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Poutine tire à boulets rouges : guerre made in USA pour aider McCain
Par Astrit Dakli
Mondialisation.ca, 29 août 2008
Il manifesto 29 août 2008
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/poutine-tire-boulets-rouges-guerre-made-in-usa-pour-aider-mccain/9990

Vladimir Poutine sait décidé ment utiliser les médias mieux que son  successeur Dmitri Medvedev. Son choix d’une interview par CNN pour lancer la plus lourde des accusations contre l’administration Bush –avoir orchestré la guerre en Ossétie du Sud, en y participant avec ses propres militaires, pour donner un avantage au candidat républicain McCain (sauf qu’il a l’habileté de ne pas citer de nom, NDT)-  est un coup de maître : la chaîne étasunienne a un tout autre impact sur l’opinion publique internationale que les médias russes, et l’accusation –lancée dans une petite phrase non circonstanciée- est de celles qui intriguent et  qui, à la longue, se déposent dans l’inconscient des gens.  Cela pourrait être un très bon point pour Obama si le candidat républicain voulait faire une campagne agressive  contre son rival ; mais cela ne semble pas être le cas.

Le premier ministre russe a en tout cas fait de son mieux pour diviser le front occidental, en assortissant sa très lourde accusation  contre les Usa d’un engagement à ne pas utiliser l’arme énergétique (les livraisons de gaz et pétrole) pour répondre à d’éventuelles  sanctions européennes.  « Nous, nous ne politisons pas  les relations économiques – a déclaré Poutine, en ajoutant avec malice (l’auteur a écrit malignement, je préfère traduire en changeant le terme et le signale, NdT) que « nous nous étonnons de voir des émissaires étasuniens qui circulent  à travers les pays européens en essayant de les convaincre de ne pas acheter  nos produits ». Le fait est que le gouvernement russe allonge en ce moment la liste des  produits étasuniens (tous du secteur alimentaire)  qu’il est interdit d’importer en Russie pour des « motifs sanitaires » ou qui sont lourdement taxés. Poutine a aussi évoqué une contre-mesure  russe qui fait très peur :  « Mais si notre opinion  est si peu importante, si on veut nous tenir à l’extérieur du G8 ou autres instances, pourquoi alors, grands dieux,  les occidentaux ne se débrouillent-ils pas  tout seuls avec l’Iran ? ».

Quant aux  hypothétiques sanctions brandies tout est encore très confus. Un porte-parole de la Maison Blanche a admis qu’« il est prématuré de parler » de sanctions étasuniennes. La seule  mesure à l’étude est le blocus du méga-accord sur le nucléaire pacifique, accord dont le blocus, au demeurant, porterait tort de façon équivalente aux entreprises étasuniennes et russes. Les grandes entreprises US font en effet pression discrètement sur la Maison Blanche pour qu’elle traîne les pieds sur le terrain des sanctions.  L’Union européenne de son côté bredouille dans la confusion la plus totale, qui reflète la réalité des rapports bien plus que les retentissantes déclarations des leaders des 27. Mercredi le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait exclus qu’on puisse parler de sanctions au sommet européen de lundi prochain (1er septembre) ; hier, en y repensant, il a par contre annoncé que oui, on discutera de ça ; mais pour se démentir après qu’un porte-parole de la Commission européenne  ait déclaré sèchement « il n’en est pas question ». Le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, n’a pas tort quand il dit simplement de Kouchner : « Notre collègue parle beaucoup ».

Le front est dans le brouillard. L’OTAN promet « un appui total » à la Géorgie, et ses leaders  encouragent le président ukrainien  Viktor Youchenko  à se montrer de plus en plus agressif envers Moscou ; mais les appels de Michaïl Saakashvili pour une entrée rapide dans l’Alliance sont élégamment snobés (« les procédures de contact avec nos partenaires géorgiens se poursuivront régulièrement », récite hypocritement  un communiqué , ce qui veut dire qu’on en reparlera  en décembre), et l’Ukraine est de fait laissée seule  avec ses désastres (sauf des apparitions à Kiev de tel ou tel leader occidental). Hier un énorme dépôt de munitions  proche (de Kiev ? NdT)  a sauté : des sources russes affirment que c’est de là justement qu’était en train de s’organiser  un transfert d’explosifs destinés à la Géorgie.

Edition de vendredi 29 août 2008 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/29-Agosto-2008/art35.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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