Plan russe pour la Syrie : la fin du monde unipolaire ?

La lettre de Vladimir Poutine adressée à l’opinion américaine (la version française est disponible ) restera dans l’histoire comme un coup de maître tant sur le plan diplomatique que géostratégique ou encore humanitaire.

Le président russe vient en effet de faire échouer l’agenda géopolitique de l’Occident américano-centré visant à détruire la Syrie d’Assad.

Alors que l’assaut intérieur a visiblement échoué à renverser le pouvoir (ne permettant que la destruction du pays depuis près de trois ans), la coalition des puissances hostiles au régime syrien (que l’on peut qualifier d’axe Washington/Londres/Paris/Ankara/Doha/Riyad) se préparait à un assaut extérieur via des bombardements. Officiellement, il s’agissait de « punir » Bachar al-Assad mais officieusement, de procéder à des frappes afin d’affaiblir les capacités militaires du pays et d’accélérer la défaite du régime syrien.

Dans de nombreux pays occidentaux en effet, les lobbies anti-Assad ont visiblement pris en otage les élites politiques, comme c’est par exemple le cas en France d’après l’analyste Elie martin. Si la proposition russe a donc contribué à sauver la paix et la stabilité dans la région, elle l’a fait au prix de mettre devant ses contradictions un Occident qui s’est finalement piégé tout seul en mettant volontairement en péril le droit international et donc sa légitimité.

Pourquoi?

Parce qu’une victoire militaire de l’Etat syrien, puis sans doute politique aux prochaines élections de Bachar al-Assad, signifierait une victoire au final de « l’Iran » sur Washington et Riyad et une perte de crédibilité de l’Occident américano-centré en tant que puissance dominante. Quant à une défaite militaire de l’Etat syrien face aux rebelles, elle verrait inévitablement le pays s’enfoncer dans une anarchie sur le modèle irakien et la prise de pouvoir de fondamentalistes, ce qui représenterait un danger tant pour la région que le monde.

Pire, peut-être que des frappes militaires occidentales pourraient mettre en péril la légitimité et l’existence de l’Onu, ce contre quoi la Russie s’oppose plus que tout. N’est-ce pas un étonnant renversement de l’histoire que ce soit la fille de l’Union Soviétique qui soit contrainte de défendre pacifiquement le droit international face à des occidentaux alliés aux pires dictatures islamistes ?

En quelques semaines, il est intéressant de voir comment l’image de la Russie à évolué. De dictature froide cautionnant les massacres du Tyran syrien et refusant d’aider le bienfaiteur Snowden, la Russie apparaît désormais de nouveau comme le pays aidant les faibles et les pays agressés, son président mediatiquement détesté devenant même un potentiel candidat pour recevoir le prix Nobel de la paix, comme Gorbatchev en son temps (paradoxalement au moment ou le monde unipolaire se mettait en place) ou encore plus récemment le président américain Obama.

La guerre en Syrie aura été un révélateur supplémentaire que l’Occident politique n’existe pas ou plus, tant les hésitations et l’absence d’unité politique sont apparues évidentes. En face, les deux autres axes participant au conflit ont fait eux preuve d’une détermination et d’une unité politique sans faille, que ce soit l’axe chiite ou l’axe des émergents, opposés à la guerre et rassemblés autour du binôme russo-chinois, les seconds soutenant assez clairement les premiers.

Lorsqu’à la chute de l’Union Soviétique, Francis Fukuyama préconisait la fin des idées et la victoire définitive de l’Occident, il s’était trompé et le rêve unilatéral totalitaire n’aura historiquement duré qu’une grosse décennie. Même si la suprématie de l’Occident, bien que déclinante, reste provisoirement quasi-totale sur le plan économique et militaire, la guerre en Syrie devrait sans doute signifier que l’Occident vient de perdre la guerre morale et de subir une défaite politique définitive.

Cela pourrait sans doute signifier que l’humanité vient de rentrer dans une nouvelle période de son histoire: le début de la fin du monde unipolaire. /N

 



Articles Par : Alexandre Latsa

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