 personnes ont été blessées, et certains ont des os cassés et des blessures dues aux balles en caoutchouc tirées par des policiers.

Le colonel de l’Armée à la retraite, Ann Wright, qui a passé quatre jours à Standing Rock, a déclaré : «La police a utilisé du gaz poivré, du gaz lacrymogène et des grenades explosives contre les Amérindiens qui ont barré l’autoroute.»

Le gazoduc, long de 2700 km et coûtant 3,7 milliards de dollars, devrait traverser le Dakota du Nord, le Dakota du Sud, l’Illinois et l’Iowa. Prévu pour transporter quotidiennement plus de 570 000 barils de gaz de schiste, le pipeline passerait sous la rivière Missouri, au lac Oahe, à moins d’un kilomètre en amont de la source d’eau potable de la tribu Sioux de Standing Rock. Cela pourrait affecter 28 villages et des millions de personnes.

Un inévitable déversement d’hydrocarbures provenant du pipeline, libérant du carburant diesel et des niveaux toxiques de contaminants dans la rivière, serait culturellement et économiquement catastrophique pour la tribu, polluant sa source d’eau et des terres agricoles vitales.

Les fuites d’hydrocarbures sont bien trop fréquentes. L’Administration à la sûreté des pipelines et des matières dangereuses a recensé plus de 2 000 accidents importants provenant d’oléoducs depuis 1995. En moyenne, 121 accidents ont eu lieu annuellement, entre 2013 et 2015.

Les gens qui boivent de l’eau teintée de pétrole ou mangent de la viande de bétail exposé au pétrole ont un taux plus élevé de cancer et de problèmes digestifs, selon un rapport de 2010 édité par la Worcester Polytechnic Institute, qui a étudié trois cas importants de fuite d’hydrocarbures. Et les personnes qui utilisent de l’eau contaminée par le pétrole pour se baigner ou se laver, ont une incidence plus élevée de problèmes de peau, y compris les éruptions cutanées, l’eczéma et le cancer de la peau.

Le Dakota du Nord et six autres États ont déployé leurs policiers pour attaquer et arrêter les Protecteurs de l’Eau, afin de faciliter la construction de ce gazoduc qui menacerait gravement l’approvisionnement en eau de la tribu, en violation du droit humain à l’eau.

Des tortures et des traitements dégradants subis par les Protecteurs de l’Eau

Les personnes arrêtées ont été détenues au Centre correctionnel du comté de Morton dans des cages de 3 mètres sur 4, certains dans des chenils. Ils ont déclaré être contraints d’attendre l’accès à la nourriture, à l’eau, aux salles de bains et aux soins médicaux. Certains accusés de délits ont été fouillés. Les femmes ont été laissées nues dans leurs cellules et les gardes masculins les ont harcelées. Certaines personnes ont été mises en camisole dans des positions difficiles pendant des heures.

Les Protecteurs de l’Eau qui s’étaient attachés eux-mêmes à des équipements de construction, ont déclaré avoir été soumis au waterboarding. Cette technique [rendue célèbre par son utilisation au camp de Guantanamo, NdT] est depuis longtemps considérée comme une torture, qui viole la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, pourtant ratifiée par les États-Unis.

Amnesty International, qui a envoyé une équipe à Standing Rock pour enquêter sur les violations des droits de l’homme, a déclaré qu’une partie de ce traitement viole l’interdiction de traitements cruels, inhumains ou dégradants. (En plus de ratifier la Convention contre la torture, les États-Unis ont également ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui interdit les traitements cruels, inhumains ou dégradants.)

Une violation aux droits de l’homme concernant l’eau

L’eau, c’est la vie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré dans sa fiche d’information de 2010 sur le droit à l’eau : «L’eau est l’essence de la vie. L’eau potable et l’assainissement sont indispensables pour assurer la vie et la santé, et sont fondamentaux pour la dignité de tous.»

L’OMS a également déterminé que «l’accès à l’eau potable par les peuples autochtones est étroitement lié à leur contrôle sur leurs terres, leurs territoires et leurs ressources ancestrales. Le manque de reconnaissance légale ou de protection de ces terres, territoires ou ressources ancestrales peut donc avoir des conséquences considérables pour leur jouissance du droit à l’eau».

En effet, la communauté internationale a reconnu que l’accès à l’eau potable doit être analysé dans le cadre des droits de l’homme.

Les États ont le devoir d’assurer l’accès aux moyens de survie, a écrit le Comité des Droits de l’homme des Nations Unies dans son Observation générale No 6. Le Comité interprétait le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, dans son Observation générale No 15 de 2002, a déclaré : «Le droit de l’homme à l’eau est indispensable pour mener une vie dans la dignité humaine.» Le Comité a défini le droit à l’eau comme le droit de toutes les personnes «à une eau suffisante, sûre, acceptable, accessible physiquement et abordable, pour des usages personnels et domestiques». L’eau doit être sans substances chimiques constituant une menace pour la santé, d’après l’analyse de l’observation générale No 15 de l’OMS.

Considérant le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a noté que le droit à l’eau fait partie du droit à un niveau de vie correct.

Bien que les États-Unis n’aient pas ratifié le pacte, nous l’avons signé, engageant ainsi l’obligation légale de s’abstenir de prendre des mesures incompatibles avec l’objet et le but du pacte, en vertu de la Convention de Vienne sur le droit des traités. Les États-Unis n’ont pas ratifié la Convention de Vienne, mais la considèrent comme un droit international coutumier contraignant.

L’OMS a également fait observer qu’une violation du droit à l’eau viole le principe international bien établi de non-discrimination consacré dans tous les principaux traités relatifs aux droits de l’homme, y compris le PIDCP et la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, ratifiés par les États-Unis. Discrimination veut dire toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur des caractéristiques spécifiques d’un individu telles que la race, la religion, l’âge ou le sexe, ayant pour effet ou pour but de porter atteinte ou d’annuler la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Le pipeline Dakota Access était initialement prévu pour passer par Bismarck et Mandan, au Dakota du Nord, ce qui aurait aussi affecté les Blancs. (Bismarck et Mandan sont à environ 90 % blanc.) Lorsque les gens de ces communautés se sont opposés au trajet prévu, il a été modifié pour traverser les zones proches des communautés amérindiennes. Cela constitue une violation du principe de non-discrimination.

En 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a expressément reconnu le droit de l’homme à l’eau et à l’assainissement et a déclaré que l’eau potable et l’assainissement sont essentiels à la réalisation de tous les autres droits de l’homme.

Une violation du droit des peuples indigènes à pratiquer leur tradition culturelle

Le gazoduc traverserait des zones d’une grande importance culturelle, y compris des sites sacrés et des cimetières protégés par la loi fédérale. La construction détruirait ces lieux funéraires, les sites sacrés et les zones historiquement importantes sur son chemin.

Des enquêtes sur les ressources culturelles ont été menées par des consultants non tribaux, de l’extérieur de l’État, payés par ceux qui cherchent à construire le pipeline. Mais seuls les consultants formés et approuvés par les tribus sont en mesure d’évaluer ces sites. La tribu sioux de Standing Rock n’a jamais eu l’occasion de discuter des protocoles sur les enquêtes culturelles ou de participer aux enquêtes menées. On ne leur a fourni que des résultats partiels de ces enquêtes.

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones stipule : «Les peuples autochtones ont le droit de pratiquer et de revitaliser leurs traditions et coutumes culturelles. Cela comprend le droit de préserver, de protéger et de développer les manifestations passées, présentes et futures de leurs cultures, telles que les sites archéologiques et historiques.»

Cette déclaration, un document moral mais non un traité, fut adoptée par 144 États votant pour, quatre votant contre et 11 abstentions. Les États-Unis ont voté contre.

Une violation des statuts fédéraux

Le 27 juillet, la tribu sioux de Standing Rock a poursuivi le Corps des ingénieurs de l’armée américaine, l’organisme fédéral principal qui a accordé les permis nécessaires à la construction du pipeline. La poursuite alléguait des violations de plusieurs lois fédérales, y compris la loi sur l’assainissement de l’eau, la loi sur la préservation historique nationale et la loi sur la politique environnementale nationale, lorsque les permis ont été délivrés.

De plus, les Corps n’ont pas fait de déclaration d’impact environnemental complète, comme l’exige la loi sur la politique environnementale nationale.

«La construction et l’exploitation du pipeline, tel qu’autorisées par les Corps, menacent le bien-être environnemental et économique de la tribu, et endommageraient et détruiraient des sites d’une grande importance historique, religieuse et culturelle pour la tribu», est il écrit sur la plainte.

Les Sioux de Standing Rock n’ont pas été convenablement consultés au sujet des impacts culturels et environnementaux des pipelines, comme l’exige la loi. La tribu a demandé une injonction préliminaire pour arrêter la construction, jusqu’à ce qu’elle puisse examiner la route du pipeline et ses conséquences sur les ressources culturelles et patrimoniales.

«Bien que la loi fédérale exige du Corps d’ingénieurs de consulter la tribu sur ses intérêts souverains, les permis pour le projet ont été approuvés et la construction a commencé, sans consultations significatives », a déclaré le président de Standing Rock, David Archambault II, dans un article du New York Times.

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones stipule que «les peuples autochtones ont le droit de participer à la prise de décisions sur des questions qui affecteraient leurs droit». La déclaration indique en outre que «les peuples autochtones ont le droit, sans discrimination,  à l’amélioration de leurs conditions économiques et sociales, y compris l’assainissement, la santé» et «à la sécurité dans la jouissance de leurs propres moyens de subsistance». Cela inclut le droit à l’eau potable.

Le 9 septembre, le juge de district américain James Boasberg a repoussé la demande d’injonction de la tribu et la tribu a fait appel.

Immédiatement après ce rejet par la cour, trois organismes fédéraux – le ministère de la Justice, le ministère de l’Armée de terre et le ministère de l’Intérieur – ont publié une déclaration conjointe, annonçant qu’ils mettraient un terme à tout permis supplémentaire et reconsidéreraient leurs autorisations passées pour le projet.

Il reste encore un permis qui n’a pas encore été délivré. Étant donné que les Corps possèdent des terres situées de part et d’autre du lac Oahe, Dakota Access doit obtenir leur autorisation pour creuser le tunnel, pour que le pipeline puisse passer sous le lac situé sur les terres appartenant au gouvernement fédéral.

Les trois organismes fédéraux ont demandé que la compagnie posant le gazoduc suspende volontairement toutes les activités de construction, dans un rayon de 30 km à l’est et à l’ouest du lac Oahe. La compagnie a refusé.

Si Dakota Access a sciemment endommagé une ressource historique ou culturelle dans le but de contourner la loi sur la préservation historique nationale, les Corps ne peuvent pas délivrer l’autorisation.

Pendant ce temps, le président Archambault a demandé au ministère de la Justice de mener une enquête sur les brutales tactiques policières et les éventuelles violations des droits civils.

Les observateurs et rapporteurs spéciaux des Nations Unis s’inquiètent des abus de pouvoir

Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, a demandé aux États-Unis de mettre un terme à la construction de la DAPL parce qu’elle représente un risque important pour l’eau potable de la tribu Sioux de Standing Rock et menace de détruire leurs sites sacrés et leurs lieux d’inhumation.

La demande de Tauli-Corpuz a été approuvée par huit autres titulaires de mandat de l’ONU, y compris les rapporteurs spéciaux sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, le droit à l’eau potable et à l’assainissement, les droits à l’environnement, les droits culturels, les droits à une gestion et une élimination écologique et rationnelle des substances et déchets dangereux, ainsi que par le président du groupe de travail sur le commerce et les droits de l’homme.

Ils ont également exprimé leur inquiétude face aux informations faisant état d’actes d’intimidation, de harcèlement et de poursuites contre des peuples autochtones exerçant leur droit de réunion pacifique à Standing Rock.

Une délégation de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones a envoyé des observateurs à Standing Rock, pour enquêter sur des allégations de violations des droits de l’homme formulées par les Protecteurs de l’Eau, y compris le droit à l’eau, la protection des sites sacrés, de leurs territoires, la protection des défenseurs indigènes des droits de l’homme et de l’environnement, les arrestations illégales, la force excessive et les mauvais traitements en garde à vue.

Dans une lettre au président Barack Obama, le sénateur Bernie Sanders a demandé que le président exhorte les Corps à arrêter la construction dans un rayon de deux kilomètres entre l’autoroute 1806 et le fleuve Missouri. Sanders a également demandé à Obama d’ordonner au ministère de la Justice d’envoyer des observateurs pour protéger le droit de manifester, garanti par le premier amendement, des Protecteurs de l’Eau et de retirer la Garde Nationale du camp. Enfin, Sanders a écrit que tous les permis fédéraux devraient être suspendus jusqu’à ce que les Corps finissent sérieusement l’étude d’impact sur la culture et l’environnement.

C’est un nouvel espoir pour les Protecteurs d’Eau. Le 1er novembre, Obama a indiqué que les Corps étudieraient la possibilité de rediriger le gazoduc vers le sud du Dakota du Nord pour atténuer les inquiétudes de la tribu sioux et de ses alliés. «En règle générale, je pense qu’il existe un moyen de préserver les terres sacrées des Amérindiens, et je pense que les Corps de l’armée examinent actuellement les moyens de rediriger ce pipeline», a-t-il déclaré.

La Guilde nationale des avocats a constitué sur place un collectif juridique nommé Red Owl, pour fournir un soutien juridique aux personnes arrêtées – dont des manifestants, des membres de la presse, des observateurs juridiques et des avocats – et travailler sur les litiges civils.

Marjorie Cohn

 

Article original en anglais :

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The Dakota Pipeline: The Human Right to Water at Standing Rock

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

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Lors d’un rassemblement à Cincinnati, dans l’Ohio, jeudi soir, le président nouvellement élu des États-Unis, Donald Trump, a présenté le programme de droite ultra-nationaliste de « l’Amérique d’abord » de son futur gouvernement.

Le discours de Cincinnati était différent de tous les discours prononcés par un président ou un président venant d’être élu dans l’histoire américaine. C’était une combinaison de contradictions flagrantes, d’exagérations, d’hyperboles sauvages, de démagogie vide et d’autocongratulation où il se présente comme l’homme qui réglera tous les problèmes auxquels le pays est confronté. Il a combiné des menaces contre des ennemis politiques avec des promesses de travailler avec tout le monde et n’importe qui pour surmonter les blocages partisans et restaurer les emplois américains.

Tout en se fondant sur une rhétorique autour de la protection de « l’ouvrier américain », les propositions politiques de Trump étaient centrées sur des réductions d’impôts massives pour les sociétés et sur la déréglementation, combinées à l’augmentation de la taille des forces armées, à l’élargissement des pouvoirs de la police et à la réduction radicale de l’immigration. Pendant le rassemblement Trump a également annoncé que son choix pour le secrétaire de la Défense est James « Mad Dog » Mattis, un général à la retraite.

Les remarques de Trump étaient clairement formulées et probablement écrites par le stratège en chef de Trump, Stephen Bannon, l’ancien chef de Breitbart News qui a des liens avec des organisations fascistes. Bannon a appelé à la formation d’un nouveau « mouvement » – un terme que Trump a martelé tout au long de ses remarques – s’appuyant sur le nationalisme économique et l’opposition aux « globalistes ».

Un thème majeur était la nécessité d’« unifier » la nation en opposition aux politiciens de Washington qui auraient subordonné les « intérêts américains » aux puissances étrangères. « Il y a beaucoup de discussions sur la façon dont nous devenons un monde globalisé », a déclaré Trump, « mais les relations que les gens apprécient dans ce pays sont locales… Il n’y a pas d’hymne mondial, pas de monnaie mondiale, pas de certificat de citoyenneté mondiale. Nous nous engageons à l’allégeance à un drapeau, et c’est le drapeau américain ».

« Dorénavant, ce sera l’Amérique d’abord », a-t-il ajouté. « Nous allons mettre nous-même d’abord… Notre objectif est de renforcer les liens entre les citoyens, de rétablir notre sentiment d’appartenance à une communauté nationale partagée ».

Comme ce fut le cas au cours de sa campagne présidentielle, Trump a fait un appel démagogique à la colère sociale contre la baisse des salaires et l’inégalité sociale. « Notre gouvernement n’a pas réussi à protéger les intérêts du travailleur américain », a-t-il dit. « Une main-d’œuvre en baisse et des salaires qui stagnent ne vont pas devenir la nouvelle norme ».

Il y a un énorme fossé entre cette rhétorique populiste vide et le personnel que Trump a choisi pour peupler son gouvernement. Ce discours a suivi une série de choix pour son Cabinet, y compris les milliardaires dépeceurs d’actifs, les banquiers de Wall Street et des opposants inébranlables à la réglementation financière et corporative, à l’éducation publique et à la sécurité sociale, pour diriger les ministères du Trésor, du Commerce, de l’Éducation, de la Santé et des Services sociaux.

En dépit de ses grandes envolées sur « l’unité nationale », le futur gouvernement Trump mènera une guerre de classe brutale. Le « plan d’action » de Trump est centré sur la libération des entreprises de toute restriction à l’exploitation et au profit. « Actuellement, nous punissons les entreprises qui font des affaires en Amérique », a-t-il déclaré. Pour ramener les emplois, la nouvelle administration « allégerait massivement les impôts et fera de l’Amérique le meilleur endroit au monde pour embaucher, investir, grandir, créer et se développer ».

Il a ajouté qu’il « éliminerait tous les règlements inutiles qui minent la capacité de nos travailleurs et de nos entreprises à concurrencer des entreprises de pays étrangers ».

Trump a annoncé l’accord avec Carrier pour maintenir la production de son usine d’Indianapolis, Que la compagnie-mère de Carrier, l’United Technologies Corp. (UTC) prévoyait de fermer d’ici 2019 pour transférer la production au Mexique. Carrier ne conservera que 800 des 1400 ouvriers de production de l’usine, et cet accord sanctionnera également la fermeture de l’usine UTC à Huntington, Indiana, qui effacera les emplois de 700 autres travailleurs.

Dans les discussions à la fin du mois dernier, Trump a déclaré au PDG de l’UTC, Gregory Hayes, que ses plans visant à réduire les impôts des sociétés et la réglementation sur le travail, la santé, la sécurité et l’environnement seraient beaucoup plus rentables pour la compagnie que les économies annuelles de 65 millions de dollars à l’étranger. En échange de l’accord, Carrier a reçu 7 millions de dollars de réductions d’impôt et autres subventions. Il est également probable que UTC, un important entrepreneur dans le secteur de la défense, a reçu la promesse de contrats encore plus importants sous la présidence de Trump.

Trump a réitéré sa proposition pour de grands projets d’infrastructure, un plan qui serait une manne pour les entreprises et essentiellement remettre l’infrastructure publique aux entreprises privées. Selon Trump ces mesures, combinées à de plus grandes restrictions au commerce, « inaugureraient une nouvelle révolution industrielle ».

Trump a combiné son programme de réductions d’impôt et de déréglementation avec un appel à de fortes restrictions sur l’immigration. « Nous allons restaurer la souveraineté des États-Unis », a-t-il dit. « Nous allons construire un grand mur à la frontière » et « libérer nos communautés de l’épidémie de violence des gangs et de drogues qui affluent vers notre pays ».

Trump en a peu dit sur la politique étrangère, sauf pour critiquer les 6000 milliards de dollars dépensés pour les guerres au Moyen-Orient. Il a également déclaré que les États-Unis devraient « cesser de chercher à renverser les régimes et renverser les gouvernements » et plutôt se concentrer sur « la reconstruction de notre pays ». Sous une administration Trump, il a affirmé que les États-Unis : « chercheraient des intérêts partagés chaque fois que c’était possible et poursuivraient une nouvelle ère de paix, de compréhension et de bonne volonté ».

En fait, le nationalisme de « l’Amérique d’abord » de Trump sera accompagné par une escalade massive de violence militaire. Dans son discours, Trump a promis un « effort national pour construire notre armée qui a beaucoup perdu » et a appelé à une campagne majeure pour « détruire l’État islamique ».

Plus notable, il y a la sélection de Mattis comme secrétaire de la défense. Mattis est un militariste fanatiquement anti-Islam qui a joué un rôle important dans l’invasion américaine de l’Afghanistan et a mené l’assaut brutal de 2004 contre Falloujah en Irak. En parlant de ses expériences en Afghanistan, Mattis a déclaré en 2005 que « c’est vraiment très amusant de les abattre ».

En menant le commandement central américain sous Obama de 2010 à 2013, Mattis a critiqué la Maison-Blanche pour ne pas avoir mené une guerre assez agressive au Moyen-Orient et pour être trop conciliante envers l’Iran.

Dans une indication de la domination de l’armée dans le futur gouvernement Trump, Mattis serait le premier général de réserve à être secrétaire à la défense depuis George Marshall en 1950-51. La loi fédérale dispose que les généraux doivent être mis à la retraite depuis au moins sept ans avant de diriger le Pentagone, mais Mattis devrait obtenir une exception du Congrès. Il a le soutien des républicains du Sénat, dont le sénateur John McCain, président du Comité des services armés du Sénat.

Mattis travaillera en étroite collaboration avec le conseiller en sécurité nationale de Trump, un autre général retraité, Michael Flynn.

Les syndicats et le Parti démocrate ont applaudi Trump, faisant écho à son nationalisme économique et faisant écho au mensonge que ce milliardaire magnat de l’immobilier, qui dirigera le gouvernement le plus à droite dans l’histoire, est un champion de la classe ouvrière.

Le sénateur américain Joe Donnelly (démocrate de l’Indiana) a déclaré qu’il espérait travailler avec Trump pour : « tirer parti de l’élan créé par votre accord avec United Technologies » et adopter une proposition fédérale de « sous-traitance » qui « refuserait et récupérerait certains avantages fiscaux aux entreprises qui déplacent des emplois à l’étranger ». En ajoutant : « Je vous encourage fortement à préciser que les efforts pour expédier des emplois à l’étranger à la chasse aux salaires bon marché seront abordés de front par l’Administration Trump. Je suis prêt à aider de toutes les manières possibles ».

Joseph Kishore et Jerry White

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 2 décembre 2016

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À la suite de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, les puissances européennes poursuivent rapidement les projets de réarmement militaire. Mercredi, la Commission de l’Union européenne (UE) a présenté des propositions visant à augmenter les dépenses militaires et à renforcer la coordination à l’échelle européenne dans la recherche et du développement des armements.

Le principal changement impliquera la restructuration des mécanismes et sources de financement concernés de l’UE pour les orienter vers la production d’armes. Après l’utilisation des institutions de l’UE pour mettre en œuvre des attaques contre les droits sociaux et démocratiques au cours des dernières années, l’appareil bureaucratique va maintenant être déployé pour une politique de guerre profondément impopulaire et le renforcement de l’armée.

La Commission a proposé la création d’un fonds européen de défense. L’objectif du plan est « que les États membres achètent, développent et conservent en commun l’éventail complet des capacités terrestres, aériennes, spatiales et navales », indique un document de la Commission.

Les principaux domaines d’intervention seront l’élargissement des capacités de surveillance, le développement de drones armés, l’accès à l’espace (hors missions habitées) et la cybersécurité. C’est précisément dans ces domaines que les puissances européennes restent fortement tributaires des États-Unis.

La Commission a reconnu que : « Dans l’ensemble, l’Europe a le deuxième plus haut niveau de dépenses militaires. Pourtant, l’Europe traîne derrière les États-Unis et souffre d’une utilisation inefficace des moyens, qui peut être liée à un chevauchement des structures, un manque d’interopérabilité et des lacunes technologiques ».

Par conséquent, des investissements importants sont nécessaires et la coopération en matière de défense doit être réalisée, selon la Commission européenne. C’est seulement de cette façon que l’expertise nécessaire peut être obtenue et ses ressources utilisées efficacement pour assurer « l’autonomie stratégique de l’UE ».

Dans la pratique, le « fonds de défense » comprendra deux parties. La première sera financée par des fonds de l’UE et soutiendra la recherche en armement. À partir de 2020, 500 millions d’euros y seront consacrés annuellement, une somme vraisemblablement trouvée grâce à des réductions dans les programmes civils de l’UE. Actuellement, tous les membres réunis de l’UE consacrent 2 milliards d’euros à la recherche sur les armes. Le fonds de l’UE représenterait donc une augmentation du financement de 25 %.

La deuxième partie beaucoup plus importante couvrirait le développement et l’achat d’équipement militaire. Les États membres coordonneront leurs achats grâce à cette fonction selon la demande. Si la France, l’Allemagne et l’Italie ont tous l’intention d’acheter des transporteurs de troupes blindés, par exemple, ils ne devraient pas les commander individuellement à l’avenir, mais coordonner les achats par le biais du fonds de défense. La Commission estime un montant brut de 5 milliards d’euros par an. Mais aucun plafond sur la taille du fonds n’a été établi.

Un élément central du projet est que les investissements réalisés à travers le fonds de défense ne seront pas pris en compte lorsqu’il s’agit de déterminer le déficit budgétaire de chaque État. Le document de la Commission indique que ces investissements seront « considérés comme des mesures “ponctuelles” dans l’esprit du pacte de stabilité et de croissance et ne porteront donc pas atteinte aux efforts de consolidation structurelle attendus des États membres ».

Dans la pratique, cela signifie que les États membres qui enfreignent les critères de déficit seront punis s’ils utilisent des fonds pour des emplois civils, des hôpitaux, des projets d’infrastructures ou des écoles, mais pas lorsqu’ils investissent les mêmes prêts pour des chars, des sous-marins et des avions militaires.

En Grèce, l’insistance de l’UE sur la réduction de la dette a entraîné la mort de personnes souffrant de maladies pouvant être traitées, la hausse du chômage des jeunes à près de 50 % et des baisses de salaires drastiques. En revanche, les vannes doivent être ouvertes pour les prêts destinés à l’expansion militaire.

Le renforcement militaire est entrepris en étroite collaboration avec les entreprises qui en bénéficieront. Le fonds de défense sera géré par un comité de coordination qui, avec des représentants des États membres et de l’UE, comprendra également des lobbyistes de l’industrie de l’armement.

En outre, la Commission européenne injectera de grandes quantités de ressources, actuellement destinées à des projets civils et économiques, dans l’industrie de l’armement. Par exemple, la Banque européenne d’investissement (BEI) « accordera des prêts, des garanties et son propre capital pour l’expansion des activités continues dans le domaine des biens ayant une double fonction », selon le document. De cette façon, la règle interdisant le financement des sociétés d’armement sera contournée.

D’autres sources de financement de l’UE, telles que Erasmus+ et le financement des pôles régionaux d’excellence, auxquels participent également les universités, seront de plus en plus orientées vers la recherche et la production militaires.

La Commission a noté que ses propositions ne portaient pas sur la création d’une armée européenne, mais que le matériel développé et acheté conjointement resterait en la possession de chaque État membre.

Mais les propositions correspondent au projet pour une « union de sécurité et de défense » qui sera discuté lors du sommet de l’UE le 15 et 16 décembre. Le gouvernement allemand est le principal moteur des appels à une armée européenne et à l’intégration de la politique étrangère européenne. Berlin espère ainsi dominer les structures de l’UE et accéder à la position d’une puissance mondiale.

Mardi, le ministre européen des Affaires étrangères, Michael Roth, a souligné cette position lors de la Conférence de Berlin sur la sécurité. Surtout après le vote pour le Brexit et l’élection de Trump, l’Allemagne avait selon lui besoin « d’une politique étrangère européenne responsable. Dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité, l’UE ne peut pas se permettre de rester à l’écart et de ne prendre aucune mesure ».

Roth a poursuivi en ces termes : « L’UE doit donc maintenant assumer réellement la responsabilité de la paix et de la sécurité dans le monde, en tant que gestionnaire de crise et négociateur et oui, si nécessaire, militairement ». Cette politique de guerres et d’interventions doit être accélérée suite à la publication du document de la Commission européenne.

Christoph Vandreier

Article paru en anglais, WSWS, le 2 décembre 2016

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Fidel, le Canada et l’apartheid

décembre 4th, 2016 by Robin Philpot

La réaction de la classe politique québécoise et canadienne au décès de Fidel Castro est pour le moins désolante. De Justin Trudeau, qui prend une bonne position, puis recule; aux députés de l’Assemblée nationale qui n’arrivent pas à voter une résolution, même diluée et mielleuse; à Thomas Mulcair, qui recommande de méditer sur l’héritage de Fidel, sans exprimer sa propre position. Idem pour une bonne partie des médias.

À titre d’exemple, Michel David, dans une litanie de reproches adressés à Fidel Castro (et à Justin Trudeau par ricochet), écrit : « Sans oublier les malheureuses interventions des troupes cubaines en Afrique » (Double Erreur, Le Devoir 29/11/16, A3).

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est surprenant de le voir contredire tant de personnes respectées, qui se sont prononcés sur le rôle de Fidel Castro et des troupes cubaines en sol africain.

Nelson Mandela, fraîchement sorti de prison, s’est rendu à Cuba en 1991 pour remercier Fidel et le peuple cubain de leur contribution inégalée à la défaite du régime d’apartheid.

« Nous sommes venus pour reconnaître notre immense dette au peuple cubain, a déclaré Mandela. Quel autre pays possède une telle histoire de soutien désintéressé au peuple africain ? … Votre participation à la bataille de Cuito Cuanavale [en Angola contre l’Afrique du Sud fortement soutenue par la CIA] a une signification historique. La défaite décisive de l’armée raciste à Cuito Cuanavale a été une victoire pour toute l’Afrique… Cela a détruit le mythe l’invincibilité de l’armée de l’oppresseur blanc. »

Aussi, dès 1977, dans le New Left Review, Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de la littérature, ne cessait de s’étonner de la contribution de Cuba et de Fidel lui-même au combat contre le régime de l’apartheid. Il suivait les troupes cubaines en Angola d’heure en heure.

Garcia Marquez cite un commentaire de Henry Kissinger qui se lamentait au président du Venezuela du mauvais état des services de renseignement étasuniens : « Nos services sont tellement mauvais que nous n’avons découvert la présence de troupes cubaines en Angola que lorsqu’elles étaient déjà sur place ».

Bref, pour Fidel et Cuba, les bottines devaient suivre les babines, sinon les devancer, contrairement aux Etats-Unis et au Canada sous Trudeau père où même les babines ne troublaient pas le régime de l’apartheid.

Rappelons le silence de Trudeau père au sujet du régime sud-africain, lui qui devait garder le silence pour avoir l’appui de Margaret Thatcher pour son coup de force (voire d’État) de 1982 contre le Québec.

Par ailleurs, on fait grand cas des relations entre Trudeau père et Fidel Castro. Mais on ne souligne pas les raisons qui l’ont cité à se rapprocher de Cuba. Outre le fait que Trudeau père trouvait dans le Cuba de Fidel une façon de réaffirmer son existence devant l’empire américain, comme l’a bien remarqué Pierre Dubuc, il le faisait pour damer le pion du Québec, dont tant de militants et de dirigeants indépendantistes se sont inspirés de Fidel.

On n’a qu’à se rappeler la déclaration du super-ministre des stratèges du gouvernement Trudeau, Mitchell Sharp, selon laquelle : « Absolument tout ce que faisait le gouvernement visait à contrer le séparatisme au Québec ».

Robin Philpot

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L’Europe et le nouveau président des Etats-Unis

décembre 4th, 2016 by Karl Müller

On apprend peu de choses, par les médias traditionnels européens, sur ce que les citoyennes et citoyens pensent du nouveau président des Etats-Unis. Depuis qu’on connaît les résultats de l’élection (du président et d’une grande partie du Congrès) se sont surtout les politiciens, certaines «élites» et «intellectuels» ainsi que les journalistes qui s’expriment. Mais on apprend par les médias, qui publient des avis de lecteurs concernant leurs articles, que tout le monde n’est pas de l’avis du «mainstream».

Voici deux exemples pris du journal «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 10 novembre. A propos du résultat de l’élection, un lecteur s’est exprimé de la manière suivante sur les nombreuses analyses de politiciens et de journalistes:

«Ce sont les stupides qui l’ont élu, voilà un des résultats de ses analyses. Mais peut-être que cela exprime également le sentiment d’un grand nombre de citoyens observant les mensonges et les tentatives des médias et des politiciens de les mettre sous tutelle. Car ceux-ci ne se préoccupent que du politiquement correct et en rien de ce que pense le peuple.»

Un autre lecteur s’exprime ainsi:

«Il semble que ce soit profondément ancré dans les gênes des Allemands de se sentir supérieurs aux autres, en se prenant pour les maîtres du monde ou en jouant les champions de la bien-pensance. Les Etats-Unis ont voté, que cela plaise ou non, nous devons l’accepter. De même que le nouveau président a encore beaucoup à apprendre, les politiciens allemands et européens vont devoir s’habituer à la nouvelle administration. Ce n’est pas un bon départ que de vouloir être impertinent comme l’est par exemple le président du parti socialiste, avec l’arrogance souvent rencontrée chez certains représentants de la gauche et des Verts, ou bien d’entendre Mme Merkel donner des leçons sur les valeurs communes

Plus de retenue diplomatique

Le comportement des hommes politiques et des médias dans le contexte des relations internationales a fortement changé au cours des 25 dernières années. Ce qu’on considérait comme les bases du droit international et des habitudes diplomatiques correspondant à la Charte des Nations Unies – notamment la retenue verbale lors de commentaires officiels concernant les affaires intérieures d’un autre Etat souverain (dont font certainement partie les élections) – ne compte plus pour une grande partie des «élites» européennes. Il y a certes des raisons de politique extérieure, mais dans le cas du nouveau président des Etats-Unis encore davantage des raisons intérieures au pays. Des gros titres, tel celui de la «Neue Zürcher Zeitung» des 12/13 novembre, «Trump est partout», donnent un aperçu de la situation. Les «élites» ou l’«Establishment», qui mènent encore la barque, veulent à tout prix maintenir leur position dominante mais se voient – avec de bonnes raisons – remis en cause par un nombre grandissant de citoyennes et citoyens.

Le mot à la mode «populiste» pourrait sortir du roman «1984» de George Orwell

Ce mot à la mode ne possède aucune définition claire. Tout comme Donald Trump passe pour un «populiste», on qualifie également toute une série de personnalités en Europe par ce terme. Parfois, selon la «Neue Zürcher Zeitung» du 10 novembre, on parle aussi de «démagogues» (du grec demagogos), du fait que les électeurs d’Athènes, pendant la guerre du Péloponnèse, se laissèrent convaincre par des orateurs habiles de se lancer dans des guerres aux résultats catastrophiques.
En observant la situation actuelle, on ne peut qu’être méfiant envers l’utilisation de ces notions. Car ce ne sont pas les «populistes» actuels qui appellent à la guerre, la préparent et la font. Il s’agit bien de l’«Establishment» – et il faut malheureusement constater que ces «élites», se nommant aussi «communauté de valeurs occidentale», ont conduit notre planète dans une impasse catastrophique tant au niveau politique et économique qu’au niveau social et culturel.

A quels critères se fier?

Qu’on nous permette une question: les personnes mesurant les «élites» actuelles selon les critères du droit naturel, des droits humains ou du droit international sont-elles toutes des «populistes», voire des «démagogues»? Ou bien ne serait-ce pas plutôt que cet «Establishment» a perdu tout sens pour les valeurs cardinales que sont la justice, la modération, la sagesse et la bravoure, pour ne penser et n’agir plus qu’en tant que «hasardeurs»? Un hasardeur est «une personne prenant des risques incalculables et remettant sa sécurité davantage à un destin bienveillant qu’à ses propres réflexions et ses connaissances. Toute appréciation objective des menaces et des conséquences de ses actes est mise de côté. Ainsi il joue non seulement avec sa propre vie, mais également avec celle des autres et aussi avec leurs biens.»

Il est grand temps de réfléchir au cadre de la politique européenne

Le succès électoral de Donald Trump doit nous inciter à la réflexion sérieuse, non pas à la polémique contre la personne élue et ses électeurs. Il faut examiner la façon dont les Etats européens veulent définir leur politique future, à quel ordre économique et financier ils aspirent et comment envisager la vie culturelle: bref, comment organiser à l’avenir notre vivre-ensemble.
Une telle réflexion devrait au moins englober les aspects suivants:

  • comment revenir dans les relations internationales aux fondements du droit international, violés notamment par les pays membres de l’OTAN dans les guerres menées en violation du droit international contre la Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. La paix entre les peuples et les Etats doit redevenir la priorité absolue. Il faut bannir la guerre. La diabolisation incessante de la politique russe et la propagande menée contre ce pays n’ont plus de raison d’être dans un monde se trouvant devant l’urgente nécessité d’établir une coopération d’égal à égal entre Etats souverains;
  • comment établir un ordre économique et financier servant au bien-être des économies nationales et de l’économie mondiale, permettant de sortir de ces inégalités sociales insupportables tant au sein des Etats que dans le monde entier. Il va de soi qu’il faut remettre en question les idéologies du «libre-échange» et de la «mondialisation». La propriété et les transactions financières doivent servir au bien des populations;
  • comment renforcer la démocratie afin de donner la possibilité aux citoyennes et citoyens de décider sur les questions politiques de leurs pays respectifs, dans la mesure où ils le souhaitent;
  • comment apporter le soutien nécessaire aux familles leur permettant de mener à bien l’éducation et le vivre-ensemble pour qu’elles restent ou redeviennent les cellules de base où peuvent germer une société et un ordre étatique humain, équitable, libéral et démocratique;
  • comment permettre à nos écoles et Hautes Ecoles de former des jeunes gens à la pensée scientifique, chrétienne-humaniste et sociale pour qu’ils puissent former l’avenir de nos sociétés et de nos Etats avec détermination et assurance.

Une Europe indépendante – mais pas à la traîne des Etats-Unis

Après les élections américaines, divers politiciens européens ont estimé que l’Europe devait redevenir plus indépendante. Mais pour eux c’était le côté obscur de la politique américaine qui devrait être transféré à l’Europe, comme par exemple un réarmement massif et des revendications hégémoniques. Ce sont avant tout des représentants du gouvernement allemand qui se lancent dans de telles réflexions, cherchant à en cacher le caractère négatif en prétendant vouloir assumer davantage de «responsabilité» dans le monde. Mais l’Europe n’a rien à faire de telles réflexions. Il y a quelques années déjà, peu après l’entrée en fonction d’Angela Merkel, il s’est avéré que des cercles occidentaux puissants et intéressés, prévoyant le déclin de l’empire américain, cherchaient de nouveaux Etats et de nouveaux politiciens pouvant reprendre le flambeau de la politique de puissance étatsunienne – en pensant avant tout à l’Allemagne. On peut considérer que la récente visite du président sortant Obama à Berlin fait partie de ces planifications subreptices.

Il est souhaitable que l’Europe s’affranchisse des Etats-Unis, mais seulement là où cela est nécessaire. Ni contre les Etats-Unis, ni contre quelque autre peuple ou Etat, mais pour le bien de ses populations et de celui de l’ensemble du monde.    •

Karl Müller

 

Nomination de Michael Flynn au poste de conseiller de Sécurité nationale par Donald Trump

De nombreux médias ont communiqué le 18 novembre 2016 la nomination du général Michael Flynn, ancien chef du service de renseignement militaire américain DIA au poste de conseiller de la Sécurité nationale du futur gouvernement américain par Donald Trump. Le général Flynn avait été licencié par le président Obama après deux ans de mandat (2012–2014). Dans les médias traditionnels allemands la nomination de Michael Flynn est fortement critiquée.
Le 16 novembre 2016, Willy Wimmer, par contre, a écrit au sujet de Michael Flynn: «Il y a exactement un an, je me suis retrouvé à une table du président de la Fédération de Russie, M. Vladimir Poutine, à Moscou dans le «Nouveau Manège» avec le général américain Flynn, qui venait d’être mis à la retraite. Un dîner festif était annoncé. Peu avant, l’ancien général Flynn avait révélé dans les médias mondiaux qui était le réel créateur de l’EI/Daesh et avait ainsi impitoyablement exposé Washington.»
Dans le nouveau livre de Daniele Ganser «Illegale Kriege. Wie die Nato-Länder die UNO sabotieren. Eine Chronik von Kuba bis Syrien» [Guerres illégales. Comment les pays de l’OTAN sabotent l’ONU. Une chronique de Cuba à la Syrie.], on peut lire dans les pages 297/298 un extrait d’un document de la DIA:
«‹Le contenu du document secret vous laisse sans voix›, tel fut le commentaire de Jürgen Todenhöfer, lors de la divulgation du document du DIA en 2015. Depuis, il est évident que les pays de l’OTAN coopèrent avec les djihadistes pour renverser Assad. Il faut lire deux fois le passage pertinent, avant de pouvoir y croire: ‹Les salafistes, les Frères musulmans et Al-Qaïda en Irak (AQI) (ainsi appelait-on le futur Etat islamique) sont les forces principales dirigeant la révolte en Syrie›, dit le document sans détour […]. ‹Un lauréat du prix Nobel comme parrain du terrorisme! L’Occident aux côtés du terrorisme international! Un promoteur du terrorisme international en connaissance de la cause!› critiqua Todenhöfer. Mais les médias soumis à l’OTAN firent disparaître le document dans les troubles de la guerre. […]

Le chef du service de renseignement militaire américain DIA, le général Michael Flynn, a confirmé l’authenticité de ce rapport envers le journaliste Mehdi Hasan. ‹Oui, j’ai vu ce document du DIA d’août 2012›, dixit Flynn. Le journaliste Mehdi Hasan lui a donc demandé pourquoi les Etats-Unis collaboraient avec des djihadistes radicaux. ‹C’était une décision intentionnelle du gouvernement›, répondit Flynn. ‹Vous devez vraiment demander au président américain ce qu’il fait, parce que c’est absolument déroutant.› Par cette déclaration le général Flynn a vraiment frappé dans le mille.»

Et dans le paragraphe suivant Daniele Ganser ajoute: «Le général Michael Flynn et d’autres officiers de haut niveau aux Etats-Unis ne veulent pas qu’Assad soit remplacé par des fondamentalistes. Ils considèrent comme erroné le soutien des pays de l’OTAN aux groupes islamiques radicaux tels Daesh et al-Nusra. ‹Si le public américain pouvait prendre connaissance des informations extrêmement sensibles de nos services de renseignements sur lesquels nous travaillons quotidiennement, il deviendrait fou›, a déclaré Flynn au journaliste d’investigation Seymour Hersh. ‹Nous connaissions la stratégie à long terme et la planification opérationnelle de l’Etat islamique et nous discutions aussi le fait que la Turquie détournait sciemment le regard quand l’Etat islamique devint toujours plus fort en Syrie.› Cependant, les rapports du DIA ont rencontré une ‹forte résistance› auprès de l’administration Obama. ‹J’avais l’impression qu’on ne voulait pas entendre la vérité›, a expliqué Flynn qui dut démissionner. Le colonel Patrick Lang, ayant travaillé pendant dix ans pour le DIA, expliqua que Flynn ‹avait attiré la colère de la Maison Blanche parce qu’il voulait absolument dire la vérité concernant la Syrie … Il refusa de se taire.›»

(Traduction Horizons et débats)

Libérer les Etats-Unis de leur propre impérialisme

«Plutôt que de réfléchir à la manière dont nous pourrions tirer avantage de l’administration Trump, nous devrions nous demander comment nous pouvons l’aider à réussir à libérer son pays de son propre impérialisme, à mettre fin au monde unipolaire […]; comment nous pouvons substituer la coopération à l’affrontement. […]
Nous devons nous appuyer sur le général Michael T. Flynn qui, quoique démocrate, fut le principal conseiller en politique étrangère et de défense durant sa campagne. Commandant du Renseignement militaire, de la Conférence de Genève 1 à la conquête de l’Irak par Daesh, il n’a cessé de combattre le président Obama, la secrétaire d’Etat Clinton, les généraux David Petraeus et John Allen, et Jeffrey Feltman à propos de l’usage des djihadistes et du terrorisme pour maintenir l’impérialisme états-unien.»

Source: Thierry Meyssan sur Réseau Voltaire du 15/11/16

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Le 29 novembre, la nouvelle est tombée : le gouvernement de M. Justin Trudeau a décidé d’approuver l’oléoduc TransMountain de Kinder Morgan vers le port de Vancouver ainsi que la réfection de la vieille ligne 3 d’Enbridge vers le Wisconsin. Mais il a refusé le projet Northern Gateway vers Kitimat. C’est la première fois que le premier ministre Trudeau tranche; la lune de miel composée de gentils selfies est terminée. Cependant, on peut se demander si ce préjugé favorable en faveur de l’industrie pétrolière a un quelconque lien avec le fait que son grand père, Charles, était le fondateur de la Champlain Oil?[i]

De prime abord, le premier ministre vient de briser deux de ses promesses qui l’ont aidé dans sa campagne électorale de 2015 : celle de soumettre les projets de pipelines comme TransMountain à un nouveau processus de consultation et d’évaluation ainsi que celle de fonder ses décisions sur la science. La très nécessaire réforme de l’Office national de l’énergie (ONÉ) est remise aux calendes grecques! C’est un mauvais départ.

En un sens, cette annonce est une victoire pour les pressions du lobby de l’industrie pétrolière. Selon Raphaël Bouvier-Auclair de la SRC[ii], il y aurait eu quelque 35 rencontres entre des représentants de Kinder Morgan et des employés politiques ou des fonctionnaires. Quant à Enbridge, le registre fédéral des lobbyistes fait état de 70 rencontres. Mais, de l’autre côté de l’équilibre des forces, mon budget (et c’est vrai pour la plupart des environnementalistes) ne me permet pas d’avoir une rencontre avec le premier ministre à 1 500,00 $ le couvert![iii] Certes, ces rencontres ne sont pas illégales, mais pour la transparence, on repassera.

N’oublions pas que Northern Gateway avait été accepté; mais l’opposition farouche des Premières Nations et des citoyens en a forcé l’annulation par les cours de justice[iv]. De plus, la disette de bienfaits économiques pour la Colombie-Britannique avait amené la première ministre Clark à se demander si les risques environnementaux encourus en valaient la chandelle.

Même si le gouvernement fédéral vient de lui donner son aval, les mêmes problèmes attendent le projet de pipeline TransMountain avec une brique et un fanal. Le député Kennedy Stewart, du NPD, et Mme Elizabeth May, chef du Parti Vert, ont juré de se battre aux côtés des Amérindiens et des maires de la région de Vancouver. Le maire de Vancouver, M. Gregor Robertson, est aussi déterminé que M. Denis Coderre.

En accordant sa bénédiction de façon précipitée à TransMountain, le gouvernement Trudeau a oublié que ce genre de décision doit se prendre en consultant les scientifiques. Il fait fi du 5e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Selon Enjeux Énergie, ce pipeline qui aurait une capacité de 324,85 millions de barils par année serait responsable d’émissions mondiales équivalant à 195 millions de tonnes de gaz carbonique par an. L’objectif de la construction de TransMountain, c’est d’augmenter la production des sables bitumineux. Les gaz à effet de serre, qu’ils soient produits à Fort McMurray, à New Delhi ou à Pékin, contribueront à accélérer les changements climatiques au niveau mondial. Comment réconcilier cette décision avec nos promesses à la conférence de Paris?

Lorsque l’aïeul Trudeau a décidé de vendre du pétrole et de favoriser l’automobile vers 1930[v], il était en plein dans la révolution qui sonnait le glas de l’ère du cheval et du boghei. Mais, 85 ans plus tard, les temps ont changé; nous sommes dans la transition vers les énergies renouvelables. Bâtir un pipeline aujourd’hui, c’est aussi rétrograde que de construire une usine de boghei en 1930.

M. Trudeau, nous sommes en 2016!

Gérard Montpetit

Le 2 décembre 2016

 

Gérard Montpetit : Membre du CCCPEM (Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain)

 

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Le peuple cubain est attaché à l’indépendance de son pays et à son modèle social. Ici, le Malecon à La Havane. Photo : Yin Yang/Getty Images/IStockphoto

Salim Lamrani est spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis. Il explique les raisons de l’aura de Fidel Castro et la place du leader de la révolution dans une société en mutation.

Spécialiste de Cuba, vous venez de publier un ouvrage consacré à Fidel Castro (1). Est-il possible de caractériser la trajectoire de cet homme, dont même ses détracteurs reconnaissent la stature ?

Salim LamraniDocteur ès études ibériques et latino-américaines de l’université Paris-IV SorbonneSalim Lamrani À mon sens, trois facettes caractérisent le personnage de Fidel Castro. Il est tout d’abord l’architecte de la souveraineté nationale qui a réalisé le rêve de l’apôtre et héros national José Marti d’une Cuba indépendante et a redonné sa dignité au peuple de l’île. Il est ensuite le réformateur social qui a pris fait et cause pour les humbles en créant une des sociétés les moins injustes du tiers-monde. Il est enfin l’internationaliste qui a tendu une main généreuse aux peuples nécessiteux et qui a placé la solidarité et l’intégration au centre de la politique étrangère de Cuba.

Comment comprendre l’aura dont il jouit à Cuba et dans le monde ?

Salim Lamrani Fidel Castro est un personnage controversé en Occident, parce que les médias en présentent une image caricaturale. En revanche, il est plébiscité par les peuples d’Amérique latine et du tiers-monde qui le considèrent comme un symbole de la résistance à l’oppression et un défenseur de l’aspiration des pays du Sud à l’indépendance, à la souveraineté et à l’autodétermination. C’est un rebelle mythique entré de son vivant dans le panthéon des grands libérateurs du continent américain. L’ancien guérillero de la sierra Maestra a vu son prestige dépasser les frontières continentales pour devenir l’archétype de l’anti-impérialisme du XXe siècle et le vecteur d’un message universel d’émancipation. Les médias occidentaux n’ont pas su saisir l’importance de la figure de Fidel Castro à travers le monde. Depuis Marti, aucun autre personnage n’a symbolisé avec autant de force les aspirations du peuple cubain à la souveraineté nationale, à l’indépendance économique et à la justice sociale. Fidel Castro est un symbole de fierté, de dignité, de résistance et de loyauté aux principes. Le leader historique de la révolution cubaine a pris les armes en faveur des opprimés et a revendiqué leur droit à une vie décente.

Lors de son retrait de la vie politique en 2006, nombre de commentateurs ont prédit la fin de la révolution cubaine, estimant que cette dernière ne survivrait pas à l’absence de Fidel Castro. Qu’en est-il dix ans plus tard ?

Salim Lamrani L’erreur commise par nombre d’observateurs est de penser que le processus révolutionnaire cubain repose sur les épaules d’un seul homme, Fidel Castro. Or, la révolution a été édifiée par plusieurs générations de Cubains. Aujourd’hui, les institutions sont solides à Cuba et de nombreux cadres ont pris la relève à la suite du retrait progressif de la génération historique. Aucun cataclysme n’est survenu à Cuba après le retrait de Fidel Castro en 2006, car le peuple de l’île dispose d’un haut degré de conscience politique et est attaché à son indépendance, à son système politique et à son modèle social. À l’annonce du décès de Fidel Castro, un immense sentiment de tristesse a envahi les Cubains, car ils ont perdu leur guide moral, leur boussole politique, celui qui aura toujours été en première ligne pour défendre le droit de son peuple à l’autodétermination. Fidel Castro laisse en héritage une idée juste et généreuse : celle d’une lutte continue pour la dignité des déshérités, d’un partage plus équitable des richesses et d’une solidarité sans faille avec les peuples luttant pour une vie meilleure.

Depuis son retrait effectif deux ans plus tard, quelle place occupait Fidel Castro dans la société cubaine en pleine mutation ?

Salim Lamrani Fidel Castro s’était défini lui-même comme un « soldat des idées ». C’était en quelque sorte le père spirituel du peuple cubain, le sage que l’on consultait pour les décisions stratégiques en raison de son immense expérience. Fidel Castro a été, jusqu’à son dernier souffle, un observateur attentif de la société cubaine et du monde, exprimant une grande préoccupation face au changement climatique et à la menace nucléaire.

Que pensait-il de la normalisation des relations avec les États-Unis, survenue en décembre 2014 ?

Salim Lamrani Il convient de rappeler la vérité historique. Dès le triomphe de la révolution cubaine en 1959, Fidel Castro avait exprimé son souhait d’entretenir des relations cordiales et apaisées avec les États-Unis pour des raisons de principe et des considérations pragmatiques. En revanche, Washington devait respecter trois principes fondamentaux et non négociables : l’égalité souveraine entre les États, la réciprocité et la non-ingérence dans les affaires internes. Alors que Cuba avait tendu un rameau d’olivier à son voisin, Washington a répondu en imposant une politique hostile à Cuba. Dès 1960, les États-Unis ont imposé des sanctions économiques implacables, qui infligent encore aujourd’hui des souffrances intolérables au peuple cubain. Par la suite, le président John Fitzgerald Kennedy a organisé l’invasion de la baie des Cochons en 1961 et a menacé l’île de désintégration nucléaire lors de la crise des missiles en 1962. La CIA a multiplié les attentats terroristes contre Cuba, qui ont coûté la vie à 3 478 personnes et ont infligé des séquelles permanentes à 2 099 civils. Depuis 1959, les États-Unis ont mené une guerre politique, diplomatique et médiatique continue contre Cuba. Il est nécessaire, donc, de rappeler que le conflit qui oppose Washington à La Havane est asymétrique, car l’hostilité est unilatérale. Ce sont les États-Unis qui imposent des sanctions à Cuba, qui occupent illégalement une partie du territoire cubain (Guantanamo), qui financent une opposition interne et qui cherchent à obtenir un changement de régime. Barack Obama a reconnu que la politique des États-Unis envers Cuba était obsolète et injuste, et il a choisi d’établir un dialogue avec Raul Castro. Fidel Castro, qui a tant œuvré pour la paix à travers le monde, était bien entendu favorable à la résolution pacifique du différend qui oppose Washington à La Havane, même s’il ne se faisait guère d’illusions sur les véritables intentions du voisin du Nord.

Le président Raul Castro a annoncé qu’il ne se représenterait pas à ses fonctions en 2018, signifiant ainsi la fin de la « génération de la révolution ». Comment ce changement politique est-il appréhendé ?

Salim Lamrani Les Cubains savent depuis plusieurs années que Raul Castro mettra un terme définitif à sa carrière politique en 2018. Ils doivent donc relever trois défis de taille : le changement générationnel à la tête du pays, l’actuelle réforme du modèle économique et la nouvelle relation avec les États-Unis. Mais l’Histoire a montré que les Cubains ont toujours répondu avec intelligence aux nouvelles réalités et qu’ils étaient attachés au socle de valeurs qui cimentent la révolution cubaine.

L’île est engagée dans un processus de réformes économiques structurelles. Entrent-elles en contradiction avec les idéaux qui ont prévalu jusqu’alors et que Fidel Castro a défendus jusqu’à sa mort ?

Salim Lamrani Fidel Castro avait apporté son soutien plein et entier au processus d’actualisation du modèle économique à Cuba, car il était nécessaire. « Révolution, c’est changer tout ce qui doit être changé », disait-il dans sa célèbre définition du concept, donnée le 1er mai 2000. Il n’y a aucun renoncement aux idéaux du socialisme. L’État garde toujours le contrôle des moyens de production et des secteurs stratégiques. Le nouveau modèle économique, s’il introduit des mécanismes de marché, reste fondé sur la planification socialiste à tous les niveaux, et l’entreprise d’État socialiste est la forme principale dans l’économie nationale. Le pays s’ouvre aux investissements étrangers – afin d’attirer les capitaux indispensables au développement de la nation –, par le biais d’entreprises mixtes, où l’État cubain dispose toujours d’une majorité d’au moins 51 %. Ainsi, le nouveau modèle économique cubain, fondé sur la planification, une politique de prix centralisée, l’interdiction de concentration de richesses, un salaire minimum et un salaire maximum et la protection de toutes les catégories de la population, en particulier les plus vulnérables (il n’y a pas eu de licenciements massifs), reste indéniablement socialiste. Mais il s’adapte à son époque, en se fondant sur la philosophie de José Martí, selon qui « le premier devoir de l’homme est d’être un homme de son temps ». Il a pour objectif d’atteindre une meilleure efficacité économique, de lutter contre la bureaucratie et la corruption, de préserver les acquis sociaux de la révolution cubaine, de renforcer la République sociale et d’améliorer le bien-être matériel et spirituel de tous les Cubains.

(1) Fidel Castro, héros des déshérités. Préface d’Ignacio Ramonet. Éditions Estrella, Paris, 2016.
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Des représentants de plus d’une cinquantaine de villes de toute l’Espagne se sont retrouvés à Oviedo ces 25 et 26 novembre, pour constituer un front des municipalités contre les dettes identifiées comme illégitimes et pour initier des audits des dettes des administrations publiques avec participation citoyenne. 

C’est dans l’impressionnant Palais des Congrès (Palacio de Congresos)1 de l’architecte Calatrava – éléphant blanc mastodonte d’Oviedo et exemple emblématique du gaspillage d’argent public – que se sont réunis les participants de la première rencontre des municipalités contre la dette illégitime et l’austérité. La réunion a officiellement donné le coup d’envoi au lancement du Réseau des municipalités contre la dette illégitime et les coupes budgétaires qui aura le Manifeste d’Oviedo’ comme texte de référence. Ce manifeste a connu un succès retentissant. En l’espace de quelques semaines, il a été signé par plus de 700 élu-e-s : maires, conseillers municipaux et députés de différents partis politiques de toutes les régions de l’État espagnol, îles Canaries et Baléares inclus. Soutenu également par des syndicats, europarlementaires et de nombreuses personnalités internationales parmi lesquelles Susan George ou Yanis Varoufakis, le Manifeste est activement appuyé par la Plateforme d’audit citoyen de la dette et d’autres mouvements sociaux tel Attac Espagne.2

Les signataires du Manifeste d’Oviedo exigent, entre autres revendications, la restitution des intérêts abusifs déjà perçus par les banques, réclament le retrait de la reformulation de 2011 par le PSOE avec l’appuie du PP de l’article 135 de la Constitution, et de la ‘Loi Montoro’ sur l’administration locale. Ces deux textes de loi obligent à honorer le paiement de la dette en priorité avant toute autre dépense quelles que soient les nécessités sociales. Ainsi, en cas d’excédent budgétaire, une municipalité est sommée de dédier celui-ci au service de la dette, interdisant par exemple toute embauche de personnel. C’est dans ce contexte que la ville de Madrid qui n’emprunte plus et paye ses échéances en temps voulu, s’affronte au gouvernement central en augmentant de 53 % le budget social en 2 ans.

Le 24 novembre, veille de la rencontre, Éric Toussaint, porte-parole du réseau international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes et coordinateur scientifique de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque,3 a tenu une conférence interactive avec le public à l’université d’économie où il a retracé l’histoire des répudiations de dette des États-Unis à la Grèce en passant par Cuba, la Russie, le Mexique, l’Argentine ou l’Équateur. Le lendemain, 25 novembre, Yago Álvarez, auteur du livre « déchiffre ta dette » (Descifra tu deuda) a animé un atelier pour donner des pistes d’actions susceptibles d’intéresser les conseillers municipaux qui veulent se lancer dans la bataille contre la dette illégitime. Enfin, dans la soirée, a été projeté le film documentaire « Debtocracy » réalisé par des journalistes grecs Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi sous les conseils scientifiques de Leonidas Vatikiotis. Ce film, bouclé en un temps record, a connu un vif succès en Grèce où près de 500 000 personnes l’ont visionné une semaine après sa sortie sur Internet, et plus d’un million et demi quelques semaines plus tard.

Différents ateliers animés par la Plateforme d’audit citoyen de la dette (PACD) et le CADTM ont rythmé toute la journée du samedi pour définir les idées partagées et en dégager des pistes d’actions communes qui puissent tracer une feuille de route vers la promotion d’audits citoyens et la reconnaissance de l’illégitimité de la dette. A l’issue des travaux, et suivant un calendrier bien établi, une planification d’actions et de mobilisations s’est mise progressivement en place et différents groupes de travail ont été établis.

Lors d’une conférence tenue dans la soirée, Ana Taboada, l’adjointe au Maire de la Mairie d’Oviedo, a déclaré être « fière de voir Oviedo au centre d’un débat essentiel qui affecte l’ensemble de la population ». « Aujourd’hui nous sommes 50 municipalités, mais demain nous serons beaucoup plus, parce que de cette rencontre naît un front des municipalités qui sera capable de faire face aux politiques d’austérité et à la Loi Montoro », a t-elle poursuivit tandis que le conseiller municipal d’économie de la Mairie de Madrid, Carlos Sanchez Mato, affirmait que « le gouvernement de Ahora Madrid démontrait sa capacité à gouverner au service de la population en augmentant de 53 % les dépenses sociales en deux ans ». Éric Toussaint a rappelé l’indispensable nécessité de la mobilisation sociale pour inciter les municipalités dite « du changement » à affronter les créanciers pour enfin réellement œuvrer en faveur des populations.

D’ores et déjà, la seconde rencontre « Municipalisme, auto-gouvernement et contre-pouvoir » prévue du 20 au 22 janvier 2017 à Pampelune (Iruña en Basque, Pamplona en castillan), capitale de Navarre, abordera le thème de l’audit et sera l’occasion d’encourager l’initiative de ce front contre la dette illégitime. Initiative qui sera aussi présentée au Parlement européen au mois de mars pour œuvrer à l’adoption des politiques spécifiques visant à résoudre la situation économique des municipalités étranglées par un endettement insoutenable et les coupes sauvages dans les budgets sociaux. La prochaine rencontre du Réseau devrait avoir lieu à Cadix au mois de mai prochain, deuxième anniversaire des dernières élections municipales, et déjà deux autres villes, Saragosse et Rivas, se proposent pour accueillir les futures rencontres à venir. « La coordination des municipalités, groupes politiques et mouvements sociaux en réseau est indispensable pour affronter l’oppression insoutenable de la dette illégitime qui asphyxie nos municipalités. C’est un espace nécessaire pour promouvoir les audits citoyens, outils au service de la population pour exiger la transparence, visibiliser et trouver des solutions collective à l’endettement illégitime » nous rappelle Iolanda Fresnillo, membre de la Plateforme d’audit citoyen de la dette.

La route est désormais tracée et semée de multiples propositions concrètes pour avancer vers une souveraineté populaire. L’engouement des représentants présents à cette première rencontre pour s’investir dans ce projet et l’enrichir de leur participation active est tout à fait encourageant.

Jérôme Duval

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When I first went to Hiroshima in 1967, the shadow on the steps was still there. It was an almost perfect impression of a human being at ease: legs splayed, back bent, one hand by her side as she sat waiting for a bank to open.

At a quarter past eight on the morning of 6 August, 1945, she and her silhouette were burned into the granite. I stared at the shadow for an hour or more, unforgettably. When I returned many years later, it was gone: taken away, “disappeared”, a political embarrassment.

I have spent two years making a documentary film, The Coming War on China, in which the evidence and witnesses warn that nuclear war is no longer a shadow, but a contingency.  The greatest build-up of American-led military forces since the Second World War is well under way. They are in the northern hemisphere, on the western borders of Russia, and in Asia and the Pacific, confronting China.

The great danger this beckons is not news, or it is buried and distorted: a drumbeat of mainstream fake news that echoes the psychopathic fear embedded in public consciousness during much of the 20th century.

Like the renewal of post-Soviet Russia, the rise of China as an economic power is declared an “existential threat” to the divine right of the United States to rule and dominate human affairs.

To counter this, in 2011 President Obama announced a “pivot to Asia”, which meant that almost two-thirds of US naval forces would be transferred to Asia and the Pacific by 2020. Today, more than 400 American military bases encircle China with missiles, bombers, warships and, above all, nuclear weapons. From Australia north through the Pacific to Japan, Korea and across Eurasia to Afghanistan and India, the bases form, says one US strategist, “the perfect noose”.

A study by the RAND Corporation – which, since Vietnam, has planned America’s wars – is entitled, War with China: Thinking Through the Unthinkable.  Commissioned by the US Army, the authors evoke the cold war when RAND made notorious the catch cry of its chief strategist, Herman Kahn — “thinking the unthinkable”. Kahn’s book, On Thermonuclear War, elaborated a plan for a “winnable” nuclear war against the Soviet Union.

Today, his apocalyptic view is shared by those holding real power in the United States: the militarists and neo-conservatives in the executive, the Pentagon, the intelligence and “national security” establishment and Congress.

The current Secretary of Defense, Ashley Carter, a verbose provocateur, says US policy is to confront those “who see America’s dominance and want to take that away from us”.

For all the attempts to detect a departure in foreign policy, this is almost certainly the view of Donald Trump, whose abuse of China during the election campaign included that of “rapist” of the American economy. On 2 December, in a direct provocation of China, President-elect Trump spoke to the President of Taiwan, which China considers a renegade province of the mainland. Armed with American missiles, Taiwan is an enduring flashpoint between Washington and Beijing.

“The United States,” wrote Amitai Etzioni, professor of international Affairs at George Washington University, “is preparing for a war with China, a momentous decision that so far has failed to receive a thorough review from elected officials, namely the White House and Congress.”  This war would begin with a “blinding attack against Chinese anti-access facilities, including land and sea-based missile launchers … satellite and anti-satellite weapons”.

The incalculable risk is that “deep inland strikes could be mistakenly perceived by the Chinese as pre-emptive attempts to take out its nuclear weapons, thus cornering them into ‘a terrible use-it-or-lose-it dilemma’ [that would] lead to nuclear war.”

In 2015, the Pentagon released its Law of War Manual. “The United States,” it says, “has not accepted a treaty rule that prohibits the use of nuclear weapons per se, and thus nuclear weapons are lawful weapons for the United States.”

In China, a strategist told me, “We are not your enemy, but if you [in the West] decide we are, we must prepare without delay.”  China’s military and arsenal are small compared to America’s. However, “for the first time,” wrote Gregory Kulacki of the Union of Concerned Scientists, “China is discussing putting its nuclear missiles on high alert so that they can be launched quickly on warning of an attack … This would be a significant and dangerous change in Chinese policy … Indeed, the nuclear weapon policies of the United States are the most prominent external factor influencing Chinese advocates for raising the alert level of China’s nuclear forces.”

Professor Ted Postol was scientific adviser to the head of US naval operations. An authority on nuclear weapons, he told me, “Everybody here wants to look like they’re tough. See I got to be tough … I’m not afraid of doing anything military, I’m not afraid of threatening; I’m a hairy-chested gorilla. And we have gotten into a state, the United States has gotten into a situation where there’s a lot of sabre-rattling, and it’s really being orchestrated from the top.”

I said, “This seems incredibly dangerous.”

In 2015, in considerable secrecy, the US staged its biggest single military exercise since the Cold War. This was Talisman Sabre; an armada of ships and long-range bombers rehearsed an “Air-Sea Battle Concept for China” – ASB — blocking sea lanes in the Straits of Malacca and cutting off China’s access to oil, gas and other raw materials from the Middle East and Africa.

It is such a provocation, and the fear of a US Navy blockade, that has seen China feverishly building strategic airstrips on disputed reefs and islets in the Spratly Islands in the South China Sea.  Last July, the UN Permanent Court of Arbitration ruled against China’s claim of sovereignty over these islands. Although the action was brought by the Philippines, it was presented by leading American and British lawyers and could be traced to US Secretary of State Hillary Clinton.

In 2010, Clinton flew to Manila. She demanded that America’s former colony reopen the US military bases closed down in the 1990s following a popular campaign against the violence they generated, especially against Filipino women. She declared China’s claim on the Spratly Islands – which lie more than 7,500 miles from the United States – a threat to US “national security” and to “freedom of navigation”.

Handed millions of dollars in arms and military equipment, the then government of President Benigno Aquino broke off bilateral talks with China and signed a secretive Enhanced Defense Co-operation Agreement with the US. This established five rotating US bases and restored a hated colonial provision that American forces and contractors were immune from Philippine law.

The election of Rodrigo Duterte in April has unnerved Washington. Calling himself a socialist, he declared, “In our relations with the world, the Philippines will pursue an independent foreign policy” and noted that the United States had not apologized for its colonial atrocities. “I will break up with America,” he said, and promised to expel US troops. But the US remains in the Philippines; and joint military exercises continue.

In 2014, under the rubric of “information dominance” – the jargon for media manipulation, or fake news, on which the Pentagon spends more than $4 billion – the Obama administration launched a propaganda campaign that cast China, the world’s greatest trading nation, as a threat to “freedom of navigation”.

CNN led the way, its “national security reporter” reporting excitedly from on board a US Navy surveillance flight over the Spratlys. The BBC persuaded frightened Filipino pilots to fly a single-engine Cessna over the disputed islands “to see how the Chinese would react”. None of these reporters questioned why the Chinese were building airstrips off their own coastline, or why American military forces were massing on China’s doorstep.

The designated chief propagandist is Admiral Harry Harris, the US military commander in Asia and the Pacific. “My responsibilities,” he told the New York Times, “cover Bollywood to Hollywood, from polar bears to penguins.”  Never was imperial domination described as pithily.

Harris is one of a brace of Pentagon admirals and generals briefing selected, malleable journalists and broadcasters, with the aim of justifying a threat as specious as that with which George W Bush and Tony Blair justified the destruction of Iraq and much of the Middle East.

In Los Angeles in September, Harris declared he was “ready to confront a revanchist Russia and an assertive China …If we have to fight tonight, I don’t want it to be a fair fight. If it’s a knife fight, I want to bring a gun. If it’s a gun fight, I want to bring in the artillery … and all our partners with their artillery.”

These “partners” include South Korea, the launch pad for the Pentagon’s Terminal High Altitude Air Defense system, known as THAAD, ostensibly aimed at North Korea.  As Professor Postol points out, it targets China.

In Sydney, Australia, Harris called on China to “tear down its Great Wall in the South China Sea”. The imagery was front page news. Australia is America’s most obsequious “partner”; its political elite, military, intelligence agencies and the media are integrated into what is known as the “alliance”. Closing the Sydney Harbour Bridge for the motorcade of a visiting American government “dignitary” is not uncommon.  The war criminal Dick Cheney was afforded this honour.

Although China is Australia’s biggest trader, on which much of the national economy relies, “confronting China” is the diktat from Washington. The few political dissenters in Canberra risk McCarthyite smears in the Murdoch press. “You in Australia are with us come what may,” said one of the architects of the Vietnam war, McGeorge Bundy. One of the most important US bases is Pine Gap near Alice Springs. Founded by the CIA, it spies on China and all of Asia, and is a vital contributor to Washington’s murderous war by drone in the Middle East.

In October, Richard Marles, the defence spokesman of the main Australian opposition party, the Labor Party, demanded that “operational decisions” in provocative acts against China be left to military commanders in the South China Sea. In other words, a decision that could mean war with a nuclear power should not be taken by an elected leader or a parliament but by an admiral or a general.

This is the Pentagon line, a historic departure for any state calling itself a democracy. The ascendancy of the Pentagon in Washington – which Daniel Ellsberg has called a silent coup — is reflected in the record $5 trillion America has spent on aggressive wars since 9/11, according to a study by Brown University. The million dead in Iraq and the flight of 12 million refugees from at least four countries are the consequence.

The Japanese island of Okinawa has 32 military installations, from which Korea, Vietnam, Cambodia, Afghanistan and Iraq have been attacked by the United States. Today, the principal target is China, with whom Okinawans have close cultural and trade ties.

There are military aircraft constantly in the sky over Okinawa; they sometimes crash into homes and schools. People cannot sleep, teachers cannot teach. Wherever they go in their own country, they are fenced in and told to keep out.

A popular Okinawan anti-base movement has been growing since a 12-year-old girl was gang-raped by US troops in 1995. It was one of hundreds of such crimes, many of them never prosecuted. Barely acknowledged in the wider world, the resistance has seen the election of Japan’s first anti-base governor, Takeshi Onaga, and presented an unfamiliar hurdle to the Tokyo government and the ultra-nationalist prime minister Shinzo Abe’s plans to repeal Japan’s “peace constitution”.

The resistance includes Fumiko Shimabukuro, aged 87, a survivor of the Second World War when a quarter of Okinawans died in the American invasion. Fumiko and hundreds of others took refuge in beautiful Henoko Bay, which she is now fighting to save. The US wants to destroy the bay in order to extend runways for its bombers. “We have a choice,” she said, “silence or life.” As we gathered peacefully outside the US base, Camp Schwab, giant Sea Stallion helicopters hovered over us for no reason other than to intimidate.

Across the East China Sea lies the Korean island of Jeju, a semi- tropical sanctuary  and World Heritage Site declared “an island of world peace”. On this island of world peace has been built one of the most provocative military bases in the world, less than 400 miles from Shanghai. The fishing village of Gangjeong is dominated by a South Korean naval base purpose-built for US aircraft carriers, nuclear submarines and destroyers equipped with the Aegis missile system, aimed at China.

A people’s resistance to these war preparations has been a presence on Jeju for almost a decade. Every day, often twice a day, villagers, Catholic priests and supporters from all over the world stage a religious mass that blocks the gates of the base. In a country where political demonstrations are often banned, unlike powerful religions, the tactic has produced an inspiring spectacle.

One of the leaders, Father Mun Jeong-hyeon, told me, “I sing four songs every day at the base, regardless of the weather. I sing in typhoons — no exception. To build this base, they destroyed the environment, and the life of the villagers, and we should be a witness to that. They want to rule the Pacific. They want to make China isolated in the world. They want to be emperor of the world.”

I flew from Jeju to Shanghai for the first time in more than a generation. When I was last in China, the loudest noise I remember was the tinkling of bicycle bells; Mao Zedong had recently died, and the cities seemed dark places, in which foreboding and expectation competed.  Within a few years, Deng Xiopeng, the “man who changed China”, was the “paramount leader”. Nothing prepared me for the astonishing changes today.

China presents exquisite ironies, not least the house in Shanghai where Mao and his comrades secretly founded the Communist Party of China in 1921. Today, it stands in the heart of a very capitalist shipping district; you walk out of this communist shrine with your Little Red Book and your plastic bust of Mao into the embrace of Starbucks, Apple, Cartier, Prada.

Would Mao be shocked? I doubt it. Five years before his great revolution in 1949, he sent this secret message to Washington. “China must industrialise.” he wrote, “This can only be done by free enterprise. Chinese and American interests fit together, economically and politically. America need not fear that we will not be co-operative. We cannot risk any conflict.”

Mao offered to meet Franklin Roosevelt in the White House, and his successor Harry Truman, and his successor Dwight Eisenhower. He was rebuffed, or willfully ignored. The opportunity that might have changed contemporary history, prevented wars in Asia and saved countless lives was lost because the truth of these overtures was denied in 1950s Washington “when the catatonic Cold War trance,” wrote the critic James Naremore, “held our country in its rigid grip”.

The fake mainstream news that once again presents China as a threat is of the same mentality.

The world is inexorably shifting east; but the astonishing vision of Eurasia from China is barely understood in the West. The “New Silk Road” is a ribbon of trade, ports, pipelines and high-speed trains all the way to Europe.  The world’s leader in rail technology, China is negotiating with 28 countries for routes on which trains will reach up to 400 kms an hour. This opening to the world has the approval of much of humanity and, along the way, is uniting China and Russia.

 “I believe in American exceptionalism with every fibre of my being,” said Barack Obama, evoking the fetishism of the 1930s. This modern cult of superiority is Americanism, the world’s dominant predator. Under the liberal Obama, winner of the Nobel Peace Prize, nuclear warhead spending has risen higher than under any president since the end of the Cold War. A mini nuclear weapon is planned. Known as the B61 Model 12, it will mean, says General James Cartwright, former vice-chairman of the Joint Chiefs of Staff, that “going smaller [makes its use] more thinkable”.

In September, the Atlantic Council, a mainstream US geopolitical thinktank, published a report that predicted a Hobbesian world “marked by the breakdown of order, violent extremism [and] an era of perpetual war”. The new enemies were a “resurgent” Russia and an “increasingly aggressive” China.  Only heroic America can save us.

There is a demented quality about this war mongering. It is as if the “American Century” — proclaimed in 1941 by the American imperialist Henry Luce, owner of Time magazine — has ended without notice and no one has had the courage to tell the emperor to take his guns and go home.

https://newint.org/

 www.johnpilger.com

John Pilger’s film, The Coming War on China, is released in UK cinemas and will be broadcast on the ITV Network on December 6 at 10.40 pm. RT Documentaries will broadcast The Coming War on China worldwide on December 9, 10 & 11. The Australian release will be early 2017 on SBS Television. 

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Dans un acte de lâcheté politique, le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, s’est absenté mercredi du débat sur une motion parlementaire appelant à une enquête sur l’ancien Premier ministre Tony Blair pour avoir « trompé » le Parlement sur la guerre en Irak.

Depuis son élection comme chef du Parti travailliste sur une plate-forme opposée à l’austérité et à la guerre, Corbyn a capitulé devant les bellicistes du Parti travailliste au parlement à chaque moment critique. Cela a atteint son nadir hier.

Une motion présentée par un député du Parti national écossais (SNP), Alex Salmond, a déclaré que l’enquête Chilcot sur la guerre en Irak, publiée il y a quatre mois, « a fourni des preuves substantielles d’informations trompeuses présentées par le Premier ministre de l’époque et d’autres intervenants sur le développement de la politique du gouvernement à l’égard de l’invasion de l’Irak, comme le montre clairement le contraste entre sa correspondance privée avec le gouvernement des États-Unis et les déclarations publiques au Parlement et au peuple ».

La motion a demandé qu’une sous-commission parlementaire – la Commission de l’administration publique et des affaires constitutionnelles – « procède à un nouvel examen spécifique de ce contraste dans la politique publique et privée et à la présentation des renseignements, puis à faire rapport à la Chambre sur les mesures à prendre qu’il estime nécessaire et approprié afin d’aider à prévenir toute répétition de cette série désastreuse d’événements ».

Sur un parlement de 650 sièges, seulement 45 députés, la plupart du SNP, ont signé la motion de Salmond. Deux députés travaillistes, Kate Hoey et Kelvin Hopkins, l’ont signé.

Le SNP n’a pas présenté la requête pour défendre des principes. Salmond s’exprime au nom de sections de l’élite politique qui craignent que les ambitions de Blair de mener une campagne pro-UE menacent de discréditer un projet dans lequel ils sont intimement impliqués. Dans une déclaration avant le débat Salmond a dit : « À une époque où Blair planifie son retour politique, il est grand temps que ce Parlement et ses comités, enfin, amènent cette tache sombre sur la politique étrangère du Royaume-Uni à une conclusion. »

Cependant, malgré les intentions de Salmond, la motion était exacte dans son accusation que Blair a menti systématiquement afin d’ouvrir la voie à la guerre avec l’Irak. Cela a placé de nouveau Corbyn dans une situation où il devrait soit prendre une position sur des principes qu’il prétend défendre, soit faire encore un compromis pourri avec l’aile Blairiste de son parti.

Corbyn avait déclaré en juillet au sujet de Chilcot : « Nous savons maintenant que la Chambre a été induite en erreur à la veille de la guerre et que la Chambre doit maintenant décider de traiter cette question 13 ans plus tard, comme toutes les personnes qui ont pris les décisions qui ont été mises à nu dans le rapport Chilcot doivent faire face aux conséquences de leurs actes, quels qu’ils soient ».

Fidèle à lui-même, Corbyn a contribué à faire en sorte qu’il n’y aurait pas de conséquences pour Blair et d’autres. Avant le débat, la majorité Blairiste du Parti travailliste au Parlement (PLP) aurait exigé un three-line whip [ordre du coordonnateur du groupe parlementaire d’être présent à la session sous peine de sanctions graves, ndt], obligeant les députés travaillistes à assister au débat et à voter contre la motion. The Guardian a rapporté que même les députés travaillistes qui avaient voté contre la guerre en Irak en 2003 étaient agressifs dans leur défense de Blair maintenant. Des sources ont déclaré que le chief whip [coordonnateur de groupe], Nick Brown, avait apparemment « demandé un vote indicatif sur le point de vue des députés » lors d’une réunion du PLP, « et le député, John Cryer, le président de gauche du PLP, qui s’est opposé à la guerre en Irak, a condamné la motion [du SNP] à de grands applaudissements ».

Un porte-parole du Parti travailliste a déclaré à The Independent que, au lieu de cela, il n’y aurait qu’un one-line whip, ce qui signifie que la présence et le vote contre ne sont pas obligatoires. Selon une source citée par le même journal, le Cabinet fantôme avait néanmoins décidé de « s’opposer » à la motion du SNP. Les porte-parole de Corbyn ont déclaré qu’il allait manquer le vote parce qu’il était « engagé ailleurs ».

En quoi consistait cet engagement vital, cela n’a pas été révélé. Mais cela n’a pas empêché Corbyn d’assister à l’heure des questions hebdomadaires du Premier ministre immédiatement avant.

La sortie de Corbyn était un prologue approprié pour les événements dégoûtants qui suivirent.

Seulement une cinquantaine de députés ont assisté au débat, avec ce nombre constamment en baisse au cours de la session de trois heures. À un moment donné, moins de 10 députés conservateurs sont restés sur les bancs du gouvernement, avec à peine plus du côté des travaillistes. Pendant trois heures, divers députés travaillistes et conservateurs se sont relayés pour féliciter un criminel de guerre non accusé et pour dénoncer toute idée que Blair, ou toute autre personne dans les cercles dirigeants qui ont soutenu la guerre avaient à répondre à quoi que ce soit.

Le discours principal défendant Blair a été donné par Fabian Hamilton, ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères dans le Cabinet fantôme travailliste. Hamilton est signataire du groupe « Manifesto de Euston » pro-guerre et membre de la société néoconservatrice Henry Jackson. Il a reçu son poste ministériel actuel dans le cadre des efforts de Corbyn pour « faire un effort vers » ses adversaires. Hamilton battait les tambours de guerre en s’opposant à la motion indiquant : « Avec l’instabilité croissante dans tout le Moyen-Orient, l’Europe de l’Est, et au-delà, nous pouvons faire face aux plus grands défis demain, et c’est pourquoi je ne peux pas appuyer la motion ». Il n’a pas pensé « pour une seconde » que Blair « agissait de mauvaise foi ».

Phil Wilson, qui a succédé à Blair dans son siège de Sedgefield, a déclaré qu’il était « fier » d’être qualifié de Blairiste malgré le fait que c’était « un terme injurieux » et que toute la Chambre devrait être « fière de Tony Blair ».

Le député travailliste Ben Bradshaw a déclaré : « Je suis ravi que mon propre parti ait assez de cette comédie », en concluant : « L’histoire va prouver que notre ancien premier ministre a raison » sur l’Irak.

À un moment donné, le travailliste Ian Austin a crié à Salmond : « Asseyez-vous ! Nous avons assez entendu de vous. Asseyez-vous ! »

La motion, lorsqu’elle a été finalement votée, a été contestée par 439 députés, contre 70 en faveur. Seulement cinq députés travaillistes ont appuyé la motion avec 158 voix contre.

Les événements du mercredi doivent servir d’un avertissement gravissime.

Corbyn ne défend pas seulement Blair l’individu, il ne s’agit pas non plus de maintenir uniquement son alliance pourrie avec la droite du Parti travailliste. Son comportement découle de la nécessité de préserver le Parti travailliste lui-même en tant que parti de guerre.

Corbyn peut, à l’occasion, appeler à s’opposer à tel ou tel élément de l’agenda d’austérité du gouvernement, mais sur la question fondamentale de la guerre, il agit en tout temps afin de défendre les exigences stratégiques de l’impérialisme britannique. En 2003, Blair a agi en tant que représentant politique de la classe dirigeante britannique, qui, indépendamment de l’allégeance de parti, continue de considérer son alliance militaire avec Washington comme le seul moyen par lequel elle peut s’assurer sa part des marchés mondiaux et des ressources stratégiques. C’est pourquoi les éloges de Blair ont été approuvés par le dirigeant conservateur Michael Gove, qui a offert son soutien aux travaillistes qui ont averti que l’accent continu mis sur l’Irak empêchait l’impérialisme britannique d’intensifier ses interventions militaires en cours.

Gove a insisté sur l’idée qu’« à aucun moment, Blair n’avait tenté délibérément de tromper cette Chambre ». Les allégations selon lesquelles il avait convenu à l’avance avec le président américain George W. Bush de partir en guerre étaient fausses selon lui.

Toujours selon lui, l’inaction britannique en Syrie avait fait suite à la guerre en Irak et avait permis à Assad, la Russie et « l’Iran antisémite » de « déchaîner l’enfer sur des gens innocents d’Alep ». C’était une « négligence du devoir » de regarder en arrière plutôt que d’accepter « la responsabilité de nous tous à faire quelque chose pour aider les gens d’Alep qui souffrent maintenant ».

Robert Stevens et Chris Marsden

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 1er décembre 2016

À lire également :

Le rapport Chilcot sur l’Irak : Un crime de guerre de l’impérialisme britannique et américain

[8 juillet 2016]

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Dans les grandes mesures qui n’ont été rapportées que brièvement par la presse de l’establishment, le président Obama a donné une nouvelle portée au Joint Special Operations Command (JSOC), le Commandement des opérations spéciales interarmées du Pentagone, l’autorisant dorénavant à mener des assassinats partout dans le monde.

Les unités du JSOC sont depuis longtemps employées par les chefs des six grands commandements militaires régionaux, tels que le Centcom qui couvre le Moyen-Orient et l’Asie centrale, pour mener des opérations antiterroristes. C’est l’une de ces unités, le Seal Team Six, qui a mené à bien l’assassinat d’Oussama ben Laden, le chef d’Al-Qaïda en mai 2011.

Obama a approuvé une proposition de donner au JSOC l’autorité de fonctionner en autonomie en dehors des commandements régionaux, essentiellement comme une force d’assassinat mondialisée. Les unités du JSOC ne relèveront donc plus des commandants régionaux, mais directement du Special Operations Command (SOCOM), le Commandement des opérations spéciales siégeant au Pentagone.

Selon le Washington Post, «Des missions pourraient être menées bien au-delà des champs de bataille de l’Irak, de la Syrie et de la Libye, où le Commandement des opérations spéciales interarmées (JSOC) a déjà effectué des opérations clandestines dans le passé. Une fois opérationnel, le JSOC passera d’un outil de frappe utile et très apprécié des commandements militaires régionaux à une nouvelle force de renseignement et d’intervention multi-agences.»

Le mandat de la nouvelle formation, qui sera appelée la «Counter-External Operations Task Force» (Force opérationnelle de contre-opérations extérieures), ou Ex-Ops dans le jargon du Pentagone, embrassera toute la planète. Les escadrons de la mort américains pourront dont être déployés pratiquement n’importe où, des villes européennes aux jungles sud-américaines, en passant par les États-Unis mêmes.

Selon le Post, l’idée d’une réorganisation pour réunir les opérations de lutte contre le terrorisme sous un commandement mondial indépendant fait l’objet de discussions au Pentagone depuis 15 ans, essentiellement depuis les attentats terroristes du 11 septembre, mais elle a toujours été rejetée avec comme motif qu’elle causerait des frictions avec les commandants régionaux et créerait de la redondance dans les structures de commandement.

Le journal n’a pas abordé la question de savoir pourquoi maintenant, une décennie et demie plus tard, l’administration Obama a décidé d’aller de l’avant avec cette nouvelle initiative mondiale de lutte contre le terrorisme. Cette décision est probablement, à tout le moins en partie, une réaction à la débâcle des États-Unis dans leur «guerre contre le terrorisme» du point de vue des objectifs mondiaux de l’impérialisme américain.

Les guerres menées par les États-Unis en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie, et les frappes de drones répétées dans d’autres pays, y compris au Pakistan, au Yémen et en Somalie, ont infligé des niveaux catastrophiques de mort et de destruction, mais elles ne sont pas parvenues à imposer le contrôle hégémonique espéré par les États-Unis sur la région et ses vastes ressources énergétiques. La décision d’Obama représente une volonté d’escalader la violence militaire américaine en Asie centrale, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au-delà.

Une autre considération probable est la possibilité que les offensives militaires en cours contre les territoires de l’État islamique d’Irak et du Levant, et en particulier le siège de Mossoul, puissent motiver des milliers de militants de l’État islamique à recourir à des attaques terroristes en dehors du Moyen-Orient.

Le secrétaire à la Défense, Ashton Carter, s’est rendu à Paris le mois dernier avec le commandant du SOCOM, Raymond Thomas, pour s’entretenir avec des responsables de la sécurité de plusieurs pays européens. Un sujet majeur de leurs discussions a été l’impact sur l’Europe d’un affaiblissement soudain de la position militaire de l’État islamique en Irak et en Syrie. Carter a déclaré à ses homologues européens que le JSOC «a été mis à la tête» des opérations pour contrer les opérations extérieures de l’État islamique, ce qui constitue la première mention d’une réorganisation imminente du Pentagone.

Le rapport du Post cherche à présenter cette réorganisation approuvée par Obama comme un effort pour fixer des limites aux opérations des forces spéciales de la prochaine administration Trump, avec notamment la nécessité de «l’approbation par plusieurs agences avant de mener toute frappe de drone et d’une “quasi-certitude” d’aucune perte civile». Mais ces restrictions sont uniquement à des fins esthétiques et n’ont pas empêché l’exécution de masse de civils dans le cadre de la guerre menée par des drones lance-missiles.

De plus, Trump n’est lié en aucune façon aux ordres exécutifs émis par Obama. Le président élu fascisant a déjà manifesté ses intentions en ce qui concerne les opérations des forces spéciales américaines. Il a promis d’ordonner le meurtre des femmes et des enfants de combattants suspectés de l’État islamique, un crime de guerre en vertu des Conventions de Genève.

Les derniers ordres de la Maison-Blanche facilitent ces intentions homicides. Il y a moins d’un mois, Obama faisait campagne contre l’élection de Trump, le dénonçant comme inapte à être le commandant en chef et une menace pour le monde. Maintenant, comme le rapporte le magazine Foreign Policy, Obama va «remettre des outils à la prochaine équipe Trump pour mener une guerre comme aucun président n’a jamais détenu auparavant».

Dans un théâtre en particulier des opérations antiterroristes américaines, en Somalie, Obama a pris des mesures supplémentaires pour intensifier le carnage en déclarant que le groupe islamiste al-Shabab était un belligérant dans le conflit armé autorisé par le Congrès américain en 2001 après les attentats du 11 septembre.

La manœuvre légale, rapportée lundi par le New York Times, démontre la portée infiniment élastique de la «guerre contre le terrorisme» déclarée par les États-Unis. La Authorization for the Use of Military Force (AUMF), (Autorisation pour l’utilisation de la force militaire), adoptée par le Congrès le 14 septembre 2001, approuvait l’exécution d’une action militaire contre Al-Qaïda et ses forces associées, c’est-à-dire le régime des talibans en Afghanistan.

L’AUMF de 2001 a été interprétée par les administrations Bush et Obama comme une autorisation générale de mener des actions militaires partout où le président prétend trouver une connexion à Al-Qaïda, peu importe combien mince celle-ci peut-être. Al-Shabab n’a été fondée qu’en 2007, six ans après les attaques du 11 septembre, et en réponse à l’invasion de la Somalie par les troupes éthiopiennes. Elle n’a jamais effectué d’opérations en dehors de l’Afrique de l’Est.

Le Times fait remarquer que la décision de la Somalie faisait partie d’une série d’actions d’Obama visant à élargir l’autorité militaire, notamment en élargissant la portée des frappes aériennes en Afghanistan et en approuvant les frappes aériennes contre Syrte, la ville libyenne détenue par les partisans de l’État islamique. Plus de 400 frappes aériennes ont suivi, réduisant en décombres une ville déjà dévastée par cinq années de guerre civile à la suite de la campagne de bombardement menée par les États-Unis et l’OTAN en 2011.

Les préparatifs visant à renforcer la base pseudo-juridique de la guerre en Somalie ont sans doute commencé bien avant les élections, alors qu’Obama s’attendait à confier l’autorité à l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton. Mais ces préparatifs ont continué de façon ininterrompue après la victoire de Trump et, comme le Times le rapporte, c’est «une mesure qui renforcera l’autorité du président élu Donald J. Trump pour combattre des milliers de combattants islamistes dans l’État chaotique de la Corne de l’Afrique».

Plus tôt ce mois-ci, le Guardian britannique a déclaré que «Barack Obama ne resserrera pas les règles régissant les frappes de drones américains avant l’inauguration de Donald Trump.» Une représentante américaine d’Amnesty International, Naureen Shah, a dit au journal: «Obama a normalisé l’idée que les présidents puissent avoir des programmes secrets de massacre à grande échelle à leur disposition.»

Ces événements ont jeté une lumière nouvelle et sinistre sur les rapports de fréquentes discussions à huis clos entre Obama et Trump depuis les trois semaines qui ont suivi les élections du 8 novembre. «Ils ont parlé régulièrement sur un certain nombre de questions», a déclaré Kellyanne Conway, directrice de la campagne de Trump, sur les ondes du programme State of the Union de CNN dimanche passé.

Dans sa première déclaration postélectorale, Obama s’est bien efforcé de minimiser les vitupérations de la campagne électorale, déclarant que la lutte électorale entre les démocrates et les républicains n’était rien de plus qu’une «mêlée intramurale». Il n’y a là rien de plus vrai: les deux partis représentent bien en effet la même classe, la même aristocratie financière américaine et ses intérêts mondiaux, défendus en fin de compte par la mort et la destruction qu’elle sème avec sa machine de guerre.

Patrick Martin

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 29 novembre 2016

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Par son importance et l’incertitude qu’elle a engendrée, l’élection présidentielle du 8 novembre aux Etats-Unis a occulté le résultat et limité les commentaires sur le scrutin qui, deux jours auparavant, avait vu la victoire du sandiniste Daniel Ortega au Nicaragua. Toutefois, toutes tendances confondues, de la droite à la gauche (réelle ou supposée), l’appareil médiatique avait pris les devants en disqualifiant implicitement ou explicitement, sans nuances ni remise en perspective, cette réélection annoncée. Une unanimité qui laisse rêveur et devrait inciter à la réflexion.

Président sortant du Nicaragua, Daniel Ortega a été réélu pour un troisième mandat consécutif, le 6 novembre 2016, avec 72,5% des suffrages, loin devant les 15% de Maximino Rodríguez, candidat du Parti libéral constitutionnaliste (PLC, droite) [1]. Son parti, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), a conquis 71 des 92 sièges de l’Assemblée nationale. Alors que le Conseil suprême électoral (CSE) annonçait une abstention de 31,8 %, la coalition d’opposition du Front large de la démocratie (FAD) l’a estimée, sans citer aucune source identifiable, à plus de 70 % [2]. A qui se fier ?

En la matière, un simple rappel du passé permet d’avoir au moins une « petite idée » sur la question. Ayant assisté à l’élection précédente, déjà contestée à l’époque, qui, le 6 novembre 2011, se solda par une victoire du même Ortega, avec une majorité de 62 % des suffrages, nous pouvons affirmer qu’il avait incontestablement remporté ce scrutin [3]. Pourtant, arrivé en deuxième position avec 31 % des voix, le représentant du Parti libéral indépendant (PLI), Fabio Gadea, contesta sa défaite, prétendant avoir lui-même recueilli 62 % des voix (alors que tous les sondages lui avaient accordé environ 30 %). Alertant la « communauté internationale » (comprendre : les Etats-Unis et l’Union européenne) acquise à sa cause, il annonça une protestation massive et, pour le 3 décembre suivant, une manifestation de cent mille personnes dans les rues de la capitale Managua. Il en vint entre cinq et dix mille (sans présence d’un appareil massif de répression). Mais c’est la défense de leur cause que l’appareil médiatique international choisit de privilégier.

En 2008, déjà, lors d’élections municipales largement remportées par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) – 109 villes sur 153 –, le candidat battu pour la mairie de Managua, le banquier Eduardo Montealegre, hurla à la fraude et exigea un recomptage des votes. Pour son plus grand malheur, le CSE accepta. Dès lors, les libéraux optèrent pour ne pas assister à ce recomptage et n’apportèrent ultérieurement aucune des « preuves » censées sustenter leur accusation.

C’est donc avec la plus grande réserve qu’on accueillira la récente déclaration de la dirigeante du FAD, Violeta Granera : « Nous ne reconnaissons pas les résultats de cette farce et, avec la force de la volonté manifestée par le peuple du Nicaragua, nous déclarons ces élections nulles [4].  »

S’il est un commentaire revenu en boucle ces dernières semaines, avec un ensemble parfait, c’est bien celui-ci : trente-cinq ans après avoir renversé par les armes la dictature d’Anastasio Somoza, le FSLN n’est plus ce qu’il était. Quelle ébouriffante découverte ! Pour information : l’Union soviétique, l’Angola, l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, le Parti socialiste français, le prince Charles (qui alors épousait Diana), la télévision publique, Georges Brassens, l’Amérique latine en général, le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie en particulier, l’auteur de cet article et ses lecteurs non plus ! Et l’on ajoutera, au risque de surprendre, que même la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

On ne refera pas ici l’histoire de la décennie (1980-1990) d’agression américaine qui, par « contras » (contre-révolutionnaires) interposés, fit 57 000 victimes – dont 29 000 morts (les autres étant blessés ou mutilés) –, 350 000 déplacés pour une population de 3,8 millions d’habitants, et ruina le pays. Ce qui mena à la défaite électorale des sandinistes, vaincus par le blocus économique et financier américain, la guerre, la faim et l’isolement croissant (du fait de la décomposition du bloc socialiste de l’Est européen), le 25 février 1990. S’ensuivirent seize années d’un néolibéralisme féroce qui ramena littéralement les Nicaraguayens les plus pauvres à l’âge de la conquista.

Alors que les Etats-Unis et leurs relais locaux entendaient « désandiniser » définitivement le Nicaragua, le FSLN, acculé, ne trouva le salut que dans un « pacte » passé avec le Parti libéral conservateur (PLC) du président ultralibéral et corrompu Arnoldo Alemán (1997-2001), pacte qu’on lui reproche encore avec véhémence aujourd’hui. En négociant avec cette fraction de la droite en échange de la stabilité politique – le FSLN conservant une influence notable au sein de l’armée, de la police et des syndicats –, les sandinistes permirent effectivement, par pur pragmatisme, une modification de la loi électorale et une réforme de la Constitution qui, dans un premier temps, instaura un bipartisme de fait. Mais qui permit, dans l’attente de jours meilleurs, la survie du parti. Dans le cas contraire, celui-ci aurait purement et simplement disparu, pour la plus grande satisfaction de Washington et de ses alliés néolibéraux « pur jus ». De sorte que, malgré les pressions de l’ambassade américaine et des secteurs patronaux, c’est effectivement grâce à cette loi électorale de janvier 2000 – laquelle permet la victoire d’un candidat ayant obtenu 40 % des suffrages au premier tour ou 35 %, avec une différence d’au moins 5 % des voix avec le candidat arrivé en seconde position – que Daniel Ortega reviendra à la présidence en 2006. Il remporte alors 37,99 % des votes, ce qui lui assure la victoire au premier tour contre le banquier millionnaire et candidat du Parti libéral indépendant (PLI) Eduardo Montealegre (28,30 %). On trouvera éventuellement l’épisode peu satisfaisant en termes de « démocratie formelle », mais ce retour au pouvoir va permettre la mise en œuvre d’importantes réformes permettant à la population de bénéficier d’un accès majeur aux services sociaux en matière de santé, d’éducation, de sécurité sociale, de logement et de légalisation de la propriété, droits ignorés pendant les seize années de néolibéralisme.

Durant cette campagne électorale de 2006 c’est la droite qui, appuyée par la hiérarchie catholique et les églises évangéliques, a sorti de sa poche un projet de loi pénalisant l’avortement (y compris pour les femmes en danger de mort ou violées). Pour ne pas perdre l’élection en s’aliénant les Eglises, le Front, censé se retrouver piégé par la manœuvre, s’est, là encore, très pragmatiquement rallié à la proposition, « ce qui a marqué les esprits [5 ». C’est le moins qu’on puisse dire : dix ans après, à l’exception de la presse d’obédience religieuse, bien peu d’articles sur le Nicaragua omettent une référence à ce « péché capital » du FSLN. Dans l’absolu, rien là de choquant, à un détail près néanmoins. Comment se fait-il que ce thème de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’apparaisse, systématiquement, que pour le Nicaragua ? Si une mention de cette question est absolument incontournable, quel que soit par ailleurs le sujet abordé, pourquoi ne pas l’évoquer dans les articles concernant tous les autres pays d’Amérique centrale, le Mexique, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le Venezuela, le Pérou, l’Equateur, la Bolivie, le Chili, le Paraguay, le Surinam (sans parler de dizaines de pays, hors continent américain) ?

En Amérique latine, seuls quatre pays autorisent l’avortement : Cuba, le Guyana, l’Uruguay et Porto Rico, ainsi que le district fédéral (ville) de Mexico. Au Chili, la présidente Michelle Bachelet se bat, jusqu’à présent sans résultat, pour faire autoriser l’avortement thérapeutique. Au Paraguay, en mai 2015, une gamine de 10 ans, violée, s’est vue interdire l’interruption de sa grossesse. En Argentine, le thème est intouchable – alors que le pays permet le mariage de personnes du même sexe et l’adoption par des couples homosexuels. Au Mexique, sept cents femmes sont emprisonnées pour « homicide » suite à un avortement réel ou supposé [6]… Après tout, si l’on adopte l’approche réservée par les « observateurs » à Managua, cela vaudrait mention systématique. Ne pourrait-on pas, d’ailleurs, imaginer que tout article consacré à Cuba mentionne que l’avortement y a été autorisé dès 1965, librement et gratuitement ? Qu’on nous pardonne cette mauvaise plaisanterie… L’île « des frères Castro » n’est pas le Nicaragua : en ce qui la concerne, l’élément de langage obligatoire de la presse « pensée conforme » est « droits de l’homme », pas « avortement ».

Qu’il s’agisse du Nicaragua ou de ses « pays frères » latinos, au-delà de tel parti ou de tel chef de l’Etat, de droite comme de gauche, la question à poser et à analyser est celle de l’énorme influence d’Eglises conservatrices, pour ne pas dire obscurantistes – y compris chez les femmes des milieux populaires, comme nous l’avons constaté en 2011, au Nicaragua, au cours de multiples interviews. Et du dépassement de cette situation, à terme, par l’éducation. Ce qui implique des réformes sociales en la matière – entamées par le FSLN, précisément.

Pour clore ce chapitre qu’on reconnaîtra objectivement douloureux pour nombre de progressistes et surtout de féministes, on rappellera qu’une majorité de trente-quatre femmes figuraient parmi les soixante-deux députés sandinistes élus le 6 novembre 2011. Qui dit mieux ?

Du fait de son histoire tourmentée, le Nicaragua sandiniste pratique un « grand écart » permanent. L’ex-guérillero Ortega n’a-t-il pas noué des alliances avec certaines factions du secteur privé local et des entrepreneurs d’Amérique centrale ? Il s’est même « allié au grand capital », les Etats-Unis « restant le premier partenaire du pays », s’étouffe Le Monde (5 novembre), sans doute en pleine mue idéologique puisque, en d’autres temps, il l’accusait d’« anti-impérialisme primaire » et, dans le cadre d’une économie « dirigiste », de tout vouloir « étatiser » ! De fait, le pays a signé un Traité de libre commerce (TLC) de nature néolibérale avec les Etats-Unis avant, ultérieurement, de rejoindre l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), de l’axe progressiste latino américain [7]. Peut-on pour autant, comme on l’a lu ici ou là, accuser le FSLN de tout et n’importe quoi, et en particulier d’avoir, en « compère » de la droite néolibérale, ratifié le TLC ?

L’Accord de libre-échange Etats-Unis–République dominicaine–Amérique centrale (CAFTA-RD) a été signé en décembre 2003, après douze courts mois de négociations. Il restait alors, dans chacun des pays impliqués, à le ratifier. Lors d’un « Sommet social contre le TLC » organisé du 12 au 18 avril 2005 au Costa Rica, on nota la présence, parmi le millier de dirigeants sociaux et acteurs institutionnels, du député Alba Palacios, en représentation du FSLN. Le Front organisait alors, au Nicaragua même, de multiples manifestations de rues pour s’opposer au projet. Finalement et surtout, il n’est pas au pouvoir quand, le 10 octobre 2005, sous la présidence d’Enrique Bolaños, le Congrès nicaraguayen ratifie le traité à la majorité simple – quarante-neuf voix pour (PLC et députés indépendants), trente-six contre (FSLN !) et trois abstentions.

On pourra reprocher aux sandinistes de ne point avoir dénoncé ce traité, au risque d’un très dur retour de bâton de Washington, après être revenus à la tête de l’Etat. Mais il s’agit là d’un autre débat. D’une manière générale, il est plus facile d’entrer dans ce genre d’entente que d’en sortir. En témoigne le fait que l’Equateur ou le Salvador, malgré l’arrivée de chefs d’Etat progressistes (Rafael Correa et Salvador Sánchez Cerén), n’aient pas renoncé à la dollarisation de leur économie que, pourtant, ils ont férocement critiquée. En témoignent également les chauds débats et les désaccords au sein de la gauche de gauche française (et européenne) sur les plans « A », « B », « Y » ou « Z » d’une éventuelle sortie de l’euro ou de l’Union.

Si « Daniel », comme l’appelle le petit peuple, a pu être réélu en novembre 2011, dénonce en chœur l’appareil médiatique, c’est parce que la Cour suprême de Justice (CSJ), quelque temps auparavant, a modifié la Constitution et a rendu inapplicable son article 147 qui interdisait un nouveau mandat. Faut-il pour autant transformer, ad vitam æternam, cette modification en un « crime absolu » ? Lorsqu’elle eut lieu, elle fut justifiée par le fait que l’interdiction de la réélection « limite le droit du peuple à choisir ses représentants et gouvernants », ainsi que « le droit des citoyens à être élus à des charges publiques ». Ce qui peut, en toute bonne foi, se discuter. Mais là n’est pas le plus important. Ce qui fut surtout mis en évidence est que cet interdit ne figurait pas dans la Constitution entrée en vigueur le 9 janvier 1987, sous gouvernement sandiniste, mais qu’il fut incorporé lors d’une réforme partielle en 1995. Or, à la différence de la « Carta magna » de 1987, issue d’une Assemblée nationale constituante qui, après deux années de travail, l’avait approuvée le 19 novembre 1986 [8], cette réforme, qualifiée par certains à l’époque de « coup d’Etat parlementaire », ne fut, elle, pas soumise à l’approbation des citoyens. En matière d’information, le commentaire est libre, mais les faits devraient au moins être rappelés.

En tout état de cause, le hourvari médiatique fut beaucoup moins virulent quand le président colombien Álvaro Uribe, élu une première fois en 2002, fit lui aussi réformer la « Carta Magna » par la Cour constitutionnelle afin de pouvoir se présenter à un second mandat (qu’il remporta) en 2006. Toute référence à cette « anomalie » a totalement disparu des radars lorsque l’actuel chef de l’Etat Juan Manuel Santos a utilisé cette faculté pour se faire réélire à son tour le 15 juin 2014. On notera par ailleurs le silence absolu qui a accompagné la trajectoire du « très respecté » social-démocrate Óscar Arias lorsque la Cour constitutionnelle du Costa Rica, en avril 2003, adopta elle aussi un amendement lui permettant de se représenter (il avait été chef de l’Etat de 1986 à 1990), ce qui, jusque-là, n’était pas autorisé.

Grâce à cette réforme, Arias fut élu le 5 février 2006 avec… 40,9 % des suffrages. Nul ne prit ombrage de ce score modeste – ne dépassant que de 0,9 % les 40 % nécessaires pour être élu au premier tour –, de deux points supérieur au résultat « lamentable » d’Ortega ! Il est vrai qu’Arias, grand ami des Etats-Unis, militait ardemment en faveur du fameux CAFTA-RD et que, une fois revenu au pouvoir, il organisa dans son pays une « campagne de la peur » en faveur du « oui » pour le faire ratifier par référendum le 7 octobre 2007. Là est le détail qui change tout. « Médiateur » imposé par les manœuvres de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, il fit également traîner en longueur les négociations entre le président hondurien Manuel Zelaya et les putschistes qui l’avaient renversé le 28 juin 2009. En empêchant le retour de Zelaya avant les élections générales « sous contrôle » du 29 novembre 2009, Arias permit l’accession à la présidence du Honduras d’un autre « grand ami » de Washington, Porfirio Lobo. Dénonçant aujourd’hui avec beaucoup plus d’enthousiasme le « populisme » que, hier, la rupture de l’ordre institutionnel chez un voisin centraméricain, ce même Arias se permettra d’observer à l’occasion de la victoire récente de Donald Trump aux Etats-Unis : « Ce scénario n’est pas très différent du pouvoir dont jouissent Vladimir Poutine, Nicolás Maduro [président du Venezuela] et Daniel Ortega [9 »

Et puisqu’on parle du Honduras… On se souvient que « Mel » (diminutif de Zelaya) fut renversé en 2009 pour avoir voulu organiser un référendum « non contraignant » demandant aux Honduriens s’ils souhaitaient la convocation d’une Assemblée constituante pour réformer la Constitution. L’oligarchie, l’armée, le Parlement et la Cour suprême justifièrent le « golpe » en l’accusant de fomenter cette révision « illégale » pour pouvoir briguer un second mandat, formellement prohibé. En effet, la Constitution hondurienne comportait plusieurs articles – les artículos pétréos (« gravés dans le marbre ») – qu’elle interdisait de réformer de quelque manière que ce soit et dont l’un traitait de la non réélection du chef de l’Etat.

Quelques années d’apocalypse ont passé au Honduras, littéralement transformé en Etat failli. Après un recours du Parti national (qui participa au renversement de Zelaya) sur « l’inapplicabilité » des articles 42 § 5 et 239 de la Constitution, ainsi que de l’article 330 du Code pénal, la Cour suprême de justice a rayé ceux-ci d’un trait de plume le 23 avril 2015 ! Dès lors, ce qui était interdit à Zelaya à travers l’éventuelle décision d’une Assemblée constituante, et justifia une action d’une extrême violence – un coup d’Etat ! –, devient autorisé au président néolibéral Juan Orlando Hernández, élu dans des conditions douteuses (nous y reviendrons), qui a annoncé son intention de se représenter en 2017. « Mon gouvernement a encore beaucoup à faire », a-t-il annoncé, après avoir estimé que « se faire réélire est un droit de l’homme [10 », pour se justifier.

Face à tant de cynisme, protestations et manifestations se multiplient en ce moment même à Tegucigalpa et dans l’ensemble du Honduras. Dans une indifférence totale. Où est donc passée la noble corporation des journalistes, observateurs et autres docteurs en science politique, si attentifs, si rigoureux, ces jours derniers, lorsqu’il s’est agi du Nicaragua ?

Revenons à 2016 et au scrutin du 6 novembre. « En juin, la Cour suprême de justice, à la botte d’Ortega, décida de retirer la personnalité juridique au principal parti d’opposition, le Parti libéral indépendant (PLI), d’annuler la participation de la Coalition nationale pour la démocratie, et participa indirectement à l’affaiblissement de la représentation parlementaire de l’opposition suite à la destitution de vingt-huit députés d’opposition (PLI et Mouvement de rénovation sandiniste) [11]. » En d’autres termes : Ortega a réussi à verrouiller l’ensemble des espaces politiques et à barrer le chemin des urnes aux candidats de l’opposition. « Du sandinisme à l’absolutisme » titrait déjà Libération le 8 août dernier…

S’opposant au FSLN, la Coalition nationale pour la démocratie (CND) regroupait encore, il y a quelques mois, une nébuleuse de formations politiques parmi lesquelles la plus importante, le Parti libéral indépendant (PLI) – 31 % des voix lors de la présidentielle de 2011 – et, censé représenter « la gauche démocratique » face à la dérive dictatoriale d’Ortega, le Mouvement rénovateur sandiniste (MRS).

Ce dernier est né le 18 mai 1995 lorsqu’une faction de dissidents du FSLN, emmenés par l’ex-vice-président de la République (1985-1990) et écrivain Sergio Ramírez, entendit transformer le Front en un « parti moderne » de centre gauche – sur le modèle social démocrate (devenu social libéral) du vieux continent. Plus en cours au sein de certaines ONG européennes ou dans les colonnes du quotidien espagnol El País que dans les quartiers populaires ou les campagnes « nicas », le MRS n’a jamais pu supplanter le parti historique demeuré fidèle à Ortega, avec sa base sociale s’identifiant au passé révolutionnaire, son vote dur et discipliné. Demeuré marginal, le MRS obtint 1,33 % des suffrages à la présidentielle de 1996 (Sergio Ramírez) ; en 2001, il rejoignit la Convergence nationale, qui appuyait… Daniel Ortega ; crédité en 2006 de 7,2% des voix, son candidat Edmundo Jarquín, ancien fonctionnaire de la Banque interaméricaine de développement (BID), expert en alliances en tout genre, franchit définitivement le Rubicon en 2011 en postulant à la vice-présidence, en binôme avec le candidat de la droite dure Fabio Gadea (PLI).

Plus qu’un quelconque projet politique progressiste, c’est désormais sa haine viscérale de Daniel Ortega et des dirigeants sandinistes qui sert de boussole au MRS. Ancienne étudiante de l’Université d’Arizona ayant bénéficié d’une bourse « Fullbright » [12], présente à la Convention démocrate de juillet dernier à Philadelphie, sa jeune présidente Ana Margarita Vijil a également rencontré à Washington la députée républicaine cubano-américaine de Floride Ileana Ros-Lehtinen, présidente de la sous-commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants, ennemie jurée de la gauche latina [13]. Peu de temps après cette rencontre, c’est cette même Ros-Lehtinen qui a promu le Nicaraguan Investment Conditionality Act (Nica Act) prévoyant des sanctions empêchant le Nicaragua d’accéder à des fonds internationaux, approuvé le 21 septembre, à l’unanimité, par les 435 députés démocrates et républicains de la Chambre des représentants. Comme le fait la partie la plus droitière de l’opposition vénézuélienne, Vijil réclame également l’application de la Charte démocratique de l’Organisation des Etats américains (OEA) au Nicaragua.

C’est toutefois du sein du PLI allié et non du MRS (et encore moins du FSLN !) qu’a surgi le coup de grisou qui a fait exploser la Coalition nationale pour la démocratie (CND).

La lutte pour l’hégémonie au sein de la droite génère depuis longtemps de profondes fractures en son sein. En 2011, un litige est né entre quatre factions internes au PLI pour la prise de contrôle de sa direction. A la mort de son président, Rollin Belmar Tobie, celle-ci aurait dû revenir au vice-président du Conseil exécutif national, le juriste Pedro Reyes Vallejos, élu par l’Assemblée délégataire le 27 février 2011. La décision ne fut jamais acceptée par le clan du député Eduardo Montealegre qui, s’emparant par la force du parti, déclencha avec trois autres factions une guerre interne non résolue en cinq ans. Du fait de l’incapacité de la droite à laver son linge sale en famille, et la date de dépôt des candidatures à la présidence approchant, c’est, le 8 juin 2016, la Cour suprême de justice (CSJ), devant laquelle les belligérants avaient entamé des procédures, qui se vit dans l’obligation de trancher. Il octroya la représentation légale du PLI au courant de Pedro Reyes, le successeur légal de Rollin Tobie à sa mort. Insultés et vilipendés par les perdants, Reyes et les siens quittèrent la CND, tandis que Montealegre et ses amis organisaient un show médiatique sur le thème de la « défense de la démocratie et de la liberté » en dénonçant… le pouvoir et l’absence de transparence électorale.

Quelques jours plus tard, le 29 juillet, nouveau coup de théâtre lorsque vingt-huit députés de l’opposition issus du PLI sont privés de leur mandat. Autre coup de force d’Ortega, du FSLN ou d’un Conseil suprême électoral composé d’obligés du président ? Non, application de la loi électorale – votée en son temps par le PLC, le PLI et le MRS ! Introduite pour éviter l’achat de députés, pratique fréquente en Amérique centrale, cette loi établit que le siège appartient au parti et non à l’élu. Si ce dernier change de formation en cours de mandat, il perd son siège. Ce qui s’est passé quand les vingt-huit parlementaires dont il est question ont quitté le PLI et ont suivi Montealegre. En l’occurrence, le PLI de Pedro Reyes n’a perdu aucun représentant puisque les partants ont été immédiatement remplacés par leurs suppléants (élus en même temps qu’eux), comme le veut également la loi.

Ainsi a réellement explosé la Coalition nationale pour la démocratie, avant qu’un tout nouveau Front élargi pour la démocratie, créé le 4 octobre, n’appelle à un boycott du scrutin, sous le slogan « il n’y a personne pour qui voter » [14]. On trouvera peut-être notre explication un peu longue, voire trop détaillée. Mais peut-on nier l’importance de ces « subtilités » ?

De son côté, comme il se doit, Washington a rué dans les brancards : « La décision du gouvernement nicaraguayen de ne pas inviter d’observateurs internationaux indépendants a dégradé encore plus la légitimité de cette élection. » Ni l’Organisation des Etats américains (OEA) ni l’Union européenne (UE) n’ont de fait été invités. Pour couper court à la polémique, Ortega acceptera qu’une mission de l’OEA vienne, du 5 au 7 novembre, analyser – et non superviser – les élections. Une décision fort critiquée. Mais en quoi la présence de ces « observateurs » serait-elle une garantie de démocratie ?

Le 24 novembre 2013, pas moins de 180 d’entre eux, envoyés par l’OEA, l’UE (99 personnes provenant de 26 pays membres et de la Norvège) et le Centre Carter ont « surveillé » l’élection présidentielle du Honduras. De tout le pays, au fur et à mesure que le Tribunal suprême électoral (TSE) annonçait des résultats en faveur du candidat de droite Juan Orlando Hernández (JOH), remontaient les dénonciations allant de l’achat de votes à la rétention de résultats favorisant Liberté et refondation (Libre) – le parti d’opposition emmené par Xiomara Castro, épouse du président renversé en 2009, Manuel Zelaya –, la participation des morts et le décès des vivants, etc… Néanmoins, sans tenir compte du fait que deux partis, représentant ensemble environ 50 % des électeurs – Libre et le Parti anticorruption (PAC) –, dénonçaient une fraude massive, tant l’OEA que l’UE ont entériné sans états d’âme et précipitamment le résultat annoncé. Un coin de voile fut levé lorsqu’un observateur autrichien de l’UE, Léo Gabriel, lors d’une conférence de presse improvisée, déclara, indigné : « Le mot “transparent” ne peut pas s’applique à ce scrutin, ni au comptage, ni aux élections en général » – en faisant un récit qui recoupait en tous points les dénonciations effectuées par l’opposition [15].

Au Honduras, toujours, du fait d’une situation apocalyptique et de manifestations massives d’« Indignés » en 2015, une Mission d’appui contre la corruption et l’impunité au Honduras (MACCIH) a été mandatée dans ce pays par l’OEA, en janvier 2016. Dotée de prérogatives limitées, elle est très critiquée par le mouvement social pour son rôle lénifiant dans un « dialogue national » étroitement contrôlé par le pouvoir. L’indignation a atteint son comble quand, en août de cette année, elle a refusé de se prononcer sur le tour de passe-passe, particulièrement sensible du fait du coup d’Etat de 2009, permettant la réélection du chef de l’Etat (de droite, cela va de soi). « Ceci est un thème politique et c’est aux Honduriens de solutionner le problème, s’est contenté de répondre son porte-parole Juan Jiménez Mayor. La politique ne peut pas pénétrer la MACCIH et je vais être très attentif à ce qu’il en soit ainsi [16].  »

L’OEA ne s’occupant pas de politique, quand son secrétaire général, l’uruguayen Luis Almagro, totalement inféodé au Département d’Etat américain, multiplie les agressions et une ingérence éhontée à l’égard du Venezuela ? Quand elle a cautionné la « mère de toutes les fraudes », en Haïti, en février 2011 ?

Annoncés début décembre 2010, les résultats provisoires du premier tour plaçaient dans ce pays Jude Célestin, le dauphin du président René Préval, en deuxième position derrière Mirlande Manigat. Sur la base d’un rapport d’« experts » de l’OEA, les principaux bailleurs de fonds, Etats-Unis en tête, en la personne d’Hillary Clinton, ont exercé de fortes pressions pour exclure Célestin du deuxième tour, au profit de Michel Martelly, « leur » candidat. « Ils ont tiré des résultats de leurs poches, ils agissent comme des colons, mais il y a des hommes et des femmes dans ce pays qui exigent d’être traités avec dignité  », s’insurgea (sans résultat) le ministre de la Justice Paul Denis. Martelly remportera le second tour, au terme d’un scrutin « libre et démocratique » estampillé « OEA ».

Et pour mémoire : a-t-on entendu Almagro monter sur ses grands chevaux ou invoquer la Charte démocratique de l’OEA lors du récent renversement de la présidente brésilienne Dilma Rousseff par un coup d’Etat juridico-parlementaire ? Dans ces conditions, on ne voit pas pourquoi l’OEA devrait imposer sa présence à un pays souverain qui ne la souhaite pas. Les raisons de la rejeter ne manquent pas.

On ne prétendra pas ici que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes nicaraguayens. Bien des critiques légitimes peuvent être avancées. L’absence de transparence qui entoure le projet de canal interocéanique (276 kilomètres de long), son coût (50 milliards de dollars), ses dangers potentiels pour l’environnement, ses conséquences sociales en termes d’expropriation et d’indemnisation des populations affectées, le flou qui entoure son maître d’œuvre, le chinois Wang Ping, ainsi que son entreprise, Hong Kong Nicaragua Canal Development (HKDN Group), le retard pris, et ses causes, sur les délais initialement annoncés. A condition, toutefois, de ne pas sa cantonner dans un exercice uniquement « à charge », mais de considérer également les arguments économiques, sociaux et géopolitiques qui plaident en faveur de ce grand dessein – après tout, si de nombreuses manifestations s’y opposent, d’autres (jamais médiatisées) l’ont appuyé. Le Nicaragua n’est-il pas le seul pays au monde à posséder une brigade militaire entièrement destinée à la protection de l’environnement et à la lutte contre la déforestation, dans une région où l’écologie n’est pas spécialement une priorité ?

La présence excessive de membres de la famille Ortega à de hautes fonctions fait également débat. A juste titre. Ou le choix de l’épouse du « comandante »,l’excentrique poétesse spiritualiste Rosario Murillo, pour occuper la vice-présidence. « Des experts voient dans cette nomination pointer une éventuelle dynastie présidentielle », s’inquiète, entre autres, Le Monde, le 3 août 2016. Soit. Mais, en mauvais esprit, qu’on nous permette de sourire une fois de plus. Si elle n’avait été battue par Donald Trump, Hillary Clinton, la « candidate » de Wall Street et des médias, dont Le Monde, n’aurait-elle pas occupée la Maison-Blanche quelques années après… son mari ? George W. Bush (2001-2019) n’était-il pas le fils de George H. W. Bush (1989-1993) ? Qu’on le veuille ou non, qu’on l’apprécie ou non, Murillo, présente sur la scène politique depuis les premières heures de la révolution, jouit, au sein du peuple, d’une très grande popularité. Quant à la permanence excessive au pouvoir de son époux… Qui a levé les bras au ciel sur ce thème lorsque la chancelière ordolibérale Angela Merkel a officialisé sa candidature à un quatrième mandat, en Allemagne, le 20 novembre dernier ?

A trop se laisser emporter par les vents dominants – le lynchage systématique des gauches latino-américaines, qu’elles soient en difficulté ou non –, une majorité d’observateurs est passée à côté de l’essentiel. Avec l’aide de la coopération vénézuélienne – et à une moindre échelle cubaine –, mais aussi grâce à son pragmatisme en matière d’alliance et de relations, en interne comme en externe, le sandinisme a réussi à augmenter le PIB du Nicaragua de 40 %, maintenant une croissance moyenne de 4,5 % par an – plus du double de celle de l’ensemble de l’Amérique latine, à l’exception du Panamá. Qui plus est, 45 % de son PIB est produit par l’économie populaire – coopératives, transports collectifs, structures solidaires de commercialisation et de distribution. S’il exporte – viande, lait, café –, ce n’est pas, comme trop souvent, au détriment de sa sécurité alimentaire : il nourrit également sa population, sans avoir à importer. La multitude des programmes sociaux – Hambre Cero (faim zéro), Plan Techo (installation de toits de zinc résistant aux pluies tropicales), Usura Cero (microcrédits), Merienda Escolar (alimentation des enfants de plus de 12 000 écoles publiques), Bono Productivo (crédits octroyés majoritairement aux femmes pauvres, en milieu rural), Bono Solidario (programme d’appoint salarial),Casas para el Pueblo (maisons pour le peuple) améliorent incontestablement les conditions de vie des plus défavorisés. Et qu’on ne s’y trompe pas : le mot « assistance » ne scandalise généralement que ceux dont l’heureuse trajectoire sociale permet de vivre décemment sans avoir besoin d’être « assisté ».

Bien peu ont noté que, grâce à la présence d’un Etat, le Nicaragua demeure (avec le Costa Rica) à l’écart de l’épouvantable vague d’insécurité qui affecte les pays environnants et, un peu plus au nord, le Mexique. Que ce soit à travers les « maras » – bandes de délinquants organisés qui mettent le Salvador et le Honduras à feu et à sang – ou la pénétration du narcotrafic – Honduras, Guatemala, Mexique –, la région est devenue un enfer. On dénombre 103 homicides pour 100 000 habitants au Salvador ; 57 au Honduras (90,4 en 2014) ; 30 au Guatemala ; 13 au Mexique (21,6 en 2014) ; 8 au Nicaragua [17]. Ce qui s’appelle un succès. Un de plus.

Le gouvernement de Daniel Ortega aurait certes pu mieux faire. Ni socialiste ni purement néolibéral, il demeure au milieu du gué. Il n’a pas transformé le Nicaragua agricole en une puissante nation industrielle, pas plus qu’il n’a fait de Managua en une nouvelle Silicon Valley ! Mais qui a réussi ce genre de prouesse (à part les néolibéraux ou les révolutionnaires de salon) ? Ni son opposition ni les puissants parrains qui appuient celle-ci de l’étranger n’ont une proposition cohérente à opposer à cette puissante combinaison de facteurs politiques, économiques et sociaux qui permettent au FSLN et à son « comandante » de demeurer largement majoritaire et de l’emporter. Au Nicaragua, la « fin de cycle » n’était pas pour cette année. Pour la plus grande déception, peut-être, de ceux qui rêvaient à une nouvelle défaite de l’axe progressiste sur le continent américain.

Maurice Lemoine

 

Illustration : Garrett Ziegler

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Economía mundial pasa por la globalización y la pobreza: Chossudovsky

décembre 3rd, 2016 by Prof Michel Chossudovsky

El profesor en Economía de la Universidad de Ottawa, Michel Chossudovsky, dijo que es necesario integrar el análisis de la globalización económica, la guerra y la pobreza, para entender la reestructura de la economía global. Con motivo de su ponencia « Globalización de la pobreza y el Nuevo Orden Mundial », celebrada en el Club de Periodistas de México, dijo que estos factores están ligados y no « se puede hablar de la dimensión económica sin entender la amenaza de intervención en contra de los países ».

Destacó que la amenaza militar en países en desarrollo es un mecanismo económico que tiene intereses financieros, los cuales son instrumentados por los corporativos e instituciones internacionales. El también director general de Global Research comentó que estas medidas económicas tienen la función de establecer en los países en vías de desarrollo mano de obra barata, lo cual tiene un grave impacto en las sociedades. En ese sentido, explicó que los organismos internacionales realizan préstamos a estos países, pero antes tienen que implementar medidas de austeridad, como disminuir el gasto en educación y salud, así como reducir los salarios.

Por otra parte, comentó que el carácter institucional de la globalización lleva a la creación de zonas de comercio e inversion, cuyo motivo es cambiar la estructura del paisaje económico de cada país, los cuales se convierten en territorios para las empresas.  »

No existen realmente gobiernos con política independiente. Esto ya no existe más. Es decir, existen condicionalidades pero cambios de regimen, revoluciones que son ligados a la implementación de este modelo de gestión económica », explicó el especialista. Si se analiza la historia, añadió Chossudovsky, dichas medidas comenzaron en los 70, y se hicieron más agresivas una década después, lo cual llevó a una reducción de la calidad de vida de la población y de su poder adquisitivo.

Asimismo, comentó que existen otros mecanismos, como los instrumentos especulativos en los mercados financieros, que « tienen como objetivo subir o bajar el precio de un producto, como el petróleo, que se rige por la oferta y demanda, o la sobreproducción ». En últimos años explicó que también se ha visto esta especulación en productos como el arroz, con el poder de afectar los precios de consumo en todos los países, por lo que es una operación que puede llevar a poblaciones enteras a la pobreza.

« Estas medidas anulan el intento de los gobiernos de controlar los precios de productos básicos de forma local, y esto tiene un efecto de empobrecimiento que se manifiesta en los últimos años », aseveró. Otro elemento más, apuntó el especialista, es en el mercado cambiario, donde se especula con las monedas, así como mover las industrias manufactureras a países en donde la mano es más barata y los costos de producción menores. « De tal forma que en los últimos 40 años vemos lo que se podría llamar una desindustrializacion en los países desarrollados, se trata una deslocalización con mano de obra barata, y los acuerdos comerciales tienen en ese mismo objetivo ». Por lo que la globalización de la pobreza « es producto tanto de un regimen de políticas económicas y medidas de austeridad, que ahora afectan de igual forma a países en desarrollo como Grecia y Portugal », puntualizó el economista.

Ver más en: http://www.20minutos.com.mx/noticia/163495/0/economia-mundial-pasa-por-la-globalizacion-y-la-pobreza-chossudovsky/#xtor=AD-1&xts=513356

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O espetáculo de humanitarismo dado pelo Atlético Nacional de Medellín e pelo povo colombiano que tem surpreendido os grandes meios de imbecilização das massas, « impressionante », apenas causa surpresa a quem não conhece a Colômbia, ou ainda insiste em entregar a mentalidade e a formação das opiniões à mídia oligárquica, velha manipuladora do entendimento coletivo na defesa dos interesses das classes dominantes.

Espetáculo, lamentavelmente e uma vez mais na história inversamente proporcional ao apresentado pela cúpula da Confederação Brasileira de Futebol (CBF) e, por que não, da própria sociedade brasileira em geral paralisada, como sempre, devido ao « choque » em frente ás telas da TV. Daqui a alguns dias, quando a mídia achar que a tragédia não rende mais tanta audiência, tudo terá passado e será como sempre foi no Brasil como se nada tivesse acontecido, sob choro sufocado da cidade de Chapecó e dos familiares das vítimas, nas mais diversas partes do País.

A Colômbia é um dos países naturalmente mais maravilhosos do planeta, e os colombianos em geral são de uma gentileza e solidariedade fora do comum. Tudo isso invertido pela mídia predominante como parte da falsa Guerra às Drogas dos Estados Unidos na tentativa (infelizmente bem-sucedida) de impor a ideia de que a Colômbia vive um caos, e que sua população em geral é violenta e viciada em drogas. Desta maneira, os Estados Unidos encontram pretexto para seguir transformando o território colombiano em uma de suas maiores bases militares da América Latina.

Quem escreve tais palavras teve o imenso prazer de praticar ecoturismo e cruzar o território colombiano de ponta a ponta com a esposa de bicicleta no início do ano passado, testemunhando demonstrações das mais divinas de cidadania e companheirismo, além de uma beleza paisagística talvez única no mundo.

Antes da viagem, não faltaram mentalidades reduzidas, limitadas por ideias pré-concebidas formadas e impostas por meios como Rede Globo que aterrorizaram psicologicamente a esposa deste autor: « Vai ser metralhada na Colômbia! Não viaje com esse louco! ». Nestes dias, a jovem esposa chorou de emoção ao relembrar a Colômbia manifestando o desejo de retornar, emendando: « Que lindas demonstrações dos colombianos », referindo-se às homenagens à Chapecoense.

As homenagens dos moradores da cidade de Medellín, de todas as idades e classes sociais no horário e local em que jogariam Atlético Nacional e Chapecoense, no estádio lotado além das mais de 100 mil pessoas nas ruas nesta quarta-feira (30) em memória das vítimas do acidente aéreo do último dia 29 (pelo horário de Brasília), foram realmente de arrepiar e chorar. O Atlético Nacional, tanto diretoria quanto jogadores têm repetido o que anuncia o sítio na Internet do clube: « De nossa parte, e para sempre, Chapecoense campeã da Copa Sul-Americana de 2016 ».

Mas que se repita: não surpreende em nada quem conhece a Colômbia.

Exatamente nesta quinta-feira (1), confirmou-se que o avião caiu por falta de combustível. O Brasil, portanto, tem todos os motivos para manifestar solidariedade e protestar.

Atualmente na cidade de Itajaí, mesmo estado da cidade de Chapecó, isto é, Santa Catarina, o que este autor mais gostaria de fazer era manifestar, coletiva e publicamente, as condolências e um sentimento que não se explica a todas as vítimas daquele voo. Mas não tem havido nada neste sentido em nenhuma parte do estado catarinense, o que era de se esperar – este autor nunca esperou o contrário; tudo tem se limitado aos comentários individuais. No estádio do time da cidade, Marcílio Dias, não há nenhuma bandeira da Chape, do Brasil nem do próprio Marcílio à meia-haste, nem nenhuma faixa preta: melancolicamente, nada!

Foram tentadas diversas vezes, por este autor escrever, alguma homenagem com a natural revolta, profundo sentimento de impotência, desalento total pelo ocorrido: durante estes dias, desde os primeiros minutos pós-tragédia trabalhando madrugada adentro, nunca foi possível terminar a primeira linha; não restava nada, diante de tal estado de espírito, senão desistir. Uma nova tentativa, tomado pela emoção com as homenagens colombianas do último dia 30, foi feita no sentido de publicar algo. Não deu.

A macabra conversa de Marco Polo del Nero, presidente da CBF, com Ivan Tozzo, presidente em exercício da Chapecoense nesta quarta-feira, contudo, serviu desgraçadamente como « inspiração » para escrever alguma coisa. Geralmente, a inspiração made in Brazil se dá desta maneira… Afinal, Brasil, Ame ou Deixe (não critique) ensinado pelo regime militar e por sua maior porta-voz, a Rede Globo, e muito bem aprendido pela sociedade até hoje.

Palavras de Tozzo: « Conversei com o presidente Del Nero sobre a partida contra o Atlético Mineiro. Ele disse: ‘Este jogo tem que acontecer. Tem que ser uma grande festa’. Respondi: ‘Não temos 11 jogadores’. Ele disse: « Tem sim. Vocês têm categoria de base, os jogadores que ficaram. Não importa. Tem que fazer uma grande festa. Chapecó e a Chapecoense merecem' ».

O Atlético Mineiro, através de seu presidente Daniel Nepomuceno, declarou de maneira muito pertinente que não comparecerá a Chapecó para a partida remarcada para o próximo dia 11, o que levará seu clube a perder por W.O.

O futebol precisa, urgentemente, ser dirigido por ex-jogadores! Não por essa cúpula engravatada, arrogante e corrupta que rege o esporte sem nunca ter chutado uma bola na vida e sem nenhum compromisso com absolutamente nada, que não seja retorno financeiro.

Concluo este pobre, desanimado e mal elaborado texto, escrito no afã de conclui-lo rapidamente, atônito e sem condições de discorrer sobre a tragédia, com a mais profunda gratidão à Colômbia, nação mais que digna, pelo que tem demonstrado nestes dias por uma pátria que não é a deles, por pessoas que eles não conheciam, por um time de futebol que jogaria contra o tão querido da cidade deles em busca de um títuo continental.

Lamento não ter podido estar lá a fim de, ironia do destino, extravasar pacificamente a alma, homenagear ao lado dos colombianos meus patrícios brasileiros. Pouca desgraça é sempre uma enorme bobagem nesta Republiqueta de Bananas cujo pior problema não é político nem econômico, mas de mentalidade. Alguém ainda tem alguma dúvida?

Deixo também letra da música de Cazuza, « Brasil, Mostra a Tua Cara! », aproveitando inclusive o desejo ardente de Del Nero e de toda a canalhada da CBF por uma grande festa futebolística que, na cabeça da cartolada, deveria se estender às arquibancadas em Chapecó em nome dos interesses comerciais da entidade, sabidamente podre:

Não me convidaram /Pra essa festa pobre / Que os homens armaram pra me convencer
A pagar sem ver / Toda essa droga / Que já vem malhada antes de eu nascer

Não me ofereceram / Nem um cigarro / Fiquei na porta estacionando os carros
Não me elegeram / Chefe de nada / O meu cartão de crédito é uma navalha

Brasil / Mostra tua cara / Quero ver quem paga / Pra gente ficar assim
Brasil / Qual é o teu negócio? / O nome do teu sócio? / Confia em mim

Não me convidaram /Pra essa festa pobre / Que os homens armaram pra me convencer
A pagar sem ver / Toda essa droga / Que já vem malhada antes de eu nascer

Não me sortearam / A garota do Fantástico / Não me subornaram / Será que é o meu fim?
Ver TV a cores / Na taba de um índio / Programada pra só dizer « sim, sim »

Brasil / Mostra a tua cara / Quero ver quem paga / Pra gente ficar assim
Brasil / Qual é o teu negócio? / O nome do teu sócio? / Confia em mim

Grande pátria desimportante / Em nenhum instante / Eu vou te trair (Não vou te trair)

Edu Montesanti / Publicado no Jornal Pravda
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L’HOMME DE L’ANNÉE 2016

Fait sans précédent dans les annales de la Vème République, François Hollande a annoncé jeudi 1 er décembre 2016, qu’il renonçait à briguer un deuxième mandat présidentiel, tragique aveu d’une grande impuissance.

L’homme qui avait mené deux batailles au Mali et en Syrie, a renoncé à livrer bataille sur le plan intérieur pour défendre son bilan. Pour un foudre de guerre sur la scène internationale, qui avait eu le plus grand mal à se retenir de bombarder la Syrie en 2013, ce renoncement a retenti comme une capitulation en rase campagne. Une implosion en plein vol.

«L’Homme d’état de l’année 2016» aura eu un triomphe météorique, à l’image de ses prédécesseurs malchanceux, les conservateurs européens, l’espagnol José Marie Aznar ou le britannique David Cameron (lauréat 2015); à l’image de l’adhésion populaire dont il a bénéficié à son élection, plombée à son envol par le tweet ravageur de la «première peste de France» (1), soutenant le rival de la propre mère des quatre enfants de son compagnon, symptomatique de la confusion mentale qui a régné au plus haut niveau de l’état, tant au niveau de la vie privée du premier magistrat de France que de sa politique.

Scipion l’Africain au Mali (2), général Flamby (3) en Syrie, Scooter One Rue du Cirque -quel cirque- François II aura été aux antipodes de son prédécesseur. Falot et mal fagoté, au regard d’un florentin brillant et flamboyant, grand manœuvrier devant l’éternel. Retour sur la dérive de ce quinquennat calamiteux.

DE LA TRAHISON AU PARTI SOCIALISTE OU LE VAUDEVILLE D’UNE «PRÉSIDENCE NORMALE».

«La gauche de gouvernement devient suspecte dès qu’elle accède aux responsabilités et son destin est de toujours être accusée de trahison», soutient François Hollande dans un entretien à la revue débat.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/09/15/francois-hollande-la-gauche-de-gouvernement-est-toujours-accusee-de-trahison_4998057_823448.html#DowjkOz0UxOBsuQ0.99

Non François Hollande, au vu de votre comportement et celui de votre gouvernement tout au long de votre mandat, ce n’est pas la gauche de gouvernement qui est accusé de trahison, c’est le gouvernement lui même qui a trahi et la nomenklatura «solférienne» avec.

L’exemple vient de très haut, du premier des socialistes François Hollande lui même, qui a trahi sa compagne d’alors et mère de ses 4 enfants, avant de lui saborder sa campagne présidentielle, en 2007, puis de récidiver avec sa compagne présidentielle, la dénonciatrice des «sans dents», un scandale qui a terni durablement son mandat.

Engagé sur deux théâtres d’opérations extérieurs (Syrie-Mali) et sur le front intérieur du chômage, ce vaudeville consternant a plombé durablement sa mandature présidentielle et sinistré le parti socialiste, faisant du socialo-motoriste, le plus impopulaire président de la Vme République.

Jean Pierre Jouyet, une prime à la trahison.

En 2ème position, l’ami le plus proche du président, Jean Pierre Jouyet, en aura été l’incarnation la plus achevée. Ralliant sans hésitation ni vergogne, Nicolas Sarkozy au poste de ministre des Affaires européennes, le camarade de l’ENA «promotion Voltaire» sera néanmoins repêché par François Hollande au secrétariat général de l’Élysée. Un repêchage perçu comme une prime à la trahison. Autres transfuges célèbres, Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères du néo gaulliste atlantiste Nicolas Sarkozy, de même qu’Eric Besson et Jean Marie Bockel, le « Tony Blair de gauche ». Une trahison à sens unique de la gauche vers la droite, sans le moindre mouvement en sens inverse.

Sur fond d’un paysage dévasté par une considérable destruction de l’emploi industriel, de l’ordre de 1,4 millions d’emplois en 25 ans, – 407 usines fermés en deux ans, 190 usines en 2015 et 217 en 2014, l’armée française désormais équipée d’armes allemandes et de rangers allemands- de l’hémorragie du vote ouvrier vers le Front National, de la préemption démagogique des mots d’ordre sécuritaire de l’extrême droite sous l’effet d’une panique nationale (déchéance de nationalité), la fonction de la gauche depuis le début du XXI me siècle a surtout consisté à servir d’appoint électoral à la droite, sans renvoi d’ascenseur. Un marche pied.

«Le PS a zappé le peuple». L’admonestation de Pierre Mauroy lors de la présidentielle 2002, fatale à Lionel Jospin, demeure d’actualité. Plutôt que d’initier une politique de la demande et de la relance de la consommation par l’augmentation du pouvoir d’achat, l’ennemi de la haute finance s’est révélé un zélé passeur de plats du grand patronat. En 2015 et 2016, les entreprises françaises ont été les plus gros payeurs de dividendes d’Europe sur fond de casse sociale.

La social-démocratie préconisée par François Hollande apparaît rétrospectivement comme l’enterrement en grande pompe du socialisme par la mort du social.

De Lionel Jospin ( 1997-2002) à François Hollande (2012-2017), la gauche s’est réduite à soutenir une droite qui se distingue de moins en mois de l’extrême droite.

Ainsi le «Front Républicain de 2002» est apparu comme une prime à la corruption en ce que Jean Marie Le Pen n’avait aucune chance de gagner la bataille présidentielle alors que Jacques Chirac avait été le dirigeant qui avait institutionnalisé la corruption au plus niveau de l’État, le seul président français depuis Pétain a être condamné par la justice pour des faits ayant rapports avec l’argent illicite.

Il en a été de même avec le «Front Républicain pour les régionales 2016», qui a débouché sur la propulsion du motoriste Christian Estrosi à la tête du PACA et l’élimination du PS de tous les exécutifs régionaux. La récidive a été fatale au crédit de la gauche de gouvernement qui a donné l’impression de courir derrière une droite de plus en plus contaminée par le discours Lepeniste. La démarcation s’est dissipée dans l’esprit des électeurs.

Servir d’appoint électoral à la droite radicale et continuer à ostraciser un authentique homme de gauche, Jean Luc Mélenchon, relève de l’aberration mentale et explique la dispersion des forces du progrès en France et la perplexité de nombre de personnes se réclamant de la gauche, qui y voient un jeu d’apparatchik contre productif.

De François Mitterrand à Lionel Jospin, à Harlem Désir et Jean Christophe Cambadélis, en passant par le socialo motoriste Hollande, le charisme du leadership socialiste s’est considérablement dégradé. Le PS souffre d’absence de clarté dans son positionnement. D’une locomotive. Évident manque d’appétence à son égard.

DU BON USAGE DE «MUNICH ET DES SUDÈTES DE TCHÉCOSLOVAQUIE»: «LE CHANGEMENT, C’EST MAINTENANT»

MUNICH: Seul pays au Monde à faire un usage intensif de ce terme pour stigmatiser ce qu’il considère être «le défaitisme» des adversaires de sa politique, «Munich» et par extension «Munichois», est en fait l’apanage du socialisme français. Son arme de destruction massive pour neutraliser toute critique à son égard.

Harlem Désir, en la matière, n’est en fait que le piètre successeur de Guy Mollet, le dernier Premier ministre socialiste de la IV République, l’homme de Suez et d’Alger, -beau palmarès-, qui avait brandi cet argument pour disqualifier les opposants à l’agression tripartite de Suez, en 1956, contre Nasser. 57 ans après, Harlem Désir nous ressert la même rengaine… Le changement, c’est maintenant. Vraiment?

Dans la terminologie de l’époque, l’«expédition punitive» anglo-franco-israélienne, -menée, faut-il le souligner, par les deux puissances coloniales de l’époque en association avec leur pupille israélien-, devait châtier le «Bickbachi». Terme de l’ordonnancement militaire ottoman équivalant au grade de Colonel, le Bickbachi Nasser sera ainsi désigné à la vindicte publique comme le nouvel Hitler de l’après-guerre, sous le vocable de Rayïss, que l’on faisait rimer dans le subconscient européen avec le Reich.

Le 2ème Hitler arabe sera naturellement Yasser Arafat, le chef de l’Organisation de Libération de la Palestine. Figure de croquemitaine dans l’imaginaire occidental, l’Arabe, surtout lorsqu’il est porteur d’une revendication nationaliste, est un Hitler en puissance, quand bien même les Arabes et les Africains (chrétiens et musulmans) ont été parmi les principaux pourvoyeurs de «chairs à canon» pour la libération de la France, à deux reprises en un même siècle, phénomène rarissime dans l‘Histoire. De Gamal Abdel Nasser (Égypte) à Mohammad Mossadegh, à l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny et Mahmoud Ahmadinejad (Iran) en passant par Yasser Arafat et Cheikh Ahmad Yassine (Palestine), à Moqtada Sadr (Irak) et Hassan Nasrallah (Liban), tous ont eu l’honneur d’assumer cette fonction sans que jamais personne n’ait songé à établir un lien entre l’arrogance occidentale et la radicalisation des contestataires de sa suprématie.

Munich, spécialité française, est d’autant plus vigoureusement brandie que les socialistes, plutôt répressifs en ce domaine, n’ont jamais apporté le moindre soutien aux guerres de libération du tiers-monde. Pour exemple, Léon Blum, le chef du gouvernement du «Front Populaire» ne lèvera pas le petit doigt pour le «Fronte Popular» espagnol, ses confrères Républicains, lors de la guerre d’Espagne (1936) et Guy Mollet agressera l’Égypte nassérienne, ordonnant en prolongement les ratonnades d’Alger. C’est Pierre Cot, ministre communiste de l’aviation du gouvernement Léon Blum et son directeur de Cabinet, le mythique Jean Moulin, de connivence avec André Malraux qui doteront les Républicains espagnols de l’escadrille ESPANA.

Alors Harlem Désir, Munich, la Chambre des Communes qui a infligé une retentissante leçon de démocratie à la France? Munich, Barack Obama, qui a jugé plus conforme à l’éthique démocratique de prendre l’avis des représentants de la nation?

Munich, l’Inde qui a vaincu le colonialisme par la non-violence? Munich, l’Afrique du Sud qui triomphé de la ségrégation raciale par une réconciliation nationale et non par la stigmatisation? Munich, le Pape François qui prie pour la paix en Syrie quand le mufti de l’Otan, le prédicateur millionnaire du Qatar, Youssef Al Qaradawi, supplie que la Syrie soit bombardée par ces anciens colonisateurs?

Munich à la manière de Guy Mollet, comme en 1956…. Le changement, c’est maintenant? Ou tout bonnement Harlem Désir, tête brûlée pour une politique de terre brûlée.

LES PALESTINIENS, LES SUDÈTES DU XXI E SIÈCLE

Dans sa démarche vis-à-vis de la Syrie, François Hollande, nous a chuchoté le quotidien Le Monde -jamais avare de confidence dès lors qu’il s’agit d’épauler le nouveau pouvoir socialiste au point de lui servir d’amplificateur médiatique et de relais diplomatique-, est hanté par le précédent de la Tchécoslovaquie et le sort des Sudètes (1938) qu’Hitler absorba sans crier gare du fait de la passivité européenne, résultante des accords de Munich.

Le conditionnement idéologique est tel, la servitude intellectuelle si forte que les ravages de la pensée socialiste paraissent incommensurables. Ainsi Laurent Fabius, qui passe, à tort, pour être l’un des esprits les plus brillants de la République, préconisait avec morgue et suffisance d’armer l’opposition syrienne pour établir une parité militaire et créer les conditions équilibrées à une négociation avec le pouvoir syrien. Il suggérait de même une action énergique en vue de favoriser le retour des réfugiés syriens dans leur pays. Préoccupation humanitaire légitime qui aurait pu honorer son auteur si elle s’était accompagnée d’une requête similaire concernant les Palestiniens, dépouillés, exilés et déplacés, eux, depuis soixante ans…Eux, les véritables Les Sudètes du XXI me siècle.

«LA SYRIE, LE DRAME DU XXIE SIÈCLE»? LA SYRIE OU L’IRAK ?

Le premier drame du XXIe siècle est non la Syrie, comme le soutient François Hollande, mais l’Irak tant par son antériorité que par son ampleur. L’Irak où s’est refusé à s’enliser Jacques Chirac et non la Syrie ou se sont laissés embourbés Nicolas Sarkozy et François Hollande, deux philo-sionistes atlantistes patentés. «Des néoconservateurs américains avec un passeport français», selon l’expression du transfuge socialiste Eric Besson.

Sauf à concéder à l’auteur de ce constat l’excuse de troubles précoces de mémoire, une telle approximation est inexcusable. Que dire de l’Irak, désormais dénommé «Le pays des veuves»? Invasion américaine, Daech.., Mossoul, Falloujah, près de deux millions de victimes. Et des dizaines d’autres quotidiennement depuis treize ans.

La prostitution en guise de survie alimentaire. Quatre millions d‘exilés, sans la moindre assistance humanitaire. De l’Uranium appauvri, arme de destruction massive prohibée par le droit international, abondamment utilisé contre biens et personnes par «le plus vieil allié de la France» et son nouveau partenaire dans l’équipée syrienne. Un fait avéré, qui ne fera l’objet de la moindre enquête dans l’ancien journal de référence Le Monde, davantage soucieux de faire office de caisse de résonance au Quai d’Orsay avec ses enquêtes préprogrammés et ses blogs relais.

LE TROPISME PHILO-SIONISTE OU LE PRURIT BELLIGÈNE DU SOCIALISME FRANÇAIS.

De l’expédition de Suez contre Nasser, en 1956, ordonnée par Guy Mollet, aux ratonnades d’Alger par Robert Lacoste (1955-1958), au caillassage de Lionel Jospin à Bir Zeit pour avoir traité de «terroriste» le Hezbollah libanais, l’unique formation politico-militaire du monde arabe à avoir infligé un double revers militaire à Israël (2000-2006), à l’esplanade David Ben Gourion dédiée par Khoyya Bertrand Delanoë, le Maire de Paris, au fondateur de l’armée israélienne au lendemain de l’attaque navale israélienne contre un convoi humanitaire turc en direction de Gaza…. Le registre est connu et bien tenu.

La filiation est lointaine et ne se dément pas, remontant au grand manitou du socialisme français, Léon Blum, qui invoquera son «trop d’amour» pour son pays «pour désavouer l’expansion de la pensée et de la civilisation française», admettant «le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture». Cette profession de foi surprenante est parue dans le journal «Le Populaire» en date du 17 juillet 1926, sans que ce vénérable humaniste, premier chef du gouvernement socialiste de la France moderne, artisan des premières conquêtes sociales sous le gouvernement du Front Populaire (1936), ne se doute que, lui-même, à son tour, subira, quinze ans plus tard, les lois de l’infériorité raciale de la part de ses compatriotes non coreligionnaires.

LA RELÈVE : MANUEL VALLS ET LAURENT FABIUS (4)

L’éviction de la vie politique française de Dominique Strauss Khan, un des parangons d’Israël, de même que la dérive xénophobe du gouvernement israélien matérialisée par la présence au sein du cabinet de l’ultra droitier Avigdor Libermann, ministre des Affaires étrangères puis de la défense, n’ont pas pour autant réduit la vigueur du tropisme pro-israélien au sein de la hiérarchie socialiste, en ce que la relève est désormais pleinement assurée par Manuel Valls, un sarkozyste de gauche, dont il a hérité de son poste à Beauvau, ainsi que Laurent Fabius.

Manuel Valls, lié de son propre aveu, «de manière éternelle à la communauté juive et à Israël», stigmatise le boycott d’Israël, mais non la phagocytose de la Palestine ou sa rétention des recettes d’exportation des produits de Cisjordanie. Il se place ainsi sur la même longueur que Richard Prasquier, le président du CRIF, dont la tonitruance inconditionnellement pro-israélienne s’accommode mal du positionnement qui se veut «normal» du nouveau président français. En résonance avec son comportement abusivement dilatoire dans l’affaire Georges Ibrahim Abdallah où la diplomatie française a subi les diktats de Hillary Clinton à l’époque secrétaire d’État.

LAURENT FABIUS: L’ESBROUFE COMME MODE OPÉRATOIRE.

L’esbroufe aura été son mode opératoire. De même que le mépris et la morgue, ses deux plus implacables ennemis. En trois ans de parade au Quai d’Orsay, Laurent Fabius aura poussé les travers français à leurs expressions les plus extrêmes. Donné toute la mesure de ses faux talents, un mélange de malveillance, de bonne conscience, d’outrecuidance, de morgue et de mauvaise foi (5).

La propulsion du premier ministre des Affaires étrangères de François Hollande à la tête d’une prestigieuse institution, clé de voûte du système juridique et politique français, loin de constituer le couronnement d’une carrière publique exemplaire, paraît devoir s’apparenter à une opération d’évacuation par le haut d’un personnage à bien des égards calamiteux, en application du vieux adage latin, plein de sagesse, «Promoveatur ut Amoveatur» dont la traduction administrative courante se décline en français par le principe anglais du «Principe de Peter». Au delà des lauriers, au delà des louanges, la propulsion de Laurent Fabius à la présidence du Conseil Constitutionnel signe sa congélation politique ad vitam dans un placard doré, terme ultime d’un parcours désastreux.

En fait Laurent Fabius avait été déjà carbonisé en direct par ses amis américains incommodés par son rôle de «bad cop» tant dans les négociations sur le nucléaire iranien que sur un éventuel règlement politique en Syrie.

Les révélations de la presse américaine sur les frasques casinotières de l’aîné des Fabuis, Thomas, -sur des faits datant de 2013 mais fuités le 29 octobre 2015 à la veille de la première conférence multilatérale de Vienne sur la Syrie-, ont retenti comme un rappel à l’ordre américain renvoyant à ses pénates le paternel de l’enfant prodige.

En lui suggérant de se préoccuper de ses affaires domestiques plutôt que de se trémousser dans la gestion des affaires du Monde, les États-Unis lui montraient par là même le chemin de la sortie.

Les attentats de Paris-Bataclan quinze jours plus tard, le 13 novembre 2015, à la veille du deuxième round de Vienne, ont signé la fin de sa lévitation en même temps qu’ils scellaient son sort en ce que de nombreux observateurs ont perçu ce massacre collectif de Parisiens comme la sanction d’une politique erratique du socialo motoriste François Hollande en tandem avec son âme damné Fabiuçius.

BACHAR AL ASSAD «NE MÉRITE PAS D’ÊTRE SUR TERRE»

Bachar Al-Assad «ne mérite pas d’être sur terre». Laurent Fabius ne s’imagine sans doute pas les millions de personnes qui ont formulé pareil vœu à son égard tant sa morgue, sa suffisance et ses outrances verbales ont indisposé et choqué venant du chef de la diplomatie d’un pays réputé pour sa courtoisie et sa finesse d’esprit.

Le plus capé des socialistes, réputé pour ces somnolences dans les forums internationaux, passera ainsi dans l’histoire comme «le petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations sur le nucléaire iranien», le piètre pensionnaire du Quai d’Orsay de la gauche française, à l’égal du transfuge sarkozyste du socialisme Bernard Kouchner.

FRANÇOIS HOLLANDE, NON UN HOMME DE POIDS, MAIS UN HOMME EMPESÉ

Atteint de plein fouet sur le plan domestique par les gazouillis de la «Première peste de France» , caramélisé sur le plan international par la défection de ses deux alliés atlantistes, les États-Unis et le Royaume Uni, François Hollande, en dépit d’une reprise pondérale n’est pas un homme de poids, mais un homme empesé, affligé d’une posture dépareillée par un langage suranné, secondé par le pire ministre socialiste des Affaires étrangères de la Vème République.

En contre pied de l‘aîné corrézien passé à la postérité pour sa gestuelle gaulliste de Chirac d’Irak, le point d‘orgue de sa double mandature par ailleurs calamiteuse, le cadet socialiste de Tulle, à dix ans de distance, s’est laissé happé par la tourmente d’un «anus horribilis», Scipion l’Africain du Mali, en janvier 2013, Général Flamby en Syrie, à l’automne de la même année, une performance qui sonnait prématurément son crépuscule diplomatique.

Camouflet supplémentaire, «le plus vieille allié des États Unis» n’a pas échappé à l’espionnage de son partenaire outre atlantique, qui lui a dérobé près de 70 millions de communications électroniques entre décembre 2012 et Janvier 2013, en pleine campagne du Mali et de Syrie. Véritable dindon de la farce, que n’a-t-il perçu cela avant de s’engouffrer dans la brèche syrienne alors que ce scandale marquait et l’affaiblissement et la duplicité des États Unis.

SÉGOLÈNE ROYAL, MEILLEURE PRÉSIDENTE QUE FRANÇOIS HOLLANDE.

En cinq ans de gouvernance, seul fait indubitable, François Hollande par ses bourdes successives pourrait accréditer l’idée que Ségolène Royal, la précédente postulante socialiste à la magistrature suprême, aurait fait meilleure présidente que lui, dans tous les cas de figure, qu’il a, comble de cynisme, lui, en tant que secrétaire général du PS, elle, en sa qualité de la mère de ses quatre enfants, plaqué au paroxysme de la campagne présidentielle; indice indiscutable d’une grandeur d’âme.

Quarante ans après Epinay, le glorieux parti de Jean Jaurès, le parti du conquérant François Mitterrand qui rêvait d’un dépassement du socialisme par l’Europe n’est plus que l’ombre de lui-même. Un syndicat de barons arc boutés sur des privilèges surannés. Sans créativité, ni réactivité. Sans novation ni innovation. Sans vitalité. Un électro-encéphalogramme plat.

La Syrie apparaîtra rétrospectivement comme l’ultime expédition post coloniale d’un pays en déclin: «Parmi les grands perdants de la mondialisation, parmi les grands perdants de l’Européanisation», selon l’expression de Marcel Gauchet (6), la France de François Hollande figure aussi parmi les grands perdants en Syrie et, indice patent de la déflagration mentale des socialistes français, les meilleurs alliés des Saoudiens et néoconservateurs américains, des néo conservateurs israéliens.

«JE RESTERAI TOUJOURS UN AMI D’ISRAËL» «Tamid esha’er haver shel Israel !»*

Accueilli en grande pompe par Benyamin Netanyahou, dès son atterrissage à Tel-Aviv, François Hollande entendait visiblement faire honneur au «tapis rouge» que le premier ministre droitier avait annoncé dérouler pour la visite du président français. Au point de le clamer, en hébreu dans le texte: «Je resterai toujours un ami d’Israël».

Une déclaration qu’aucun des présidents français n‘avait osé faire auparavant, pas même Nicolas Sarkozy, qui passait jusqu’à présent comme le plus philo-sioniste des dirigeants français. Chapeau l’artiste socialiste tel qu’en lui-même l’éternité le figera. CF: Le «chant d’amour» de François Hollande «pour Israël et ses dirigeants».

Malheur aux vaincus: L’ingratitude est la loi cardinale des peuples pour leur survie. Le naufrage collectif du socialisme français portera les noms de Dominique Strauss Khan et Jérôme Cahuzac, de parfaits représentants de la déliquescence du socialisme et non de sa quintessence, de même que sur le plan diplomatique, le nom du tandem comique Laurel et Hardy, alias Lolo et Flamby, une risée planétaire.

René Naba

madaniya.info

Référence

http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/exclu_-_julie_gayet_et_francois_hollande_leurs_stratagemes_pour_garder_leur_histoire_secrete_376449

1- La première peste de France:
http://www.madaniya.info/2014/10/02/journalisme-metier-deontologie sport-combat/

http://www.grazia.fr/societe/phenomenes/articles/valerie-trierweiler-la-premiere-peste-de-france-487191

2-Scipion l’Africain (Publius Cornelius Scipio Africanus) est un général et homme d’État romain, né en 235 av. J.-C. mort en 183 av. J.-C. à Linterne en Campanie. Vaincu par le carthaginois Hannibal Barca à la bataille de Cannes, près de l’actuelle Canossa, il s’emploiera à prendre sa revanche à sa nomination Consul en 205 av. J.-C. A la tête d’une armada de 50 vaisseaux de guerre et 400 navires de transport, emportant près de 35.000 soldats, il passe en Afrique. Deux ans plus tard, il réussit à vaincre le général Carthaginois Hannon et prend le titre Scipion l’africain.

3-Flamby: Pâtisserie sans œufs ni crème désigne péjorativement un être mollasson et onctueux. Sobriquet réservé à François Hollande avant son accession à la présidence de la république française.

4-Le gouvernement Ayrault satisfait les Français d’Israël
http://jssnews.com/2012/05/16/ayrault1/

Ainsi qu’ à propos du tropisme socialiste à l’égard d’Israël: La France gagnée par le sionisme, par Eyal Sivan
http://www.rue89.com/2013/10/07/eyal-sivan-cineaste-israelien-france-est-gagnee-sionisme-246345

5-Laurent Fabuis et la réforme du droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU http://www.madaniya.info/2016/02/10/5762/

6-Marcel Gauchet in «Les quatre failles d’une présidence», Le Monde en date du 1er octobre 2013, article de Françoise Fressoz, page 6.

Illustration :François Hollande et son prix, entourés notamment (de gauche à droite) par le milliardaire Carlos Slim et l’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger le 19 septembre 2016. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN

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  • Commentaires fermés sur François Hollande: La capitulation en rase campagne du foudre de guerre de Syrie

Ce 29 novembre, la joie, certes mêlée de tristesse, de sang et de larmes, avait envahi le cœur des Syriens. Toutes les sources fiables leur apprenaient que 14 quartiers de l’est d’Alep étaient libérés des terroristes, que des milliers de leurs habitants séquestrés depuis l’été 2012 avaient pu -malgré les tirs des snipers qui tiraient sur ceux qui les fuyaient- rejoindre les positions de l’Armée syrienne, que la centrale hydraulique de Souleiman al-Halabi située dans ces quartiers avait été récupérée et en cours de réparation, que le croissant rouge et les hôpitaux privés et publics s’étaient préparés à les accueillir, que la Russie allait dépêcher des hôpitaux mobiles pour parer aux manques de lits et de moyens, que les parents et amis encore en vie les attendaient à tous les couloirs de sortie…

Les Français qui auraient tendance à mettre en doute la parole des Syriens, pourraient peut-être se donner la peine d’écouter l’un des leurs raconter « cette vraie bonne nouvelle » [1].

ICI, cette vidéo de Pierre le Corf

https://www.youtube.com/watch?v=idBCO5ZqCQg   merci

Ceci, car les médias français excellents désormais en matière de désinformation sur la Syrie, donnant une vision caricaturale d’un régime qui massacre des « rebelles » quand ce n’est pas la « population », sans que l’on puisse comprendre qui est qui et qui fait quoi.

Un exemple frappant est ce que donne à entendre BFM TV qui invite, ce 29 novembre, l’aiguiseur du fer de lance de l’agression contre la Syrie, M. Laurent Fabius, lors d’une émission présentée comme suit :

« Dénoncer les fautes politiques, décrypter les déclarations et réduire le fossé creusé entre la classe politique et les français, telles sont les ambitions de l’émission signée Ruth Elkrief » [2].

Invitation à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage, mise à profit pour stimuler l’imagination des Français sur la prétendue horreur de cette « vraie bonne nouvelle » :

« R. Elkrief : Évoquant le dossier syrien, vous rappelez la fameuse conférence de Genève de Juin 2012 qui a été suivie par des déclarations… les vôtres ; en juillet 2012 : « Assad va tomber, c’est une question de temps » ; décembre 2012 : « La fin se rapproche pour Bachar al-Assad ». Depuis 24h, la ville symbole d’Alep est sur le point d’être prise aux rebelles. Bachar al-Assad est entrain de l’emporter !

L. Fabius : C’est un drame épouvantable, épouvantable parce qu’en ce moment même, au moment où nous parlons, il y a des milliers de jeunes et de moins jeunes, de familles, qui sont massacrés. Imaginez ce que c’est d’être à Alep dans le froid, sans nourriture, sans eau… et c’est un échec pour ce qu’on appelle la Communauté internationale, un échec terrible. Alors, je rappelle dans mon livre, puisqu’il porte sur les quatre ans que j’ai passés à la tête de la diplomatie, comment il aurait été possible, finalement, de trouver une autre solution et pourquoi ça n’a pas eu lieu.

R. Elkrief : Et vous dîtes que à Genève, il y a un certain nombre de personnes, vous n’êtes pas les seuls, la France, à dire et à penser que Bachar al-Assad va tomber. 

L. Fabius : Tout le monde… Tout le monde… À Genève, c’était la première réunion internationale à laquelle je participais. C’était en juin 2012 et je tenais la plume du communiqué final. Et, je me rappelle très bien que dans les couloirs, quand nous bavardions entre nous, Hilary Clinton, Sergueï Lavrov… la seule question c’était : « où va-t-on envoyer Bachar ? ». Bon… nous aurions pu nous mettre d’accord puisqu’il y a eu un communiqué qui a été accepté par tout le monde, mais les Russes, disons les choses telles qu’elles sont, finalement, n’ont pas voulu. Et c’est la première occasion, si je puis dire, ratée. Et la deuxième occasion ratée, qui elle est en août 2013… à l’époque en 2012, il n’y avait pas de terroristes, hein !

R. Elkrief : Il n’y avait pas encore Daech en août 2013…

L. Fabius : Bien sûr ! Et en août 2013, vous vous rappelez peut-être que le président Obama a dit que : « Si il y a l’utilisation d’armement chimique contre la Syrie, à ce moment là j’interviendrai ». Nous avions prévu d’intervenir avec les Anglais, nous-mêmes et les Américains, et puis, au dernier moment, le président Obama a fait volte-face. Et du coup…

R. Elkrief : Et vous rapportez comment il a téléphoné à François Hollande, comment…

L. Fabius : Et du coup, les Russes ont retourné la situation. Le terrorisme s’est développé, Al-Qaïda d’une part, Daech d’autre part, et on en arrive à 300 000 morts et même plus de 300 000 morts, la moitié de la population de Syrie déplacée. Voyez ce que ça veut dire. Et puis, tous les jours des gens qui sont tués et qui sont massacrés… » [3].

Extrait qui en dit long sur le matraquage incessant de l’inconscient collectif des auditeurs par celui-là même qui se dédouane par un « tout le monde pensait que », suggérant que si le terrorisme s’est développé, ce n’est pas du fait du soutien de son gouvernement [4] et de ses alliés, mais de la faute des Russes et, en passant, de la faute d’Obama qui s’est dégonflé ce fameux 31 août 2013, alors que les moteurs de l’aviation de guerre française vrombissaient d’impatience en attendant son feu vert pour se lancer à l’attaque de Damas en pleine nuit.

Pourquoi et comment ? Ce n’est pas le sujet. Il suffit de répéter que la « ligne rouge » imaginée par Obama est une réalité : des armes chimiques ont bien été utilisées « contre la Syrie » alors que Daech, fille d’Al-Qaïda, sœur jumelle d’Al-Nosra et mère adoptive de l’ASL sous le parrainage d’Erdogan et les bons auspices des alliés régionaux de la France [à l’époque, c’était essentiellement, le Qatar qui avait fait mains basse sur la Ligue arabe, la Turquie, la Jordanie et la Turquie ; l’Arabie saoudite a pris la main plus tard], ne faisait pas encore partie du paysage, comme le précise Mme Elkrief. Il ne faut quand même pas tout mélanger : les terroristes, c’est Daech, tous les autres sont des « rebelles armés démocrates », même s’ils ont décapité, violé, rôti, torturé leurs victimes syriennes avant ou après sa naissance !

Mais ici, M. Fabius ne réitère pas ses accusations contre « Bachar qui ne mériterait pas de vivre ». Ce serait trop gros. Désormais, nombreux sont ceux qui ont entendu dire que ce sont les terroristes qui ont utilisé les armes chimiques contre des soldats et des civils syriens et qui continuent. Et puis, des bruits ont couru à propos d’une note falsifiée du gouvernement français de l’époque [5]. Peut-être vaut-il mieux ne pas insister.

Quant au fameux communiqué de Genève accepté par « tout le monde en 2012 », le seul hic est que la Syrie n’était même pas présente. « Tout le monde » pour M. Fabius, ce sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et les représentants de l’Union européenne, de la Turquie, du Qatar et de la Ligue arabe. C’est dire, vu tout ce que le monde ne peut plus ignorer aujourd’hui ! D’autant plus qu’Erdogan, profitant de l’escalade médiatique menée par la France, vient d’annoncer que la Turquie a envahi la Syrie pour mettre fin au mandat de Bachar al-Assad [6], précédé par le Qatar qui a déclaré qu’il maintiendra son soutien aux rebelles syriens même si les Etats-Unis cessent le leur [7]. Pure coïncidence !

De toute façon, la libération d’Alep, ce drame épouvantable aux yeux de Fabius, est tout aussi épouvantable pour son successeur émérite, M. Ayrault, qui demande ce même jour une réunion immédiate du Conseil de sécurité de l’ONU pour examiner la situation de la « ville martyre », reçoit au Quai d’Orsay un certain Brita Hagi Hasan [8] bombardé président du conseil local des terroristes d’Alep « démocratiquement élu » par on ne sait qui  -conseil auquel le Gouvernement syrien devrait accorder le privilège d’une « administration autonome » pour faciliter la paix, selon l’idée sortie de la seule imagination de l’envoyé spécial onusien, Staffan de Mistura [9]- puis, annonce qu’une réunion des pays européens, arabes et des USA qui « refusent la logique de guerre totale » en Syrie, se tiendrait le 10 décembre à Paris [10].

Des pays qui refusent la « logique de la guerre totale » contre qui ? Contre les terroristes évidemment, puisque l’épouvante est motivée par la libération de plus de 80 000 civils qu’ils avaient pris en otage dans les quartiers est d’Alep, sous la pression militaire de l’Armée arabe syrienne et de ses alliés.

Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que ladite Coalition internationale menée par les USA n’a pas pour objectif d’éradiquer le terrorisme, mais de le contenir, afin de l’exploiter à la table des négociations, sans cesse desservie, dans le but d’obtenir par une prétendue solution politique ce qu’elle n’a pu obtenir sur le terrain militaire au bout de plus de cinq années d’une agression internationale, sans précédent, sur un petit pays comme la Syrie et particulièrement à Alep, devenue l’arène de combats, par procuration, des grandes, moyennes et petites puissances de ce monde.

Et Bachar al-Assad n’est pas tombé, soutenu par le peuple syrien et par l’Armée syrienne, parce que c’est à lui que les coalisés ont fait des propositions mirobolantes qu’il a refusées, car il les a jugées inacceptables pour son pays et pour la région. Le peuple syrien l’a compris et ses alliés aussi. D’où l’hystérie et l’acharnement médiatique, comme s’il n’y avait plus que la Syrie pour régler les problèmes économiques, remplir les caisses vides, nourrir l’avidité ou le besoin d’hégémonie des coalisés.

Le Conseil de sécurité s’est donc réuni ce 30 novembre, à la demande de la France et de la Grande Bretagne, les coalisés épouvantés accusant en chœur la Russie et le Gouvernement syrien d’être les responsables criminels de cette « vraie bonne nouvelle » venue d’Alep. Une séance retransmise en direct par RT France. Tout transcrire serait exhaustif, mais il n’est peut-être pas inutile de résumer les prises de position des autres membres du Conseil de sécurité après avoir entendu les exposés de MM O’Brien, De Mistura et le représentant de l’UNICEF :

1. Le délégué de la Grande Bretagne déclare que ce qui se passe à l’est d’Alep est le « conflit le plus horrible » de notre vie. Depuis 70 ans, plus de 2000 résolutions ont assuré la paix dans le monde, mais c’est l’échec total face au conflit syrien. Pourquoi ? Parce que la Russie pose son veto ! Aucune allusion aux vetos de la Chine. La Russie et la Syrie refusent son plan d’aide et mènent une guerre de type médiéval…

2. Le délégué de la France constate que le Conseil n’est toujours pas en mesure de trouver un accord pour sauver la population d’Alep-Est, toutes les initiatives, dont celle des plumes « humanitaires », s’étant heurtées à la même fin de non-recevoir de la Russie ! La politique de guerre totale menée actuellement est donc une erreur stratégique, « car le drame d’Alep n’est pas le chemin douloureux par lequel il faudrait passer pour obtenir la stabilisation de la Syrie, autour d’une Syrie dite utile reconstituée ».

Après vérification, nous avons bien entendu : une Syrie dite « utile » reconstituée !? C’est quoi une Syrie « utile » ? C’est quelle partie de la Syrie ? Qui dit cela ? Une Syrie « reconstituée » comment ? Une Syrie amputée au nord, au sud, à l’est, ou dans ces trois directions à la fois ? Quelle serait une France « utile » pour M. Delattre ? Quel département serait-il prêt à abandonner pour stabiliser la France si, par malheur, elle était déstabilisée comme il le craint : « Alep est au cœur d’un enjeu qui touche si profondément à nos valeurs mais aussi à nos intérêts, y compris à nos intérêts de sécurité ».

Et que comprendre lorsqu’il annonce que la réunion ministérielle du 10 décembre, organisée par M Ayrault, avec ceux qui refusent la stratégie actuelle de guerre totale, pourrait « relancer d’urgence une solution négociée » ? Une solution négociée avec qui et sur quoi ? À partir du moment où certains des pays invités sont des soutiens connus et reconnus du terrorisme international qu’il ne s’agit pas de combattre pour le moment, puisque son éradication de l’est d’Alep les rend fous,  la logique veut qu’il s’agit de s’entendre, entre coalisés, sur les moyens d’atteindre quand même les objectifs des uns et des autres en matières d’intérêts ou de zones d’influence respectives, avec ou sans l’accord du Conseil de sécurité.

Dès lors, Alep est non seulement, « l’épicentre du pire drame humanitaire depuis le début du XXIème siècle » comme il le dit, mais aussi, l’épicentre de la guerre internationale qui commence à dire son nom et à dévoiler ses vrais objectifs.

3. La déléguée des États-Unis a répondu à la question posée par le Secrétaire général adjoint ; à savoir, pourquoi le Conseil de sécurité n’a pas pu résoudre la crise syrienne : « La Russie ne le veut pas, c’est très clair ! ». Elle a anticipé les réponses de la Russie et de la Syrie prêtes à lui servir, selon elle, leur propagande en assurant que 20 000 personnes étaient heureuses de leur libération, alors qu’il s’agissait plutôt d’un « voyage mortel » et que leurs forces mentent et tuent, surtout les enfants, en comptant sur l’absence d’arbitres sur le terrain, alors que les représentants de l’ONU, MM. O’brien et de Mistura plus le représentant de l’UNICEF, qui venaient de s’exprimer, « sont nos arbitres… ». À pleurer !

Et si une partie « majestueuse » de l’est d’Alep risque de disparaître, c’est parce que le régime syrien et la Russie ont opté pour une stratégie militaire : « Quittez ou vous mourrez ! ». De toute façon, la Russie peut, encore une fois, poser son veto et poursuivre sa solution militaire, il y aura toujours moyen d’agir par le truchement de l’Assemblée générale.

Les arbitres de Mme Power n’ont pas dû l’informer de l’appel du Grand Mufti Hassoun, transmis par « haut parleur » aux terroristes barricadés à Bani Zeid à l’est d’Alep. Il leur a dit en substance : « Déposez vos armes et rendez vous. Dieu m’est témoin que nous ne voulons pas vous tuer. Si vous n’avez plus où aller, si vous n’avez plus de patrie, la Syrie vous ouvre les bras… ». Ils ont préféré continuer à massacrer les habitants de l’ouest de la ville et c’est peut-être mieux pour la Syrie et les Syriens que certains aient refusé ce pardon. Vu les atrocités qu’ils continuent de commettre, tout porte à croire qu’ils sont irrécupérables, sauf pour leurs sponsors épouvantés à l’idée qu’ils puissent disparaître.

4. Le délégué de la Russie a répondu à cette même question posée par le Secrétaire général adjoint, M. O’Brien, que  « l’inertie de l’ONU est compensée par la compétition sur le plan humanitaire », alors que Samantha Power avait quitté la salle. Il a rappelé à ceux qu’il a qualifiés de « troïka » que, depuis 13 ans, l’échec de leur aventure géopolitique en Irak, en Libye et en Syrie, avait été masqué par des discussions sur la situation humanitaire, que les USA [Brennan : le Directeur de la CIA ?] n’avaient pas tenu leurs promesses de séparation entre belligérants modérés et terroristes, que la Russie avait été menée par le bout du nez afin qu’ils puissent utiliser les terroristes pour un changement de régime en Syrie, et que la désinformation, était leur méthode habituelle.

Il a poursuivi en constatant que tous se fichent de la situation à Mossoul et au Yémen, pour ne s’intéresser qu’à Alep ; cette réunion étant une tentative désespérée de la France et de la Grande Bretagne pour sauver les terroristes qui y sont retranchés. Il a aussi rappelé la mise en scène des « Casques blancs » proposés pour le prix Nobel de la paix, et a assuré que la Russie fournissait et fournirait toute l’aide humanitaire promise à la Syrie.

5. Le délégué de l’Ukraine a considéré que le gouvernement syrien était encouragé par la dynamique militaire et prêt à tous les crimes, comparant la situation d’Alep à celle vécue par Grozny, alors que M. Delattre avait opté pour Guernica.

6. Le délégué du Japon a félicité tous les humanitaires onusiens, tout en constatant que l’exposé de Staffan de Mistura démontre que la logique militaire l’emporte, alors que le terrorisme ne peut être résolu que par des moyens politiques, d’où la nécessité de l’union de tous.

7. 8. Les délégués du Sénégal, et de la Malaisie ont très vivement remercié MM. O’brien et de Mistura plus le représentant de l’UNICEF, pour leurs exposés très clairs et très instructifs sur la situation en Syrie et notamment à Alep, plaidant pour un cessez-le-feu ; le délégué du Sénégal, président de la séance, ayant insisté sur l’idée d’une « solution négociée ».

9. 10. 11. Les délégués de L’Espagne, de l’Égypte et de la Nouvelle-Zélande ont plaidé pour leur propre projet de résolution qui vise à l’instauration d’une trêve de 10 jours à Alep et au rétablissement de la cessation des hostilités dans tout le pays, projet fondé sur les résolutions 2254 et 2258 ; le délégué de l’Égypte ayant tenu à préciser que son pays n’avait appuyé ni l’une, ni l’autre partie, malgré certains intérêts, et qu’il n’a pas l’intention de contribuer à la destruction d’un pays frère.

12. Le délégué de la Chine a rappelé que la situation à Alep était une sorte d’illustration de l’ensemble de la situation en Syrie, plaidant pour un cessez-le-feu, un règlement politique, une assistance humanitaire, et une lutte contre tous les groupes terroristes désignés par le Conseil de sécurité.

13. Le délégué de l’Angola a regretté l’acrimonie du débat, considérant que toutes les parties avaient opté pour la solution militaire et continuaient à recevoir de l’armement de toutes les autres parties, même des membres du Conseil de sécurité. Il a rejeté l’appui financier et logistique fourni aux groupes armés non étatiques qui prennent les civils en otage.

14. Le délégué du Venezuela a trouvé paradoxal que l’on néglige la nature déstabilisatrice du terrorisme, le droit du gouvernement syrien à se défendre contre des terroristes et les trêves humanitaires rejetées pas les terroristes. Quant à l’aide humanitaire, un consensus minimum devrait être trouvé sans recourir à une politique interventionniste, le croissant rouge syrien et le gouvernement syrien y contribuant.

15. Le délégué de l’Uruguay a fait remarquer que Staffan de Mistura avait omis de dire qu’il s’agit d’une guerre barbare qui ne respecte aucune règle et qu’oubliant Madaya, Al-Foua et Kefraya, le Conseil de sécurité s’était concentré sur le carnage d’Alep. Pour lui, la situation passe par une solution toute simple : un cessez-le-feu immédiat et sans conditions.

Puis est venu le tour du délégué de la Syrie, le Dr Bachar al-Jaafari : À suivre dans une 2ème partie.

 

Mouna Alno-Nakhal

1/12/2016

Source : Russia Today

Le Conseil de sécurité de l’ONU se met autour de la table pour discuter de la situation à Alep 30 nov. 2016, 17:34

https://francais.rt.com/international/29918-conseil-securite-onu-reunion-situation-alep

 

Notes : 

[1] Pierre Le Corf sur la libération d’une partie d’Alep-Est : Une vraie bonne nouvelle !

https://www.youtube.com/watch?v=idBCO5ZqCQg

[2] BFM TV 19h Ruth Elkrief

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/replay/19h-ruth-elkrief/

[3] Laurent Fabius: « Il ne faut pas être naïf dans les relations internationales et discuter avec tout le monde »

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/laurent-fabius-il-ne-faut-pas-etre-naif-dans-les-relations-internationales-et-discuter-avec-tout-le-monde-889973.html

[4] François Hollande confirme avoir livré des armes aux rebelles en Syrie
http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/20/la-france-a-bien-livre-des-armes-aux-rebelles-en-syrie_4473715_823448.html

[5] Crise syrienne : la note falsifiée du gouvernement français par Frédéric Saillot

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4021

[6] Erdogan : Les forces turques sont en Syrie pour mettre fin au règne de Bachar el-Assad

https://francais.rt.com/international/29873-erdogan-forces-turques-sont-syrie

[7] Le Qatar maintiendra son soutien aux rebelles syriens même si les Etats-Unis cessent le leur

https://francais.rt.com/international/29676-qatar-maintiendra-son-soutien-rebelles-meme-si-etats-unis-cessent-le-leur-donald-trump

[8] Situation à Alep – Déclaration de Jean-Marc Ayrault (29 novembre 2016)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/evenements/actualites-2016/article/situation-a-alep-declaration-de-jean-marc-ayrault-29-11-16

[9] Alep : Réponse de la Syrie à de Mistura qui propose une administration

autonome confiée à un comité local de terroristes !

http://www.mondialisation.ca/alep-reponse-de-la-syrie-a-de-mistura-qui-propose-une-administration-autonome-confiee-a-un-comite-local-de-terroristes/5558391

[10] Syrie: Ayrault va réunir la communauté internationale le 10 décembre

http://www.20minutes.fr/monde/syrie/1971539-20161130-syrie-ayrault-va-reunir-communaute-internationale-10-decembre

 

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Entre Fidel Castro et la dictature des marchés

décembre 2nd, 2016 by Bruno Adrie

Dans un article intitulé : « Comment quelqu’un d’attaché aux droits de l’Homme peut-il pleurer Fidel Castro – un homme qui a tué et réprimé son propre peuple ? »[1] et publié dans l’édition du 26 novembre dernier de The Telegraph, le journaliste James Kirkup prétend prendre la gauche à défaut, une gauche dont manifestement il ne fait pas partie, en la confrontant à ses propres contradictions. En effet, interroge-t-il, comment la gauche peut-elle concilier son admiration pour Castro avec son traditionnel soutien aux droits de l’homme ? Partant du principe qu’un journaliste doit être en mesure de critiquer les dirigeants de ce monde, il invite le lecteur de gauche, celui-là même qui soutient Castro et son régime, à prendre connaissance du dernier rapport d’Amnesty International, un rapport accablant car révélant qu’à Cuba, des journalistes et des militants des droits de l’homme sont régulièrement soumis à des arrestations arbitraires pour délit d’opinion. Cherchant à parer toute contre argumentation, il rappelle qu’il sait bien qu’à Cuba, le système de santé est « très bon », le système éducatif « bon » (et pourquoi pas très bon ?) et les standards de vie « relativement bons ». Admettant que le régime de Batista (dictateur qu’il omet de nommer) était « pretty awful too », il considère néanmoins que rien ne saurait justifier qu’aujourd’hui on verse une seule larme en l’honneur du tyran communiste défunt. En effet, comment peut-on pleurer l’homme qui a tout fait pour empêcher les victimes de son système de quitter l’île – ce « paradis terrestre » ironise-t-il – pour chercher à gagner des lieux plus cléments, ne laissant ainsi à ces malheureux d’autre issue que de s’embarquer sur des coques de noix au péril de leurs vies ? Et de demander : « Si le régime castriste est si certain de bénéficier du soutien aimant d’un peuple libre et heureux, pourquoi refuse-t-il de lui donner une chance d’élire ses propres leaders ? »[2]

Remuant le fer dans la plaie, James Kirkup insiste : comment les gens de gauche, si engagés dans la défense des droits de l’homme et des libertés politiques, peuvent-ils apporter leur soutien à ce régime répressif ? Mais la question est purement rhétorique et James Kirkup a la réponse : c’est à cause de l’Amérique que la gauche soutient Castro, c’est à cause de leur hostilité à l’Amérique (il veut dire aux Etats-Unis) que les droit de l’hommistes de gauche apportent leur soutien au castrisme, à cause d’une injuste hostilité envers cette Amérique qui a été, selon James Kirkup, « le plus grand contributeur à la richesse, à la santé et à la liberté que le monde ait connu ».

Avouons qu’il a raison, James Kirkup, de condamner un régime qui condamne les opposants (non armés), les journalistes (indépendants) et les réunions (spontanées) de citoyens souhaitant partager et exprimer leur désaccord. Mais il déraille quand il prétend voir dans les Etats-Unis « le plus grand contributeur à la richesse, à la santé et à la liberté que le monde ait connu ». Avant de nous parachuter ainsi de fausses évidences, il aurait au moins pu se renseigner et lire par exemple Days of Destruction, Days of Revolt de Chris Hedges ou The Divide de Matt Taibbi pour approcher le thème de la pauvreté aux Etats-Unis ; il aurait pu lire le Financial Crisis Inquiry Commission Report qui expose les détails de la crise financière de 2008; et à ces saines lectures, il aurait pu ajouter les ouvrages de Michael Parenti, de Noam Chomsky ou de Gabriel Kolko, pour ne prendre que ces trois exemples, avant d’affirmer que la liberté est un objectif de la politique étrangère étasunienne. Encore qu’en attendant, et pour ne pas lui déplaire complètement, pourrions-nous lui concéder que oui, qu’il est vrai que les Etats-Unis ont assuré et assurent toujours la richesse d’une élite faisant feu de tout bois et qui, lorsqu’elle trébuche, obèse et engraissée par un trop-plein d’escroqueries et de pratiques douteuses, est immédiatement secourue par l’Etat, pour que les affaires reprennent, pour que les investissements se multiplient, pour que l’argent se remette à faire de l’argent, en tuant l’économie réelle s’il le faut (et il le faut) et que Wall Street puisse continuer de rouler carrosse en reniflant – élégamment sans doute et bercée par le ronronnement des moteurs surcylindrés de son bolide – les tonnes de cocaïne que des services secrets impitoyables, surinformés et surarmés ont la malchance de ne savoir arrêter aux frontières manifestement trop poreuses d’un pays pourtant sur-surveillé.

Il ne sera pas question dans les lignes qui suivent de justifier les arrestations de journalistes ou d’activistes cubains, et encore moins de sacrifier au culte de la personnalité du leader charismatique que fut Fidel Castro. Nous refusons d’être infantilisés et pensons que, face au pouvoir, on doit rester méfiant, interroger, demander des comptes, vérifier les faits.

Mais resituons Castro dans son contexte et au cœur de son action.

Après l’échec de la Moncada le 26 juillet 1953 après un exil de plusieurs années aux Etats-Unis et au Mexique, après l’épopée du Granma et des années de lutte aux côtés de héros anonymes et de la figure légendaire d’Ernesto Guevara, Castro entre à La Havane le 8 janvier 1959. Nommé premier ministre, il entreprend un voyage aux États-Unis mais n’est pas reçu par le président Eisenhower qui vient d’entamer une partie de golf. De retour à La Havane, il entreprend une réforme agraire et confisque toutes les propriétés de plus de 420 ha à leurs propriétaires. Une décision qui provoque la colère de l’ogre étasunien. En apprenant la nouvelle de la réforme agraire, le golfeur Eisenhower, président d’un pays d’épiciers milliardaires qui le tiennent par les oreilles, donne l’ordre de lancer des actions secrètes contre Cuba. A Washington, où le droit de propriété est sacré, on envisage même la possibilité d’assassiner Castro. Toucher à l’argent volé, ça vaut bien la peine de mort !

Le 4 mars 1960, l’explosion du navire La Coubre dans le port de la Havane fait 127 morts et Castro tient les Etats-Unis pour responsables du massacre. Le 17 mars, Eisenhower décide qu’on envahira l’île. Le 8 mai, Cuba renoue ses relations diplomatiques avec l’URSS et le 29 juin confisque (encore une confiscation !) les raffineries Texaco, Shell et Esso qui refusent de raffiner le pétrole que Cuba achète dorénavant à l’Union Soviétique. Le 8 juillet, les Etats-Unis abaissent le quota sucrier cubain sur le marché intérieur. Castro s’empare alors des centrales sucrières et des compagnies de téléphone et d’électricité. Le 15 octobre, il supprime les propriété urbaines, portant une estocade supplémentaire au grand voisin. Quatre jours plus tard, les Etats-Unis mettent un terme à leurs exportations vers Cuba, déclarent, le 16 décembre, un boycott total et rompent les relations diplomatiques avec La Havane le 3 janvier 1961.

L’arrivée à la Maison Blanche, le 20 janvier 1961, de John Fitzgerald Kennedy ne change pas les plans étasuniens. Le 15 avril, trois aéroporst militaires cubains sont bombardés et lors des funérailles qui suivent, Castro se déclare socialiste. Après l’échec du débarquement de la Baie des Cochons le 17 avril, le président étasunien déclenche l’opération Mangouste, un programme regroupant des opérations de guerre économiques, des opérations secrètes et l’appui à des groupes d’opposants cubains. Pendant toute la durée de ce plan, on enregistre plus de 700 sabotages contre des objectifs économiques. Face à cette avalanche d’agressions, Castro accepte la proposition de Khrouchtchev d’installer des missiles sur l’île. Le 2 décembre, le chef d’Etat cubain se déclare marxiste léniniste pour le reste de sa vie.

Alors, la crise des missiles éclate. D’abord cachée au public, elle lui est révélée sur le petit écran par un président comédien à la mine grave, un président qui n’est que le porte-parole des véritables metteurs en scène de la politique étrangère réunis dans les locaux du Council on Foreign Relations à New York. Le monde est au bord de l’Apocalypse ! Et tout ça pour une réforme agraire, pour quelques nationalisations, pour cette manie inacceptable qu’a eue la Cuba castriste de vouloir reconquérir sa souveraineté politique et économique. Quelle disproportion ! Et par dessus le marché, ils considèrent que les Russes et les Cubains sont responsables d’avoir amené le monde au seuil de la destruction finale. Faut-il être anti américain pour pointer ici l’hypocrisie des donneurs de leçons washingtoniens, des docteurs en morale anglo-saxons, des serviteurs du capital passés maîtres dans l’art du poker menteur diplomatique ? Comment pouvaient-ils donc condamner l’installation de missiles russes à Cuba sachant qu’eux-mêmes en avaient installés en Turquie ? Comment ne pas trouver étroit l’esprit de ces artistes de l’achat-vente, de ces roublards qui gueulent partout liberté, de ces cowboys alcoolisés, puant la sueur et la pisse, qui vous forcent à jouer au poker et vous pointent un revolver sur la tempe dès que vous leur sortez un carré d’as pour la simple raison qu’ils ont décidé depuis le début que le magot devra finir dans les sacoches qu’ils jettent à l’encolure de leurs chevaux avant de s’enfuir dans un hennissant galop ?

Mais revenons à la question centrale posée par James Kirkup : « Si le régime castriste est si certain de bénéficier du soutien aimant d’un peuple libre et heureux, pourquoi refuse-t-il de lui donner une chance d’élire ses propres leaders ? » Pour nous, cette question est mesquine et n’a aucun sens.

D’abord parce que l’antienne démocratique, la chanson du suffrage universel s’est transformée en une histoire à dormir debout. L’élite étasunienne a-t-elle jamais cru à la démocratie ? Si tel avait été le cas, elle l’aurait installée pour de bon, cette démocratie, dans son propre pays. Elle n’aurait pas, à chaque élection, écrasé les électeurs sous les rouleaux compresseurs d’une propagande assourdissante. Elle n’aurait pas permis de truquer les scrutins en utilisant, par exemple, des voting machines au comportement capricieux, vendues et entretenues par des sociétés appartenant à des sénateurs républicains ou démocrates. Enfin, elle aurait mis en place un système où celui qui bénéficie du plus grand nombre de votes populaires est effectivement élu. Non, elle n’a jamais cru à la démocratie, cette élite si prompte à abréger, à grand renfort d’assassinats, de guerres civiles, de coups d’Etats et de bombardements, les expériences démocratiques les plus prometteuses entreprises en Amérique latine : Zapata, Allende, Roldós, Torrijos, Chávez, Zelaya… et bien d’autres. Cette élite croit tellement peu à la démocratie qu’elle a entretenu d’excellentes relations avec des dictateurs (toujours de droite) comme Trujillo, Batista, Pinochet, Stroessner, Bánzer, Videla… qui ont assuré la prospérité de ses affaires. Enfin, last but not least, il serait bon que l’amoureux de l’Amérique James Kirkup comprenne que les démocraties sont des systèmes politiques perméables aux campagnes d’agitation, perméables à la manipulation des opinions, perméables aux soft coups financés par des organisations telles que la NED[3], l’IRI[4], l’Open Society et autres dispositifs inventés pour le malheur des nations qui souhaitent encore résister à la politique de la porte ouverte, à la politique du pillage rebaptisé mondialisation, ce faux processus inévitable qui n’a pour but que d’alourdir les poches des pirates de la finance fureteuse et dérégulée. Rappelez-vous Otpor en Serbie, Kmaraen Géorgie, Pora ! ou le mouvement Euromaidan en Ukraine.

C’est triste à dire, Mr. Kirkup, mais seul un gouvernement fort, capable de contrôler l’information pourra résister aux campagnes de presse orchestrées par des journalistes pas du tout indépendants travaillant pour de grands groupes liés aux intérêts capitalistes étasuniens. Seul un gouvernement conscient de vivre en état de siège pourra lucidement se donner les moyens de contrecarrer l’action pas du tout spontanée de séditieux stipendiés et d’opposants mercenaires, armés et poussés sur la scène libertaire pour l’occasion.

Dear Mr. Kirkup, il était facile à pondre votre article, vite écrit, vite ficelé, pas pensé, pas besoin, car reprenant, car redisant, car répétant, car recyclant la chansonnette déjà gravée en creux dans les têtes propagandées de vos lecteurs anémiés, de vos lecteurs gogos bourgeois qui, comme vous, vivent bien, trouvent très bien notre Occident impérialiste producteur de richesse, trouvent juste et généreux ce capitalisme qui les gâte, les garde en bonne santé et dans lequel, surtout, ils se croient libres, chiens gavés et somnolents, serrés dans la pénombre étroite des opinions ressassées, heureux d’étouffer dans la cellule capitonnée de feuilles écrites par vos soins, dans le pluralisme trompeur d’un catéchisme unique trompetté par vos confrères, dans le rabâchage désodorisé des explications convenues, servies à l’entonnoir dans le gosier de ces embobinés-embobineurs qui trouvent salaud au fond, et malpoli, qu’on les dérange et qu’on ose tracer des graffiti vengeurs sur le marbre lisse de leurs ignorances pétrifiées.

Et pour finir, M. Kirkup,  je fais une hypothèse, que je soumets aux historiens : quelle différence y a-t-il entre une dictature de gauche et une dictature de droite ? Eh bien, il me semble qu’une dictature de gauche, c’est une dictature devenue dictature pour résister aux assauts de la dictature des marchés alors qu’au contraire, une dictature de droite, c’est une dictature qui a ouvert les portes de la ville à la dictature des marchés. Avec les dictatures de droites qui collaborent avec eux, les marchés peuvent à la fois rançonner les habitants et être chaque jour les invités d’honneur de la table du maire qui les a pris pour maîtres.

Alors, entre Fidel Castro et la dictature des marchés…

Bruno Adrie

[1] “How can anyone committed to human rights mourn Fidel Castro – a man who killed and repressed his own people?” by James Kirkup, The Telegraph, 26 November 2016. 

[2] « If the Castro regime is so confident that it enjoys the loving support of a happy and free people, why does he deny a proper chance to vote on their own leaders ? »

[3] National Endowment for Democracy

[4] International Republican Institute

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Pierre Galand est une personnalité importante du monde associatif et de la coopération au développement belge. Il a notamment été secrétaire général d’Oxfam Belgique et président du CNCD. Renaud Duterme est actif au sein du CADTM et auteur du livre Rwanda, une histoire volée, paru aux éditions Tribord en 2013.

Pouvez-vous revenir sur les origines du rapport Le Génocide de 1994 – L’usage de la detteextérieure du Rwanda (1990-1994) |1| ?

Il faut savoir qu’à l’époque (début des années 90), j’étais très actif sur la question de l’Afrique centrale et je suivais la situation tant au Congo et au Rwanda qu’au Burundi. Avant le déclenchement de la guerre au Rwanda, j’étais extrêmement préoccupé par la situation du pays. J’avais essayé d’alerter le public par le biais des ONG pour une meilleure conscience des persécutions toujours plus nombreuses contre la minorité tutsie. Cela n’était pas facile car, dans l’esprit de beaucoup de personnes, non seulement du côté des autorités belges mais également parmi nombre d’ONG, le Rwanda était considéré comme une sorte de protectorat de la chrétienté, une attitude très paternaliste vis-à-vis de ces pauvres Rwandais.

C’est une vieille histoire qui date de la période coloniale belge, durant laquelle l’Église catholique était extrêmement impliquée. Dans ce contexte, le Mouvement ouvrier chrétien s’était implanté durablement et estimait que le Rwanda présentait une structure féodale dans laquelle les Hutus constituaient une sorte de lumpenprolétariat. Il fallait donc émanciper ce peuple, notamment par le biais de la puissance émancipatrice de l’Église et des syndicats chrétiens. Cette force très interventionniste a soutenu ce qu’on va nommer « la révolution sociale de 1959 » |2|, évènement qui va s’accompagner des premiers exodes de Tutsis.

À la fin des années 80, alors que les tensions sont de plus en plus fortes, après un débat, le CNCD envoie une mission de juristes (dont Éric Gillet) pour aller voir ce qui s’y passe (1992). Cette mission va revenir avec un rapport extrêmement inquiétant sur la dérive du système rwandais (militarisation, constitution de milices, privilèges à l’Église, exactions à l’égard des familles tutsies…). La situation ne fera qu’empirer, si bien qu’un an plus tard, une mission du CNCD repart en association avec Survie France, présidée alors par Jean Carbonare. Ils reviennent avec un rapport alarmant, qui sera présenté à la presse |3|. Cela signifie que la question du génocide était très discutée dans le monde des ONG, notamment sous l’influence catholique. Le rapport que nous avons effectué après le génocide avait pour but de prouver la préméditation de ce qui allait constituer ce dernier et d’établir des responsabilités, notamment en ce qui concerne son financement.

Financement relié à une série de prêts internationaux ?

En effet, nous voulions, à travers ce rapport, rétablir la vérité en établissant des faits démontrant les négligences de la Banque mondiale qui recevait de nombreux prêts (dont ceux de la Belgique) à destination du Rwanda avant le génocide, ainsi que des falsifications des ministères rwandais qui masquaient les véritables bénéficiaires des sommes allouées (en particulier le ministère de la Défense). Or, dans le bureau du ministre des Finances se trouvait en permanence un représentant du FMI qui ne pouvait ignorer ce qu’il se tramait. Car tout achat devait passer par le Ministère des Finances. Impossible de ne pas voir les achats démesurés de machettes et de matériel destinés à servir durant le génocide. À la fin de ce dernier, l’exode organisé par les autorités génocidaires dans un contexte de guerre et de chaos a permis à de nombreux responsables, notamment de la Banque Nationale, de l’armée, de partir avec nombres de preuves.

Et tout ça avec l’appui de la France ?

Tout à fait, sous la protection de l’Opération Turquoise |4| menée par la France mais également avec l’appui de la Belgique. À l’époque, la Belgique a repris sa coopération, notamment militaire, avec Mobutu et lui envoie des avions chargés d’armes. Armes en partie déviées vers Goma pour être mise à disposition des réfugiés le long de la frontière. Or, parmi ces réfugiés, se trouvaient de nombreux génocidaires décidés à terminer le « travail ». Ce rapport apporte donc notre pierre à l’édifice d’une information objective quant au déroulement des évènements.

Qui en a eu l’idée ?

Après le génocide, certaines personnes travaillant au Ministère des Finances découvrent que tout a été préparé et détourné depuis les années 1990. Ils vont donc faire appel au PNUD pour une étude sur les financements du génocide. J’ai ainsi été contacté en 1996, car entre-temps, nous avons combattu le négationnisme, notamment en dénonçant l’exfiltration des génocidaires par l’Église Catholique. J’ai donc contacté Michel Chossudovsky |5| avec qui j’avais déjà collaboré auparavant. Par la suite, nous avons eu accès à l’ensemble des ministères, grâce à un ordre présidentiel du prédécesseur de Kagamé (qui était Hutu et par ailleurs membre du FPR). Nous étions aidés par Jean Carbonare, qui avait un statut de conseiller du président et qui avait donc des facilités pour nous aider dans les formalités pratiques.

Le Rwanda était administré selon le modèle belge. Il existait donc des documents dans toutes les administrations. Or, quand le gouvernement génocidaire est parti en exil, il n’a pas eu le temps de tout détruire et de tout brûler. Avec Michel Chossudovsky, nous avons découvert des caves remplies de documents que nous avons identifiés et recoupés. Le président avait mis à notre disposition un coffre à la Banque nationale afin d’y conserver ces documents en sécurité pendant nos absences du pays. Heureusement, Michel décida de photocopier tout document qui relevait d’une importance particulière, copies que nous emmenions avec nous lors de nos voyages retours vers nos pays respectifs. Or, avant notre troisième arrivée au Rwanda, le coffre avait été ouvert et entièrement vidé. En effet, parmi les fonctionnaires restés en place, figuraient de nombreux génocidaires. Lors du tribunal d’Arusha, de nombreuses preuves ont ainsi été réfutées car nous ne pouvions apporter que des photocopies des documents originaux dérobés.

À la lecture de ce rapport, vous insistez (jusque dans son sous-titre : La responsabilité des bailleurs de fonds), sur les responsabilités des créanciers dans le génocide.

En effet, dès le départ, nous voulions poser cette question des responsabilités. Une fois celles-ci définies, il était clair que le Rwanda n’avait pas à rembourser une dette de près d’un milliard de dollars, qui n’était pas seulement une dette de guerre mais une dette de génocide (ce qui rentre parfaitement dans le concept de dette odieuse). Ainsi, au-delà du non-paiement, il devait être question d’indemnisation des victimes (qui n’aura d’ailleurs jamais lieu, tout comme une certaine considération pour ces victimes). Il faut continuer à se battre pour cette indemnisation. Le Rwanda a choisi un certain modèle de développement, auquel d’ailleurs les États-Unis et l’Angleterre vont contribuer activement. Quelle ne fut pas donc ma déception de constater qu’une fois au pouvoir, Kagame a contacté la Banque mondiale et le FMI, leur a montré notre rapport afin de négocier des prêts assortis de bonnes conditions, dans le but de faire redémarrer le pays (ce qui constitue à mon sens une insulte vis-à-vis des victimes). Par la suite, j’ai été invité par le parlement pour y présenter notre rapport. Cela donna lieu à un moment d’extrême émotion, qui aurait sans doute pu remettre en cause le paiement de la dette dans un autre contexte que celui d’un parti unique qui prend le pouvoir dans une situation de pays post-génocidaire.

On peut en fait considérer la rédaction de ce rapport et les recherches qui l’accompagnaient comme un travail d’audit. L’audit étant au centre de la stratégie du CADTM, quelle a été la collaboration avec ce dernier ?

Bien qu’étant en contact avec le CADTM (Éric Toussaint suivait cette affaire de très près) nous avons rédigé ce rapport à nous deux. Mes liens avec le CADTM étaient davantage liés à la création du réseau, quelques années auparavant lors de sa création, ainsi que lors des prémisses du mouvement altermondialiste. Le grand mérite du CADTM est d’avoir introduit une grande rigueur dans la critique sans concession du capitalisme compradore qui est jusqu’à aujourd’hui l’ennemi principal. C’est donc une avant-garde qui continue à faire un excellent travail. À travers ce dossier, au-delà de la dette, ce que nous voulions démontrer était la manière dont le FMI assiste les États dans la présentation de leurs comptes, permettant aux uns de pouvoir bénéficier de nouveaux prêts et à d’autres d’en être privés. C’est d’autant plus important que l’analyse des comptes peut s’avérer une tâche complexe, d’où l’intérêt de faire appel à des personnes compétentes (comme Chossudovsky).

On voit donc que, si ce rapport a une forte utilité d’information, il n’a malheureusement pas été utilisé pour revendiquer l’annulation de la dette du Rwanda.

Un des principaux intérêts de l’audit est de vérifier la partie de la dette qui sert à la population. Mais une fois l’audit réalisé, il faut inévitablement un levier politique derrière ce dernier. Alors, il s’agit bien de rapports de force. Est-ce que ces pays ont la volonté d’aller jusqu’au bout de ce rapport de force ? Ont-ils la possibilité de l’établir ? Dans le cas de la Grèce, par exemple, on a pu voir le peu de solidarité que les Grecs ont reçu lors de leur bras de fer avec les créanciers. L’audit est un instrument mais il faut de la volonté politique et de la mobilisation populaire pour qu’il aboutisse à une annulation pure et simple, à l’image de ce qui s’est passé en Équateur en 2008.

 

Notes

|1| Disponible sur Mondialisation.ca : L’usage de la dette extérieure du Rwanda (1990-1994). La responsabilité des bailleurs de fonds. Par Michel Chossudovsky et Pierre Galand, Ottawa et Bruxelles, novembre 1996.

|2| Loin d’être une révolution sociale, ce terme décrit plutôt un transfert ethnique du pouvoir au profit des élites hutues, lequel va s’accompagner de massacres et de pogroms contre la population tutsie.

|3| Notamment dans un passage bouleversant au journal télévisé de 20h sur France Télévision.

|4| Opération militaire organisée par la France près de 3 mois après le début du génocide, Outre le côté pour le moins tardif de l’opération, officiellement pour mettre fin au génocide, elle a également permis d’exfiltrer vers le Zaïre voisin de nombreux génocidaires.

|5| Économiste canadien fondateur et directeur du Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal.

 

Auteur.e

Renaud Duterme est enseignant, actif au sein du CADTM Belgique, il est l’auteur de Rwanda, une histoire volée , éditions Tribord, 2013, co-auteur avec Éric De Ruest de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014 et auteur de De quoi l’effondrement est-il le nom ?, éditions Utopia, 2016.
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Verdict de Cologne : Vive la vérité!

décembre 1st, 2016 by Chems Eddine Chitour

«Le viol, ce crime si particulier dont l’auteur se sent innocent et la victime honteuse, est non seulement une tache que les femmes algériennes taisent, mais une blessure que les hommes cachent aussi, puisqu’elle a signifié leur impuissance à protéger les femmes, pierre de touche de leur autorité et de leur honneur.»

Mouloud Feraoun, Journal. 1955-1962, 20 février 1959.

 

Une bonne nouvelle dans cet océan de misère: le tribunal de Hambourg vient de relaxer les jeunes émigrés «coupables à l’époque» d’avoir la nuit de la Saint-Sylvestre tenté de violer des jeunes filles. On remarquera au passage qu’aucun média occidental n’en parle! Souvenons-nous comme un seul homme la bien-pensance islamophobe a désigné l’arabe, le musulman, ce pelé, ce tondu, ce sauvage d’où viennent tous les maux. Si ce n’était que les médias extrémistes sionistes, passe encore on connaît leur affection pour les musulmans, mais que des Arabes viennent en renfort gloser sans preuve, sans retenue et condamner avant le jugement, c’est tout de même symptomatique d’une soumission intellectuelle à un logiciel de la vassalité et ceci pour une hypothétique visibilité médiatique.

Relaxe pour les accusés

D’une façon tout à fait remarquable et faisant la part des choses, le journaliste Dietmar Henin rappelle la kabbale anti-arabe et anti-musulmane:

«Faut-il rappeler l’odieux, écrit-il, vacarme à propos des migrants et des Nord-Africains » violeurs de femmes en Allemagne le soir du Nouvel An, en particulier à Cologne? Kamel Daoud, un écrivain de l’écurie BHL, profitant de l’occasion pour pondre un texte historique sur ce viol qui serait inscrit dans l’ADN de tout musulman. Dix mois plus tard, en dépit des manipulations policières, l’affaire fait pschitt… Mais qui parle aujourd’hui de ces hommes diffamés? Rarement des événements de l’histoire récente ont provoqué une controverse aussi intense en Allemagne que ceux survenus à Cologne, à Hambourg et dans d’autres grandes villes, le soir du Nouvel An 2015-2016, où des étrangers et des réfugiés auraient harcelé et violé des femmes en masse. L’indignation exprimée par les médias et les politiciens avaient fait partie d’une politique délibérée visant à saper la solidarité manifestée par de vastes couches de la population à l’égard des réfugiés originaires de Syrie et d’autres pays où une guerre civile fait rage, et à transformer la culture de l’accueil en une culture de l’hostilité. Le Wsws avait prévenu à l’époque que les événements étaient démesurément exagérés.» (1)

«La décision du tribunal de Hambourg vient maintenant confirmer que les accusations et les preuves avancées avaient été trafiquées par la police. En plus du petit nombre de ceux condamnés pour agression, la décision du tribunal laisse entendre que les «événements survenus la nuit de la Saint-Sylvestre» ont été en grande partie une invention des médias.
Le tribunal de Hambourg a acquitté les trois derniers auteurs présumés de la nuit de la Saint-Sylvestre. La juge Anne Meier-Göring a décidé qu’il avait été prouvé qu’Alireza N., Abidi A. et Aydub B. n’avaient pas commis les délits dont ils étaient accusés. Le ministère public avait lui aussi préconisé l’acquittement. (…) Les trois personnes mises en cause furent indemnisées pour le temps passé en prison en recevant chacun 4500 euros. Outre les trois jeunes gens maintenant acquittés, d’autres innocents furent placés en détention préventive, dont certains pendant plusieurs mois ». (1)

Dietmar Henin nous explique la minutieuse de la diabolisation des émigrés sous entendu musulmans sous entendu arabe. Il écrit :

«  Les accusations qui, pour des raisons de propagande, avaient été portées en début d’année contre des étrangers et des réfugiés par la police, les médias et les politiciens, se sont volatilisées.» «À l’origine, il avait été allégué que 400 femmes avaient subi des attouchements le soir de la Saint-Sylvestre à Hambourg. Il y eut 243 plaintes pénales et 21 suspects mis en examen. (…) Les événements survenus la veille du Nouvel An furent grossièrement exagérés et utilisés comme prétexte pour faire basculer le climat politique vers la droite. D’une manière raciste, les médias et les politiciens ont dépeint une image de hordes criminelles et dangereuses d’étrangers harcelant les femmes et les jeunes filles allemandes. Cette propagande servit alors à renforcer l’appareil policier, à étendre la surveillance de la population et à durcir les lois visant les étrangers et les réfugiés dans le but de pouvoir expulser aussi rapidement que possible les réfugiés du pays. Tous ceux qui ont participé à cette campagne de propagande doivent en assumer les conséquences.» (1)

Dietmar Henin nous apprend ensuite que certains étaient contre le fait que le tribunal ait sanctionné les policiers qui ont menti.

«Le journal Hamburger Abendblatt a critiqué ce récent acquittement parce que le tribunal avait défendu les principes fondamentaux de l’État. Ces jugements ont un sens lorsqu’ils sont prononcés individuellement, a écrit le journal. Toutefois, conformément à la logique grossière du commentaire, «dans leur totalité» les jugements sapent la «confiance» dans l’État de droit.» Finalement, insiste le journal, cela profiterait à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). (…) L’auteur de l’article, Matthias Iken, s’en prend vigoureusement à la décision prise par le tribunal à l’égard de la police. Des préjugés racistes en lieu et place de faits – telle est en vérité la vision du monde défendue par l’AfD.» (1)

Les viols dans l’histoire : Une singularité arabe et musulmane?

De tous temps, et tout au long de la triste Histoire de l’Humanité, le viol a été utilisé comme arme de guerre. Les soldats, miliciens ou groupes armés en tous genres, victorieux comme en déroute, ont pratiqué le viol. Ce n’est qu’à la suite de la Première Guerre mondiale que le viol comme arme de guerre commença seulement de donner lieu à une importante documentation. L’armée allemande l’avait utilisé à l’encontre des peuples belge et français, dans une stratégie de terreur. Les Japonais le pratiquèrent sur des milliers de femmes lors de leur invasion de la Chine, avec un point culminant d’atrocités commises à Nankin en 1937.  L’Armée rouge écrase la Wehrmacht et marche vers l’ouest, avec une seule idée en tête, faire payer à l’Allemagne ses crimes. Avant la création du Tribunal pénal international, de nombreux conflits ou guerres civiles ont donné lieu à des violences sexuelles sans qu’aucun des responsables n’ait à répondre de ses actes.

Les viols de l’armée française pendant la guerre d’Algérie

La pratique systématique des viols pendant  la guerre  est  considérée comme un dommage collatéral universel des guerres  Il a fallu attendre le 27 juin 1996 pour le viol soit considéré  par le   Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPIY) a qualifié de crime contre l’humanité. En Algérie, cinquante ans après, les langues se délient et on commence à pointer du doigt le rôle abject des civilisateurs tortionnaires, violeurs de l’armée française qui, d’une façon ou d’une autre, a permis ces crimes.  Mais il n’existe aucune sanction pour les militaires français coupables, les accords d’Evian les ayant absous.

 «  Pour la guerre d’Algérie, écrit Raphaëlle Branche, auteure  d’un  ouvrage sur les viols de l’armée française, les archives : « du ministère de la Justice contiennent quelques rapports du procureur général d’Alger au garde des Sceaux à propos d’affaires de viols dénoncées à l’autorité judiciaire.  En outre, l’amnistie corrélative  nous dit Raphaëlle Branche des accords de cessez-le-feu, qui a rendu impossible toute poursuite à l’encontre de militaires français ou de combattants algériens, complique la situation10. Elle a en effet effacé toute condamnation prononcée avant le 19 mars 1962 et empêche désormais de mentionner d’éventuelles condamnations ou poursuites » (2)

Manifestement,  pense Raphaëlle Branche :

« Les viols restent sans doute largement enfouis dans l’anonymat des violences,  Depuis quarante ans, des témoignages écrits ou oraux d’anciens acteurs de la guerre évoquent ces viols ;   Dès le début du conflit, les femmes sont victimes de la répression menée par les forces de l’ordre françaises. Elles sont aussi une cible de choix pour l’action psychologique de l’armée dont un des buts était de faire l’Algérie française par les femmes (…) En effet ce qu’on appelle alors les « événements d’Algérie » est une guerre dans laquelle la totalité de la population est impliquée d’une manière ou d’une autre et l’engagement des femmes dans la lutte pour l’indépendance, a été progressivement perçu.  Les femmes combattantes dans les maquis n’ont été qu’une infime partie d’entre elles Djamila Amrane estime leur nombre à environ 2000 pour toute la guerre. Elles sont pour la plupart très jeunes, puisque plus de la moitié a moins de 20 ans et 90% moins de trente ans ». (3)

«  (…) Dans les journaux de marche des unités poursuit Raphaëlle Branche, l’évolution est sans ambiguïtés : abattre une femme, encore présenté comme une bavure dans les premières années du conflit, devient un fait de guerre à partir de 1959-1960.    (…) D’abord simplement soupçonnées d’être des “ femmes de ”, les Algériennes deviennent donc progressivement des ennemies à part entière. (…)  L’évidence était apparemment répandue : les Algériennes étaient des femmes qui pouvaient être violées. C’est ce que notait par exemple un pasteur en 1956 à propos de secteurs où “ le viol devient une manière de pacification » (4)

Le journal tenu par Mouloud Feraoun au cours de la guerre permet aussi de repérer à quel point le viol fut une pratique courante en Kabylie notamment au cours des grandes opérations engagées par le général Challe à l’été 1959 ». (5)

 «  (…) Néanmoins le viol y est sans conteste une torture de prédilection infligée aux femmes, qu’elles soient convaincues d’être des “ terroristes ”,   ou simplement suspectées (…)Les viols accomplis pendant la guerre d’Algérie peuvent dès lors être qualifiés de violences politiques (…) Dans ces départements officiellement français depuis plus de cent ans, les viols conservent la dimension symbolique des viols de conquête »  (2)

L’auteure conclut : « qu’il n’y eut pas de rapport et que les cas signalés sont sanctionnés « (…)  Pendant la guerre d’Algérie, les viols participent d’une guerre qui mêle dimension de la conquête, volonté d’occupation durable et désir de vaincre définitivement (…) Sans ignorer forcément la valeur habituellement transgressive du viol, les soldats ont pu alors laisser faire ou accomplir eux-mêmes des violences sur des êtres qui, avant d’être leurs semblables dans l’humanité, leur apparaissaient avant tout comme différents : femmes, Algériennes et ennemies ».   (2)

Tout est dit ! Nous touchons là, le fond rocheux du centurion appartenant à une race supérieure et pour qui le repos du guerrier a une double dimension assouvir ce qu’ils croient être leur devoir  et joindre l’utile à l’agréable comportement d’une bête. Il est donc injuste comme l’on fait les médias occidentaux de diaboliser les Arabes et les Musulmans qui posseéderaient le gène défectueux faisant d’eux des psychopathes tarés comme l’a décrit il faut le  regretter le chroniquer Kamel  Daoud   journaliste  algérien arabe de naissance musulmane  -que nous avons souvent connu plus inspiré- dans une tribune du  Monde   de New York Times qui, tribune qui a été vue comme du pain béni par tout ceux qui soufflent sur le vivre ensemble en mobilisant même le premier ministre sans doute mandaté par ses mentors pour jeter l’anathème sur tout ceux qui ont émis des réserves sur ce papier de la honte

Les prouesses de l’armée israélienne  la plus morale du monde

Plus près de nous ce que fait l’armée israélienne aux Palestiniens est innommable: pour galvaniser les troupes lors de la démolition de Gaza on légitime le «travail des soldats et de la même façon qu’à Abou Ghraib les soldats et les soldates fantasment en photographiant leur tableau de chasse». Annie Stasse écrit:

«Comme les bombes sont tombées sur la bande de Gaza au cours des quatre dernières semaines, une autre guerre est en cours, avec pour objectif de gagner les coeurs et les esprits de l’opinion globale. Bien que moins mortelle, cette guerre des mots donne un regard éloquent sur les changements qui se produisent chez les intellectuels israéliens ordinaires et les sionistes, révélant que ce que les experts soutiennent est une vision du monde sioniste de plus en plus violemment raciste et sexiste (…). Cette acceptation par le public du discours de la violence sexuelle semble être lié au support grand public depuis l’attaque sur Gaza, ainsi que la diffusion croissante de l’image d’Israël comme un «avant-poste de la civilisation occidentale» et des droits des femmes» (6)

Cela va même plus loin, le viol est devenu une arme de guerre assumée par l’armée la plus morale du monde : «Le viol n’est pas seulement permis, il est essentiel à la guerre, selon un rabbin militaire. Répondant à une question d’un lecteur inquiet à propos de la position de la Torah sur le viol en temps de guerre, le colonel Eyal Qarim, du Rabbinat militaire, écrivait, voici neuf ans que «les interdits pour des questions de moralité» étaient levés, en temps de guerre.» (7)

Naturellement personne n’en parlera. L’ouvrage de Ahmed Bensaâda:

«Meursault contre-enquête», ne fait que démonter la mécanique de la soumission intellectuelle.  Il en est aussi de même de la contribution  sous le titre:

«Mensonges et reniements pour plaire à l’Occident» un point de vue remarquable nous est donné par monsieur Ali El Hadj Tahar qui reproche à monsieur Kamel Daoud son parti pris: «(…) Monsieur Daoud accable ce qu’il appelle tout le ‘monde d’Allah » avec son milliard d’âmes, pas seulement ceux qui ont commis ces agressions, si tant est que tous les auteurs soient des musulmans». «Le fantasme n’a pas attendu les faits,» dit Daoud, signifiant que le viol et la violence sont inscrits dans les gènes musulmans et le fantasme, «Le rapport à la femme est le noeud gordien, le second dans le monde d’Allah,» la terre d’islam n’étant pas une terre où il fait bon vivre, dit et sous-entend Daoud (…) Dénoncer Cologne sans dénoncer le viol d’enfants, de femmes et d’hommes par les soldats américains à Bou Ghraïb, tout récemment en Irak, ou au Vietnam, ou ceux de la soldatesque coloniale en Algérie et ailleurs est une mystification de l’histoire. Une mystification volontaire. Une trahison envers son peuple. Un coup de poignard dans le dos.» (8)

«Dans sa contribution publiée dans le New York Times, « The sexual misery of the Arab World » ; (La misère sexuelle du Monde arabe), M.Daoud ressasse le même prétendu rapport malsain des musulmans au sexe, écrivant que dans notre pays, les bancs publics sont sciés afin de ne pas permettre aux personnes de sexes différents de s’asseoir les uns trop proches des autres. [«Benches are sawed in half to prevent people from sitting close together.»] Le positionnement pour la culture supposée supérieure est clair: «Ce que les Occidentaux découvrent, anxieux et apeurés, que le sexe dans le monde musulman est malade, et que la maladie se propage sur leurs propres terres.» Cet extrait du NYT n’est pas signé Le Pen, ni Trump, ni BHL, mais Kamel Daoud. (…) Ce que Daoud ne peut pas dire dans Le Monde c’est que ces Syriens ont été forcés à l’exil par la France, les USA, la Belgique, l’Angleterre, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et plus de 70 autres pays qui ont diabolisé Bachar El-Assad et émis des fetwas plus féroces que celles d’Al Qaradawi, Fabius disant que Bachar méritait de mourir, Hillary Clinton disant pareil de Kadhafi.» (8)

L’auteur ajoute: «Les Arabes violeurs: nouvel argument offert à l’impérialisme. Il faut être clair, et l’ingérence de Valls vient de le prouver, certains écrivains et cinéastes algériens sont devenus une cinquième colonne pour l’Occident en général et la France en particulier. L’ingérence du Premier ministre français, Manuel Valls, dans l’affaire Kamel Daoud est unique en son genre dans un débat d’idées. Non seulement il prend position, mais pourfend les signataires du texte qui démonte la contribution de Daoud, et cela procède donc d’une velléité de faire taire les intellectuels, partout où ils sont, qui s’opposent à la pensée officielle», celle des BHL, Finkielkraut et autres Houellebecq qui monopolisent le débat en France.» (8)

Les élites arabes et le logiciel de la soumission intellectuelle en action

Il est évident qu’un combat pour des « valeurs  dites occidentales » – dont on a un échantillon ave celles  des soudards de l’armée française  en Algérie , de l’armée israélienne en Palestine, et de l’armée américaine dans les multiples théâtres de guerre ou elle sévit, notamment en Irak avec les tristement tableaux de chasse d’Abou Ghraib- est en train de formater insidieusement les populations et notamment les électorats dans les pays occidentaux pour des raisons purement électorales mais pourquoi ne pas le dire  aussi du fait d’un fond rocheux occidental –censé  le détenteur de la norme qu’il doit dicter aux autres- qui convoque les pires pulsions, des peuples, les allogènes sont présentés comme étant les responsables de l’anomie mondiale actuelle. Cette idéologie  mortifère semée par Samuel Huntington   savoir que l’Islam est le nouveau satan de rechange après la disparition de l’empire  soviétique.

A la limite nous pourrions dire que c’est de bonne guerre ! Mais il est incompréhensible que des « élites rabes » ou qui se prétendent telles, en rajoutent et servent la soupe aux médias et aux pyromanes occidentaux en leur apportant l’argumentaire qui les conforte dans leur certitude.

« Vous voyez ! C’est l’un d’entre eux qui les juge, c’est pas nous » C’est donc le buszz qui passe en boucle . Quand monsieur Sansal  compare le psychopathe de Nice qui a fauché la vie de 80 personnes dont  30 musulmanes  – ce dont les médias mains Stream ne parlent pas- aux patriotes qui se sont défendus avec les moyens à leurs dispositions avec une armée française qui puisait dans le stock de l’Otan le napalm et autres avions et tanks ; Ces mêmes avions qui ont fait dire  au colonel  BenMhidi lors de son arrestation : «  Donnez nous vos avions, et nous vous donnerons nos bombes »

Monsieur Kamel  Daoud va plus loin ,  c’est toute une civilisation qu’il accuse d’être malade à la fois ethniquement et dirais- je religieusement du fait qu’elle professe l’Islam. Aucune nuance n’est faite ;  Circulez  y a rien à récupérer ! Tous pareil  des assassins le couteau entre les dents des violeurs devant l’éternel.  Quel est le moteur de cette haine de soi ? Est-ce un clin d’œil pour une visibilité médiatique en Occident ? Une carte de séjour ?  Est-ce qu’il était moral de le faire ? Car ces «élites » sont plus que jamais en apesanteur identitaire , pour les Occidentaux malgré leur allégeance.  Une blague des beurs- pourtant français à part entière sur papier  mais  dans les faits, entièrement à part- nous apprend : «  Tu as beau gagner des médailles, pour la France, tu as beau gagné la coupe du Monde, si tu présente à l’entrée d’une boite de nuit : le verdict le videur  vous dit « gentiment »  Ce n’est pas possible. Pour les Français tu seras toujours un bougnoule »

Si cette allégeance imposée, mais non écrite, est devenue un automatisme, elle ne leur apporte pas pour autant la reconnaissance et surtout le respect. En Occident, ils n’acceptent pas l’allogène, tout au plus ils le tolèrent tant qu’il ne sort pas des clous et, malheureusement, ils n’ont pour ces élites qu’un solide mépris. A leur décharge, les élites souffrent dans leur grande majorité de l’impensé, du ‘complexe du colonisé » dont a si bien parlé Albert Memmi. Le logiciel implicite de la soumission intellectuelle est toujours intact. De ce fait, la haine de soi c’est ainsi que l’on peut qualifier les positions à géométrie variable des élites arabes installées ou dans l’attente de l’être en Occident et sommées de réagir selon un deal invisible, non écrit pour gloser et pis encore pour porter atteinte d’une façon ou d’une autre à leur paléo-identité arabe, voire religieuse. Pourtant, ces attaques ad hominem contre les Arabes sont injustes. Dans tout peuple il y a des extrêmes et des extrémistes. Les peuples que l’on dit civilisés ont aussi des cadavres dans le placard. (9)

Qui sont ces arabo-musulmans devenus des psychopathes pour l’ Occident ?

Une civilisation musulmane  qui a donné en son temps  ses plus belles réalisations à l’humanité , notamment à  Cordoue  en Espagne, ne peut pas être traité d’une façon aussi abjecte. La langue arabe qui a perdu son lustre ne s’impose plus parce qu’elle n’est plus adossée à une production intellectuelle. C’est tout naturellement que les savants de l’époque, juifs, chrétiens assyriens, perses, se sont mis à l’arabe langue plus fluide.

Quand Fibonnacci  l’illustre mathématicien auteur des fameuses «  Les suites de Fibonnacci » rédigea sa thèse à  Bejaïa , en  préface, il rend hommage à son maitre de l’université de Béjaïa   il le fit en arabe.  L’arabe était la vulgate planétaire  pendant plusieurs siècles et à Montpellier des cours étaient donnés en Arabe. Quand Maimonide écrivit Dalil el Haïrine «le Livre des égarés», son ouvrage majeur qui est encore une référence dans le monde juif, il le fit en arabe, mais pas en hébreu. L’illustre savant Jacques Berque explique la beauté de la langue arabe :  Il en donne un exemple :

«En arabe, les mots se rapportant à l’écrit, dérivent tous de la racine k.t.b.: Maktûb, maktab, maktaba, kâtib, kitâb. En français, ces mêmes mots sont: écrit, bureau, bibliothèque, secrétaire, livre. Les mots français sont tous les cinq arbitraires, mais les mots arabes sont, eux, «soudés par une transparente logique à une racine qui seule est arbitraire».

«Alors que les langues européennes solidifient le mot, le figent, en quelque sorte, dans un rapport précis avec la chose, le mot arabe reste cramponné à ses origines. Il tire substance de ses quartiers de noblesse.»

Si on y ajoute que beaucoup d’auteurs, notamment français ont plagié sans vergogne, il en fut ainsi de La Fontaine, de Dante avec La Divine Comédie qui a d’une certaine façon été écrite par Abou el ala El Maâri «Rissalat el ghofrane» «L’Epitre du pardon» des siècles avant l’oeuvre de Dante ».

Les Arabes et les musulmans ne sont ni meilleurs ni pires que les Autres, ils furent à la base d’une civilisation musulmane qui eut son heure de gloire. L’humanité recèle en elle à la fois l’empathie pour le prochain mais aussi la bête.  J’aurai conseillé à ces « élites arabes » de lire Fanon qui parle de bestiaire et de langage zoologique s’agissant de l’appréciation du colon vis-à-vis du colonisé. Que reste-t-il du siècle des Lumières qui fut à beaucoup d’égards un siècle des ténèbres pour ceux qui en ont souffert. Ce que je  reproche à ces élites autoproclamés c’est leur jugement  qui consiste en  généralisation à l’emporte-pièce. Il n’est pas juste, même, si cela rapporte,  de gloser sur les Arabes et les musulmans. Vouloir les essentialiser est scientifiquement malhonnête. De plus, analyser un échantillon (un milliard, excusez du peu) dans une éprouvette dans laquelle on baigne soi-même en tant qu’arabe, c’est de l’acrobatie sans filet, à  moins d’être soi-même une exception indemne de ses tares congénitales. En définitive, chacun est libre de dire ce qu’il pense, mais la dignité humaine doit nous interdire de faire notre beurre de ces épaves humaines syriennes, irakiennes qui – souvenez-vous, si vous étiez honnêtes – eurent des ancêtres qui édifièrent les premiers villages de l’humanité.

Il est triste de marchander des valeurs pour quelques deniers. Un jour ou l’autre, ces élites seront renvoyées à la case départ. Vous redeviendrez des bougnoules même avec quelques tunes en plus C’est ce peuple-là, c’est cette civilisation-là que vous avez maladroitement égratignée, gageons que vous ferez un papier pour reconnaître honnêtement que votre verdict était excessif.  S’il faut saluer les autorités judicaires allemandes,   d’avoir dit le droit, le verdict de Cologne ne doit pas être pour nous vu comme  une victoire , car en l’occurrence il ne faut pas tomber dans le travers de la satisfaction béate. Les peuples musulmans encore une fois ne sont ni  meilleurs ni pire .

Toute la sagesse de ceux qui nous gouvernent  est ne pas manipuler – à travers une presse sans grandeur-les peuples et de dire la vérité combien même on en souffre.  C’est Montesquieu qui écrivait : «  Il faut être fidèle à la vérité même quand notre notre parti en souffre, Tout citoyen à le devoir de mourir pour sa patrie, mais nul n’est tenu de mentir pour elle ! »

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.https://www.legrandsoir.info/le-tribunal-de-hambourg-relaxe-les-accuses-de-la-nuit-du-nouvel-an-a-cologne.html

2.Raphaëlle Branche :Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°75, juillet-septembre 2002, p.123-132.   La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, Paris, Gallimard, 2001, 461 p

3.Djamila Amrane, Les femmes algériennes dans la guerre, Paris, Plon, 1991, 218 p. et “ Les femmes face à la violence dans la guerre de libération ” in Confluences. Méditerranée, 1996, n°17, p. 87- 96.

4.Lettre du pasteur Muller au pasteur de Cabrol, le 6 juillet 1956 à propos du secteur de Bougie, 1K 625/31 , citée par Xavier Boniface, L’Aumônerie militaire française, 1914-1962, thèse sous la direction de Yves-Marie Hilaire, Université de Lille-III, 1997, p.486

5.Mouloud Feraoun, Journal. 1955-1962, Paris, Le Seuil, 1962 (rééd. 1994), 348 p., 20 février 1959

6.Annie Stasse https://blogs.mediapart.fr/edition/palestine/article/110814/le-discours-israelien-sur-les-violences-sexuelles-dans-lassaut-sur-gaza

7.Yoss Gurvitz http://www.pourlapalestine.be/le-viol-nest-pas-seulement-permis-il-est-aussi-essentiel-a-la-guerre-selon-un-rabbin-militaire

8.http://www.legrandsoir.info/la-nuit-de-cologne-de-kamel-daoud-mensonges-et-reniements-pour-plaire-a-l-occident.html

9.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/247536-le-logiciel-de-la-soumission-intellectuelle-en-action.html

 Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/255246-vive-la-verite.html

 

 

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L’acquisition par des investisseurs chinois de 1700 hectares de terres agricoles dans le Berry défraie la chronique et réveille les craintes d’« accaparement de terres » en France même. Que cache cette opération particulièrement opaque ?

Des investisseurs chinois ont acquis plusieurs centaines d’hectares de terres à céréales dans l’Indre. Lors d’une réunion publique le 19 novembre à Rambouillet sur l’accaparement de terres, un représentant du ministère de l’Agriculture a apporté quelques précisions sur ce rachat de 1700 hectares, l’équivalent de trois gros arrondissements parisiens. « Nous venons de rencontrer le groupe qui nous a indiqués vouloir développer une activité de fabrication de farine transformée en France, a t-il expliqué devant le public. Ce n’est pas forcément le modèle agricole auquel on aspire, mais ce projet a quand même l’intérêt de maintenir des terres agricoles pour lesquelles il y a une valeur ajoutée produite. »

Un projet agro-industriel visant à alimenter la Chine

Les terres agricoles concernées s’étendent sur plusieurs communes de l’Indre. Ces achats de terres successifs se sont déroulés entre 2015 et 2016. Comme le précise Pascal Hérard, journaliste à TV5 Monde, l’opération est portée par la firme HongYang, spécialisée dans la fabrication et la vente d’équipements pour les stations-service et l’industrie pétrolière, l’entreprise Beijing Reward International Trad, qui produit et commercialise du lait en poudre, et deux particuliers [1]. L’instigateur de ces investissements, selon Pascal Hérard, s’appelle Marc Fressange, fondateur-dirigeant d’une entreprise d’importation en Chine de vins et autres produits agroalimentaires français, mais aussi directeur d’une entreprise de gestion de portefeuilles spécialisée dans les investissements pour le secteur agroalimentaire en Europe et en Chine.

Le représentant du ministère a justement indiqué que des « connexions avec des groupes agro-industriels » avaient été établies « pour exporter la farine ». Et précisé qu’il s’agissait « d’une exportation de produits alimentaires vers un pays (la Chine, NdlR) n’assurant pas son autonomie alimentaire ». Le choix de l’Indre par des investisseurs chinois n’est peut-être pas une coïncidence, analyse Benoit Ducasse, journaliste à Campagnes solidaires« Aux portes de Châteauroux, sur 440 hectares près d’une ancienne base de l’Otan, se profilent des bâtiments destinés à booster les échanges commerciaux entre la Chine et l’Europe, dont une plateforme logistique de 120 000 m2 » [2].

Failles juridiques

L’opacité demeure sur le prix du foncier qui a été négocié. Un ancien éleveur a par exemple cédé sa ferme de 120 hectares à la société Hongyang à environ 8000 euros l’hectare [3], quand celui-ci est estimé à 4000 euros en moyenne dans le département. Ces prix élevés peuvent expliquer pourquoi des paysans en fin de carrière ou en difficulté aient accepté de céder leurs terres. La Safer du Centre déclare évaluer plutôt les rachats « à environ 20 % au-dessus du marché, pas plus » [4]. Une enquête fouillée du site d’informations Reflets évoque d’autres prix, inférieurs au prix du marché.

Dans un communiqué publié en avril 2016, la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) s’inquiète que l’on puisse « acheter 1700 hectares de céréales en France sans aucun contrôle » [5]. Les Safer sont sensées être informées de toute cession de terres agricoles. Elles disposent d’un droit de préemption pour l’acquisition et la revente à des agriculteurs. Ce droit peut être contourné par des montages financiers. Pour que les Safer puissent intervenir, 100 % des parts doivent être vendues. Il suffit donc qu’un investisseur en achète 99 % pour échapper à l’intervention de la Safer. Cette faille juridique, ouverte par la loi Bussereau de 2006, n’a pas été colmatée en 2014 par la loi d’avenir agricole. Lors de la réunion publique, le représentant du Ministère a admis « les limites actuelles de la réglementation ».

Sophie Chapelle


Photo : couscouschocolat @ flickr CC

 

[1Voir ici

[2Campagnes solidaires, « Des Chinois dans le Berry, plus ou moins bien accueillis », n°318, juin 2016

[3Voir ici

[4] Lire cet article de Reporterre

[5] Une Safer est une société anonyme, sans but lucratif (sans distribution de bénéfices), avec des missions d’intérêt général, sous tutelle des ministères de l’Agriculture et des Finances. Elle dispose d’un droit de préemption lors de la vente des terrains agricoles pour ensuite les répartir aux agriculteurs candidats à la reprise

 

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Les remarquables défaites militaires subies par les « rebelles » soutenus par les États-Unis dans la ville d’Alep depuis ce week-end ont déclenché une vague de récriminations démoralisées au sein de l’establishment politique de Washington, des appareils militaires et des renseignements, et des médias du grand patronat qui ont instigué et défendu ensemble cinq ans et demi de guerre sanglante pour obtenir un changement de régime contre le gouvernement du président Bachar al-Assad.

Les troupes syriennes, soutenues par les combattants du Hezbollah du Liban et les milices chiites d’Irak, ont réussi à envahir près de la moitié de la partie orientale d’Alep, que les « rebelles », une coalition des milices dominée par la filiale syrienne d’Al-Qaïda, le Front al-Nosra, avait tenu pendant plus de quatre ans.

La consolidation du contrôle gouvernemental sur l’ensemble d’Alep, désormais presque universellement reconnu comme inévitable, priverait ces forces soutenues par les Américaines de leur dernier bastion urbain et placerait tous les principaux centres de population de la Syrie sous le contrôle du gouvernement.

Parmi les réactions les plus amères à ce développement, il y a un article publié en première page mardi par le New York Times intitulé « Le trophée d’Assad s’il gagne : la Syrie en miettes », qui reconnaît à contrecœur que « le président Bashar al-Assad commence à paraître capable de survivre à l’insurrection, même dans l’estimation de certains de ses adversaires les plus inébranlables ».

Pour le Times, c’est vraiment un choc. Depuis que le président Barack Obama a déclaré en 2011 qu’« Assad doit partir », et que la CIA et le Pentagone, travaillant avec les dictatures monarchiques les plus réactionnaires au Moyen-Orient – Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis – afin de fournir des armes et de l’argent pour soutenir les mercenaires djihadistes, le Times, « le journal de référence » des États-Unis, a fonctionné comme le principal propagandiste pour un changement de régime en Syrie.

Ses pages éditoriales sont supervisées par James Bennet, une personne qui entretient les liens les plus étroits avec l’appareil d’État et les échelons supérieurs du Parti démocrate. (Son père est un ancien chef de l’USAID, une façade pour la CIA, et son frère est sénateur du Colorado depuis plusieurs mandats). Le Times a publié d’innombrables éditoriaux et chroniques hypocrites de la part d’écrivains comme Nicholas Kristof et Roger Cohen justifiant le bain de sang lancé par l’impérialisme américain en Syrie comme une croisade pour les « droits de l’homme » et promouvant une intervention plus agressive, y compris une confrontation avec le principal allié de la Syrie, la Russie.

L’article de première page le plus récent ne fait que souligner que la ligne entre la propagande éditoriale et la couverture médiatique dans ce journal a depuis longtemps cessé d’exister. Le Times a utilisé sans vergogne ses reportages pour justifier les attentats terroristes et les atrocités sectaires commises par les islamistes soutenus par la CIA comme des actes légitimes des révolutionnaires démocratiques, tout en diabolisant Assad de la même manière que Saddam Hussein et Muammar Kadhafi afin de préparer l’opinion publique aux guerres américaines d’agression en Irak et en Libye, qui ont impliqué toutes deux l’assassinat des dirigeants ciblés.

L’auteur de l’article de mardi est Alissa Rubin, qui a servi comme chef du bureau de Bagdad pour d’abord le Los Angeles Times, puis le New York Timesentre 2003 et 2009, une période dans laquelle on estime que l’invasion illégale des États-Unis a conduit à la mort d’environ un million d’hommes, de femmes et d’enfants irakiens.

On ne devinerait jamais que l’indignation morale feinte des correspondants du Times comme Rubin contre l’utilisation par l’armée d’Assad de « bombes barils » et du bombardement russe des positions d’Al-Qaïda dans les zones urbaines habitées que le même journal a promu une guerre impliquant des crimes beaucoup plus importants en Irak ainsi que l’opération américaine de changement de régime qui a déclenché le carnage en Syrie.

La majeure partie de l’article de Rubin se compose de citations de défenseurs bien connus de l’intervention syrienne pour un changement de régime et de son escalade, tels que les anciens ambassadeurs américains Ryan Crocker et Robert Ford.

Crocker prédit que les combats en Syrie vont « continuer pendant des années », même si le gouvernement reprend l’ensemble d’Alep. Il le compare à la guerre civile de 15 ans au Liban avoisinant, suggérant que le bain de sang en Syrie est susceptible de continuer encore plus longtemps.

Ford remarque que même si le gouvernement consolide sa domination sur toute la Syrie, le pays sera réduit à « un cadavre à demi mort […] cette blessure béante qui s’étend à perte de vue ».

Rubin écrit : « La victoire d’Assad, s’il l’atteignait, pourrait bien être à la Pyrrhus : il gouvernerait une friche économique entravée par une insurrection de basse intensité mais durable ». Elle prédit également que le pays serait privé de moyens économiques pour reconstruire ce que la guerre pour le changement de régime a détruit.

« Le Congrès américain n’est que peu susceptible d’y contribuer, les institutions comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international non plus puisque les opposants de M. Assad comme les États-Unis et l’Arabie saoudite y ont une influence considérable », écrit-elle.

Sans doute, ces prévisions sont compatibles avec des options politiques spécifiques actuellement à l’étude à la Maison Blanche, au Pentagone et à la CIA. Même si Assad réussit à arrêter pour l’instant la tentative américaine de le renverser, tous les efforts seront faits pour continuer à saigner le pays à blanc.

Derrière la colère ouverte et le ton vindicatif de la pièce de Rubin se trouve la connaissance que la campagne de propagande menée par le Times pour promouvoir l’intervention impérialiste en Syrie avec une rhétorique hypocrite sur les « droits de l’homme » et la « démocratie » s’est révélée un échec. Ce même sentiment est sans doute partagé par toute une partie de la pseudo-gauche, tendances telles que l’Organisation socialiste internationale et d’autres, dont les arguments à l’appui de la guerre pour le changement de régime étaient pratiquement indiscernables de la ligne dictée par la CIA au Comité de rédaction du Times.

La démoralisation de ces couches est aggravée par l’ascension à la présidence de Donald Trump, qui a remis en question l’armement des « rebelles » islamistes et a suggéré que son administration chercherait à coopérer plus étroitement avec la Russie pour supprimer l’État islamique et Al-Qaïda en Syrie.

Cependant, quiconque interprète les remarques de Trump comme un signe avant-coureur d’une nouvelle ère de paix au Moyen-Orient ou ailleurs sur la planète déchantera rapidement. La logique objective de la crise prolongée du capitalisme américain, ainsi que la politique de « l’Amérique d’abord » propre à Trump, conduit à une escalade explosive du militarisme américain.

Quels que soient les commentaires semi-cohérents du milliardaire-escroc sur la Syrie, il s’est entouré de bellicistes de droite qui sont déterminés à poursuivre la guerre dans toute la région, y compris contre l’Iran et la Russie. En outre, il a déjà établi des plans pour une expansion majeure de l’armée américaine et de la Marine ainsi que l’arsenal nucléaire de Washington.

Si le gouvernement entrant change la rhétorique justifiant une telle escalade en passant des clichés sur les « droits de l’Homme » et la « démocratie » des années Obama à la « guerre mondiale contre le terrorisme », ou simplement à la défense avouée des intérêts américains, on peut compter sur le Times pour opérer les adaptations nécessaires à sa propagande journalistique.

Bill Van Auken

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 30 novembre 2016

Barack Obama, le prix Nobel de l’hypocrisie

décembre 1st, 2016 by Ahmed Bensaada

Le président américain a obtenu le Nobel de la paix en 2009, neuf mois seulement après sa première élection. En guise d’encouragement? Libye, Palestine, Syrie, Yémen… Les augures se sont largement trompés : en huit ans à la Maison-Blanche, celui sur qui la planète comptait pour apaiser les tensions dans le monde a un bilan guerrier « exceptionnel ».

Lorsque le prix Nobel de la paix fut décerné en 1906 à Theodore Roosevelt (président des États-Unis de 1901 à 1909), le New York Times commenta ainsi la nouvelle : « Un large sourire illumina le visage du globe quand le prix a été attribué… au citoyen le plus belliqueux des États-Unis. » (1) Environ un siècle plus tard, un journaliste du même New York Times se questionnait :

« Alors, que pensez-vous du président Obama remportant le prix Nobel de la paix ? Je suis perplexe […]. Qu’a-t-il fait ? […] il me semble que cela aurait été logique d’attendre et de donner à Obama le prix Nobel de la paix dans sa huitième année en poste, après qu’il eut effectivement fait la paix quelque part. »(2)

Il s’agissait bien sûr du prix Nobel de la paix attribué au président Barack Obama en 2009 « pour ses efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie et la coopération internationale entre les peuples ». Tout ça neuf mois à peine après son élection ? Comment était-ce possible ?

Un monde arabe saigné, éventré, étripé…

Du haut des huit années écoulées – et à des années-lumière du ronflant « Yes, we can ! » –, on peut effectivement contempler l’étendue de la paix qu’il a contribué à créer et à disséminer dans le monde arabe.

Un monde arabe ruiné par une saison funeste qu’il a contribué à créer et qu’on a fallacieusement baptisée « printemps »(3). Un monde arabe saigné, éventré, étripé et dont le sang de ses citoyens graffite les décombres et arrose les champs.Un monde arabe hanté par des créatures barbues coupeuses de têtes, friandes de chair humaine et annihilatrices d’espoir.Un monde arabe devenu le théâtre de la plus grande transhumance humaine depuis la Seconde Guerre mondiale(4). Un monde arabe où les tensions religieuses ont été nourries, attisées et exacerbées : musulmans contre chrétiens, sunnites contre chiites et sunnites contre sunnites.Un monde arabe dont les citoyens vivant en Occident endurent les affres d’une islamophobie nauséabonde, la pire de l’histoire contemporaine.

Au fait, n’est-ce pas Obama qui avait pompeusement déclarédans son « fameux » discours duCaire ? « Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les États-Unis et les musulmans du monde entier. » Et aussi :« Les peuples du monde peuvent vivre ensemble en paix […] cela doit être notre travail, ici sur Terre. » (5)

Mais qui est donc censé être récompensé par le prix Nobel de la paix ? Le testament d’Alfred Nobel est pourtant clair :« Une personne qui aura accompli le plus grand et le meilleur travail pour la fraternité entre nations, pour l’abolition ou la réduction des forces armées et pour la tenue et la promotion de congrès pour la paix. » (6)

Les « mardis de la mort » d’Obama

Comment le comité Nobel peut-il prétendre qu’Obama a œuvré dans la promotion de la paix alors qu’il venait d’être élu? Était-ce un prix pour des actions futures que ce comité aurait vues dans une boule de cristal norvégienne? Si c’est le cas, ce comité doit impérativement relire le testament d’Alfred Nobel ou, du moins, changer de boule. En effet, la cristallomancie ne leur a-t-elle pas révélé que, chaque mardi, Obama décide personnellement quelles personnes doivent être liquidées à l’aide de drones(7)? Et que la majorité des victimes de ces « mardis de la mort » sont des cibles civiles(8?

Certes, Obama a détendu l’atmosphère avec l’Iran et a réchauffé les relations diplomatiques avec Cuba. Par contre, il a fortement contribué à recréer un climat de nouvelle guerre froide avec la Russie, avec tout ce que cela peut comporter comme dangers à l’échelle planétaire. En effet, le rôle actif de son administration dans l’aide aux néonazis ukrainiens lors des événements dramatiques de l’Euromaïdan a permis la réussite d’un coup d’État en règle en Ukraine(9).

Cet épisode de flagrante ingérence étasunienne n’est, au demeurant, que le remake sanglant d’une certaine « révolution orange » d’un célèbre « pacifiste » américain nommé G.W.Bush. Un président malchanceux qui n’a «malheureusement» pas été honoré par le comité Nobel, bien qu’il ait assidûment œuvré à la destruction de quelques pays musulmans, sans oublier ses remarquables efforts dans la popularisation du lancer de chaussures. À chacun sa « révolution ».

Il va sans dire que la déstabilisation de l’Ukraine, pays limitrophe de la Russie – avec laquelle elle partage des liens historiques, culturels et économiques – a eu pour effet de perturber sérieusement toute la géopolitique de la région et de créer des tensions entre l’Europe et Moscou.

À ce sujet, le journaliste australien John Pilger mentionne que :

« L’administration Obama a fabriqué plus d’armes nucléaires, plus de têtes nucléaires, plus de systèmes de vecteurs nucléaires, plus de centrales nucléaires. Les dépenses en têtes nucléaires à elles seules ont plus augmenté sous Obama que sous n’importe quel autre président américain » (10).

Avant d’ajouter :

« Au cours des dixhuit derniers mois, la plus grande concentration de forces militaires depuis la seconde Guerre Mondiale — opérée par les USA — a lieu le long de la frontière occidentale de la Russie. Il faut remonter à l’invasion de l’Union Soviétique par Hitler pour trouver une telle menace envers la Russie par des troupes étrangères » (11).

Dans le conflit palestinien, les promesses et les attentes étaient immenses. Le premier président noir des États-Unis, affublé de l’auréole des saints et drapé d’un incommensurable charisme médiatique, ne pouvait rester indifférent au sort des Palestiniens qui ont été spoliés de leur terre et dont on a bafoué les droits les plus élémentaires. Il se devait d’agir, surtout après son « célèbre» discours duCaire : « Pendant des dizaines années, il y a eu une impasse […]. […] la seule solution pour répondre aux aspirations des deux côtés passe par deux États […]. C’est pourquoi j’ai l’intention de rechercher personnellement cette solution, avec toute la patience que la tâche requiert. Les obligations que les parties ont contractées dans le cadre de la feuille de route sont claires. Pour que la paix advienne, il est temps pour elles  et pour nous tous  de prendre nos responsabilités. » (12)

L’« honnête intermédiaire » a abandonné les Palestiniens

Obama a tellement pris ses responsabilités au sérieux qu’il est probablement le président américain qui a fait le moins d’effortspour résoudre le problème palestinien. Pendant ses deux mandats successifs, la colonisation des terres palestiniennes a continué de plus belle et pas moins de deux massacres ont été perpétrés par Israël dans la bande de Gaza. Des milliers de morts et un désastre humanitaire en direct dans tous les médias mainstream, sans que cela ne fasse sourciller le locataire de la Maison-Blanche.

Écoutons ce que dit Alain Franchon sur ce chapitre :

« Dans ce conflit, les États-Unis disaient assurer, depuis 26 ans, le rôle d’honnête intermédiaire”. C’en est fini de cette ambition. La présidence de Barack Obama aura entériné un mouvement amorcé depuis les années 1990: Washington abandonne, de facto. » […] La position de départ de l’Amérique a changé. Elle se refuse a priori à la moindre contrainte sur Israël. »(13)

Pis encore. Juste avant la fin de son deuxième et dernier mandat, il vient de faire un splendide cadeau à Israël en guise de félicitations pour leur excellent travail de nettoyage ethnique et de colonisation efficace et continue de la Palestine : une aide militaire sans précédent de 38milliards de dollars sur 10 ans(14) ! Plus de morts, plus de colonisation, plus de haine…

Mais pouvait-on s’attendre à mieux de la part de ce président? Que nenni. Dans un article publié le 20janvier 2009, jour de sa première investiture, j’écrivais, à propos de son programme :

« Dans le chapitre de la politique étrangère du président Obama consacré à l’État hébreu, le titre est éloquent, voire racoleur : Barack Obama et Joe Biden : un solide dossier de support à la sécurité, la paix et la prospérité d’Israël”. Parmi les actions de la nouvelle présidence, on peut lire : “Assurer un solide partenariat USA-Israël, soutenir le droit à l’autodéfense d’Israël et soutenir une assistance étrangère à Israël”. Dans les détails du dernier point, on peut lire que le président Obama et son adjoint s’engagent à toujours fournir l’aide annuelle dans le domaine militaire et l’assistance économique à Israël. Ils recommandent fortement l’augmentation des budgets et appellent à poursuivre la coopération avec Israël dans le développement des missiles de défense»(15)

Promesses tenues, n’est-ce pas?

Kadhafi ? « We came, we saw, he died ! »

Dans le dossier libyen, alors qu’une solution pacifique était à portée de main, Obama a opté, de concert avec sa secrétaire d’État Hillary Clinton, pour l’élimination de Kadhafi et la dévastation totale de la Libye(16). « We came, we saw, he died! » C’est ainsi que la candidate malheureuse à la présidentielle du 8 novembre s’était esclaffée à l’annonce du sordide lynchage du chef libyen, avec un gloussement de bonheur et des yeux pétillants de joie(17).

En sous-traitant la destruction de la Libye à ses alliés européens et arabes du Golfe, l’administration américaine a non seulement provoqué la mort de milliers de Libyens, mais a réussi à transformer ce pays naguère prospère en une contrée où règne le chaos et où sévissent des hordes de djihadistes islamistes. Et comme dans le cas de l’Ukraine, l’instabilité générée en Libye a métastasé dans toute la région, affectant durablement de nombreux pays africains voisins(18).

La « printanisation » de la Syrie représente sans aucun doute le summum de la politique « pacifiste » du président Obama. Initiée par des manifestations nonviolentes d’apparence spontanée, la révolte populaire de la rue syrienne a été méticuleusement concoctée par des organismes américains d’« exportation » de la démocratie(19). Elle s’est rapidement métamorphosée en guerre civile, la plus effroyable de ce début de siècle.

Et les chiffres de ce pays ruiné sont éloquents : près d’un demi-million de morts(20), plus de 50% de la population déplacée,dont presque 5millions ont fui à l’étranger(21). Selon de récentes données de la Commission européenne : « Les réfugiés syriens constituent désormais la plus importante population de réfugiés au monde issue d’un même pays sur une même génération» (22)

D’après le Washington Post, la CIA dépense pas moins d’un milliard de dollars par an pour armer et entraîner les rebelles syriens(23). De nombreux témoignages et enquêtes montrent que l’administration américaine aide les « coupeurs de gorges » et « dévoreurs de cœurs » djihadistes dans le but de renverser le gouvernement syrien(24, 25).

Casques blancs, couteaux rouge sang et bannière étoilée en Syrie

Pour les rendre plus « sympathiques » aux yeux de l’opinion publique, des spécialistes de relations publiques ont été chargés de leur donner un look « respectable ». Par exemple, les médias du monde entier nous ont inondés d’images de sauveteurs héroïques, risquant leurs vies pour protéger celles de leurs concitoyens bombardés par l’aviation syrienne. Ces « héros »reconnaissables à leurs casques blancs – les «White Helmets » – sont devenus les vedettes d’un film documentaire produit en leur honneur par Netflix(26). Ils ont même été proposés au prix Nobel de la paix par des stars américaines comme George Clooney, Ben Affleck, Daniel Craig ou Justin Timberlake(27).Rien que ça.

Dans deux remarquables articles, le journaliste Max Blumenthal démonte toute la machine de propagande qui se cache derrière les White Helmets (28, 29). Ces « téméraires » sauveteurs ne sont en réalité que des djihadistes casqués, financés par l’United States Agency for International Development (USAID), le plus important des organismes américains d’« exportation » de la démocratie(30). Un document du département d’État datant du 27avril 2016 révèle que cet organisme a financé les White Helmets à hauteur de 23millions de dollars(31). Une petite partie du magot d’environ 340millions de dollars prévu par USAID pour « soutenir les activités qui poursuivent une transition pacifique vers une Syrie démocratique et stable »(32).

Un des plus grands succès des spécialistes de relations publiques travaillant avec les rebelles syriens est l’affaire du « petit garçon sur le siège orange ». Il s’agit de la photographie esthétiquement émouvante d’un petit garçon syrien de 5 ans nommé « Omran Daqneesh ». La photo, qui a fait le buzz sur Internet, a été aussi largement diffusée dans les médias mainstream. Elle montre un enfant assis sur le siège orange d’une ambulance, couvert de poussière, le visage ensanglanté et le regard hagard. L’enfant aurait été extrait des décombres d’un quartier de la ville d’Alep par les White Helmets.

La photographie est si poignante qu’elle a fait réagir un enfant américain de 6 ans, Alex, qui a écrit au président Obama en personne. Il lui demanda de faire le nécessaire pour ramener le petit Omran aux États-Unis afin de l’accueillir dans sa maison et partager avec lui ses jouets et ceux de sa sœur. Ah! Les beaux sentiments des jeunes enfants! Aussi beaux que la photo du petit Omran! Si beaux que la lettre a été publiée in extenso sur le site de la Maison-Blanche accompagnée d’une vidéo du petit Alex(33). L’écriture hésitante du jeune américain, puérile et appliquée, a fait craquer la blogosphère, autant que la photo du « petit garçon sur le siège orange ».

Le petit clic gagnant d’un admirateur de djihadistes sanguinaires

Mais c’est en s’intéressant à la personne qui a photographié le jeune Syrien blessé que l’histoire devient croustillante. Le photographe est un certain Mahmoud Raslan qui travaille avec l’Aleppo Media Center (AMC). Selon certains observateurs de la scène syrienne, l’AMC est financé par le gouvernement des États-Unis, mais aussi par celui de la France et de la Grande-Bretagne(34).

Le plus dramatique, c’est que Mahmoud Raslan ne cache pas sa sympathie pour des djihadistes barbares, en particulier ceux d’Al-Zinki(35), ce groupe de rebelles qui a été accusé par Amnesty International d’enlèvements, de tortures et d’exécutions sommaires(34). Ces mêmes rebelles qui ont égorgé, quelques semaines plus tôt, un enfant de 12 ans et qui ont poussé l’horreur jusqu’à se filmer en train de commettre leur abominable forfait(36), crime horrible qui n’a pas connu le même battage médiatique que celui du petit Omran sauvé par les White Helmets. Ces mêmes rebelles que les États-Unis financent, arment et dont ils payent les salaires par l’intermédiaire du Centre d’opérations commun Mom (38, 39).

Y a-t-il eu des lettres écrites au président Obama pour dénoncer le comportement bestial de ces rebelles? Des missives pour pleurer le jeune garçon décapité? La réponse est, bien sûr, négative.

La Maison-Blanche a largement médiatisé la lettre du petit Alex. Obama l’a lue dans son discours devant les dirigeants du monde entier lors du sommet sur les réfugiés qui s’est tenu à l’Onu, le 20septembre dernier. Il a ensuite posté le message suivant sur sa page Facebook : « Ce sont les paroles d’un garçon de 6 ans : un jeune enfant qui n’a pas appris à être cynique, suspicieux, ou à avoir peur des autres en raison de là d’où ils viennent, de quoi ils ont l’air ou de comment ils prient. […] Imaginez à quoi le monde ressemblerait si nous étions tous comme Alex. » (40)

Ce fut « un très joli coup de com », selon certains(39). C’est le moins qu’on puisse dire, car s’il est vrai que la vérité sort de la bouche des enfants, elle sort rarement de celle des adultes. Surtout de celle d’un adulte qui est à la tête du pays le plus puissant du monde et qui a le pouvoir de mettre fin au malheur des « Omran » ou au drame des « Aylan »(42).

Derrière la com, l’industrie de la mort américaine prospère

Mais, au lieu de cela, il continue à financer, soutenir et provoquer les malheurs et les drames.Le petit Alex devrait savoir que pendant les deux mandats du président Obama, des centaines d’« Aylan » et des milliers d’« Omran » palestiniens ont été victimes des bombes israéliennes sans que cela puisse soulever la moindre indignation de l’administration américaine.

Que des centaines d’« Aylan » et d’« Omran » yéménites souffrent tous les jours le martyre sous des bombes fournies par les États-Unis à l’Arabie saoudite, son fidèle allié, pays belliciste et moyenâgeux(43). Avec ses milliers de morts, dont le tiers est des enfants « l’horreur au Yémen révèle l’hypocrisie meurtrière des exportateurs d’armes tels que la Grande-Bretagne et les États-Unis » (44). Malgré cela, l’administration Obama n’a jamais cessé d’aider l’industrie de la mort saoudienne :

« L’administration Obama a réalisé plus de 110milliards de dollars de transactions d’armes avec la monarchie saoudienne. L’armée américaine continue de ravitailler les avions de la coalition et de fournir des renseignements et les responsables américains et britanniques ont physiquement rencontré les Saoudiens qui bombardent [le Yémen]. » (45)

Dans un éditorial du New York Times intitulé «Les États-Unis sont complices dans le carnage au Yémen», on peut lire : « Les experts [américains] disent que la coalition [dirigée par l’Arabie saoudite] serait clouée au sol sans le soutien de Washington. »(44)

On devrait aussi présenter à Alex l’illustre Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’État américaine qui avait déclaré que la mort des 500 000 enfants irakiens à cause de l’embargo américain était un prix « qui en valait la peine »(47). Et pourquoi ne pas lui mentionner aussi, en passant, que le président à qui il a écrit sa belle lettre a récompensé MmeAlbright en lui décernant, en 2012, la Médaille présidentielle de la liberté (48), la plus haute distinction civile des États-Unis?

Belles paroles et actes mauvais

On ne peut qu’être d’accord avec le Washington Post sur cepoint : « En tant que président, les plus grands moments d’Obama ont souvent été des allocutions»(49) Du discours duCaire (juin2009) à celui de l’Onu (septembre2016), la présidence d’Obama n’a été qu’un vulgaire déplacement d’air qui cache des drones tueurs, des guerres froides, des printemps véreux et des barbus sanguinaires.C’est probablement pour cette raison que l’ancien directeur de l’Institut Nobel norvégien a déclaré : « Barack Obama s’est montré indigne de son prix depuis qu’il l’a reçu. » (50)

Il est évident que l’échec cuisant de sa protégée, Hillary Clinton, aux récentes élections présidentielles américaines est un flagrant désaveu de sa politique belliqueuse et destructive qu’il a soigneusement cultivée huit années durant.

Mais en mêlant l’innocence des petits Omran et Alex à sa gestion calamiteuse des affaires du monde, le seul prix Nobel qui devrait être officiellement décerné à Obama après ses deux mandats est celui, bien mérité, de l’hypocrisie professionnelle.

Ahmed Bensaada

 

Références

(1)Øyvind Tønnesson, « Controversies and Criticisms », Nobelprize.org, http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/themes/peace/controversies/index.html

(2) Nicholas Kristof, « Obama and the Nobel Peace Prize», The New York Times, 9octobre 2009, http://kristof.blogs.nytimes.com/2009/10/09/obama-and-the-nobel-peace-prize/?_r=0

(3)Ahmed Bensaada, Arabesque $ : Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes, Éd. Investig’Action, Bruxelles (2015) ; Éditions Anep, Alger (2016).

(4)AFP, « Le monde vit la “pire crise de réfugiés” depuis la Seconde Guerre mondiale », Le Point, 14août 2015, http://www.lepoint.fr/monde/le-monde-vit-la-pire-crise-de-refugies-depuis-la-seconde-guerre-mondiale-14-08-2015-1956761_24.php

(5)The New York Times, « Text: Obama’s Speech in Cairo», 4juin 2009.http://www.nytimes.com/2009/06/04/us/politics/04obama.text.html?_r=0

(6)Nobelprize.org, « Excerpt from the Will of Alfred Nobel », http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fnobelprize.org%2Falfred_nobel%2Fwill%2Fshort_testamente.html

(7)Alain Frachon, « Barack Obama et la guerre des drones », Le Monde, 14juin 2012, http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/14/barak-obama-et-la-guerre-des-drones_1718596_3232.html

(8)Marina Fang, « Nearly 90 Percent Of People Killed In Recent Drone Strikes Were Not The Target», The Huffington Post, 15octobre 2015, http://www.huffingtonpost.com/entry/civilian-deaths-drone-strikes_us_561fafe2e4b028dd7ea6c4ff

(9)Ahmed Bensaada, « Ukraine : autopsie d’un coup d’État », Reporters, 10mars 2014, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=257:ukraine-autopsie-dun-coup-detat&catid=48:orientoccident&Itemid=120

(10)John Pilger,  « Why Hillary Clinton Is More Dangerous Than Donald Trump », New Matilda.com, 23 mars 2016, https://newmatilda.com/2016/03/23/john-pilger-why-hillary-clinton-is-more-dangerous-than-donald-trump/

(11)Ibid.

(12)Voir référence5.

(13)Alain Frachon, « Obama et le désastre israélo-palestinien », Le Monde,15 avril 2016, http://www.france-palestine.org/Obama-et-le-desastre-israelo-palestinien

(14)Radio-Canada, « Les États-Unis octroient une aide militaire record à Israël », 14septembre 2016, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/International/2016/09/14/007-israel-etats-unis-tension-aide-militaire-record.shtml

(15)Ahmed Bensaada, « Mais qui est donc Barack Hussein Obama? », Le Quotidien d’Oran, 20janvier 2009, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=54:mais-qui-est-donc-barack-hussein-obama-&catid=48:orientoccident&Itemid=120

(16)Ahmed Bensaada, « Et du “printemps” s’écoula un inutile flot de sang arabe… », Afrique Asie, novembre 2015, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=327:2015-10-04-04-29-36&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

(17)Ibid.

(18)Pascal Airault, « La Libye, un foyer de déstabilisation pour l’Afrique et au-delà », L’Opinion, 9septembre 2014, http://www.lopinion.fr/edition/international/libye-foyer-destabilisation-l-afrique-dela-16140

(19)Arabesque$Op. Cit., p.148.

(20)Priyanka Boghani, « A Staggering New Death Toll for Syria’s War — 470,000 », PBS.org, 11février 2016, http://www.pbs.org/wgbh/frontline/article/a-staggering-new-death-toll-for-syrias-war-470000/

(21)Edouard de Mareschal, « Syrie: après cinq ans de guerre, tableau d’un pays en plein chaos », Le Figaro, 15mars 2016, http://www.lefigaro.fr/international/2016/03/15/01003-20160315ARTFIG00003-syrie-apres-cinq-ans-de-guerre-tableau-d-un-pays-en-plein-chaos.php

(22)Commission Européenne, « Crise syrienne », Fiche Info, septembre2016, http://ec.europa.eu/echo/files/aid/countries/factsheets/syria_fr.pdf

(23)Greg Miller and Karen DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut», The Washington Post, 12juin 2015, https://www.washingtonpost.com/world/national-security/lawmakers-move-to-curb-1-billion-cia-program-to-train-syrian-rebels/2015/06/12/b0f45a9e-1114-11e5-adec-e82f8395c032_story.html

(24)Jürgen Todenhöfer, « Interview With Al-Nusra Commander: « The Americans stand on our side »», Moon Of Alabama, 26septembre 2016, http://www.moonofalabama.org/2016/09/todenh%C3%B6fer-interview-with-al-nusra-commander-the-americans-stand-on-our-side.html

(25)Politis, « Syrie: les États-Unis jouent (dangereusement) le Front al-Nosra contre l’EI et Assad», 17juin 2015, http://www.politis.fr/blogs/2015/06/syrie-les-etats-unis-jouent-dangereusement-le-front-al-nosra-contre-lei-et-assad-31560/

(26)Jack Moore, « The White Helmets: Netflix Documentary Follows Syria’s Volunteers from Training to Rescue », Newsweek, 12septembre 2016, http://www.newsweek.com/white-helmets-new-netflix-documentary-follows-syrias-heroes-training-rescue-496633

(27)Liam Stack, « After Years of War, Celebrities Find a Syrian Group to Back», The New York Times, 14septembre 2016, http://www.nytimes.com/2016/09/15/world/middleeast/white-helmets-nobel.html?_r=0

(28)Max Blumenthal, « Inside the Shadowy PR Firm That’s Lobbying for Regime Change in Syria », AlterNet, 3octobre 2016. http://www.alternet.org/world/inside-shadowy-pr-firm-thats-driving-western-opinion-towards-regime-change-syria

(29)Max Blumenthal, « How the White Helmets Became International Heroes While Pushing U.S. Military Intervention and Regime Change in Syria », AlterNet, 2octobre 2016, http://www.alternet.org/grayzone-project/how-white-helmets-became-international-heroes-while-pushing-us-military

(30)L’USAID est une agence du gouvernement des États-Unis financée par le Congrès américain. Voir, par exemple : https://results.usaid.gov/faq-page/faqs/where-do-usaid-funds-come, ou référence 3, p.47-49.

(31)U.S. Department of State, « Daily Press Briefing », 27avril 2016, https://www.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/04/256667.htm

(32)Voir référence26.

(33)Rachel Kopilow, «A Six-Year-Old’s Letter to the President: « We Will Give Him a Family » », The White House, 21septembre 2016, https://www.whitehouse.gov/blog/2016/09/21/six-year-olds-letter-president-we-will-give-him-family

(34)Vanessa Beeley, « EXCLUSIVE: ‘Aleppo Media Centre’ Funded By French Foreign Office, EU and US », 21st Century Wire, 20septembre 2016, http://21stcenturywire.com/2016/09/20/exclusive-aleppo-media-centre-funded-by-french-foreign-office-eu-and-us/

(35)Gaël Lombart, « Syrie: la face obscure du photographe qui a immortalisé l’enfant blessé», Le Parisien, 19août 2016, http://www.leparisien.fr/international/syrie-la-face-obscure-du-photographe-qui-a-immortalise-omrane-19-08-2016-6054071.php

(36)Amnesty International, « The briefing Torture Was My Punishment: Abductions, Torture and Summary Killings Under Armed Group Rule in Aleppo and Idleb, Syria», Index number: MDE 24/4227/2016, 5juillet 2016, https://www.amnesty.org/en/documents/mde24/4227/2016/en/

(37)Victor Fortunato, « Syrie: des rebelles se filment décapitant un enfant près d’Alep », Le Parisien, 20juillet 2016, http://www.leparisien.fr/international/syrie-des-rebelles-se-filment-decapitant-un-enfant-pres-d-alep-20-07-2016-5981457.php

(38)Voir référence34.

(39) Mom : acronyme turc de Musterek Operasyon Merkerzi (en français : Centre d’opérations commun ; en anglais : Northern Operation Command). Organe de coordination chapeauté par les États-Unis et qui regroupe ses alliés dans le conflit syrien, en particulier la France, le Royaume-Uni, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et les Émirats arabes unis.

(40)Le Figaro, « Un enfant écrit à Obama pour adopter Omran », 23septembre 2016, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/09/23/97001-20160923FILWWW00188-un-petit-garcon-ecrit-a-obama-pour-adopter-omran-le-petit-syrien.php

(41)Rolling Stone, « Le très joli coup de com » d’Obama », 23septembre 2016, http://www.rollingstone.fr/le-tres-joli-coup-de-com-dobama/#qlDKudd4FXRR7uQS.99

(42)BFMTV, « La photo symbole de l’enfant syrien mort noyé, bouleverse l’Europe », 4septembre 2015, http://www.bfmtv.com/international/migrations-l-europe-sous-le-choc-apres-la-photo-d-un-enfant-mort-noye-911785.html

(43)G. N. avec AFP, « Les États-Unis vendent pour plus d’un milliard de dollars d’armes à l’Arabie saoudite », 20 Minutes, 9août 2016, http://www.20minutes.fr/monde/1906843-20160809-etats-unis-vendent-plus-milliard-dollars-armes-arabie-saoudite

(44)Amnesty International, « L’horreur au Yémen révèle l’hypocrisiemeurtrière des exportateurs d’armes tels que la Grande-Bretagne et les États-Unis », 26août 2016, https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/08/yemens-horror-exposes-the-deadly-hypocrisy-of-arms-exporters-including-britain-and-the-u/

(45)Ben Norton, « Despite 10,000 civilian casualties in Yemen  13 per day  U.S. reaffirms support for Saudi Arabia», Salon, 2septembre 2016, http://www.salon.com/2016/09/02/despite-10000-civilian-casualties-in-yemen-13-per-day-u-s-reaffirms-support-for-saudi-arabia/

(46)The New York Times, « America Is Complicit in the Carnage in Yemen », 17août 2016, http://www.nytimes.com/2016/08/17/opinion/stop-saudi-arms-sales-until-carnage-in-yemen-ends.html

(47)YouTube, « Madeleine Albright says 500,000 dead Iraqi Children was « worth it » wins Medal of Freedom», 12mai 1996, video mise en ligne le 2mai 2012, https://www.youtube.com/watch?v=omnskeu-puE

(48)The White House, «Remarks by the President at Presidential Medal of Freedom Ceremony», 29mai 2012, https://www.whitehouse.gov/the-press-office/2012/05/29/remarks-president-presidential-medal-freedom-ceremony

(49)Greg Jaffe, « Which Barack Obama speech is the one for the history books ? », The Washington Post, 22juillet 2016,https://www.washingtonpost.com/posteverything/wp/2016/07/22/which-barack-obama-speech-is-the-one-for-the-history-books/?utm_term=.3880f2391c73

(50)Direct Matin, « L’ancien directeur du Nobel regrette le prix attribué à Barack Obama », 17 septembre 2015, http://www.directmatin.fr/monde/2015-09-17/lancien-directeur-du-nobel-regrette-le-prix-attribue-barack-obama-711161

Les peuples autochtones du Canada se soulèvent contre le colonialisme et Areva

décembre 1st, 2016 by Coordination anti-nucléaire Sud-Est

De la confédération iroquoise aux conseils de territoires de chasse innus en passant par les districts Mi’kMaqs, des formes de la « souveraineté autochtone » ont su se maintenir malgré les assauts répétés de la violence coloniale. Cette Résistance contre la politique des États coloniaux révèle le vol légalisé des terres par les compagnies minières dont Areva.

Résistance à la colonisation et au vol des terres

2016-11-20_luttes_peuple-autochtone.jpgDes « souverainetés ancestrales » (peuple original autochtone) s’organisent au Canada alors que ce lèvent aux USA une lutte historique sur le territoire de « Standing Rock » contre la construction du « Dakota Access Pipeline » visant à exploiter et écouler par oléoduc, sur une distance de près de 2000km, l’énergie extraite du sous-sol des territoires. Les soutiens à la lutte de Standing Rock s’amplifient et cette résistance active devient le symbole du Pouvoir Autochtone en écho à toutes les résistances actuelles des autres territoires.

Ailleurs, comme sur l’île de la Tortue (premier territoire colonisé de Saint Domingue par la France) les peuples autochtones résistent aussi contre les projets de l’industrie extractiviste. C’est que de la « confédération iroquoise » aux « conseils de territoires de chasse innus » en passant par les « districts Mi’kMaqs », des formes de la souveraineté autochtone ont su se maintenir malgré les assauts répétés de la violence coloniale.

Dans son désir dominateur de voir les ressources extraites du sol, le colonialisme aura mobilisé tous ses efforts pour détruire ces souverainetés et peuples. Il s’agit d’une véritable guerre mettant en oeuvre un ordre colonial contre les résistances autochtones.

A l’image des CETA et Tafta élaborés au niveau international, les traités qualifiés de modernes par les colonisateurs sont la poursuite sous de nouvelles formes de la terrible Loi sur les Indiens qui a enfermé dans des réserves les peuples autochtones, les a dotés de conseils de bandes soumis aux autorités coloniales et les a lentement séparés de leurs territoires.

Exploitation et exploration des gisements d’uranium par Areva

Dans cette guerre, l’ordre colonial reprend ses vieux habits et s’arme de nouveaux traités dans son désir de faire abdiquer les ancestrales souverainetés. Le « traité Petapan » négocié actuellement avec les conseils de bande innus de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan en est un exemple frappant. L’État québécois y propose « d’harmoniser » les droits ancestraux autochtones avec les siens, mettant fin ainsi à l’aide fédérale prévue par la Loi sur les Indiens et ouvrant de fait le territoire innu à l’exploitation de ses ressources. Dont l’uranium du nord canadien exploité par Areva.

2016-11-20_canada_territoires-de-resistances.jpgDepuis 1964, « Areva Resources Canada Inc. » (ARC) exploite principalement le minerai d’uranium de McClean Lake, les mines de McArthur et de Cigar Lake (en association avec le japonais… Tepco) et l’usine de Key Lake dans le Nord de la province de Saskatchewan habité originellement par plusieurs communautés amérindiennes.  Situé à 450 mètres sous la surface, dans des roches peu stables et gorgées d’eau, Areva met en œuvre à 450/600m sous terre une méthode d’exploitation par abattage hydraulique (Jet Boring system), méthode proche de celle utilisée pour les gaz de schistes par fracturation hydraulique.

Et l’appétit boulimique d’Areva ne s’arrête pas là. La société nucléaire en décrépitude mène des campagnes d’exploration de nouveaux gisements uranifères dans le bassin d’Athabasca et dans les provinces d’Alberta et du Nunavut. Le pillage organisé des terres autochtones.

Le scandale franco-canadien « UraMin » d’Areva

Le scandale « UraMin« , cette véritable affaire d’État politico-financière française impliquant Areva, est loin d’être terminée. Le 23 décembre 2004 Areva crée de toute pièce une société « Uramin Holding » enregistrée à Nanterre dans la tour Areva. Deux mois plus tard, le 25 février 2005, une autre société « Uramin Inc. » est immatriculée dans les Iles Vierges Britanniques, le paradis fiscal de l’archipel des Antilles britanniques. Introduit à la bourse de Toronto – connue pour être beaucoup plus laxiste que celle de Londres- en décembre 2006, le titre Uramin fait l’objet pendant tout le printemps d’une spéculation enfiévrée, dans des volumes de plus en plus importants.

2016-11-20_Saskatchewan.gifCourant 2006 un consultant spécialiste des questions énergétiques, Olivier Fric, fait embaucher chez Areva un ami financier belge en tant que responsable du développement et des acquisitions de sa division mines chargé de servir d’intermédiaire dans le rachat de la société canadienne UraMin. Olivier Fric est le mari de la Pdg d’Areva Anne Lauvergeon. Areva rachete au prix fort les concessions minières d’UraMin alors que les gisements d’uranium se révélent inexploitables.

Les pertes financières sont considérables : plus de 3 milliards d’euros. Anne Lauvergeon est limogée puis mise en examen par la justice. Des entrepreneurs canadiens et plusieurs responsables politiques français et africains sont concernés par le scandale en cours.Au pays de l’atomisme et du nucléaire ont évolue dans une autre dimension. Privatisation des profits et socialisation des pertes. C’est l’Etat et donc les contribuables qui renflouent en permanence. Et les dernières découvertes de falsification dans la fabrication des pièces des réacteurs et de non-conformités viennent illustrer les mensonges et le fanatisme d’un secteur d’activité des plus éloigné de la science, de la haute technicité, de la compétence commerciale et financière, de la sécurité et du respect humain et environnemental.

Les quatre centrales nucléaires canadiennes menacent l’environnement et la population

Dans son rapport automnal publié mardi, la commissaire fédérale canadienne à l’environnement juge sévèrement l’organisme public chargé de vérifier les quatre centrales nucléaires canadiennes (1). La CCSN (Commission canadienne de sûreté nucléaire, l’équivalent de l’ASN française) a baissé ainsi de 11% ses inspections entre 2013 et 2015. En cause : le remplacement d’inspecteurs expérimentés par de « vertes recrues », une stratégie de moindre implication, une planification des contrôles défaillante et le non-respect de ses propres procédures d’inspections. «Cela s’est traduit par des incohérences, des lacunes dans la documentation et des occasions manquées de recenser des améliorations dans le processus d’inspections», a-t-elle noté. Compte tenu du niveau de risque, la commissaire juge que ces comportements ouvrent la porte à « des risques pour l’environnement et la population ».

2016-11-20_IdleNoMore.pngPendant ce temps-là, une femme innue, Jeannette Pilo, qui fut et est de beaucoup de luttes de son peuple contre le colonialisme et le nucléaire, a été incarcérée pour s’être opposée au retour à son poste d’un « chef de conseil de bande » (communauté autochtone) accusé d’agression sexuelle sur une jeune fille de moins de 14 ans et d’entente avec la compagnie nucléaire Hydro-Québec.  En amérique du nord, la culture du viol est concomitante à l’histoire coloniale dévastatrice d’Hydro-Québec qui se poursuit encore aujourd’hui, tout comme les incarcérations coloniale et politique.

La résistance et la lutte

Les batailles des dernières années se sont gravées dans les mémoires des populations autochtones et locales : Elsipogtog en 2013 où les « warriors Mik’Maqs » (peuple premier de Gaspésie) et leurs Alliées ont brisé les projets du gouvernement du Nouveau-Brunswick et de la compagnie « SWN Energy », le mouvement  » Idle No More  » contre la violation des traités ancestraux, la lutte du peuple innu contre les projets hydroélectriques du gouvernement québécois et bien d’autres encore.

2016-11-20_souverainete-solidarire.pngCes luttes portent en elles d’autres formes de souveraineté et d’affirmations qui rendent inopérantes celle du « Dominium Canadien » et celle de l’Empire Américain. Ces « souverainetés autochtones »  sapent la légitimé des États coloniaux en révélant le vol des terres sur lesquelles ces puissances étatiques reposent. Elles sont inséparables d’un mouvement de re-construction d’anciennes et de nouvelles formes politiques. C’est à un véritable mouvement de décolonisation que portent les peuples et les communautés qui prennent racine dans un « être au monde » datant de bien avant l’arrivée de Jacques Cartier.

Ceux et celles qui désirent penser la décolonisation se doivent de comprendre et mieux cerner les formes contemporaines du colonialisme. Tout autant, il se doivent aussi de réfléchir la décolonisation dans ses multiples formes politiques et dans son rapport à une tradition ancestrale qui s’oppose à la logique des gouvernement occidentaux.

C’est pourquoi, faisant suite à plusieurs conférences (novembre 2015, février 2016) plusieurs collectifs ont décidé de joindre leurs efforts pour organiser ses journées anticoloniales (25-27 novembre 2016) pour approfondir les enjeux actuels des luttes autochtones sous l’angle du rapport entre la souveraineté et le territoire. Objectif : fédérer les efforts des collectifs anticoloniaux, des alliées, des résistant-es autochtones et des communautés en lutte (2). Pour sortir du sordide, de l’aberration, de l’esclavage et faire vivre un autre monde libéré de l’oppression, de l’extractivisme, du pillage et du nucléaire.

 

Photo : Communautés du regroupement Petapan

(1) L’Ontario compte trois centrales nucléaires, l’autre centrale atomique se trouvant au Nouveau-Brunswick.

(2) https://www.facebook.com/events/1714559175537896/?active_tab=abouthttps://www.facebook.com/events/1811673662455585/?notif_t=plan_user_invited&notif_id=1478554356457597

http://www.littor.al/2016/03/lautre-souverainete-premiere-partie-les-innus/

https://warriorpublications.wordpress.com/2011/02/11/how-the-indian-act-made-indians-act-like-indian-act-indians/

https://www.facebook.com/events/1794238080835442/

https://www.facebook.com/events/795469243924698/

https://www.facebook.com/events/1236061839777780/

Fidel Castro, el «héroe de los desheredados»

novembre 30th, 2016 by Salim Lamrani

Stéphane Fontaine Le Quotidien de La Réunion

Profesor de la Universidad de La Reunión, especialista de Cuba, Salim Lamrani evoca el legado de Fidel Castro y lo que simboliza en Cuba y en otros países.*

Profesor en la Universidad de La Reunión y autor de nueve libros sobre Cuba, Salim Lamrani tuvo dos encuentros con Fidel Castro en 2005 y 2006. Este doctor en Estudios ibéricos y latinoamericanos de la Universidad Paris-Sorbonne, periodista y especialista de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos, está considerado por Ignacio Ramonet, exdirector de Le Monde diplomatique, quien hizo el prólogo de su último libro, “el mejor conocedor en Francia de las realidades de Cuba”.

Es difícil resumir en algunas palabras lo que representaba un hombre con semejante aura y con tanta longevidad política. Según usted, ¿qué imagen dejará Fidel Castro entre los cubanos?

Salim Lamrani: Fidel Castro quedará en la Historia de Cuba como el arquitecto de la soberanía nacional que hizo de su isla una nación independiente y que defendió hasta los últimos instantes de su existencia el derecho de los cubanos a la dignidad. Cuba es hoy un símbolo de resistencia a la opresión y un vector de la aspiración de los pueblos del Sur a la autodeterminación.

¿Cuáles son los logros políticos de Fidel Castro?

SL: Además de haber conquistado la independencia nacional tan esperada y haber realizado de este modo el sueño del héroe nacional cubano José Martí, Fidel Castro elaboró un sistema social considerado por todas las grandes instituciones internacionales el ejemplo a seguir para los países del Tercer Mundo. Al universalizar el acceso a la educación, a la salud, a la cultura, al deporte y a la recreación, al ubicar al ser humano en el centro del proyecto emancipador, el líder de la Revolución Cubana demostró que era posible edificar una sociedad más justa a pesar de los recursos limitados y del estado de sitio económico que impone Estados Unidos desde hace más de medio siglo.

Fidel Castro, además de ser un reformador social, fue un internacionalista solidario que siempre tendió una mano fraterna a los pueblos del Sur, particularmente a los pueblos de África austral, Angola, Namibia y Sudáfrica en su lucha por la libertad.

En una época en que la lucha contra el cambio climática es una prioridad absoluta, Fidel Castro quedará en la historia como quien hizo de Cuba el único país del mundo en alcanzar un desarrollo sostenible, según la organización de protección del entorno World Wild Fund for Nature (WWF).

¿Cuáles son sus fracasos, sus sombras?

SL: Cuba siempre ha vivido bajo la amenaza constante del poderoso vecino estadounidense desde hace más de medio siglo. Ha sido entonces en este contexto de hostilidad exacerbada que el pueblo cubano ha elaborado su proyecto de sociedad, con grandes logros pero también con algunos fracasos. Como en todo proceso revolucionario se cometieron errores en Cuba, que atravesó periodos más oscuros, particularmente en los años 1970, cuando los intelectuales fueron víctimas del ostracismo.

Ambos tenían la misma edad y eran dirigentes de un partido comunista en una isla, se conocieron y fallecieron en noviembre de 2016. Más allá de estos puntos comunes, ¿qué paralelo se puede hacer entre Fidel Castro y Paul Vergès?

SL: Fidel Castro y Paul Vergès eran ambos dos grandes defensores de la dignidad de su pueblo, de su identidad y de su cultura. Ambos reivindicaron el derecho de los humildes a una vida mejor. Ambos expresaron una solidaridad inquebrantable hacia los pueblos que luchaban por su emancipación. Ambos contribuyeron a la edificación de una sociedad menos injusta y defendieron la generosa idea de una mejor repartición de las riquezas.

Desde que Fidel Castro se retiró del poder, Cuba ha establecido un proceso de acercamiento con Estados Unidos. ¿Cómo pueden evolucionar Cuba en sus relaciones con el gran vecino estadounidense y el resto del mundo ahora que el “Líder Máximo” ya no está?

SL: La desaparición de Fidel Castro no tendrá mucha influencia en la evolución de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos pues el Líder de la Revolución cubano se había retirado de modo definitivo del poder desde 2008.

¿Acaso Raúl Castro, que tiene una edad avanzada, puede suceder a su hermano de modo duradero?

SL: Raúl Castro fue elegido presidente en 2008 y reelegido en 2013, tras un periodo interino de dos años después de la enfermedad de Fidel Castro en 2006. El mandato de Raúl Castro terminará en 2018 y anunció varias veces que no se volverá a presentar. Cuba tendrá entonces un nuevo presidente en 2018.

Después de más de sesenta años de reinado de un solo hombre y luego de su hermano, ¿son posibles elecciones en Cuba?

SL: Contrariamente a una idea preconcebida, Cuba ha tenido al menos cuatro presidentes de la República desde 1959: Manuel Urrutia de enero de 1959 a julio de 1959, Osvaldo Dorticós de julio de 1959 a 1976, Fidel Castro de 1976 a 2006 y Raúl Castro desde 2006, cuyo Gobierno terminará en 2018 tras la reforma constitucional que limita el número de mandatos a dos. Conviene recordar que hay elecciones municipales, provinciales, legislativas y presidenciales en Cuba cada cinco años desde 1976.

¿Cuáles son las principales figuras que pueden encarnar el futuro en la clase política cubana?

SL: Miguel Díaz-Canel, político que nació en 1960, entonces tras el triunfo de la Revolución, es el actual vicepresidente. Debería ser el principal candidato a la sucesión de Raúl Castro, pero serán los cubanos quienes lo decidan.

 

*Doctor en Estudios Ibéricos y Latinoamericanos de la Universidad Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani es profesor titular de la Universidad de La Reunión y periodista, especialista de las relaciones entre Cuba y Estados Unidos. Su último libro se titula Cuba, ¡palabra a la defensa!, Hondarribia, Editorial Hiru, 2016.

http://www.tiendaeditorialhiru.com/informe/336-cuba-palabra-a-la-defensa.html

Contacto: [email protected] ; [email protected]

Página Facebook: https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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Dans ce qui est décrit comme la pire défaite des forces soutenues par les États-Unis depuis le début de la guerre pour un changement de régime en Syrie, il y a près de six ans, les troupes gouvernementales soutenues par les forces issues du mouvement Hezbollah libanais et des milices chiites irakiennes, ont repris plus de 40 pour cent de l’est d’Alep, le dernier bastion urbain des « rebelles ».

Selon des informations venant de l’Iran qui, avec la Russie, est le principal soutien du gouvernement syrien du président Bachar al-Assad, des unités de l’armée syrienne ont conquis 20 kilomètres carrés sur un total de 45 kilomètres carrés que couvre l’est d’Alep.

L’avance du gouvernement a été extrêmement rapide et suggère une débâcle des milices appuyées par les États-Unis. L’offensive terrestre fait suite à deux semaines d’intenses frappes aériennes syriennes lancées après une suspension d’un mois des bombardements menés par des avions de chasse syriens et russes.

La presse du gouvernement syrien a rapporté que l’armée avait capturé le quartier de Sakhour et était en train de le déminer. Le contrôle par le gouvernement de cette partie de la ville couperait effectivement en deux cette zone détenue par les « rebelles ».

L’avance du gouvernement a poussé des dizaines de milliers de civils à fuir les régions contrôlées par les milices islamistes pour chercher refuge dans les deux zones contrôlées par le gouvernement, Alep-Ouest et le quartier de cheikh Maqsoud qui est détenu par la milice kurde des YPG (les Unités de protection du peuple).

L’YPG en rejoignant l’offensive menée contre Alep-Est a compliqué encore plus l’intervention américaine en Syrie. Alors que Washington soutient les milices islamistes qui combattent le gouvernement Assad, ils ont aussi cherché à se servir des YPG kurdes comme principale force intermédiaire de la campagne militaire américaine à l’encontre de l’État islamique (aussi connu comme ISIS) en Syrie.

La Turquie, l’allié de Washington au sein de l’OTAN dans la région, a aussi envoyé des troupes en Syrie sous le prétexte de combattre l’ÉI, mais visait principalement à empêcher les forces kurdes syriennes de consolider leur emprise sur le territoire à proximité de la frontière turque. En conséquence, Washington soutient sur plusieurs fronts des forces qui se combattent mutuellement.

Les civils qui fuient Alep-Est ont raconté des récits d’horreurs concernant la campagne russo-syrienne de bombardement ainsi que sur la répression et la terreur pratiquée par les islamistes qui contrôlent les quartiers voisins à l’est. De nombreux rapports font état de ce que les milices appuyées par les États-Unis avaient auparavant abattu les civils qui tentaient de fuir.

Avant le début de la guerre en 2011, Alep était la deuxième ville syrienne et sa capitale commerciale.

Alep-Ouest, où vivent environ 1,5 million de personnes – contre moins de 200 000 dans la partie de la ville détenue par les « rebelles » – se trouve sous le contrôle du gouvernement syrien. Elle est devenue la cible de tirs aveugles au mortier de la part des rebelles soutenus par les États-Unis et visant la population civile.

Les médias russes tout comme le Washington Post ont relaté lundi que le ministre américain des affaires étrangères, John Kerry, avait lancé une nouvelle campagne visant la négociation d’un cessez-le-feu à Alep. Bien qu’enveloppé dans une phraséologie humanitaire, le principal objectif de ces efforts est d’empêcher l’effondrement total des milices que soutiennent les États-Unis et la consolidation de l’emprise du gouvernement Assad sur toutes les principales agglomérations de la Syrie.

Les médias et les responsables du gouvernement Obama ont violemment dénoncé le siège d’Alep-Est par le gouvernement syrien et son allié russe. Actuellement la situation est cependant le contraire de ce qu’elle était il y a un an lorsque ces rebelles assiégeaient Alep-Ouest qui était confrontée à une catastrophe humanitaire imminente. À l’époque, Washington n’avait exprimé aucune inquiétude quant à la situation humanitaire.

Le porte-parole du ministère américain des affaires étrangères, John Kirby, a démenti lundi que Kerry entreprenait un « dernier effort frénétique ou effréné » pour sauver l’opération de changement de régime soutenu par les États-Unis avant la chute d’Alep et l’intronisation de Donald Trump qui avait exprimé son désaccord avec l’actuelle politique américaine.

Kirby a reconnu que la pierre d’achoppement permanente des efforts pour parvenir à un nouvel accord avec Moscou était l’incapacité de Washington à respecter sa promesse de séparer les prétendus « rebelles modérés » des combattants du Front al-Nosra, l’affilié syrien d’Al-Qaïda.

« Ceci est une question difficile », a dit le porte-parole du ministère. « Nous en parlons depuis des mois, de cette marbrure, si vous voulez, des – de ce faux marbre des groupes d’opposition avec al-Nosra ».

La « difficulté » est que la seule force d’opposition armée significative dans cette opération de changement de régime orchestrée par Washington et ses alliés est constituée par al-Nosra et l’ÉI, tous deux des branches d’Al-Qaïda qui depuis les quinze ans que dure « la guerre contre le terrorisme » est décrite comme la principale menace sur la sécurité de la population américaine et du monde.

Bill Van Auken

20 novembre 2016

Article original, WSWS, paru le 20 novembre 2016

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Cette semaine, le Washington Post a publié un article montant en épingle les accusations d’un obscur groupe néoconservateur appelé PropOrNot, qualifiant les blogs Drudge, Zero Hedge, et The Duran « d’outils russes sophistiqués de propagande » anti-Clinton

Le groupe PropOrNot a « scientifiquement » dressé une liste des sites de « fausses nouvelles » qui servent selon lui, d’ « idiots utiles » au gouvernement russe travaillant à subvertir la démocratie et les valeurs  américaines. 

Parmi ces agents de la propagande russe, figure Ron Paul. Un homme qui, selon le groupe d’experts anonymes PropOrNot travaille avec le Kremlin à la destruction des Etats-Unis. 

Ron Paul a commenté cet article, recommandant au monde entier de se tenir prêt, car l’entrée des média traditionnels dans l’ère du ridicule ne fait que commencer ! [Alex Christoforou, The Duran, 27 novembre 2016]

Le Washington Post s’est fait une spécialité de déformer les points de vue de Ron Paul. L’an dernier, ce prétendu journal de qualité a publié un article de David A. Fahrenthold dans lequel Ron Paul était dépeint de façon caricaturale comme un avocat au service du malheur, de l’oppression et de la pauvreté – l’inverse exact des objectifs que Ron Paul exprime habituellement et qu’il avait d’ailleurs clairement formulés dans un discours au sujet de l’évènement que l’article de Fahrenthold prétendait traiter. Ce type d’attaques fallacieuses contre cet éminent avocat de la liberté et d’une politique de non-ingérence est tout-à-fait conforme à la ligne éditoriale du journal. Comme l’a écrit G. Hornberger, président de la Fondation pour l’avenir de la liberté (Future of Freedom Foundation) dans un éditorial de février : l’agenda du Washington Post « est guidé par l’esprit interventionniste qui sous-tend les médias de masse ».

Jeudi, le Washington Post a publié un nouvel article, signé cette fois par Craig Timberg, dénonçant une « avalanche » de soi-disant fausses informations déversées dans le cadre « d’une campagne russe de propagande sophistiquée, visant à créer et à répandre des articles mensongers pour discréditer la démocrate Hillary Clinton, promouvoir le républicain Donal Trump et saper la confiance en la démocratie américaine ». Pour soutenir cette conclusion, Timberg s’appuie sur PropOrNot, un regroupement d’individus anonymes qui s’est constitué cette année et a identifié « plus de 200 sites web assurant le colportage de la propagande russe au cours de cette campagne électorale ». Si vous consultez la liste de ces sites, vous y trouverez, sous la désignation d’«agent de propagande de la Russie , celui de l’Institut Ron Paul pour la paix et la prospérité (Ron Paul Institute for Peace and Prosperity).

Ce que vous ne trouverez pas sur le site de PropOrNot, c’est une analyse détaillée de la raison pour laquelle le site de Ron Paul (RPI), ou tout autre site dédié à la même cause, figure sur cette liste. Au lieu de cela, vous lirez de banales généralités émanant d’une organisation anonyme. Drudgereport.com, un site très populaire, apparaît même sur cette liste. Les sites visés, qui recouvrent toute la gamme des idées politiques, ont en commun leur indépendance par rapport aux médias traditionnels.

On peut voir dans l’article de Timberg une nouvelle tentative des grands médias pour dédouaner de leurs responsabilités dans l’échec des démocrates aux élections présidentielles : Hillary Clinton, la campagne qu’elle a menée, et le rôle actif du DNC (Comité Démocrate National) dans le sabordage de la candidature de Bernie Sanders aux primaires du parti démocrate.

On peut aussi y voir une nouvelle étape dans l’effort des grands médias de dissuader les gens de rechercher des sources d’informations alternatives, en présentant ces sources comme traîtres, ou quasi-traîtres.

Dans le même temps, l’article peut être considéré comme jouant un rôle dans la poussée en cours pour accroître les tensions entre les Etats Unis et la Russie – une situation qui profite profite à certains, notamment aux personnes impliquées dans le complexe militaro-industriel qui ont tout à gagner de la montée en puissance des activités de « Sécurité Nationale » en Amérique et à l’étranger. Ce n’est pas la première fois que Ron Paul et son Institut sont accusés de positions pro-russes ou anti-américaines, des accusations qui ont même été reprises par des personnes qui se disent libertaires

Il faut s’attendre à la poursuite de telles attaques. Elles visent à discréditer Ron Paul et son institut et à détourner le public se détourne des informations qu’il délivre quotidiennement dans le cadre de la mission mission qu’il s’est donnée « de continuer à lutter pour une politique étrangère pacifique et la défense des libertés civiques sur le plan national ». Face à ces objectifs de paix et de liberté d’intérêt universel, se dressent de puissants intérêts particuliers. D’où l’augmentation prévisible des attaques portées contre l’Institut de Ron Paul, dont l’audience ne cesse de croître, grâce au travail d’éducation qu’il accomplit.

Adam Dick

Ron Paul Institute

 

Article original: Ron Paul destroys The Washington Post and its “fake news” reporting, The Duran,

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur Info

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Tous à bord du monde post-TPP

novembre 30th, 2016 by Pepe Escobar

Une poignée de main mi-figue mi-raisin entre le président américain Barack Obama et le président russe Vladimir Poutine, avant et après avoir parlé «pendant environ quatre minutes», debout, en marge du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Lima, au Pérou, a capturé à la perfection le déclin mélancolique de l’ère Obama.

Un flashback  tourbillonnant sur la relation fracassante entre Obama et les «menaces existentielles» posées par la Russie et la Chine résumerait tout, depuis un Maïdan parrainé par Washington à Kiev, jusqu’à un «Assad doit partir» exigé par Obama en Syrie, avec des mentions spéciales pour la guerre des prix du pétrole, le raid sur le rouble, la diabolisation extrême de Poutine et tout ce qui a l’air russe, les provocations dans la mer de Chine méridionale – tout cela jusqu’au bouquet final : le décès du très vanté Traité Transpacifique (TPP), qui a été reconfirmé par l’APEC juste après l’élection de Donald Trump.

C’était presque trop douloureux de voir Obama défendre son héritage – pas exactement spectaculaire – à sa conférence de presse internationale finale – avec, ironiquement, la côte Pacifique sud-américaine en toile de fond – alors que le président chinois Xi Jinping baignait quasiment dans son aura géopolitique permanente, qu’il partage déjà avec Poutine. Quant à Trump, quoique invisible à Lima, il était partout.

L’enterrement rituel, dans les eaux péruviennes du Pacifique, du volet «OTAN commercial» du pivot vers l’Asie – annoncé pour la première fois en octobre 2011 par Hillary Clinton – offrait ainsi à Xi la plateforme idéale pour faire valoir les mérites du Partenariat économique régional (RCEP), largement soutenu par la Chine.

Le RCEP est une idée ambitieuse, visant à devenir le plus grand accord de libre-échange au monde; 46% de la population mondiale, avec un PIB combiné de $17 mille milliards et 40% du commerce mondial. Le RCEP comprend les dix nations de l’ASEAN, plus la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

L’idée du RCEP est née il y a quatre ans, lors d’un sommet de l’ASEAN au Cambodge – et a connu jusqu’à présent neuf cycles de négociations. Curieusement, l’idée initiale est venue du Japon – comme mécanisme permettant de combiner la pléthore d’accords bilatéraux que l’ASEAN a conclus avec ses partenaires. Mais maintenant, la Chine mène la barque.

Le RCEP est aussi le point d’appui de la Zone de libre-échange de la région Asie-Pacifique (FTAAP), un concept qui a été introduit lors d’une réunion de l’APEC à Beijing par – devinez qui – la Chine, avec pour objectif de séduire les nations pour lesquelles cette dernière est le partenaire commercial principal, en les éloignant de la tentation du TPP.

Le RCEP – et même la FTAAP – ne concernent pas une nouvelle série de règles commerciales tous azimuts ultra-complexes, concoctées par les multinationales américaines [dans leur intérêt évidemment, NdT], mais l’extension des accords existants avec l’ASEAN et les nations clés en Asie du Nord, en Asie du Sud et en Océanie.

Il n’y a pas eu besoin de météorologues expérimentés, pour voir dans quelle direction les vents du Pacifique soufflent maintenant. Le Pérou et le Chili sont à bord pour rejoindre le RCEP. Et le Japon – qui négociait le TPP jusqu’à son dernier souffle – a maintenant dirigé le cap vers le RCEP.

Le Sultan entre en scène

Pendant ce temps, Poutine et Xi se sont rencontrés une fois de plus – Poutine révélant qu’il ira en Chine au printemps prochain pour approfondir l’implication russe dans les Nouvelles Routes de la Soie : One Belt, One Road (OBOR). L’objectif ultime est de fusionner l’OBOR, dirigé par les Chinois, avec l’Union économique eurasienne (EEU) dirigée par la Russie.

C’est l’esprit qui sous-tend les vingt-cinq accords intergouvernementaux en matière d’économie, d’investissement et d’industrie nucléaire signés par le Premier ministre russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre chinois Li Keqiang à Saint-Pétersbourg au début de novembre, ainsi que la mise en place d’un fonds conjoint Russie-Chine.

Parallèlement, soudainement et presque par miracle, le président turc Tayyip Erdogan, en revenant d’une visite au Pakistan et en Ouzbékistan, a confirmé ce qui était évident depuis quelques mois : «Pourquoi la Turquie ne serait-elle pas parmi les Cinq de Shanghai ? J’ai dit cela à M. Poutine, au président kazakh Nazarbayev, à ceux qui sont dans les Cinq de Shanghai maintenant… Je pense que si la Turquie devait rejoindre les Cinq de Shanghai, cela lui permettrait d’agir avec beaucoup plus de facilité».

Cette bombe se réfère évidemment à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui a commencé en 2001 avec les Cinq de Shanghai – la Chine, la Russie et trois nations d’Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan – l’Ouzbékistan a rejoint plus tard – comme un bloc de sécurité pour combattre le salafisme-djihadiste et le trafic de drogue en provenance d’Afghanistan.

Au fil des ans, l’OCS a beaucoup évolué vers un mécanisme d’intégration et de coopération en Asie. L’Inde, le Pakistan, l’Iran, l’Afghanistan et la Mongolie sont des observateurs, l’Inde et le Pakistan seront admis comme membres à part entière sans doute en 2017, suivis de l’Iran. La Turquie (depuis 2013) et le Bélarus sont des «partenaires de dialogue» de l’OCS [présents aux réunions mais sans droit de vote, NdT].

Le rusé Erdogan a fait son ouverture à l’OCS tout en soulignant que la Turquie n’avait pas besoin de rejoindre l’UE «à tout prix». C’est devenu plus qu’évident, après qu’Erdogan a survécu au coup d’État de juillet et a déclenché une répression massive qui a été accueillie avec horreur par Bruxelles, où les onze ans – jusqu’ici – de négociations pour l’adhésion turque sont presque bloquées. Et la France, la seconde puissance de l’UE après l’Allemagne, va inévitablement bloquer le processus plus tard, quel que soit le président élu l’année prochaine.

L’adhésion de la Turquie à l’OCS, à long terme, aux côtés de l’Iran, de l’Inde et du Pakistan, représenterait encore une autre étape majeure de l’intégration de l’Eurasie, car l’OCS est progressivement interconnectée avec les Routes de la soie, l’Union économique eurasienne, la Banque d’investissement dans les infrastructures (AIIB), et même la nouvelle Banque de développement du BRICS (NDB), qui commencera à financer des projets pour les membres du groupe, puis étendra ses activités à d’autres pays du Sud. Moscou et Pékin accueilleraient Ankara à bras ouverts.

Quels que soient les contours de la politique étrangère de Trump en Chine et en Asie, l’intégration eurasienne se poursuivra sans relâche. La Chine fait progresser son propre pivot interne et externe, impliquant l’ajustement des politiques financières, budgétaires et fiscales pour stimuler la consommation dans les secteurs de la vente au détail, de la santé, des voyages et des sports, parallèlement au développement des Routes de la soie partout en Eurasie, tout ce qu’il faut pour renforcer une superpuissance économique.

Le TPP – version asiatique d’une OTAN commerciale – est juste un scalp sur une route longue et sinueuse. Et en mer de Chine méridionale, le dialogue se substitue lentement à la confrontation fomentée par l’administration Obama.

A l’APEC, Xi a également rencontré le président philippin Rodrigo Duterte, appelant la Chine et les Philippines à se lancer dans la coopération maritime. Le résultat pratique est que les pêcheurs philippins continueront d’avoir accès à Scarborough Shoal, la zone de pêche fertile à l’intérieur de la zone économique exclusive (ZEE) des Philippines, qui est sous contrôle chinois depuis 2012. Beijing a également promis une aide aux pêcheurs philippins dans les industries alternatives, comme l’aquaculture.

Appelons-le le Partenariat Trans-Mer de Chine méridionale.

Pepe Escobar 

Article original en anglais : All Aboard the Post-TPP World, Strategic Culture, 24 novembre 2016

 

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

 

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Fidel Castro : La dette ne doit pas être payée

novembre 30th, 2016 by Eric Toussaint

En 1985, Fidel Castro a lancé une campagne internationale pour la constitution d’un front des pays endettés confrontés à des dettes insoutenables. Fidel déclare dans ce discours prononcé en août 1985 à l’issue d’une rencontre internationale consacrée à la dette : « nous nous sommes rendu compte qu’(…) en définitive le mot d’ordre d’annulation de la dette était valable pour tous les pays du Tiers-monde. ».

Ses efforts pour favoriser une unité des peuples pour l’annulation de la dette du Tiers-monde ont connu un grand écho en Amérique latine parmi les mouvements sociaux et les intellectuels de la gauche radicale. En Afrique, Thomas Sankara, président du Burkina Faso, a repris ce mot-d’ordre et a tenté de lancer un vaste mouvement africain pour le non paiement de la dette. En Europe, le CADTM est né dans la foulée de cette campagne internationale partie de l’Amérique latine.

Nous publions ce discours prononcé il y a plus de 30 ans, alors qu’une nouvelle crise de la dette des pays dits en développement se prépare suite à la baisse des recettes qu’ils tirent de l’exportation de leurs matières premières, alors que la croissance économique des pays les plus industrialisés est anémique et que de nouvelles bulles spéculatives finiront par éclater, notamment au niveau boursier.

Ce discours de Fidel a été prononcé à la fin de la rencontre sur la Dette Extérieure de l’Amérique Latine et des Caraïbes, à La Havane, le 3 août 1985.

Fidel Castro ne manque pas d’humour quand il affirme : « On m’accuse de dire que la dette est impossible à payer. Bon, mais c’est la faute à Pythagore, à Euclide, à Archimède, à Pascal, à Lobatchevski, aux mathématiciens de l’Antiquité, des temps modernes ou d’aujourd’hui ; c’est sur eux, sur celui que vous voudrez qu’il faut en rejeter la faute. Ce sont les mathématiques, les théories des mathématiciens, qui démontrent que la dette est impossible à payer. »

Fidel considérait que l’abolition de la dette du Tiers-monde devait être octroyée tant par les pays capitalistes industrialisés que par les pays dits socialistes.

« Lorsque nous parlons d’abolir la dette, nous parlons de toutes les dettes qu’a contractées le Tiers-monde auprès du monde industrialisé, ce qui n’exclut pas les pays socialistes (applaudissements). Lorsque je parle du nouvel ordre économique international et de prix justes, je n’exclus pas, loin de là, les pays socialistes. Je suis sûr que ça représenterait pour eux des sacrifices, mais ils comprendraient et appuieraient. »

Il remettait en cause les politiques imposées par le FMI.

Fidel affirme que la nécessaire abolition des dettes constitue une condition sine qua non mais que c’est insuffisant. D’autres changements radicaux doivent être entrepris : « Voilà pour les principes de base. II ne s’agit pas d’une seule idée, l’idée d’abolir la dette. Cette idée est à associer à celle du nouvel ordre. En Amérique latine elle est aussi associée à celle de l’intégration parce que même si on arrive à abolir la dette et à instaurer le nouvel ordre économique, sans intégration nous resterons des pays dépendants. »

Fidel affirme que le paiement de la dette est insoutenable pour des raisons économiques et qu’il faut abolir la dette également pour des raisons morales : « Le recouvrement de la dette et le système injuste de relations économiques actuellement en vigueur constituent la plus flagrante, la plus brutale des violations des droits de l’homme, de toutes celles qu’on peut imaginer. » (…) « une petite portion de l’ensemble de la dette a été investie dans des projets utiles. Mais nous savons tous qu’une grande partie a été investie dans les armes, a été dilapidée, gaspillée, détournée et nous savons en outre qu’une grande partie n’est même pas arrivée en Amérique latine. »

Fidel appelle à l’unité des pays endettés face aux gouvernement des pays les plus industrialisés. Il affirme que l’idéal serait d’arriver à un consensus entre gouvernements des pays débiteurs d’Amérique latine, mais qu’il n’y croit pas : « L’idéal est un consensus préalable. Mais parviendra-t-on à un consensus des pays débiteurs d’Amérique latine avant que la crise se déclenche ? L’idéal est un consensus préalable et une discussion avec les créanciers, mais cela arrivera-t-il ? Le plus probable, c’est que des crises sérieuses éclatent et qu’à la suite de ces crises ils veuillent négocier ; c’est le plus probable. Personne ne peut prévoir exactement ce qui va se passer, mais pour ma part je n’ai jamais vraiment cru à un consensus avant la crise bien que je ne pense pas que cela soit impossible. II se peut que, la situation s’aggravant, ce consensus préalable entre les débiteurs se produise ; ce n’est pas impossible, mais c’est à mon avis peu probable.

Mais si cette lutte continue, si les masses prennent conscience de la situation, si chaque citoyen de nos pays comprend le problème, les possibilités d’exercer une influence et de créer des conditions favorables augmentent ; un gouvernement ne peut livrer cette bataille tout seul, alors on pourrait faire en sorte qu’ils adhèrent à l’idée d’une réunion pour adopter une politique, pour prendre une décision ferme et correcte. »

Fidel appelait à mettre toute son énergie à organiser par en bas un large mouvement pour l’annulation de la dette du Tiers-monde, ce combat est toujours d’actualité. 

Éric Toussaint, le 29 novembre 2016


Voici la retranscription du discours de Fidel Castro en clôture de la rencontre sur la Dette Extérieure de l’Amérique Latine et des Caraïbes, au Palais des Congrès de La Havane, le 3 août 1985 :

Ne vous laissez pas impressionner par la quantité de papiers et de brochures que j’ai apportés avec moi : c’est simplement pour les consulter le cas échéant. Merci beaucoup, compañero Tencha, pour tes paroles affectueuses et généreuses.

Le premier jour, je vous ai appelés honorables invités ou quelque chose de ce genre. Permettez-moi aujourd’hui, après ces cinq jours ou presque de travail intense dans une ambiance familiale de vous appeler chers invités.

Carlos Rafael a dit cet après-midi que j’allais faire le résumé de la réunion. J’ai immédiatement rejeté ce mot de résumé. Je crois que c’est Gabriel Garcia Marquez qui pourrait faire ce résumé dans un long roman, vu l’infinité d’idées qui ont été exprimées et d’événements qui ont eu lieu pendant ces journées. Je vais essayer de vous faire part de quelques impressions personnelles et aussi de souligner quelques idées, d’exprimer mes idées sur le thème qui nous a réunis.

J’ai un privilège, je le comprends, puisque Tencha m’a donné l’autorisation de parler sans limite de temps ; mais tout a une limite : votre patience, ma résistance et même le bon sens qui recommande de ne pas trop s’étendre. Beaucoup des personnalités brillantes, capables et intelligentes qui ont pris la parole ces jours-ci n’ont pas eu ce privilège. Je comprends ce qui a dû leur en coûter, s’agissant d’un sujet aussi complexe, de se limiter à douze, treize ou vingt minutes dans certains cas. Je suis aussi passé par là ; j’ai assisté à bien des réunions et j’ai dû également me contenter souvent de huit, dix ou vingt minutes et je ne l’ai pas fait aussi bien que vous.

Je me vois dans l’obligation de répondre à certaines critiques sur l’activité de Cuba en ce qui concerne ce problème dramatique. On voudrait faire croire que Cuba assume une position opportuniste – c’est un mot qui plaît beaucoup à nos voisins du Nord – et que nous essayons d’améliorer nos relations, d’améliorer l’image de Cuba ; on avance toutes sortes de théories de ce genre, de théories réellement bizarres. Je crois que l’effort que nous déployons dans ce domaine n’a rien à voir avec une recherche de prestige, cela ne correspond pas du tout à notre mentalité ; toutes ces histoires de prestige, de propagande sont propres au système qu’ils représentent et c’est pourquoi ils s’imaginent que tous ceux qui font quelque chose ou essaient de faire quelque chose dans ce monde le font pour des raisons de propagande et de prestige. Je disais aux dirigeants syndicaux d’Amérique latine et des Caraïbes à la réunion précédente, et j’ai dit récemment à la cérémonie du 26 juillet qu’avec du prestige on ne peut même pas nourrir un moineau. Je pense qu’il s’agit d’un problème très sérieux et que nous ne devons pas permettre qu’on essaie de semer la confusion, ou qu’on essaie de nous tromper, ni permettre que de telles infamies fassent du chemin.

C’est pour ça que j’ai essayé de trouver des antécédents, de voir quand nous avons commencé à parler de ce problème, et j’ai trouvé un antécédent qui remonte à quatorze ans ; c’était précisément au Chili, après le triomphe de l’Unité populaire. À cette occasion, j’ai pris part à une infinité d’activités et j’ai été notamment invité à faire une brève visite à la CEPAL, dont le siège est à Santiago du Chili, et là-bas nous avons improvisé un dialogue. Une version de tous ces discours a été publiée et j’en ai relevé un passage. Il y a quatorze ans de ça ! À cette époque, la dette de l’Amérique latine devait être à peu près de trente ou quarante milliards de dollars.

Je disais alors :

« Nous avons lu ces jours-ci que le Chili doit plus de 3,5 milliards. On sait par exemple que l’Uruguay a une dette de plus de 800 millions et qu’il doit déjà payer 80 millions par an, que ses exportations se montent à 190 ou 200 millions, qu’il doit importer au moins autant pour se maintenir dans la situation actuelle – pour se maintenir ! – pour se maintenir difficilement puisque ses produits de base se heurtent à des difficultés sur les marchés. Il ne s’agit pas seulement de problèmes dus à l’échange inégal mais de problèmes de marché. On dit que la République argentine a une dette d’environ 5 milliards. J’ignore quelle est la dette de chacun des pays. Ce que je me demande, c’est comment ils vont faire pour payer, pour payer les États-Unis, pour rembourser leur dette extérieure à ce puissant pays, pour payer les dividendes, pour se maintenir à un niveau minimum de subsistance, pour se développer. C’est un problème réellement très sérieux, un problème d’aujourd’hui, de demain ou d’après-demain. Un problème qui nous amène à nous pencher sur la situation de nos pays, à penser ce que signifie ce fameux gap, ce fameux abîme, cette fameuse différence qui augmente comme augmente la distance entre une voiture qui roule à dix kilomètres à l’heure et une autre à cent kilomètres à l’heure, entre une voiture qui roule à moins de dix kilomètres à l’heure et une autre à cent cinquante. »

Il y aura quatorze ans le 29 novembre prochain que ces paroles ont été prononcées. Il me semble que cette inquiétude, cette préoccupation qui avait germé alors, cette question qui n’avait pas de réponse, ont marqué tout ce qui a été dit après. Nous pouvons nous demander s’il existe maintenant une réponse et si par hasard la situation d’aujourd’hui ressemble à la situation de 1971.

Tout au long de ces années, Cuba a exposé ces problèmes dans les organismes internationaux ; je me sens dans l’obligation de citer un autre document que j’ai déjà utilisé au cours de la réunion syndicale, et je demande aux dirigeants syndicaux qui sont ici – ils sont presque une centaine – de bien vouloir m’excuser de reprendre la même citation. Voici ce que j’ai dit en 1979 aux Nations Unies, après le Sixième Sommet des non alignés qui a eu lieu ici, dans cette salle.

Conformément à la tradition, en septembre 1979, en tant que pays siège du dernier sommet, je suis allé parler aux Nations unies. J’ai dit alors :

« La dette des pays en voie de développement atteint déjà 335 milliards de dollars. On calcule que le montant total du service de leur dette extérieure s’élève à plus de 40 milliards par an, ce qui représente plus de 20 p. 100 de leurs exportations annuelles. Par ailleurs, le revenu moyen par habitant des pays développés est maintenant quatorze fois supérieur à celui des pays sous-développés. Cette situation est devenue intenable. »

Année 1979. En terminant cette partie de l’exposé, j’ai déclaré :

« Bref, monsieur le Président et messieurs les repré­sentants :

« L’échange inégal ruine nos peuples. Et il doit cesser !

« « L’inflation importée ruine nos peuples. Et elle doit cesser !

« Le protectionnisme ruine nos peuples. Et il doit cesser !

« Le déséquilibre existant en ce qui concerne l’exploitation des ressources de la mer est abusif. Et il doit être aboli ! »

Par la suite on est parvenu à l’accord sur les droits de la mer que précisément les États-Unis refusent de signer, de même que quelques-uns de leurs alliés.

« Les ressources financières que reçoivent les pays en développement sont insuffisantes. Et elles doivent être augmentées !

« Les dépenses en armements sont irrationnelles. Elles doivent cesser et les fonds servir à financer le développement !

« Le système monétaire international en vigueur aujourd’hui est en banqueroute. Et il doit être remplacé !

« Les dettes des pays moins développés relativement et dans une situation désavantageuse sont insupportables et sans issue. Elles doivent être annulées !

« L’endettement écrase économiquement les autres pays en développement. Et il doit être allégé !

« L’abîme économique qui sépare les pays développés des pays qui veulent se développer se creuse au lieu de se combler. Et il doit disparaître !

« Voilà les revendications des pays sous-développés. »

La dette du Tiers-monde était alors d’environ 335 milliards. J’ai commencé à parler de cela en 1971, alors que celle de l’Amérique latine était à peiné de 35 milliards, et que probablement celle de l’ensemble du Tiers-monde n’atteignait pas 100 milliards. J’ai continué à parler du sujet pendant les années suivantes. A la Septième Conférence au sommet, qui a eu lieu à New Delhi en mars 1983, un rapport élaboré par Cuba sur la grave crise économique internationale a été distribué à toutes les délégations et envoyé aux chefs d’État de tous les pays, tant des pays sous-développés que des pays industrialisés, comme nous l’avions fait pour le discours des Nations Unies.

J’ai à nouveau abordé le sujet à cette réunion, et j’ai même parlé assez longtemps, entre autres, de l’échange inégal, j’ai expliqué en quoi il consistait, la façon dont il nous faisait du tort, en donnant des exemples. Voilà ce que j’ai dit à cette occasion :

« En vendant une tonne de café, on pouvait acheter 37,3 tonnes d’engrais en 1960, mais seulement 15,8 en 1982. »

Nous, les pays du Tiers-monde, d’une manière générale nous exportons du café, du cacao, d’autres produits agricoles du même genre, et nous importons des engrais chimiques du monde développé. Pour produire du café, du maïs ou d’autres aliments, il faut des engrais ; or, nous devons fournir sans cesse plus de café pour obtenir sans cesse moins d’engrais, et on voudrait qu’à ce compte-là il n’y ait pas de famine.

« En 1959, il fallait vendre 6 tonnes de fibre de jute pour acheter un camion de 7-8 tonnes, mais 26 fin 1982.

« En vendant une tonne de fil-machine de cuivre, on pouvait acheter 39 tubes de rayons X à usage médical en 1959, mais seulement 3 en 1982.

Nous sommes exportateurs de jute, de fil de cuivre, d’étain et d’autres minerais. Le cuivre est le principal produit d’exportation du Pérou, du Chili ; d’autres pays exportent de l’aluminium ou d’autres matières premières. Et chaque fois que nous comparons ce que nous exportons à ce que nous importons, nous constatons la même chose : nous importons des équipements sophistiqués, des appareils de radiographie, des machines industrielles, des appareils électroniques, des produits chimiques, etc., que le monde industrialisé produit avec des salaires très élevés. Et nous, avec quels salaires produisons-nous pour nos exportations ? On a parlé ici de salaires infimes de trente à quarante dollars par mois, au Pérou, en Bolivie, au Brésil, au Chili. A cette même occasion, j’avais donné d’autres exemples, mais je crois qu’il n’en faut pas plus pour donner une idée de la tragédie que représente pour nous cette mise à sac impitoyable.

En mars 1983, à New Delhi, nous préconisions ceci :

« Lutter sans relâche pour assurer la paix, pour améliorer les relations internationales, pour arrêter la course aux armements, pour réduire de façon draconienne les dépenses militaires, et exiger qu’une part considérable de ces énormes fonds soit allouée au développement du Tiers-monde.

« Lutter inlassablement pour la cessation de l’échange inégal qui déprime les recettes d’exportations réelles, qui fait retomber sur nos économies le coût de l’inflation déclenchée dans, les pays capitalistes développés et qui ruine nos peuples. […]

« Lutter contre le protectionnisme, qui multiplie les obstacles tarifaires et non tarifaires et empêche les produits de base et les articles manufacturés que nous exportons de trouver un débouché…

« Lutter pour l’annulation de la dette des nombreux pays qui n’ont pas la moindre possibilité réelle de s’en acquitter et pour la réduction draconienne du coût du service pour ceux qui, dans de nouvelles conditions, pourraient respecter leurs engagements. »

Aux Nations Unies, quatre ans plus tôt, l’exposition de ces idées avait été le point le plus applaudi par la majorité des pays représentés, y compris quelques pays industrialisés qui comprenaient qu’une telle situation ne pouvait pas être tolérée plus longtemps. Ce sont les mêmes idées qui ont été reprises pendant des années. On voyait venir le problème, on le voyait venir.

Fin 1982, la dette extérieure approchait déjà les 600 milliards de dollars, c’est-à-dire qu’elle s’était décuplée, de 30 à 300, et après elle passait au double de 300, puis au triple. En ce moment, elle est exactement le triple, et le problème a fait crise. Actuellement, l’Amérique latine à elle seule doit plus que ce que devait tout le Tiers-monde en 1979. C’est-à-dire que la crise a mûri, qu’elle s’est terriblement aggravée, qu’elle est devenue insupportable, et c’est la raison pour laquelle ces mêmes idées sont mieux adaptées à chaque nouvelle réalité, parce que le ton change, il change d’une fois à l’autre ; la première fois on dit : « Les dettes des pays moins développés relativement et dans une situation désavantageuse sont insupportables et sans issue. Elles doivent être annulées ! » Et puis on change de ton : « Lutter pour l’annulation de la dette des nombreux pays – en 1983 on parle déjà de nombreux pays – qui n’ont pas la moindre possibilité réelle de s’en acquitter et pour la réduction draconienne du coût du service pour ceux qui, dans de nouvelles conditions, pourraient respecter leurs engagements. »

Le problème s’est aggravé jusqu’au moment où il est devenu clair pour nous qu’aucun pays ne pouvait payer, à de rares exceptions près.

Au début, nous pensions que pour des pays comme le Venezuela ou le Mexique il suffisait d’alléger la dette ; mais par la suite nous nous sommes rendu compte que des pays pétroliers comme le Nigeria, le Venezuela, le Mexique en étaient arrivés à une situation telle qu’on ne pouvait les exclure, qu’en définitive le mot d’ordre d’annulation de la dette était valable pour tous les pays du Tiers-monde.

Je ne veux blesser personne en proposant l’annulation de la dette de tous les pays du Tiers-monde, car je pense que nous luttons pour quelque chose de juste, de raisonnable ; mon intention n’est pas de blesser qui que ce soit, mais d’inclure tout le monde dans une revendication que nous posions depuis longtemps pour une partie de ces pays, quand la situation était moins grave qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, tous les prix sont déprimés, y compris ceux du pétrole.

II est certain que les énormes augmentations des cours du pétrole au milieu des années 70 ont joué un rôle dans la crise, mais elles n’en sont pas la cause, et la meilleure preuve c’est que beaucoup de pays exportateurs de pétrole sont atteints par la crise. L’affaire du pétrole l’a aggravée, c’est vrai, mais qui, réellement, est responsable de la crise du pétrole ? Les pays capitalistes industrialisés ont laissé de côté les mines de charbon pour se mettre à gaspiller un combustible bon marché les transnationales obtenaient des profits énormes, tout en assurant la distribution d’un combustible bon marché qui faisait concurrence au charbon, qui faisait concurrence à tout. Et à quel prix Pratiquement tous les cinq ans la consommation de combustible doublait dans le monde et ce que la nature avait mis des centaines de millions d’années à créer, ces sociétés de consommation lé liquidaient en un siècle. Les réserves s’épuisaient, on gaspillait le pétrole, d’énormes voitures et des installations négligemment conçues l’engloutissaient inconsidérément. Que pouvait-on économiser après la crise énergétique, quand ils se sont proposé d’économiser le pétrole, quand ils se sont souvenus du charbon, quand ils ont recommencé à extraire du pétrole de puits désaffectés ? Mais ils sont aussi les responsables de la crise du pétrole, à cause de leur gaspillage, de leur système insensé et irrationnel de dilapidation des ressources humaines et naturelles du monde.

Nous ne l’ignorons pas, la question du pétrole a joué un rôle, elle a aggravé la crise, mais les responsables étaient exactement les mêmes.

Le seul changement qui se soit produit entre 1979, 1983 et 1985, c’est que nous sommes arrivés à cette conclusion logique : le Tiers-monde devait déjà près d’un billion de dollars et il n’était plus possible d’exclure aucun pays du mot d’ordre d’annulation de la dette.

A présent, je me demande si l’un de ceux qui s’indignent du fait que Cuba est préoccupée par ce problème et qu’elle en a tant de fois parlé là où elle devait le faire, je me demande si un seul de ces pays qui s’opposent à ce que Cuba soit le siège d’une réunion, où l’on débat ces problèmes, ou du fait que quelqu’un parle d’un problème donné – comme si les idées étaient aussi une propriété privée, de la même façon qu’une industrie capitaliste ; et je crois savoir que les idées ne sont la propriété privée de personne (applaudisse­ments) – je me demande si un seul de ces pays a parlé du problème, il y a quinze ans, dix ans, cinq ans, trois ans ou trois mois. Un homme, Miguel Angel Capriles, a démontré ici qu’il y a trois ans il a parlé du problème ; il l’a démontré en lisant son éditorial du mois de janvier 1983, où il pose le problème en termes assez semblables (applaudisse­ments). Capriles a dit ici qu’il était directeur d’entreprise et qu’il était capitaliste, et je ne pense pas que quelqu’un le soupçonne d’être communiste, ou qu’il ait dit cela par démagogie, ou pour améliorer son image. Il est possible, même, que beaucoup aient ri en lisant cet éditorial à l’époque, mais pour ma part j’éprouve du respect pour cet homme qui n’était pas notre ami, qui a été un adversaire de notre Révolution qu’il a critiquée fortement ; je ne peux que m’incliner devant lui, je ne peux qu’éprouver du respect pour cet homme qui, il y a trois ans, a posé le problème dans les termes que l’on sait, parce qu’il a eu une vision d’ensemble, parce qu’il a pris conscience assez tôt du problème. Et il est venu au dialogue, il n’a pas hésité à participer à la réunion et à parler.

Lequel parmi ceux qui n’étaient pas d’accord, ou qui n’ont pas voulu venir pour ne pas faire le jeu de Castro, a dit un seul mot du problème, et quand ?

En réalité, il y en a quelques-uns qui en ont parlé ces jours-ci, à toute vitesse. Est-ce peut-être parce qu’il s’agit d’une vieille inquiétude, d’un vieux souci enraciné ? Non ! Ils sont effrayés parce que Castro parle du problème (applaudissements), et il y en a même qui disent : « Quel dommage que ce soit un communiste qui parle de ce problème ! » (Rires.) Eh bien non, parce que Capriles n’est pas communiste, et le cardinal Arns n’est pas communiste (applaudissements). Et je me réjouis si en soulevant le problème on a pu faire en sorte, au moins, que beaucoup qui n’y avaient même jamais pensé en parlent maintenant. Je m’en réjouis parce que ce qu’il faut maintenant, c’est que tout le monde parle du problème (applaudissements).

Je tiens à préciser par ailleurs que nous ne sommes contre aucun gouvernement, ou plutôt que nous ne sommes contre aucun gouvernement démocratique.

Par chance, en ce moment, les pays régis par une Constitution, les pays engagés dans un processus démocratique ou d’ouverture démocratique sont majoritaires. Ceci est en partie le résultat de la lutte du peuple argentin, du peuple uruguayen, du peuple brésilien, des peuples de ces trois pays très importants qui ont changé le rapport des forces en faveur de la démocratie dans notre région (applaudissements). Ce processus est le résultat de la lutte de ces peuples et de la crise. Des deux choses. Ceux qui commandaient et gouvernaient en s’appuyant sur la répression se sont rendu compte que les pays étaient devenus ingouvernables.

De sorte que la crise a contribué au processus et maintenant les processus démocratiques peuvent à leur tour contribuer à la lutte contre la crise. Car beaucoup des idées que nous avons exposées n’auraient pratiquement pas pu l’être lorsque le rapport des forces était favorable aux dictatures militaires. Aujourd’hui nous pouvons dire que la majorité des pays sont régis par des normes constitutionnelles, qu’il existe des processus électoraux démocratiques. Chacun a ses propres idées : ce qui nous occupe n’est pas de savoir dans quelle mesure il s’agit de démocratie réelle ou de démocratie formelle. Je crois que personne ne doute que les jeunes processus d’ouverture démocratique sont positifs, et nous attendons tous le jour où nous pourrons dire : au Chili aussi il y a une ouverture démocratique (applaudissements). Ce jour viendra, n’en doutons pas – Pinochet est le seul fou de ce fléau qui dure encore, le seul à croire que son pays est gouvernable dans ces conditions – quelle que soit l’aide que lui envoie l’impérialisme, quelle que soit la façon dont il essaie de soulager le Chili, en l’endettant encore davantage.

Nous ne sommes contre aucun processus démocratique ; au contraire, nous craignons que si une solution correcte n’est pas donnée à cette crise économique, la survie de ces processus démocratiques soit impossible.

Nous ne sommes pas contre le Groupe de Cartagena, en aucune façon. Le seul reproche que nous pourrions faire au Groupe de Cartagena c’est qu’il n’a pas inclus tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes comme cette réunion de La Havane, de façon à ce qu’ils y soient tous (applaudissements). On avance l’argument qu’il s’agit des principaux pays débiteurs, mais dans ce monde il n’y a pas de principaux et de non principaux car aux Nations Unies tous les pays, grands et petits, ont droit à une voix. Et cette bataille, il faudra probablement la livrer aux Nations Unies, à l’OEA et dans bien d’autres lieux, ces voix sont nécessaires. L’actuel Groupe de Cartagena pourrait jouer un rôle de leader, c’est une solution, les fondateurs du Groupe peuvent constituer un comité directeur de coordination, auquel viendront se joindre les autres. Il n’y a aucun pays d’Amérique centrale dans le Groupe de Cartagena, alors que beaucoup d’entre eux ont une dette par habitant supérieure, ça ne s’explique pas, ça ne se justifie pas, pas plus que le fait qu’aucun pays des Caraïbes, excepté la République dominicaine, ne figure dans le Groupe. La Jamaïque n’en fait pas partie, Trinité-et-Tobago non plus, beaucoup d’autres pays sont également absents.

Pour notre part, nous avons veillé à ce que chaque pays puisse faire entendre sa voix à cette réunion, peu importe qu’ils aient 250 000 ou 100 000 habitants, puisqu’il s’agit de pays qui ont leur hymne, leur drapeau, leur souveraineté, leur droit. À ce titre, ils doivent être respectés (applaudissements).

C’est là la seule objection que nous ayons faite publiquement au Groupe de Cartagena. Et nous pensons que notre bataille est une contribution à la lutte engagée par ce groupe. Nous n’avons rien contre lui et nous sommes disposés à soutenir cette lutte pour trouver une solution correcte à ce problème.

Nous ne sommes pas contre le SELA, loin de là ; Cuba a été l’un des premiers pays qui ont pris part à sa fondation. Lorsque cette organisation économique latino-américaine a été créée à l’initiative du président Luis Echeverría, du Mexique, un des premiers pays à être contactés et à donner leur appui a été Cuba. Nous faisons partie du SELA, nous le soutenons et nous sommés d’accord pour que le SELA, qui est un organisme latino-américain et caribéen, joue un rôle dans la recherche d’une solution correcte à ce problème.

Nous sommes d’accord avec l’idée d’une réunion des chefs d’État qui a d’abord été lancée par le président Alfonsin, d’Argentine, à l’occasion de sa visite au Mexique ; il a été suivi par le président Febres-Cordero, qui a même proposé que les îles Galapagos, patrimoine de l’humanité, en soient le siège ; la proposition a ensuite été reprise par le président Alan García, qui vient de prendre en mains le gouvernement du Pérou. Trois présidents l’ont proposé. Vous avez appuyé cette idée d’une réunion des chefs d’État et nous nous joignons à cette proposition avec enthousiasme.

Vous savez que nous n’avons quant à nous aucune sympathie pour l’OEA, mais, en supposant qu’elle se réunisse comme on l’a annoncé – on affirme qu’elle est en train de convoquer les ministres des Finances et de l’Économie du continent à une réunion à Washington pour le mois de septembre – eh bien, parfait ! qu’ils se réunissent là-bas, qu’ils fassent asseoir les États-Unis devant eux, mais oui, au banc des accusés, qu’ils discutent avec eux, qu’ils leur présentent les réalités telles qu’elles sont et exigent des solutions (applaudissements). Si l’OEA pouvait servir à quelque chose une seule fois dans sa vie, si elle servait précisément à ça, peu importent tout ce qu’elle a coûte et la honte qu’elle a signifié pour ce continent. Même l’OEA !

Nous ne sommes en guerre contre personne, et tout ce que nous avons fait nous l’avons fait avec la conviction qu’en livrant cette bataille nous aidons les autres pays. Il ne s’agit pas d’être radical à tout prix, je ne crois pas que nos positions soient radicales ou extrémistes, comme on dit. Il y en a qui affirment que nos positions sont extrémistes, mais non, c’est tout le contraire, elles sont tout à fait réalistes. D’autres disent qu’elles sont illusoires, mais ceux qui se font des illusions ce sont les autres, ceux qui se figurent qu’il y a une autre façon de résoudre le problème.

On m’accuse de dire que la dette est impossible à payer. Bon, mais c’est la faute à Pythagore, à Euclide, à Archimède, à Pascal, à Lobatchevski, aux mathématiciens de l’Antiquité, des temps modernes ou d’aujourd’hui ; c’est sur eux, sur celui que voudrez qu’il faut en rejeter la faute. Ce sont les mathématiques, les théories des mathématiciens qui démontrent que la dette est impossible à payer.

Je vais parler de cette question et je voudrais expliquer, arguments à l’appui, pourquoi je pense qu’il n’y a pas moyen de la payer et pourquoi aucune des formules techniques dont il est question ne résout le problème. Mais avant de poursuivre, je dois vous informer qu’aujourd’hui il y a eu ici dans cette salle une fausse alarme, on a annoncé que les États-Unis avaient décrété un blocus ou des mesures économiques punitives contre le Pérou.

Nous avons reçu une dépêche cet après-midi, voici comment elle essaie d’expliquer la situation :

« Le ministre péruvien des Affaires étrangères, Alan Wagner, a minimisé l’importance de la suspension de l’aide économique et militaire des États-Unis au Pérou qui a été annoncée ; il a déclaré qu’il s’agissait d’une affaire de moindre importance, qui a été montée en épingle par la presse internationale.

« Dans les déclarations qu’il a faites à la presse après une réunion avec l’ambassadeur des États-Unis dans cette capitale, David Jordan, le ministre des Affaires étrangères, souligne qu’il s’agit d’une erreur de l’agence de presse qui a diffusé la nouvelle en la liant à des questions sans aucun rapport avec cette affaire. Il a ajouté que l’application de l’amendement Brooke-Alexander est un dispositif légal que les États-Unis déclenchent automatiquement chaque fois qu’ont lieu des retards dans le paiement de la dette. Il a signalé que le Pérou doit effectivement à Washington quelque 100 000 dollars, une partie des retards mentionnés, que le paiement va s’effectuer sur-le-champ et il a estimé que cette dette n’avait pas vraiment d’importance, qu’elle est le résultat d’une erreur d’administration du gouvernement précédent, à qui il incombait de la rembourser.

« Wagner a insisté sur le fait qu’il s’agit d’un problème mineur, sans la moindre implication politique et auquel il convient de ne pas attacher plus d’importance qu’il n’en a. »

Dommage que nous ne l’ayons pas su plus tôt, cela nous aurait épargné un peu des angoisses qui ont été exprimées ici aujourd’hui !

« Le ministre péruvien des Affaires étrangères signale que tout le monde sait que le président Alan García a pris la décision de n’affecter que 10 p. 100 de ses exportations au paiement de la dette extérieure et que cette affaire n’a eu aucun effet négatif dans les relations avec les États-Unis.

« L’ambassadeur nord-américain affirme de son côté qu’il s’agit d’une légère erreur d’appréciation des informations qui ont été diffusées par les agences de presse internationales » – ces maudites agences qui ne font que semer la panique ! (Rires.) « Jordan a ajouté que le Pérou doit aux États-Unis quelque 100 000 dollars qu’il s’est engagé à payer ; c’est une question facile à régler » dit-il, et qui n’a rien à voir avec lé politique économique appliquée par le gouvernement péruvien. Il a réaffirmé qu’il s’agissait d’un malentendu, que la nouvelle avait été mal interprétée et que l’on avait établi un rapport avec des choses qui n’ont rien à voir avec cette affaire. Il s’agit d’une fausse nouvelle, les relations entre les deux pays sont bonnes, conclut Jordan. »

Ces Étasuniens sont des types sincères (rires), personne n’en doute, leur gouvernement est un vrai modèle ; tout cela n’a été qu’un malentendu, une erreur d’appréciation, une erreur quoi. La vérité – c’est mon impression, c’est pourquoi j’attendais la suite des événements lorsque certains compañeros s’impatientaient, voulaient connaître la réaction du Pérou – c’est qu’il s’agit d’un croc-en-jambe, d’une provocation, d’un piège, d’une peau de banane jetée en travers du chemin. Parce que l’amendement Brooke-Alexander, ils l’appliquent quand ils veulent, quand ça leur chante, et cette fois les choses n’ont pas traîné. Il y avait cette conférence et il semble qu’ils aient été pris d’une grande nervosité. Le gouvernement péruvien vient tout juste d’entrer en fonction il y a quelques jours, il se trouve qu’ils n’avaient pas appliqué la mesure au gouvernement précédent mais ils l’ont appliquée sur-le-champ au nouveau gouvernement dès qu’il a fait savoir qu’il n’allait pas discuter avec le Fonds monétaire et qu’il restreindrait le paiement de la dette à 10 p. 100 des exportations. Quelle coïncidence, n’est-ce pas ?

Et tout de suite, une première mesure : suspension de toute aide militaire et économique.

Je pense vraiment que le nouveau gouvernement péruvien a agi en toute sérénité, sans se laisser provoquer, mais les intentions sont claires. Nous sommes bien placés pour le savoir.

Je tenais à donner ces explications avant de poursuivre car il faudra également que je parle de la formule des 10 p. 100.

Je disais donc que les mathématiques démontraient que la dette est impossible à payer, en règle générale, et je suis convaincu qu’il n’y a pas d’exception à cette règle. J’ai écouté avec le plus grand respect, croyez-moi, tous ceux qui pensent qu’il est possible de payer et je continuerai à le faire, mais je ne suis pas de cet avis. Pour certains pays, la question ne se pose même pas et j’affirme que c’est tout aussi impossible dans les rares cas où il semble y avoir une possibilité.

Mais que signifient tous ces chiffres ? Il convient parfois de prendre des exemples concrets. Un jour j’ai eu l’idée de calculer combien il faudrait d’années pour compter la dette extérieure de l’Amérique latine si une seule personne le faisait à raison d’un dollar par seconde. Savez-vous combien d’années il faudrait ? 11 574 ! (Rires et applaudissements.) Après, je me suis demandé combien de temps il faudrait pour compter les intérêts à payer au cours des dix prochaines années. Savez-vous combien de temps mettrait une personne en comptant 24 heures sur 24 à raison d’un dollar par seconde ? 12 860 ans ! (Rires.) Mais on pourrait dire que nous exagérons, c’est vrai, que nous avons laissé un seul type compter tout seul. Eh bien, d’accord, prenons donc cent types et mettons-les à compter tous ensemble à raison d’un dollar par seconde (rires). Combien de temps leur faudra-t-il ? Cent vingt-huit ans. Comment peut-on payer en dix ans ce que cent personnes mettraient un siècle à compter à raison d’un dollar par seconde ? Et à supposer que tous les invités au dialogue, que les mille invités ici présents s’y mettent, il leur faudra plus de dix ans pour compter (applaudissements).

Une autre fois, j’ai pensé à faire le calcul par hectare (rires). L’Amérique latine doit 175,30 dollars par hectare, pratiquement le prix de l’hectare, et elle doit payer en dix ans – rien qu’au titre des intérêts, lorsque je parle de la somme à payer en dix ans, je ne parle pas du capital mais des intérêts – 194,80 dollars par hectare.

J’ai aussi eu l’idée de calculer combien elle devait par km2 : 17 530 dollars par km2, et il y a plus de vingt millions de kilomètres carrés. Combien l’Amérique latine devrait-elle payer par kilomètre carré au cours des dix prochaines années ? 19 478 dollars par kilomètre carré, rien que pour les intérêts. Nous avons pourtant entendu parler de latifundistes, d’exploiteurs, mais encore jamais de personne qui fasse payer si cher la location de la terre (rires). Combien doit chaque habitant ? C’est selon, vous le savez, mais la moyenne est de 923 dollars, et il y a 390 millions d’habitants sur le continent. Combien faudra-t-il payer rien que d’intérêts, sans tenir compte du capital ? 1 025 dollars par habitant au cours des dix prochaines années. Franchement le coût de la vie est vraiment insupportable quand chacun de nous doit payer en moyenne 1 025 dollars rien que pour respirer !

Il y a des pays pas très grands, comme le Costa Rica, qui doivent 100 000 dollars par kilomètre carré. Comment vont-ils payer ? Eh bien il faudrait une petite mine d’or, une grande mine d’or même par kilomètre carré pour se procurer les devises nécessaires, car ce n’est pas de pesos costariciens qu’il s’agit, ni de sucres ou de bolivars ; c’est une dette en dollars qu’il faut se procurer sur le marché international en exportant des choses, à condition qu’on puisse les produire, qu’il y ait un marché pour les écouler et qu’on les paie à leur prix. Ce pays n’a rien de tout cela : rien à vendre, il n’a pas grand-chose – c’est un pays sous-développé – et le peu qu’il a n’est pas payé à son prix, il n’a pas de marché. Je dis donc que si quelqu’un me démontre que le Costa Rica peut trouver une mine d’or par kilomètre carré, s’il trouve 50 000 mines d’or, dans ce cas, peut-être. Si c’est de l’or pur, en pépites, dans ce cas, il pourra payer ; avec des pierres d’or comme celle qu’on trouve dans la rivière.

J’ai fait un autre calcul. Sur ce continent que l’on dit accablé par la faim, où il y a des gens qui consomment 1 200 calories ou moins par jour, où il y a tant de sous-alimentés, où il y a 110 millions de personnes au chômage ou sous-employées, ce continent qui, comme vous l’avez dit, souffre de malnutrition, où 70 p. 100 de la population vit dans les limites inférieures de la pauvreté ou au-dessous de ce seuil, j’ai calculé qu’avec ce qu’il faut payer d’intérêts on pouvait alimenter toute la population de l’Amérique latine. J’ai calculé qu’on pouvait donner à chacun de ses 390 millions et quelques d’habitants – j’ai fait le calcul avec 400 millions, soit dix millions de plus au cas où les rats mangeraient un peu de cette nourriture – au prix actuel du blé, 3 500 calories et 135 grammes de protéines à chacun, tous les jours, pendant dix-sept ans.

On demande à un continent accablé par le chômage, par la pauvreté de payer en dix ans, au seul titre des intérêts, l’équivalent de 3 500 calories et 135 grammes de protéines par jour, beaucoup plus que ce dont il a besoin pour vivre, pendant dix-sept ans. Est-ce logique ? Cela a-t-il un sens ? Est-ce rationnel ? Or voilà quelle est la réalité, voilà ce que montrent lès chiffres.

Les faits démontrent qu’il n’est pas facile de payer ça. Comme je le disais, il faut des marchés. Et où sont ces marchés ? Le Fonds monétaire dit : « Que tout le monde exporte », mais que vont-ils exporter ? Plus de café ? plus de cacao ? plus de sucre ? plus de viande ? Non, puisqu’on va les payer toujours moins pour ces produits. Et exporter où ? si le protectionnisme se multiplie tous les jours suite aux mesures tarifaires et non tarifaires ; tous les jours un nouveau pays est touché : aujourd’hui le Mexique, hier un autre, demain un autre. Le Mexique a vu les recettes de ses exportations diminuer de trois milliards de dollars du fait de la suppression de certains tarifs douaniers préférentiels. Ils ont été purement et simplement biffés, d’un trait de plume.

Un des représentants de la Colombie parlait aujourd’hui des mines de charbon et effectivement un grand gisement de charbon qu’on peut exploiter à ciel ouvert est une richesse importante. Mais je sais qu’à la suite de la baisse du prix du charbon de 50 dollars à 39 dollars, les États-Unis se proposent de prendre une mesure protectionniste, d’imposer une taxe de neuf dollars par tonne pour que le charbon colombien ne puisse parvenir aux centrales électriques de l’est des États-Unis, où il y a à peu près soixante-dix-neuf centrales qui sont des acheteurs potentiels de ce charbon ; c’est-à-dire que les entreprises de charbon des États-Unis exigent un impôt. Et il peut parfaitement arriver qu’un pays fasse un gros effort, consente une énorme dépense et que, lorsqu’il commence à exporter son charbon, on lui impose un tarif douanier de neuf dollars, parce que ces messieurs ont beaucoup plus d’importance et de poids au Congrès des États-Unis qu’un pays latino-américain.

Contre le Japon seulement – car il y a une guerre générale et pas seulement contre nous – le Congrès des États-Unis a proposé plus de quatre-vingts mesures protectionnistes. Ils font des efforts désespérés pour briser toute concurrence, ils ne savent pas comment sortir du pétrin et inventent une fois de plus le protectionnisme. Ils imposent des mesures protectionnistes très sévères aux producteurs de sucre. Le représentant de la Martinique a parlé de la fermeture d’une sucrerie ; les Panaméens savent que la sucrerie Bayano qu’ils ont construite avec un grand barrage pour la production d’électricité et pour l’irrigation, une sucrerie moderne, est fermée depuis quatre ans.

Si en 1981 les États-Unis importaient 5 millions de tonnes de sucre, en 1984 ils n’en ont importé que 2,7 millions, cette année ils n’en importent que 2,6 millions et en 1987 ils n’en importeront probablement que 1,7 million. Comment l’économie de quelques pays qui produisent du sucre peut-elle supporter de voir le marché se réduire de 5 millions de tonnes à 1,7 en six ans du fait des subsides accordés à la production de sucre ?

C’est ce même marché qu’ils nous avaient enlevé lorsqu’ils distribuaient partout des bonbons : notre quota en échange de l’isolement de Cuba. Pourquoi oublient-ils ça ? Nous, nous ne voulons pas nous en souvenir, c’est triste mais c’est une chose passée. Maintenant c’est à d’autres qu’on enlève le quota. Serait-ce qu’ils ont fait une révolution socialiste ? Que je sache, à moins que je sois mal informé par la faute de ces agences de presse… (Rires et applaudissements.) Ils prennent ces mesures, ils demandent à nos pays d’augmenter les exportations pour ramasser des dollars, et en même temps ils ferment leurs marchés. Ils disent à tout le monde d’exporter et ils ferment les marchés. Où vont-ils exporter ?

Bien sûr, nous savons qu’il y a dans le monde des millions de besoins, mais ceux qui ont ces besoins n’ont pas l’argent nécessaire pour les satisfaire. Et on exige que les pays latino-américains payent les intérêts de la dette en dollars. Personne ne parle plus du capital, ni eux ne s’en préoccupent car ils savent que tous les huit ou neuf ans ils récupèrent le capital ; en trente ans, donc, ils le récupèrent trois fois et demie. Ils peuvent se passer du capital puisqu’ils règlent le problème avec les intérêts.

Où vont-ils exporter ? En outre, le Fonds monétaire leur dit : « II faut réduire les importations ». Mais comment vont-ils augmenter les exportations si, comme on l’a dit ici – et comme tout le monde le sait – il faut des intrants, des équipements, des pièces de rechange pour augmenter la production et les exportations ? Et s’ils réussissaient ce miracle pendant une année, comme quelques pays l’ont fait, ils ne pourraient continuer beaucoup plus longtemps, car les stocks de matières premières, de pièces, d’équipements s’épuisent et il faut les remplacer. Je ne parle même pas de développement. Cela ne peut durer qu’une année, le temps d’un éclair. Cependant, ils disent : « Oui, importez moins. » Avec quoi vont-ils augmenter les exportations ? Et s’ils les augmentent, où sont les marchés ? À quel prix achètera-t-on leurs produits ? On sait qu’en 1984, les pays latino-américains ont exporté pour 95 milliards de dollars. Ils ont fait un gros effort pour augmenter la production de 75 milliards à 95 milliards, et ce, avec des prix déprimés. En 1980, ils auraient obtenu le même pouvoir d’achat avec 75 milliards, donc avec 22 p. 100 de marchandises en moins. Ils ont travaillé pour produire plus, ils se sont tués à la tâche, ils ont réussi à exporter cette production et ça leur donne le même pouvoir d’achat qu’ils auraient obtenu avec 22 p. 100 de marchandises en moins quatre ans auparavant. Quel pays, quelle économie peut s’adapter à ces catastrophes et à leurs conséquences ?

Et ensuite le Fonds monétaire international vient leur dire : « En plus, vous devez lever les barrières douanières. » Il conseille à tout le monde de suivre les recettes de l’École de Chicago ou d’autres analogues. Le Fonds monétaire a toujours appartenu à l’École de Chicago et il dit : « Levez les barrières. Entrez dans le jeu de la concurrence ! » La concurrence entre le lion et l’agneau dont parlait Radomiro Tomic. Dans les couloirs, j’ai demandé à Radomiro : « Tu as bien dit entre le lion et le phoque ? » Et il m’a répondu : « Ne déformez pas mes paroles. J’ai dit : entre le lion et l’agneau et entre le requin et le phoque. » Tels sont les deux excellents exemples qu’a donnés notre ami Tomic dans sa brillante intervention d’hier.

Entrez dans le jeu de la concurrence ! Ah oui, ils vont entrer en concurrence avec les machines robots du Japon et avec la production automatisée. Et c’est ainsi que, comme me le racontait un Uruguayen, ils ont même fait entrer en concurrence une petite fabrique d’objets décoratifs pour les cheveux avec une transnationale de Corée du Sud ; au bout de quelques jours, la fabrique a fait faillite et a fermé ses portes et maintenant l’Uruguay importe les objets décoratifs pour les cheveux de Corée du Sud. C’est ça, leur recette. Ils disent : « Supprimez les barrières douanières », alors qu’eux, les pays industrialisés, en dressent contre nos produits.

Nous ne devons pas oublier toutes ces réalités. Si nous oublions l’échange inégal, si nous oublions les taux d’intérêt abusifs, si nous oublions tous les trucs qu’ils inventent et tous les actes de piraterie qu’ils commettent, alors nous pourrons rêver un jour, un seul jour, pas plus, que nous pouvons payer la dette. Mais il y a beaucoup d’autres réalités, et quand nous regardons ces réalités en face, je veux parler des réalités économiques, nous voyons que c’est impossible.

Ceci dit, est-ce que les formules techniques règlent le problème ? Non, aucune formule technique ne règle le problème. Justement, dans l’interview publiée par Excelsior, j’examine différentes hypothèse, j’en examine quatre. Et c’est à partir de ces quatre hypothèses que notre ami Juan Bosch a expliqué le problème de la République dominicaine, ce qui allait se passer avec la dette dominicaine. Et quelle que soit la variante, le problème est insoluble.

Maintenant, une nouvelle formule a été proposée. J’avais quant à moi examiné celle qui consisterait à payer avec 20 p. 100 des recettes d’exportations et je démontrais que cela ne réglait pas le problème. Et maintenant il y a la formule proposée par le nouveau gouvernement du Pérou : payer avec 10 p. 100. C’est indiscutablement un pas en avant par rapport à la situation actuelle que de décider qu’on ne va pas discuter avec le Fonds monétaire et qu’on va payer seulement avec 10 p. 100 des recettes d’exportations. On sait ce que rapportent les exportations du Pérou : exactement 3,1 milliards de dollars ; les importations se montent à environ 2,9 milliards, et la dette, à 14 milliards, comme on l’a dit ici. Rien que pour les intérêts, le Pérou doit payer plus d’un milliard par an. Le Fonds monétaire et l’impérialisme ne voient pas d’un bon œil cette proposition de payer avec 10 p. 100. Cependant, la formule des 10 p. 100 réglerait-elle le problème ? Je ne fais que parler en termes économiques, en termes arithmétiques. Et on peut voir clairement que cela ne règle pas le problème. J’ai demandé à quelques compañeros de faire les calculs par ordinateur – moi, comme vous le savez, je n’avais pas le temps puisque j’étais ici, à cette réunion, avec vous – et je leur ai formulé quatre autres hypothèses.

Le gouvernement péruvien dit qu’il va payer avec 10 p. 100 pendant un an. Et je dis quant à moi : d’accord, que l’Amérique latine applique la formule consistant à payer avec 10 p. 100, et pas seulement pendant un an, mais pendant vingt ans. Que se passerait-il ? À supposer qu’il y ait vingt ans de différé d’amortissement, que pendant ce temps on se contente de payer les intérêts de la dette avec 10 p. 100 des exportations sans amortir le capital, et même en supposant que ces exportations croissent, de façon à dépasser cent milliards par an – en ce moment les exportations ne les atteignent pas – donc en supposant que les intérêts ne dépassent pas dix milliards par an, que le taux reste approximativement ce qu’il est aujourd’hui et qu’on ne contracte pas de nouveaux emprunts, que se passerait-il ? Quelle serait la situation au bout de vingt ans ? Si cette formule était appliquée à l’ensemble des pays, toute l’Amérique latine aurait payé en vingt ans 200 milliards de dollars. Au bout de vingt ans – si on additionne le capital et les intérêts ainsi que les intérêts capitalisés, eux aussi soumis aux intérêts – avec la formule des 10 p. 100 et en ne payant que dix milliards par an, l’Amérique latine devra – permettez-moi de vous rappeler qu’en espagnol on dit un billion pour un million de millions – 2 075 140 000 000 de dollars, soit plus de cinq fois ce qu’elle doit aujourd’hui. Telle est le brillant avenir qui nous attend dans vingt ans avec cette formule, et l’on aurait payé, en espèces sonnantes et trébuchantes, 200 milliards. Et on peut en faire des choses avec 200 milliards bien investis ! Je parle de millions bien investis, non de millions qui prennent la fuite, vous le savez bien.

Une deuxième variante serait la variante miraculeuse : elle suppose vingt ans de différé d’amortissement, qu’on paye les intérêts de la dette avec 10 p. 100 de la valeur des exportations, sans fixer de limite, même si leur montant dépasse 100 milliards par an, les atteint arrive ou les dépasse, que le taux d’intérêt reste ce qu’il est actuellement et que la croissance des exportations atteigne le chiffre fabuleux de 10 p. 100 par an durant vingt ans. On pourrait demander aux Dominicains, ou à n’importe quel pays, s’il est possible dans l’absolu d’augmenter les exportations durant vingt ans au rythme moyen de 10 p. 100 par an sans recevoir un seul nouveau prêt.

Que se passerait-il au bout de vingt ans ? Eh bien, au bout de vingt ans, avec 10 p. 100 des exportations, qui augmentent elles-mêmes de 10 p. 100 par an, le continent aurait payé 572 752 000 000 de dollars d’intérêts. Et savez-vous combien il devrait encore, dans ce cas hypothétique et chimérique ? 1 198 715 000 000 de dollars, à peu près quatre fois ce qu’il doit aujourd’hui. Voici donc un « brillant » avenir. C’est ce que disent les mathématiques : Pythagore, Euclide, tous ces gens dont j’ai parlé.

Une autre variante miraculeuse : les intérêts sont réduits à 6% et, naturellement, on ne paie pas plus de 10 milliards par an. Comme dans la première variante, cela ferait 200 milliards en vingt ans et au bout du compte, à supposer que les intérêts soient la moitié de ce qu’ils sont aujourd’hui, le continent devrait 885 732 000 000 de dollars. Encore un « brillant » avenir ; nous voilà totalement « sortis » de la dépendance. II faudrait chercher quelqu’un pour faire le compte ; je me demande combien de temps il lui faudrait pour compter un à un les dollars dus dans cette hypothèse.

Quatrième variante, la « parfaite » : pas un centime de prêt supplémentaire et des miracles qui se produiraient au niveau des marchés, des prix, etc., des exportations qui augmenteraient régulièrement de 10 p. 100 pendant vingt ans, des intérêts de 6% et des paiements d’intérêts ne dépassant pas 10 p. 100 de la valeur des exportations. On ne peut rêver mieux. Mais que se passerait-il au bout de vingt ans ? On aurait payé 427 292 000 000 de dollars au titre des intérêts et la dette se monterait encore à 444 681 000 000. Quelque chose de fabuleux : 100 milliards de plus que maintenant ! « Brillant » avenir ! Et ceci à condition qu’une foule de miracles se soient produits. Donc, ce n’est pas un caprice. Et si au lieu de 10 p. 100 des exportations on choisit 5 p. 100, c’est la même chose, sauf que la dette augmente davantage.

Il faut bien comprendre le problème : la dette est un cancer, c’est un cancer qui s’étend, qui ronge l’organisme, qui épuise l’organisme ; c’est un cancer qui réclame une opération chirurgicale. Je vous assure que tout remède qui ne serait pas chirurgical ne vient pas à bout du problème (applaudissements). Il ne faut laisser aucune cellule maligne ; si vous laissez des cellules malignes, il y a métastase, la tumeur se reproduit et dévore rapidement l’organisme. II faut le comprendre : le mal est irréversible.

Quelques-uns ont parlé ici de maladies, de virus et de choses de ce genre. Monseigneur Méndez Arceo a parlé du virus des campagnes anticommunistes, d’autres ont recouru à d’autres images. Eh bien, rien ne ressemble plus à un cancer que la dette extérieure, et tout ce qu’on laisse de la tumeur, la moitié, le dixième, le centième, favorise sa reproduction.

L’impérialisme a créé cette maladie, l’impérialisme a créé ce cancer et il faut l’extirper au moyen d’une opération, radicalement. Je ne vois pas d’autre solution. Et tout ce qui s’écarte de cette idée s’écarte tout simplement de la réalité ; les formules techniques, les palliatifs ne servent pas à enrayer mais à aggraver le mal.

D’autre part, l’échange inégal est de plus en plus inégal. Je crois que cela, même un gosse du cours préparatoire le comprendrait ; il suffirait de lui enseigner un peu à compter et de lui donner une idée de ce que c’est qu’un million.

C’est ce que démontre toute analyse qu’on fait de la situation.

Donc, comment en sortir ? On a constaté qu’il y a un cancer, qu’il faut faire appel à la chirurgie, et il convient maintenant de se demander d’où vont venir les ressources pour payer le prix de cette opération. C’est la première question que je me suis posée : où sont les ressources ? Il est clair qu’il existe dans le monde bien assez de ressources pour extirper ce cancer qui afflige des milliards de personnes, et qui tue ! Je suis sûr qu’il tue plus que le cancer au sens propre : comptez donc tous les enfants du Tiers-monde qui meurent dans leur première année de vie, tous ceux qui meurent avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans, tous ceux qui meurent entre cinq et quinze ans, calculez ce qu’est dans de nombreux pays l’espérance de vie par suite de la sous-alimentation et de la dénutrition. Et il y a plus terrible encore : la quantité d’handicapés physiques et d’handicapés mentaux. On a parlé ici hier de dizaines et de centaines de millions d’enfants dont les facultés mentales sont diminuées par la dénutrition.

Le cancer, le vrai, fait-il tant de mal ? Or, les médecins recommandent de l’extirper ! La dette tue beaucoup plus que le cancer.

Donc, y a-t-il des ressources. Oui, il y en a. Et à quoi servent-elles ? À préparer la mort, la guerre, à accélérer la course aux armements, à augmenter les dépenses militaires. Un billion ! En une seule année, le monde gaspille, au jeu de la guerre et en dépenses militaires, un billion de dollars, bien plus que le total de la dette extérieure du Tiers-monde. N’est-ce pas d’une logique élémentaire ? Quel être humain ne le comprendrait-il pas ? Quel citoyen, quelle que soit son idéologie, ne peut-il pas comprendre qu’il vaudrait la peine de liquider cette dette avec une petite partie des dépenses militaires ? Car je ne parle pas de la dette de l’Amérique latine, je parle de la dette du Tiers-monde. Il suffirait de 12 p. 100 au maximum des dépenses militaires, compte tenu des intérêts.

Les dépenses militaires devraient aussi être affectées en partie à l’instauration du nouvel ordre économique international, d’un système de prix justes pour tous les produits du Tiers-monde, pour mettre fin aux mécanismes ignobles de l’échange inégal. Combien cela coûterait-il ? En gros, dans les 300 milliards de dollars par an. Le pouvoir d’achat des pays du Tiers-monde augmenterait, et ils ne vont pas garder cet argent, ils ont faim, ils ont trop de besoins pour garder cet argent, ils vont l’investir dans des industries, ils vont le dépenser d’une manière ou d’une autre. Il resterait encore 700 milliards de dollars pour les dépenses militaires, ce qui suffirait malheureusement à détruire plusieurs fois le monde. Une immense folie. On consent ces dépenses dans le monde, et nous devons prendre conscience du fait qu’il existe bien assez de ressources pour soigner ce terrible cancer, qui tue des dizaines de millions de personnes chaque année, qui fait tant d’handicapés, qui plonge des millions et des millions de personnes dans le malheur. C’est pourquoi nous associons les deux choses : annuler la dette, abolir la dette ne résout pas le problème. Nous en reviendrions au même point, parce que les facteurs qui sont à l’origine de cette situation subsisteraient. Les deux choses sont donc associées : il faut abolir la dette et établir le nouvel ordre économique international.

Nous y avons ajouté d’autres idées, car il faut mettre tout ceci en pratique. Et comment s’y prendre ? D’abord, il faut favoriser la prise de conscience, parmi nous, les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes, et pas seulement parmi nous, mais aussi parmi tous les peuples du Tiers-monde, ce qui nous renforcera ; favoriser aussi la prise de conscience parmi les pays industrialisés ; porter le message à l’opinion publique des pays industrialisés, lui démontrer que nous sommes en train de vivre une grande folie ; nous adresser aux travailleurs, aux étudiants, aux intellectuels, aux femmes, aux couches moyennes. Eux aussi ont leurs problèmes, et peut-être la guérison de nos maux les aidera-t-elle à résoudre quelques-uns des leurs.

Il est très important de dire à l’opinion publique des pays industrialisés : ces formules que nous proposons ne vous font pas de tort, elles ne vont pas augmenter vos contributions, vos impôts, à condition que les ressources qu’on utilise sont soustraites aux dépenses militaires.

Nous devons envoyer un message à ceux qui déposent leur argent dans les banques. Lorsqu’ils disent que n’importe laquelle de ces formules mine le système financier mondial, il faut leur répondre : non, c’est un mensonge. Si les ressources qui serviront à résoudre les problèmes de la dette et du nouvel ordre économique international sont soustraites aux dépenses militaires personne ne perdra l’argent qu’il a déposé en banque.

Il ne faut pas oublier que dans le monde capitaliste industrialisé ils sont des millions à ouvrir un compte en banque, même les ouvriers, les couches moyennes, les professions libérales, beaucoup de gens le font et on leur dit que les formules que nous proposons vont provoquer l’écroulement du système bancaire et qu’ils y perdront leur argent.

II faut porter ce message aux ouvriers, dont le fléau est le chômage, car c’est le fléau de l’Europe, le fléau des États-Unis, leur dire : cette formule élèverait le pouvoir d’achat des pays du Tiers-monde, les industries seraient plus utilisées et il y aurait plus d’emplois dans les pays industrialisés.

Quelqu’un a fait-circuler ici article intitulé : « Castro, keynésien ». J’ignore si c’était une question ou une affirmation. Je vais vous dire la vérité : je ne me rappelais même pas l’existence de Keynes lorsque je me suis mis à réfléchir à ces réalités. Il peut effectivement y avoir une certaine ressemblance ; la hausse du pouvoir d’achat de cette énorme masse de nécessiteux du Tiers-monde va évidemment augmenter les exportations et redresser la situation de l’emploi dans le monde capitaliste développé. Le capitalisme n’en sera pas sauvé pour autant ! Car il n’y a pas moyen de sauver le capitalisme ! Pour le Tiers-monde, le problème consiste à ne pas mourir avant le capitalisme (applaudissements). Voilà quel est le problème.

S’ils continuent de tuer le Tiers-monde de faim, s’ils continuent d’investir des sommes énormes dans les armements, ils peuvent liquider la vie sur la Terre en l’espace de quelques jours. Il est possible que l’humanité meure avant que ne meure le capitalisme, et il vaudrait bien la peine de leur mettre une camisole de force, une petite camisole de force, et de leur dire : au lieu d’un billion, vous allez dépenser 600, 700 milliards. Il vous reste assez d’argent pour vos folies, pour les folies que vous êtes en train de faire.

Je suis convaincu que le monde sous-développé, le Tiers-monde pourrait leur imposer cela. Allons-nous renoncer à l’idée de lutter ? Allons-nous être pessimistes ? Allons-nous croire que l’opinion, la conscience, la volonté, notre faculté de convaincre l’opinion publique des pays industrialisés ne valent rien, ne servent à rien ?

Car ils ont deux problèmes et deux grandes craintes. L’homme du Tiers-monde n’a pratiquement pas le temps de penser à la guerre parce qu’il meurt tous les jours. Ceux du monde riche ont des tas de belles choses, de choses magnifiques, d’excellentes villes, tout le confort, ils sont à peu près bien nourris. Mais ils ont deux grands soucis : la guerre et le chômage. Je crois qu’il est absolument correct, tactiquement correct, d’associer nos problèmes – le sous-développement, la pauvreté, toutes ces calamités sociales dont on a parlé ici – aux préoccupations de l’opinion publique du monde industrialisé : en premier lieu le danger de guerre, car eux, ils ont tout le temps de réfléchir à ce que pourrait signifier une guerre, et ils voient clairement que cette folie qui consiste à accumuler de plus en plus de dizaines de milliers d’armes nucléaires peut conduire – et conduira sans aucun doute, si on n’y met pas un terme – à un grand désastre.

Nous pouvons associer nos préoccupations aux préoccupations pour la paix et pour le chômage qui existent dans le monde industrialisé. Nous devons être capables de transmettre ce message.

Et il y a dans ces pays beaucoup de gens qui pensent. Tous ne sont pas propriétaires de transnationales, tous ne sont pas bellicistes. Je crois même que cette lutte peut contribuer à isoler les bellicistes, les va-t-en-guerre.

Naturellement, l’impérialisme a besoin d’armes. Quelqu’un demandait ici – je ne me rappelle pas si c’est López Michelsen ou Capriles – si ce que nous proposions c’était le désarmement, la fin de la course aux armements pour l’Occident seulement, ou aussi pour les pays socialistes. Lorsque le président de l’Équateur, Febres-Cordero, est venu en visite dans notre pays, je lui ai parlé de ces problèmes et il m’a posé la même question : « Cela veut-il dire que seuls les Occidentaux doivent se désarmer ? » Non, bien sûr que non, lui ai-je répondu, si je disais que l’Occident devait se désarmer unilatéralement alors que les pays socialistes continueraient de s’armer, ce ne serait pas honnête, ça ne mériterait pas le moindre respect (applaudissements).

Ce qui se passe, c’est que je sais ce que pensent les pays socialistes. Les pays socialistes ont connu la guerre pour de bon, beaucoup plus que l’opinion publique des États-Unis. Pendant la deuxième guerre mondiale, l’Union soviétique a eu vingt millions de morts ; la Pologne, six millions ; la Yougoslavie, un million et demi. La guerre ne s’est pas livrée sur le territoire des États-Unis, qui n’ont eu que quelques centaines de milliers de morts, qui ne savent pas ce que c’est que la guerre, alors que le souvenir de la guerre est encore très frais dans la conscience des pays du camp socialiste. La guerre ne les a jamais intéressés. On les a entourés de bases nucléaires, on les a encerclés avec des cuirassés, des sous-marins, des bombardiers, toutes sortes d’armes. Et il y a des gens qui se demandent pourquoi ils s’arment. C’est comme si vous nous demandiez à nous pourquoi nous nous armons, avec le voisin que nous avons, qui nous menace tous les jours. En réalité, je vous le dis, que peut faire un pays comme le nôtre sinon se préparer à vendre bien cher sa vie. Et pas seulement à vendre bien cher sa vie, mais aussi à faire échouer une agression contre le pays ! (Applaudissements.)

Dans notre pays aussi, malheureusement, l’uniforme suscitait la méfiance, la réserve, et même, en général, la crainte et la haine. Aujourd’hui, chaque homme, chaque femme du pays a son uniforme. Je pense à ce que disait, avec une honnêteté extraordinaire, impressionnante, le prêtre bolivien sur ses impressions et ses préjugés par rapport à Cuba. Ça me rappelait bien sûr le poison dont parlait Méndez Arceo, car ils sont devenus spécialistes dans l’art de produire des toxines à partir de ce qu’il appelait la pire manifestation de la guerre biologique. Heureuse métaphore pour montrer ce qu’est la propagande impérialiste ! C’est répandre du poison partout, et en grandes quantités. Mais aujourd’hui notre peuple respecte l’uniforme ; bien mieux, il l’aime : tous les hommes en ont un, toutes les femmes en ont un, car l’exercice des armes n’est plus le fait d’un groupe, il est le fait de tout le peuple, de tous les hommes et de toutes les femmes aptes à combattre dans ce pays, et les armes sont aux mains du peuple, elles sont aussi dans les usines et les centres de travail ! (Applaudissements.) Personne n’a rien à craindre des uniformes ni des armes ; c’est l’ennemi qui nous a imposé ça. Je dis aussi que si la fonction du militaire est parfois déshonorante, la fonction du combattant, du soldat peut être très digne et très honorable, surtout – et uniquement, pourrions-nous dire – lorsque la cause du soldat est la cause du peuple (applaudissements).

Nous savons aussi ce que nous pourrions faire avec l’argent que nous investissons dans les armes, et à quel point il est dur d’investir des sommes considérables dans les tranchées, les forteresses, les tunnels, les fortifications de toutes sortes, d’affecter des dizaines de milliers d’hommes dans la fleur de l’âge, des techniciens, des équipements, des ressources au service de la défense. Nous savons combien de logements et d’écoles nous pourrions construire avec les fonds que nous consacrons à ça.

Nous avons déjà ouvert des milliers d’écoles : des écoles primaires, des écoles secondaires, des instituts technologiques ; tous les enfants et les jeunes de ce pays ont une école, mais nous voudrions aussi avoir une école d’art par province, des écoles d’orientation et de formation professionnelles. Notre programme avance petit à petit, mais ce n’est jamais assez, car les besoins sont illimités. Lorsque vous avez les écoles, les hôpitaux, les médicaments, il vous faut encore les logements et lorsque vous avez les logements, il vous faut encore des centres de loisirs, d’autres choses qui coûtent de l’argent. Lorsque le niveau moyen de scolarité équivaut pratiquement au premier cycle du second degré – c’est le cas aujourd’hui dans notre pays – de nouvelles aspirations surgissent, toutes les provinces veulent leur école d’art, leurs groupes de théâtre, de musique, de danse.

Les ressources que nous avons dû affecter ces vingt dernières années à la défense n’auraient-elles pas été mieux investies dans tout ça ? Qu’avons-nous à faire d’armes ? Pourquoi un pays socialiste voudrait-il des armes ? Qu’a-t-il à faire de la course aux armements ? A quoi peuvent lui servir les guerres ? Le socialisme, tel que je le conçois, tel que le conçoivent tous les socialistes et tous les véritables révolutionnaires, n’a rien à voir avec les armes. II faut être fou pour penser que la contradiction socialisme/capitalisme pourrait se résorber dans le monde contemporain par les armes !

Celui qui a besoin d’armes, c’est l’impérialisme, parce qu’il est à court d’idées (applaudissements). Pour maintenir ce système d’opprobre, pour maintenir toutes ces situations dont on a parlé ici, il faut des armes, il faut recourir à la force. Mais s’il y a des idées, s’il existe des idées, on peut les défendre et les faire triompher ; les idées n’ont pas besoin d’armes dans la mesure où elles sont capables de rallier les grandes masses. Nul ne peut penser résoudre la contradiction socialisme-capitalisme par la force, il faut être fou pour croire ça. Ceux qui croient ça, ce sont les impérialistes, et c’est pourquoi ils ont des bases militaires partout dans le monde, c’est pourquoi ils menacent tout le monde, ils interviennent partout.

Où sont les bases militaires des pays socialistes ? Les États-Unis ont des centaines de bases militaires, ils ont des escadres dans tous les océans du monde. On a parlé ici de l’île de Diego Garcia, on a parlé des Malvinas où ils ont installé une base, et ils en veulent maintenant une autre, à quatre mille milles du Chili, sur l’île de Pâques, pour y préparer leur guerre des étoiles. C’est devenu leur obsession de tous les jours : trouver une île, un îlot, un bout de terre pour maintenir par la force leur système de domination, leur système de pillage du monde. S’il existe une philosophie selon laquelle il faut piller le monde et puisque le pillage ne peut se maintenir que par la force, alors, cette foi aveugle dans les armes se justifie.

Si le socialisme ne veut rien retirer à personne, pas une parcelle de terre, s’il ne veut exploiter le travail, et la sueur de personne, pourquoi aurait-il besoin d’armes ? Seul l’impérialisme, avec ses agressions et ses menaces constantes, est responsable de nos dépenses en armes.

Je pars de cette conception et je sais que tous les pays socialistes sont parfaitement conscients de ce qu’ils pourraient faire avec les ressources qu’ils consacrent aux armes. J’en suis absolument certain, mais ça ne veut pas dire que j’ai envoyé une lettre aux dirigeants des pays socialistes pour leur demander si je peux dire ça, s’ils sont d’accord ou pas. C’est la logique la plus élémentaire qui me le dit, qui me donne la certitude de ne pas me tromper sur la pensée socialiste. Je suis tout aussi sûr que les pays socialistes, qui n’ont pas les problèmes du Tiers-monde – bien qu’il y ait des pays socialistes qui en font partie – sont aussi profondément préoccupés par les dangers de guerre. Je n’en doute pas le moins du monde, je le sais d’après les déclarations qu’ils ont faites, je connais leur façon de penser, je sais que les pays socialistes appuieraient aussi le Tiers-monde dans cette lutte pour résoudre les problèmes de la crise économique, de la dette et du nouvel ordre économique international (applaudissements).

Lorsque nous parlons d’abolir la dette, nous parlons de toutes les dettes qu’a contractées le Tiers-monde auprès du monde industrialisé, ce qui n’exclut pas les pays socialistes (applaudissements). Lorsque je parle du nouvel ordre économique international et de prix justes, je n’exclus pas, loin de là, les pays socialistes. Je suis sûr que ça représenterait pour eux des sacrifices, mais ils comprendraient et appuieraient.

J’ai parlé ici de la question des droits de la mer. Je me rappelle, que lorsque le Pérou, l’Équateur, le Chili, ont engagé cette bataille, les pays socialistes avaient déjà d’importantes flottes qui pêchaient en haute mer ; nous-mêmes, nous avions déjà une flotte importante. Historiquement nous pêchions aux abords des côtes du Mexique, des États-Unis, du Canada et d’autres pays lorsque les limites des eaux économiques étaient de 12 milles. Les 200 milles de zone économique exclusive nous portaient préjudice ; cependant, nous n’avons jamais hésité à appuyer les pays d’Amérique latine et du Tiers-monde dans cette revendication, à parler avec les pays socialistes, à leur demander leur soutien, et les pays socialistes ont appuyé la revendication des 200 milles. Les Péruviens le savent bien, Mercado Jarrin le sait bien, tous ceux qui appartenaient à ces gouvernements le savent. Et ça leur faisait un tort considérable, car les pays socialistes avaient investi des milliards dans de grandes flottes de pêche. Cela nous faisait du tort, mais nous avons fait partie de ceux qui ont défendu le plus énergiquement les 200 milles. On est maintenant parvenu à un accord, mais les États-Unis veulent être maîtres de tous les fonds marins en dehors des deux cents milles, et ils exigent pour leurs transnationales le privilège d’user et d’abuser de leurs technologies pour exploiter ces ressources sans la moindre restriction, pour obtenir du chrome à bon marché, des minerais à bon marché, à meilleur marché encore, pour ruiner plus encore le Tiers-monde qui n’a pas ces technologies pour aller chercher des minerais jusque dans les océans Pacifique, Indien ou Atlantique. Quel avenir nous réserve tout ça ?

Selon les accords sur les droits de la mer, les investissements devraient bénéficier à tous les pays. Les États-Unis refusent de l’accepter, comme d’ailleurs quelques-uns de leurs alliés.

Je ne doute pas que les pays socialistes appuieront cette cause. Ceci dit, il est très important que nous soyons conscients que ce combat n’est pas seulement celui de l’Amérique latine mais aussi de tout le Tiers-monde, et c’est ça qui fera notre force. Ils ont les mêmes problèmes que nous, plus graves, dans certains cas, mais c’est à l’Amérique latine de diriger cette lutte parce qu’elle est plus développée sur le plan social et même politique ; elle est dotée d’une structure sociale plus avancée, elle a des millions d’intellectuels, de membres de professions libérales, des dizaines de millions d’ouvriers, de paysans, un certain niveau de préparation politique, et elle parle une seule et même langue.

Les Africains sont dans une situation beaucoup plus désespérée : ils doivent presque 200 milliards mais leur situation est pire encore, ils dépendent bien plus des aliments qui leur sont envoyés de temps en temps au milieu d’une famine épouvantable, dans une situation plus terrible encore, si on peut dire, que celle de l’Amérique latine. Mais tous les pays du Tiers-monde, ceux qui luttent aux Nations Unies, au sein du Groupe des 77, ceux qui luttent pour le nouvel ordre économique international, ont conscience de ces problèmes.

L’Amérique latine parle pratiquement une seule langue. Ici les interventions ont été traduites en français, anglais, portugais. Les lusophones, qui constituent une partie importante de la population latino-américaine, écoutaient les interventions en espagnol et comprenaient parfaitement, et nous aussi nous les comprenions lorsqu’ils parlaient portugais. Les représentants de quelques pays anglophones, comme le Belize et Curaçao, où l’on parle papiamento – je crois que c’est ainsi que s’appelle leur langue – et même d’Haïti ont parlé ici espagnol. Autrement dit, la communication qui existe dans cette région n’existe dans aucune autre région du Tiers-monde : ni en Asie, ni en Afrique, ni nulle part ailleurs. Il est indiscutable que la région du monde qui est le plus en condition de livrer cette lutte est l’Amérique latine. En Afrique, il serait très difficile d’organiser une réunion comme celle-ci, et c’est vrai pour tout le Tiers-monde. II y a ici un développement politique supérieur, une structure sociale plus propice à cette lutte ; l’Amérique latine renferme un potentiel beaucoup plus élevé non seulement au plan économique, mais aussi au plan politique.

Voilà pour les principes de base II ne s’agit pas d’une seule idée, l’idée d’abolir la dette. Cette idée est à associer à celle du nouvel ordre. En Amérique latine elle est aussi associée à celle de l’intégration parce que même si on arrive à abolir la dette et à instaurer le nouvel ordre économique, sans intégration nous resterons des pays dépendants. Si on ne conçoit pas que l’Europe puisse vivre sans intégration, comment pourraient le faire ces pays, ces nombreux pays de dimensions diverses et de niveaux de développement divers ? Il y en a qui sont plus grands que d’autres. Le Brésil, bien sûr, a davantage de potentialités, mais même le Brésil a besoin de l’intégration, a besoin du reste de l’Amérique latine et des Caraïbes, tout comme le reste de l’Amérique latine et des Caraïbes a besoin du Brésil. Tous les pays de ce continent ont besoin de l’intégration et c’est pour ça qu’on parle d’intégration économique, une des questions que nous avons soulevées. C’est essentiel, c’est élémentaire. Ce sont des idées de base. Quand et comment tout ceci sera mis en pratique, c’est une autre question. Je crois que dans la mesure où ces idées sortiront des tours d’ivoire, dans la mesure où elles seront partagées par les masses, l’opinion publique, le peuple, dans la mesure où ces idées deviendront celles des ouvriers, des paysans, des étudiants, des intellectuels et des couches moyennes d’Amérique latine, tôt ou tard, et plus tôt qu’on ne le pense, elles triompheront, et en particulier l’idée de l’intégration économique (applaudissements).

II est clair que si, à une étape historique donnée, ceux qui ont la responsabilité d’avancer dans une direction n’avancent pas, les masses, elles, avancent, les dépassent et réalisent les objectifs historiques (applaudissements).

Il existe une autre idée essentielle, celle de l’unité, que nous avons commencé à promouvoir dès le premier moment : unité à l’intérieur des pays et unité entre les pays. À l’intérieur des pays, là où il existe des conditions minimum d’unité. C’est heureusement le cas, aujourd’hui, de la majorité des pays d’Amérique latine, mais pas de tous, comme nous l’avons expliqué minutieusement. On ne conçoit pas d’unité sous la tyrannie de Pinochet ou sous celle de Stroessner il y a d’autres cas, mais ils ne sont pas si nombreux. L’unité à l’intérieur parce qu’il faut de la force pour livrer ce combat au plan intérieur, et l’unité entre pays d’Amérique latine et entre tous les pays du tiers monde parce qu’il faut aussi de la force au plan extérieur. II faut aussi rechercher l’unité avec certains pays industrialisés, et je suis sûr que cette lutte pourrait bénéficier du soutien de nombreux pays industrialisés, ceux qui ne sont pas le centre du pouvoir mondial et qui, d’une façon ou d’une autre, ont aussi souffert de la politique monétariste et aventuriste de l’actuelle administration étasunienne.

Je crois que si cette lutte est menée de façon conséquente, les États-Unis resteront isolés avec une poignée de leurs partenaires, ceux-là même qui s’opposent aux sanctions contre l’Afrique du Sud de l’apartheid, ceux-là mêmes qui s’opposent à la signature des accords sur les droits de la mer. Je suis sûr que si cette lutte est menée de l’avant jusqu’à ses dernières conséquences, ils se retrouveront isolés. C’est pourquoi ils vont essayer par tous les moyens de nous diviser, de nous intimider. Rien d’étonnant à ce qu’ils aient lancé une peau de banane sur le chemin du Pérou, à ce qu’ils se soient livrés à cette provocation : ils sont nerveux.

Venons-en maintenant à une question importante, qui a été posée ici et qui m’a obligé à m’étendre. C’est Díaz Rangel qui l’a posée. C’est la deuxième fois qu’il me tend son piège, parce qu’il a fait la même chose à la réunion des syndicats : poser une question depuis la tribune. Je dis « piège » dans le bon sens, pas dans le sens impérialiste… Il a posé la question du dialogue : faut-il dialoguer ou non ? Je me suis mis à réviser un peu ce que j’ai dit à ce sujet. Je sais ce que j’ai dit, mais je voulais y regarder de plus près, puisque j’en ai déjà abondamment parlé.

J’ai parlé de ces problèmes dans mon interview au journal Excelsior – vous en avez le texte, car vous avez reçu une documentation abondante. Vous avez eu accès à une grande quantité de brochures. Il est vrai que vous n’avez sans doute pas eu le temps de les lire ; même Díaz Rangel, parce que s’il l’avait bien lue il n’aurait pas posé la question (rires). Je disais donc :

« Imposer l’embargo économique au Tiers-monde, ou nous envahir pour des histoires de dette, comme on l’a fait dans les premières décennies de ce siècle en Haïti, en République dominicaine et dans d’autres pays ; se repartager le monde pour garantir les livraisons de matières premières et les marchés, comme ça se passait à d’autres époques, c’est aujourd’hui absolument impossible.

[…]

« La lutte pour une demande aussi rationnelle que la solution de l’endettement extérieur et des relations économiques justes entre les pays du Tiers-monde et le monde industrialisé est si cruciale pour la survie et l’avenir des peuples latino-américains qu’elle pourrait compter, à ne pas en douter, sur le soutien de toutes les couches sociales et donner lieu à une grande unité non seulement dans chaque pays, mais aussi dans l’ensemble des pays latino-américains, et qu’elle serait soutenue sans la moindre hésitation, avec enthousiasme et décision, par tous les pays en développement d’Asie et d’Afrique.

« Je suis même convaincu que de nombreux pays industrialisés soutiendront ces revendications. Tout comme je suis convaincu que l’idéal, ce qui serait le plus constructif, c’est que ces problèmes se règlent par un dialogue politique et des négociations, en vue de mettre en œuvre des solutions essentielles d’une façon ordonnée. Autrement, il ne fait aucun doute qu’un certain nombre de pays, en proie au désespoir, seront contraints d’adopter des mesures unilatérales. Ce n’est pas désirable, mais si c’est le cas, je n’ai pas non plus le moindre doute que tous les autres pays en Amérique latine et dans le reste du monde se joindront à eux. » (Applaudissements.)

Cette idée est reprise dans l’entretien que j’ai eu avec un professeur et un représentant étasunien, qui sera édité sous forme de livre, en particulier tout ce qui a été dit sur les questions économiques. Cet entretien aussi est déjà imprimé. Je cite :

« …les pays industrialisés n’ont en ce moment aucune formule rationnelle, efficace pour combattre la crise.

« Je crois que la difficulté principale réside dans l’incompréhension de la nature et de la gravité du problème ( … ) L’annulation de la dette ( . . . ) avantagerait même (…) les entreprises qui ont des relations commerciales avec ces pays, les entreprises qui produisent des marchandises pour ces pays, tandis que les États des pays créanciers ne seraient pas touchés économiquement, bien au contraire, puisqu’ils pourraient accroître les niveaux d’emploi et mieux utiliser les capacités industrielles ; leurs banques n’essuieraient pas de pertes, leurs contribuables ne devraient pas payer d’impôts supplémentaires,

« Si l’on comprend cela, si on en prend conscience, je crois que cela fraierait considérablement la voie à la solution, par le dialogue, par des accords entre pays industrialisés et pays du Tiers-monde. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, cela ne toucherait que la course aux armements insensée, la folie frénétique des armes et de la guerre, et dans une bien faible proportion, malheureusement. C’est là une mesure très salutaire, car on pourrait commencer à vaincre la maladie la plus ignoble et dangereuse de notre époque. Si le nouvel ordre économique mondial proclamé et accordé par les Nations Unies était appliqué en complément indispensable de l’annulation de la dette, alors, oui, cela impliquerait une réduction accrue des dépenses militaires.

[…]

« Si l’on n’obtient pas une solution sur ce point, que va-t-il se passer ? Eh bien, au lieu d’y parvenir par un accord négocié entre les parties, les pays du Tiers-monde vont l’imposer, vous pouvez en être sûr. Le fond du problème est bien simple : il leur est matériellement impossible de rembourser la dette et ses intérêts, et ils ne pourront pas la rembourser pour cette raison aussi élémentaire que compréhensible : cela coûterait des torrents de sang d’imposer aux peuples les sacrifices que ce remboursement impliquerait, et tout ça pour rien. Aucun gouvernement n’aurait assez de pouvoir pour y parvenir. Cette question mérite d’être analysée, discutée et résolue d’un commun accord entre créanciers et débiteurs. N’oubliez jamais que l’initiative est maintenant entre les mains des nations dont on exige un sacrifice si monstrueux.

« Si les pays débiteurs du Tiers-monde sont obligés de décréter unilatéralement une suspension des paiements, les pays industrialisés auront perdu toute possibilité d’action de rechange. Un embargo économique, une invasion du Tiers-monde, un nouveau partage du monde, comme dans les siècles précédents, pour s’assurer les matières premières et les marchés ou se faire rembourse la dette, est purement et simplement impossible, toute personne sensée le comprend. On ne pourrait même pas imposer un embargo économique à un pays ou à un groupe de pays qui auraient décrété une suspension des paiements, car cela susciterait immédiatement la solidarité des autres.

« Nous sommes une grande famille, et les temps ont beaucoup changé. Quelques folies ont été dépassées et d’autres, dont j’ai analysé certaines pendant cette interview, ne tarderont pas à les suivre. »

Autrement dit, nous n’avons pas fait de déclaration de guerre aux pays industrialisés ; nous ne faisons que leur dire ce qui se passe et ce qui va se passer. À mon avis, il est préférable qu’ils en prennent conscience et que nous nous asseyions tous à la table des conversations. II ne s’agit pas de converser pour payer la dette, entendons-nous bien, mais de converser sur le nouvel ordre économique international (applaudissements). Pour imposer l’abolition de la dette, il n’est pas strictement indispensable de négocier, mais pour le nouvel ordre économique, c’est tout à fait indispensable. Les bases étant claires, les conversations peuvent porter sur les deux questions : comment abolir la dette, de quelle façon. Nous leur avons montré le remède dont ils ont besoin, dont leurs banques ont besoin. Ils devraient nous être reconnaissants de leur dire : voilà, il va se passer telle et telle chose, et nous proposons des solutions à vos propres problèmes.

Je reste convaincu que l’idéal serait qu’ils prennent conscience des réalités. Cela veut-il dire que je compte là-dessus ? Naturellement, ils sont aujourd’hui plus inquiets que jamais, ils ont vraiment commencé à s’inquiéter, et il est bon, très bon qu’ils s’inquiètent. Ce qui serait grave, c’est qu’ils soient totalement indifférents à cette tragédie.

S’ils sont conscients, s’ils comprennent bien cela, s’ils se rendent compte que la dette est impossible à payer, nous pourrons nous asseoir à la table des conversations pour voir de quelle façon élégante, charitable, nous abolissons la dette.

S’ils ne prennent pas conscience, si la situation continue d’évoluer dans le même sens, il va se passer – et on en voit déjà des signes annonciateurs – ce que nous avons prévu : quelques pays, désespérés, vont prendre des décisions unilatéralement, et ils bénéficieront alors de la solidarité de tout le reste de l’Amérique latine et du Tiers-monde. C’est certain, je n’en doute pas le moins du monde.

Le souvenir des Malvinas est encore frais : malgré la terrible situation politique que connaissait ce pays au plan interne, les peuples d’Amérique latine n’ont pas hésité à appuyer le peuple argentin, et les peuples du Tiers-monde ont réagi de même. Il y avait ici même, dans cette salle, une réunion de ministres des Affaires étrangères des pays non alignés pendant ces journées de guerre ; le sujet a été abordé, le ministre argentin était là, nous avons conversé avec les représentants des pays du Tiers-monde, et ils ont été presque unanimes à appuyer le peuple argentin dans le conflit des Malvinas.

Or, dans la lutte des Malvinas, personne n’avait rien à gagner ou à perdre économiquement parlant, c’était une question sentimentale, affective, une question de principe, de condamnation du colonialisme. Mais dans une situation où il y va de la vie ou de la mort de tous les peuples d’Amérique latine et du Tiers-monde, si un groupe de pays désespérés, ou même un petit groupe de pays ayant un certain poids économique engagent cette bataille, ils seront appuyés, je n’en doute absolument pas, par le reste de l’Amérique latine et du Tiers-monde, et leur soutien sera dix fois plus énergique que celui qu’ils ont apporté à l’Argentine pendant la guerre des Malvinas (applaudissements).

Dans cette lutte, nous avons été en contact avec les pays d’Afrique et avec les pays du Tiers-monde. Toute cette documentation dont on vous a inondés a été envoyée aux Nations Unies, une bonne partie a été envoyée aux chefs d’État, aux chefs d’État des pays industrialisés, aux chefs d’État des pays du Tiers-monde. On a travaillé et lutté pour essayer de former une conscience qui garantisse la solidarité. Et aujourd’hui, il y a déjà eu des signes, il ne s’en est pas fallu de beaucoup pour que se déchaîné la solidarité avec le Pérou. En effet, que personne ne doute que si l’impérialisme prend des mesures de cette nature contre le Pérou ou contre tout autre pays se voyant dans l’obligation d’adopter des mesures unilatérales, même si ce ne sont pas des mesures radicales, que si l’impérialisme prend des mesures économiques contre ce pays ou contre tout autre pays dans des conditions similaires, ceux-ci auront droit à toute notre solidarité, et je suis sûr qu’ils auront droit à votre solidarité, à la solidarité de l’Amérique latine et du Tiers-monde. Je n’ai aucun doute là-dessus (applaudissements).

Ici on joue cartes sur table. C’est une stratégie ouverte, claire, transparente, et une partie de cette stratégie a consisté à créer une conscience ; l’un des objectifs fondamentaux de la diffusion de tous ces documents est de créer une conscience pour la solidarité. Je suis convaincu, j’ai la certitude absolue que c’est un mécanisme sûr. L’impérialisme sèmera des peaux de bananes, mais au moment où il s’y attendra le moins il pourrait bien glisser lui-même dessus (applaudissements).

Il existe une autre idée essentielle, et là Capriles a démontré qu’il avait saisi l’essence du problème lorsqu’il a dit : « Si nous leur imposons une suspension de paiement ou un moratoire, ils devront s’asseoir et discuter. » Il a compris l’essence de l’idée.

Et alors, comment tout ça va-t-il s’agencer, comment cela va-t-il évoluer ? Des formules commencent à apparaître. On a même dit ici qu’un théoricien de l’impérialisme a déjà proposé un Plan Marshall. Quand j’ai lu ca, ça m’a fait rire et je me suis dit : Le problème est si grave que ce n’est pas un Plan Marshall qu’il faudrait, mais vingt. Et ils n’ont même pas d’argent pour ça, sauf s’ils renoncent à. leurs folies bellicistes. Comme on peut le voir, toutes sortes de formules font déjà leur apparition.

S’ils ne veulent pas discuter du problème de bon gré il faut les y obliger. C’est là une idée essentielle. Ça signifie que ce sont les pays du Tiers-monde qui ont l’initiative. Je me souviens que quand je suis allé aux Nations Unies – on devait alors 335 milliards – nous proposions, dans le cadre des formules des Nations unies, d’affecter 300 milliards de dollars additionnels au développement pour la décennie des années 80. A cette époque, nous tendions la main : s’il vous plaît, la situation est grave, il faut des ressources, il faut résoudre ces problèmes. Mais ils ont fait la sourde oreille, et nous en sommes arrivés à cette situation intenable.

Aujourd’hui, comme nous l’avons expliqué à une occasion, nous ne demandons pas, nous donnons, et ce n’est pas très difficile de laisser ses bras tranquilles, de ne pas plonger la main dans sa poche pour en sortir des ressources, de ne pas continuer à se laisser piller. Et là il n’y a pas à faire appel aux armes, dans ce cas, ils ne peuvent pas utiliser les armes contre les pays du Tiers-monde, même avec leur guerre des étoiles ils ne pourront pas recouvrer leur dette ; ils ne pourront pas la recouvrer même avec des armes spatiales, même avec des armes nucléaires, rien n’y fera. Comme nous le disions aux Nations Unies, avec des bombes on pourra tuer les affamés, les ignorants, les malades, mais on ne pourra pas tuer la faim, l’ignorance, les maladies, la pauvreté (applaudissements).

C’est de nouveau une lutte de l’esprit, de la conscience contre la technologie, et face à la réalité, face à plus de cent pays qui se trouvent dans cette situation, face à plus de cent pays qui sont dans leur plein droit, qui ont la raison pour eux, toute leur technologie est inutile ; elle est réellement impuissante à empêcher notre unité d’action. Voilà ce que nous disons.

Naturellement, il y aura une solution. L’idéal est un consensus préalable. Mais parviendra-t-on à un consensus des pays débiteurs d’Amérique latine avant que la crise se déclenche ? L’idéal est un consensus préalable et une discussion avec les créanciers, mais cela arrivera-t-il ? Le plus probable, c’est que des crises sérieuses éclatent et qu’à la suite de ces crises ils veuillent négocier ; c’est le plus probable. Personne ne peut prévoir exactement ce qui va se passer, mais pour ma part je n’ai jamais vraiment cru à un consensus avant la crise bien que je ne pense pas que cela soit impossible. II se peut que, la situation s’aggravant, ce consensus préalable entre les débiteurs se produise ; ce n’est pas impossible, mais c’est à mon avis peu probable.

Mais si cette lutte continue, si les masses prennent conscience de la situation, si chaque citoyen de nos pays comprend le problème, les possibilités d’exercer une influence et de créer des conditions favorables augmentent ; un gouvernement ne peut livrer cette bataille tout seul, alors on pourrait faire en sorte qu’ils adhèrent à l’idée d’une réunion pour adopter une politique, pour prendre une décision ferme et correcte.

Je vous ai expliqué tout cela pour que vous sachiez ce que nous pensons et que vous compreniez qu’il ne s’agit pas d’une guerre déclarée à l’avance ; mais nous connaissons bien l’égoïsme des exploiteurs, des pillards, et nous ne faisons que prévoir l’évolution possible des événements, bien que personne ne puisse savoir avec certitude ce qui se passera ; mais il faut être prêt à toute éventualité, c’est très important.

J’ai parlé fondamentalement de l’aspect économique du problème ; je ne vais pas m’étendre beaucoup plus, parce qu’il reste trois autres aspects extrêmement importants.

Nous disons : la dette est impossible à payer. Impossible à payer pour des raisons mathématiques, économiques, ce qui n’implique pas une appréciation morale, légale ou politique du problème. Dans aucun pays d’Amérique latine les gouvernements ne sont capables d’appliquer les mesures du Fonds monétaire ; dans aucun, même en mettant le pays à feu et à sang. Pinochet essaie de le faire, mais il se débat dans une crise croissante. Nous avons appris aujourd’hui la démission du chef des carabiniers – qui était à ce poste depuis des années – à la suite du sauvage assassinat de trois citoyens, qui ont été enlevés et égorgés.

Nous avions justement reçu il y a trois jours une lettre de la famille de l’une des victimes, qui laisse quatre enfants de onze, six, quatre et deux ans. Une lettre impressionnante qui contient un autoportrait et une poésie émouvante qu’elle a écrite et qu’on aurait dit faite pour lui. Trois victimes de plus, oui, mais déjà Pinochet a peur, le régime tremble devant les protestations de l’opinion mondiale et surtout devant les protestations du peuple, devant la colère du peuple, l’irritation du peuple (applaudissements). II ne pourra pas se maintenir au pouvoir encore longtemps.

Comment les gouvernements d’ouverture démocratique pourraient-ils appliquer ces mesures alors que, dans beaucoup d’entre eux, le niveau de vie a baissé de moitié ? On apprend qu’au Mexique, pays au régime constitutionnel stable, le pouvoir d’achat a baissé de 33 p. 100 au cours des dix-huit derniers mois et de 50 p. 100 au cours des trente derniers mois. Nous voyons les efforts héroïques que fait le gouvernement mexicain pour sortir de la crise et payer la dette ; cependant, tout au long de 1985, l’excédent indispensable de sa balance commerciale s’est réduit de façon soutenue.

L’excédent commercial des trois principaux pays exportateurs, le Brésil, le Mexique et l’Argentine, qui en 1984 a été de près de 30 milliards, atteindra cette année à peine 20 milliards, et ils doivent continuer à payer des intérêts qui se montent à 12 milliards pour le premier, 12 milliards environ pour le deuxième et 4 à 5 milliards pour le troisième. C’est une situation très difficile, pratiquement impossible à contrôler.

Il est très difficile aux gouvernements démocratiques d’appliquer indéfiniment les mesures de plus en plus dures qu’impose le Fonds monétaire. Si les pays essayaient de le faire, ils auraient à affronter une crise politique, et si, en assassinant à tour de bras, Pinochet n’y arrive pas, comment un gouvernement démocratique pourrait-il y arriver sans s’autodétruire ? Il est tout aussi impossible politiquement de faire payer cette dette, d’exiger du peuple les sacrifices qu’implique le paiement de cette dette.

Nous disions que c’est impossible moralement. Il est pratiquement inutile d’insister sur cet aspect du problème, dont on a beaucoup parlé ici, que tous ont exposé avec force, spécialement les chrétiens. C’est aussi un des points que nous avons exposés.

Il peut y avoir des cas, nous l’admettons, où avec ces crédits on a pu faire quelque investissement utile ; une petite portion de l’ensemble de la dette a été investie dans des projets utiles. Mais nous savons tous qu’une grande partie a été investie dans les armes, a été dilapidée, gaspillée, détournée et nous savons en outre qu’une grande partie n’est même pas arrivée en Amérique latine. Je crois que c’est le compañero Liber Seregni qui a signalé que les Latino-Américains ont 160 milliards de dollars déposés à l’étranger et c’est une estimation conservatrice, il est possible qu’il y en ait plus. La fuite des capitaux est logique dans ces conditions économiques : une inflation constante, une monnaie affaiblie, un dollar surévalué, des taux d’intérêt élevés aux États-Unis ; tout s’en va, jusqu’au dernier sou.

Actuellement, les fuites annuelles atteignent dix milliards de dollars – dix milliards de dollars ! Et il y a eu des années où dans un pays – le Venezuela, je crois – d’après la Banque mondiale, pour chaque dollar prêté il sortait 1,23 dollar ; c’est-à-dire que non seulement le dollar qui arrivait – ou qui n’arrivait pas – au Venezuela en ressortait aussitôt, mais que 1,23 dollar pris sur les réserves ou les exportations du pays était déposé à l’étranger.

Cet argent va-t-il revenir ? Qu’est-ce qui pourrait le faire revenir ? Vous pensez qu’avec cette situation il va revenir ? Qui oserait rêver de créer ces conditions idéales, parfaites, attrayantes pour que l’argent, généreux, revienne spontanément dans nos pays, tout seul, à la nage, en nageant même contre le Gulf Stream ? (Rires.) Personne n’y croit, personne ne se l’imagine. C’est utopique. Tout ça est idéaliste, utopique, mais pas ce que nous proposons.

Qu’est devenu cet argent ? À qui va-t-on le faire payer maintenant ? On a donné ici des exemples déchirants. Edgardo Enríquez a demandé par exemple à cette tribune s’il devait rembourser l’argent qui a été remis à Pinochet pour assassiner ses enfants, pour assassiner ses petits-enfants, pour assassiner et faire disparaître d’autres êtres chers.

La compañera indigène de l’Équateur a aussi souligné cet aspect avec éloquence quand elle a demandé : qu’ont reçu les communautés indigènes ? Ont-elles reçu une école, un hôpital ou autre chose de ce genre ? Et maintenant, elles devraient payer ?

Beaucoup ont commenté tous ces aspects moraux. Quelqu’un a dit, je crois que c’est le représentant de Belize, que dans la législation anglaise la dette de jeu ne se paie pas, apportant ainsi un élément de caractère légal. J’ai cité l’exemple de quelqu’un qui emprunte 1 000 dollars, joue cette somme à la roulette et perd tout ; on demande ensuite à son fils de cinq ans de rembourser les 1 000 dollars. C’est indéfendable du point de vue moral, et c’est très important parce qu’il ne s’agit pas seulement de ce qui est possible. « On ne peut pas » est un argument assez fort, mais « On ne doit pas » est un argument encore plus fort (applaudissements). Comme on l’a dit et répété ici, ça va à l’encontre des droits de l’homme les plus élémentaires.

Les Occidentaux parlent beaucoup des droits de l’homme et il se trouve qu’avec leurs méthodes – j’ai d’ailleurs eu l’occasion de le dire à quelques Étasuniens – ils assassinent tous les jours des milliers de personnes. À qui imputer la responsabilité de ce million d’enfants de moins d’un an qui meurent chaque année en Amérique latine ? Qui est responsable de leur mort ? Ici même, dans cette salle, lors d’une rencontre de pédiatrie, le directeur de l’UNICEF faisait remarquer que les choses iraient autrement en Amérique latine si seulement le niveau de santé des enfants était le même qu’à Cuba, où le taux de mortalité infantile ne dépasse pas 15 pour 1 000 enfants nés vivants – nous avons atteint cet indice l’an dernier. II a parlé de la réduction considérable de nos indices de mortalité pour les tranches d’un à cinq ans et de cinq à quinze ans ; de l’espérance de vie dans notre pays pour laquelle nous sommes d’ores et déjà à égalité avec les États-Unis. Car Cuba peut maintenant leur faire concurrence en matière de santé, bien qu’elle appartienne au Tiers-monde, et cela grâce aux efforts de nos médecins, de nos infirmières (applaudissements) ; parce que la Révolution s’est occupée de la santé, parce qu’il n’y a pas d’enfants mal nourris à Cuba, pas d’enfants sans chaussures, il n’y a pas mendiants, pas de drogue, pas de prostitution, il n’y a pas de jeu dans notre pays. Tous ces acquis sont bien connus (applaudissements).

En bavardant avec Frei Betto il n’y a pas longtemps, je lui disais ceci : si l’Église édifiait un jour une société régie par les principes qui sont les siens, cette société serait plus ou moins comme celle que nous sommes en train de construire, car je ne pense pas qu’elle accepterait la prostitution, le jeu ou la drogue (applaudissements). Est-il quelque chose qui puisse avoir plus de force morale que l’œuvre humaine d’une révolution qui évite aux femmes la tragédie de la prostitution, une tare terrible dans nos pays, au même titre que la drogue, le jeu, la mendicité ? Nous avons éliminé ces calamités sociales, de même que l’insalubrité, l’analphabétisme, le chômage, c’est là un des corollaires d’une Révolution qui a apporté la justice au peuple.

Que disait donc le directeur de l’UNICEF ? Que si les pays d’Amérique latine avaient les indices de santé de Cuba, 800 000 enfants échapperaient à la mort chaque année, huit cent milles enfants ! Et si c’est le directeur de l’UNICEF, un organisme des Nations unies, qui le dit, moi je demande : Et qui tue chaque année ces 800 000 enfants de moins d’un an ? (Applaudissements.) Qui tue ces millions d’enfants de un à quinze ans ? Qui a réduit l’espérance de vie à quarante, quarante-cinq et cinquante ans dans tant de pays et pendant tant de siècles ? C’est bien ce qui s’est passé et continue à se passer à notre grande honte. C’est l’exploitation qui les tue, le colonialisme hier, l’impérialisme aujourd’hui. Toutes ces vies ne comptent pas ? Et ces millions d’enfants handicapés physiques ou mentaux de naissance, qui est responsable de tout ça ? A qui la faute ?

Logiquement, du point de vue des principes, il est clair que c’est l’impérialisme.

Et s’il y a cent dix millions de chômeurs et de sous-employés, à qui la faute ? Il faut commencer par chercher le coupable. Il ne suffit pas de citer des chiffres, des statistiques, il faut aussi se demander pourquoi, se demander combien de temps cette situation va encore durer.

Le recouvrement de la dette et le système injuste de relations économiques actuellement en vigueur constituent la plus flagrante, la plus brutale des violations des droits de l’homme, de toutes celles qu’on peut imaginer. On a dit que la dette avait déjà été payée, qui sait combien de fois avec tout ce que l’on nous a volé ! Rien que l’an dernier, on nous a volé 20 milliards de dollars par le biais de l’échange inégal, 10 milliards par celui des fuites de capital, 37,3 milliards au titres des intérêts, et 4 à 5 milliards qui sont à mettre au compte de la surévaluation du dollar, 70 milliards en un an, 70 milliards de pillés ; il y a eu une entrée de 10 milliards, des investissements et quelques prêts, tandis que les fuites qu’il est possible de comptabiliser se sont montées à 70 milliards. D’autres pertes ne peuvent pas être chiffrées comme le dommage occasionné par les mesures protectionnistes, le dumping et toutes ces pratiques mises en œuvre contre notre pays.

Un continent peut-il avoir un avenir dans ces conditions ? Y a-t-il moyen de justifier un tel système ? Sans compter, c’est l’aspect moral du problème, que le Tiers-monde, et surtout l’Amérique latine, a financé le développement de l’Europe et des États-Unis pendant des siècles. Avec ces mines d’or et d’argent dont parlait Guayasamín ici, celles du Potosi et bien d’autres mines dont l’exploitation a coûté bien plus de vies qu’il n’a dit, bien plus de 4 millions ! Rien qu’au Mexique, la population est passée de six à deux millions d’habitants au cours des premières années de la conquête ; il y a eu quatre millions de morts rien que pendant les premières années qui ont suivi la conquête, des victimes de l’exploitation, des sévices corporels, de l’esclavage et même des maladies apportées par les Européens. Ce ne sont pas quatre millions de personnes mais des dizaines et des dizaines de millions qui sont mortes en travaillant comme esclaves, et pas seulement des enfants de l’Amérique : de l’Amérique et de l’Afrique.

Aux États-Unis, l’esclavage a encore duré près d’un siècle après cette fameuse Déclaration où il était proclamé avec autant de solennité que d’hypocrisie que tous les hommes naissent libres et égaux et reçoivent du Créateur le droit à liberté et à la vie. Des droits, oui, mais pour les Blancs européens, pas pour les esclaves, pas pour les hommes libres qui ont été amenés d’Afrique et réduits à l’esclavage dans ce continent, pas pour les Indiens qui ont été exterminés même après la fameuse Déclaration d’Indépendance et ses vérités irréfutables.

Qui a financé le développement des États-Unis eux-mêmes ? Ce sont les esclaves et, indirectement, nos peuples, les Indiens et les Noirs de l’Amérique latine et des Caraïbes, c’est nous qui, en finançant l’Europe, l’avons financé. Et maintenant nous continuons à les financer. Tout au long de l’histoire, les pays du Tiers-monde ont financé le capitalisme développé. Pourquoi donc cette dette ne pourrait-elle pas être abolie ? Ils exigent maintenant que nous payions. Cela me fait penser à ce que disait le compañero d’Haïti, à savoir que les esclaves ont dû indemniser les esclavagistes après avoir recouvré leur liberté.

Ceux-là même qui les ont amenés d’Afrique, qui les ont séparés de leurs familles et traités comme il n’est pas permis de traiter un être humain ceux qui les ont exploités, les ont tués de mille façons, ce sont eux, ce sont ces colonisateurs qu’ils ont dû indemniser pendant cent ans, après avoir recouvré leur liberté. Je pense que nous devons quant à nous conquérir notre liberté et n’indemniser aucun de nos oppresseurs (applaudissements).

On a avancé ici des arguments, y compris des arguments juridiques. López Michelsen a parlé d’exécution impossible ; d’autres fois, on a fait valoir des raisons de force majeure ; mais, à toutes ces raisons morales, politiques et économiques, il faut encore ajouter une série de raisons juridiques : qui a passé le contrat ? Qui jouit de la souveraineté ? En vertu de quel principe peut-on affirmer que le peuple s’est engagé à payer, qu’il a reçu ou concerté ces crédits ? La majorité de ces crédits ont été concertés avec les dictatures militaires, avec les régimes répressifs, sans jamais consulter les couches populaires. Pourquoi les dettes contractées par les oppresseurs des peuples, les engagements qu’ils prennent devraient-ils être honorés par les opprimés ? Quel est le fondement philosophique, le fondement moral de cette conception, de cette idée ?

Les parlements n’ont pas été consultés, le principe de la souveraineté a été violé, quels parlements ont été consultés à l’heure de contracter la dette, ou en ont simplement été informés ? Qui a été mis au courant des conversations, où a-t-on voté ? Ils ont tellement hypothéqué nos pays que nous devons plus de 17 000 dollars par kilomètre carré en Amérique latine, et qui donc les a hypothéqués ? Il faudrait poser la question : est-ce que ce sont les peuples qui les ont hypothéqués ? Qui donc exerce la souveraineté ? Comment peut-on prendre des engagements dans le dos du peuple souverain ? (Applaudissements.)

On a parlé ici de la continuité de cet effort. Il y aura continuité, oui, non pas parce qu’il va sortir d’ici une organisation quelconque, nous nous en sommes tenus strictement à ce qui avait été convenu, il n’y aura pas non plus de déclaration, non ; il y en a eu beaucoup, par pays, mais nous nous en sommes tenus strictement à ce qui avait été dit dans la convocation. Il s’agit d’un mouvement. Une réunion de parlementaires aura lieu prochainement en Uruguay, du 10 au 13 octobre, pour discuter de la dette extérieure. Quelle magnifique occasion pour l’intégration, pour l’unité ! Que les parlementaires aillent donc là-bas pour discuter de cette dette qu’ils n’ont pas approuvée, pour analyser le problème.

Je pense qu’il nous faut en premier lieu apporter un grand soutien à cette réunion parlementaire en donnant à cette rencontre toute l’importance qu’elle mérite. C’est à mon avis une nouvelle occasion qui nous est offerte de contribuer à une meilleure prise de consciente de ces problèmes. Quel que soit l’angle sous lequel on examine la question, les arguments avancés sont solides, irréfutables ; il s’agit en outre d’un problème qui nous touche tous de très près, beaucoup plus que n’importe quel autre ; ce sont les femmes qui l’ont posé ici, ce sont les ouvriers qui l’ont posé, les paysans, les couches moyennes : chacun a expliqué de quelle façon cette situation l’affecte.

Nous n’avons pas lancé de mot d’ordre de subversion. Nous n’avons pas parlé de révolution sociale, tout au contraire : nous ne pouvons pas placer le socialisme en premier, attendre qu’il arrive pour ensuite résoudre ce problème. Il s’agit d’un problème urgent, il faut trouver une solution et tout de suite. Et pour cela il importe que l’unité se fasse avec tout le monde, toutes les couches sociales, excepté la minorité insignifiante qui est vendue au capital financier international, vendue à l’impérialisme. Il y a de la place pour tout le monde ici, y compris pours les industriels qui ont pris la parole dans cette salle, pour les banquiers, les chefs d’entreprise, les agriculteurs, il y a de la place pour tout le monde. Ce que cette lutte a justement de bon, c’est qu’elle peut et doit être très large afin de résoudre tous ces problèmes qui ne peuvent pas attendre jusqu’à ce que nos peuples aient une conscience socialiste, jusqu’à ce que soient réunis tous les facteurs subjectifs, qui passent pour l’heure au deuxième plan après les facteurs objectifs, même si nous avançons très rapidement. Ce ne serait d’ailleurs pas prudent, à mon sens, au moment où se livre une bataille décisive pour l’indépendance de nos peuples. Comment peut-on appeler indépendant un gouvernement, un pays qui doit aller tous les mois discuter avec le Fonds monétaire de ce qu’il doit faire chez lui ? Une telle indépendance n’est rien qu’une fiction, et nous voyons cette lutte comme une lutte de libération nationale, qui peut vraiment regrouper, pour la première fois dans l’histoire de notre continent, toutes les couches sociales en lutte pour leur véritable indépendance.

Nous ne pouvons pas faire du socialisme une condition préalable. Nous ne recommandons pas le socialisme. Bien entendu, nous ne le déconseillons pas non plus (rires et applaudissements). Vous comprenez, ce qui ne me semble pas correct, c’est d’en faire le centre de la lutte. De toute façon, cette crise profonde va entraîner une grande prise de conscience parmi nos peuples. Je ne pense pas que nous allons nous éloigner du socialisme ; à mesure que les masses prennent davantage conscience des réalités, la perspective d’une société plus juste se rapproche forcément ; mais se fixer dès à présent le socialisme comme objectif serait une erreur ; nous avons un problème urgent à résoudre ; je pense que s’il y a une prise de conscience, si les travailleurs, les paysans, les étudiants, les intellectuels, les chefs d’entreprise ont une nette conscience du problème, on peut isoler les bradeurs de patrie, ceux qui sont au service de l’impérialisme, et gagner cette bataille.

J’imagine que les gouvernements vont prendre des mesures pour que pas un centime ne prenne la fuite. Je peux dire qu’ici, dans ce pays, en vingt-six ans de Révolution, pas un centime, pas une devise n’a pris la fuite, en vingt-six ans (applaudissements). Ici il n’y a pas de sous-facturation, pas de surfacturation, ni rien de semblable. Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit pour le moment ; dans les circonstances actuelles il va falloir prendre toutes les mesures susceptibles d’éviter le gaspillage, la fuite de devises et tout le reste ; pour notre part, nous avons évité par principe d’analyser dans tout ce problème les questions en rapport avec les affaires intérieures de chaque pays. Nous posons le principe général de l’unité, de l’unité entre pays, de l’unité entre les pays du Tiers-monde, mais nous évitons de suggérer des mesures de type interne et je pense que cette position est correcte ; il serait absurde que nous nous mêlions de donner des conseils sur ce qu’il conviendrait selon nous de faire à l’intérieur, ce ne serait pas prudent non plus. Ça ne veut pas dire que nous ayons renoncé à nos idéaux révolutionnaires, à notre conception socialiste ; en essence, je le répète, nous voyons ça comme une grande lutte de libération nationale contre des forces puissantes, et nous pensons qu’il est possible de mobiliser des forces suffisantes pour mener à bien cette lutte.

Nous allons voir comment les choses évoluent au cours des prochains mois parce que la crise est en train d’atteindre un point limite. A mon avis, il convient d’accélérer la prise de conscience.

On a prononcé ici des paroles admirables, des messages encourageants ont été lus, et pour ceux qui pensent que nos propositions sont radicales, voici la lettre du cardinal Arns de Sao Paulo ; vous en avez pris connaissance, mais si vous me le permettez, je vais en relire ici les principaux points car je crois qu’ils ont encore plus de poids après le débat.

« Premièrement, le peuple latino-américain et caribéen n’a pas la possibilité réelle de prendre en charge le fardeau du paiement des dettes colossales contractées par nos gouvernements. Il n’est pas possible non plus de continuer à payer les taux d’intérêt élevés en sacrifiant notre développement et notre bien-être.

« Deuxièmement, le problème de la dette, plus que financier, est fondamentalement politique, et il doit être traité comme tel. Ce ne sont pas les comptes des créanciers internationaux qui sont en jeu, mais la vie de millions de personnes qui ne peuvent supporter la menace permanente des mesures de récession et du chômage qui entraînent la misère et la mort.

« Troisièmement, au nom des droits de l’homme, de bonne volonté du continent et des Caraïbes, tous les secteurs responsables doivent s’unir pour chercher de toute urgence une solution réaliste au problème de la dette extérieure, afin de préserver la souveraineté de nos nations et de défendre le principe selon lequel le principal engagement de nos gouvernement n’est pas celui qui les lie aux créanciers mais celui qu’ils ont contracté vis-à-vis des peuples qu’ils représentent (applaudissements)

« Quatrièmement, la défense intransigeante du principe d’autodétermination de nos peuples exige la fin de l’ingérence d’organismes internationaux dans l’administration financière de nos nations. Considérant que le gouvernement est une entité publique, tous les documents signés avec de tels organismes doivent être immédiatement portés à la connaissance de l’opinion publique.

« Cinquièmement, il est urgent de rétablir les bases concrètes d’un nouvel ordre économique international, qui supprime les relations inégales entre pays riches et pays pauvres et assure au Tiers-monde le droit inaliénable de gérer son propre destin, sans ingérence impérialiste et sans mesures spoliatrices dans les relations commerciales internationales. »

On dit que les thèses que je défends aujourd’hui sont radicales. Eh bien, je souscris à cent pour cent le programme en cinq points de cet illustre Brésilien qu’est Paulo Evaristo, le cardinal Arns (applaudissements). J’espère qu’on ne viendra plus nous dire que ces idées sont extrémistes. J’en ajouterai un sixième, qui est l’intégration économique de l’Amérique latine ; et un septième que l’on perçoit dans son propos : cette lutte est une lutte pour les peuples d’Amérique latine et du Tiers-monde, pour la vie de quatre milliards de personnes qui souffrent, et subissent les conséquences de cet ordre économique inhumain et injuste.

Aucun document n’a été rédigé, et ce n’est pas nécessaire. L’objectif n’était pas de sortir d’ici un document mais de favoriser la prise de conscience. Et ceux d’entre nous qui s’occupent de la question depuis longtemps se sentent eux-mêmes confortés dans leurs convictions, plus sûrs que jamais de la justesse de leurs idées après avoir écouté ici des dizaines et des dizaines de brillantes interventions de la part de personnes qui ont fait montre ici de grands talents. Et pour notre peuple c’est un vrai cadeau, un cadeau sans précédent qui lui a permis de suivre ce dialogue de jour en jour, d’heure en heure, de minute en minute. Sincèrement, nous vous en sommes profondément reconnaissants.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une prise de conscience. Aucune Église n’a surgi d’un document L’indépendance des peuples d’Amérique latine n’a pas surgi d’un document, elle non plus ; la vérité c’est qu’à un moment donné, les Églises, les grands mouvements spirituels et politiques ont surgi d’une crise spirituelle ou politique, d’une prise de conscience. Nous sommes maintenant au cœur de la crise et la prise de conscience est chose faite.

J’ai comme vous la conviction que notre mouvement, notre lutte progresseront et que la victoire est certaine.

Je vous remercie. (Ovation.)