Québécois, Québécoises : Mobilisons-nous contre la guerre annoncée!

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L’administration Bush est sur un pied de guerre. Canonières, porte-avions et sous-marins équipés d’armes atomiques,  font route vers le Moyen-Orient. Des milliers de militaires ont rejoint les forces de la coalition anglo-américaine dans le Golfe persique et sur les bases militaires états-uniennes à Qatar, au Koweit et sur l’île de Diego Garcia dans l’Océan indien. Selon le Pentagone, un quart de million de soldats, provenant des différentes unités de la coalition, seront impliqués dans l’invasion de l’Irak.

L’objectif de Washington n’est pas de « restaurer la démocratie »,  mais de mettre en place en Irak un gouvernement militaire d’occupation semblable à celui qui fut installé au  Japon au lendemain de la Deuxième guerre mondiale. L’économie irakienne sera restructurée. Les géants pétroliers anglo-américains prendront possession des installations pétrolières de l’Irak.

Washington a également enclenché sa guerre d’intimidation contre le peuple irakien. Dans le sud de l’Irak, furent deversés par la US Air force des dizaines de milliers de tracts reproduisant l’image d’un soldat irakien mort aux côtés de sa batterie antiaérienne et de sa veuve éplorée. Sous l’image, on peut lire cet avertissement en arabe : « Avant de faire feu sur les avions de la coalition, réfléchis aux conséquences, pense à ta famille  ».

Feu vert des Nations unies

Plutôt que de condamner les plans de guerre de Washington, qui constituent une violation flagrante de la Charte des Nations unies, le Conseil de sécurité a donné à Washington – « au nom de la communauté internationale  » – le feu vert pour lancer une guerre contre l’Irak au cours des prochains mois. La résolution du Conseil de sécurité met en garde l’Irak contre les « sérieuses conséquences  » qu’entraînerait le « non-respect des conditions d’inspection du programme d’armements irakien  ».

Washington n’a nullement l’intention de se conformer à la mise en application de cette résolution des Nations unies. Au contraire ! Son objectif consiste à  se retirer, à un moment opportun du programme d’inspection en invoquant le refus des autorités irakiennes de « se conformer » à la résolution du Conseil de sécurité. Les conditions précises imposées à l’Irak, par la résolution 1441, sont pratiquement impossibles à rencontrer : « Les Irakiens doivent savoir que toute petite erreur leur coûtera une guerre  ».  Il suffit que les inspecteurs déclarent que leur travail a été entravé pour que cela soit considéré par l’administration Bush comme une raison suffisante pour déclarer la guerre à l’Irak.

L’intention de Washington est de créer un « incident pouvant servir de prétexte  » – avec l’approbation des Nations unies – qui permettrait de justifier aux yeux de l’opinion publique internationale le déclenchement d’une guerre. Souvenons-nous que le Congrès états-unien avait déjà adopté une résolution au mois d’octobre qui accordait au président Bush les pouvoirs de déclencher une guerre contre l’Irak « une fois épuisés les efforts diplomatiques  ».

Une guerre pour le pétrole : d’abord l’Irak, puis l’Iran

Les plans guerriers de George W. n’ont rien à voir avec les « armes de destruction massive » de Saddam ou ses présumés liens avec Oussama Ben Laden. La grande région du Moyen Orient et de l’Asie centrale renferme plus de 70 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel (trente fois celles des États unis).  Selon la  U.S. Central Command (Centcom), « le but de l’engagement états-unien… consiste à protéger les intérêts vitaux des États-Unis dans la région, c’est-à-dire l’accès ininterrompu par les États-Unis et leurs alliés au pétrole du Golfe  ». Autrement dit, l’enjeu de cette guerre c’est le pétrole. Il s’agit bien d’une guerre de conquête, dont le but consiste également à  affaiblir les conglomérats pétroliers rivaux, dont ceux de la Russie et de la France qui ont d’importants intérêts pétroliers en Irak et en Iran. Comment alors expliquer que les trois membres permanents réfractaires  du Conseil de sécurité n’aient pas exercé leur droit de veto ? Y a-t-il eu une entente préalable dans les coulisses avec la Russie, la Chine et la France sur le « partage du butin de guerre  »?  Pour une raison inexpliquée, la France a maintenant décidé de se joindre aux forces de la coalition contre l’Irak.

Bien que l’opération militaire immédiate a  pour cible l’Irak,  cette guerre pourrait s’étendre sur l’ensemble de la région,  de l’est de la Méditerranée et du Golfe persique jusqu’au cœur de l’Asie centrale. Les plans de guerre annoncés par le Pentagone stipulent que le « théâtre stratégique  » comprend « le double endiguement des États voyous que sont l’Irak et l’Iran  ».

De plus, bien qu’Israël ne fasse pas « officiellement  » partie de la coalition anglo-étatsunienne, le Haut-commandement de la Défense israélienne est en liaison permanente avec le Pentagone. Le premier ministre israélien Ariel Sharon a invité Washington à bombarder l’Iran, après avoir bombardé l’Irak. Les ogives  nucléaires israéliens ne sont pas pointées uniquement vers Bagdad, mais également vers toutes les grandes villes du Moyen Orient.

Comment renverser la vapeur : Construisons un mouvement contre la guerre  

Nous sommes à la veille de la plus grave crise de l’histoire moderne, qui nécessite dans le cadre du mouvement contre la guerre, une solidarité, un courage et un engagement sans précédent. La guerre des États-Unis, qui comprend l’utilisation « en première frappe  » d’armes nucléaires, menace l’avenir de l’humanité. Aux États-Unis et à travers le monde, le mouvement d’opposition à la guerre gagne en ampleur. Alors que des millions de personnes ont joint leurs efforts pour s’opposer à la guerre, la campagne de peur et de désinformation de l’administration Bush, relayée par les grands médias, a réussi à entraîner un secteur important de la population des États unis à accepter de manière inconditionnelle les plans de guerre de leur gouvernement.

Nous sommes à la croisée des chemins. Le mouvement d’opposition à la guerre doit nécessairement passer à un stade supérieur. Le momentum créé par le succès des grands ralliements d’opposition à la guerre aux États-Unis, au Canada et ailleurs à travers le monde devrait permettre de jeter les bases d’un réseau permanent formé de dizaines de milliers de comités contre la guerre dans les quartiers, les lieux de travail, les paroisses, les écoles, les universités.

Pour faire échec aux plans de guerre de l’administration Bush, il importe que se constitue un vaste réseau contre la guerre. En d’autres mots, au-delà des manifestations pontuelles, nous devons faire dans les prochains mois un énorme travail de sensibilisation, d’information et d’éducation populaire. Nous devons rejoindre nos concitoyennes et concitoyens, au Québec et au Canada. Nous devons dénoncer le mensonge politique ainsi que la complicité des médias.

Il s’agit non seulement de dévoiler les causes et conséquences de cette guerre annoncée. Nous devons également remettre en question  les soi disant « lois anti-terroristes  » adoptées au Canada, sur le modèle de celles maintenant en vigueur aux États-Unis,  et qui mènent tout droit à la constitution d’un État policier.

Pour renverser la vapeur, nous devons développer au Canada et au Québec une mouvance citoyenne d’envergure.. Le gouvernment canadien est partie prenante dans cette guerre:  Les bateaux de guerre de la marine canadienne sont déjà sur place au large du Golfe persique. Nous devons exiger du premier ministre Jean Chrétien que le Canada se retire de la coalition militaire menée par Washington. Par ailleurs, nous devons également exiger que le gouvernment du Québec s’exprime clairement sur cette question face à la décision d’Ottawa.de participer  à cette guerre.  

Lorsque les mensonges – incluant ceux concernant les attentats du 11 septembre – seront révélés dans toute leur étendue et compris par chacun, la légitimité de l’administration Bush sera sapée. Big Brother n’aura plus de jambes sur lesquels se tenir, ne pourra plus se nourrir de la guerre.

Bien que cela ne mènera pas nécessairement à un « changement de régime  » immédiat et fondamental aux États-Unis, un nouveau « consensus anti-guerre  » aura vu le jour. Une première étape aura été franchie dans la lutte contre le Nouvel ordre mondial et l’Empire américain..



Articles Par : Prof Michel Chossudovsky

A propos :

Michel Chossudovsky is an award-winning author, Professor of Economics (emeritus) at the University of Ottawa, Founder and Director of the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal, Editor of Global Research.  He has taught as visiting professor in Western Europe, Southeast Asia, the Pacific and Latin America. He has served as economic adviser to governments of developing countries and has acted as a consultant for several international organizations. He is the author of eleven books including The Globalization of Poverty and The New World Order (2003), America’s “War on Terrorism” (2005), The Global Economic Crisis, The Great Depression of the Twenty-first Century (2009) (Editor), Towards a World War III Scenario: The Dangers of Nuclear War (2011), The Globalization of War, America's Long War against Humanity (2015). He is a contributor to the Encyclopaedia Britannica.  His writings have been published in more than twenty languages. In 2014, he was awarded the Gold Medal for Merit of the Republic of Serbia for his writings on NATO's war of aggression against Yugoslavia. He can be reached at [email protected]

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