Équateur, quand l’or noir mine la santé

Une marée noire en pleine forêt Gaïa

Pourquoi s’intéresser à l’exploitation du pétrole en Équateur ?

Jean-Claude Bertholet. En 1967, La Texaco Petroleum Company, filiale de Texaco Inc, commence à exploiter le pétrole en Équateur en association avec l’entreprise nationale Petroecuador. Cette exploitation durera trente ans, sans aucune limite. Texaco érige un oléoduc gigantesque qui traverse la forêt amazonienne, construit 22 stations, perfore 339 puits et produit 1 500 millions de barils de brut. La compagnie a donc exploité 80 % de la production nationale de pétrole. Lorsqu’elle décide n’avoir plus besoin de cette qualité-là de pétrole, la compagnie part en laissant derrière elle un paysage déformé, une eau contaminée et des habitants atteints par de graves maladies.

Comment se déroule un forage ?

Jean-Claude Bertholet. Dans les forages, on injecte de l’eau, et ces eaux sont ensuite rejetées dans des piscines qui se remplissent d’hydrocarbures, de traitement chimique et de métaux lourds. Puis ces piscines débordent dans les rivières et répandent ainsi des tonnes de produits toxiques et de déchets dans l’Amazonie.

Quelles sont les conséquences ?

Jean-Claude Bertholet. Les habitants sont malades. En faisant des analyses d’urine, des traces d’hydrocarbures ont été détectées. Et, selon un médecin que j’interroge dans le documentaire, ces traces sont la preuve de maladies répertoriées. 96 % des person- nes malades ont des lésions de la peau, des cancers de l’estomac et de l’intestin mais on constate aussi chez les enfants des malformations et chez les femmes, des avortements. Des médecins ont fait des études qui montrent une relation de distance. Car dans les maisons qui sont à moins de 50 mètres des puits, on com- pte 57 % de cancers. La mortalité due à des cancers dans cette population est trois fois supérieure à la moyenne nationale et près de six fois plus importante que dans le reste des provinces étudiées.

Qu’appelle-t-on les « derames » ?

Jean-Claude Bertholet. Ce sont des déversements accidentels. On l’estime à une rupture de tuyaux tous les cinq jours. Durant l’année 2001, 75 déversements ont été comptabilisés pour un total de 31 398 barils, soit un chiffre proche de ce qu’a perdu l’Exxon-Valdez lors de la catastrophe en l’Alaska. Après des accidents de ce type, la société exploitante envoie des hommes nettoyer les rivières. Ils pompent ce qu’ils peuvent et le remettent dans des piscines prévues à cet effet. Les sociétés pétrolières embauchent pour une durée de trois mois, et poussent les paysans à délaisser leurs activités agricoles et à vendre leurs terres. Les terres où la compagnie extrait le pétrole sont inexploitables par les paysans et la plupart des indigènes dépendent directement des ressources naturelles, de l’eau et des forêts. Cela bouleverse l’économie traditionnelle.

Un procès intenté à Texaco par 30 000 Indiens a débuté il y a une dizaine d’années. Où en est-on ?

Jean-Claude Bertholet. Après dix ans de procédures, les avocats de l’accusation ont réussi à faire reconnaître le procès Chevron-Texaco. Le 7 mai 2003, la justice américaine a transféré le dossier à la justice équatorienne. La procédure dure depuis des années. Les Indiens demandent un milliard de dollars de dédommagements. Et le président de Texaco a daigné accepter de leur verser la somme de 40 mil- lions de dollars. Quand nous étions sur place, de nouvelles expertises ont eu lieu. Ils ont découvert d’anciens puits à peine recouverts de terre. Les avocats de Texaco soutiennent que l’exploitation du pétrole n’a aucune incidence sur la santé des gens. Pourtant la réalité, l’environnement et les maladies démontrent le contraire.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte



Articles Par : Jean-Claude Bertholet

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