Poutine et Tsipras se rencontrent le 8 avril: les principaux éléments

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Alors que l’Allemagne est apparue en affirmant, à titre préventif et quelque peu défensif, que l’aide russe à la Grèce n’est pas affaire importante – un non-évènement

Comme le rapporte Bloomberg, le gouvernement allemand suggère que le prêt de la Russie à la Grèce serait un événement de routine.

Un pays qui emprunte à un autre «ce n’est absolument rien de spécial», déclare la porte-parole du ministère des Finances allemand Friederike von Tiesenhausen lorsqu’on lui demande si l’acceptation par la Grèce de prêts de la Russie serait en accord avec la politique européenne. «C’est le système financier international.» Elle refuse de commenter spécifiquement la possibilité de prêts russes à la Grèce, dit que c’est «hypothétique» et «pour autant que je sache, pas à l’ordre du jour» de la visite de Tsipras à Moscou.

Nous soupçonnons que le signal que cela enverrait ne serait pas vraiment formidable pour le leitmotiv de l’UE (et d’Obama) selon lequel la Russie, c’est l’incarnation du mal.

Néanmoins, quand le Premier ministre grec Alexis Tsipras rencontre le président russe Vladimir Poutine aujourd’hui, les sujets de discussions vont de la levée des sanctions (bilatéralement) ou du financement d’un plan de sauvetage à une remise sur le prix du gaz par Gazprom. Le résumé (via RT)

Le nouveau dirigeant, âgé de 40 ans, d’un des pays les plus endettés au monde rencontre Poutine mercredi, juste un jour avant que le pays ne doive rembourser €463.1 millions au Fonds monétaire international. Le Premier ministre grec est arrivé à Moscou mardi.

La Russie va-t-elle renflouer la Grèce?

De vives rumeurs ont prétendu qu’Athènes et Moscou complotaient un plan de sauvetage secret depuis que l’idée avaient été lancée d’abord par le ministre russe des Finances Anton Siluanov, quelques jours après la victoire électorale de Syriza en janvier. Le quotidien russe Kommersant a rapporté que Moscou est prêt à offrir une aide financière indirecte, citant une source gouvernementale anonyme.

«Nous sommes prêts à examiner l’idée d’accorder à la Grèce une remise sur le prix du gaz : selon les termes du contrat, le prix du gaz est indexé sur le prix du pétrole, qui a significativement baissé ces derniers mois», aurait dit une source gouvernementale russe, citée par Kommersant.

«Nous sommes également prêts à discuter de la possibilité d’accorder de nouveaux prêts à la Grèce. Mais, en retour, nous sommes intéressés à des gestes réciproques, en particulier que la Russie obtienne certains actifs de la Grèce», a ajouté la source, sans spécifier la nature des actifs dont elle parlait.

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a dit, lors d’une interview avec Zeit online au début de février, que son pays «ne demandera jamais d’aide financière à Moscou».

Attendez, est-ce que la Russie a l’argent pour cela ?

Oui et non.

Des membres du gouvernement ont laissé entendre que l’aide de la Russie, si elle était fournie, serait indirecte.

La plupart des économistes dans le monde sont plutôt positifs à propos de l’économie russe, mais chacun s’accorde à dire qu’elle va se contracter cette année entre 3% et 4%. Tout récemment, S&P a amélioré ses perspectives économiques pour la Russie, disant qu’elle reviendrait à la croissance en 2016 et croîtrait de 1,9%.

Au cours du premier trimestre de 2015, l’économie a cru de 0.4%, et le rouble russe, qui avait perdu près de 50% en 2014, est maintenant la devise la plus performante de l’année.

Bien que l’économie de la Russie ne soit pas aussi forte qu’elle l’était il y a deux ans, et que sa croissance soit proche de zéro, elle a déjà engrangé $356 milliards de réserves de change au 1er avril et plus de $150 milliards répartis entre les fonds de réserve de pétrole du pays, le Fonds national de réserve et le Fonds national de prévoyance. Si l’économie russe tombe en récession, ces fonds devraient maintenir la situation stable pendant deux à trois ans.

La Russie fournit une aide financière et des prêts à la plupart des anciens pays soviétiques. En mars, le Kremlin a prolongé un prêt de $2 milliards au Belarus, et en février, il a approuvé un prêt de $270 millions à l’Arménie. En 2013, juste avant que l’Ukraine commence à se tourner vers l’Europe, la Russie à accordé un prêt de $3 milliards à Kiev.

La question n’est pas de savoir si Moscou à l’argent, mais s’il veut obtenir un dividende politique et se faire un nouvel allié en engloutissant de l’argent dans la Grèce, qui a déjà aspiré $240 milliards dans la dette de l’UE et n’a pas enregistré de croissance de son PIB en six ans.

Qu’en est-il d’une réduction du prix du gaz pour la Grèce?

Le gaz est devenu une question importante dans les relations économiques entre la Russie et la Grèce, après que le président Poutine a annoncé le nouveau gazoduc Turkish Stream qui arrivera à la frontière turco-grecque. La Russie comme la Grèce sont intéressées au projet, mais la position d’Athènes dépend largement du prix du gaz que la Russie lui proposera.

Le 30 mars, le ministre grec de l’énergie Panagiotis Lafazanis a rencontré à Moscou son homologue russe Aleksandr Novak, ainsi que le directeur de Gazprom Aleksey Miller pour discuter d’une réduction du prix du gaz pour la Grèce ainsi que de la clause d’enlèvement ferme, qui exige d’Athènes qu’elle achète le gaz qu’elle n’utilise pas.

Selon le contrat actuel, la compagnie étatique grecque du gaz DEPA achète le gaz à $300 les 1000 mètres cubes. En 2014, DEPA a pu obtenir de Gazprom une réduction de 15% du prix. La Grèce pourrait obtenir une nouvelle réduction ou renégocier la partie enlèvement ferme du contrat si Athènes offre aux compagnies pétrolières russes des actifs ou des droits de prospection pour les gisements de pétrole et de gaz de la mer Ionienne.

En 2013, Gazprom a fait une offre de €900 millions pour acheter une participation majoritaire dans DEPA, mais s’est retirée des négociations à la dernière minute, invoquant des préoccupations quant à la stabilité financière de la compagnie. Actuellement Gazprom contrôle presque 70% du marché gazier grec.

Au cours de ces entretiens, Lafazanis a aussi discuté de la perspective que la Grèce rejoigne le projet du pipeline Turkish Stream, qui pourra potentiellement livrer 47 milliards de mètres cubes de gaz à l’Europe via la Turquie. Gazprom a dit que le tracé terrestre passera à travers la mer Noire et atteindra le port turc de Kiyikoy, pour ensuite gagner la frontière turco-grecque près de la ville de Ipsila.

Moscou peut-il lever les sanctions contre la Grèce?

Les contre-sanctions de la Russie sur les produits agricoles prises à l’encontre de l’UE n’expirent pas avant août 2015, un an après leur promulgation comme mesure destinée à protéger l’économie de la Russie.

La Grèce a été touchée particulièrement durement par l’interdiction alimentaire de Moscou, d’autant plus que 40% des exportations de la Grèce vers la Russie sont des produits agricoles. En 2013, plus de 178 millions d’euros en fruits et conserves avaient été exportées en Russie, selon l’association des exportateurs fruitiers grecs, Incofruit-Hellas.

Le ministre russe de l’Agriculture Nikolai Fyodorov a déclaré que les sanctions alimentaires contre la Grèce seraient levées au cas où Athènes quitterait l’Union européenne. En tant que membre de l’UE, la Grèce ne peut signer aucun accord avec la Russie.

Comme membre de l’UE, la Grèce a le pouvoir de mettre son veto à de nouvelles sanctions contre la Russie. Alexis Tsipras a déclaré ouvertement que les sanctions contre la Russie sont une voie sans issue. Les autres états amicaux envers Moscou comprennent des pays entretenant des liens économiques très étroits avec la Russie, comme la Hongrie, la Slovaquie, l’Italie et la République tchèque.

La Russie est le plus grand partenaire commercial de la Grèce, avec un commerce net en 2013 de près de $12,5 milliards (€9,3 milliards), plus que la Grèce et l’Allemagne la même année. La Russie est la plus grande source d’importations pour la Grèce, ce qui représente 11% en 2013.

Une fois que le marché alimentaire russe sera de nouveau ouvert, la Grèce, avec la Turquie et Chypre, sera la première à y pénétrer de nouveau, selon Sergey Dankvert, le directeur de Rosselkhoznadzor, le Service russe d’inspection des denrées alimentaires.

Après le voyage, une nouvelle étape pour la Grèce?

Alors que Tsipras est encore à Moscou, la Grèce devrait rembourser €463,1 millions sur le prêt du FMI. Encore €768 millions d’euros sont dus à la fin mai.

Si Varoufakis revient sur sa déclaration et si la Grèce fait défaut sur le remboursement de son emprunt aux créanciers de l’UE, quitte la zone euro et la monnaie commune, puis demande à Moscou quelques milliards pour s’en sortir – la situation choquerait presque tout le monde et provoquerait le chaos sur les marchés financiers, puisque la Grèce a répété à de multiples reprises son intention de rembourser son énorme dette de €324 milliards.

La raison pour laquelle l’UE est venue au secours d’Athènes avec deux plans de sauvetage totalisant $240 milliards était de protéger l’euro, qui est la monnaie commune de 18 pays, dont la Grèce.

Jusqu’ici, Athènes a indiqué qu’elle voulait continuer à emprunter à l’UE, mais à des conditions différentes. Si, pour une raison ou une autre, la Grèce décide de faire défaut sur sa dette au Fonds monétaire international, elle serait le premier pays développé à le faire.

L’économie grecque n’a pas connu de croissance depuis 2008 et elle a rapidement été paralysée par les conditions draconiennes imposées par l’UE.

La Grèce a obtenu de ses créanciers une prolongation de quatre mois de son plan de sauvetage, et la nouvelle étape sera définie après qu’Athènes aura pu convaincre les ministres de l’UE que les Grecs sont sérieux dans la mise en place de réformes économiques. Les ministres grecs ont toutefois déclaré qu’ils n’ont pas l’intention de faire défaut sur aucune de leurs obligations financières envers leurs prêteurs.

 

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone



Articles Par : Zero Hedge

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