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Le chaos révolutionnaire est un héritage français
Par Nasser Kandil
Mondialisation.ca, 11 décembre 2018
al-binaa.com
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Il suffit de revenir à la Révolution française de 1789 et aux niveaux de chaos et de violence qui ont accompagné ses différentes étapes jusqu’en 1793, par des incursions, des exécutions et des collisions, au cours desquelles des palais, des bâtiments et des magasins ont été dévalisés, saccagés et brûlés et des blocages routiers établis, pour découvrir que la violence et le chaos sont concomitants avec chaque action révolutionnaire dans l’histoire de France. Ne pas prendre cette perspective en considération pour s’étonner et évoquer l’anormalité de la scène française « civilisée » relève de la stupidité qualifiée qui trouve ses racines dans la glorification de la France et de Paris en particulier, comme ville des lumières, des parfums et de la mode.

Dans l’histoire de France, les événements révolutionnaires ont été marqués par le chaos et la violence au point que l’anarchisme est devenu une théorie d’origine européenne, franco-russo-allemande, mais aux racines et interprétations françaises prédominantes. Toutefois, les événements révolutionnaires n’étaient jamais en marge de deux conditions connexes ; la première est leur lien avec des événements et de grands bouleversements extérieurs dans le statut d’un Etat majeur comme la France, à la politique colonialiste et partie prenante dans les guerres internationales, et la seconde est l’existence de dirigeants et de catégories sociales de non-Français qui viennent en France et apparaissent parmi les révolutionnaires, occupant souvent une position de leaders parmi eux. Souvent, des analystes perçoivent naïvement l’événement révolutionnaire selon leurs nationalités et leur position dans les révolutions comme repères, pour caractériser la révolution comme une action putschiste étrangère, tantôt allemande et souvent américaine.

Dans l’histoire de France aussi, de la Révolution française à la Révolution de 1870, en passant par la Commune de Paris comme premier gouvernement populaire à gérer la capitale française, ou capitale mondiale, pendant soixante jours, puis la révolution étudiante en 1968, font de la prise de la Bastille et la fuite des prisonniers, avec le chaos qui l’accompagnait, une toile de fond animée pour chaque répétition de la situation révolutionnaire, et font résonner l’écho de Marie-Antoinette, l’épouse du roi Louis XVI, qui aurait dit, tel que raconté par Jean-Jacques Rousseau, que « s’ils (les pauvres) n’ont pas de pain, qu’ils mangent donc de la brioche », à chaque étape des mouvements révolutionnaires dans les rues de Paris, même si la fin n’est pas aussi dramatique que celle de l’exécution du Marie-Antoinette.

Dans l’histoire de la France, il n’y a pas toujours des révolutions, mais chaque fois qu’il y en a eu, elles se terminaient par la restauration du système traditionnel qui reprenait sa vigueur sous une nouvelle version. Leurs étapes étaient assorties par des changements difficiles dans la situation internationale de la France et par l’incapacité des dirigeants à produire une adaptabilité qui préserve la dignité française et lui évite l’humiliation  de l’abattement, comme elles étaient accompagnées par énormément de violence et le chaos. Les non-Français jouaient un rôle central dans leur mobilisation, leur organisation et leur direction, du fait que Paris est une capitale mondiale et pas uniquement la capitale d’un État mondial. Mais il y a eu toujours la pauvreté, la faim, les étudiants et les syndicats, et des tentatives pour inventer un nouveau style, une nouvelle organisation et une nouvelle théorie. Plus important encore, il y a toujours eu un dirigeant qui a été présenté et promu comme un phénomène fascinant et qui se révèle être de fabrication douteuse et d’une trivialité intolérable.

Les gilets jaunes en France sont une réponse de la loi naturelle qui dit que pour chaque action, il y a une réaction du même genre et de la même force mais dans le sens contraire. Cela s’applique parfaitement aux éléments de surprise, de mystère et de rapidité, qui réunissent les deux phénomènes Emmanuel Macron et les gilets jaunes. Pour la violence, le chaos, les circonstances difficiles de la politique étrangère française, les crises sociales provoquées par le déclin du statut colonial de la France, l’émergence de la pauvreté et de la faim, la présence de groupes non français dans la rue, tout cela ne sert à rien pour en expliquer la particularité, car ce sont les caractéristiques françaises de chaque situation révolutionnaire dans son histoire de capitale mondiale. Ce qui est nouveau, c’est que le phénomène est une expression française du développement des réseaux de communication et de la révolution informatique dans la fabrication des révolutions du XXIe siècle. La senteur d’un parfum populaire parisien deviendra une mode mondiale durant ce siècle, et peut-être conviendrait-il à qui veut se placer sur la ligne de ces révolutions, acheter la marque et le vendre sur de nouveaux marchés.

Nasser Kandil

 

Article en arabe :

http://www.al-binaa.com/archives/article/203011?fbclid=IwAR0EMiFjfONJGifOLYAL-ME8cSnlgRKet06Iq2MIdnvJmFu6j2rgHfUMBak

Traduit par Rania Tahar

Version française : Le Réseau International

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