Toute honte bue, Robert Ford s’adresse aux Syriens !

Après John Kerry qui se pose en défenseur des « minorités » en Syrie et alors qu’en plein Genève 2, le Congrès des États-Unis vote secrètement le financement d’une aide militaire aux dits « rebelles » syriens, notoirement logés sous l’enseigne du terrorisme international ; voilà que Robert Ford, l’ex-ambassadeur des États-Unis en Syrie, s’adresse directement aux Syriens. Son hypocrite performance en langue arabe est telle… qu’elle aussi, mérite traduction ! [NdT].


Message de Robert Ford aux Syriens

 

Bienvenue et bonsoir,

Je voudrais résumer à nos amis, en Syrie, les dernières évolutions concernant Genève 2.

Premièrement, les efforts internationaux se poursuivent pour amener les camions humanitaires dans la vieille ville de Homs [Pourquoi Homs et que Homs ? Vaste question. Réponse évidente ! NdT.]

Nous condamnons fermement le refus du « régime syrien » de laisser entrer les camions humanitaires depuis des mois et des semaines. À notre avis, ce refus est injustifié et pourrait constituer un « crime de guerre » ! Mais… jusqu’à cet instant, nos efforts se poursuivent en collaboration avec la Russie, les Nations Unies, et d’autres organisations internationales.

Naturellement, à Genève, le sujet du moment n’est pas d’introduire les camions dans les régions assiégées ; mais d’appliquer la totalité des clauses du Communiqué de Genève [du 30 juin 2012 [1] Ndt]. Parmi les clauses importantes de Genève, la libération des prisonniers et l’acheminement des secours humanitaires dans toutes les régions, sans exceptions. Et, il est probable que la plus importante [de ces clauses] soit la mise en place du gouvernement… ou « Comité du gouvernement de transition ». Les discussions sur ce sujet ont d’ores et déjà commencé, mais « le régime » a refusé d’entrer dans n’importe quelle discussion sérieuse !

À notre avis, l’invitation du Secrétaire général des Nations Unies au sujet des négociations est évidente : application intégrale du Communiqué de Genève, dont la mise en place du « Comité du gouvernement de transition ». Par conséquent, la « délégation du régime » doit accepter de discuter de ce sujet et entrer dans des discussions sérieuses !

Nous félicitons M. Lakhdar Brahimi pour ses efforts et nous espérons que « le régime » finira, en bout de course, par travailler sérieusement avec la communauté internationale et la « délégation de la Coalition », pour trouver une solution politique à la crise syrienne. Merci.

 

Réponse de Madame Bouthaina Shaaban [extraits]

Par ce message, l’ex-ambassadeur Robert Ford démontre publiquement qu’il est le véritable commandant en chef de la « Coalition de l’opposition syrienne », fonction qu’il a plutôt tenté de remplir clandestinement  jusqu’ici.

S’adressant ainsi au peuple syrien, M. Ford se comporte tel un Haut commissaire chargé de dicter au peuple syrien ce qu’il souhaite ou ne souhaite pas, ce qui lui serait utile ou ne le serait pas ; comme si la Syrie n’était pas un pays dix fois millénaire et que ceux qui obéissent à ses diktats avaient quelque chose à voir avec son peuple, sa dignité, et son Histoire !

Il est clair que la délégation de la Coalition, dite de « l’opposition syrienne », ne paraît nullement concernée ni par les clauses de Genève 1, ni même par la Syrie ! Tout ce qui l’intéresse, c’est d’arriver à « la phase transitoire » pour exécuter les ordres de ceux qui la payent. Elle prétend représenter une partie du peuple syrien, alors qu’elle ne représente que les intérêts étrangers hostiles à la Syrie et au peuple syrien.

En effet, est-il concevable que des Syriens refusent de condamner l’ingérence US, et les livraisons d’armes à des criminels qui tuent et kidnappent ? Est-il concevable que des Syriens refusent la libération de leurs territoires usurpés, l’arrêt du terrorisme et de l’ingérence étrangère ? C’est quelque chose qu’il est difficile de concevoir mais qui, malheureusement, existe !

La « Délégation de la République arabe syrienne » veut mettre fin au terrorisme, à la tragédie, et aux massacres vécus par le peuple syrien du fait de toutes sortes d’ingérences étrangères. Ceux qui ont initié cette tragédie cherchent probablement les moyens de sa prolongation, pendant que nous, les délégués de la République arabe syrienne, essayons de trouver le moyen qui arrêterait « cette guerre » et ramènerait la paix et la sécurité pour que les Syriens puissent décider de leur  avenir.

Ce matin encore, la délégation de la Coalition a abordé le sujet du « gouvernement de transition »… Nous avons répondu que nous n’avions aucun problème pour discuter du Communiqué final de la Conférence de Genève 1 [communiqué en 6 points [1]] point par point ; le premier étant la cessation des violences – qui se sont transformées en terrorisme – et la création d’un environnement susceptible de lancer un processus politique. D’où notre insistance sur les modalités et la priorité de la lutte contre le terrorisme.

Ceci, alors que la délégation de la Coalition, telle qu’elle s’est exprimée hier, laisse à penser qu’elle posséderait une baguette magique qui réglerait tous les problèmes à la fois. Il n’empêche que lorsque nous lui demandons si elle est en mesure de faire cesser la violence, les opérations terroristes, la livraison d’armes, les assassinats, et l’horreur sans fin… pour assurer l’acheminement de l’aide humanitaire vers la Cité ouvrière d’Adra ; elle répond qu’elle n’est pas en situation de garantir quoi que ce soit !

Les multiples interventions de la délégation de cette prétendue opposition se résument à exiger un « Gouvernement de transition nanti des pleins pouvoirs » ; lequel gouvernement, selon ses prétentions, mettrait fin à la violence, triompherait du terrorisme, et ferait de la Syrie un paradis des plus accueillants ! À ce propos, il suffirait de bien entendre les réponses de M. Brahimi [2] pour comprendre qu’elle cherche à gagner du temps afin de coordonner les ambitions et points de vue contradictoires qui l’animent !

Nous avons informé M. Brahimi que nous resterons ici jusqu’au vendredi 31 Janvier, date de la fin de cette session, et à partir de laquelle nous devrons rejoindre la Syrie  pour d’autres obligations. Nous avons aussi insisté sur le fait que « le gouvernement syrien » veut rencontrer un large éventail de l’opposition syrienne et de « l’opposition nationale », en particulier, parce que nous ne savons pas ce que représente la délégation ici présente !

Quant à la décision du Congrès des États-Unis de financer une aide militaire aux dits « rebelles » [3], le Dr Bachar al-Jaafari – membre de notre délégation et Représentant permanent de la Syrie auprès de l’Organisation des Nations Unies – s’est entretenu de ce sujet avec M. Brahimi. Il lui a fait savoir que nous savons que les USA arment, financent, ferment les yeux sur l’Arabie saoudite qui arme et finance aussi ; mais que faire cette déclaration aujourd’hui, en plein pourparlers de Genève 2, témoigne de la confusion de l’Administration US ! D’une part, elle discute avec la Russie en prétendant vouloir la tenue de cette conférence pour résoudre la crise en Syrie ; d’autre part, elle fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues ! Cette déclaration est en effet une obstruction réelle pour n’importe quelle « solution politique », solution que nous voulons.

Cette contradiction est toujours palpable au niveau de l’Administration US. Reste à savoir si elle relève de désaccords entre individus ou de désaccords entre les stratégies US.

D’un autre côté, nous notons que depuis le début de la crise, le gouvernement russe est toujours resté cohérent en actes et en paroles. C’est pourquoi, nous sommes bien obligés de constater que certaines grandes puissances méritent le respect, alors que d’autres se comportent d’une façon qui ne leur confère ni crédibilité, ni respect !

Dr Bouthaina Shaaban

29/01/2014

 

Article transcrit et traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Sources :

Robert Ford parle de Genève 2.  Vidéo du 28/01/2014 / Here Is Syria

https://www.youtube.com/watch?v=XkPoE4OaOJA

Bouthaina Shaaban : « Ford apparaît pour dire qu’il dirige la délégation de la Coalition en secret et en public » !  ‎

http://www.jpnews-sy.com/ar/news.php?id=68783

 

Notes :

[1] Action Group for Syria Final Communiqué 30.06.2012

http://www.un.org/News/dh/infocus/Syria/FinalCommuniqueActionGroupforSyria.pdf

[2] Lakhdar Brahimi : Conférence de presse du 29 janvier 2014/ Genève 2

https://www.youtube.com/watch?v=K8QXWuGEUyg&feature=c4overview&list=UUNA7_Giz6__8DRH4WEAwMGw

[3] Congress secretly approves U.S. weapons flow to ‘moderate’ Syrian rebels

http://www.reuters.com/article/2014/01/27/us-usa-syria-rebels-idUSBREA0Q1S320140127

 

Madame Bouthaina Shaaban [ou Boutheina Chaabane pour les francophones] est citoyenne syrienne, conseillère politique du Président Al-Assad, et membre de la Délégation de la République arabe syrienne à Montreux [Genève 2].



Articles Par : Bouthaïna Shaaban

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