Un beau pavé dans le miroir des médias!

En pleine « crise » des gilets jaunes, beaucoup de gens s’étonnent de l’attitude partiale et malhonnête des médias vis-à-vis d’un mouvement dont la légitimité leur semble pourtant si évidente. Qu’ils y prennent part ou non, ils se reconnaissent dans le mouvement lui-même et dans la plupart de ses revendications, mais pas du tout ou très vaguement dans la description qui en est faite au 20h, dans les débats télévisés ou dans la presse écrite. En pleine guerre de l’info, alors que nos gouvernements envoient des spécialistes jusque dans les écoles pour préparer les enfants à se méfier de tout ce qui, de près ou de loin, remet en cause l’éclairage politiquement correct des événements et de l’histoire, il n’est peut être pas inutile de revenir, même avec trente ans de recul, sur la fonction et le fonctionnement des médias dans une économie de marché, et sur ce qui en découle. (Avis aux gilets jaunes, donc, ça vous concerne !)

Depuis quelques années, de plus en plus de gens prennent ouvertement les médias en grippe, et leur reprochent de ne pas faire correctement ou honnêtement leur travail d’information du public, ou de pencher systématiquement du côté des élites et de l’Etat, aux dépends de l’intérêt de tous et de la justice sociale. Il y a de quoi être choqué, en effet, mais cette façon de voir, paradoxalement, justifie et légitime ce qu’elle dénonce, c’est dommage. Si on déplace un peu l’éclairage, non seulement on évite l’estampille « complotiste », le fer de lance de ceux qui défendent les médias (et leur unique moyen de discréditer pêle-mêle tout ce qui les met en cause), mais on évite surtout de combattre inutilement et indéfiniment une image virtuelle (un moulin à vent), au lieu de s’en prendre directement et efficacement à ce qui la produit.

Vu de plus près…

Lorsqu’on étudie de près le fonctionnement des médias, a fortiori pendant de nombreuses années, et qu’on cherche à comprendre ce qui peut bien pousser journalistes et éditorialistes à fonctionner systématiquement sur « deux poids, deux mesures », on ne trouve en définitive ni complot, ni directives précises, ni véritable volonté de tromper le public en fabriquant de toute pièce de fausses informations ou une version foncièrement partiale des faits. On trouve seulement un assez lamentable empilement de contraintes qui les conduisent à produire une version inévitablement partiale des faits, et de manière industrielle. Ce problème n’est pas politique, il est systémique – à l’instar des revendications des gilets jaunes, et c’est pour ça qu’elles ne passent que déformées dans les médias, alors qu’elles sont en réalité très claires. (Et c’est pour ça qu’elles sont magnifiques, après tant d’années à marcher au pas : gauche, droite, gauche, droite, sans aller nulle part.) 

Mais ce résultat n’est en rien une preuve de la malhonnêteté des médias, au contraire ! Leur fonction même, dans une économie de marché est précisément de produire cet éclairage biaisé, et de faire leur possible pour qu’il s’enracine solidement dans l’esprit du public et y tienne lieu de réalité. C’est leur boulot et ils le font aussi honnêtement que possible. Depuis des décennies, littéralement depuis le début du XXe siècle, la fonction des médias et des journalistes n’est plus d’informer le public sur ce qui se passe réellement dans le monde, mais seulement de lui donner le sentiment qu’il est correctement informé et que ses choix sont solidement fondés et légitimes (et dans l’ensemble, ça marche). Mais ça n’a rien de politique, c’est seulement mécanique ! Imparablement mécanique…

L’idée que les journalistes et les médias sont, ou devraient être, les premiers défenseurs de la liberté d’expression et du droit à l’information n’est qu’une image d’Epinal à laquelle nous nous raccrochons désespérément pour ne pas en avoir le vertige ou des hauts le cœur, mais cette image est foncièrement naïve, et nous le savons pertinemment. Ce qu’elle cache nous fait peur. Mais il n’y a pas de quoi… Dans les salons d’armement, la plupart des vendeurs d’armes sont en civil, non en uniforme, alors qu’ils font bien plus de victimes que les militaires eux-mêmes, car c’est pour eux qu’on planifie et déclenche des guerres, non pour les militaires (qui vont quand même les faire). Ils ont besoin de cette apparence, car elle leur donne un semblant très crédible de légitimité. Lourdement cotées en bourse, les industries d’armement sont, comme toutes les autres industries, soumises aux règles des marchés. Et pour un vendeur d’armes, « créer des marchés » pour pouvoir rémunérer ses actionnaires, ça veut dire… favoriser tensions et conflits en passant pour un bienfaiteur, non pour un malfaiteur. Cette image est vitale.

Les journalistes aussi n’ont de légitimité qu’en apparence, mais ils y croient, sincèrement… en général… Comme les employés de l’armement, ils travaillent en toute bonne conscience pour une industrie qui reste soumise, comme n’importe quelle autre, aux règles du marché, dans une économie de marché. Sur ce plan, la seule particularité de l’industrie médiatique est qu’elle ne vit pas directement de ce qu’elle produit. Dans leur grande majorité, les médias et les groupes multimédias sont cotés en bourse. Ils sont dirigés par des hommes d’affaires ou des pannels d’hommes d’affaires. Ils appartiennent à de riches hommes d’affaires ou à des pannels d’actionnaires. Tous ces gens ont, comme tout le monde, des convictions et des intérêts à défendre ou à faire valoir, et ne tolèrent pas davantage que n’importe quel homme d’affaire que leurs employés desservent leurs intérêts. Mais là n’est pas vraiment le cœur de la mécanique, tout cela est seulement évident. C’est juste normal… Pour cette industrie spécifique, ce qui est moins facile à comprendre – parce que plus diamétralement en contradiction avec l’image d’Epinal – c’est tout ce qui relève de la production et de la vente. 

Une mécanique imparable

Les médias produisent principalement de l’information et du divertissement. Ils vendent donc de l’information et du divertissement à leur public, qui consomme de l’information et du divertissement… en toute logique ! Et pourtant non… Ce que nous expliquent magnifiquement Edward Herman et Noam Chomsky dans leur incontournable Manufacturing Consent – un joli pavé dont sort en ce moment la troisième version française (enfin rétablie !), sous le titre Produire un consentement – c’est que, depuis la première moitié du XXe siècle, les seuls médias qui ont survécu aux règles du marché sont ceux qui sont arrivés à convertir leur mode de fonctionnement pour pouvoir vendre constamment au-dessous du coût de production. Ceux qui vivaient exclusivement de la vente directe d’information à leur public n’avaient dans ce contexte aucune chance de survie. Il leur était impossible de rester compétitifs, malgré un lectorat beaucoup plus important que celui de leurs adversaires. (En France, la seule exception de renom reste, en principe, le Cannard enchaîné).

Progressivement tous les grands médias se sont convertis à un mode d’économie indirecte, où ce n’est plus l’engouement du public qui décide de leur prospérité et de leur survie, mais celui des annonceurs publicitaires. C’est simplement mécanique. Comme les annonceurs et autres agences de communications achetaient de l’espace ou du temps d’antenne, à un tarif variant selon le tirage, l’horaire ou le public cible, les recettes publicitaires remplaçaient progressivement celles des ventes, qui devenaient dès lors secondaires. Médias et actionnaires y gagnaient au change. Mais les dispensateurs de cette manne avaient en retour leurs exigences : les médias devaient garantir un potentiel de vente aux produits qu’ils étaient chargés de promouvoir, en ciblant leur public de manière adéquate. De fait – et c’est ce point là qui est crucial – les médias ne vendaient plus de l’information et du divertissement à un public, ils vendaient un public cible ou un audimat à des annonceurs, qui décidaient alors indirectement, selon leurs intérêts, de la viabilité du média lui-même, voire de sa ligne éditoriale. Schématiquement, pour un annonceur, un média qui vise exclusivement des gauchistes pauvres, même nombreux, est sans intérêt : ils n’aiment pas le système et ils n’achètent rien !

Le système était d’autant mieux verrouillé sitôt le média coté en bourse : toute baisse prolongée des recettes publicitaires pouvant faire chuter les actions au point que le média disparaisse définitivement en quelques mois à peine. Dans ce contexte, personne – journalistes, reporters, correspondants présentateurs, et a fortiori à la direction même des médias – n’a intérêt à susciter, par héroïsme ou par inadvertance, l’irritation des annonceurs ou de leurs clients, qui sont de toute façon des hommes d’affaires. Evidemment, rien de tout cela n’est écrit ou formel, à quoi bon ? C’est seulement tacitement entendu parce, dans le milieu, que ça relève du bon sens, et c’est à chacun de le comprendre ou d’en assumer les conséquences. Si un directeur de l’industrie automobile ne peut tolérer qu’un employé lambda dénonce sur Internet la direction de l’entreprise pour laquelle il travaille, il en va exactement de même dans l’industrie médiatique et pour les mêmes raisons : la réputation et les finances sont liées. On ne plaisante pas avec ça. 

A partir du milieu du XXe siècle, les annonceurs ont commencé à faire valoir que leurs clients ne les payaient pas simplement à promouvoir des produits mais plutôt un mode de vie (et de pensée). Ils en acquirent davantage de poids dans le financement des divertissements (films, séries TV ou radiophoniques, musiques, publications de toutes sortes), dans la sélection et le formatage des publics cibles, et implicitement dans la réorientation des lignes éditoriales, concernant l’info, la programmation, les documentaires ou les émissions à débats ou à thème. Ici, on est évidemment très loin des médias défenseurs fervents et sincères de la liberté d’expression et du droit à l’information – ce qui n’empêche pas certains journalistes de rester sincèrement convaincus d’incarner tout de même, plus ou moins loyalement, cette image. Et il n’y a là ni complot ni conspiration ! Seulement le fonctionnement normal d’un industrie comme une autre dans une économie de marché, soumise aux mêmes règles que les autres, et qui, comme n’importe quelle autre industrie, a besoin de se créer une apparence valorisante et crédible pour vendre à ses clients ce qu’elle a à leur vendre, sans attirer l’attention du public sur la réalité des enjeux de cette vente (et sur le fait que c’est lui qu’on vend et qu’on consomme). Et en cela, l’industrie médiatique ne diffère en rien de l’industrie d’armement, de l’industrie nucléaire, de l’industrie chimico-parmaceutique, de l’automobile ou de l’agroalimentaire, qui ont toutes besoin d’une légitimité apparente pour continuer à vendre en priorité ce qui leur rapporte le plus. Mais les médias ne vendent pas de l’info. Ils vendent un audimat ou un lectorat à des annonceurs qui, eux, travaillent indifféremment pour l’industrie d’armement, l’industrie nucléaire, l’industrie chimico-parmaceutique, l’automobile ou l’agroalimentaire (entre autre), ou pour l’Etat !

Bien sûr, comme le montrent Herman et Chomsky, d’autres contraintes entrent en jeu, pour les médias comme pour n’importe quelle autre industrie soumise aux règles de l’économie de marché. Ils citent notamment le poids des actionnaires, et la nécessité de les convaincre que leurs actions resteront rentables s’ils ne les vendent pas. Ils citent le poids de l’idéologie dominante, comme l’anticommunisme pendant la guerre froide ou, aujourd’hui, toute alternative potentiellement viable au modèle économique occidental actuel ou au modèle unipolaire sur lequel repose son hégémonie planétaire – et la nécessité vitale de faire bloc pour mettre économiquement en échec toutes ces alternatives. A l’instar de la soumission aux annonceurs, d’autres contraintes sont plus spécifiques à l’industrie médiatique, comme les sources auprès desquelles on peut (ou non) aller chercher l’information politiquement correcte ; la nécessité de publier quotidiennement de l’info crédible à flux tendu pour garder son audience et sa réputation ; la capacité de sanction dont certaines sources disposent pour que leur éclairage ne soit pas contredit ; etc. Les deux auteurs expliquent tout ça minutieusement et donnent ensuite une montagne d’exemples très éloquents pour bien montrer comment tout ça se traduit dans le traitement de l’info – dans « le monde réel ».

Visionnaires sans le savoir

Mais dans Manufacturing Consent, deux points frappent pourtant davantage le lecteur non anglophone – deux points que les deux auteurs ne cherchent qu’indirectement, voire marginalement, à démontrer, ce qui fait d’eux de véritables visionnaires. Le premier, c’est que de très loin, la source principale de la très grande majorité des médias du monde occidental (aussi lamentable que cela puisse paraître et là encore, pour une simple question de logique économique), ce sont tout simplement les médias eux-mêmes ! La grande majorité des médias ne recherchent l’info que dans les autres médias et les agences de presse. Et encore, uniquement ceux de leur propre camp ! Si bien informés qu’ils puissent être, les médias locaux ou étrangers sont écartés d’office, dès que leur éclairage n’est pas strictement aligné sur celui de la meute… Et encore une fois, économiquement, c’est simplement logique. Seuls les plus grands médias – précisément ceux qui sont réputés les plus proches du pouvoir et les plus favorables à l’industrie en général – peuvent se permettre financièrement de maintenir dans plusieurs pays à la fois des attachés de presse permanents, de dépêcher immédiatement envoyés spéciaux et journalistes là où il se passe quelque chose d’important, ou d’entretenir sur place des équipes (reporter, caméraman, ingénieur son, traducteur, guide, etc.). 

Les autres, la grande masse des autres, n’en a les moyens ni logistiques ni financiers, ni ne dispose sur place des contacts politiques ou militaires nécessaires pour en assurer tant soit peu la protection, la couverture, et pour les informer de ce qui se passe – ou plus exactement les former sur ce qui se passe en leur donnant la version politiquement correcte à laquelle ils devront se tenir. Ces médias-là ne peuvent chercher l’info vitale à publier quotidiennement que dans les médias eux-mêmes – ou dans les agences de presse qui, par nature, sont proches du pouvoir. Et sur les conflits internationaux, les grands médias américains, présents partout (et pour cause), sont généralement les premiers à produire de l’info. Ils en deviennent la première des sources « crédibles » de nouvelles fraîches pour nos médias, qui ne sont que rarement sur place et n’y ont de toute façon ni les mêmes connections ni les mêmes appuis. Leur éclairage nous est répercuté immédiatement et en priorité, et leurs campagnes de propagande (initialement destinées à leur propre public) deviennent automatiquement les nôtres. D’où la prodigieuse uniformité de la couverture et de l’analyse médiatique des événement internationaux dans l’ensemble des médias occidentaux – qui donne (en apparence seulement) à leur éclairage toute sa vraisemblance –, et la partialité systématique et si peu diversifiée ou contradictoire de leur éclairage. D’où aussi, accessoirement, la proportion pathétique et croissante d’anglicismes dans la presse française, sur tout ce qui touche à l’international. Un média qui, trop souvent, choisirait des sources politiquement incorrectes serait rapidement sanctionné, mais économiquement, non politiquement.

Le second point, et cette fois ce sont les exemples sur lesquels s’appuient Herman et Chomsky qui le montrent, c’est que, même si la partialité et la malhonnêteté de la couverture médiatique d’événements importants est dénoncée immédiatement par les milieux dissidents, dès le début d’une campagne de propagande gouvernementale, à terme, c’est néanmoins cette version là, celle de la propagande officielle, qui sera instituée définitivement comme une doctrine et qui restera historiquement la version de référence. Parce que toute campagne médiatique d’importance produit inévitablement (collatéralement) toute une littérature spécialisée qui abonde massivement dans le sens de la version officielle, la corrobore, la fige et l’alimente. Pour un spécialiste, bon ou mauvais, comme pour un think-tank, une campagne c’est porteur. Si on veut gagner en notoriété, on la surfe, mais jamais à contre sens ! On ne risque pas sa carrière et sa réputation à la légère par héroïsme ou pour se faire valoir, il n’y a que les dissidents qui font ça (et ils le payent très cher). A terme, des années après, pour toute rétrospective, pour tout documentaire et même pour toute recherche historique, c’est cette documentation estampillée « valide » qui sert de référence et qui donne le ton. Si solide soit-elle, la littérature dissidente reste estampillée « sulfureuse » et « douteuse », ou politiquement incorrecte. Là, on passe, sans même y penser, de la propagande à l’endoctrinement, mais dignement, « à l’occidentale » : aucune directive d’Etat, tout découle naturellement des seules règles du marché et de la « bienséance ».

Une fois qu’on a compris tout ça, on comprend clairement que les médias occidentaux ne peuvent absolument pas fonctionner, dans une économie de marché, autrement que comme ils dysfonctionnent en permanence, ni couvrir les événements ou sujets importants, quels qu’ils soient, avec tant soit peu de rigueur, d’honnêteté ou d’intégrité intellectuelle. Le voudraient-ils, ça ne passerait absolument pas aux yeux de leurs sponsors ! (A la limite s’il n’y a quasiment pas d’enjeux industriels ou systémiques réels, Pourquoi pas ? Mais loin des heures de forte audience…. Si les enjeux sont seulement politiques, il n’y a pas de problème, ça ne mange pas de pain…) Et par voie de conséquence, après des décennies d’imprégnation, quand on voit des minots jouer dans la rue aux cow-boys et aux indiens ça ne nous choque absolument pas, on les trouve mignons, alors que si les mêmes minots se mettaient à jouer, sous nos yeux, aux juifs et aux nazis, ou aux Hutus et aux Tutsis, ou aux Khmer rouges, que sais-je, ça nous serait insupportable. On a beau reconnaître aujourd’hui que les indiens ont bel et bien été victimes d’un génocide (et par dizaines de millions), ça reste différent, parce que c’était notre génocide, celui de la grande nation occidentale par excellence, pas celui de nos adversaires. Et c’est ça l’impact du « deux poids deux mesures » de nos médias, sur le long terme. Une chose nous indigne, l’autre pas… 

Quant à savoir pourquoi Manufacturing Consent – cet ouvrage majeur, l’ouvrage de référence par excellence, internationalement, dans le domaine de l’analyse critique des médias – n’a été traduit en français qu’en 2003, soit 15 ans après sa première parution aux USA (alors qu’il était déjà depuis longtemps un ouvrage phare en Italien, en espagnol, en allemand ou même en turc), et pourquoi il s’est retrouvé caviardé deux fois de suite en France (c’est-à-dire rendu délibérément incompréhensible), pour ne paraître finalement dans une version réellement lisible et conforme au texte original que trente ans après sa première parution, inutile de spéculer vainement ou de se perdre en conjectures, les enjeux de ses démonstrations apparaissent bien assez clairement quand on le lit. Je vous le recommande vivement. 

 

Enfin, je précise quand même, pour la petite histoire, que j’ai traduit une première fois Manufacturing Consent entre 2004 et 2005, avec le soutien de l’auteur principal, Edward Herman, parce que j’avais constaté que la version de 2003 avait été abondamment caviardée ; que la seconde version, livrée en 2005 mais parue seulement en 2008, était précisément ma traduction, mais caviardée à son tour, d’où son retrait des ventes à la demande des auteurs ; et que la troisième version française, qui vient de paraître, est à nouveau ma traduction initiale, mais remodelée et peaufinée phrase par phrase, après avoir traduit bénévolement pendant plus de dix ans la plupart des articles sur le traitement de l’info publiés sur Internet par Herman (et bien d’autres). Et dix ans de pratique, ça fait quand même une différence… Toute cette histoire a duré quinze ans, et je l’ai fait pour vous !

Edward S. Herman, pour sa part, nous a apporté constamment, du début à la fin, un soutien exigeant mais sans faille, littéralement jusqu’à son dernier souffle, qu’il a rendu le jour même où la cession des droits nous était accordée. Chomsky, de son côté, soumis à toutes sortes de pressions pour nous tourner le dos, a invariablement répondu : Ed Herman est l’auteur principal, c’est à lui seul de trancher. Un soutien implicite sans lequel nous n’avions aucune chance contre tant d’adversaires de poids. 

Enfin quant au choix de l’éditeur (dont certains s’indigneront sans doute dédaigneusement), c’est autant celui d’Herman lui-même que le mien. Premièrement parce que Michel Collon était le seul, à notre connaissance, à ne pas risquer de mutiler, manipuler ou déformer le texte d’origine, comme l’avaient fait ses prédécesseurs. (Il a une vénération sans borne pour Herman et en particulier pour son chef-d’œuvre, qui lui a véritablement ouvert les yeux sur le fonctionnement réel des médias alors qu’il était encore jeune journaliste lui-même). Ensuite parce que pendant dix ans il a toujours publié en français, sur son site, tous les articles d’Herman, et de bien d’autres auteurs, sur les mêmes thématiques (de même que mondialisation.ca, aussitôt que j’ai pu les contacter, et à qui je rends hommage au passage). C’est d’ailleurs Herman qui m’a mis en contact avec Michel Collon, il y a plus de dix ans, « un autre dissident qui s’intéresse au traitement de l’information et qui cherche un traducteur ». Enfin parce que, pour avoir constamment dénoncé la couverture extrêmement partiale des événements internationaux par les médias occidentaux, Michel Collon s’est constamment retrouvé en butte aux mêmes campagnes de diffamations et de diabolisation qu’Herman et Chomsky, mais dans toute la « presse libre » de France et de Belgique ; sempiternellement accusé de conspirationnisme, de révisionnisme, d’antisémitisme, de fascisme « rouge-brun » et de propagation de « fake news », exactement comme les deux auteurs de Manufacturing Consent l’avaient eux-mêmes été à la parution de leur ouvrage et régulièrement depuis. Son courage et son obstination à continuer malgré tout, lui valaient évidemment une certaine estime des auteurs, dont bien peu d’éditeurs pouvaient se prévaloir. Choisi et soutenu « au mérite », en somme, par les auteurs eux-mêmes, et par le traducteur, qui vous dit… Bonne lecture !

Je vous avertis, c’est du diamant pur mais c’est un beau pavé… dans la mare !



Articles Par : Dominique Arias

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