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Sarkozy : pouvoir absolu
Par La Jornada (éditorial)
Mondialisation.ca, 12 juin 2007
La Jornada 12 juin 2007
Url de l'article:
https://www.mondialisation.ca/sarkozy-pouvoir-absolu/5948

Au premier tour des élections législatives qui se sont déroulées hier en France, avec une abstention proche de 40 pour cent, l’Union pour le Mouvement Populaire (UMP) du président Nicolas Sarkozy a obtenu une victoire irrésistible sur la principale formation d’opposition, le Parti Socialiste Français (PSF), lequel accumule deux graves défaites de suite après la victoire du même Sarkozy à l’élection présidentielle du mois dernier.

Il n’est pas nécessaire d’attendre le second tour des élections parlementaires pour augurer que la droite sera la force dominante dans l’Exécutif et le Législatif et que Sarkozy, de cette manière, aura le chemin institutionnel libre pour réaliser ce qu’il appelle son plan de « rupture », qui n’est pas autre chose que le démantèlement de ce qui reste en France de l’État-Providence, la réduction des libertés civiles et des droits humains, le début de la démolition du laïcisme étatique et la liquidation de l’indépendance diplomatique et militaire de Paris face à Washington. En effet, à juger par les actes et paroles antérieurs de l’actuel chef de l’État, le projet de la droite au pouvoir passe par le renforcement des mécanismes répressifs et leur emploi généralisé, l’alignement sans critique sur les désastreuses et criminelles politiques « antiterroristes » de la Maison Blanche et la restitution de quotes-parts de pouvoir à l’Église catholique, dont Sarkozy est promoteur et adepte pratiquant; en somme la France a devant elle la perspective d’une régression historique à des temps antérieurs à la seconde guerre mondiale si ne n’est, dans le cas du coup contre la laïcité, à des moments antérieurs à la Révolution Française.

D’un autre côté, le fait que la réaction ait la voie libre pour transformer en actes législatifs son programme politique ne veut pas nécessairement dire que celui-ci peut être implanté sans la résistance d’une société qui, en dépit de ce que paraissent indiquer les résultats électoraux récents, ne va pas renoncer si facilement à des décennies de sa propre histoire et de son développement social et politique.

Depuis la nuit du 6 mai dernier, date du second tour électoral qui mena Sarkozy au Palais de l’Elysée, divers groupes sociaux marginaux – immigrants et enfants d’immigrants, étudiants, chômeurs- se sont manifestés dans les rues de plusieurs villes de France, pour ce qu’ils ont perçu, judicieusement, comme le début d’un processus de fermeture du peu d’espaces politiques, sociaux et économiques qui restent à de larges secteurs de la population.

Dorénavant, et avec les pleines rênes du pouvoir et de la législation, la droite au pouvoir se consacrera à exacerber la fracture sociale qui s’est manifestée récemment dans le pays qui a pour devise les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, mais qui se montre toujours plus oppressif, injuste, et depuis un mois, dirigé vers un capitalisme sauvage et néolibéral qui substitue à la valeur de fraternité celle de concurrence.

Article original en espagnol, La Jornada, 11 juin 2007. 

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

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