RSF, CIA, Venezuela, dollars

6 avril 2006

J’ai accordé une interview au journal gratuit Métro hier ( mardi 5 avril 2006 ) sur le livre « Les Etats-unis de mal empire  » que j’ai co-écrit et j’ai terminé en disant que Reporters sans frontières était financée par des officines écrans de la CIA. Fureur de RSF qui a obtenu aujourd’hui un droit de réponse aussi nul que mensonger et menaçant : l’officine se « réserve le droit de me poursuivre ». Ils ne le feront pas, j’ai tout bon et ils mentent éhontément.

Trois courts docs joints à lire dans cet l’ordre :

1) mon article initial (Métro 5 avril)

2) la réponse de RSF aujourd’hui (Droit de réponse)

3) et ma réponse à la réponse (Réponse MV à RSF 6 avr) que Métro ne va pas publier, je crois. Ils ont sans doute envie d’arrêter ça et je peux comprendre, même si ça se termine par une menace. Dommage. J’y démasque les menteurs.

Tiré de Métro France du 5 avril 2006

Le Sud, front de refus

Interview de Maxime Vivas, coauteur de l’ouvrage Les Etats-Unis de mal empire. Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud*

5 avril 2006

Coauteur de l’ouvrage Les Etats-Unis de mal empire. Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud*, Maxime Vivas revient sur l’actuel dynamisme politique d’une Amérique latine en plein bouleversement.

Q-Comment expliquez-vous le basculement à gauche de l’Amérique latine ?

Ces peuples ont connu, au cours des dernières décennies, une succession d’expériences tragiques. D’un côté, des régimes civils corrompus partis à l’étranger avec la caisse, comme en Argentine ou à Haïti avec Bébé Doc, et de l’autre, des régimes militaires d’une férocité inouïe ont reçu l’aide des Etats-Unis. Ce grand voisin trop proche a également soutenu le renversement de régimes démocratiques au Nicaragua, au Guatemala et, en 2002, au Venezuela. La faillite en Argentine, les échecs de l’Alena ont également décrédibilisé le modèle néolibéral. Un front de refus de l’hégémonie américaine a ainsi émergé.

Q-De Castro à Bachelet, en passant par Lula, Morales et Chavez, ils sont quand même très différents…

Oui, mais ils bénéficient, à part le Brésil, d’une langue commune : l’espagnol. La chaîne Telesur a ainsi pu être lancée sur tout le continent. L’idée était de contrebalancer CNN. Il existe aussi une conjonction d’intérêts. Ainsi, le Venezuela vend à Cuba – mais pas seulement – du gaz et du pétrole à prix bradés et reçoit en échange les services de médecins et d’enseignants cubains.

Q-Comment est perçu le vénézuélien Hugo Chavez ?

Ce dirigeant a remporté démocratiquement neuf élections dans un pays où la plupart des médias sont entre les mains de l’opposition. Au Venezuela, des journaux peuvent appeler à l’assassinat de leur dirigeant sans être inquiétés. Un opposant peut écrire que « Chavez doit mourir comme un chien ». Dans aucun autre pays au monde, une telle chose est possible. Sans compter que ce pays devrait être riche depuis longtemps. Mais il a été pillé, notamment par les entreprises étrangères.

Q-Cuba est-il considéré comme un repoussoir ?

La vision que nous avons ici est complètement faussée. Cuba a le taux de médecins le plus élevé au monde, un taux de mortalité infantile inférieur à celui des Etats-Unis et l’espérance de vie la plus longue de toute l’Amérique latine. L’analphabétisme a disparu et la famine n’existe pas. La torture non plus, contrairement à beaucoup d’autres pays du continent, dont les Etats-Unis. Chaque année, l’ONU condamne le blocus que subit l’île. Pourtant, depuis 45 ans, ce petit pays tient tête aux Etats-Unis.

Q-La liberté de la presse n’est-elle que secondaire ?

Le droit de vote n’est rien sans justice sociale. Il faut savoir lire et être en bonne santé pour pouvoir voter. C’est comme la pluralité de la presse qui ne vaut rien si l’information est toujours la même, si elle n’est pas un contre-pouvoir… n’en déplaise à Reporters sans frontières. RSF, qui ne s’occupe que de la presse pauvre dans les pays pauvres, a quand même été la seule ONG à féliciter Pedro Carmona après son coup d’Etat contre Chavez, remis au pouvoir par le peuple 48 h plus tard. Belle leçon de démocratie de la part d’une ONG financée par des officines écrans de la CIA !

Propos recueillis par Claire Cousin.

*de Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj et Maxime Vivas, éd.Aden, 287 p., 20 euros

www.metrofrance.com/site/home

Voici le Mise au point de Reporters sans frontières (RSF)

Métro du 6 avril 2006 – page 6

HALTE À LA DÉSINFORMATION ! RSF souhaite rectifier les propos inexacts tenus par Maxime Vivas, dans une interview intitulée Le Sud, front de refus, parue dans Metro, hier, en p. 5.

M. Vivas affirme, tout d’abord, que RSF « ne s’occupe que de la presse pauvre dans les pays pauvres ». C’est faux. Nous sommes la seule organisation dans le monde à avoir publié, par exemple, un rapport détaillé sur des cas de journalistes emprisonnés par les Etats-Unis (cf. « Quand l’Amérique emprisonne des journalistes » sur notre site : www.rsf.org). Autre exemple : depuis le début de l’année 2006, nous sommes intervenus à plusieurs reprises pour dénoncer des atteintes à la liberté de la presse en Allemagne, en Australie, au Canada, en Espagne, aux Etats-Unis, en France, en Italie, au Japon, au Portugal et en Suisse. Des pays que l’on peut difficilement qualifier de. pauvres !

Ensuite, M. Vivas prétend que RSF a « félicité » Pedro Carmona après son coup d’Etat contre Hugo Chavez, en avril 2002. C’est une invention. Si, à l’époque, nous avons critiqué l’autoritarisme du Président envers la presse, nous avons également dénoncé les « excès de l’anti-chavisme » et la dérive de certains médias qui n’hésitaient pas à publier de fausses informations, mettant parfois en danger des journalistes proches de Chavez.

Enfin, il conclut en disant que RSF est une « ONG financée par des officines écrans de la CIA ». Diffamation pure et simple. Les comptes de notre organisation – reconnue d’utilité publique – sont certifiés par des commissaires aux comptes indépendants et publics. En 2005, 52% de nos ressources provenaient de la vente de nos albums photos, 20% du mécénat d’entreprise, 14% de subventions publiques et privées et 7% de dons. Le détail de ces comptes est consultable sur notre site.

Au-delà de ce droit de réponse, RSF se réserve le droit de poursuivre M. Vivas en justice.

RSF, CIA, Venezuela, dollars.

Par Maxime Vivas

RSF prétend dans Métro s’attaquer à la presse des pays riches, ne pas empocher des dollars, n’avoir pas félicité les putschistes vénézuéliens. Sur ce dernier point, je crois avoir dit lors de l’interview téléphonique : « s’est félicité ». Dont acte. C’est un problème de transcription qui n’exonère pas RSF.

1) Venezuela. Le coup d’Etat a eu lieu entre le 11 et le 14 avril 2002.

Dès le 12 avril, RSF s’adressait aux nouvelles « autorités » (ce qui revenait à les reconnaître de facto). Elle y parlait de « l’ancien président » et concluait : « Reclus dans le palais présidentiel, Hugo Chávez a signé sa démission dans la nuit, sous la pression de l’armée. » Or, Chavez n’avait pas démissionné, pour ne pas démoraliser ses partisans dans l’Armée et dans la rue. Dire le contraire était un acte hautement politique.

A Caracas, un des deux correspondants de RSF, Ewald Schwarenberg, était journaliste à El Nacional dont l’édito du 12 avril saluait le coup d’Etat comme une « victoire de la démocratie ». Par parenthèse, le 25 juillet 2004, l’ex-président Carlos Andrés Pérez, confiera à El Nacional : « Je travaille pour renverser Chavez. La violence nous permettra de le renverser. Chavez doit mourir comme un chien. » Mauvaise compagnie, RSF !

L’autre correspondant de RSF est la politologue Maria José Perez, conseillère de l’opposition anti-chaviste. Elle lâchera à retardement sa nostalgie dans El Universal du 22 novembre 2002 : « Mon coeur vibre á la vue des militaires insurgés, de ces hommes vertueux qui défilent sous nos couleurs nationales ».

2) Sur RSF et la presse pauvre. Lisons le livre de Ménard : « Ces journalistes que l’on veut faire taire » (Albin Michel, mars 2001 ).

«  …pour défendre les journalistes dans le monde, nous avons besoin du soutien consensuel de la profession, tandis que la réflexion critique sur le métier de journaliste prête par définition à polémique. Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration de la presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un événement ? » Et d’insister par cet aveu que l’hebdomadaire Marianne (5 au 11 mars 2001) qualifiait sarcastiquement de « formidable » et de « courageux » : « Nous avons décidé de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Bosnie et au Gabon et les ambiguïtés des médias algériens ou tunisiens… mais de ne pas nous occuper des dérives françaises. »

Quant à la liste fournie par RSF sur ses interventions dans dix pays riches, c’est de la poudre aux yeux, le minimum syndical. Aucun ne figure d’ailleurs aujourd’hui en première page de son site, lequel épingle huit pays pauvres. RSF « proteste » parfois contre les puissants, mais sans aucune action spectaculairement affichée et suivie et surtout pas contre le pays qui a tué le plus de journalistes dans le monde ces dernières années : les USA.

3) Sur les dollars US. Un article daté du 11 mars 2005 de Diana Barahona dans Northern California Media Guild révèle que RSF perçoit des fonds gouvernementaux américains via la NED (National Endowment for Democracy,) : « L’avocate des Droits de l’Homme, Eva Golinger, a découvert que plus de 20 millions de dollars ont été versés par la NED et USAID aux groupes d’opposition et médias privés du Venezuela, dont beaucoup avaient participé au coup-d’état. La NED a accordé à RSF prés de 40.000 dollars au mois de janvier 2005… » Un ancien agent de la CIA spécialisé dans l’Amérique latine, Philip Agee, a révélé dans une interview au journaliste Jonah Gindin (25 mars 2005) que la NED travaille avec la CIA. Au Nicaragua, contre les sandinistes, « la CIA et la NED ont mis en place un front civique appelé Via Civica ». Autre sponsor de RSF depuis 2002 : le Center For a Free Cuba, créé pour renverser le pouvoir cubain et dirigé par un agent de la CIA, Frank Calzon.

Texte sur le site de RSF le 8 juillet 2005 (il y figure encore) : « … Les seules subventions que nous percevons en provenance des Etats-Unis sont celles des fondations Center for a Free Cuba et National Endowment for Democracy (NED). » Sur le même site, en cherchant bien, on trouve, en tout petit, parmi la liste des sponsors, un autreparavent de la CIA crée par le milliardaire et magnat de la presse George Soros : l’Open Society Institute, très active dans les travaux souterrains de reversements des gouvernements. Pourquoi RSF cache-t-elle ces sponsors-là aux lecteurs de Métro ?


Maxime Vivas, coauteur avec Danielle Bleitrach et Viktor Dedaj de
Les États-Unis DE MAL EMPIRE Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud, Aden.



Articles Par : Maxine Vivaces

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