Quand Amnesty International accuse Israël

Regardons ce qui se passe avant d’assurer bénéfices et privilèges. C’est le sens de l’appel qu’Amnesty International lance à l’occasion du Conseil d’association UE-Israël, au programme d’aujourd’hui (13 juin). Dans un dossier présenté à la présidence autrichienne de l’Union Européenne, Amnesty dénonce l’usage disproportionné de la force de la part d’Israël contre les civils palestiniens. Une accusation qui s’est trouvée de nouveau confirmée vendredi dernier (et hier, 13 juin, ndt [1]) quand un tir de missile depuis une vedette israélienne, est tombé, hors cible, sur la plage de Sudanya (Gaza), tuant huit palestiniens, dont sept membres d’une même famille. Amnesty écrit que plus de 100 palestiniens, parmi lesquels une trentaine d’enfants et adolescents, ont été tués depuis le début de l’année par les forces israéliennes. Les « assassinats ciblés » contre des militants de l’Intifada, par des missiles tirés depuis des avions ou hélicoptères, non seulement sont illégaux mais ont fait de nombreuses victimes. Le centre israélien pour les droits de l’homme Betselem indique que depuis le mois d’octobre 2000 jusqu’en mars de cette année, 329 palestiniens ont été assassinés par des opérations « ciblées », dont 213 appartenaient à des groupes armés : les autres étaient des civils. « Israël doit affronter de graves questions de sécurité mais il ne peut pas réagir aux dépens de personnes innocentes. Tout ceci ne fait que perpétuer le cycle de la violence dont Israël finit par être à son tour la victime », a déclaré Dick Oosting, directeur du Bureau d’Amnesty International auprès de l’Union Européenne.

Le dossier d’Amnesty souligne la perpétuation de la détention administrative -une condamnation (renouvelable) sans procès à six mois de prison sur la base d’informations fournies par les services de sécurité – bien qu’il s’agisse d’une méthode illégale qui viole les droits de l’homme. A l’heure actuelle, plus de 600 palestiniens sont détenus sans accusation dans des camps militaires, dans des conditions extrêmement dures. Pendant la première Intifada (1987-1993) la communauté internationale avait critiqué de façon récurrente cette pratique (des milliers de palestiniens purgèrent cette peine pendant la « révolte des pierres ») alors que pendant cette seconde révolte, elle est restée silencieuse, acceptant les raisons de Tel Aviv qui a toujours parlé d’urgence contre des attentats. Le dossier d’Amnisty indique en outre le développement et l’expansion continus des colonies dans les Territoires Occupés, toujours en violation flagrante du droit international. Le gouvernement israélien, explique l’organisation, vient juste de confirmer la prochaine construction de 3500 nouvelles habitations dans la zone de Jérusalem Est, occupée par Israël depuis 1967, et annexée postérieurement au territoire de l’état juif.

En tant que puissance d’occupation, Israël a de plus l’obligation légale de satisfaire les besoins de base de la population sous occupation militaire. Cette responsabilité est encore plus grande aujourd’hui, au vu de l’aggravation préoccupante de la situation humanitaire dans les territoires palestiniens. Au contraire, souligne Amnesty, la construction du mur de séparation en Cisjordanie et la fermeture du post de transit de Karni, unique passage commercial de Gaza, aggravent la pauvreté dans la région. L’écrivain Erri de Luca, il y a quelques semaines, a minoré la gravité de l’impact sur la situation humanitaire de la fermeture de Karni, exercée par l’armée israélienne pour de présumées raisons de sécurité. De Luca a parlé de fermeture occasionnelle alors que dans les quatre premiers mois de l’année 2006, Israël a fermé Karin pendant plus de 60 jours, causant des pertes de plusieurs millions de dollars pour les Palestiniens.

Enfin, Amnesty est très préoccupé par la loi sur la citoyenneté – promulguée en 2003 et confirmée par la sentence votée par les juges de la Cour Suprême le mois dernier, sur la base de « considérations de sécurité » -qui interdit les regroupements familiaux en cas de mariages entre palestiniens d’Israël – appelés arabes israéliens – et les palestiniens des Territoires occupés. Cette loi, qui fait directement référence à l’identité ethnique de l’individu, concerne (et nuit à) des milliers de couples, obligés de vivre séparément, ou de ne se retrouver qu’en Cisjordanie ou à Gaza. Amnesty affirme que la loi sur la citoyenneté viole l’interdiction de discrimination contenue dans le droit international ainsi que dans plusieurs traités qu’Israël a ratifié, et qu’il est donc obligé de respecter, parmi lesquels : la Convention Internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciales, le Pacte International sur les droits civiques et politiques, le Pacte International sur les droits économiques, sociaux et culturels, et la Convention sur les droits de l’enfant.

Il y a quelques semaines seulement, la police a fait irruption chez un citoyen arabe (d’Israël, ndt) Mohammad Al-Heen, à Qalansua. Toute la famille, enfants compris, a été arrêtée et amenée au poste de commandement de la police. La mère a été immédiatement expulsée au poste de contrôle de Qalqiliya et séparée de ses enfants et de son mari qui a ensuite été obligé de signer une déclaration dans laquelle il s’engage à ne pas faire rentrer sa femme en Israël.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Articles Par : Michele Giorgio

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