Seul un travailleur sur quatre dans le monde a un emploi stable

Seulement le quart de la population mondiale en âge de travailler a un emploi permanent et stable, selon un nouveau rapport publié il y a une semaine par l’Organisation internationale du travail (OIT).

Même si le nombre de personnes sans emploi demeure significativement plus élevé qu’avant la crise de 2008, les quelques emplois qui ont été créés dans les dernières années sont, de façon disproportionnée, des emplois à temps partiel, à faibles revenus et à durée déterminée.

Le rapport de l’OIT, intitulé «Perspectives pour l’emploi et le social dans le monde – Tendances 2015» montre que les trois quarts des travailleurs «sont employés à titre temporaire ou avec des contrats à durée déterminée, dans des emplois informels souvent sans aucun contrat, comme travailleurs indépendants ou dans des emplois familiaux non rémunérés.»

Le rapport indique que, à la grandeur de la planète, 60 pour cent des travailleurs n’ont aucun contrat de travail, quel qu’il soit. Sur ces 60 pour cent, la majorité vit dans des pays en voie de développement et travaille dans des fermes ou des entreprises familiales. Mais, même parmi ceux qui reçoivent un salaire, moins de la moitié, seulement 42 pour cent, sont employés sur une base permanente.

Dans les nations catégorisées comme pays à hauts revenus, la part des travailleurs employés sur une base permanente a baissé dans les dernières années, passant de 74 pour cent en 2004 à 73,2 pour cent en 2012. Chez les hommes, cette baisse a été encore plus importante, passant de 73,1 pour cent à 71,2 pour cent durant la même période.

Le rapport indique également une hausse mondiale des emplois à temps partiel. «Dans la vaste majorité des pays où l’information est disponible, la hausse du nombre d’emplois à temps partiel surpasse la hausse au niveau des emplois à temps plein entre 2009 et 2013.»

L’OIT écrit: «En France, en Italie, au Japon, en Espagne et, de manière générale, dans l’Union européenne, la hausse des emplois à temps partiel est survenue simultanément à des pertes d’emplois à temps plein – ce qui a mené, dans certains cas, à des pertes nettes d’emplois pendant cette période.» Depuis 2009, le nombre d’emplois à temps plein dans l’Union européenne a chuté de près de 3,3 millions, tandis que le nombre d’emplois à temps partiel a augmenté de 2,1 millions.

Au même moment, les protections qui assurent aux travailleurs un horaire de travail stable ont été coupées et l’OIT note que «les protections liées au travail ont généralement diminué depuis 2008».

«Le tournant que nous observons de la relation d’emploi traditionnelle vers des formes d’emploi plus atypiques s’accompagne souvent d’une hausse des inégalités et du taux de pauvreté dans de nombreux pays», a dit Guy Ryder, le directeur général de l’OIT.

Le rapport indique un « délaissement du modèle d’employabilité standard, dans lequel les travailleurs… ont des emplois stables et travaillent à temps plein. Dans les économies avancées, le modèle d’employabilité standard est de moins en moins dominant.»

Ce phénomène s’est reproduit dans les pays en développement où «à la base de la chaîne d’approvisionnement mondial, les contrats à très court terme et les horaires irréguliers deviennent de plus en plus répandus». Ainsi, «dans les économies émergentes et en développement, la tendance historique de l’augmentation des emplois à salaire fixe ralentit».

Le rapport souligne que «bientôt huit années se seront écoulées depuis que les premiers signes de crise sont apparus dans l’économie mondiale», et pourtant «le taux de chômage a augmenté durant la plus récente période» et la «reprise des emplois a été inégale et fragile».

L’OIT estime que le nombre de personnes sans emploi mondialement a atteint 201 millions l’année dernière, soit une augmentation de 30 millions depuis l’éruption de la crise économique mondiale en 2008. Le rapport note que le nombre de chômeurs à travers le monde ne semble pas diminuer, au contraire, «procurer un emploi à plus de 40 millions de personnes supplémentaires qui entrent sur le marché du travail chaque année s’avère un défi de taille».

Ceci a coïncidé avec un ralentissement mondial de la croissance économique. Pour les «économies avancées» en général, la croissance de la période entre 2007 et 2014 était en moyenne de 0,7 pour cent par an, comparé à un taux de croissance annuel de 2 pour cent durant la période avant la crise.

Le rapport avertit que les salaires en déclin et le chômage de masse perpétuel contribuent à la faiblesse structurelle de la demande mondiale, entraînant un déclin de plus dans le marché du travail. Le directeur général Ryder a ajouté que «Ces tendances risquent de perpétuer le cercle vicieux de la faible demande mondiale et la création d’emplois lente qui façonne l’économie mondiale et beaucoup de marchés du travail dans la période d’après-crise.»

La prévalence croissante des emplois à bas salaire, à temps partiel et à durée déterminée coïncide avec un enrichissement massif de l’élite financière. Depuis 2009, la richesse des 400 individus les plus riches a presque triplé, passant de 2,4 billions $ à 7,05 billions $ en 2015, d’après le magazine Forbes. Cette augmentation massive de l’inégalité est le résultat direct des politiques de gouvernements à travers le monde, qui ont répondu au krach de 2008 en injectant des billions de dollars dans le système financier et en favorisant les emplois précaires mal payés.

Les conclusions du rapport constituent une sévère accusation contre le système capitaliste qui est incapable de répondre au chômage de masse, à la pauvreté ou tout autre problème social. Les pays en voie de développement, pillés et exploités par l’impérialisme, demeurent arriérés et appauvris, pendant que dans les économies «avancées» les classes dirigeantes mènent un assaut contre les emplois, les salaires et les conditions de vie de la vaste majorité de la population.

Rien dans le rapport de 155 pages n’indique la possibilité d’une amélioration quelconque dans un proche avenir. Ce fait représente une admission implicite que l’augmentation de l’inégalité, le déclin des salaires, le chômage de masse et des emplois de plus en plus précaires constituent des traits essentiels de l’ordre social actuel.

Andre Damon

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 20 mai 2015



Articles Par : Andre Damon

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