Réunion au Kremlin Poutine-Kerry: Vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que veut l’Otan

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Ce qui se dégage de la dorénavant légendaire réunion du 12 mai au Kremlin entre le président Poutine et le secrétaire d’État des USA John Kerry, c’est qu’après une campagne de diabolisation effrénée de la Russie par les USA, les deux parties pourraient être parvenues à une sorte d’accord. Évidemment, aucune source officielle, tant à Washington qu’à Moscou, ne le confirmera.

Les impératifs géopolitiques nous amènent à croire que Kerry, qui n’est que le simple messager des véritables Maîtres de l’Univers à l’œuvre dans les officines de Washington, a demandé à Poutine de l’aider dans ce que les USA appellent le Grand Moyen-Orient, et de faciliter la conclusion peut-être imminente d’un accord sur le nucléaire iranien avec le P5+1.

 

Washington jette l’éponge sur l’Ukraine, et entame le plan B. ©SPUTNIK/IGOR MIKHALEV

 

Poutine a donné son accord à Kerry à la condition que toute l’hystérie à propos de l’Ukraine cesse immédiatement.

Il n’existe aucune preuve solide (du moins pas encore) que Washington se prépare enfin à reconnaître, même tangentiellement, son cafouillage géopolitique monumental en Ukraine. L’affermissement à la vitesse de l’éclair du partenariat stratégique russo-chinois n’en est qu’une des principales conséquences. La levée des sanctions serait déjà un premier pas concret sur le terrain (eurasiatique).

Sauf que pour le moment, nous avons toujours droit au bellicisme habituel de l’Otan, version remixée.

C’est un flambeur !

Le général Hans-Lothar Domröse, qui est à la tête du Commandement allié de forces interarmées de Brunssum, est convaincu que la Russie représente une menace, que Poutine est un dangereux flambeur et que les Russes estiment possible l’utilisation d’armes nucléaires tactiques comme moyen de faire la guerre. Nous [l’Otan] ne voyons pas les choses ainsi.

Évidemment, Herr General ment sur les deux points (que Moscou veut utiliser des armes nucléaires, mais que l’Otan n’envisagerait pas cette possibilité). Il a au moins admis que l’Otan ne considérait pas la Russie comme un ennemi, mais comme une menace possible.

Le schéma narratif reste donc au beau fixe. Plus tôt dans le mois, le gros bonnet de l’Otan, le général Philip Breedlove (Breedhate/Follehaine lui va mieux) a accusé la Russie de proférer des menaces nucléaires irresponsables. Breedhate/Follehaine ne rate d’ailleurs aucune occasion d’y aller d’une déclaration accusant la Russie de lancer une énième offensive dans le Donbass et de violer Minsk-2, alors qu’en réalité c’est Kiev qui est responsable de toutes les offensives et les violations.

Le secrétaire général de l’Otan, l’inoffensif Norvégien Jens Stoltenberg, ne manque jamais non plus d’entrer dans la danse en prétendant que la Russie va utiliser des armes nucléaires. Il soutient que le système de défense antimissile de l’Otan ne vise pas la Russie (faux) et que l’Otan ne cherche pas la confrontation (faux).

Tout ce boucan à propos des armes nucléaires se base sur les propos de Mikhaïl Oulianov, le directeur du Département de non-prolifération et de contrôle des armements du ministère russe des Affaires étrangères, qui a dit lors d’une conférence d’examen dédiée au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires que ce que mijote Washington pourrait (le mot-clé étant ici pourrait) amener Moscou à décider d’accroître son arsenal nucléaire.

 

Les actions US peuvent inciter la Russie à accroître son arsenal nucléaire. © SPUTNIK/ HOST PHOTO AGENCY

 

Le fait que Oulianov se soit empressé d’ajouter que Moscou n’ira pas de l’avant (encore) s’est évidemment perdu dans la traduction.

Chose certaine, pendant que les USA, le Pentagone et l’Otan s’époumonent, Moscou se prépare silencieusement à protéger le territoire russe contre tout ce que l’armée des USA pourrait lui lancer, y compris dans le cadre de sa Force de frappe globale rapide.

Et puis peu importent les manœuvres de l’Otan, la Russie adapte sa riposte, habituellement en procédant à des exercices militaires non annoncés. Si l’Otan s’amène avec les plus grands jeux de guerre jamais conçus juste à la frontière de la Russie – tu parles d’une provocation ! –, Moscou réplique avec ses propres jeux de guerre en Méditerranée, en étroite coordination avec l’Armée chinoise de libération du peuple (un autre exemple du partenariat stratégique à toute épreuve conclu entre la Russie et la Chine).

Un été nucléaire, ça vous chante ?

Évidemment, les bellicistes, par l’entremise du Pentagone, ne pouvaient s’empêcher de s’en prendre aussi à la Chine. Le Global Times, qui, sans aucun doute, se fait l’écho de l’opinion prédominante au sein de l’Armée de libération du peuple, a adapté sa riposte, en répliquant que si Washington n’arrête pas d’exiger de Pékin qu’il cesse sa construction d’îles artificielles en mer de Chine méridionale, une guerre est inévitable. 

La Chine : les tensions en mer de Chine sont un vieux truc occidental usé © AP PHOTO/ ZHA CHUNMING

 

Les suspects habituels du turbo-capitalisme à la George Soros se sont évidemment empressés d’alimenter le moulin à rumeurs en attisant les flammes d’une guerre imminente, se demandant même combien de pays de l’Occident fragmenté Washington arriverait à enrôler pour une guerre, non seulement contre la Russie, mais également contre la Chine !

Tout cela au moment même où les généraux états-uniens de l’Otan n’arrivent même pas à convaincre les pays membres de consacrer 2 % de leur PIB à la défense.

Il y a eu aussi ce tweet de John Schindler, un ancien de la NSA qui a aussi enseigné au US Naval War College, diligemment amplifié par le moulin à rumeurs. Schindler y affirmait qu’un important exécutant de l’Otan (qui n’est pas états-unien) lui a dit ceci : «Nous serons probablement en guerre cet été. Avec de la chance, ce ne sera pas une guerre nucléaire.»

Les docteurs Folamour à Bruxelles se préparent donc non pas à s’offrir du soleil et du plaisir sur la Costa Brava, mais à un été nucléaire.

Elle est maintenant révolue l’époque où toute transgression directe de la maxime exceptionnaliste Si on t’a dans le collimateur, on va te bombarder était déjà chose faite. Tout ce qui reste aux docteurs Follehaine de l’Otan à se mettre sous la dent, c’est une campagne de peur sur le thème de Mare Nostrum.

Pepe Escobar

Article original en anglais: You Can’t Always Get What NATO Wants, Sputnik News, 29 mai 2015

Traduit par Daniel, relu par jj pour Le Saker francophone

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).



Articles Par : Pepe Escobar

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