Plus de soldats US en Afghanistan pour empêcher les Chinois d’y entrer? Le lithium et la bataille pour obtenir les richesses minérales.

Trump préconise une escalade de la guerre en Afghanistan. Pourquoi? Parce que cela fait partie de la « guerre mondiale contre le terrorisme »? Parce qu’il faut combattre les méchants? Pour une autre raison?

Ce que le grand public ne sait pas, c’est que l’Afghanistan possède d’importantes ressources pétrolières et gazières, des matières premières stratégiques, sans oublier l’opium, une industrie de plusieurs milliards de dollars qui alimente le marché noir de l’héroïne aux USA.

Les réserves minérales comprennent d’énormes veines de fer, de cuivre, de cobalt, d’or et de lithium, une matière première stratégique qui entre dans la production de piles de haute technologie pour les ordinateurs portatifs, les téléphones cellulaires et les voitures électriques.

La détermination de Trump se traduira par le pillage et le vol des richesses minérales de l’Afghanistan pour financer la « reconstruction » d’un pays détruit par les USA et leurs alliés après 16 années de guerre. Les « réparations de guerre » seront donc accordées au pays agresseur?  

Capture d’écran : The Independent.

Une note de service interne du Pentagone datant de 2007, citée par le New York Times, signalait que l’Afghanistan pourrait devenir « l’Arabie saoudite du lithium ». (New York Times, U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan – NYTimes.com, 14 juin 2010; voir aussi la BBC, 14 juin 2010; et Michel Chossudovsky, Global Research, 2010)

Bien qu’il faudrait de nombreuses années pour développer une industrie minière, le potentiel est tellement grand que les représentants et les patrons de l’industrie croient qu’elle pourrait attirer un investissement majeur :

« Il y a un potentiel incroyable ici, a déclaré le général David H. Petraeus, chef du commandement central des États-Unis (…). Il y a évidemment bien des si, mais je crois que le potentiel est considérable. »

« Cela deviendra le pilier de l’économie afghane », a indiqué Jalil Jumriany, un conseiller du ministre afghan des Mines. (New York Times, op. cit.)

Ce que le rapport de 2007 omet de mentionner, c’est que ce réservoir de ressources est connu de la Russie (l’Union soviétique de l’époque) et de la Chine depuis les années 1970.

Pendant que le gouvernement du président Ghani invite le président Donald Trump à promouvoir les investissements étasuniens dans le secteur minier de l’Afghanistan, notamment pour l’exploitation de lithium, la Chine a déjà pris les devants en mettant en œuvre des projets miniers et énergétiques, en élaborant des projets de pipelines et en créant des couloirs de transport.

La Chine est un partenaire majeur de l’Afghanistan du point de vue du commerce et de l’investissement (aux côtés de la Russie et de l’Iran), ce qui risque de heurter les intérêts économiques et stratégiques des USA en Asie centrale.

La Chine compte éventuellement intégrer le transport terrestre passant par le corridor historique de Wakhan, qui relie l’Afghanistan à la région autonome ouïgoure du Xinjiang (voir la carte ci-dessous).

Les ressources minérales inexploitées de l’Afghanistan étant estimées à trois mille milliards de dollars, des sociétés chinoises ont acquis des droits d’extraction de quantités énormes de cuivre et de charbon, en plus d’obtenir les premières concessions d’exploration pétrolière consenties à des étrangers depuis des décennies. La Chine lorgne aussi du côté des vastes dépôts de lithium, qui entrent notamment dans la fabrication de piles et de composantes nucléaires.

Les Chinois investissent aussi dans l’hydroélectricité, l’agriculture et la construction. Une liaison routière directe menant à la Chine, qui passera par la frontière de 76 kilomètres jouxtant les deux pays, est en construction dans cette région éloignée. (New Delhi Times, 18 juillet 2015)

L’Afghanistan possède d’énormes réserves de pétrole, dont l’exploration a été confiée à la China National Petroleum Corporation (CNPC).

Source : Mining News, août 2010

« La guerre, c’est bon pour les affaires »

Les bases militaires étasuniennes sont sur place pour imposer la mainmise des USA sur les richesses minérales de l’Afghanistan. Selon le Foreign Affairs, « il y a plus de forces armées étasuniennes déployées là [en Afghanistan] que dans toute autre zone de combat active », dont le mandat officiel est de « pourchasser » les talibans, Al-Qaeda et Daech dans le cadre de la « guerre mondiale contre le terrorisme ».

Pourquoi tant de bases étasuniennes? Pourquoi Trump y envoie-t-il d’autres forces armées?

L’objectif non déclaré de la présence militaire étasunienne en Afghanistan est de ne pas permettre aux Chinois d’y entrer, autrement dit, d’empêcher la Chine d’établir des relations commerciales avec l’Afghanistan et d’y investir.

De façon plus générale, l’établissement de bases militaires proches de la frontière occidentale de la Chine entre dans un processus d’encerclement militaire de la République populaire de Chine, dont font partie les déploiements navals en mer de Chine méridionale, les installations militaires à Guam, en Corée du Sud, à Okinawa, sur l’île de Jeju, etc. (voir la carte de 2011 ci-dessous)

Pivot vers l’Asie

Dans le cadre du pacte de sécurité liant les USA et l’Afghanistan découlant du pivot vers l’Asie d’Obama, Washington et ses partenaires de l’OTAN ont établi une présence militaire permanente en Afghanistan, qui comprend des installations militaires proches de la frontière occidentale de la Chine. Le pacte devait permettre aux USA de maintenir leurs neuf bases militaires permanentes, stratégiquement situées à la frontière avec la Chine, le Pakistan, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.

La présence militaire étasunienne n’a cependant pas empêché la Chine d’accroître ses relations commerciales avec l’Afghanistan et ses investissements. Un accord de partenariat stratégique a été signé par Kaboul et Pékin en 2012. L’Afghanistan jouit aussi d’un statut d’observateur auprès de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

En outre, le Pakistan voisin, qui est maintenant un membre à part entière de l’OCS, a établi des relations bilatérales étroites avec la Chine. Voilà maintenant que Donald Trump profère des menaces au Pakistan qui, pendant de nombreuses années, a été la cible de la « guerre des drones non déclarée » menée par les USA.

Autrement dit, on assiste à un tournant sur le plan géopolitique, qui favorise l’intégration de l’Afghanistan, aux côtés du Pakistan, dans l’axe eurasiatique actif dans les secteurs du commerce, de l’investissement et de l’énergie.

Le Pakistan, l’Afghanistan, l’Iran et la China coopèrent à la réalisation de projets d’oléoduc et de gazoducs. L’OCS, qui compte parmi ses membres à part entière le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, propose une plateforme géopolitique en vue de l’intégration de l’Afghanistan dans les couloirs eurasiatiques pour le transport et l’énergie.

La Chine pourrait bien vouloir intégrer l’Afghanistan au réseau de transport de la Chine occidentale et à son Initiative route et ceinture.

En outre, le géant minier appartenant à l’État chinois qu’est la Metallurgical Corporation of China Limited (MCC) a déjà réussi à mettre la main sur l’immense dépôt de cuivre de Mes Aynak, qui se trouve dans un secteur contrôlé par les talibans. Déjà en 2010, Washington craignait « que la Chine, qui est gourmande en ressources, tente de dominer le processus de développement de la richesse minérale de l’Afghanistan, au grand dam des États-Unis (…). Après avoir obtenu le contrat pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak, dans la province de Logar, il est clair que la Chine en veut davantage. » (Mining.com)

La Chine et la bataille pour le lithium

Les conglomérats miniers chinois sont maintenant entrés dans la concurrence pour obtenir le contrôle stratégique du marché mondial de lithium, qui était jusqu’à tout récemment dominé par « trois grands » conglomérats : Rockwood Lithium de la Albermarle Corporation (Caroline du Nord), la Sociedad Quimica y Mineral de Chile, et FMC Corporation, (Philadelphie), qui exerce ses activités en Argentine. Pendant que les trois grands dominent le marché, la Chine représente maintenant une part importante de la production de lithium mondiale, qui fait d’elle le quatrième pays producteur de lithium en importance dans le monde, derrière l’Australie, le Chili et l’Argentine. Le Tianqi Group a également pris le contrôle de la plus grande mine de lithium de l’Australie, appelée Greenbushes. Tianqi détient maintenant une participation de 51 % dans Talison Lithium, en partenariat avec Albemarle, de la Caroline du Sud.

Cet engouement pour la production de lithium est lié au développement rapide du marché des voitures électriques en Chine.

La Chine est dorénavant « le centre de l’univers du lithium ». Elle constitue le plus grand marché pour les voitures électriques. BYD, une entreprise chinoise soutenue par Warren Buffett, est le plus grand fabricant de voitures électriques au monde et les entreprises chinoises produisent la plus grande quantité de produits chimiques à base de lithium entrant dans la composition des piles. À l’heure actuelle en Chine, 25 sociétés fabriquent 51 modèles de voitures électriques. Cette année, 500 000 voitures électriques seront vendues. GM a dû attendre sept ans avant de vendre 100 000 Chevy Volts depuis 2009. BYD vendra 100 000 voitures électriques cette année seulement! (Mining.com, rapport de novembre 2016)

L’ampleur des réserves de lithium en Afghanistan n’est pas encore bien établie.

Les analystes croient que ces réserves encore inexploitées n’auront pas d’incidence majeure sur le marché mondial du lithium.

Prof. Michel Chossudovsky

 

Article original en anglais :

More American Troops to Afghanistan, To Keep the Chinese Out? Lithium and the Battle for Afghanistan’s Mineral Riches, publié le 24 août 2017

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca



Articles Par : Prof Michel Chossudovsky

A propos :

Michel Chossudovsky is an award-winning author, Professor of Economics (emeritus) at the University of Ottawa, Founder and Director of the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal, Editor of Global Research.  He has taught as visiting professor in Western Europe, Southeast Asia, the Pacific and Latin America. He has served as economic adviser to governments of developing countries and has acted as a consultant for several international organizations. He is the author of eleven books including The Globalization of Poverty and The New World Order (2003), America’s “War on Terrorism” (2005), The Global Economic Crisis, The Great Depression of the Twenty-first Century (2009) (Editor), Towards a World War III Scenario: The Dangers of Nuclear War (2011), The Globalization of War, America's Long War against Humanity (2015). He is a contributor to the Encyclopaedia Britannica.  His writings have been published in more than twenty languages. In 2014, he was awarded the Gold Medal for Merit of the Republic of Serbia for his writings on NATO's war of aggression against Yugoslavia. He can be reached at [email protected]

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