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Quel serait le plan B en Syrie ?
Par Valentin Vasilescu
Mondialisation.ca, 09 mars 2016
ziaruldegarda.ro
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Les islamistes en Syrie sont payés par leurs sponsors (Arabie Saoudite, Qatar, etc.) pour terroriser la population syrienne et combattre l’armée arabe syrienne pour renverser Bachar al-Assad. Ils ne sont pas payés pour respecter le cessez-le feu accepté par la Russie et les Etats-Unis, qui n’est qu’un piège tendu à la Russie pour qu’elle arrête les bombardements aériens [1].

Le « Wall Street Journal » affirme que parallèlement aux discussions sur l’application de la trêve en Syrie, le chef du Pentagone Ashton Carter, le chef d’état-major Joseph Dunford et le chef de la CIA John Brennan, ont eu une réunion à la Maison Blanche, où ils ont présenté des mesures visant à « créer des problèmes réels  » à la Russie [2]. Il semble que les Américains ont misé depuis le début sur un échec du processus diplomatique et politique lié au cessez-le-feu pour préparer un éventuel  »  Plan B   » (option militaire pour la Syrie) qui viserait à diviser la Syrie.

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, l’objectif commun de la Turquie et de l’Arabie Saoudite a été l’expulsion du pouvoir de Bachar al-Assad. Pour atteindre cet objectif, ils ont déjà investi plusieurs milliards de dollars, sans obtenir le résultat souhaité. L’objectif particulier de la Turquie est d’interdire l’unification et l’organisation des organisations locales, économiques et militaires, de Kurdes qu’elle ne contrôle pas, dans ce qu’on appelle le Kurdistan syrien. La Turquie n’est pas disposée à respecter le cessez-le-feu et ne veut pas se limiter à de petites incursions terrestres de 10-20 km à l’intérieur du territoire syrien. Ce qui le place dans la position d’être le meilleur exécutant du Plan B. L’Arabie Saoudite a déjà fait un premier pas dans le plan B, en déployant en Turquie, 6 F-15 équipés pour l’attaque au sol et l’appui des troupes au sol, faisant en sorte qu’une intervention terrestre est devenue plus crédible.

 

1-Imaginez ce qui arriverait si la Turquie et l’Arabie Saoudite mettaient en œuvre le plan B par l’invasion de la Syrie avec des troupes terrestres.

L’objectif poursuivi par Erdogan, dans le Plan B peut se voir avec la 2e armée turque déployée à la frontière syrienne, avec un effectif de 90 000 soldats. Trois brigades de chars, trois brigades mécanisées, deux brigades pour les opérations spéciales, plusieurs unités d’artillerie et une brigade avec 110 hélicoptères (AH-1P/S/W, TAI/AgustaWestland T129, CH-47F, S-70A), une formation de « groupe de choc » de la 2ème armée turque, composée de 55 000 hommes très mobiles, et pouvant être concentrés dans la moitié ouest, à la frontière, entre Jarabulus et Azaz dans le nord de la Syrie.

 

Très probablement, la direction principale de l’offensive de la 2ème armée turque sera, avec le « groupe de choc », l’axe Kilis-Azaz-Alep-Idlib,par le couloir contrôlé par les islamistes [3]. La mission immédiate sera de percer le corridor au sein de l’armée arabe syrienne qui occupe tout l’espace situé au nord de la ville d’Alep et qui sépare les groupes terroristes du gouvernorat d’Alep de ceux qui contrôlent l’ensemble du gouvernorat d’Idlib. L’occupation du Gouvernorat d’Alep par les Turcs et les Saoudiens contrecarrera toute tentative de pénétration de l’armée arabe syrienne vers l’est dans les territoires occupés par l’État islamique.

 

Le gros des troupes qui restent de la 2ème armée turque, en coopération avec les troupes saoudiennes se dirigeront dans une direction secondaire et pénétreront sans combat à travers le couloir Elbeyli- Jarabulus dans les territoires occupés par l’Etat islamique, selon une entente déjà préétablie entre Turcs et EI. Par la suite, selon le plan prédéterminé, une petite partie des mercenaires islamistes vont partir vers les pays du Golfe, via la Turquie, le reste ira grossir les rangs des djihadistes dits « modérés » qui luttent dans d’autres parties de la Syrie. Il n’y aura plus de terroristes. Il n’y aura plus que des troupes turco-saoudiennes qui entreront victorieusement dans les territoires occupés par l’Etat Islamique Ces troupes ne viendront pas pour libérer les territoires, mais pour les occuper à nouveau. La 2ème armée turque s’occupera principalement de la neutralisation des milices du Parti démocratique kurde en Syrie (PYD) dans le nord de la Syrie.

 

 

Cela jetterait ainsi les bases d’un Etat sunnite, appelé Sunnistan dans le nord, le centre et l’est de la Syrie, couvrant tous les champs pétroliers syriens (ou plus, un Sunnistan étendu de Raqua à Mossoul). Ce nouvel état sera sous l’occupation militaire et la tutelle de la Turquie et de l’Arabie Saoudite. Les nouveaux occupants vont maintenir en place des dirigeants dits «modérés», en fait le même masque que l’Etat islamique, lavés et transformés en « opposants démocrates» de Bachar Al-Assad. De cet avant-poste appelé Sunnistan, l’armée turque sera en mesure d’effectuer des raids dévastateurs contre l’armée nationale syrienne et la base aérienne russe dans l’ouest de la Syrie qui combat ailleurs dans le pays, avec des mercenaires terroristes, soutenus par la Turquie et l’Arabie Saoudite.

 

Les Etats-Unis qui ont soutenu jusqu’ici tous les ennemis de Bachar al-Assad, ont vu la férocité de l’engagement de l’armée arabe syrienne, de l’aviation russe et de leurs alliés kurdes dans le dernier mois. Les États-Unis se s’impliqueront donc pas directement, mais regarderont comment les choses se passent, intervenant uniquement lorsque cela est nécessaire, parce que les Turcs et les Saoudiens seront ceux qui font le sale boulot. Et seulement ensuite, Washington mettra en place un cadre pour une solution diplomatique internationale pour le partage de la Syrie.

2-Qu’est-ce qui pourrait compromettre le plan B de la Turquie et de l’Arabie Saoudite?

Un couloir de contournement à partir de l’Iran, passant par l’Irak, jusqu’au nord-est de la Syrie, où les troupes iraniennes couperont le chemin du forces terrestres de la Turquie et de l’Arabie Saoudite. Dans ce cas, les troupes iraniennes rencontreront plusieurs obstacles. Le premier est représenté par les Kurdes d’Irak, dirigés par le clan Barzani avec lequel les Kurdes de Syrie n’entretiennent pas de bonnes relations, parce qu’ils collaborent en toute transparence avec l’Etat islamique, la Turquie et les Etats-Unis. Rien que pour l’année 2015, le clan Barzani a empoché 3 milliards $ de pétrole volé à l’Etat irakien, dont les principaux bénéficiaires sont le clan Erdogan et Israël. L’armée irakienne du Kurdistan (peshmergas) au nombre d’environ 80 000 soldats, organisés en 36 brigades, disposent de 500 chars, de véhicules blindés légers, d’armes antichars et d’artillerie.

 

Par conséquent, les Peshmergas pourraient être utilisés par la Turquie pour empêcher l’afflux de troupes iraniennes en Syrie. Le deuxième obstacle est représenté par les combattants de l’État islamique en Irak et en Syrie. Si les Iraniens passent les deux premiers obstacles, les États-Unis ont préparé la 101ème Division aéroportée capable de se déployer en moins d’une semaine à la frontière irako-syrienne, via la base militaire de Rmeilane, aménagée dans un territoire détenu par les Kurdes de Syrie.

3-L’action de l’armée arabe syrienne, soutenue par l’aviation russe, pour nettoyer la Syrie des groupes de l’État islamique et d’autres groupes terroristes, aura-t-elle des effets négatifs sur les populations turque, saoudienne et qatari ?

Absolument pas. Les dirigeants politiques de la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Qatar, et pas seulement ces Etats, ont ouvertement misé, pour enlever Assad du pouvoir, sur les mercenaires islamistes, et les ont armés pour les introduire en Syrie. Sans l’exportation du terrorisme islamiste international pour lutter contre l’armée arabe syrienne ou toute armée nationale dans le monde, les choses prendraient une mauvaise tournure pour les rêves grandioses de sultans, rois, émirs, (NDT : et autres entités) qui les dirigent. De ce point de vue, les dirigeants politiques turcs, mais aussi ceux de l’Arabie Saoudite et du Qatar, apparaissent comme de monstrueuses créations fascistes, une maçonnerie islamique, que l’humanité doit rapidement jeter.

Après des années de flatterie vis-à-vis de Vladimir Poutine, le caméléon Erdogan prend désormais en charge le salafisme saoudien qui a conduit à la création d’Al-Qaida, la structure militaire, qualifié pour combattre les Soviétiques en Afghanistan (NDT : pour le compte des Etats-Unis). Erdogan, par mimétisme avec le wahhabisme et les Frères musulmans, préconise le déclenchement de la bataille finale contre les « forces du mal » (NDT : Comme George W. Bush) sur l’Euphrate en Syrie et en Irak. Ainsi, Erdogan et son âme damnée en politique, Ahmet Davutoglu, font des prédictions que «tout comme au XVIe siècle, lorsque l’Empire ottoman était à son apogée, la Turquie reprendrait les Balkans, le Caucase et le Moyen-Orient, et redeviendrait le centre politique du monde.  » Au milieu des tensions croissantes entre Moscou et Ankara, la Grèce a offert l’accès à la Russie au port d’Alexandroúpolis, sur la mer Egée, comme point de transit de son équipement militaire, en contournant le Bosphore et les Dardanelles si leur fermeture par la Turquie avait lieu.

La Turquie a également averti qu’avec ses alliés de l’OTAN dans la région, elle occuperait la Russie en moins d’une semaine. Si des Etats irresponsables et insignifiants du point de vue militaire, comme la Roumanie, les Pays baltes, l’Ukraine et la Pologne, ont cru Erdogan et l’encouragent à attaquer la Russie, les partenaires européens de l’OTAN qui comptent ont envoyé un message clair à la Turquie. Erdogan ne sera pas en mesure de compter sur le soutien de l’Alliance, au cas où il provoquerait un conflit armé avec une puissance nucléaire comme la Russie, conflit qui pourrait s’étendre à l’Europe.

4-Que peut faire la Russie si ses soldats en Syrie sont attaqués ?

L’armée turque n’a d’autre expérience que celle qui consiste à terroriser des civils, et n’a jamais fait face à un ennemi supérieur, équipé et entrainé comme l’est l’armée russe. Ce qui explique qu’aucun général turc ne veut d’une guerre avec la Russie, parce qu’ils savent mieux que Erdogan que la Turquie ne peut pas gagner. Il reste à voir si Erdogan réussira à persuader la population à se rallier à un tel objectif, en soutenant une cause qui ne les concerne pas et en envoyant leurs enfants à une mort certaine pour répondre aux ambitions mégalomaniaques du « sultan » Erdogan. La différence entre un Turc ordinaire et un simple Syrien, y compris chez les Kurdes syriens, est que ce dernier n’a rien à perdre, les villes sont complètement détruites, l’économie syrienne est par terre, etc. Les Turcs seront-ils d’accord avec Erdogan pour déclencher une guerre civile en Turquie, comme celle qu’il a créée en Syrie?

La Russie ne veut pas céder l’initiative en Syrie en raison de son intervention, et il y a un énorme enjeu et elle a besoin de minimiser les provocations lancées contre elle par la Turquie et l’Arabie Saoudite. Depuis la Russie peut être répétée dans le miroir, le Moyen-Orient, qui est maintenant aux États-Unis par le biais de l’OTAN en Europe. En 2016, le Pentagone a augmenté les dépenses pour le renforcement du flanc oriental de l’OTAN, passant de 700 millions $ à 3,4 milliards $. Il va ensuite déployer plus de 5000 soldats dotés d’un millier de chars, obusiers automoteurs, véhicules blindés amphibies et de munitions de toutes sortes dans les pays baltes, la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, sous le prétexte du danger posé par la Russie.

 

Par conséquent, la Russie va appuyer au maximum sur la pédale du danger représenté par l’expansion du terrorisme au Moyen-Orient, comme l’ont fait les Etats-Unis en Afghanistan et en Irak. En utilisant ce prétexte, elle pourra transférer massivement des troupes dans la région et dans plusieurs pays autour de la Syrie. De là, les troupes russes sont en mesure de changer l’équilibre actuel des forces au Moyen-Orient, par la menace de lancer des milliers de missiles de croisière, sur les infrastructures pétrolières, les transports et les points stratégiques des Etats soutenant le terrorisme, et avec des exercices de débarquement aéroportés ou des simulations d’invasion terrestres. Elle soutiendra, c’est plus que probable, l’opposition locale, pour la «démocratisation» des familles royales saoudiennes, du Qatar et des Emirats Arabes Unis, selon le modèle libyen.

 

Pour l’instant, la Russie a envoyé les avions de reconnaissance les plus modernes Tu-214 R (sorte d’AWACS pour les forces terrestres) pour surveiller les mouvements de la 2ème armée turque. La Russie, qui a conservé la supériorité aérienne dans l’espace aérien de la Syrie, va connaître à l’avance les intentions, l’itinéraire des troupes turco-saoudiennes et anticiper l’action au sol en Syrie. La Russie dispose de plusieurs types de matériel de combat moderne (naval, aérien et terrestre) qu’elle veut tester dans la bataille dans les conditions d’un ennemi supérieur aux combattants islamistes.

En tenant compte du fait que beaucoup de puissances occidentales et du Moyen-Orient utilisent le terrorisme pour atteindre leurs objectifs, le seul dilemme de la Russie est le suivant: comment éliminer le terrorisme international, sans être obligé d’utiliser des armes nucléaires et déclencher la troisième guerre mondiale? S’il y a une intervention au sol de la part de la Turquie et de l’Arabie Saoudite en Syrie, la Russie ripostera donc massivement sur les concentrations de troupes d’invasion, avec une gamme variée d’armes thermobariques [4].

Les avions multi-rôle russes en Syrie peuvent utiliser des bombes thermobariques guidées, ou gravimétriques (KAB-500 OD, ODAB-500PM, KAB-1500S GLONASS/GPS). La bombe thermobarique la plus puissante au monde est la FOAB, comprise dans l’équipement des bombardiers lourds russes Tu-160. Elle est guidée par GPS et a une charge thermobarique de 7 t, avec un effet explosif équivalent à 44 tonnes de TNT. Dans une concentration d’une unité de chars ou d’artillerie et des missiles sur une distance de 350 m, la bombe FOAB fait fondre tous les blindés, ayant un effet similaire à celui d’une frappe nucléaire. Dans les missions de soutien rapproché, la force aérienne russe utilise également des roquettes thermobariques (S-8DF et S-13 DF).

Outre le système TOS-1 Buratino qui lance des roquettes thermobariques de calibre 220 mm, il y a le BM-27 Uragan, le BM-30 Smerch de calibre 300 mm, le 9A52-4 Tornado de calibre 122 mm (ayant tous une portée de 50-90 km). La majorité des pièces d’artillerie russes de calibre 152 mm ont des charges thermobariques. L’infanterie russe est également dotée de munitions thermobariques utilisant des lance-grenades portatifs (RPG-7, RPO-A, RPG-26), et de missiles antichars (9M123 Khrizantema, 9M133 Kornet, 9M120 Ataka, 9K114 Shturm).

Les munitions thermobariques produisent une petite explosion initiale qui disperse un mélange de vapeur combustible sous la forme d’un nuage inflammable. La détonation de la charge explosive elle-même est retardée jusqu’à ce que la concentration des vapeurs inflammables soit optimale. L’explosion de l’aérosol ainsi obtenu crée un vide, et l’oxygène dans l’atmosphère est aspiré par des vapeurs inflammables, générant une énorme onde de choc, suivie d’une combustion intense (avec des températures de 2000-3000 ° C). L’effet est mortel pour une infanterie non abritée, les blindés sont soulevés du sol jusqu’à près de dix mètres de haut, renversés et brûlés.

Valentin Vasilescu

Article original en roumain : http://www.ziaruldegarda.ro/

Traduction Avic – Réseau International

 

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