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Trans-Canada Pipeline, Enbridge : à quel prix pour le Québec de demain?
Par Jean Léger
Mondialisation.ca, 17 février 2014

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Un peu plus tôt cette semaine, l’Institut Pembina, un organisme indépendant œuvrant dans la  recherche et les analyses sur la dépendance des hydrocarbures au Canada rendait publique une étude à propos des impacts engendrés par la venue au Québec de l’oléoduc Énergie Est de Trans-Canada Pipeline.(1)

On y apprend que ce projet évalué à près de 12 milliards de dollars, pour sa réalisation uniquement, aura un impact considérable sur les gaz à effet de serre (GES) qu’il provoquera sachant que cet oléoduc, le plus gros jamais construit au Canada, aura une capacité de 1,1 million de barils par jour.

Selon l’étude de l’Institut Pembina, il faudrait s’attendre à une augmentation de plus de 34% de la production des sables bitumineux de l’Alberta si ce projet voyait le jour. Ceci, correspondrait à une augmentation de 32 millions de tonnes métriques de CO2 supplémentaire (2). Il est important de souligner que l’étude se concentre sur les impacts en amont de l’oléoduc et aussi du bitume dilué qu’il transportera à l’intérieur de l’oléoduc. Ainsi, l’extraction et la transformation des sables bitumineux figurent dans la recherche de l’institut. Cependant, les impacts reliés à son utilisation ultérieure, soit la transformation de ce bitume lors de son traitement par les raffineries et lors de son utilisation par la suite dans les automobiles, ne font pas partie des composantes de celle-ci.

En effet, sachant qu’il n’est pas possible en ce moment de savoir exactement les visées économiques de l’entreprise Énergie-Est, une partie importante de ce bitume dilué pourrait se voir dédié à l’exportation via le futur port de mer à Gros Cacouna près de Rivière-du-Loup et également au port de mer des installations d’Irving, au Nouveau-Brunswick. Ainsi, beaucoup d’analyses portant sur les enjeux liés à sa consommation sont à ce jour méconnues de ce gigantesque projet de transport de pétrole lourd, pour lequel le gouvernement du Québec semble déjà avoir fait son nid.

Conjointement à ce projet, il faut additionner celui de la compagnie, Enbridge, dont l’Office national de l’énergie devra rendre une réponse au rapport final au plus tard le 19 mars, 2014. Ce projet d’inversion de la canalisation 9b, qui, lui aussi, acheminera du pétrole issu des sables bitumineux, et dont l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a quantifié les GES libéré dans l’atmosphère à près de 8 millions de tonnes métriques de CO2 annuellement (3).

Ainsi, Enbridge et Trans-Canada Pipeline combinés auront une capacité de près de 40 millions de tonnes de CO2 soit l’équivalent de 8 650 000 automobiles supplémentaires en circulation sur les routes du Canada y compris le Québec. C’est près du double de l’ensemble du parc automobile que compte le Québec actuellement.

Par ailleurs, il est inquiétant de voir s’immiscer dans le débat sur les hydrocarbures d’ex-personnalités publiques soutenues par de possibles éminences grises rôdant dans les coulisses de l’Assemblée nationale, possédant des intentions nettement affichées l’égard du développement tous azimuts de possibles gisements pharaoniques de pétrole non- conventionnel dans l’estuaire du fleuve St-Laurent, et de pétrole de Shale à l’Île d’ Anticosti et la péninsule gaspésienne.

Ces projets dont un bon nombre de partis politiques à Québec s’affiche favorable à l’idée, seront d’autres sources de GES qui s’additionneront, à terme, aux projets d’oléoducs déjà mentionnés plus tôt.

Reste à savoir quel modèle de développement durable le Québec veut prioriser afin de s’inscrire dans un objectif de réduction des GES planétaire. On se souviendra que pas plus tard que l’année dernière, l’Agence internationale de l’énergie avait prévenu le Canada sur le danger que représenterait l’augmentation de la production des sables bitumineux sur le climat mondial.   Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), des Nations Unies, une augmentation supérieure à 2°C des températures pré-industrielles pourrait provoquer un emballement du climat irréversible à maitriser pour les futures générations. Or, selon toute vraisemblance, nous dépasserons ce seuil avant 2050.

Jean Léger, membre de la Coalition vigilance oléoducs(CoVO)

12 février 2014

 (1)-Climate Implications of the Proposed Energy East Pipeline, Lien : http://www.pembina.org/pub/2519.

(2)-Selon le National Inventory Report(2013), Part3, Environnement Canada estimait qu’en 2011, l’année la plus récente selon les statistiques disponibles, le Canada émettait un total de 702 millions de tonnes métriques de GES.

(3)-Institut de recherches et d’informations socio-économiques, www.iris.recherche.qc.ca,

Voir : Projet d’oléoduc des Sables bitumineux «ligne 9b» : Le Québec à l’heure des choix,

9 septembre, 2013. http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2013/09note-p%C%Atrole-WEB-03.pdf.

 

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