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Pour la fermeture de « l’école des bourreaux »
Par Pablo Long
Mondialisation.ca, 25 juillet 2006
Noticias Aliadas, Risal (traduction de l'espagnol) 25 juillet 2006
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/pour-la-fermeture-de-l-cole-des-bourreaux/2818

Plus aucun soldat argentin, bolivien, uruguayen ni vénézuélien ne sera entraîné dans le funeste centre d’instruction états-unien. Pas moins de 11 dictateurs latino-américains ont été élèves de cette école.
 

L’Argentine, la Bolivie, l’Uruguay et le Venezuela cesseront d’envoyer leurs militaires s’entraîner à l’Ecole des Amériques, l’académie de guerre des Etats-Unis où, durant ses 60 ans d’existence, quelque 62 000 officiers ont été diplômés, parmi lesquels les dictateurs latino-américains les plus sanguinaires. L’Ecole perd ainsi le concours de quatre pays dont les peuples ont souffert de sa doctrine dans leur chair et qui pourraient représenter l’avant-garde de nouvelles désertions.

Le Brésil, le Chili, l’Equateur et le Pérou seront les escales de la prochaine tournée de Roy Bourgeois, prêtre catholique qui dirige l’Observatoire sur les Ecoles des Amériques (en anglais SOAW, School of the Americas Watch) [1], une organisation qui vise la fermeture définitive du centre d’instruction. Lors d’une visite dans la région en mars et avril, Bourgeois a réussi à faire en sorte que l’Argentine, la Bolivie et l’Uruguay se décident enfin, suivant ainsi l’exemple donné par le Venezuela en janvier 2005.

En six décennies d’existence, l’Ecole a formé des militaires de 18 pays dans les domaines de la guerre de basse intensité, des opérations psychologiques, des techniques de contre-insurrection, des opérations de commando et des méthodes d’interrogatoire et d’obtention d’informations, « tout cela étant bien éloigné de l’objectif de promotion de la démocratie et de formation des militaires dans le respect des droits de l’Homme, la devise sous laquelle elle fut créée en 1946 », raconte Bourgeois.

Pas moins de 11 dictateurs latino-américains sont diplômés de la célèbre Ecole, parmi lesquels les Argentins Leopoldo Galtieri (1981-82) et Roberto Viola (1981), les Boliviens Hugo Bánzer Suárez (1971-78) et Luis García Meza (1980-81), le Guatémaltèque Efraín Ríos Montt (1982-83) et le Chilien Augusto Pinochet (1973-90).

Un autre élève fameux de l’Ecole est feu le major de l’armée salvadorienne, Roberto D’Aubuisson, diplômé en 1972 et fondateur, dans son pays, des escadrons de la mort dont l’un fut directement responsable de l’assassinat de l’évêque Óscar Arnulfo Romero en 1980.

Mais il y en a d’autres qui, depuis les coulisses, firent des assassinats et de la torture une routine militaire. Vladimiro Montesinos, le « pouvoir derrière le trône » sous le gouvernement d’Alberto Fujimori (1990-2000) au Pérou, était un ancien excellent élève de l’Ecole, tout comme le fut Manuel Contreras, directeur des services secrets de la dictature chilienne et responsable des assassinats de l’ancien ministre des Affaires étrangères Orlando Letelier en 1976 et de l’ancien chef de l’Armée, Carlos Prats en 1974.

Le 27 mars, la ministre argentine de la Défense, Nilda Garré, a déclaré que « non seulement l’Argentine n’enverra plus d’officiers à l’Ecole des Amériques, mais qu’il est illégal en outre de les y envoyer car, dans cet institut funeste, ils sont formés à la sécurité intérieure et à la lutte contre le trafic de drogue, ce qui est ici légalement interdit aux militaires. »

Deux jours plus tard, ce fut le tour du gouvernement uruguayen de Tabaré Vázquez. « Notre gouvernement n’a pas l’intention d’envoyer des officiers à ces formations [parce qu’] il s’agit d’une relation qui n’a absolument plus lieu d’être », a affirmé la ministre de la Défense, Azucena Berrutti.

La Bolivie, qui a connu deux dictatures sanglantes dirigées par des anciens élèves de l’Ecole, a été le quatrième pays à annoncer son retrait. « Notre personnel quittera petit à petit cette école de formation de dictateurs », a déclaré le ministre de la Présidence, Juan Quintana. « La priorité de la Bolivie est de renforcer des formes de coopération qui permettent de former nos militaires dans des pays sud-américains, dans le cadre d’une nouvelle architecture de sécurité régionale ».

« Les soldats vénézuéliens ne mettront jamais plus les pieds dans cet endroit. Pendant de longues années, la majorité des plus terribles et des plus néfastes dictateurs d’Amérique latine ont été formés dans cette école », avait affirmé le président vénézuélien Hugo Chávez lors d’une conférence à l’église de St. Paul et St. Andrew, à New York en septembre 2005.

Un bref aperçu historique permet de constater que les pays latino-américains ayant connu les plus graves violations des droits de l’Homme sont ceux qui ont envoyé le plus grand nombre d’officiers s’entraîner dans l’Ecole. La Colombie, avec 8 679 anciens élèves, est le premier de la liste. Suivent El Salvador (6 776), le Nicaragua (4 693), le Panama (4 235), la Bolivie (4 049) et le Honduras (3 691).

Durant la dernière décennie du siècle dernier, un mouvement latino-américain demandant la fermeture de l’Ecole a commencé à se former, trouvant peu à peu des adeptes aux Etats-Unis.

En 1996, la campagne en faveur de la fermeture de l’Ecole a fait un bond en avant grâce à la publication dans le journal étasunien The Washington Post de sept manuels sur la torture et autres matières fort peu démocratiques qui servaient à instruire les militaires latino-américains.

Le Congrès s’est alors mêlé de l’affaire et a posé un ultimatum au Pentagone. Plusieurs membres du Congrès ont déclaré qu’il était impossible de préserver « quoi que ce soit portant le nom d’Ecole des Amériques ».

Par conséquent, au lieu de fermer l’Ecole en 2001, elle a été rebaptisée du nom pompeux et malhonnête d’Institut de coopération pour la sécurité hémisphérique (WHISEC, selon ses initiales en anglais). « Cela revient à mettre du parfum sur des déchets toxiques », ironisa alors le prêtre Bourgeois.

Notes:

[1] [NDLR] Visitez : http://www.soaw.org/.

En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : Noticias Aliadas (www.noticiasaliadas.org), 25 mai 2006.

Traduction : Marie-Anne Dubosc, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

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