Recrutement dans les écoles primaires : Les enseignants sollicités pour gonfler les rangs de la marine canadienne

Le commandant en chef des Forces canadiennes a donné l’ordre à tous les militaires de participer activement au recrutement de la jeunesse en 2006. Les militaires appellent aujourd’hui les enseignants sous les drapeaux : ils doivent contribuer aux efforts de recrutement, dont les cibles sont de plus en plus jeunes. C’est maintenant dès la maternelle que doit se faire la valorisation de l’engagement dans l’armée. Voilà ce que confirme la nouvelle démarche pédagogique, destinée aux enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire publiée par la Défense Nationale à l’occasion du Centenaire de la Marine Canadienne.

Le militarisme chez les tout petits (1)

On retrouve sur le site internet des Forces canadiennes une démarche pédagogique complète destinés aux enseignants qui vise à « mettre en valeur la Marine actuelle et appuyer la Marine du futur ». La première série de leçons visent les jeunes de la maternelle à la quatrième année. Le programme éducatif invite spécifiquement les enseignants à communiquer « avec les affaires publiques, un centre de recrutement, un navire ou une division de la Réserve navale pour qu’une personne de la Marine vienne parler aux élèves ». On encourage même les enseignants à utiliser des « photos, transparents et films de recrutement » du site de recrutement de l’armée pour faire la « présentation des métiers de la Marine canadienne ». Le programme suggère aussi à nos écoles de faire la « distribution d’articles promotionnels » de l’armée auprès des enfants. Comment le fait de montrer des vidéos destinées au recrutement militaire à des enfants de 5 à 9 ans peut-il être dissocié des efforts de recrutement ?

Lors de la dernière leçon du programme, suite à diverses activités de valorisation de l’armée, on demande aux élèves : « Prévoyez-vous vous joindre un jour à la Marine ou aux cadets ?». Comment cette question peut-elle mener à une prise de position libre et éclairée d’un enfant de 5, 7 ou 9 ans ? N’est-ce pas plutôt une forme de manipulation, où l’on suggère directement la réponse ? Cet effort de promotion de l’engagement militaire s’adresse à un public vulnérable, auquel on omet de fournir les informations complètes nécessaires à une prise de position éclairée. Les enseignants de nos écoles publiques devraient-ils servir à l’embrigadement militaire ?

Le plus odieux, c’est l’intention de mobiliser les enseignants pour identifier, dès la maternelle, des recrues potentielles de la Marine et de son aile jeunesse : les corps de cadets. D’un océan à l’autre, ce sont 3 500 enfants de 9 à 12 ans qui sont enrôlés au sein des cadets de la Ligue navale. Lorsqu’ils atteignent la sixième année du primaire, ces jeunes sont ensuite sollicités pour gonfler les rangs de plus de 10 000 cadets de la Marine royale canadienne âgés de 12 à 18 ans. Combien de ces cadets font par la suite la transition pour devenir militaires ? Le bureau des cadets refuse de le dire.

Un organisme civil ? (2)

Le Ministère de la Défense Nationale présente les corps de cadets comme étant « un organisme communautaire et bénévole consacré au développement des ressources, de la vitalité et du leadership chez les jeunes Canadiens ». Dans les faits, cet organisme dépend totalement de l’armée. Il est dirigé à partir des bases militaires et du quartier général de la défense nationale, et les hautes sphères de son commandement relèvent entièrement des Forces Canadiennes. Les corps de cadets de la Ligue navale bénéficient d’infrastructures, de personnel et de financement militaire. Le financement reçu provient majoritairement d’une subvention du ministère de la Défense, de cotisations des autres corps de cadets et de contributions de diverses organisations militaires, dont un fonds « en vertu duquel 17 entreprises de défense doivent verser une cotisation annuelle ». Selon le dernier rapport quinquennal d’évaluation des ligues de cadets, la principale subvention du Ministère de la défense a été renouvelée dans le but d’« améliorer l’accès à des informations cohérentes et fiables entre la Ligue navale et l’armée, prévenir ainsi la mésinformation et augmenter le nombre de cadets et de bénévoles ». Dans ce contexte, comment peut-on parler d’organismes réellement civils, communautaires et bénévoles ?

Vers la conscription par la pauvreté ?

L’intéressement au domaine militaire par des activités gratuites de loisir attire particulièrement les jeunes des quartiers défavorisés des milieux urbains, tout comme ceux qui habitent des régions à l’économie chancelante. Le rapport de la Défense conclut : « que les collectivités plus petites offrent généralement moins de programmes officiels pour l’épanouissement des jeunes Canadiens que les grands centres. Il est donc clair que les ligues de cadets ont eu un impact sur les collectivités où les opportunités sont moins nombreuses. Les ligues ont atteint les jeunes Canadiens, leur facilitant ainsi l’accès au Mouvement des cadets ». Ainsi l’armée, grâce à son financement colossal, est en mesure d’offrir un programme jeunesse sur l’étendue du territoire canadien, ce qu’aucun autre organisme bénévole n’a les moyens de faire.

Soulignons que Ligue Navale du Canada est également un lobby militariste. L’institution vise à influencer la prise de décision politique en faveur de l’investissement dans la marine. En plus de son mandat d’accroître le niveau de soutien à l’égard du Mouvement des cadets, la Ligue Navale est membre de la Conférence des associations de la défense, le plus puissant lobby militariste au Canada, dont on voit les régulièrement les porte parole commenter l’actualité dans les médias. Quand un jeune s’enrôle dans les cadets de la ligue navale, il doit adhérer à ce lobby en plus de porter allégeance à la reine du Royaume-Uni. Dans le formulaire d’inscription des enfants de neuf ans dans les cadets ont peut lire : « je promets de faire honneur à la reine, de me conduire de façon à honorer mon pays … et de donner mon appui à la Ligue navale du Canada au meilleur de mes capacités ». Manifestement, l’engagement militaire débute à la petite école.

C’est sous le slogan « Commémorons, célébrons et engageons-nous », qu’est souligné le centenaire de la marine canadienne jusque dans les écoles primaires. Face à une population réfractaire à l’engagement dans des guerres d’invasion, l’armée doit raffiner ses techniques de recrutement. On finance donc, à grands frais, l’endoctrinement militaire en très bas âge.

Célébrons cent ans à endoctriner nos jeunes pour la guerre.

Sources:

1. Matériel éducatif des Forces canadiennes, disponible sur le site web du Centenaire de la marine canadienne
www.navy.forces.gc.ca/centennial/11/11-c_fra.asp?category=99&title=246
2. Évaluation sommative du Programme de subventions pour les bureaux nationaux des ligues de cadets du Canada, disponible sur
www.crs-csex.forces.gc.ca/reports-rapports/2008/147P0854-fra.asp

 




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