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Rationalité et citoyenneté : les vrais défis de l’école
Par Chems Eddine Chitour
Mondialisation.ca, 04 août 2018

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 « Je vois surgir du XXe siècle un monde nouveau et une histoire humaine nouvelle. L’ambition d’un intellectuel musulman doit être de faire participer le musulman à la construction de ce monde nouveau, de l’introduire davantage parmi les forces qui font son histoire ».  Malek Bennabi ( carnets le 22 décembre 1958)

Ces mots annonciateurs d’un monde nouveau sont inexacts dans leur second message en ce sens que les intellectuels musulmans existent-ils seulement ?- sont loin des espoirs placés en eux par les peuples qui devraient voir en eux des phares dans la nuit de l’intellect notamment dans le monde arabe qui pèse moins de 20 % du monde musulman. Pourtant les Arabes sont dépositaires d’une belle langue à la fois profane et sacrée et il n’en font rien sinon un fond de commerce religieux qui donne le monopole du Coran aux seuls locuteurs de la langue arabe

Le Coran traduit et explicité dans toutes les langues de la Terre 

On sait dès les premières décades après l’hégire, les peuples qui ont été converties n’étaient pas arabophones, il fallait donc expliquer le Coran dans la langue du cru. De ce fait le message coranique ne s’adresse pas aux seuls arabophones, mais que son message étant à destination universelle doit être traduit dans d’autres langues.

Comme lu dans l’encyclopédie Wikipédia :

« Certains musulmans voient l’expression du besoin de traduction dans le verset du Coran « Et Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour l’Univers ». Un travail de traduction permet l’accès à ce livre aux musulmans non arabophones, d’Iran et d’Indonésie. La première traduction du Coran a pris forme avec Salman le Perse, qui a traduit la sourate Al-Fatiha en langue perse au début du VIIe siècle. D’après la tradition islamique issue des hadith, le roi d’Aksoum et l’Empereur byzantin Héraclius auraient reçu des lettres de Mahomet contenant des versets du Coran. La première traduction complète attestée du Coran a été réalisée entre le Xe siècle et le XIIe siècle en langue perse. Le roi Samanide, Mansur Ier (961976), ordonna à un groupe d’étude du Khorassan de traduire le Tafsir al-Tabari, de son arabe original en persan. Robertus Ketenensis a produit la première traduction en latin du Coran en 1143 A cette époque, aucun passage du Coran n’a jamais été traduit dans aucune de ces langues. » (1)

Les différentes langues de compréhension du Coran 

Le Coran aurait été traduit en 1647 en français par André du Ryer En 2013 une récente publication du Coran en langue ouïghoure afin de faciliter la vie religieuse de cette communauté de 23 millions d’âmes qui apportent leur contribution au supplément d’âme du Coran belle marque de reconnaissance envers des fidèles. Ce projet de traduction, initié en 2008 par l’Association islamique de Chine et celle de Xinjiang, a bénéficié du soutien du Département du Travail du Front uni du Comité central du PCC et de l’Administration générale de la presse et de la publication « (1).

Ainsi la traduction de l’arabe en chinois existe pour chaque sourate .L’exemple suivant de la sourate el Fatiha psalmodié par Adel el Kalbani illustre cela.(2)

Il en est de même de la traduction du coran par l’Indonésie le plus grand pays qui a pratiquement la population de tout le monde arabe à titre d’exemple la sourate le voyage nocturne psalmodié par l’imam Mashari. (3)

Mieux encore une traduction en berbère a été réalisée d’abord en 2006, par Ramdane Aït Mansour et publiée en caractère latin à Alger aux éditions Zyriab avec le soutien et une subvention du Ministère algérien de la culture. Une autre traduction de Si Hadj Mohand Tayeb éditée en caractères arabes est publiée par les Presses du Livre Saint Emir Fahd, à Médine en Arabie Saoudite, avec une subvention et le soutien du Ministère algérien des affaires religieuses. On le voit le message universel du Coran s’affranchit du véhicule de la langue

Cela ne diminue en rien la puissance de la langue arabe. Une langue ne s’impose pas quand elle n’est pas adossée à une production intellectuelle. C’est tout naturellement que les savants de l’époque, juifs, chrétiens assyriens , perses, se sont mis à l’arabe langue plus fluide . Quand Maimonide écrivit « Dalil el Haïrine » « le Livre des égarés », son ouvrage majeur qui est encore une référence dans le monde juif, il le fit en arabe, il aurait pu le faire en syriaque, en hébreu. L’Arabe du moyen âge était la vulgate planétaire, c’était l’anglais du XXe siècle. Je cite souvent l’illustre Jacques Berque qui parle avec respect et admiration de cette langue:

« la fonction de la langue pour les Arabes est différente, supérieure à celle qu’elle remplit pour les Occidentaux. Il donne un exemple : ainsi, en arabe, les mots se rapportant à l’écrit dérivent tous de la racine k.t.b. : Maktûb, maktab, maktaba, kâtib, kitâb. En français, ces mêmes mots sont : écrit, bureau, bibliothèque, secrétaire, livre. Les mots français sont tous les cinq arbitraires, mais les mots arabes sont, eux, « soudés par une transparente logique à une racine qui seule est arbitraire ». « Alors que les langues européennes solidifient le mot, le figent, en quelque sorte, dans un rapport précis avec la chose, le mot arabe reste cramponné à ses origines. Il tire substance de ses quartiers de noblesse. » (4)

L’Islam, l’évolution, l’homme et l’univers 

S’il est un défi important que nous devons relever et c’est la tâche des penseurs de l’Islam c’est la place de la science dans l’étude du Coran . Deux grands écueils sont connus par les religions monothéistes, il s’agit de la création de l’univers, et la théorie de l’évolution de Darwin. On sait que dans l’Eglise le mythe héliocentrique proposé- disent les occidentaux par Copernic , mais l’idée serait du à un savant musulman,- a été un cataclysme pour l’Eglise. Deux autres faits la théorie de l’évolution et le big bang ont ébranlé sérieusement les religions monothéistes.

Dans les pays islamiques, le discours est ambivalent on ignore carrément la théorie de Darwin comme c’est le cas de l’abolition de l’enseignement de la théorie de l’évolution dans le secondaire, après l’avoir enseigné pendant plus de 50 ans .On s’en remet au créationnisme, qui postule que Dieu a créé telles quelles toutes les espèces, lesquelles n’ont ensuite jamais évolué. Cette théorie est aussi bien implantée aux Etats-Unis. Dans le reste du monde musulman non plus, la pensée scientifique de Charles Darwin ne fait pas toujours consensus et suscite parfois d’âpres batailles.

La théorie de l’évolution et l’Islam 

Est-ce qu’on peut enseigner l’astrophysique la théorie de Darwin en Algérie ? Pourquoi pas dans les instituts religieux ? Dans un interview concernant la théorie de l’évolution Nidhal Guessoum déclare :

« Le darwinisme est la théorie, prévalant largement à l’heure actuelle, qui présente une explication scientifique générale de l’évolution des organismes vivants telle que nous l’observons dans la nature.(…) De là, nous déduisons clairement qu’il y a eu évolution biologique durant l’histoire de la vie sur terre, évolution à l’intérieur de chaque espèce et évolution des espèces les unes à partir des autres. L’idée d’évolution elle-même est ancienne, remontant au moins aux Grecs. Nous la trouvons assez clairement exprimée par certains des grands érudits musulmans de l’âge d’or de l’Islam, comme Al-Jahiz, Ibn Maskawayh, Ibn Khaldun » etc. » (5)

« Le darwinisme est la théorie scientifique (essentiellement basée sur la sélection naturelle et les « changements » qui surviennent sur les organismes de temps à autres) qui a tenté et largement réussi à expliquer l’apparition de nouvelles espèces et des caractéristiques observées dans la nature. () Par opposition, le créationnisme est l’affirmation que les espèces vivantes (les différents animaux, les plantes, l’homme) ont été créées telles quelles, qu’elles n’ont, au plus, vécu que quelques « micro-évolutions », c’est-à-dire à l’intérieur même de chaque espèce et jamais d’une espèce à une autre. () Il faut dire, toutefois, que la grande majorité des biologistes aujourd’hui sont darwiniens, mais qu’une minorité de spécialistes remettent en question ce paradigme général ». (5)

A la question :

« Le Coran se situe-t-il dans une perspective créationniste ou évolutionniste ? »

L’astrophysicien répond :

« Tout dépend de la manière dont on lit le Coran ! Si on adopte une approche littéraliste du Coran, il nous semble « évident » qu’Adam a été créé directement en tant qu’humain (à partir de l’argile, mais pas à partir d’autres espèces, animales, antécédentes), et on ne voit pas comment il serait question d’une évolution humaine et encore moins pour toutes les espèces animales sur des millions, voire des milliards d’années. (.) Maintenant, si on se dit que l’évolution est un fait [souligné par nous] et que le Coran ne peut pas contredire des faits observés, ce qui est le principe énoncé par Ibn Rushd et sur lequel il a bâti sa philosophie d’harmonisation de l’Islam avec la connaissance rationnelle, alors on se met à lire le Coran avec un nouvel esprit, en remarquant d’autres affirmations et allusions dans le Coran. Par exemple, que le Coran insiste plusieurs fois et en fait un argument à l’encontre des incroyants que la vie a été créée dans ou partir de l’eau (21.30 ; 24.45).. () Enfin, d’autres versets peuvent facilement se comprendre dans une optique évolutionniste si on y apporte un petit « brin » d’interprétation. (.) Donc le Coran est sujet à interprétation à bien des égards, y compris sur cette question de l’évolution. Mais affirmer que le Coran nous force à rejeter toute théorie de l’évolution, c’est tout simplement faire preuve de littéralisme et témoigne d’un manque évident d’érudition (islamique et scientifique) ».(5)

La création de l’Univers 

S’agissant de la création de l’univers, là encore la théorie du big bang ébranle les religions. Pour Nidhal Guessoum :

« Il faut d’abord distinguer le « réglage fin » de l’univers du « principe anthropique » : le premier englobe la série de découvertes/réalisations que les éléments de base sur lesquels l’univers a été bâti n’auraient pas produit la vie, la conscience, l’intelligence, l’homme, s’ils avaient dévié un tant soit peu des valeurs qu’elles ont dans notre univers (qui est donc « finement réglé »).  Le second conclue de cette réalisation que l’homme (« anthropos ») constitue un but ou du moins une obligation, une contrainte dans la structure et l’évolution de l’univers. (…) Les croyants, évidemment, sont non seulement ravis du « réglage fin », mais lui donnent forcément une interprétation théiste (Dieu avait l’homme, la conscience, l’intelligence en vue lorsqu’Il a créé l’univers. Il a donc donné à ses paramètres les bonnes valeurs). » (5)

Cinq siècles après le séisme copernicien, nous savons grâce aux savants musulmans de lâge d’or de l’Islam comme Nasr Eddine Tuzi, Omar Kheyamm Al Birouni et bien plus tard Copernic puis Galilée que c’est la Terre qui tourne autour du soleil et qu’elle est ronde Nous savons maintenant que le Soleil a à son tour perdu sa place centrale dans l’Univers, ; il n’est qu’un grain de sable dans la galaxie, qui n’est elle-même qu’un tout petit maillon de l’immense toile cosmique, percée de trous noirs, pulsars, quasars et autres… C’est tout cela que nous devons apprendre à nos enfants et non pas les tourments de la tombe ou comment laver un mort comme le fait l’école algérienne

Les combats d’arrière-garde actuels  pour l’émergence d’une école du XXIe siècle

«Nous avons réussi à enlever l’école des mains des obscurantistes, et que l’école algérienne est sur les rails» déclare la ministre de l’éducation s’attirant le courroux du président de l’Association des oulémas musulmans algériens Abdelkader Guessoum qui demande à voir le contenu des programmes et s’assurer que l’éducation islamique est en bonne place. Cette provocation inutile a donné lieu à une réponse qui est loin de ce que l’on devrait attendre d’une Association des Oulémas que le fondateur Abdelhamid Ibn Badis voulait en phase avec son temps .  Ainsi au lieu d’aller dans le fond du problème et poser objectivement les problèmes on a l’impression que ce qui importe c’est que l’éducation islamique soit en bonne place dans le programme. Laquelle pourrions nous être tenté de poser ? Celle qui dit que la Terre est plate ? Qui dit que c’est le soleil qui tourne autour de la Terre ou celle qui parle de l’enfer à un enfant de six ans ?

En fait peut importe cependant le mouvement du monde et la nécessité d’être en phase avec la modernité Ce qui  gêne  le président de l’AOMA c’est la notion «d’obscurantisme». Il s’interroge « si les quatre ministres de l’éducation précédents étaient des obscurantistes »

Qu’est-ce qu’un  obscurantiste ? 

« Un obscurantiste, lit on sur Wikipédia, prône et défend une attitude de négation du savoir. Il refuse de reconnaître pour vraies des choses démontrées. Il pose des restrictions dans la diffusion de connaissances. Il est contre la propagation de nouvelles théories. (…) Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’extension des procédés de l’imprimerie et de la presse permettait de se rendre compte des découvertes des sciences, et de diffuser ce savoir pour obtenir des applications pratiques dans le domaine . (.) l’idée centrale au XVIIIe siècle que le progrès général dans le comportement humain, y compris dans le domaine politique, est conditionné par une diffusion la plus large possible de toutes les connaissances. Et qu’il y a une coalition de facto entre d’une part l’ignorance et la servitude, et d’autre part entre la connaissance et la liberté. (.) » (6)

Il est vrai que Mostefa Lacheraf et Abdelhamid Mehri cités par le président de l’AOMA , ouverts sur l’universel notamment par la maitrise d’autres langues que l’arabe avaient une haute idée de l’éducation n’étaient pas des obscurantistes Cependant dans le monde islamique il nous semble que l’affaissement  scientifique « le roukoud » est consubstantiel du discours obscurantiste de la chape de plomb de « la clôture dogmatique » de Ibn Taymia au XIIIe siècle . En fait l’empêchement de la diffusion du savoir a continué lors de l’avènement de l’empire ottoman  qui a interdit l’introduction de l’imprimerie. La suite, c’est une interminable descente aux enfers des musulmans et surtout des Arabes gouvernés par des élites politiques sans épaisseur  On connait  comment l’obscurantisme a débuté en Algérie dans les années 80 et comment il  été durant la décennie noire

Justement et dans cet ordre  dans une interview réalisée par Salima Tlemcani avec le président de l’Association des Oulémas , plusieurs sujets ont été abordés  notamment l’extrêmisme en Algérie , la place de l’enseignement du Coran à l’école , la place des langues , ce qu’il faut enseigner à l’élève. Parlant des intégristes, le président de l’AOMA  déclare en substance :

« C’est leur manière de faire l’apologie de la violence qui mérite d’être étudiée. Ils exploitent les besoins des citoyens qui souffrent de l’injustice, de la marginalisation, de l’exclusion, du chômage, etc., pour donner un autre discours. Pour moi, ils représentent une minorité. (…) Les extrémistes préfèrent se référer à ce hadith qui prône la légitime défense. Ils disent avoir été agressés par le fait qu’ils n’ont pas de travail, pas de toit, etc » (7).

De notre point de vue, aucune circonstance atténuante ne peut  être invoquée. Le président de l’AOMA semble renvoyer dos à dos les intégristes et l’Etat, qui il faut bien le dire était défaillant.  Il n’ y a pas à se substituer à l’Etat et à trouver des circonstances atténuantes aux salafistes wahabistes en se défaussant sur l’indigence de l’Etat . Cet extrêmisme violent qui il faut le regretter n’est pas rejeté franchement

L’apprentissage des langues 

Le Docteur Guessoum poursuit :

« on doit avoir au moins une langue étrangère en plus de la langue maternelle. Pourquoi exiger le français et non pas l’anglais, Nous n’avons aucune frontière avec les langues ; L’essentiel est qu’il ne soit pas emprisonné dans le ghetto du français » (7)

Il semble  de ce fait, que ce point de vue la langue française cristallise toutes les tensions ,on a l’impression que ce qui intéresse ce n’est pas le contenu d’un savoir mais le contenant . L’essentiel est de sortir du français même si c’est l’aventure pour aller aux autres langues. En l’occurrence il n’y a pas de revanche à prendre sur la langue et surtout il nous faut éviter de confondre la colonisation française abjecte et une langue qui qu’on le veuille ou non est une langue scientifique ; la France étant leader dans pas mal de domaines scientifiques . Nous devons connaitre nos intérêts et ne pas faire dans la précipitation.

Certes l’anglais est la langue première du monde scientifique et même les scientifiques en France publient principalement en anglais mais comment quitter une langue que l’on utilise dans la vie de tous les jours , alors que les pays du Moyen Orient font tout ce qui en leur pouvoir pour s’arrimer aux langues occidentales notamment le français, on ne peut pas abdiquer du jour au lendemain d’une façon aléatoire un patrimoine qui quand le veuille ou non nous sert à faire marcher les institutions. Par contre, il est de la plus haute importance d’enseigner en anglais les matières scientifiques et technologiques dès le secondaire

Comment construire une société apaisée du vivre ensemble en phase avec le mouvement du monde ?

Nous ne pouvons pas construire  par l’éducation des enfants une société et un vivre ensemble sur un malentendu.  Quelle école voulons nous ? Une école qui fait dans la scolasttique moyenâge où on supprime dans l’imaginaire des enfants tout esprit critique  pour en faire des automates dont nous avons vu les résultats. Il m’est arrivé de séjourner au Canada, j’ai vu en pratique ce que c’est que la tolérance, le vivre ensemble et la construction d’un récit national ouvert sur l’universel ou chaque communauté tout en gardant ses fondamentaux qui sont respectés envoient leurs enfants s’éduquer selon les dernières normes à la fois citoyennes à la fois eco-citoyennes mais aussi sans complexe vis-à-vis de la science. Au Canada la première priorité en terme de « Droits » c’est l’enfant. L’enfant doit accourir vers l’école avec enthousiasme et non pas comme une corvée

Lors de mon séjour je rapporte un petit « évènement » qui m’a plu. En visitant le musée de Paléontologie et d’anthropologie et de paléontologie Redpath de l’université Mc Gill à Montréal, j’ai été agréablement surpris par des cohortes d’enfants avec leurs maîtres venus visiter d’une façon studieuse le musée. On guide l’enfant et la disposition même du musée s’y prête On apprend à l’enfant le respect de la nature par l’exposition de fleurs, d’arbres de feuilles fossiles de plusieurs millions d’années et la nécessité de la protection de l’environnement.

Au premier étage on lui apprend à la fois comment l’univers est crée il y a 13,8 milliards d’années et en même temps comment ensuite la Terre a été créé il y a 4,5 milliards d’années avant de lui parler de l’apparition de la vie sur Terre à partir d’abord de plantes, il y a 400 millions d’années et ensuite graduellement la saga de l’évolution avec les différentes ères géologiques, notamment le jurassique entre -250 et 665 millions d’années avec l’apparition des dinosaures tout ceci avec preuves par la datation des fossiles, Ensuite au deuxième étage avec les débuts de la civilisation humaine avec les différentes étapes allant de l’australopithèque jusqu’à l’homo sapiens pour arriver bien plus tard à la préhistoire et à l’histoire avec les civilisations égyptiennes mayas aztèques. Ce fut un plaisir que d’entendre ces enfants ces petits génies en herbe parler naïvement du bom (sic) de l’univers, de la forme des premiers poissons et des premiers végétaux il y a 350 millions d’années végétaux , ensuite aller toucher un dinosaure de l’espèceGorgosaurus libratusde la famille des Tyrannosaures qui a vécu il y a 74 millions d’années.

Par cette simple visite suivie de centaines d’autres toutes aussi didactiques les unes que les autres les autorités scientifiques l’imaginaire de l’enfant dans le sens de l’ouverture sur l’universel. L’enfant est content d’apprendre, il pose les questions qui lui viennent à l’esprit sans barrage. Il faut voir comment les enfants acceptaient « naturellement le récit du big bang ( boum) comment ils ont accepté l’évolution, on leur a même lu la lettre de Darwin à son éditeur, comment ils ont compris qu’il n’y a pas de races et que l’humanité est une en découvrant le visage reconstituée d’une momie jeune fille du Nil de couleur noir comparée à eux jeunes blonds sans complexe.

Comment éduquer alors l’enfant avec les défis du XXIe siècle 

Si des enfants peuvent comprendre en une visite d’un musée les fondamentaux de la civilisation , nul doute qu’ils seront armés pour le futur et ne peuvent pas être manipulés par les différents discours du fait de leur rationalité en construction La lettre du président Abraham Lincoln 16e président des Etats Unis , à son fils est pour nous le modèle d’éducation qui devrait guider notre réflexion sur l’école . C’est à la fois un plaidoyer pour la vertu et la morale mais aussi pour l’ouverture au monde et à la nature en un mot à la rationalité.

« Il aura à apprendre, je sais, que les hommes ne sont pas tous justes, ne sont pas tous sincères. Mais enseignez-lui aussi que pour chaque canaille il y a un héros ; que pour chaque politicien égoïste, il y a un dirigeant dévoué Éloignez-le de l’envie, si vous pouvez, enseignez-lui le secret d’un rire apaisé. Qu’il apprenne de bonne heure que les despotes sont les plus faciles à flatter. »

« Enseignez-lui, si vous pouvez, les merveilles des livres Mais laissez-lui un peu de temps libre pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel, des abeilles au soleil, et des fleurs au flanc d’un coteau vert. À l’école, enseignez-lui qu’il est bien plus honorable d’échouer que de tricher Apprenez-lui à avoir foi en ses propres idées, même si tout le monde lui dit qu’elles sont erronées Essayez de donner à mon fils la force de ne pas suivre la foule quand tout le monde se laisse entraîner. »

« Apprenez-lui à écouter tous les hommes mais apprenez-lui aussi à filtrer tout ce qu’il entend à travers l’écran de la vérité ; Apprenez-lui si vous pouvez, à rire quand il est triste Apprenez-lui qu’il n’est aucune honte à pleurer. Apprenez-lui à vendre ses muscles et son cerveau au plus haut prix, mais à ne jamais fixer un prix à son cœur et à son âme. »

« Traitez-le doucement, mais ne le dorlotez pas, parce que seule l’épreuve du feu forme un acier fin. Qu’il ait le courage d’être impatient et la patience d’être courageux. Apprenez-lui toujours à avoir une immense confiance en lui-même, parce que dès lors, il aura une immense confiance envers l’Humanité. Il est un si bon garçon, mon fils ! » (8)

Le combat pour un Islam des lumières 

L’enseignement du Coran dans le système éducatif  et notamment à l’Ecole  devrait participer à la formation de l’enfant, notamment et surtout en  ses aspects moraux où il sera en symbiose avec l’enseignement de la morale et de l’éco-citoyenneté.  Dans les cycles suivants, il pourra d’une façon harmonieuse comprendre  l’apport de la religion en espérant à terme son adhésion sans que cela ne soit une contrainte ou au contraire un versement dans l’excès.

Il ne devrait pas y avoir de contradiction avec ce que l’élève doit apprendre par ailleurs. Cet enseignement ne doit pas être fait à la légère mais doit aborder sans complexe les découvertes de la science notamment la création de l’univers . Dans ce cadre de mon point de vue l’islam devrait dialoguer avec la science comme le font les autres religions. C’est un véritable aggiornamento qui devrait être mis en place. La contribution suivante faite par un astrophysicien me parait tout à fait d’actualité car elle pose le problème de la science et de la foi en islam s’agissant de deux problèmes majeurs. La théorie de l’évolution et la création de l’univers

Le moment est peut être venu de sortir d’une façon franche du roukoudet pour aller à la connaissance réelle des autres religions des autres cultures et leur apporter la contradiction d’une façon déterminée pour lutter d’une façon scientifique contre les milliers de chaines d’information qui saturent les citoyens et leurs donnent une fausse image de l’Islam. Nos ulémas devraient s’y atteler et c’est à ce titre qu’ils seront crédibles et porteront le combat sur le terrain des idées , en apprenant comment les adversaires de l’islam nous combattent en connaissant à fond l’Islam . Combien parmi nos oulémas connaissent l’anglais, le français pour lire les textes sacrées des autres religions monothéistes ?

Dans ce cadre une contribution remarquable du professeur Said Chibane permet de fixer les termes du débat Nous lisons :

« Je pense qu’il est primordial, que certains de nos illustres savants consacrent dorénavant l’essentiel de leurs efforts à accomplir une mission de la plus grande importance, à savoir, à l’étude de tout ce qui s’écrit sur les sciences de l’Islam , notamment ,les publications relatives au Saint Coran, la Tradition du Prophète et son honorable biographie ,réalisées par des chercheurs chrétiens et juifs dans des établissements non musulmans. (.)Nous avons besoin de relancer «la polémique par la meilleure manière » en mettant en évidence la vérité et la diffuser au maximum. Cependant, la connaissance totale des points de vue de l’autre, et l’analyse scientifique de ses arguments, constituent la condition incontournable d’une telle approche. Et cela ne peut se réaliser que par des savants spécialistes en histoire ancienne et littératures sacrées juives et chrétiennes, ayant une parfaite maitrise de leurs principales langues ». (8)

« Il est de mon avis, que cette mission soit des plus utiles des missions de résistance contre l’agression dont fait l’objet l’Islam, qui se nourrit des publications qui sont faites en dehors du monde musulman. Telles que les informations sur l’Islam publiées par les Universités, Etablissements et Centres d’études dépendant de différentes Institutions religieuses, dont l’Institut papal des Etudes Arabo-islamiques, , les Centres spécialisés gérés par les Dominicains au Caire ,les Pères Blancs à Tunis , les Etablissements orientalistes et les Organisations des « Missionnaires ». Lorsque l’Union mondiale des Oulémas Musulmans fut créée, j’ai vu en elle la première tentative pour combler un grand vide qui a causé d’énormes dégâts aux Sciences islamiques, contrairement à la situation enviable des communautés chrétiennes et juives. Celles-ci disposent d’Institutions scientifiques mondiales qui supervisent les recherches dans les sciences les concernant, cueillent leurs fruits continuellement, assurent la coordination des efforts après avoir fixé les orientations, pour enfin procéder à une large diffusion des produits obtenus. (.) » (8)

« Cette situation est l’une des causes principales de ce qui est appelée islamophobie, qui est un concept choisi par les ennemis de l’Islam au détriment de celui d’anti Arabes et Africains musulmans.Les juifs ont pu imposer relativement à leurs adversaires, le concept d’anti sémites et non d’anti juifs, ou « judéo phobie ». (.) Il est donc impensable que les peuples occidentaux, changent de position concernant le soutien qu’ils apportent à leurs gouvernements dans son agression contre les Musulmans, tant que sont publiées en Occident des traductions des significations du Coran et de la tradition prophétique, qui ne trouvent pas qui les corrigent et accréditent la vérité. Il est donc d’une importance capitale, qu’une Institution musulmane mondiale se consacre exclusivement à cette mission, à l’instar de ce qui existe en Occident. Il est évident que le projet de l’Académie islamique suggérée, se doive d’être libre de tout lien politique partisan qui ne peut que nuire à son unité et à son bon fonctionnement » (8).

Voilà un champ de réflexion qui devrait concerner la future Mosquée d’Alger dont le rôle pourrait être justement de regrouper en son sain des universitaires de tout bord qui ont commun la défense de l’islam non par l’incantation ou par les clichés auxquels les jeunes n’y croient pas plus mais par la rigueur scientifique la méthodologie qui permettra aux penseurs de l’islam algériens et même étrangers de contribuer positivement à faire de l’Islam un vecteur de rayonnement avec les outils du XXIe siècle.

Il ne faut pas, le pensons nous confondre l’aspect religieux atemporel et le temporel qui consiste en un projet de société certes qui s’inspire des principes du Coran mais qui doit construire un Etat avec des éco-citoyens éduqués pas seulement par les principes de religion et de morale mais aussi des considérants de la citoyenneté en phase avec le développement du monde.

Il est de mon point de vue d’autres combats que nous oulémas devraient investir celui d’un Islam en phase avec le XXIe siècle un Islam de la science qui ne tourne pas le dos à la science mais qui développe un discours positif et non nihiliste comment nous devons enseigner aux enfants l’évolution positive du monde des civilisations anciennes leur expliquer que l’humanité est une et qu’elle s’est développée partout où les conditions naturelles étaient propices.  Avant toute chose, nous devons leur enseigner  la rationalité scientifique.

Se poseront ensuite les défis. Comment leur faire aimer la nature  pour en faire des éco-citoyens soucieux du bien commun. Comment expliquer à nos enfants qu’il y eut des civilisations illustres depuis dix mille ans, Comment leur expliquer la création de l’univers sans faire dans le concordisme porteur de danger. Comment leur expliquer l’avènement de la vie sur Terre et leur montrer le miracle de la vie et la nécessité de la préserver sous toutes ses formes. Comment enfin leur  expliquer qui nous sommes que tous les Algériens sont frères  quelques soient la région et que toute l’Algérie est une indivisible autrement, un récit national historique apaisé et qui leur permettra à non point douter de sortir de l’errance identitaire et foncer vers le futur avec des reflexes de vainqueurs bien dans leurs peaux ; ancrés dans leurs histoires leurs cultures , appartenant à une sphère civilisationnelle qu’ils pourront embellir par leur apport à la science et à la technologie …  Amen

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Notes

1.https://fr.wikipedia.org/wiki/Traductions_du_Coran

2.https://d1.islamhouse.com/data/ar/ih_quran/Adel_Al-Kalbani_Chinese/ar_001_Adel_Al-Kalbani_Chinese.mp3

3.https://d1.islamhouse.com/data/ar/ih_quran/Mashari_Indonesia/id_017_Mashari _Indonesia.mp3

4.Jacques Berque : http://www.islam-fraternet.com/maj-0598/berq.htm

5.Nidhal Guessoum 21 mai 2010  https://oumma.com/lislam-levolution-lhomme-et-lunivers/

6.https://fr.wikipedia.org/wiki/Obscurantisme

7.Salima Tlemçani  http://forumdesdemocrates.over-blog.com/2016/04/abderrazak-guessoum-president-de-l-association-des-oulemas-le-chiisme-en-algerie-est-du-a-l-ignorance-des-sunnites.html

8.Prof. Saïd Chibane . http://www.lejeunemusulman.net/?p=2157

Article  de référence: http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5264654

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