Qui peut croire que la propagande de guerre qui bat son plein depuis des mois débouchera un jour sur la paix?

S’inventer un ennemi, ça ressemble à de la politique extérieure mais c’est en réalité de la politique intérieure. C’est imposer la politique de la bourgeoisie à la masse crédule qu’elle domine et exploite, c’est obliger toutes les forces de la nation à se ligoter autour du projet bourgeois et c’est, last but not least, faciliter le transfert de l’argent public vers les coffres-forts des grosses fortunes privées.

Et pour les ladres qui ont pris le pouvoir et mettent des liasses de billets dans les poches à double fond des costards de leurs marionnettes présidentielles et ministérielles, une guerre qui rapporte sera toujours préférable à une paix qui menace les profits et laisse aux consciences le temps de s’éveiller. Car la guerre, en plus de rapporter et de meurtrir le corps des nations, ça interdit de penser, ça discipline les esprits, ça oblige les insectes qui la contredisent à s’écraser, sous peine de mort.

Notre époque ressemble de plus en plus à une avant-guerre. L’Amérique et les nations-caniches qu’elle promène en laisse ont beau avoir perdu sur tous les fronts, elles persistent. Elles ont beau trouver leurs projets enlisés en Ukraine, ajournés en Syrie et bloqués sous les murailles de la forteresse nord-coréenne, elles ont beau être, pour le moment, condamnées à imposer des sanctions économiques agrémentées de flots de mensonges et d’injures – qui sont l’ADN unique de leur presse au pluralisme trompeur -, elles n’en persévèreront pas moins dans leur projet de bouleverser les équilibres et de dynamiter les obstacles qui se dressent sur la route fangeuse de la mondialisation heureuse qui est leur paradis sur Terre. Qui peut croire que la propagande de guerre qui bat son plein depuis des mois débouchera un jour sur la paix?

Les Etats-Unis continueront de viser, en particulier, le démembrement de la Russie tel qu’exposé, il y a vingt ans, par le défunt Zbigniew Brzezinski qui avait pris sa règle et son crayon pour diviser, dans un numéro de Foreign Affairs, l’empire hérité des tsars en trois bandes égales, pour faire d’un grand pays une nation réduite et enclavée – à l’image de la Serbie privée du Monténégro et condamnée à vendre sa flotte aux enchères – et récupérer – en le plaçant sous mandat international et en appelant un mouvement de colonisation massive – un bassin de Sibérie occidentale au sol-sous bourré de gaz et de pétrole.

Non, je crois que l’Amérique ne cessera jamais de poursuivre le projet de transformer le monde d’abord en champ de ruines puis en level playing field ouvert à l’usure, à l’escroquerie et aux mathématiques truquées de la finance. Et je suis bien certain qu’aucun raisonnement ne parviendra à émouvoir la conscience rabougrie de ceux qui vivent du sang et de la chair des autres. L’État hyper violent américain et les États bonimenteurs européens qui nagent dans son sillage rougi à l’hémoglobine du Pauvre, n’abandonneront qu’à contrecoeur leur projet de conquête globale. Pour qu’ils l’abandonnent, il faudra nécessairement qu’un conquérant, une armée, un empire ou une force inconnue leur brise les jambes, leur coupe les bras, piétine leurs corps et leur transperce le coeur. Car la Sainte Voracité qui commande à Washington et gargouille dans l’estomac jamais assagi des capitales européennes ne connaît, derrière la farceuse légalité inventée pour l’occasion et la morale indignée dont elle pare sa scrofuleuse nudité, que le langage de la force qui fait se dresser les vainqueurs et se coucher les vaincus.

Bruno Adrie


Articles Par : Bruno Adrie

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