Sommet des Amériques : Qui a gagné ?

Vu de TOULOUSE

Le gentil Obama avait besoin de sortir ses States de l’isolement continental, de relooker l’impérialisme, de ramer pour trouver quelques alliés (Mexique, Colombie, Pérou), de mesurer le rapport de forces, d’entrer dans l’histoire comme « l’homme qui… ». Est-il parvenu à se sortir d’une position difficile en lâchant un peu sans lâcher sur l’essentiel ? En apaisant le front cubain pour mieux préparer le renversement du président Maduro et de la révolution bolivarienne ? Je penche plutôt vers le « non mais ».

A Toulouse l’occitane, la Republicana, la multiculturelle, la Toulouse qui se basilique, cette « Tolosa » de la tchatche diatonique, des sicreries troubadouresques, des poètes peyotesques qui garburent au peyotl, des « beurs » d’origine… Berk ! Bernique ! « d’origines controlées »… examen de passage… reBerk !… des Français d’origines multiples, infinies, incontrôlées, putain !, comme tous ceux qui vivent sur ce sol de 1789, d’égalité à conquérir, cette terre communarde (à ressusciter), métissée, bougnoulisée, fécondée par tant d’exils, « d’invasions », de « Barbares », de Berbères, de têtes de turc, de bourrins du ruubi sur l’ongle, musculeux, bouducon, mais bravasses, de fadistes, de Tayeb qui rue du taureau (duTaur) interpelle Saint Saturnin martyrisé, se croit en Kabylie, récite du Kateb Yacine, là tout louse ; « Tolosa » des Garibaldiens brigadistes, de la famille Sandoval, flamenca de pure souche, c’est-à-dire d’ici et d’ailleurs, de Saint Michel, de Sanlucar, de Triana, de la Reynerie, des Guerrilleros espagnols défilant à la Libération contre la volonté de De Gaulle et l’Ebro qui se garonnise, Garonne confluent de communs différents, de Marcel Langer le Moïste, « étranger, juif et communiste », trois raisons d’être décapité, qui a désormais sa station de métro…
Je débarque Quai 5, gare des tueurs de boeufs ? (Matabiau) pour une conférence sur le « Sommet des Amériques », à la vénérable Bourse du travail. Dans le débat, ex-abrupto, l’ami Henri, de France-Cuba: « Et alors, qui a gagné ? ». Barcelone. « Non. Raul ou Obama ? ».
Consultons la CIA. Dans « Le Monde », elle nous avait prévenus : Obama arrive « en position de force » à la septième « Cumbre de las Américas » (10-11 avril). Inimitable ex « comandante Saul », journaliste rererepenti. Traduisons donc le plus objectivement possible …
La totalité des pays d’Amérique latine, lors du précédent Sommet (Cartagena, 2012), avaient prévenu Washington : si Cuba ne participe pas au prochain, nous boycotterons. Et Cuba était là et bien là, au Panama, par la volonté des pays du continent et non par le bon vouloir de Washington (1 à zéro).
Donc oui, la présence d’un pays banni, exclu de l’OEA en 1962, et réintégré souverainement, sans conditions, aujourd’hui, c’est « historique », tout comme la première poignée de main (très « plan médias ») entre les deux présidents. Sans génuflexion du petit David, bien droit et bien debout, à égalité avec les jadis « maîtres absolus du monde »(deux à zéro). Cuba ne venait pas négocier son régime mais le faire reconnaître et accepter. Mission accomplie, « sans trop d’illusions » a cependant précisé Raul Castro: le chemin de la normalisation sera long. Pour Cuba, pas de rétablissement de relations diplomatiques en trompe l’œil, sans lever le blocus, la présence de Cuba sur la liste US des « pays qui aident le terrorisme », sans rendre Guantanamo, sans en finir avec les ingérences de ce « nord brutal » que dénonçait déjà José Marti, sans réparations pour les dommages causés à la petite île (3 à…)
Le gentil Obama avait besoin de sortir ses States de l’isolement continental, de relooker l’impérialisme, de ramer pour trouver quelques alliés (Mexique, Colombie, Pérou), de mesurer le rapport de forces, d’entrer dans l’histoire comme « l’homme qui… ». Est-il parvenu à se sortir d’une position difficile en lâchant un peu sans lâcher sur l’essentiel ? En apaisant le front cubain pour mieux préparer le renversement du président Maduro et de la révolution bolivarienne ? Je penche plutôt vers le « non mais ».
« Mais » parce que face à l’opinion publique, l’internationale médiatique a pu faire apparaître Barak Obama comme un « homme d’ouverture » , désirant « tourner la page », « établir de nouvelles relations »…
L’essentiel reste cependant que l’arrogant et menaçant « empire » a dû accepter les nouvelles réalités d’un continent qu’il veut empêcher de lui échapper. La veille du Sommet de Panama, avalant son chapeau pour quelques heures, le président nord-américain s’était même fendu de : le Venezuela « n’est pas une menace ». Hé pardi !! Il a senti souffler les vent forts de la condamnation, quasi-unanime, du Sommet, de l’exigence du retrait de son décret faisant du Venezuela « une menace » pour « la sécurité nationale des Etats-Unis ». A pouffer de rire !! Il n’a pu empêcher que Caracas prenne toute sa place dans l’agenda et reçoive un soutien continental massif… C’est qu’ils sont nombreux à l’avoir envoyé bouler :
Celac, Unasur, Alba, mais aussi G77, Chine, Russie, Mouvement des non-alignés, Sommet alternatif des peuples et des Mouvements sociaux tenu la veille de l’officiel…
Barak Obama a pu éviter la condamnation écrite en refusant de signer la Déclaration commune qui de ce fait n’a pas été adoptée. L’essentiel du texte portait sur les problèmes sociaux , les inégalités… des broutilles pour le paradis étatsunien.
Au-delà des discours, les malins calculs de la Maison Blanche ont été, pour l’essentiel, déjoués dans l’immédiat. Pour preuve le dépit de la sous-secrétaire du Département d’Etat aux affaires latino-américaines : Roberta Jacobson ne comprend pas les pays du continent mais elle l’assure : Washington ne reviendra pas sur le décret contre le Venezuela. A Panama, il y a eu bel et bien bataille, nullement « réconciliation ».
Jean Ortiz


Articles Par : Jean Ortiz

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