Selon le plan d´Ehoud Olmert, 10% au moins du territoire palestinien serait annexé.

Les élections israéliennes? Elles seront «un référendum sur les nouvelles frontières». La formule est sur toutes les lèvres et dans tous les commentaires à propos des législatives de mardi prochain. C’est que, après avoir laissé planer le doute en s’emparant du parti Kadima laissé orphelin par Ariel Sharon, son dauphin Ehoud Olmert joue désormais cartes sur table: si Kadima sort vainqueur du scrutin, il s’emploiera à «définir les futures frontières d’un Etat juif et démocratique». Rien de moins.

Le plan est connu, et on l’attribuait déjà à un Ariel Sharon qui semblait décidé à poursuivre sur sa lancée, après avoir ordonné de manière unilatérale un désengagement de la bande de Gaza.

Ces nouvelles frontières suivraient ainsi grosso modo le tracé du mur de séparation entre la Palestine et Israël. Les 70 000 colons israéliens se trouvant de l’autre côté de la frontière seraient délogés. Ils viendraient rejoindre les quelque 180 000 habitants des grands blocs de colonies qui, eux, loin d’être démantelés, se verraient au contraire consolidés. A ces grands blocs, s’ajouterait aussi un renforcement de l’emprise sur Jérusalem, ainsi que le contrôle de la vallée du Jourdain.

A la vérité, ce plan qui signifierait l’annexion d’au moins 10% de la Cisjordanie n’est pas vraiment une nouveauté. Lors des négociations de Camp David, en juillet 2000, c’est une issue comparable que tentèrent de vendre à Yasser Arafat le président des Etats-Unis Bill Clinton et le travailliste israélien Ehoud Barak.

Aujourd’hui, non content de faire sienne cette vision des frontières d’Israël, l’héritier d’Ariel Sharon va plus loin. En vue d’intégrer une éventuelle coalition gouvernementale, chaque parti devra formellement approuver le démantèlement des colonies isolées appelées à disparaître. Si le futur premier ministre ne veut pas perdre de temps en querelles internes, c’est qu’il a placé sa priorité ailleurs: convaincre les Européens, et surtout les Américains, d’endosser ce plan pour lui donner une dimension internationale.

Dans ses tiroirs, Ariel Sharon a laissé à Ehoud Olmert la lettre que lui avait adressée George Bush selon laquelle l’Amérique reconnaissait l’existence de «centres de population israéliens» (lire les blocs de colonies). Mais il reste un problème: cette même lettre spécifie aussi que les frontières définitives seront déterminées grâce à un accord avec l’Autorité palestinienne.

Or, même les Palestiniens les plus mesurés n’accepteraient pas ce plan qui réduit la Palestine à quelques îlots déconnectés les uns des autres. Dans ces conditions, Ehoud Olmert a fait un pari: la victoire du Hamas aux élections palestiniennes du 25 janvier dernier ne rend-elle pas impossible tout dialogue? Faute de partenaire, la porte est ouverte à une démarche unilatérale, à laquelle il entend associer l’administration américaine.

De fait, un peu partout en Cisjordanie, les points de passage avec Israël se sont d’ores et déjà convertis en terminaux modernes qui n’ont rien à envier à des postes frontière internationaux. Si elle est jugée essentielle par Ehoud Olmert, l’acceptation américaine de son plan n’a pas freiné les travaux en cours.

«Ce qui se passe sur le terrain est terrible. Cette vision de la paix ne nous mènera nulle part», expliquait récemment au Temps Meir Margalit, un représentant du Meretz, qui a longtemps travaillé avec Ehoud Olmert à la mairie de Jérualem. Mais le Meretz, et avec lui l’ensemble de la gauche, sont aujourd’hui placés devant un beau dilemme: «Nous ne pouvons pas dire aux Palestiniens d’attendre qu’on veuille bien se décider à leur donner 100% de leur territoire. A l’intérieur des 90% qu’ils recevront, Israël en terminera avec les atrocités qu’il commet à leur égard. Au moins cela leur permettra de respirer.»



Articles Par : Global Research

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