TotalFinaElf veut sa part d’or noir

Le groupe français mise sur sa longue coopération avec l'Irak

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«C’est du gâteau. Pour produire en Irak, il suffit de maîtriser des technologies vieilles de trente ans.» Jean-François Giannesini, ingénieur «Nous savons nous battre.» A tous ceux qui pourraient encore douter de l’importance de l’enjeu du pétrole irakien, Thierry Desmarest, le patron de TotalFinaElf, a, hier, apporté sa petite contribution. Il suffit de connaître un tout petit peu le patron du premier groupe français pour savoir qu’il n’est pas franchement coutumier des expressions guerrières. Mais hier, à l’occasion de la présentation des résultats financiers de son groupe (lire ci-dessous), Desmarest a cru bon de sonner le tocsin de la mobilisation. Le pétrole irakien ? «C’est un enjeu crucial pour que TotalFinaElf puisse continuer à tenir ses objectifs de croissance de 5 % par an de sa production, au-delà de 2007», explique un concurrent. Hier, Thierry Desmarest n’a pas dit autre chose : «Si nous voulons être un acteur durable dans l’industrie pétrolière, nous devons nous positionner au Proche-Orient, qui renferme les deux tiers des réserves mondiales du pétrole.» En clair, il faudra compter sur TotalFinaElf lors d’un éventuel Yalta sur le pétrole irakien.

Réserve. Pour une compagnie pétrolière, ce pays est probablement ce qui se fait de mieux sur la planète. Deuxième réserve mondiale (112 milliards de barils de réserves prouvées), juste derrière l’Arabie Saoudite, l’Irak dispose d’une des huiles les plus rentables du monde. «C’est du gâteau. Pour produire en Irak, il suffit de maîtriser des technologies vieilles de trente ans», assure Jean-François Giannesini, ingénieur à l’Institut français du pétrole (IFP). Aujourd’hui, dans le cadre du programme «Pétrole contre nourriture» de l’ONU, l’Irak produit, officiellement, environ 2,5 millions de barils/jour (l’équivalent de la production de TotalFinaElf). Une broutille par rapport au potentiel du pays. «Très vite, le pays pourrait augmenter sa production de 30 %, sans réaliser des investissements colossaux», assure Francis Perrin, de l’Arab Petroleum Research Center.

La bataille pour l’or noir irakien a déjà commencé. «Les compagnies américaines sont en train de prendre contact avec l’opposition irakienne», dit-on côté français. La presse américaine affirme (1) qu’Ahmed Chalabi, le leader du Congrès national irakien, exilé à Londres, a déjà rencontré les responsables des majors anglo-saxonnes. Chez TotalFinaElf, on dit refuser ce jeu-là. «On reste à notre place. On attend de voir comment les choses évoluent», explique un dirigeant du groupe. Ce qui laisse dubitatif un bon connaisseur de la région : «Je serais très étonné que Total ne soit pas allé, lui aussi, faire son petit pèlerinage à Londres.» Pour l’instant, le camp français veut croire que l’Irak de demain saura se souvenir de leur longue collaboration.

C’est en 1924 que la Compagnie française du pétrole, ancêtre de Total, est créée spécialement pour gérer les intérêts irakiens. En gage de réparation de la Première Guerre mondiale, la France hérite de l’Allemagne une participation de 20 % dans le capital de l’Iraqi Petroleum Company (IPC). En 1974, la nationalisation d’IPC redistribue les cartes. Mais la France continue à entretenir ses liens avec le pouvoir irakien. Chaque année, au siège de l’IFP, défile l’élite pétrolière du pays pour se former à la technologie française. «On entretenait de très bonnes relations», se souvient Pierre Jacquart, ancien patron de l’IFP.

Capital confiance. En mai 1991, trois mois après la fin de la guerre du Golfe, les équipes de Total et celles d’Elf Aquitaine débarquent à Bagdad. Les premières négocient un permis pour l’exploitation du champ de Nahr Omar. Les secondes pour celui de Majnoo, une énorme «patate» d’environ 10 milliards de barils de réserves prouvées. Sept ans plus tard, deux contrats de plus de 100 pages chacun sont finalisés. Ils attendent toujours une signature. C’est ce capital confiance que TotalFinaElf espère bien pouvoir faire fructifier, même en cas de mainmise américaine sur le pays. «On a au moins un an d’avance sur nos concurrents en matière d’expertise technique», dit Thierry Desmarest. Avec le rôle d’opérateur sur ces deux champs, TotalFinaElf pourrait augmenter très vite sa production, d’environ 300 000 barils/jour. Un saut qui représenterait 12 % de sa production totale. On comprend pourquoi le patron de Total est prêt à se battre….



Articles Par : Grégoire Biseau

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