Réponses d’une Syrienne à la «Hors-la loi César» de M. Trump et Cie

Les prochains mois risquent d’être encore plus douloureusement vécus par la Syrie et les Syriens. Ladite « Loi César » -ou plus exactement « The Caesar Syria Civilian Protection Act » qui n’a rien d’une loi de protection des civils, mais tout d’une décision hors-la loi cherchant à étrangler le peuple syrien par toutes sortes de sanctions économiques afin qu’il se désolidarise de ses dirigeants- devrait entrer en vigueur le 17 juin prochain. 

Sans aborder les répercussions de cette décision illégitime sur l’ensemble des Pays du Levant, nous avons choisi de traduire les réactions d’une citoyenne syrienne aux déclarations, ce 7 juin, de James Jeffrey, le représentant spécial des États-Unis pour l’engagement en Syrie et l’envoyé spécial de la Coalition internationale contre Daech. Elle nous a parue représentative des Syriens patriotes conscients des dangers qui guettent leur pays. 

Ses réactions viennent confirmer l’idée que ce serait une erreur de céder aux exigences de Washington au moment même où les États-Unis et leurs alliés vivent la tourmente d’un probable déclin économique et où leurs adversaires tendent à s’émanciper de leur hégémonie. Autrement dit, la Syrie ne peut pas aller contre l’Histoire. D’autres options existent. [NdT]. 

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Permettez que je vous présente James Jeffrey l’Américain

C’est ce Monsieur tout sec qui s’enorgueillit de ce qui nous afflige. 

Il est fier de l’effondrement de notre monnaie face au dollar Us. 

Il se vante du blocus qui nous est imposé et de la famine qui nous attend. 

Il vole ouvertement notre pétrole vu que son président aux cheveux oranges a publiquement déclaré : « Nous occupons la Syrie, j’aime le pétrole, nous le garderons » ! [*]

Il fait brûler notre blé afin de nous priver de ce qui est le plus élémentaire pour que nous restions en vie. 

Il soutient les séparatistes kurdes et nous coupe de la région nord-est de notre Syrie. 

Il laisse les « daechiens » s’échapper des prisons pour qu’ils nous découpent en morceaux. 

Pourquoi ? 

Pour protéger Israël désormais plus faible qu’une toile d’araignée, en dépit des injections répétées de dollars et de toutes sortes d’armement. 

Pour mettre à genoux l’axe de la Résistance, dont l’Iran, lequel a asséné un sacré coup à sa vaniteuse hégémonie et qui vient d’approvisionner le Venezuela en pétrole et en aides humanitaires. 

Contre quoi ? 

Contre les promesses de ses sordides négociations : « Expulsez la Résistance, éjectez l’Iran et nous vous promettons la survie du régime ainsi que la levée des sanctions ». 

Les sanctions ne sont donc pas liées au fameux « César » [et à ses photos de prétendues tortures infligées à des civils syriens ; NdT], ni aux droits de l’homme, ni aux droits des terroristes confinés à Idleb. Non. Les sanctions de ladite « Loi César » sont liées à nos relations avec la Résistance : « Expulsez la Résistance, inclinez-vous devant le Seigneur sioniste et vous garderez vos postes et vos prérogatives ». 

Quant aux droits de l’homme, connaît-il seulement le sens du mot « humain » pour parler de ses droits ? 

Plutôt les coups de couteaux que l’allégeance aux États-Unis

À votre avis mes frères syriens, devrions-nous céder aux exigences nouvelles, mais en réalité anciennes, de laisser tomber la Résistance afin de regagner l’amitié des Américains et faire lever le blocus contre la Syrie ? 

Imaginons que nous ayons rompu nos relations avec la Résistance libanaise et la Résistance palestinienne, que nous ayons poussé à la sortie les amis iraniens ayant combattu le terrorisme à nos côtés et versé leur sang sur notre terre, qu’une nouvelle page ait été ouverte avec l’Amérique, que l’économie se soit améliorée, que le peuple se soit enfin reposé, et que nous ayons repris les relations diplomatiques avec les pays de l’axe pétrodollar. Que se passerait-il ? Autrement dit, que gagnerions-nous de l’amitié de l’Amérique et de l’Occident ? Pour répondre, revenons sur l’expérience de deux grands pays arabes : l’Irak et la Libye. 

L’Irak de Saddam était l’allié de l’Iran du Shah. Lorsque la Révolution islamique a pris le pouvoir en Iran (1979), rien n’a changé du côté iranien. Mais en raison de son amitié avec Saddam, l’Amérique humiliée lui a ordonné de mener la guerre contre le nouvel Iran. Une guerre qui a duré huit longues années mes amis. Une guerre qui a détruit le vivant et l’inerte dans les deux pays ; l’Irak ayant perdu son armée, ses capitaux et son armement. Puis, deux ans plus tard, l’ami américain lui a inspiré l’idée lumineuse d’occuper le Koweït (1990). Suite à quoi elle a lancé sa guerre contre l’Irak, l’a détruit et assiégé pendant 12 ans, avant de l’occuper (2003) et de l’achever pour de bon. C’est ainsi que l’Irak, le meilleur ami de l’Amérique, est aujourd’hui détruit, divisé, dépouillé de ses richesses. L’ami américain ne lui a laissé ni or, ni pétrole, ni vestiges historiques, ni trésors archéologiques. Et, en plus de lui avoir tant volé, il l’a remis entre les mains de Daech pour qu’il l’anéantisse au fil de ses épées. Quant à Saddam, l’ami de l’Amérique, l’allié de l’Occident, le chéri de Rumsfeld, il a fini pendu par une nuit sans lune.

La Libye de Kadhafi entrée en grâce et en amitié a consenti plusieurs millions de dollars d’indemnisation pour les victimes du vol de la Pan Am 103, des contrats pétroliers mirobolants avec l’Europe, des financements de campagne de candidats à la présidentielle française, etc. Puis, boom ! L’Occident, dirigé par l’Amérique, l’a récompensée par les bombardements et les destructions. Donc, la même récompense que l’Irak a reçue de la part de l’ami américain : pillage des richesses, occupation, division. Ils ont même fini par lui ramener Daech et le sort du Colonel Kadhafi fut encore plus laid et plus humiliant que celui de Saddam. 

Quelles conclusions en tirez-vous les amis ? Qu’est-ce qui coûterait plus cher : rester dans l’axe de la Résistance et subir le blocus, ou courir après l’amitié et le soutien empoisonné de l’Amérique ? Je dirai : plutôt les coups de couteaux que l’allégeance aux États-Unis ! 

Au nom de Dieu, de la Syrie et de la Résistance

Deux petits mots avant de vous quitter pour aller à mon travail.

Deux petits mots aux Syriens expatriés, abstraction faite de ceux qui se sont révélés plus fidèles et plus loyaux que nombre de Syriens traîtres et corrompus. Deux petits mots à ces seuls Syriens dont j’ai lu les propos d’hier, louant et remerciant Dieu pour leur avoir épargné de continuer à vivre avec nous, en Syrie ; l’un d’entre eux allant jusqu’à déclarer : « Je cracherai au visage de quiconque oserait parler en termes tendres et nostalgiques de la Patrie ». 

Deux petits mots valables aussi pour les Syriens de l’intérieur qui ont exprimé leur ardent désir d’expatriation, prétendant avec ironie qu’au cas où des États étrangers ouvraient leur porte, l’aéroport de Damas serait bondé de Syriens fuyant l’enfer, les prix élevés, la corruption, etc.

À ceux-là seulement, et je souligne mille fois le mot « seulement », je dis : mes chers bienheureux qui louaient votre Dieu pour ne plus avoir à vivre avec nous, en Syrie, que Dieu vous comble de ses bienfaits jusqu’à pleinement vous satisfaire et à complètement nous oublier. Oui, jusqu’à nous oublier. Oubliez-nous ! 

Nous sommes fatigués de la corruption, de la flambée des prix, des commerçants malhonnêtes, des responsables corrompus… mais, malgré tout, malgré les lamentations facebookiennes et le sentiment général d’une oppression vertigineuse du Dollar Us, nous sommes contents d’être là où nous sommes. 

Tels les poissons, nous ne pouvons pas vivre en dehors de l’eau de Syrie. 

Tels les arbres, nous mourrions si nos racines étaient arrachées du sol de Syrie. 

Nous sommes ainsi faits, mes frères. 

Nous sommes attachés à cette terre. 

Nous ne pouvons pas vivre sans notre mer, sans nos montagnes, sans nos oliviers, sans l’eau de Damas, les bienfaits de Sweida, le savon d’Alep et la beauté de Homs. 

Nous ne le pouvons pas. 

Nous ne pouvons pas vivre sans sentir l’odeur de cette Terre. 

Quant à moi, il n’est pas impossible que je décède officiellement au bout de trois nuits passées loin de Syrie. 

Lorsque nous discutons de la situation économique, nous parlons sous l’effet de notre immense douleur et de notre profonde colère. Cependant, en dépit de la noirceur de cette situation, nous sommes prêts à manger de la terre pour ne pas quitter notre pays. Aussi, je jure par le Tout-Puissant qu’en 2014 à Alep, lorsque les terroristes nous ont coupé l’eau de notre Euphrate, nous avons bu les eaux de pluie collectées sur nos balcons. Nous ne sommes pas partis. Nous n’avons pas quitté Alep. Cette eau n’était-elle pas l’eau de notre ciel syrien ? Et cette terre n’est-elle pas notre terre syrienne encore plus douce que le miel à nos cœurs ?

Vous louez Dieu parce que vous ne vivez plus en Syrie ? Libre à vous de dire ce que bon vous semble. Cela prouve que s’il restait une infime probabilité de votre retour parmi nous, elle est désormais morte et enterrée. Libre à vous, mais aussi libre à nous. 

Libre à nous d’aimer intensément notre mère : la Syrie. Cette mère qui nous a enfantés, a veillé à nous éduquer, à nous nourrir et qui encaisse aujourd’hui les coups du moment. Devrions-nous l’abandonner ? Devrions-nous la quitter ? Une personne digne de ce mot peut-elle ressentir de la répulsion à l’égard de sa mère appauvrie et fatiguée ? Ou bien se précipiterait-elle à ses pieds afin de lui demander pardon pour la moindre grogne à son égard ? 

Enfant, j’étais profondément attachée à l’Église, au Christ et à la Vierge Marie. Ma foi en Dieu était forte et enracinée en mon âme. Maintenant, à mes yeux, Dieu est la Syrie, le Christ est chaque soldat de notre Armée, vivant, martyr ou blessé, et la Vierge est chaque mère syrienne ayant donné naissance à des héros qui protègent leur patrie. 

Telle est ma foi. Je m’y tiendrai jusqu’à mon dernier souffle, comme je m’y suis tenue à Alep quand il n’y avait plus qu’une seule rue me séparant du couteau des égorgeurs du « Front al-Nosra » ; comme je m’y tiens encore à Damas alors qu’entre ma Livre syrienne et le Dollar Us, le facteur multiplicateur est rendu à 2000. 

Aujourd’hui, je me couche et me lève en disant : « Au nom de Dieu, de la Syrie et de la Résistance ».

Que Dieu vous bénisse où que vous soyez, en sachant que c’est là un discours que vous ne pouvez comprendre à moins d’être aussi amoureux que nous le sommes de notre Syrie. Amoureux au point qu’un grain de sa Terre vaut les trésors du Monde…

Docteur Reem Arnouk

Médecin gynécologue (Syrie)

 

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation

Source : Facebook

[*] U.S. Is ‘Keeping the Oil’ – Trump on Syria

https://www.youtube.com/watch?v=MIyNMzqHHGQ

Juin 2020


Articles Par : Docteur Reem Arnouk

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