Réarmer le Canada aux dépends du développement humain

Pauvreté au Canada et priorité à la défense nationale

À partir de 2002, dans le contexte de la guerre mondiale contre le terrorisme et avec le nouvel énoncé de politique étrangère défini en 2005 par le gouvernement de Paul Martin, le Canada a apporté des modifications majeures au rôle qu’il entend jouer sur la scène internationale. De pacificateur il devient guerrier en s’alliant à son voisin du Sud pour s’engager dans les guerres de conquête et d’occupation comme celle qui fait rage depuis ce temps en Afghanistan. Le pays a, par conséquent, redéfini ses priorités d’intervention en privilégiant la sécurité intérieure et la Défense au détriment des autres secteurs de développement. Il a ainsi procédé au réarmement du pays aux dépends du développement social.

Bien qu’il soit difficile de l’attribuer seulement à ce virage il est vraisemblable de penser qu’il a pu se traduire par une diminution relative de l’IDH national (voir encadré). En 2006, le Canada se retrouvait au 6ième rang mondial (UNDP, 2006). Le budget national de 2006 illustre bien, en effet, cette tendance avec l’application de compressions ou coupures de l’ordre de un milliard de dollars dans les domaines sociaux et du développement culturel tout en accordant, au même moment, des ressources additionnelles dans les secteurs relatifs à la sécurité intérieure et à la défense nationale.

Cet article a pour but de décrire le processus en cours et d’évaluer les conséquences que ces changements observés dans les priorités nationales pourraient avoir sur les patterns de distribution des revenus et partant sur les conditions de vie de la majorité de la population du pays. La participation du Canada aux guerres de conquête des USA nécessite le réarmement du pays et le prix très élevé à payer sera sans nul doute encore absorbé par les classes les plus défavorisées de la société. 

Le développement humain (IDH) au Canada

Depuis 1990, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) évalue les efforts déployés dans le monde pour lutter contre la pauvreté, la faim et l’exclusion sociale et pour améliorer ainsi les conditions de vie de la population. Il donne une idée de la situation dans chaque pays en les classant selon un indice qu’il a appelé «Indice de développement humain ou IDH». Cet indice mesure la santé /longévité, le savoir ou niveau d’éducation et le niveau de vie (PNUD, 1991).

«La santé/longévité est mesurée par l’espérance de vie à la naissance, ce qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l’accès à une alimentation saine, à l’eau, au logement, à une bonne hygiène et aux soins médicaux».

««Le savoir ou niveau d’éducation est mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes (pourcentage des 15 ans et plus sachant écrire et comprendre aisément un texte court et simple traitant de la vie quotidienne) et le taux brut de scolarisation (mesure combinée des taux pour le primaire, le secondaire et le supérieur). Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité de participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société».

«Le niveau de vie (logarithme du produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoir d’achat), permet d’englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l’accès à la culture» (http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_d%C3%A9veloppement_humain ).

Le Canada, selon ces critères retenus par le PNUD, s’est retrouvé au 1er rang mondial entre 1994 et 2000 avec un taux observé avoisinant ou dépassant 0,950 (Figure 1 et carte 1). Cette performance remarquable a donné au pays une réputation d’une terre de liberté et d’un pays où il fait bon vivre et prospérer. Les flux d’immigrants en provenance du monde entier témoigne en partie de l’attrait que cette performance a généré.

Figure 1. Indicateur de développement humain (IDH) Canada

   

Source : Perspectives Monde. Outils pédagogiques des grandes tendances mondiales depuis 1945. Université de Sherbrooke. 

 

Carte 1 :  L’indice de développement humain des États membres des Nations Unies en 2003 : pour voir la carte cliquez ici 

L’indice ne permettait pas, cependant de bien saisir les effets pervers du modèle économique néolibéral promu par le Canada sur les conditions de plusieurs secteurs de la société. En effet, des éléments ne pouvaient pas alors être mis en évidence et, en particulier, la situation économique et sociale précaire des peuples autochtones, l’iniquité des revenus entre les hommes et les femmes, l’augmentation du nombre de pauvres et de miséreux et leur appauvrissement et, notamment, pour les membres des familles monoparentales ainsi que la prolifération des banques alimentaires, etc. une situation créée par des coupures draconiennes dans les prestations d’aide sociale et par un accès plus difficile à celles de l’assurance emploi, etc., Le Canada, en tenant compte de ces faits, se retrouvait ainsi, en ce qui a trait aux composantes relatives à la pauvreté, au 10ième rang.

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Voir Liste des pays: Indice de développement humain

 

██ 0.950 et plus

██ 0.900-0.949

██ 0.850-0.899

██ 0.800-0.849

██ 0.750-0.799

██ 0.700-0.749

██ 0.650-0.699

██ 0.600-0.649

██ 0.550-0.599

██ 0.500-0.549

██ 0.450-0.499

██ 0.400-0.449

██ 0.350-0.399

██ 0.300-0.349

██ en dessous de 0.300

██ n/a

 I. Le phénomène de la pauvreté au Canada. Plus de pauvres appauvris et plus de banques alimentaires

Les constats sont à peu près les mêmes à chaque année au Canada depuis 20 ans. Les conditions de vie des secteurs les plus marginalisés de la population se détériorent et celles des mieux nantis s’améliorent sans cesse en s’accaparant davantage de la richesse collective. 11, 2% des Canadiens vivent dans la pauvreté et le taux d’appauvrissement est en hausse

Les rapports rendus publics au cours des dernières années concernant l’état de la pauvreté au Canada révèlent des faits troublants et inquiétants dans un pays riche, affichant année après année, des surplus budgétaires considérables (plus de 13 milliards de dollars en 2005). En effet, selon un rapport de l’ONU (le quatrième dans cette catégorie) publié en 2006 sur la pauvreté au Canada et sur les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour lutter contre elle, le nombre total de pauvres continue d’augmenter et leur taux d’appauvrissement s’accroît (ONU, 2006). Ce rapport du Comité onusien des droits économiques, sociaux et culturels (note 1) « déplore le fait que 11,2% des Canadiens vivent toujours dans la pauvreté. Pire, le Canada n’a pas de seuil officiel de pauvreté pouvant servir de référence » (PNUD, 2006).

« Le Comité est particulièrement préoccupé par la persistance des problèmes de pauvreté, de faim et de logement, autant de situations qui ont des effets dramatiques sur les groupes les plus vulnérables de la société (Shields, A., 2006).

Le rapport souligne d’ailleurs le manque de moyens déployés pour enrayer ces problèmes, malgré la santé économique du Canada. Il souligne des lacunes sévères en ce qui a trait au salaire minimum, aux prestations d’aide sociale, à la protection de l’assurance-emploi et à l’accès aux logements sociaux. Il note, enfin, que les niveaux de pauvreté demeurent particulièrement élevés chez les jeunes, les femmes chefs de familles monoparentales ou les familles ayant un faible revenu, les immigrants, les personnes handicapées et les autochtones.

Une étude de Statistique Canada rendue publique en décembre de la même année et intitulée : « Inégalité de la richesse : second regard – Édition de la revue L’emploi et le revenu en perspective » va dans le même sens. La richesse collective tend à se concentrer de plus en plus dans les mains d’une proportion de plus en plus réduite de la population : « La concentration de la richesse entre quelques mains des Canadiens les plus nantis a continué de s’accroître au cours des cinq dernières années, une tendance lourde observée depuis maintenant une vingtaine d’années. Ainsi, 20% de familles les plus riches détenaient 75% de la richesse totale des ménages en 2005, contre 73% en 1999 et 69% en 1984 » (Shields, A., 2006).

« Depuis deux décennies, seules les familles de la tranche supérieure de 10% ont augmenté leur part de la richesse totale. Entre-temps, la valeur nette a stagné ou a diminué dans la tranche inférieure de 40% de la répartition, mais a considérablement augmenté dans la tranche supérieure de 40%. Par exemple, la valeur nette moyenne a chuté d’environ 7500% dans la tranche inférieure de 10% au cours de la période de 1984 à 2005, tout en progressant de 237 000 $ à 659 000 $ dans la tranche supérieure de 10% » (Shields, A., 2006).

Dans une autre étude publiée le 12 mai 2007 par Statistique Canada intitulée : « Inégalité et redistribution du revenu au Canada, 1976-2004 » (Heisz, A., 2007) on fait le même constat : « Les riches sont plus riches et les pauvres plus pauvres. Et la classe moyenne est une espèce en voie de disparition » (Deglise, P., 2007). En effet, « la tendance notée plus haut se confirme : le clivage entre riches et pauvres s’est considérablement accentué au Canada au cours des 20 dernières années. En effet, selon l’étude, depuis le début des années 90, les familles à faible revenu ont vu leurs ressources s’effriter de 8% en moyenne. Au même moment, les ménages les plus fortunés ont bénéficié d’une hausse de revenu de 24% alors que la classe moyenne a fait des gains d’environ 8% » (Deglise, P., 2007).

En somme, la pauvreté ne cesse d’augmenter au Canada en dépit des promesses des gouvernements (Côté, A., 2007) et des efforts déployés par les organismes de lutte contre la pauvreté qui seraient maintenant plus de 800 oeuvrant dans le pays. La pauvreté prend un caractère endémique et seule une stratégie nationale touchant tous les secteurs de l’activité économique pourrait permettre de lutter efficacement contre ce fléau. C’est, d’ailleurs, ce qui est réclamé depuis longtemps par ces organismes qui déplorent le fait que le Canada ne remplit pas ses obligations dans le cadre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qu’il a ratifié en 1976.


La pauvreté chez les enfants canadiens.

649 banques alimentaires au pays. Un système maintenant institutionnalisé

Lors des travaux de l’Enquête populaire sur la paix et la sécurité organisée par l’Alliance canadienne pour la Paix (ACP) en coopération avec d’autres organisations nationales en 1991 les commissaires ont entendu plus de 600 mémoires dans 19 villes à travers le Canada. La majorité des participants ont soulevé le problème de la pauvreté, de la marginalisation et de l’exclusion sociale comme étant à l’origine de l’insécurité grandissante dans le pays (Roche, D. et al., 1992). Plusieurs témoignages ont porté sur l’augmentation du nombre de banques alimentaires comme étant un indice de la croissance de la pauvreté. On dénombrait, à cette époque, un total de 140 banques dans le Toronto métropolitain et plus de 60 à Terre-Neuve.

Selon le bilan dressé en 2006 par l’Association canadienne des banques alimentaires (ACBA), les personnes fréquentant une telle banque au cours d’un mois de 2006 étaient au nombre de 753 438, soit une augmentation de 13,4% par rapport à la situation de 1997 et de 99,3% par rapport à celle de 1989. Ces personnes ont eu recours à 649 banques qui ont été créées au cours des 25 dernières années. L’Association constate aussi que c’est à Terre-Neuve que le taux de recours à ce moyen de subsistance est le plus élevé par habitant au Canada, soit 5,6% et c’est en Ontario où l’on aide le plus de gens, soit 330 491 au total (ACBA, 2006).

Selon la même source, 34,5% d’entre elles éprouvent beaucoup de difficulté à répondre à la demande. En un mois les banques servent un total de 2,9 millions de repas grâce au travail de l’équivalent de 1 635 bénévoles (ACBA, 2006).

Les gens qui ont recours aux banques alimentaires sont surtout des assistés sociaux dans une proportion de 53,5% et plus de 13,4% seulement peuvent compter sur un emploi comme principale source de revenu. On fait remarquer que plus d’enfants ont faim, car ils constituent 41% des utilisateurs des banques alors qu’en 1989 le gouvernement fédéral avait fait la promesse d’éliminer la pauvreté infantile. Depuis lors le nombre d’enfants qui ont faim a augmenté de 157 917 au total (ACBA, 2006).

Cette situation est tout simplement considérée comme inacceptable, mais aussi elle ne peut plus être tolérée encore longtemps. C’est pourquoi, le Conseil national du bien-être social « appuie les recommandations de l’ACBA selon laquelle tous les ordres de gouvernement devraient élaborer une stratégie commune et adopter une approche plus globale qui vise à ce que toute la population canadienne puisse manger à sa faim. La faim est étroitement liée à la pauvreté, et le Conseil a souvent fait observer que la pauvreté engendre des coûts pour les individus, les collectivités et le pays en entier » (Conseil national du bien-être social, 2006).

Pourtant le Canada a adhéré à plusieurs conventions internationales dans ce domaine, mais selon Graham Riches du CRDI, « Le droit à la nourriture ne figure toujours pas dans la Charte canadienne des droits et libertés (Canada, 1982) et n’est donc pas justiciable; cependant, le gouvernement du Canada a reconnu l’existence de ce droit en signant des conventions internationales, notamment la Charte internationale des droits de l’homme de 1948 (Nations Unies, 1985), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (Nations Unies, 1966) et la Convention relative aux droits de l’enfant (Nations Unies, 1989). Ces dernières années, le Canada a également décidé d’appuyer un certain nombre de déclarations internationales qui ont une incidence immédiate et concrète sur le respect du droit à la nourriture : la Déclaration mondiale sur la nutrition (adoptée à Rome en 1992), la Déclaration sur le développement social (adoptée au Sommet mondial pour le développement social en 1995) et la récente Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale (FAO, 1996), qui confirme  » le droit de chaque être humain d’avoir accès à une nourriture saine et nutritive conformément au droit à une nourriture adéquate et au droit fondamental de chacun d’être à l’abri de la faim ». Le gouvernement fédéral reconnaît également ce droit dans les activités d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et du Réseau mondial sur la sécurité alimentaire visant à définir les engagements du Canada au Sommet mondial pour le développement social et à en assurer le suivi. Ainsi, ces adhésions nombreuses ne se traduisent pas encore par l’application d’une stratégie nationale de lutte concertée contre la faim.

Des conditions de vie encore très précaires chez les peuples autochtones

Selon le rapport du Comité onusien commenté plus haut sur la pauvreté au Canada les Autochtones sont toujours loin d’avoir le même niveau et les mêmes conditions de vie que les autres Canadiens. Le Comité indique « qu’ils n’ont pas un accès égal à l’emploi, à l’eau potable, aux services de santé, au logement et à l’éducation (ONU, 2006) ». Ce sont les mêmes constats qui ont été faits par la Commission Royale Erasmus-Dussault sur les peuples autochtones dans son rapport rendu public en 1996.


Enfants innu (montagnais), photo Sege Jourdain, Survival.

Selon le rapport, le troisième volume intitulé « Vers un ressourcement », est consacré à l’étude des conditions sociales chez les autochtones. Le tableau présenté est inacceptable dans un pays considéré par les Nations Unies comme le meilleur au monde.

Le niveau de vie des autochtones s’est amélioré au cours des 50 dernières années, mais il est bien loin d’avoir rattrapé celui des autres Canadiens: L’espérance de vie est moindre, les maladies sont plus répandues, les problèmes humains, depuis la violence familiale jusqu’à l’alcoolisme, sont également plus répandus. Moins de jeunes achèvent leurs études secondaires, une minorité d’entre eux entrent au collège et à l’université.  Les logements des autochtones sont plus souvent mal construits, insalubres et surpeuplés.  Les systèmes d’adduction d’eau et d’égout des collectivités autochtones laissent plus souvent à désirer. Moins d’autochtones ont un emploi et un plus grand nombre d’entre eux se retrouvent dans les prisons (http://www.ainc-inac.gc.ca/ch/rcap/rpt/index_f.html).

Selon B. Myles, il y aura dix ans le 21 novembre prochain que le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones a été publié. Dépeint à l’époque comme le rendez-vous de « la dernière chance » par les Premières Nations, cette montagne de 4000 pages proposait une révolution… qui n’a pas encore abouti. La tenue du Sommet socioéconomique de Mashteuiatsh tenu en septembre 2006, en est la preuve. Les autochtones sont encore loin de l’instauration — tant souhaitée — de relations « d’égal à égal » avec les Blancs.

Au cours de 2006, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) a procédé à une vaste enquête sur la santé des autochtones au Québec. Les résultats rendus publics en septembre 2006 révèlent que l’ampleur de l’écart entre le Québec de la majorité et celui des communautés autochtones – un « tiers-monde de l’intérieur ». La moitié des adultes interrogés n’ont pas terminé leurs études secondaires et autant de leurs enfants ont déjà doublé une année scolaire. L’embonpoint et l’obésité frappent durement. Quelques 52% des enfants, 42% des adolescents, 67% des adultes et 71% des aînés souffrent, avec tous les problèmes afférents. Plus la communauté est isolée, plus le problème est criant » (Bourgault-Côté, G., 2006).

II. Des compressions budgétaires en 2006 et 2007 dans les programmes sociaux

Devant cette situation accablante voire désespérante pour une portion importante de la population on pourrait s’attendre de tous les gouvernements et surtout du gouvernement fédéral une action urgente, concertée et énergique. Bien au contraire, l’on assiste à l’annonce de compressions et de coupures de un milliard de dollars sur deux ans (2006 et 2007) dans les budgets consacrés au développement social et culturel et à l’augmentation substantielle des budgets consacrés à la sécurité intérieure et à la Défense nationale pour une surveillance accrue et la répression des droits fondamentaux et pour une participation active aux guerres d’invasion commandées par notre voisin du Sud, le tout dans le cadre des engagements du pays vis-à-vis de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Au lieu de s’engager à soulager la misère des plus démunis le Canada préfère l’option de la guerre dont les coûts viennent faire une ponction très importante dans le budget national.

Selon la Presse canadienne, le gouvernement conservateur a annoncé l’annulation ou la réduction de plus de 60 programmes, dans le but d’économiser environ 1 milliard $ au cours des deux prochaines années.

Voici les points saillants de cette annonce : La consolidation des missions diplomatiques à l’étranger (4,25 millions $ sur deux ans), l’élimination des fonds inutilisés du précédent Programme sur le dendroctone du pin (11,7 millions $) http://mpb.cfs.nrcan.gc.ca/index_f.html , l’élimination du financement résiduel pour le différend commercial sur le bois d’oeuvre (14,9 millions $), l’élimination du programme de la GRC pour la prévention de la conduite avec facultés affaiblies par des drogues (4,65 millions $), l’élimination du Programme de stages internationaux pour les jeunes (10,2 millions $), la suppression du Programme de remboursement aux visiteurs (78,8 millions – annulation du Programme de radar haute fréquence à ondes de surface (13,9 millions $), l’élimination du financement pour la Stratégie de lutte contre le tabagisme chez les Premières nations et les Inuits (10,8 millions $), des coupures de 41 millions de dollars dans les organismes subventionnaires de la recherche scientifique, des compressions de l’ordre de 36 millions de dollars dans les budgets des Instituts de recherche en santé et de l’ordre de 14 millions dans ceux de la recherche en science humaines , programmes déjà ponctués de nombreuses compressions dans le passé (Affaires universitaires, 2005), l’élimination du Programme de recherche sur l’usage de la marijuana à des fins médicinales (4 millions $) et des économies administratives de 5 millions $ au Conseil du statut de la femme (http://www.lagangallumee.com/actualites2/index.asp?annee=2006&mois=9&id=811 ).

III. La priorité donnée à la sécurité intérieure et à la Défense

Les budgets de la sécurité et de la Défense, par contre, se sont vu octroyer des sommes additionnelles considérables. Le gouvernement Harper avait promis une série de mesures pour lutter contre le crime et renforcer la sécurité aux frontières, faisant même d’une telle promesse électorale une des cinq grandes priorités du gouvernement. L’argent était donc au rendez-vous dans le budget de 2006 puisque les conservateurs consacrent 1,4 milliard de dollars sur deux ans à la loi et l’ordre, tout en ajoutant 1,1 milliard de dollars sur deux ans au budget du ministère de la Défense (Castonguay, A., 2006).

Pour la Défense les sommes annoncées pour le rééquipement de l’armée canadienne sont tout à fait considérables. Le gouvernement de S. Harper y consacrera la somme de 17,1 milliards de dollars. Ainsi, le Canada fera l’acquisition de quatre aéronefs de transport stratégique, de 17 aéronefs de transport tactique, de 26 hélicoptères de transport moyen à lourd, de 2 300 camions logistiques moyens et de trois navires ravitailleurs. Toutes ces acquisitions s’inscrivent dans la plan intitulé « Le Canada d’abord », qui vise à renforcer les forces militaires canadiennes polyvalentes et aptes au combat (Défense nationale, 2006). Ce plan prévoit, entre autres, les achats assortis des coûts d’acquisition et au soutien ou à la maintenance:

5 milliards de dollars consacrés à l’achat d’aéronefs de transport stratégique et tactique, en plus de 3,3 milliards de dollars consacrés au soutien au cours des 20 prochaines années, dont une grande partie sera confiée à l’industrie canadienne; * 2 milliards de dollars consacrés à l’achat d’hélicoptères de transport moyen à lourd, en plus de 2,7 milliards de dollars consacrés au soutien au cours des 20 prochaines années, dont une grande partie sera confiée à l’industrie canadienne; * 1,1 milliard de dollars consacrés à l’achat de camions logistiques moyens, des composants connexes et au soutien sur les plans de la logistique et de l’entraînement, en plus de 100 millions de dollars consacrés au soutien au cours des 20 prochaines années, auquel participera considérablement l’industrie canadienne; * 2,1 milliards de dollars consacrés à l’achat de trois navires ravitailleurs, soit à la conception, à la construction et au soutien connexe sur les plans de la logistique et de l’entraînement, dans un contexte canadien concurrentiel, conformément à la Politique canadienne relative à la construction des navires. De plus, environ 800 millions de dollars seront consacrés au soutien au cours des 20 prochaines années, ce qui contribuera grandement à l’industrie canadienne (Défense nationale, 2006).

Selon l’Institut Polaris, le Canada se conforme aux impératifs de la doctrine de Bush qui veut que les USA se réservent le droit de demeurer la puissance militaire dominante et le policier du monde. Depuis le 11 septembre 2001, une « forteresse Amérique du Nord » est proposée par Washington pour établir un système commun de sécurité continentale. Les pressions sur le Canada s’accentuent dans ce contexte pour participer à ce processus et augmenter les budgets militaires, notamment (Polaris Institute, 2006 et Dufour, J., 2006).

IV. Le concept de la sécurité coopérative. Gouvernance démocratique et désarmement

Selon les résultats d’un sondage effectué à l’échelle mondiale auprès de 53 749 personnes, dans 68 pays, par Gallup International Association (GIA), un regroupement international de firmes de sondage l’on constate que 26% de la population mondiale se préoccupe d’abord de la pauvreté et des écarts croissants entre riches et pauvres. Cette proportion grimpe même à près de 40% pour les régions de l’Amérique latine et de l’Afrique. Le défi mondial qui vient ensuite est la lutte contre le terrorisme qui arrive loin derrière avec seulement 12%, suivi ensuite du chômage, des guerres et des problèmes économiques avec respectivement 9%, 8% et 7% (Cauchy, C., 2006).

Ces résultats démontrent que le gouvernement de S. Harper fait fausse route en agissant de la sorte depuis qu’il a pris le pouvoir au début de 2006 à l’instar des gouvernements précédents qui se sont engagés tête première dans la guerre contre la terreur en Afghanistan et ailleurs.

Le Premier ministre Stephen Harper en Afghanistan

Le gouvernement actuel a compris qu’il est plus avantageux sur le plan financier pour les riches de faire la guerre que d’aider les pauvres. Des profits considérables sont assurés pour les corporations multinationales spécialisées dans le domaine de l’aérospatiale et de la défense (Dufour, J., 2007). Les nombreux contrats accordés aux firmes canadiennes, dans ce contexte, sont de nature à faire oublier le problème majeur à l’origine de l’insécurité globale, soit l’augmentation de la pauvreté et de la misère.

Ce qu’il est impératif de promouvoir, c’est le concept de la sécurité coopérative avec l’établissement d’un mode de gouvernance démocratique et avec l’entreprise du désarmement général et complet.

La sécurité coopérative c’est le système de gouvernance qui permet à toutes et à tous de participer pleinement aux décisions qui les concernent, c’est le système qui permet que le patrimoine collectif puisse profiter à toutes et à tous de façon équitable. C’est la sécurité coopérative et solidaire qui assure le respect des droits à des services de santé universels et à un système d’éducation complet et de grande qualité.

La sécurité commune c’est aussi le désarmement qui ne peut être appliqué que dans un cadre de compréhension mutuelle entre les nations et de résolution pacifique des conflits. Cette application ne peut se réaliser sans le désarmement qui, lui, doit être accompagné par la dissolution constitutionnelle des armées nationales et par un processus de reconversion des activités militaires en des activités utiles à l’économie, à la société et à la défense de l’environnement. Il ne faut pas oublier qu’un emploi créé dans la secteur militaire correspond en fait à trois emplois dans le secteur civil. Or, c’est tout simplement l’inverse de ce processus que le Canada préconise depuis quelques années et, en particulier, au cours des deux dernières années. Se préparer à la guerre, aller au combat et y consacrer des sommes gigantesques pour le bénéfice des mieux nantis et au détriment des plus pauvres. Cette voie ne pourra que conduire la majorité de la population, à plus ou moins long terme, à la misère et à la ruine.

Conclusion

En cette première partie du XXIième siècle, au lieu de lutter contre la pauvreté le Canada a opté pour la guerre contre la terreur. Ce choix constitue, pour les citoyens et citoyennes du pays, un mirage, soit celui de faire miroiter à leurs yeux qu’ils seront ainsi davantage en sécurité. Les nombreuses opérations militaires des Étatsuniens et leur omniprésence à l’étranger n’ont pas été des facteurs de nature à les rassurer. Ils continuent de croire que la conquête et l’occupation armées d’un pays permettront de faire la paix et de protéger leurs propres intérêts.

Même avec en mémoire les expériences du Viêt Nam et de la Somalie les USA croient qu’ils établiront la paix de façon durable au Moyen-Orient et en Asie centrale. Il s’agit d’un leurre. Lors des Sommets mondiaux sur l’environnement et le Développement de Rio et de Johannesburg on a entendu les appels de détresse provenant du monde entier et surtout de ceux et celles des pays affectés par la guerre. Selon l’Union mondiale de la nature (UICN) seulement 10% des dépenses militaires, pendant une décennie, pourraient nous permettre de soulager la misère de milliards d’habitants et d’éradiquer la pauvreté. Le désarmement est une condition préalable à l’instauration du développement durable à l’échelle planétaire. Il ne peut en être autrement au Canada. Si ce virage belliqueux persiste les indices de développement humain pour le pays risquent ainsi de baisser au cours des prochaines années.

Si le pays désire que l’indice national de développement humain augmente il faut qu’il se joigne résolument au programme de lutte contre la pauvreté ici et ailleurs promu par le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI). (2)

Jules Dufour, Ph.D., est Président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, membre du Cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre du Conseil national de Développement & Paix.  Il a été membre de la Commission du Nunavik.

Notes

1.Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels est un organe composé d’experts indépendants qui surveille l’application du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels par les États parties. Le Comité a été créé par la résolution 1985/17 du Conseil économique et social en date du 28 mai 1985 pour mener à bien les tâches de surveillance confiées au Conseil en vertu de la quatrième partie du Pacte.

2. Promouvoir le développement viable; Faire valoir les droits de la personne; Instaurer un ordre économique mondial plus équitable; Veiller à l’équité entre les sexes;  Améliorer la qualité de vie des enfants; Bâtir la paix ;. Promouvoir la sécurité alimentaire; Promouvoir la responsabilité sociale des individus et des sociétés;  Réinvestir dans notre programme d’aide à l’étranger; Favoriser la participation du public.

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Articles Par : Prof. Jules Dufour

A propos :

Jules Dufour, Ph.D., C.Q., géographe et professeur émérite. Chercheur-associé au Centre de recherche sur la Mondialisation, Montréal, Québec, Canada.

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