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Programme Nucléaire Nord Coréen
Par Planète non-violence
Mondialisation.ca, 16 octobre 2006
Planète non-violence, Bulletin Atomic Scientist 16 octobre 2006
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https://www.mondialisation.ca/programme-nucl-aire-nord-cor-en/3505

Le 10 février 2005; la Corée du Nord annonçait pour la première fois qu’elle possédait des armes nucléaires. L’affirmation a fait la une des journaux mais c’était difficile d’en vérifier la véracité. Au début des années 90, la CIA avait effectivement conclu que la Corée du Nord avait rejoint le club des puissances nucléaires en fabriquant une ou deux bombes à partir du plutonium qu’elle avait produit avant 1992. Mais, à l’époque, la Corée du Nord n’avait jamais mené de test nucléaire, et bien qu’elle ait effectivement réussi à extraire du plutonium utilisable dans la fabrication d’armes nucléaires, on n’avait jamais pu prouver qu’elle était en possession d’armes nucléaires opérationnelles. Cependant, c’est connu depuis longtemps, la Corée du Nord a un programme nucléaire.

Armes nucléaires sur la péninsule coréenne

Depuis plus de 50 ans les armes nucléaires et la Corée sont sur une même trajectoire. Pendant la guerre de Corée (1950-1953) les Etats-Unis ont menacé plusieurs fois d’utiliser des armes nucléaires. Apres l’armistice, l’armée américaine est restée en Corée du sud (République de Corée) la Corée n’ayant jamais depuis été réunifiée. Les Etats-Unis ont commencé à déployer plusieurs types d’armes nucléaires dans le sud en janvier 1958, à une époque où ils entreposaient massivement partout dans le monde des têtes nucléaires. En 1967, les Etats-Unis avaient déployés 950 têtes nucléaires de 8 différents types en Corée du sud. Mais le nombre de têtes nucléaires sera ensuite réduit et dans les années 80 il tombait à environ 150. Sans prévenir le président H.W Bush, père de l’actuel président, a ordonné que le reste des armes soient retirées ce qui a été fait fin 1991.

La menace d’une attaque nucléaire sur la Corée du Nord à la fois pendant et après la guerre de Corée a probablement incité la Corée du Nord à vouloir développer son propre programme nucléaire militaire. La Corée du Nord a commencé le programme dans les années 60 avec l’aide de l’Union Soviétique et ensuite pendant les deux décennies qui ont suivi la Chine a fournie différents types d’aide.

Plus récemment, la Pakistan a joué un rôle important dans le développement du programme nucléaire nord coréen. Dans la seconde moitié des années 90, Abdul Qadeer Khan, scientifique pakistanais et « père » du programme nucléaire du Pakistan, a fourni au marché noir (sous la surveillance de la CIA qui n’a rien fait pendant des années pour arrêter ce trafic pour ne pas compromettre les sources et les méthodes employées mais aussi les relations des Etats-Unis avec le Pakistan) à la Corée du Nord l’équipement pour enrichir l’uranium et peut être même aussi des plans pour fabriquer des têtes nucléaires selon certaines informations parues dans les medias. Khan a amassé une fortune, des centaines de millions de dollars, mais son trafic découvert, il a été placé sous résidence surveillée en 2004 et les Etats-Unis n’ont pu obtenir du gouvernement pakistanais de pouvoir l’interroger. Selon un article de Seymour Hersh paru dans le NewYorker en 2003, les agences de renseignements américaines pensaient que Khan avait fait au moins 13 voyages en Corée du Nord, le dernier en juin 2002.

En octobre 2002, les Etats-Unis ont publiquement accusé la Corée du Nord de faire fonctionner secrètement un programme d’enrichissement d’uranium, ce que la Corée du Nord a démenti. Apres ces accusations, la Corée du Nord, qui avait adhéré au TNP, et dont le programme était sous surveillance de l’AIEA, a renvoyé les inspecteurs de l’AIEA. En 2003 la Corée du Nord a annoncé se retirer du TNP. C’est le premier pays à l’avoir fait, et en juin de la même année, elle a redémarré son réacteur de 20MWs dont l’activité avait été suspendue

On sait peut de chose du programme d’enrichissement d’uranium de la Corée du Nord, où cela se fait, combien de centrifuges fonctionnent et l’état d’avancement du programme. Personne ne connaît non plus les aptitudes des scientifiques nord coréens. Tout reste du domaine de l’hypothèse et d’expertises spéculatives.

La Corée du Nord possède également un programme avancé de fabrication de missiles balistiques de longue portée le Nodong /Rodong qui a une portée de 1480km et pourrait atteindre les bases américaines et japonaises d’Okinawa. Si c’est raisonnable d’envisager que la Corée du Nord veut pouvoir équiper ses missiles balistiques de têtes nucléaires, personne à ce jour ne sait s’ils en ont acquis la capacité. La plupart des autres pays ayant développés des armes nucléaires ont choisi les avions de combat comme méthode de largage suivi par les missiles balistiques de portée variable. Les capacités de développer une flotte aérienne capable de transporter ces bombes nucléaires est certainement plus facile à développer et surtout moins évident à détecter que les missiles balistiques. La Corée du Nord possède toute une installation souterraine pour abriter sa flotte aérienne, et des avions de combat provenant de l’ex Union Soviétique équipés pour lancer des attaques nucléaires.

Contre la menace américaine omni présente dans cette partie du monde (L’administration Bush considère la Corée du Nord comme faisant partie de « l’Axe du Mal », l’armée américaine possède une forte présence en Corée du Sud ainsi qu’au Japon, et à Taiwan) la Corée du Nord, a cherché depuis longtemps à se préserver de l’expansionnisme de l’empire américain, et plus récemment de ses velléités de « guerre préventive », en créant une force de dissuasion nucléaire.

Est-elle réelle, ou est ce du bluff ?

La Corée du Nord a annoncé le 9 octobre 2006 avoir procédé à un essai nucléaire souterrain. Cet essai nucléaire nord coréen a provoqué les hauts cris des grandes puissances nucléaires, et pourrait entraîner des sanctions du Conseil de Sécurité, mais peu de chance pour que les américains ait carte blanche pour une intervention armée, la Russie et la Chine ont, tout en condamnant l’essai nucléaire, refusé d’envisager d’autoriser un tel recours.

Source de certaines informations contenues dans ce paragraphe : un article de Robert.S. Norris et de Hans M. Kristensen paru dans le Bulletin Atomic Scientists May/juin 2005

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