Plaidoyer pour le bien commun: Un Conseil de Sécurité pour sauver l’humanité

Photo : Le ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, une île menacée du Pacifique sud, s’adresse à distance à la #COP26

 «Assez de bla-bla ! Il nous faut un “chef” qui mène le combat climatique au niveau mondial.»
(Greta Thunberg militante  écologiste)
 

  Les promesses n’engagent que ceux qui y  croient »

Jacques Chirac ( ancien président français)

Depuis le 31 octobre se tient à Glasgow  (Royaume Uni) la 26e COP.  Faits significatifs de l’importance accordée par les grands de ce monde, 400 avions ont sillonné le ciel avec naturellement une pollution importante Le cortège du président américain comportait 85 voitures..Cette kermesse est censée répondre à l’agonie lente de la Terre. Le meilleur exemple est le cri de détresse des états insulaires à l’image du  ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, une île menacée du Pacifique sud, s’adresse à distance à la  COP26

Pour rappel depuis 1995, les conférences des parties (COP) se succèdent sans grandes avancées dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ces grands rassemblements internationaux sont-ils inutiles ? Doit-on continuer à les organiser ? «La réunion de la dernière chance», «un sommet décisif», «un tournant pour l’humanité, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire l’urgence climatique. Pourtant, depuis la première conférence qui s’est tenue à Berlin en 1995, les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué… Elles ont explosé ! + 45% depuis 1990.

Depuis 1850, l’humanité a ainsi émis 2 500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, d’après les calculs de Carbon Brief, dont 50% pour les pays industrialisés occidentaux qui représentent 11% de la population de la planète. L’Afrique, qui représente 15%, n’a consommé que 4% mais elle est l’une des régions les plus impactées par les convulsions climatiques  Entre 1850 et 2021, on découvre que les Néo-Zélandais sont responsables chacun de 5 764 tonnes de dioxyde de carbone. Viennent ensuite les pays occidentaux, mais ni la Chine, ni l’Inde, ni la Russie ne sont responsables des émissions de gaz à effet de serre.
La Terre n’a pas arrêté de protester et nous le fait savoir par l’overshoot day (le jour du dépassement) qui recule chaque année ; C’est-à-dire que nous consommons de la Terre plutôt (cette année en août) après nous vivons à crédit. Ainsi les pays industrialisés ont  construit leur opulence matérielle par l’utilisation intensive des énergies fossiles. L’humanité n’a en fait jamais réellement mené de transition énergétique. Le problème est que la nouvelle économie ne peut se passer de l’ancienne. Sauf que la situation de la pollution aux fossiles provoque une perturbation sans précédent du système Terre qui affecte déjà l’espèce humaine.

Communiqués  finaux  des Cop «Arrêt sur image» depuis 25 ans

Une fois de plus, une Cop vient nous informer que tout va mal, confortée en cela par un rapport publié le 9 août et qui nous promet l’apocalypse.  Pour une fois, les pays riches comme pauvres commencent à s’apercevoir des dégâts qui se déclinent en incendies, inondations, sècheresse avec naturellement des hotspots pour la plupart dans les pays de l’hémisphère Sud avec une mention spéciale pour la Méditerranée. Le Moyen-Orient sera particulièrement affecté par le réchauffement climatique dans un futur proche.   Une fois de plus, ce sera les mêmes recommandations sans lendemain

Selon le FMI, ces industries fossiles reçoivent 11 millions de dollars de subventions chaque minute. En 2020, l’extraction et la combustion du charbon, du pétrole et du gaz étaient subventionnées à hauteur de 5 900 milliards de dollars. Cela prouve à l’évidence que nous ne prenons pas le bon chemin mais nous avons perdu 26 ans grâce, ou plutôt à cause, des climato-sceptiques dont il faudra bien un jour faire le procès. Des scientifiques viennent d’estimer que près de 60% des réserves de pétrole et de gaz devront rester sous terre pour limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici à 2100. Lentement mais sûrement, le monde semble regarder ailleurs pendant que sa maison brûle. Le rapport du Giec constitue une «alerte rouge pour l’humanité», a affirmé le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. C’est donc un enterrement de première qui n’augure rien pour Glasgow, puisque la pollution due au G20 représente les ¾ du CO2 émis au total.

Enfin, la  promesse de Copenhague de  la COP 15 en2009 n’est pas tenue. L’objectif des 100 milliards de dollars par an n’a toujours pas été atteint. Il est choquant que des pays pauvres, qui ont historiquement peu contribué au réchauffement climatique, se retrouvent en situation de devoir emprunter et alourdir leur dette avec des taux élevés. Les États devraient multiplier leur ambition par 7 pour limiter le réchauffement climatique à +1,5°C, selon l’ONU.

 La « stratégie du doute » : les responsables  du désastre 

 Si nous devons délimiter les responsabilités plus de vingt ans avant les Giec, les sociétés pétrolières avaient conscience du réchauffement climatique et de la responsabilité des énergies fossiles. Nous commençons à comprendre l’omerta des sociétés pétrolières qui, au courant il y a près de 50 ans du désastre prévisible des changements climatiques, ont tout fait pour semer la doute dans les consciences. Naomi, prof à Harvard, a dénoncé, il y a dix ans, dans un livre enquête, les marchands de doute. Une étude révèle que Total était au courant des effets dévastateurs des énergies fossiles sur l’environnement depuis 1971. Au lieu d’agir, et après ExxonMobil, BP ou encore Shell, c’est TotalEnergies qui aurait, au contraire, tout fait pour semer le doute dans l’esprit du grand public en remettant en cause les données scientifiques sur le climat. Ces multinationales devraient contribuer d’une façon importante dans le fonds vert au vu des bénéfices qu’ils ont tirés depuis 50 ans.

Il ne faut pas dans le même ordre ne pas citer le rôle aussi répréhensible des pays producteurs d pétrole , notamment ceux de l’Opep avec une mention à l’Arabie Saoudite qui a produit  et commercialisé en moyenne 10 millions de barils/jour depuis quarante ans soit  l’équivalent de 500 millions de tonnes/an ou encore  20 milliards de tonnes de pétrole ou encore 60 milliards de tonnes de CO2  qui ont contribué au stock actuel!

 Pourquoi les efforts des COP n’aboutissent pas ?

Pourtant, malgré les années qui passent, malgré les COP qui se succèdent, les accords signés et ratifiés, la lutte contre le changement climatique est au point mort, ou presque. Comment expliquer que, malgré les COP, on ne fasse toujours rien face au réchauffement climatique. Ce sont les COP qui ont mené à la signature du Protocole de Kyoto en 1997, qui a lancé les premiers engagements de réduction des émissions de CO2, puis en 2015 à la COP21. Il est cependant injuste de dire que les COP n’aboutissent «à rien». Car, en réalité, elles permettent de mettre autour de la table les gouvernements mondiaux et d’aboutir à des traités. Le problème, c’est que ces traités ont toujours été, jusqu’à aujourd’hui, des traités « non contraignants ». À la COP21, il fallait sauver la signature d’un accord politique par le choix des termes. On se souvient que les États-Unis ne voulaient pas entendre parler d’un accord contraignant. Le sort du monde et la politique ont été liés au bon  vouloir  de chacun. Le réchauffement climatique, lui, se poursuit. Concrètement, cela veut dire que même si un gouvernement signe un traité international comme l’Accord de Paris, rien ne l’oblige à respecter ses engagements. Aucune clause de ces traités n’implique de sanction» contre un État qui ne respecterait pas les objectifs fixés. Chaque année, on constate que les objectifs de ces traités ne sont, dans les faits, jamais atteints. En résumé, les COP, c’est beaucoup de réunions, d’efforts, pour peu d’actions concrètes (1).

 Ambivalence du discours des pays  occidentaux industrialisés

Vija Prashad explique que les pays occidentaux n’ont pas de position sérieuse concernant la réduction des gaz à effets de serre. Ils imputent l’échec aux pays émergents qui consomment 3 à 6 fois moins par habitant comme c’est le cas de la Chine et de l’Inde . Vouloir les clouer au développement actuel c’est une façon de compromettre leurs développement  D’un côté les pays occidentaux misent plus que jamais sur le pétrole, de l’autre ils viennent à Glasgow pour affirmer s’inscrire dans la démarche de réduction des gas à effets de serre !  Il écrit : «  Juste avant le départ de Biden pour le sommet du G-20,   son administration a fait  pression sur  les États producteurs de pétrole (OPEP+) pour qu’ils « fassent le nécessaire en matière d’approvisionnement », à savoir augmenter la production de pétrole.  Alors que les États-Unis faisaient pression sur l’OPEP+ pour augmenter la production de pétrole, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a publié son rapport clé   sur les émissions mondiales. Le PNUE a souligné que les pays du G-20 représentent près de 80 pour cent des gaz à effet de serre mondiaux et que les trois principaux émetteurs de carbone par habitant   sont l’Arabie saoudite, l’Australie et les États-Unis. les États-Unis émettent des volumes de CO2 bien plus importants que ces deux autres pays : l’Australie représente 1,2 pour cent des émissions mondiales de carbone, tandis que l’Arabie saoudite représente 1,8 pour cent et les États-Unis 14,8 pour cent » (2)

Vojay Prashad ajoute que même le G20 s’est fendu d’un communiqué « tiède » : « Avant la réunion de Glasgow, les dirigeants du G-20 se sont réunis à Rome pour raffermir leur propre approche face à la catastrophe climatique. Le communiqué qui a émergé de cette réunion, « Déclaration des dirigeants du G20 à Rome » , était tiède, utilisant des termes tels que « faire des progrès », « renforcer les actions » et « intensifier ». (…) Selon le  rapport  du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à moins que les émissions de carbone ne soient réduites, il est peu probable que l’objectif clé de ne pas avoir plus de 1,5 degré Celsius de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels sera atteint. Bien que la nécessité de passer à zéro émission de carbone d’ici 2050 soit sur la table depuis quelques années, la déclaration du G-20 l’a ignoré et a choisi la formulation vague selon laquelle les émissions nettes doivent cesser «d’ici ou vers le milieu du siècle». (2)

« Dans les jours précédant la réunion de la COP26, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a  déclaré : « Il est temps de laisser derrière nous les discours creux, les promesses non tenues et les engagements non tenus. Nous avons besoin que des lois soient adoptées, que des programmes soient mis en œuvre et que les investissements soient financés rapidement et correctement, sans plus tarder. (…) Il était clair que les pays développés – principalement l’Occident, les anciennes puissances coloniales – avaient utilisé bien plus que leur part du « budget carbone », tandis que les pays en développement n’avaient pas autant contribué à la catastrophe climatique et luttaient pour remplir leurs obligations de base. obligations envers leurs populations. (…) Le Fonds vert pour le climat  est resté bien inférieur à l’engagement annuel de 100 milliards de dollars promis en 2009. La réunion du G-20 à Rome n’est parvenue à aucun consensus sur le seau vide ; Pendant ce temps, il est important de reconnaître le contraste frappant selon lequel, pendant la pandémie, un total de 16 000 milliards de dollars de mesures de relance budgétaire a été  déboursé  entre mars 2020 et mars 2021, principalement dans les pays développés. Compte tenu de l’improbabilité d’une discussion sérieuse sur le financement climatique, il est probable que la COP26 soit un échec. » (2)

 Le combat perdu des COP en face de l’impératif économique

En fait, derrière chaque décision relative au climat, il y a des conséquences économiques et sociales, et les gouvernements doivent les prendre en compte. Sur le papier, tout le monde ou presque est d’accord : il faut limiter le réchauffement climatique. Sauf que, dans la pratique, c’est nettement plus compliqué.  Le problème est la suite, quand chacun rentre chez soi. Par où on commence ? Qui paye pour tout ça ? Il faut donc trouver un terrain d’entente. On imagine en effet assez mal un État signer volontairement un traité qui l’obligerait à mettre en place des mesures trop difficiles et trop contraignantes en l’absence de décisions politiques prises à un niveau planétaire tant il est vrai qu’il s’agit de sauver l’humanité.

On ne peut donc pas arriver à un consensus facilement sur ces questions, ce qui explique que les COP n’aboutissent jamais à des résultats prescriptifs. Elles ne disent pas «comment faire», elles fixent juste des objectifs. Le succès de la COP21 tient d’ailleurs dans cette subtilité. Si tout le monde ou presque a accepté de signer la COP21 (contrairement au Protocole de Kyoto qui n’avait pas été ratifié par les principaux pollueurs), c’est qu’elle n’obligeait aucun État à quoi que ce soit. Chaque État était même libre de définir ses propres objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et il était aussi libre, ensuite, de décider comment il parvient à ces objectifs. Car la menace n’est pas immédiate, elle touche en priorité les pays faibles et dans tout les cas les pays développés ont la parade. Ainsi quand la mer envahit le littoral au Bengladesh, c’est la catastrophe, tel n’est pas le cas de citoyens riches en Australie qui ont érigé un mur de sept mètres pour protéger la plage des assauts de l’océan. Les rares mesures environnementales sont progressives et indolores économiquement parlant. Bref, des mesures cosmétiques.

 Les Nations Unies doivent protéger le bien commun

 Qui gouverne les biens communs ? Personne ? Les faibles pays sont livrés à eux- mêmes et subissent, sans pouvoir y faire face, les conséquences d’un climat erratique en termes d’incendie et de sécheresse. Pour avoir une chance de limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C, nous avons huit ans pour réduire de près de moitié les émissions de gaz à effet de serre : l’humanité doit réduire les émissions de gaz à effet de serre de 56% d’ici 2030.

Que faire alors sachant qu’avec leur meilleure bonne volonté et des efforts importants, la COP, comme les précédentes, aboutira à des vœux pieux. Pourtant, on peut s’en sortir si l’importance des changements climatiques devient une urgence planétaire comme la pandémie. Le climat et sa stabilité sont ce que l’on pourrait appeler un bien commun : tous les pays du monde ont besoin d’un climat stable et fonctionnel pour pouvoir fonctionner correctement. Un peu comme tout le monde a besoin de réserves d’eau potable, d’un air sain et d’une terre productive. Ce sont des biens communs, qui profitent à tous. Pourtant, ces biens communs peuvent être affectés par des actions individuelles. Quand un pays développe son réseau énergétique, afin de développer son économie et améliorer les conditions de vie de sa population, il pollue, il émet du CO2 et cela dégrade le climat. Mais comme le CO2 ou la pollution ne s’arrêtent pas aux frontières, c’est le climat de toute la planète qui est affecté. L’action d’un pays affecte un bien qui appartient à tous. Se pose alors la question de la gestion de ces biens communs : ne devrait-on pas mettre en place une réglementation qui empêche un pays, ou une entreprise, ou un groupe d’individus de dégrader un bien commun ? Après tout, si tout le monde est affecté, la moindre des choses est que les décisions se prennent en commun. Il n’y a pas de «police internationale» qui pourrait mettre des amendes à un État ou l’obliger à émettre moins de CO2. Il n’y a pas non plus de tribunal international qui soit compétent pour obliger un gouvernement à agir de telle ou telle façon. On est donc obligés de «négocier».

Pourtant, les COP restent aujourd’hui les seuls leviers qui permettent de discuter de ces questions au niveau international. Mais leurs actions sont cosmétiques devant les dangers imminents. Avec la pandémie qui a fauché 5 millions d’âmes, les dangers étant spécifiques, chacun a trouvé la solution et l’argent nécessaire. Il en est ainsi quand il a fallu sauver les banques avec l’argent public en 2009. C’est peut-être aux Nations Unies de prendre une résolution qui permette d’aller de l’avant. Il faut changer de paradigme, mettre la sécurité de la Terre avant toute autre considération.

Que pourrait faire, d’une façon responsable, un gouvernement mondial pour le bien commun ?

Au niveau mondial, un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80% des réserves de charbon doivent rester inutilisées.  La transition énergétique est déjà en cours car la baisse des coûts rend les énergies renouvelables omniprésentes et plus abordables que les combustibles fossiles. Plus nous retardons, plus les efforts nécessaires deviendront difficiles. Un effort a d’ailleurs bel et bien été engagé en 2020, mais de façon totalement involontaire puisque c’est la crise sanitaire de la Covid-19 qui nous y a contraints ! En obligeant un sixième de la population mondiale à se confiner, l’économie a ralenti au point de réduire les émissions de CO2 d’environ 6% sur l’année que nous avons rattrapé l’année suivante. Pour limiter le dérèglement climatique à une valeur à peu près acceptable d’ici la fin du XXIe siècle, il faudrait donc qu’un nouvel effort de cette ampleur soit fait chaque année. C’est donc possible pour accélérer la décarbonisation. Cette démarche doit être décidée d’une façon responsable par le conseil de sécurité de la Terre en associant les grands pays émergents. D’abord la Chine qui fait des efforts exceptionnels et qui, par habitant, consomme 3 fois moins que les pays occidentaux. Ensuite, l’Inde le Brésil et l’Indonésie

 1.Déployer plus largement la tarification et les marchés du carbone

C’est là qu’intervient la tarification du carbone. Un effort devant diriger l’attention sur les secteurs difficiles à décarboniser comme le transport et les industries comme l’aluminium, le ciment et l’acier. Il s’agit de taxer les émissions de CO2 : c’est la fameuse taxe carbone, qui vient s’ajouter au prix de vente des produits.  En organisant les marchés du carbone, des quotas d’émissions de gaz à effet de serre (autrement dit, des permis de polluer) sont distribués. Si une entreprise dépasse son quota, elle peut en acheter à une entreprise qui, elle, reste en dessous de ce qu’elle a le droit d’émettre. `Pour que ce soit efficace, il faudrait deux choses. D’abord que le prix du carbone soit plus élevé. Il y a deux ans, la commission Stern-Stiglitz (deux économistes, l’un britannique, l’autre américain) préconisait un prix entre 40 et 80 dollars la tonne en 2020, puis entre 50 et 100 dollars en 2030 pour rendre dissuasive la production de carbone. D’où cette autre proposition, cette fois faite par deux économistes français, Jean Tirole et Christian Gollier, en faveur d’un prix mondial unique du carbone. «Toute personne, en tout lieu, pour tous les usages» devrait payer le même prix. Un prix de carbone identique partout : on mesure, à la seule formulation de cette phrase. Le commerce de carbone pourrait-il fonctionner à l’échelle internationale ? Un marché international du carbone pourrait fonctionner comme ceci : les pays qui luttent pour atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions pourraient acheter des réductions d’émissions d’autres pays qui ont déjà réduit leurs émissions plus que le montant qu’ils avaient promis, par exemple en passant aux énergies renouvelables.

2.Planter des dizaines de milliards d’arbres

 C’est l’une des solutions qui a le plus fait débat. Beaucoup de pays s’y consacrent, à l’image de l’Éthiopie qui a déjà planté 6 milliards d’arbres, de l’Arabie Saoudite qui annonce 10 milliards d’arbres d’ici 2030, du Pakistan qui ambitionne de planter dix milliards d’arbres  d’ici 2023. (Ten Billion Trees Tsunami Programme pour 500 millions de dollars 2021 2023). Il en est ainsi de la France qui veut rendre les forêts plus résilientes, planter sur 45 000 ha avec un budget de 200 millions d’euros sur deux ans…

3.Toutes ces actions sont faites d’une façon volontaire. L’essentiel serait qu’au niveau des Nations Unies, dans le cadre de la protection du bien commun qui est la Terre, une répartition par pays en termes de plantations d’arbres serait faite et sera notamment étudié le TPE d’arbres le plus résilient avec une croissance rapide et ne nécessitant pas beaucoup d’eau. Une étude primaire annonce qu’il faut au moins planter 1 200 milliards d’arbres d’ici 2050 pour absorber les 2/3 de CO2 produits par l’homme, 9 millions de km2, sachant qu’un hectare d’arbres plantés absorbe entre 3 et 5 tonnes de CO2.

 3.Mettre l’accent sur le développement du renouvelable et sur l’innovation 

 Il s’agit de mettre partout des plans Marshall pour les énergies renouvelables maintenant qu’elles sont très compétitives. Le soutien à l’innovation permettra de développer les véhicules électriques, l’éolien offshore, la géothermie, le captage du carbone et l’hydrogène vert qui pourrait, à terme, remplacer le gaz naturel. Les applications en domotique permettraient d’optimiser l’utilisation de l’énergie, en faisant appel à des smart grids  avec un Internet de l’énergie  où des bâtiments échangent entre eux avec même une implication possible de véhicules électriques qui pourraient se recharger quand la demande est faible et  participer avec leur batterie à la demande dans le smart grid

4.Privilégier les financements verts

 L’une des premières choses à faire est de convaincre les Etats et les banques de rediriger les investissements  pour les fossiles vers des investissements verts  Dans ce cadre on aapprend que plus de 160 banques et groupes d’investissement sont impliqués dans ces financements qui consistent à investir de moins en moins dans les financements fossiles. Dans le même ordre, toutes les multinationales du pétrole, du gaz et du charbon devraient contribuer d’une façon déterminée à prendre en charge une partie du financement. Dans ce cadre, il est impossible de savoir si les 100 milliards de dollars prévus depuis 2009 à Copenhague suffiraient. Il faut démarrer et ensuite ajuster au fur et à mesure. À titre d’exemple, la lutte pour les changements climatiques demanderait plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année.

Comment l’Algérie avait préparé la COP 26 ?

Un travail important a été réalisé par le  ( Ministère de la Transition Energétique et des Energies Renouvelables ) MTEER en relation avec une dizaine de départements ministériels : le Livre blanc sur les changements climatiques et les efforts faits par l’Algérie pour en atténuer les effets. De plus, des conférences webinaires préparatoires avec l’Irena, l’AIE ont affiné la position de l’Algérie qui a pu être élue à la vice- présidence de l’Irena. Enfin, Madame l’ambassadrice du Royaume-Uni a été reçue et la position algérienne affirmée.

L’Algérie avait dimensionné l’effort qu’elle pourrait faire si elle était accompagnée pour ses grands chantiers,  le barrage vert, la plantation de 1 milliard d’arbres, l’hydrogène vert. Toute cette stratégie a aussi été exposée à la dizaine d’ambassadeurs qui ont été reçus et qui ont affirmé leur accord pour accompagné l’Algérie dans la mise en place de la transition énergétique. Plus que jamais, nous devons continuer l’effort.

 Qu’est-ce qu’une juste part d’énergie ? 

Un nouveau paradigme s’impose et que dans le sillage qui a déconstruit la civilisation telle que nous l’avons connue, il faille inventer une nouvelle façon de vivre, d’abord en réfléchissant à des espaces avec des parties communes pour les utilités (eau, électricité gaz) et même voir dans quelle mesure il ne faut pas réduire la consommation individuelle. Il faudrait peut-être que l’humanité se prépare à réduire d’une façon drastique son empreinte écologique.

De ce point de vue éthique, au nom d’une justice climatique et énergétique, la distribution équitable des ressources amènerait les pays riches du monde à réduire leur impact écologique pour que les pays à faible revenu puissent avoir un meilleur accès aux ressources jusqu’à ce qu’il y ait convergence. Pour l’histoire, nous avons tous connu le rationnement de nourriture, de bois. L’utilisation planifiée des ressources, le contrôle des prix et le rationnement peuvent tous sembler étrangers à l’économie américaine actuelle de 6 tep/hab/an mais ce sont, en fait, des éléments importants de l’histoire des États-Unis dans les années trente du siècle dernier. Un niveau de vie universel décent pourrait être aussi bas que 500 watts par habitant. l’Agence internationale de l’énergie prévoit 1 300 watts. À l’autre extrémité de l’échelle énergétique, les États-Unis et le Canada consomment plus de 9 000 watts par habitant, 30 fois la consommation d’énergie par habitant.

 Conclusion 

Que voulons-nous en définitive pour la planète? À l’échelle de la naissance supposée de la Terre, cinq milliards d’années, l’apparition de l’homme est tardive.  Très tardive. Sa présence représente 2 à 3 minutes sur une horloge de 24 heures. La Terre a donc fonctionné sans l’homme. Elle s’en remettra après la sixième extinction qui ne serait pas due à un météore, mais à l’homme.

L’énergie est un enjeu citoyen du monde. Comment défendre la sobriété face à ceux dont l’accès à l’énergie est déjà insignifiant faute de moyens ? Les COP ont terminé leur mission maintenant que le diagnostic est fait. Il faut passer aux actes. Il n’y a qu’un gouvernement mondial, un conseil de sécurité de l’Humanité. Il faut sortir de la culture du secret en posant sur la table l’avenir de la planète et définir enfin les conditions d’un débat mondial démocratique et informé, qui associe concrètement tous les humains ; l’objectif étant triple, une justice climatique et énergétique, une énergie verte. Et, par-dessus tout, la conviction que nous sommes tous sur le même bateau Terre que nous devons mener à bon port et faire en sorte que la sixième extinction promise par les collapsologues ne soit plus d’actualité du fait de la vigilance de chacun sous la bienveillance d’un gouvernement des Nations Unies.

Le gouvernement mondial de sages remplacerait les COP et devra, par une pédagogie, expliquer la nécessité de faire accéder l’humain aux biens communs. Nous devrions arriver à faire accepter la nécessité d’un seuil pour les énergies fossiles, l’accès aux énergies renouvelables n’est pas limité.  Les objectifs du millénaire auraient là une excellente application pour leur mise en œuvre.

De plus, nous sommes tous embarqués sur le vaisseau Terre et nous devons, par nos gestes éco-citoyens et non ego-citoyens, participer au respect du bien commun et ne consommer que le juste nécessaire. J’emprunte à Pierre Rabhi la légende du colibri : «Il est dans la forêt, en proie à un incendie. Il s’active, cherche des gouttes d’eau qu’il verse au-dessus des flammes. Un tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : ‘’Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec des petites gouttes que tu vas éteindre l’incendie.’’ Et le colibri répond : ‘’Je sais. Mais je fais ma part’’.» Puisse chacun de nous contribuer à faire sa part comme le colibri.

Pour sauver l’humanité, il faut aussi changer de paradigme, la «sobriété heureuse» (Al qana’a) est une réponse puissante au néo-libéralisme sauvage qui ne fait pas de place à la dignité humaine.  Cette sobriété explore la manière de générer davantage, en réduisant l’avoir. Cet avoir que l’on accumule sans fin et qui permet de tout acheter, sauf l’essentiel : le bonheur.

 Professeur Chems Eddine Chitour  

Ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur. et de la Recherche Scientifique

Ancien Ministre de la Transition Energétique et des Énergies Renouvelables.

 

Notes :

 1.Clément Fournier https://youmatter.world/fr/cop-climat-inutiles-insuffisant/

 2.Vijay Prashad https://consortiumnews.com/2021/11/08/cop26-will-rich-nations-allow-our-planet-to-breathe/

Article de référence :

 https://www.lesoirdalgerie.com/contribution/plaidoyer-pour-le-bien-commun-pour-sauver-lhumanite-un-conseil-de-securite-pour-la-transition-energetique-de-la-terre-70236  09.11.2021



Articles Par : Chems Eddine Chitour

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